‹ Grammatica linguæ græcæ vulgarisChapitre 129 sur 196 · Voyez la traduction, p. 10 et · texte numérisé non relu

Voyez la traduction, p. 10 et

de Damas, Serge, réfugié à Rome à cette époque, qui, surpris de ne trouver dans cette ville aucune connaissance d’un saint que la Syrie considérait comme romain, y répandit sa merveilleuse histoire, en la rattachant à l'église de Saint-Boniface, que lui avait donnée le pape Benoît». Ces faits ont été établis « par M. l'abbé Duchesne dans une monographie qui, il faut l'espérer, verra bientôt le jour, avec une compétence et une sûreté de critique telles qu'il n'y a pas lieu de revenir sur ce sujet! ». Ainsi tombe l'hypothése d'une provenance romaine de la seconde vie, puisqu'un des manuserits syriaques qui la donnent remonte, on Ja dit, au IX? siècle. L'opinion du compilateur syrien n'avait

sans doute pas d'autre base que le raisonnement suivant : la seconde vie d'Alexis s'est passée à Rome, par conséquent elle a été écrite à Rome?.

C’est donc à Constantinople, à sa première étape sur la route de l'Occident, que l'histoire de l'Homme de Dieu reçut ses embellissements merveilleux. Et, en effet, la légende nouvelle porte en plusieurs passages le cachet grec. Tous les noms des personnages, noms qui apparaissent alors pour la premiére fois, sont grecs; ceux du saint et de ses parents : Alexios, Euphemianos, Aglais?; celui du greffier de l'église : Aetios*. Parmi les traits qu'on eut aussi l'idée d'ajouter à l'ancien récit, il en est deux relatifs au culte des saintes images. Si Alexis se rend de préférence à Edesse, c'est qu'on y garde l'image miraculeuse du Christ envoyée par Jésus lui-même au roi Abgar; et la voix qui révéle le saint au gardien du temple sort d'une image de la Mère de Dieu. N'est-ce pas là une trace évidente de l'icono-

1. Gaston Paris, dans la Romania, t. VIII (Paris, 1879), p. 163 et 164.

2. On appréciera plus loin les raisons qui m'empéchent de croire que le compilateur ait entendu désigner par Rome Constantinople. -

3. La vie carschouni du Vatican nomme la mère d'Alexis Aglamades. Cette forme étrange paraît être simplement une corruption du génitif grec "AyAatóo;. Une vie carschouni de la Bibliothèque nationale de Paris porte en effet la leçon suivante : 25} QS aj;5] [-2eJ]nasop] σι» ὀ1]οο -uopasoll. ns Niza, Si l'on remarque que les caractères jacobites ο, réunis par une négligence d'écriture, donnent un 19, il paraîtra évident que la transition d'AyAatóo; à Aglamades s'est faito par l'intermédiaire de cette lecon carschouni «ωορα»οῇς |.

4. La légende romaine connaít un nom de plus, celui de la fiancée, Adriatica. Naturellement, cette fois, c'est un nom latin.

látrie en faveur chez les Byzantins et qui s'est transmise aux | Russes?

' J’incline à voir encore un indice de l'origine grecque de notre seconde vie dans la leçon qui fait mourir Alexis un vendredi saint!. La date à laquelle les versions grecques et latines placent soit la mort du bienheureux, soit plus généralement sa mise au tombeau, qui eut lieu, racontent-elles, sept jours aprés sa mort, — cette date se trouve être toujours la même que celle de sa féte. Evidemment l'une des deux a été la raison de l'autre. Ou bien l'église a adopté, pour y instituer la féte du saint, la date que la tradition donnait comme celle de ses funérailles, ou bien plutót la légende a utilisé, dans le récit des funérailles, la date à laquelle l'église fétait la mémoire du saint. Cela posé, ce n'est que dans l'église grecque, oü la féte d'Alexis est célébrée le 17 mars, qu'on a pu le faire mourir le vendredi saint, sans se mettre trop manifestement en contradiction avec les lois de la chronologie. La contradiction existe toutefois. Car Pâques ne peut pas être plutôt que le 22 mars; si donc on voulait placer la mort d'Alexis le vendredi saint, il n'eüt pas fallu fixer la date de cette mort avant le 20, ni celle de la sépulture avant le 27. Mais l'écart entre ces dates et celle du 17 mars est minime, si grave qu'il soit toujours au point de vue chronologique, et l'inconséquence qu'il accuse a pu échapper à un hagiographe irréfléchi, comme elle est passée sans doute inaperçue de maintes lecteurs ignorants ou légers?. Au contraire, l'inconséquence devient tout à fait choquante dans la légende romaine. Ses auteurs ont cru devoir abandonner la date du 17 mars, pour faire ensevelir le saint le 17 juillet, jour de sa féte chez les Latins. De là entre les données de cette légende un désaccord que les

Ι. On ne saurait entendre d'un vendredi ordinaire les mots χατὰ τὴν παρασχευήν et die parasceve des vies grecques et latines. Dans la seconde vie syriaque c'est le dimanche de la semaine sainte, notre dimanche des Rameaux, que se produisent les révélations qui annoncent pour le vendredi suivant la mort d'Alexis.

2. Je suis peut-étre injuste ici envers l'hagiographe byzantin, si, dans son esprit, la date du 17 mars était celle de la mort du saint et non de sa sépulture. Car je raisonne d’après les règles de notre calendrier grégorien. Mais sous l'empire du calendrier julien, et à l'époque où a dû étre composée la légende grecque, le vendredi saint pouvait trés-bien tomber au 17 mars, ou méme quelques jours plus tôt. |

NS

Bollandistes n'ont pas manqué de relever. «At si illucescente die parasceve obiit, prout dicitur, quomodo fuit sepultus XVII Julu? Etenim res ista tota narrari videtur peracta intra septem dies post mortem!.» Le désaccord est plus grand encore dans la légende syriaque. Il y est à la vérité moins apparent, parce que la seconde vie ne précise l'époque ni de la sépulture, ni de la mort du saint. Mais il est trés-vraisemblable qu'une tradition primitive fixait sa mort au 3 novembre. Divers calendriers, anciens et récents, nous apprennent que l'Homme de Dieu était honoré le 3 novembre par les Syriens, ceux du rite melkite exceptés, qui avaient naturellement regu de l'église grecque la date du 17 adar (17 mars). En résumé, le légendaire grec a pu choisir pour la mort de son héros le jour anniversaire de celle du Christ, sans commettre plus qu'une légére étourderie. Mais si l'on devait faire remonter la responsabilité de ce choix au légendaire romain ou au second légendaire syrien, l'un ou l'autre aurait été vraiment plus distrait qu'il n'est permis. Il faut donc reconnaître que tous deux ont simplement fait œuvre de seconde main et aggravé, par inattention, la faute du premier auteur.

La légende byzantine, — nous pouvons maintenant lui donner

, ce nom, — et la primitive légende syriaque sont en réalité deux

œuvres distinctes. Ces étonnantes différences qu'on remarque entre elles, l'apparition de la seconde moitié de la vie dans la légende byzantine, et, plus encore peut-étre, les changements

' faits au vieux récit dans la première moitié, me portent à con-

jecturer que l'histoire de l'Homme de Dieu passa de Syrie à Constantinople par la simple tradition orale. Transplantée dans un nouveau terrain, la légende se modifia, s'accrut et se fixa

‘enfin sous sa forme nouvelle à une époque que je ne saurais

préciser. Ce n'a pas été, en tout cas, avant les derniéres années du VI* siécle; car elle fait demeurer le saint à Edesse dans le vestibule du temple de la Mére de Dieu?. Or ce temple ne fut báti que vers l'année 505, selon le témoignage de Josué le Stylite?; et il dut s'écouler encore un assez long espace de temps

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