Cf. Luc, XXIV
tout le tombeau et ne le trouvèrent point, mais seulement les haillons; et ils restérent un grand moment saisis de stupeur et d'effroi. |
L'évéque, revenu à lui. dit : «Prions!» Puis, quand il eut prié, le saint Raboula pleura et dit : « Me préserve désormais le Seigneur de faire autre chose que de mettre mon unique soin à soulager les étrangers! Car qui sait s'il n'y en a pas beaucoup comme ce saint, recherchant l'humilité, grands par eux-mémes aux yeux de Dieu, et ignorés des hommes à cause de leur humilité? »
Dés lors, le saint Mar Raboula s'occupa beaucoup des étrangers, et multiplia les ordres à leur sujet. Et c'était avec un grand zéle qu'il répandait en tout temps ses dons sur les pauvres et les étrangers, et qu'il exhortait par sa parole à l'amour des étrangers. Il interrompit en effet de nombreuses constructions et cessa de s'occuper des choses périssables. Tous ses soins étaient pour les orphelins et les veuves, toute sa sollicitude était pour les malheureux et les étrangers : à tel point qu'il ne s'appliquait pas seulement à pourvoir aux besoins de ceux de sa ville, mais qu'il s'attachait encore sans cesse à soutenir de ses dons les étrangers des villes éloignées et des pays lointains, afin d'obtenir de participer prés de Dieu à la félicité des miséricordieux. — C'est ainsi que le bienheureux Raboula congut et porta à la perfection l'amour des étrangers.
Or cette histoire de l'Homme de Dieu, que nous venons de raconter, a été publiée par ce portier qui fut l'ami du saint, et rédigée aussi par lui pour qu'on en gardát la mémoire. Car il avait pris soin de l'interroger sous la menace de l'anathéme et sous le sceau des serments. Et le saint l'avait instruit de toute sa vie : de la première partie qui avait été le temps de la grandeur, et de la derniére qui fut celui de l'humilité. Et il ne lui avait rien caché.
Fin de U Histoire de l’ Homme de Dieu.
AUTRE HISTOIRE DU MÈME Homme De Dieu,
écrite dans la ville de Rome sur sa vie divine et sur sa sortie de ce monde.
Donc, l'histoire de l'Homme de Dieu que nous venons de raconter ci-dessus a été publiée par ce portier qui fut l'ami du saint. — Longtemps après cela, il nous parvint une autre histoire de cet homme admirable, histoire écrite sur sa vie à Rome, la patrie du bienheureux, et nous racontant les faits qui se sont passés à Edesse et ont été rapportés par le portier, et ceux encore qui suivirent la mort du saint et son ensevelissement, la recherche de son corps dans le tombeau, sa sortie du tombeau dont Dieu seul connait le secret, et son arrivée à Rome. Le portier qui a écrit l'histoire du saint l'a racontée d'aprés ce qu'il avait appris directement du bienheureux. Quant aux auteurs dignes de foi! qui ont écrit à Rome son histoire, ils l'ont fait sans rien savoir de sa mort à Edesse. Et cela vint de ce que peut-être le bienheureux lui-méme n'eut pas connaissance des circonstances de sa mort à Edesse, et de ce qu'eux non plus n'en regurent pas d'Edesse le récit. Ils n'en ont donc rien dit, parce qu'ils n'avaient rien appris que par le papier qu'on trouva dans la main du bienheureux lors de sa mort à Rome.
1. Il est possible que l'expression lg4g-& désigne ici des personnes munies d'une charge officielle : archivistes, historiographes. Cf. C. Dœpke, Glossarium Chrestomathiæ Syriacæ Michaelis, p. 142, et Phillips, The doctrine of Addai, p. τς, 1. 18 et p. Ÿ, |. 4.
Et peut-étre est-ce le désir qui occupait son esprit pendant sa maladie à Edesse que Dieu réalisa pour lui, selon sa demande, et à la priére de ses parents de voir leur fils avant de mourir. Dieu fit de telle sorte dans sa bonté que la vertu du saint restât ignorée des hommes pendant sa vie, et que ses parents ne fussent pas privés de la gráce qu'ils imploraient de voir leur fils et de mourir aprés.
Voici done comment ceux de Rome ont écrit l'histoire de ce qui advint aprés sa sortie du tombeau à Edesse et son arrivée chez eux :
Quand l'Homme de Dieu vit qu'il commençait à être connu des gens d'Edesse, il s'enfuit de cette ville et vint à Laodicée; et, trouvant un vaisseau qui allait à Tarse, il y monta en se disant : « Allons à Tarse, au temple de Saint-Paul. Là je ne serai pas connu du peuple de la ville.» Dés qu'il fut entré dans le vaisseau, celui-ci fut emporté par un vent violent et amené dans la patrie du bienheureux à la ville de Rome. Le bienheureux, lorsqu'il sortit du vaisseau, s'écria : « Dieu soit béni de ce qui arrive! Me voici dans mon pays! Je ne serai plus à charge à personne; mais j'irai chez mes parents. Eux-mémes aujourd'hui ne me reconnaîtront pas.» Et en quittant le vaisseau pour partir, il ajouta : « C'est un effet de la providence du Seigneur. » Parole qui sera confirmée par des signes.
Il s'en alla donc et se rendit chez ses parents. Et il rencontra son pére, qui revenait du palais avec sa suite, et il le salua en lui disant : «Serviteur de Dieu, fais-moi cette gráce, à moi pauvre et étranger, de me laisser demeurer dans ta maison et me rassasier des miettes qui tombent de ta table! avec les esclaves de ta maison. Car il est dit que celui qui donne aux pauvres prête à Dieu?. Le Dieu très-saint t'accordera d'habiter le royaume des cieux. Il bénira aussi celui que tu as à l'étranger