‹ Grammatica linguæ græcæ vulgarisChapitre 142 sur 196 · Matth. V · texte numérisé non relu

Matth. V

nuptiale, et quand il lui donna son anneau et son pallium ! enveloppés dans un voile de soie pourpre; et tous les événements postérieurs de sa vie, de façon qu'après sa sortie du monde ses parents reconnussent à ces signes qu'il était leur fils.

Un jour donc, le dimanche de la semaine sainte, aprés la célébration des mystéres divins, aprés la communion du peuple, alors que l'archevéque Innocent était dans l'église avec les pieux empereurs de la ville de Rome, une voix fut entendue qui sortait de l'autel et qui disait : « Venez à moi, vous tous qui êtes las et qui portez de lourds fardeaux, et je vous donnerai le repos.» L'étonnement et la crainte saisirent tous les assistants, et ils tombérent la face contre terre, criant : «Seigneur, aie pitié de nous!» et implorant Dieu. Et une seconde fois la voix se fit entendre et dit : «Cherchez l'Homme de Dieu, qu'il prie pour Rome! Car vendredi, à la première heure *, Dieu lui reprendra son dépôt.» Et la voix se fitencore entendre pour la troisième fois et dit : « Cherchez.le dans la maison d'Euphémianus, le corps pur de l'Homme de Dieu!»

Or le soir du jeudi de cette semaine, le peuple entier, les pieux empereurs, l'archevéque Innocent et tout le sénat se réunirent,

1. On pourrait être tenté de traduire 1g4?? par «ceinture», car tous les textes grecs portent ζώντν, et l'on sait que notre seconde vie syriaque provient d'une source grecque. Mais lg4?? ou l7? n'a pas d'autre sens que celui de pallium. C'est ainsi que le rédacteur de la vie carschouni du Vatican, qui a constamment utilisé les deux vies syriaques, a compris ce mot. Voy. la traduction du P. Benedetti (Acta Sanct. juill., t. IV, p. 266) : Tum repente assurgens, annulum et pallium exuit, el utrumque urori tradens... * 2. Matth. XI, 28.

3. Les Orientaux faisant commencer le jour avec les premières ombres de la nuit précédente, l'expression ed (ou quelquefois P indique la veille d'une féte ou d'un jour de la semaine, et non pas le matin de cette féte ou de ce jour. ]2-0ος» med que j'ai traduit : «vendredi, à la premivre heure», signifie donc en réalité : «jeudi, à la tombée de la nuit». C'est dans ce sens que la vie romaine a écrit : illucesrente die parasceve; et la vie byzantine primitive avait peut-être : ἐπιφωσχούσης τῆς παρασχευῆς. On sait qu'aujourd'hui encore la célébration des grandes fétes de l'église

catholique commence la veille au soir.

et, portant avec eux la croix qui donne la vie, celle où il y a du bois précieux de la vraie croix, se rendirent au temple saint de Pierre et Paul, cherchant avec ardeur et avec amour le saint corps objet de la révélation. Ils entrérent donc au temple de Saint-Pierre, et les empereurs, les archevéques et tout le sénat tombérent prosternés, suppliant l'Esprit-Saint de leur révéler oü était le saint corps, et implorant avec des cris le secours de notre sainte Dame, la Mére de Dieu, Marie, et des princes des disciples, Pierre et Paul, dont les reliques étaient placées dans une chásse devant eux. Puis les pieux empereurs et les archevéques se levèrent, et tous regardaient au ciel vers Dieu. Et la bonté divine se manifesta pour eux du haut des cieux et leur dit: «C'est dans la maison d'Euphémianus qu'est celui que vous cherchez.» Alors les pieux empereurs et les archevêques, se retournant, appelérent Euphémianus auprés d'eux et lui dirent: « Tu as chez toi une telle gráce et tu ne nous l'as pas révélé!» Α quoi Euphémianus répondit : « Par le Dieu vivant! je l'ignorais.» Aussitôt il manda en toute hâte le chef de ses esclaves et lui dit : «Sais-tu quelqu'un parmi tes compagnons qui posséde une telle grâce?» Et l'esclave, les yeux au ciel, jura par Notre- Seigneur et par le bois de la vraie croix, et répondit : «Je ne connais personne qui possède une telle grâce. »

Alors les pieux empereurs et les archevêques et tout le sénat décidèrent d'aller à la maison d'Euphémianus, pour y chercher le précieux corps. Et aussitót Euphémianus commanda à ses esclaves de préparer des trónes et des sièges pour le cortège des pieux et nobles empereurs et pour les princes des prétres, et d'appréter des lampes et des parfums à l'odeur suave, afin de faire aux empereurs la réception d'usage. Puis les empereurs et les archevéques vinrent à la maison d'Euphémianus.

Or, la mére de l'Homme de Dieu étendit un voile blanc devant une fenêtre, et de là elle regardait et se disait : « Pourquoi ce mouvement et cette agitation? Qu'arrive-t-il et de quoi parle-t-on?» De méme la bru, sa fiancée, se tenait cachée,

regardant elle aussi, et écoutant ce qu'on disait. Alors s'avanga lesclave qui servait l'Homme de Dieu et s'adressant à son maitre : «Celui que vous cherchez ne serait-il pas ce pauvre que tu m'as chargé de servir? Car nous avons vu en lui de grandes vertus et des signes éclatants. D'un dimanche à l'autre dimanche, aprés qu'il avait participé aux ineffables mystères divins, il mangeait deux onces de pain et demeurait ainsi à jeun toute la semaine. Et tout le temps de sa vie, il passa ses nuits sans sommeil. Méme il y eut maintes fois des esclaves qui le souffletaient et se moquaient de lui; mais il acceptait avec une joie grande et un zèle vif tous les tourments qui lui venaient d'eux. » |

Lorsqu'Euphémianus, son pére, eut entendu ces paroles, il s'approcha de l'endroit où il était couché et se pencha sur lui, mais il ne perçut aucun bruit de voix ni de gémissement. Il découvrit son visage, et vit qu'il resplendissait comme la face d'un ange. Et il tenait un papier dans sa main. Et comme son pére voulut le lui prendre pour voir ce qui y était écrit, il se refusa à le lui donner. Alors Euphémianus s'avanga vers les pieux empereurs et leur dit : « Nous avons trouvé celui que vous cherchez.» Et tout de suite il se mit à leur raconter comment il l'avait recu chez lui, il y avait dix-sept ans, et leur fit connaitre aussi qu'il tenait un papier dans sa main et qu'il n'avait pas voulu le lui donner. Sitót que les pieux empereurs l'eurent entendu, ils commandérent qu'un riche brancard fut placé au milieu de l'assemblée et qu'on apportát le précieux corps pour l'y déposer. Puis les pieux empereurs se levérent, avec les archevéques et tous les assistants, et demandérent à ce mort placé devant eux de leur donner le papier qu'il avait à la main. Mais il ne le leur donna pas. Álors les empereurs et les archevéques s’avancèrent vers lui et lui dirent : « Tout pécheurs que nous soyons, nous sommes les Empereurs; et voilà aussi le Pére de, toute la terre habitée. Donne-nous ce papier qui est dans ta main, que nous voyions quelles choses y sont écrites.» Et aussitót il

leur donna le papier. Et l'ayant pris, ils le remirent au vertueux Áetius, grand chartrier de la sainte église.

Celui-ci fit la lecture du papier. Et dès que le père eut entendu le récit qu'il contenait, il reconnut son fils, et, se levant précipitamment du siège où il était assis, il déchira ses vétements, s'arracha les cheveux et répandit à terre ses cheveux blancs. Il courut se jeter sur la poitrine de son fils, et il pleurait amérement et disait : « Malheur à moi! mon seigneur. Pourquoi as-tu agi ainsi envers moi, et as-tu rempli mon cœur de chagrin et de tristesse?» Et il gémissait et disait encore : «J'étais comme dans la désolation d'étre privé de toi; je te voyais étendu devant moi, j'entendais ta voix : et tu ne m'as pas révélé ni montré que tu étais celui que j'espérais revoir, quand en te faisant reconnaitre tu m'eusses consolé et rendu la vie. Malheur à moi! mon fils chéri. Malheur à moi, infortuné et misérable! Que pourrais-je faire, ou que pourrais-je dire? Comment mon cœur ne s'emplirait-il pas de sanglots, quand j'ai la douleur et le chagrin de voir mon fils unique étendu sans vie sur ce brancard et ne me parlant pas? »

Quand la mère l'entendit, pareille à une lionne qui sort de sa cage et Jette des regards furtifs, telle elle sortit aussi, et elle s'avangait au milieu de l'assemblée, — car la foule était grande qui se pressait dans sa maison, — en criant et suppliant son mari de lui faire faire place, pour qu'elle püt embrasser son fils. Puis, arrivée prés de lui, elle pleura avec d'amers sanglots en disant : « Malheur à moi! mon fils chéri, le nourrisson de mes seins, l'espoir des mes yeux, la consolation de ma vie.» Et elle se jeta sur la poitrine de ce corps saint et précieux, qu'elle baisait avec amour; et elle disait dans sa souffrance : « Pourquoi as-tu agi ainsi envers moi, Ô mon fils? Pourquoi as-tu rempli mon cœur de tristesse et de chagrin, et as-tu ajouté à ma douleur premiére cette douleur de t'avoir vu gisant en proie à la misère et aux tourments parmi les esclaves, dans la maison de ton pére? Et moi je l'ignorais! Tu me l'as caché! Tu ne m'as pas révélé

ce secret dont la connaissance m'eüt consolée et m'eüt rendu la vie!» Et ses yeux, ainsi que deux fontaines, versaient des larmes continuelles.

Alors sa fiancée, gémissante et revétue de longs voiles noirs, accourut près de lui, criant et disant à travers ses gémissements : « Hélas! mon seigneur, pourquoi as-tu agi ainsi envers moi? Tu m'as remplie d'une grande affliction! Malheureuse que je suis, qui vois ici ma colombe, le seul qui füt à moi parmi les hommes! Comment te revoir désormais? En qui plus espérerai-je? »

Les empereurs et tout le peuple étaient dans l'admiration. Ensuite les malades et les paralytiques s'approchérent du saint corps et furent guéris. Et ceux qui étaient muets parlérent, et les aveugles virent, et les lépreux furent purifiés et les démons furent chassés.

Puis les pieux empereurs portérent eux-mémes le brancard sur lequel on l'avait placé, afin d'étre sanctifiés par le saint corps. Mais tout le peuple se pressait autour du brancard, de telle sorte qu'ils ne pouvaient avancer. Alors les empereurs et les archevéques ordonnérent de jeter beaucoup d'or et d'argent sur le chemin, afin que la foule se détournát pour courir vers l'or et leur livrát passage. Maisle peuple n'accorda méme pas un regard à cet or : l'unique désir de tous tendait au saint, pour en toucher les restes. À grand' peine purent-ils le porter au temple de Saint- Pierre; et là, on célébra des fétes en son honneur pendant sept jours, tandis que son pére et sa mére et sa fiancée étaient dans le deuil. Ensuite les pieux empereurs ordonnérent qu'on fit une chásse d'or et de pierreries, et, quand on l'eut apportée, on y plaga le corps précieux du saint. Et soudain cette chásse laissa couler un chréme à l'odeur suave, et tout le peuple se pressa pour prendre de ce chréme. Et quiconque en prit, ce lui fut d'un grand secours par la gráce de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Louange à lui, au Pére et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siécles des siécles! Amen.

Fin de U Histoire de l’ Homme de Dieu.

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