XVI INTRODUCTION
humaine, la production du langage. Elle nous dégage de la superstition de l'écriture. Elle nous fait voir, même pour les époques que n'atteint plus l'observation directe, parce qu'elles sont trop éloignées de nous, la facon dont les choses ont dû se passer. Un des principes que mon vénéré maítre, M. Tournier, - expose le plus souvent à ses conférences, un des principes certainement les plus féconds de la science moderne, c'est que, sur tous les domaines, quand il s'agit de nous représenter les faits historiques de l'antiquité méme la plus reculée, les plus fortes analogies nous sont données par l'observation directe de la réalité présente, la plus familière et la plus banale. En étudiant les chansons populaires modernes, en assistant parfois au secret de leur composition, en en faisant une analyse linguistique détaillée, afin d'y reconnaítre les divers éléments dialectaux que ces chansons se sont assimilés dans leur passage à travers tous les pays grecs, on parviendra peut-être à se faire une idée plus nette de la conception et de l'exécution des poèmes homériques. De méme, en écoutant parler les paysans les plus incultes, en suivant de village en village les transformations graduelles d'un méme son, on aura quelque chance de reconstruire les états phonétiques intermédiaires qui ont fait passer φιλέω à φιλῶ. Ces états existaient dans les divers villages de l'Attique et de l'Ionie; mais nul témoignage ne nous les a conservés. Nous pouvons aujourd'hui les rétablir par une déduction dont les bases se retrouvent dans les divers patois grecs. L'étude de la langue ancienne retirera, en effet, plus d'un avantage et plus d'un éclaircissement de la connaissance de la langue moderne et surtout de ses dialectes, pour mieux dire, de ses patois. A Pyrgi, par exemple, le traitement de l'o et de Ιω est resté encore distinct : la consonne est redoublée aprés ο tonique dans στέμμα ; elle reste sans redoublement dans χῶυα, prononcé χόμᾶ, avec un o bien ouvert. J'ai essayé de démontrer ailleurs que la question de la prononciation devait être transplantée sur un autre terrain: l'étude de la prononciation, c'est l'étude méme de la langue. Or, de l'état actuel de la langue, nous pouvons conclure bien des fois à l'existence de faits antérieurs, confirmer ou bien réfuter des hypothéses