INTRODUCTION XXI
donc une distinction entre le cum dicimus, formule de grammairien introduisant son paradigme, et le nos dicimus, servant à caractériser la langue grecque par opposition au latin ou au francais. S. Portius dit donc ici en d'autres termes: nous autres Grecs. |
Mais S. Portius est un Grec catholique. Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet: il prie le Cardinal vz διαφεντέψῃς τήν καθολικήν εχκλησίαν καταπονῶντας τοὺς ἐχβοούς της (2, 15: 4, 5: cf. p. 10). Il termine par ces mots: « Ad Dei omnipotentis gloriam, Fidei Catholicæ propagationem » (68, 27). Comme plusieurs Grecs catholiques de nos jours en Orient, on trouvera méme que S. Portius est un défenseur zélé de sa foi ; il pécherait plutôt par excès : les enneinis de l'église catholique, dont il parle plus haut, ne sont autres que les Grecs, ses compatriotes. Nous voyons encore aujourd'hui des sentiments analogues chez les Grecs catholiques en Orient. Il aime à nous entretenir de sa piété; il met incidemment dans un paradigme : ὁ πάπας εἶνχι eig τὸ ποδάρι, Vel ei; τὸν τόπον τοῦ θεοῦ εἰς τὴν γῆν, Papa vicem Dei gerit in terris (57, 20). Ἡ ne manque pas une occasion de protester de son zéle, méme par ce simple exemple de grammaire : ailleurs il s'écrie pareillement : Ὦ τοῦ θαύματος, o rem admirandam, idest Papæ (08, 23— 239)! !
Le but méme de sa grammaire est de servir aux missionnaires catholiques et de leur mettre ainsi entre les mains un instrument de propagande. Cela paraît ressorÿr des lignes suivantes du Privilége: « ... à la charge qu'ils imprimeroient les Nouveaux Testaments, les Catechismes et les Grammaires és Langues Orientales : et en donneroient gratuitement certain nombre, qui sera envoyé aux Missionnaires d'Orient, pour les distribuer à ceux qu'ils desireroient instruire en la vérité de nostre Religion » (5, 35-40; de méme 6, 21-25). Mais nous avons vu que ce n'était pas son unique mobile : le patriotisme hellénique le poussait pour une bonne part à faire connaître sa langue en Occident. C'est peut-être méme là le sentiment qui l'amena à Paris, où il a probablement résidé quelque temps (Legrand, op. cit., p. 10). La dédicace au Cardinal,
1. Je me servirai de ce second chiffre pour établir la correspondance entre le texte ct votre commentaire. :