XXVI INTRODUCTION
Son grec n'est pas beaucoup plus brillant. J'aurais presque envie de vous dire que son grec sent par instants l'étranger. Je laisse de côté εὐφραδίαν (1, 10) pour ευφράδειαν que S. Portius ne trouvait peut-être pas suffisamment ancien, ainsi que εὐ/λωτταvat; (1,24). Mais il mentionne des tournures qui n'ont jamais été grecques : : Ô δίκαιος χράζεται, Y) Ἀρατειέται µαλάριος am Chou (65,6); (cU µαθαίνεσαι an ἐμένα τὴν γραμματικήν, tu doceris à me grammaticam,... ut apud Latinos (64, 19 — 237). Ce sont là des latinismes que notre auteur a rapportés de l'école. La phrase entière μισεύοντας ἐγὼ ἀπὸ την ἐκκλησίαν ἔπεσεν ἡ στέγη τοῦ σπιτιοῦ σου (62, 18) est aussi bien étrange. Ailleurs (60, 29) il croit devoir établir une distinction syntaxique qu'un Grec parlant naturellement 8a langue ne songerait jamais à faire : « ἐτοῦτο τὸ βιθλίον εἶναι θικόµον, et non τοῦτο τὸ βιξλίον μοῦ εἶναι.» Cette construction ne sert méme pas ici à prévenir chez le lecteur étranger l'emploi d'un xénisme, car elle ne répond à aucune construction francaise, italienne ou latine.
Ἡ ne manque pourtant pas d'expressions parfois heureuses : ἀθύναμα πχιδιά (1, 21). En général, les réflexions justes abondent dans sa grammaire. Certaines parties sont bien traitées. Il a bien compris qu'il y avait une difficulté à signaler et à résoudre dans l'emploi des formes vocaliques et consonantiques des pronoms personnels ἐμένα, ué, ἐσένα, at, ἐσᾶς, σᾶς (09, 30- 85). « Nominativi... ἐμεῖς et cesi; ponuntur absolute initio periodi » (64, 14), nous apprend-il; mais il oublie de nous en donner la raison. C'est que, dans l'exemple méme donné par Portius, ἐμεῖς est emphatique et s'oppose au sujet de la proposition suivante. Or, ce sont les formes emphatiques ou pronominales des pronoms personnels comme des prónoms démonstratifs (εκεῖνος, etc., de méme ἐχεῖ et, par suite, εθῶ) qui présentent la voyelle initiale. Quand le pronom tient la place du nom, il a toujours son ε. Il le garde aussi aprés consonne, probablement par souvenir de la vieille syntaxe où le pronom et le nom semblent ne former qu'un seul mot. On ne dira donc jamais ὁ λαὸς κενο, bien qu'en réalité, ici, le pronom soit un simple adjectif et ne remplace pas le nom. En revanche, le sens pronominal ou emphatique lui-même n'arrive pas toujours à sauvegarder l'e aprés la voyelle finale du
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mot précédent, parce qu'ici la synizése s'opére comme dans l'intérieur d'un mot et de la méme facon que dans τὸ ἔκαμε, où le groupe oe se contracte d'abord on une diphtongue, pour aboutir ensuite àun son unique: roxxue. Vous voyez que la phonétique syntactique n'a pas laissé de jouer son róle dans l'histoire des pronoms: les consonnes précédentes protégent encore le des pronoms, quel que soit le sens du pronom; les voyelles parviennent souvent à absorber méme l’: emphatique. La psychologie n'est pas toujours étrangère à ces alternances. S. Portius ne pouvait pas deviner toutes ces causes, Remercions-le d'avoir signalé et compris le probléme.
Les règles plus nettes qu'il développe à propos de δὲν ua; τὸ ἔστειλε, au lieu de δὲν τὸ ἔστειλέ µας (60, 34-61, 4) sont à retenir. Parfois il oublie ce qu'il a déjà dit. Il ne marque plus la nuance de sens qui s'observe entre les deux tournures γέμίζω τὸ ἀγγεῖον ἀπὸ νερό et veco, sans από (04, 4-9 — 234), bien qu'il ait cherché ailleurs à établir cette distinction (59, 2-7; 61, 30; cf. 62, 9-14). Ses distractions sont assez fréquentes, Mais, en somme, ses formes sont exactes. Son principe est de nous donner la grammaire de la langue commune : « communis usus... quem etiam sequendum esse censemus » (19, 12-13). D'ailleurs, il ne faut pas demander à ce livre une valeur scientifique; vous le savez mieux que personne, Pour notre auteur, at, a, st, εν, ot, ου Sont toujours des diphtongues (1, 21-33); il reconnaît méme des diphthongos improprias dans 7, ω, νι (ibèd.). La preuve pour lui que f se prononce v, c'est que l'on est forcé, dit-il, de transcrire par ur le b italien : si f se prononcait b, on aurait transcrit par β. Ne cherchez pas grand sens à cette observation et ne vous demandez pas S'il parle du ($$ ancien ou moderne. Il est antiérasmien (8, 1 — 12) et croit naivement qu'on discute sur la légitimité de la prononciation actuelle du grec, en tant que langue vivante, ou qu'il s'agit de faire dire désormais en Grèce b pour f. Il est des formes qu'il trouve trop vulgaires : « στένω nimis corrupte » (10, 20). Cela veut dire tout simplement que στένω est un phénoméne dialectal, non admis par la langue commune : c'est pourquoi notre auteur en est quelque peu surpris. Il! déclare ailleurs (12, 6-7;