VIII INTRODUCTION
de renseignements précis à cet égard. L'étude de la langue parlée aurait dissipé tous vos doutes. Vous auriez vu tout d'abord que le ν de l'article tombe toujours devant le c initial du substantif suivant, comme je me réserve de vous le dire tout à l'heure. Vous auriez été également frappé par la facon dont tous les Grecs, méme quand ils parlent francais, prononcent le nom de Constantinople : ils ne disent jamais autrement que Costantinople, parce que la forme Κωνσταντινούπολις; qui est une forme artificielle, devient forcément, dans la bouche du peuple et méme des personnes instruites: Κωσταντινούπολις. Pour savoir si y tombe régulièrement devant p. suivant, comme dans πρᾶνα, πραµατεφτής, il faudrait également relever dans les conversations journalières tous les cas où ce y, méme dans les mots savants, ne se fait plus sentir.
Mais cette étude demanderait non seulement une grande finesse d'oreille, mais encore une extrême sagacité. La langue vivante est aussi difficile à connaître et exige, pour être connue, une investigation aussi méthodique que le patois d'un village. Vous savez que la notation scientifique d'une langue parlée, la distinction des éléments qui lui sont propres et de ceux qui lui sont venus du dehors constituent l'enquéte la plus délicate à mener à bonne fin. Vous connaissez à ce sujet les idées de M. J. Gilliéron et de M. l'abbé Rousselot et ce qu'ils en ont dit l'un et l'autre dans la Revue des patois gallo-romans. Vous n'avez qu'à vous reporter à la remarquable introduction que M. l'abbé Rousselot a mise en tête du 1*' faseicule, tome I*. M. Gaston Paris a consacré à ces études dc patois une longue série de réflexions que vous trouverez dans Les Parlers de France, lecture faite à la réunion des Sociétés savantes, le samedi 26 mai 1883, Paris, Imprimerie Nationale. Pour ne pas vous entretenir plus longuement sur ce sujet, qui a fait pendant tout un hiver l'objet de mon cours, permettez-moi de vous signaler ce que j'ai dit moi-même dans quelques opuscules tout récents: Questions d'histoire et de linguistique (discours destiné au Congrès du Syllogue hellénique philologique de Constantinople); Observations sur la phonétique des patois et leur influence sur les langues communes; Observations sur la langue littéraire