‹ Grammatica linguæ græcæ vulgarisChapitre 9 sur 196 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

moderne; Observations sur quelques phénomènes de phonétique néo-grecque, Paris, E. Leroux, 1888, otc., etc. Suivant un principe que j ai bien des fois essayé de mettre en lumière, quand une langue n'est pas encore fixée par l'écriture, peu de personnes savent comment elles parlent cette langue, et seuls les linguistes de profession sont capables de reconnaítre et de noter les formes qui s'emploient journellement. Le francais, tel qu'il se parle aujourd'hui, n'est pas une langue fixée par l'écriture: nous vivons toujours sur une orthographe de tradition. Si vous entrepreniez de noter phonétiquement la langue parlée, vous étonneriez bien du monde et l'on vous contesterait le bien fondé de vos assertions. Personne ne retrouvera,au premier abord, dans la transcription phonétique letkaste, les mots usuels lettre cachetée. Quelques-uns ne voudront méme pas croire qu'ils prononcent de cette facon. Vous rencontreriez les mêmes difficultés en Grèce; certaines formes d'observation délicate pourront échapper méme à des linguistes. A Constantinople, on dit couramment χκοσιένα, parce que le nom de nombre εἴκοσι. devenant ainsi quatrisyllabique, perd l'accent de l'antépénultiéme qui se trouve reculé sur la préantépénultiéme par l'adjonction de ἕνα, accentué ; c'est ainsi qu'on dira zzusov, mais καμερήµου. Κοσιένα subit alors l'aphérése et serait irrégulier sous toute autre forme. Les personnes qui ne se sont pas encore rendu compte de cette régle ne comprennent pas la raison d'étre de ce phénoméne, et, comme elles ne le prévoient pas, elles ne savent pas l'observer, parce qu'elles ont toujours dans l'esprit et dans l'oreille la forme accentuée εἴκοσι. Ce n'est pas seulement dans les villes que le langage devient difficile à étudier méthodiquement ; si vous voulez recueillir la langue d'un village, vous vous heurterez à bien d'autres obstacles; le paysan qui aura voyagé niera l'existence des formes de son patois quand vous l'interrogerez directement sur ces formes, parce qu'il aura dans l'esprit les formes communes et que celles-ci lui feront toujours l'effet d’être les formes vraiment usitées et normales. En revanche, et par un singulier renversement des róles, dans la langue commune, vous parviendrez avec beaucoup de peine à faire le relevé des formes courantes,

κ INTRODUCTION

parce qu'on s'est habitué à voir imprimées les formes de la langue savante seulement, si bien que celles-ci semblent seules répondre à la réalité. Comme il faut une certaine force d'analvse pour noter sa propre parole, tout le monde ne se sent pas capable de cet effort. Il est tout aussi difficile de savoir comment on parle que de se connaître soi-même.

En étudiant le grec moderne sur place, on remplirait la seconde condition préalable d'une grammaire générale. On reconnaítrait l'existence d'une langue commune et on arriverait à en déterminer les caractères. Ne me demandez ni pourquoi ni comment quelques linguistes ont voulu nier l'existence d'une langue commune en Gréce. Il n'y a pas lieu d'insister sur cette opinion. Ce qui a prior? paraît impossible, c'est qu'il puisse se rencontrer des langues qui ne soient pas communes. Supposez deux villages entièrement isoiés οἱ n'avant de communications qu'entre eux. Chacun de ces villages a un patois bien distinct. Néanmoins il s'établira entre l'un et l'autre, au bout de quelque temps, une langue qui sera commune aux deux villages, c'est-à-dire une langue que comprendront indifféremment les gens qui parlent deux patois distincts. Si vous étendez les rapports de ces deux localités avec des localités voisines et les rapports de celles-ci avec les centres, vous arrivez facilement à la formation d'une langue commune. Tous les Grecs se comprennent entre eux, de quelque point qu'ils viennent: c'est donc qu'il y a une langue universellement connue et comprise en Gréce, en d'autres termes une langue commune. La persistance de certains ty pes locaux bien caractérisés dans la bouche d'un seul individu n'a pas d'importance dans cette question spéciale. Un Grec de ma connaissance, vivant à Paris et parlant d'ailleurs une langue commune contaminée de formes savantes, ne peut s'empécher de laisser passer de temps en temps dans la conversation la forme (νωρίντζω, qui révéle son origine chiote. C'est là une habitude individuelle, restée pour le moment sans influence sur la généralité des sujets parlants. Le svstéme de la déclinaison et de la conjugaison, la lexicologie pour une grande part sont les mémes pour tout le monde. Quelque différence essentielle que l'on puisse remarquer entre le tzaconien. le trébizontain

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