‹ Grand dictionnaire de cuisineChapitre 70 sur 353 · BEC-FIGUE. MI · texte numérisé non relu

BEC-FIGUE. MI

figues, fauvettes, rouges-gorges ; en voici la recette, telle qu'elle m'a été confidentiellement transmise par le chanoine Charcot, gourmand par état, puisqu'il était chanoine , mais qui, à force d'études, s'était élevé de la gourmandise jusqu'à la gastronomie.

Recette du chanoine Charcot, transcrite par Brillât-Savarin pour nianger des ortolans, fauvettes, bec-figues et rougesgorges :

a Commencez par ôter le gésier, puis, prenez par le bec un petit oiseau bien gras, saupoudrez-le d'un peu de sel et de poivre; enfoncez -le adroitement dans votre bouche, sans le toucher des lèvres ni des dents, tranchez tout près de vos doigts et mâchez vivement. Il en résulte un suc assez abondant pour envelopper tout l'organe et dans cette mastication, vous goûterez un plaisir inconnu du vulgaire. »

Le roi Ferdinand de Naples, grand chasseur et grand gourmand, ayant reconnu que, à leur passage sur l'antique Parthénope, les bec-figues s'abattaient particulièrement sur la cqlline de Capodimonte, il y fit bâtir un château qui lui coûta cinq millions.

L'ordre était donné, lorsqu'un vol de bec-figues s'abattrait à Capodimonte, de venir chercher le roi partout où il était, même au conseil.

Le jour où fut portée au conseil la question de la guerre contre la France, guerre que la reine voulait, mais que le roi ne voulait pas , le roi se rendit au conseil avec la ferme résolution de s'opposer à cette triste fanfaronnade par un vigoureux veto.

Mais, à peine la question était-elle engagée, que l'on vint prévenir le roi qu'un magnifique vol de bec-figues venait de s'abattre à Capodimonte.

Le roi essaya de tenir ferme contre lui-même, mais ne pouvant y réussir, il se leva et sortit de la salle du conseil en criant :

<c Faites ce que vous voulez et allez au diable ! »

La guerre fut décrétée et les bec-figues qui avaient déjà coûté au roi cinq millions, faillirent lui coûter encore son trône.

222 BECUNE.

BEC-CROCHE. — Nom vulgaire du jeune ibis ou courlis rouge. Oiseau de la grosseur du chapon, et dont la chair a le goût de celle de Técrevisse.

Son nom lui vient de la forme de son bec. Ce bec lui sert à prendre les écrevisses dont il se nourrit, et qui donnent à sa chair un goût caractéristique.

Cet oiseau est originaire de la Louisiane.

BEC-CROISÉ ORDINAIRE. — Genre d'oiseau de l'ordre des passereaux et de la grosseur du bouvreuil et du dur-bec. Cet oiseau a le bec comprimé et les deux mandibules recourbées de manière que leurs pointes se croisent tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, selon les individus. Il se sert de ce bec si extraordinaire pour grimper, chercher, ouvrir et fendre les pommes de sapin et tous les fruits des arbres conifères, même les pommes et les poires d'où il retire les pépins , les semences et amandes dont il est très-friand.

Cet oiseau habite le nord de l'Europe, sa chair a une saveur aronlatique agréable ressemblant à la térébenthine comme odeur et est très-bonne à manger.

BECHARU. — Oiseau de la famille des palmipèdes ; de la taille de l'oie, il habite le Midi, les côtes d'Espagne et fréquente les rivages de la Méditerranée, il s'apprivoise facilement quoique sauvage.

La chair du bécharu était très-estimée des anciens ; on la servait même assez souvent sur les tables, et on rapporte qu'Héliogabale en fit chercher et s'en régala.

Les nègres considèrent cet oiseau comme sacré.

BECUNE. — Espèce de brochet de mer, très-vorace et très-gourmand ; ce poisson, que sa voracité porte à tout avaler, mange quelquefois jusqu'à des pommes de mancenillier, poison caustique et violent, ce qui rend l'usage de sa chair assez dangereux.

Autrement, la chair du bécune est blanche, ferme, assez grasse et possède les mêmes propriétés alimentaires que celle du brochet ; mais il faut avoir bien soin de s'assurer avant de l'apprêter s'il a les dents bien blanches et le foie très-sain, afin de ne pas risquer d'en être empoisonné*

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