‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 10 sur 1059 · C31H86AZ · texte numérisé non relu

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et laisse pour résidu la sabadilliue

C*1H66az20«3.

On achève de purifier celle-ci en la dissolvant dans l'eau bouillante.

La sabadilliue n'est pas absolument insoluble dans l'éther. L'acide sulfurique ne la charbonne pas, mais donne une solution jaune qui vire au rouge de sang et finalement au rouge carmin ; l ammoniaque ne précipite pas cet alcaloïde de ses sels, à inoins qu'ils ne soient excessivement concentrés, et les carbonates alcalins les troublent à peine. L'alcaloïde libre est solubie dans la benzine, l'alcool ainylique, l'esprit de pétrole et le chloroforme ; il peut cristalliser dans la benzine, mais ne cristaliise ni dans l'eau ni dans l'alcool. 11 ne possède ni action sternutatoire, comme la vératrine, ni action émétique sur les grenouilles; mais ii accélère les battements du cœur. Son chloraurate,

C4lH««Az2013,2HCl(^uCl3)S, est amorphe; son chlorhydrate et son sulfate sont gommoux.

La sabatrine ressemble beaucoup à la sabadittine. Elle donne deux composés avec le chlorure d'or : l'un, amorphe , répond k la formule CSiHSeAz'iOï^HCitAuCl3}*; l'autre, cristallin, répond k la formule

e[C«H8">Az*OVHC]],ll(AuCl*).

La vératrine peut être obtenue en deux modifications, dont l'une très-soiuule dans l'eau. Sa formule est CMH86Azï,0«,M. Weigelin y ayant trouvé moins d'azote que les chimistes qui l'ont analysée avant lui.

SADAU1NO DEGL1 ARIENT1 (Giovanni), littérateur italien, né k Bologne vers 1450, mort après 1506. Il fut, pendant vingt ans, employé comme secrétaire par le comte Andréa de Bentivoglio, puis passa au service d'Hercule de Ferrare. C'est pendant son séjour auprès de Bentivoglio qu'il composa une

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série de nouvelles licencieuses, publiées d'abord sous le titre de Faceliarum Po*e(anarum opus (Bologne, U83, in-fol.), puis sous le nouveau titre de Setlanla vovelle dette le Porrettane (Venise, 1484, in-fol.). On lui doit, en outre, quelques ouvrages restés manuscrits, un Traité de la consolation, etc.

SABADITTI s. m. (sa-ba-ditt-til. Nom que l'on donne, dans l'Inde, au maléfice des regards d'un certain nombre de personnes rassemblées dans un but quelconque.

SABAÏSME, SABAÏTE. V. SABÉISME, SA- BÉBN.

SABAL s. m. (sa-bal). Bot. Genre de palmiers, tribu des coryphinées, dont l'espèce type croît dans la Caroline et la Virginie.

— Encycl. Le genre sabal renferme des palmiers à tige souvent peu élevée ou presque nulle, latérale, k feuilles ou frondes palmées, inultifides, généralement glauques. Les fleurs, hermaphrodites, petites, blanc verdâtre, sessiles, accompagnées de bractées, forment des spadices rameux, placés k l'intérieur des feuilles et protégés par des spathes incomplètes ; elles présentent un périanthe à six divisions; six étamines; un ovaire k trois loges, surmonté d'un style trigone terminé par un stigmate en tête. Le fruit est une baie noirâtre, lobée ou presque globuleuse, renfermant trois noyaux, dont deux avortent assez souvent. Ce genre comprend une douzaine d'espèces, qui croissent pour la plupart dans l'Amérique du Nord. Le sabal acaule est un des plus petits palmiers connus; sa tige est si courte qu'elle parait nulle; la souche émet des bourgeons latéraux qui s'élèvent hors de terre avec les buses des frondes, qui sont palmées et en éventail ; les fleurs sont blanches et les baies noirâtres, de la grosseur d'une olive. Ce palmier habite la Caroline et la Virginie, où on-mange quelquefois ses jeunes pousses et ses fruits. Le sabal parasol atteint jusqu'k 14 mètres de hauteur; ses feuilles, d'un vert métallique, de 2 mètres de largeur, sont portées sur des pétioles longs de plus de 3 mètres; il croît abondamment dans les grandes Antilles; les indigènes emploient ses feuilles pour couvrir leurs cases ; on le cultive, chez nous, en serre chaude. Ou cultive également, mais en serre tempérée, le sabal g laucescent,\e sabal prince et le sabal d' Adanson , qui habite la Caroline et la Géorgie, Quelques auteurs rattachent encore à ce genre le palmetto, que d'autres classent parmi les chamérops. V. ce mot.

SABAL1NÊ, ÉE adj. (sa-ba-li-né — rad. sabal). Bot. Qui ressemble au sabal.

— s. f. pi. Sous-tribu de coryphinées, famille des palmiers, ayant pour type le genre sabal.

SABANDAR S. m. (sa-ban-dar). Introducteur des étrangers auprès des princes de l'île de Java.

SABANPUTE s. m. (sa-ban-pu-te). Bot- Variété de poivre de îles de la Sonde.

SABAOTH ou ZEBAOTH, qualification que les Hébreux donnent k leur dieu Jéhovah, et qui signifie proprement des armées : Jeliovah Zebaoth, Jéhovah des armées, e'esl-a-dire des astres considérés comme des années célestes rangées sous le commandement de ce dieu.

SABARA (VIIXA-REAL-DO-), ville de l'empire du Brésil, province de Minas-Goraes, ch.-l. de comarca, k 90 kilom. N. de Yilla- Iîica, sur la rive droite du rio das Yelhas, qui y reçoit la petite rivière de Subara; 8,000 hab. Lavages d'or; commerce florissant; école latine ; hôtel des monnaies.

SABARIA ou SAYAR1A, ancienne ville de l'empire romain, danslaPannonie Supérieure, fondée parles Boïens et colonisée par l'empereur Claude, d'où elle prit le nom de Colonia Sabaria Claudiana. Pendant les derniers siècles de l'empire, Sabaria acquit une assez grande importance, ainsi que le prouvent les nombreuses antiquités, temples, statues, inscriptions, aqueducs et médailles qu'on y a trouvés. C'est aujourd'hui la ville de Sarwar, dans la Hongrie.

SABARICUS ou SARABACUS SINUS, nom latin du golfe de Martaban.

SABAR-JESU Ier, trente-deuxième patriarche nestorien, né vers 540, mort en 604. Ii était évêque de Dakouka (Assyrie) lorsqu'il fut appelé, en 590, pour succéder comme patriarche k Jesuïah et il accompagna le roi de Perse Ehosrou-Panviz dans l'expédition dirigée par celui-ci contre la ville de Dara ; ce fut au siège de cette ville qu'il mourut. Il avait composé une Histoire ecclésiastique, restée manuscrite, et dont il existe quelques fragments k la bibliothèque du Vatican.

SABAR-JESU II, cinquantième patriarche nestorien , surnommé lo Damnaquin , né à

Nouhadra (Chaldée) vers 780, mort en 836. Il devint évêque de Harran (Mésopotamie), puis fut appelé au siège métropolitain de Damas et enfin au siège patriarcal k la mort de Georges (832). Il est connu par quelques ordonnances sévères qu'il rendit contre le relâchement de la discipline et des études.

SABAR-JESU III, surnommé Zahlionr, soixante-huitième patriarche nestorien, né vers l'an 1000, mort en 1072. Après avoir été évêque de Djondischapour, il fut élu patriarche en l'an 10C3. C'était un des disciples de

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s«unt Maris, évêque de Nischapour, dans le Khoraçan.

SABAR-JESU IV, soixante-quinzième patrianhe nestorien, né a Mossoul vers 1150, mort en 1225. I! fut successivement évêque de Nouhadra, métropolitain de Haza et de l'Adiabène et succéda sur le siège patriarcal à son oncle Jaballaha, en 1222.

SABAR-JESU V, soixante-seizième patriarche nestorien, successeur du précédent, né à Bagdad vers 1190, mort en 1256. Il était le frère d'un médecin célèbre et fut appelé au siège patriarcal en 1226, après une vacanct de près d'un an. Il avait été précédemmen évêque de Garm et de Dakouka.

SABAR-JESU, surnommé Rondnnt, écr.

vain arabe du vu* siècle. Il était de l'Adiabène. province d' Assy rie,et il est très-souvent cfté dans les auteurs syriens du moyen âge. Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il était moine et disciple de Narsès, abbé dTzala, près de Nisibe. Tous ses ouvragps sont perdus. Ils se composaient d'une Histoire monastique de l'Orient et des biographies de personnages illustres, tels que les patriarches Jesu-Zacha, Jesu-Iab, Kam-Jesn,Sabar- Jesu, etc.

SABART, l'ancienne Sabrala, ville de la côte spptentrionale.d'Afrique, dans la régence et k 60 kilem. O. de Tripoli. Elle était la capitale du pays avant l'invasion arabe.

SABAStES S. f. pi. V. SABAZIËS.

SABAT s. m. (sa-ba — mot arabe qui désigne une chaussure ordinairement appelée babouche, mais qui a toujours le bout arrondi et n'a pas de talon.

SABAT, ville d'Ethiopie. V. Sabé.

SABATA ou SABAT1A, nom ancien de Savons.

SABATAÏ-SÉVI, imposteur juif, né kSmyrne en 1625, mort en 1676. Les prophéties des ziéglernesunuonçaientque l'année 1660 serait une grande année pour les juifs et qu'alors le Messie viendrait enfin. Vivement frappés de ces prétendues prophéties, un grand nombre de juifs se préparèrent k recevoir le Messie si longtemps attendu en se livrant ou jeune et k la pénitence. Ce fut ulors qu'un juif, né de parents obscurs, Sabataï-Sévi , très- versé dans la connaissance du Talmud, résolut de profiter de l'occasioft pour déclaiei qu'il était celui qu'annonçaient les prophéties et qu'il venait régn' r sur le peuple de Dieu. En peu de temps, il se fit un certain nombre de partisans, au nombre desquels se trouvait Nathan de Gaza, qui s'annonça comme son précurseur. Nathan défendit aux juifs de jeûner, leur ordonna de se livrer k la joie et publia que, dans quelques mois. Sévi détrônerait le Grand Seigneur, qu'il l'emmènerait chargé de chaînes k Jérusalem et que tous les enfants d'Israël se rallieraient autour de lui des quatre points du monde. Cependant la confiance n'était pas générale. Un riche juif de Smyrne, nommé Pennia, osa soutenir en pleine synagogue que Sabataï n'était qu'un imposteur, et peu s'en fallut que le peuple ne l'assommât. Mais le gouverneur de Smyrne, qui commençait k prendie souci de l'événement, fit arrêter Sabataï pour l'envoyer au sultan Mahomet IV. Toutefois, comme le gouverneur n'était pas incorruptible, on le gagna, et il se contenta d'exiler Sabataï; les juifs racontèrent aussitôt qu'on devait co miracle k Elie, qui s'était fait voir en songe au gouverneur, assis sur une colonne de feu, accompagné d'Abraham et de Mardochée.

Pendant son exil, Sabataï épousa successivement trois femmes, qui l'abandonnèrent peu après la noce parce qu'il était impuissant. Enfin Pennia, gagné, se déclara partisan de l'imposteur. Sa famille se convertit avec lui; sa fille tomba en extase et se mit k prophétiser. Quatre cents personnes, soudoyées par l'argent que Pennia distribuait, en firent autant. Le gouverneur permit k Sabataï de rentrer k Smyrne; les rues furent tendues de tapis pour le recevoir, on lui rendit tous les honneurs imaginables. Un docteur juif, plus ferme que Peiima, ayant voulu éclairer sa nation, le gouverneur l'envoya aux galères. Sabataï écrivit alors aux juifs une lettre dans laquelle il leur annonçait que bientôt ils domineraient tous les peuples de la terre (1066). Comme Elie ne paraissait point, Sévi affirma qu'il se trouvait in visiblement parmi les juifs. Plusieurs docteurs prétendirent alors que le prophète Elie venait s'asseoir k leur table et se vantèrent d'avoir mangé avec lui. Avant de conduira le peuple de Dieu dans la terre promise, il fallait aller détrôner le Grand Turc. Sévi partit pour Constantinople, où il fut reçu par ses coreligionnaires comme le Messie annoncé, liais le grand vizir le fit arrêter et conduire en prison. Pendant les deux mois qu'on le détint k Constautinople, les juifs allèrent se prosterner devant lui avec, autant de respect que s'il eût été Sur le trône. Le sultan partant alors pour une expédition lointaine, on transporta Sabataï dans une des tours des Dardanelles. Ceux de sa nation y accoururent de tous les pays et les Turcs en profitèrent pour faire payer fort cher l'honneur de le voir. Malgré cet impôt exorbitant, la dévotion des juifs augmentait chaque jour.

Sur ces entrefaites, Néhémie Cohen, savant dans la cabale juive, demanda k voir Sabataï. N'ayant pu s entendre dans un long

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entretien, ils se quittèrent ennemis. Néhémie se rendit a Andrinople et accusa Sabataï de troubler le repos public. Des docteurs appuj'èrent son accusation, et le sultan finit par ordonner qu'on amenât le prétendu fils de Dieu en sa présence. A la vue du monarque, celui-ci perdit toute son assurance. Le sultan lui fit, en langue turque, plusieurs questions auxquelles il ne put répondre que par interprète, ce qui surprit étrangement les assistants, qui s'imaginaient que le Messie devait parler toutes les langues. Le sultan fit ensuite dépouiller Sabataï, ordonna qu'on l'attachât à un poteau et que ses archers tirassent sur lui. Il promit de se faire juif et sectateur du Messie si, par un miracle bien facile à exécuter pour le Fils de Dieu, son corps devenait impénétrable aux flèches. Sabataï s'empressa d'avouer son origine terrestre. Le sultan lui donna le choix ou de se faire musulman ou d'être empalé à l'instant; Sévi n'hésita pas et, à la grande stupéfaction des juifs, coiffa le turban et adora le prophète de Médine. Quelques-uns se persuadèrent cependant que Sabataï ne s'était point fait Turc, que son ombre seulement était restée sur la terre et que son coips était allé au ciel attendre des circonstances plus favorables. SABATÊLE s. f. (sa-ba-tè-le). Bot. Espèce de champignon comestible.

SABATH s. m. (sa-batt — mot hébr.) Chron. Onzième mois de l'année hébraïque, correspondant à notre mois de janvier, it On le nomme aussi schébath.

SABATIER (André-Hyacinthe), littérateur français, né à Cavailloti (Vauoluse) en 1726, mort à Avignon en 1806. Décidé à suivre la carrière littéraire, il vint à Paris vers 1752 et devint précepteur d'un fils naturel du duc de Soubise. Son caractère aimable, son esprit hardi !e firent bien accueillir dans les cercles, notamment dans ceux où brillaient Delille, Thomas, Dorât et Collardeau. Sa chanson de la Mouche et quelques autres écrits furent extrêmement goûtés, et ses odes semblèrent un instant promettre à la France un nouveau poste lyrique. Vers 1763, il fut nommé professeur de rhétorique au collège de Toiirnon, puis, quand les oratoriens eurent pris possession de cet établissement, il revint à Paris et reçut une pension de Louis XVI. A l'époque de la création des Ecoles centrales, il professa les belles-lettres successivement dans le Var et le Vaucluse. Vers la fin de sa vie, il reçut une pension du gouvernement impérial. Ses principaux ouvrages sont : Epitre à l'abbé Poulie sur la manière de diviser les discours (1754, in-8°); Conseils sur l'art de parvenir dans la république des lettres (1758, in-8°); Odes nouvelles et autres poésies (Paris, 1766, in-12); Œuvres (Avignon, 1779, 2 vol. in-12), où l'on trouve, outre ce qui précède, un Discours sur les belles-lettres (1769, in-4°) ; Bumbert 11, tragédie, jouée à Grenobleen 1773, Oraison funèbre de Louis XV (1774, in-8°) ; Eloge de Jtfme de Séoignë (1777, in-S"). Sabatier a laissé, en outre, des morceaux insérés dans les Annales du Comtnt- Veiiaissin, un Discours sur l'Etre suprême (1794, in-S°) , l'opéra du Couronnement de Pétrarque (1804, in-8°), entin le Phcenix, poème allégorique.

SABATIER (Raphaël -Bienvenu), chirurgien, uè à Paris en 1732, mort en 1811. Reçu docteur à vingt ans, il devint professeur d'anatomie quatre ans après et enseigna avec un grand succès. Le talent qu'il déploya attira sur lui l'attention de Morand, qui lui fit donner la survivance des fonctions de chirurgien en chef à l'hôtel des Invalides et lui accorda la main de sa nièce (1757). Quelque temps après, Sabatier devint démonstrateur de chirurgie, puis membre de l'Académie des sciences (1773) et censeur royal. Pendant la Révolution, il fut un des trois inspecteurs généraux des armées. Attaché d'abord comme médecin à l'armée du Nord, puis à la faculté de Paris, il occupa ensuite la chaire de médecine opératoire et Napoléon le nomma l'un de ses chirurgiens consultants. Sabatier, qui entra à l'Institut dès sa création, était un opérateur de premier ordre, feut-ètre cependant un peu trop attaché à ancienne pratique. Ce tait un homme simple, frugal, humain, plein de compassion pour les malades. Il a laissé sur son art une foule de mémoires, insérés dans les recueils académiques, et des ouvrages pie ns de sagacité et d'érudition. Celui qui lui fait le plus d'honneur est le traité Le la médecine opératoire (1736, 3 vol. in-8°),dont Sanson et Bégin ont donné une édition nouvelle, mise au niveau des progrè. de la science, en 1822-1824 et 1832 (4 vol. iu-8»). On a encore de lui les ouvrages suivants : Truite complet d'anatomie (1775, 8 Vol. jn-8°, et 1791, 3 vol. iu-S°) ; De broncholomia (Paris, 1752, in-40) ; Delà médecine expectative [l'avis, 1796, 3 vol. in-s°). Enfin il a édite quelques ouvrages : l'Abrégé d'anatomie de C. Verdier (1768) et le Truite complet de chirurgie de Mauquest de Lamotts (1771, 2 vol. in-8<>).

SABATIER (Antoine), dit Saballer de Cuire*, littérateur français, né à Castres le 13 avril l74î, mort à Paris le 15 juin 1817. Son père, qui était marchand, le destina à la carrière ecclésiastique et le mit au séminaire. Le jeune Sabatier s'y lit remarquer par la vivacité et la causticité de bon esprit. 11 venait d'être tonsuré, lorsque, ses supérieurs lui

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ayant défendu de s'occuper de littérature, il quitta le séminaire de Castres et se rendit à Toulouse (1761). Là, tout en donnant des leçons pour vivre, l'abbé Sabatier composa un grand nombre de pièces de vers, un poëine, le Temple de la Volupté, des contes licencieux et fit représenter avec un certain succès une comédie en prose intitulée : les Eaux de Bagnères (1763). En 1766, il se rendit à Paris à l'appel du philosophe Helvétius qui, le sachant sans fortune, lui fit une pension de 1,200 livres. Sabatier commença par publier un recueil de ses poésies, sous le titre de Quarts d'heure d'un joyeux solitaire (1766), qu'il désavoua plus tard, et chercha par divers écrits à capter la confiance des philosophes. A cette époque, il écrivit quelques compilations et des romans, notamment les Bizarreries du destin, qui eurent du succès. Voyant qu'il lui serait difficile de tenir un rang distingué au milieu de la brillante phalange philosophique qui comptait alors tant d'éminents esprits, il pensa qu'il arriverait plus facilement à la réputation en se rangeant parmi ses adversaires. Du vivant même d'IIetvétius, il se mit à faire aux philosophes une guerre a outrance. Comme il l'a avoué plus tard lui-même, « il crut d'une bonne politique de commencer à discréditer leur patriarche, n et il publia, en 1771, le Tableau philosophique de l'esprit de M. de Voltaire (l vol. in-S°), pamphlet virulent, rempli d'inepties et de calomnies gratuites,qui a eu une nouvelle édition en 1802. La cour accueillit ce transfuge avec empressement; elle lui donna un logement au château de Versailles, une gratification de 12,000 livres et quatre pensions, dont une sur le Mercure de France. C'est à ce prix que Sabatier, dont la vie privée était éhontèe, défendit ostensiblement de sa plume la religion et les mœurs ; mais, pour augmenter sas revenus, il faisait imprimer, sous le voile de l'anonyme, une traduction de Boccace et des ouvrages plus obscènes encore. La Révolution inspira naturellement à cet honnête écrivain une horreur profonde ; il émigra immédiatement après la prise de la Bastille. Sa conduite à l'étranger ne fut pas plus honorable; un mémoire sur un nouveau partage de la Pologne et une brochure intitulée Tocsin des politiques (1791) lui valurent une belle gratification de l'empereur Léopold, qui l'attira à Vienne. Dans celte capitale, où il resta quatre ans, il .-.e fit le correspondant ou plutôt l'espion politique du prince Alex. Mourousi, hospodar de Moldavie, moyennant 1 10 ducats par mois. 1! continua dans l'émigration son métier de pamphlétaire à gages et s'établit, vers 1803, à Aitona. Pour rentrer en France, il prodigua vainement à Napoléon tesépithètes de génie du bien, de sauveur, de héros, do demi-dieu; il ne put revenir à Paris qu'à la suite des Bourbons, qui lui accordèrent une pension de 3,500 francs, et il eut l'audace de se plaindre de l'avarice du gouvernement. Bien qu'impotent et presque aveugle, il gaspilla sa pension, continua à se livrer à ses habitudes crapuleuses, a faire de nouvelles dupes et mourut dans la misère, chez les sœurs de la Charité de la rue Neuve-Saint- Etieune. Le principal ouvrage de Sabatier a pour titre : les Trois siècles de la littérature française ou Tableau de l'esprit de nos écrivains depuis François 1er jusqu'en 1772 (Paris, 1772, 3 vol. in-80; 6e édit., 1801, 4 vol. in-12). Le style en est incorrect, mais facile et plein de finesse; les jugements littéraires de l'auteur sont généralement d'un goût sûr, mais d'une partialité révoltante quand il trouve ious sa i lume un philosophe. On cite encore à part : Dictionnaire de littérature (1777, 3 vol. in-S°); les Siècles païens (1784, 9 vol. in-12) et le Véritab.e esprit de J.-J. Itousseau (1804, 3 vol. in-8"), compilation où se trouve groupé d'une manière assez habile tout ce que le philosophe de Genève a écrit en faveur de la religion, de la morale et du gouvernement monarchique. Les autres ouvrages de Sabatier sont : le Temple de la Volupté, poème (s. 1. c. d., in-12); les Quarts d'keure d'un joyeux solitaire (Amsterdam, 1766, in-12), contes obscènes; l'Ecole des pères et des mères, roman (AniMerdum, 1767- 1769, 2 vol. in-12) ; la Matomanie ou le Songe moral et critique d'un jeune philosophe (1767, in-80) ; Betsi ou les Bizarreries du destin, roman (17t>9-1788, 2 vul. in-12); le Cri de la justice ou Itemontrance à Apollon sur les ouvrages de nos meilleurs auteurs (1773, in-80) ; Abrégé historique de la vie de Marie-Thérèse, impératrice, et de Churtes- Emmanuel 111, roi de Sarduigue (1773, in-S°); Journal politique national (1789), réimprimé sous te titre de Tableau des travaux de l'Assemblée constituante (1799, in-8°); Lettre sur les causes de la corruption du goût et des mœurs (Aix-la- Chapelle, 1790, in-12); le 2'ocsin des politiques (Paris, 1791, in- 18), opuscule qui engagea l'empereur à faire venir l'auteur à Vienne, où il demeura quatre années ; Pensées et observations morales et politiques (Vienne, 1794, in-S") ; Lettre d'un observateur sur Bonaparte et Louis XVII 1 (Ërfurt, 1801, in-8<>) ; Lettres critiques, morales et politiques sur l'esprit, les erreurs et les travers de notre temps (Erfurt, 1802, in-12); Considérations politiques sur les gens d'esprit et de talent (Londres, 1804, in-8u); De la souveraineté ou Connaissance des vrais principes du gouvernement des peuples (Alloua, 1806,2 vol. in-80). Il en a tiré une brochure intitulée : Citations curieuses (Paris, 1815, in-8"); ApoloQie de

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Spinoza et du spinoztsme contre tes athées, les incrédules et contre les théologiens scolasli- I ques platoniciens (Aitona, 1806, in-8°) ; les I Caprices de ta Fortune, précèdes d'une notice littéraire sur Sabatier (Paris, 1809, 3 vol. in-12). Enfin, l'abbé Sabatier a publié le Dictionnaire des passions de Sticotti (Paris, 1 769, : 2 vol. in-8») et a traduit les Contes de Boci cace (Paris, 1779, 10 vol. in -18), souvent ' réimprimés. Parmi les manuscrits laissés par 1 lui, on cite un Testament moral, politique et littéraire (2 vol.) et un Dictionnaire des dieux et des héros (4 vol.).

SABATIER (André), économiste français, né dans la seconde moitié du xvriio siècle, mort à Paris en 1829. Il était, en 1789, administrateur des hôpitaux de Paris. Ayant embrassé avec ardeur la cause de la Révolution, il fut nommé administrateur du département de Paris. Après le 13 brumaire, auquel Sabatier prit une grande part, Napoléon récompensa le zèla de son partisan par la préfecture de la Nièvre. Destitué en 1802, Sabatier vécut dans la retraite et ne s'occupa plus des affaires publiques. Ses principaux ouvrages sont : Adresse à V Assemblée constituante sur les dépenses générales de l'Etat (1790, in-8<>); Du crédit public et particulier (1798, in-4°) ; Tableaux comparatifs des dépenses et des contributions de ta France et de l'Angleterre (1805, in-8<>); Des receltes et dépenses publiques de ta France (1816, in-8°); Des banques et de leur influence (1817, in-8»); De larépartition de la contribution foncière (l%\9, in-S»).

SABATIER (MUe BÉnazët, dame Gavkaux- Sabatier, connue sous le nom de M*""*), cantatrice française, née à Paris en 1822. Elle est fille d'un violoncelliste distingué qui lui apprit le piarçp, et, à quinze ans, elle était une pianiste remarquable. Elle étudia alors le chant, épousa en 1839 M. Sabatier et, peu après, se mit a chanter dans les salons. En 1842, elle parut pour la première fois dans un concert public, chanta avec Poullierleduo du deuxième acte de Guillaume Tell et obtint un vif succès. A partir de ce moment, elle s'est fait entendre dans un grand nombre de concerts, où elle a mis en vogue une foule de romances. M™e Sabatier a obstinément refusé d'entrer au théâtre. Elle a composé des romances et des opérettes agréables.

SABATIER DE CABRE, magistrat français, né vers 1745, mort en 1816. Conseiller au parlement, il se fit remarquer avec d'Eprémenil par la vive opposition qu'il fit au pouvoir, appuya Robert de Saint-Vincent dans l'éloquente protestation que fit entendre celui-ci lors de la séance royale du 19 novembre 1787, et fut compris dans l'ordonnance d'exil qui frappa les plus fougueux parlementaires en même temps que le duc d'Orléans. De retour à Paris, ii prit part avec ses collègues à tous les mouvements qui préparèrent la Révolution ; mais , comme tant d'autres, il la renia dès que la Révolution eut englouti le parlement avec la royauté. Arrêté comme suspect sous la Terreur, il sortit de prison après le 9 thermidor et acheva sa vie dans l'obscurité.

SABATINI (Francisco), architecte espagnol, né à Palerme en 1722, mort à Madrid en 1798. Il débuta à Naples par la construction des casernes de cavalerie sises auprès du pont délia Maddalena; puis il suivit à Madrid le roi Charles III et fit quelques additions ou modifications au palais Royal de Madrid et aux palais du Pardo et d'Aranjuez. Ce fut cet architecte qui éleva successivement la porte d'Alcula, la porte San-Vincente, la douane, la manufacture de porcelaine du Buen-Retiro, le mausolée de Ferdinand VI. Sa dernière œuvre fut le grand autel de la cathédrale de Ségovie. Sabatini reçut, comme récompense, les titres de lieutenant général et d'inspecteur général du génie.

SABATRINE s. f. (sa-ba-tri-ne). Chim. AIcaluïde que M. Weigelin a extrait des semences de cévadille, ou il coexiste avec la vératrine et la sabadilline. V. sabadillinb.

SABAUDIA, nom latin de la Savoie, au moyen âge.

! SABAYE s. f. (sa-ba-ie ou sa-bè). Mar. Cordage servant à amarrer les bateaux, il

j Petit câble servant à haler les petits navires le long du rivage, il Corde établie en va-etvient d'une embarcation à terre.

SABAZIE s. f. (sa-ba-zl — dugr. Sabazios,

surnom de Bacchus). Bot. Genre de plantes,

i de la famille des composées, tribu des séné-

I cionées, comprenant quatre espèces, qui crois-

' sent surtout dans l'Amérique tropicale.

SABAZIES ou SABASIES s. f. pi. (sa-ba- : zî). Antiq. gr. Fêtes que l'on célébrait en

Phrygie en l'honneur de Bacchus Sabazius, ; dieu auquel un bouc était consacré et dont

le culte prêtait à des cérémonies licencieuses.

— Encycl. Dans ces fêtes, on révélait les

mystères de la naissance de Bacchus qui

avait été conçu, disait-on, par Sabazius, fils

de Jupiter; d'autres disaient que Bacchus

I avait été conçu dans la cuisse de Jupiter

! par l'intervention de Sabazius, bien que le

i plus grand nombre ne crût pas à toutes ces

j fables et donnât pour mère à Bacchus la fa-

' meuse Proserpine. Quoi qu'il en soit, les sa-

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bazies étaient des fêtes d'une licence tellement effrénée qu'Aristophane crut devoir, dans une comédie intitulée Sabazius, proposer d'abolir le culte de Bacchus à cause des cérémonies nocturnes de ces fêtes. La tradition de Bacchus Snbazien n'était point nationale chez les Grecs; elle leur venait des Sabes, l'un des sept peuples thraces qui se servaient, pour leur culte, de prêtres appelés besses, d où vient l'épithète de Bassareus donnée au dieu lui-même. Diodore, qui nous parle des sabnzies, ne nous rapporte aucun détail des mystères nocturnes qui leur faisaient suite, par la crainte de blesser la pudeur, et il parait, d'après son récit, que les adeptes se livraient h des actes (l'une telle lubricité qu'il fallait n'avoir conservé aucune pudeur pour en rester spectateur. Malgré l'horreur que ces fêtes mystérieuses inspiraient aux gens sensés et honnêtes, ce imite barbare se maintint dans toute lu Grèce, et les Romains eux-mêmes faillirent l'adopter. En l'année 514 de Rome, on tenta d'introduire à Rome te culte de Bacchus Sabazius ; mais le préteur des étrangers le défendit, dans l'intérêt des mœurs, et s'opposa à ce que les novateurs pussent s'assembler. Toutefois, pendant l'empire et partieuli' remeut sous le règne de Domitien, k l'époque où la capitale du monde était devenue I asile de tous les cultes qui pouvaient alimenter nu accroître la corruption, on vit apparaître les sabazies, oui subsistèrent jusqu'à la victoire complète du christianisme.

SABBAT s. m. (sa-ba — latin sabbatum, grec sabbaton, mot biblique, de l'hébreu schabat, repos. Quant au mot sabbat pris dans Je sens d assemblée nocturne des sorcières, il est probablement identique avec le précédent, l'idée fondamentale paraissant être fête, solennité. Le savant Huet pensait au grec Sabazios, épithète de Bacchus, en latin Sabazius ou Sttbadius, probablement de la même famille que le grec sebâ, sebomai, vénérer, sebas, vénération, asebes, impie ; savoir, la racine sanscrite sëv, honorer, servir, vénérer, d'où sêca, adoration, hommage, service, sévilar, adorateur, sêrvilva, dévotion, etc.; mais cette dérivation est bien suspecte. Nous admettrions volontiers avec M. Littré, en ce qui concerne le second sens, que c'est là une di-rivatiun injurieuse du sens du sabbat, k cause de l'opinion populaire qui, méprisant les juifs, assimila leur fête à une réunion de sorciers). Chez les Juifs, le dernier jour de la semaine, le jour du repo- : Le jour du sabbat. Les Juifs se scandalisaient de ce que les apôtres épluchaient des épis le jour du sabbat ; ils se scandalisaient même des miracles que le Sauveur faisait ce jour-là. (Mass.) il Observation du repos religieux : Le sabbat a été fait pour l'homme, et nnn pas l homme pour le sabbat. (Sacy.) Le sabbat était le point capital sur lequel s'élevait l'édifice des scrupules et des subtilités pharisaiqups. (Renan.) Les juifs ne gardent plus le sabdat. (Peyrat.) il C'A "min du Sabbat, Distance à laquelle le3 juifs peuvent s'éloigner de leurs demeures le jour du sabbat.

— Prétendue assemblée nocturne des sorti n bri

les sorcières tenaient leur sabbat dans cette forêt. (Acad.) J'aimerais cent fois mieux cire au sabbat, (KegnanU C'e»t eu rêve que ta plupart dessorcières allaient au sabbat. (A. do Gasparin.) Les surcières reparaissent et tiennent entre elles une conversation oïl te délire du sabbat éclate en trivialités hideuses. (Th. Gaut.)

— Par ext. Grand bruit, grand tumulte, accompagné de désordre, de confusion : Ces ivrognes, ces chats ont fait un sabbat épouvantable toute la nuit. Alors ce ne fut que jeux et que ris avec un sabbat effroyable, car on ne s'entendait pus l'un l'antre, (D'Ablane.) Quel diable deSABBATl (J.-J. Rous.)

Voyez le beau sabbat qu'ils font à notre porte ! Messieurs, allez plus loin tempêter de la sorle.

Racine.

— Criailleries contre une personne que l'on réprimande : Son père va lui faire un beau sabbat. Adieu, ma très-aimable ; voilà ma compagnie qui me fait un sabbat horrible. (Mme ue Sév.)

— Hist. ecclés. Sabbat marianique, Rit que le pape Urbain II introduisit à l'occasion des croisades.

— Agric. Instrument qui sert à nettoyer les grains.

— Encycl. Hist. relig. Chez les Juifs, le septième jour de la semaine devait être sanctifié par l'abitention de tout travail servile, en mémoire du jour où Dieu se reposa après avoir employé les six jours précédents à l'œuvre de la création. Nous ne discuterons pas ici dans quel sens doivent être compris les six jours de la création, ni si la création elle-même est possible; nous renvoyons pour ces questions au mot création et k d'ancres articles spéciaux du Grand Dictionnaire; nous ne voulons qu'exposer sommairement ce qu'était le Sabbat chez les Juifs et la rigueur des peines portées par leur loi contre les violateurs du repos hebdomadaire. Au ch. xxxi de l'Exode, v. u, on lit : « Celui qui travaillera dans ce jour doit mourir {Peribit anima illiut de média populi sui). On

ciers, des sorcières, sous la présidence du diable : Aller au sabbat. Le bruit était que

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Toit un exemple de l'application de cette loi implacable au cb. xv des Nombres : les Juifs étaient alors dans le désert, et un homme ayant été surpris lorsqu'il ramassait du bois un jour de sabbat fut lapidé par le peuple. Non-seulement l'homme devait s'abstenir de tout travail ce jour -là , mais il devait veiller à ce que ses enfants, ses serviteurs, ses bestiaux même observassent l'inaction commandée, et le Deuiéronome ne donne plus seulement pour motif l'exemple que Dieu avait donne dans la. création, il ajoute un motif nouveau, plus humain cette fois, le besoin du repos après le travail (Ut requiescat set-vus tuas et oncîlla tua, sicut et tu). Les Juifs ne furent pas toujours fidèles observateurs de cette loi; mais Dieu les en punit avec beaucoup de rigueur : la captivité de Babylune eut pour principale cause, d'après les paroles mêmes des prophètes, le relâchement qui s'était introduit parmi le peuple dans 1 observation du sabbat. Par contre, on a vu quelquefois le respect pour le sabbat porté à l'excès : ainsi, des Juifs poursuivis par les troupes du roi Aniiochus se laissèrent égorger sans essayer de se défendre, parce que ces troupes les assaillirent un jour de sabbat. Du temps de Jt-sus-Christ, les pharisiens poussaient aussi jusqu'à une rigidité excessive l'observation du sabbat, et ils lui reprochaient de guérir ce jour-là les malades qui se présentaient à lui. On sait que Jésus n'avait pas des vues si étroites, et que dans la réponse qu'il leur fit il alla jusqu'à dire que le sabbat était Tait pour l'homme, et non I homme pour le sabbat; mais de telles paroles étaient, pour les pharisiens comme pour lu plupart des Juifs, uu véritable sujet de scandale.

11 serait curieux de savoir comment les rabbins de nos jours interprètent la défense absolue du travail pendant la journée du sabbat, qui commence le vendredi au coucher du soleil et tinit le samedi à la même heure. Il est probable que, comme nos easuistes modernes, ils ont été obligés d'apporter bien des adoucissements a une loi dont l'exécution formelle «st devenue presque impossible. Ce qu'il y a de certain, c'esi que nous voyons touslesjours des juifstenir boutique ouverte, faire et recevoir des payement.-', travailler de toutes manières le samedi comme lesauires jours, et non-seulement ils ne sont pas lapidés, mais nous croyons même qu'ils ne sont ni excommunies ni condamnés par leurs rabbins à une expiation quelconque. Ce n'est pas seulement chez les chrétiens qu'on peut dire :

II est avec le ciel des accommodements!

Les premiers chrétiens commencèrent d'aboril par observer la loi du sabbat comme les Juifs; niais ils remplacèrent bientôt ce jour par le dimanche, eu mémoire de la résurrection pascale. Ainsi, on ne peut plus dire des chrétiens qu'ils se reposent un jour après en avoir consacré six au travail : ils se reposent avant d'avoir travaillé, puisque le dimanche est le premier jour de la semaine. Mais leur but est différent; ce n'esi pas le repos qu'ils cherchent, c'est la sanctilication, et pour sanctifier la semaine, ils disent qu'il faut en consacrer le premier jour à des exercices religieux. Cependant les docieurs catholiques appliquent au dimanche toutes les prohibitions que la loi de Moïse appliquait au samedi, c'est-à-dire au sabbat, et quund on leur demande de quel droit ils changent ainsi le sens des commandements divins, ils répondent que Jésus leur a dit: «Tout ce que vous lierez et délierez sur la terre sera lié et délié dans le ciel.»

— Sorcell. Tout le moyen âge a cru qu'à certains jours, à minuit précis, les sorciers et tes sorcières se réunissaient en un endroit écarté et faisaient par leurs enchantements descendre Satan au milieu d'eux; les morts mêmes soriaient parfois de leur tombeau et se mêlaient a l'orgie et aux conjurations, qui se prolongeaient jusqu'au point du jour, jusqu'au premier chant du coq.

Théophile Gautier, dans Albertus, a donné une description poétique du sabbat, que nos lecteurs nous sauront gré de mettre ici sous leurs yeux :

Chauves-souris, hibous, chouettes, vautours chauves, Grands-ducs, oiseaux de nuit aux yeux flambants et

[fauves, Monstres de toute espèce et qu'on ne connaît pas, Stryges au bec crochu, goules, larves, harpies, Vampires, loups-garous, bruculaque3 impies, Mammouths, léviathaas, crocodiles, boas.

Cela grogne, glapit, siffle, rit et babille, Cela grouille, reluit, vole, rampe et sautille; Le sol en est couvert, l'air en est obscurci. Des balais haletants la course est moins rapide, Et de ses doigts noueux tirant a soi la bride, La vieille cria : C'est ici.

Une flamme jetant une clarté bleuâtre. Comme celle du punch, éclairait le théâtre. C'était un carrefour dans le milieu d'un bois. Les nécromans en robe et les sorcières nues, A cheval sur leurs boucs, par les quatre avenues. Des quatre points du vent débouchaient a la fois. Les approfondisseurs des sciences occultes, Faust de tous les pays, mages de tous les cultes, Zingaros basanés et rabbins au poil roux, Cabalistes, devins, rêvasseurs hermétiques, Noirs et faisant râler leurs souffles asthmatiques : Aucun ne manque au rendez-vous.

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Squelettes conservés dans les amphithéâtres, Animaux empaillé», monstres, fœtus verdatres, Tout humides encor de leur bain d'alcool; Culs-de-jatte, pieds bots montés sur des limaces, Pendus tirant la langue et faisant des grimaces ; Guillotinés blafards, un ruban rouge au co!. Soutenant d'une main leur tête chancelante ; Tous les suppliciés, foule morne et sanglante, Parricides manchots couverts d'un voile noir, Hérétiques vêtus de tuniques soufrées, Roués meurtris et bleus, noyés aux chairs marbrées : C'était épouvantable à voir.

Le président, assis dans une chaire noire. Avec ses' doigts crochus feuilletant le grimoire, Epelait à rebours ie nom sacré de Dieu. Un rayon échappé de sa prunelle verte Eclairait le bouquin et sur la page ouverte Faisait étinceler les mots en traits de feu. Pour commencer la fête on attendait le Maître. On s'impaiieniait; il tardait & paraître Et faisait sourde oreille ù l'évocation... Enfin, il arriva,

, fit un signe, et la troupe

Pour ouïr le concert se réunit en groupe.

Les virtuoses font, sous leurs doigts secs et gréics, Des stradivarius grincer les chanterelles; La corde semble avoir une âme dans sa voix ; Le tam-tam caverneux comme un tonnerre gronde; Un lutin jovial, gonflant sa face ronde, Sonne buriesquement de deux cors a la fois. Celui-ci frappe un gril, et cet autre en goguettes Prend pour tambour son ventre et deux os pour ba- Quatre petits démons sous un archet de fer [guettes. Font ronfler et mugir quatre basses géantes. Un grand soprano tord ses mâchoires béantes : C'est un charivari d'enfer.

Le concerto Uni, les danses commencèrent. Les mains avec les mains en chaîne s'enlacèrent. Dans le grand fauteuil noir le Diable se plaça Et donna le signal. Hurrah! hurrahl la ronde Fouillant du pied le sol, hurlante et furibonde, Comme un cheval sans frein au galop se lança. j Pour ne rien voir, le ciel ferma ses jeux d'étoiles i Et la lune prenant deux nuages pour voiles, Toute blanche de peur, de l'horizon s'enfuit. L'eau s'arrêta troublée, et les échos eux-mêmes Se turent, n'osant pas répéter les blasphèmes ! Qu'ils entendirent cette nuit!

On eût cru voir tourner et flamboyer dans l'ombre Les signes monstrueux d'un zodiaque sombre; L'hippopotame lourd, Falstaff a quatre pieds, Se dj-eaSïtit gauchement sur ses pattes massives Et s'épanouissait en gambades lascives.

Le cul-de-jatte, avec ses moignons estropiés, [bes. Sautait comme un crapaud, et les boucs, plus ingam- Battaient des entrechats, faisaient des ronds de j&nv Une tête de mort à pattes de faucheux [bes.

Trottait par terre ainsi qu'une araignée énorme ; Dans tous les coins grouillait quelque chose d'in- Des vers rayaient le sol gacheux. [forme ;

La chevelure au vent, la joue en feu, les femmes Tordaient leurs membres nus en postures infimes; Arélin eût rougi. Des baisers furieux Marbraient les seins meurtris et les épaules blanches ; Des doigts noirs et velus se crispaientsur les hanches, On entendait un bruit de chocs luxurieux. Les prunelles jetaient des éclairs électriques, Les bouches se fondaient en étreintes lubriques; C'étaient des rires fous, des cris, des râlements! Non, Sodome jamais, jamais sa sœur immonde N'effrayèrent le ciel, ne souillèrent le monde De plus hideux accouplements.

Le récit de Th. Gautier, admirable de mouvement et de poésie fantastique, néglige une des parties les plus importantes du sabbat , celle des conjurations. Les auteurs du moyen âge en dressent une telle liste que l'on doit s'imaginer que les membres du sabbat ne perdaient pas leur temps. Ils s'occupaient :

D'envoyer des loups dans les troupeaux de moutons et dans les bergeries; des rats, des charançons et des vers dans les greniers; des chenilles, des sauterelles et d'autres insectes dans les champs pour gâter les grains ; des taupes et des mulots dans les jardins pour perdre les arbres, les légumes et les fruits.

D'envoyer des maladies de langueur et de longue durée aux hommes et aux bêles, en sorte que les. uns et les autres s'affaiblissent visiblement sans qu'on pût les secourir.

De faire sécher une certaine herbe afin de tarir le lait des vaches.

De tremper des balais dans l'eau, afin de faire pleuvoir.

De faire des figures de cire, de boue et d'autres matières, de ies piquer au cœur, de les approcher du feu ou de les déchirer, afin que les vivants auxquels on en voulait éprouvassent les mêmes maux.

De cheuiller certaines personnes. Cheviller était un maléfice dont l'avocat Pierre Massé, dans uu Traité des diubles, dêoiiis, etc., parle en ces termes : « On pratique aujourd'hui bien fort une espèce de maléfice qu'on appelle cheviller; par icelui, ou empêche les gens de faire leur eau. J'eu ai vu qui en sont morts. >

De donner la male-nuit, c'est-à-dire d'empêcher de dormir; ce qu'on faisait en regardant l'étoile du matin et en lui disant : « Je ta salue, étoile lumineuse, et le conjure que tu ailles bailler la male-nuit à N..., selon mes intentions. Va, petite. Va, petite. Va, petite. »

Nous pourrions considérablement allonger la liste de tous les enchantements qui se

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pratiquaient au sabbat; car cette cérémonie infernale n'était pas une fiction. On allait au sabbat ; des gens fanatisés, hommes et femmes, se réunissaient, en effet, pendant la nuit pour commettre leurs maléfices et pour se livrer à de hideux accouplements. Le pire est que leur imagination était surexcitée à tel point qu'ils s'imaginaient avoir vu le diable, se déclaraient sorciers au milieu des tortures de l'idiote justice de ce temps, racontaient les monstruosités que Satan avait accomplies sur leurs personnes et montaient sur le bûcher, les femmes surtout, avec un farouche enthousiasme. Nous en parlons plus amplement au mot sorcier.

La peine de mort, mort horrible et précédée de tortures plus horribles encore, était prononcée contre ceux qui étaient accusés ou qui s'accusaient eux-mêmes d'être allés au sabbat. Ils élaient, en effet, coupables de quinze crimes énormes qu'énumère Budin dans sou livre De la démonomanie (ch. vj.n Premièrement, dit-il, leur profession première est de nier Dieu et toute religion. Leur deuxième crime est, après avoir renoncé à Dieu, de le maudire, bluspliémeretdépiter...Le troisième crime est encore plus abominable; c'est qu'ils font hommage au diable, l'adorent, lui sacrifient... Le quatrième crime est encore plus grand ; c'est que plusieurs ont été convaincus et ont confesse d avoir voué leurs enfants à Satan, pour laquelle méchanceté Dieu proteste en sa loi qu'il embrasera sa vengeance contre ceux qui dédiaient leurs entants à Moloch.... Le cinquième passe encore plus outre; c'est que les sorcières Sont ordinairement convaincues parleur confession d'avoir sacrifié au diable de petits enfants préalablement qu'ils soient baptisés, les élevant en l'air et puis leur mettant une grosse épingle en la tête... Le sixième crime passe encore plus outre; car les sorciers ne se contentent i;as de sacrifier ou diable leurs propres enfants et les faire brûler par forme de sacrifice, mais encore les consacrent à Sulan dès le ventre de la mère puur faire mourir l'uti et l'autre... Le septième et le plus ordinaire est qu'ils promettent uu diable d'attirer à son service tous ceux qu'ils pourront... Le huitième crime est d'appeler et de jurer par le nom du uinble eu signe d'honneur... Le neuvième est qu'ils sont incestueux ; car Satan leur fait entendre qu'il n'y eut oneques parfait sorcier et enchanteur qui ne fût engendré du père et de la fille ou de la mère et du fils. Le dixième est qu'ils font métier de tuer les personnes, qui pis est d'homicider les petits enfants, puis après les faire bouillir et consommer jusqu'à rendre l'humeur et chair d'iceux potables... Le onzième crime est qu'ils mangent la chair humaine et nièmumeut les petits enfants et boivent leur sang avidement. Kl quand ils ne peuvent avoir des enfants, voni déterrer les hommes des sépulcres ou bien s'en vont aux gibels pour avoir la chair des pendus... Le douzième est de faire mourir par poison ou sortilège; car c'est beaucoup plus grièvement offenser de tuer par poison qu'à i'urce ouverte, et encore plus grief de faire mourir par sortilège que par poison... Le treizième crime est de faire mourir le bétail, chose qui est ordinaire, lit pour cette cause, un sorcier d'Augsbourg, l'an 1569, fut tenaillé pour avoir fait mourir le bétail, ayant pris la l«rme du cuir des bêtes. Le quatorzième est ordinaire, porté par la loi; c'est à savoir de faire mourir les fruits et Causer la famine et stérilité en tout un pays. Le quinzième est que les sorcières ont copulation charnelle avec le diable et bien souvent près des maris, et toutes confessent cette méchanceté. Voilà quinze crimes détestables, le moindre desquels mérite la mort exquise. »

Depuis l'époque où l'ut écrit le livre dont nous venons de citer un fragment, les opinions ont bien changé. On ne brûle plus aujourd'hui les sorciers ; on met les escrocs et les charlatans en prison, taudis qu'on met les pauvres fous à Chareuton ou à Bieétre.

Le commentateur du Matmantite , Paul Miuucci, docteur en droit, raconte une anecdote où figure le balai flamboyalit des sorcières. Comme depuis longtemps on est sans nouvelles du sabbat, on ne lira pas sans in> térêt cette histoire, aujourd'hui fort inconnue et cachée au fond d'un travail d'érudition où nul ne s'aviserait de l'aller déterrer.

Vers le milieu du xvme siècle, une sorcière fut amenée dans les prisons de Florence. Le juge qui l'interrogea reconnut en elle une femme très-convaincue de l'efficacité de ses opérations magiques : qu'elle envoûtait son prochain, suçait ies petits enfants, allait au sabbat, en un mot toutes les sottises du métier. Cependant, pas un seul fait prouvé : il n'y avait contre elte que ses aveux. Le magistrat lui dit : * Vous allez à Bènévent, sous le noyer? (v. Géuin, au mut noykr.) — Sans doute. — Eh bien, je vous ferai gnlee à condition d'y aller cette nuit et de me raconter demain matin tout ce que vous y aurez fait. — Mais, dit cette femme, il faut me rendre la liberté pour que je puisse faire mes conjurations et mes frictions dans ma chambre, car le diable ne viendrait pas nie chercher ici en prison. — Accordé, je veux même vous payer un souper où vous admettrez deux convives. » Elle y consent et rentre chez elle. Les convives étaient deux jeunes gens, deux camarades, dont l'un était garçon jardinier chez le juge. Ils firent boire et manger copieusement la voyageuse qui, après le des-

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sert, se leva et passa dans un cabinet voisin pour y procéder à sa toilette diabolique, prenant bien soin de laisser la porte et la fenêtre ouvertes, car le diable exige cela. La sorcière, s'étant frottée de plusieurs sortes d'onguents mal odorants, s'étendit sur un lit et s endormit tout de suite. Alors les deux jeunes gens, bien instruits de ce qu'ils avaient a faire, entrèrent dans la chambrette et, avec de bonnes cordes, ils attachèrent solidement la magicienne par les brns et par les jambes aux quatre coins du lit; après quoi ils l'appelèrent par son nom de toutes leurs forces. Mais elle resta aussi insensible qu'un cadavre. Ils se mirent alors à la martyriser, lui brûlant le sein, et puis après une cuisse* ils lui firent des plaies en différentes parties du corps et lui brûlèrent la moitié de sa chevelure jusqu'au i-uir de la tête. Tout cela ne produisit rien. Aux premières lueurs de l'aube, la femme donna quelques signes de vie et parut se réveiller avec des soupirs et des gémissements. Le jardinier courut chercher une chaise à porteurs ; l'autre délie la femme et la rhabille comme il peut, tout étourdie du Sommeil et surtout du traitement qu'elle avait enduré. La chaise anive, on transporte la sorcière et la voilà de nouveau en présence de son juge :s Eh bien, étes-vous allée à Bènévent?—Oui, mais j'y ai cruellement souffert [ On m'a fouettée avec des verges de fer rougies au feu. J'ai été traînée, puis attachée par les bras et par les jambes, et, en me rapportant sur son dos, le bouc m'a brûlé la moitié de mes cheveux avec le balai allumé. — Et pourquoi vous a-ton fait suuffrir de la sorte? — Pour me punir de vous avoir obéi. • Elle ajouta qu'elle se sentait mourir de la douleur de ses piaies.

Le magistrat la fit panser avec beaucoup de soin et lui dit après : « Vous n'êtes pas allée à Bènévent; vous n'avez pas bougé de votre chambre; c'est moi qui vous ai fait maltraiter pour vous démontrer votre erreur et vous déterminer à y renoncer; si vous le faites, je vous pardonnerai. »

Miuucci termine en disant : « Grâce à ce stratagème, l'habitarmagistrat acquit la certitude d'une vérité sur laquelle il ne formait aucun doute. ■ C'était bien la peine de torturer une pauvre folle 1

Sabbat des sorcières (le), chronique de 1459, par Louis Tieek, littérateur allemand (1S33). On sait que ce fut la mode au xv siècle de brûler les hérétiques et les sorciers, qu'on désignait sous le nom général de vaudois. Vers H58, la ville d'Arias devint te principal tlfeàtre de ces sanglantes exécutions. Une des premières victimes fut un certain ermite nommé Robert de Vaux, qui fut arrêté et brûlé publiquement. L'évêque d'Arras était absent en ce moment et son diocèse était administré par son frère, Jean, evêque de Baruth in partibus. Ce dernier assura que Robert lui avait fait des révélations et lit arrêter une dame Catherine Deniselle, qui passait pour femme galante, un vieux peintre nomme Labitte, plusieurs vieilles femmes et quelques gens du peuple, auxquels on fit le procès après les avoir préalablement torturés. Le 9 mai, tous les prétendus coupables furent amenés sur un grand échafaud dressé dans la cour de l'èvéché et entouré d'une grande foule de peuple. L'inquisiteur fit. un long discours pour expliquer ce que c'était que la vauderie ; puis, quand il eut fini, il interpella les accusés et leur demanda s'ils étaient coupables du crime dont on les accusait et s'ils avaient pris part au sabbat des sorcières. Ils répondiient : « Oui.» Alors leur sentence fut prononcée; ils furent retranchés de l'Eglise et livrés au bras séculier. Mais lorsque ces malheureuses victimes entendirent qu'elles allaient être brûlées, elles se mirent à pousser de grands cris accusant les juges et racontant que c'était à force de tortures et de promesses qu'on leur avait arraché des aveux, mais que rien de ce qu'elles avaient avoué n'était Vrai. Elles n'en furent pas moins brûlées tout en protestant de leur innocence. Tels sont les faits et les personnages quo Tieck a mis en scène avec un grand talent dans le Sabbat des sorcières. Les caractères sont parfaitement tracés : le fanatique évêque de Baruth, le vieux peintre Labitte sont des figures pleines de vérité. Les mOiurs de l'époque sont reproduites avec une scrupuleuse exactitude et un grand luxe de couleur. Toute la terreur sépulcrale, ignorante, pieuse, douloureuse, fanatique de ce temps est puissamment résumée dans ce livre , qui présente quelque analogie avec la Hanse macabre de M. Paul Lacroix.

Sabbat (LE) OU lo Dlnimicbe, poëme, par

J. Grahame (1804 et 1805). L'auteur célèbre les modestes plaisirs de la journée du dimanche; il décrit les charmes d'une habitation rustique, le calme religieux du matin, une promenade dans les champs, un nid d'oiseau; il peint les sites et les mœurs d'Ecosse avec une joie si Sincère et avec une telle fidélité d observation, que le lecteur est obligé de voir et de .-.entir comme lui, de se réjouir avec lui des humbles sujets de puésie et de méditation qu'un pieux sentiment de fraternité fait découvrir dans les mille aspects de la nature, la mère commune des êtres. Ces scènes de la vie de campagne, ces épisodes si simples qui s'encadrent dans le paysage des Highlands sont racontés sans exagération et souvent avec un accent ému ou solennel.

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On cherche la poésie bien loin et bien haut, dans la région des chimères et des allégories, et l'on oublie que la source la plus pure et la plus féconde en est à la portée de la main. Grahame ressemble a quelques égards à Cowperetà Burns. Comme celui-ci, il aime les montagnes d'Ecosse, et comme celui-là il applique à la composition de ses tableaux un remarquable talent d'observateur. PoEte religieux, et national, Grahame tombe quelquefois dans la sombre mélancolie de l'homme du Nord. Cette tristesse dérive chez lui d'une commisération anxieuse pour ceux de ses semblables qui souffrent du malheur ou de l'oppression. Son style plaît par le naturel, la clarté et la concision , mais sa versification ne brille ni par l'aisanco ni par la variété. Grahame a plus de délicatesse que de force.

Sabbat (la ronde du), d'après la ballade de Victor Hugo , grande lithographie de Louis Boulanger, publiée en 1828. C'est la scène la plus diabolique, la plus naïvement infernale que le crayon ait peut-être jamais tracée. Le peintre dessinateur a fait le portrait de Satan et celui de sa cour comme d'après nature. L'odeur du soufre s'en échappe.

On connaît la ballade du grand poëte; c'est le programme d'une de ces bonnes fêles nocturnes où tous les joyeux compères du pays des taupes venaient s'ébattre et faire carnaval dans les lieux saints. 11 est minuit, nous sommes dans le chœur d'une vaste église ; des arcades ào;;ive s'élèvent à perte de vin: sur nos têtes. Tout à coup les vitraux se brisent,

Et Ton entend l'eau sainte où trempe un buis bénit Bouillonner à grands flots dans l'urne de granit.

Une épaisse fumée s'épand sous les voûtes ; on voit briller des lueurs funèbres, et l'oreille est frappée à la fois par des cris lugubres, des chants joyeux, des hurlements, des soupirs, des abois ; c'est la légion de Lucifer qui descend en tourbillon. Larves, dragons, vampires, sorcières, nécroniants, tous les mousires des lieux sombres, enlacés les uns aux autres par leurs griffes, leurs ailes ou des chaînes de serpents, se 'tirent, s'entraînent, se précipitent sur le pave du chœur:

Les mains cherchent les mains. Soudain la rondt

[immense Comme un ouragan sombre en tournoyant commence.

Et leurs pas, ébranlant les arches colossales, Troublent les morts couchés sous le pavé des salles.

Au milieu de cette ronde hideuse, Satan, debout en habitd'arclievèque, la crosse en main, revêtu de la chasuble et cachant ses cornes sous la mitre, semble battre la mesure et régler du pied les pas de ces aimables danseurs, tandis que, des deux cotés du chœur, douze diables, déguisés en moines, un cierge à la main, les lunettes sur le nez, sont assis gravement dans les stalles et psalmodient selon saint Matthieu.

Telle est l'esquisse de cette scène bizarre et fantastique qui fut, pour le moyen âge, un article de foi et qui, chez nous autres incrédules du xixe siècle, n'est plus bonne qu'à inspirer aux poètes et aux peintres des débauches d'esprit et de talent. Quand les peintres, même du xvie siècle, faisaient des diables, malgré la lumière qu'avait répandue sur le inonde la Renair-sanee, c'était pour qu'ils lissent peur, et il n'est pas sûr qu'après les avoir faits ils n'en n'eussent pas peur euxmêmes. Les démons de la Ronde du sabbat de L. Boulanger inspirent d'autres idées ; ils sont presque tous malins et rusés : c'est le côté ironique de la diablerie qu'il a voulu rendre. Ils se jouent de la bêtise humaine et trouvent amusant de tromper les hommes avec des mines de cafards sensuels comme les trompaient les moines et les prêtres du temps. C'est pourquoi il a donne à son Satan les airs d'un tartufe goguenard sous son habit d'archevêque et sous la mitre où il cherche à cacher ses cornes. Ce sont moines et prélats comme Rabelais les connaissait et les a fait connaîtra.

Celte vaste lithographie, recherchée des amateurs et devenue assez rare, semble un peu négligée dans l'exécution ; les détails pourraient eu être plus arrêtés. Mais c'est là une improvisation de la fantaisie, et il n'y faut considérer que la composition et l'ensemble. Or, il est impossible de concevoir une telle scène avec plus d originalité. L'enlacement de ces milliers de ligures, leur tournoiement étrange, leurs expressions si variées, si grotesques, si surprenantes, captivent le regard. C'est le produit d'une imagination vraiment pittoresque, qui rend bien ce qu'elle a conçu. Le peintre anglais Martin avait de cette imagination-là, de cette force de conception dans ces sortes de compositions compliquées et pour ainsi diie surnaturelles, dont, en poésie, la Diuine comédie de Liante et le Paradis de Milton sont les prototypes. La ballade de Victor Hugo paraît classique a cote de ce dessin de Boulanger qu'elle a inspiré, tant celui-ci s'y est montré prodigue de variété, de vie excentrique et de mouvement. En contemplant cette fantasmagorie lithographies, les contes de bonnes femmes, les histoires de sorciers, île goules et de vampires prennent une sorte de réalité, et l'on est presque disposé à se croire devenu tout à coup contemporain de l>ante.

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< SABBATA, ancienne villa d'Ethiopie. Y. Sabb.

SABBATAIRE s. m. (sa-ba-tè-re — rad.

sabbat). Hist. relig. Nom donné à des juifs qui, bien que convertis au christianisme, pratiquaient encore les observances judaïques, et notamment le repos du sabbat, il Nom donné i des anabaptistes qui regardaient l'observation du sabbat comme obligatoire.

SABBATHIEN s. m. {sa-ba-ti-ain — de

, Sabbathius, n. pr.). Hist. relig. Membre d'une

secte fondée au iv« siècle par Sabbathius,

qui enseignait que la Pâque devait être celé'

. brée, comme celle des Juifs, le quatorzième

jour de la lune de mars.

| SADBATII1EU (Pierre), savant français, né à Poitiers en 1682, mort à Reims en 1742.

| Il prit; en 1700, l'habit chez les bénédictins et acquit dans son ordre une telle réputation d'érudition qu'on l'employa, à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à la rédaction des Annales bénédictines. La part qu'il prit aux querelles du jansénisme le Ht exiler , en 1724, à l'abbaye de Saint-Nicaise, à Reims. Son principal ouvrage, qui porte pour titre : Bibliorum sacrorum latins versiones antiqux seu velus ilalica (Reims, 1743, 3 vol. in-fol.), est une édition de l'ancienne version dite italique ou commune de la Bible.

SABBaTIUER (François), écrivain français, né à Condom en 1735, mort en 1807. Après avoir donné des leçons particulières, il professa, de 1762 à 1778, la troisième nu collège de Chàlons-sur-Marne et publia un certain nombre de compilations qui eurent du succès. Il devint alors secrétaire perpétuel de l'Académie de Châlons et membre correspondant de l'Académie de Berlin. Ayant gagné quelque argent, il eut l'idée d'établir une papeterie, se ruina complètement et Se retira alors près de Châlons, dans un village où il termina sa vie. En 1795, il fut compris sur la liste des écrivains auxquels la Convention accorda une subvention, et reçut une somma de 3,000 fr. Sabbathier dut sa réputation à un Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs classiques, grecs et latins (Châlons, 176G-1815, 37 vol. in-S»), dont un volume de planches, immense travail fait sans goût et d'une érudition suspecte. Parmi les autres ouvrages de cet auteur, les seuls qui méritent d'être cités sont les suivants : Essai historique et critique sur l'origine et la puissance temporelle des papes (1764, in- la), couronné par l'Académie de Berlin ; Manuel des enfants (1769, in- 12) ; Recueil de dissertations sur divers sujets de t histoire de France (1770, in- 12) ; les Exercices du co)~ps chez les aiiciens (1778, 2 vol. in-S°), livre assez recherché.

SABBAT1 (Liberato), botaniste italien, né vers le commencement du xvitio siècle, mort à une époque inconnue. Il s'établit comme chirurgien à Rome et fut nommé conservateur du jardin botanique de cette ville. Sabbati parcourut alors les Etats romains pour étudier la flore de cette contrée et consigna le résultat de ses recherches dans un ouvrage intitulé : Synopsis planlarum qux in agro Jtomano luxuriantur (Perrare, 1745, in-i<> de 50 pages). On lui doit encore, en collaboration avec tieorges Bouelli, Bortus roinunus juxta systema Tournefortianum (1772- 1784, 8 vol. iu-fol.).

SABBATIE s. f. (sa-ba-tl). Bot. Genre de plantes, de la famille des gentianées, tribu des chironiées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent dans l'Amérique boréale.

SABBATIN, INE adj. (sa-ba-tain, i-ne — rad. sabbat). Qui appartient au samedi. Il Peu usité.

— Dr. canon. Bulle sabbatine, Bulle qui contient les privilèges du scapulaire accordés à Simon Stock, et qui promet, chaque samedi, la délivrance d'une aine du purgatoire.

— s. f. Scolast, Petite thèse de controverse que tes écoliers de philosophie soutenaient à la tin de la.première année de leur cours.

SABBATIN1 (Andréa), dit Andréa de Sa-

leruo, peintre italien, ué à Salerne vers 1480, mort en 1545. Elève de Raphaël en 1512, il doit être compté comme le plus fidèle disciple et le plus habile imitateur du maître, immédiatement après Jules Romain. On cite, parmi ses plus beaux ouvrages, ses madones, la fresque et les tableaux Ue l'église Santu- Maria-delle-Grazie, k Naples, et surtout les peintures qu'il a exécutées k Salerne et à Gaëte. Le inusée du Louvre possède une Visitaiion de cet artiste.

SABDAT1M (Lorenzo), dit Loi-eiulno da

Bolofua, peintre italien, ué k bologne vers 1533, mort en 1577. Il imita successivement RaphaUl et le Parmigiano et s'acquit une grande réputation comme fresquiste. Les peintures qu'il exécuta k Rome, où l'appela Grégoire XIII, lui valurent la place de surintendant des travaux du Vatican. On cite, parmi ses principales compositions : la Foi triomphant de l'Infidélité, dans la chapelle Pauline, au Vatican ; une Madone et une Assomption, à Bologne; le M uriuge mystique de sainte Catherine, à Dresde ; le Christ au tombeau et la Vierge sur un trône, k Berlin; une Madone, au Louvre; Suint Michel pesant les âmes, à Saii-Giaeomo de Bologne, tableau qu'Augustin Carrache a grave. Cet artiste

SABD

joignait à une imagination vive et féconde une grande habileté d'exécution.

SABBATIISI (Luigi-Antonio), compositeur italien, né à Albano, près de Rome, en 1739, mort à Padoue en 1809. Entré chez les franciscains, il étudia le contre-point sous la direction de Martini et de Vallotti, fut nommé maître de chapelle de l'église des Douze- Apôtres, à Rome, et devint, en 1780, directeur de la maîtrise de Saint-Antoine de Padoue. Sabbatini fut nommé, en 1807, membre de l'institut du royaume d'Italie. On a de lui : Elementi teorici délia musica (Rome, 1783, in-4°) ; Vera idea délie musicali nûmeriche signature (Venise, 1795, in-4<>), traité des accords; l'rattalosopra le fughemusicati{Vsnise, 1S02, 2 parties in-4°); Vie de Vallolli (1780, in-8°). On lui doit, en outre, un grand

| nombre de morceaux de musique sacrée , pour la plupart restés manuscrits.

| SABBATIQUE adj. (sa-ba-ti-ke — rad.

sabbat). Qui appartient, qui a rapport au sabbat : Repos sabbatique.

— Hist. juive. Année sabbatique, Chaque septième année, pendant laquelle on faisait reposer les terres ei durant laquelle il étaii défendu de poursuivre lus débiteurs, il Rivière sabbatique, Nom donné à une petite rivière de la Palestine qui, disent les histuriens ecclésiastiques, coulait pendant six jours et s'arrêtait le septième.

— Eccycl. Année sabbatique. Les livres sacrés des Juifs racontent que Dieu avait ordonné aux Hébreux de laisser tous les sept^ ans, pendant une année, leurs terres sans culture, et pour les dédommager il leuravait promis qu'a chaque sixième année, la terre leur produirait une triple récolte (Exode, xxw, 10; Léuitique, xxv, 3, 20). Il leur donnait cet ordre, comme celui de se reposer le septième jour de la semaine, en souvenir de la création du inonde, qu'il avait opérée en six jours, pour se reposer lui-même au septième. Il les menaçait, s'ils manquaient à l'observation de ce commandement, de les transporter dans une terre étrangère, de ruiner et de désoler leur pays, et de faire ainsi reposer leurs terres malgré eux. Les Hébreux se conformèrent à cet ordre, du moins sous les Juges jusqu'au règne de Saùl, et depuis le retour de Babylone jusqu'à l'ère chrétienne.

L'historien Josephe rapporte, en effet, qu'Alexandre étant à Jérusalem le grand prêtre Jaddus lui demanda pour toute grâce de laisser les Juifs vivre suivant leur loi et de les exempter de tribut à la septième année, ce que l'illustre conquérant leur accorda. Les Samaritains tirent de même parce qu'ils observaient également l'année sabbatique (Antiq. jud., u, S). De même, nous lisons dans le premier livre des Macchabées (vi , 49) qu'Antiochus ayant tenu pendant longtemps assiégée la ville de Bethléem, en Judée, les habitants furent forcés de se rendre à lui ù cause du manque de vivres, parce que c'était l'année du repos de ia terre. Josephe nous apprend encore dans le même ouvrage (xiv, 17), que les Romains imposèrent aux habitants de Jérusalem un tribut qui devait être payé tous les ans, excepté Vunnéesaobatique, parce que l'on ne semait et qu'on ne recueillait rien pendant cette année-là. Il dit encore (vin) que, pendant le siège de Jérusalem fait pur llérode et Sosius, les habitants furent réduits à la plus grande disette parce que l'on était dans l'année sabbatique. Enliu, Tacite dans Ses Histoires (v, 1) affirme aussi le repos observé tous les sept ans par les Juifs, mais comme il ne connaît pas leurs idées religieuses, U attribue cette coutume à leur penchant pour l'oisiveté.

Il fallait que les Juifs fussent bien attachés à l'observation de leur année sabbatique, pour ne pas y renoncer au milieu des malheurs de toutes sortes qui étaient -venus fondre sur eux. Sans doute, leur dieu n'était pas fidèle à sa promesse puisqu'il y avait disette de vivres dans l'année sabbatique, bien qu'il leur eût promis une triple récolte k la tin de la sixième année ; mais ce peuple singulier, formaliste et entêté de ses rites, qui nous étonne par la fidélité avec laquelle il conserve encore aujourd'hui ses antiques cérémonies, obéissait aveuglément aux prescriptions émanées de son Jehovah, sans songer un instant à voir si Jéhovuh lui-même tenait fidèlement ses promesses. Bergier fait les plus grands efforts pour prouver que, jusqu'à la mort de Jésus-Christ, Dieu a tenu su promesse ; et il le soutient au moyen de ce sophisme : « Dieu a bien donné triple récolte, c'esi-k-dire ce qu'il fallait au peuple, mais non pas de quoi payer des tributs. '

SABBATISER v. n. ou iutr. (sa-ba-ti-zé — rad. sabbat). Hist. relig. Célébrer le jour du sabbat.

SABBATISME s. m. (sa-ba-ti-sme — rad.

sabbat). Hist. relig. Observation du salibat.

SABBlONETTA, ville du royaume d'Italie, province de Crémone, district de Casaltnaggiore, chef-lieu de mandement, à 9 kiloin. du Pô, dont elle était presque riveraine au moyen âge ; 6,623 hab. Distilleries; fabrication de vinaigre. Petite place forte défendue par un château fort.

SABDA BBAHMA s. m. (sa-bda-bra-ma).

Mode de contemplation qui mérite un bonheur paifait aux dévots indous qui s'y livrent.

SABÉ

— Encycl. Le mot sabda-brahma signifia littéralement paroie de Brahma et, en réalité, méditation sur le monosyllabe sacré et mystérieux oum ou om, qui est, comme on sait, Brahma lui-même. Comme ce mot oum est composé de trois lettres qui n'en font qu'une dans l'écriture, on doit s'imaginer que !o est Brahma, l'u Vichnou et Y m Siva. Le caractère qui représente ces trois lettres, dont l'union forme le sabda-brahma, est terminé par un demi-cercle avec un point au milieu qu'on appelle biudon, qui est lo symbole de l'être purement spirituel. Ceux qui désirent opérer leur salut doivent méditer sans cesse sur ce mot et le répéter à tout moment. Mais, pour faire cette méditation avec fruit, il faut

: commencer par sa vaincre soi-même en trni vaillant à la mortification des sens et des ] passions. On doit donc peu k peu retirer ses pensées et ses affections de tous les objets créés pour les fixer au point ou biudou meri- ; tionné plus haut. Quand on en est venu lit, un seul moment de méditation suffit pourvoit, mériter un bonheur parfait. Vichnou jette toujours des regards de complaisance sur île pareilles méditations, et, des qu'on a pu déterminer la volonté k croire fermement que le sabda-brahma ou le mot oum est la divinité même, on voit Vichnou dans tous les êtres, on n'y voit que lui seul, on n'enteuo que lui, on ne pense qu'à lui et l'on ne croit pas que rien existe hors de lui. Comme il n'ev, { point de science au-dessus des vedams, mmême aussi il n'est point de coiueui; latii i. qui égale en mérites le sabda-brahma ou l>mot oum, qui est la divinité même, comme on l'a dit plus haut.

I SABDARIFA s. m. (sa-bdari-fa). Bot. Non: i vulgaire de la ketmie comestible ou goiubu.

SABii, appelée aussi SABAT et SABBATA,

ville de l'Ethiopie ancienne, sur la côte de l.i mer Rouge. Elle fut importante sous lus P<<>léiuées et k l'époque romaine. On croit généralement que c'est aujourd'hui Assau, dans l'Abyssinio, près du détroit de Bab-el-Màudeb.

SABE.V REGI A, ville ancienne de l'Arabie, j appelée aujourd'hui Zkbid.

I SABÉEN, ÉENNE s. et adj. (sa-bé-ain, I é-è-ne). Uéogr. ane. Habitant Ue la ville ou I du pays de Saba; qui appartient à cette ville, | à cette contrée ou k leurs habitants : Un S\-

békn. Une Sabêisnnk. Les mœurs sablonnes.

L'encens SABÉiiN était fort estimé, il On dit

aussi SABAÏTB.

— Hist. relig. Qui appartient, qui a rat>j port au sabéisme : Le culte sabken. u On dit

aussi SABIKN.

I — Encycl. Les Sabéens, peuple de rae<? sémitique, habitaient autrefois l'Arabie Heu-

, reuse et les cotes de la mer Rouge, non loin de la partie septentrionale de l'Yémen moderne. Les Sabéens nous sont représentes parles écrivains grecs et romains, et entre uutres pur biodore et Strabon , connue le peuple le plus puissant, le plus nombreux tt le plus riche de l'Arabie. Leur pays passai;

. pour produire en abondance de l'encens, da la myrrhe, du benjoin, des parfums, etc., mais on le disait rempli do serpents venimeux. Quant aux moeurs des Subéens , les détails sont contradictoires; tantôt on nous les montre oisifs et désœuvrés, tantôt, au contraire, entretenant avec la Syrie et la

, Mésopotamie des relations commerciales trèssuivies et allant même chercher des objets

I d'échange et des matières premières jusqu'en

: Ethiopie, où ils se rendaient montés sur des bateaux de peaux.

| La plupart de ces détails d'origine grecque et romaine sont justifiés par des ùoeu-

| inents sémitiques. Ainsi, l'Ancien Testament nous parle sans cesse du pays de Sa La, qu'il appelle (d'après la transcription littérale) Cheba et qui était célèbre par la quantité

l prodigieuse d'encens, d'epices, de pierres précieuses, d'or même qu'il produisait en abondance (Livre des Jlois, Jerémie, lsaïe). Ezechiel et Job nous apprennent également que les Sabéens avaient le moiioputu presque exclusif du commerce de celte partie de l'Asie. La fumeuse reine de Saba, qui visita Salomon et qui joue un si grand rôle dans les traditions hébraïques et arabes, venait de celle contrée et non pas d'Ethiopie, comme l'a prétendu faussement l'historien Josephe, qui, trompé par une fausse analogie de traus cription, a confondu Saba ou Cheba (par un cliiu, son chuintant) avec Seba (par un samedi, articulation hébraïque répondant au s dur), qui est l'ancieu nom de Meroé.

Sabéciuet le eabUnie (LES) [Die Ssabier Uud der Ssabismus] , par le docteur Chwolsohn ( Suint -Pètersbourg, 1856, î vol. iu -8"). il. Chwolsohn s'est attaché dans cet ouvrage à recueillir et à coordonner aveu un soin et une érudition méritoires tout ce qui pouvait jeter quelque jour sur cette secte et ses adhérents. Dans cette vue, il n'a épargné aucune recherche, aucun voyage. Toutes les bibliothèques de l'Europe ont été mises par lui à contribution et lui ont fourni de nombreux et précieux matériaux. Grâce à un travail intelligent, il a pu recueillir, sur une matière eu apparence d'une étendue bornée, une monographie aussi étendue qu'instructive qui n'occupe pas moins de deux gros volumes in-s<> de huit cents k neuf cents pages chacun. Et partout, comme le remarque M. Qua»

SABE

treinère dans l'excellent compte rendu qu'il en a donné dans le Journal des savants, une critique judicieuse préside à la disposition des produits de la plus vaste et de la plus solide érudition.

L'ouvrage sr divise naturellement en deux sections. Dans le premier volume, le savant auteur s'applique à coordonner, à discuter les nombreux, objets qui font la matière de son livre. Le second tome contient les passages originaux cités dans ses recherches et qui sont accompagnas de traductions exactes et d'un commentaire plein d'érudition. Dans sa préface, M. Clvwolsohn donne quelques détails sur la composition de son ouvrage. Dès son enfance, il avait lu les renseignements que donne Maimonide sur les doctrines des sabéens. Curieux de compléter ces détails, il se rendit à Vienne en 1847 pour copier, d'après deux manuscrits que renferme la bibliothèque de cette ville, un chapitre d'une haute importance consacré aux sabéens et qui fait partie de l'ouvrage intitulé Filirist at-oloum, c'est-à-dire le Catalogue des sciences. Non content de transcrire ce morceau curieux et de l'accompagner d'un commentaire, il y réunit une foule de matériaux, soir, connus, soit inédits. En 1851, l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg, sur le rapport de MM. Dorn et Rtinik, résolut de publier le livre à ses frais. L'impression fut commencée. Mais bientôt M. Chwolsohn, soit par lui-même, soit par les soins d'amis éclairés, obtint de nouveaux matériaux en grande piirtie inconnus et se trouva en état de refondre quelques parties de son travail et de confirmer ou modifier les idées qu'il avait dû se former sur plusieurs points.

Le premier volume se divise en deux livres. Le premier, qui est de beaucoup le plus étendu, comprend treize grands chapitres. Le savant auteur y discute des objets d'une haute importance. Il expose d'abord l'idée que les savants de l'Europe se sont formée relativement aux sabéens et les erreurs dans lesquelles ils sont tombés à ce sujet. Il s'attache à prouver que les subéens dont il est fait mention dans le Coran étaient identiques avec les mendaïtes, vulgairement appelés sabéens ou chrétiens, de Saint- Jean. Il fait voir comment les idolâtres établis dans la ville de Harran adoptèrent le nom de sabéens. Il indique le caractère des dogmes que professaient les habitants de Harran. Il examine, en suivant un ordre chronologique, l'idée que ies écrivains musulmans s'étaient formée des sabéens et le développement que cette idée prit sous la plume de ces auteurs, qui finirent par comprendre sous cette dénomination tous les idolâtres antiques. Il traite des païens nui ont existé dans les contrées soumises à 1 islamisme. Le dixième chapitre, qui est à 'coup sûr un des plus étendus et des plus importants de l'ouvrage, contient une sorte d'histoire de la ville de Harran, cette ville antique qui fut le lieu de la résidence d'Abraham et qui, sous le nom de liarra, fut célèbre chez les écrivains grecs et latins. Cette histoire de la ville et de ses habitants est continuée jusqu'à l'an 832 de Jésus-Christ, époque où les Harraniens adoptèrent le nom de sabéens. Dans le chapitre suivant, l'auteur expose l'état intérieur des sabéens, tant à Harran que dans d'autres villes. Ensuite il donne des détails biographiques et littéraires sur ceux des habitants de Harran qui se distinguèrent par leurs talents dans les sciences et par d'autres genres de mérite et sur les rapports qui existèrent entre les sabéens et les musulmans. Le second livre est consacré à retracer tout ce qu'on sait sur les doctrines religieuses ou philosophiques des sabéens. Le second volume, ainsi que nous l'avons dit plus haut, comprend les textes orientaux qui ont servi de base aux recherches de l'auteur.

On voit facilement, d'après ces quelques indications, que le travail de M. Chwolsohn est un ouvrage très-considérable et qu'il est riche en faits Ue toute espèce et en idées nouvelles exposées avec une vaste érudition et une critique judicieuse.

SABÉISME s. m. (sa-bé-i-sme. — V. l'étymol. à la partie eucycl.). Hist. relig. Nom donné à la religion des adorateurs du feu. On dit aussi sabaïsme et sabisme. Il Religion des sabéens, chrétiens de Saint-J ean ou mendaïtes.

— Encycl. On donne le nom de sabéisme a un système religieux qui, autrefois, avait pris une extension considérable dans l'Arabie et la Mésopotamie. Le sabéisme, par suite d'une confusion de noms, est souvent dé* crit comme la religion propre aux Sabéens. Mais cette analogie est complètement faussé, car l'orthographe hébraïque nous montre immédiatement que ces deux mots ne dérivent pas de la même racine et, d'après les lois des idiomes sémitiques, ne peuvent même avoir rien de commun entre eux. En eli'et, taudis que la première consunne du mot sabéen est en hébreu un samedi (s dur), la première du mot sabéisme est un tsadi (correspondant à l'articulation ts).Oa devrait donc écrire plus correctement tsabeisme. Un croit que ce mot dérive du nom du fils ou du frère d'Enoch, qui s'appelait ï'xubi.

D'après ce que nous rapportent les historiens arabes, le sabéisme serait identique à la religion des anciens Chaldéens. Il avait pour base et pour principe le monothéisme,

XIV

SABE

compliqué d'un culte rendu aux astres et à des êtres intermédiaires et mal déterminés qui rappellent les anges de la religion juive.

Maimonide a résumé dans le More nebou~ chim les doctrines générales du sabéisme. D'après cet auteur, il convient d'y distinguer deux croyances dont l'une, essentiellement populaire, ne s'attachait qu'au culte des astres. Le soleil était la maître absolu ; sa domination s'étendait sur le monde entier; les autres astres obéissaient à Sa volonté et leur pouvoir était limité. Les sectateurs de la seconde distinguaient dans les astres deux parties essentielles : l'âme et le corps. Toutes deux étaient éternelles; le monde, par conséquent, était éternel. Si l'on ajoute à ces deux croyances premières une quantité innombrable de fables, de superstitions, de légendes, on reconstruira dans son entier le sabéisme. Maimonide nous apprend encore que le caractère dominant de cette religion était la protection accordée à l'agriculture. Les travaux agricoles étaient placés sous l'égide bienfaisante des astres. Le soleil ne devait le rang suprême qu'il occupait dans cette théogonie qu'à l'heureuse inlluence qu'il exerçait sur les produits de la terre.

Le monothéisme du sabéisme nous est expressément affirmé par le Coran, qui le distingue soigneusement des croyances polythéistes. Les livres sacrés du sabéisme devaient être écrits en syriaque, à en croire les autorités arabes. Les sectateurs du sabéisme admettaient un châtiment pour les âmes des pécheurs, mais ils ne le croyaient pas éternel. Ils avaient trois prières obligatoires chaque jour et trois grandes fêtes annuelles, 1 une de trois, l'une de sept et l'autre de neuf jours. Ils offraient des sacrifices à leur Dieu et se rendaient en pèlerinage à Haran ou Harran, en Mésopotamie.

Le sabéisme n'a probablement pas été étranger à la formation de l'islamisme. Aujourd'hui il a complètement disparu, et ce n'est que par abus de terme que les Arabes eu ont appliqué le nom à la secte des mendaïtes ou chrétiens de Saint-Jean. V. ces deux mots.

On peut consulter sur le sabéisme : Essai sur l'histoire du sabéisme, auquel on a joint un catéchisme qui contient les principaux dogmes de la religion des Druses, par le baron de Bock {Metz, 1788, in-12) ; Sabsan Researches, by J. Landseer (London, 1823, in-4°); Die Ssabier und der SsabUmus, von Dr Chwolsohn (Saiiu-Pétersbourg, 1856, 2 vol. ir.-8°).

SABELLAIRE s. f. (sa-bèi-lè-re — rad.

sabelle). Annél. Genre d'annélides, de la famille des sabulaires, comprenant trois ou quatre espèces,.dont deux vivent sur nos coûtes. Il Syn. de sabellk.

— s. f. pi. Tribu d'annélides, de la famille des sabulaires, ayant pour type le genre sabelle.

SABELLE s. f. (sa-bè-le). Annél. Genre d'annélides chétopodes, type de la tribu des sabellaires ou sabelliennes, comprenant un certain nombre d'espèces, dont plusieurs vivent sur nos côtes : Les sabelles habitent sur les rivages. (P. Gervais.J Les sahelles se construisent un tube coriace ou gélatineux. (H. Lucas.) Il Syn. d'AMPHiTRiTE, autre genre d'annélides.

— Encycl. Les sabelles ont le corps linéairei droit, rétréci en arrière, composé de segments courts et nombreux qui constituent en dessous autant de plaques transverses ; la bouche terminale ; deux branchies libres, eu peigne ou en éventail ; le thorax court et étroit; des rames ventrales de deux sortes, les sept ou huit premières paires munies de s-oies à crochets, qui manquent dans les dernières; l'anus petit et peu saillant. Eiles vivent dans des fourreaux gélatineux ou coriaces, cylindriques, fixés verticalement, ouverts ii un seul bout et généralement recouverts d'une couche extérieure de Union ou de sable. Ce genre a des affinités avec les serpules, les térebelles, les amphiciènes etlesainphitrites. Nous citerons, entre autres, les sabelles pinceau, éventail, volutifere et unispirale, qui sont assez communes sur les côtes de l'Océan et de la Méditerranée.

SABELU.ANISME s. m. (sa-bèl-li-a-ni-sme).

Hist. relig. Doctrine des sabelliens.

— Encycl. Lorsque le dogme de la Trinité se formula dans l'Eglise chrétienne par l'exégèse theologique d'un grand nombre de pussages de l'Evangile et de paroles du Christ, beaucoup d'excellents esprits se préoccupèrent de sauvegarder le monothéisme compromis, suivant eux, par cette doctrine, dans laquelle ils voyaient apparaître un tritheisme. Ces hommes reçurent le nom de monarchiens ou partisans d'un seul principe. On les divisa en deux classes. Lus uns, qu'on appela monarchieus unitaires, admettaient tous que le Christ, malgré sa naissance miraculeuse, n avait été qu'un simple homme et qu'il n'était devenu fils de Dieu que sous l'influence de la grâce divine. Les autres, qu'on désigne sous le nom de monarchieus idéalistes, cherchèrent à sauver l'unité de Dieu d'une manière toute contraire. Bien loin de nier, comuieles premiers, la nature divine dans le Christ, ils l'exaitèreut jusqu'au point d'annihiler sa nature humaine et, au lieu de voir dans la Trinité trois personnes divines, ils ne voulurent y découvrir que trois manières différentes dont Dieu agissait ou se mauif estait.

Les plus célèbres défenseurs de ce dernier

SABE

système furent Praxeas,Noetus et Sabelhus. Mais c'est surtout Sabellius dont le nom est resté. Il était èvêque de Ptolémaïs de 250 à 260. Pour maintenir fortement l'unité de la Substance divine, il niait que le Fils et le le Saint-Esprit fussent des hypostases ou des personnes, ou même des émanations du Père. | D'après lui , le Père, le Fils et le Saint-Esi prit étaient trois formes de manifestation de ! la même hypostase, trois noms pour une seule ! et même chose. La monade divine, en créant ] et en se révélant, en s'incarnant et en vivi- ! fiant les cœurs, était devenue triade. Sabellius | la comparait au soleil, dont la substance se manifeste par la lumière et par la chaleur qu'il envoie dans ses rayons sur le monde et par la forme, enfin, sous laquelle il apparaît. Le Dieu un, en créant le monde et en donnant des lois au peuple juif, s'est manifesté comme Père; il s'est manifesté comme Fils en s'incarnant en Jésus et, finalement, comme Saint- Esprit par l'effusion de sa lumière sur les apôtres et sur tous les vrais disciples de Jésus.

La doctrine des sabelliens, toute à la gloire du Christ, puisqu'elle faisait de lui une pure incarnation du Dieu un, en essence aussi bien qu'en nombre, fut tenue pour orthodoxe, pendant au moins deux siècles, dans toute la Pentapole. Elle avait même passe, avant Sabellius, dans la ville de Rome, où Pra.seas, qui fut martyrisé sous Marc-Aurèle, avait enseigné sans contradiction que le même Dieu est à la fuis le Père et le Fils, c'està-dire le Dieu caché et le Dieu manifesté dans le monde , et où quelques années plus lard, vers 230, Noët de Smyrne, chassé de l'Eglise d'Ephèse parce qu'il professait la même doctrine, avait trouve dans l'évêque ou pape Calliste un zélé sectateur de son opinion. Mais Denys, évêque d'Alexandrie, mort vers la fin du me siècle, la combattit. 11 lui sembla que Sabellius, par sa théorie, portait atteinte à l'essence de la Trinité en subordonnant ses diverses manifestations aux besoins terrestres. 11 affirma doue, contre Sabellius, l'opinion alexaudrine, que le Logos devenu le Christ est une créature du Père et qu'il n'a pas, par conséquent, existé de toute éternité. Cependant, comme l'évêque de Rome, Denys, croyait à l'éternité du Père dans le Verbe, il écrivit à ce sujet à son collègue d'Aiexandne, et celui-ci, par condescendance pour Denys de Rome, et surtout pour contenter son Eglise qui avait cru voir dans le sentiment qu'il défendait une diminution du Christ, se rangea ou plutôt feignit de se ranger à l'opinion de l'évêque de Rome, son homonyme.

Le subellianisme^de son côté, continua à être attaqué, a, Rome même, par Novatien. 11 est certain que celte doctrine, eu confondant la personne du Fils avec celle du Père, niait implicitement par là tous les actes de Jésus eu tant que Fus et menait directement augnosticisme. Cetidéalisine excessif ne pouvait convenir à cette époque. Tant que vécut Paul de Samosate qui, d'une part, penchait vers les mouarchiens et, d'autre part, soutenait que Jésus n'était qu'un homme, ou plutôt tant qu'il jouit de sa haute position politique, le saùetlianisme, bien que vivement attaqué, put encore se maintenir et compta des partisans. Mais, après la chute et la déposition de Faui de Samosate, le synode réuni à Antioche en 272 condamna la doctrine de Sabeilius et déclara hérétique la formule de l'eveque de Ptolémaïs : que le Fils est de même hypostase que >e Père. Depuis cette époque, les disciples de Sabellius, fiélris du nom de patripassiens, c'est-à-dire soutenant que le r'ère avait soulfert sur la croix, n'apparaissent plus qu'isolement et sont regardés comme des hérétiques condamnés.

La limite qui sépare du monothéisme sabellien, qui est le même que celui de Mahomet, la doctrine catholique orthodoxe ou celle de la Trinité est aussi étroite que cube qui sépare celle-ci du uitheisuie trois fois conuaiiii.é, la première dans Philopouus vers le v« siècle, la seconde dans l'abbé Joachim au xm» siècle et la troisième dans p. usieurs modernes, tels que M. Fuidyi, le docteur Sherlock, et presque dans Clark. Beaucoup de théologiens ont même paru la franchir; c'est aiusi que saint Augustin, par exemple, voulant expliquer la Trinité, la compara a l'être intelligent qui se décompose, dit -il, eu l'être ou la substance, ia connaissance de l'être ou l'entendement et l'amour de l'être ou la volonté, et qui est cependant uue seule conscience, un seul moi, une seule essence intelligente. C'était réduire les trois personnes de la Trinité à trois propriétés , forces et manifestations d'uu seul Dieu; c'était côtoyer de bien près le sabeltianisme. Aussi les théologiens préfèrerentils, pour la plupart, croire à trois personnes en uu seul Dieu, sans chercher la démonstration philosophique de ce ■ mystère, » plutôt que d échouer contre l'hérésie trithéiste qui aumet trois dieux ou contre l'hèresie sabellienne qui n'en admet qu'un sans hypostases. Quelques-uns cependant n'eurent pas cette prudence, eutre autres le célèbre Jean Scot Erigene. Ce fervent dtscipie d'Aristote,se trouvant dans l'impossibilité d'appliquer à Dieu, dont il reconnaissait ne rien savoir que 1 existence, aucune des dix catégories de son maître, pas même celle de la relation, sur laquelle le dogme de la Trinité se fonde essentiellement, s'était trouve amené par son uoininalisme à ne plus voir dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit

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que des nominaux. Ainsi, le Père était, pour lui, l'essence ; le Fils, la sagesse, et le Saint- Esprit la vie de Dieu. C'était reproduire l'explication de saint Augustin, mais en y ajoutant la théorie ontologique des nominalistes qui, contrairement aux réalistes, ne pouvaient voir, avec Platon , Augustin , saint Thomas , les archétypes ou germes des catégories dans les substances, mais ne les voyaient, avec Aristote et avec Scott, leur maître, que dans les conceptions des esprits. Comme ils n'appliquaient pas plutôt leur ontologie à la Trinité divine qu'à tous les autres êtres, Scott ni ses disciples ne furent condamnés.

Le platonicien Abailard reprit aussi le sabellittnisme mitigé d'Augustin. Ce théologien, dont l'axiome était : Non credendum nisi prius intellecttim {Il ne faut rien croire que ce que l'on a compris), entreprit, en s'appuyant sur ce principe qui scandalisa si fort les orthodoxes, de s élever par le raisonnement à la compréhension des doctrines les plus mystérieuses de la religion chrétienne, de la plus mystérieuse même, la Trinité, en convenant d ailleurs franchement qu'il u espérait pas y réussir, parce qu'il est impossible, disait-il, d'avoir ici-bas une connaissance complète de l'infini divin. Dans son opinion, la Trinité n'était que l'expression des trois attributs essentiels de la divinité : ia puissance, la sagesse et la bonté suprêmes. Ces trois attributs n'étaient, d'après lui, ni trois hypostases ni trois substances, mais seulement trois propriétés d'une même substance simple, n'existant qu'en Dieu et avec Dieu. La même théosophie fut professée, avec quelques ménagements, par Hugues de Saint-Victor dans son livre De sacramenlis et par Richard de Saint- Victor dans son livra De Trinitate.

L'infortuné Michel Servet émit également des opinions sabelliennes, et ce ne furent pas un des moindres griefs articulés contre lui par le sombre réformateur de Genève. Jésus, selon lui, n'était qu'un homme en qui Dieu s'était manifesté ; il définissait le Saint-Esprit une opération divine, un autre mode de manifestation de la Divinité. Les sociniens niaient aussi les trois hypostases divines, mais sans admettre, comme les sabelliens, que Dieu eût souffert sur la croix et que Jésus fût Dieu.

Le sabellianisme s'est perpétué sous divers noms jusqu'à nos jours. Un grand nombre de chrétiens ne reconnaissent dans la Trinité que trois aspects divers des rapports de Dieu avec le monde. Le célèbre Schleiermacher partageait cette opiuion et considérait Dieu comme la causalité absolue, se manifestant de toute éternité dans la création comme Père, dans le Christ comme Fils, dans l'Eglise comme Esprit.

Bossuet reprit et exposa, avec sa grande manière, le système presque sabellien d'Augustin et des Pères de la théologie seolastique que nous avons cités , sur la Trinité , et cette doctrine devint tellement vulgaire dans la philosophie chrétienne du xvno et du xvm« siècle, que Voltaire la formula en vers :

La puissance, l'amour avec l'intelligence,

Unis et confondus, composent son essence.

Schelling, lorsqu'il entreprit d'é.ablir le parfait uccurd de la raison et de la révélation, de la science et de la foi, ne trouva pas de meilleur moyen d'expliquer la Triuitu qu'en la donnant comme une triple manifestation de Dieu. D'un autre côté, l'abbé Lamennais vint un jour étonner ses contemporains par le dernier chapitre de ses Paroles d'un croyant, puis surtout par son premier volume de l'Esquisse d'une philosophie, en développant les idées de Platon, de Jésus, de saint Jean, de Sabellius, d'Augustin, de Scott, d' Abailard, de Bossuet.

SABELLICUS (Marcantonio Coccio, dit Marcus Autonius Cocceius), historien italien, né à Vicovaro en 143S, mort à Venise eu 1506. Il se rendit fort jeune à Rome, où il s'adonna avec ardeur a l'étude, compta au nombre de ses maîtres Pomponius Lsetus et latinisa son nom lorsqu'il entra dans l'académie fondée par ce célèbre philologue. Lorsque les membres de cette académie se virent en butte aux odieuses et cruelles persécutions du pape Paul H, Sabellicus parvint à s'échapper (UË8;. Vers 1475, il alla professer l'éloquence à Udine, qu'il quitta pendant la peate de 1477, puis il alla occuper une chaire à Venise (i4S4J. Pendant un séjour qu'il fit a Vérone l'auuee suivante, Sabellicus termina sou Histoire de Venise, pour laquelle il reçut, avec uue pension viagère de 200 sequins, le titre de conservateur de la bibliothèque de Saint-Marc. Atteint du mal français, comme on disait alors, il se démit de ses fonctions en 1505 et ne tarda paâ à succomber. Ses principaux ouvrages sont : Annotationes in Piinum, etc. (Venise, 1487, iu-4«); Jterum Venetarum hislorix (Venise, 1487, gr. in-fol.) ; Lie Venetismagistratibus(Veuisa, I4s8,in-4u) ; De Veneis urbis situ (1494 , in-4°) ; Jlhapsodi& historiarum (1498, 2 vol. gr. in-lbl.); Epislols familiares (1502, in-fol.) ; Exemplurum libri X (1507, iu-4°). Ses Œuvres complètes ont été publiées à Baie (l5eo, 4 vcl. in-fol.).

SABELLIEN s. m. (sa-bel-li-ain). Hist. relig. Disciple de Sabellius.

SABELLIEN , IENNE aûj. (Sa-ûèl-li-ain,

sàbh

i-è-no — rad. sabelie). Annél. Qui ressemble ou qui se rapporte à la sabelie.

— s. f. pi. Tribu d'annélides chétopodes, de la famille des sabulaires, ayant pour type !e genre sabello.

SAliELI.IENS, en latin Sabelli, dénomination générique par laquelle les premiers Romains désignaient les montagnards de l'Apennin. Les Sabelliens, dont les Satins paraissent être la souche, étaient divisés en quatorze tribus et furent, selon toute vraisemblance, la population indigène de l'Italie centrale et méridionale. Cantonnés d'abord sur les hauteurs de l'Apennin central et méridional, ils descendirent ensuite dans les plaines et formèrent avec les Etrusques le peuple le plus puissant de la Péninsule, Ils furent, avec les Osques,les ennemis les plus acharnés de Rome naissante, qui ne parvint à les soumettre qu'après une lutte longue et meurtrière.

SABELLINE s. f, (sa-bèl-li-ne — dimin. de sabelie). Annél. Genre d'annélides chétopodes, de la famille des sabulaires, comprenant deux espèces, qui vivent dans la Méditerranée.

SABELLIQUE adj. (sa-bèl-li-ke — lat. sabellicus ; de Sabellusoxi Sa6inus,Sabin). llist. Qui appartient, qui a rapport aux. Sabelliens ou aux Sabins.

— Linguist. Langue sabellique , Langue primitive parlée par les peuples voisins de Rome, particulièrement par les Sabins.

— Encycl. Linguist. La langue sabellique est la langue primitive des peuples voisins de Rome, des Sabins, des Marrucins et des Marses. Ces peuples, soumis plus tôt que les Samnites, gardèrent moins longtemps qu'eux leur idiome ; aussi nous reste-t-il fort peu de manuscrits de cette langue, Quelques inscriptions peuvent nous en donner une idée, assez imparfaite du reste. Elle s'écrivait en lignes allant de droite à gauche, puis de gauche à droite alternativement; c'est ce que l'on désigne par le mot grec boustrophedôn. L'une de ces inscriptions, citée par Mommsen, est contemporaine de la première guerre punique; les autres, postérieures à la soumission des Sabins, semblent nous montrer un mélange de la langue latine et de la langue sabellique. La plupart de ces inscriptions sont pour nous à peu près inexplicables.

SABELLIUS, hérésiarque, né à Ptolémaïs, en Libye. 11 vivait dans la première moitié du me siècle. On ne sait absolument rien de sa vie. 11 fut l'un des fondateurs de l'hérésie sabellienne, qui altéra le dogme de la Trinité en ne considérant le Fils et le Saint-Esprit que comme des manifestations diverses du Père et non comme des personnes particulières. Saint Denys d'Alexandrie attaqua avec une grande vivacité cette doctrine en 257. Condamné parle synode d'Alexandrie en 261, le sabellianisine comptait encore un assez grand nombre de partisans au iv« siècle. V.

SABELLIANISMB.

SABEO (Fausto), poste latin du xvic siècle, né à Brescia en U78, mort en 1558. Déjà célèbre dans sa ville natale par ses poésies et par son érudition, il fut appelé à Rome par Léon X, qui le nomma custode de la bibliothèque du Vatican et l'envoya en Angleterre et en Irlande à la recherche de manuscrits précieux. Quelques-unes de ses poésies relatent ses diverses missions, et même l'auteur s'y plaint fréquemment d'avoir été mal récompensé de ses fatigues. Les papes AdrienVI, Clément VII, Paul III, Jules III, Marcel II et Paul IV le conservèrent comme bibliothécaire, et il n'est pas un seul d'entre eux contre qui Sabeo n'ait épanché sa bile. Ses poésies latines, en cinq livres : Fausti Sabxi Drixiani cuslodis bibliotheem Vaticanx libri V (Rome, 1556, in-8°), sont dédiées au roi de France Henri II. Le premier livre est intitulé De diis, le second De heroibus, le troisième De amici-i, le quatrième De amoribus, le cinquième De miscellaneis. Henri II le récompensa de sa dédicace en lui envoyant « une chaîne d'or, 200 écus au soleil et un manteau de velours violet. » (Leonardo Cozzando.) Gruter a réimprimé les meilleures pièces dans la seconde partie de ses I)elicix CC Jlalorum poetarum. On doit, en outre, à Fausto Sabeo la première édition de la Cosmographie d'Ethicus (Venise, 1513, in-fol.) et celle des œuvres d'Ainobe : Arnobii disputationum aduersus génies libri VIII (Rome, 1542, in-fol.), édition estimée ajuste titre.

SADERMATTI, rivière de l'Indoustan anglais, dans l'ancienne province de Goudjelate, présidence de Bombay. Elle prend sa source à 20 kilom. N. rie Poloh et se jette dans le golfe et à 20 kilom. O. de Cambayc, après un cours de 400 kilom.

SABHIKA s. m. (sa-bi-ka). Maître d'une maison de jeu indoue.

— Encycl. Le texte des lois indique les règles qui dirigent les maisons de jeu. Le sabhika a 5 pour 100 sur tout ce qui se gagne, quand la somme excède 100 pièces. Si la somme est moindre, il a 10 pour 100. Eu retour de la protection royale, il paye au trésor une partie de ses profits. 11 esc chargé d'exiger du perdant tout ce qu'il doit et de le transmettre au gagnant. Il doit le faire avec politesse et lui donner des termes honnêtes pour qu'il puisse s'acquitter, Le roi intervient pour faire payer les sommes dues aux mai-

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sons de jeu qui ont une licence, mais ne fait rien pour les autres. Dans toute dispute, les spectateurs sont appelés en témoignage. Si un joueur triche ou emploie de faux dés, il est marqué et banni. Le roi assigne aux maisons de jeu des officiers particuliers et fait arrêter les fripons. Les mêmes règles s'appliquent aux maisons où les coqs et d'autres animaux combattent et où se font des paris. C'est là ce que portent les lots d'Yâdjgnavalkya. Les lois de Manou défendent aux rois de permettre les jeux dans leurs domaines et prononcent la peine de mort contre les joueurs et ceux qui entraînent les autres à jouer.

SABICÉE s. f. (sa-bi-sé). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des rubiacées, tribu des cinchonées, comprenant une dizaine d'espèces, qui croissent dans l'Amérique centrale et aux Antilles. Il On dit aussi sabice.

— Encycl. Les sabicées sont des arbrisseaux à tiiie volubile, grimpante, portant des feuilles opposées, couvertes d'un duvet blanchâtre; les fleurs, blanches et velues, sont portées sur des pédoncules axillaires trèscourts et munis de bractées ; elles présentent un calice oblong et une corolle tubuleuse, à cinq divisions ; cinq étamines incluses, à tilets très-courts ; un stigmate à cinq lobes. Le fruit est une baie pisiforme, rouge ou blanche, succulente, à cinq loges polyspermes, couronnée par le calice. Ce genre comprend une dizaine d'espèces, qui croissent dans les contrées chaudes de 1 Amérique, notamment à la Guyane et aux Antilles. On les trouve tantôt dans les forêts montueuses, tantôt dans les haies plantées au voisinage des savanes. Elles possèdent à un faible degré les propriétés générales de la famille. On les cultive quelquefois dans nos serres chaudes.

SABIE a. f. (sa-bî). Bot. Genre d'arbrissçaux, rapporté avec doute à la famille des térébinthacées, et dont l'espèce type croit dans l'Inde.

SAB1EN s. m. (sa-bi-ain). Hist. relig. V.

SABÉEN

SABIN.IKEs.et arlj. (sa-bain, i-ne).Géogr. Se dit d'un peuple latin voisin de Rome : Les Sabins. Une Sabine. L'enlèvement des Sabines. Le pays sabin.

— s. m. Linguist. Dialecte latin qui a précédé le latin.

— s. f. Bot. Espèce de genévrier, du midi de l'Europe : La Sabine a une odeur forte, très-pénétrante. (V. de Bomare.)

— Encycl. Hist, Les Sabins, en latin Sabini, peuple de l'Italie ancienne, sont regardés comme autochthones et comme la souche de toutes les tribus sabelliennes. Les Sabins, de mœurs austères et rudes, comme tous les montagnards, habitèrent d'abord les sommets de l'Apennin central, puis s'étendirent dans los vallées latérales et dans la plaine. Le Tibre les séparait, à l'O., des Etrusques ; ils avaient pour voisins les Marses, les Vestins, peuples de même origine qu'eux, et les Latins, avec lesquels ils se confondirent bientôt. On sait, en effet, qu'à la suite de l'enlèvement des Sabines, à la naissance de Rome, les Sabins habitèrent la ville conjointement avec les Romains, mais en gardant leur roi particulier, Tatius, et leur sénat; il est vrai qu'après la mort de leur chef ils se soumirent à Romulus; mais les rois suivants, Numa et Ancus, furent Sabins d'origine. De plus, le nom de quirites (hommes de lance), donné dans la suite à tout le peuple romain, est d'origine Sabine. Ce peuple adorait, en effet, Sancus, le fils de Mars, sous la forme d'une lance (quir) plantée en terre; de là. le nom de Quirites donné aux Sabins et celui de Quirinal donné à la colline qu'ils occupaient à Kome. Ainsi, dans la fusion qui s'opéra à l'origine de Rome entre les Latins et les Sabins, il est permis de penser que ces derniers absorbèrent les Romains plutôt qu'ils ne furent absorbés. Quant à ceux d'entre eux qui ne s'étaient pas associés d'abord à la fortune de Rome, ils furent soumis plus tard en une seule campagne, en 290 av. J.-C, parle consul Curius Dentatus.

— Eot. La. sabine est un arbrisseau dont la tige, haute de 2 k 3 mètres, dressée, couverte d une écorce rougeàtre et rugueuse, se divise en rameaux nombreux, étalés, portant de petites feuilles opposées, sessiles, imbriquées, lancéolées, aiguës, glabres, luisantes, d'un vert foncé en dessus, glauque ou blanchâtre en dessous. Les fleurs, petites, verdâtres, dioïques, sont groupées en chatons ovoïdes, solitaires, portés sur de courts pédoncules recourbes. Le fruit est un petit cône ovoïde, pisiforme, charnu, bleu noirâtre, renfermant deux ou trois graines petites et anguleuses. Ce végétal présente deux variétés principales, que plusieurs auteurs ont élevées au rang d'espèces distinctes : la Sabine à feuilles de tamarix, sabme femelle ou petite Sabine, que nous venons de décrire, et la Sabine à feuilles de cyprès, Sabine mâle ou grande sabiue, qui s'en distingue par sa taille plus grande, ses rameaux moins étalés, ses feuilles plus grandes et ses cônes plus volumineux.

La sabine est répandue dans presque toute l'Europe méridionale; elle croît surtout dans les lieux montuuux. La petite sabine se trouve dans le midi de la France ; mais elle peut être cultivée en plein air bous le climat de

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Paris. Toutefois, elle est peu répandue dans les plantations d'agrément et on ne la cultive guère que dans les iardins botaniques. On la propage de graines, semées en place aussitôt après leur maturité, ou de boutures faites à l'ombre, en automne. La grande sabine, qui habite surtout l'Italie, est un peu moins rustique et plus rarement cultivée encore que la précédente. Une variété plus recherchée aujourd'hui est celle dont les feuilles sont panachées de jaune ou de blanc; on la propage surtout de boutures faites au printemps, placées dans un lieu légèrement ombragé et repiquées, au bout de deux ans, en pépinière ; mais cette variété est encore plus délicate. Les sabines se placent de préférence au premier rang des massifs des jardins paysagers ou contre les murs et les rochevs exposés au midi ; elles supportent assez bien la taille, ou mieux la tonte.

Toutes les parties de cette plante, mais surtout les feuilles, ont une saveur acre, amère, résineuse, une odeur forte, aromatique, désagréable et même fétide. L'analyse chimique y a constaté un principe résineux, de l'acide gallique, de la chlorophylle, une matière extractive, une huile essentielle hydrocarbonée, moins dense que l'eau et soluble dans l'alcool; dissoute dans l'acide sulfurique et distillée ensuite avec un lait de chaux, elle donne une huile volatile qui ressemble, par son odeur et ses propriétés, à l'essence de thym. On emploie en médecine les rameaux feuilles de la sabine, qu'on peut récolter en toute saison parce qu'elle est toujours verte. La( dessiccation en est facile, ne demande qu'un peu d'attention et ne lui fait pas perdre sensiblement de ses propriétés.

La sabine a une action très-énergique ; aussi ne doit-on l'employer qu'avec beaucoup de circonspection, La poudre de ses feuilles, appliquée sur la peau, détermine l'inflammation et la rubéfaction ; sur la chair dénudée, elle produit une impression irritante et presque caustique. Les feuilles, prises à l'intérieur et à haute dose, causent ie hoquet, la chaleur a l'épigastre, l'inflammation de l'estomac, des vomissements, des coliques et des déjections sanguinolentes. A dose modérée, Ij. Sabine et son huile essentielle agissent surtout sur l'utérus; c'est un emmena gogue bien connu; on sait aussi qu'eilo peut provoquer l'avortement. Mais rouvent elle détermine des congestions de l'utérus, de violentes métrorrhagies et même un véritable empoisonnement. L'emploi imprudent, souvent criminel, de cette plante s'est mainte fois terminé par de graves accidents. Aussi ce médicament dangereux est-il à peu près exclu de la pratique ordinaire.

On administre \&sabine en infusion aqueuse, ou bien en poudre dans du miel, du vin ou un électuaire. L'huile volatile, très-active, ne peut être donnée que par gouttes et avec beaucoup de précautions. Plus rarement on emploie l'extrait, la teinture alcoolique ou l'eau distillée de sabine, qui sont moins actifs, moins sûrs, mais aussi moins dangereux. Enfin, on donne quelquefois le suc de la plante étendu dans du lait, qu'on ferait peut-être bien d'employer aussi pour les autres préparations, bien qu'on pût le remplacer par une boisson mucilagineuse, une substance amylacée ou tout autre excipient analogue.

Sous ces diverses formes, la sabine a été vantée contre les affections vermineuses, les rhumatismes, la goutte chronique, les fièvres intermittentes, la blennorrhagie, les accidents syphilitiques secondaires, la métrorrhagie, la suppression des règles, la leucorrhée, le prolapsus utérin, etc. A l'extérieur, on s'en sert en cataplasmes, en poudre, en bains ou en fomentations contre la gale, l'ankylose, les ulcères scorbutiques, les affections vermineuses, les chancres indurés, les bourgeons charnus et autres végétations syphilitiques, etc. On l'emploie dans ces divers cas soit seule, soit associée à l'huile, au sel marin, au sulfate de cuivre, à la rue ou à d'autres substances. La médecine homœopathtque en prépare une teinture très-énergique et fréquemment usitée.

En médecine vétérinaire, on donne la sabine, à l'intérieur, aux chevaux malades, surtout pour exciter leur appétit. A l'extérieur, on fait des cataplasmes avec ses feuibes pilées et mélangées d'huile d'olive et de sel, pour résoudre les tumeurs des chevaux et des brebis. Au reste, la plante est dangereuse pour les bestiaux.

Les anciens ont eu à l'égard de la sabine les idées les plus superstitieuses, et, de nos jours encore, on l'emploie dans certains pays contre les sortilèges.

— Allus. hist. Enlèvement des Sabine* ,

Evénement célèbre du règne de Romulus.

Rome fondée, l'Etat naissant ne s'élevait qu'à trois mille hommes de pted et trois cents cavaliers. Pour augmenter cette population, Romulus ouvrit un asile à tous les aventuriers qui voudraient se ranger sous sa loi. Mais les femmes manquaient au nouveau peuple. Les Romains en demandèrent à leurs voisins, qui refusèrent cette alliance avec mépris. On joignit même le sarcasme au refus , en leur conseillant d'ouvrir aussi un asile aux femmes de mauvaise vie.

Résolu d'obtenir par la ruse ce qu'il ne pouvait attendre de la bonne volonté de ses voisins, Romulus sut dissimuler son ressen-

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timent. 11 annonça une fête et des jeux publics; les peuples voisins s'y rendirent en foule, et, pendant qu'ils étaient occupés du spectacle, les sujets de Romulus se précipitèrent en armes au milieu de l'assemblée et enlevèrent toutes les jeunes filles. Cette audacieuse perttdie criait vengeance. Plusieurs petits peuples furent d'abord vaincus. Les Sabins vinrent à leur tour, conduits par leur roi Tatius, et s'emparèrent par trahison de la citadelle de Rome. La bataille s'engagea bientôt; Romulus, voyant plier se-, soldats, implora Jupiter Stator. Aussitôt on vit accourir les Sabines éperdues, tenunt entre les bras leurs jeunes enfants; elles se jetèrent entre leurs pères et leurs époux. Le combat s'arrêta aussitôt, la paix fut conclue et l'autorité suprême partagée entre Tatius et Romulus.

Cette double circonstance do l'enlèvement des Sabines et de ces mêmes Sabines qui se jet lent entre les combattants a donné lieu à de fréquentes allusions.

« Dans l'espèce des perdrix, les mâles étant plus nombreux que les femelles, il arrive que beaucoup d'entre eux sont condamnés chaque année au célibat forcé et n'acceptent pas avec philosophie la sentence du sort. De là des querelles acharnées, des tentatives d'enlèvement des Sabines, des attaques sans fin contre l'honneur et la tranquillité des bien nantis du voisinage. »

ToussKNKL.

• L'autre jour, aux Tuileries, j'ai vu des bretteurs de dix ans, aux cheveux blonds et aux joues roses, croiser le fer au pied d'un marronnier; heureusement leurs bonnes se sont vite jetées, comme jadis les Sabines, entre les combattants. »

HlPPOLYTE RlGATJLT.

« A la vue de ces deux hommes prêts à en venir aux mains, M"« Gobillot, qui s'était levée toute violette d'émotion, poussa deux ou trois cris inarticulés ; mais, au lieu de se jeter entre les combattants, comme les Sabines, elle se mit à courir à toutes jambes sur la pelouse. ■

Charges de Bernard.

« Est-ce k dire que les femmes soient condamnées à perpétuité aux servitudes intellectuelles, ou seulement à ce rôle, noble assurément, mais un peu sacrifié, des Sabines, auquel des moralistes, bien intentionnés d'ailleurs, voudraient les vouer exclusivement?»

Lanfrey.

Sabine* (les), tableau de David, musée du Louvre, n° 149. Au premier plan, ou voit Romulus lançant un javelot sur Tatius, qui, à demi incliné, attend le coup pour le purer. Hersilie, femme de Romulus, se précipite les cheveux épars entre les deux combattants. Plus loin, une mère présente son enfant aux traits des soldats. Sur le devant, une Sabine, à genoux, dépose aux pieds des combattants ses trois enfants. On aperçoit plus loin les remparts du Capitole occupés par les Sabins. Signé : David Fbat anno 1709. t La pensée de ce sujet, dit M. Villot, que David conçut pendant sa détention au Luxembourg, lui fut inspirée par un médaillon de Faustine l'ancienne, t Selon M. Viardot, David aurait voulu célébrer par une allégorie historique les généreux et périlleux efforts faits par sa femme pour le sauver, bien qu'elle fût séparée de lui. Quoi qu'il en soit, cette toile, publiquement exposée au Louvre pendant cinq uns, rapporta 65,027 francs à David, qui la vendit, avec son Léonidas, 100,000 francs à M. de La Haye (1819). « TUe-Live, dit M. Viardot, avait déjà fait un roman sur le berceau de Rome; les Stibines sont un nou veau roman fait sur Tite-Live. Il n'y a que des modèles d'atelier, copiés avec exactitude, perfectionnes dans leurs formes et groupés autour d'une action commune par une sorte de belle mise en scène. Réunis, s'appelant Romains, Sabins et Sabines, ce sont évidemment des personnages faux et manques ; mais isolés, n'étant plus que des figures humaines de tout âge, de la vieillesse a l'enfance, ce sont autant d'excellentes académies, d'admirables études de nus, qui resteront toujours, pour les disciples et pour les maîtres, des modèles achevés de dessin. » Ce tableau a été gravé par Mussard.

Sablnea (L 'ENLÈVEMENT DES), tableaux de

Poussin, de Rubens, du Cortone, de Luca Giordano ; groupe de Jean de Bologne. V. enlèvement.

SAB1NB, contrée de l'Italie ancienne, comprise entre le Picenum au N., l'Ouibrie et l'Etrurie à l'O., le Latium au S. et le Samnium à l'E. Elle correspond à peu près à la province actuelle de l'Orabrie, dans le nouveau royaume d'Italie, et à la partie septentrionale de l'Abruzze Ultérieure Ile. Les villes principales étaient : Amtternum, Nouienuim, Fidèues, Reale et Cures. Habitée par une des rudes tribus des Sabelliens, cette contrée, peu favorable à l'agriculture, nourrissait une grande quantité de bétail et était riche en forêts, en oliviers et en vignes. Il Les Etats de 1 Eglise, avant l'unification de l'Italie, possédaient cette contrée et en avaient formé une province qui portait l'ancien nom de Sabine.

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SABINE, rivière de l'Amérique du Nord.

Elle prend sa source dans la partie N.-E. du Texas, coule d'abord au S.-E., puis au S-, sépare le Texas de la Louisiane, baigna les villes américaines de Milan et de Belgrade et se jette dans le golfe du Mexique, après un cours de 460 kilom.

SABINE {Julia Sabina), impératrice romaine, femme d'Adrien, morte en 138 de notre ère. Elle était fille de Matidia, nièce de Trajan. L'impératrice Plotine , qui favorisait Adrien, la lit épouser a. ce prince pour lui assurer la couronne. Ce mariage, fait contre le gré de Trajan , fut très - malheureux. Adrien , devenu empereur , négligea son épouse et traita Sabine comme une esclave. Elle réunissait cependant à la beauté, aux grâces, à la dignité, un esprit élevé, des mœurs sévères et une vertu qui ne se démentit jamais; mais elle mettait un peu trop d'aigreur clans les reproches qu'elle faisait a son époux. Le regardant comme un tyran, elle se vantait, dit Aurelius Victor, de n'avoir pas voulu lui donner d'enfants, dans la crainte de mettre au monde des monstres plus odieux encore que leur père. La mésintelligence augmenta tellement qu'Adrien, frappé de la maladie qui le conduisit au tombeau, contraignit Sabine à se donner la mort, pour qu'elle n'eût pas le plaisir de lui survivre.

Sabine avait été déclarée Auguate l'année même où Adrien avait reçu du sénat le titre de Père de la patrie, c'est-à-dire dans la douzième année de son règne. Quelques médailles d'Alexandrie donnent cependant le titre d'Auguste à Sabine avant la douzième année du règne d'Adrien.

SABINE (sainte), martyre sous le règne d'Adrien (ne siècle). De haute naissance , veuve d'un certain Hérodede Métalaire, elle vivait dans la province d'Ombrie, en Italie. Elle fut convertie par sa servante. Celle-ci, nommée Serapia, née à Antioche, pratiquait avec ferveur la religion chrétienne. Sa maîtresse fut entraînée par elle et embrassa la foi catholique.

Or, c'était au moment où, dit Godescard, la persécution d'Adrien venait de s'allumer. Berylle, gouverneur de l'Orabrie, fit arrêter Sabine et Serapia. Il ordonna que la servante fût frappée avec des bâtons jusqu'à ce que mort s'ensuivit. Sabine ne subit point cet humiliant supplice, grâce à sa naissance et à ses amis. Elie n'en souffrit pas moins le martyre. La fête de cette sainte est marquée' au 20 août; on l'honore encore avec sainte Serapia le 3 septembre, parce que ce fut en ce jour, suivant Adon, que l'on dédia à Rome, en 430, une église sous l'invocation des deux suintes.

SABINE (Edouard), physicien et mathématicien anglais, né à Dublin en 1788. Entré en 1803 dans l'artillerie anglaise, il fut promu, en 1813, au grade de capitaine et consacra les loisirs que lui laissait le service militaire à l'étude des sciences mathématiques et physiques, et en particulier du magnétisme terrestre, sur lequel la lecture des ouvrages de A. de Humboldt avait attiré son attention. Il se lit connaître dans le monde scientifique par la part qu'il prit au voyage exécuté par Ross et Parry pendant les années 1818 et 1819, pour la découverte d'un passage au Nord-Ouest, et s'occupa surtout, pendant cette expédition, d'observations sur le magnétisme et sur les oscillations du pendule. Il adressa à. ce sujet, en 1819, à la Société royale de Londres un mémoire qui renfermait la constatation d'un grand nombre de faits nouveaux ; aussi, en 1822, le gouvernement plaça sous ses ordres le vaisseau le Griper, avec lequel il explora d'abord les côtes de l'Afrique et de 1 Amérique, depuis Sierra- Lcone et Bahia jusqu'à New-York , et se rendit, l'année suivante, à Haimneriést, au Sjàtzberg et au Groenland. Les résultats de ses recherches furent consignés dans différents mémoires insérés dans les Transactions philosophiques, ainsi que dans son ouvrage ictitulé Y Expédition du pendule (Londres, 1825), Il exposa plus tard les découvertes qu'il avait faites sur le magnétisme terrestre dans un autre ouvrage qui a pour titre : Exposé des variations' de l'intensité magnétique, observée à différents points de la sur/ace de la terre (Londres, 1838), et où il a confirmé la Théorie du mouvement des corps célestes de Gauss, en faisant connaître et en décrivant lea résultats des observations d'Eiman et de lUmsieen pendant les années 1828, 1829 et 1830. Ce fut aussi lui qui provoqua et activa l'établissement dans les colonies anglaises d'observatoires météorologiques et magnétiques, qui ont rendu les plus grands services à la science et qui, jusqu'à ces dernières années, ont été placés sous sa direction. Il fut, en outre, chargé par le gouvernement de rédiger le Journal d'observations et fit paraître, soit isolément, soit dans les Transactions philosophiques, uu grand nombre de mémoires, parmi lesquels il faut citer ses appréciations personnelles des observatoires magnétiques et météorologiques de Toronto (1845), de Sainte-llélene (1847), d'Hobart-town (1850) et deCape-town (1851). Il avait trouvé, du reste, uu digne collaborateur dans sa femme, qui connaissait parfaitement l'allemand et le français, et avec l'aide de laquelle il traduisit en anglais le Voyage dans le nord-ouest de la Sibérie de Wrangel, le Cosmos et les Vues de la nature de Humboldt (1853) et les Essais

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météorologiques d'Arago (1855). Le dernier ouvrage de cet éminent mathématicien a pour titre : On the cosmical featuresof lerrestrialmagnetism (Sur les caractères cosmiques du magnétisme terrestre; Londres, 1862). M. Sabine a été promu successivement major (1837), colonel (1851) et major général (1859). Il est, depuis 1818, membre de la Société royale, dont il a été élu président en 1361, et a été l'un des fondateurs de la Société britannique pour l'avancement de la science, qu'il a présidée eu 1852.

Sabine OU Matinée d'une dame romaine A «a toilette, par Charles-Auguste Bœttiger, archéologue allemand (1807). Dans cet ouvrage, traduit, en 1813, par M. Clapier, l'auteur nous fuit assister à la toilette du mutin d'une dame romaine vers la fin du i« siècle de l'ère chrétienne. Nous n'entrerons pas, on le comprend, dans les détails d'un pareil ouvrage, curieux surtout au point de vue scientifique, mais nous constaterons qu'il démontre une fois de plus la vérité ou proverbe : ■ Rien de nouveau sous le soleil. » Nos élégantes seraient bien étonnées, en lisant l'étude de Bœttiger, de reconnaître qu'elles n'ont même pas le mérite de l'invention pour tous les maquillages, toutes les peintures qui les font, à certaines heures du jour , ressembler à des tableaux à la détrempe. Loin de là, elles n'eu sont encore qu'à l'enfance de l'art, si Von en croit l'auteur allemand, et il nous semble d'autant plus digne de foi que ses assertions concordent parfaitement avec certains détails donnés par Ovide dans son poëme sur les Cosmétiques, et que d'autres ont été confirmées par les découvertes faites récemment à Hereulanum. Les grandes dames qui, de nos jours, donnent le ton à la mode seraient fort embarrassées d'indiquer l'usage de tous les instruments de toilette de cette race débauchée qui remplaça l'antique matrone romaine et que Juvénul a flagellée d'une façon si sanglante dans sa Satire sur les femmes. Le Courrier de la mode de la comtesse de Renneville lui-même ferait sourire de pitié les élégantes de la Rome impériale. A juger l'œuvre de Bœttiger à un point de vue plus élevé, on comprend, lorsque la civilisation est devenue aussi raffinée, que les mœurs soient tombées dans un tel état de corruption, que les MebSaiine aient succédé aux Lucrèce, et que Rome, ainsi plongée dans les futilités, ait perdu le goût des grandes choses et l'amour de la patrie et de la liberté qui avait enfanté les Brutus et les Caton.

SABINÉE s. f. (sa-bi-né — de Sabine, natur. angl.) Crust. Genre de crustacés décapodes macroures.

— Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des légumineuses, tribu des lotées, comprenant deux espèces, qui croissent aux Antilles.

SAB1NIA TRANQUILLINA (Furia), impératrice romaine, femme de Gordien III. On a trouvé deux médailles de cette impératrice, entre beaucoup d'autres dont on a fait une découverte considérable à Vienne en 10SI. Au revers de ces médailles, on remarque une Concorde avec cette légende : Concordia Augg.

SABINIEN adj. et s. m. (sa-bi-ni-ain — de Sabinius, u. pr.). Droit rom. Se dit des jurisconsultes romains partisans des doctrines de Capito et de son disciple Massurius Sabinus.

SABINIEN, pape, né à Volterre, mort k Rome le 22 février 606. Il avait été nonce auprès de l'empereur lorsque, le 13 septembre 604, il succéda à Grégoire Ier; et, fi l'on en croit les historiens, il ne pratiqua guère sur le trôna pontifical la charité chrétienne. Dans un moment de disette, il fit ouvrir les greniers de l'Eglise; mais, au lieu de donner 13 blé aux pauvres, il le vendit chèrement et le peuple lui voua une haine méritée. Boniface III lui succéda.

SABINO (Angiolo), littérateur et philologue italien, né vers 1450, mort en 1510. Il cultiva également la poésie italienne et la poésie latine et reçut à Rome la couronne des lauréats. Un de ses poèmes latins, Carmen epieum de excidio civitaiis Leodiensis {Chant épique sur la chute de la ville de Liège), a été inséré par le Père Martène dans son Amplissima collectio veierum scriptorum (t. IV); les autres sont restés manuscrits aiusi ue la plupart de ses poésies italiennes. On lui doit en plus : Un art poétique, en latin (Rome, 14S3, in-8°); des observations sur Juvénal, Paradoxa in Juvenalem (Rome, 1474, iu-fol.), et des éditions estimées de Lactance, de Térence et d'Ammien Marcellin.

SABINUS (Aulus), poète et orateur latin, contemporain d'Auguste, mort l'an 14 av. J.-C. Il fut l'ami et l'imitateur d'Ovide dans le genre de l'héroïde ; niais il resta bien loin de son modèle. On sait par Ovide qu'il avait composé sur Thésée un poëme intitulé Trtezen et six réponses à ses hèroldes. 11 ne reste rien de lui. Trois épîtres à Ovide qu'on lui a attribuées et qu'on trouve souvent imprimées à la fin des œuvres de ce poète, notamment dans la collection Lemaire, sont l'œuvre d'un poste du xve siècle, nommé Angélus Sabinus.

SABINUS, gouverneur de la Syrie, sous le règne d'Auguste. A la mort allérode le Grand (au i" de notre ère), il vint à Jéru-

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salem pour s'emparer des trésors laissés par le vieux prince, logea dans son palais et, ayant mis garnison dans la citadelle, somma le gardien du trésor royal de le lui livrer. Une formidable insurrection éclata, les Juifs s'étant réunis à Jérusalem pour célébrer les fêtes de la Pentecôte; les Romains l'étouffèrent, pillèrent le trésor et mirent le feu à l'édifice où il était déposé. Dans une seconde émeute qui eut lieu peu de temps après, Sabinus assiégé dans le palais d'Hérode et réduit à la dernière extrémité allait être massacré, lorsque Varus, arrivant à son secours avec une légion, le délivra et força les Juifs à mettre bas les armes. Sabinus, revenu à Rome, disparut de la scène politique.

. SABINUS (Massurius), célèbre jurisconsulte romain, qui vivait au ier siècle de notre j ère, du temps de Tibère et de Néron. II suivit les leçons de Capito, professa la jurisprudence avec un grand éclat et acquit, comme juriste, une telle autorité qu'on lui Conféra, sous Tibère, le jus respondendi qui avait [iour effet de donner à ses consultations en quelque sorte force de loi devant les tribunaux. I) fut admis dans l'ordre équestre sous Néron. Sabinus devint le chef d'une école appelée Sabinienne et quelquefois Cassienne, du nom de son disciple le plus autorisé. L'école des sabiniens, opposée k celle des proculéiens, s'attachait à maintenir les traditions des anciens jurisconsultes, tout en tenant compte des changements survenus dans les rapports sociaux. Sabinus avait composé plusieurs ouvrages : Libri très juris civilis, son œuvre capitale ; Commenlarii de indigents ; Libri ad Vitellium ; Libri mémo rulium ;Responsa et Fasti, Ses Libri 1res juris civilis furent commentés par les plus célèbres jurisconsultes, Ulpien, Pomponius, Paul, et passèrent longtemps pour un des meilleurs traités qu'on eût écrits. Le Digeste fait fréquemment mention des opinions de Sabinus. 11 ne reste de ses écrits que des fragments, dont quelques-uns ont été cités par Aulu- Gelle et que Riecoboni a recueillis a la suite de son livre lie hisioria (Venise, 1563).

SABINUS (Marcus Cœlius) , jurisconsulte romain, qui vivait au i« siècle de notre ère. Il devint consul en 69. On connaît de lui un traité, Ad edictum sdilium curuliurn, dont Aulu-Gelle a cité deux passages. D'autres juristes rapportent également les opinions de Sabinus eu matière de droit.

SABINUS (Julius), Gaulois du pays des Lingons (Langres), qui tenta, avec Civilis, sous Vespasien, d'affranchir la Gaule de la domination romaine (69-70 après J.-C). Possesseur de grandes richesses, descendant en outre, paraît-il, de Jules César par une du ses aïeules, plein d'ambition, mais dénué d'habileté politique et surtout de courage , il appela les Gaulois aux armes, tandis que Civilis soulevait les Germains et les Bataves, et un moment la fortune parut leur sourire. Sabinus eut la folle prétention de se faire proclamer César, ce qui détacha de lui les Séquanais. Il essaya de les combattre ; mais il fut battu, défait entièrement et mis en fuite. Alors il se sentit saisi d'une terreur folle. Au lieu d'essayer de rassemblai- ce qui lui restait de soldats et de tenter encore une fois le sort des armes; au lieu de se montrer à la hauteur de son ambition par une tin héroïque ; au lieu de courir à la mort, il ne songea qu'à conserver sa vie et, pour cela, à se faire oublier. Dans ce dessein, il se rendit à une de ses maisons de campagne située à quelques kilomètres de Langres et y mit le feu. Puis, la nuit venue, déguisé en paysan, il gagna une grotte souterraine cachée au plus profond d'une forêt druidique, et qui devait dès lors lui servir de demeure à défaut du palais de marbre qu'il avait rêvé. Pendant ce temps, deux de ses affranchis, sur la fidélité desquels il pouvait compter, allaient partout répandant la nouvelle que leur maître avait incendié sa maison et que son corps avait été consumé par les flammes.

Du fond de ce souterrain, il fit savoir à sa femme le secret de son existence. Cette généreuse épouse alla s'enfermer avec lui dans son tombeau où, pendant neuf années, elle sut, par sa tendresse et ses soins, l'indemniser de la privation du jour et de la perte de la liberté. Trahi enfin, Sabinus fut livré à Vespasien, qui l'envoya au supplice ; Eponine ne voulut pas survivre à l'époux qu'elle n'avait pu sauver. V. Eponine.

Sabinus, tragédie lyrique en quatre actes, paroles de Cbabanon de Maugris, musique de Gossec; représentée à l'Académie royale de musique le 22 février 1774. L'épisode d'Eponine et Sabinus a fourni le sujet de cet ouvrage, qui fut promptement éclipsé par le Buccès de Ylphigënie et de l'Orphée, de Gluck, représentés quelques mois après. Les premières représentations de Sabinus comptaient cinq actes ; on en supprima un sans intéresser davantage le public. «C'est un ingrat, dit Sophie Arnould, de persister à s'en-

i nuyer, quand on se met en quatre pour lui

I plaire. >

Sabinus (Julius) [Giulio Sabino], opéra italien en trois actes, livret de Métastase, musique de Giuseppe Sarti; représenté au théâtre de San-Benedetto de Venise en 1781. L'ouverture est assez développée pour le

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temps, quoiqu'elle ait été écrite avec des éléments fort simples, le quatuor, des hautbois, des trompettes et une contre-basse. Ecrite en ut, elle est suivie d'un andante en fa qui sert d'introduction. Les peisonnages sont : Giulio Sabino, Arminio, Annio, Tito, Voadioe, Epponina. Parmi les airs les plus intéressants que nous offre la partition, nous citerons ceux de Giulio Sabino, la cavatine Pensieri funesti et son allegro très-dramatique; l'air d'Arminio: Già al mormorar del vento, orné de hardies vocalises; l'air d'Epponina : Tréma il cor, qui est écrit très-haut et monte au ré plusieurs fois ; l'air de Voadice : Se questa o Cor tiramio ; l'air magnifique de Tito : Già visento e giàv'intendo; celui de Sabino : Là lu vedrai chi sono, d'une virtuosité vocale extraordinaire. Ce rôle a été écrit pour le chanteur Pacchierotti, et celui d'Epponina pour la signora Pozzi. Leur grand duo du premier acte , Corne partir poss'io, est d'un grand intérêt artistique. Il est mouvementé, dramatique, et, n'était une suite de gorgeggi qui accuse trop le goût du temps, il ferait encore beaucoup d'effet. Dans le second acte, nous nous contenterons de citer l'air d'Annio, le ténor de l'ouvrage : Quandn il pensier ; celui d'Arminio, haute-contre : Da quel di ; l'air de Tito, d'un beau caractère : Tigre ircana in selva ombrosa, chaleureusement soutenu par le quatuor ; un très-beau largo, chanté par Sabino : Cari figli, et un terzetto final peu saillant. Le troisième acte est le moins considérable de cette volumineuse partition. On y remarque l'andante chanté par Epponina et la scène dans laquelle les deux époux, privés de leurs enfants, se préparent à mourir ensembie.Titus les leur rend et accorde à Sabinus sa grâce ; ce qui, peu conforme à la légende romaine, était le dénoùment alors nécessaire en Italie, et tout se termine par un chœur médiocre. Quoiquo Giulio Sabino soit un ouvrage de second ordre, il caractérise bien la manière d'écrire des maîtres vénitiens et ce qu'était alors l'art du chant. Eu outre, il montre que les qualités dramatiques ne manquaient pas à Sarti.

SABINUS (Georges Schdlbr, dit), littérateur et historien allemand, né à Brandebourg en 1508, mortàErancfort-sur-l'Oder en 15C0. Il étudia à Wittemberg sous la direction du Mélanchthon, dont il devint l'élève favori et plus tard le gendre, et montra un talent précoce pour la poésie latine. Selon l'usage du temps, il changea son nom en celui de Sai>inùi, porté par un poète latin contemporain d'Ovide. Sabinus avait composé Cassures germanici, poème latin sur les empereurs d'Allemagne, lorsqu'il quitta Mélanchthon pour faire un voyage en Italie (1533). Il visita Venise, l'adoue, entra en relation avec Bembo et Aleander, puis traversa la Suisse, visita Erasme à Fribourg et fut nommé, en 1538, professeur de littérature à Prancfort-surl'Oder. Après avoir été recteur de l'Académie de Kcenigsberg de 1544 à 1547, Sabinus retourna à Francfort, où il continua son enseignement. Son talent pour la poésie, qui lui avait fait décerner une couronne par Aleander à Venise, lui valut également (tes lettres de noblesse que Charles V lui conféra à la diète de Ratisbonne. Il avait eu d'Anna, fille aînée de Mélanchthon, des enfants qu'il laissa, k sa mort, dans la situation la plus précaire. Ses principaux ouvrages sont : D,i electione Caroli V hisioria (Alayence, 1544, in-12); In Ovidii fabulas (Wittemberg, 1550, in-8°); Poemata et epistolie (Leipzig, 1558 et 1559, in-8°), contenant un poème, des élégies, des épigrammeSjUn traité de versification, etc.

SABIO (Jean-Antoine et Etienne de), imprimeurs vénitiens du xv« siècle. Ils travaillaient à la même époque que les Aide, mais dans une autre partie. Tandis que ceux-ci s'occupaient surtout des classiques et imprimaient ces belles collections d'auteurs grecs si recherchées des amateurs, les Sabio éditèrent avec autant de soin les auteurs italiens contemporains, des comédies, des nouvelles, des poésies, des livres de géographie et d'histoire. La plupart de leurs éditions, faute d'avoir été collectionnées à temps, ont disparu. Un de leurs livres, la Ceccaria, de Caracciolo, (Venise, Giovanni- Antonio e fratelli da Sabio,

1526, in-8°), figurait dans le catalogue de la bibliothèque de Soleinne. Une traduction do l'Iliade, en vers grecs modernes (Venise, Stofano da Sabio, 1526, in-fol.), a été payée plus de 200 francs à la vente de Ch. Nodier. On doit aussi à Etienne de Sabio un dictionnaire grec-latin-italien : Corona preciosa, per imparare, légère, scrivere, par lare et intendere la lingua greca volgare et littérale, la lingua latina et il volgare italico (Venise,

1527, in-fol.).

SABIONCELLO OU SABIONEBO , presqu'île de l'empire d'Autriche, formée par l'Adriatique sur la côte de Dalmatie, sous 42» 45' do latit. N. et 15» de longit. E. Elle s'avance dans la mer, du S.-E. au N.-O., entre le canal de Varenta au N., qui la sépare de l'Ile de Lésina, ceux de Corzola à l'O. et de Méléda au S., qui la séparent des îles de mémo nom ; elle mesure 72 kilom. de longueur sur 6 kilom. de largeur moyenne. Les côtes, généralement escarpées, surtout au S., sont trés-irrégulières et présentent un grand nombre d'enfoneemeiits. Le sol est montagneux; on y trouve plusieurs villages, entre nuire»

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celui de Stngno et celui de Sabioncello, qui donne son nom k la presqu'île.

SABIRES, en latin Sabiri , peuple de la Sarmatie méridionale. Il habitait, au vo siècle, entre le Konban et le Caucase; vers le milieu du via siècle, il vint s'établir près des rives du Dnieper, dans le pays qui prit de là le nom de Sebérie ou Sévérie.

SAB1S, nom latin de la Sambre.

SABISME s. m. (sa-bi-sme). Syn. de sa-

BFÎISME.

SABLAIS, AISE^s. et adj. (sa-blè, è-ze). Géogr. Habitant des Sables-d'Olonne; qui appartient à cette ville ou k ses habitants : Les îSablais. La population sablaise.

SABLAH s. m. (sa-blâ). Grande robe sans f:iille, ordinairement en soie, que portent les femmes en Egypte.

SABLE s. ni. (sa-b!e — du lat. sabulum, même sens). Sorte de gravier fin, matière pulvérulente provenant de la désagrégation de cerinines pierres : Sable de mer, de rivière. Fond de sable. Banc de sable. Enfoncer dans le sable. Les sables du désert. A! disait bâtie sur te sable. Etendre du sable sur le* allées d'une promenade, d'un jardin. Les sables ne couvrent d'ordinaire que la surface de ta terre. (Fén.) Les dunes se sont formées par des amas de sable gue la mer a apportés et accumulés. (Buff.) Le chameau et l'autruche vivent commodément dans les sables de l'Afrique. (Volt.) Le rugissement du lion, fort, sec, âpre, est en harmonie avec les sables embrasés où il se fait entendre. (Chateaub.) Le despotisme est à la fois insensible comme la pierre et instable comme le sable. {B. Const.) Le sable de la mer Caspienne est si subtil, tjue les Turcs disent en proverbe qu'il pénètre à travers la coque d'un œuf. (B. de St-F.) Le sable des rivières ou, à son défaut, le gravier et tes plâtres concassés servent à amender tes terres argiteuses. (Raspuil.) Le chameau voyageur traverse l'Arabie, Et ses cinq estomacs, réservoirs abondants. Bravent l'aridité de ces sables brùlanis.

Delille.

— Gravier qui s'engendre dans les reins : Des urines pleines de sable.

— Sablier, horloge de sable. Il Vieux en ce sens.

— Sable mouvant, Sable peu consistant, qui s'enfonce sous les pieds ; sable que les vents déplacent. Il Fig. Fondement, base peu solide.

— Bâtir sur le sable. Donner à un établissement, à une entreprise un fondement peu solide ; La félicité des hommes, nous ne le savons que trop, est bâtie sur le sable. (Toussenel.)

Le bien de la fortune est un bien périssable; Quand on bâtit sur elle, on bâlit sur te sable.

Racan.

— Semer sur le sable. Faire une dépense, se donner une peine inutile, comme si on jetait des grains sur le sable, qui est improductif : Pour l'endoctriner, j avais beau suer sang et eau, je ne faisais que semer sur le sable. (Le Sage.)

— Avoir du sable dans les yeux , Eprouver dans les yeux des picotements particuliers qui accompagnent souvent l'envie de dormir.

— Prov. Les injures s'écrivent sur l'airain et les bienfaits sur le sable, On garde longtemps le souvenir des injures, on perd bien vite celui des bienfaits.

— Fr.-maçonn. Sable blanc, Sel. n Sable jaune, Poivre.

— Mar. Manger du sable, Retourner le sablier avant que le sable soit complètement écoulé,

— Techn. Composition dans laquelle il entre du sable, et qui sert à confectionner des inouïes dans lesquels on coule des métaux, il Sable vert, Mélange de sable et de poussière de houille ou de charbon employé a la confection des moules. Il Sables bouillants, Sables de mer ou de rivière qui, mêlés d'une grande quantité d'eau, sont, lorsqu'on les enlève, immédiatement remplacés par d'autre sable qui monte en bouillonnant. Il Sable mâle, Sable de couleur foncée, il Sable femelle, Sable de couleur claire. Il Bain de sable, Sable qu'on interpose entre un foyer et un vase qu'on ne veut pas chauffer k feu nu.

— Vitic. Vins de sables, Vins récoltés dans les landes de Gascogne.

— Encycl. Le sable est une matière pierreuse, pulvérulente, composée de grains plus ou moins tins, provenant de la désagrégation des roches siliceuses ou quartzeuses. Suivant les roches dont ils proviennent, on divise les sables en sables calcaires et sables siliceux.

Les premiers se dissolvent en totalité dans les acides, les autres sont inattaquables. Dans la nature , on rencontre souvent des mélanges des deux espèces, qui se dissolvent alors en pariie.

Les sables siliceux sont aussi désignés sous les noms de sables quartzeux, granitiques ou volcaniques, selon qu'Us sont entièrement composes de grains de silice pure, de grains de cette substance entremêlés de débris de feldspath et de paillettes de mica ou qu'ils proviennent de la dèsag légation de roches volcaniques.

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Ces derniers sont souvent désignés sous le nom de pouzzolane.

On divise encore les sables suivant la grosseur et la régularité de Ieur3 grains.

On nomme : sablons, les sables formés do matières excessivement ténues; sables, ceux qui sont formés de grains très-petits, réguliers et à peu près sphèriques ; graviers, ceux dont les grains, plus ou moins in éguliers, atteignent la grosseur d'une lentille ou d'un pois; arènes, les espèces intermédiaires. Ces derniers sont souvent mélangés d'argile à un certain état, qui leur communique des qualités précieuses pour la fabrication des mortiers.

Le sable est généralement de couleur jaune ; on en trouve d'une entière blancheur; il est quelquefois bleuâtre ou grisâtre, ou bien coloré en rouge par l'oxyde de ter.

Les sables se tirent ordinairement du lit des fleuves et des rivières ou des grèves de la mer; on en trouve aussi là où ne passe aujourd'hui ni fleuve ni rivière; ce sont des sables fossiles, que l'on appelle sables de terre; les sables vierges sont ceux que l'on trouve encore sur place k côté des roches en décomposition qui les produisent. Les sables lossiles offrent généralement un grain plus anguleux, plus inégal, plus rude au toucher que les sables de mer ou de rivière. On dislingue encore les sables par leur couleur; il y en a de blaucs, de rouges, de jaunes, de bruns, de noirs et de verilâtres. Le sol de lu vallée de la Seine, formée par le diluvium, comprend des sables granitiques , produits par la trituration du quartz et du feldspath, et provenant des débris des montagnes du Morvan ; leur origine ne peut être contestée quand on retrouve dans des galets un peu volumineux tous les caractères des granits qui constituent ces montagnes, ha sable existe encore, tantôt non loin du la mer, sous forme de dunes, tantôt dans l'intérieur des terres, en formant de vastes plaines stériles. Les Sables sont employés, dans la construction proprement dite, pour la fabrication des mortiers, et dans diverses industries, telles que uaus la fonderie de fer et de cuivre, dans les verreries, etc.

Les sables employés k la fabrication des mortiers doivent être non terreux et entièrement dépourvus de matières animales, lesquelles formeraient, avec la chaux, un savon soluble qui retarderait la solidification des mortiers ; ils doivent être rudes au loucher, et crier lorsqu'on les serre dans la main. Ou reconnaît que les sables sont bien propres, en les remuant dans de l'eau ; si celle-ci reste limpide, c'est que le sable est pur et trèsbon ; si, au contraire, elle devient bourbeuse, c'est que le sable est terreux. Généralement, on préfère les sables de rivière k ceux de carrière; ou est plus sûr d'y rencontrer toutes les qualités des bons sables. Certains constructeurs admettent que la plupart des sables ont l'avantage de développer dans lu chaux avec laquelle on les mélange une réaction favorable au durcissement des mortiers ; d'autres, au contraire, parmi lesquels ^1 faut citer M. Vicat, prétenuent que cette action est nulle et que les subies sont des matières complètement inertes, qui n'exercent chimiquement, du moins pendant un grand nombre d'années et sans intervention ue principes étrangers, aucune action sur la chaux. Considérés sous le rapport de l'adhésion physique ou enchevêtrement, c'est-àdire de lu faculté de s'attacher la cliaux par leurs aspérités, les sables anguleux exercent une action lavorable k ia cohésion des mortiers, propriété que ne possèdent pas au même degré les sables k grains polis ou arrondis.

On distingue en plusieurs sortes les sables employés à la fabrication des mortiers : 1° le sable calcaire, forme de particules calcaires mélangées de grains de quariz; 2° le sable quartzeux, qui ne contient que des particules ue quartz; 3" le sable micacé, qui est forme de débris de granit contenant de la silice et de l'alumine; 4° la pouzzolane, composée essentiellement de silice, d'alumine et de peroxyde de fer, et accidentellement de magnésie, de chaux, de potasse, de soude et d'autres principes en quantité a peine appréciable ; 5" les arènes, qui sont composées de sable quartzeux à grains inégaux entremêlés d'argile brune ou rouge orangé, en proportion de 1/4 aux 3/4 du volume total. Les arènes occupent toujours les sommets arrondis de certaines collines ou mamelons d'une faible élévation, dont elles forment quelquefois la masse principale. Comparées aux sables argileux ou limoneux, elles ont une certaine propriété pouzzolanique indépendante de toute cuisson, laquelle réside, d après M. Vicai, dans la partie argileuse seule. La nature du sable a, connue celle de la chaux, une très-grande influence sur les qualités du mortier. 11 parait cependant résulter des observations de M. Vicat que le sable quartzeux ne contribue pas, comme on l'avait cru, à augmenter la lorce de cohésion dont toute espèce de chaux indistinctement est susceptible ; mais qu'il est utile a quelques-unes, nuisible à d autres, et qu'il en existe, parmi les espèces intermédiaires, u la solidité desquelles sa présence ne change rien.

D'après le même ingénieur, on peut classer de la manière suivante les sables éminemment siliceux, quant k leur convenance

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pour différentes chaux dont les mortiers doivent être exposés à l'air :

I Pour les chaux éminemment hydrauliques, ! 1» le sable fin ; 2" le sable à grains inégaux provenant du mélange, soit du gros sable avec le fin, soit de celui-ci avec le gravier ; 3» le gros sable.

Pour les chaux communes, grasses et trèsgrasses, io le gros sable; 2° les sables mêlés, le sable fin.

I Les chaux qui ont fourni ces résultats i avaient été éteintes par immersion; il est | probable qu'on arriverait au même résultat ! par les autres modes d'extinction. En général, les gros sables sont préférés aux sables fins pour les mortiers de chaux grasses; au contraire, pour les mortiers de chaux hydrauliques, les sables fins, pourvu qu'ils Soient en grains palpables, durs et nets, sont préférables aux gros sables ; la cohésion finale du mortier hydraulique k sable moyen étant représentée par 10Ô, elle descend k 70 par l'emploi du gros sable et k 50 par celui du menu gravier. Le volume des vides laissés entre les grains de sable se détermine en remplissant de ce sable, préalablement desséche, une mesure de capacité déterminée et versant dessus une quantité d'eau suffisante pour qu'elle affleure la surface du sable ; le volume d'eau versé est égal k celui des vides. En opérant ainsi, on trouve que, poulies sables de rivière, le volume d eau employé varie généralement de 31 à 34 pour 100 de sable. Des expériences sur des sables de rivière dont la grosseur variait de 1/3 de millimètre à 1,5 millimètre ont donné pour le volume des vides omc,3i k ome^s par mètre cube de sable légèrement humide. En tassant et en comprimant fortement le sable, l'eau sortait à la surface, et la quantité qui remplissait les vides du sable descendait aux 0,18 ou 0,22 du volume primitif de celui-ci. D'après M. Raucourt, pour les débris de pierres ou cailloux de 0m,027 k 0^,04 de diamètre, tels que ceux que l'on mêle au mortier pour la fabrication du béton, il faut, pour un volume de pierre, un demi-volume d'eau au plus. D'ailleurs, ia proportion d'eau dépend de la grosseur du sable, soit omo,50 d'eau pour l mètre cube de pierres; pour des sables ou graviers de O^jOIl à O'x.OU de diamètre, il faut 1/2 volume d'eau, soit omo,50 pour 1 mètre cube; pour des sables de ' 0m,002 k 0m,0043 de diamètre, 5/12 de vo- | lume ; pour des sables moyens de 0>a,ooi de diamètre, 2/5 de volume, soit omc^O pour j 1 mètre cube; pour les sables fins de 0"1, 00023 | de diamètre, 1/3 de volume; et pour les sat blous et les terres, 2/7 de volume. I Dans les constructions d'une certaine im- | portance, la fourniture du sable est soumise | aux conditions suivantes, auxquelles il est i quelquefois difficile de se conformer : le sa- 1 bte sera sec et anguleux, criant à la main, j sans mélange de vase, gravier ou matières j étrangères; il proviendra de dragages faits i dans les cours d'eau indiqués par l'ingénieur ou l'architecte, et il sera passé k la claie si cela est jugé nécessaire. Le sable devant servir à la fabrication du mortier pour la pose de la pierre de taille ou la confection d'enduits sera en outre tamisé avec soin.

Le sable est utilisé dans la construction de la plate-forme des chemins de fer pour encastrer les traverses qui supportent les rails. Ce sable, auquel on a donné de ballast, doit être perméable et avoir une certaine consistance; k cet effet, il doit être composé do grains de grosseur moyenne et assez durs pour ne pas être réduits en poudre au passage des convois. L'eau circule moins facilement dans le sable fin, qui peut, en outre, être projeté par le vent ou par le courant d'air que produisent les convois sur les parties frottantes des machines. Une petite proportion d'argile communique au sable une certaine consistance qui l'empêche de se déplacer trop facilement; mais si la proportion est un peu forte, le sable se convertit en boue k la suite des grandes pluies. On i compte qu'il faut au moins 4 mètres cubes 1 de sable par mètre courant de chaussée, sans I compter ce que l'on consomme pendant les

premiers temps pour relever la voie.

| Dans les fonderies, le sable dont on se seit I pour le moulage est un mélange de sable si- I liceux et d argile colorée soit par des matières charbonneuses, soit par des oxydes de , fer. On évite les argiles pyriteuses k cause | du soufre et du carbonate de chaux qu'elles contiennent.

La silice et l'argile ne doivent entrer dans la composition des sables qu'a l'état de mélange et non k celui de combinaison ; car, i dans ce dernier cas, elles formeraient un sili- I cale d'alumine qui ne présente aucune cou- I sistance ni aucune solidité. 11 y a entre l'argile et le sable siliceux un moyeu terme qu'il I faut atteindre ; l'espérience est, k cet égard, ! le seul guide. On est arrivé k de bons résul- ! lais en formant un sable avec 93 parties de | sable quartzeux fin, 2 parties d'oxyde de fer rouge et 5 parties d'argile aussi exempte de j chaux que possible. Comme il est très-rare i que l'on puisse trouver des mélanges natu- I i-els convenables, on en forme eu séchant, i broyant et tamisant séparément le sable et , l'argile, puis en les mélangeant dans les ! propurtions que l'on a trouvées les plus satis- I luisantes. Quand ou découvre des mélanges ] naturels qui renferment une des substances ! eu excès, on en retire la quantité qu'il faut

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pour tes rendre bons. Si le sable est trop gras, on se débarrasse de l'argile par un lavage ; s'il est trop maigre, on ajoute k sec de l'argile, en ayant soin d'arroser un peu la surface à mesure qu'on remue et qu'on mêle.

Pour la fonderie de cuivre, le sable doit être beaucoup plus fin que pour la fonderie de fer, les moules n'nyant pas besoin d'être aussi poreux. Lorsqu'on a trouvé une terre convenable, ou même quand on est forcé d« la préparer soi-même, il est une série d'opérations par lesquelles il faut qu'elle passe avant d'être employée au moulage. Cette série d'opérations constitue ce que l'on nomme la préparation des sables et se compose du séchage, du broyage, du tamisage, puis du mélange avec les vieux sables et avec la quantité de charbon nécessaire, suivant la nature du moulage auquel le sable est destiné. On fait sécher les subies dans une étuve, puis on les broie, soit entre deux cylindres horizontaux, soit sous une meule tournant dans une auge en fonte. Le sable séché et broyé, on le tamise, soit k la main avec des «tamis en toile métallique et en crin, soit en le faisant passer dans un cylindre incliné recouvert de toile métallique et animé d'un mouvement de rotation autour du son axe. Ce cylindre, renferme dans une caisse un bois dans laquelle vient se déposer le subie :i mesure qu'il tombe, est disposé comme les liluteries k farine , c'est-à-dire que, la toile métallique étant de deux on trois grosseurs différentes, on recueillo- du sable de deux ou trois degrés de finesse qu'on applique au moulage de pièces plus ou moins délicate-. Le moulin qui sert k bmyer le poussier d<: charbon de bois ou de houille, ainsi que !•■ sable, se compose d'une auge en fonte dan i laquelle tourne une meule verticale aussi en funte et liée à un arbre vertical de transmi-sion duquel elle ieçoit son mouvement. On fait ordinairement suivre la meule d'un racloir qui relève le sable ou le noir, et on le présente de nouveau k l'action de la meule. On appelle sable d'étuve un sable assez argileux pour durcir, par la dessiccation, k une température de 200° ou 300°. On donne le nom de sable vert k un mélange de sable sortant de la carrière avec 1/12 environ de sou volume de poussier de houille ou de charbon.

Le sable est encore employé avec beaucoup de succès dans la fabrication du verre, qui, comme on le sait, contient, comme élément essentiel, la silice. Eu France et en Belgique, pour le cristal, les glaces, le verre ii vitres, la gobeleterie fine, on se sert généralement des sabtes les plus blancs de Fontainebleau, de Cmiinpugne, de Nemours, etc. En Angleterre, les sables du pays soni ferrugineux; aussi les glaces et les verres k vitres de fabrication anglaise présentent-ils nue couleur verte très-marquée. On est réduit k se servir de silex et de craie qu'on écrase et qu'on pulvérise. Pour les glaces, on emploie le sa'de de mur de l'île de Wight ; pour les produits de luxe, les cristalleries anglaises font venir les sables de France et même d'Amérique. Pour les bouteilles, on recherche les sables ferrugineux et açgiluux, parce qu'ils apportent avec eux le fer et l'alumine, qui entrent comme fondants dans ces sortes de verres.

Il serait trop long d'énumêrer tous les uages pratiques que l'on faitdusaô/i?, tant dans la construction proprement dite que dans l'industrie et les arts; nous en avons résumé les trois applications principales. On ne saurait cependant passer sous silence l'usage que l'on en fait dans les fondations sur des terrains compressibles, en profitant de son incompressibilité, et de la facilité avec laquelle on peut établir de larges bases répartissant la charge sur une grande surface. On peut encore citer comme u.sage très- troquent l'emploi du sable pour opérer le filtrage des eaux chargées de matières limoneuses, soit k l'aide de bassins filtrants naturels comme k Toulouse, soit eu le mélangeant par couches successives et intermittentes avec du charbon de bois pulvérisé.

— Comm. Vins de sables. Les vignobles qui produisent ces vins se rencontrent dans les communes de Soustons,Messanges, Vieuxlioucau et Cap-Breton. Leur contenance totale est de 150 hectares. Ces quatre petits crus présentent la même physionomie originale et sont autant de conquêtes sur les sables mouvants enlevés k la mer par les vents d'ouest et amoncelés en forme de dunes,ayaiit constamment leur direction longitudinale du nord au sud ; c'est sur cette base mobile que les habitants du littoral plantent leur vignoble. Ils choisissent d'abord une dune assez inclinée vers l'est pour leur permettre d'arrêter la mobilité des sables envahisseurs et de garantir la vigne des émanations salines de la mer. Un clôture l'espace choisi avec une haie de bruyère de l^^O de hauteur et ou le divise en compartiments appelés tournets, chacun de 2 ares et sépares par des haies. La vigne est plantée daus l'intérieur des tournets. Les vents viennent s'amortir contre les haies, et les sables qu'elles renferment résistent k leur action et restent immobiles. Ces haies, fort coûteuses a établir, ne durent pas plus de sept ou huit ans, après quoi il taul les remplacer.

Chaque vignoble contient plusieurs sortes de raisins, niais les plus cuiiiuiuus sont lej

suivants : le cap-breton, le cruchon, te bordelais, le picpouille, le chasselas. Ce dernier est un raisin de table des plus estimés et qui s'expédie à Biarritz et à Bayonne. On plante la vigne en ouvrant, a la profondeur de 0ln,50, des fossés de l'est à l'ouest, à la distance de 0™,90; on sarcle une ou deux fois par an, pendant les premières années. Vers quatre ans, on dresse la vijrne sur deux branches et l'on divise le vignoble en deux soles; chaque année, une pariie des ceps est sablée et l'autre provignée, et vice versa. Le provignage est un couchage qui sert à rajeunir la vigne. Chaque fois qu'on provigne, on fume et on laisse, de distance en distance, quelques ceps qu'on ne couche pas et qui sont destinés à remplacer ceux qui viendraient à manquer. On taille, on échalasse en mars; on ébourgeonne en mai; on épampre en juin ; on trousse (relève) en juillet. Le cuvagn dure douze ou quinze jours ; on soutire en mars.

Le vin de sables, qui se récoltait déjà au xme siècle, se distingue par sa couleur, son velouté, son bouquet. C'est un vin généreux qui constitue un bon ordinaire, mais il n'est guère connu ailleurs qu'à Dax et à Bayonne.

— Allus. Httér. Le grnin de snble de Pa»cnl,

Passage des Pensées de Pascal.

• Cromwell allait ravager toute la chrétienté : la famille royale était perdvie et la sienne à jamais puissante, sans un petit; grain tle sable qui se mit dans son urètre. Rome même allait trembler sous lui; mais ce petit gravier, qui n'était rien ailleurs, mis en cet l'iidroit, le voilà mort, Sa famille abaissée et le roi rétabli. »

On sait, en effet, que Cromwell mourut de la gravelle.

Si nous remontons au temps de la jeunesse de cet homme extraordinaire, nous trouvons une petite anecdote qui a quelque rapport avec le grain de sable. Cromwell, désespérant de faire fortune en Angleterre, avait formé le projet de se rendre au nouveau monde ; déjà il mettait le pied sur le navire, quand un ordre de Charles 1er, défendant toute émigration, le força de rester en Angleterre. Le futur protecteur était alors à peu près inconnu.

Le grain de sable de Pascal est devenu une locution originale et pittoresque pour exprimer cette vérité commune, que les petites causes engendrent souvent les grands effets -.

• Lui, Voltaire, portant ses deux mains de fer et de feu contre ce ohiffon de V Année litlëraire, et ne pouvant venir à bout de l'anéantir 1 Lui, Voltaire, arrêté dans sa gloire par cette misérable feuille I... Avouez avec moi qu'en effet cela est étrange, et qu'en effet Voltaire , se voyant vaincu , comme Cronrwell, par ce grain de sable placé là, a eu bien raison d'être furieux toute sa vie et de toute sa fureur contre Fréron. n

J. Janin.

« Dans son histoire du concile de Trente, Sarpi déchire le rideau du sanctuaire. De quel hasard dépend tel dogme, tel article de foi qui régit la société moderne? D'un rhume gui courait alors et qui donna la majorité a tin certain côté. Voilà le grain de sable de Pascal dans les affaires du ciel et dans la législation du monde. »

Quinet.

SABLE s. in. (sa-ble — vieux français et anglais qui signifiait martre zibeline, allemand zobel, bas-latin sabelltim; ce mot est probablement d'origine slave et représente sans doute le polonais-russe sobot, même sens, lequel répond probablement au sanscrit çabala, çavala, tacheté, bariolé, d'où aussi le grec kobalos, espèce de faune ou de satyre, proprement le tacheté, qui a produit le latin cabotas et le bas latin gobelimts, en français gobelin, etc. Max Millier voit dans le sanscrit çabala une forme originairement identique à carvara, noir, qui est allié a karbu, karbnra, /carbura, karvara, tacheté. Tous ces mots ne sont que des formes diverses d'un même terme dont le sens a varié entre noir et tacheté. On peut leur rattacher aussi le grec Kerberas, Cerbère, proprement le tacheté, et le latin carbo, charbon). Mamm. Nom vulgaire de la martre zibeline.

— Bias. Couleur noire qui, dans la gravure, se représente par des hachures verticales se croisant avec des hachures horizontales.

SABLE (Guillaume du), poëte français qui vivait au xvie siècle. « 11 avoit été élevé à la cour de François Ior, dit un biographe, et avoit servi dumestiqueinent sept rois : François Ier, Henri II, François II, Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XIII. ■ Guillaume du Sable s'intitulait gentilhomme ordinaire de la vénerie du roi. Bien qu'il demeurât à la cour de princes très-cathbliques, c'était un fougueux protestant qui n'épargnait ni le pape ni les papistes, ni même des personnages politiques très-considérables de l'époque. Il se montra, dans ses vers, ennemi juré de la Ligue, qu'il attaqua vertement dans le Coqà-l'asne de la truye au foin. Ses sonnets sont dédiés à une demoiselle agenaise nommée Armoise de Loumagne, et le titre de son œuvre poétique, la Muse chasseresse, fait allusion à son métier de veneur royal. Ses poé-

sies ont été réunies et publiées à Paris en

SABLÉ, ÉE (sa-blé) part, passé du v. Sabler. Dont le sol est couvert de sable : Allée

SABLÉE

Le dirai-je, Doris? Dans ces longues allées, Semblables l'une à l'autre, exactement sablées. Dans ces murs, ces lambris dont j'étais ente ré, Mon esprit inquiet se trouvait ressarré.

Saint-Lambert.

— Econ. domest. Fontaine sablée, Vaisseau dans lequel on fait filtrer l'eau à travers du sable.

— Techn. Jeté en sable, moulé : Monnaie, médaille sablék. il Se dit, en termes de tisseur, de toute armure ou de tout dessin formant un fond pointillé. Il Bouleau sablé, Rouleau qui a reçu une couche de colle et de sable, dont on fait usage pour la fabrication de certains velours.

— Hist. nat. Marqué d'un grand nombre de petits points semblables à des grains de sable.

— s. m. Sorte de gâteau qu'on fait en Normandie.

— Techn. Défaut du verre consistant en ce qu'il est marqué d'une multitude de petits points semblables à des grains de sable.

— Mamm. Nom vulgaire d'une espèce de hamster.

SABLÉ, ville de France (Sarthe), anc. Sabololium et Sabulium, ch.-l. de Cant., arrond. et à 30 kilom. N.-O. de La Flèche, sur une colline baignée par la Sarthe; pop. aggl., 4,719 hab. — pop. tôt., 5,549 hab. Fabrication de lainages, serges; filature de laine, brosseries, moulins à tan; carrières de marbre noir, mines d'anthracite. Commerce de grains, fruits, bestiaux, bois, ardoises, etc. L'anthracite extraite des mines de Sablé sert à la cuisson de la chaux qu'on emploie avec succès pour l'amendement des terres du canton. En 1825, la concession de ces mines a été obtenue par une société de propriétaires sablésiens. Suivant un mémoire de M. Triiter à l'Académie des sciences (avril 1833), ell<-s fournissent, par année, plus de 140,000 hectolitres d'anthracite pour la cuisson de 77,000 hectolitres de chaux. La foire de Sablé, qui se tient à Pâques, est une des plus considérables de l'Ouest; la vente des bestiaux élevés dans les herbages de la Normandie et du Maine en est le principal élément. Ce commerce, qui, en 1747, produisait de 25,000 à 30,000 livres, s'élève aujourd'hui à près de 800,000 livres. Sablé doit à l'importance de son industrie d'être la seule ville du département qui, sans être chef-lieu d'arrondissement, possède un octroi municipal. Sablé est bâti dans une situation fort agréable, sur le sommet d'une colline que couronne son magnifique château. La Sarthe divise la ville en deux parties inégales, qui communiquent entre elles par un beau pont en marbre noir, du haut duquel on jouit d'une vue admirable sur les deux parties de la ville et sur la campagne environnante. On y remarque une belle église paroissiale ornée de magnifiques vitraux exécutés dans les premières années du xvi« siècle ; les ruines imposantes de l'ancienne forteresse ; le château bâti par Mansart, pour Colbert, et renfermant un curieux ameublement du xvne siècle et une longue galerie de portraits historiques. Au S.-O. de la ville on voit une vieille tour, près de laquelle s'élève une motte couronnée autrefois par un donjon.

Sablé, dont la fondation remonte au ve siècle, appartint successivement aux maisons d'Anjou, de Nevers, des Roches, de Craon, de Bretagne, d'Orléans, de France, d'Armagnac et de Lorraine. Le château, un des plus considérables de la contrée, s'élevait au sommet d'un rue et passait pour imprenable. Les évèques du Mans y firent deux fois transporter le trésor de leur église pour le soustraire au pillage (1009 et 1096). En 1135, Geoffroy Plantagenet, comte d'Anjou et du Maine, ravagea les environs de la ville, mais n'osa attaquer le château. Quarante ans plus tard (1173), il tomba néanmoins au pouvoir de Maurice II, baron de Craon, commandant les troupes anglaises en i'absence de Henri II. Cette famille parait avoir conservé la seigneurie de Sablé pendant plusieurs siècles. Sable, qui des cette époque possédait une administration communale, fit partie en 1392 des possessions du duc de Bretagne Jean IV. Charles VI marchait pour s'en emparer lorsqu'il devint fou. Lors de l'invasion des Anglais, le château fort de Sablé fut le seul, dans le Maine, qui resta au pouvoir de la France. Ce fut là que fut conclu, le 31 août j 1488, entre Charles VII et François II, duc | de Bretagne, le traité qui assurait la Breta- I gne à la France. Sablé, qui avait pour seij, gneur pendant les guerres de religion le duc François de Guise, se prononça en faveur de la Ligue et fut la dernière ville du Maine qui reconnut l'autorité de Henri IV. De la maison de Guise , Sablé , érigé en marquisat, passa dans la famille de Laval et enfin dans celle de Colbert. La Révolution en fit un chef-lieu de district. Pendant toute cette période, la ville fut en butte aux incursions des chouans, qui ne cessèrent de la harceler de leurs attaques. Ce ne fut qu'en 1800 que la guerre civile cessa dans le district de Sablé. Les chouans y reparurent encore en 1814 et en 1832, à l'époque de la tentative de la du-

chesse de Berry. Le château de Sablé, un des plus beaux monuments historiques du moyen âge, a depuis longtemps disparu. Il n'en reste plus que des ruines.

SABLÉ (Madeleine db Souvré, marquise de), femme célèbre du xvire siècle, née en 1598, morte à Paris, dans le monastère de Port-Royal, en 1678. Son père, le maréchal de Souvré, fut gouverneur de Louis XIII et de Gaston d'Orléans. A douze ans, elle fut présentée à la cour et admise parmi les filles d'honneur de Marie de Médicis ; à seize ans, en 1614, on la maria au marquis de Sablé, fils du maréchal de Bois-Dauphin. Ce fut une de ces unions comme il y en a tant dans lu haute société, oit les sympathies mutuelles ne comptent pour rien et qui n'empêchent nullement les deux époux de suivre, chacun de son côté, ses fantaisies. Pendant la première moitié de sa vie, la marquise de Sablé mena une vie très-galante. Un de ses amants fut l'illustre maréchal de Montmorency, à qui Richelieu fit trancher la tête; un autre fut le chevalier d'Armentières, dont elle eut une fille, qui mourut religieuse à Port-Ro\'al. Tallemant des Réaux affirme qu'elle eut aussi de tendres sentiments pour Voiture , mais ce n'est qu'une induction tirée de quelque vantardise de ce poëte vaniteux. La marquise de Sablé était une des femmes bel esprit les plus cttltivéesdela première moitié du xvtie siècle. Dans ses salons du faubourg Suint-Hoiiorê, puis de la place Royale , où elle vint habiter en 1646, se réunissait l'élite de la société des précieux et des précieuses. Elle-même écrivait avec finesse et élégance , et elle avait grand soin de conserver ses moindres billets, dont elle faisait tenir copie par sa lectrice, ftllledeChaluis. Une des occupations favorites de son entourage était la réduction de pensées et de maximes. Une pensée était proposée par l'un des habitués, formulée de diverses manières, retouchée, polie, aiguisée et enfin revêtue de sa tournure définitive. La Rochefoucauld, l'abbé Esprit, Voiture, la duchesse de Montausier, Mlle Paulet étaient ses collaborateurs habituels, et l'on présume qu'une bonne partie des célèbres Maximes de La Rochefoucauld vit le jour de cette manière. lien est de même des Maximes de la marquise de Sablé et des Pensées de l'abbé d'Ailly, qui furent imprimées ensemble (1678, in-12) ; l'abbé Esprit a fait aussi paraître un petit volume de Maximes politiques mises en vers (1678, in-12), qui a la même origine. La marquise de Sable fut l'inspiratrice de ce genre de littérature. Dans les dernières années dé sa vie, elle devint dévote. Retirée à Port- Royal, où elle se fit construire une habitation tout exprès pour elle, elle n'en continua pas moins de se mêler des affaires et des intrigues de la cour, prit part à la Fronde, sinon personnellement, uu moins en conseillant ses belles amies, MmL" de Hautefort et la duchesse de Longueville, puis çabala pour les jansénistes. La mort la surprit au milieu de toutes ces agitations.

Victor Cousin a consacré à M«io do Sablé et à son entourage une étude dont nous rendons compte ci-après.

Sablé (Mme dk), par V. Cousin (1854, in-8°). «La merveille, écrivait M. Pierre Dubois dans le Globe, c'est de faire revivre les figurés qui paraissent mortes et inanimées sur- les pages d'une chronique; c'est de retrouver par l'analyse toutes les nuances des passions qui ont fait battre ces cceurs ; c'est de recréer leur langage et leur costume. > C'est ce qu'a fait M. Cousin pour les femmes du xv»e siècle. Dans son étude sur Madeleine de Souvré, marquise de Sablé, il nous montre en elle le modèle de la femme aimable et distinguée de la première moitié du xvne siècle. Ce qu'elle possédait au plus haut point, c'est ce qu'on appelait alors la politesse, qui, sans exclure les qualités éininentes, ne les supposait pas et était un heureux mélange de raison, d'esprit, d'ajjrémeut et de bonté. C'était là le mérite particulier de Mme de Sablé ; c'est par là qu'elle a été comptée et trèsconsidérée dans la société de son temps, celte société à jamais évanouie et qui, avec ses misères et ses grandeurs, est encore ce que l'humanité a produit de moins imparfait. L'obligeance est le fond même du caractère de Mme de Sablé. »

La vie mondaine de M»« de Sablé n'eut de remarquable que le chapitre qui concerne le maréchal de Montmorency, décapité à Toulouse.

« M'le de Scudéri, dit V. Cousin, lui donne une âme tendre, passionnée; mais cette âme si tendre, Voiture nous l'apprend, et son témoignage est à nos yeux de la plus grande force, était moins faite pour l'amour que pour l'amitié. Un jour, quand le temps de la réflexion sera venu, nous verrons M"»e de Sablé mettre en maximes ses propres sentiments et défendre l'amitié, sa pureté, sa délicatesse, son généreux désintéressement; ici, dans sa brillante jeunesse, au milieu de la coquetterie naturelle à cet âge, elle est déjà une amie solide, même à l'égard du frivole Voiture. A peine a-t-elle goûte à la coupe enivrante et amere de l'amour, qu'elle se rejette et se repose dans le sein de l'amitié. Tallemant a beau lui prêter plusieurs autres aventures après celle de Montmorency, nous n'en voyons pas la moindre trace dans aucun des auteurs contemporains, imprimés ou manuscrits, que nous avons consultés, et, en

SABL

ne sortant pas des faits certains, nous n'apercevons dans toute la vie de Mme de Sablé, si l'on excepte le douteux épisode de sa liaison avec le vaillant et infortuné vainqueur de Vegliano, qu'un sentiment constant et bien marqué : le goût pour les amitiés nobles et élevées. »

Ainsi V. Cousin ne croit pas non-seulement k la fantaisie qu'elle aurait eue pour Voiture, mais même à son amour pour le chevalier d'Armentières; c'est peut-être y mettre un peu d'aveuglement.

La vie de la marquise à Port-Royal, où elle se passionna pour le jansénisme, est beaucoup plus curieuse. En 1659, Mme de Sablé mène en sa retraite une vie pieuse, mais agréable et fort douce. Elle s'occupe de la grande affaire de son salut, sans en négliger aucune autre, le soin de sa santé, le goût de toutes les délicatesses, y compris la friandise, celui de- la belle littérature, surtout la passion d'un certain crédit pour soi, pour ses amis, pour tout le monde. Toujours bien avec le ministère, elle ménageait aussi l'opposition, comme on dirait aujourd'hui, et recevait d'anciens frondeurs devenus depuis courtisans. Elle avait fait de son appartement un autre hôtel de Rambouillet en petit, très-aristocratique, nu peu galant, très-bel esprit, d'une dévotion él "gante et d'abord peu sévère. Min< de! Sablé était une maîtresse de maison accomplie, possédant tout ce qu'il faut, pour cela, un assez grand nom, du goût, de l'influence, un cœur au repos, un esprit actif et aimable, peu ou point d'originalité, ce qui est la condition essentielle de ce genre de succès,

SABLER v. a. ou tr. (sa-blé — rad. sable). Couvrir de sable : Sablhr des allées. Les serviteurs allaient, venaient; on lavait les voitures, on sablait ta terrasse, on taillait tes gazons. (G. Sandeau.)

— Jeter en sable, fondre dans un moule de sable : Sabler des médailles, (l Peu usité.

— Pop. Boire d'un trait, par comparaison du liquide avec le métal en fusion qu'on verso dans le moule : Sablkr mi verre de vin. Sabler du Champagne.

— Argot. Assommer avec une peau remplie de sable.

SABL.ERIE s. f. (sa-ble-rl — rad sabler). Partie d'une fonderie où l'on fait les moules.

SABLES-D OLONNE (les), en latin Arenss Olonenses, ville de France (Vendée), ch.-l. d'arrond. et de cant., à 36 kilom. N.-O. de La Roche-sur-Yon, sur une presqu'île qui s'avance dans l'Océan ; pop. aggl., 7,925 hab. — pop. tôt., 8,069 hab. L'arrond. comprend 11 cant., 83 conim. et 115,607 hab. Tribunal de l'» instance, justice de paix, petit séminaire, école d'hydrographie, bibliothèque publique. Place de guerre, port de commerce pouvant recevoir des navires de 300 et 350 tonneaux, et communiquant avec la mer par un long chenal. Pèche de poissons et de coquillages, armements pour la pèche de la morue ; constructions navales ; établissement de bains da mer; commerce de vins, sçl, bestiaux, goudron, conserves, bois du Nord.

La ville couvre une petite presqu'île, qui ne tient au continent que du coté oriental. L'intérieur ne présentequ'un réseau de rues sinueuses, mais propres, coupées par des ruelles; elle s'étend k l'extrémité O. d'une longue dune, entre la mer au S. et le port au N. Elle a par conséquent deux quais : l'un sur le port, l'autre sur la plage. Celui de la plage est une très-belle terrasse qui sert aux voitures et aux promeneurs, et dont la mer n'atteint la base qu'aux plus fortes marées. La plage, une des plus belles de France, descend en pente douce vers la tner et se développe en arc de cercle sur une longueur de plus de 1,500 mètres; elle est bordée à l'O. parla jetée du chenal et la pointe de l'aiguille; à l'E. par un promontoire de dunes. De jolies constructions modernes dominent la terrasse. Le port des Sables-d'Olonne est d'une entrée facile. Il est pourvu de magasins et d'appareils de levage qui rendent son installation complète. Il est desservi directement par le chemin de fer de la Vendée qui le met en communication avec le réseau des chemins de fer de Paris à Orléans, des Charentes et des lignes aboutissantes; enfin, depuis le 15 septembre 1874, il y a été établi un service régulier de bateaux à vapeur, le 1er et le 15 de chaque mois, entre Les Sables-d'Olonne, Liverpool, la côte ouest de l'Angleterre, et réciproquement.

Le seul édifice remarquable de cette ville est une église assez vaste, mais tellement mutilée et dégradée par des réparations et restaurations maladroites et par le badigeonnage, qu'on a peine k y reconnaître un édifice appartenant au style ogival tertiaire. Elle possède cependant de jolies portes dans le style de la Renaissance. L'intérieur se compose de trois nefs, dont l'une a une voûte en bois; il ne mérite pas une description. Nous nous bornerons à mentionner la souspréfecture, la caserne des douaniers et l'ancien château de la Chaume. Aux environs, ou peut visiter les marais salants, séparés de la mer par une chaîne de dunes. Des fouilles, exécutées pour la construction de l'aqueduc destiné a écouler dans la mer les eaux qui s'amassent au lieu dit la Casse aux cannes, ont amené, en 1860, la découverte de curieux vestiges d'anciennes habitations, qui renfermaient des débris de poteries, des monnaies

et deux pains pétrifiés. Le faubourg de la Chaume, composé de maisons très-basses, sans aucune fenêtre de façade, offre un coup d'oeil des plus étranges, des plus pittoresques. Les habitants sont parvenus à y cultiver des vignes et des légumes dans de petits carrés protégés par des murs de sable et des tamaris. A 6 kilom. au S.-E. de la ville et sur le territoire de Château-d'Olonne, on rencontre deux dolmens, un menhir et les ruines d'une ancienne abbaye.

Une tradition veut que des pêcheurs basques aient bâti sur les dunes du territoire d'Olonne, dont, le prieuré dépendait de l'abbuye de Vendôme, un hameau qui serait le berceau de la ville actuelle. Ce hameau, avec le bourg, le château et le village de La Chaume, formait une seigneurie appartenant aux vicomtes de Thouars. En 817, les Normands débarquèrent dans la rade qui s'étend en hémicycle vis à- vis de la ville actuelle. Au xive siècle, la seigneurie passa, par mariage, à Louis de La Tiémouille. Louis X[ songea le premier à faire des Sables-d'Olonne une place de guerre et de commerce : il les visita eu 1472 avec son historiographe, Philippe de Conunines, et chargea les sieurs du Kou et de Biessuire, ses chambellans, de diriger l'établissement du port et des fortiliualions des Subies. Les habitants reçurent en même temps une exemption de tailles et aides, k la condition par eux de contribuer à foriitier leur ville. Kft 1480, la seigneurie des Sables-d'Olonne fut attribuée à Philippe de Contînmes. La ville avait rapidement acquis une grande extension. Sous Charles VIII, le port des Subles-d'Oloune recevait annuellement 80 ou 100 navires qui allaient chercher du sel à Brounge, à Noirmoutier et à l'ile de Ré. La découverte de l'Amérique donna une nouvelle impulsion au commerce des Sables, qui tirent des armements considérables pour la pèche de la morue. Les guerres de religion du xvte siècle interrompirent malheureusement cette prospérité. La place avait déjà subi deux sièges (1577-1578) et était tombée au pouvoir des calvinistes quand les catholiques parvinrent à y rentrer; ce fut lesignald'unerioiivelleattuque.tën 1622, le duc de tiohuii-Soubise vint, à la tête d'une armée protestante, menacer la ville. Les Sables, forcés do se rendre, durent accepter, après de longs débats, une capitulation pur laquelle ils étaient tenus de fournir au duc 200,000 écus, 80 pièces de canon et 3 vaisseaux. Malgré cette capitulation, la ville subit deux heures de pillage. L'approche de l'année royale, commandée par Louis XIII, contraignit le duc de Soubise à évacuer la place. Pendant le siège de La Rochelle, les Sables reçurent dans leur port plusieurs navires chargés de vivres et de munitions poulies troupes catholiques. En septembre 1625, l'amiral de Montmorency y prit le commandement d'une liolle de S0 vaisseaux hollandais. La population des Sables, sous Louis XIV, était île 15,000 hab. environ, et les états dressés en 1G6S par les ofliciers de l'amirauté constatent que les habitants armaient 101 navires, tandis que Nantes n'en comptait que 89 et La Rochelle 32. Les Sables sont loin aujourd'hui de cette époque de prospérité. Les guerres maritimes Ue la tin du règne de Louis XIV commencèrent k leur porter un coup funeste : le 17 juillet 1G90, une flotte anglobatave bombarda la ville ; les éléments euxmêmes semblèrent plus tard se mêler k l'œuvre de destruction, et en 1747, 1750 et 1751, trois ouragans terribles causèrent d'irréparables dégâts. Pendant les guerres de la Vendée, les Sables-d'Olonne repoussèrent continuellement les insurgés; en (793, ils soutinrent un siège de plusieurs jours contre des forces supéiieures, dirigées par un chirurgien de Mucliecoul nomme Joly (24 et 28 mars). Plus tard, sous l'Empire, la rade des Sables fut le théâtre d'un combat glurieux entre trois frégates françaises (la Calypso , la Cyàéle et ïlialtemie) et cinq vaisseaux de ligne -anglais (24 février 1809).

SABLÉS1BN, IENNE s. et adj. (sa-blé-ziain, i-è-uej. Uéogr. Habitant de Sablé ; qui appartient k cette ville ou à ses habitants : Les Sablksikns. La population sablésienne.

SABLlUR, EUSB s. (sa-bleur, eu ze — rad. sabler), Fam, Personne qui sable, qui boit beaucoup : Un sableur de vin blanc.

— s. m. ïechn. Ouvrier qui fait les moules en sable.

SABLEUX, EUSE adj. (sa-bleu, eu-ze — rad, sable). Qui est de la nature du subie : Terrain sableux. Moche sableuses.

-~ Qui contient du sable ; Terre sableusk. Farine sabluusk.

— Comm. Fond sableux, Fond d'étoffe semé de petits points rapprochés, comme des grains de sable.

SABLIER s. m. (sa-bli-ô — ■ rad. sable). Nom qu'on uouue, k Faits, à des ouvriers qui récoltent uu sable uaus le fond de la Seine. Il Celui qui vend du sable.

— Sorte d'horloge dans laquelle le temps est mesuré par l'écoulement d'une quantité déterminée de sable passant d'un récipient dans un autre : Sablibr d'une fieure, d'une demi-heure, d'un quart d'heure. Jtetouruer un Sablier. On figure le Temps un sablier à la main. (Acad.)

— Petit vaisseau dans lequel on met un

sable fin, pour l'éparpiller sur l'écriture, quand on veut la sécher.

— Bot. Genre d'arbres de la famille des euphorbiacées, tribu des hippomnnees, comprenant trois espèces, qui croissent surtout d;ms l'Amérique équatoriale ; ils sont ainsi appelés parce que les coques de leurs fruits servent a faire des sabliers : Le suc laiteux des sabliers est acre et vénéneux. (Jussieu.) De grandes feuilles couronnent le sablier. (T. de Berneaud.)

— Encycl. Chronomét. Le sablier se composait de deux petits entonnoirs de verre communiquant ensemble par un col étroit. L'entonnoir supérieur était rempli d'un sable très-fin qui s'écoulait lentement dans l'entonnoir inférieur. On calculait le nombre d'heures ou de minutes que le sable mettait k passer d'une ampoule dans l'autre, et des lignes tracées sur le verre permettaient de s'en rendre compte. Quand le sable avait tout à fuit passé, on retournait l'instrument et l'écoulement recommençait.

Cet appareil est d'une très-haute antiquité. Quelques auteurs en ont attribué l'invention aux Chinois; mais il est probable qu'il ne nous est pas venu de l'extrême Orient; les Egyptiens le connaissaient et durent en apprendre l'usage aux Grecs, qui lui préférèrent la clepsydre.

On trouve la première mention du sablier dans une pièce de Bâton, poète comique du iii« siècle avant notre ère ; il y est question d'un vieillard avare et méfiant qui, obligé de fuir sou logis, emportait avec lui une bouteille d'huile et jetait les yeux sur elle à chaque instant, pour voir si la liqueur ne diminuait point. Le poëte dit qu'en voyant cet avare regarder si souvent sa bouteille « on la prenait plutôt pour un sablier que pour un vase d'huile. »

Longtemps nos pères n'eurent pas d'autre manière de mesurer le temps, et, pendant tout le moyen âge, le sablier se rencontrait dans les manoirs, comme aujourd'hui la grande pendule de bois dans les maisons campagnardes. Il se trouvait peut-être un sablier dans les présents faits par Haroun-al-Ruscliid k Charlemagne. Cependant, ce fait n'est pus bien prouve puisque quelques-uns ont cru qu'il s'agissait d'une clepsydre. L'invention des horloges à ressort et k roues ne déconsidéra pas immédiatement les sabliers, qui permettaient de mesurer les minutes, tandis que les horloges primitives ne marquaient exactement que les heures ou les grandes divisions de l'heure; on conserva le sabtier jusqu'à ce que les progrès de l'horlogerie eussent permis de fabriquer des instruments plus pré ri s.

Aujourd'hui, on emploie encore le sablier sur mer, pour mesurer seulement l'espace d'une demi minute, pendant lequel on compte la fraction de nœud lilée par le vaisseau en raison de sa plus ou moins grande vitesse et au moyen du loch. L'instrument que l'on emploie prend alors le nom d'ampoutette. On se sert aussi de petits subliers pour mesurer le temps nécessaire à faire cuire des œufs k la coque.

— Bot. Les sabliers, dont le nom scientifique est hura, sont des arbres k feuilles alternes, enroulées avant leur développement, k pétiole glanduleux, munies de stipules caduques. Les fleurs sont monoïques : les mâles en chatons simples, écailleux, pédoncules, terminaux, revêtus d'éeai.les imbriquées, unilKires ; les femelles solitaires, dans le voisinage des mâles. Le fruit est une capsule ligueuse, arrondie, aplatie, offrant douze à uix-huit sillons et se divisant k la maturité eu autant de coques inonospermes, qui s'ouvrent avec élasticité. Ce genre comprend trois ou quatre espèces, qui croissent surtout dans l'Amérique tropicale, et dont une est assez célèbre.

Le sablier élastique (hura crépitant), vulgairement nomme arbre du diable, est un grand arbre, haut de 20 à 30 mètres et d'un ueau port; son tronc droit, k ecorce grisâtre, porte des branches étalées, subdivisées en rameaux nombreux, qui ont de très - grandes feuilles alternes, cordiformes k la base, crénelées sur les bords, aiguës au sommet, d'un beau vert. Le fruit se compose de coques, dont chacune renferme une amande \olumiueuse, arrondie, comprimée. Cet arbre croît dans l'Amérique centrale. Toutes ses parties laissent écouler un suc laiteux, blanc, très-âcre et très-vénéneux, qui tombe soit naturellement k certaines époques de l'année, soit par les incisions ou ies blessures faites k l'arbre. D'après Linné, s'il en tombe une seule goutte sur les yeux, on est atteint d'une véritable cécité momentanée, qui peut durer une semaine.

Le bois du sablier est dur et on l'emploie dans les constructions, pour faire des poutreset des solives. Les feuilles sont employées dans la médecine du pays; les nègres les recueillent quand elles sont bien vertes, les font infuser dans l'iiuile et les appliquent k l'extérieur, pour guérir ou tout au moins soulager les parties affectées de douleurs chroniques. Le fruit, quand il a été vide et bouilli dans l'huile, sert comme sablier. Les graines, qu'on appelle vulgairement amandes ci purger les perroquets, sout très-vénéneuses.

Lors de la maturité, les coques se séparent les unes des autres, puis se brisent avec bruit par le milieu de leurs valves et, par l'élasti-

cite qu'elles possèdent, lancent très-loin leurs graines, qui, si elles tombent sur un sol léger et humide, ne tardent pas à germer et à pousser promptement. Les fruits conservent longtemps leur élasticité; on en a vu de tressées éclater avec le même bruit dix ans après leur récolte-; aussi est-on obligé d'entourer d'un fil de fer ceux de ces fruits que l'on veut conserver entiers pour les collections botaniques. Les graines mûres possèdent des propriétés émétiques et purgatives très-énergiques.

Sablier (le), histoire fantastique, par Hoffmann (1817). Dans cette singulière conception, une des plus remarquables de l'auteur, il semble prendre plaisir k poursuivre luimême avec une piquante ironie ses étranges imaginations et condamner avec force cette confusion du monde terrestre et du monde idéal , dont il avait enseigné lui-même à briser les limites respectives. Nathaniel, te héros, est un jeune homme d'un tempérament fantasque, d'une tournure d'esprit lyrique et métaphysique à l'excès, avec une imagination nerveuse, particulièrement soumise k l'influence de tout ce qui semble surnaturel. Il raconte les événements de son enfance dans une lettre adressée à Lothaire, son ami, frère de Clara, su fiancée. Son père, honnête horloger, avait l'habitude d'envoyer coucher ses enfants à certains jours plus tôt que d'ordinaire, et la mère ajoutait chaque fois k cet ordre : « Allez au lit, voilà le sablier qui vient. » Nathaniel observa qu'après leur retraite on entendait frapper à la porte; dus pas lourds et traînants retentissaient sur l'escalier, quelqu'un entrait chez sou père et quelquefois une vapeur désagréable et suffocante se répandait dans la maison. C'était le sablier; mais que venait-il faire? Aux questions de Nathaniel la bonne répondit par uu conte de nourrice, que le sablier était un méchant homme qui jetait du sable dans les yeux des petits enfants qui ne voulaient pas aller se coucher. Cette réponse, tout en redoublant sa frayeur, excita sa curiosité. Il résolut enfin de se cacher dans la chambre de son père et d'y attendre l'arrivée du visiteur nocturne. 11 exécuta ce projet et reconnut dans le sabler l'homme de loi Capelius qu'il avait vu souvent chez son pèie. Sa masse informe s'appuyait sur des jambes torses ; il avait le nez gros, des oreilles énormes, tous les traits démesurés et l'aspect farouche, Capélius fut reçu par le père de Nathaniel avec des démonstrations d'humble respect; ils découvrirent un fourneau secret, rallumèrent et commencèrent bientôt des opérations chimiques d'une nature étrange et mystérieuse, qui expliquait cette vapeur dont la maison avait été plusieurs fois infectée. Les gestes des opérateurs devinrent frénétiques; leurs traits prirent une expression d'égarement et de fureur k mesure qu'ils avançaient dans leurs travaux. Cédant k la terreur, Nathaniel poussa un cri et sortit de sa retraite. L'alchimiste, car Capélius en était un, eut k peine découvert le petit espion, qu'il voulut lui jeter des cendres ardentes dans les yeux. L'imagination de Nathaniel fut tellement frappée de cette scène qu'il fut attaqué d'un lièvre nerveuse, pendant laquelle l'horrible ligure de Capélius était sans cesse devant ses yeux connue un spectre menaçant. Après uu long intervalle et quand Nathaniel fut rétabli, les visites nocturnes de Capélius k son élève recommencèrent.

Celui-ci promit un jour k sa femme que ce serait pour la dernière fuis. Sa promesse se truuva réalisée, mais non pas comme l'entendait le vieil horloger. Il périt le jour même par l'explosion de son laboratoire, sans qu'on pût retrouver sa trace. Un pareil événement était bien fait pour produire une impression profonde sur une imagination ardente; Nathaniel fut poursuivi, tant qu'il vécut, par le souvenir de cet affreux personnage, et Capélius s'identifia dans Son esprit avec le principe du mal. Tels sont les éléments de la lettre de Nathaniel k Lothaire.

Hoffmann continue le récit lui-même et nous présente son héros étudiant k l'université, où il est surpris par l'apparition soudaine de son infatigable persécuteur. Ce dernier joue maintenant le rôle d'uu colporteur italien pour les instruments d'optique. Nathaniel est vivement tourmenté de ne pouvoir faire partager à sa maîtresse les craintes que lui inspire le faux opticien. Guidée par son bon sens et un jugement sain, celle-ci non-seulement rejette ses frayeurs métaphysiques, mais encore blâme sou style plein d'enflure et d'affectation. Par degré, Nathaniel s'éloigne de la compagne de sou enfance, qui ue sait qu'être franche, sensible et affectueuse, et transporte sou amour sur la tille d'un professeur appelé Spalauzani, dont la maison fait face aux fenêtres de son logement. Ce voisinage lui fournit l'occasion fréquente de contempler Olympia assise dans sa chambre, où elle demeure ues heures entières sans lire, sans travailler, sans se mouvoir; mais, eu dépit de celte inaction singulière, Nathaniel ne peut résister au charme de sa beauté. Cette femme n'était autre qu'une belle poupée automate construite par les mains habiles de Spalunzani et douée d'une apparence de vie par les artifices diaboliques de l'alchimiste Capélius. L'amoureux jeune homme vient k connaître la vérité fa-

SABL

I taie, en assistant comme témoin a une terri- , ble querelle qui éclate entre les deux créa- , teurs de cette machine. Déjà à moitié fou, j Nathaniel, après cette déeouverte, tombe t dans une frénésie complète et son cerveau malade engendra les rêves les plus extraordinaires, de véritables visions de délire. Pour dénoûment, notre étudiant, dans un accès de fureur, veut tuer Clara, sa fiancée, en la précipitant du sommet d'une tour; Lothaire, son frère, la sauve de ce péril, et le frénétique, resté seul un moment sur la plate-forme, gesticule avec violence et débite le jargon magique qu'il a appris de Capélius et de Spalanzuiii. Les spectateurs, que cette scène avait rassemblés en foule au pied de la tour, cherchaient les moyens de prévenir un malheur en s'einparant de ce furieux, lorsque Capélius apparaît soudain parmi eux et leur donne l'assurance que Nathaniel va descendre de son propre mouvement. 11 réalise cette prédiction en magnétisant le jeune hoi«me du regard et en le .forçant k se précipiter luimême la tête la première en bas de la tour. Son horreur secrète pour Capélius se trouve ainsi justifiée.

L'horrible et le fantastique de ce conte sont rachetés pur quelques traits du caructère de Clara, dont la fermeté, le bon sens et la simple affection forment un contraste agréable avec l'imagination en désordre, les appréhensions, les frayeurs chimériques et la passion déréglée de son extravagant et mystique adorateur.

Sablier (motion du). Le îeraoût 1789, l'Assemblée nationale, après de nombreux retards nés de son intervention obligée dans toutes les branches administratives, ouvrit la discussion relative k la déclaration des droits de l'homme. Comme certains députés semblaient se complaire dans des discours préliminaires intei minables et où le mot constitution n'était pus même prononcé, un membre de l'Assemblée, M. Bouche, avocat provençal, demanda la parole.

« Chacun, dit-il, vient ici faire briller ses

j talents et son génie. Ces discours d'uppnrat

l sont sans doute fort agréables; mais com-

\ bien de retards une telle abondance de pa-

' rôles apportera k la constitution! Je propose

un moyen d'accélérer vos délibérations :

! c'est d'inviter M. le président k avoir sur son

bureau un sablier de cinq minutes seulement;

quand l'un des bassins sera rempli, M. le

président avertira l'orateur que son temps

i est passé. >

La majorité applaudit k ce moyen bizarre | et l'abbé Dillon, curé du Vieux-Pouzange, ! craignant qu'on n'en remît l'application au | lendemain, alla jusqu'à prier le président de i placer sa montre sur la table en attendant qu'on se fût procuré un sablier. Mais le j comte de Clennont-Tonnerre, prenant ta parole au nom de l'opposition, s'écria :

• Convient-il à l'Assemblée nationale, appelée pour rétablir la liberté en France, de commencer par enlever la liberté des suffrages?

> Dans aucune assemblée on n'a jamais restreint l'orateur à cinq minutes pour s'expliquer sur les grands connue sur les petits objets. Ces moments sont trop rapides pour un peuple qui n'est pas encore accoutumé k délibérer. Les Anglais, qui depuis longtemps sont faits k lu forme délibérative, parlent cependant une heure, deux heures, et quelquefois plus. Je... n'en saurais dire davantage.., J'en demande bien pardon k la nation, mais je ne sais plus ce que je dis : la crainte do passer les cinq minutes m'empêche de rallier aucune idée; et cet exemple de l'effet funeste que produirait la motion de M. Bouche vaut mieux que toutes les raisons que jo pourrais employer. »

Le rire eut raison des arguments de M. Bouche; l'Assemblée passa a l'ordre du jour; ta motion du sablier avait vécu.

SABLIER (Charles), littérateur français, né k f uris en 1G93, mort dans la même ville eu 1786. 11 étuit lils d'un contrôleur des trésoriers de la maison du roi. Apres avoir fuit de bonnes études, il entra chez un procureur, où il composa des vers au lieu ue s'uccuper de pruceilure. Ses parents ayant été ruines par la banqueroute de Luw, Sablier se vit réduit pour vivre k prendre uu emploi dans les bureaux de la Compagnie des Indes ; mais, froissé par un passe-droit qui le priva d'un avancement mérité, il donna sa démission et se voua entièrement k lu littérature. En 1728, Sablier lit jouer au Théâtre-Italien deux pièces qui eurent peu de succès ; la Jalousie sans amour, comédie en trois actes et eu prose, et les Kjftls de l'amour et du jeu. Un raconte que, plus tard, les comédiens ayant manifeste l'intention de reprendra ces deux ouvrages, l'auteur refusa sou acquiescement et, pour mettre tin k toute discussion, brûla les manuscrits. Sablier était lié avec La Chaussée, qu'il décida k travailler pour le théâtre. Ce dernier écrivit la Préjugé à ta mode, qu'il donna sous le nom de sou ami pour lui faire obtenir les entrées au Théâtre Français. A l'âge de cinquante ans, Sablier devint le précepteur du lils aîné du duc d'Aumont. Ce seigneur, reconnaissant des soins que son professeur lui avait prouigués, assura l'avenir de Sablier. On doit k cet écrivain les ouvrages suivants : Œuvres de il/"" (Londres [Paris], 1761, iu-12), reproduit sous le titre de Théâtre d'un inconnu (Londres [Pa-

ris], 1765, in- 12); ce volume contient :1a Suitanle généreuse, imitation en vers d'une comédie de Goldoni, jouée en 1759 à l'insn de l'auteur, mais sans succès ; la Domestique généreuse, traduction en prose de la même pièce, et les Mécontents, autre comédie de Goldoni; Variétés sérieuses et amusantes (Paris, 1764, 2 vol. in-12; 2e édit. augmentée et refondue entièrement, 1769, 4 vol. in-12); l'raduction libre d'un choix de lettres de Sénèque (Paris, 1770, in-lî); Essai sur les langues en général, sur la langue française en particulier et sa progression depuis Charlemagne jusqu'à présent (Paris, 1777 on 1781, in -go). On lui doit encore un Poème sur la mort de Voltaire, dont Sablier était, par su mère, parent éloigné ; un assez grand nombre de poésies fugitives et de manuscrits contenant une comédie et deux tragédies, l'une intitulée Ilione, l'autre Demetrius. On a encore de lui une Histoire abrégée des Juifs.

SABLIÈRE s. f. (sa-bli-è-re — rad. sable. Quant à la sablière des charpentiers, Ménage la rapporte au bas latin scaputaria, de scapula, épaule. Ce serait proprement une épaulière ; mais Scheler pense que sablière est ici pour stablière, d'un ty[>e stabitiaria, de siabilis, stable). Excavation d'où l'on tire du sable : 7'omber dans une sablière.

— Mar. Nom donné aux bordages sur lesquels on établit les ventrières et les chevalets d'un navire qu'on veut lancer à la mer.

Il Bateau d'au moins cinq tonneaux, employé sur le canal du Midi.

— Constr. Pièce de bois posée horizontalement et destinée à recevoir l'extrémité d'autres pièces.

— Encyol. Constr. On distingue les sablières proprement dites qui entretoisent les poteaux corniers, les poteaux d'huisserie, ceux de remplissage et les guettes ; elles reçoivent sur les faces opposées horizontales les extrémités de ces diverses pièces ; les sablières de chambrée, qui marquent les divisions des étages, reposent directement par Une face sur les solives des planchers, et reçoivent sur l'autre face les abouts des diverses pièces verticales; les sablières qui surmontent les baies et les larges ouvertures, auxquelles on donne le nom de poitrails. Les sabtières ont des dimensions qui varient de nm,216 a om,250; lorsqu'elles servent de poitrails de devanture de boutique ou de porte cochere, on leur donne une dimension verticale égale à 1/12 environ de la largeur de l'ouverture qu'elles couronnent, ceci en admettant qu'elles supportent un pan de bois. Ces dimensions tout à fait empiriques dépendent naturellement de la nature du bois que l'on emploie, de sa résistance et de la charge qui le sollicite. Ces pièces reposent à leurs extrémités ou en différents points de leur longueur sur les poteaux corniers et d'huisserie, qui sont pour elles des appuis fixes rendus invariables par la triangulation à laquelle on les soumet; elles sont chargées uniformément ou à peu près uniformément sur toute leur longueur et portent en différents points de cette dernière une charge auxiliaire représentée par les poteaux, les décharges, etc., des étages supérieurs. Pour déterminer leurs dimensions, il est donc nécessaire d'avoir recours au calcul. Dans tous les cas, et comme vérification des calculs, on peut remarquer que les dimensions des sablières doivent aller en augmentant du sommet du bâtiment à l'étage inférieur; il faut donc, pour déterminer les sections qu'on doit leur donner, commencer le calcul par le sommet du bâtiment, en tenant compta du poids de la couverture et des surcharges accidentelles produites par le vent et la neige, et en descendant jusqu'à la sablière du rez-de-chaussée, qui repose le plus souvent sur un soubassement et qui pour cette raison estsouiniseà un effort de compression ; il n'y a pour cette dernière qu'à considérer la surface d'appui, laquelle doit être assez considérable pour que, d'une part, le bois ne soit pas écrasé sous la forte charge qu'il supporte, et, d'autre part, que la maçonnerie travaille dans des conditions convenables, tant sous la sablière que sur la fondation.

Dans les fermes des combles, on donne le nom de sablière à une forte pièce de bois qui, placée sur le dessus du mur à lu retombée de l'arbalétrier, reçoit les abouts des chevrons sur lesquels s'applique la couverture. L'êquarrissage que l'on donne aux sablières varie avec la portée de la ferme entre 12/23 et 16/28, 0"*"1,! 2 et 0™,1S étant la hauteur de la pièce de bois. On peut remarquer qu'ici la sablière a une plus grande dimension en largeur qu'en hauteur; cela lient à ce que, reposant directement sur les murs, elle est comprimée par la composante du poids de la demi-ferme, dirigée suivant le rampant du toit. D'un autre côté, on peut encore faire remarquer que, comme elle reçoit le pied des chevrons, qu'ils soient assemblés à tenon et mortaise avec elle, ou qu'ils s'appuient simplement sur elle, sa largeur est déterminée aussi par celle que prennent les chevrons coupés en biseau par l'horizontale des retombées. Lorsque les chevrons dépassent le mur, la sablière est découpée suivant l'inclinaison du comble; le plus souvent, dans ce cas, on utilise une panne, que l'on place à la retombée suivant la pente de l'arbalétrier et à laquelle on donna le nom de panne-sablière. Dans les combles en métal, la sablière est une véritable panne - elle s'a généralement pour but

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alors que de compléter l'enlretoisement et de créer un contreventement sûr à l'extrémité de ces appareils si légers. Dans ce dernier cas, la sablière se calcule comme une panne, en netenanteomptetoutefoisquede la charge qui agit sur elle, laquelle est le plus souvent moitié plus faible que celle des autres pièces transversales. Cette sablière est le plus ordinairement formée par un fer d'angle appelé cornière ; quelquefois, lorsque les fermes sont très-espacées, on emploie un fer double T, ou mieux un fer en U.

SABLIÈRE (le marquis et la marquise de La). V. La Sablière.

Sablière (Mme De la), roman, par Mme ]a comtesse Dash (Paris, 1840). jtyme de La Sablière est une histoire simple et touchante qu'une femme seule pouvait écrire. C'est le récit d'un amour coupable, mais purifié par les larmes. Un parfum d'idylle et d'élégie s'exhale de ces pages intimes où Mm? de La Sablière répand en secret son amour sur la tète folle et légère du marquis de La Fare, ce gentilhomme musqué, moitié poète, moitié marquis, pour lequel l'amour n'est guère qu'une matière à madrigal : les cœurs les moins faits pour s'entendre sont souvent ceux qui s'entendent le mieux. Ce ne sont ni les péripéties violentes, ni les coups de poignard, ni les émotions théâtrales qui font ctte histoire dramatique ; ce sont les sentiments tendres, les combats intimes de la conscience et de la jalousie. Le marquis de La Fare a quatre maîtresses : la gloire, la cour, la bassette et Mme de La Sablière ; c'est Mme de La Sablière qu'il aime le moins. L'amante infortunée se condamne à la retruite et au silence.

Il est tien parlé de Mme de La Sablièro dans les lettres de Mme de Sévigné, mais elle en parle avec cette légèreté d'esprit qu'on admire en elle; tandis que la comtesse Dash nous raconte tout cela avec une douce sensibilité.

SABLINE s. f. {sa-bli-ne — dimin. du fr. sable). Bot. Nom vulgaire des arénaires, genre de caryophyllées.

— Ençycl. Les sablines sont également connues sous le nom plus savant à'arënaire. Nous avons décrit à ce dernier mot les caractères

! du genre et ses principales espèces. Nous ajouterons ici quelques détails sur leur utilité. Les sablines sont de petites plantes qui croissent dans les lieux secs, arides, sablonneux. Elles fournissent aux bestiaux un aliment assez bon, mais fort peu abondant. La sabline péploïde a des teuilles charnues, que les Irlandais mangent en potage et qui, soumises à la fermentation, leur fournissent une boisson usuelle ; elle sert aussi à nourrir les petits oiseaux. La sabline marine passe pour un topique contre les panaris. La. sabline de Mahon est une charmante petite plante, à fleurs d'un blanc pur, qu'on emploie pour faire des bordures, des gazons d'un beau vert, pour orner les rocaiHes, etc. Les sablines a feuilles de lin et à feuilles de mélèze servent aux mêmes usages.

SABLON s. m. (sa-blon — rad. sable). Sable tres-menu : Ecurer avec du sablon.

— Moll. Variété de littorine.

— S. m. pi. Grand amas de sable : i D'Edesse à Béroé sont de vastes tablons.

LA Fontaine.

H Vieux mot dans ce dernier sens.

SABLON, ancien village et comm. de France (Moselle), cant., arrondf. et à 2 kilom. S. de Metz, entre la Seille et la Moselle, cédé à l'Allemagne par le traité de 1871 ; 933 hab. Fabrique d'allumettes chimiques, blanchisseries de toiles. Vastes débris de constructions romaines, thermes, naumachie, etc. Près du village on voit la ferme de la Horgue. habitée par Charles-Quint pendant le siège de Metz.

SABLON (Vincent), écrivain français du XVira siècle, né à Chartres. On lui doit une traduction de la Jérusalem délivrée ( Paris, 1671, 2 vol. in-12) et une Histoire de l'Eglise de Chartres (Paris, 1677), qui a eu plusieurs éditions.

SABLONCEAOX, village et comin.de France (Charente-Int'érieun;)i cant. de Sattjon, arrond. et à 20 kilom. de Saintes, sur un ruisseau ; 835 hab. On y voit une église ogivale du xnte siècle , les restes d'un monastère de bénédictins fondé en 1136, les vestiges d'un camp romain et un monument romain connu sous le nom de Pyrelougue ; c'est une pile massive de 25 mètres de hauteur sur 6 mètres de côté.

SABLONNER v. a. ou tr. (sa-blo-né — rad. sablon). Ecurer avec du sablon : Sablonner des ustensiles de cuisine. Sablonner des chandeliers de cuivre.

— Techn. Sablonner du fer, Jeter du sable tin sur le fer chaud, quand on veut le souder.

SABLONNETTE s. f. (sa-blo-nè-te — rad.

sablon). Techn. Pièce construite au-dessus du four à fritte, dans les verreries, pour y déposer le sable iavé.

SABLONNEUX, EOSE adj. (sablo-nen, eu-ze — rad. sablon). Où il y a beaucoup de sable, de sablon -.Pays sablonneux. Terre sablonneuse. Plaine sablonneuse. Le terrain de l'Arabie est presque partout see et sablonneux. (Buff.) L'Indoustan, si l'on en excepte un petit nombre de lieux secs et sablonnkux, est encore le

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pays le plus fertile du monde. (Raynal.) Les sols légers, sablonnkux ou graveleux sont, en général, plus propres au seigle qu'au froment. (Matth. de Dombasle.) L'embouchure du Rhône forme un grand delta SABLONNEUX. (Marti ns.) Dans un chemin montant, sablonntux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé,

Six forts chevaux tiraient un coche.

La Fontaine.

Du désert de Ghizeh la luisante poussière Comme un miroir poli reflète ia lumière, Et le Bédouin qui suit le sentier sablonneux Dans son brûlant poumon n'aspire que des feux.

Barthélémy.

— Se dit quelquefois des fruits qui contiennent de petites parties dures semblables à des grains de sable.

SABLONNIEB s. m. (sa-blo-nié — rad. sablon). Celui qui vend du sable, du sablon.

SABLONNIÈRE s. f. (sa-blo-niè-re — rad.

sablon). Lieu d'où l'on tire du sablon.

— Techn. Coffre dans lequel on corroie le sable destiné a la fabrication des moules de fonderie.

SABLONS (plaine des). On désignait encore sous ce nom, il y a quelques années, un vaste emplacement aride et inoccupé qui s'étendait à l'ouest de Paris, commençant à peu de distance de la porte Maillot, et dont une partie seulement s'est couverte de maisons et a formé Sahlonville. La plaine des Sablons rappelle deux souvenirs historiques qui méritent d'être consignés ici. Avant la Révolution, elle était affectée aux revues et aux divers exercices militaires. Tous les ans, dans les premiers jours de mai, Louis XV passait dans la plaine des Sablons la revue des gardes-françaises et des gardes-suisses; en ces . occasions il arrivait de Versailles par Sèvres, traversait le bois de Boulogne, en sortait par la. porte Maillot et se trouvait presque aussitôt aux Sablons. Le second souvenir historique se rapporte à la Révolution : par décret en date du 13 prairial an II (1er juin 1794), la Convention créa un camp dans la plaine des Sablons, qui aussitôt se Couvrit de tentes. Les magasins nationaux .fournirent des fusils, des piques, des outils, des ustensiles de toutes sortes. Les jeunes gens affluèrent, reçurent un uniforme et un sabre et commencèrent à suivre la manœuvre sans relâche, sous la direction d'habiles instructeurs. Le camp des Sablons fut en permanence environ six mois : il fut levé à la lin de 1794. Le 2 brumaire an II (23 octobre), Quyton fit à la Convention un rapport sur les exercices, les manœuvres et les études auxquels les élèves avaient été soumis, et l'Assemblée rendit un nouveau décret ordonnant en conséquence ia dissolution du camp. La plaine des Sablons redevint alors déserte. Avant que les premières maisons de Sablonvilte commençassent à s'élever, l'unique mention que nous trouvions de l'ancien champ de revues de Louis XV se trouve dans un couplet de la célèbre chanson d'Armand Gouffé:

Si j'avais une cave pleine Des vins choisis que nous sablons Et grande au moins comme la plaine De Saint-Denis ou des Sablons, Mon pinceau trempé dans Ja lie Sur tous les murs aurait écrit ; Entrez, enfants de la folie, Plus on est de fous, plus on rit!

Ce couplet donne une idée des dimensions de l'ancienne plaine des Sablons; il serait difficile aujourd'hui de la reconnaître.

SABLONV1LLE, village de France (Seine), commune de Neuilty-suv-Seine, contigu aux murs de l'enceinte fortifiée de Paris, à l'O., en face du bois de Boulogne; 1,300 hab. Ce village, de création récente, occupe une partie de l'ancienne plaine des Sablons,

SABOLTSCH, comitat de Hongrie. V. Szabolcs.

SABOLY (Nicolas), poëte provençal, né à Monteux, près de Carpentras (Vaucluse), en 1614, mort à Avignon en 1675. Saboly tenta, au xviie siècle, comme Roumanie au xixo, la rénovation du patois venaissin, tel qu'on le parlait au xmc siècle. L'auteur de Afirëio, celui de la Miougrano entreduberto , et leur devancier à tous les deux, l'auteur des Margaridetos, le regardent comme leur maître. Saboly commença ses études chez les jésuites d'Avignon, les termina chez ceux de Carpentras; il se fit, en 1638, recevoir bachelier es lettres. Il entra ensuite dans les ordres et, après avoir rempli quelque temps les fonctions de recteur d'une chapellenie fondée au maître-autel de la cathédrale de Carpentras, il devint bénéficier de l'église de Saint-Pierre d'Avignon, dont on le nomma également maître de chapelle, car Saboly était aussi compositeur. « Comme compositeur, dit M. Daudet, Nicolas Saboly devança Lulli, Rameau, Hsendel et Sébastien Bach; en 1672, il créa 1 opéra français, fit jouer la première œuvre lyrique connue en France et, au moment où Lulli bégayait encore les premiers accents d'un art dont d'autres devaient largement poser les principes, Saboly, à la fois savant et inspiré, avait trouvé les secrets les plus ardus de l'harmonie musicale, si bien trouvé que , environ quatre-vingt-dix ans après sa mort, ses airs , adaptés à des paroles latines, étaient chantés dans toutes les églises de Paris, et qu'il y a trente ans un

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autre Provençnt illustre, Castil-Blaze, faisait applaudir à outrance, au Théâtre-Italien, une merveilleuse marche inspirée par le Noël des Bois, l'un des chefs-d'œuvre de Saboly. » Comme poëte, il a été à bon droit surnommé le troubadour du xvne siècle, non pas seulement parce qu'il a retrouvé la langue naïve et poétique de ces chantres d'amour qui s'en allaient, au temps du roi René , de castel en castel, célébrant la beauté de leur dame, mais parce que personne plus que lut ne fut doué de la vivacité et de ia jeunesse d'imagination des troubadours. Il a composé quatre-vingt-un noëls, dans lesquels il a trouvé le moyen de varier agréablement le même thème et de refaire le même tableau. « Ces petits poèmes, dit Boudin, sont des scènes vivantes, originales, où se révèlent tantôt le gros rire de nos aïeux, tantôt les plus ten- . dres délicatesses du sentiment. Ce sont autant de petits drames naïfs, palpitants de foi antique, dont l'action se noue et se développe à travers l'imprévu et la fantaisie, pour aboutir au dénoutnent presque toujours obligé du voyage de Bethléem. Ces noëls, dont ia musique étincelle de grâce, sont l'ornement consacré des fêtes de famille de Noël, et on les chante encore devant les crèches des églises. Une grande connaissance du cœur humain s'y fait remarquer; ce sont à chaque pas des mots heureux, des aperçus piquants, des façons de parler proverbiales, dont la sagesse du peuple comtadin s'est enrichie. Au dire de la tradition, Saboly était d'un commerce agréable; joyeux convive, hôte charmant, il mettait en pratique le précepte d'Horace : Carpe diem. Sa maison , d'une simplicité antique, était le rendez-vous des littérateurs et des artistes. Il était généreux, désintéressé, charitable; son àtre ne fumait guère pour lui seul; il aimait à rompre le pain de l'hospitalité, et ce n'était pas seulement à la Noël qu'il réservait • la part du bon Dieu. »

Saboly sut être aussi, à l'occasion, un poëte patriotique; sa chanson du Réoiro-minagé, relative à la révolution avignonnaise de 16S2, qui précéda l'occupation d'Avignon par Louis XIV, à la suite de ses démêlés avec le pape Alexandre VU, est un monument historique précieux, autant qu'une satire virulente dirigée contre le gouvernement d'alors. C'est le cri d'une âme indignée contre les abus de tous genres dont le pays souffrait sous .le vice- légat Gaspard de Lascaris , homme cupide et dur.

Nicolas Saboly a délaissé quelquefois la muse provençale pour la muse française; mais ses vers français n'ont pas la grâce, l'esprit, la libre allure de ses vers patois. On cite cependant, comme n'étant pas sans mérite : une Elégie sur la profession deAJmode Clermont ; l'Epitaphe. de M. Chrétien, régent de la Faculté de médecine d'Avignon; i'Ejjithalame de M11? de Bouqtieiran; un Hommage dithyrambique et badin aux vertueuses et bettes dames de 2'ulliiu, M il/mes de Polëmieux, La Tivoiièrc, Du Gade, Loferri^re et de Berenger, 11 mourut à Avignon en 1675 et fut inhumé dans l'église de Saint-Pierre. Il avait trois nièces, filles de son frère J. -Pierre Saboly; une seule perpétua la famille et ce fut elle que Nicolas Saboly choisit comme sa légataire universelle; mais elle jugea à propos de répudier l'héritage, ce qui prouve que son oncle mourut pauvre , en vrai poète.

Les plus anciennes éditions des Noëls de Saboly sont : l'édition originale, intitulée Lei Noué dé son Pierre, en Aviyon; ehe est composée de six recueils, publies suecessl ventent en 16^9, 1670, 1671, 1672, 1673, 1674, sans nom d'auteur; il en existe un exemplaire à la bibliothèque de l'Arsenal, provenant de la bibliothèque La Vallïére. Dans les dernières, on a ajouté le Noël fait à la louange de Saboly et le Noël des Jtois, par Domergue, doyen d'Arançon.

SABORD s. m. (sa-bor). Mar. Ouverture pratiquée dans la muraille d'un bâtiment, et par laquelle on tire le canon : Vaisseau à deux rangs, à trois rangs df sabords. Ouvrir, fermer tes sabords. Il Sabord de nage, Trou pratiqué dans la muraille d'une embarca.ion , pour donner passage à un aviron, u Sabord de charge, Trou pratiqué k l'avant ou u l'arrière d'un navire, pour servir à l'emiiarquement ou au débarquement de certains fardeaux. Il Eaux sabord, Pièce de bois qu'on enchâsse dans le sabord, et dont le centre est percé pour donner passage à la volée du canon.

SABORDEMENT s. m. (sa-bor-de-man — rad. saborder). Alar. Action de saborder.

SABORDER v. a. ou tr. (sa-bor-dé — rad. sabord). Alar. Percer au-dessous de la flottaison, pour faire couler au fond : Saborder une frégate, pour l'empêcher de tomber aux mains de l'ennemi.

SABOT s. m. (sa-bo. — L'origine de ce mot est controversée. Quelques-uns le tirent d'un tyoe sabaudia, proprement chaussure de Savoie. On a indiqué le provençal sap, sapin, mais on ne fait guère de sabots avec du sapin. Frisch ramenait le mot au slave sabogd, chaussure. Scheler pense que, quelle que soit la valeur du radical, sabot est radicalement identique avec l'italien ciabatta, espagnol xapata. Sabot, corne du pied du cheval et d'autres animaux, est le même mot que sa-

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bol, soulier de bois ; le latin salea réunit de même les deux acceptions. Quant à sabot, toupie, on n'en Connaît pas l'origine). Chaussure de bois faite d'une seule pièce : Sabot de bois de hêtre, de noyer. Porter des sabots. J'ente sortes de ôoù sont propres à fabriquer dos sauots; ce/tendant les plus légers sont les plus agréables, parce qu'ils fatiguent moins le pied, (Lcnounanl.)

Sachez que plus d'un héros.

Dans le soulier qui le blesse, A regretté ses sabots.

BÉRANOEr..

— Baignoire faite en forme de sabot.

— Corne épaisse qui garnit le pied de quelques quadrupèdes : Le sabot d'un cheval , d'un mulet. Les sabots d'un bœuf, d'un mouton, d'un rhinocéros. Le système dentaire des animaux à sabot non ruminants est, en général, plus parfait que celui des animaux à pieds fourchus, ou ruminants. (Cuv.) On a remarqué que le sabot des chevaux qui vivent dans les pays chauds est beaucoup plus dur que celui des mêmes animaux qui vivent dans les contrées froides et tempérées. (Gnérin.)

— Garniture en métal que l'on place au bas (tes pieds de certains meubles : Bureau, table

à SABOTS.

— Loc. fam. Aoot'r du foin dans ses sabots, Se dit d'un riche paysan. Il Avoir cassé son sabot, Avoir porté atteinte a son honneur, en parlant d'une fille, il Je vous entends ou je vous vois venir avec vos gros sabots , atiec vos sabots, Se dit à une personne dont on devine les intentions.

— Jeux. Jouet d'enfant, de figure cylindrique, terminé en pointe par le bas, que l'on fait tourner en le frappant avec un fouet ou une lanière : Sabot de buis. Fouetter un sabot, n Le sabot dort, Se dit lorsqu'il tourne si vite qu'il parait immobile.

— Fam. Dormir comme un sabot, Dormir profondément : Qui est-ce qui ne se sentirait pas de pitié pour ce pauvre jeune homme qui dort comme un sabot sans savoir son sort? (Balz.)

— Mus. Nom donné à de petits crochets de laiton avec lesquels on accroche les cordes d'une harpe, lorsqu'on veut en élever le son d'un demi-ton. I) Par plaisant. Mauvais violon : Comment peut-on jouer avec un pareil sabot? il Se dit aussi d'un mauvais billard,

— Art milit. Sabot de lance, Fer dont on garnit l'extrémité inférieure d'un bois de lance.

— Artill. Garniture de bois à laquelle on fixe un projectile creux sphérique, k l'aide de bandelettes de fer-blanc ou de rubans de fil.

— Mar. Sorte de poulie particulière pour les écoutes de hunier.

— Mécan. Pièce que l'on serre contre une roue d'un véhicule ou d'une machine, pour en arrêter ou en modérer le mouvement.

— Constr. Garniture de métal ou de bois qui s'adapte à l'extrémité d'une pièce de charpente, d'un poteau. Il Saillie qui fait partie de la courbure de l'échilfre, dans une marche palière.

— Techn. Outil de bois dont se sert le enrdier. Il Pision d'une pompe ordinaire, u Partie du rouet du fileur d'or. Il Petite niche qu'on accroche dans les volières. Il Morceau de bois qui einbotte les calibres du maçon. Il Outil à fût du menuisier. Il Moule du chandelier, il Bout de plinthe ou de bandeau cintré, quu l'on rapporte au bas du pied eornier d'un meuble. .

— Typogr. Boîte dans laquelle les compositeurs jettent les lettres usées et destinées k être retondues.

— Moll. Nom vulgaire des coquilles du genre turbo. Il Nom vulgaire de divers champignons du genre bolet, entre autres du bolet ongulé.

— Bot. Sabot de la Vierge ou de Vénus, Noms vulfiaites des eypripèdes, genre d'orchidées.

— Arboric. Vase en fonts de fer qu'on dispose au pied des arbres encaissés, pour empêcher les fourmis d'envahir le tronc.

— Encycl. Hisc. Nous ne voyons pas que les anciens aient porté des chaussures en bois, creusées de manière à contenir le pied, telles que sont les subots des modernes, lis eurent pourtant des chaussures auxquelles les èrudits ont donné le nom de sabots. Elles étaient en bois, s'appliquaient sous la plante entière du pied, enveloppaient le talon, mais laissaient le reste du pied à découvert. Des bandelettes ou des courroies les assujettissaient sur le cou-de-pied. Elles ressemblaient donc moins k nos sabots qu'à certaines sandales portées aujourd'hui par des ordres religieux. Ces chaussures ne furent en usuge que chez les gens de la campagne, soit chez les Grecs, s it chez les Romains.

On voit assez souvent les traducteurs français des auteurs latins traduire par le mot sabots l'expression suies ligues, qui désigne des chaussures en bois à l'usage des criminels, dans les prisons romaines. Nous ignorons la forma de ces chaussures et nous ne savons quel eu était le but. Suivant les uns, il faut y voir un instrument de torture; suivant les autres, un moyen d'empêcher l'évasion des criminels; suivant d'autres enfin, une simple marque de leur condition. Il y a encore une expression latine que l'on trouve

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quelquefois traduite par le mot sabots; cest 1 expression soles ferres. Les soles ferres étaient des chaussures pour les chevaux et les mules; elles prenaient tout le sabot, au lieu de ne garnir que le dessous du pied, comme nos ters. Elles étaient généralement en fer, quelquefois en argent et même en or.

— Techn. Les sabots, que l'on faisait autrefois à la main , se fabriquent aujourd'hui en grande partie a la mécanique. Malgré les grandes difficultés k vaincre pour remplacer le travail manuel par un procédé mécanique plus prompt, plus exact et plus économique, on est arrivé a des résultats extrêmement remarquables. Le système généralement adopté consiste en une mèche d une forme particulière, coupant à la fois par le bout et sur les côtés et animée d'un mouvement de rotation rapide. Un instrument ressemblant à un pantographe permet, par toutes les positions qu'il peut prendre, de faire arriver la mèche dans toutes les directions, aussi bienàl'intérieur qu'à l'extérieur des sabots, de manière qu'une seule machine suffit pour les dégrossir et les finir. La première machine qui a réalisé ce travail a été imaginée en 1811, par M. Durod , ancien élève de l'Ecole de Châlons.

— Mécan. Dans les freins destinés à amortir la vitesse acquise d'une machine ou d'un véhicule, la partie qui doit presser sur les roues ou sur laquelle celles-ci doivent frotter prend le nom de sabot. lisse font en bois, en fer ou en fonte; on préfère généralement la première matière. Dans les véhicules qui roulent sur les routes ou sur les chemins de fer, les sabots ont pour but de déterminer, au moyen d'un mécanisme spécial, un frottement tel que les roues soient arrêtées dans leur mouvement de rotation, pour glisser sur le sol ou sur les rails; il se développe alors un travail résistant très-considérable , qui détruit la quantité de mouvement dont le véhicule est animé et finit par amener l'arrêt. Lorsque le frottement des sabots n'est pas supérieur à l'adhérence, la roue continue k tourner en frottant sur le Sabot; il y a toujours un travail résistant qui absorbe une partie de la force vive et produit une diminution de vitesse correspondante. Ce dernier cas est celui que l'on recherche généralement dans les machines qui servent à élever ou k descendre les fardeaux, pour diminuer la vitesse a la descente sous l'action du poids des chaînes et des matériaux qu'elles supportent. On en voit tous les jours l'application dans les chantiers de construction. Ces sabots sont d'une seule pièce, ou composés de plusieurs morceaux, enveloppant une plus ou inoins grande surface de la circonférence de la roue ou poulie sur laquelle ils doivent agir.

— Constr. Les sabots employés dans la construction ont des formes variables avec celles de la pièce qu'ils supportent; mais généralement leur semelle présente une surface plane assez large, répartissent convenablement la charge à laquelle ils sont soumis pour ne pas écraser la matière sur laquelle ils reposent. Les sabots qui supportent un poteau vertical doivent résister au poids de ce poteau augmenté de la charge qui lui incombe ; ceux que l'on place généralement pour recevuir les pieds des arbalétriers des charpentes en fer ou en fonte sont soumis à un effort de compression résultant du poids de la couverture que ces pièces supportent et à un effort de glissement égal k la valeur de la poussée qu'occasionne leur inclinaison. Les sabots qui reçoivent les retombées des arcs sont appelés k résister à des efforts parfois trèsconsidérables , à cause de la poussée énorme résultant du faible rapport qui existe entre la corde et la flèche de ces arcs; aussi leur donne-t-on des dimensions assez grandes.

— Mus. Les sabots de la harpe forment toute une série, dont le nombre est égal à celui des cordes de l'instrument; établis sur la console, ces sabots sont vissés dans de petites verges de fer attenantes au mécanisme intérieur de la harpe. Le pied de l'exécutant, appuyé sut- la pédale, attire !e sabot en faisant rentrer la verge dans la console, et la corde se trouve accrochée par celui-ci et pressée sur le sillet. Une pédale met en jeu tous les sabots qui appartiennent aux mêmes octaves; ainsi, la pédale de l'ut élève d'un demi-ton tous les ut de la harpe, celle du sot élève de même tous les sol, et ainsi de suite.

— Art véter. On donne le nom de sabot ù la masse cornée qui termine le pied des solipèdes, des ruminants et des cochons, et qui, chez ces animaux, représente l'ongle des onguiculés. En réalité, il n'y a que l'o'ngle unique des solipèdes qui porte ce nom, et l'on appelle onglon chacun des deux ongles du pied des ruminants, chacun des quatre ongles de celui du porc.

Considéré dans son ensemble, le sabot des monodactyles représente une sotte de boite engainante, qui enveloppe l'extrémité inférieure du doigt, en s'appliquant exactement sur le contour des parties qu'elle enveloppe, avec lesquelles elle s'unit de la manière la plus intime, par une pénétration réciproque des prolongements et des cavités dessinées sur les surfaces en contact. Les deux sabots de devant se ressemblent parfaitement, ainsi que ceux de derrière, mais les postérieurs tlUTèreut des antérieurs. Cette ■.lilïtrence lient

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à la manière inégale dont le poids du corps est distribué; comme il porte plus sur les pieds de devant que sur ceux de derrière, les premiers sont munis de sabots plus larges, de talons un peu plus bas et plus écartés l'un de l'autre.

Bourgelat comparait la forme générale du sabot à celle d'un ovale tronqué, ouvert par derrière et arrondi par devant. Bracy-Clark le considère comme une moitié de cylindre, coupé très-obliquement en travers dans sa partie moyenne et posé sur la surface de section. Cependant le cylindre n'est pas parfait et tient un peu du cône.

Lorsque le sabot a été soumis à l'action longtemps prolongée de la macération, les parties qui le constituent par leur réunion se dessoudent, pour ainsi dire, et s'isolent les unes des autres. Elles sont au nombre de trois : la muraille ou la paroi; la sole; la' fourchette avec le périople, qui n'en est qu'une continuité circulaire.

1» La paroi ou la muraille est la partie du sabot apparente à l'extérieur quand le pied repose sur le sol. Plus élevée en avant qu'en arrière, elle diminue d'épaisseur à mesure qu'elle se porte en arrière. Elle représente un cercle dont la partie postérieure refoulée en dedans se plierait en deux branches droites, ou plutôt en une sorte de pyramide, dont les deux jambages portent le nom de barres. Le sommet de cette pyramide regarde le centre du cercle. Les deux angles d'inflexion de la muraille sont nommés talons. Sur sa face externe, qui est lisse, on distingue la pince, partie antérieure et médiane ; les mamelles, ou régions situées de chaque côté de la pince, l'une en dedans, l'autre en dehors ; enfin les quartiers, situés au delà des mamelles, et les talons, formés par les angles d'inflexion des extrémités de la muraille.

Envisagée au point de vue de la direction qu'elle affecte par rapport au sol, cette enveloppe se montre fortement inclinée vers la pince, obliquité qui se prononce de moins en moins des mamelles à la partie postérieure des quartiers, où la paroi est presque perpendiculaire à la surface du sol.

La face interne de la paroi est garnie d'un grand nombre de feuillets perpendiculaires auxquels Bracy-Clark a donné la nom de tissu kéraphylleux, et qui correspondent aux cannelures du tissu podophylleux. Le bord inférieur de la muraille est dur et épais. Le bord supérieur porte, dans toute l'étendue de son contour, une large dépression circulaire, nommée biseau ou cavité outigérale, qui sert à loger et k recevoir le renflement cutané , appelé par Bracy-Clark cutidure et, par les Français, bourrelet.

20 La sole est une épaisse plaque cornée comprise entre le bord interne de la paroi et ses prolongements réfléchis, occupant ainsi la face inférieure du sabot. Cette plaque, inclinée de la circonférence vers le centre du pied, forme une espèce de voûte profondément échancrée en arrière. Plus mince dans le milieu, elle s'épaissit vers ses bords, qui se terminent en biseau. Suivant les parties de la muraille à laquelle elle correspond , on la nomme sole de pince, sole des quartiers et sole des talons.

3° La fourchette est une masse de corne, de forme pyramidale , logée entre les deux portions rentrantes de la paroi. Elle complète ainsi le plancher de la boite cornée et ferme en arrière le cylindre interrompu de la muraille. Considérée dans un sabot qui repose sur un plan par sa surface antérieure, ia fourchette ressemble, entre les deux augles d'inflexion auxquels elle sert d'appui, k une clef de voûte en bossage entre les deux voussoirs qui la supportent.

Sur chacun de ses côtés on voit une cavité longitudinale, profonde, formée par la surface de ia barre, qui s'incline obliquement en dehors et en bas; la cavité externe est généralement plus large et plus grande que celle du côte interne.

"Vue en dedans, la fourchette, qui se moule exactement sur le corps pyramidal du coussinet plantaire, représente une excavation triangulaire, divisée postérieurement en deux gouttières latérales par une saillie allongée d'avant en arrière, à laquelle lè's traducteurs de Bracy - Clark ont donné le nom d'arête de la fourchette. Vue en dehors, ou a sa face externe, la fourchette représente une disposition inverse de celle de la face interne ; de telle façon qu'elle reproduit en saillie la cavité intérieure de cette dernière, et, réciproquement, pur une cavité centrale, le relief de son arête. La fourchette forme ainsi, à sa face externe, une projection conoïde , pleine dans sa partie antérieure et divisée en deux hémicylindres k sa partie postérieure par un sillon longitudinal profond. La partie pleine est appelée corps ou coussin de la fourchstte , les divisions postérieures les branches et le sillon qui les sépare reçoivent les noms de lacune médiane, fente ou vide de la fourchette.

Les faces latérales de la fourchette sont intimement adhérentes pat- leur tiers supérieur k la face latérale externe des barres et antérieurement au bord interne de la sole. La fourchette a pour base les extrémités renflées de ses branches, qui constituent deux sortes de bulbes et forment en s 'épanouissant deux plaques arciformes, appelées glomes, qui se prolongent pour former le périople. Enfin le sommet ou la pointe de la fourchette correspond au centre de la sole.

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4" Le périople ou bande coronaire forme sur la partie supérieure de la face externe de la paroi une espèce de cercle, eu continuité, vers les bulbes du coussinet plantaire, avec la fourchette, dont il n'est qu'une dépendance, répondant, par son bord supérieur, au bourrelet pêrioplique qui le sécrète et se perdant sur la paroi par son bord inférieur, que les frottements amincissent et détruisent incessamment.

La substance cornée qui constitue le sabot des solipèdes est inextensible , peu flexible en masse, très-flexible, au contraire, lorsqu'elle est réduite à l'état de lamelles minces. Elle se présente avec un aspect fibreux, trèsnettement prononcé dans la paroi, moins apparent dans la fourchette et les parties profondes de la sole, et impossible à distinguer dans la couche superficielle de cette dernière région du sabot. La consistance de cette substance est toujours moindre dans la fourehotte que dans la paroi et la sole. Sa couleur est noire ou blanche, ou bien marbrée |iar un mélange de ces deux nuances. La face interne de la paroi est toujours blanche, et, quand le membre porte une balzane ou un principe de balzane, toute la partie de U paroi correspondante aux taches blanches de la robe est blanche elle-même, et cette couleur existe dans toute l'étendue du sabot, si la balzane est complète.

La contexture, en apparence fibreuse, de la corne tient k ce qu'elle est formée de tubes accolés les uns aux autres, ouverts par leur extrémité supérieure, pour servir de fourreaux engainants aux prolongements villeu.x des surfaces kératogénes. Ces tubes sont formés de lamelles concentriques réunies par une substance cornée amorphe, parsemée de corpuscules ponctiformes, laquelle naît sur la peau et dans les intervalles des villosités.

Si on considère le sabot sous te rapport de son mode de développement, on voit qu'il est le résultat d'une sécrétion qui a son siège dans la matrice de l'ongle, t Cette sécrétion consiste, dit M. Chauveau, dans l'épanchément, a la surface de la membrane kératogéne, d'un plasma dans lequel se développent des cellules arrondies qui s'aplatissent en lamelles dans le sens de la surface sécrétante, au fur et à mesure qu'elles s'éloignent de cette surface. La paroi s'accroît donc de son bord supérieur à son bord inférieur, et les deux autres parties du sabot de leur face interne à leur face externe. Cet accroissement est permanent, et il finirait par donner au sabot une longueur démesurée sans l'usure produite par les frottements, ou sans l'intervention des instruments du maréchal. »

Quant aux propriétés physiques et chimiques de la corne du sabot, on sait que cette corne est une matière solide, consistante, tenace, poreuse dans le sens de la direction de ses fibres, d'une densité de 1,190. Elle esl tres-hygroinétrique et se ramollit assez dana l'eau pour être facilement attaquée par les instruments tranchants. A l'air chaud, elle se dessèche, durcit, perd de son poids et éprouve un mouvement de retrait qui se manifeste dans la totalité de la boite cornée. La corne est un mauvais conducteur du calorique. D'après les expériences de MM. Reynal et Delafond, il ne faut pas moins de quatre k cinq minutes d'application du fer incandescent k la face externe de la sole ou de lu muraille, supposées k l'état normal, pour que le thermomètre appliqué k leur face interne accuse la transmission de la chaleur à travers toute leur épaisseur. Cependant cette propagation de la chaleur s'opère plus rapidement dans la sole que dans la paroi.

La corne est très-combustible. Elle donne par la distillation sèche du carbone et du sulfhydraie d'ammoniaque. La potasse caustique la ramollit; l'acide sulfurique du commerce la dissout aussi, mais très-lentement ; l'acide azotique la dissout en la colorant en jaune; enfin, l'acide chlorhydriqne a une action sur la corne analogue k celle de la potasse caustique.

La corne est une matière sulfuro-azotée. Elle est composée d'eau, d'une petite quantité de matière grasse, do matières solubles dans l'eau, de sels insolubles en petite quantité et d'une très-grande proportion de matière animale.

Si maintenant on considère la boîte cornée au point ue vue de la locomotion, on voit u'elle remplit un triple office il l'extrémité u membre. Elle lui sert de point d'appui sur le sol; elle protège les parties vivantes contre te contact des corps qui pourraient les blesser et contribue, de concert avec l'appareil fibro-cartilagineux du pied, au développement de cette propriété d'élasticité si remarquable dans la construction du membre. Cette dernière propriété amortit et éteint }as commotions causées par les percussions du pied sur le sol et resuite des propriétés mêmes de la substance qui constitue la boite cornée, de la grande étendue relative de la surface qu'elle présente k l'appui et de l'arrangement mécanique des différentes parties qui la composent. Ainsi, d'après Al. Bouley, le sabot n est pas complètement immuable dans sa forme ; il peut, dans une certaine limite, tres-restreinte, se prêter à l'efl'ort des pressions intérieures et revenir, quand elles cessent, k sa forme primitive, ce qui constitue son élasticité. Cette élasticité est surtout manifeste dans la partie postérieure du sabot, 1k ou l'enveloppe resisutute de La paroi est

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interrompue dans sa. continuité et remplacée par la corne plus flexible des glomes de la iourchette et des plaques arciformes du période. Elle est mise en jeu, au moment de l'appui, par la somme des pressions que les phalanges transmettent à l'intérieur du sabot. La dilatation qui résulte de ces pressions accumulées se manifeste autour du bord supérieur de la muraille; d'une manière plus sensible, au niveau des bulles des cartilages et du coussinet plantaire , qui renversent en arrière les glomes de la fourchette et les replis arqués du périople, et entin, vers la circonférence inférieure de la paroi, à la région postérieure des quartiers et au niveau des talons, où l'écartement est le résultat des actions combinées de la sole, des barres et de la fourchette, qui tendent à produire un mouvement excentrique, en s'affaissant sous le poids qui les comprime. Ce mouvement de dilatation est d'autant plus marqué que l'effort des pressions s'exerce davantage sur les parties postérieures de l'ongle.

— Moll. V. TURBO.

Sabot ronge (lis), étude de mœurs, par Murger (1SG0). Le litre du roman est en même temps l'enseigne d'une auberge où se passent plusieurs scènes de ce drame rustique. La composition de l'ouvrage est très-imparfaite; on dirait que l'auteur a choisi son titre avec intention, comme pour donner une idée du livre lui-même, ou les scènes se succèdent comme dans une auberge, avec beaucoup de variété, mais peu de liaison. Aussi l'étude des caractères est- elle ce qui a surtout préoccupé Murger. Le plus remarquable est celui de Derizelles, le type du paysan madré et avare, qui ne recule devant rien lorsqu'il s'agit de satisfaire sa passion pour l'argent. Tuteur de son fils, il le laissera croupir dans l'ignorance pour l'empêcher de voir clair dans ses affaires; puis, pour que nulle autre influence ne puisse balancer la sienne, il s'arrange secrètement pour lui faire épouser leur servante, la Lizon. Il a vendu son consentement à cette malheureuse à la condition qu'elle déciderait son tils à lui céder la moitié de son bien, et, pour arriver à ses fins , a si bien favorisé son commerce illicite avec son fils, qu'elle est devenue enceinte. C'était donner des armes pour se faire battre, car Je code dit : « Toute donation est révocable de plein droit par lasurveuance d'un enfant légitime ou légitimé du donateur. » Quand Derizelles apprit quelle suite avait son imprudence, il changea ses batteries. Le code civil ne lui avait pas réussi; il tenta d'être plus heureux en côtoyant le code pénal. Il s'agissait de se débarrasser de Lizon sans qu'on pût le soupçonner. 11 introduisit dans la chambre de la malheureuse des mouches charbonneuses et, deux jours après, Lizun était morte. La Providence ne lui laissa pas le temps de jouir du fruit de ses crimes; quelques jours après, il tomba avec son lits dans un trou rempli de neige et tous deux périrent, dévorés par des loups. 11 n'y a là rien d'extraordinaire; mais ce qui est traité de main de maître, ce sont les phases diverses par lesquelles la cupidité fait passer le rusé paysan avant de le pousser au crime, c'est le sang-froid avec lequel il joue l'avenir et le bonheur de son fils, c'est la profondeur de ses combinaisons machiavéliques, que l'horreur du châtiment égale seule.

On peut admirer dans le Sabol rouge l'exactitude des détails, la gradation des passions, le talent avec lequel sont dessinés les caractères ; mais, nous le répétons, on pourrait désirer plus de liaison dans la suite des scènes qui se succèdent un peu trop à l'aventure. En somme, le roman est intéressant et bien écrit ; c'est déjà beaucoup.

Sni)oi» (les), comédie en un acte, mêlée d'ariettes, paroles de Sedaine, musique de Duni ; représentée aux Italiens le 26 octobre 1768. C'est une assez jolie bagatelle et bien truitée par l'élève de Durante. Cet ouvrage a été repris à l'Opéra- Comique le 6 juillet 1SS6.

Sabots de la marqni«e (LES), opéra-comique en un acte, paroles de MM. J. Barbier et M. Carré, musique de M. E. Boulanger; représenté à l'Opèi a-Comique le 29 septembre 1854. La donnée de la pièce est bizarre et incongrue ; les détai.s en sont amusants. Un baron, voisin de la marquise, fait cadeau à celle-ci d'une paire de sabots, afin de la préserver des rhumes pendant ses promenades aux environs de son château. Un autre voisin lui envoie des bouquets et des vers. Le baron s'invite à déjeuner chez la marquise et se met à débiter tant d'extravagances et de grossièretés que la marquise le traite de rustre, tandis qu'éuumérant les défauts de sa belle, il prouve qu'elle n'est qu'une mijaurée. Peu après, les rôles changent : le baron devient précieux et tendre, la marquise prend les airs hardis d'une soubrette. Tous deux se conviennent et s'épousent, et les deux domestiques de rigueur en font autant. La musique est agréable. La romance chantée par la marquise, sur Sylvandre, rappelle assez heureusement le style ancien. L air : Vive le veuvage est vulgaire; mais les couplets de lu Soubrette : Aimons gui nous aime, >ont charmants. Nous rappellerons encore l'air de chasse chanté par le baron ; il est bien travaillé et ingénieusement imitatif, ainsi que le Juo seeuique du déjeuner. Quant aux cou-

KÏV.

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plets de Nicolas, ils ont été applaudis en raison de leur excentricité bouffonne. Les rôles ont été créés par Bussine , Sainte-Foy , Mlles Boulart et Lemercier.

SABOTABLB adj, (sa-bo-ta-ble — rad. sabot). Dont on peut faire des sabots : Sois sa-

BOTABLE.

SABOTAGE s. m. (sa-bo-ta-je — rad. sabol). Fabrication des sabots : L'aune est particulièrement utile pour le sabotage. (De Morogués.)

— Métier de sabotier : Apprendre le sabotage.

— Chem. de fer. Opération consistant à entailler les traverses pour y fixer les coussinets : Le sabotage se fait au moyen d'un gabarit spécial.

— En'cycl. Chem. de fer. Dans l'établissement de la voie d'un chemin de fer, le sabotage des traverses consiste à y fixer les coussinets lorsque la voie est formée avec des rails à double champignon et à fixer les rails eux-mêmes lorsque ces derniers sont du profil dit rail américain ou Vignolîes. Pour saboter une traverse devant recevoir des coussinets, on commence par fixer ces derniers, au moyen de coins, sur deux bouts de rail assemblés par des vis aux deux extrémités d'une barre de fer. Cet appareil, appelé gabarit, est disposé de manière que les bouts de rail occupent, l'un par rapport à l'autre, exactement la même position que les rails de la voie. On fait reposer le gabarit portant les deux coussinets sur la traverse et l'on trace les entailles qui doivent les recevoir. Ces entailles étant exécutées, on les retouche jusqu'à ce que les semelles des cous-inets reposent bien exactement sur la traverse. On perce alors les trous des chevillettes, on enfonce celles- ci à coups de masse et on enlève le gabarit. Le sabotage se fait généralement en chantier, atin de pouvoir surveiller les ouvriers ; cependant, quelquefois on transporte les traverses brutes sur la voie et on les sabote sur place. Il y a quelques années, c'était par les entailles que l'on donnait aux mils l'inclinaison d'un vingtième qu'ils doivent avoir vers l'intérieur de la voie ; aujourd'hui, cette inclinaison s'obtient par l'assemblage du rail dans le coussinet. Lorsqu'il s'agit de fixer des rails à patin dit Vignolîes, le sabotage s'opère à l'aide d'uu gabarit spécial, soit à l'aide d'une herminette manœuvrée à la main, soit à l'aide d'une machine particulière année de couteaux inclinés à un vingtième et ayant entre eux l'écartement de la voie. Cette machine, qui porte plusieurs bras tranchants, est animée d un mouvement de rotation rapide qui permet de saboter 500 à 600 traverses par jour.

SABOTER v. n. ou intr. (sa-bo-té — rad. sabot), Faire du bruit avec ses sabots : On t'entend tout le jour saboter sur l'escalier. (Compl. de l'Acàd.)

— Jouer au sabot : Un enfant gui sabote au lieu d'aller à l'école.

— v. a. ou tr. Faire vite et mal : Saboter de l'ouvrage.

— Constr. Munir d'un sabot, d'une garniture destiné à préserver le pied d'un pieu : Saboter un pieu.

— Techn. Saboter du drap, Le fouler avec des sabots.

— Chem. de fer. Saboter des traverses, Y pratiquer le sabotage.

SABOTEUR, EUSE s. (sa-bo-teur, eu-ze — rad. saboter). Personne qui sabote, qui fuit du bruit avec ses sabots : Un saboteur , une petite saboteuse.ii On dit aussi sabotier,

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