‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 100 sur 1059 · S ARC · texte numérisé non relu

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mot, tout état pathologique de ces parties. Enfin le sarcocèle se remarque chez les animaux morveux et farcineux.

Le sarcocèle se développe lentement, insensiblement, et il peut même exister depuis longtemps sans que les conducteurs des animaux s'en aperçoivent, parce que la tumeur est d'abord peu volumineuse et qu'ensuite la douleur locale qu'éprouve l'animal est presque nulle. Mais après quelques mois et quelquefois plusieurs années, la tumeur devient perceptible aux yeux ; elle est ovoïde ou sphéroïdale, très-pesante, chaude, mais sans fluctuation et sans changement à la peau. Bientôt la forme du testicule disparaît, la tumeur augmente considérablement de volume et se transforme en une masse irrégulière et bosselée. D'abord douloureuse et indolente, cette tumeur exerce seulement, par son poids, des tiraillements pénibles sur le cordon testiculaire qui, à son tour, s'engorge, s'endureit, s'altère, et la tumeur s'étend successivement, de bas en haut, jusque dans l'ubdomen. I.a peau du scrotum est tendue, douloureuse et chaude. Enfin, il arrive un moment où les mouvements sont gênés; l'animal traîne le membre postérieur du côté où se trouve la tumeur et boite d'autant plus que cette dernière est plus développée. Les enveloppes testiculaires participent aussi à la même altération, et, après un temps variable , le scrotum s'irrite , contracte des adhérences avec les bosselures du testicule et s'ulcère quelquefois.

Lorsque le sarcocèle prend un caractère cancéreux, ce qui arrive plus souvent dans le chien que dans le cheval, le testicule, qui est d'abord dur, se ramollit en une bouillie grisâtre, homogène et presque liquide ; des foyers se forment, s'ouvrent, établissent de3 ulcères qui laissent écouler une sanie ichoreuse. Puis les animaux s'affaiblissent, ne peuvent plus travailler, deviennent paresseux, perdent l'appétit et digèrent mal. Bientôt la fièvre hectique se déclare, les animaux tombent dans le marasme et meurent.

Le sarcocèle se complique quelquefois d'hydrocèle, qui provient alors de l'irritation propagée du testicule à la membrane séreuse qui l'enveloppe. La présence du liquide dans la tunique vaginale rend le diagnostic plus obscur, il faut, dans ce cas, avoir égard a, la pesanteur de la tumeur, à sa forme, à sa dureté, aux douleurs dont elle est le siège.

Quant au pronostic, il est d'autant plus grave que la maladie est plus ancienne, la tumeur plus volumineuse, l'animal plus affaibli. Enfin celte maladie est d'autant plus dangereuse que, pur sa nature ou ses suites, elle est susceptible de passer à l'état de cancer.

Lorsque la tumeur est récente, on peut essayer d'en obtenir la résolution par l'usage combiné de moyens internes et externes, par des évacuations sanguines locales, par les fomentations et les fumigations émollientes, les onctions d'onguent popuiéum et l'usage du suspensoir si la tumeur a un certain poids. Mais si ces moyens, mis en usage pendant un certain temps, ne promettent pas de succès, il est prudent de recourir sur-lechamp à la castration qui, plus tard, peut devenir impraticable. Cette opération doit être faite à teslicule couvert, parce que souvent il y a des adhérences entre les corps glanduleux et ses enveloppes. On place les cassots ou une ligature , suivant le mode qu'on croit devoir suivre, au-dessus du sarcocèle, ce qui toutefois n'est praticable qu'autant que la lésion n'occupe qu'une petite partie du cordon. Cette opération peut être suivie d'hémorragie ou de hernie. L'hémorragie est presque inévitable en raison du développement considérable qu'ont acquis les vaisseaux spermatiqites; quant à la hernie, on ne peut y remédier que par la réduction ; mais, dans ce cas, elle est rarement suivie de succès.

SARCOCÉPHALE s. in. (sar-ko-sé-fa-le — du préf. sarco, et du gr. kephalê , tète). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des rubiacées, tribu des gai déniées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent dans l'Afrique tropicale.

SARCOCHILEs, m. (sar-ko-ki-le — du préf. sarco, et du gr. cheilos, lèvre). Bot. Genre de plantes, de la famille des orchidées, tribu des vandées, dont l'espèce type croit en Australie,

SARCOCH1TON s. m. (sar-ko-ki-ton — du préf. sarco, et du gr. chilân, tunique). Zooph. Genre de polypiers charnus, dont l'espèce type vit sur les fucus.

SARCOCOLLE s. m. (sar-ko-ko-Ie — du préf. sarco, et de colle). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des pénéacées, dont l'espèce type croît au Cap de Bonne-Espérance. Il On dit aussi sarcocolliiîr.

— s. f. Chim. Matière végétale qui tient le milieu entre la gomme et lu gélatine.

— Encycl. Bot. On désigne sous le nom de sarcocolle ou sarcocollier un genre d'arbrisseaux rangés autrefois dans le genre pénée, mais qu'on en a détachés pour en faire un genre nouveau. La principale espèce, ou du mains la pli.s anciennement connue, celle à laquelle on a longtemps attribué, k tort ou à raison, la production exclusive de la sarcocolte, est le sarcocollier commun ou proprement dit; c'est un arbrisseau de 1 mètre

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au plus, à rameaux alternes, portant des feuilles nombreuses, sessiles, petites, ovales ou un peu arrondies, entières, glabres, opposées et imbriquées sur quatre rangs; les fleurs sont sessiles et groupées en petits fascicules terminaux ; le fruit est une capsule tétragone, k quatre valves, à quatre loges, dont chacune renferme deux graines; cette espèce croît au Cap de Bonne-Espérance, peut-être aussi en Arabie et en Perse. Le sarcocollier mucronê se distingue aisément du précédent par sa taille moitié plus petite, ses tiges à écorce cendrée et ses feuilles cordiformes, fortement mucronées au sommet; il croit au Sénégal et au Cap de Bonne-Espérance. Les sarcocolliers brun et écailleux habitent aussi cette dernière région.

— Chim. La sarcocolle découle des diverses parties du sarcocollier; on peut aussi l'en retirer artificiellement, sous forme d'extrait. C'est une matière d'un jaune rougeatre, grumeleuse, fragile, translucide ou opaque, inodore, d'une saveur d'abord amère et un peu douceâtre, puis acre, chaude et désagréable. Elle se trouve dans le commerce sous forme de petits grains luisants, jaunâtres ou rougeâtres, assez semblables à des grains de sable , ou bien de grumeaux plus gros, assez friables, résultant de l'agglomération de ces mêmes grains. Exposée à la flamme d'une bougie, elle se boursoufle et ne tarde pas à s'enflammer. Elle se dissout presque entièrement dans l'eau et surtout dans l'alcool. Mise dans la bouche, elle provoque une salivation abondante. Plusieurs chimistes l'ont regardée comme intermédiaire entre la gomme et le sucre. Elle renferme une substance gélatineuse analogue à la bassorine, de la gomme, des matières ligneuses et un principe particulier, la sarcocolline; celle-ci est peu odorante, amère, un peu sucrée, soluole dans l'eau froide et surtout dans l'eau bouillante ; dans ce dernier cas, une partie se précipite par le refroidissement sous la forme d'un sirop épais, insoluble dans l'eau.

Les auteurs anciens, et surtout les Arabes, ont vanté la sarcocolle, à l'intérieur, comme purgative, astringente et détersive. Toutefois, Séiapion lui attribue des propriétés caustiques capables de produire l'ulcération des intestins et même de causer la calvitie. Quelques praticiens ont recommandé de la prendre, infusée dans du lait d'ânesse, contre les ophthalmies et les fluxions des yeux. Hoffmann en a complètement proscrit l'usage interne. A l'extérieur, elle était fréquemment employée pour déterger les ulcères, pour cicatriser les plaies, raffermir, consolider et en quelque sorte coller les chairs, d'où son nom vulgaire. Elle entrait dans la composition de l'emplâtre opodeldoch. Aujourd'hui, elle est à peu près complètement abandonnée en médecine. L'industrie tire parti de la sarcocolle pour la fabrication de quelques vernis fins. On doit choisir cette substance bien récente, en petites larmes légères, pâles, douces, un peu amères, blanches, jaunes ou rouges et comme pulvérulentes.

SARCOCOLLIERS. m. (sar-ko-ko-lié).Bot.

Syn. de sarcocolle.

SARCOCOLLINE s. f. (sar-ko-ko-li-ne — rad. sarcocolle). Chim. Principe immédiat extrait de la sarcocolle.

SARCOCONE s. m. (sar-ko-ko-ne — du préf. sarco, et de cône). Acal. Genre d'acalèphes pléthosomes, tribu des stéphanomiées, formé aux dépens des stéphanomies, et comprenant cinq ou six espèces, qui habitent l'océan Atlantique et le Pacifique.

SARCOCOQUE s. m. (sar-ko-ko-ke — du préf. sarco, et de coque). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des euphorbiacées, tribu des buxées, dont l'espèce type croît au Népaul.

SARCODE s. m. (sar-ko-de — du gr. sarcôdês; de sarx, chair). Anat. Substance animale, sans téguments ni vaisseaux : Le corps Ujts infusoires est , d'après certains naturalistes, exclusivement composé de sarcode.

— Bot. Genre de plantes^ de la famille des légumineuses,

SARCODENDRE s. m. (sar-ko-dan-dre — du préf. sarco, et du gr. dendron, arbre). Zooph. Genre de polypiers, formé aux dépens des alcyons, et comprenant des espèces qui vivent dans l'Adriatique.

SARCODERME s. "m. (sar-ko-dèr-me — du préf. sarco, et dugr. derma, peau). Bot. Parlie vasculaire du tégument de la graine, qui se trouve placée entre le test et l'endoplèvre.

SARCODIDYME s. m. (sar-ko-di-di-me — du préf. sarco, et du gr. didumoi, testicules). Pathol. Ancien synonyme de sarcocélu.

SARCODIQUE adj. (sar-ko-di-ke — rad.

sarcode). Anat. Qui a rapport au sarcode.

SARCODON s. m. (sar-ko-don). Bot. Genre de légumineuses qui croissent en Ethiopie.

SARCOÉPIPLOCÈLE s. f. (sar-ko-é-pi-plosè-le — du préf. sarco, et de épiplocèle). Pathol. Hernie épiploïque, compliquée de sarcocèle.

SARCOÉPIPLOMPHALE s. f. (sar-ko-épi-plon-fa-le). Pathol. Hernie ombilicale , formée par l'épiploon qui a pris une consistance charnue

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SARCOGÈNE adj. (sar-ko-jè-ne — du préf.

sarko, et du gr. gennaô, j'engendre). Anat. Qui engendre le tissu musculaire.

SARCOGRAPHE s. m. (sar-ko-gra-fe — du préf. sarco, et du gr, graphe, j écris). Bot, Genre de lichens.de la tribu des glyphidées, comprenant quelques espèces, qui croissent sur les écorces des arbres, la plupart dans les régions tropicales.

SARCOHYDROCÈLE s. f. (sar-ko-i-drosè-le — du pref. sarco, et de hydrocèle). Pathol. Sarcocèle accompagné d'hydrocèle.

SARCOÏDE adj. {sar-kp-i-de — du préf.

sarco, et du gr. eidos, aspect). Hist. nat. Qui a l'aspect de la chair musculaire.

SARCOLACTIQUE adj. (sar-ko-la-kfi-ke — du préf. sarco, et de /ac{ijue).Chim. Syn.de

PARALACTIQUE.

SARCOLEMME s. m. {sar-co-lè-me — du préf. sarco, et du gr. lemma, enveloppe), Anat. Tube transparent qui contient chaque fibrille musculaire.

SARCOLÈNE adj. (sar-ko-lè-ne — du préf.

sareo, et du gr. âlenê, bras). Moll. Qui a des tentacules charnus.

— Bot. Genre d'arbres, de la famille des chlénacées, comprenant plusieurs espèces qui croissent à Madagascar.

SARCOLOBE s.tn.(sar-ko-lo-be — du préf.

sarco, et de lobe). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des asclépiadées, tribu des pergulariées, dont les espèces principales croissent dans l'Inde.

SARCOLOGIE s. f. (sar-ko-Io-jt — du préf. sarco, et du gr. logos, discours). Anat. Partie de l'anatornie qui traite du tissu musculaire.

SARCOLOGIQUE adj. (sar-ko-lo-ji-ke — rad. sarcologie). Anat. Qui appartient à la sarcologie.

SARCOLOGUE s. va. (sar-ko-lo-ghe — rad.

sarcologie). Anat. Auteur d'une sarcologie.

SARCOMATEUX, EDSE adj. (sar-co-mateu, eu-ze — rad. sarcome). Pathol. Qui tient du sarcome ; q ui est de la nature du sarcome : Tumeur sarcomateuse.

SARCOME s. m. (sar-ko-me — du gr. sarx, chair). Pathol. Tumeur ou excroissance ayant la consistance de la chair musculaire.

SARCOMPHALE s. m. (sar-kon-fa-le — du préf. sarco, et du gr. omphalos, nombril). Pathol. Tumeur dure qui se développe au nombril.

— Bot.Syn.de scutia, genre de rhamnées.

SARCOMPHALOÏDE s. m. (sar-kon-fa-lo-

i-de — du préf. sarco, et du gr. omphalos, ombilic ; eidos, aspect). Bot. Syn. de nûi.tka.

SARCOMYCÈTE adj. (sar-ko-mi-sè-te — du préf. sarco, et du gr. mukés, champignon). Bot. Se dit des champignons qui ont un tissu charnu.

SARCONE (Michel), médecin italien, né à Terlizzi, dans la Pouille, en 1732, mort à Naples en 1797. Il fit ses études médicales à i'université de Naples, où il fut reçu docteur. En 17G0, il essaya en vain d'arriver au professorat. Mécontent de son insuccès, il auitta Naples et se rendit Rome, où il avait I intention de s'établir. Il fut obligé d'y renoncer k la suite d'une dispute très-vive qu'il eut avec un médecin, à l'occasion d'un malade qu'ils avaient soigné ensemble et dont ils se reprochaientmutuellementlainort.Sarcone revint se fixer définitivement à Naples et devint secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences de cette ville. L'histoire qu'il publia en 1764 sur la maladie épidémique qui sévit à Naples le plaça au premier rang parmi les épidémiologistes. Cette relation a pour titre : Istoria ragionota dei mali osservaii in Napoli, nel corso deW anno 17G4 (Naples, 1761, in-8°).

SARCOPHAGE adj. (sor-ko-fu-je — latin sarcophagus, grec sarkophagos, proprement qui consume les chairs, Carnivore; de sarx, chair, et de phagô, je mange). Méd. Qui ronge les chairs.

— s. m. Remède propre à brûleries chairs.

— Tombeau dans lequel les anciens mettaient les corps qui n'avaient pas été brûlés, et qui était fuit d'une pierre jouissant,, à ce qu'on croyait, de la propriété de consumer rapidement les chairs.

— Tombeau quelconque : Il y avait dans ce sanctuaire si bien gardé un joyau vanté, un chef-d'œuvre unique, un célèbre sarcophage. (A. Paul.)

— Représentation d'un cercueil figurant dans une grande cérémonie funèbre.

— s, m. pi. Mamm, Groupe de didelpbes fossiles.

— s. f. Entom. Genre d'insectes diptères brachocères, de la famille des athérieères, tribu des muscides, type du groupe des sarcophagiens, comprenant environ vingt-cinq espèces, dont plusieurs habitent la France et l'Allemagne.

— Encycl. Antiq. L'usage d'inhumer les corps est antérieur à celui de les brûler. La mythologie antique attribue l'invention de la crémation à Hercule. Il a remplacé d'abord entièrement l'usage d'ensevelir les corps, chez les Grecs et chez les Romains. Dans les colonies grecques de l'Italie, on inhumait les

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corps entiers. Lorsque l'usage de brûler les corps prévalut chez les Romains, quelques familles conservèrent celui de les inhumer. On cite principalement les membres de la famille Cornélie, qui conservèrent l'usage de l'inhumation jusqu'à Sylla. Le corps d'aucun personnage de cette famille n'avait été brûlé avant lui, et ce dictateur ordonna qu'on 'mit le sien sur un bûcher, pour éviter qu'il ne lui arrivât ce qui était arrivé au cadavre 'de Marins, qu'il avait profané. Sous les [empereurs, le brùlement des corps était accompagné pour eux de cérémonies pompeuses et magnifiques; il paraît, par le grand nombre de sarcophages qui nous restent, que cet usage devint successivement moins fréquent pour les simples particuliers, et principalement sous les Antonins. L'introduction du christianisme le fit encore beaucoup diminuer et l'abolit enfin entièrement. Les caisses sépulcrales que l'on nomme sarcophages étaient faites île matières fort variées ; on en trouve en marbre, en bois, en pierre, en terre cuite et même en métal ; elles ont été en usage dans presque toutes les religions. Chez les Egyptiens, le sarcophage ne fut d'abord employé que pour la sépulture des grands personnages do l'ordre militaire ou sacerdotal, les pharaons ou les princes; ces sarcophages étaient en basalte ou en granit, creusés dans un Seul bloc énorme et décorés sur leurs faces internes de scènes religieuses et de sujets mystiques empruntés au rituel funéraire. Celui du pharaon Ramsès III, déposé au Louvre, pris dans un bloc de granit rose de 3 mètres de longueur sur lm,60 de largeur, est l'un des plus beaux qui subsistent. L'université de Cambridge possède son couvercle. Cette énorme cuve gravée suffirait pour nous donner une juste idée du luxe des tombeaux des rois de l'Egypte. La figure de Nephtys, les ailes étendues, occupe le chevet; sur la face opposée , la déesse Isis, les ailes également déployées, lui sert de pendant. L'intérieur du sarcophage est décoré de sujets analogues , et le fond de la cuve représente la déesse de l'Amenthis, étendant ses ailes pour recevoir le défunt. Tous les sarcophages des rois inhumés à Biban-el-Molouksont,à peu de chose près, semblables à celui de Ramsès. Les deux exceptions sont le sarcophage de Mycérénius et celui de Chaire, roi intrus de la dix-huitième dynastie. Le premier a la forme d'un petit naos et est orné de simples lignes architecturales formant des piliers et des compartiments. Ce monument curieux est perdu, car, lors de son transport en Angleterre, le navire qui le portait périt en route, et il n'en reste que deux dessins. Lu seconde exception dont nous avons parlé, le sarcophage du roi Chaire, a également la forme d un naos, orné de tous les détails d'architecture en usage sous lu dix-huitième dynastie. 11 est décoré du globe ailé, et, aux quatre angles, Neith, Selk, Isis et Nephtys, les quatre déesses qui jouent un si grand rôle dans ia plupart de ces représentations mystiques, sont debout, les bras étendus, et couvraut de leurs ailes les parois du sarcophage. Ce précieux monolithe n'a pas plus de 1 décimètre d'épaisseur. Les cercueils des grands personnages ne le cédaient en rien à ceux de3 rois; celui du basilicogrammate Taho, rapporté en France par Champollion et qui est au Louvre sous le n° 9, est un chef-d'œuvre de gravure; un volume ne suffirait pas pour décrire toutes les scènes qu'il représente. Quelques autres sarcophages, datant des dernières dynasties nationales, sont complètement différents des premiers par la forme et la dimension. Taillés en forme de boîte de momie, le chevet représente la tête du mort et les sujets symboliques se déroulent sur la poitrine et sur les flancs. Le musée du Louvre en possède plusieurs spécimens sous les nos n et 13. On remarque encore dans les galeries d'antiquités du Louvre un sarcophage de marbre blanc taillé en gaîne, dont la moitié inférieure est creusée avec un grand soin pour recevoir le corps; autour de lu partie évidée règne une moulure sur laquelle s'ajuste avec précision un couvercle bombé qui se relève vers les pieds, et dont la partie la plus large présente un buste de femme sculpté en haut relief; la tête est couronnée d'une triple rangée de boucles de cheveux qui ont été peints en bleu foncé ; quatre longues mèches ondulées descendent au-dessous des épaules. Le couvercle peut être soulevé à l'aide de quatre poignées saillantes qui ont été ménagées dans le marbre; la caisse inférieure présente six de ces poignées; le trou auriculaire du côté gauche est percé dans toute l'épaisseur du couvercle. Un est naturellement conduit à penser que cette ouverture a été pratiquée dans l'intention de prononcer des prières à l'oreille de la personne dont le sarcophage renfermait la dépouille mortelle. Ce monument, découvert par M. Pérétie, près de Tripoli de Phénicie, offre certaines analogies avec les tombeaux égyptiens exécutés sous la vingt-sixième dynastie, c'est-à-dire pendant le vue et le vie siècle avant l'ère chrétienne; mais la tète offre un caractère qui n'est nullement égyptien et qui, se retrouvant dans les œuvres de la plus haute antiquité grecque, donne un des premiers spécimens connus de l'art phénicien. La forme des sarcophages, chez les différentes nations, a beaucoup changé. Ils affectent le plus ordinairement la forme parai-

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lélipipède; c'est un carré long comme nos cercueils; quelquefois les angles étaient arrondis, ce qui leur donnait la forme elliptique. Il est très-rare que ces caisses soient plus étroites par le bas, comme l'espèce de baignoire appelée labntm. Le couvercle des sarcophages offre aussi des variétés; quelquefois il est triangulaire comme le fronton d'un édifice et accompagné aux anglea de corps coniques qu'on nomme les cornes. Les sarcophages portent quelquefois la statue du personnage qu'ils contenaient; souvent elle est assise comme sur un lit, non dans une attitude de douleur, mais comme assistant à un banquet. La capacité des sarcophages varie comire leur matière, leur forme et leurs ornements. D'abord, ils n'étaient propres à recevoir qu'un seul corps ; ensuite on y mit ceux de deux époux, comme on avait quelquefois confondu leurs cendres dans une même urne. Les deux époux sont quelquefois représentés couchés sur le couvercle. Tel est le sarcophage remarquable qui a été découvert il y a quelques années dans l'Asie Mineure par M. Texier. Ce monument doit dater du me ou îve siècle après J.-C. Les personnages, qui sont représentés â demi couchés sur un lit, sont un homme et une femme, vêtus à la romaine. Les parties latérales du sarcophage sont formées par des basreliefs d'une exécution très-soignée et qui représentent un combat, qui paraît être celui de Thésée et des Amazones. On sait qu'un sujet de ce genre se trouve reproduit sur le beau sarcophage de porphyre conservé à Rome et qui servit, dit-on, de sépulture à sainte Hélène, mère de Constantin. Du reste, entre les nombreux sarcophages que l'on trouve dans ce pays, on remarque encore un grand nombre de sépultures taillées dans le roc, qui son) antérieures à l'âge du sarcophage et qui prouvent que l'usage de brûler les corps n'a pas dû être très- répandu dans ces pays. C'est vers le me siècle seulement de 1ère vulgaire que s'est introduit l'usage de ces sarcophages de grandeur colossale, capables de contenir une famille entière.

La coutume d'ensevelir les corps séparément dans des sarcophages existait dès les commencemants du christianisme, et l'on en trouve des exemples dans les anciennes catacombes, où prirent naissance la plupart des usages chrétiens. Ces sarcophages primitifs étaient alors creusés dans' le roc même, et ceux qui rerfermaient les restes des saints, des martyrs ou des évoques étaient consacrés et servaient ordinairement d'autel pour les offices. Quant aux sépultures destinées à des personnages secondaires, elles étaient également taillées dans le roc, mais les unes au-dessus des autres et fermées par des dalles vert cales, absolument comme cela se voit aujourd'hui dans quelques caveaux de nos cimetières modernes. Ou trouve encore des restes de ces différents genres de sépulture dans las catacombes de Rome et de Naples. On voyait encore, il y a quelques années, dans.'e cimetière d'Arles, des sarcophages des premiers siècles de notre ère. Ces sépultures chrétiennes ressemblent beaucoup aux sarcophages païens; les motifs des sculptures diffèrent seuls. Les sujets représentés sont le Chr-ist avec les apôtres, la résurrection de Lazare et divers sujets de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Cependant les sarcophagvs des premières périodes chrétiennes n'étaisnt pas toujours ainsi décorés de sculptures ; on en a trouvé un à Saint-Denis qui est tout a fait imité des sarcophages romains les plus simples; il est en marbre blanc ; sa partie antérieure est décorée de pilastres ut de cannelures ondulées, comme on en veit fréquemment sur les tombeaux antiques, dans le but de figurer une corbeille ; au milieu est sculptée une croix, qui s'élève au-dessus d'un vase. Ce sarcophage sert aujourd'hui d'autel dans une des chapelles de l'église d^ Saint-Denis. On en a trouvé un dans l'abbaye de Moissac : il est couvert de branches et de feuilles de vigne; les faces principales sont divisées par de petits pilastres cam.elés; au centre, deux rideaux soulevés laissent voir un lubarum avec l'alpha et l'oméga. Au-dessous du labarum, deux colombes, boivent dans une coupe. L'abbaye de Saint-Germaiu-des-Prés possédait aussi des tombeaux de ce genre, avant la dévastation qui eut lieu à l'époque du siège de Paris par l'js Normands, car, à l'époque de la Révolution de 1789, on trouva devant l'autel le tombiau de l'abbé, qui était formé d'un cercueil en pierre brute, dont le couvercle en marbre blanc est sculpté d'une façon à peu près senblable à celle du tombeau de Moissac. Celte pièce curieuse se trouve aujourd'hui at musée du Louvre.

Les larcophages des premiers chrétiens, destinera renfermer plusieurs corps, avaient deux oidres de bas-reliefs; ces deux ordres indiquent deux sarcophages posés l'un sur l'autre; quelques-uns ont deux ordres sans avoir ceux rangs de bas-reliefs; chacun de ces ordres est bracelé. Les baguettes interrompues par un orle intermédiaire indiquent évidemment deux sarcophages superposés.

Les ornements sont ce qu'il y a de plus remarquable. Les baguettes et les cannelures des sarcophages remontent au bon temps de l'art. Le grand sarcophage de Cœcilia Metella, plusieurs de ceux des affranchis de Livie sont travaillés de cette manière. Ce genre d'ornement parait dû aux

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cannelures en spirale des colonnes on des urnes rondes. Les sarcophages du in» et du rve siècle imitent souvent un temple avec des colonnes. Quelquefois ils étaient partagés on plusieurs arcades, sous chacune desquelles il y avait une ligure ou un groupe. Ce genre de distribution remonte au plus ancien temps de l'art. Lorsque le sarcophage n'est pas orné de simples baguettes ou d'une décoration d'architecture, on y voit différentes ligures, telles que celtes du Sommeil et de la Mort, avec les jambes croisées, une main sur la tête et un flambeau renversé ; celle de Mercure, conducteur des âmes; de Caron, passant des âmes dans sa barque; une porte entr'ouverte, qui parait être l'entrée des enfers. D'autres sarcophages, d'une plus riche composition, nous représentent différents sujets de la mythologie et de l'histoire .héroïque. Il est rare que les quatre côtés du sarcophage soient sculptés, il est plus ordinaire de ne voir que la face et les deux petits côtés ornés de figures. Le sujet principal est sur la face et se continue sur les deux petits côtés; quelquefois ces deux derniers ne sont ornés que de figures accessoires au sujet et qui exigent moins de développement, ou simplement de figures d'animaux ; le plus souvent il n'y a des figures que sur la grande face du sarcophage. Le sarcophage est quelquefois couronné par une frise sur

i laquelle il y a un sujet différent et dont les figures sont plus petites. Souvent on y voit des tritons, des néréides ou des scènes pastorales. Les bas-reliefs qui décorent les sarcophages sont quelquefois purement de fantaisie ; ils offrent, des traits de la Fable ou de l'histoire héroïque qui n'ont aucun rapport à la cessation de la vie, tels que les géants foudroyés par Jupiter, Achille reconnu par Ulysse parmi les rilles de Lycomède, Vénus surprise dans les bras de Mars par Vuleuin ; mais le plus souvent les bas-reliefs tirés de la Fable ou de l'histoire héroïque ont un rapport plus marqué avec leur destination ; ils représentent les aventures tragiques de quelques familles illustres des temps héroïques, les sujets de douleur des dieux, et semblent inviter, par la représentation de ces grandes calamités, les parents et les amis de celui que renferme ce froid monument à recevoir quelque consolation, en pensant que les hommes parvenus au faîte de la gloire et des dignités, que les dieux mêmes ne sont pas exempts de semblables peines. Sur le sarcophage d'un jeune guerrier, mort à sa première campagne , après avoir quitté son épouse , on représente Protésilas prenant congé de Léodamie et panant pour Troie, ou il doit trouver la mort. Souvent le guerrier est caractérisé par quelque héros de l'antiquité, et le sarcophage représente la condamnation d'Hippolyte par son père Thésée, la mort de Phaéton, la mort de Patrocle, la mort d'Hector, la mort de Méléagre. La fin tragique d'une jeune princesse est retracée par la mort de Creuse, brûlée par la robe empoisonnée de Médée. Si le jeune homme était dans l'adolescence, la sculpture retrace l'aventure d'Hylas ; si ce n'est qu'un enfant, l'aventure de Polydore ou d'Hypsipyle. Les anciens appelaient la mort un sommeil; le Sommeil et la Mort sont souvent représentés placés aux deux côtés du sarcophage ; souvent aussi, par une ingénieuse allégorie, les artistes représentaient le sommeil de celui ou de celle qui donnait pour toujours dans le sarcophage par quelque sommeil célèbre dans la mythologie; ainsi, l'on voit Endymion dormant, Atiadne surprise pendant son sommeil par Bacchus. L'idée de l'enlèvement par quelque dieu était allégorique chez les anciens , comme celle du sommeil pour désigner -la mort. Si un jeune homme ou une jeune fille, célèbres par leur beauté, étaient morts à la fleur de làge, on disait que quelque dieu les avait enlevés à la terre. Sur le sarcophage d'une mère aimée et d'un fils reconnaissant, on représentait Bacchus ramenant des enfers sa mère Sémélé, aventure déjà figurée dans un bas-relief du temple d'Apollonide, mère d'Attale, à Cyzique. D'autres fois, les figures des sarcophages étaient des allégories morales; on y voyait l'histoire de l'âme, que Minerve place dans le corps pétri par Prométhée. Les douze travaux d Hercule sont une allégorie ingénieuse rie la vertu triomphant des passions. Les Saisons, qui se voient si fréquemment sur les sarcophages et même sur ceux des chrétiens, retracent les différents âges de la vie humaine. Quelquefois les objets sculptés sur les sarcophages appartiennent à la série nombreuse des bacchanales ; on y voit le triomphe de Bacchus à son retour de l'Inde; d'autres ne représentent que des scènes bachiques. Les néréides, que l'on voit souvent figurer sur les sarcophages et qui étaient chargées de conduire les âmes au séjour des bienheureux, sont une allégorie, de l'immortalité de l'âme.

. Quelquefois les figures Sont relatives à la profession et aux goûts du défunt. Tels sont ces bas-reliefs qui nous offrent un jeune poète placé au milieu des Muses. Souvent on y voit représentées les diverses scènes de la vie civile de quelque personnage distingué, son éducation, ses alliances, ses amusements, ses magistratures. Beaucoup de sarcophages sont en marbre de Paros, ce qui prouve qu'ils ont été travaillés dans la Grèce et que, de ses ateliers, ils ont passé en Italie; c est pour cette raison que l'on y trouve tant de sujets de la

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mythologie et de l'histoire héroïque qui n'ont point de rapport avec la destination de ces monuments. Quelquefois la figure du personnage principal n'était que dégrossie et on donnait, après l'acquisition du sarcophage, à cette figure le plus de ressemblance possible avec la personne qui devait être enfermée dans le sarcophage. Telles sont les figures des sarcophages que l'on a découverts à Bordeaux ces dernières années. Sans doute les artistes qui exécutaient ces bas-reliefs n'étaient pas de premier ordre, mais ils copiaient ou imitaient fidèlement les chefs-d'œuvre de la peinture et de la sculpture. Ils nous ont transmis ainsi plusieurs ouvrages célèbres et nous ont mis à même de juger, sinon de leur exécution, tout au inoins de leur composition. Ces monuments sont donc de la plus haute importance pour l'étude de la mythologie, des mœurs, des usages des anciens, et surtout pour l'histoire des arts. Heureusement, il reste un assez grand nombre de sarcophages ornés de-sculpture, parce que la religion que les anciens avaient pour la mort a longtemps préservé ces monuments de la destruction à laquelle étaient exposés les bas-reliefs qui ornaient les édifices publics et particuliers.

Quelques tombeaux, qui ont lu forme des sarcophages, ne contenaient pas le corps entier inhumé, mais simplement une urne qui renfermait les cendres. Tel est le sarcophage que l'on regarde comme celui d'Alexandre Sévère, dans lequel on a trouvé une belle urne de verre. Un autre sarcophage, qui est au Vatican, contenait un grand linceul d'aîniante dans lequel on trouvait encore des cendres.

Quelques sarcophages portent des inscriptions qui indiquent le lieu où ils ont été placés, le jour de leur consécration, les consuls sous lesquels elle a eu lieu, les objets qui y ont été renfermés. Comme il était défendu de les ouvrir, de les briser, de les profaner, de quelque manière que ce fût, quelques inscriptions contiennent des menaces et des imprécations contre ceux qui se rendraient coupables de ces violations. Ces précautions n'ont pas garanti les sarcophages de la profanation dont on a voulu les préserver; plusieurs ont été employés par les Sarrasins, les Wisigoths et les chrétiens aux usages les plus vils. Les trous pratiqués à la partie inférieure de quelques-uns constatent qu'ils ont servi de lavoirs ou d'auges. Les chrétiens eux-mêmes en ont employé plusieurs aux cérémonies de leur culte, après avoir dispersé les dépouilles qu'ils contenaient ; quelques-uns ont servi de fonts baptismaux et do devants d'autel. Ils ont aussi remplacé les corps que quelques beaux sarcophages contenaient par ceux de quelques-uns de leurs saints ou par leurs reliques, après avoir purifié ces monuments par des lavages d'eau bénite et des cérémonies chrétiennes. Quelques sarcophages antiques ont servi k conserver les corps de plusieurs princes chrétiens dans le moyen âge, où l'on ne pouvait trouver d'artistes capables d'exécuter aussi bien de semblables monuments. Tel est le sarcophage antique représentant l'enlèvement de Proserpine, qui contenait, à Aix-la- Chapelle, les restes de Chaclemagne.

— Mamm. On comprend sous ce nom tous les mammifères didelphes qui ont des incisives petites, des canines grandes et des moluires de carnivores ou d'insectivores. Us comprennent plusieurs genres, dontnous citerons les principaux.

Les thylacothériums diffèrent des sarigues par leurs molaires plus nombreuses et plus petites. On ne connaît que leur mâchoire infé-

neure, qui a - incisives espacées, 1 canine

médiocre, 6 fausses molaires et 6 vraies tricuspides.

Les phascolothe'riums n'avaient que 3 fausses molaires et 4 vraies. La seule espèce connue est le phascolotherium Bucklandi.

Les microlesles ont été établis d'après deux petites dents à deux racines, dont la couronne a plusieurs pointes et qui ont été trouvées sur la limite du lias et du terrain keuprique.

Les sarigues ou didelphis ont - incisives. On

en a trouvé plusieurs fragments dans les terrains tertiaires anciens. La mieux connue est la didelphis Cuvieri, de la taille de la murmose, mais avec des proportions un peu différentes. M. Aymard a formé de trois espèces de sarigues du Puy le genre des pérathériums, qui diffère des sarigues d'Amérique par ses prémolaires, dont la troisième est la plus forte ; par ses arrière-molaires, qui augmentent davantage en allant de la première à la dernière , et par un talon bicuspide à la dernière. Les terrains diluviens d'Amérique renferment un grand nombre d'ossements de sarigues, et Lund en cite sept espèces, dont six ressemblent beaucoup à celles qui vivent actuellement dans le même pays.

Ltsgalethylax diffèrent des sarigues parce qu'ils ont une prémolaire de plus et une arrière-molaire de moins. La seule espèce connue a été trouvée dans l'étage du gypse. •

SARCOPHAGIEN, IENNE adj. (sar-ko-faji-ain, i-è-ne — rad. sarcophage). Lutom. Qui ressemble ou qui se rapporte à la sarcophage.

— s. m. pi. Groupe d'insectes diptères, tribu

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des muscides, ayant pour type le genre sarcophage.

SARCOPHILE s. m. (sar-ko-fi-le — du préf. sarco, et du gr. philos, qui aime). Mamm. Genre de mammifères marsupiaux.

SARCOPHINANTHE s. m. (sar-ko-fi-nan-te

— du préf. sarco, et du gr. anthos, fleur). Zooph. Genre de polypes anthozoaires, de la tribu des actinies.

SARCOPHYLLE s. m. (sar-ko-fi-le — du préf. sarco, et du gr. phullon, feuille). Bot. Parenchyme des feuilles, il Genre d'arbrisseaux, de la famille des légumineuses, tribu des lotées, dont l'espèce type croît au Cap de Bonne-Espérance. Il Genre de plantes, de la famille des algues.

SARCOPHYME s. m. (sar-co-fi-me — du préf. sarco, et du gr. phuma, enflure). Pathol. Tumeur qui se développe dans les parties molles.

SARCOPHYTE s. m. { sar-ko-fî-te — du préf. sarco, et du gr. phuion, plante). Polyp. Genre de polypiers alcyoniens.

— Bot. Genre de plantes, de la famille des balanophorées, type de la tribu des sarcophytées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent au Cap de Bonne-Espérance.

SARCOPHYTE, ÉE adj. (sar-ko-fi-té £- rad. sarcophyte). Bot. Qui ressemble ou se rapporte au sarcophyte.

— s. f. pi. Tribu de la famille des balanophorées, ayant pour type le genre sarcophyte.

SARCOPODE s. m. (sar-ko-po-de — du préf. sarco, et du gr. pous, pied). Bot. Genre de champignons,

SARCOPSYLLE s. f. (sar-ko-psi-le — du préf. sarco, et du gr. psullos, puce). Bntom. Nom donné par quelques auteurs à la puce pénétrante.

SARCOPTE s. m. (sar-ko-pte — du préf.

sarco, et du gr. koptô, je coupe). Arachn. Genre d'arachnides, de 1 ordre des acariens, formé aux dépens desacaies, et comprenant un petit nombre d'espèces, qui provoquent la gale chez l'homme et les mammifères : L'étude comparative des diverses variétés de gales donnerait peut-être des sarcoptes différents. (H. Lucas.)

— Encycl. Les sarcoptes ont pour caractères principaux : un corps arrondi, comme comprimé de chaque côté, rappelant en petit l'aspect d'une tortue, strié, blunc', hérissé de pitpilles rigides sur le dos; huit pieds, dont quatre antérieurs munis d'ainbulacres, comme palmés et disposés autour de la tête, et quatre postérieurs distants, souvent inunft d'ambulacres. Ces arachnides, longtemps confondues avec les acarus ou les cirons, s'en distinguent par l'absence des yeux, la présence d'un rostre , le céphalothorax soudé avec l'abdomen de manière à ne pas s'en distinguer, enfin par leurs pattes antérieures terminées par des prolongements qui portent des caroncules en forme de ventouses. Les espèces sont difficiles à distinguer dans ce genre, qui lui-même n'est pas bien nettement délimité. Ces parasites produisent, chez l'homme et les animaux domestiques, diverses affections cutanées, confondues sous le nom collectif de gale. V, ce mot.

SARCOPTÈRE s. m, (sar-ko-ptè-re — du préf. sarco, et du gr. pteron, aile). Moil. Syn.

de GASTÉROPTKRK.

SARCOPT1DE adj. (sar-ko-pti-de — de sarcopte, et du gr. eidos, aspect). Arachn, Qui ressemble ou qui se rapporte au sarcopte,

— s. m. pi. famille d'arachnides, ayant pour type le genre sarcopte.

SARCOPYOÏDE adj. (sar-ko-pi-o-i-de — du préf. sarco, et du gr. puon, pus ; eidos, ressemblance). Pathoi. Qui semble formé d'un mélange de chair et de pus : Crachats saR-

COPYOÏDES.

SARCOPYRAMIDEs. f. (sar-ko-pi-ra-mi-de

— du préf. sarco , et de pyramide ). Bot. Genre de plantes, de la famille des mélustomacées, tribu des miconiées, dont l'espèce type croit au Nèpaul.

S ARCORHAMPHE adj . (sar-ko - ran-fo — d u préf. sarco, et du gr. rhamphos, bec). Orniih. Dont le bec est chargé de caroncules charnues.

— s. m. Genre d oiseaux de proie, voisin des vautours.

— Encycl. Les sarcorhamphes ont pour caractères : un bec droit, gros, robuste, assez semblable à celui des vautours proprement dits ; la mandibule supérieure dilatée aux bords et crochue vers le bout; les narines allongées, ouvertes et situées vers l'origine de la cire, qui est garnie, autour du bec et à sa base, de caroncules charnues, très-épaisses etdiveLsetnentdécoupées, surmontant le front et la tète; des tarses forts, ainsi que les doigts, qui sont épais et garnis d'ongles obtus; lé pouce plus court que les autres. Ce genre comprend deux ou trois espèces, qui habitent les régions centrales de l'Amérique, et dont la principale a été décrite sous le nom de condor. V. ce mot.

Le sarcor/iamp/ie pape, appelé aussi roi des vautours, est en effet la plus belle espèce du groupe. « Sa taille, dit M. P. Gervais, est celle d'une oie ; dans le premier âge il est noi-

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râtre, puis varié de noir et de fauve, et enfin k la quatrième année il a toutes les parties supérieures du corps d'un roux clair teinté de carné et d'un luisant agréable et comme

ffacé ; toutes les parties inférieures sont d'un lanc pur, quelquefois nuancé de roux ; la poitrine est blanche, les rémiges sont d'un noir foncé. Les crêtes charnues de la tête et du cou sont peintes des couleurs les plus vives; la caroncule est tombante et denticulée comme une crête de coq. >l!erapace se trouve depuis le Mexique jusqu'au Brésil et au Paraguay ; mais il n'est nulle part bien commun. Il vit par couples, qui ne se réunissent guère en bandes un peu nombreuses que lorsqu'il s'agit de se partager une grosse proie. Sa nourriture ordinaire consiste en petits reptiles ou en charognes. Il habite les savanes et, malgré la puissance de son vol, ne se livre qu'à des déplacements peu étendus. Quand il est bien repu, il est aisé de le tuer; mais sa chair est si fétide que les sauvages eux-mêmes n'en mangent pas. Il niche dans le creux des rochers. Le vautour à queue blanche ou vieillot est une espèce très-voisine ou une simple variété, en tout cas mal connue.

SARCOSCYPHE s. m. (sar-ko-si-fe — du préf. sarvo, et du gr. skuphos, coupe). Bot. Genre d'hépatiques, formé aux dépens des jungermannes , et comprenant une dizaine d'espèces qui presque toutes croissent en Europe.

SABC03E s. f. (sar-kô-se — du gr. sarx, chair). Mèd. Production de chair musculaire.

SARCOSINE s. f. (sar-kô-zi-ne — du gr.

sarx, sarkos, chair). Chim. Base organique faible qui résulte d'un dédoublement de la créatine.

— -. Encycl. La sarcosine C^H^AzO2 n'est autre chose que le méthylglycocolle

C3HSOJS.

C'est une base organique faible, métamérique avec l'ulanine, avec l'acide lactamique, avec l'uréthane et avec le carbamate d'élhyle. Elle se produit en même temps que de l'urée lorsqu'on chauffe la créatine avec une solution aqueuse de baryte :

C*HUAz303 = CWAzOS + CH*Az!0.

Créatine. Sarcosine. Orée.

On peut démontrer la présence de l'urée dans le liquide pendant que la réaction s'opère ; mais il n en reste plus k la fin de la réaction, parce que ce corps se réduit, au fur et k mesure de sa production, en acide carbonique et en ammoniaque. La sarcosine prend encore naissance par 1 action de la méthylaînine SAir l'acide monochloracétique, absolument comme le glyeoeolle se produit lorsqu'on traite l'acide chloracétique par l'ammoniaque ordinaire :

CSUSC102 + 2AzH»

Acide Antmo-

chloracétique. maque.

•= AzH3,HCi + C2H»AzO* Chlorhydrate Qljcocolle.

d'ammoniaque.

C2H3C102 + 2(AzHîCH3) Acide chlo- Méthylamine, racétique.

= AzH*,CHS,HCl -+- C*HHCH3)AzO»

Chlorhydrate de Sarcosine ou mé-

métbylamine. tijJglycocolJe.

— I. Préparation. On ajoute 10 parties d'hydrate de baryum cristallisé à l partie de créatine en solution aqueuse saturée et bouillante. La baryte employée doit être entièrementexemptede polasse,de soude, de chaux, de chlore et d'acide azotique, parce que sans cela il serait fort difficile de débarrasser le produit de ces impuretés. On maintient le mélange en ébullition aussi longtemps qu'il se dégage de l'ammoniaque et qu'il se précipite du carbonate de baryum; on filtre ensuite après avoir dirigé un courant d'acide carbonique k travers la liqueur, pour précipiter l'excès de baryte, et l'on évapore le liquide filtré jusqu'en consistance sirupeuse. Le sirop abandonné a lui-même se solidifie en une musse de lamelles cristallines incolores et transparentes. Pour purifier le produit, on dissout la masse dans un excès d'acide sulfurique étendu, on évapore le liquide au bainmarie et, lorsqu'il est arrivé à l'état sirupeux, on y ajoute de l'alcool et l'on agite vivement avec une baguette de verre jusqu'à ce que toute la sarcosine soit précipitée k l'état de sulfate sous la forme d'une poudre cristalline blanche. On lave cette poudre k l'alcool froid, qui en sépare un corps étranger, peut-être 1 uréthane; on la dissout dans l'eau et on la chauffe avec du carbonate de baryum jusqu'à ce qu'elle soit devenue tout à fait neutre ; on la filtre alors, on l'évaporé et on l'abandonne à elle-même. Le liquide convenablement évaporé cristallise en vingt-quatre ou trente-six heures.

Lorsqu'on veut préparer synthétiquement la sarcosine, on place du chloraoétate d'êthyle dans un tube fermé k la lampe avec un excès de méthylamine en solution aqueuse concentrée, et 1 on chauffe le tube entre X20° et 130°. L'acide chloracétique se décompose alors complètement et l'on obtient du chlorhydrate de méthylamine et de la sarcosine, conformément k l'équation que nous a von 3 donnée plus haut. Quand cette réaction est complète, on ouvre les tubes, on en fait bouillir le contenu avec

SARD

de l'eau de baryte jusqu'à ce que la méthylamine soit complètement éliminée, puis on précipite la baryte au moyen de l'acide sulfurique; enfin on filtre et l'on évapore jusqu'en consistance sirupeuse. Le chlorhydrate de sarcosine se sépare alors k l'état cristallin ; on le comprime entre plusieurs doubles de papier Joseph et on le redissout dans l'alcool, où il cristallise en aiguilles brillantes. En décomposant ce sel par du carbonate d'argent, traitant le liquide tiltré par le noir animal et évaporant ensuite la liqueur, on obtient au bout de quelque temps des cristaux de sarcosine.

— II. Propriétés. La sarcosine cristallise dans le système trimétrique. Ces cristaux sont gros, incolores, parfaitement transparents, très-solubles dans l'eau, peu solubles dans l'alcool et insolubles dans l'éther. Ils ne subissent aucune modification & 100°; k une plus haute température, ils fondent et finissent par se volatiliser sans laisser de résidu.

Chauffée avec de la chaux sodée, la sarcosine dégage de la méthylamine. Le sulfate de cette base dissous dans l'eau agit énergiquement sur le peroxyde de plomb, en donnant une liqueur alcaline qui renferme de la méthylamine. Cette réaction s'accompagne d'une violente effervescence. La solution aqueuse de la sarcosine est neutre aux couleurs végétales; elle a une saveur acre, douceâtre, légèrement métallique. Elle ne précipite ni les solutions d'azotate d'argent ni celles de chlorure inercurique ; si cependant on introduit un cristal de sarcosine dans une solution saturée k froid de ce derniftr sel, le cristal se dissout, puis, bientôt après, il commence k se déposer de délicates aiguilles d'un sel double, et finalement tout le liquide se prend en masse. Une solution d'acétate cuivrique se colore en bleu foncé par la sarcost'tie comme

Îiar l'ammoniaque. Le liquide, en s'évaporant, aisse un sel double de couleur bleue.

— Skls du sarcosine. Chlorhydrate. Ce sel forme une masse blanche qui cristallise dans l'alcool en petites aiguilles transparentes. On l'obtient en évaporant au bain-marie une solution de sarcosine dans l'acide chlorhydrique. La solution mêlée avec un excès de chlorure platinique donne, par évaporation spontanée, de gros cristaux jaune de miel qui, une fois débarrassés de l'excès de chlorure de platine par des lavages à l'alcool et k l'éther, renferment î(C3H7AzOî,HCl),PtCl\2HSO. Ce chloroplatinate perd son eau de cristallisation k 100».

— Sulfate (C3H7AzOî)ï,H4SO*. On le prépare comme nous l'avons déjà dit en nous occupant de la purification de la sarcosine. Il se dissout dans 10 k 12 parties d'alcool bouillant et se sépare par le refroidissement en écailles incolores d'un grand éclat qui ressemblent au chlorate de potassium. II perd son eau k 100°, se dissout dans l'eau en formant une solution acide et se dépose de cette solution en cristaux qui ont l'apparence de Ijarbes de plume. L'alcool froid le dissout peu.

SARCOSFERME adj. (sar-ko-spèr-me — du préf. sarco, et du gr. sperma, graine). Bot. Qui a des graines charnues.

SARCOSTEMME s. m. (sar-ko-stè-me — du préf. sarco, et du gr. alemma, couronne). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des asclépiadées, tribu des cynanchées, dont l'espèce type croit en Australie.

SARCOSTIGMA s. m. (sar-ko-sli-gina — du préf. sarco, et du gr. sligma, stigmate). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des hernandiacées, comprenant plusieurs espèces qui croissent dans l'Inde.

SARCOSTOME s. m. (sar-ko-sto-me — du préf. sarco, et du gr. sioma, bouche). Hist. nat. Qui a la bouche ou l'orifice charnu.

— s. m. Bot. Syn. de dkndrobib, genre d'orchidées.

— s. in. pi. Entom. Nom donné par les anj ciens auUmrs k une famille d'insectes diptères, k trompe rétraetile terminée par deux

' lèvres.

| SARCOSTOSE s. f. (sar-ko-stô-ze — du i préf. sarco, et du gr, osleon, os). Pathol. Ossification d'une partie molle.

SARCOSTYLE s. m. (sar-co-sti-le — du pref. sarco, et de style). Bot. Syn. de cor-

NIDIE.

SARCOTHLASIE s. f. (sar-ko-tla-zl — du

pref. sarco, et du gr. thlasis, meurtrissure), jn profonde des parties mol-

Pathol. Contusion les.

NARCOTIQUE adj. (sar-ko-ti-ke — du gr.

sarx, chair). Méd. Propre a accélérer la ré génération des chairs : Médicament sarcotiqub.

— s. m. Remède sarcotique : L'emploi des

SARCOTIO.UE3.

SARCUS, village et commune de France (Oise), cunt. de Grandvilliers, arrond. et k 33 kilom. N.-O. de Beauvais; 579 hab. Fabrication de serges, calicots, bonneterie, chaussures k vis. Belle église paroissiale du xme siècle, surmontée d'un élégant clocher. Aux environs, on a découvert de nombreux sarcophages du moyen âge.

SARDAIGNE, nommée Ichnusa ou Ichnussa et Sardinia par les anciens, Sardegna par les Italiens, île de la Méditerranée, faisant

SARD

partie du royaume d'Italie et séparée de la Corse par le détroit de Bonifucio au N., comprise entre 38° 5l'-4l<> 15' de latit. N. et entre 5° 48'-7<> 35' de longit. E. De la pointo Faicone au N. au cap Teulada au S., elle mesure «54 kilom. de longueur, et 154 dans sa plus grande largeur du cap Caccia k l'O. au cap Comino k 1 K.; superficie, 34,096 kilom. carrés; 550,000 hab. Ch.-l., Cagliari.

Les côtes de la Sardaigne, la plus grande lie de la Méditerranée après la Sicile, sont en général assez élevées et découpées. Outre les caps déjk cités, les principales pointes sur la côte orientale sont : les caps Fer, Libano, Figari, Monte-Santo, Bellavista, Ferraro et Carbonaro ; on trouve sur cette même cote les golfes TortoUi, d'Orossi et Terra- Nova; sur la côte S.-O., le golfe de Cagliari, le cap Spartivento et le golfe et cap de ' Teulada. Sur la côte occidentale, en remontant vers le N., on trouve la baie de Palma, I avec les lies San-Antioco et San-Pietro, le I cap Pecora, le golfe d'Oristano, le cap Manu, au S. duquel on voit la petite lie de Maldivente, les caps Marargio, de Caccia, dell' Argentara , Negretto, et enfin le cap Faicone, séparé de Plie Asinara par l'étroit passage délia Pelusa. Du cap Faicone à la pointe délia Testa, située k l'O. de la pointe Faicone ou cap Longo-Sardo, la côte présente une échancrure assez large, que l'on désigne sous le nom de golfe de Sassari.

La Sardaigne est généralement couverte de montagnes; dans la partie septentrionale, ces montagnes sont âpres et escarpées ; celles de la partie méridionale sont moins élevées et présentent des pentes douces et des vallées agréables. Les reliefs qui dominent cette lie atteignent leur point culminant à peu près au centre, au inont Gennargentu, qui s élève à l,9Sfi mètres. Les cours d eau y sont nombreux, mais un seulj la rivière d'Oristano, qui se jette sur la cote occidentale, est navigable sur une partie de son cours; les lacs les plus importants sont situés près des côtes et portent la dénomination d'étangs; ce sont ceux de Cagliari, de Sassu et de San-Giustn. Les géologues qui ont exploré la Sardaigne s'accordent tous k considérer cette lie comme n'ayant fait autrefois avec la Corse qu'un seul pays, que quelque grande commotion aurait séparé à une époque inconnue. En effet, la chaîne centrale de la Sardaigne paraît n'être que la continuation de celle de la Corsé, tant par sa direction que par l'identité de sa constitution. Autour de cette chaîne de terrains primitifs se sont successivement groupés des terrains de formation postérieure. Les collines qui constituent dans toute l'étendue de 111e une grande bande de terrain tertiaire doivent leur origine k des dépôts marins. Sur plusieurs points de l'île, on a constaté la trace de volcans éteints, et on y rencontre encore une grande variété de substances volcaniques, telles que pouzzolane, jaspes rouge et jaune, obsidiennes noires, vertes, vitrées, des porphyres, des laves grises et basaltiques, etc. Dans les vallées, les plaines et les coteaux, le soi présente toutes les variétés de composition. La température y varie selon l'élévation du sol; elle est très-chaude dans les vallées et dans les plaines, mais tempérée dans les régions élevées. Le climat est généralement sain, sauf les endroits où existent des lagunes; les hivers sont pluvieux, et les étés généralement secs. Les vents dominants sont le mistral et le levante. Ajoutons que, pendant la saison pluvieuse, il s'étend quelquefois sur l'Ile des brouillards trèsépais.

La Sardaigne est très-riche en minéraux, mais les mines d'argent, qu'on y exploitait autrefois, sont depuis fort longtemps abandonnées ; les mines de plomb sont au nombre de onze, dont les plus importantes sont celles de Monte- Poni et de Monte-Narba. Le fer est répandu sur plusieurs points de l'Ile, où l'on constate la présence de quelques veines de cuivre. Dans quelques endroits, on a découvert du mercure vierge et de l'antimoine. Le granit, qui forme l'ossature de la chaîne centrale, s'y montre k découvert sur plusieurs points et peut rivaliser avec celui d'Egypte. On y trouve aussi des jaspes, du porphyre, des agates, des améthystes, des marbres, des basaltes, du gypse, du nitre, du soufre, des ocres et de la terre k foulon. Sur les côtes, où l'on rencontre le corail, on exploite d'importantes salines, principalement à Cagliari et k Oristano. Les eaux minérales y sont abondantes, mais négligées jusqu'à ce jour.

Le sol de cette lie mérite toujours son antique réputation de fertilité, et si ses productions sont moins considérables qu'k l'époque romaine, il faut attribuer cette diminution k la décroissance de la population et au régime féodal auquel l'Ile a été soumise jusqu'à ces dernières années. Depuis quelque temps, l'agriculture marche dans une voie de progrès; de vastes terrains ont été défrichés, et des oliviers ont remplacé les forêts qui couvraient les collines jusque dans le voisinage des plus grands centres. L'île produit en grande quantité du blé d'une excellente qualité, de l'orge, des fèves, des lentilles. Cagliari, Sassari et Oristano sont renommées pour la qualité et l'abondance de leurs légumes verts ; les grenadiers, les oliviers et les arbres fruitiers y croissent partout. Le mûrier blanc y a été acclimaté sans peine, et

SARD

aujourd'hui la récolte de la soie est une des principales richesses agricoles de la Sardaigne. La vigne y est cultivée avec succès et donne des vins aromatiques estimés. Les vins de Sardaigne ont beaucoup d'analogie avec les vins d Espagne, beaucoup de feu et de bouquet, et, quand ils ont de l'âge, ils l'emportent sur les vins de Chypre. On vante surtout la malvoisie de Sosa, de Quarta, de Piri, le muragus de Cagliari, le giro et le bernaccio. Les environs de Sassari produisent d'excellent tabac; quelques districts fournissent du lin et du chanvre; enfin la culture du coton est assez importante aux environs de Cagliari. Les forêts de l'Ile, trèsétendues, sont peuplées de chênes de quatre espèces différentes, d'érables, peupliers, hêtres et frênes, sapins, genévriers, pistachiers, lentisques, etc. Une particularité remarquable, c'est l'absence totale dans ces forêts et dans l'Ile de toute bête féroce et de tout animal venimeux; il n'y existe que le sanglier, le cerf de petite espèce, le daim, le renard, la martre, la belette et l'hermine. Le gibier, les oiseaux de proie et aquatiques y sont communs. Les rivières nourrissent peu d'espèces de poisson, mais les truites , les anguilles et les aloses y abondent; par contre, les côtes en offrent une grande variété. Les animaux domestiques y sont en grand nombre, mats de vilaine et petite race ; les moutons ne produisent qu'une laine grossière, et les porcs y sont élevés dans les bois presque à l'état sauvage. Les abeilles, autrefois si nombreuses, fournissent aujourd'hui une quantité de miel k peine suffisante k la consommation locale. On y récolte une grande quantité de raisins, dont on fait des vins do liqueur assez estimés et de bons vins ordinaires.

Les habitants de la Sardaigne sont généralement d'origine italienne, mêlés avec des Espagnols et d'autres peuples, et parlent un dialecte particulier ; mais les classes supérieures parlent un italien pur. D'après La Marmora, le patois sarde est un phénomène linguistique. On parle en Sardaigne un latin qui n'est guère plus corrompu que celui qu'on parlait il y a dix-huit siècles dans la plupart des provinces de l'empire romain : la transformation du latin en roman n'est pas encore accomplie. Beaucoup de mots grecs s'y rencontrent, et certains autres mots semblent être puniques. Il y a quelques générations, on parlait presque arabe aans certains cantons. Les parties principales du costume national sont restées les mêmes depuis les temps les plus reculés. L'art de faire le pain y est encore tout primitif; ce pain, au surplus, est excellent. Comme en Corse, on observe des usages singuliers, des mœurs originales, qui se rattachent soit aux coutumes africaines, soit aux traditions grecques. A la mort d'un parent, les femmes improvisent des chants funèbres, et des imprécations quand il s'agit d'une vendetta. L'été, on célèbre encore la fête d'Hermès (Erme). Quand un berger a vu périr son troupeau, il fait une quête de bétail dans les villages voisins, et il parvient toujours k reconstituer un beau troupeau. La Sardaigne a deux universités, mais l'instruction primaire y est peu répandue. Une certaine classe d'étudiants, les majoli, pépinière des professions libérales, offre ceci de particulier que ces étudiants exercent certaines fonctions domestiques, moyennant la nourriture et le logement, mais sans recevoir de salaire de la part de la famille qui les emploie. On voit en Sardaigne des monuments mystérieux, les Nurughi. (Jes monuments, de forme conique, construits de gros blocs réguliers et posés par assises horizontales, dont la base mesure plus de 40 pieds de circonférence, s'élèvent au-dessus du sol de plus de 17 mètres, sans coiupter le comble, détruit par le temps. A chaque étage se présente une grande salle de forme conique, dans les murs de laquelle des niches sont pratiquées. Dans l'intérieur des murs, une rampe en spirale conduit aux étages supérieurs. Des fouilles heureuses ont permis de reconnaître l'origine carthaginoise de ces édifices, tombeaux qui rappellent singulièrement les tumuli américains.

Comme le Corse, le Sarde est vindicatif, implacable, mais laborieux, actif, preste et inventif. L'agriculture et l'élève du bétail constituent ses principales occupations. A l'exception de la manufacture royale des poudres, des salines et des manufactures de tabac, dequelquesfabriquesde coton, delaine et de soie, la Sardaigne Dépossède pas encore d'établissement industriel; la toile de ménage, les draps grossiers, la poterie commune, les pâtes d'Italie et divers autres articles qu'on fabrique dans les villes et les villages suffisent k peine k la consommation de la classe inférieure. Bien plus, malgré sa position favorable, cette île n'a pas de vaisseaux, et ce sont les Anglais, les Français et les Génois qui viennent pêcher sur ses côtes le thon et le corail. Cette absence d'industrie explique la nullité du commerce de la Sardaigne, qui, malgré les douze ports qui s'ouvrent sur ses côtes, ne fait aucun trafic. Il convient aussi d'ajouter que les bonnes voies de communication dans l'intérieur de l'île font tout k fait défaut. Au point de vue administratif, l'Ile, naguère partagée en troiî provinces placées sous la direction d'un viceroi, forme aujourd'hui seulement deux provin-

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ces, Cagliari et Sassari, régies par la loi commune à toutes le:; parties du nouveau royaume d'Italie.

— Histoire. La Sardaigne était regardée comme un des greniers de Rome, et les anciens comme les. modernes s'accordent sur sa fertilité. Mais (lie passait chez les premiers pour être insalubre et pour produire des bernes amères et môme vénéneuses. Virgile, dans sa septième églogue, vers 41, dit : « A toi (Galatée) que je paraisse plus amer que les herbes de Sardaigne, etc. »

Imo ego Sardo» videar tibi amarior herbis...

On attribuait l'air malsain de la Sardaigne en grande partie aux montagnes qui couvrent le nord de l'île, appelées par les anciens Jnsani montes. Les Grecs appelèrent la Sardaigne Ichnusse., à cause de quelque ressemblance avec le pied de l'homme, en grec ixvoç. Claudien n'a garde d'oublier ce trait emprunté aux géographes anciens, auxquels ces sortes de comparaisons sont familières. Il dit :

Humanse speciem fiants sinuosa figurât Insula.

La mer qui l'environne était, comme elle l'est encore aujourd'hui, très-poissonneuse, et le petit poisson qu'on nomme sardine a pris ce nom de celui de l'Ile où on le péchait en abondance. Il était pour les Sardes un objet de commerce ; on le salait et on en faisait de grandes expéditions pour Rome, l'Italie et même la Gaule.

Pausanias consacre a la Sardaigne un chapitre des plus curieux, au beau milieu de son livre X ( Voyage de la PAacide, chap. xvii), à propos des offrandes des divers peuples à l'Apollon de Delphes. « Ces barbares qui sont au couchant et qui habitent la Sardaigne, dit-il, ont aussi voulu honorer le dieu par un hommage public, en lui consacrant une statue de bronze qui représente leur fondateur. La Surdaigne est une lie qu'on peut mettre au nombre des plus considérables, soit pour sa grandeur, soit pour la fertilité de son terroir. Je n'ai pu découvrir comment elle s'appelait autrefois dans la langue du pays. Mais je sais que les premiers Grecs qui allèrent y trafiquer la nommèrent Ichnusse, à cause de sa ligure assez semblable à celle du pied d'un homme. Sa longueur est de 1,120 stades et sa largeur de 470. On dit que les premiers étrangers qui sont allés s'établir dans cette île étaient conduits par Sardus, fils de Macéris, qui, en Egypte et en Libye, avait \n surnom d'Hercule. Macéris, son père, n'est guère connu que par un voyage qu'il fi; à Delphes, Pour lui, il mena une colonie de Libyens à Ichnusse. C'est pourquoi l'Ile quitta son premier nom pour prendre celui de cet illustre étranger. Les aneiens insulaires ne furent néanmoins pas chassés; ils se virent seulement contraints de recevoir ces nouveaux hôtes qui, ne s'entendant pas m.eux qu'eux à bâtir des villes, habitèrent comme eux dans des cabanes ou dans les premiers antres que le hasard leur lit trouver. Quelque temps après , Aristée aborda en cette lie avec une troupe de Urecs qui avaient suivi sa fortune. On dit qu'il était (ils d'Apollon et de la nymphe Cyiène, et qu'inconsolable du malheur arrivé à Actéon il quiita la Grèce, renonça à sa patrie et alla chercher un établissement en Sardaigne... Après Aristée vint une peuplade d'Ibériens conduite par Norax. Ceux-ci bâtirent une ville et du nom de leur chef l'appelèrent Nora. On tient que c'est la première qui ait été bâtie d.ms l'Ile, et l'on croit que ce Norax était fis de Mercure et d'Erythée, tille de Gérycn. Cette peuplade fut suivie d'une autre commandée par lolas et composée deThesjiens, auxquels s'étaient joints quelques peuples de l'Attique. Ils fondèrent les villes d'Olbie et d'Agylè. Cette dernière fut ainsi nommée par les Athéniens... On voit encore ei Sardaigne des villes qui portent le nom d'iolées et dont les habitants rendent de grands honneurs à lolas. Après la prise de Troie, les Trpyens qui purent échapper au tac de cette malheureuse ville s'étant dispersés, plusieurs se sauvèrent avec Enée. De ceux-là, une partie fut jetée par les vents en Sardaigne, où, reçus favorablement par les G recs qui y étaient établis, ils ne tirent plus qu'un peuple avec eux. Les Liarbaras ne tirent la guerre ni aux Grecs ni aux Troyens; pre nièrement, parce que, depuis cette jonction, la force était égale entre les uns et les autres; en second lieu, parce que le fleuve Thoisus, qui traverse l'île, séparait les deux arin jes et qu'aucune des deux ne voulait passer ce fleuve en présence de l'autre. Après un long espace de temps, les Libyens rirent une seconde descente en Sardaigne, mais avec des troupes plus nombreuses qu'auparavan;. Ils n'eurent pas plus tôt débarque qu'ils attaquèrent les Grecs, et, les ayant vaincus, ils les passèrent tous au lil de l'ëpée. Quant aux Troyens, ils se réfugièrent dans les plus hautes montagnes, dont les rochers pointus et les précipices leur servirent de rempt.rt; ils s'y maintinrent si bien ij'a'jls y subsistent encore k présent sous le nom d'Uieus... Près de la Sardaigue est une autre Ile, que les mêmes Libyens nomment l'île de Corse et que les Grecs appellent Cyrnos. Une partie considérable des habitants de cette lie, chassée par l'autre dans une sédition qui les divisait, passa en -Sar-

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daigne. De là un peuple que, dans la Sardaigne même, on nomme les Corses, du nom qu'il portait dans son propre pays. Dans la suite, les Carthaginois s'étant rendus fort puissants sur mer vinrent s'emparer de la Sardaigne et en soumirent tous les peuples, à la réserve des Iliens et des Corses, que leurs montagnes défendaient contre cette invasion. Ils bâtirent ensuite une ville, Caralis (aujourd'hui Cagliari)... Les lbériens et les Libyens cependant abandonnèrentlesCarlhaginois, gagnèrent les hauteurs et s'y canton nèrent.'Les Corses leur donnèrent le nom de Balares, qui, dans la langue du pays, veut dire fugitifs. Voilà quelles sont et tes nations et les villes de la Sardaigne... On ne voit ni serpents, ni bêtes venimeuses, ni aucun loup dans cette lie. Les chèvres n'y sont pas plus grandes qu'ailleurs, mais elles ressemblent à ce bélier de terre cuite fait par un potier de l'île d'Egine, avec cette différence qu'elles ont de plus grands poils sous le menton et que leurs cornes, au lieu d'être toutes droites sur leur tête, sont rabattues et courbées vers l'oreille; au reste, ces chèvres pussent tous les autres animaux en légèreté et en vitesse. Il n'y a dans toute l'île qu'une seule herbe qui soit vénéneuse ; elle est faite comme l'ache, et l'on dit que ceux qui en mangent meurent en riant. C'est pourquoi Homère et les autres après lui ont appelé rire sardonien cette espèce de rire qui n'est causé par aucune joie ni par rien d'agréable. Cette herbe croît auprès des fontaines, mais elle ne communique point à l'eau son poison. J'ai cru pouvoir insérer cette digression dans YHisloire de la Phocide, ajoute Pausanias en terminant ce chapitre, parce que la Sardaigne est encore fort peu connue des Grecs. » On voit là combien étaient confuses et mêlées de fables les traditions anciennes relatives à la Sardaigne. La digression de Pausanias n'en est pas moins intéressante, et l'on y démêle très-bien que les barbares dont il parle, c'est-à-dire les premiers habitants de lu Sardaigne, probablement de la même race que ceux qui peuplèrent les autres lies de la Méditerranée, eurent, dans une très-haute antiquité, des relations de guerre ou de commerce avec des peuples plus civilisés, particulièrement avec les peuples navig-.Ueuvs de la Libye et de la Grèce, et que la Sardaigne reçut son nom d'un chef de ces peuples qui vint s'y établir, ce qui n'a rien d'invraisemblable. La statue de bronze consacrée à Apollon dans le temple de Delphes par las barbares, et qui était celle de leur fondateur Sardus, le dit assez. Cette origine se trouve d'ailleurs confirmée par quelques médailles consulaires représentant la Sardaigne avec ces mots : Savdus Pater.

Les vicissitudes historiques positives de la Sardaigne offrent plus d'une singularité. Elle a subi tour a tour, dans les temps anciens, le joug des peuples qui conquirent ou qui ravagèrent l'Italie. Les Carthaginois la possédèrent longtemps et la perdirent dans la première guerre punique, pendant laquelle les Romains s'en emparèrent. Ceux-ci la conservèrent, jusqu'à l'extinction de l'empire d'Occident en 476, époque à laquelle l Italie devint un royaume sous la domination des Hernies, On ignore si les Vandales, lorsqu'ils eurent, sous la conduite de Gensérie,leur roi, achevé la conquètede l'Afrique par la prise de Carthage en 439, se rendirent immédiatement maîtres de la Sardaigne; mais il est certain qu'elle était passée sous leur domination au commencement du vie siècle; l'histoire dit que Trasamond, le second des successeurs de Genséric, envoya, l'an 504, cinq cent vingt évéques d'Afrique en exil dans 1 île de Sardaigne; ce qui atteste, en même temps que l'étendue des possessions des Vandales en Afrique, qu'ils dominaient alors en Sardaigne. Hilderic ou Gildéric, successeur de Trasamond, son cousin, fut détrône par Gélimer. Il était ami de l'empereur d'Orient, Justinien 1er, qui envoya Bélisaire, son général, au secours d'Hildéric. Bélisaire n'employa que deux ans à conquérir tout ce que les Vandales possédaient en Afrique, en Sicile, en Sardaigne et sur les côtes d'Italie. Bélisaire conquit en même temps les îles de Sardaigne, de Corse, de Majorque et de Minorque. En 551, Totila, roi des Goths en Italie, s'empara des îles de Sarduigne et de Corse ; mais ayant été tué l'année suivante dans une bataille contre Narsès, autre général de Justinien, et Théias, son successeur, ayant eu le même sort, ta domination des Goths en Italie fut éteinte à cette époque, et la Sardaigne rentra au pouvoir des empereurs grecs.

Les Sarrasins étaient maîtres de l'île en 722 ; ce furent les Pisans et les Génois qui, dans le xi» siècle, en chassèrent les Sarrasins.

Ces nouveaux conquérants partagèrent l'île en quatre provinces ou gouvernements, soumis à autant de grands juges qui les administraient. L'un d'eux, Barisona, grand juge d'uristugtio, acheta de l'empereur Frédéric 1er le titre de roi vers l'an 1165. Barisona se fit sacrer en cette qualité par l'évêque de Liège. Il avait emprunté de la repu-' blique de (jênes l'argent dont il avait payé sa nouvelle dignité, et, comme il fut hors d'état de le rendre au terme fixé, les Génois l'emprisonnèrent. H vendit alors ses droits sur la Sardaigne à la république de Pise. Les Génois voulant retenir l'île à la place

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de l'argent qu'ils avaient avancé au premier acquéreur, il en résulta, non une guerre, mais un procès qui ne fut termine qu'en 1175 par sentence de l'empereur, qu'on avait pris pour arbitre et qui adjugea la moitié de la Sardaigne aux Génois et l'autre moitié aux Pisans.

Cinquante ans après, au xne siècle, l'Italie étant en proie aux divisions des guelfes et des gibelins dans la grande querelle entre le sacerdoce et l'empire, Frédéric II, qui rendit son règne de trente-six ans célèbre et glorieux" par son courage , sa fermeté et ses hautes entreprises, s empara en 1237 delà Sardaigne, qui s'était déclarée contre lui, à l'instigation du pape Grégoire IX. Un de ses fils naturels, nommé Entius, q'u'il avait marié à Adélaïde, tille de l'un des juges ou princes de Sardaigne, eut l'ambition de devenir roi, et, en effet, il fut créé roi de Sardaigne par son père en 1238. Le pape, prétendant que la Sardaigne appartenait au saint-siége, réclama contre cette disposition. Frédéric soutint les droits de son his, mais finit par être détrôné.

Vers l'an 1258, les Pisans, profitant des troubles qui bouleversaient l'empire et l'Italie, s'emparèrent de la Sardaigne ; ils la conservèrent jusqu'en 1325, année où elle fut réunie nu royaume d'Aragon. La guerre de succession d'Espagne changea l'existence politique de la Sardaigne en lui donnant de nouveaux souverains. Victor-Amédée II, duc de Savoie, qui joua un grand rôle dans cette guerre et qui avait lui-même des droits à taire valoir à la succession de Charles II, fut reconnu, dans un traité particulier du Il avril 1713, par la France et par l'Espagne, c'est-à-dire par Louis XIV et par Philippe V, comme légitime héritier de la courone d'Espagne, ainsi que ses descendants, au défaut de postérité de Philippe V. L'Espagne lut céda, en outre, le royaume de Sicile avec ses dépendances. Cette reconnaissance et cette cession furent sanctionnées parle traité d'Utrecht, signé le 13 juillet 1713. En conséquence, le 21 décembre de cette année, le duc de Savoie et la duchesse de Savoie, sa femme, sont sacrés et couronnés à Palerme roi et reina de Sicile par les mains de l'archevêque de cette capitale de leur royaume. Mais ils ne jouirent pas longtemps de cette couronne. Cinq ans après, le traité d'Utrecht est violé par l'Espagne. Une flotte espagnole, partie de l'île de Sardaigne, paraît, le 30 juillet 1718, devant Palerme, dont elle s'empare le même jour, et y fait proclamer roi Philippe V. Toute l'Europe fut étonnée de cette invasion, faite en temps de paix, et le duc de Savoie en fut d'autant plus surpris qu'il était en ce moment en négociation avec l'Espagne pour l'aider à faire la conquête du Milanais, qu'Alberoni, premier ministre du roi d'Espagne, offrait de lui céder en échange de la Sicile. Le duc de Savoie réclama, n'obtint rien d'abord, mais bientôt tout s'arrangea. En vertu d'un nouveau traité en 1720, l'Espagne évacua la Surdaigne et la céda au duc de Savoie à titre de royaume pour le dédommager de la perte de sa royauté de Sicile. C'est de cette année 1720 que la Sardaigne, reconnue royaume, est entrée sous la domination de la maison de Savoie et que les ducs de cette maison ont porté le titre de rois de Sardaigne. La Sardaigne fait maintenant partie, comme la Sicile, du royaume d'Italie.

SARDAIGNE (royaume de) ou SARDES

( Etats ) , dénominations par lesquelles on désignait naguère un royaume de l'Europe méridionale situé dans la partie septentrionale de l'Italie et devenu, depuis les événements qui se sont accomplis en 1859, 1860, 1866 et 1870, une partie du royaume d'iTALiE, Le ci-devant royaume de Sardaigne, compris entre la France à l'O., la Suisse au N., 1 exroyaume Lombard- Vénitien à l'E. et la Méditerranée au S., se composait de la Savoie, du comté de Nice, du Piémont, du duché de Montferrat, du duché de Gênes et de l'île de Sardaigne. La superficie totale n'était que de 96,000 kilom. carrés et sa population s'élevait à' peine à 5 millions d'habitants. C'est ce petit Etat qui, se plaçant à la tête des idées libérales en Italie, a su, grâce à l'habileté de son gouvernement, grouper autour de lui les autres principautés de la péninsule, unifier ainsi la nation italienne et former un royaume important de 25 millions d'habitants. Nous n'insisterons pas sur les détails géographiques du royaume de Sardaigne; le lecteur les trouvera à l'article consacré au mot Italie. Quant à l'histoire des Etats sardes , elle se confond avec celle de la maison de Savoie. V. Savoie.

Sardaigne (voyage bn), par le comte de La Marmora (Turin et Paris, 1840, in-8°, et atlas in-4°). Cet ouvrage est le fruit de dix-neuf voyages consécutifs dans l'île de Sardaigne et de vingt ans de travaux ; c'est une espèce d'encyclopédie. La Sardaigne, si rapprochée de nous, est unelle moins bien connue que les îles lointaines delà mer du Sud. Avantageusement dotée par la nature, elle semble être poursuivie par une sorte de fatalité. On y observe une extrême variété de montagnes, de terrains, de mines et de fossiles ; le règne végétal présente la réunion des plantes de l'Afrique septentrionale et des plantes de l'Europe tempérée; quelques-uns des animaux que cette terre nourrit ne se rencontrentqu'exception-

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nettement dans les autres parties de 1 Europe. Depuis la chute de l'empire romain, une décadence continuelle a pesé sur la Sardaigne. Des aqueducs, des cirques, des théâtres en ruine témoignent de son ancienne prospérité. C'était l'un des greniers de Rome. Des routes magnifiques sillonnaient son territoire, qui manque aujourd'hui de voies de communication. Au reste, c'est un fait curieux à constater que la décadence des anciennes provinces de l'empire romain mise en regard du progrès de la civilisation dans le nord de l'Europe. L'auteur a tout embrassé : l'histoire et la statistique, la population et les moeurs, l'histoire naturelle et la géologie, les antiquités et tes productions du sol. Avec lui, la statistique doit se prendre dans le sens le plus étendu. 11 a entrepris à ses frais la triangulation complète de la Sardaigne; de ces travaux géodésiques le résultat a été la première carte topographique exacte de l'île. M. La Marmora a rattaché sous plusieurs rapports ce pays aux côtes et aux îles voisines. En dépit du climat, insalubre pendant plusieurs mois de l'année, et malgré le caractère in-

3uiet et farouche des habitants, au prix de ures privations, il a pu faire une monographie complote de la Sardaigne et n'insérer dans son ouvrage que des faits contrôlés par lui-même. Les bandits l'ont aidé à surveiller ses signaux de triangulation, surmontés d'une croix de bois ; mais parfois les paysans , ameutés par leur curé, démolissaient ces œuvres du démon.

L'ouvrage du comte de La Marmora est écrit en français et se lit avec un intérêt soutenu,

SARDANAPALE s. m. (sar-da-na-pa-le — de Sardanapale , , roi de Ninive, célèbre par sa mollesse}. Prince ou personnage puissant menant une vie efféminée, dissolue : Hébert appelait Fréron un muscadin, un Sardanapalb. (C. Desmoulins.)

SARDANAPALE (abréviation de Assar-adonpal, grand :-eigneur d'Assyrie), nom de plusieurs rois d'Assyrie. On ne sait rien du règne de Sardanapale l«, filsdeTéglath-Phalasar Ier, qui vivait, croit-on, vers 1210 avant notre ère, et du règne de Sardanapale II, le quatrième prince de la deuxième dynastie assyrienne, qui régnait vers 1020. Le premier de ces princes sur lequel on ait quelques notions relativement exactes est le suivant :

SARDANAPALE 111, roi d'Assyrie, mort vers 898 av. J.-C, Ce prince, appelé par les historiens grecs Sardanapale le Grand, monta sur le trône vers 922. Il étendit sa domination sur la Chaldée, la Syrie, la Phénicie, le Liban , l'Arménie, la Comagène, fit de nombreuses guerres pour forcer les peuples qu'il avait soumis k lui payer tribut. 11 passe pour avoir fondé Tarsus et Anchiale, en Cilicie, et il restaura le palais construit par Salmanasar 1er à Calach (aujourd'hui Niinroud), où il habita. Ce conquérant était un prince cruel, qui réprima dans le sang toutes les tentatives faites par ceux qui voulaient se soustraire à son pouvoir.

SARDANAPALE IV, roi d'Assyrie, le dernier des princes de la seconde dynastie, mort en 817 av. J.-C. Ce prince monta sur le trône en 836. A l'exemple des princes orientaux de son époque, il menait une vie voluptueuse et efféminée, lorsque Arbacès et le grand prêtre de Babylone, Bélésis, complotèrent de le renverser. Attaqué par 400,000 hommes à la suite d'une révolte de la Médie, de la Perse et de la Babylonie, Sardanapale sortit de Ninive, battit trois fois les révoltés, mais fut à la fin réduit à s'enfermer dans les murs de sa capitale, où il résista encore pendant deux années. Un débordement du Tigre renversa une partie des murailles et livra passitge aux ennemis. Quand Sardanapale vit qu'il était perdu, il fit élever, dans l'une des cours de son paiais, un immense bûcher et s'y lie brûler avec ses trésors, ses femmes et ses eunuques. Après lui, l'empire fut démembré.

L'histoire reproche à Sardanapale une vio et des habitudes efféminées, une grande magnificence et un goût excessif pour les plaisirs de la table. Sur son tombeau, on lui aurait élevé une statue dans l'attitude d'un danseur k moitié ivre, avec cette inscription qu'il avait, dit-on, composée lui-même : « Passant, mange, bois, divertis-toi; tout le reste n'est rien, » inscription qu'on a renfermée dans ces deux mauvais vers :

Je n'ai fait que manger, boire et m'amuser bien, Et j'ai toujours compté tout le reste pour rien, « Epitaphe , dit Aiistote, plus digne d'un pourceau que d'un homme. »

Sardanapale était le descendant d'une longue suite de rois, sous lesquels l'Assyrie paraît avoir été paisible et florissante, et tout ce que l'histoire reproche -à ce prince paraît n'être que le résultat d'une longue paix, d'un long usage de la puissance, d'une civilisation avancée et de la corruption qui en est la suite. Quel est le prince de l'Orient, placé dans cette situation, auquel on ne pourrait pas adresser les mêmes reproches? Tous aiment les plaisirs, la magnificence; tous sont portés à abuser de leurs immenses richesses et d'un pouvoir que rien ne limite. Sardanapale est resté, il est vrai, le type de ces princes de l'Orient mous, efféminés, passant leur vie dans leur palais, au milieu de leurs eunuques etdeleursfemmes; mais ce que l'histoire constate, sans que l'on en ait su gré au dernier descendant de Sémiramis, c'est que, attaqué

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par des satrapes rebelles, il sut déployer dans I» mauvaise tortune un certain courage et de grands talents; et que vaincu enfin, après avoir triomphé dans trois grandes batailles et soutenu dans Ninive, sa capitale, un siège «le deux années, il sut par une mort volontaire échapper à lu honte de subir le joug de ses sujets révoltés. Il n'y a rien de méprisable dans une telle conduite.

Quoi qu'il en soit, le nom de Sardanapale, flétri par l'histoire, est devenu synonyme de tout ce que la mollesse et la débauche ont de plus infâme. Mais c'est principalement à son bûcher et aux circonstances de sa mort que les écrivains font allusion.

• Frascati s'était illuminé comme pour ses bals ; il voulait mourir joyeusement aux clartés de toutes ses girandoles de fête. Comme le sage Sardanapale, il avait entassé sur son bûcher funèbre ses femmes, ses joyaux, ses écrias, afin de périr avec ses richesses et de s'ensevelir dans des cendres d'or. »

Mgry.

■ Le capital ne ressaisira jamais sa prépondérance : son secret est dévoilé. Qu'il célèbre sa dernière orgie : demain il faut qu'il se brûle, sur ses trésors, comme Sardanapale, i

P.-J. Proudhon.

■ Si chaque civilisation effectivement, en disparaissant de la scène, a emporté avec elle dans son tombeau toutes ses découvertes, comme ce roi d'Orient emporta un jour dans les flammes de sou bûcher les trésors de son palais, vous avea raison, le progrès devant l'histoire a perdu son procès; mais loin de là, chaque civilisation, au moment de son abdication, a reversé religieusement son contingent d'idées dans la civilisation suivante, qui a amplifié de son travail le patrimoine reçu. »

Eugène Pelletan.

Sardanapale, tragédie anglaise de lord Byron (Londres, 1821). Dans cette œuvre dramatique, l'illustre poëte anglais a essayé de réhabiliter la mémoire de ce quarantième et dernier roi d'Assyrie, si malmené par Hérodote, Strabon et Diodore de Sicile. C'était une entreprise difficile, à tort ou à raison , car nous sommes bien loin pour en juger; mais Sardanapale n'en est pas moins une des plus heureuses créations de Byron. Disons quelques mots de la cont xture même du poème.

Deux officiers de Sardanapale, Béiésis et. Arbacès, irrités de sa mollesse, conspirent contre lui et rassemblent une nombreuse armée pour le détrôner. Le roi d'Assyrie, sortant alors de sa lâche indolence, se met à la tète de ses troupes et défait trois fois les rebelles. Mais entin il est vaincu à son tour et se réfugie dans la ville de Ninive, où il se défend pendant deux ans. Se voyant sur le point de succomber et redoutant de tomber vivant entre les mains de ses ennemis, il met le feu à son palais et périt avec ses eunuques, ses femmes et ses trésors ; puis les chefs du complot se partagent l'Assyrie. Telle est la donnée générale de la pièce. Les principaux personnages sont Sardanapale, Arbacès, officier mède du palais, qui aspire au trône; Béiésis, prophète chaldèen; Salamènes, beaufrère du roi d'Assyrie ; la reine Zarina, et enfin Myrrha, esclave ionienne, favorite de Sardanapale. La tragédie commence par un admirable monologue de Salamènes, qui déplore la vie voluptueuse de son royal beau-frère, en qui il s'efforce d'éveiller l'amour de la gloire et le sentiment des dangers dont sa personne et sa couronne sont menacées. Sardanapale cherche alors à s'excuser en s'applauuissant de n'avoir pas fait répandre, par des guerres continuelles, le sang de ses sujets. Un des passages les plus saisissants de la pièce, bien que le songe soit fort démodé, même dans le domaine tragique, est celui où Myrrha contemple Sardanapale endormi, s'agitant sur sa couche et laissant lire sur ses traits crispés les émotions violentes qui l'assiègent. Il s'éveille en sursaut et raconte en frémissant d'horreur la vision qu'il vient d'avoir. Une foule de fantômes sanglants et couronnés avaient pris place autour de la table du festin. Nimbrod, le premier des mortels qui ait asservi ses semblables, présidait cette assemblée sinistre; assise aux côtés de Sardanapale, une femme d'un aspect hideux le poursuivait de ses regards et le glaçait d'épouvante. « Il existe entre moi et ces spectres, s'écrie-t-il, une horrible sympathie. On eûtdit qu'ils avaient secoué un instant le joug de la mort pour venir jusqu'à moi et que la moitié de ma vie s'était évanouie auprès d'eux. Notre existence ne tenait plus a la terre ni au ciel. » Ce songe ou plutôt ce délire est mystérieux et plein d'effroi, et l'on ne peut qu'y admirer une grande énergie de pensées, d'images et d'impressions.

Une scène peut-être aussi remarquable est celle qui précède la grande catastrophe. Resté seul avec Myrrha, Sardanapale lui demande si elle aura le courage de braver la mort avec lui ; Myrrha lui répond en apportant la torche allumée qui doit consumer le palais. Le bûcher s'enflamme ; Sardanapale s'y élance et la belle Ionienne après lui.

Comme nous l'avons dit en commençant,

SARD

Byron a voulu réhabiliter Sardanapale. Au lieu d'un monarque livré aux plus lâches voluptés, du pourceau dont parle Aristote, il en fait un philosophe épicurien, voluptueux par nature, mais héros au besoin. Pourvu que le vin coule à flots dans ses coupes d'or, que les belles femmes de Grèce ou d'Assyrie ne désertent pas son palais ; pourvu que la terre produise des fleurs odorantes pour orner de guirlandes le front de ses convives , il n'en demande pas davantage à la vie. Il jouit de son sort de souverain tout-puissant et insouciant, attendant, pour s'effrayer, que le Tigre déborde et assiège son palais, d'après un oracle assyrien. C'est ie meilleur des rois : manger, boire, aimer, telle est la devise qu'il a fait inscrire sur lés murs de sa capitale.

Quant a Myrrha, la charmante Ionienne, c'est une des plus suaves créations de Byron. Elle aime ie roi d'Assyrie, bien qu'elle soit son esclave ; c'est elle qui arrache Sardana-

tiale au plaisir pour le lancer au milieu de la lataille et qui se fait un honneur de l'avoir amené à passer sans effort du festin au combat. Ii se transforme pour elle en héros, qu'elle ne craint pas de suivre dans la mêlée, en combattant pour sauver ses jours.

A côté de Myrrha, l'héroïque favorite, apparaît Zarina, l'épouse légitime, le type le plus parfait du dévouement et de l'amour conjugal dédaigné. C'est aussi une des belles créations du grand poBte.

Byron écrivit son Sardanapale à Ravenne en 1821, sous l'influence de ses chagrins domestiques et de la passion qu'il éprouvait pour la comtesse Guiccioli. Bien qu'il ne destinât pas sa tragédie a la représentation, il l'asservit néanmoins à la règle des unités. La poésie en est éclatante et révèle l'inspiration d'un bout à l'autre ; on y retrouve cette énergie et cette élégance que Byron e su allier si heureusement dans ses compositions, i C'est le chef-d'eeuvre dramatique de lord Byron, dit M. A. Pichot, et, s'il faut le dire, la pièce la plus originale qui ait paru en Angleterre depuis Shakspeare. Le seul' personnage de Sardanapale est une admirable création en poésie, car ii appartient à i'imaginaiion du poëte plutôt qu'a l'histoire. C'est enfin un caractère neuf qui console de tant de lieux communs personnifiés. Sardanapale n'est cependant, sous plus d'un rapport, qu'un don Juan couronné ; mais ce voluptueux efféminé, cet épicurien sur le trône, cet esclave des sens et du plaisir qui néglige sa femme pour une favorite, ce roi qui méprise la guerre, la gloire, la religion, comment est-il si intéressant? et par quel art le poète a-t-il su te revêtir d'une grandeur imposante et presque surnaturelle ? On aime à l'entendre expliquer sa paresseuse insouciance , puis rire d'un danger comme d'un plaisir nouveau, loin d'en éprou ver de l'inquiétude ou de la terreur, et s'armant aussi gaiement du bouclier que du miroir. .On reconnaît qu'il a su se placer au-dessus des événements par un vrai courage philosophique. Il quitte la vie comme on quitte une fête, emportant de la vie seulement les images les plus riantes. »

Byron avait dédié sa tragédie à Goethe.

Sardanapale, opéra en trois actes et cinq tableaux, paroles de M. Henry Becque, musique de M. Victorin Joncières ; représenté au Théâtre-Lyrique le 8 février 1867. Le livret a été tiré de la tragédie de lord Byron ; mais l'auteur s'est plus rapproché de la tradition que le poète anglais, qui fait mourir Sardanapale avec une seule de ses femmes, Myrrha. Les premières scènes sont réellement belles. L'idée en est due au librettiste. Lorsque le rideau se lève, on voit conduire au supplice une jeune esclave, pauvre et intéressante victime que le grand prêtre, le cruel Béiésis, va immoler sur l'autel de Baal, Sardanapale arrive au même instant; il voit cette victime humaine, il est touché de sa grâce, de sa beauté. Il demande qu'on lui laisse la vie. Le fanatique Béiésis a beau revendiquer ses droits, Sardanapale enlève de ses mains la jeune Ionienne et l'emmène dans son palais. Le reste du poème ne se soutient pas a cette hauteur. En ce qui concerne la partition, le premier acte est le meilleur. Les récitatifs, écrits dans le style du grand opéra, sont d'une belle déclamation, L entrée du cortège de Sardanapale, qui vient à propos interrompre les préparatifs d'un sacrifice humain, est originale et d'un heureux effet. Les couplets du roi d'Assyrie se terminant en duo avec Myrrha sont gracieux. Ils rappellent toutefois la phrase : Fleur de beauté, /leur d'innocence, dans la Heine de Chypre. Le second acte est d'un ennui mortel. Au troisième, on remarque l'air du grand prêtre, dont la phrase principale est sombre et bien en situation. C'est ie morceau le mieux orchestré de la partition. Ailleurs, on remarque des imitations de l'instrumentation wagnérienne, qui forment un contraste avec le ton général assez classique de l'œuvre, La couleur n'est pas en harmonie avec le dessin. Mlle Nilsson a été ravissante de grâce et de talent dans le rôle unique de femme ; Cazaux, excellent dans celui du grand prêtre ; Montjauze, comme toujours du reste, laissait beaucoup ë. désirer dans le personnage de Sardanapale. Lutz, Laurent, Legrand ont créé les autres rôles. La teinte uuiforme du livret a empêché le compositeur de se livrer a mie certaine vivacité d inspiration dont nous avons cru saisir la trace ça et là dans sa partition.

SARD

Sardaupaie (la mort db), tableau d'Eugène Delacroix. Le fastueux monarque est assis sur le bûcher, comme sur un trône, au milieu de ses femmes éplorées, de ses esclaves, de ses coursiers et de ses trésors ; il va périr avec tout ce qu'il a aimé ou pour mieux dire avec toutes les choses vivantes et matérielles qui lui ont servi à assouvir ses goûts de volupté; il y a je ne sais quoi de grandiose dans cette immolation à laquelle la despote demande une satisfaction et comme une jouissance suprême. Delacroix a rendu avec une fougue et une puissance magistrales le désordre de cette scène, la désolation des femmes contrastant avec l'impassibilité de Sardanapale, les chevaux qui se cabrent, les esclaves aux chairs bronzées, les riches étoffes, les vases d'or étincelants.

Ce tableau, de grandes dimensions, fut exposé pour la première fois au Salon de 1827, au moment le plus chaud de la lutte engagée entre les romantiques et les classiques. Ceuxci, comme on pense bien, criblèrent de leurs sarcasmes la Mort de Sardanapale, dont le moindre tort à leurs yeux était d'être composée en dehors de toutes les règles académiques. Les amis mêmes de Delacroix ne défendirent qu'assez mollement cette œuvre tumultueuse. Un des critiques les plus favorables au novateur, Jal, s'est exprimé ainsi :iM. Delacroix ne sa trompe point par système ; c'est do tout son cœur qu'il a fait son Sardanapale ; il y est allé de passion, de sentiment, et tnaiheureusement, dans le délire de sa création, il a été emporté au delà do toutes les bornes. Son talent si original est absent de cette page tracée sous l'inspiration d'une grande pensée poétique. Il a voulu composer le désordre, et il a oublié que le désordre lui-même a une logique; il a voulu nous effrayer au spectacle des voluptés barbares dont les yeux de Sardanapale se ressasient avant de se fermer pour toujours; mais le chaos au milieu duquel est emprisonnée son idée, la raison ne le peut débrouiller. La destruction de tant d'êtres vivants sur le bûcher du tyran le plus dégradé était une belle horreur; M. Delacroix le sentait; sa main l'a trahi et la trahison est complète. Il faut le dire (et vous pensez qu'il m'en coûte), non-seulement la somme des défauts l'emporte dans cet ouvrage sur celle des beautés, mais les beautés ne sont pas. Composition, style, dessin, coloris, je ne veux rien défendre ; je pourrai demander grâce pour la pose de Sardanapale, pour le bras droit de la jeune femme expirante sur le lit du maître, pour une tête de cheval d'un ton fin et brillant, pour des accessoires largement traités; mais non, proscrivez tout; quelques beaux vers ont-ils fait pardonner au Chant du sacre de Lamartine 7 Mais le Chant du sacre a-t-il empêché Lamartine d'être un homme de génie ? M. Delacroix s'est trompé tout à fait pour avoir trop osé peut-être... » Les amateurs de ce temps-ci n'ont pas pensé que Delacroix se fût si fort trompé dans cette grande œuvre; à la vente de la collection Wilson en 1873, le Sardanapale a été acquis pour la somme énorme de 96,000 francs par un marchand de tableaux, M. Durand-Ruelle, qui espère bien le revendre plus cher encore.

SARDANAPALE V, rot d'Assyrie, mort en 625. Petit-fils de Sennachérib , il monta sur la trône en 647 et vit bientôt son empire menacé de toutes parts. Il avait perdu la Syrie, que lui enleva le roi d'Egypte Psainmélique (639), lorsque Phraortes, roi des Mèdes, s'empara de plusieurs de ses provinces et marcha sur Ninive (633). Sardanapale envoya contre lut une armée et le vainquit dans une bataille, où Phraortes trouva la mort. Quelque temps après, le fils de ce dernier, Cyaxares, battit les Assyriens et assiégea Ninive, qu'il dut abandonner pour repousser une invasion des Scythes dans ses propres Etats. Vers la tin de son règne, Sardanapale ne put empêcher plusieurs parties de son empire de se séparer et de devenir indépendantes; tels furent les pays de Dumas, de Samarie, de Hamath et la Babylonie, ou Nabopolassar se fit proclamer souverain. Ce prince avait réuni à Ninive une riche bibliothèque, dont on a trouvé des traces dans les ruines de la célèbre cité.

SAHDANAPALESQUE adj. (sar-da-na-palè-ske — rad. Sardunapale). Qui convient à Sardanapale, à, un Sardanapale : Vie sarda.naPiVLESÀuk. Il On a dit aussi saiîdanapau- QUE.

SABDANAPALISME s. m. (sar-da-na-pali-snie — rad. Sardanapale). Vie de Sardanapale, vie efféminée.

SARDE adj. (sar-de — lat. sardus ; du gr. Sardâ, Sardaigne). Géogr. Qui appartient à la Sardaigne ou à ses habitants : La population sarde, u Qui appartient au royaume de Sardaigne : Les Etats sardus.

— Substantiv. Habitant de la Sardaigne : L'histoire des Sardes.

— s. m. Mu leine franche.

— Ichthyol. Nom vulgaire des mésoprions, ^geurô de poissons. Il Nom vulgaire des sardines, dans le midi de la Frauce.

— Agric. Variété d'orge.

— Miner. Nom donné par les anciens à une espèce d'agate de couleur rougeàtre.

SARDES (Etats). V. Sardaigne.

SARDES, ville de l'ancienne Asie Mineure,

SARD

capitale du royaume de Lydie, située dans une plaine fertile, au pied du Traolus, sur le Pactole, célèbre dans l'antiquité par ses richesses, son commerce et son luxe. Une tradition que semblait justifier la fertilité du territoire de cette ville, principalement en vignobles, assurait que Bacchus y avait été élevé et y avait inventé l'art de faire le vin. On attribuait également à l'industrie des habitants de Sardes l'art de préparer la laine et les autres tissus. Il est impossible de fixer la date de fondation de cette ville ; le roi Crésus en fit sa résidence et elle conserva rang de capitale après la destruction de l'empire lydien par Cyrus (l'an 545 av. J.-C), lequel y établit un gouvernement de satrapes. Plus tard, lorsque les Ioniens, ayant à leur tête Aristagoras, se révoltèrent contre Darius, ce dernier prit Sardes d'assaut et la livra aux flammes. Mais la ville se releva de ses ruines et reconquit même un degré de prospérité qu'elle conserva sous les successeurs d'Alexandre jusqu'à l'an 295 avant J.-C, époque où elle fut prise et incendiée une seconde fois par Antiochus, roi de Syrie. Après la réduction de ce dernier royaume en province romaine par Pompée (69), Sardes fit partie do l'empire grec. Prise par les Turcs et détruite efifin par Tumerlan, la ville n'était plus du reste à cette époque que l'ombra d'elle-même. Elle avait joui d un certain éclat lors de la fondation du christianisme, par suite de l'établissement par saint Paul dans ses murs d'un des premiers diocèses chrétiens. Aujourd'hui, il ne reste de tous ces souvenirs qu'un monceau de ruines, parmi lesquelles on trouve pendant l'automne quelques bergers nomades. On n'y voit plus qu'une seule habitation : c'est un moulin et ses dépendances, habité et dirigé par un chrétien et mû par l'eau du Pactole. Les ruines de Sardes comprennent : les débris de ses anciennes murailles ; le théâtre, adossé à la montagne et dont il ne reste plus guère que le pourtour extérieur et le mur de soutènement des gradins; le stade; le gymnase (que quelques archéologues croient avoir été le palais de Crésus, ou du moins utta de ses dépendances) ; les restes de deux églises, dédiées l'une à saint Jean, l'autre à la Panagia; enfin les ruines d'un ancien temple de Cybèle, composées de quelques colonnes privées de leurs fûts. 11 faut, en terminant, mentionner la nécropole de Sardes, située au lieu dit Bin-Tepé (les mille tertres), à une très-faible distance de la ville, et composée de soixante tuinulus de forme conique, indice d'une haute antiquité. • Leur hauteur, dit un écrivain contemporain, varie de 15 à ïo mètres. Celui qui est désigné sous le nom de tombeau d'Alyattes en a 80. Hérodote et Strabon ont donné une description fidèle de ces lieux, qui n'ont pas changé depuis trois mille ans. Le volume du tombeau d Alyattes a été évalué à 2,630,800 mètres cubes, et le prix qu'il a dû coûter à 10,603,000 francs. Il tut bâti aux frais des marchands, des artisans et des courtisanes. Cinq termes placés en haut portaient des inscriptions marquant la part qu'avait payée chacune de ces trois classes. On ne voit plus aujourd'hui sur le hautdu monument qu une fondation de 6 mètres carrés qui porte une pierre énorme en forme de phallus, de 3 mètres de diamètre, mais sans inscription. Les tumulus en maçonnerie sont recouverts de gazon, i

SARD1 (Thomas di Matteo1, moine dominicain et poète italien, mort dans le couvent de Sainte-AJarie-la-Nouvelle en 1517. Il a laissé un poëme imité de la Divine comédie du Dante et intitulé : Anima peregrina, imprimé à Florence eu 1780.

SARDl (Louis), jurisconsulte italion, né ù Ferrare, mnrt à Bologne en W45, où il était professeur de droit à l'université. Il a écrit un traité : Denaturalibus liberis, de legitimatiane et successione eorum , imprimé à Lyon en 1544, et plusieurs autres ouvrages de droit,

SARDl (Pierre), ingénieur italien du xvite siècle. Il a publié plusieurs ouvrages sut l'art militaire.

SAUDI (Joseph)j architecte de Venise, né h Morco, près de Corne, mort en 1699. Il a exécuté, entre autres travaux, les façades des Carmes déchaussés, sur le grand canal ; de Sainto-Marie-de-Zobeaigo, de l'hôpital des Mendiants, etc.

SARDI (Gasparo), historien et érudit italien, né à Ferrare en 1480, mort dans la même ville en 1564. On ne possède aucun renseignement sur l'existence de ce savant modeste qui se tint obstinément à l'écart et qu'on connaît seulement par ses deux ouvrages : Epistolarum liber (Florence, 1549, in-S»); Libro délie storie Ferraresi ( Ferrare , 155G , iii-40). Le premier traite de divers sujets d'érudition ; le second est une histoire de Ferrare jusqu'en 1497, ouvrage rempli de faits intéressants, mais écrit d'un style lourd et qui manque absolument d'esprit critique, l'auteur étant d'une extrême crédulité. Cette histoire a été continuée, d'abord par Fausiini, puis par Baruffaldi jusqu'en 1700 (Ferrare, 1700, in-4<>).

SARDl (Alessandro), érudit italien, fils du précédent, né à Ferrare vers 1520, mort dans la même ville en 1588. Comme son père, il vécut constamment dans une studieuse retraite. Alphonse II le nomma, en 1570, conservateur adjoint des archives du duché. Trèsinstruit, mais manquant d'esprit critique, Sardi

SARD

a publié, entre autres ouvrages : De ritibus ac mcribus genlium libri. lit (Venise, 1557, in-s°) ; De rerum inventoriais (Mayence,in-4o); De mimmis tractatus (Mayence, 1579, in-40) ; De Christi kumanitate (Bologne, 1586, in-8°); Antiquorum numinum et heroum origines (Roiih , 1775, in -4«), le plus estimé de ses ouviage:,. Sardi a laissé, en outre, plusieurs ouvrage» historiques restés inédits.

sardien, IENNE s. et adj. (sar-di-ain, i-è-ne). Géogr. anc. Habitant de Sardes ; qui appartient à cette ville ou à ses habitants : Les Sardiens. La population sardiennïï.

— s. f. Miner. Un des noms anciens de la sardoine.

SARSIN s. m. (sar-dain). Mar. Balcon découvei t placé à l'arrière d'un navire. Il Vieux mot.

SARDINAL s. m. (sar-di-nal — rad. sardine). Pêche. Nom donné en Provence à un filet er nappe simple, employé à la pêche des sardines et d'autres poissons de la même taille, il On écrit aussi sakdinkau.

SARDINE s. f. (sar-di-ne — du latin sarda, sardina, en grec sardine, proprement le poisson de Sardaigne). Ichthyol. Espèce de poisson du genre clupe : Les sardines sont des poisson.! de passage. (V. de Bomare.) On sale et on fume les sardines que l'on trouve les plus grasses et les plus succulentes. (A. Guichenot.) il Grande sardine, Nom vulgaire du clupanodon.

— • Eccycl. Ichthyol. La sardine est une des plus petites espèces du genre clupe ; sa longueur ordinaire varie de 0^,10 à om,15; elle a la tét'î grosse ; la mâchoire inférieure proèminento et recourbée ; le bout du museau pointu; le corps allongé, aplati, couvert d'écailles minces et transparentes, bleu verdâtre sur e dos, argentées sous le ventre; les nageoires courtes, grisâtres; la dorsale avancée, la aaudale fourchue et présentant deux écailles plus longues de chaque côté. Cette espèce, i|ui se rapproche beaucoup du hareng, dont ello se dislingue par sa taille plus petite, présente quelques variétés qui paraissent dues surtout à la nature des fonds et des eaux qu'elle habite. Il est à peine besoin d'ajouter qu'elle présente, avec l'âge, certaines différences de taille et de coloration, que les pêehjurs de profession connaissent bien et qui ccnstituent pour eux des sortes différentes.

La sardine se trouve abondamment sur nos côtes ; sa prodigieuse fécondité fait que l'espèce est J,rès-nombreuse, malgré les causes diverses de destruction auxquelles elle est exposée. Elle se tient habituellement dans la profondeur des eaux ; à l'automne, époque du frai, elle se rapproche de la surface et se réunit en troupes considérables vers les côtes et à l'embouchure des fleuves, ce qui rend alors la pêche très-abondante et très-lucrative. Leur présence est indiquée par une couche de sibstance huileuse que leur corps sécrète abondamment et qui s'étend à la surface de l'eau au-dessus des bancs de sardines; on la distingue très-bien par un temps calme, et même par les nuits sombres, car elle est phosphorescente; le poisson se dirige en suivant cette trace lumineuse, et on peut même l'attirer dans les filets au moyen de lumières que l'on dispose sur la côte ou sur le bord des embarcations.

D'après quelques auteurs, la sardine est un poisson de passage, qui nage en grandes troupes, ce côté et d'autre, mais en suivant, comme les harengs, une ligne déterminée; elle ne se moi trerait que peu de temps à la fois sur les divers points de son itinéraire si on ne savait la retenir et la fixer, en quelque sorte, à l'aide d'un appât ou d'une amorce qu'on répand dans la mer. En Bretagne, on emploie souvent pour cela l'espèce de caviar qu'on prépare dans le Nord. On se sert aussi d'une préparation faite avec des œufs de morue et d'autres poissons et connue sous les noms de résure, rave, rogue, etc. Depuis longtemps, on a fait remarquer l'avantage qu'il y aurait à utiliser pour cet usage les œufs de n orue que les pêcheurs de Terre- Neuve jettent à la mer lorsqu'ils vident ce poisson.

1 Au lieu de se servir de cette préparation â'œufs de uorue, dit V. de Bomare, plusieurs pêcheurs font usage d'une autre amorce qu'on nomme guvldre, guitdille ou guildre, qui est une sorte de pâte faite avec des crevettes, des caucrts et, ce qui est plus pernicieux a tous égard >, avec le menu fretin des soles, des merlans et des autres poissons de toute espèce, lois même qu'ils ne sont que de la grosseur d'une lentille. Il est d'autant plus important d'interdire cet appât, qu'il corrompt la sardine on moins de trois heures, et plus encore parce qu'il détruit les espèces de poissons du frù desquels il est composé et l'espérance d'Lne pêche abondante en ce genre d'animaux. »

La pêche des sardines occupe dans divers pays, notamment en Bretagne, un grand nombre de bras. On emploie pour cela des chasse-marée ou petits bâtiments dont le port est d'une dizaine de tonneaux; le nombre des homme;, de l'équipage varie de six à dix ; mais deux c 'entre eux seulement, le patron et le second, sont des marins de profession ; les autres sont ordinairement des cultivateurs qui utilisent à la pêche le temps que leur laisse e chômage momentané des tra-

juv.

SARD

vaux agricoles. On se sert de filets analogues a ceux qu'on emploie pour la pêche du hareng, mais à mailles plus petites ; ils ont jusqu'à 1,000 mètres et plus de longueur, et on les noircit à la fumée, afin que leur couleur n'effraye pas le poisson. Ils sont soutenus à la partie supérieure par des morceaux de liège ou des tonneaux vides et fixés à la partie inférieure par des pierres, des plombs ou bien encore par de gros cables qui permettent d'imprimer au filet un léger balancement, de manière à rendre la capture plus abondante.

Quand le bateau est au large, on jette le filet à l'endroit où la couche huileuse dont nous avons parlé indique la présence d'un banc de jardines. On le déroule et on l'étend en faisant force de rames et en même temps on jette l'appât pour attirer les poissons. Quand on voit les lièges ou les tonneaux fortement agités et la surface de l'eau couverte de nombreuses écailles argentées, on juge que le filet est suffisamment garni : alors on détache l'extrémité de ce filet, qu on fixe à une bouée, puis, par une manœuvre analogue, on y rattache l'autre extrémité. On recommence alors et on jette ainsi jusqu'à une demi-douzaine de filets; puis, quand on les juge bien remplis, on les relève et on les ramène dans le même ordre. Les sardines qui ont échappéàcette capture continuent àgrossir, prennent alors le nom de célan, et plus tard on en prend beaucoup avec les harengs.

La sardine, mangée fraîche, est un excellent mets, qui trouve sa place sur toutes les tables, les plus riches comme les plus pauvres ; mais elle se conserve très-peu de temps, à moins qu'on ne l'ait salée. Alors elle perd beaucoup de sa finesse, mais n'en est pas moins encore très-bonne et peut être expédiée dans tous les pays. • Pour cela , dit A. Guichenot, ou commence par leur enlever les ouïes et les intestins, on les lave et on les met dans de la saumure pendant quelque temps; on les en retire ensuite pour les mettre avec du sel dans une tonne. Quelque temps après, on les arrange symétriquement dans des barils avec de la saumure, pour les livrer au commerce et les envoyer de tous côtés. »

On peut aussi confire les sardines dans l'huile, ou bie nencore les préparer comme les anchois ; dans ce cas, on leur donne quelquefois le nom de sardines anchoisées. Les plus grasses et les plus succulentes sont réservées pour être fumées; pour cela, on les sale plus ou moins et on les expose pendant un temps variable au-dessus d'un feu qui donne peu de flamme et beaucoup de fumée. Les sardines mises en baril ou paquées, si on veut qu'elles se conservent longtemps, sont soumises à une assez forte pression ; il s'en écoule alors une huile abondante, qu'on emploie pour l'éclairage ou qui est utilisée par les corroyeurs. Quelquefois même on se contente de pêcher les sardines pour en retirer de l'huile à brûler, et les résidus de cette opération fournissent un très-bon engrais. La sardine, comme le hareng, est un excellent appât pour prendre le gros poisson, et on utilise de cette manière celles qui sont gâtées. En un mot, cette pêche est une précieuse ressource pour les riverains.

— Art culin. Sardines confites. On donne le nom de sardines confites à des sardines que l'on a eu soin de faire frire très-légèrement dans l'huile, après quoi on les range soigneusement dans des boîtes de fer-blanc qu'on achève d'emplir avec de bonne huile ; on soude le couvercle des boîtes, qui sont ensuite soumises à l'action d'un bain-marie en ébullition. Ainsi préparées, les sardines conservent presque toute leur saveur et peuvent se transporter au loin.

Depuis le commencement de notre siècle, le commerce de ces sortes de sardines a pris un développement immense, tant en France qu'à l'étranger. Des industriels ont réalisé avec ce produit des fortunes considérables, et plusieurs des maisons qui préparent les sardines confites ou à l'huile sont devenues des maisons du premier ordre.

A Nantes et dans les environs de cette ville se «confectionnent généralement les meilleures sardines confites; mais La Rochelle et plusieurs autres villes maritimes cherchent depuis longtemps à rivaliser avec la cité bretonne.

« Si la sardine fraîche, dit Grimod de La Reynière, est un mets digne des palais les plus difficiles et les plus délicats, la sardÎ7io salée est abandonnée aux estomacs les plus vulgaires. C'est la nourriture du bas peuple, et on la range partout, avec les harengs et les maquereaux salés, dans la classe des salines du dernier ordre.

1 Mais il n'est pas donné à tout le monde de cueillir ce poisson dans sa fleur, sa virginité passe comme l'ombre... Il a donc fallu uu moyen île conserver aux sardines une partie de leur délicatesse et de leur saveur, sans l'intermédiaire du sel qui les dénature et qui, d'un aliment extrêmement sain, en fait un qui est acre et difficile à digérer.

» On y est parvenu en. les confisant; car on donne, en Bretagne, le nom de conliture aux diverses préparations imaginées pour maintenir les sardines dans toute leur fraîcheur pendant un laps de temps considérable.

> Ces confitures sont de trois espèces : au

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beurre, au vinaigre, à l'huile. Les sardines ainsi préparées, renfermées dans des boîtes de fer-blanc soudées, peuvent voyager sans risques et arriver sur la table des gourmands presque aussi bonnes que lorsqu'elles sortent de la mer. Les sardines confites dans le beurre doivent être consommées promptement. Elles sont très-bonnes, sans doute ; mais comme le beurre est, en général, un peu rance, il est essentiel d'en bien dépouiller la sardine avant de la servir. Un autre inconvénient, c'est qu'il faut, chaque fois qu'on veut en tirer de la boîte, la mettre sur le feu pour faire fondre le beurre; autrement, on ne peut arracher le poisson que par fragments. Cette opération, souvent renouvelée, nuit toujours un peu à la qualité des sardines. Celles au vinaigre n'ont pas cet inconvénient et peuvent se garder une année sans altération. Lorsqu'on a dessoudé la boîte, on les en tire sans aucune peine; on les lave et on les mange soit à sec, soit avec de bonne huile ; mais elles conservent toujours le goût du vinaigre dont elles sont imprégnées ; cette acidité n'a rien de désagréable, sans doute, mais elle masque un peu le goût du poisson.

» Enfin, les sardines à l'huile forment la troisième espèce de confiture imaginée jusqu'ici, et c'est très-certainement la meilleure, quoiqu'on ne se pique pas plus en Bretagne pour les sardines, qu'en Provence pour le thon, d'employer à cet usage d'excellente huile. Lorsqu'on a ouvert la boîte, on prend les sardines que l'on veut consommer; on leur fait bien égoutter l'huile de la confiture, et après les avoir ratissées , on les arrose avec de l'huile d'Aix de première qualité. Serviesainsi, les sardines forment un hors-d'œuvre trèsdistingué, soit au déjeuner, soit au dîner. Il n'est pas inutile d'ajouter que les sardines confites, soit au beurre, soit au vinaigre, soit à l'huile, n'ont jamais incommodé personne. On n'en pourrait pas dire autant des anchois.

» Enfin, nous dirons que le grand Henri, roi non moins gourmand qu'aimable, et qui prisait également les jolies femmes et les bons morceaux, avait pour les sardines une affection toute particulière. Depuis son abjuration, il en faisait son déjeuner ordinaire tous les jours d'abstinence; c'est un fait historique. »

Les véritables amphitryons savent parfaitement que l'on ne doit jamais ouvrir les boîtes de sardines en les brisant ou les déchirant; ils emploient un fer à souder bien rouge, séparent le couvercle de la boîte et le replacent aussitôt après avoir extrait le nombre de sardines dont ils ont besoin. De cette façon, l'air n'entre dans la boîte qu'en petite quantité, tandis que par les autres moyens il s'introduit par toutes les fentes. Cependant, on ouvre le plus communément les boites de sardines à l'aide d'un couteau et d'un marteau , ou mieux avec un petit outil construit ad hoc,

SARDINEAU s. m. (sar-di-no). Pêche. V.

SARDINAL.

SARDINERIE s. f. {sar-di-ne-rî — rad. sardine). Endroit où l'on prépare les sardines que l'on veut conserver.

SARD1NIA, nom latin de la Sardaigne.

SARDINIER s. m. (sar-di-nié — rad. sardine). Pèche. Filet employé à la pêche de la sardine. Il On dit aussi sardinière s. f.

SARDIQUE, en latin Sardica ou Ulpia Sardica, ancienne ville de la basse Mésie ou Dacie Inférieure, près du mont Hémus. Elle acquit sous l'empire une assez grande importance, fut agrandie par Trnjan et devint la capitale du diocèse d'Illyrie orientale. L'empereur Galérius y naquit, et on nomma édit sardique l'édit par lequel ce prince ordonna de cesser de persécuter les chrétiens. Cette ville, qui porte aujourd'hui le nom de Sophia, fait partie de la Turquie.

Un concile célèbre fut réuni à Sardique en 347. Il comprenait plus de 200 évéques, parmi lesquels se trouvaient saint Athanase, Osius de Cordoue, Maximin de Trêves, Protais de Milan, Gratus de Carthage , ''Protogène de Sardique, etc. Le concile réduisit les matières qu'il devait traiter à troits points. Le premier regardait la foi, le second les prélats accusés par les eusébiens et le troisième les crimes et les violences dont les eusébiens eux-mêmes étaient accusés. Pour le premier, le concile déclara qu'il ne fallait plus agiter ces questions, mais se contenter du symbole de Nicée, pour ne donner aucun prétexte à de nouvelles formules. Après un mûr examen, le concile déclara saint Athanase et les autres évêques catholiques innocents. On examina ensuite les plaintes formées de toutes parts contre les eusébiens. La plus importante était qu'ils communiquaient avec les ariens condamnés au concile de Nicée. On fit voir, entre autres, que Théognis avait supposé de fausses lettres pour animer les empereurs contre saint Athanase. Le concile ne crut pas devoir laisser sans punition des évêques qui calomniaient leurs frères, qui bannissaient et qui emprisonnaient, qui tuaient et qui brûlaient. Il cassa les ordinations de Grégoire et de Basile, ordonna qu'on ne- les regarderait ni comme évêques ni comme chrétiens. Il déclara innocents ceux qu'ils avaient déposés et usurpateurs ceux à qui ils avaient donné leurs églises. En outre, il déposa les principaux chefs des eusébiens, savoir : Acace de Oésa-

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rée, Georges de Laodicée, Ursace de Singidon, Théodore d'Héraclée, etc. Le concile écrivit aux empereurs pour les supplier de mettre en liberté ceux qui gémissaient encore sous l'oppression ; à toutes les Eglises fut adressée une lettre circulaire, dans laquelle on appelle l'hérésie arienne l'hérésie d'Eusèbe et dans laquelle on déclare que ceux qui étaient morts parla persécution des eusébiens avaient acquis la gloire du martyre. Enfin on fit vingt canons de discipline sur des propositions faites par Osius.

Sardis s. m. (sar-di). Comm. Etoffe de laine non croisée, sorte de drap de basse qualité, dont l'usage était autrefois répandu dons plusieurs parties de la France, et qui, au dernier siècle, se fabriquait principalement à Cluny, à Bourg, à Montluel et à Pontde-Vaux.

SARDO s. m. (sar-do). Boisson composée d'eau, de miel, d'orge et d'une infusion de bois odoriférant, qui est en usage chez les Ethiopiens et les Abyssins.

SARDOAL, ville de Portugal, province d'Estramadure, a 10 kilom. N.-E. d'Abrantès; 3,400 hab. Ecole latine.

SARDOINE s. f. (sar-doi-ne — lat. sardonyx, gr. sardonux; de sardos, sarde, et de onux, onyx, proprement ongle). Minéral. Variété d'agate très-estimée des anciens : Les agates rouge brun foncé ou ronge orangé se nomment sardoines. (A. Maury.)

— Encycl, La sardoine est une pierre dure et fine, très-souvent employée par l'art du lapidaire. On l'appelle aussi sarde, parce qu'on la considérait anciennement comme originaire soit de Sardaigne, soit des environs de Sardes, en Lydie. G est un quartz d'une couleur fauve qui joue entre le jaune et le rouge. Elle est d'une pâte plus fine que la cornaline, avec laquelle elle a quelque analogie. Les sardoiues dites orientales, et qui sont les plus estimées, joignent à la dureté une belle couleur bien égule. La sardoine vient d'Asie ; on en trouve néanmoins, mais d'un mauvais grain et cassantes, en Bohème et en Silésie. On a surtout gravé sur la sardoine sablée, variété parsemée de petits points plus foncés. Les Etrusques estimaient beaucoup la sardoine barrée, sur laquelle, entre deux portions translucides de couleur foncée, se trouve une couche de substance blanche opaque. On conserve à Livourne une pierre gravée sur cette espèce de snrdoiiie, représen tan tTidée blessé, où l'on a utilisé pour le dessin les différences de coloration. Il existe dans les collections un grand nombre de belles coupes en sardoine et de plaques gravées antiques et modernes. Valerio Vicentini, fameux artiste du xvie siècle, a gravé des sardoines. Une collection particulière de Londres possède une sardoine célèbre où Triphon a représenté les noces de Cupidou et Psyché. V. agate et

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