V. Huoo
— Prov. Autres temps, autres mœurs, Les mœurs changent d'une époque à l'autre, n Le temps dévore tout , Tout prend fin, tout périt par la durée, il Le temps est un grand maître, L'expérience instruit beaucoup. Il Le temps perdu ne revient point, ne se rattrape pas, On no peut suppléer d'aucune façon à ce qu'on a omis de faire quand il le fallait. H II n'y a point de temps perdu, les uns ont le bon les autres le mauvais, Les fortunes sont diverses, ceux-ci sont heureux, ceux-là malheureux. Il Le temps, c'est de l'argent, Traduction d'un adage anglais. V. timk is MONIsy. il II y a un temps pour s'en aller et prendre congé, U ne faut pas importuner par de trop longues visites. Il II viendra un temps où tes chiens auront besoin de leur queue, Les personnes ou les choses qui paraissent maintenant inutiles de-' viendront plus tard nécessaires, il Qui a temps ne doit rien, Un. créancier n'a aucun droit pour exiger le payement de la dette avant l'échéance, u Qui a temps a vie, Avec un délai suffisant, on vient toujours à bout de se tirer d'affaire. Il II y a temps pour tout , Chaque chose doit être faite k son heure : II faut être à ce qu'on fait; il y a temps podr tout. (Scribe.) Il Tout vient à temps pour qui sait attendre, Ceux qui savent attendre l'occasion parviennent toujours à leur but. il Tout vient à temps pour qui peut attendre, L'occasion favorable se présente toujours à ceux qui peuvent l'attendre. Il L'amour fait passer le temps, et le temps fait passer l'amour, Les heures s'écoulent rapidement quand on aime, mais l'amour finit par s'éteindre quand il a suffisamment duré :
Agitant ses rames légères,
Il dit et redit dans ses chants ;
Vous voyez bien, jeunes bergères,
Que l'amour fait passer le temps.
De SÉoua.
Pauvre enfant t quelle est ta faiblesse I
Tu dors, et je chante a mon tour
Ce vieux refrain de la sagesse :
Ah ! le temps (ait passer l'amour.
De SéguE.
Il Après bon temps, on se repent, Une vie de plaisirs amène d'amers regrets, il Changement de temps, entretien des sots] Ne sachant que dire, les sots parlent du temps qu'il fait. ~ Ecrit, sainte. Avant les temps, Avant la
création du monde. Il Dans la plénitude des temps, A l'époque où Dieu, suivant la Bible, est venu sur terre réaliser les prophéties. Il A la consommation des temps, A la fin du monde. U Le livre des temps , Nom donné aux Paralipomènes.
— Liturg. Propre du temps, Manière de célébrer l'office selon les fêtes et les divers jours fériés de l'année.
— Jurispr. Temps légaux, Durées ou, termes fixés par la loi.
— Gramm. Forme que prend le verbe pour indiquer l'époque de 1 action : Temps présent. Tiîmps passe. Temps futur. Les langues germaniques, fort riches sous le rapport du vocabulaire, sont, au contraire, assez pauvres quant aux temps des verbes. (A. Maury.) Il Temps primitifs, Ceux qui servent à la formation des autres, n Temps secondaires ou Temps dérivés, Temps formés des temps primitifs. Il Temps composés, Ceux qui sont formés du participe passé et de l'auxiliaire avoir ou être.
Il Temps seconds, Temps grecs qui ont la même valeur que d'autres temps d une forme différente.
— Mus. Chacune des divisions de la mesure : Mesure à deux temps, à trois temps, à quatre temps. Il Temps fort, Temps de la mesure sur lequel od renforce le son : La mesure commence toujours par un temps fort. (Acad.) il Temps faible, Temps de la mesure sur lequel on affaiblit le son : Le second temps de la mesure est toujours faible.
— Chorégr. Chacun des mouvements qui sont séparés par des pauses.
■ — Manège. Mouvement exécuté par le cheval, à quelque allure qu'il soit : Suivre exactement les temps du cheval. Il Aide du cavalier : Un temps de jambes. Il Temps de galop, Course au galop de peu de durée : On commençait à chevaucher en caravane ; bientôt un temps de galop séparait te jeune homme ej. la jeune femme de leurs compagnons, et le plus souvent ils finissaient par se trouver seuls. (J. Sandeau.) Il Temps d'arrêt, Action de la main qui ralentit le mouvement. Il Temps de langue, Appel de la langue.
— Véner. Voie de bon temps, Voie fraîche, voie d'un animal qui vient de passer : Si la voie est de bon temps, vous ne vous contentes pas de la rayer, vous y joignez une brisée pour une biche, deux brisées pour un cerf. (J. La Vallée.) Voie de vieux temps. Voie ancienne, voie d'un animal dont le passage a eu lieu depuis un ou plusieurs jours, il Revoir de bon temps, Trouver une voie fraîche. Il Revoir de vieux temps, Trouver une voie ancienne, u Aller de temps, En remontrer, la voie n'étant pas ancienne, il rirer sur le temps, Tirer la bête au moment favorable.
— Escrime. Mouvement marqué par une pause appréciable, et fait suivant les règles pour arriver à développer complètement le coup que l'on veut porter : Dégagement en deux temps, il Prendre sur le temps, Toucher l'adversaire au moment où il s'apprête à porter une botte. Il Coup de temps, Coup pris d'opposition sur un développement : Au premier mouvement qu'il fit, le Charolais partit d'un coup DE temps. (Brill.-Sav.).
— Art milit. Moment exact auquel un mouvement doit être exécuté : Chaque temps est séparéparune pâme. Charger en douze temps.
— Mar. Intervalle entre deux coups de canon, il Partie d'un signal de nuit. Il Coup de temps, Coup de vent, u Gros temps, Temps d'orage : Je descendis au port ;je m embarquai de nuit par un gros temps. (Chateaub.)
— Méd. Temps de nécessité, Moment où l'emploi de certains remèdes ou de certaines opérations est jugé nécessaire pour éviter une aggravation du mal. Il Temps d'élection, Moment que l'on choisit à son gré, avec la faculté d'en préférer un autre.
— Chir. Chacune des opérations particulières qui constituent une opération composée : Opération en deux TEMPS.
— Physiq. Durée d'un phénomène : La vitesse est le rapport du chemin parcouru au
TEMPS
— Astron. Temps vrai, Temps réglé parle jour solaire ou le retour apparent du soleil au même méridien. Il Temps moyen ou civil, Temps uniforme, réglé sur le jour solaire moyen, il Temps sidéral, Temps réglé sur le jour sidéral.
— Sylvie. Temps de coupe, Temps accordé, par une clause particulière, à l'adjudicataire d'une coupe eu exploitation, pour achever d'abattre tout le bois vendu et non réservé.
— Loc. adv. A temps, Assez tôt : Arriver k temps. Je ne veux partir que juste à. temps. En France , on ne sait rien faire k temps ; les concessions s'y font trop tard, les révolutions s'y font trop tôt. (E. de Gir.) u Pour un temps, pour une durée limitée: Travaux forcés À TEMPS.
— En tout temps, De tout temps, Toujours : De tout temps, la vertu s'est fait estimer. (Acad.) De tout temps, les émigrés se sont joués de l'indépendance de leur patrie. (Mu'c de Stagl.) Il y eut de tout temps une religion mitigée à l'usage des grands. (Lemontey.) L'ironie fut db tout temps le caractère du génie philosophique et libéral. (Proudh.) L'esprit d'imitation fut de tout temps naturel aux hommes, (Micli. Chev.)
TEMP
Hélas! on voit que de tout temps Les petits ont pàti des sottises des grands.
La Fontaine.
L'homme est dans ses écarts un étrange problême ; Qui de nous en tout temps est fidèle a soi-même?
ANDB.IEUX.
— De temps en temps, De temps à autre, En certaines occasions, par intervalle : Je sens db tkmps en temps des douleurs de tête. (Mol.) Le gouvernement de France a été constamment arbitraire, et, de temps en temps, despote. (M™e de Staël.) Il faut convenir qu'il est impossible de vivre dans le monde sans jouer DB temps en temps la comédie. (Chamfort.) Le grand festin intellectuel de la vie parisienne a ses victimes qui disparaissent de temps à autre. (Prévost-Paradol.)
Joad, de temps en temps, le montre aux factieux.
Racine.
— La plupart du temps, Les trois quarts du temps, Presque toujours, le plus souvent ; La plupart du temps, prédire, c'est se souvenir.
Ce que je sais, c'est qu'aux grosses paroles On envient sur un rien, plus des (rois quarts du temps.
La Fontaine.
■— En même temps, Au même temps, Tout d'un temps, A la fois, simultanément, dans le même instant, par la même occasion : En même temps, mettez cette lettre à la poste. Il arriva presque au même temps.
... 11 est avéré que, lorsqu'on dit qu'on aime, On dit, en même temps, qu'on aimera toujours. A. de Musset.
Emmeneiaiîee vous les souffleurs tout d'un temps.
La Fontaine.
Enfin, monsieur et madame, en deux ans, A l'hôpital allèrent tout d'un temps.
Voltaire.
— En temps et lieu, Au moment et dans le lieu propices, convenables : Je vous avertirai en temps et lieu. J'ai un écrit qui paraîtra en temps et lieu. (J.-J. Rouss.)
— Avant le temps, Prématurément : Le poète n'est-il pas l'homme qui réalise les espérances avant le temps? (Lachambeaudie.)
— Avec le temps, Après un temps, par la progression du temps : Une pièce de théâtre n'est jamais bien jugée qu' avec le temps. (Volt.) Il est de la nature des mœurs de se détériorer avec le temps. (Chateaub.)
— Depuis le temps, Depuis cette époque : Il parait qu'il y a eu du grabuge depuis le temps. (X. de Montépin.)
— Entre temps, Dans l'intervalle : Entre temps, j'ai fait ma correspondance.
— Loc. conj. Dans le temps que, Dans le temps où, Au moment, dans l'instant où, pendant que : Il y a des espèces qui ne pèchent que dans le temps où les hiboux et les chouettes chassent. (Buff.)
— En même temps que , Simultanément avec : On aime malgré soi le visage qui s'est fané en même temps que nos propres traits. (Chateaub.)
— Syn. Temps, durée. V. DURÉE.
— Temps, température. V. TEMPÉRATURE.
— Encyol. Philos. L'ancienne métaphysique affirmait que l'espace et le temps étaient deux substances ayant une réalité propre, Kant a répondu à cette erreur par une erreur opposée, mais égale, en prétendant que le temps, qui entraîne l'idée d'espace, est une forme de l'intuition sensible. La synthèse de ces deux points de vue, dont l'un exagère l'objet représenté et l'autre le sujet représentant, a été tentée par Spinoza, par Leibniz et par Hegel. Spinoza a fait faire un premier pas à la question en donnant la matière, l'esprit, le temps, l'espace comme des modes de cette substance unique, par lui appelée Dieu. Leibniz , opposant à l'unité de substance l'infinité des substances qu'il appelle monades, douant chacune de ces monades de perception, d'appétit et de force, non-seulement ne regarda pa3 le temps et l'espace comme des substances, mais il ne les crut même pas, comme Spinoza, des attributs de la substance ; il ne tomba pas non plus dans l'erreur kantienne de les considérer comme des formes du moi sentant; it vit clairement que temps et espace étaient des lois, des rapports, des constatations do l'ordre qui relie les monades. Hegel a réfuté directement Kant dans sa Philosophie de la nature; mais, pour comprendre Hegel, il faut se mettre à son point de vue, qui consiste à poser l'identité de l'être et de la pensée ; ainsi, la Logique de Hegel est l'évolution de la pensée, et, dans sa Philosophie de la nature, il essaye de vérifier si le monde réalise bien le système des déterminations de la pensée qu'il a posées dans sa Logique. Si on ne peut pas reprocher a Hegel d'avoir séparé le sujet de l'objet, on doit le blâmer de les avoir confondus ; mais, ! dans la question de temps et d'espace, il a J raison contre Kant, et même beaucoup plus i raison qu'il ne le semble croire. L'espace et | le temps sont bien une simple forme, c'est-à- . dire un état abstrait « de l'extériorité imraé- ! diate. » Mais l'homme n'a la notion du temps et de l'espace que parce que le temps et l'espace existent, comme le dit Hegel, dans la pensée et en dehors de la pensée. L'espace et le temps sont deux déterminations corrélatives, que la pensée (le sujet) extrait de
TEMP
l'objet. « On ne doit pas représenter le temps comme un réservoir où toutes choses se trouvent placées comme dans un fleuve qui les entraîne et les engloutit dans sa course. Le temps n'est que l'élément abstrait de leur destruction ; le processus des choses réelles fait le temps. » L'homme peut connaître le temps et l'espace, ces formes, ces idées les plus générales du réel, parce qu'il est luimême partie intégrante de ce réel, et qu'entre l'homme et la nature, le moi et le nonmoi, le sujet et l'objet, il n'y a ni abîme (Kant), ni identité (Hegel), mais rapport, différence, série.
Quand on étudie la question du temps sans se préoccuper des systèmes proposés parles philosophes, on reconnaît bientôt qu'on no peut pas même essayer de définir le temps, en général, sans tomber dans une tautologit» dès les premiers mots dont on se sert pour commencer la définition. Si je dis : « Le temps est...,» la tautologie se montre déjà, quoique la proposition manque encore d'attribut, car le verbe est , considéré au point de vue grammatical, renferme une idée de présent, et le présent est un temps. Les trois parties du temps (présent, passé et futur) n'ont jamais été définies séparément que par des tautologies : le présent est ce qui est, le passé est ce qui a été, le futur est ce qui sera. Et pourtant, dans la cours habituel de nos réflexions ou de la conversation, nous trouvons ces définitions suffisantes; c'est seulement quand nous voulons philosopher, creusersans fin, que nous nous apercevons qu'elles sont vides et qu'elles n'expliquent rien. L'impossibilité de définir le temps sans tautologie résulte de ce que, le temps et l'espace étant les conditions nécessaires de toute réalité (puisque tout ce qui est réel doit nécessairement exister quelque part et en un certain temps), on ne peut expliquer l'espace et le temps que par des notions de choses existant ellesmêmes dans l'espace et dans le temps. Et lorsque Kant appelait le temps une forme de l'esprit, il avait raison en. ce sens que l'esprit lui-même existe dans le temps; mais les choses extérieures existent aussi dans le temps, et cela par elles-mêmes, sans que l'esprit ait besoin de leur communiquer une forme qu'elles possèdent comme condition de leur réalité.
Mais s'il est impossible de dire ce qu'est le temps sans tomber dans la tautologie, il n est pourtant pas inutile d'énoncer quelques-unes des explications tautologiques du temps, parce qu'elles le feront envisager sous ses divers aspects, et elles serviront ainsi à éclaircir ce qu on peut y trouver d'obscur. Commençons par quelques explications sur les trois parties du temps, présent, passé et futur.
A première vue, il semble que le présent seul soit réel, puisque le passé n'est plus et le futur n'est pas encore. Mais, en considérant les choses d'une autre manière, c'est au contraire le présent qui paraît la moins réelle des trois parties du temps; car, pour que le présent soit doué de quelque réalité, il faut qu'il ait une durée quelconque, et quelque petite portion du temps qu'on veuille considérer, on reconnaît bientôt qu'elle ne peut être attribuée au présent, puisqu'elle est divisible et que, dès qu'on la divise, toutes ses parties moins une se trouvent appartenir au passé ou au futur. Ainsi, par exemple, on ne peut pas dire que le présent dure une seconde, car il y a soixante tierces dans la seconde, et si Ion choisit la vingtième tierce pour l'appliquer au présent, les dix-neuf premières appartiendront au passé et les quarante dernières au fàtur. On pourrait prouver de même que le présent ne dure pas une tierce, parce que chaque tierce contient soixante quartes, et en continuant indéfiniment de raisonner ainsi, on arriverait à ce résultat que la durée du présent est plus petite que la plus petite durée qu'on puisse imaginer, qu'elle est nulle. Mais, quand j'observe un nomme qui marche, je vois, par une sensation réelle et sans avoir besoin de recourir à la mémoire, plusieurs des mouvements partiels que font ses jambes ; l'impression des mouvements premiers aperçus se prolonge assez pour que je les voie encore comme présents quand le dernier aperçu m'impressionne lui-même. A quel moment précis l'un de ces mouvements que je vois ensemble comme présents (parce que c'est une impression externe qui me les fait voir sans que j'aie besoin de recourir à la mémoire), à quel moment, dis-je, l'un de ces mouvements entre-t-il dans le champ du passé et de la mémoire ? Il est impossible de le déterminer avec précision. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'avant d'entrer dans le champ du passé les mouvements se tournent déjà de ce côté pendant qu'ils continuen* d'être présents, c'est-à-dire perçus par une sensation externe qui dure encore. Ainsi, la réalité du présent, compris de cette manière, embrasse une certaine étendue qui est, il est vrai, divisible, mais non divisée à l'infini, et c'est la limite seule de cette étendue qu'il faut considérer comme ayant une durée infiniment petite, de même qu'en géométrie la ligne, limite des surfaces, n'a qu'une largeur et une épaisseur infiniment petites. Il arrive même quelquefois qu'on applique la dénomination de présente à une durée fort longue dont une grande partie appartiendrait au passé si elle était considérée à part; c'est ainsi qu'on peut dire : « J'habite Paris depuis dix ans, • ce qui équivaut à : > Depuis dix
TEMP
ans, j'ai toujours habité Paria et je l'habite encore. »
Pour que le présent soit une partie réelle du temps en général, il ne faut pas perdre de vue qu'il doit être conçu comme embrassant non-seulement les faits particuliers qui noua sont réellement manifestés, mais encore tous ceux qui se réalisent en même temps dans les parties les plus reculées de l'immense univers, depuis les plus importants jusqu'aux plus insignifiants. Ainsi, au moment ou j'écris ces lignes, s'il y a dans quelqu'un des globes habités qui composent le système dont l'étoile la plus éloignée est le centre un oiseau qui saisit dans son bec un insecte, mon acte et celui de l'oiseau sont compris dans le même présent. A un moment donné quelconque, tout ce qui remplit l'espace immense existe d'une certaine manière, et quoique nous ne percevions par nos sens qu'un très-petit coin de cet état général des choses, noua distinguons le tout comme présent par la petite partie qui nous est manifestée. Bientôt nous apercevons quelques changements dans le petit coin que nous pouvons voir; dès lors nous concevons un état général nouveau, et le précédent état général entre dans le champ du passé; puis vient un troisième état général, un quatrième, et ainsi de suite indéfiniment. 11 semble, d'après cela, qu'on pourrait définir le temps : la série indéfinie des état3 de l'univers pris dans son immensité, lesquels états se distinguent les uns des autres par des différences partiellement observées et quelquefois très-h'gères. Toutefois, le mot série ne doit pas être pris dans le sens d'una rangée d'objets qui seraient placés côte à cote dans l'espace et qui existeraient simultanément; il faut prendre ici série dans le sens de succession, et la succession suppose un temps qui s'écoule; nous voyons donc encore reparaître l'inévitable tautologie.
Mais l'homme ne s'est pas contenté de concevoir une succession indéfinie d'états du grand ensemble; il s'est représenté chacun de ces états comme pouvant être réduit à une très-courte durée et la même pour tous, quoiqu'il se réservât toujours la faculté de n'user de cette réduction qu'à sa convenance. f>ans cette double condition, le temps ne serait pas mesurable, ou il ne le serait que dans ses grandes lignes, ce qui ne répondrait nullement à nos besoins. C'est un fait constant que l'homme a toujours mesuré le temps, qu'aujourd'hui surtout il le mesure ou croit le mesurer avec la plus grande précision. Selon toute probabilité, c'est par lo mouvement apparent du soleil que l'homme a d'abord mesuré le temps; quand il n'avait besoin que d'en mesurer une portion un peu considérable, il se contentait d'observer et de compter le nombre des révolutions journalières de cet astre; mais quand il voulait mesurer de plus petites durées, il distinguait chacune des parties de la révolution journalière du soleil en voyant le matin cet astre s'élever petit à petit au-dessus de divers points fixes, et le soir en s'abaissant se rapprocher d'autres points également fixes, bientôt il inventa lo sablier, la clepsydre et d'autres instruments dont il ramenuit toujours les mouvements à ceux du soleil, mais qui lui permettaient de distinguer plus facilement les plus petites parcelles du temps. Aujourd'hui, nous avons les horloges, les montres, les chronomètres, et ces instruments sont fabriqués avec tant d'art que non-seulement nous en pouvons suivre et compter les plus petits mouvements, mais encore nous sommes presque assurés de la parfaite régularité de ces mouvements. Il faut avouer pourtant qu'à cet égard nous ne pouvons point arriver à une certitude absolue. C'est le mouvement apparent du soleil, rectifié par les calculs des astronomes, qui, par son exacte concordance avec celui des bous chronomètres, nous fait croire d'abord au parfait isochronUme de leurs mouvements; ensuite la concordauce des mouvements <ie tous les bons chronomètres entre eux ajoute une nouvelle force à cette croyance; mais les mouvements du soleil eux-mêmes sontils parfaitement isochrones, et ne pourrait-il pas se faire qu'une même cause inconnue, agissant en même temps et sur le soleil et sur les chronomètres, ralentit ou précipitât tous les mouvements qui ont lieu dans toutes les parties de l'univers? Pour dissiper tous les doutes, il faudrait pouvoir prendre une révolution apparente du soleil et l'appliquer sur celle du lendemain, ou prendre une oscillation de balancier et l'appliquer sur les autres oscillations,, comme on applique une ligue sur une autre pour juger si elle lui est égale. Mais les jours disparaissent à mesure quils s'écoulent, les oscillations disparaissent de même aussitôt qu'elles sont réalisées, et toute superposition est impossible; si ce n'est peut-être dans la mémoire; mais peuton se lier absolument à la mémoire quand toute vérification extérieure est impossible? A la vérité, au mouvement journalier du soleil s'ajoute un mouvement annuel, dans lequel nous remarquons que chaque mouvement journalier produit un effet toujours égal; mais comment prouver que les mouvements annuels eux-mêmes sont isochrones?
Et quand même on le prouverait eu les comparant à d'autres mouvements plus généraux, cette preuve en appellerait encore une autre, et ainsi de suite à l'infini. Quoi qu'il en soit, la marche uniforme et régulière du temps est
TEMP
aussi certaine quo le sont la plupart dos choses que nous affirmons tous les jours, mais sans que nous puissions nous flatter de posséder, ici comme ailleurs, une certitude absolue. Il ne faut pas nous en étonner, puisque l'absolu n'est jamais à notre portée.
Pour l'homme, doué de mémoire, te présent ne s'anéantit pas en devenant passé, puisqu'il se forme dans son esprit une image persistante de ce présent, toujours prête à s'offrir à sa pensée quand certaines circonstances viennent la mettre en évidence. Mais pour l'ensemble des êtres privés de la pensée, faut-il croire que le passé devient un pur néant aussitôt qu'il n'est plus présent?La question mérite d être examinée. Voici un arbre qui a été transplanté à la fin de l'année dernière, et nous sommes au printemps : le fait de sa transplantation est-il encore quelque chose pour l'arbre, pour les autres plantes dont il est entouré, pour la terre où ses racines sont enfoncées? Si nous le Comparons à d'autres arbres de même espèce et de même âge qui n'ont pas été transplantés, nous remarquons qu'il est moins vigoureux, qu'il est frappé d'une sorte de langueur. 11 semble donc que le fait de la transplantation existe encore pour cet arbre comme cause de son état présent. Supposons maintenant que plusieurs années se sont écoulées depuis la transplantation : l'arbre est devenu très-vigoureux et rien, dans son apparence actuelle, ne peut faire deviner qu'il a été transplanté. Mais au moment de la transplantation, il portait sur son écorce quelques larves d'insectes ; ces larves sont devenues des insectes parfaits qui en ont produit beaucoup d'autres, et, aujourd'hui encore, plusieurs de ces insectes existent dans le jardin, sur les feuilles et sur l'écorce des autres arbres ou de diverses plantes, tout cela par i'efTet de la transplantation, qui continue d'exister comme cause de ces faits réels. Ainsi le passé paraît réel même pour la nature inanimée, parce que tout événement, quelle que soit son insignifiance apparente, a eu des conséquences qui, en ont amené d'autres, dont quelques-unes subsistent encore et portent en elles le passé comme cause. Prenons encore pour exemple la conquête de la Gaule, fuite -il y a plus de dix-neuf siècles par Jules César, et considérons l'un de ces nommes, trop nombreux encore dans notre pays, qui n'ont reçu aucune instruction, h qui l'histoire est inconnue, qui n'ont jamais entendu parler de Jules César; pour cet homme même la conquête de la Gaule est un fait réel, car elle a modifié le caractère national des habitants du pays, et cet homme ne serait pas exactement ce qu'il est si la Gaule n'avait pas été longtemps soumise aux Uomains. Certains faits passés, d'ailleurs, laissent des traces beaucoup plus visibles et qui en sont comme une image matérielle et persistante : les ruines de Thèbes et de Palinyre rendent encore présentes ces villes mortes depuis tant de siècles; les ossements trouvés en creusant profondément les entrailles de la terre rendent impérissables des espèces nombreuses d'animaux qui n'existent même plus dans le souvenir des générations illettrées.
Si le passé existe encore comme cause dans tous les effets directs ou indirects qu'il a produits, on peut dire aussi que le futur existe dès maintenant comme effet dans toutes les causes actuellement subsistantes d'où il doit sortira, son heure par le cours naturel des choses. Quand les astronomes nous prédisent pour une époque fixe une éclipse de soleil, cette éclipse est réelle dès aujourd'hui comme effet calculable et calculé de mouvements bien connus et de la position actuelle du soleil et de la lune dans l'espace. Mais quand il s'agit de choses dont les lois sont moins connues ou même sont complètement inconnues, on hésite davantage a prononcer que les faits futurs sont dés aujourd'hui certains. Far exemple, voici un espace de terre livré à la culture, et dans la suite des temps ou y élèvera peut-être une grande ville; dans le cas où cette supposition devrait se réaliser, peut-on dire que dès aujourd'hui la construction future de la ville est certaine, existe comme effet futur contenu dans des causes réelles, quoiqu'elles soient actuellement indiscernables? C'est là une question bien délicate et dans laquelle se trouve impliquée la question même du libre arbitre. En effet, ce sont des hommes qui bâtiront la ville etqui la bâtiront librement, si les hommes sont libres. Mais comment laut-il entendre cette liberté humaine? est-ce une liberté absolue? ou est-ce tout simplement l'activité humaine s'exerçant sans contrainte extérieure, c'est-à-dire par le jeu interne de certaines forces qui constituent la personnalité distincte de l'homme, mais qui tirent pourtant leur origine première- d'une foule de causes extérieures? Voilà ce qu'il faudrait savoir avantde décider la question de la certitude actuelle des faits futurs dans lesquels l'homme doit intervenir. On comprend, du reste, que ce n'est point ici le lieu de traiter cette question.
Il paraît donc certain que le temps n'est pas dénué de réalité pour les choses en soi, comme le prétendait Kant. Si l'ensemble de nos sensations nous conduit naturellement à la notion du temps, nous avons lo droit de dire qu'il y a dans la nature extérieure quelque chose qui agit !>ur nos organes sensitifs
de manière à leur faire produire en nous cette notion, c'est-à-dire quelque chose ayant un rapport déterminé avec cette notion, c'està-dire enfin le temps lui-même, tel qu'il est au dehors. On peut d'ailleurs appuyer l'existence du temps dans la nature matérielle sur ce fait décisif, qu'en mécanique on fait entrer le temps dans les calculs comme un élément d'une importance capitale; et puisque les résultats de ces calculs sont généralement confirmés par l'expérience, il faut bien admettre que le temps est une des forces de la nature. Mais ce qu'on appelle temps en mécanique n'est que la quantité de mouvement d un corps Ou d'un système de corps mesurée par le mouvement d'un autre corps distinct, lorsqu'il est prouvé par l'expérience ou lorsqu'on suppose avec une grande probabilité que les deux mouvements sont proportionnels, qu'ils gardent entre eux un rapport constant.
— Mécan. etastron. On juge que deux intervalles de temps sont égaux à ce qu'ils correspondent à l'accomplissement de deux phénomènes identiques. Lorsqu'on peut observer les répétitions successives d'un mémo phénomène se reproduisant périodiquement, dans des circonstances entièrement identiques, le nombre de fois qu'il s'est accompli sert de mesure au temps écoulé. Le rapport de deux intervalles de temps est donc celui des nombres de fois qu'un même phénomène s'est reproduitsans interruption durant l'un et l'autre. P;<r conséquent, la question délicate de la mesure du temps revient à la construction d'un appareil où les mêmes mouvements se reproduisent consécutivement dans des conditions aussi peu dissemblables que possible. Les appareils destinés à mesurer le temps, depuis la clepsydre antique ou horloge d'eau jusqu'aux chronomètres les plus parfaits employés de nos jours, Sont tous disposés dans le même but d'obtenir une périodicité parfaite; mais l'exacte périodicité du phénomène ne suffirait pas pour obtenir la mesure du temps d'une manière suffisamment approchée ; il importe oncore que la période ou l'unité de temps marquée pur l'appareil soit assez courte pour que sa durée soit négligeable dans la plupart des mesures pratiques dont on a besoin. Du reste, l'unité de temps est toujours prise dans les phénomènes astronomiques qui règlent d'une manière obligatoire tout l'emploi de notre existence, et les divisions du temps, indiquées par les chronomètres, doivent toujours être des parties aliquotes de l'unité pratique fournie par la nature.
L'unité fondamentale est toujours la durée d'un jour divisé en 21 heures, 24x60 (minutes) et 24x60x60 (secondes). Muis,sai)s compter le jour lunaire, qui n'est pas usité, les révolutions des astres nous fournissent deux jours principaux bien distincts : le jour sidérai et le jour solaire.
— Temps sidéral. Le jour sidéral est le temps qu'une étoile met à revenir au méridiuu du lieu, ou le temps que la terre met à effectuer une révolution autour de la ligno de ses pôles. Les jours sidéraux ont été, dès la plus haute antiquité, reconnus comme rigoureusement égaux entre eux, et tous les perfectionnements successifs apportés dans la construction des appareils chronoinétriques ont confirmé de plus en plus l'exactitude de cette croyance instinctive. A la vérité, on sait parfaitement aujourd'hui que lo déplacement de la moindre parcelle de matière k la surface de notre globe doit altérer la durée de sa révolution, mais l'expérience prouve que les plus grandes déformations de la croûte terrestre, produites par les hommes ou par les éléments, n'influent pas d'une manière appréciable, au moins jusqu'ici, sur la longueur du jour sidéral. La durée de ce jour serait donc l'unité de temps la mieux définie et la plus facile à retrouver. Les astronomes s'en servent en effet avec avantage; mais elle ne s'adapte pas assez bien aux usages de la vie civile; aussi lôshomines ontils de tout temps employé concurremment le jour solaire.
— Temps solaire vrai. Le jour solaire est le temps que le soleil met à revenir au méridien du lieu. Il commence à minuit, au moment où le soleil passe dans le prolongement du méridien. Le jour solaire diffère du jour sidéral parce que lo soleil a un mouvement propre sur la sphère céleste; il est un peu plus long, puisque le mouvement du soleil a lieu en sens contraire du mouvement diurne ; la différence est à peu près de 1/365 d'un jour solaire, puisque le soleil met k peu prés 365 jours à parcourir les 360 degrés d'ascension droite. Cette différence est exprimée plus exactement pour chaque jour sidéral par la variation correspondante du soleil en ascension droite, convertie en temps à raison de 150 pour une heure sidérale. Mais la variation du soleil en ascension droite, pendant la durèed'un jour sidéral, n'est pas constante. En effet, les arcs à peu près égaux que le soleil parcourt sur l'écliptique, pendant les différents jours sidéraux, sont projetés sur l'équateur par les cercles horaires du soleil, suivant des arcs sensiblement inégaux. Ils se raccourcissent aux environs de 1 équinoxe et s'allongent au contraire vers le solstice. Les jours solaires vrais ne sont donc pas égaux entre eux, la différence peut aller jusqu'à 51 secondes de jour sidéral. Le jour
TEMP
le plus court tombe le le septembre, le plus long correspond au 23 décembre.
Tant qu'on ne pouvait pas donner aux horloges une régularité plus grande que celle du soleil, il était indifférent pour la pratique que les jours solaires ne fussent pas rigoureusement égaux : on se bornait donc à régler les horloges civiles sur le passage du soleil au méridien ; les redressements qu'on avait à y faire tenaient plutôt à leur imperfection qu'à l'irrégularité de la marche du soleil. Mais l'habileté des constructeurs a dépassé la but primitivement conçu, et il a fallu corriger l'inégalité des jours. C'est en 1816 que la réforme a eu lieu,
— Temps moyen. L'inégalité des jours solaires vrais tient à la fois à l'irrégularité du mouvement du soleil sur l'écliptique et à l'obliquité de son orbite sur l'équateur. Ce sont ces deux causes qu'il fallait supprimer idéalement, en réglant le temps sur lu marche d'un soleil fictif qui décrivît l'équateur d'un mouvement uniforme. Voici les conventions qui ont été adoptées par les astronomes comme propres & fournir des résultats assez peu distants de ceux que fournit l'observation directe, pour que la différence ne trouble pas d'une manière sensible le partage de la journée en parties égales par l'heure de midi : ils imaginent un premier soleil fictif, partant du périgée en même temps que la soleil vrai et parcourant le cercle de l'écliptique d'un mouvement uniforme, avec une vitesse angulaire égaie à la vitesse moyenne du soleil vrai. Ce premier soleil fictif marrhe un peu plus lentement quo le soleil vrai du périmée à l'équinoxe du printemps ; au moment ou il arrive k ce dernier point, un second soleil fictif pjirt aussi de l'équinoxe du printemps et décrit l'équateur d'un mouvement uniforme, de manière à revenir au point équinoxial de l'année suivunte exactement au bout d'une année tropique. Ce second soleil fictif est le soleil moyen, sur lequel sont réglées les horloges.
Le soleil moyen passe quatre fois par an nu méridien, en même temps quo le soleil vrai : le t5 avril, le 15 juin, le 31 août et le 25 décembre. Il est en retard du 15 avril au 15 juin, en avance du 15 juin au 31 août, en retard du 31 août au 25 décembre, enfin en avance du 25 décembre au 15 avril. Les plus grandes différences, dans les quatre périodes, sont de 3 minutes 54 secondes le 14 mai, de 6 minutes 10 secondes le 26 juillet, de 16 minutes 18 secondes le 2 novembre, enfin de 14 minutes 34 secondes le il février. La Connaissance des temps donne l'avance ou le retard pour tous les jours de l'année.
Les astronomes se servent de l'horloge sidérale pour observer les temps dea passages au méridien, mais ils convertissent ensuite les temps observés en temps moyens, pour lus inscrire dans les registres. La Connaissance des temps donne toujours en temps moyen les époques de tous les phénomènes astronomiques.
— Conversion des temps. Que le temps soit sidérul, solaire ou moyen, on le divise de laniêine manière eu années, mois, jours, heures, minutes, secondes. On compte les heures solaires de deux manières. Dans l'usage civil, on fait commencer le jour à minuit, c'està-dire au moment où le soleil passe au méridien situé au-dessous de l'horizon. On compto les heures seulement de 0 à 12, de minuit a, midi; et ensuite de midi à minuit; mais on les distingue en heures du matin et en heures du soir. Les astronomes font commencer le jour à midi, et comptent les heures sans interruption de 0 à 24. Par conséquent, pour transformer le temps civil en temps astronomique, il suffit de se rappeler qu'on est convenu de faire commencer le jour ustronomique 12 heures après le jour civil de même date. Ainsi, le 23 avril à 7 heures du matin, temps civil, correspond au 22 avril à 19 heures, temps astronomique.
Pour transformer le temps sidéral en temps solaire, et réciproquement, il faut d'abord déterminer la différence du jour solaire et du jour sidéral. On y parvient en observant le retard du passage du soleil sur le passage d'une étoile, au bout d'un très-grand nombre de jours, et en divisant ensuite ce retard, qui sera peut-être de plusieurs jours, par le nombre des jours écoulés. On trouve ainsi : Jour solaire = jour sidéral -j-3in,56s,555 ; Jour solaire 236,555
Jour sidéral ~ 86,400 ~ '
en posant
De là, il est facile de déduire :
Jour sidéral = jour solaire — 3m,55>,909 ; d'où
Jour sidéral
Jour solaire en posant
Il suit de là que, si l'on désigne par t un intervalle quelconque exprimé en temps sidéral, et par 6 le même intervalle exprime en temps solaire, on aura les deux' formules :
Comme les multiplications indiquées par eus
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deux formules sont assez pénibles, la Connaissance des temps donne deux petites tables qui contiennent les produits des différentes fractions du jour sidéral par le facteur n, et les produits des différentes fractions du jour solaire par le facteur 1.
O» appelle temps sidéral à midi pour un jour donné l'heure sidérale du passage du soleil au méridien. Si l'on a déterminé cetce heure sidérale pour un certain jour, on l'obtiendra pour les jours suivants en ajoutant 3m56o,555 par jour. A l'aide de cette convention, on peut résoudre des problèmes de la nature de ceux-ci :
lu Une observation ayant été faite à l'heure sidérale h, on demande l'heure solaire H correspondante. En appelant T le temps sidéral à midi, le temps sidéral écoulé depuis midi jusqu'au moment de l'observation est h — Ton 24 -j- h — T, selon que h est plus grand ou plus petit que T. On trouvera donc l'heure H en convertissant ce temps sidéral en temps solaire par la formule (1). On a
20 Une observation ayant été faite à l'heure solaire H, on demande l'heure sidérale A correspondante. En convertissant le tempsH en temps sidéral par la formule (2), on aura le temps sidéral écoulé depuis midi jusqu'au moment de l'observation ; on ajoutera le temps T ; la somme sera égale a h ou ?-4 + h, selon qu'elle Se trouvera plus petite ou plus grande que 24. On a U = H (1 + X) ■{- T.
— Graimn. génér. et linguis't. > Tous les jugements que nous portons des choses qui sont l'objet de nos pensées, dit Silvestre de Sacy, se' rapportent à un temps présent, passé ou futur. Nous considérons les qualités que nous leur attribuons connue leur appartenant présentement, ou leur ayant appartenu ou devant un jour leur appartenir. Cette circonstance de temps ne change rien à la nature du sujet ni à celle de l'attribut; elle ne modirie que l'idée de l'existence du sujet et de sa relation à l'attribut. Puisque l'existence du sujet et sa reiation à un attribut sont exprimées par le verbe, c'est donc en modifiant le verbe et en lui donnant des formes diffêrentes que l'on peut exprimer ces diverses circonstances de temps. Aussi est-ce ce qui a lieu jdans la plupart des langues. Ainsi, nous disons en français : il plut , s'il s'agit d'un temps passé; il pleut, s'il s'agit d'un temps présent; il pleuvra, s'il s'agit d'un temps futur. Ces formes, destinées à indiquer les circonstances de temps, se nomment ellesmêmes des temps. •
Silvestre de Sacy reconnaît toutefois que ces moditications ne sont pas essentiellement attachées au verbe, « Le verbf, dit-il, pourrait être invariable, et les circonstances de temps pourraient être exprimées par des adverbes ou de quelque autre manière, ou même simplement indiquées par l'ordre de la narration. C'est ce qui arrive dans les diverses langues où le verbe reste invariable, et c'est aussi de cette manière que s'expriment souvent les gens qui ne savent qu'imparfaitement le français. iSi un nègre, par exemple disait : Hier, moi aller à la rivière pour chercher de l'eau, moi trouver l'eau gelée, pas pouLoir casser ta glace; aujourd'hui moi y aller, trouver de petits endroits la ylacc être cassée; demain peut-être dégeler tout à fait, nous plus faire de feu, on l'entendrait aussi bien que s'il eût dit : hier, je suis allé à la rivière pour chercher de l'eau, j'ai trouvé l'eau celée et je n'ai pas pu casser ta glace ; aujourd'hui j'y vais, je trouve de petits endroits où, la glace est cassée; demain, il dégèlera peutêtre tout à fait et nous ne ferons plus de feu. »
Mais on peut encore indiquer une seconde division générale des temps en envisageant l'époque de comparaison, ou sous un point de vue général et indéterminé, ou sous un point de vue spécial et déterminé. « Nous portons quelquefois, dit Silvestre de Sacy, sur la relation de certains sujets avec certains attributs, des jugements généraux qui sont indépendants du temps et que nous reconnaissons pour vrais au passé, comme au présent et au futur. Si nous disons : L'univers est l'ouvrage de Dieu, Gustave est frère d'Abet, ces jugements que nous portons sont indépendants de toutes circonstances de temps. De lk naissent dans le verbe deux sortes de temps : les uns indéfinis, qui expriment l'existence du sujet et sa relation à un attribut d'une manière indéfinie, c'est-à-dire sans indiquer aucun temps; les autres définis, qui expriment l'existence du sujet et sa relation à l'attribut avec détermination d'une époque passée, présente ou future. Il ne suit pas de la que dans toutes les langues il y ait des formes particulières pour les temps indéfinis et d'autres pour les temps définis. Au contraire, ou emploie souvent le temps défini pour exprimer un temps indéfini, et la nature seule de la proposition fait connaître si la même forme est employée d'une manière définie ou indéfinie. Que l'on demande, par exemple : Que fait Victor? et que l'on réponde : Il mai/ye sa soupe, nous concevons que, dans le moment présent, Victor mange tu soupe. Que l'on demande, au contraire : Victor aime-t-it tes navets, et que l'on réponde : Il mange indifféremment toutes sortes de légumes, U est clair que cela ne veut pas dire que dans le moment actuel il mange toutes sortes de légumes, mais que son goût cl son habitude sont tels que toutes sortes de
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légumes lu'rplaisent également. Cependant, dans l'une et l'autre phrase, on a employé la même forme : Il mange ; le sens seul de la phrase a fait connaître si. cette forme indiquait ou n'indiquait pas un temps déterminé. •
Toutes les circonstances de temps se réduisent au passé, au présent et au futur. Il est impossible que l'existence d'une chose ne soit pas attachée au moment actuel, ou à un temps antérieur ou k un temps qui n'est pas encore arrivé. Le présent est nécessairement indivisible, et par conséquent il ne peut avoir qu'une forme pour chaque mode du verbe. Mais tout ce qui est passé et tout ce qui est futur n'est pas également éloigné du présent. Si je dis : Victor est né eu 1858; il a commencé à apprendre à lire en 1S63, il a appris à écrire en 1865 ; il vient d'étudier la grammaire française; à présent il étudie la grammaire latine, il va commencer l'étude de la langue grecque et ensuite on lui apprendra les mathématiques; on voit dans cette phrase plusieurs événements passés qui sont plus anciens l'un que l'autre, et plusieurs événements futurs qui sont plus ou moins éloignés du moment actuel. Ces différents degrés d'antériorité et de postériorité peuvent être exprimés par différentes formes. Mais ce n'est . pas seulement parce que les événements passés ou futurs sont plus ou moins éloignés du moment actuel, qu'il peut y avoir dans les verbes diverses formes de temps passés et futurs ; c'est encore parce que l'on pe.it envisager les événements pas'sés et futurs sous un double rapport de temps. Le premier de ces rapports a toujours pour terme le présent, le moment même où l'on parle, et les événements sont passés ou présents ou futurs par rapport à cette époque, comme quand on dit simplement : J'ai soupe, Je soupe, Je souparai. Le second rapport a pour terme une époque différente de celle à laquelle on parle et cette époque est elle-même passée ou future. Dans ce cas, on exprime toujours plusieurs événements passés ou plusieurs événements futurs, et l'un de ces événements passés ou futurs forme une nouvelle époque pur rapport à laquelle les autres événements dont on parle sont considérés comme passés, présents ou futurs : Pierre soupait quand Paul dînait, Pierre soupait quand Paul entra, Pierre avait soupe quand Paul entra, Pierre soupera quand Paul dinera, Pierre aura soupe quand Paul dinera, etc.
D'où l'on voit qu'il y a plusieurs sortes do passés ou de futurs. Silvestre de Sacy nomme temps absolu tout temps passé ou futur qui n'indique que le simple rapport avec l'époque de la parole et temps relatif tout temps passé ou futur qui, outre ce rapport général, exprime un autre rapport avec un événement quelconque soit passé, soit futur.
Les passés et les futurs relatifs, antérieurs et postérieurs pourraient exister en trèsgrand nombre ; il pourrait y en avoir depj-ochains et d'éloignés, mais, faute de formes particulières dans la conjugaison du verbe pour exprimer ces nuances dans les rapports de temps qu'ont entre eux les événements, on les exprime généralement par des périphrases. 11 n'est vraisemblablement aucune langue qui ait une forme particulière pour chacune de ces circonstances de temps, mais il est nécessaire d'envisager toutes ces nuances comme possibles, pour classer les différentes formes de passés et de futurs qu'offre chaque langue.
Rien n'est plus varié que le nombre des temps dans les différentes langues; la manière dont ces temps se forment est aussi très- Variée.
Dans la langue chinoise, qui est la langue monosyllabique par excellence, le temps n'est marqué par aucun signe; on ne peut le reconnaître qu'à l'aide des mots environnants.
Dans toutes les langues tarlares et finnoises, le temps présent n'a pas de signe spécial ; dans celles qui ont, comme le madgyar, des formes déterminées et des formes indéterminées pour chaque temps, suivant que l'objet de l'action est connu ou non, Vindelini ne so distingue que par la modification des terminaisons personnelles et le prolongement de la voyelle intermédiaire. Les autres temps disposent dans toutes ces langues d'expressions phonétiques déterminées qui s'attachent au radical. Quelquefois on y fait concourir des verbes auxiliaires,
La dépendance mutuelle des temps et leur filiation réciproque sont moins positives eu sanscrit qu'en grec et en latin.
Le verbe grec, le plus riche de tous ceux qui existent, présente l'ensemble imposant dd six modes, dont chacun contient cinq ou six temps, conjugués dans les trois personnes et les trois nombres. Les temps de la conjugaison grecque sont : le présent, le futur, l'imparfait, l'aoriste, le parfait, le plus-que-parfait, auxquels il faut ajouter les temps supplémentaires, le futur, l'aoriste, le parfait et le plus-que-parfait seconds, qu'on devrait pliitot appeler primitifs, car ils sont beaucoup plus anciens que les temps de même nom appelés premiers. Presque tous ces temps se retrouvent à chaque mode des différentes voix. L'indicatif présent reçoit soit la désinence sanscrite mi, qu'il ajoute immédiatement a la racine, soit la désinence abrégée à pur, soit les désinences eâ, aô, oà, produites par les voyelles intercalaires e, a,o, placées entre la racine et les terminaisons, voyelles
qui se contractent dans la langue commune et y amènent des combinaisons diverses. Les autres temps subordonnés au futur et au parfait peuvent se former de deux manières. Selon la première manière qui préside à la formation des temps, appelés improprement secondaires, les désinences temporelles sont des voyelles pures ajoutées immédiatement à la racine qui subit seulement une mutation vocale. Selon l'autre manière plus généralement répandue, la racine reçoit au futur une sifflante et au parfait une aspiration qui s'exprime par s et A après une voyelle ou une consonne dentale, et de vient x, ch ou ps après une gutturale ou après une labiale.
La dérivation des temps offre en grec la plus grande symétrie. De l'indicatif présent, soumis aux modifications diverses énuinérées plus haut, se forment les présents des autres modes et l'imparfait de 1 indicatif. Du futur dérive l'aoriste premier de chaque mode, et du parfait le plus-que-parfait. Enfin, de la racine verbale intacte résultent le futur second, l'aoriste second, le parfait et le plusque-parfait seconds. Cette filiation embrasse les trois voix, à l'exception du futur et de l'aoriste premier passifs, qui sont formés du participe passé. L'imparfait et l'aoriste de l'indicatif prennent à tontes les voix l'augment initial e, qu'ils suppriment dans les autres modes, le parfait prend le redoublement à tous les modes, et le plus-que-parfait l'augment et le redoublement réunis.
La conjugaison latine possède deux séries de cinq temps : le présent, le futur, l'imparfait, le parfait et le plus-que-parfait de l'indicatif et du subjonctif, indépendamment de l'impératif, de l'infinitif et du participe; l'impératif n'a qu'un temps; l'infinitif et la participe ont le présent, le passé et le futur; l'infinitif a, en outre,. le supin et les gérondifs; chacun de ces temps se répète de la voix active dans la voix moyenne ou passive. Il est vrai que, manquant de désinences pour les temps passés du moyen, le latin emploie la circonlocution de l'auxiliaire, ressource accessoire devenue indispensable aux langues modernes, mais dont les verbes grecs et sanscrits n'ont que rarement senti le besoin.
La filiation des temps, moins uniforme qu'en grec, se rapproche davantage de la méthode sanscrite. Les Latins comptent trois à quatre temps principaux, le présent indicatif ou infinitif, le parfait et le supin. De' l'indicatif présent se forment dans les deux voix l'imparfait de l'indicatif, le présent du subjonctif et le futur simple; de l'infinitif présent, l'impératif et l'imparfait du subjonctif; du partait dérivent tous les temps passés de l'indicatif et du subjonctif actifs; et du supin ou du participe passif tous les temps complexes du passif. L'augment initial est inconnu en latin et le redoublement au parfait n'est qu'exceptionnel.
La conjugaison gothique est fort restreinte à l'égard des temps, car après le présent de l'indicatif et. du subjonctif, avec lequel se confond le futur, elle ne compte que le prétérit de ces deux modes, l'impératif, l'infinitif et le participe; elle a deux flexions pour le prétérit, l.a conjugaison allemande, analogue à celle des Goths, confond également le futur proprement dit avec le présent de l'indicatif et du subjonctif, dont elle a tellement réduit et nivelé les terminaisons que l'usage des pronoms personnels y est devenu indispensable. Afin de suppléer à la pénurie des désinences, l'allemand a adopté plusieurs temps complexes, obtenus à l'aide de trois verbes auxiliaires, savoir : le verbe haben, avoir, pour les passés de la voix active; le verbe seyu, être, pour les passés de la voix neutre, et le verbe wertien, devenir, qui se joint k l'infinitif pour reproduire le futur actif et au participe passé pour exprimer toute la voix
fiassive ; l'allemand a aussi deux flexions pour e prétérit,
La conjugaison anglaise, qui a supprimé le peu de désinences qu'avait en core conservées l'allemand et qui a réduit le verbe à sa plus simple expression, c'est-àdire à un radical nu, emploie pour les temps complexes, outre les verbes hâve, avoir, et be, être, plusieurs autres auxiliaires, qui marquent dans leurs rapports mutuels, uon-seulemeut la succession des époques, mais encore le mode d'intention et toutes les gradations de la pensée ; comme le gothique, l'allemand et, en général, toutes les langues germaniques, l'anglais a une double formalion du prétérit.
Les temps de la conjugaison lithuanienne possèdent les désinences des trois nombres, conservées avec une rare fidélité dans le présent de l'indicatif, l'impératif, le futur et le parfait, sans y comprendre plusieurs temps secondaires formés du participe lui-même. Le passif n'a que des temps complexes; la voix moyenne ou réfléchie n'en a pas plus que l'actif. Le russe n'a conservé la distincuon des personnes qu'au présent de l'indicatif, à l'impératif et rarement au futur, et il a perdu l'usage du prétérit slavon; cependant il a trouvé, dans les modifications radicales qu'il faitsubirà l'infinitif et au participe, des ressources suffisantes pour exprimer avec clarté les nuances les plus délicates des temps. C'est ainsi que par l'allongement ou la contraction de la syllabe radicale du participe ou par l'emploi occasionnel du verbe auxiliaire esm' ou bywat', ou par l'addition d'un préfixe devant la racine, il forme deux
ou trois impératifs, deux ou trois futurs et quatre prétérits. Le passif n'a que des temps composés d'un auxiliaire et d'un participe.
Parmi les langues de la même famille, le lettonien suit pour les temps les désinences du lithuanien, tandis que le polonais, le bohème et le serbe les conjuguent comme le russe.
Chez les Gaels de l'Irlande et de l'Ecosse, la distinction des temps entre eux réside moins dans des terminaisons particulières que dans les changements qu'éprouvent, soit par aspiration, soit par conversion, les lettres constitutives de la racine. C'est ainsi que sa forment avec les mêmes finales le présent, le futur et le prétérit de l'indicatif et du subjonctif, ainsi que l'impératif, l'infinitif et le participe; ce dernier mode réuni au verbe substantif ala ou bhith produit, en outre, plusieurs temps composés tant de l'actif que du passif. Chez les Kymris du pays de Galles et de laBretagne française, on compte dans les temps composés, par une bizarrerie particulière, le présent de l'indicatif, formé habituellement de l'infinitif avec le verbe substantif ym ou bod. Les temps et mode-! issus de la racine, soit par terminaisons, soit par modifications intérieures, produites par l'aspiration ou l'atténuation des consonnes, sont le subjonctif, l'impératif, le futur, le conditionnel, le parfait, le plus-que-parfait, l'infinitif et le participe. Ce dernier, susceptible de variations assez nombreuses, sert a former, sans auxiliaire et avec le seul secours des pronoms personnels, tous les temps passifs.
Le français a emprunté au latin une partie de ses temps, dépouillés de plusieurs désinences auxquelles on supplée dans l'usage par l'emploi constant des pronoms personnels. Sa conjugaison possède :
Le présent, qui marque une chose qui Se fait au moment de la parole : Je vous parle, écoules-moi, ou quia lieu dans tous les temps: Dieu existe, ou qui dure un temps plus ou moins long : J'étudie les langues.
L'imparfait, qui exprime une action- passée, qui était commencée, mais pouvait n'être pas encore terminée k l'époque où une autre action a eu lieu : Je lisais, lorsque vous êtes entré.
Le passé défini, qui exprime une chose passée dans une époque dont il ne reste plus rien : Je terminai ce travail l'année dernière.
Le passé indéfini, qui exprime une action passée dans un temps dont il reste encore quelque chose à écouler ou dans une période que l'on ne fixe pas : Xai terminé mon travail, j'ai rencontré mon frère ce matin.
Le plus-que-parfait, qui marque une chose passée qui l'était déjà quand une autre chose passée a eu lieu : J'avais fini quand vous êtes arrinê.
Le passé antérieur, indéfini, qui exprime une antériorité immédiate d'action passée dans une période où l'on est encore : Ce mâtin, dès que j'ai eu fini ce Hure, j'ai commencé le vôtre.
Le passé antérieur défini, qui exprime une action antérieure k une autre action passée dans une période de temps antérieure k celle où nous sommes : Hier, je commençai votre livre, dès que j'eus fini celui-ci.
Le futur simple, qui marque une chose à venir : Je parlerai.
Le futur antérieur, qui désigne une chose à venir qui sera passée quand une autre action aura lieu : J'aurai fini quand vous viendrez me voir.
En français, comme dans la plupart des langues, c'est l'indicatif qui renferme le plus grand nombre de temps; tous ceux que nous venons d'indiquer lui appartiennent. Le conditionnel a un présent et deux passés : Je ferais, J'aurais fait, J'eusse fait. L'impératif n'a qu'une forme; le subjonctif a un présent, un imparfait, un passé et un plus-que-parfait; l'infinitif et le participe ont un présent et un passé.
Quelques grammairiens ont voulu classer au nombre des temps les expressions : Je viens de faire, Je vais faire, etc.; mais cette opinion n'a pas été admise. On ne reconnaît eu français d'antres temps composés que ceux dans lesquels entrent les auxiliaires avoir et être. Dans diverses langues étrangères, on a également soutenu des opinions semblables.
Le français, comme beaucoup d'autres tari gués, distingue des temps simples et des temps composés ou complexes.
Ou appelle temps simples ceux dans lesquels on n'emploie que le verbe lui-même, comme : Je parle,- Je parlais, etc. La présence du pronom n'empêche pas de les considérer comme simples.
Les temps composés sont ceux qui se conjuguent au moyen des auxiliaires avoir et être avec un participe passé : J'ai aimé, Je suis tombé. Il est mort.
Les temps passés du latin exprimés à l'actif par des désinences (amavi , amaveram) sont devenui en français des temps composés. Tous les temps composés des verbes actifs se forment au moyen de l'auxiliaire avoir; tous ceux des verbes pronominaux, au moyeu de l'auxiliaire être, et tous ceux des vorbus neutres tantôt au moyen de l'auxiliaire avoir, tantôt au moyen de l'auxiliaire être.
Le futur simple français est en quelque sorte un temps composé, car il ue vient point du temps latin correspondant, mais il est forme par l'adjonction de l'indicatif présent do
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l'auxiliaire avoir avec l'infinitif du verbe : J'aimer-ai, tu aimer-as, etc. V. futur.
Les temps du passif sont toujours composés de l'auxiliaire être et du participe passé.
Les autres langues romanes, l'italien, l'espagnol, le portugais, etc., emploient également les deux verbes auxiliaires pour les temps passés et aussi pour tous les temps du passif.
Pour plus de détail?, v. chacun des temps énumérés plus haut.
Kn français, l'emploi des différents temps du verbe n'offre aucune difficulté dans les propositions principales; il sufflt toujours, pour parler correctement, de bien comprendre sa propre pensée et de connaître la valeur exacte assignée par l'us:ige à chaque temps. Mais la question devient beaucoup plus difficile dans les propositions complétives ou incidentes, parce qu'alors il faut bien comprendre non-seulement la pensée en ellemême, mais encore le rapport de cette pensée secondaire avec celle qu'exprime la proposition principale. Voici les règles que fournit la grammaire à cet égard.
Lorsque , dans la proposition principale, on emploie le présent pour exprimerun passé, ce qui est permis, comme on l'a vu au mot présent, une logique rigoureuse demanderait que .les propositions incidentes fussent toujours mises en rapport avec l'idée présente, et c'est ordinairement ce qui a lieu; cependant, l'usage -permet, dans les propositions qualificatives commençant par un pronom "coiijonctif, d'employer les temps qui sont en rapport avec la réalité passée. C'est ainsi que Bossuet dit : Le prince fléchit le genou et, dans te champ de bataille, il rend au Dieu des armées la gloire </u'il lui envoyait (pour qu'il lui envoie). C'est ainsi encore qu'on lit dans Voltaire : Louvois, qui avait voté (pour qui a volé) sur la frontière pour diriger toutes ces marc/tes, vient lui apprendre que ces deux villes sont assiégées et prises.
Quand le verbe principal est à un temps passé et que d'ailleurs rien n'oblige à employer le subjonctif dans la proposition complétive, la correspondance des temps demande presque toujours que le présent, le passé défini, indéfini ou antérieur et les deux futurs soient proscrits de la proposition complétive et y soient remplacés respectivement par l'imparfait, le plus-que-parfait et les temps du conditionnel. Il faut néanmoins employer les temps de la première catégorie quand il s'agit d'un fait considéré comme vrai ou comme possible en dehors du temps même compris entre l'action principale et le moment de la parole, et que, en outre, la connaissance de ce fait est considérée comme ayant la même importance au moment de la parole qu'au temps de l'action principale. Ainsi, l'on doit dire : Je vous ai prouvé qu'il y a une loi mo~ raie, parce que l'existence de la loi morale n'est pas renfermée dans les limites de mon action de prouver et du moment de la parole, et que, en outre, il est utile en tout temps de la connaître. Il faut également dire : J'ai appris que vous avez beaucoup voyagé; à moins pourtant que, d'après les circonstances particulières, il ne soit évident que la connaissance de ces voyages n'a plus aujourd'hui l'importance qu'elle avait au moment où elle m'est parvenue, car alors on pourrait dire : J'ai appris que vous aviez beaucoup voyagé.
Beaucoup de grammairiens condamnent l'emploi du conditionne) passé lorsqu'il s'agit d'un fait qui est futur par rapport au verbe principal et passé par rapport au moment actuel ; selon eux, il n'est pas permis do dire : J espérais que vous m'auriez répo'hdu; il faut dira : que vous me répondriez. D'autres grammairiens pensent que cette dernière forme de langage pourrait faire croire que la réponse est encore aujourd'hui future, et cette raison n'est pas sans valeur. Nous ne déciderons point cette question, qui est encore subjudice; nous dirons seulement que nous inclinons vers la dernière opinion.
A près la conjonction si marquant une condition considérée comme improbable, ce qui caractérise en grammaire la véritable acception du mode conditionnel, on n'emploie jamais le présent du conditionnel, qui est alors remplacé par l'imparfait de l'indicatif; on n'emploie pas non plus la première forme passée du conditionnel, mais on la remplace par la seconde ou par le plus-que-parfait de l'indicatif : Si j'étais méchant, pour Si je serais; Si j'avais été ou Si j'eusse été méchant, pour Si j'aurais été. Mais lorsque la conjonction si marque une simple condition de tait sans improbabilité, elle peut être suivie de tous les temps de l'indicatif, sauf les futurs, qui sont remplacés par le présent et par le passé indéfini : S'il fait beau, pour S'il fera beau; Si le mariage a eu lieu, pour S'il aura eu lieu.
Pour la correspondance des temps du subjonctif avec ceux de la proposition principale, v. le mot Subjonctif.
— Allus. littér. Le temps ne fait rien à l'affaire, Vers du Misanthrope, acte I", scène il. Oronte veut connaître le sentiment d'Alceste sur un sonnet de sa composition, et, avant d'en commencer la lecture, il lui dit, par précaution oratoire .
Au reste, vous saurez Que je n'ai demeuré qu'un quart d'heure a le faire.