‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 1020 sur 1059 · SÛ,G · texte numérisé non relu

SÛ,G

TEMPÉRATURE!

TEMPÉRATURE

TENS

— Tension électrique. L'étude des phénomènes électriques a conduit à mesurer les phénomènes et à comparer les corps électrisés suivant leur charge ou tension. On se fait une idée aproximative, quoique un peu inexacte, de ce qui se passe en supposant que l'électricité s'accumule comme un fluide pénétrant les corps bons conducteurs; de nombreuses expériences montrent, du reste, que le fluide tend à se disperser dans toutes les substances conductrices exposées à son contactetqu'en générai il se distribue à la surface des corps électrisés. Plus la charge de fluide sera grande; plus il y aura facilité de communication entre le corps électrisé et un corps voisin non chargé d'électricité. La mesure de cette expansivité en un point du corps est la tension électrique au point considéré. C'est ainsi qu'à l'extrémité d'une pointe le fluide s'échappe toujours, ce qui revient à dire ; la tension électrique d'une pointe est infinie. C'est ainsi qu'entre deux corps suffisamment rapprochés, placés dans un milieu quelconque, l'un d'eux étant chargé d'électricité, il jaillit une étincelle. On peut dire qu'une étincelle se produit dès que la somme des tensions des deux corps est capable de vaincre l'inertie du milieu.

Pour qu'un circuit se produise, il faut que chacune des résistances opposées par les molécules au passage du courartt soit inférieure en chaque point à la tension développée au voisinage d'une molécule électrisée active ; ceci revient à l'énoncé suivant : pour qu'un circuit se produise dans un fil, il faut que la résistance du fil soit inférieure à l'intensité absolue du courant. Cette remarque conduit à la formule connue :

I étant l'intensité du courant variable avec le fil qu'il traverse ; l la longueur de ce 111, S sa section, C le coefficient de conductibilité, A étant l'intensité du courant pour C, S, l, égaux à l.

On s'explique alors de la manière suivante la circulation d'un courant. On est conduit, pour expliquer les décompositions chimiques, a considérer les molécules comme étant polarisées à leurs extrémités. La tension positive du pôle étant e, la molécule voisine éprouve une décomposition polaire et se charge d'une quantité e — a de fluide négatif, e — a de fluide positif; le fluide négatif se combinant avec le fluide du pôle , ce qui produit l'inauguration du courant, la première molécule reste chargée de e — « positif. Le même phénomène se produira dans la seconde molécule, et un état final d'équilibre sera établi lorsque, d'une molécule à la suivante, il y aura une différence de tension positive constante et égale à a.

Tel est le résultat des expériences de M. Iiohlrausch, faites d'après les idées de Ohm; il faut ajouter ce principe à l'hypothèse de M. de La Rive et admettre que les molécules prennent d'abord pendant le premier moment un état de tension qui persiste ensuite-, après quoi la transmission des deux fluides se fait de molécule à molécule par actions successives.

Ces hypothèses tendent a assimiler la production d un courant à la transmission par conductibilité de la chaleur, et on a été conduit par analogie à supposer que l'état permanent dans lequel se trouvent au bout d'un certain temps les conducteurs traversés par un courant est précédé d'une première période pendant laquelle le conducteur aurait des tensions variables, laisserait sortir un courant inoins intense que celui qui entre et prendrait une charge , « sorte de température élastique, dit M. Jamin, qui serait fonction des données du courant et du conducteur. » La durée de cette première période varierait avec les circonstances. Ohm avait, en effet, signalé ces résultats ; ils ont été vérifiés par MM. Gaugain et Guillemin,

Pour le faire, il fallait prolonger la période à observer. M. Gaugain s'est servi dans ce but de conducteurs imparfaits, de fils de coton ou de colqnnes d'huile grasse dans des tubes de laque. La propagation pouvait être suivie de proche en proche , et finalement la charge électrique fixe était E, égale à la moitié de la charge statique que prendrait le conducteur s'il était isolé.

On a obtenu, par suite d'expériences faites sur ces conducteurs imparfuits, la formule

T = mcs'

dans laquelle T est la durée de la période d'établissement, t la longueur du fil, C le coefficient de conductibilité de la matière, S la section du conducteur.

MM. Guillemin et Burnouf ont vérifié cette loi par des expériences faites au moyeu de fils télégraphiques. Ils ont reconnu que l'exposant de t est un peu trop élevé; il est, en réalité, compris entre 1,5 et 2.

Cet état de tension variable se prolonge bien davantage quand les fils sont plongés dans l'eau ou enfouis dans le sol, ou simplement entourés d'enveloppes métalliques, comme les câbles. Faraday, Wheatstone, Siemens ont fait des travaux intéressants sur cette matière, d'où il résulte que, dans les câbles où l'on fait passer un courant, il y a une période d'établissement assez longue, un état stationnaire et une décharge lente. Si rapide

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que soit la transmission de l'électricité, il faut donc un temps assez long pour que l'intensité du courant transmis par un point à un autre situé à grande distance ait une valeur suffisante et permette une communication télégraphique d'un ordre quelconque. Ces principes s appliquent également aux courants électro-magnétiques directs ou indirects.

— Physiol. Bruit de tension. Sa force et son acuité sont en raison des forces qui tendent ou distendent plus ou moins brusquement la membrane; son état ou intensité augmente avec la finesse et l'inextensibilité du tissu qui la compose-, son timbre diffère selon la nature des membranes. L'un et l'autre varient selon que la membrane qui vibre dans ces conditions au point de rendre un son le fait au sein d'un gaz ou d'un liquide; l'un et l'autre sont modifiés par la nature du corps -qui transmet le son du lieu où il se produit jusqu'à l'oreille, par son épaisseur, sa consistance, son élasticité (v. bruit). Les bruits de tension peuvent avoir une analogie de timbre et de ton avec ceux qui sont produits par le claquement que causent deux corps choquant l'un contre l'autre ; mais il importe d'éviter l'erreur de ceux qui ont appelé bruit de claquement vasculaire , ou simplement claquement vasculaire, le bruit dû à la tension des valvules; de ceux qui ont appelé théorie du claquement valvulaire, qu'on doit

à Bouillaud (1826), l'explication de Kouanet,

?ui n'emploie pas ce mot. Ce serait aussi conondre, à tort, la cause du bruit déterminé Ear la vibration d'une membrane tendue suitement par la pression d'un liquide avec celle du son particulier ou claquement qui est produit par le choc d'un corps contre un autre corps qu'il ne touchait pas. C'est par erreur encore que l'on a parlé, dans l'explication des bruits de tension, d'un choc en retour du sang contre les valvules sigmoïdes, ou d'un choc direct du sang contre les valvules auiiculo-ventriculaires. Il n'y a pas de choc du sang contre quoi que ce soit durant son trajet dans le cœur et les vaisseaux, puisqu'il ne cesse jamais de les toucher en aucun point; il n'y a que des ralentissements de son cours et des interruptions du reflux de ce liquide. Des bruits particuliers, ceux dont il vient d'être question, sont le résultat de ces arrêts. Toutes les fois, en effet, qu'un liquide est en mouvement dans un conduit, si par une soupape ou un robinet on interrompt brusquement le courant, il y a production d'un bruit d'une intensité proportionnée à la rapidité de ce courant. Cela tient à ce que, par l'influence de la pesanteur, d'une pression quelconque, etc., le liquide mis en mouvement, il se trouve ainsi doué d'une qualité qu'il n'avait pas lorsqu'il ne faisait que peser sur les parois d'un conduit; il acquiert par le mouvement la puissance d'action de la pression ou d'une autre force qui le déplace. Cette force s'épuise sur les solides, dès l'instant où elle cesse de s'exercer sur le liquide, lors de l'arrêt de ce dernier ; elle manifeste sur eux ses effets d'une manière proportionnée à son intensité et à la brusquerie de l'arrêt. Entre autres effets, les j valvules ou le robinet, ainsi que particulièrement les parois du conduit auquel ils sont contigus, sont mis en vibration par le liquide dont le cours est subitement arrêté; ces parois réagissent secondairement elles-mêmes Sur le liquide proportionnellement à leur élasticité, et l'on voit son reflux dans le bassin qui en est la source. Ces vibrations, dues à la pression brusque, car il n'y a pas de choc possible dans ces conditions, sur les soupapes ou le robinet oblitérateurs et sur les parois du conduit, peuvent aller jusqu'à les rompre, mais habituellement elles ne font que les mettre en vibrations sonores; c'est ce qui a lieu pour les parois du cœur et des artères comme pour les valvules qu'elles portent; d'où un bruit brusque comme l'arrèldu liquide, comme la pression, et alors semblable à celui que causerait un choc également brusque, bien que la cause soit différente. C'est cette : vibration des valvules auriculo-ventriculaires et des parois des ventricules qui cause le premier bruit, tandis que celle des valvules et de la paroi des artères aorte et pulmonaire cause le second bruit. Un liquide en mouvement dans un tube perd en pression sur la'face interne de celui-ci ce qu'il gagne en vitesse ; or, dans cet arrêt subit, le liquide regagne brusquement en pression ce qu'il perd de rapidité,

— Tension artérielle. Cette tension augmente à chaque ondée sanguine qui passe du cœur dans l'aorte ou l'artère pulmonaire. Elle { pousse le sang vers les extrémités de ces j vaisseaux ; mais, les valvules sigmoïdes met- | tant obstacle à la rentrée de celui-ci , la tension le chasse en fait vers les capillaires et devient la cause prochaine du mouvement du sang dans l'arbre circulaire. La tension diminue à mesure qu'on s'éloigne du cœur et elle est d'autant plus grande que le sang s'échappe plus lentement d'une artère.

— Philos. V. stoïcisme.

TENSON s. m. (tan-son — bas lat. tensio, proprement dispute, querelle, procès; du lat. tendere, tendre, qui a dans contendere le sens de disputer. Cette étymologie impose au mot tenson le genre féminin, et il est réellement de ce genre dans les vieux textes et dans beaucoup de traités modernes de littérature

TENS

L'Académie l'a doue fait à tort masculin). Ane. littér. Discussion en vers, dialogue entre deux ou plusieurs personnages^sur une question contentieuse de galanterie : Les poésies des troubadours offrent quelques exemples de tbnsons à trois interlocuteurs. (Acad.)

— Encycl. Littér, Le tenson, exercice favori des cours et des puys d'amour, était, comme l'indique son nom, une lutte, le plus souvent courtoise, quelquefois cruelle et sanglante... en paroles. C'était bien certainement un ressouvenir de ces belles églogues virgi- .liennes où deux bergers se disputent le prix du chant et de la poésie, en racontant alternativement leurs peines et leurs amours : .... Amant alterna Camœnx.

Le tenson ne fut, sinon comme fond, du moins comme forme, que l'églogue mise en action, Les deux troubadours, désireux d'entrer en lice, se présentaient devant l'aimable tribunal des châtelaines, une harpe à la main ; l'un d'eux préludait, proposait le sujet du débat et chantait une strophe; l'autre après lui chantait dans le même rhyihme et sur le même air une réponse à la strophe précédente ; il y avait ordinairement cinq couplets. La lutte terminée, le tribunal féminin rendait un arrêt en vers uussi. Ces dialogues en vers étaient le plus souvent improvisés; parfois même la lutte poétique cachait mal de vieilles et profondes haines entre les deux tenants. Dans un tenson qui nous reste, Albert Malespina et Rambaud de Vaqueivas s'accusent à l'envi de vol, de meurtre, de parjure; la rudesse des mœurs perçait parfois sous l'élégante galanterie de ces luttes en apparence si courtoises. La plupart du temps, l'expression des sentiments est délicate et raffinée.

Martial d'Auvergne , qui vivait vers la fin du xv& siècle, a écrit un Recueil des arrêts d'amour, au nombre de 51. La première édition est de Paris (1528). Voici le début du poème :

Environ la fin de septembre

Que Taillent violettes et flours,

Je me trouvai en la grand'chambrc

Du noble parlement d'amours.

Il y avait, dit-il, les seigneurs laïcs, les conseillers d'Eglise :

Après y avoit les déesses

En moult grand triomphe et honneur,

Toutes légistes et clergesses

Qui sa voient les décrets par cueur.

Leurs habits sentoient le cyprès

Et le musc si abondamment,

Que l'on n'eust sçeu estre au plus près

Sans esternuer largement.

Un des plus anciens et des plus jolis tentons est celui où Sordello discute, contre Bertrand de Boni, sur l'amour, la chevalerie et le goût des armes :

Sordello. S'il vous fallait perdre la joie des dames, renoncer aux amies que vous avez jamais eue3, que vous aurez jamais; sacrifier à la dame que vous aimez le mieux l'honneur que vous avez acquis ou que vous acquerrez par les combats, lequel choisiriezvous?

Bertrand. Les dames que j'aimais m'ont si longtemps refusé, j'ai reçu si peu de bien d'elles, que je ne puis les comparer à la chevalerie; que votre part soit la folie d'amour dont la jouissance est si vaine; courez après ces plaisirs qui perdent leur prix dès qu'on les obtient, mais dans la carrière des armes je vois toujours devant moi de nouvelles conquêtes à faire, une nouvelle gloire à conquérir.

Sordello. Où donc est la gloire sans amour? Comment abandonner la joie et la galanterie pour les blessures et les combats? La soif, la faim, l'ardeur du soleil ou les rigueurs du froid sont-elles préférables à l'amour? Ah I c'est volontiers que je vous cède ces avantages pour les joies souveraines que j'attends de ma belle.

Bertrand. Quoi donc I Oserez-vous paraître devant votre amie si vous n'osez prendre les armes pour combattre? 11 n'y a point de vrai plaisir sans la vaillance. C'est elle qui élève aux plus grands honneurs ; mais les folles joies de l'amour entraînent l'avilissement et la chute de ceux qu'elles séduisent.

Sordello, Pourvu que je sois, brave aux yeux de celle que j'aime, peu m'importe d'être méprisé des autres. Que je tienne d'elle tout mou bonheur, je ne veux point d'autre félicité. Allez; renversez les châteaux et les murailles, et inoi je recevrai de mon amie un doux baiser 1 Vous gagnerez l'estime des grands seigneurs français ; mais combien je prise ses innocentes laveurs plus que les plus beaux coups de lance I

Bertrand. Mais, Sordello, aimer 'sans valeur, c'est tromper celle qu'on aime. Je ne voudrais pas de l'amour de celle queje sers, si je ne méritais pas son estime; un bien si mal acquis ferait mon malheur. Gardez doue les tromperies d'amour et laissez-moi l'honneur des armes, puisque vous êtes assez insensé pour mettre en balance un bonheur faux avec une joie légitime.

Chez les trouvères qui s'exerçaient aux mêmes luttes, le tenson prenait plus volontiers le nom de jeux partis. L'institution de ces jeux poétiques datait, chez les Normands, du xiie siècle, époque à laquelle le tenson des trouvères s'appelait parture; il en est

question dans les Romans de la Table ronde, et le caractère de cette lutte poétique y est clairement désigné. Dans son acception générale, le feiison figurait au nombre des principaux genres poétiques du moyen âge :

Regrets, tensons.

Pleurs et chansons

Sont les façons D'amoureuse chevalerie.

{Blason des fausses amours.)

TENSVFT, TENS1F ou OUED-M ARAKCI1, rivière du Maroc. Elledescenddu versantN.-O. du Haut-Atlas, coule au S.-O., au N.-O. et se jette dans l'Atlantique , à 32 kilom, N. de Safi, après un cours de 400 kilom.

TENTACULAIRE adj, (tan-ta-ku-lè-re — rad. tentacule). Zool. Qui a rapport aux tentacules ; qui est de la nature des tentacules ■ Appareil tentaculairb.

— s. m. Helminth. Syn. de Hamulaire, genre de vers nématoïdes. Il Autre genre de vers, voisin des tétrarhynques.

— Encycl. Les tentaculaires sont caractérisés par un corps oblong, presque cylindrique, en forme de sac, un peu renflé en massue, uni, dépourvu de bouche proprement dite, mais ayant l'extrémité antérieure obtuse, revêtue d'un double lobe rabattu, et terminée par quatre tentacules ou trompes rétractiles, hérissées de crochets égaux, com-

P osées d'articles ou segments qui rentrent un dans l'autre comme les tubes d'une lunette ; le tout est renfermé dans une sorte de sac. Ces vers vivent en parasites dans le corps des poissons. L'espèce type a été trouvée sur le foie de la coryphène dorade, d'où le nom de tentaculaire de la dorade; le sac renferme un liquide rougeâtre, et l'animal, retiré de l'intérieur de ce sac, continue à vivre pendant quelque temps si on le maintient dans co liquide ou dans le sang du poisson. On trouve aussi des tentaculaires dans le corps des tortues marines et de quelques mollusques céphalopodes.

TENTACULE s. m. (tan-ta-ku-le — lat. fictif tentacutum; de teniarc, essayer). Zool. Nom donné à des appendices mobiles, non articulés, de formes diverses, que possèdent beaucoup d'animaux et qui servent le plus souvent d'organes de tact.

TENTACULE, ÉE adj. (tan-ta-ku-lé — rad. tentacule). Zool. Pourvu de tentacules: Animaux tentacules.

TENTACUL1FÈRE adj. (tan-ta-ku-li-fè-re — de tentacule, et du lat. fero, je porte). Zool. Qui est muni de tentacules.

— s. m. pi. Ordre de mollusques céphalopodes, comprenant les genres qui ont la bouche entourée de nombreux tentacules, comme les nautiles : Tous les tkntaculiféres vivent dans ta loge supérieure d'une coquille cloisonnée^ (G. Bibron.)

TENTACULIFORME adj. (tan-ta-ku-lifor-me — de tentacule et de forme). Zool. Qui est en forme de tentacule : Appendices tentaculiformes .

TENTANT, ANTE adj. (tan-tan, an-te — rad. tenter). Qui tente , qui fait naître un désir , une tentatioa : Occasion tentante. Votre proposition est bien tentante.

TENTATEUR, TRICE adj. (tan-ta-teur, tri-se — lat. tentator; de lentare, tenter). Qui tente, qui sollicite au mal : Les inspirations tentatrices du démon. Ils s'endormirent, bercés par ces réminiscences tentatrices et diaboliques. (Balz.)

— Esprit tentateur ou substantiv. Tentateur, Démon qui tente les hommes, les porte à pécher : Résister d 2'esprit tentateur. Les grands son( plus exposés que les autres hommes aux séductions et aux pièges du tentateur. (Boss.)

— Substantiv. Personne ou être personnifié qui tente, qui induit en tentation : Fermer l'oreille aux suggestions <tes tentateurs et des tentatrices. L'esprit est le vrai tentateur de ta conscience et le premier instigateur du péché. (Proudh.) Il se voyait aux prises avec la plus dangereuse des tentatrices, son imagination. (G. Sand.)

TENTAT1F, ive adj. (tan-ta-tiff, i-ve — lat. fictif, tentativus; de tentare, tenter). Philos. S'est dit d'une méthode basée sur des essais, des expériences.

— Ane. logiq. Syllogisme tentatif, Syllogisme dans lequel l'une des prémisses étant certaine, l'autre hypothétique, on vérifie celle-ci au moyen de la conclusion, démontrée vraie ou fausse par une autre voie.

tentation s. f. (tan-ta-si-on — lat. ten~ tatio; de tentare, tenter). Désir, mouvement intérieur, qui nous porte à faire une chose, et qui est accompagné d'hésitation : J'avais la tentation de lui répondre. Vous n'avez pas su résister à la tentation. La tentation <j été trop forte. J'ose dire que, de toutes les tentations, celles dont les princes ont le plus à se garder, ce sont celles qui les poussent à tirer tout ce qu'ils peuvent de leurs sujets. (Vauban.) Avouons de bonne foi qu'il n'y a point de tentation égale à celle de la puissance. (Boss.) La tentation de mat faire augmente avec les facilités. (J.-J. Rouss.)

— Théol. Attrait, séduction du péché; moyen que le démon emploie pour nous faire '

TENT

commettre Je mal : Ne nous induisez point en

tentation. (Evangile.)

Vous êtes donc bien tendre à la tentation ?

Molière.

La flamme est l'épreuve du fer, La tentation l'est de l'homme.

Corme ille.

Il Epreuve à laquelle Dieu soumet l'homme pour fortifier sa vertu. Il On personnifie quelquefois la tentation :

Tentation, fillt: d'Oisiveté,

Ne manque pas d'agir de son côté.

La Fontaine.

— Eneycl. Théol. mor. Quand il est dit dans l'Ecriture que « Dieu tente les hommes, » cela ne veut pas dire qu'il leur tend des pièges pour les faire tomber dans le péché ; mais cela veut dire qu'il met leur vertu à l'épreuve, soit par des commandements difficiles, soit par de grandes afflictions. En style de théologie, tenter Lieu, ce n'est pas vouloir l'exciter au mal, mais c'est vouloir mettre sa toute-puissance et sa volonté à l'épreuve; c'est dans ce sens qu'il est dit, dans les commandements : * Vous ne tenterez pas le Seigneur (votre Dieu. » Quand on lit dans la Genèse que Dieu tenta Abraham, cela signitie qu'il mit son obéissance à l'épreuve. A ce sujet, saint Paul dit : « Abraham obéit, parce qu'il croyait que Dieu peut ressusciter un mort j ce n était plus là tenter Dieu, puisque Dieu lui avait promis qu'Isaac serait la tige de sa postérité. » Le même apôtre dit un peu plus loin : » Parce que vous étiez agréable à Dieu, dit l'ange à Tobie, il a fallu que la tentation vous éprouvât. » — « Dieu permit, ajoute l'écrivain, que cette tentation survînt à Tobie, afin de donner aux. hommes un exemple de patience. »

A cette définition de la tentation, en matière de religion, on a objecté que Dieu ne doit point avoir besoin de nous tenter pour savoir ce que nous ferons, puisqu'il connaît l'avenir, et que, du reste, ce n'est pas là le fait d'un Dieu juste, bon, infiniment parfait. Les Pères de l'Eglise répondent que nous avons besoin d'être mis à I épreuve : 1° afin d'apprendre par expérience ce dont nous sommes capables; 2° afin que nous donnions des exemples héroïques de vertu; 3<> afin que nous soyons ou encouragés par notre fidélité à Dieu, ou humiliés par nos chutes. Nos lecteurs jugeront si c'est là véritablement une réponse satisfaisante.

Dans le Nouveau Testament, tenter signifie quelquefois exciter ou solliciter au mal ; mais tentation signifie aussi épreuve comme dans l'Ancien. Quand on dit à Dieu, dans l'Oraison dominicale : «Ne nous induisez pas en tentation, » cela ne veut pas dire ; ne nous tendez pas de pièges pour nous faire pécher, mais cela signifie : ne mettez point notre faiblesse à de trop fortes épreuves, et donnez-nous la force nécessaire pour éviter le mal

Une des questions qui furent agitées entre les Pères de l'Eglise et les pélagiens était de savoir si l'homme peut résister iiun tentations sans le secours de ia grâce divine. Les pélagiens le soutenaient vigoureusement et ils furent condamnés par l'Eglise, et notamment par le concile de Trente, en ces termes : • Si quelqu'un dit que la grâce divine est donnée par Jésus-Christ, seulement afin que l'homme puisse plus facilement vivre dans la justice. et mériter ia vie éternelle, comme s'il pouvait faire l'un et l'autre, mais difficilement et avec peine, par le libre arbitre, sans la grâce, qu'il soit anathème. Si quelqu'un enseigne qu'il peut pendant toute sa vie éviter tous les péchés, sans un privilège spécial de Dieu, comme l'Eglise le soutient à l'égard de la sainte Vierge, qu'il soit anathème. ■

Cela n'a pas empêché Basnage de lutter et de continuer à combattre les Pères de l'Eglise ; il prétend que sur ce sujet les théologiens catholiques sont partagés eu cinq opinions différentes : 1« les uns ont dit qu'on pouvait, sans la grâce, éviter toutes les tentations contraires au droit naturel et observer toute la loi de nature, non-seulement pendant quelque temps, mais durant le cours entier de la vie; 2° les autres ont cru qu'on pouvait vaincre quelques t&Uations particulières et éviter quelques péchés, mais qu'on ne pouvait les vaincre toutes, ni observer tous les préceptes sans le secours de la grâce ; 3° les autres n'ont accordé à l'homme que la force de surmonter quelques tentations, mais non celle de résister à des tentations violentes; 4° on pourrait former une longue liste des scolastiques qui ont cru qu'on pouvait faire une œuvre moralement bonne, sans la grâce, par un simple concours de Dieu, qui donne le mouvement et l'action aux créatures; 5° il y en a d'autres qui ont soutenu la nécessité de la gràse, soit pour vaincre toutes les tentations, pour éviter tous les péchés, soit pour faire le bien.

La plus célèbre des tentations, dans le Nouveau Testament, est celle de Jésus-Christ dans le désert. On a trouvé scandaleux de voir écrit dans les Evangiles que le Sauveur ait permis au démon de le tenter : ■ C'était, disait-on, accorder à l'ennemi du salut un pouvoir injurieux à la dignité du fils de Dieu. > A cela les Pères de l'Eglise ont répondu qu'il n'était pas plus indécent pour le Sauveur du monde d'être tenté, que d'être revêtu des faiblesses de l'humanité, d'être injurié, ou-

TENT

tragé et crucifié par les Juifs. D'autres ont prétendu que la tentation de Jésus-Christ au désert ne s'est point passée en réalité, mais seulement en songe. Nous ne nous arrêterons pas à discuter ces questions, mais nous en poserons une autre : qu'on explique comme on voudra le rôle de Jésus tenté, il reste encore à expliquer celui du démon tentateur. Or le démon, qui passe pour si rusé, si clairvoy nt, à qui tout ce qui arrive sur la terre est connu, ne pouvait ignorer la naissance miraculeuse de Jésus, l'apparition de l'étoile aux mages, celle des anges aux bergers, le miracle qui signala le baptême de Jésus par Jean-Baptiste et plusieurs autres faits qui, ayant suffi pour le faire connaître comme Fils de Dieu par Jean, devaient suffire aussi pour le démon. Dès lors, comment concevoir que le démon ait été assez simple pour tenter celui qu'il devait savoir impeccable? « Si tu- es le Fils de Dieu, dit-il d'abord à Jésus, commande que ces pierres deviennent des pains. » Comme Jésus venait de subir un jeûne de quarante jours dans le désert, il devait avoir faim, et cette première tentation paraît assez bien amenée. Ensuite le diable emporte Jésus sur le pinacle du temple, et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas; les anges te soutiendront et tu ne courras aucun risque de blesser tes pieds en tombant sur la pierre. » Jésus lui répondit que, d'après l'Ecriture, nul ne devait se permettre de tenter le Seigneur son Dieu. Singulière tentation , et plus singulière réponse 1 Est-ce que les commandements de l'Ecriture sont faits pour Satan, qui se fait gloire d'être en révolte ouverte contre Dieu? Et conçoit-on que Jésus parle au diable comme si l'ordre donné par Dieu pouvait le toucher? Enfin le tentateur transporte Jésus sur une haute montagne, d'où il lui montre tous les royaumes de la terre, et lui dit : « Je te donnerai tout cela si, tombant à mes pieds, tu m'adores. ■ Là, nonseulement le diable paraît ignorer complètement à qui il parle, mais il agit et il parle comme s'il avait affaire à un insensé. La montagne avait beau être haute, un insensé seul pouvait croire que la vue embrassait de là tous les royaumes de la terre; la promesse du diable elle-même ne pouvait être prise au sérieux par aucun homme de bon sens. Les théologiens se sont torturé l'esprit pour trouver un sens raisonnable à cette scène bizarre d'un Dieu qui se laisse ainsi tenter par le diable, et non-seulement ils n'ont pas réussi à en montrer la possibilité, mais ils n'ont pu même parvenir à y trouver une utilité, un sens quelconque, en la supposant possible.

Tentation de «ni ni Antoine (LA), par Gustave Flaubert (1874, 1 vol. in-S°). Au début de ce livre étrange et hardi, que l'auteur avait annoncé longtemps d'avance et dont V Artiste avait donné quelques morceaux qui avaient piqué la curiosité publique, saint Antoine est assis dans sa cabane ou sa cellule, occupé k faire des nattes. Mais le démon de l'hallucination est là qui guette sa proie, et Antoine s'endort. Pendant son sommeil, une foule de visions fantastiques se présentent à lui pour le tenter en attaquant l'un après l'autre tous ses appétits charnels. On trouve dans cette première partie du livre des tableaux tracés de main de maître, le talent descriptif de M. Flaubert s'est donné libre carrière, et l'on pourrait citer nombre de pages étincelantes, aussi pittoresques que les plus belles pages de Salammbô.

Après les tentations de la chair viennent celles de l'esprit. Hilarion, ancien disciple d'Antoine, apparaît tout à coup; une longue discussion s engage entre eux, et Hilarion commence par saper la foi de son ancien maître dans ses fondements. Il montre toutes les contradictions, toutes les invraisemblances de l'Ancien Testament, et Antoine, ne sachant quoi répondre, se voit obligé de dire : ■ L'Ancien Testament, je l'avoue, a des obscurités... mais le Nouveau resplendit d'une lumière pure. » — «,Cependant, réplique Hilarion, l'ange annonciateur, dans Matthieu, apparaît à Jdseph, taudis que dans Luc c'est à Marie, L'onction de Jésus par une femme se passe, d'après le premier Evangile, au commencement de sa vie publique et, selon les trois autres, peu de jours avant sa mort. Le breuvage qu'on lui offre sur la croix, c'est dans Matthieu du vinaigre avec du fiel, dans Marc du vin et de la myrrhe. Suivant Luc et Matthieu, les apôtres ne doivent prendre ni argent ni sac, pas même de sandales et de bâtons ; dans Marc, au contraire, Jésus leur défend de rien emporter si ce n'est des sandales et un bâton. Au contact de l'hémorroïdesse, Jésus se retourna en disant : « Qui » m'a touché ?» Il ne savait donc pas qui le touchait? Cela contredit l'omniscience de Jésus. Si le tombeau était surveillé par des gardes, les femmes n'avaient pas k s'inquiéter d'un aide pour soulever la pierre de ce tombeau. Donc, il n'y avait pas de gardes ou bien les saintes femmes n'étaient pus là. A Emmaùs, il mange avec ses disciples et leur lait tâter ses plaies. C'est un corps humain, un objet matériel, pondérable, et cependant qui traverse les murailles. Est-ce possible?

■ Pourquoi reçut-il le Saint-Esprit, bien qu'étant le Fils? Qu'avait-il besoin du baptême, s'il était le Verbe? Comment le diable pouvait-il le tenter, lui, Dieu?

TENT

■ Est-ce que ces pensées-là ne te sont jamais venues? • — Antoine répond : « Oui!... » souvent I Engourdies ou furieuses, elles » demeurent dans ma conscience. Je les » écrase, elles renaissent, m'étouffent; et je ■ crois parfois que je suis maudit. «

La discussion continue, et Hilarion évoque tour à tour le souvenir de tous ceux qui attaquèrent le christianisme dès les premiers siècles de son histoire ou qui voulurent en modifier les dogmes. Puis nous voyons défiler les dieux de tous les pays et de toutes les. époques; c'est l'histoire à grands traits de l'esprit humain et de toutes les erreurs qu'il a successivement prises pour la vérité, dont le tableau, revêtu de magiques couleurs, passe rapidement sous nos yeux.

Ensuite Hilarion prend la figure d'un archange et s'appelle la Science ; sous cette forme nouvelle il dévoile le secret de l'univers, les lois de la matière et de l'étendue, il détruit toutes les illusions et les remplace par la réalité. Pour donner une idée exacte de cette dernièje partie de l'ouvrage, nous citerons quelques lignes empruntées à un compte rendu donné par le journal le Temps:

■ Mon royaume, dit Hilarion, est de la di- » mension de l'univers. Je vais affranchissant » l'esprit et pesant les mondes... On m'ap- » pelle la Science. » Antoine veut écouter l'harmonie des planètes. « Tu ne lçs enten- » dras pas. Tu ne verras pas non plus l'an- » tichthone de Platon, le foyer de Philolaùs, » les sphères d'Aristote, ni les sept cieux, des » Juifs, avec les grandes eaux par-dessus la » voûte de cristal... Jamais le soleil ne se » couche. La terre n'est pas le centre du » monde. — Mais, s'écrie le malheureux » moine, quel est le but de tout cela? — lln'y » a pas de but... L'exigence de ta raison fait- » elle la loi des choses? — Pourtant, la créa- » tion? — Si Dieu a créé l'univers, sa provi- » dence est superflue. Si la providence existe, » la création est défectueuse. — Mais la jus- » tice suprême? — Le mal et le bien ne con- » cernent que toi. — Mais la prière? — Tu " désires que Dieu ne soit pas Dieu; car s'il » éprouvait de l'amour, de la colère ou de la » pitié, il passerait de sa perfection à une » perfection plus grande ou plus petite. — » Un jour, cependant, je le verrai. — Avec » les bienheureux, n'est-ce pas? Quand le fini » jouira de l'infini dans un endroit restreint » enfermant l'absolu? »

» Après avoir assené avec une implacable rudesse ces phrases qui portent coup, Hilarion, le diable, la science, s'attaquant à l'unique fondement de nos connaissances, la certitude de la sensation, lance le trait final : « Peut-être qu'il n'y a rien? »

Le rêve d'Antoine so prolonge jusqu'aux premiers rayons du jour. Le solitaire se réveille, ne conservant qu'un vague souvenir des angoisses qu'il a souffertes dans sa chair et dans son esprit. Pour dissiper les derniers vestiges "des mauvais désirs et des doutes qui ont traversé son âme, il fait le signe de la croix et se remet en prière.

Tentation (la), comédie en cinq actes et six tableaux, en prose, par M. Octave Feuillet ; théâtre du Vaudeville (19 mars 1860). Camille de Vardes est mariée depuis dix-huit ans, c'est-à-dire qu'elle abordera bientôt la quarantaine, et elle se prend à pleurer la perte de ses illusions, elle regrette de ne pouvoir recommencer la vie. Entourée de sa mère, une vieille coquette, et de sa belle mère, une vieille prude, elle n'a personne qui la comprenne, elle n'a pas un cœur où elle puise déverser le trop-plein du sien. Son mari, Gontran de Vardes, ne l'aime plus que par habitude, et, un jour qu'elle se plaint à lui de son indifférence, il lui répond qu'il ne peut 'passer sa vie à ses pieds, et qu'après dix-huit ans de ménage il a cru pouvoir déposer la guitare. C'est bien là ce dont Camille se plaint, car il lui semble sentir en elle une éciosion nouvelle de désirs et d'aspirations. Sa fille, la rieuse et insouciante Hélène, ne peut comprendre l'air mélancolique et rêveur qui assombrit sans cesse les yeux de sa mère, et c'est pour celle-ci un nouveau sujet de tristesse. Cependant un jeune diplomate, George de Trévélyan, l'inconnu après lequel, sans le savoir, Camille de Vardes aspire depuis si longtemps, fait son apparition dans le château, et, fidèle à sa profession de séducteur, il dresse aussitôt ses batteries contre la vertu de Camille , qui se débat mollement et ne demande qu'à céder. Elle veut pourtant tenter un dernier effort en se décidant à quitter Paris avec son mari, qui ne désire rien tant, depuis bien des années, que de mener dans ses terres la vie de chasseur et de centaure. Aussi, pour faire ses adieux au monde, Camille donne dans son hôtel un grand bal, où elle signifie sa résolution à M. de Trévélyan. Mais au moment où elle éloigne le diplomate, elle acquiert la preuve de l'infidélité de son mari. La révolte s'em- . pace de son àme. Ahl si M. de Trévélyan revenait! Il revient en effet, et Gontran se trouve là, par hasard, à portée d'entendre ses protestations de dévouement, ses projets de fuite adressés à Camille. Alors le caractère du mari, jusqu'alors sacrifié, se révèle et se relève tout à coup. Il dépouille ses façons de sportsman pour redevenir gentilhomme et, après avoir forcé sa femme de rentrer dans le bal, il engage avec M. de Trévélyan une querelle futile et justifie ainsi

aux yeux du monde le duel qui aura lieu le lendemain. Avant de se rendre sur le terrain, Gontran signifie à sa femme qu'ils continueront à vivre sous le même toit, mais que, le jour où leur fille Hélène se mariera, ils feindront une discussion d'intérêts qui motivera de leur part une rupture complète. Six mois se passent, en effet, et les deux époux, convaincus mutuellement de leurs torts, se réconcilient la veille du mariage d'Hélène avec son cousin Achille de Kérouare, un des caractères les mieux réussis de la pièce. <■ La Tentation, dit M. Emile Montégut, est une combinaison de la Crise, du Cheveu blanc et du Pour et le contre, en sorte que cette pièce n'est autre que la donnée favorite des Proverbes de M. Octave Feuillet, agrandie et augmentée de manière à répondre aux exigences de l'optique et de l'acoustique théâtrale, i Cela est vrai; mais la combinaison est ingénieuse; l'auteur a su y joindre une foule de détails piquants, et en faire surgir quelques scènes véritablement dramatiques et émouvantes. Plusieurs caractères sont analysés avec une finesse remarquable, ceux entre autres d'Achille de liérouare et de Trévélyan; enfin, il est presque superflu de vanter l'élégance et la distinction du style de M. Octave Feuillet. M. Paul de Saint-Victor a relevé avec son tact et son esprit habituels cette sorte de parenté qui relie la plupart des pièces de M. Feuillet, et l'a caractérisée en ces termes : « M. Octave Feuillet, dit-il, est quelque chose comme le sonneur du tocsin conjugal, et il en tire des mélodies plaintives ou moqueuses qui moralisent sur les plus doux airs... Relisez le Pour et le contre, le Cheveu blanc, la Clef d'or, ce sont toujours les crises du mariage observées et calmées avec un tact infini : dégoûts du devoir, satiétés du bonheur domestique, envies maladives du fruit défend.!, nostalgie secrète des pays du vice. On pourrait comparer ce charmant théâtre k une infirmerie élégante comme un boudoir, où le poëte guérit les imaginations nerveuses et les coeurs fébriles, en leur administrant des élixirs de vertu. Les maladies qu'il traite se présentent d'ailleurs rarement à l'état aigu. Les maris n'éprouvent que des migraines libertines, ses jeunes femmes effeuillent rêveusement la marguerite de l'adultère. Elles aiment un peu — beaucoup — passionnément — puis pas du tout le séducteur qui les tente ; car, à l'instant critique, M. Octave Feuillet exorcise le démon, met le serpent en fuite et fait sortir de son nuage ■un nouveau quartier de lune de miel. »

Tentation (la), opéra-ballet en cinq actes, paroles de Cave, chorégraphie de Coralli, musique d'Halévy pour l'opéra, de Casimir Gide pour le ballet, représenté U l'Académie royale de musique le 20 juin 1832. Les légendes qui se rapportent a la tentation de saint Antoine dans le désert, la gravure de Callot et d'autres matériaux ont fourni le canevas de cette œuvre de mauvais goût. La forme en a été empruntée aux opéras-ballets des derniers siècles, et particulièrement au ballet des Eléments de Lalande et Destouches, représenté en 1725. Au point de vue musical, cet ouvrage renferme plusieurs morceaux d'un grand effet, notamment des chœurs. En suivant l'ordre de la partition, nous mentionnerons la prière : Coquette repentante, chantée par Mn'e Dabadie; la scène de l'enfer : ,Oui, te maitre l'a dit; la ronde des démons : O bruyante folie, qui est d'une originalité piquante; la patrouille des démons et les couplets : Sentinelles, MmeB Dabadie et Dorus, MAI. Alexis Dupont, Massol, Prévost, Wartel et Dérivis furent les interprètes de cet ouvrage qui, malgré la richesse des décors et la jolie musique de danse de Casimir Gide, ne pouvait braver longtemps le goût du public.

Tentation dans le désert (LA) OU la Tentation du CurUt. Iconogr. Au sujet de la manière dont il convient de représenter cet épisode évangélique, voici les renseignements que donnent les Analecta juris pontifiai (22e livraison), revue publiée k Rome : ■ Outre les affreux rochers dont les peintres remplissent le désert que Notre-Seigneur choisit pour sa retraite, ils feront bien d'y représenter des bêtes sauvages, suivant ce que nous lisons dans saint Marc : Eratque cuni bestiis. On peut représenter le tentateur sous forme humaine : les gens instruits goûtent même qu'on le peigne sous la forme d'un homme grave prenant tout l'extérieur de la sainteté, ce qui n'empêche pas de placer de petites cornes sur la tête, ainsi que des griffes aux pieds, pour la plus grande intelligence du spectateur. On peut croire que le démon changea de forme dans la seconde tentation, et qu'il se présenta sous la forme d'un ange, car l'enlèvement de Jésus-Christ sur le pinacle du temple est plus convenablement opéré par un ange que par un homme. Dans la troisième tentation, par laquelle Satan promettait tous les royaumes du inonde, on peut croire qu'il se présenta dans tout l'appareil de la majesté royale. Le pinacle était une balustrade qui entourait le toit du temple. Comment expliquer que Satan ait pu présenter tous les royames de la terre aux yeux de Notre-Seigneur? C'est vraisemblablement par l'effet d'une opération magique, qui présenta ce que le monde aime par-dessus tout, des palais magnifiques, des monceaux d'or et d argent, des trônes resplen-

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dissants , des habits de pourpre , etc. • La scène que les artistes représentent ordinnirement est celle que saint Matthieu raconte en ces termes : « Le diable le transporta encore sur une montagne fort haute, et, lui montrant tous les royaumes du monde et toute la gloire qui les accompagne, il lui dit : «Je te donnerai toutes ces choses, si, en te «prosternant devant moi, tu m'adores. » Mais Jésus lui répondit : a Retire-toi , Satan , car « il est écrit : Vous adorerez le Seigneur « votre Dieu, et vous n'adorerez que lui seul, s Rubens avait représenté ce sujet dans un tableau qui a malheureusement péri dans l'incendie de l'église des jésuites, à Anvers, en 1718, mais dont la composition nous a été conservée par une estampe de Christophe Jegher. Le ïintoret a peint une Tentation du Christ qui a été gravée par P. Van Lisebetten. Berseneff a gravé une figure du Tenlateur d'après le Titien pour la galerie du duc d'Orléans. Un tableau de J. Kônig, signé et daté de 1663 et qui a fait partie de la galerie Pommersfelden, représente Jésus rencontrant Satan au milieu d'un paysage très-accidenté. Une composition pittoresque et quelque peu fantastique a été gravée par Hieronymus Gock au xvi« siècle; le paysage, qui représente un bois et les bords d'un vaste lac, est dans le style de P. Breughel, qui pourrait bien, d'ailleurs, être l'auteur de la composition entière. D'autres gravures sur le même sujet ont été exécutées par Abraham Bosse, Gustave-Adolphe Muller (d'après Brandi), John King (d'après J. Breughel), Nicolas de Bruyn (1650J , M. -A. Cerquozzi , P. van den Berge (d'après Gérard de Lairesse), Crispin de Passe, G. Testana (d'après i). Piola), Perd. Landerer (d'après M. -J. Schmidt, 1760), Adr. Collaert (d'après Martin de Vos), etc. Plusieurs peintres de notre époque ont représenté la Tentation dans le désert. Nous décrivons ci-après le remarquable tableau dans lequel cette scène a été retracée par Ary Scheffer; parmi les autres compositions, it nous suffira de citer celles d'Edouard Berlin (Salon de 1841), Félix de Boischevalier (Salon de 1844], C.-J. Lecointe (Salon de 1SS1). Bida et Gustave Doré ont fait sur le même sujet de beaux dessins pour des éditions illustrées des Evangiles. Un sculpteur de talent, Capellaro, a exposé au Salon de 1868 un groupe représentant le Christ montrant le ciel à Satan accroupi k ses pieds et qui lui tend un sceptre royal ou impérial surmonté d'un aigle.

Tentation du Ciirlm (la), tableaux d'Ary Schetfur. La scène représentée est celle ou Satan montre au Christ, du haut de la montagne, tous les royaumes de l'univers. Il serait difficile de voir une figure plus calme, plus noble et empreinte d'une sérénité plus surhumaine que celle de Jésus debout sur la hauteur et jetant un regard de superbe indifférence sur le spectacle qui lui est offert. Satan, placé au second plan , est d'un trèsbeau caractère aussi et d'un beau dessin. Cette toile, qui n'a pas moins de 3>n,38 de hauteur sur 2m,35 de largeur, appartient au musée du Louvre. C'est une des dernières œuvres de Scheffer qui, par un travail de plusieurs années, s'est efforcé d'y atteindre aux dernières limites de L'expression.

Tentation de «alnt Antoine. IcOIlOgr. « Les

peintres qui ont voulu représonter des l'entalions de saint Antoine n'ont pas toujours respecté la décence; le Tintoiet, par exemple, a laissé échapper de son pinceau des compositions bien inconvenantes.» Ainsi s'exprime une revue dogmatique publiée à Rome sous le titre à' Analeeta juris pontifiai (22e livraison). Nous ne connaissons du ïintoret qu'une seule Tentation de saint Antoine, qui a été peinte par le grand artiste pour l'église des Saints-Gervais-et-Protais, & Venise, et qui a été gravée par Augustin Carrache (1582) et par Battista da Parma (1586); on y voit une femme très-décolletée qui remplit le rôle de tentatrice. Une peinture analogue de Paul Véronèse, qui appartenait autrefois à la cathédrale de Mantoue, fut apportée en France après le traité de Tolentino et se voit aujourd'hui au musée de Caen; un démon, sous les traits d'une femme aux robustes appas, s'est précipité sur le saint ermite et l'empêche de se relever, taudis qu'un second, d'un aspect moins séduisant, le menace d'un pied de cheval dont il est armé, comme d'une massue. Vasari parle de ce tableau, et Cadioli, dans sa Descrizione délie pitture di Atantova, le signale comme un chef-d'œuvre digne de figurer dans la plus belle galerie du inonde ; la couleur a malheureusement beaucoup poussé au noir. Vasari a donné de grands éloges à une Tentation de saint Antoine peinte, vers 1410, par Lippo Fiorentinodans le cloître du couvent de Sant'Antonio, à Florence. Parmi les autres compositions de l'école italienne sur le même sujet, nous mentionnerons celles d'Annibal Carrache (gravée par G. Audran, par Benoît Farjat et par Claude Stella), de Giulio Benso (église Saint- | Antoine, à la Fieve del Tecco, près de Gê- j nés), de Stefano di Giovanni (galerie de | l'Institut des beaux-arts, àSienne),deR.Manetti (église Saint-Augustin, à Sienne), de Camillo froeaccini (gravée par A. Blooteiingh et par V. Vaillant), de Salvutor Rosa. (au palais Pitti , gravée par Dequevauviiler), etc.

La Tentation de saint Antoine a été pour

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les artistes des écoles du Nord un prétexte à mettre en scène des démons aux formes les plus bizarres , les plus monstrueuses. Un chef-d'œuvre en ce genre est l'estampe de Martin Schôngauer que nous décrivons ciaprès. Les gravures de Lucas Cranacb (1500), Lucas de Leyde (1509) et Jérôme Bosch (1522) sont aussi des plus curieuses. A l'exemple de Martin SehOngauer, Cranuch a représenté saint Antoine enlevé à son ermitage et porté dans les airs par les démons. L'estampe de Lucas de Leyde diffère peu du tableau peint par le même maître et qui appartient à la galerie de Dresde : le vieil ermite s'est retiré à l'écart pour prier; il est assis nu pied d'un arbre, sur un rocher, ayant près de lui une croix et un livre ouvert, et tenant des deux mains un chapelet (dans la gravure, il appuie une main sur son livre); devant lui se dresse le diable , non plus un horrible monstre, mais un très-joli démon femelle vêtu d'une robe élégante, ayant une chaîne d'or au cou, présentant à l'ermite un sceptre et un vase d'or, symboles de la puissance et de lu richesse; n'était un bout «le corne qui sort du bonnet de la dame, il faudrait être saint Antoine lui-même pour deviner Lucifer en cette charmante personne. Le vieux moine baisse les yeux et fait une moue dédaigneuse que sa barbe blanche explique autant que sa sainteté. Ce tableau, qui est de forme ronde et qui n'a pas plus de 10 pouces de diamètre, est exécuté avec une remarquable iinasse. Il a été gravé au trait dans la Galerie de l'histoire et des arts de Réveil (VII, pi. 6). Outre son estampe datée de 1522, Jérôme Bosch a consacré plusieurs peintures à la l'enialion de saint Antoine. Il y en a trois au musée de Madrid, deux, au musée du Belvédère, à Vienne, et une au musée d'Anvers ; celle-ci est la plus remarquable: le saint est agenouillé dans une tour en ruine au milieu d'une multitude de démons aux formes les plus fantastiques.

Le musée d'Anvers possède une Tentation de saint Antoine par Martin de Vos ; la composition se divise en deux parties; dans la partie inférieure , le peintre a figuré une femme jeune, belle et richement parée, qui, serait, dit-on, le portrait de sa propre épouse; il l'a couronnée d'un bois de cerf et lui a mis dans les mains une cassette pleine d'or qu'elle offre à saint Antoine occupé à porter le cadavre de son ami saint Paul vers une fosse creusée par deux lions; des musiciens infernaux, montés, sur des oiseaux grotesques, forment un concert dont l'harmonie n'a pas l'air de captiver l'ermite. Dans la partie supérieure, saint Antoine, en robe rouge et manteau noir, est transporté à travers l'espace par une légion de démons plus ou moins hideux. Divers épisodes de la vie du saint ermite sont représentés dans le fond du paysage, sur le devant duquel se passe la scène de la tentation. Ce tableau formait autrefois le sujet central d'un triptyque qui ornait Ja chapelle de saint Antoine, dans la cathédrale d'Anvers.

Une Tentation de saint Antoine, par Henri de Blés, peintre flamand qui florissait au commencement du xvie siècle, se voit au musée de Bruxelles. Le saint est assis près d'un tertre, à l'entrée d'un ermitage construit entre deux vieux troncs d'arbres ; deux femmes nues, accompagnées dune vieille duègne vêtue de rouge, viennent le tenter; l'une d'elles lui présente un plat contenant une petite figure fantastique. Des diableries indescriptibles complètent cette composition. Au fond, des gens se baignent dans une rivière , sans se douter de la scène infernale qui se passe non loin d'eux.

La Tentation de saint Antoine, par Breugheld'Enfer.que possède le muséede Dresde, est une véritable fantasmagorie. Le bon saint, agenouillé à l'entrée d'une cabane construite sous un grand arbre, joint dévotement les mains et lit dans un grand livre ouvert devant lui; une belle jeune femme, en costume Catherine de Mèdicis, lui pose gentiment la main sur le bras pour attirer son attention; mais celte jolie souveraine a un cortège de diablotins si bizarres, si grotesques, si horripilants, que l'on conçoit très-bieu que l'ermite n'ose pas lever les yeux; il y en a partout, sur chaque pointe de rocher, sur le toit de la cabane , sur les branches des arbres et il en tombe des nuages. Un paysage trèsaccidenté, avec une ville incendiée, forme le fond du tableau. Réveil a donné une gravure au trait de cette composition dans sa Galerie de l'histoire et des arts (VIII, pi. 83). Un tableau de Breughel de Velours sur le même sujet appartient au musée du Belvédère ; la scène se passe dans une grotte, au clair de la lune; le démon est représenté par une jolie femme , qui ne réussit pas a détourner le saint ermite de la lecture pieuse à laquelle il se livre.

Au musée de Madrid, il y a une Tentation de saint Antoine de Juachiin Patenier, peintre flamand, contemporain de Henri de Blés. Saint Antoine, vêtu d'une espèce de robe de chambre, est assis sur une pierre; un grand diable le tire par sa cordelière et le fait chavirer, tandis qu'une jeune femme, en costume du commencement du xvic siècle, lui offre une pomme; deux autres jouvencelles viennent agacer aussi le bon ermite, et l'une d'elles se permet de lui prendre le menton. Une horrible mégère guide ce trio séducteur. Plus loin, on voit encore

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d'autres sémillantes diablesses tenter saint Antoine; deux sont attablées dans une barque que dirige la duègne, et l'une de ces deux soupenses est absolument nue.

Teniers est le peintre par excellence de la Tentation de saint Antoine; il a été précédé par les divers maîtres dont nous avons décrit les œuvres et il a sans doute profité de quelques-unes de leurs inventions, mais il a déployé lui-même une richesse d'imagination vraiment prudigieuse. Outre le tableau du Louvre auquel nous consacrons ci-après un article spécial, il a peint sur ce sujet plus de dix compositions différentes; il y en a une au musée de l'Ermitage, deux au musée de Madrid flitbograpbiées dans le recueil publié par Madrazo), deux au muséede Dresde, une dans la collection La Caze (au Louvre), une au musée de Florence, une au musée de Berlin, une au musée d'Amsterdam, etc. Diverses compositions ont figuré dans les ventes de la comtesse de Verrue (1737), Pasquier (1755), de Calonne (178s), Monlribiond (1754), Morelli (1786), Patureau (1857), Snn-Donato (1868), etc. Il serait trop long de décrire les nombreuses fantaisies imaginéespar Teniers; à défaut des œuvres originales, on peut consulter les gravures de Richard Houston, Bernard Baron, J.-Ph. Le Bas, L. Sullivan, Van den Wyngaerde, etc.

Notre Callot a gravé deux Tentations qui, pour l'abondance des détails et l'étrongeté des figures, ne le cèdent point à celtes de Teniers; nous décrivons ci-après la première composition : « Callot, qui croyait au diable, sa fût bien gardé d'en rire, a dit M. Arsène Houssaye. Il faut s'en prendre à son talent capricieux s'il a fait lo diable si espiègle. Tous les accessoires de son grand tableau nous paraîtraient moins grotesques si nous pouvions nous-mêmes croire un peu plus au diable. Toutes les allégories imaginées par Callot sont étranges, mais très-orthodoxes. L'idée de la Tentation lui vint à la lecture du Dante; il relut le grand poste italien , il alluma son imagination aux rayons lumineux et fantastiques de cet astre de poésie; enfin, il créa à son tour un poëme sur cuivre digne de l'autre poème par la fougue, la force et le délire, poème étrange qui sent bien son enfer et qui ferait peur au diable lui-même, » Le dessin original de cette estampe, que les amateurs appellent la Grande tentation, a paru h. la vente Quentin de Lorengère en 1744. L'estampe a été copiée dans le même sens par Pierre Picault, de Blois, et en contre-partie par Pacot et par J.-C. Baur; il y en a une reproduction sur bois dans VHistoire des peintres de tontes les écoles.

Des Tentations de saint Antoine ont été gravées par Adr. Collaert, Wolfgang Hamer, J. de Vivien (d'après A. van Heuvel), G. Nyts (eau-forte), B. Moncornet, A. Both, Juste Chevillet (d'après B. Beschey), Noël Cochin (d'après H. peyne et P. de Lussy), Ch.-Nic. Cochin le fils, etc. Citons aussi un tableau de Sébastien Frank, au musée de Dresde.

Plusieurs artistes de notre siècle ont peint des Tentât ions de saint Antoine; il nous suffira "de nommer : PaulDelaroche (petit tableau sur bois, payé 10,200 francs à la vente Pourtalès en 1865), Aug. van den Berghe (Salon de 1839), Jules Duval Le Camus (Salon de 1844), O. Tassaert (Salon de 1849 et Exposition universelle de 1885), E. Bertier (Salon de 1852), Louis Gallait (gravé par Joseph Bal), Eugène Isabey (Salon de 1869), Anatole Vely (même Salon), J.-S. Vibert (Salon de 1867). Inutile de dire que ces divers auteurs, laissant de côté la fantasmagorie diabolique des anciens maîtres, ont représenté le démon sous les dehors vraiment tentateurs du beau sexe. C'est ainsi que Paul Delaroche a représenté le vieil ermite enlacé par cinq jeunes femmes. T. Gautier a dit à propos du tableau de Tassaert : « Les Tentations de Teniers et de Callot sont absurdes et le diable n'était guère tin de faire danser sous les yeux de l'ermite des fantaisies hideuses et dégoûtantes. Un pauvre ascète, perdu dans les solitudes de la Thébaïde", halluciné par le jeûne, brûlé tout le jour aux réverbérations d'un soleil ardent, doit en effet être tenté, lorsque tout le personnel d'un opéra satanique vient exécuter autour de lui le ballet des séductions mondaines. Malgré son crâne jaune comme une tête de mort , sa barbe grise épanchée à flots senties sur sa Bible, sou corps de squelette disséqué sous le froc par les macérations, le saint homme a besoin du secours de la croix pour ne pas se laisser séduire à ces blanches nudités que la lune glace d'argent et qui se tordent dans la vapeur bleue, faisant reluire les rondeurs de leur torse, arrondissant leurs bras comme des écharpes, cambrant leurs reins souples avec des attitudes' provocatrices et voluptueuses Il rendre jalouses la Dolorés et la Peter Cainara. Comme les danseuses diaboliques ont beaucoup plus de ballon que les danseuses terrestres, elles s'élèvent jusqu'à la voûte de la grotte dans des poses de raccourci d'une grâce et d'une hardiesse extrêmes, qui développent leurs formes sous des angles imprévus ; d'autres font reluire à travers le cristal des flacons des vins de topaze et de rubis, tendent des coupes d'or ou présentent des corbeilles comblées de fruits; des gnomes étalent leurs trésors, diamants, perles, monnaies de toutes valeurs et de tous pays ; mais le saint ne se laisse pas plus tenter par l'avarice que par la gourmandise et la luxure. »

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Dans la composition, saint Antoine s'est endormi sur la Bible ; un pierrot rose se penche malicieusement vers lui et lui présente un chapeau de cardinal ; trois femmes , une blonde, une rousse et une brune, prennent les attitudes les plus voluptueuses et les plus provocantes; l'une d'elles, la rousse, assise près de l'ermite, lui présente la pomme de la séduction et espère bien prendre la revanche du malheur de notre mère Eve. Cette peinture, d'un coloris fort piquant, a été médaillée au Salon de 1867.

Tentation de saint Antoine (LA) OU Saint Antoine tounucnio par Icb démon», célèbre

estampe de Martin Schûngauer. Le second titre est beaucoup plus juste que le premier, car ce n'est pas une tentation, mais une véritable torture que les démons infligent au vénérable ermite. Ils l'ont transporté dans les airs, au-dessus des rochers arides où il a établi sa solitude, et ils le tiraillent en tous sens. Une horrible vieille, aux seins pendants, aux cornes de bélier et aux ailes de chauvesouris, lui arrache les cheveux et lui gratte l'oreille en ricanant. Trois autres démons le menacent de leur massue; l'un a le corps velu, la barbe d'un bouc, le museau d'un singe et la crête d'un oiseau; le second a le corps d'un insecte et le bec d'un oiseau de proie et tend une langue à deux dards, comme celle d'un reptile ; le troisième a quelque ressemblance avec un poisson et est pourvu d'une espèce de trompe. Une sorte do salamandre, dont le museau est orné d'une pointe, est suspendue au bras droit de l'ermite et cherche à lui dérober sa gibecière. Quatre antres diables, armés de griffes et de cornes, sont accrochés à son manteau, Usa cordelière et se livrent aux plus affreuses contorsions; l'un d'eux a des ailes sans plumes, garnies de suçoirs. Et, au milieu de celte sarabando infernale, le bon Antoine garde une imperturbable sérénité.

Cette composition , d'un caractère trèsfantastique et très-original, charma tellement Michel-Ange, que ce maître, dans sa jeunesse, en coloria un exemplaire. Elle a été reproduite en contre-partie par un graveur anonyme du xvi» siècle et par Raphaël de Moy ; l'estampe de ce dernier porte cette inscription : Qui non est tentaius quid scit? « Que sait celui qui n'a pas été tenté? »

Tentation de ceint Antoine (la), par Callot. Malgré l'énorme quantité île diables effrayants, de monstres, de squelettes et de choses sans nom qui grouillent, rampent ou volent dans cette immense composition, elle est d'un aspect calme et sévère dans sa disposition. Un diable énorme se détache en noir dans le haut de la planche ; la tête en bas, le torse en perspective, il plane sur la terre entière. Ses ailes de chauve-souris se déploient; une lourde chaîne l'attache par sa patte d oiseau fabuleux à une roche noire qui s'étend au bord de l'encadrement; de sa gueule ouverte s'échappent des légions de diables qui s'en vont en gambadant, avec d'affreuses grimaces, se joindre aux innombrables démons et aux bêles étranges qui s'agitent en bas. Saint Antoine est k gauche, sous une voûte en ruine, en tout sens tiraillé par un groupe d'êtres sans nom. Il y a de tout, des serpents à tête de singe, des rats a. bec d'oiseau et à carapace de tortue, des crapauds monstrueux, à masque de vieillard en lunettes et qui portent l'épée an côté; il y a même une femme, et elle est jolie, malgré se3 cornes et ses griffes. Elle montre, pour agacer le pauvre ermite , une plantureuse poitrine, des flancs souples et un visage séduisant; mais elle se retire, désespérée d'une résistance inattendue et peu flatteuse pour elle.

Deux squelettes ventrus , à carcasse de vautour, à crAne de bœuf, à hure de sanglier, sont debout au premier plan sur un éclat de rocher. Ces graves personnages paraissent prendre en grande pitié les souffrances du saint, doni ils regardent la lutte avec intérêt; l'un d'eux en est tellement occupé qu'il abandonne la lecture d'un vieux bouquin. Derrière ces énormes bêtes, un toudarci, qui possède une face de pore, des luneltes et porte le mousquet à la main, guette le moment d'ajuster saint Antoine. Il sourit, en attendant, de voir devant lui le pauvre compagnon de l'ermite, le fameux cochon, courir tout affolé de l'opération bizarre que lui fait, par derrière, un diablotin facétieux. Un superbe saumon se prélasse dans une armure de chevalier moyen a.ge; il est monté sur deux roues attachées à ses flancs bardés de fer et porte fièrement un petit sabre de bois ; c'est à la fois un saumon, un chevalier et an canon ; un caniche à cheval sur son dos le tient par la bride, pendant qu'un artilleur met le feu derrière. A travers des tourbillons de flamme et de fumée, le saumon-chevalier-canon lance un terrible pêle-mêle de toutes les armes connues au temps d? Callot. Cette mitraille est à l'adresse de saint Antoine. A gauche, du haut d'un sombre rocher une légion de soldats de l'enfer, avec ui diable noir en guise de drapeau, s'élancenc dans la mêlée; un peu plus bas, au second plan, une femme aussi jolie que la première s'assied en riant sur les dernières vertèbres d'un squelette colossal dont les côtes touchent le sol. Deux grands animaux, qui tiennent ensemble de l'éléphant, du dindon, ae l'homme, du dromadaire, s'avancent portant

TENT

Bur le dos deux diables musiciens. Tout autour, en grappes pittoresques, des démons gambadent dans le vide. Il y a dans ces groupes innombrables une variété de mouvements et d'allures qui effraye l'imagination.

Tentation de «ainl Antoine (LA), tableau de

David Teniers le jeune ; musée du Louvre, n» 514. Dans une grotte le saint, vu de profil, tourné à dioite, est agenouillé, les mains jointes, devant un livre placé contre une tête de mort qui repose sur un fragment de roche , ainsi qu'un crucifix en bois, un sablier, une cruche sur laquelle est perché un oiseau fantastique, moitié œuf, moitié poulet. Un démon, coitfé d'un chapeau où est attachée une carotte, met sa griffe droite sur le capuchon du saint et lui présente de l'autre un verre de vin. A gauche, un animal a tête décharnée, portant une chouette sur son dos. Plus loin, une vieille femme avec des cornes lit un papier qu'elle tient à la main. Derrière elle, près d'une ouverture de la grotte, trois animaux, monstrueux. Dans la partie supérieure, une chauve-souris volant, un poisson et d'autres bêtes hideuses sur un rocher. Par terre, au premier plan, à droite, trois livres et une séljile de bois. Signé : D. Teniers fecit. Ce sujet, déjà traité de mut ti de maître par Lucas et par P. Breughel, l'a été plusieurs fois par Teniers lui-même, et le musée seul de Madrid possède trois Tentations de lui; mais aucune n'a été traitée avec plus de verve, plus d'ingénieuse drôlerie que celle de ce maître, finement touchée comme toujours, admirablement peinte et composée. Celte toile a été gravée par Filhol. Elle faisait partie de la collection de Louis XV11I.

TENTATIVE s. f. (tan-ta-ti-ve — rad. tenter). Action ayant pour but de faire réussir un projet : Tentative de meurtre. Faire une tentative, une tentativb inutile. De fausses tentatives peuvent nuire aux meilleurs moyens. {J.-J. Rouss.) Le complot n'est qu'une tentative de crime, souvent même un simple projet de tentative. (Guizot.)

— Théo], Thèse qui constituait le premier essai de celui qui voulait être reçu bachelier en théologie : Il asouienu sa tentative.

— Encycl. Jurispr. La culpabilité morale d'un homme, depuis le moment où il conçoit un crime ou un délit jusqu'à celui où il l'exécute, passe par trots périodes bien distinctes. Dans la première période, il a l'idée du crime ou du délit; il s'arrête à cette idée et forme une résolution. Cette résolution formée, il se livre à la préparation du crime ou du délit, qui est la deuxième période. La préparation terminée, il ne reste plus que l'exécution, qui constitue la troisième période. Il peut arriver que les trois périodes ne soient pas parcourues entièrement et que l'agent ne parvienne point à la consommation du crime, soit par un motif indépendant de sa volonté, soit qu'il abandonne son projet proprio motu. Dans l'ordre moral, la culpabilité commence à la première période-, mais suivant lus idées généralement reçues aujourd'hui, pour que le mal moral soit punissable, il est nécessaire qu'il soit nuisible à autrui, qu'il porte atteinte au droit soit de la so.-iété, soit des individus. Par conséquent, la culpabilité qui ne franchit point la première période ne saurait être atteinte par la loi, car elle n'est encore qu'un acte interne hors du domaine de la justice ; car la pensée ne peut d'ailleurs être contrôlée, asservie, réprimée, tant qu'aucun acte matériel ne vient la dévoiler. La tentative n'est donc punissable qu'autant qu'il y a des actes extérieurs d'exécition qui viennent la prouver.

L'ancienne législation punissait la tentative •suivant la gravité des actes commis; elle admettait à cet égard une distinction entre les actes prochains et les actes éloignés. Elle punissait les actes prochains , c'est-à-dire ceux qui touchaient à l'exécution du crime, comme le crime même dans les crimes les plus graves (lèse-majesté, parracide, assassinat) et elle appliquait la peine inférieure pour les autres crimes. Quant aux actes éloignés, ils n'étaient punis que d'un faible châtiment, parce que, disait-on, ils laissent toujours espérer le repentir.

Les jurisconsultes modernes admettent une autre division et ils distinguent les actes extéiieurs'de la tentative en actes préparatoires et actes d'exécution. Les actes extérieurs préparatoires sont ceux qui sont commis afin de faciliter la réalisation d'une intention coupable, i Ils la peuvent faire supposer, disent MAI. Chauveau et Fauslin Héhe , mais ils ne la prouvent pas, et d'ailleurs il y a encore trop de distance entre eux et l'action accomplie pour supposer que l'agent eût franchi cette distance sans s'arrêter. • Aussi ne sontils, en thèse générale, l'objet d'aucune incrimination. « Ainsi, dit Bourguignon [Justice criminelle), l'individu trouve porteur d'un trousseau de fausses clefs ou d'instruments propres à fracturer les portes ou les meubles n'est passible d'aucune peine, malgré la présomption qui pèse sur lui de ne s'en être muni que pour commettre un vol. » Mais lorsqu'il est prouvé que le crime eût été consommé si une cause fortuite ne l'eût interrompu, la présomption de la -loi change, et la répression de la tentative est légitime, nécessaire. • Toute tentative do crime, dit l'article 2 ûu code pénal, qui aura été manifestée par un commencement d'exécution, si elle

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n'a pas été suspendue ou si elle n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de son auteur est considérée comme le crime même. «

Pour devenir punissable, la tentative doit donc réunir deux caractères essentiels : l°commencement d'exécution; 2° possibilité de la part de l'auteur d'un désistement volontaire. Tels sont les deux éléments admis par la législation française, qui diffère notablement en ce point des législations étrangères.

En Angleterre, il n'existe point de théorie générale de la tentative. C'est ainsi que la tentative d'empoisonnemeat est un crime capital, tandis que la tentative de vol sans effraction, lorsqu'elle n'a pas abouti, n'est pas punie de la même peine que si le vol avait été consommé. Blakstone, dans ses Lois anglaises, fait connaître que celui qui tente de détruire un enfant vivant dans le ventre de sa mère est puni de mort, alors même que cet enfant n'en aurait pas souffert et que, dans le cas où il est fait usage de médecines ou autres moyens pour amener une fausse couche, dans le cas où il n'est pas prouvé que la femme soit alors enceinte d'un enfant déjà vivant, les coupables peuvent être condamnés à l'amende, à, la prison, au pilori ou au fouet, ou à l'une ou à plusieurs de ces punitions, ou à la déportation pendant quatorze ans au plus.

D'après le code pénal d'Autriche, la loi ne peut contraindre personne à rendre compte de ses pensées, de ses projets intérieurs, tant qu'il n'a pas entrepris une action extérieure punissable.

La législation prussienne déclare punissable, mais frappe toutefois d'une peine inférieure à celle du crime consommé, l'individu qu'un pur accident a empêché d'accomplir le crime.

En Espagne, on distingue du délit consommé le délit manqué et la simple tentative; mais n'est pas considéré comme coupable de tentative celui qui, après un commencement d'exécution, s'est désisté volontairement.

Les statuts de New- York ne punissent la tentative qu'autant qu'elle est accompagnée de quelque acte d'exécution ; la peine est alors proportionnée à la gravité du délit tenté. Si le fait tenté est puni de mort, la tentative est punie de dix ans d'emprisonnement; si le fait tenté est passible de l'emprisonnement, la peine appliquée à la tentative est moitié inoindre.

Nous allons examiner successivement les différences qui existent entre la tentative de crime, la tentative de délit et la tentative de contravention.

1» Tentative de crime. Ainsi que nous l'avons dit, tout crime manqué, toute tentative interrompue par une cause étrangère à la volonté de son auteur est assimilée au crime même, Il résulte de ce principe qu'un individu, mis en jugement comme coupable d'un certain crime, peut être jugé et condamné comme coupable de la tentative de ce crime, s'il est établi dans les débats qu'il y a eu simplement tentative et non exécution eutière.Couime aucune loi n'a déterminé les faits qui caractérisent les tentatives, c'est aux juges qu'il appartient de les apprécier; ce soin est entièrement abandonné à leur conscience. Toutefois, la jurisprudence de la cour suprême a émis à ce sujet un grand nombre d'arrêts qui peuvent être considérés comme le code de la matière. Nous allons examiner quelques espèces.

L'escalade, l'effraction, l'usage de fausses clefs sont-ils par eux-mêmes des actes simplement préparatoires ou constituent-ils un commencement d'exécution? MM. Chauveau et Hélie disent : « L'escalade, l'effraction, de même que l'usage des fausses clefs, sont évidemment en dehors de l'action criminelle; ils la précèdent, ils la préparent, mais elle n'est pas encore commencée. Comment soutenir, en effet, que l'escalade, par exemple, est un commencement de vol? Cet acte ne peut -il pas avoir pour but la perpétration d'uu tout autre crime, d'un rapt, d'un viol, d'un assassinat?... Cependant, si l'escalade était suivie d'un acte quelconque d'exécution, quelque léger qu'il fût, il est évident qu'il y aurait tentative. Ainsi, le déplacement d'uu objet, l'ouverture d'un meuble suffiraient, dans ce cas, pour constituer le crime. » Cette doctrine est contraire à la jurisprudence constante de la cour de cassation, et elle est victorieusement réfutée par M. d'Auviiliers : « On dit, expose ce jurisconsulte, que l'usage des fausses clefs, l'escalade ou l'effraction ne constituent pas par eux seuls une tentative de vol parce qu'ils peuvent avoir pour but un rapt, un viol, un assassinat. Personne ne conteste cette proposition. Toutes les fois que rien ne révélera le but auquel tendent les circonstances qu'on vient de rappeler, ou lorsqu'il y aura incertitude sur leur but, ou enfin lorsque leur but reconnu ne sera pas prévu parla loi pénale, il y aura évidemment impossibilité de voir dans l'acte le commencement d'un vol ou de tout autre crime ; mais aussi lorsque le but certain et démontré est de commettre un crime déterminé dont la consommation devait être la conséquence immédiate, que pourrait-on exiger de plus pour constituer la tentative? Il y a ordinairement dans chaque affaire des circonstances

TENT

de moralité qui viennent se joindre nu fait matériel et qui lui donnent une signification positive. Nous concevrions qu'on exigeât un acte quelconque, tel que le déplacement d'un objet ou l'ouverture d'un meuble, s'il y avait des raisons de douter du but que Se proposait le prévenu. Nous ne le concevons pas lorsque les éléments de la cause lient nécessairement au crime le vol, l'escalade, l'effraction ou l'usage des fausses clefs. On ne veut point que ces circonstances puissent servir tout à la fois de circonstances aggravantes et de commencement d'exécution.

Quelle est donc la raison qui s'y oppose? L'escalade, l'effraction, etc., ne font-elles pas partie essentielle du crime? Elles peuvent sans doute en être isolées; mais, dès qu'elles y sont rattachées par des considérations morales qui en fixent invinciblement le caractère, dès qu'elles présentent le criminel à l'œuvre, comment est-il possible de dire que l'exécution du crime n'est pas consommée? Vainement trouverait-on dans une espèce donnée un fait intermédiaire qui n'entre pas dans l'ordre nécessaire et habituel des choses. La loi s'en est remise à la sagesse des tribunaux. Quand leur conviction reposera sur les bases que nous avons indiquées, ils n'auront pas à s'égarer. »

Legraverend et Rauter estiment qu'il n'y a pas tentative punissable de la part de l'homme qui a chargé un autre de commettre un crime, qui a manifesté sa volonté à cet égard par des actes extérieurs et n'a rien fait pour en empêcher l'exécution, si ces intentions n'ont point été remplies parce que le mandataire a refusé d'agir. L'opinion de ces criminalistes nous parait inadmissible. En effet, celui qui a charge quelqu'un de commettre un crime et qui l'a manifesté par des actes extérieurs doit être réputé coupable et tomber sous l'application de la loi, puisque, dans l'espèce, si le crime n'a point été consommé, ce n'est que par suite d'une circonstance indépendante de sa volonté. La cour d'Agen a déclaré (8 décembre 1849) que le fait de tirer sur une personne dans l'intention de lui donner ia mort avec un fusil que l'auteur de ce fait avait chargé dans ce but, mais qui avait été déchargé à son insu, constitue une tentative d'homicide volontaire. La cour d'appel de Paris, dans un arrêt du 28 juillet 1848, a décidé que l'individu qui couche en joue une personne avec l'intention de faire feu sur elle et qui n'est arrêté que parla crainte qu'il éprouve pour sa propre personne, en voyant plusieurs fusils dirigés contre lui-même, se rend coupable de tentative de meurtre.

2« De la tentative de délit. Contrairement à la règle qui existe en matière de crime, la tentative de délit n'est assimilée au délit luimême que dans les cas déterminés par une disposition spéciale de la loi. Hors ces cas, les tentatives de simples délits ne tombent sous l'application d'aucune disposition pénale. Si cette règle forme le droit commun en matière de délits, c'est que les caractères de la tentative sont trop difficiles à déterminer, les preuves trop difficiles à établir, et enfin, dit Rossi, ■ le péril social offre trop peu de gravité pour qu'on ait cru devoir incriminer des actes qui, en définitive, n'établissent le plus souvent que des présomptions de culpabilité plutôt qu'une culpabilité véritable. « Dans le rapport qu'il fit à la séance législative du 12 février 1810, M. d'Haubersart, justifiant, les motifs qui ont déterminé le législateur à établir une distinction entre la tentative de crime et celle de délit, s'exprimait en ces termes: t La tentative du délit n'appelle pas la même rigueur; ses résultats sont moins graves; le délit ne suppose pas toujours la corruption ; cette tentative, hors les cas prévus spécialement par la loi, n'est donc point considérée comme délit par le projet, qui, sur ce point, ne fait encore que confirmer la jurisprudence actuelle. » Aucun changement, en ce qui concerne la tentative, n'a été apporté au système du code pénal lors de la révision dont il a fait l'objet en 1832. Voici les seules tentatives que le code pénal a assimilées aux délits eux-mêmes : la tentative d'évasion avec bris de prison ou avec violences, soit par les détenus eux-mêmes, soit par ceux qui l'auraient favorisée en fournissant des instruments propres à l'opérer ; les tentatives de vols. non qualifiés, de larcins et de filouterie, d'escroquerie ; 1» tentative de détournement dlobjets saisis; toute coalition suivie d'une tentative ou d'un commencement d'exécution, soit entre ceux qui font travailler les ouvriers, soit entre les ouvriers eux-mêmes.

S<> De la tentative de contravention. Dans aucun cas, la tentative de contravention n'est, en matière de simple police, assimilée à la contravention consommée.

TENTES, f, (tan-te — lat. tentorium; de tendere, tendre). Sorte de pavillon d'étoffe ou d'autre matière analogue à une étoffe, dont on fait un abri : Tente de toile. Tente de peau. Lss soldats se retirèrent sous leurs tentes. Achille, retiré sous sa tente, refusait d'eu sortir. Les Arabes nomades habitent sous des tentes. Pauvres en esprit, détachés de vos biens, vous vous tenez aussi prêts d tes quitter qu'un voyageur empressé à déloger de la TENTE oùil passe une courte nuit. (Boss.) Nous avons vu, à Alexandrie, la tente d'un Bédouin au pied de la colonne de Pompée. (Chateaub.) On attribue aux pasteurs, qui menaient une exis-

TENT

lence nomade, l'invention de la tente. (Bâtis sier.)

Qu'ils viennent vous chercher sous les tentes d'A-

fchille.

Raciue.

Ton nom m'a bien souvent réveilla sons mes tentes. C. Delavicne.

Mais quels que soient ton culte et ta patrie Dors sous ma tente avec sécurité.

Campenok.

— Toile ou autre étoffe tendue pour servir d'abri : Mettre une tente sur une cour. Il y a des tentes devant toutes les portes de magasin. Une toile épaisse en forme de tente recouvre tout le petit jardin. (H. Beyle.)

— Poétiq, Voûte céleste : On adore celle Tknte superbe, oùil semble que vous avez établi votre demeure et caché votre majesté. (Mass.)

— Etre, vivre sous la lente, Etre établi provisoirement en un lieu : On affirme depuis bien longtemps que les Turcs en Europe vivent SOUS LA TENTE.

— Lever ses tentes, Partir, par allusion aux troupes qui lèvent leurs tentes pour décamper : Je résolus de lever mes tentes; je laissai mon frère et mes soeurs à Paris et m'acheminai vers la Bretagne. (Chateaub.)

— Chasse. Filet dont on se sert pour prendre cerîains oiseaux de passage, comme les bécasses.

— Mar. Tente de nage, Toile tendue audessus des bancs, dans les petites embarcations, [l Espèce de toit en bois, imitant les tentes en toile, que l'on dispose sur le pont de certains navires.

— Pêche. Tente à la basse eau, Manière de tendre les filets, quand la mer est basse.

— Techn. Syn. de tende.

— Anat. Tente du cervelet, Large repli de la dure-mère, qui sépare la partie postérieure du cerveau de la surface du cervelet.

— Encycl. Hist. Cette forme primitive d'habitation est particulière aux peuples nomades et principalement aux nations sémitiques, qui ont conservé les anciennes mœurs caractéristiques de leur race. Les patriarches demeuraient exclusivement sous la tente, et l'on remarque dans la Bible un certain nombre d'expressions techniques destinées à désigner les différentes opérations qui consistent à ficher les piquets de la tente en terre, à l'enlever, à la plier, etc. Dans l'origine, la tente était faite en peaux d'animaux, ainsi que nous l'apprend Pline (II, 56), puis ensuite en étoffes de laine et de ciin (Cantique des cantiques, i, 5; Pline, VI, 32; Volney, Voya' ges, 1, 303). Ces tissus présentent l'avantage, lorsqu'ils sont solidement fabriqués, d'être presque entièrement imperméables à la pluie. Aussi les Arabes appellent-ils pittoresquement les Bédouins le peuple du crin ou du poil (ahl el-wabar) et, par antithèse, les habitants des villes le peuple de la boue {ahl el-rnadar). La tente des Arabes actuels du désert affecte une forme sphérique ou plus souvent allongée et ressemble assez à une coque de bateau renversée; l'intérieur est divisé en trois compartiments, séparés par des rideaux ou tentures; le premier reçoit les jeunes animaux et souvent le cheval favori; le second, la partie mâle de la famille, et le troisième la portion féminine. Cependant les personnages quelque peu distingués ont une tente particulière pour leurs femmes, de même que les anciens Hébreux (Genèse, XXIV, 67; XXXI, 33), et, en outre, le premier compartiment, de la tente n'est pas réservé aux animaux, mais aux serviteurs, et constitue une espèce d'antichambre. L'ameublement était aussi simple primitivement chez les Hébreux que chez les Bédouins de nos jours; il consistait, le pins souvent, en une lampe ou un flambeau et en un morceau de cuir rond, qui servait de table. Les Hébreux avaient aussi l'habitude de faire garder leurs villages de tentes par des chiens vigilants, comme ceux des douars d'Algérie.

■ — Art miiit. L'usage des tentes militaires remonte a la plus haute antiquité. Mais Rome, aux époques voisines de sa fondation, en défendit l'usage à ses soldats, même dans les hivers les plus rigoureux. Un peu plus tard, on toléra des huttes, des espèces de baraques, appelées labernacula ; enfin, quand les guerres se prolongèrent, on fut force d'adopter des lentes, des peaux (tenloria, pelles), que l'on disposait d'une façon inégulière, sans aucune méthode, lors du campement.

Sub Joue pars durât ; pauci tentoria ponuni,

Sunl Quitus e rarnù frondta fada casa est. D'un abri de rameaux la plupart se contente; Beaucoup sont en plein air, quelques-uns cous la

[tmue.

C'est l'an 349 de Rome, la deuxième annéo du siège de Véies, que les Romains adoptèrent des tentes, faites en cuir ou en feutre retenu par des codes. L 'expression ire sub peltibus signifiait se rendre au camp, et l'expression hiemare sub pellibus, camper pendant l'hiver. Les généraux, dans les pays chauds, se servaient d'une espèce de moustiquaire nommé conopium.

• Outre le mot tentorium, dit La Chesnaye des Bois, les Romains donnaient aussi k leurs tentes le nom de conopium , comme on le voit dans la neuvième ode d'Horace, où le poëte, en parlant de la bataille d'Actium, reproche

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aux Romains qu'une partie d'entre eux n'a pas eu honte d obéir à une femme et de voir les enseignes de la république voltiger autour de la tente de Cléopâtre :

interque signa lurpe mxlitaria Sol aispicit canopium.

La tente du général se distinguait par l'enseigne qui flottait au-dessus. Les tentes des simples soldats contenaient dix hommes sous les ordres d'un decanus. Cette chambrée était nommée conlubernium. L'administration du matériel des tentes regardait le préfet des camps.

Le3 Grecs furent renommés pour leurs tentes; celles de Pyrrhus frappèrent d'étonnement les Romains. La tente d'Alexandre était un véritable palais, tout orné de statues, soutenu par des colonnes dorées; c'est du moins ce que rapportent Pline, Elien et Varron.

Au xrv« et au xv« siècle, l'armée française avait des tentes rondes. Les miniatures du manuscrit de Froissart représentent le camp de Du Guesclin, assiégeant Chiré, en Poitou (1372). Ce camp, carre et palissade, renferme des tentes surmontées de girouettes ou de peinions.

Les tentes de l'Orient imitaient les pavillons; un seul mât, au milieu, soutenait la toile. La milice turco-égyptienne se sert encore de tentes de cette forme. Les tentes des Tartares ont été décrites par le comte de Ségur, auquel nous cédons la plume : « Voici la structure de ces tentes; on fait avec des lattes une espèce de treillage, dont on compose une sorte de parc circulaire de 4 pieds de haut, couronné par un cercle en bois, qui fait une espèce, de lambris à hauteur d'appui. Sur ce lambris, on pose et on élève de grandes lattes, hautes d'une trentaine de pieds; à leur sommet, un petit cercle en bois les empêche de se rejoindre ; toutes ces lattes sont fixées par des chevilles en cuir. Sur le toit, on jette une immense couverture, faite de poil de chameau et qui descend jusqu'à terre. On relève les pans de cette couverture du côté où l'on ne craint ni le vent ni le soleil. D'autres couvertures du même feutre servent, dans la tente, de lits et de divans. On laisse en haut une ouverture pour donner passage à la fumée. Trente hommes peuvent habiter commodément chacune de ces tentes, autour desquelles couchent les troupeaux. Lorsqu'ils décampent, ils enlèvent la couverture, ôtent les chevilles, placent toutes les lattes en faisceau et mettent le tout sur un chariot; mais lorsqu'ils ne veulent que changer de place pour chercher d'autres pâturages à peu de distance, alors, sans rien déranger a la tente, les Kaimoucks qui sont dedans se tournent tous dans la même direction, soulèvent le treillage et marchent ainsi en portant leur légère maison. »

• Tamerlan, raconte le général Bardin, faisait flotter sur sa tente une enseigne dont la couleur était le témoignage de sa clémence ou l'indice de ses rigueurs. Le premier jour, elle était blanche; c'était le pardon aux garnisons qui se rendaient; le second jour, elle était rouge ; il fallait du sang; le troisième jour, elle était noire; tout espoir de pardon était évanoui ; la ville devait être saccagée. »

Sous le règue de Louis XIV, on commença à donner des tentes à la maison militaire uu roi et à quelques corps privilégiés. Un peu plus tard, l'infanterie française, imitant l'infanterie prussienne, eut aussi ses tentes. Au commencement des guerres de la Révolution, on donna des tentes à l'armée de Dumouriez; Hoche persuada a ses soldats qu'il n'était pas digne de républicains de se servir de tentes; son armée Ut la guerre à la lueur des feux de bivac ; les autres armées l'imitèrent. Mais peu à peu on abandonna ces idées de patriotisme outré, qui occasionnaient de nombreuses ma ladies.

Les tentes employées de nos jours par l'armée française sont : 1° la tente ancien modèle ; 2° la tente nouveau modèle ; 3° la tenteabri; 4» la tente conique, employée plus rarement.

La tente ancien modèle (fig. 1), aussi ap-

Fig- 1.

pelée canonnière, contenait 8 fantassins ou 4 cavaliers. Elle s'ouvrait d'un seul côté, dans la longueur. Chacune de ces renies était munie de deux couvertures. Sa longueur

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était de 3"i,35, sa largeur de 2m, go, sa hauteur de 2 mètres. La figure ci-dessus nous dispense de plus amples détails.

La tente nouveau modèle, modèle actuel, est destinée' à 16 fantassins ou à 8 cavaliers. Sa longueur mesure 5i>,85, sa largeur 3m, 90, et sa hauteur 2m,30 (v. la fig. 2 ci-dessous). Les tentes nouveau modèle pour officier sont garnies d'une surtente.

Fig. 2.

La tente nouveau modèle pèse 30 kilogrammes et coûte 100 francs.

Nous emprutons au maréchal Bugeaud la description de la tente-abri, qu'il a fait adopter. Voici comment il en raconte l'invention par des soldats ingénieux :

• A défaut de bois, dit-ii. on trouve dans presque toutes les contrées d'Afrique, dans le Midi surtout, une plante qui se nomme fenouille, qui donne une odeur forte, sans être désagréable, dans le genre de l'absinthe et de l'angélique ; cette plante fournit une ou deux tiges; cette tige est, en grand, ce qu'est la pousse d'un oignon qu'on laisserait venir à graines. Elle est très-droite et grosse comme un manche à balai; elle est haute de 4 à 5 pieds. Quand ces tiges sont mûres et pas trop sèches, elles sont légères à la main et peu cassantes; c'est alors qu'elles sont bonnes pour

s'en servir comme d'un bâton. Ils prirent donc deux de ces bâtons qu'ils égalisèrent h, la longueur de 1 mètre. Ils coupèrent ensuite de petites branches d'arbustes et firent six petits piquets de 8 à 10 pouces, ayant eu soin de laisser un petit crochet à la tête de chacun d'eux. Avec des feuilles de palmier nain, ils firent une assez forte corde, longue de 5 à 6 mètres, puis quatre plus minces, beaucoup plus petites, et en attachèrent une à chaque angle, au coin de leur pièce de toile. Un de leurs petits piquets fut enfoncé en terre d'une manière solide, et ils y nouèrent l'une des extrémités de la longue corde. Ils dressèrent, à l mètre do distance de ce petit piquet, un des deux bâtons; ils tirèrent sur la corde pour la tendre et l'attachèrent à 2 pouces du haut de ce bâton. Le deuxième bâton fut dressé à son tour, maintenu droit comme le premier à 2 mètres de distance, en file, vis-à-visdes faisceaux, et, eontinuantde bien tendre la cordre, ils la nouèrent comme au premier bâton et vinrent en attacher le prolongement à un autre petit piquet enfoncé en terre, à 1 mètre de ce deuxième bâton.

■ Voilà donc une carcasse do petite tente, montée dans le genre de nos grandes tentes de campement. Ils jetèrent par-dessus cette corde, ainsi tendue, la toile provenant de la réunion des deux sacs de campement, entre les deux bâtons, de manière qu'elle tombait également de chaque côté de la corde. Par le moyen des petits piquets et des petites cordes, ils fixèrent au sol les quatre coins de cette toile, ayant soin de planter les piquets de façon qu'en y attachant les coins de la toile, ils fussent écartés et tendus en avant pour les uns, écartés et tendus en arrière pour les autres; tout cela pour empêcher la toile de se plisser sur le sommet de la corde fixée horizontalement aux deux bâtons. Ils eurent donc ainsi une tente improvisée plus solide, et sous laquelle 2 hommes purent, en se glissant à quatre pattes, se coucher à l'aise côte à côte; ils mirent leur sac en peau sous leur tête, en guise de traversin, et passèrent une meilleure nuit que de coutume...

» L'autorité militaire approuva plus tard ce système, et depuis plusieurs années on distribue, des magasins de l'Etat, en remplacement des sacs de campement, une pièce de toile qui équivaut au sac de campement décousu, pour la dimension et la qualité de la toile. » (V. fig. 3.)

Fig, 3.

Les tentes coniques peuvent contenir 15 fantassins ou 8 cavaliers; elles ont l'inconvénient d'être trop lourdes, trop difficiles à transporter pour qu'on puisse s'en servir journellement; elles ont un seul montant placé au centre pour soutenir la voûte. Elles sont fixées avec solidité au sol, sur tout le pour-

tour, au moyen de deux systèmes de cordages, l'un à demeure et l'autre mobile, permettant de soulever de 0m,80 et d'aérer ainsi l'intérieur. Ce genre de tentes coniques est celui qui résiste le mieux à la violence du vent. (V. fig. i.)

Fig. *.

Parlons pour mémoire de la tente-bivac que M. de Courtigis a proposée, et dont on a fait l'essai au camp de Compiègne vers 1840. On la dressait par l'adjonction de petits manteaux de toile imprégnée de gomme élastique, s'accroehant l'un à l'autre.

La tente dite marquise, plus ou moins carrée, offre de grandes commodités pour les dispositions intérieures, mais elle a trop à redouter des coups de vent. Voici comment La Chesnaye des Bois s'exprime au sujet de ces tentes :

« Les tentes les plus magnifiques se conservaient avec soin pour empêcher qu'elles ne se gâtassent. Un pavillon ne laissait voir sa richesse que dans un beau jour, et, dans les mauvais temps, il était recouvert d'un autre, qui était d'une étoffe plus commune. Aussi, n'y ayant que les officiers distingués qui eussent de ces doubles pavillons, de là peut-être est venu parmi nous l'usage d'en avoir de semblables pour les mêmes personnes et d'appeler du nom de marquise une

tente de grosse toile, qui en couvre une autre de toile plus fine, pour montrer par ce nom que, à l'exemple des anciens, ces sortes de tentes doubles ne sont faites que pour les officiers, et la marquise aura été ainsi nommée de quelque marquis , homme de goût , qui en aura établi la mode dans ces derniers temps. »

Cette tente-marquise, destinée aux officiers supérieurs, fut appelée tente complète durant les guerres de la Révolution, le mot marquise étant trop aristocrate. Cette dénomination est devenu très -juste, car la marquise s'est composée depuis d'une tente nouveau modèle et d'une canonnière ; c'était bien une tente complète

L'utilité de la tente a été souvent discutée. Beaucoup de gens, compétents en pareille matière, la repoussent; d'autres la prônent et la défendent. Les uns sont partisans du bivac, les autres du campement à l'abri. Le général Lamarque considère le3 tentes comme « un vrai luxe militaire , superfétation em-

barrassante, dont vingt ans de guerre dans toutes les régions, sous tous les climats, nous ont appris l'inutilité. »

Le général Montholon écrivait, sous la dictée de Napoléon : « Les tentes ne sont pas saines, et il vaut mieux que le soldat bivouaque, parce qu'il dort les pieds au feu ; il s'abrite du vent avec quelques planches et un peu de paille, et le voisinage du feu sèche promptement le terrain sur lequel il se couche. La tente est nécessaire pour les chefs qui ont besoin de lire, rie consulter la carte. Il en faut donner aux généraux, aux chefs de bataillon, aux colonels et leur ordonner de ne jamais coucher dans une maison, abus si funeste et auquel sont dues tant de catastrophes. A l'exemple des Français, toutes les nations de l'Iiurope ont abandonné les tentes, et si elles sont encore en usage dans les camps de plaisance, c'est qu'elles sont économiques, qu'elles ménagent les forêts, les toits de chaume et les villages. L'ombre d'un arbre contre le soleil et la chaleur, le plus ehétif abri contre la pluie sont préférables à la tente. Le transport des tentes emploierait cinq chevaux par bataillon, qui seraient mieux employés à porter des vivres. Les tentes sont un sujet d'observation pour les affiliés et pour les officiers d'état-major de l'ennemi; elles leur donnent des renseignements sur votre nombre et la position que vous occupez; c'est un inconvénient de tous les jours, de tous les instants. Une armée rangée sur deux ou trois lignes de bivac ne laisse apercevoir au loin qu'une fumée que l'ennemi confond avec les brouillards de 1 atmosphère. Il est impossible de compter le nombre des feux; il est très-facile de compter le nombre des tentes et de dessiner les positions qu'elles occupent. »

De nos jours, les tentes ne sont en usage que lorsqu'on doit rester longtemps sur le même point; on les emploie surtout dans les camps de manœuvre qui doivent durer plusieurs mois, comme le camp de Châlons, par exemple.

Nous terminerons cet article en indiquant quelques précautions d'hygiène que l'on doit prendre dans l'établissement des tentes. Il faut, autant que possible, établir une tente sur un lieu élevé, non dominé; chercher l'air et éviter l'humidité. On a soin d'entourer les tentes d'une rigole pour dériver les eaux. C'est toujours une faute d'enterrer les tentes, parce qu'en agissant ainsi on met obstacle à l'emploi des moyens hygiéniques. Il est inutile d'ajouter qu'il est bon de renouveler l'air de la tente le plus souvent possible, en relevant le tablier circulaire à lu hauteur de om,80, pendant la plus grande partie du jour.

— Allus. littér. Se retfrer «ou» sa («nie,

Allusion à la colère d'Achille qui, offensé par l'orgueilleux Agamemnon , abandonna la cause des Grecs et se retira sous sa tente, d'où ne purent l'arracher, pendant dix ans, les prières de tous les chefs de l'armée grecque. Il ne se décida enfin à en sortir que pour venger la mort de son ami Patrocle, tue par Hector.

Dans l'applicaition, se retirer sous sa lente signifie se mettre à. l'écart, abandonner une partie, une cause, surtout par un motif de dépit :

« La vieille aristocratie s'est retirée sous sa tente, comme Achille, pour bouder; en sortira-t-elle, comme lui, pour vaincre? »

Ch. Brifaut.

«D'entre les compositeurs du moment, Donizetti est encore le meilleur, l'Achille. On peut donc se faire aisément une idée des héros inférieurs. A ce qu'on me dit, cet Achille s'est aussi retiré dans sa tente; il boude; Dieu sait pourquoi 1 et il a fait annoncer a lu direction de l'Opéra qu'il ne lui offrirait pas les vingt-cinq opéras promis, parce qu'il avait l'intention de se reposer. »

Henri Heine.

■ Comme le décret ne donnerait pas en mémo temps au travail les moyens de se suffire à lui-même, il resterait à la merci du capital qui saurait bien trouver des expédients pour éluder la loi. Et si la loi était exécutée dans toute sa rigueur, ce serait bien pis encore, car le capital se déroberait aux mains des travailleurs et irait bouder sous la tente, comme Achille, en attendant qu'une catastrophe sociale le vengeât du travail et le ramenât à ses pieds. »

Vacherot.

Tente de Dnriu» (i>a), tableau de Ch. Le Brun. V. Darius.

TENTE s. f. (tan-te — de tenter, qui a signifié sonder). Chir. Faisceau de charpie dont les fils sont soigneusement tassés purallè'ement, puis noués à leur milieu, et qu'on introduit entre les lèvres d'une plaie qui sup-

Îmre ou dans une ouverture qu'on veut di ater.

— Encycl. Le volume et la longueur des tentes de charpie sont proportionnés au diamètre et à la profondeur de la solution de continuité dans laquelle on se propose de les faire pénétrer. Les tentes, autrefois fort usitées, sont aujourd'hui presque entièrement

bannies delà pratique chirurgicale; on ne les emploie plus guère que comme corps dilatants, par exemple dans l'atrésie du rectum, ou pour empêcher une ouverture artificielle de se fermer; mais, dans ce dernier cas, elles deviennent inutiles dès le lendemain de l'opération, lorsque les bords de la plaie commencent à suinter.

TENTÉ, ÉE (tan-té) part, passé du v. Tenter. Essuyé : La chose ne vaut-elle pas la peine d'être tentée? (Mass.)

— Sollicité, poussé, attiré : Nous sommes tentés par les passions et retenus pur la conscience. (J.-J, Rouss.) Les hommes généreux sont tentés par les périls. (Chateaub.)

On nous raconte que Léda, Par le diable autrefois tentée, D'un amant à l'aile argentée Un beau malin s'accommoda.

Arnàult.

Il Sollicité par sa propre pensée, par son propre sentiment : Je ne me sens pas tenté d'essayer. Je suis fort tenté de le croire coupable. Les lois y sont sévères; mais le peuple, gui trouve aisément à gagner sa vie, n'est point tonte de les enfreindre. (B. de St-P.) Il y avait des moments où, piqué contre la duègne, j'étais tknté de ne pas (aménager. (Le Sage.) Etre tenté, c'est être àmoitié vaincu. (Renan.) Dans ce jardin fécond, l'odorat est flatté, Les yeux sont satisfaits et le goût est tenté.

Saint-Lambert.

TENTE-ABRI s. f. Tente très-légère, particulièrement employée par les troupes en campagne.

— Encycl. V. tente.

TENTÈLE s. m. (ten-tè-le — nom madécasse). Entom. Nom donné ou miel produit par diverses abeilles de Madagascar.

TENTEMENT s. m. (tan-te-man — rad.

tenter). Escrime. Action de battre deux fois , le fer de l'adversaire.

TENTER v. a. ou tr. (tan-té — latin tentare, fréquentatif de tendere, tendre, se diriger vers. Tentare signifie donc proprement se diriger souvent vers quelque chose, essayer). Entreprendre, chercher à faire réussir : Tenter une entreprise. Tenter l'impossible. Les anciens tentaient rarement de grandes nompositions. (Grimm.) Il est dans la nature de l'homme de tenter tout ce qu'il peut faire, et même quelquefois ce qu'il ne peut pas. (Kerrand.) Pourquoi tenter si loin des courses inutiles?

Racine.

Je suis seulement homme et ne veux pas moins être, Ni tenter davantage...

A. de Musset.

— Essayer, mettre en usage ; Tenter toute sorte de moyens. Tenter des efforts surhumains. Croyez-vous que les rois puissent employer d'abord la viotence pour soutenir leurs prétentions, sans avoir tenté taules les voies de douceur et d'humanité? (Kén.) La voie de la conquête est peut-être la dernière qu'il jaudrait tenter. (Raynal.)

— Solliciter, chercher à gagner, en bonne ou en mauvaise p»rt : Je m'imaginai que je triompherais facilement de sa vertu, si je la tentais par des présents capables de l'ébranler. (Le Sage.)

Tu sais par quels efforts il tenta ma vertu.

Racine Il Allécher : Voilà un meuble qui vie tente. Les objets du dehors nous tentent d'euxmêmes , quand même nous n'y pensons pas. (Pasc.) La gloire est le seul bien qui me puisse tenter.

Racine.

. , Mille ducats

Au bout de vos discours ne me tenteraient pas.

Akdkieux.

— Ebranler, inspirer le désir de quelque chose : L'intérêt et l'amour de la fortune ne purent jamais tenter M. de Montausier.

(Fléch.)

... Je vous verrais nu du haut jusques en bas, Que toute votre peau ne me tenterait pas.

Molière.

— Sonder, essayer, éprouver : Il a dit cela

pour VOUS TENTER.

— Absol. : Tenter, c'est procurer les occasions qui n'imposent point de nécessité. (Pasc.)

Le cœur se gagne, on tente, on est tentée. Voltaike.

, — Tenter . fortune ou la fortune. Essayer quelque chose, avec une grande incertitude du succès ; H est allé tenter fortune en Amérique.

Poussons a bout l'ingrat et tentons la fortune.

— Tenter Dieu, Entreprendre quelque chose au-dessus des forces de l'homme, et qui exigerait l'intervention miraculeuse de Dieu : Les hommes superbes ont tenté Dieu, en songeunt de se faire heureux malgré ses lois. (BosS.)

C'est tenter Dieu que d'aimer la douleur? A. ne Musset.

Je veux, de la jeunesse autour de mes vieux ans. — llnefautpourtant pas tenter Dieu— Ni lediable.

E. Auoiek.

— Se laisser tenter, Se laisser gagner, céder à la mutation.

TENT

Tous tant que nous sommes.

Nous nous laissons tenter à l'approche des biens.

La Fontaine.

— Tenter de, avec l'infinitif, Essayer de, chercher à : Il ne faut pas tenter de contenter les envieux. (Vauven.) Le souverain qui tenterait de rétablir le despotisme serait la première victime de cette tentative. (Mme de Blessington). La religion catholique est en travers de tous les progrès que tentent de réaliser les sociétés humaines. (L. Jottrdan.) Il Porter à, donner l'envie de : Ce beau temps ne vous TENTE-i-i/ pas de vous promener? (Acad.)

— v. n. ou intr. Escrime. Faire un tentement.

Se tenter v. pr. Tenter soi-même : Nous nous tentons souvent par des illusions, de faux calculs , des espérances exagérées. (Boiste.)

TENTER v. a. ou tr. (tan-té — rad. tente). Munir, couvrir d'une tente ; Tenter une barque. Tenter une salle de bal.

— Chir. Munir d'une tente de charpie : Tenter une plaie.

TENTERDEN (Charles Abbott, lord), jurisconsulte anglais, né en 1762, mort en 1832. Il fut d'abord précepteur, puis étudia le droit, devint avocat et se lia intimement avec Edouard Law, qui devint lord Ellenborough et le lit entrer dans la magistrature. Ses talents lui valurent un avancement rapide. Devenu lord chef de justice à la cour du banc du roi en 1818, il remplit ces fonctions avec une grande supériorité et fut appelé, en 1827, à siéger à la cour des pairs avec le titre de lord Tenterden. II y présenta divers bills importants et y prononça plusieurs discours qui furent très-éeoutés. On lui doit : Treatise of the law of marchant s/tips and seamen (Londres, 1802, in-S°), traité fort estimé sur la marine marchande.

TENTHÈQUE s. m. (tan-tè-ke). Ornith.

Genre d'oiseaux, dont l'espèce type vit au Bengale.

TENTHRÈDE s. f. (tan-trè-de — du grec tenthrêdôn, guêpe, qui est une réduplication de threô, retentir, et qui est allié sans doute a. tenthrênê, bourdon, lequel est une réduplieation de thrêneâ, gémir, Ihrênos, gémissement, et répond exactement au sanscrit dandkran, forme intensitive de dhran, résonner. De la aussi l'anglo-saxon dran, anglais drone, ancien allemand treno , bourdon ). Entom. Genre d'insectes hyménoptères, type de la famille des tenthrédiiiieiis, comprenant un assez grand numbre d'espèces, qui habitent l'Europe : La tenthrède du groseillier ressemble assez à la tenthréub zonée. (A. Dupuis.) La TENTHRÉDK guêpe est très- commune aux environs de Paris. (H. Lucas.) Les tenthrèdes femelles déposent leurs œufs dans l'écorce des plantes après l'avoir entamée. (Bosc.)

— Encycl. Ce genre est caractérisé par un corps court et cylindrique; par des mandibules fortes et aplaties, des mâchoires munies de palpes composées de six articles ; des antennes courtes ; un abdomen sessile, tellement uni au corselet, qu'il semble en être la suite; les femelles se distinguent, en outre, par une tarière dentelée en l'orme de soie, ce qui a conduit Latreille à leur donner le nom de porte-scie.

Les tenthrèdes apparaissent en août sur différents arbres fruitiers, notamment sur le cerisier et le poirier, sous forme de petites larves molles, d'un noir verdâtre luisant et ayant quelque analogie avec de petites limaces. En passant le doigt sur leur corps, on s'aperçoit que leur couleur tient à une sorte d'enduit humide qui les recouvre et qui s'enlève aisément, en laissant à découvert la couleur naturelle de leur peau, qui est jaune ou jaunâtre.

Ces larves proviennent des tenthrèdes femelles qui, au mois de juillet, ont déposé leurs œufs dans l'écorce des plantes, après l'avoir entamée au moyen de ia double scie qu'elles portent a l'abdomen. Ces larves, qui éclosent au bout de quelques jours, se répandent surla face supérieure des feuilles, qu'elles rongent, en respectant toutefois i'épiderme intérieur, ainsi que les nervures, en sorte que le feuillage de l'arbre ne tarde pas à se flétrir.

Ces larves changent plusieurs fois de peau , grandissent rapidement et atteignent en octobre 0m,ooi5 environ. Elles se laissent alors tomber sur le sol, s'y enfoncent et se construisent une coque, dans laquelle elles se transforment en nymphes. "Vers le printemps elles deviennent muuches.

Chaque arbre possède presque sa tenthrède ; le pin, le rosier, le groseillier, le cerisier, les plantes potagères elles-mêmes sont attaqués par des espèces particulières.

La tribu des tenthrèdes renferme plus de cent espèces connues; on conçoit que nous ne pouvons en donner la nomenclature ; nous mentionnerons seulement :

La tenthrède du poirier (lyda,piri), dont les larves s'associent entre elles pour filer en commun autour des feuilles un léger tissu de soie, au travers duquel on les aperçoit parfaitement. Après avoir dévore toutes les feuilles qui se trouvent à leur portée, elles se laissent descendre au moyen d'un fil sur d'autres branches qu'elles dépouillent de la même manière. La mouche de cette tew

TENT

thrède a 0°>,02 d'envergure et elle est nbire. Le devant de la tête est marqué d'une tache jaune chez la femelle.

La tenthrède comprimée a la forme d'un ver blanc; elle s'enfonce dans le rameau de l'arbre au lieu d'en attaquer les feuilles et ronge la substance médullaire. C'est dans cette substance qu'elle se construit, en octobre, une cellule pour se transformer en nymphe. Une jeune pousse ainsi attaquée se flétrit, se dessèche et enfin devient toute noire. En l'examinant avec attention, on remarque une portion gonflée et inarquée de petits points noirs disposés en spirale; c'est là que l'œuf a été pondu, c'est là que vit la larve.

La mouche qui produit cette larve est noire, à corselet paré de taches jaunes et aux jambes variées de noir et de blanc.

Ces insectes, à cause de leur nombre et de leur voracité, sont les ennemis des agriculteurs ; il faut donc les détruire. Le meilleur moyen est de saupoudrer les arbres avec des

Eoudres alcalines, en procédant comme pour i soufrage de la vigne.

TENTHRÉDIDE adj. (tan-tré-di-de — de tenthrède, et du gr. eidos, forme). Entom. Qui ressemble ou se rapporte aux tenthrèdes.

— s. m. pi. Tribu de la famille des tenthrédiniens, ayant pour type le genre tenthrède.

TENTHRÊDIN, INE adj. (tan-tré-daiti, ine). Entom. Syn.deTENTHRÉDrNiEN, iennk.

— s. f. pi. Syn. de tenthrédiniens : Les TENTKRÉDiNES se divisent naturellement en deux sections. (H. Lucas.)

TENTHRÉDINIEN, IENNE adj. (tan-trédi-ni-ain, i-è-ne — rad. tenthrède). Entom. Qui ressemble ou qui se rapporte à la tenthrède.

— s. m. pi. Famille d'insectes hyménoptères, ayant pour type le genre tenthrède, et appelée vulgairement porte-scie : Les tenthrédiniens se font remarquer par leurs métamorphoses. (Blanchard.)

— Encycl. Les tenthrédiniens, vulgairement nommés mouches à scie ou porte-scie, présentent les caractères suivants : la tète carrée ou transverse et un peu plus large que longue, arrondie en arrière , munie d'anten.nes qui varient dans leur forme et dans le nombre des articles; les yeux écartés, ovales et entiers; les palpes maxillaires formées de six articles, et les palpes labiales de quatre ; les mandibules fortes, plus ou moins dentées; les mâchoires et la lèvre courtes ; le lobe ordinairement découvert , membraneux et arrondi en avant ; la languette droite, digitée, divisée en trois lanières, dont la troisième est plus étroite, ce qui la fait paraître bifide; l'écusson en carré transversal, présentant en arrière deux petits corps arrondis et ordinairement colorés ; des ailes luisantes et comme chiffonnées; l'abdomen sessile, cylindrique ou un peu aplati , terminé, chez les femelles, par une tarière, sur laquelle nous reviendrons plus loin

Les tenthrédiniens ressemblent assez à des mouches; ils vivent sur les fleurs des arbrisseaux et des arbres, tout en butinant ça et là; mais à l'état parfait ils sont peu ou point nuisibles. Leur vol est lourd et a lieu surtout le matin et le soir. La plupart ont deux générations par an, l'une au printemps, l'autre à la fin de l'été. Aussitôt après l'accouplement, la femelle va déposer ses œufs sur le végétal qui doit nourrir ses larves; voici comment elle opère. La tarière qui termine son abdomen et qui est logée dans une coulisse ou une sorte de gaine se compose de deux lames cornées, concaves, dentées en scie ; c'est par le jeu alternatif de ces deux lames et par l'action des dentelures que l'insecte fait de petits trous dans les branches et les autres parties des végétaux ; dans chacun de ces trous, il place un oauf, puis une sorte de liquide mousseux, qu'on croit destiné à empêcher les ouvertures de se fermer a mesure que les œufs grossissent. Les plaies faites par les entailles de la scie deviennent plus convexes; quelquefois elles prennent la forme d'une galle ligneuse , molle ou pulpeuse, selon la nature et la consistance de la portion attaquée du végétal ; dans ce cas, ces excroissances servent à la fois de berceau et de nourriture à la larve.

Ces larves sont vulgairement confondues avec les chenilles, parce qu'elles en ont la forme et l'aspect général et qu'elles vivent comme elles en plein air. Elles s'en distinguent toutefois en ce qu'elles ont une tète arrondie, munie de deux yeux très-apparents, et dix-huit pattes au moins, tandis que les véritables chenilles (larves des lépidoptères) ont la tête cordiformeouun peu triangulaire et dépourvue d'yeux et seize pattes au plus. Les larves des tenthrédiniens sont désignées par les entomologistes sous le nom de fausses chenilles; elles ont du reste les mêmes mœurs que les chenilles, rongent les feuilles des végétaux et vivent aussi quelquefois dans l'intérieur des tiges ou des jeunes pousses des arbres et des arbrisseaux, et même dans les fruits. Celles qui se nourrissent de la substance médullaire paraissent souvent n'avoir que six pattes écailleuses. les suivantes étant tellement courtes qu'elles présentent la forme de mamelons peu apparents.

Les larves des tenthrédiniens sont rarement isolées; le plus souvent elles sont réunies en petits groupes sur les feuilles ; il en est qui

TENT

vivent en famille, sous une tente commune. Elles ont les attitudes les plus variées et souvent les plus singulières ; les unes se tiennent allongées comme les véritables chenilles; les autres relèvent en arc l'extrémité postérieure de leur corps; d'autres encore se roulent en spirale. Il en est qui peuvent lancer par les côtés, à une assez igrande distance, des jets d'un liquide verdâtre. Quelques-unes passent toute leur vie et subissent leurs métamorphoses dans l'intérieur des tiges ou des excroissances dont nous avons parlé; d'autres en sortent pour se transformer en nymphes ; d'autres enfin vivent sur les feuilles des plantes dont elles se nourrissent. Toutes causent à nos cultures des dommages plus ou moins considérables. Les formes et les téguments de ces larves varient beaucoup; certaines d'entre elles sont noires, gluantes et ressemblent à des limaces.

La plupart des larves des tenthrédiniens descendent à terre et s'enfoncent à une faible profondeur dans le sol, pour se transformer en nymphes; quelques-unes restent pour cela sur les feuilles du végétal où elles ont vécu. Un petit nombre de nymphes sont nues ; mais presque toutes sont renfermées dans une coque ; quelques-unes même, telles que celles des hylotomes,ont une coque double, la coque extérieure composée d'une soie grossière et à grandes mailles, la coque intérieure d'un tissu serré et flexible. Il est des larves qui conservent leur forme primitive longtemps après qu'elles se sont mises en coque. Quand l'insecte parfait veut sortir, il détache en forme de calotte l'une des extrémités de la coque.

Les tenthrédiniens renferment un assez grand nombre de genres, répartis en deux tribus. I. l'enthrédiniens proprement dits : cimbex, trichiosome, clavellaire, zarée, abie, amasis; perga, syzigonie; hylotome, schizocère, cryptus, ptilie; tenthrède, athalie, sélandrie, allante, masade, aedère, salone; dolère, fensua, dosythée, emphyte; pristiphore, némate, mess», crœsus, cladie; lophyre, ptérygophore, mégalodonte, pamphylie, tarpe, lyda. — II. Siréciformes : xyèle, céphus, xiphydrie. Ces genres renferment a leur tout un nombre considérable d'espèces, répandues dans toutes les régions du globe ; beaucoup d'entre elles sont trop connues par les dégâts qu'elles causent à l'agriculture.

TENTHRÉDINIFÈREadj.(tan-tré-di-ni-fère — de tenthrède, et du lat. fera, je porte). Bot. Qui porte des fleurs ressemblant à des tenthrèdes.

TENTHRÊDITE adj. (tan-tré-di-te — rad.

tenthrède). Ei>tom. Qui ressemble ou se rapporte aux tenthrèdes.

— s. in. pi. Groupe ou division de la tribu des tenthrédides, comprenant le genre tenthrède.

TENTOI s. m. (tan-toi — rad. tendre).

Techn. Barre qui sert à, tourner les rouleaux pour tendre la chaîne, dans les métiers de haute lisse. Il On dit aussi tentûir.

TENTOLI ou TONDOLY, ville de l'île Célèbes, sur la côte N.-O., vers l<> 20' de latit. N., au fond d'une rade à laquelle elle donne son nom.

TENTOR1 (Christophe), littérateur italien, né en Espagne, en 1745, d'une famille vénitienne, mort en 1810. Il fit ses premières études en Espagne et se retira plus tard à Venise, où il passa la plus grande partie de sa vie. C'est, du reste, par les ouvrages qu'il publia sur cette ville qu'il est surtout connu. Nous citerons entre autres : Histoire civile et politique de la république de Venise (1785, 12 vol. in-8°); Recueil chronologique et raisonné des documents inédits qui forment l'histoire diplomatique de la révolution et de la chute de la république de Venise (1799, 2 vol. in-4°); le Véritable caractère politi-

?ue de Baiamonte Tiepolo (Venise, 1798) ; De a législation de Venise sur la conservation des lagunes (1192), etc. Tentori vécut et mourut pauvre. Dans les dernières années de sa vie, il était devenu précepteur dans la famille patricienne Tiepolo, à Venise. En 1808, il fut requis, comme natif d'Espagne, de prêter serment au roi Joseph et, ayant refusé, subit un emprisonnement de plusieurs mois. Ses ouvrages, écrits dans un style correct et fruit de savantes et laborieuses recherches, sont utiles à consulter pour l'histoire de la république vénitienne.

TENTUGAL, bourg de Portugal, province de Beira, à 17 kilom. O. de Coïmbre ; 2,000 hab. Titre d'un comté, appartenant àla maison de Cadaval.

TENTURE s. f. (tan-tu-re — rad. tendre). Bandes de tapisserie disposées pour être employées ensemble : Une riche tenture. Une tenture des Gobelins. Une tbnture de velours. Une tenture de papier peint. Une belle tenture de tapisserie. (Mol.) C'était une tenture de damas de Gênes jaune. (Le Sage.) n Chacune des bandes qui composent la tenture: L'appartement était orné de belles tbntures. Les tentures tombaient par lambeaux. (F. Soulié.)

— Action de tendre, de placer des tentures sur les murs : Il n'a rien payé pour la tenture ; il a tapissé lui-même.

— Papier-tenture, Papier peint servant de tenture.

— Syn. Tenture, tapis, tapisserie. V. TA- PIS.

TENT

— Encycl. Les étoffes de tenture. sont les étoffes de laine, de poil de chèvre, connues sous les noms de damas, reps ; les perses et percalines de 111 et de colon, les satins brochés et brocarts de soie, les velours de laine ou velours d'Utreeht et les velours de soie, et enfin les tapisseries dites de haute lisse ou celles exécutées sur le métier à main. Les autres objets employés comme tentures sont les papiers peints, les cuirs gaufrés, basanes et' maroquins, et imitations de ces cuirs, la molesquine, les nattes de pailles diverses ou de roseaux tissés ou tressés. Les tentures prennent un nom spécial suivant l'endroit ou elles sont placées et l'usage qu'on en fait; ce sont des portières, des rideaux, des tapis, suivant qu'elles sont placées devant les portes, les fenêtres, les alcôves, sur les tables ou autres meubles. La tenture proprement dite estcelle qui est appliquée au mur pour le décorer, conserver la chaleur, atténuer le son ou dans tout autre but : mais son caractère principal est beaucoup plus décoratif qu'utile. Autrefois, c'est-a-due au moyen âge, la tenture était réservée au château et à la maison des riches bourgeois ; elle consistait en tapisseries de haute lisse, dont le musée de Cluny conserve encore de si beaux modèles. Ces tapisseries n'étaient point appliquées directement et immédiatement contre lu muraille. Elles étaient tendues par le haut, à peu près comme des rideaux ou des portières, douantes par le bas et éloignées du mur par un espace plus ou moins grand qui permettait de circuler autour de la chambre sans être vu ds ceux qui s'y trouvaient et sans les déranger par les entrées et les sorties nécessitées par le service. Plus tard, ayant reconnu l'inconvénient de cette disposition, on appliqua les tapisseries et les cuirs gaufrés importés en Europe par les Orientaux directement contre la muraille et seulement jusqu'à hauteur d'appuiou mèmejusqu'à hauteur d'homme, ce dernier espace étant recouvert de boiseries qui descendaient jusqu'au parquet. Les habitudes orientales étaient et sont encore, à cet égard, bien différentes de celles des Occidentaux. Les tentures, dans les appartements turcs, persans, mauresques, etc., s'élèvent du sol jusqu'à une hauteur d'environ 1 mètre ou lm,20 ; au-dessus, le mur est peint ou recouvert soit de bois découpé, soit de terre cuite vernie et décorée d'arabesques. On comprend que, les tapisseries et les cuirs gaufres coûtant un prix très-élevé, il n'y avait que les personnages riches qui pussent en faire tendre leurs appartements ; les habitants des campagnes et les gens de petite bourgeoisie se bornaient à étendre sur les murs de leur logement une couche de chaux, quelquefois mélangée d'ocre et rehaussée d'ornements exécutés au pochoir ou à la main, dans le goût du temps, chez les personnes les plus aisées. Plus tard enfin, on fit des tentures avec des nattes d'herbes et de roseaux, dont la fabrique principale était à Pontoise. Kntin, vers 1550, les Hollandais et les Espagnols importèrent en Europe l'usage des papiers peints comme papiers de tenture connus en Chine et au Japon, dont ils sont originaires. Déjà à cette époque, les anciennes tentures, dans les maisons riches, avaient fait place aux peintures murales décoratives qui, pour coûter moins cher que les tapisseries et que les cuirs gaufrés, n'en exigeaient pas moins de grandes dépenses. Ce dernier genre de revêtement des murs s'est conservé pour les établissements publics et les édifices; mais les appartements, dans les villes du moins. ceux des maisons les plus modestes comme des riches hôtels, sont presque tous tendus aujourd'hui avec des papiers peints dont la qualité, la bonté, comme les prix, sont excessivement variées. Quelques amateurs riches, pour des raisons de luxe et aussi parfois d'économie réelle, remplacent le papier par de vieilles tapisseries ou des imitations de cuirs gaufrés, qui sont appliquées au mur, dans de grands cadres de bois foncé ou doré et entre lesquels règne un champ ou broderie peinte à l'huile. Daus ce cas, on entoure la chambre, jusqu'à hauteur d'appui, de boiseries peintes en imitation de vieux chêne, d'acajou ou de palissandre. Celte manière de tendre et décorer les appartements est surtout propre aux salles à manger, aux chambres à coucher et quelquefois aux cabinets de travail. Les imitations de cuirs gaufrés, très-bien exécutées d'ailleurs, sont faites avec des feuilles de carton mince, estompé, peint, doré et verni d'après des modèles anciens. Ce genre de tenture, d'un prix assez élevé (1 fr. 25 le mètre au moins), a du moins de très-grands avantages de solidité, et il est d'un aspect beaucoup plus riche, sinon plus élégant et plus délicat que les plus beaux papiers, mais aussi il est presque toujours plus sévère, et exige, dans une certaine mesure, un mobilier d'un style spécial. En dehors de cette tenture générale, il en est qui appartiennent à diverses époques et aux styles correspondants. L'unedesplus importantes parmi ces dernières est la tenture de lit, connue de l'antiquité et qui s'est perpétuée jusqu'à la fin du xvme siècle, où les rideaux sont devenus en usage. Les anciens lits d'apparat du moyen âge et de la Renaissance, tels qu'on en peut voir des spécimens au musée du Cluny, placés au milieu de la salle, adossés seulement au mur du côté de

TENT

la tête, étaient garnis de grandes tapisseries attachées par le haut à un dais supporté par ' de fortes colonnes ; quelquefois ces tapisseries ne s'étendaient que de trois côtés, celui de la tête étant occupé par une haute boiserie sculptée. Plus tard, on abandonna cette mode pour celle des lits sans colonnes et à ciel, mais encore entourés par une tenture qui, dans le fond et sur les côtés, formait alcôve et se terminait sur le devant par des rideaux. Ce genre de tenture fut, sous Louis XIV, d'une grande beauté et d'une grande richesse. Le ciel était orné d'un baldaquin à grandes découpures, à franges et à glands, et la tapisserie était tantôt en damas, tantôt en brocart ou en velours ; mais le brocart fut en usage surtout au xvia siècle et au commencement du xvii". Outre ces tapisseries, doublées parfois, servant de tenture, des rideaux blancs brodés étaient posés en dessous et garnissaient le lit. En général, aujourd'hui, on tapisse avec plus de simplicité et, quoique le style Louis XIV soit testé à la mode, il a subi quelquas modifications. Les rideaux simples ou doubles sont beaucoup plus en usage que les énormes tentures dont il vient d'être parlé, qui exi-

fent d'assez vastes appartements et coûtent es prix très-élevés, car elles demandent des tentures semblables aux fenêtres. Celles-ci n'ont pas toujours été pareilles aux premières, ou plutôt elles n'ont été en usage qu'au temps ou l'on a contracté l'habitude de placer des vitres d'une certaine grandeur aux fenêtres et lorsqu'on eut fabriqué des étoffes de tenture suffisamment transparentes pour laisser pénétrer quelque lumière. Pendant longtemps, les vitraux rendirent les rideaux à peu près inutiles, et, d'ailleurs, les tapisseries étaient beaucoup trop opaques pour recevolrcette destination. Uestvraique plus tard, à la fin de la Renaissance et sous Louis XIV, on employa des étoffes non moins opaques et dont la transparence, lorsqu'elles en pouvaient avoir, était enlevée par la doublure qu'on y appliquait; mats ces tapisseries n'étaient placées que pour servir de décoration et non pour satisfaire à l'utilité ; c'étaient de véritables tentures, dont on ne pouvait guère se servir pendant le jour, à moins qu'on ne voulût enlever toute iTarté à l'appartement. Les rideaux blancs qui, outre les tapisseries précédentes , garnissaient la fenêtre, avaient pour but de tamiser la lumière, et c'est encore dans ce but qu'ils sont employés aujourd'hui.

Les tentures sont posées parles tapissiers, 6t leur pose comprend l'application des ornements, franges, glands, soutaches, bordures dont elles sont décorées, ainsi que la (Confection des doublures et des baldaquins qui les aceompugnent.Les /enfures ont, comme on vient de le voir, un style, de même que les autres objets qui composent le mobilier; style qui consiste nou-seulement dans la nature, la couleur et le dessin des étoffes, dans les ornements dont elles sont garnies, mais encore dans la manière de les agencer et de les draper, c'est-à-dire dans la forme qu'on donne aux plis. Aussi le tapissier doit-il avoir une connaissance de toutes ces choses afin d'exécuter une décoration de bon goût. 11 est des étoffes qui, en raison de leur dessin, ne doivent former de plis que dans le sens de leur longueur; tels sont, par exemple, les reps à bandes ; d'autres qui ne doivent être qu'ondulées et non point plissées, et enfin d'autres qui, pareilles au velours et au damas uni dont les plis peuventsuivre plusieurs directions différentes, se conforment aux nécessités du dessin et des attaches de la tenture. Le choix de celle-ci, quant à sa couleur, aux ornements et aux dessins dont elle est décorée, doit être guidé par la connaissance du mobilier qui meuble ou meublera la salle dans laquelle sera posée cette tenture, en même temps que par la destination de cette salle.

Autrefois, on séparait les salles trop vastes par des tentures qui formaient ainsi deux chambres, maintenant la chaleur dans l'une et amortissant le son, ce qui permettait, dans les cas où cela était nécessaire, de jouir de l'étendue entière de la salle en enlevant ou repliant la tenture. Au xvme siècle, on remplaça cet usage par celui des paravents, abandonné de nos jours. Il est vrai qu'aujourd'hui les appartements sont en général divisés de telle sorte et présentent des emplacements si restreints, que cette subdivision n'est aucunement nécessaire. Toutefois, elle présente souvent d'assez grands avantages pour que l'on tente d'y revenir et pour que des propriétaires, en surveillant la construction de leur propre habitation, y fassent établir une grande salle sans cloison, qu'ils se chargeront de diviser eux-mêmes avec des tentures.

TENTYR1B s. f. (tain-ti-r! — de Tentyris, ancienne ville d'Egypte). Entora. Genre d'insectes coléoptères hèiéromères, de la famille des mélasomes, tribu des piméliaires, comprenant plus de quarante espèces, qui habitent l'ancien continent : Les tentyries sont propres aux contrées méridionales et sablonneuses. (H. Lucas.)

TENTYRITE adj. (tain-ti-ri-te — raâ.ientyrie). Eucoiri. Qui ressemble ou qui se rapporte à la tentyrie.

— s. m. pi. Groupe Û'insectes coléoptères, de la famille des mélasomes, ayant pour type I le genre tentyrie.

TENU

TENTZEL (Guillaume -Ernest), littérateur allemand, né à Greussen(Thuringe),en 1659, mort en 1707. Il étudia à l'université de Wittemberg les langues classiques, les langues orientales et l'histoire; devint, en 1685, professeur au gymnase de Gotha et conservateur du cabinet des antiques et de la collection artistique du grand-duc, puis, en 1702, conseiller et historiographe de l'électorat de Saxe, mais il résigna peu après ces fonctions. Tentzel fut le premier qui eut l'idée de fonder en Allemagne un journal destiné, comme les journaux français, à passer en revue les publications littéraires. Ce journal, intitulé : Entretiens mensuels (Leipzig, 1688-1698), obtint beaucoup de succès, à cause surtout de la loyauté et de la justesse des critiques de Tentzel. On a de ce dernier: Deritu lectionum sacrarum (16S5); Exerciiatioues seleclx (1692); De l'âge de l'imprimerie (1700); Saxonia humismatica, le principal ouvrage de l'auteur (Francfort, 1705, 2 vol. in-4°) ; Relation historique de la naissance et des progrès de la Réformation (Leipzig, 1718, 2 vol. in-4»), livre qui peut encore être consulté avec fruit par ceux qui veulent connaître à fond les événements de cette période importante de l'histoire d'Allemagne.

TENU, UE (te-nu , û) part, passé du v. Tenir. Qu'on tient, qu'on a en main : Un cheval tenu en main. Les cordons du poète étaient tenus par quatre officiers de son régiment.

— Mis en un certain état durable : J'ai été tenu huit jours dans l'incertitude. Les barbares furent tenus en crainte par les armes d'Adrien. (Boss.)

— Célébré, qui a lieu : Les conciles tenus à Orléans. La foire sera tenue sur les quais.

— Obligé : On n'est pas tenu de vous croire. Vous y êtes TENU. Nous sommes tenus, à l'égard d'autrui, de tout ce qu'à sa place nous serions en droit de prétendre. (Uuclos.)£'e.spri( humain est tenu de chercher toujours. (Ballanche.) Intelligent, l'homme est tenu de savoir les lois de l'univers ; juste, il est tenu de s'y soumettre. (Mignet.) Il Tenu de, avec un nom, a vieilli.

— Entretenu, soigné : Ce jardin est mal tenu. Voilà une maison bien tenue. Il Gouverné, réglé, administré : Cette maison de commerce a été toujours bien tenue. Vos affaires pourraient être mieux tenues.

— Tenu pour. Regardé comme : Que cepassage soit tenu pour effacé. (Chateaub.)

Un jeune ermite était tom pour saint; On lui gardait sa plaça ea la légende.

— Prov. A l'impossible nul n'est tenu, On ne peut être oblige de faire ce qu'on ne peut pas faire. Il Tant tenu, tant payé, Le salaire se règle sur la nature ou la durée du service.

— Bourse. Ferme dans les prix : Les chemins de ce réseau sont très-bien tenus.

TEND, rivière de la Loire-Inférieure. Elle prend sa source dans la commune de Saint- Etienne-de>-Mer-Morte et se perd dans l'Achenau, près de sa sortie du lac de Grand- Lieu, après un cours de 40 kilom. Elle est navigable sur un parcours de 15 kilom.

TÉNU, UE adj. (té-nu, ù — lat. levais, qui représente exactement le grec tanaos et le sanscrit tamis, proprement effilé, allongé, de la racine tan, allonger, tendre). Mince, lin, délié : Un fil très-Timv.

— Très-petit : Les parties les plus ténues de la matière s'appellent des molécules.

— Fig. Subtil : C'est une distinction si ténue qu'il est presque impossible de la saisir. Quand il exprimait des réflexions si ténues, nous tombions tous deux dans une rêverie naïve. (J. Sandeau.)

— Méd. Très-limpide et presque pas coloré : Urine ténue. Pus ténu. Il Peu nourrissant : Diète ténue.

— Syn. Ténu, délié, On, etC. V. DÉLIÉ.

TENDE s. f. (te-nû — rad. tenir). Action de tenir une assemblée : La Tenue du concile. La tenus des assises. Le temps de /a tenue des états en Bretagne était un temps de gâta. (Chateaub.)

— Manière de soigner, de tenir : // n'y a pas de tenue dans cette maison. Elle ne savait rien de la tenue d'une maison. (Balz.)

— Manière de se tenir, de soigner son extérieur, de se vêtir : Cet enfant n'a pas la moindre tenue; il est toujours sale et déchiré. Voilà un jeune homme qui a une bonne tenue. Il était d'une grande sévérité pour ta tenue des gens de sa maison. (E. Sue.)

— Manière de se présenter, démarche, maintien : Quelle tenue I voyez comme il traîne les pieds t

— Persévérance et dignité dans la conduite : Un esprit sans tenue. Le pressentiment de l'avenir et ta tenue, voilà ce qui nous assure une légère supériorité sur le commun des hommes. (E. About.)

— Constance, application soutenue : // est des individus à gui la nature a refusé une finesse d'organes, ou une tenue d'attention, sans lesquelles tes mets les plus succulents passent inaperçus. (Brill.-Sav.J

— Durée persévérante : Il pleuvait tantôt, \ il vente à présent; ce temps n'a pas de tenue.

TENU

— Grande tenue, Tenue de gala, Uniforme, habit de parade : La grande tenue est de rigueur. Les troupes étaient en grande tenue. // est venu nous voir en tenue de gala. Toi que j'avais laissé en négligé, te voilà en grands tenue. (Scribe.) Il En tenue, En grande tenue: Il faut être EN tenue pour aller là.

— Tenue de rigueur, Tenue exigée, dont on ne peut se dispenser.

— Petite tenue, Tenue ordinaire, de tous les jours : Les troupes sont aujourd'hui en petite tenue. Il était en petite tenue de capitaine d' état-major.

— Trictrac. Action du joueur qui ne s'en va pas lorsqu'il le pourrait: Voilà une tenuis habile et qui lui vaudra plusieurs trous.

— Calligr, Tenue de la plume, Manière de tenir la plume.

— Mus. Action de tenir un son, de le prolonger pendant quelque temps : Vous avez une tenue de deux mesures.

— Manège. Solidité d'une selle : Cette selle n'a pas de tunue.

— Mar. Manière dont l'ancre tient au fond : Un fond de bonne, de mauvaise tenue. Cette ancre a une bonne tenue. U Fermeté d'un mât.

— Coinm. Tenue des livres, Art et manière de tenir les livres de commerce : Tenue des livres en partie double, en partie simple. La tenue des livres exige avant tout l'ordre et la méthode. Elles n'avaient étudié que la grammaire, la tenue des livres et un peu d'histoire. (Balz.)

— Bourse. Fermeté dans la valeur des fonds: La bonne tenue de la dernière bourse fait espérer une reprise des affaires.

— Techn. Fils qui se groupent ensemble, soit à cause du duvet de la matière, soit par suite du parage ou de l'encollage des chaînes.

— Econ. rur. Nom donné, dans le Berry, à une suite de terrains contigus de même nature : Une tenue de prés.

— Loc. adv. Tout d'une tenue, Tout attenant : Il possède deux cents arpents de bois, tout d'une tenue.

— Encycl. Comm. Tenue des livres. La tenue des livres est l'art d'inscrire, avec méthode et exactitude, sur divers registres, toutes les opérations d'un commerçant.

Les registres sur lesquels doivent être portées les opérations dont il s'agit portent le nom de livres.

— I. Historique bt législation. Tant que les pratiques commerciales consistèrent en ventes et achats au comptant, c'est-à-dire en échange immédiat d'objets contre objets, ainsi que cela s'est fait el se fuit encore chez les peuples primitifs, on n'a pas songé à gurder la trace, qui eût été bien inutile, des opérations effectuées. Mais, quand le crédit apparut, le crédit, qui est la inarque la plus certaine du degré de civilisation d'un peuple, puisqu'il dépose du degré de confiance que les hommes se témoignent réciproquemont, il devint nécessaire de noter la nature des objets vendus ou achetés, les conditions de l'échange, les époques d<ss livraisons, des payements, en un mot, tous les détails du marché, que la mémoire la plus heureuse serait impuissante à retenir.

Nous réclamons toute l'indulgence du lecteur pour l'insuffisance de notre érudition , qui ne nous permet pas d'établir d'une manière authentique quelles étaient les méthodes de tenue de livres usitées chez les premiers négociants, par exemple les Israélites et les Madianites, qui allaient, par caravanes, jusqu'en Galaad chercher des aromates. Les écritures commerciales de ces temps-là durent être de la p<us grande simplicité. Nous les imaginons analogues aux notes d'un collégien, qui inscrit péle-méle, sur son carnet, les semaine* qu'il reçoit, les billes qu'il perd et les punitions qu'il attrape.

U est cependant probable que les grands commerçants de l'antiquité, les Phéniciens, les Tyriens, les Carthaginois, eurent une comptabilité aussi régulière que le permettait l'art alors si difficile d'écrire. C'est sans doute aux Carthaginois que les Romains empruntèrent leur Codex accepti et expensi, ou Livre de ta recette et de lu dépense, pour lequel fut créée l'expression codicem referre, reporter sur le livre de compte.

Sous saint Louis, on trouve diverses ordonnances qui attestent que ta législation s'était quelquefois préoccupée de l'ordre et de l'exactitude des écritures commerciales. C'est ainsi qu'en 1256 ce monarque prescrit aux « mayours et prudhomraes de venir compter devant les gens de compte à Paris. <

La lettre de change, dont on attribue l'invention à quelques juifs qui, vers le commencement du xrve siècle, s'étaient réfugiés en Lombardie, introduisit dans les écritures de notables complications. Plus tard vinrent les grands voyages du xve et du xvie siècle et l'invention de l'imprimerie, qui, en donnant au commerce une extension prodigieuse et un champ presque illimité, élevèrent lu tenue des livres à la hauteur d'un art nécessaire et complet, chargé d'écrire l'histoire, non-seulement du travail des particuliers, mais encore d« la fortune des Etats (v. commerce). L'importance de cet art a d'ailleurs été reconnue telle, que dans tous les pays civilisés il est un ces objets dont la loi s'est occupée. Voici, en ce qui concerne la France, quel-

TENU

ques-unes des dispositions du code commercial relatives à. la tenue des livres.

tTout commerçant est tenu «l'avoir un livre journal, qui présente, jour par jour, ses dettes actives et passives, les opérations de son commerce, ses négociations, acceptations ou endossements d'effets, et généralement tout "e qu'il reçoit et paye, à quelque titre que ce soit; et qui énonce, mois par mois, les sommes employées à la dépense de sa maison; le tout indépendamment des autres livres usités dans le commerce, mais qui ne sont pas indispensables. Il est tenu de mettre en liasse les lettres missives qu'il reçoit et lie copier sur un registre celles qu'il envoie. » (Code de romm., art. 8.)

■ H est tenu de faire tous les ans, sous seing privé, un inventaire de ses effets mobiliers et immobiliers et de ses dettes actives et passives, et de le copier, année par année, sur un registre spécial à ce destiné.» (Art. 9.)

« Le livre journal et le livre des inventaires seront parafés et visés une fois par année. Le livre de copie de lettres ne sera pas soumis à cette formalité. Tous seront tenus par ordre de dates, sans blancs, lacunes ni transports en marge.» (Ait. 10.)

i Pourra être déclaré banqueroutier simple tout commerçant failli, s'il n'a pas tenu de livres et fait exactement inventaire ; si ses livres ou inventaires sont incomplets mi irrégulièrement tenus, ou s'ils n'offrent pas sa véritable situation active ou passive, sans néanmoins qu'ii y ait fraude. ■ (Art. 588.)

L'importance de la tenue des livres rejaillit naturellement sur l'employé qui la pratique. « L'emploi de commis à la correspondance, a dit M. Devinck, est quelquefois aussi important que celui de commis teneur de livres ; il faut cependant placer ce dernier au-dessus, parce qu'il a pour mission de résumer en chiffres l'ensemble de toutes les affaires d'une maison, tandis que le premier n'est chargé que de l'une des parties principales. > — « L'employé chargé des livres d'une maison, ajoute le même auteur, doit être en mesure de fournir à toute heure à son patron les renseignements les plus précis sur sa situation active et passive. >

— II. Du vocabulaire. La plus grande difficulté que rencontrent les débutants dans l'étude de la tenue des livres résulte de l'hésitation qu'ils éprouvent à Se rappeler et à fixer avec exactitude le sens des mots qu'ils emploient. Il importe donc de se familiariser avec les termes suivants, dont nous réduisons le nombre au strict nécessaire.

Inscrire une opération commerciale sur les livres, c'est en passer écriture. C'est dans ce sens que l'on dit la passation des écritures.

La note relative à une opération inscrite s'appelle article.

Le compte d'un individu se compose de deux parties :

l« Ce qu'il doit;

2° Ce qui lui est dû.

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Ecrire que quelqu'un doit, c'est le débiter.

Ecrire qu'il est dû à quelqu'un, c'est le créditer.

Pour trouver le compte à débiter ou le débiteur, le compte à créditer ou le créditeur, on n'a qu'à se poser les questions suivantes:

Qui est-ce qui reçoit? Le débiteur.

Qui est-ce qui doune? Le créditeur.

Rappelez-vous, au surplus, que, dans la langue du comptable, créditeur est synonyme de créancier.

Rappelez-vous surtout que le mot débit est souvent remplacé par le mot doit, et le mot crédit par avoir.

Ainsi, il y a concordance de sens entre les mots créancier, créditeur, crédit, avoir; et, pareillement, entre les mots débiteur, débit, doit.

Cela posé, si l'on jette les yeux sur un grand livre, dont nous parlerons plus loin, on s'en explique aisément la disposition. Le compte de chaque client est composé de deux

Parties: la première, intitulée Voit, est celle où on inscrit les valeurs reçues par le client, pour lesquelles il estdébiteur ;la seconde, intitulée AuotV, est celle où l'on inscrit les valeurs données, fournies par ce même client et pour lesquelles il est créancier. Le Doit est à gauche, V Avoir à droite. Quand le négociant veut connaître sa situation vis-à-vis du client dont il s'agit, il fait la somme de toutes les valeurs inscrites dans la colonne Doit, puis la somme de toutes celles inscrites dans la colonne Avoir. Si les deux comptes sont égaux, leur égalisation s'exprime par le mot balance; s'ils sont inégaux, leur différence s'appelle solde.

Si le solde manque au Crédit ou Aeotr, on dit que le solde est débiteur; cela veut dire que le client est débiteur d'une somme égale au montant du solde. Si le solde manque au Débit ou Doit, on dit que le solde est créditeur; cela signifie que le client est créancier d'une somme égale au montant du solde.

L'ensemble des valeurs de toutes sortes, mobilières ou immobilières, quo possède le commerçant constitue son actif; l'ensemble des choses qu'il doit forme son passif.

La différence de l'actif au passif est le capital ou actif net, actif liquide.

On emploie, dans la tenue des livres et dans la correspondance commerciale, un assez grand nombre d'abréviations, dont voici les principales ;

n/ (nous, notre, nos), vj (vous, votre, vos), mj (mon, ma, mes), s) (son, sa, ses), o) (ordre), cte (compte), pt (pour), qq (quelque, quelques), c' (courant), pin (prochain).

— III. Tenus des livres en partie simple. La loi, dont nous avons cité plus haut quelques articles, impose aux négociants l'obligation de tenir au moins trois registres : le journal, le copie de lettres et le livre des inventaires; elle ne recommande aucune mé-

TENU

thode de comptabilité de préférence à une autre.

Il existe, à cet égard, plusieurs méthodes ; mais toutes peuvent se ramener à deux : la tenue des livres en partie simple et la tenue des livres en partie double.

Tout échange s'opère entre deux contractants, le vendeur et ['acheteur. La tenue des livres en partie simple consiste à inscrire l'opération au compte du vendeur ou au compte de l'acheteur, La tenue des livres en partie double consiste à porter l'opération au compte des deux, acheteur et vendear; en sorte qu'après vérification faite, on doit trouver que la vente est égale h l'achat ou que le crédit est égal au débit.

La partie simple comporte au plus neuf livres : ie brouillard, le journal, le grand livre, le livre de caisse, le livre d'échéances, le livre des effets à recevoir, le livre de magasin, le copie de lettres, le livre des inventaires.

— Du brouillard. On l'appelle encore mémorial ou main-courante. (J'est un cahier ordinaire, sur lequel on inscrit à la suite les uns des autres, avec leurs dates, toutes les opérations, toutes les transactions, dans un style simple; par exemple : Acheté d'un tel telle chose; reçu, payé, expédié, remis, escompte, fait traite, etc. Ce livre devant servir à former les antres, on doit le tenir avec un grand soin et donner à sa rédaction tout le détail nécessaire, afin d'y puiser plus tard des renseignements certains sur les négociations qui ont été faites.

Pour réduire le nombre de leurs formules,

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les teneurs de livres, en rédigeant leurs articles au brouillard, emploient le mot avoir au lieu de reçu ou acheté, et le mot doit au lieu de remis', vendu ou compté. On pourra donc écrire également :

Acheté à Jean ; 300 k. café, à 3 fr. 75. F. 1,125

ou

Auoir Jean: 300 k.café, a 3fr. 75... F. 1,125.

C'est Jean qui a donné le café ; c'est pour cela qu'il est précédé du mot auoi'r. De même :

Compté à Jacques, espèces.

ou Doit Jacques, idem . .

F. 2,000 idem.

Doit Jacques , parce que c'est Jacques qui reçoit les 2,000 francs.

Quand le brouillard a été mis au net sur le journal, comme nous ie verrons tout à l'heure, on place , en marge de chaque article du brouillard, le numéro qui indique le folio du journal où il a été passé.

Le premier article du brouillard mentionne quelquefois tout le ca-pital, en numéraire ou en billets, du négociant; par conséquent, il ne se rapporte au compte d'aucun correspondant; il sera donc noté simplement au journal pour mémoire.

— Du journal. C'est la copie régulière et méthodique du brouillard. Le brouillard n'est que le brouillon du journal. Quand la rédaction du brouillard est suffisamment claire et développée, on peut abréger celle du journal et résumer toutes les opérations en doit et avoir. Nous croyons qu'il est préférable d'ajouter quelques courts détails k chaque article sur la nature de l'opération. Exemple :

FoJ.

Du îer mai.

Avoir Thierry, payable à un mois.

Acheté neuf pièces drap noir, 115 mètres à 12 francs.

Du 2 mai.

Doit Martin, payable à trois mois.

Vendu trois pièces drap noir, 40 mètres à 13 fr. 50.

Fr.

Les chiffres que l'on voit en marge de chaque article indiquent les folios du grand livre où ils sont rapportés.

— Du grand livre. Le grand livre se fait au moyen du journal, comme le journal sa fait au moyen du brouillard.

Sur le journal, le même client ou correspondant figure tantôt à VAvoir, tantôt au

Doit sur plusieurs articles. Relecer sur le" journal tous les articles qui se rapportent au même client, inscrire séparément ceux pour lesquels il est débiteur et ceux pour lesquels il est créancier, de manière à embrasser son compte d'un coup d'cail, c'est tenir ie grand livre.

Le grand livre, lorsqu'il est ouvert, présente l'aspect ci-dessous :

Foi. DOIT LAGRANGE, A MANTES. avoir. foi.

Février.

Janvier.

Février.

Total

Total

La page à gauche est réservée pour le Doit ; celle à droite pour l'Avoir. Entre les deux mots Doit et Avoir, on lit le nom et l'adresse du correspondant dont le compte suit. Chaque page porte en tète le numéro du folio dont elle fait partie. En allant de gauche à droite, les colonnes verticales que l'on rencontre ont les destinations suivantes : 1° millésime de l'année et mois; 2° quantièmes du mois ; 30 articles du débit ou du crédit ; 4° numéros des pages du iournal sur lesquelles sont passés les articles correspondants; 5° les francs ; 6° les centimes.

Il y a, sur le journal des articles qui ne se rapportent au compte d'aucun correspondant. Tel est le premier, qui mentionne l'encaisse du négociant. Tels sont encore ceux des ventes ou achats au comptant, ces articles ne devant figurer qu'au livre de caisse.

Chaque fois qu'on ouvre un nouveau compte au grand livre, on porte le nom de la personne à laquelle ce compte est ouvert sur un cahier établi par ordre alphabétique, appelé répertoire. On ajoute au nom de cette personne le numéro du folio qui lui est consacré sur le grand livre , de manière à pouvoir mettre, aussitôt qu'on le veut, le doigt sur son compte.

— Du livre de caisse. C'est un registre analogue au grand livre, mais exclusivement destiné au compte de la caisse, comme si la caisse était une personne naturelle. On débite la caisse de toutes les sommes qu'elle jeçoit; on la crédite de toutes celles qu'elle, paye, et le solde constitue le montant de l'argent qu'on possède et qui reste en caisse.

Les écritures du livre de caisse s'établissent à l'aide du journal. A la fin de chaque mois,

le solde se porte en tête des recettes du compte que l'on ouvre le mois suivant. Exemple :

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