‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 111 sur 1059 · V. Sasbach. SASSE adj. (sa-se). Ancienne forme du mot · texte numérisé non relu

V. Sasbach. SASSE adj. (sa-se). Ancienne forme du mot

SAXON

— Linguist. Langue sasse, Nom donné par Scheller au bas allemand.

— s. f. Mar. Pelle creuse, ayant une anse ou une poignée, dont on se sert pour jeter l'eau hors des embarcations.

— Techn. Blutoir dans lequel tombe la farine.

SASSÉBÉ s. m. (sa-sé-bé — de xaxabes, nom américain de 1 oiseau). Ornith. Espèce de perroquet qui habite la Jamaïque.

SASSEGNAT s. m. (sa-se-gna; gn mil.) Ornith. Nom vulgaire du mégapode.

SASSELLO, ville du royaume d'Italie, province de Gênes, district de Savone, chef-lieu de mandement, sur la rive droite de la Bormida; 4,07-4 hab.

SASSEMENT s. m. (sa-se-man — rad. sasser). .Action de sasser,

SASSENAGE s. m. (sa-se-na-je — du nom du pays où l'on fabrique ces fromages. Quelques-uns pensent que ce bourg, dont le nom latin est Cassanelum, doit ce nom à ses fromages et que ce nom vient du celtique : cas, casw, fromage, sen, bon, et tyie, habitation. Mais il est probable que le celtique casw est emprunté au latin caseus, fromage, car il paraît prouvé que les Celtes ignoraient l'art de fabriquer le fromage , ce qui réfute absolument la première explication du nom de sasseimge). Fromage renommé, que l'on fabrique dans les environs de Sassenage, dans le département de l'Isère.

— Encycl. Le fromage bleu ou sassenage, qui se fabrique dans le département de l'Isère, doit sa célébrité au roi François le^ qui l'aimait ayee passion. On le fabrique avec un mélange de lait de vache et de lait de chèvre ou de brebis, dans la proportion d'environ 8 du premier pour 1 de l'un des deux seconds. « Supposons, dit Joigneaux, qu'on opère sur un mélange de 100 litres de lait. Aussitôt la traite achevée, on en coule 75 litres dans un chaudron de cuivre et l'on met le chaudron sur le feu. Lorsque le lait menace de s'en aller par-dessus les bords, on enlève le chaudron, on l'écréme au bout de vingt-quatre heures. Alors, on peut chauffer 25 litres d'une seconde traite, et, dès que l'ébullition a lieu, on les verse dans le lait écrémé et l'on mélange bien. La température de ce mélange s'élève a 32" ou 35» centigrades. On ajoute de suite un quart de litre environ da présure, puis on recouvre bien le vase. Au bout d'une demi-heure, le lait se caille ; on le remue pour diviser la masse, et, à mesure qu'il se dépose, on l'enlève avtc une large cuiller. Cette opération ne dure pas moins d'une heure. Une fois le fromage séparé du petit-lait, on le pétrit soigneusement avec ia main, de manière à rendre la pâte aussi fine et aussi homogène que possible. Après cela, on introduit cette pâte en la pressant dans un moule en bois de la forme d'une coupe, percé de toutes parts et garni d'un linge k l'intérieur. Cette seconde opération prend une demi-heure environ. On rabat ensuite les bouts du linge sur la pâte, on emporte le moule avec le fromage sur une

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table, près du feu, et on l'y laisse toute une journée. Le lendemain, on change le fromage de moule et on enlève le linge. Il suffit, pour cela, d'appliquer sur le premier moule un second moule de même diamètre, de retourner le tout sens dessus dessous et d'imprimer une petite secousse. Une fois le transvasement opéré, on répand sur la partie découverte du fromage une couche de sel pilé de l'épaisseur de 0m,01 environ et on le laisse s'en saturer pendant une journée. Le lendemain, le fromage, devenu ferme, peut être retourné sur la main ; ou le retourne donc ! pour saler l'autre face; puis on sale le tout en frottant avec la main et en pressant pour mieux fixer le sel. Le fromage salé ainsi est , déposé dans un endroit sec et chaud, sur du 1 glui (paille de seigle). On le retourne sou- ; vent, et au bout de quatre ou cinq jours, I lorsqu'il est arrivé à un état de consistance convenable, on le transporte duns une cavo d'une température fraîche et peu variable. C'est là qu'il s'afdne et bleuit à l'intérieur. On ne le livre au commerce qu'au bout de deux ou trois mois.

» Les 100 litres de lait rendent k peu près 10 kilogr, de fromage prêta être mangé et 3 kilogr. et demi de beurre fondu, >

Lo sussenuge ressemble beaucoup au roquefort; il est un peu plus gros et pese de 3 à 4 kilogr. Le sassenage, selon O. de Seri res, doit ses qualités au mélange de luit froid et de lait chaud employés dans sa fabrication.

j SASSENAGE, bourgdeFrance(Isère),ch.-l.

i de caut., arrotid. et à 6 kilom. de Grenoble, au pied d'une montagne de G50 met. d'a'titude, sur le torrent du Furon ; pop. uggt., ! 1,300 hab. — pop. tôt., 1,708 hab. Fabriques, I de draps; important commerce de fromages ' dits do Sassenage. Ce bourg est un des plus | pittoresques du Dauphiné. Dans l'église, récemment construite, repose sous une simple dalle do marbre sans inscription la dépouille I du comiétnble de Lesdiguicres, enseveli d'abord dans son château des Hautes-Alpes, dévasté en 1791. Ces restes ont été transportés à Sassenage en 1822, par les soins île la famille de Bèrenger, alliée a la famille de Lesdiguières, et qui possède aujourd'hui le château de Sassenage. Ce château occupe une position agréable, un peu au-dessous du bourg; il est de construction moderne et a remplacé l'ancien château du xi« siècle, situé ù 2 kilom. au-dessus, sur mi mamelon isolé et dans une position très-forte. Le nouveau château remonte au règne de Louis XIII, n L'aspect actuel, dit M. du Boys, est noble et imposant; au-de-sus du frontispice de lu porte d'entrée, un bas-relief représente la fee Mèlusiue, moitié femme, moitié couleuvre, à deux queues, se baignant la partie inférieure du corps dans une espèce de conque marine, tenant d'une main l'écu des Sassenage et de l'autre l'écu des Béren-

fer. » On remarque à l'intérieur du château e Sassenage de vastes et magnifiques appartements, entre autres celui que le roi occupa lors de son passage en Dauphiné. Le salon d'honneur est orné de tableaux, parmi lesquels on remarque les Quatre évangélistes de Alurillo et deux, excellents paysages de l'école du Poussin. De grandes tapisseries des anciens Gobelins couvrent les murs des appartements du haut. Il nous reste à parler de ce au'on nomme les cuves de Sassenage, c'est-à-dire de ce qui a été longtemps une des gloires et des merveilles du Dauphiné. Derrière la place principale du village s'ouvrent les gorges du Furon, torrent qui bondit de cascade en cascade dans un ravin surplombé par les immenses parois à pic de roches grisâtres et dont le sommet est néanmoins recouvert d'une végétation luxuriante. Rien de plus pittoresque que la tableau qui s'offre aux regards du voyageur longeant le sentier escarpé qui mène aux grottes. • Un aqueduc qui passe sur un arceau revêtu de lierre, dit l'écrivain déjà cité plus haut, encadre délicieusement le premier plan du tableau. Tout à coup, on est arrêté par un ruisseau latéral qui se précipite dans le Furon. Ce ruisseau, qui est d'un volume très-considérable au printemps, sort comme par enchantement des entrailles de la montagne et se fait jour sous un sombre péristyle Oe rochers. Après un petit circuit, on peut parcourir co péristyle, s'enfoncer dans les grandes grottes et dans le Four des fées. A mesure que l'on pénètre dans ces caveaux, mystérieux, on entend de nombreux ruisseaux se croiser, se choquer et se perdre en murmurant dans des abîmes sans fond. « C'est à l'entrée même de la grotte, a droite, que se trouvent les cuves de Sassenage. Ces cuves sont deux excavations d'une forme à peu près cylindrique, creusées, par les eaux sans doute, dans un roc calcaire très-dur, au fond d'une glotte pittoresque. Elles ont environ 1»',65 de diamètre et sont profondes l'une do 1 mètre et l'autre de 0m,50 seulement. Les grottes, dans lesquelles se trouvent les cuves, s'annoncent par une ouverture semblable à deux grandes arcades , dont le diamètre inférieur a plus de 8 mètre*. On y aperçoit des bancs de rocher qui imitent les degrés d'un grand escalier tombé en ruine.

SASSER v. a. ou tr. (sa-xé — rad. sas). Passer au sas : Sasser de la farine, du plâtre.

— Fig. Examiner avec soin et à plusieurs reprises: Sasser une affaire. Quinault a eu pour son partage quatre ou cinq cents mot* de

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la langui qu'il blute, sasse, ressasse et pétrit te mieux qu'il peut. (Furetière.)

— Techn. Agiter dans une matière en poudre : SaS^er des bijoux pour les polir.

SASSET s, m. (sa-sè — dimin, de sas).

•Petit sas.

SASSE*3R, EUSE s. (sa-seur, eu-ze — rad. sas). Ouvrier, ouvrière qui sasse : Un sasselfr de lijoux.

— s. m. Instrument pour sasser : M. Périgault est l'inoenleur d'un sasseur mécanique fort ingénieux. (L.-J. Larcher.)

SASS1 (Panfilo), poète italien, né à Modène vers U55, mort à Lonzano en 1527. Il faisait dans sa ville natale un cours de littérature italienne fort suivi, lorsque, accusé d'hérésie, il fut forcé de se réfugier à Lonzano. Sassi avait une mémoire prodigieuse. Ses contemporains l'ont tour k tour porté aux nues et insulté. La vérité est que Sassin fait preuve dans ses vers de chaleur «t d'imagination; m! is son style manquait de pureté et d'élégance; aussi ne doit-on le classer que dans les poètes du second ordre. On lui doit : Brixia ilbtstrata (Brescia, 1408, in-4°), poQme ; Epigrammaium libri IV (Brescia, 1500, in-40) ; Sonnetli e capitoli (Brescia, 1500, in-4°) , plusieurs fois réédité; Agislariorum vetvstissimx gentis origo et de eisdem epigrammatum liber (1502, in-40); Ad Onop/trium udJOcatum pairicium venetum Carmen (in-4°J ; Vers en l'honneur de la lyre (in-4<>), etc.

SASSI (Francesco-Girolamo), religieux italien, né à Milan en 1673, mort dans la même ville en 1731. Entré chez les oblats, il s'adonna à l'erseignement et devint général de la congrégation en 1700. On lui doit : Christi laudes (Milan, 1712, in-4°j; Maris laudes (1719-1724, in-4°), ouvrages écrits eu vers latins, et quelques livres de piété.

SASSI (Gicseppe-Antoine), en latin Smim, philologue, antiquaire et bibliographe italien, frère du précédent, né à Milan en 1675, mort dans la même ville en 1751. Il entra dans la congrégation des oblats, professa !a littérature, puis se fit recevoir docteur au collège Ambrosien (1703). En 1711, Sassi devint recteur de ce collège et conservateur de sa riche bibliothèqee. Très-instruit, très-laborieux, il s'adonna principalement aux études historiques, prit part aux plus importantes entreprises littéraires de son temps et concourut à la publication des Rerurn Jlalicarum scriptores, de Y Histoire des Goths de Jornandès, etc., enrichis de notes savantes. On a de lui; Ùestudiis HtterariU Mediolanensitim antiguis et noris (Milan, 1729, in -8°); Historia litteraric - typographica Afediolar.ensis (1745, in-fol.); De adventu Mediolanum Sancti Barnabs apos'oti vindicte (1748, in-4<>); Archiepiscoporum Mediolanensium séries (1755, 3 tomes in-4»). etc.

SASSIE s. f. (sa-st). Bot. Genre de plantes, dont lu place dans la classification n'est pas encore bien fixée et qui comprend deux espèces originaires du Chili.

— Encycl. Les sassies sont des plantes herbacées, k feuilles radicales, du centre desquelles s'élève une hampe portant une ou plusieurs fleurs ; celles-ci présentent un calice k quatre sépales étalés; une corolle à quatre pétales; huit étainines incluses, à anthères presque globuleuses; un ovaire à deux loges uniovulées, à stigmate simple ; le fruit est une capsule k deux loges monosperines. On ne connaît jusqu'à présent dans ce genre que deux espèces, qui toutes deux croissent au Chili. La sassie tinctoriale a des hampes terminées par 'trois ou quatre petites fleurs purpurines, qus les indigènes emploient k parfumer et à colorer les liqueurs alcooliques, les étoffes et les bois destinés k la fabrication des meubles. La sassie perdicaire a ses hampes terminées par une seule fleur d'un jaune d'or, qui décore agréablement les prairies en auttmne; les oiseaux mangent avec plaisir ses oetites graiues.

SASSO-DI-CAHTALDA, bourg du royaume d'Italie, province de la Basilioate, district de Potenza, mandement de Brienza; 2,539 hab.

SASSOCOBVAEO, bourg du royaume d'Italie, province ' Urbin-et-Pesaro, district d'Urbm, mandement de Macerata-Felu ia ; 2,645 hab.

SASSOFERRATO, autrefois Juficum; ville du royaume d'Italie, province, district et k 45 kilum. O. d'Ancôue, chef-lieu de mandement; 6,994 hab. Patrie du jurisconsulte B.arthole et du littérateur-Perotti.

SASSOFERBATO (il), "peintre italien. V.

Salvi (Giovanni-Battista).

SASSOIRE s. f. (sa-soi-re). Pièce de l'avant-train d'un carrosse qui soutient la flèche. Il Pièce d'un avant-train d'artillerie qui maintient l'écartement des aimons.

— Mar. Ornement formant un quart de cercle, dans la construction des navires.

SASSOLINE s. f. (sa-so-li-ne). Miner. Nom donne par Beudant k l'acide borique.

SASSON1A (Herjule), médecin italien, né à Fadoue en 1551, mort dans cette vi le en 1607. Reçu docteu.- à l'université de sa ville naiale, il alla se fi .ter à Venise, où il lit jusqu'en 1582 des co irs particuliers do médecine, dont le profit lui constitua une tortune

SATA

considérable. A cette époque, son rival Capivaccio étant mort, il fut promu à la seconde chaire officielle de médecine pratique. Sassonia a laissé plusieurs ouvrages, parmi lesquels nous citerons : Dissertalio de phœnigmis, vulgo vesicantibus et theriacs usu in febribuspestilei)tialibus{P'J.ùoue, 1591, in-4°) ; De pkœnigmis libri très (1593, in-4°); Tractatus perfectissimus de morbo gallico seu lue vencrea (1600, in-8"); Tractatus triplex de febrium putridarum signis et symplornatibus (1600, in-8°); De pulsibus tractaius absolutissimus (1603, in-40}; Pr&lcclionum praclicarum libri duo (Padoue, 1600, in-fol.); Opéra practica (1639, in -f<31.) ; Panthéon medicinx selectum, seu medicituB templum, in libris XI distinctum (Francfort, 1603, in-fol.).

SASSDOLO, ville du royaume d'Italie, province, district et à 15 kilom. S.-O. de Modène, chef-lieu de mandement, près de la rive droite de la Secchia; 5,921 hab. Aux environs, salses ou volcans de boue. Avant 1509, cette ville eut des seigneurs particuliers; Ce ne fut qu'à cette date que Sassuolo fut réunie au duché de Modène, annexé depuis 1859 au royaume d'Italie.

SASTI-VASSA s. m. (sa-sti*va-sa). Cérémonie indoue qui précède la question appliquée aux accusés.

— Encycl. Cette cérémonie religieuse précède ordinairement l'ordalie, c'est-à-dire l'épreuve par la balance, le feu, l'eau ou le poison, à laquelle on soumet l'accusé qui nie le crime qui lui est imputé et dont on ne peut le convaincre par un autre moyen. Nous ne nous étendrons pas ici sur la description de ces diverses épreuves ni sur l'efficacité de ces sortes de jugements de Dieu, dans lesquels la chance de succomber est infailliblement pour l'innocent qui, fort de cette même innocence, n'a recours à aucune supercherie pour se dérober au danger. Nous renvo3'ons le lecteur curieux de plus longs détails à ce sujet aux articles déjà insérés dans le Grand Dictionnaire, notamment au mot ordalie.

Disons seulement en quoi consiste la cérémonie qu'on appelle le sasti-vnssa. L'accusé qui doit subir 1 ordalie s'y prépare par le jeûne et les ablutions. Il va ensuite trouver un brahine paurohita, c'est-à-dire officiant, et reçoit de lui des avis et des instructions. Il fait, après cela, un sacrifice aux brahmes assemblés pour faire office de juges en la cause ; il leur demande leur assirvadam (ou bénédiction) et prend la parole en ces termes t a Dites que ce jour soit pour moi un jour heureux, un jour île vertu, un jour où je serai reconnu innocent du crime dont on m'accuse, un jour où je serai comblé de biens ! • A quoi les brahmes répondent par trois fois : « Que ce jour soit pour toi un jour heureux, un jour de vertu, un jour où ton innocence sera reconnue, un jour où tu seras comblé de biens! » C'est cette cérémonie préliminaire qu'on appelle le sasli-vassa; on offre ensuite le homam en l'honneur des neuf planètes et on procède à l'ordalie.

SASSURE s. f. (sa-su-re — rad. sasser). Ce qu'on sépare d'une matière en la passant au sas.

SÂSTRA s. m. (sâ-sira — mot sanscrit dérivé de çâs, enseigner). Philol. Nom générique des livres indous.

SÀSVAR, bourg de l'empire d'Autriche, dans la Hongrie, comitat de Neutra , à 24 kilom. S. de Neutra; 2,200 hab. Couvent de paulistes.

SAT s. m. (satt). Métrol. anc. Mesure de capacité pour les grains usitée chez les Hébreux et les Egyptiens, et valant un tiers d'épha ou 6 lit. 029, puis, après la réforme phdétérienne, 11 lit. 70.

SATADEVEN s. m. (sa-ta-de-vènn). Pénitent de la secte de Vichnou.

— Encycl. On nomme aussi ces pénitents satani et satanana dans le Maïssour. Ces pénitents se divisent en trois subdivisions, dont la première, qui fournit des gourou et des poudjàri aux parias, n'est pas encore bien connue; la secondé est celle des tricovelourou satanana, qui réussit le mieux à parodier la vie pénitente des brahmanes, qui n'adresse aucun culte aux Shakti et aux autres divinités populaires et qui s'abstient rigoureusement de l'usage de la viande et des liqueurs spiritueuses ; la troisième, dont le nom est Icovilsatadever ou satani des temples, prend le titre de première secte de pénitents, et ceux qui appartiennent k cette division se donnent le titre de chefs des satadeven. Ils remplissent les fonctions de poudjàri dans les temples de Vichnou ; ils y récitent des prières, font des libations d'eau sur la statue du dieu, l'oignent d'huile fraîche et l'ornent de guirlandes de fleurs que leurs femmes tressent elles- mêmes. L'eau ainsi versée sur la statue, et qui s'y est imprégnée de particules d'huile rance, est soigneusement recueillie par les poudjàri, puis distribuée aux soudras, qui la bohent ou la répandent sur leur tête auhiomentde la prière. Les satadeven ont seuls te droit de toucher la statue et de la placer sur le radatn, ou char sacré, lorsqu'ils se préparent à faire une procession ; ils-abandounent aux soudras le laborieux honneur de tirer lo char avec des cordes. Quelques-uns consacrent leur vie k cultiver les fleurs pour l'usage des temples; d'autres prennent le vêtement rouge ou jaune des pénitents et vont demander l'aumône en

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chantant les louanges de Vichnou et en accompagnant leur voix des sons du uinaietdu talam; ils portent, soit à la main, soit sur la tète, un vase de cuivre dans lequel ils reçoivent les aumônes.

SATADOU , ville et pays du Sénégal, sur les bords de la Falémé. V. ce mot.

SATAL s. m. (sa-tal). Moll. Coquille du genre spondyle.

SATALIÉH ou ADALLIA , VAttalia des anciens, ville de la Turquie d'Asie, dans l'Anatolie, à 420 kilom. S.-E. de Srnyrne, sur la Méditerranée, au fond d'un golfe de même nom; 18,000 hab. Elle est bâtie sur un rocher à 25 mètres au-dessus de la mer; les barques abordent dans de petites haies ouvertes dans le rocher. La ville est entourée de bois d'orangers, de citronniers, de figuiers, de vignes et de mûriers, et enfermée dans une triple muraille du moyen âge. Elle renferma plusieurs fragments d'architecture ancienne, et on trouve aux environs de nombreuses ruines de l'ancienne Attalia.

SATAN s. m. (sa-tan — nom du chef des démons). Relig. Gouvernement du démon, autorité de l'enfer : Henoncer à Satan, à ses pompes, à ses œuvres.

— Par ext. Réprouvé ; homme pervers, trèsméchant :

Et ce sont vrais satans , dont la gueule altérée De l'honneur féminin cherche à faire curée.

Molière.

— Royaume de Satan, Enfer, li Monde pervers.

— Sujets de Satan , Réprouvés , habitants de l'enter.

— Fils de Satan , Réprouvés.

— Orgueil de Satan , Orgueil extrême. Il Orgueilleux comme Satan, Extrêmement orgueilleux.

— Mamrn. Espèce de singe d'Amérique.

SATAN, chef des anges rebelles. Son nom,

purement hébreu, signifie ennemi et vient du chaldéen setan, haïr. V. diable.

— Iconogr. La longue iconographie que nous avons consacrée au diabli! nous dispense d'entrer ici dans de longs détails. Mais on nous saura gré de citer l'opinion de Lamennais sur le caractère esthétique du type de Satan : « Le beau dans ses rapports avec le faux et le mal, a dit l'illustre écrivain, le beau séparé de Dieu, ou correspondant k l'individualité pure, a son type dans Satan, la plus parfaite des natures créées, mais la plus éloignée de Dieu, la plus perverse , la plus souffrante. La forme reste avec sa beauté essentielle, impérissable, et l'on frémit en la voyant. Le mal est là, l'idéal du mal incarné dans cette forme. Les ténèbres rayonnent de cette face ; la haine scintille dans ces yeux; l'orgueil inflexible siège sur ce front. Cette forme ravissante, isolée du Créateur, isolée de la création, est suspendue dans le vide comme un météore effrayant. » 11 s'en faut de beaucoup que tous les peintres et tous les sculpteurs qui ont représenté Satan lui aient conservé ce caractère grandiose et sinistre, mélange de beauté et de laideur. La tendance générale des artistes au moyen âge et dans les premiers temps de la Renaissance a été de n'exprimer que le côté hideux et repoussant. Au Canipo- Santo de Pise , dans la fresque où un artiste de l'école de Giotto, sinon Giotto lui-même, a représenté Satan demandant à Dieu la permission de tourmenter Job, l'attitude du démon et sa physionomie sont beaucoup moins grotesques, beaucoup moins infernales que dans la plupart des tableaux contemporains. Ses triples ailes sont ouvertes; ses bras sont croisés sur sa poitrine et se cramponnent l'un à l'autre, un peu au-dessus du coude, les ongles fichés dans la chair ; un serpent cache sa tête dans un creux de sa poitrine, et le pied droit est soulevé comme pour broyer quelque victime. La puissante sérénité du Très-Haut contraste avec la farouche attitude de Satan; pas un éclair de colère, pas mémo l'expression du mépris dans le regard de celui qui domine l'univers et dompte le mauvais esprit. Un peintre moderne, Wiertz, a représenté aussi Satan sous une forme plus saisissante, plus terrible que grotesque, dans le volet d'un triptyque, dont le sujet central nous montre le Christ au tombeau, et l'autre volet le Péché d'Eve. «Le Satan, de Wiertz, a dit le docteur Watteau, est bien le Satan le plus chrétien que j'aie vu; il n'est pas noir, il n'a pas de longues cornes, il n'a pas les pieds fourchus; rien d'emprunté au satyre antique. C'est le Satan des Evangiles, C'est l'ange, pour le dessin qui est d'une grande beauté de lignes; c'est le démon, pour la passion du regard et surtout pour 1 opulence sensuelle des formes et pour la chaleur charnelle. C'est le génie déchu, on le voit sur son front; c'est la volupté, on le voit aux touffes lourdes et molles de sa chevelure; c'est l'enfer de l'orgueil souffrant, on l'entrevoit au fond de ses vaux noirs. L'ironie au coin des lèvres, l'anxiété dans le regard, les ongles enfoncés dans la poitrine, il est debout, voyant à la fois son triomphe dans le péché d'Eve, sa défaite dans la mort de Jésus. » Le sculpteur anglais Chantrey a exposé k Londres, en 1S0S, une tête très-expressive de Satan. Une statue de bronze, par Feuchère, a figuré k Paris, au Salon de 1835.

SATE

Satan, prince des dimoni (HISTOIRE de),

par l'abbé Pascal (Vannes, 1859). Cet ouvrage est à consulter par ceux qui veulent se convaincre par eux-mêmes combien une certaine partie du clergé est encore imbue des préjugés gothiques du moyen âge. On en jugera par le passage suivant, où l'auteur fait le portrait de Satan :

• La science de Satan répond à sa puissance. Un savant, parlant d'un homme d'esprit, disait qu'il en avait à faire peur (c'est Bossuet qui a dit cela de Fénelon, ne vous en déplaise, monsieur l'abbé). Cette expression convient parfaitement k Satan. La science de tous les hommes réunis n'approche pas de la sienne. L'homme en péchant n'a pas perdu l'exercice de ses facultés naturelles; il a été seulement blessé, comme parle le concile de Trente, dans ses facultés et surtout dans sa volonté; ainsi Satan, en se révoltant contre Dieu, n'a pas perdu entièrement cette intelligence élevée et subtile que son créateur lui avait donnée. Satan , par cette pénétration naturelle, connaît une roule de choses dont nous n'avons pas seulement l'idée. Il connaît les choses passées, les présentes et pronostique avec une certaine assurance l'avenir. » Le principal moyen, suivant l'abbé Pascal, de résister avec succès k un ennemi si bien armé, c'est d'employer l'eau bénite, qui u trois effets singuliers : • 10 elle chasse lo diable loin de nous, loin des lieux que nous habitons ot de tout ce qui est a notre usage ; 2" elle nous attire la présence et le secours du Saint-Esprit; 3° elle efface les péchés véniels. Tous les saints ont fait grand cas de l'eau bénite et s'en sont servis avec succès. Saint Louis faisait asperger tous les soirs son lit et sa chambre par un prêtre. Sùnte Thérèse s'en aspergeait souvent avec une consolation particulière. Saint Germai» apaisa une mer agitée avec de l'eau bénite. Avec de l'eau bonite, saint Eloi délivra cinquante personnes possédées du démon ; avec de l'eau bénite, saint Bernard guérit plusieurs malades.» De semblables ouvrages ne sont-ils pas d'éclatants aveux de niaise crédulité, et ne proclament-ils pas l'ignorance d'un clergé qui les édite et qui les recommande?

SATANAS, nom de forme latine qu'on donne par plaisanterie à Satan, comme dans ce vers de Voltaire :

De Sataïuis la malice eBt connue.

SATANÉ , ÉE adj. (sa-ta-né — rad. Satan). Pop. Digne de Satan ; abominable : Un satané coquin. Un satané menteur. Quel satané temps! Secouez-moi donc ce diable de prunier, afin que j'aie celte satanée prune. (Alex. Dum.)

SATANICLE s. m. (sa-ta-ni-kle — du nom de Satan). Ornith. Nom donné par les matelots au pétrel ou oiseau des tempêtes.

SATANIEN s. m. (sa-ta-ni-ain — du nom de Satan). Hist. relig. Membre d'une secte du ivo siècle qui adorait Satan.

SATANIQUE adj. (sa-ta-ni-ke — du nom de Satan). Qui appartient, qui est propre à Satan ; qui est digne de Satan : Esprit satani- QUE. Méchanceté SATANIQUE. Orgueil SATANI- QUE. Rire SATANIQUE.

SATANISME s. m. (sa-ta-ni-sme — du nom de Satan). Caractère de ce qui i-st satanique ; ce qui est satanique : La médecine, c'est le vrai satanisme, une révolte contre la maladie, fléau mérité de Dieu. (Michelet.) il Inus.

SATANITE s. m. (sa-ta-ni-te). Hist. relig.

Syn. de SATANIEN.

SATANOW (Isaac), hébraïsant polonais, qui vivait dans la seconde moitié du xvmo siècle. Il n'est connu que par ses nombreux écrits, parmi lesquels nous citerons : Jmre Binait (Berlin, 1784), ouvrage où, SOUS la forme du dialogue, l'auteur cherche k concilier les doctrines de la cabale avec la philosophie; Vayetar Jicchok (Berlin, 1785), traité grammatical dans lequel sont passés en revue les grammairiens antérieurs à la seconde moitié du xviire siècle; Commentaire sur la seconde et la troisième partie du More Nebucliim de Maimonides (Salzbach, 1800) ; Commentaire sur l'Ethique d'Aristote (Berlin, 1799); Asaf (Berlin, 1803), ouvrage composé de deux parties, dont la première a pour titre Myschle Asaf (les récits d'Asaf), et dont la seconde, intitulée Zmirot Asaf(ies chants d'Asaf), renferme des hymnes écrits à l'imitation des psaumes de David.

SATAR, idole des Germains fort peu connue. On pense que, chez les Saxons, Satar avait le rôle do Saturne et qu'il a donné son nom au samedi, satartag, ou saturday en anglais.

SATARAH ou SETARAII, ville de l'Indoustan anglais, dans la présidence de Bombay, dans l'ancienne province de Bedjapour, a 96 kilom. S.-E. de Pounah. Eorte citadelle. Cette ville, autrefois capitale d'un Etat de son nom, fut prise en 1818 par les Anglais, qui détrônèrent le dernier des rajahs en 1839. L'Etat de Satarah avait une superficie de 28,100 kilom. carrés et une population de 1,500,000 hab.

SATELLITE s. m. (sït-tèl-li-te — lat. satettes, même sens). Hist. Nom donné, chez les empereurs d'Orient, k une espèce de capitaine des gardes du corps qui les accompanait pour veiller sur eux et exécuter leurs l ordres.

SATELLITE s. m. (sa-tèl-li-te — lat. satelles, môme sens). Homme armé qui est aux gages et à ïa suite d'un autre, pour exécuter les ordres qu'il recevra de lui :

Qui donc opposez-vous contre ses satellites ?

Racine.

— Par ext. Homme qui se livre aux volontés d'un autre, qui est à ses ordres, qui lui obf'-it en tout : Le despotisme peut bien avoir des satellites , mais non des sereileurs. (Dupaty.)

— Astron. Planète secondaire, qui tourne autour d'une planète principale et l'accompagne dans sa révolution autour du soleil : Les satellites de Jupiter. La lune est le satellite de ta terre.

— adj. Anat. Veines satellites, Veines qui a voisinent les artères.

— Encycl. Astron. Les satellites décrivent autour de leurs planètes principales, comme centre, des ellipses, en observant les mêmes lois que ces planètes principales dans leur mouvement autour du soleil.

La lune est le satellite de la terre. Mercure, Vénus et Mars n'ont point de satellites. Jupiter en a quatre; Saturne, huit; Uranus, six. suivant Hersehel, huit suivant Lasse!, on n'est pas encore fixé sur ce point ; Neptune, un.

En général, la durée de la rotation des satellites sur eux-mêmes est égale à la durée de leur révolution autour de la planète central o.

La révolution des satellites autour de la

Ïilunète principale s'exécute, en général, dans e même sens que la révolution de celle-ci autour du soleil.

Il n'y a d'exception que pour les satellites d'Uranus, qui se meuvent dans un pian perpendiculaire au plan général du système solaire.

SATÉR1M s. m. (sa-té-rimin). Hist. juive. Nom donné aux ministres de la justice, établis dans les villes, après la mort de Josué.

SATERLAND, petit pays de l'Allemagne du Nord, dans le duché d'Oldenbourg. Il forme la partie N.-O. du cercle de Kloppenburg. i Territoire en grande partie marécageux, divisé en trois paroisses et renfermant environ 3,000 hab.

SATGONG, autrefois Ganges Begia, ville de l'Indoustan anglais, dans la présidence de Calcutta, sur l'Hougly, à 6 kilom. N. d'Hougly. Elle fut autrefois la résidence des rois du Bengale.

Saihanicl , roman, publié en 1836 par Frédéric Sotilié. Ce n'est qu'un épisode détaché de la série des Romans historiques du Languedoc. L'action se passe sous le règne de Théodoric II, roi des Wisigoths, qui n'est monté sur le trône qu'après avoir fait assassiner son frère Thorismond et qui craint de la part de son autre frère Euric la peine du talion. Ce dernier conspire effectivement contre lui et ne fait trêve un instant à ses projets ambitieux que pour se livrer à. la passion que lui a inspirée Sathaniel, tille du Maure Huben-Moussi. Euric aimait Sathaniel et lui avait promis de l'épouser; mais, réfléchissant que cette union ne lui serait d'aucun secours pour parvenir à ses desseins, il tourna ses vues vers Alidah, fille du comte Bold, et se disposait à la conduire à l'autei , lorsque Haben-Moussi se présenta accompagné de sa fille pour demander justice au roi, qui, la loi à la main, condamna son frère à exécuter sa promesse. Obligé de lui reconnaître le titre d'épouse, Euric traita Sathaniel comme une esclave. La fille du Maure gémissait sur l'ingratitude de son époux et cherchait les moyens de reconquérir son amour, lorsqu'il fut fait prisonnier dans un combat devant Narbonne. Grâce au pouvoir de ses charmes, elle pénètre dans la ville, qu'elle livre aux Wisigoths, et sauve Euric. Pour perdre sa iivalo Alidah, elle l'accuse d'adultère avec Firmin, fils de Thorismond, que Théodoric veut associer à l'empire pour déjouer les complots d'Euric. Dès que ce dernier a découvert ce secret , il se rend dans la tente royale, trouve Firmin avec le roi, et, frappant son frère d'un coup mortel, il accuse le jils de Thorismond d'avoir voulu venger son père. Firmin est conduit au supplice, Euric monte sur le trône, et le premier acte de sa souveraineté est de répudier Sathaniel.

Le défaut capital de ce livre, c'est que l'intérêt s'y divise entre Euric et Sathaniel. C'est, d'ailleurs, un des bous romans historiques, semé çà et là de larges aperçus, de riches peintures, que soutient toujours un style plein d'éclat, sinon toujours correct.

SATIIMAR, comitat de Hongrie. V. Szathmar.

SATÎ s. f. (sa-ti — de Sali, n. pr.). Syn, de SUTTiiu. V. ce mot.

SATÎ , le premier nom de la femme du dieu Siva, dans la mythologie indoue. Il signifie pieuse. En mémoire de la mort de cette j déesse qui, de douleur, se jeta dans le feu quand son époux fut insulté par Dukclia, son père, la femme indienne qui se brûle .sur le bûcher de sou mari est appelée sait' ou suttee.

SATI ou SATÉ, déesse égyptienne, qui règne sur les régions inférieures et qui est une émanation de la déesse Neith. On la représente sur les monuments funéraires ù ge-

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nous, et paraissant saisir un épervier, symbole de 1 âme des morts.

SATICDLA, ville de l'Italie ancienne, dans laCampanie, sur les confins du Samnium, à, l'E. de Capoue. C'est aujourd'hui Caserta- Vecchia.

SATI- DRAP s. m. (sa-ti-dra — de salin, et de drap). Comm. Variété de drap dont la chaîne est en coton de Femambouc ou en soie, et la trame en laine de pays, en laine d'Espagne, en laine de vigogne, en poil de chèvre ou en soie de pinne marine, et qui a l'apparence du drap fin de Louviers : Les sati-draps sont une création des frères Ternattx, de Louviers, et ils doivent leur nom à l'armure satin gui sert à les produire.

SATIÉTÉ s. f. (sa-si-é-té — latin satielas; de satiare, rassasier, qui se rattache à la racine sanscrite sadh ou sidh, combler, perfectionner, grec adô, allemand sâttigen, anglais to sate, lithuanien sodinu, russe syszczain. Comparez aussi le sanscrit sodhus, comblé, grec adés, adros, latin satur, gothique sads, lithuanien sotus et le sanscrit sadhu, complètement, grec adéu, latin satis, assez). Réplétion d'aliments qui détruit l'appétit : Manger, boire jusqu'à satiété.

— Fig. Dégoût produit par l'usage immodéré : Satiété des plaisirs , des honneurs. Satiété des richesses. Répéter une chose jusqu'à satiété. L'ennui des femmes du monde, enivrées de plaisirs, est un dégoût de satiété. (Montesq.) Les princes, dans leur satiété, ne prennent pas plus de goût aux plaisirs que les enfants de chœur à ta musique. (Montaigne.) Les privations laissent des espérances, la satiété n'en laisse point. (J. Droz.) Un jour de satiété nous aie un an de jouissance. (J.-J. Rouss.) Quand l'amour, d'épreuve en épreuve, est arrivé à la satiété, l'enfer a commencé sur la terre. (G. Planche.) L'impuissance dans la satiété, c'est la pauvreté des riches, la pauvreté moins l'espérance. (L. Blanc.) L'amour est une maladie qui a ses périodes : désir, possession , satiété. (De Meilhan.) Le plaisir tue l'amour, la satiété tue le plaisir, et le dégoût fait alors l'office de la raison. (Beauchêne.) Les jouissances touchent vite à la satiété. (St-Marc Girard.)

C'est la taiiété qui calcule et qui pense.

A. de Musset.

SATIP, IVE adj. (sa-tiff, i-ve — lat. salivus; de serere , semer). Qui vient de graines qu'on a semées : Plantes sativbs.

SATILLIEU, bourg de France (Ardèche), ch.-l. de cant., arrond. et à 26 kilom. N.-O. de Tournoi), sur l'Ay; pop. aggl., 665 hab. — pop. tôt., 2,207 hab. Fabrication de gros draps. Commerce de planches et de bois de charpente.

SATIN s. m. (sa-tain — italien selino, portugais setim, du latin seta, soie). Comm. Etoffe de soie unie, moelleuse et lustrée. Il Etoffe quelconque , fabriquée à la manière du satin de soie, et dont la surface est lustrée : Satin de laine, de coton, de fil. Avoir la peau douce comme du satin, comme un satin, ii Satin simple, Saiin avec envers. Il Salin double, Satin sans envers, n Satin turc, Etoffe croisée à l'envers et lisse à l'endroit.

— Par ext. Surface fine et lustrée comme du satin : Le satin de la peau. Une peau de satin. Le satin des fleurs. On s'arrêterait pendant des heures entières à regarder ces nuages de satin, ce fin duvet aérien, celte molle gaze transparente qui emprisonne tes rayons du soleil. (H. Taine.)

— Bot. Satin pâle, Espèce de champignon. SATINADE s. f. (sa-ti-na-de — rad. satin).

Petite étoffe de soie imitant le satin, mais beaucoup plus mince.

SATINAGE s. m. {sa-ti-na-je — rad. satin). Action de satiner, de donner à une étoffe le lustre du satin : Le satinage des rubans.

— Résultat de cette notion : Etoffe d'un beau satinagb. Papier d'un beau satinagb. Le satinagk rend le papier plus lisse et plus fin. (Acad.)

— Typogr. Opération à laquelle on soumet les livres après l'impression, pour faire disparaître le relief occasionné sur les feuilles par le foulage.

— Encycl. Typogr. Quand l'impression d'un volume est terminée , plusieurs opérations restent encore à faire avant qu'il puisse être livré au public. Au nombre de celles-ci, figure le satinage. Il a pour but de faire disparaître le relief occasionné sur la surface du papier par l'action du foulage. Ce procédé, inventé par le célèbre imprimeur espagnol Ibara, peut servir aussi à rendre plus lisses les deux surfaces du papier blanc. Voici de quelle manière se fait ce travail : après que les feuilles imprimées ont été bien séchées et assemblées, l'ouvrier satineur place sur sa droite des cartons lisses et cylindres, épais de om,ouL environ. La dimension de ces cartons doit être plus grande que celle des feuilles à satiner; ils doivent avoir le format grand raisin pour le carré, Jésus pour le grand raisin , etc. L'ouvrier prend un de ces cartons, qu'il passe devant lui, puis il saisit de la main gauche une feuille et l'étend sur le carton, qu'il recouvre lui-même d'une seconde feuille, et ainsi de t-uite jusqu'à ce qu'il en ait réuni une certaine quantité. Les feuilles ainsi encartées sout alors mises en pile et soumises à une pression considérable. On a eu soin,

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en plaçant la pile dans la presse, d'interposer, d'endroit en endroit, desaisou plateaux de bois destinés à la soutenir; ces ais, do même grandeur que les cartons, sont introduits après chaque cinquantième feuille. On peut remplacer les plateaux de bois par do gros cartons de pâte unis dont la périphérie, sur deux faces, est taillée en biseau de 0m,0S à O1»,!! d'étendue. Il suffit alors d'un plateau de bois par rame. Au bout de quelques heures de pression, les cartons sont retirés; les feuilles, sorties et placées l'une sur l'autre, reprennent ainsi l'ordre dans lequel l'assembleur les avait disposées. Dans quelques rares ateliers de satinage on se sert encore do presses de bois semblables à l'antique pressoir. Presque partout aujourd'hui on les a remplacées par des presses à percussion dont la vis en fer est facile à manœuvrer. Dans les maisons importantes , on emploie à cet usage des presses hydrauliques ; mais il faut se servir de cet appareil avec précaution , car sa puissance est telle que, si l'on n'avuit pas soin de la régler, l'impression serait altérée et le papier rendu cassant. « Dans les maisons de premier ordre, dit M. Paul Dupont, où s'exécutent tous les travaux qui se rapportent à la typographie et où se satinent continuellement d énormes quantités de papier, les anciens procédés seraient insuffisants; aussi y a-t-on installé un grand nombre de presses hydrauliques qui économisent les trois quarts du temps exigé par les presses ordinaires. Lorsqu il est possible de les installer à proximité d'une machine à vapeur, ce moteur peut être utilisé et remplace le bras de l'homme; une seule pompe peut faire manœuvrer quatre presses. Le transport des papiers encartés se fait au moyen de grands chariots roulant sur de petits chemins de fer. Grâce à cet ingénieux système, on peut satiner des centaines de rames tous les jours. »

Terminons par deux recommandations utiles : les cartons employés an satinage doivent être frottés et nettoyés fréquemment ; on efface ainsi l'empreinte de l'encre qui, en s'y attachant, finit par maculer les feuilles. Il ne faut pas soumettre au satinage par les cartons les gravures coloriées passées u la gomme : cette substance les y faisant adhérer très-fortement, gravures et cartons seraient détériorés.

SATINAIRE s. m. (sa-ti-nè-re — rad. satin). Techn. Ouvrier qui fabrique le satin.

SATINÉ, ÉE (sa-ti-né) part, passé du v. Satiner. A quoi l'on a donné le lustre du satin: Ruban satiné. Papier satiné. Les feuilles sortant de l'imprimerie ont été, pour ainsi dire , gaufrées par la pression des caractères, et un livre composé de feuilles aussi peu unies est bien plus épais que celui dont le papier a été satiné. (Désormeaux.)

— Qui a la finesse, le lustre, l'apparence du satin : Peau satinée. RuLens a besoin de chairs satinées, de chevelures blondes, de bouches et de joues vermillonnées. (Th.Gaut.)

— Pierre satinée, Pierre fine taillée de manière k paraître très-claire.

— s. m. Reflet brillant comme celui du satin : Il y a, dans ce tableeu, des lustrés et des satinés aux places qu'argenté la lumière, (Th. Gant.)

— s. f. Bot. Nom vulgaire de la lunaire des jardins.

SATINER v. a. ou tr. {sa-ti-né — rad. satin). Donner lo lustre du satin à : Satiner tme étoffe, du ruban, du papier, une gravure.

— v. n. ou intr. Hortic. Présenter l'aspect du satin : Tulipe qui satine.

SATINET s. m. (sa-ti-nô — rad. satin).

Techn. Etoffe de soie et coton, rayée.

SATINEUR, EOSE s. (sa-ti-neur, eu-ze — rad. satiner). Techn. Ouvrier, ouvrière qui satine : Satineur d'étoffe. Satineur de papier.

SATIRE s. f. (sa-ti-re — latin satira ou satyra, mot dont 1 origine est controversée. On le fait généralement venir de satur, plein, rempli, dont on aurait fait satura, et puis satira, comme de maxumus on a fait maximus. On appuie cette explication isur ce que lanx satura désigne un plat rempli de tontes sortes de fruits, et lex satura, une loi qui contenait plusieurs chefs, d'où l'on conclut que l'on a donné le nom de satira k ces sortes de poSines à cause de la variété des choses que l'on y fait entrer. Quelques-uns soutiennent que ce mot vient du nom des satyres de la mythologie, soit parce que les satyres qui accompagnaient Bacchus attaquaient par des railleries tous ceux qu'ils rencontraient, soit parce que, dans l'origine, les pièces de vers ainsi désignées étaient faites par un peuple encore sauvage, et qu'elles étaient pleines de railleries grossières et accompagnées de postures et de danses lascives , comme en auraient exécuté les satyres. La façon dont il faut écrire ce mot est également controversée. On le trouve écrit par un y dans toutes les anciennes éditions de nos auteurs classiques, Boilean, La Bruyère, Molière, Saint-Evremond, Voltaire, etc., et dans les premières éditions de l'Académie, qui n'a changé son orthographe qu'en 1762. Les Romains écrivaient le plus souvent satira, et comme c'est du latin que nous est venu directement le mot en question, il estruisonnable d'écrire satire). Litfér. Pièce de vers dans laquelle on tourne en dérision des vices

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ou des ridicules : Satires d'Horace, de Juvénal, de Boileau. Le but de la satire est de ■ corriger les hommes en décriant les vices et les rendant ridicules. (St-Evrem.) Une satire doit être piquante et gaie. (Volt.) La satire , comme la conscience , nous rappelle ce que souvent nous voudrions oublier. (M"1» de Biessington.) La satire est sœur de l'élégie; si l'une plaide pour les opprimés, l'autre combat contre les oppresseurs. (H. Taine.) Quarante ans après Lwilius, Horace perfectionna la satiiîe et lui donna une forme nouvelle. (Boissonade.)

Muse, changeons de style, et quittons la satire.

Boileau.

Le champ de la satire est long à défricher.

Barthélémy.

La satire, souvent, a l'aide d'un bon mot, Va venger la raison des attentats d'un sot.

Boileau.

Quand la satire frappe un coupable, elle doit L'extraire au grand soleil et le montrer nu doigt.

Bakthllemy.

Il Ouvrage satirique de longue haleine, ordinairement mêlé de prose et de vers : La satire Ménippée ne fut guère moins utile à Henri IV que la bataille d'Ivry. (Hénault.)

— Ecrit ou discours dans lequel on tourne quelqu'un ou quelque chose en ridicule : La satire doit tomber directement sur les mœurs et ne frapper les personnes que par réflexion. (Mol.) On n'approuve la satire que lorsqu'elle va mordre les autres. (La Biuy.) Les moralistes font la satire de l'homme, et non son histoire. (St-Lambert.) La satire est, chez La Bruyère, bien mieux entendue que dans La Rochefoucauld. (Labarpc.) L'histoire n'est que trop souvent l'oraison funèbre des peuples morts, et la satire est le panégyrique des peuples vivants. (De Bonald.)

— Blâme indirect, sous une forme railleuse : Les romans sont la Satire de la vie. (G. Sanri.) L'éloge d'un mérite supérieur ne fait pas la satire de ceux qui peuvent briller à ses côtés. (Gardaune.)

— Trait de satire, Trait de raillerie, épigramme :

Et pour finir enfin par un trait de satire. Va sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.

Boileau.

Très- peu de gré, mille traits de satire. Sont le loyer de quiconque ose écrire.

Voltaire.

— Encycl. La satire, comme genre littéraire, appartient en propre aux Romains; le nom de ce genre de poème est latin, et les Grecs, qu'ils imitèrent presque en tout, n'écrivirent pas de satires proprement dites. Ils eurent des comédies satiriques; ils eurentles ïambes, dont le but était à peu près le même, mais qui forment un genre à part et qui appartiennent à la poésie lyrique. En dehors des comédies satiriques et des ïambes, il y eut encore en Grèce certains usages analogues aux usages latins, dont nous parlerons plus loin, et qui auraient pu, comme à Rome, donner naissance à la satire. Ainsi à Sparte, dans les banquets, au dessert, il était d'usage qu'un jeune homme débitât contre quelqu'un des quolibets assaisonnés de gros sel; le personnage ainsi tourné en ridicule n'avait pas le droit de se fâcher. U fallait écouter jusqu'au bout. Ce goût de la moquerie et des satires personnelles était très -développé et trèseiiraeiné chez les Grecs. La comédie avait commencé par être purement satirique; elle se composait d'un chant chorique fréquemment interrompu par des apostrophes souvent très-vives et très-mordantes à quelqu'un des assistants. On peut comparer ce genre d'apostrophes personnelles aux quolibets de nos charlatans et de nos baladins, qui intercalent souvent au milieu de leurs annonces quelque moquerie plus ou moins spirituelle à l'adresse d'un badaud bien ébahi de leur éloquence. On sait que la comédie grecque a été longue à se débarrasser do cette part satirique et sarcastique ; la parabase en était le dernier débris. Mais ce n'était pas seulement au théâtre et dans les banquets que ces plaisanteries ad honiinem étaient usitées chez les Grecs. Certaines pratiques de leur culte leur fournissaient l'occasion de se livrer librement à leur penchant naturel. Aux fêtes de Déinêtêr et de quelques autres divinités, la religion autori-

j sait, provoquait même la raillerie la plus licencieuse. On pouvait se permettre quelque mot piquant à l'adresse d'un dieu, et le dieu, bon enfant, na se fâchait point. Les hommes, moins parfaits sans doute, avaient plus de peine à supporter ces attaques à brûle-

' pourpoint; mais c'était l'usage ; bien mieux, c'était la loi. Les officiants étaient obligés de lancer des sarcasmes à toute personne qu'ils rencontraient. Tant pis pour les malheureux qui se trouvaient sur le passage du cortège. L'insolence était de rigueur.

A Rome, les chants fescenuins et les chansons licencieuses dont les soldats accompagnaient en chœur le char des tr.omphateurs semblent remonter à des usages identiques. Lorsque le général triomphateur montait au Capitole, ceux qui l'avaient suivi a la victoire chantaient, en suivant son char de triomphe, des chansons destinées à lui rappeler qu'il n'était pas un dieu. Un vers, lo moins grossier d'une chanson sur Jules Ccsar triuuiphant, fera juger de ce que pou-

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valent être ces poésies satiriques : « Gens de la ville, gardez bien vos femmes ; nous avons amené le galant chauve.» Quand les histrions étrusques vinrent instituer à Rome des jeux scéniques et danser au son de la flûte, il n'y eut d abord dans cas représentations ni chant, ni pf.ntomime; mais bientôt les Romains, qui les imitèrent, «joutèrent aux danses des chants sarcastiques, semblables aux chants feseennins. Plus tard, on admit dans ces poésies, à côté du vers saturnien, les mètres venus de la Grèce; on eut ainsi une sotte de pot-pourri poétique, un plat composé de mets divers, en latin satura, d'où l'on lit salira. Le mémo mot s'est conserva dans le droit ronain. On appelait lex satura une loi composée de plusieurs titres ; diverses ordonnances dépendaient de faire voter le peuple per saturant, c'esl-à-ciire do lui faire sanctionner diverses lois à la fois et en masse.

Le premier poëio qui donna k la satire'' un caractère particulier, une forme savante et mieux déterminée, fui Ennuis; aussi lui en a-t-on attribué l'invention. Cependant, sous le rapport do 11 forme, il ne lit que reproduire la satire ces danses étrusques, entremêlant les vers saturniens et plusieurs espèces do vers ïambiques. S'ubsiint-il, comme l'ont dit des anciens, de toute diffamation, rie toute désignation de personne? Nous ne pouvons en juger c'après ce qui reste de lui; mais nous avons la preuve qu'il attaqua les vices et les riJicules de son temps avec une grande énergie. De plus, il avait l'intention d'instruire et de corriger; car il se fait dire par un interlocuteur : « Salut, poète Ennius, toi qui lances aux mortels tes vers enflammés jusque dans la moelle de leurs os. » Luei.ius, qui naquit près d'un siècle après Ennius, a le premier acquis dans la satire, selon l'expression de QuiMilien,une gloire éclatante. « Encore maintenant, ajoute ce critique, il a des amateurs si passionnés, qu'ils n'hésiteiu pas à le préférer, non-seulement aux autres satiriques, mais à tous les poëtes. Pour moi, sans partager leur avis, je suis forcé de reconnaître qu'il y a en lui des connaissances merveilleuses et ce franc-parlcr qui donne à ses vers du mordant et beaucoup de sel. » Horace, toujours prêt à dénigrer les vieux poëtes latins, a critiqué Lucilius presque avec aigreur. «Lucilius, dit-il, est plaisant, malin, versificateur peu scrupuleux; car c'était là son défaut; souvent, en une heure, et au pied levé, il dictait deux cents vers, pensant faire un bel exploit. Il roulait des eaux bourbeuses, mais où il y avait du bon k prendre. Bavard d'ailleurs, peu souc eux du travail d'écrire; j'entends de bien écrire; car, d'écrire beaucoup, je n'en tiens nul compte.... Lucilius, je le veux bien, étai; homme d'esprit et d'un esprit aimable; il est plus châtié que ce poëto sans art qui| essaya le premier un genre qu'ignoraient h s Grecs; il l'est plus que toute la foule de nos vieux poètes. Mais, si le destin l'eût fait vivre dans notre siècle, il retrancherait beaucoup à ses œuvres; il couperait tout ce cui traîne hors de la perfection ; et il ne ferait pas ses vers sans se gratter souvent la tête et sans se ronger les ongles au vif. « Dans un autre passage, Horace sent la nécessilé d'expliquer ces attaques et les compense far des éloges : « Lorsque Lucilius, le prenrer, osa composer des poomes satiriques et arracher le masque brillant sous lequel l'hypocrite voilait dans le monde son visage Çtideux, est-ce que Lelius, et le héros qui gagjna son surnom par la ruine de Cartilage, 'furent offensés des traits de son génie? Plluignire:it-iis Metellus blessé, ou Lupus ilaL'cllé do vers sanglants? Or, Luciiius atlaquïi indistinctement et les grands et les homnuis de la jlasse populaire; il n'eut d'égard cfue pour la vertu et pour les amis de la verftu. Ôe l'est pas tout; quand, loin du vulgaire et de la scène du monde, la vertu de Scipi*n et la douce sagesse de Lelius s'étaiené réfugiée s à la campagne, on voyait ces deuxf hommes mettant do côté toute morgue! jouer et s'amuser avec lui comme des enffmts, en attendant que le plat de légumes fût feuit. » Luc lius est un admirateur des anciennes vertus et des anciennes mœurs, de l'antique simplicité des premiers siècles de R(f me, et uu spectateur indigné des vices où ubaient ses contemporains. Mais, pour le ire bien connaître, nous allons citer quelles passages des fragments qui nous resnt de ses satires .'« La vertu, pour l'honnn?, est de discerner ce qui est droit, utile, onnète, quel est le bien, quel est aussi' le (mal, ce qui est inutile, honteux et déshonnête; la vertu, c'est de connaître la borne et la mesure du besoin d'acquérir ; la vertu , c'est de pouvoir peser les richesses à leur prix ; la vertu, c est d'accorder ce qui est réellement dû aux honneurs; c'est d'être l'adversaire pjblic et l 'ennemi privé des hommes méchant; et des mauvaises mœurs; d'être le défenseur, au contraire, de ce qui est bon, hommes ou mœurs, de glorifier les gens de bien, de leur être tout dévoué, de vivre leur ami; enthi, e'e;t de mettre au premier rang, dans sjn cœur, les avantages de la patrie, au second ceux de nos parents, au troisième et dernier les nôtres.... Maintenant, du matin a la nuit, qu'il soit fête ou non, tout le j :ur, en un mot, et tous les jours, peuple et patriciens se démènent tous dans le Forum, et ils n'en bougent. Tous sont ap-

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pliquês a une seule et même étude, à un art unique : c'est d'abuser par de feintes paroles, de lutter par la ruse, de rivaliser do flatterie, d'afficher des airs d'homme de bien, de tendre des pièges, comme si tous étaient les ennemis de tous.... Oseille! que de louantes sont dues à celui qui te connaît encore l C'est à ce sujet que Lelius, ce sage, avait coutume de pousser les hauts cris et d'upostropher à leur tour chacun de nos goinfres : o 0 Publius Gallonius! s'écriait-il; ô gouffre 1 tu es un être bien misérable I De ta vie tu n'as soupe une fois en honnête hommo, quoique tu manges tout ton bien pour une squille ou pour un gros esturgeon. » Nous avons insisté à dessein sur Lucilius, parce que sa gloire a été injustement étouffée sons la renommée de ceux qui Vont suivi. Terminons a. son sujet par quelques lignes de C. Labitte ; o Si Lucile, comme Régnier, est de ceux qui ne savent point employer des heures à regratter un mot douteux, il a deux qualités (jui suffisent à constituer un grand écrivain, je veux dire l'inspiration et la verve. On passe volontiers à sa muse ce ton de libre conversation , ces détails anecdotiques, ces comparaisons familières, ces tours proverbiaux, ces façons de dire populaires; car, je ne sais quelle empreinte vigoureuse, je ne sais quelle saveur forte et saine suffisent pour donner à ces fragments un caractère tout à part. La vieille souche romaine se montre là, rugueuse, verte, pleine de sève. I! y ii chez Lucile d'incontestables allures de génie. •

Nous consacrons plus bas un compte rendu spécial aux satires d'Horace. Tout le monde on connaît l'esprit aimable et railleur, la bonhomie pleine de malice. Horace n'a pas les rudesses de Lucilius et n'aime pas à s'irriler; il ne s'indigne pas contre le vice, il en raille les travers et les laideurs ; il no paraît voir que le côté ridicule des choses, prodigue l'ironie et les saillies agréables. La vertu, dont il vante les charmes, est toute dans la prudence et dans le savoir-vivre. Une seule de ses satires est d'un ton plus vif que les outres; c'est une diatribe contre le luxe et les débauches des Romains.

Perse et Juvénal, de beaucoup les deux plus célèbres entre les satiriques successeurs d'Horace, ne poursuivirent pas le môme but l'un et l'autre et furent très-dissemblables sous le rapport du talent. Le premier, dans les six courtes satires qui restent de lui, eut surtout l'intention d'instruire, d'étudier les vices pour en découvrir les causes, de professer les maximes du stoïcisme que lui avait enseignées Cornutus. Il montre aux hommes qu'ils sont entraînés par les passions dans les plus fatales inconséquences et que la philosophie seule peut les conduire dans le droit chemin. Son talent poétique, sans égaler celui d'Horace et de Juvénal, est cependant très-remarquable dans l'expression des pensées les moins favorables à la poésie, dans la manière dont il concentre en quelques mots un grand nombre de pensées, dont il produit en quelques traits une foule d'images. Juvénal, bien plus grand poète, et bien plus véhément, flétrit avec indignation les immoralités et les corruptions de la Rome impériale. Aux noms de ces maîtres de la satire antique, on peut joindre celui d'une femme, Sulpieia. Domitien ayant chassé do Rome les philosophes, parmi lesquels un certain Calenus, Su;picia, femme de Calenus et poétesse, écrivit une satire contre le tyran. C'est un acte de dévouement et d'amour conjugal. La satire de Sulpieia, que nous possédons, manque un peu de passion ainsi que de précision et de nerf; mais il y a quelques beaux vers et un grand respect pour les traditions classiques.

Les modernes ont imité la satire des Latins et on la retrouve dans les diverses littératures. La France, dont l'esprit, satirique éclata de bonne heure dans les fabliaux , les contes, les blasons, les sirventes, posséda, dès le xiiie siècle, quatre poêles qui, sans avoir, comme les autres, recours aux fictions, attaquèrent sans déguisement les vices, les travers et les ridicules de l'époque; ce sont Gu3rot de Provins, Hugues de Berze, Rutebeut et Pierre Cardinal. Le moine Guyot do Provins composa une de ces Bibles où toutes les classes de la société étaient passées en revue et censurées. La Bible Guyot se montre surtout sévère pour le clergé. On y rencontre des passages assez véhéments dirigés contre Rome. Le châtelain Hugues de Berze fut aussi l'auteur d'une Bible, où, grave et convaincu, il eut l'intention, non de médire de son prochain, mais de le corriger et de l'exhorter à la pénitence. Sa Bible a la rudesse d'un sermon fait par uu soldat. Rutebeuf, avec son énergie, son âpreté et sa verve, se mêla ardemment aux luttes contemporaines , et écrivit des pamphlets en vers pour l'Université contre les moines mendiants , pour le roi contre le pape , Contre les Jacobins, contre les Béguines, contre les ordres de Paris, le Pharisian, le Dit d'Ypocrisie dirigé contre la cour romaine. Quant aux satires de P. (Jardinai, nous en rendrons compte plus loin.

Mais la satire à l'imitation des Latins ne date que du xvie siècle. Jacques Peletier, dans son Art poétique (1555), en rappela les règles. Ronsard , dans ses Discours sur les misères du temps, et Du Bellay, dans son Poêle courtisan, firent des satires, mais sans donner

co nom K leurs poëmes. En 1500, Pierre Vire t, le célèbre prédicateur réformé, publia les Satyres chrestiemies de la cuisine papale, et Antoine Du Verdier composa : les Omonymes, satire contre les mœurs corrompues de ce siècle (1672). Quanthln Satire Aféuippée, qui parut l'année suivante, elle est pour la plus grande partie en prove et seulement mêlée de vers. Vauquelin de La Fresnaye , poète du xvie siècle, montra un talent très-remarquable dans la satire. Toutefois, ses Satires françaises, publiées dans ses Diverses poésies (1603 et 1612), se rappochent souvent de l'épître et n'ont pas le mordant de la satire antique. Ecrites dans une langue tour h tour énergique et familière, elles expriment les sentiments d'un gentilhomme de campagne, philosophe pratique, ami de la paix, effrayé des troubles, lassé des gens de lïuerreetdes gens de cour; il s'y entretient éloqueminent des choses du temps avec ses amis, ou trace des règles de conduite pour ses fils. Quelquefois Vauquelin quitte le langage calme pour l'indignation; il peut dire avec quelque raison:

Je suis plein de chagrin, je ne suis plus courtois Seulement, tout hargneux, je veux suivre la trace De Juvénal, de Perse, et par sus tout Horace; Et si j'estends ma faulx en la moisson d'nutruy, J'y suis comme forcé par les mœurs d'aujourd'huy.

Boileau, qui ne cite jamais le nom de Vauquelin , auteur comme lui d'un Art poétique, a fait de Régnier le premier imitateur, en France , d'Horace, de Perse et de Juvénal :

De ces maîtres savants disciple ingénieux, Régnier seul, parmi nous, formé sur leurs modèles, Dans son vieux Btyle encore a des grâces nouvelles.

Régnier lui-même s'est vanté ingénument d'avoir naturalisé la satire dans notre langue; cette prétention est mal fondée, et un peu avant lui on en disait autant de Lu Verdier, comme en témoignent ces quatre vers d'un sonnet du xvie siècle :

Personne, Du Verdier, encore n*a écrit

La salîre mordante; Toi, premier des François, oses par ton esprit,

Nous en tracer la sente.

Mais si Régnier n'est pas le créateur de la satire en France, il est, suivant Boileau dans les Réflexions sur Lougin, « le potHe français qui, du consentement de tout le monde, a le mieux connu, avant Molière, les mœurs et le caractère des hommes; » il a l'énergie, l'élan, la verve, la franchise, la naïveté et le pittoresque.

La licence des expressions, qui, chez Régnier, choquait tant Boileau, venait sans doute en partie des habitudes do sa vie ; mais elle tenait peut-être aussi à cette fausse persuasion où furent alors plusieurs poBtcs, que le style de la satire devait ètru conforme au langage supposé des satyres, divinités lascives des Grecs, Nous voyons, on effet, vers la même époque, plusieurs recueils de vers obcènes publiés comme des recueils satiriques. h' Espadon satirique (Rouen, sans date, in-12), que l'on a attribué à Pavie de Fourquevaux et qui est plus probablement de Claude d'Esternod, comprend seize satires graveleuses et quelques petits contes qui ne sont pas plus chastes. Dans le Recueil des plus excellons vers satyriques de ce temps trouvez dans les cabinets des sieurs Sigognes, Régnier, Motin, etc. (Paris, 1617, in-12), la licence de la pensée et de l'expression est poussée jusqu'à ses dernières limites; il fut cependant imprimé avec privilège du roi. Ce recueil fut reproduit avec des additions, sous le titre suivant : Cabinet satyrique ou Recueil parfait des vers piquants et gaillards du temps, tiré des secrets cabinets des sieurs de Sigognes, Régnier, Moiin, Berthelot, Maynard et autres des plus signalés poêles de ce siècle (Faris, 1618, 1619, in-12). L'éditeur fit précéder la seconde édition de ces lignes : ■ Ayant eu l'intention de rassembler en bon ordre toute la poésie françoise satyrique qui se pou voit recouvrer et qui méritoit de voir le jour, veu que si grand nombre de nos poëtes s'y estant addonnés, il ne s'en trouvoit que fort peu en lumières; plusieurs de ses arois, amateurs des lettres , louèrent grandement son dessein et furent très-aises que cette occasion se présentât pour donner au publie une infinité de bons vers des plus rares et signalez esprits de nostre siècle... Et voyant que chacun lui avoit fait un si bon accueil, qu'en moins de trois mois une impression s'en estoit distribuée, il a pensé n'estre pas hors de propos de lui donner cours pour une seconde fois. » Le Parnasse des poëtes satyriques ou Recueil des vers gaillards et satyriques de notre temps (1623, in-8°) fut publié sans nom d'éditeur et fut attribué à Théophile de Viau qui, comme éditeur, y était étranger. Ce volume n'était pas plus obscène que les précédents; mais, sur la dénonciation du Père Garasse, le parlement de Paris évoqua l'affaire et, par arrêt du 19 août 1623, condamna l'éditeur présumé k être brûlé, ce qui, par diverses circonstances, ne fut point suivi d'effet. Un imprimeur eut l'audace de publier clandestinement le recueil sous le nom du condamné. Voici le titre de cette seconde édition : Parnasse satyrique ou Recueil des vers piquants et gaillards de notre temps, par le sieur Théophile (1625). Nous avons rendu compte de cet ouvrage. V. Parnasse.

Avec BoiWu, la satire devient tout à fait

SATI

classique. La fine raillerie et la malice y dominent. L'indignation s'y montre à peine. C'est l'esprit et le ton d'Horace qui reparaissent. Ce qui frappe presque partout, c'est la préoccupation littéraire du poète. Il y cherche surtout les occasions de critiquer les vers et la prose d'un grand nombre de ses contemporains. Aussi, est-ce le point qu'il considère presque exclusivement dans son Discours sur la satire, « Quand je donnai la première fois, dit-il, mes satires au public, je m'étais bien -préparé au tumulte que l'impression de mon livre a excité sur le Parnasse. Je savais que la nation des poètes, et surtout des mauvais poètes, est une nation farouche qui prend feu aisément et que ces esprits avides de louange ne digéreraient pas facilement une raillerie, quelque douce qu'elle pût être. Aussi, oserai-je dire, à mon avantage, que j'ai regardé avec des yeux assez stoïques les libelles diffamatoires qu'on a publiés contre moi. Quelques calomnies dont on ait voulu me noircir, quelques faux bruits qu'on ait semés de ma personne, j'ai pardonné sans peine ces petites vengeances au déplaisir d'un auteur irrité qui se voyait attaqué par l'endroit le plus sensible d'un poète, je veux dire par ses ouvrages. Mais j'avoue que j'ai été un peu surpris du chagrin bizarre de certains lecteurs qui, au lieu do se divertir d'une querelle du Parnasse, dont ils pouvaient être spectateurs indifférents, ont mieux aimé prendre parti et s'affliger avec les ridicules, que de se réjouir avec les honnêtes gens... je vois bien ce qui les afflige; ils ne veulent pas être détrompés. Il leur fâche d'avoir admiré sérieusement des ouvrages que mes satires exposent à la risée do tout le monde et de se voir condamnés à oublier dans leur vieillesse ces mêmes vers qu'ils ont autrefois appris par cœur comme des chefs-d'œuvre de l'art. Je les plains, sans doute; mais quel remède? Faudra-t-il, pour s'accommoder à leur goût particulier, renoncer au sens commun? Faudra-t-il applaudir indifféremment à toutes les impertinences qu'un ridicule aura répandues sur le papier? Et au lieu qu'en certains pays on condamnait les méchants poëtes à effacer leurs écrits avec la langue, les livres deviendront-ils désormais un asile inviolable où toutes les sottises auront droit de bourgeoisie, où l'on n'osera toucher sans profanation?»

Le nom de Boileau ne forme pas l'histoire de la satire en France. On la retrouve au xvmc siècle, avec moins de soin minutieux dans l'art de lancer décemment les traits, mais avec plus de verve, d'élan et d'énergie; comme dans le Pauvre diable de Voltaire, le Dix-huitième siècle de Gilbert, le Docteur Pancrace de Joseph-Mario Chéuier. L'imitation pure de Boileau revint sous le prcmk'r Empire et persista parmi ceux qui se disaient les classiques. Celui qui depuis si le mieux réussi à imiter le maître et qui l'a fuit avec un esprit vif et ferme, avec un talent remarquable de versification est M. Viennet. Mais à l'époque où il rimait avec soin ses satires, lo fouet sanglant des ïambes et des Satires d'Auguste Barbier retentissait aux oreilles des vainqueurs de 1830; la satire politique naissait chez nous dans une œuvre de génie. Cette œuvre allait être continuée par Barthélémy, coulant ses Némésis dans des vers d'airain, et par Victor Hugo lançant les Châtiments sur le second Empire.

Les littératures étrangères comptent aussi des po&tes satiriques célèbres. Nous citerons, en Angleterre, Hall, Roches ter, Dryden, Pope etByron; Dryden, dont la satire intitulée: Absalon and Achitophel, publiée en 1G81 et dirigée contre la faction qui avait le duc de Monmouth pour chef, obtint un succès immense, succès mérité, dit Johnson, par l'harmonie et l'élégance de sa poésie. Pope composa la Dunciade ou Guerre des sois, pogme satirique où il groupe tous les noms de ceux qui l'avaient attaqué. Cette satire est admirable; elle serait du plus grand intérêt si elle s'attaquait à des hommes de talent; mais elle est dirigée contre des auteurs tout à fait médiocres et que le ridicule même n'a pas rendus immortels. Byron,dès l'âge de vingt-trois ans (1809), répondit par une satire fameuse, Bardes anglais et critiques écossais, à la critique injuste faite par la Revue d'Edimbourg de son premier recueil de poésies. Dans presque tous ses ouvrages, son génie satirique se fait jour; mais il en est quelques-uns, outre le précédent, consacrés exclusivement à ce genro : la Visiondu jugement, contre Southey; l'Age de bronze, contre la politique rétrograde des ministres; la Valse, contre les séductions de cette danse; la Prophétie de Dante, sur les malheurs et les humiliations de l'Italie.

En Allemagne, après Murner, qui réussit assez bien, au xvi° siècle, dans la.satire bouffonne, Hagedorn, par sa correction et son élégance, mérita au xvme siècle le titre de «poète des grâces; » il imita Horace dans la satire, comme il avait imité Anacréon dans la poésie voluptueuse et La Fontaine dans la fable. Peu de temps après, Rabener. dirigea contre la bourgeoisie ses satires restées célèbres. On y trouve la plaisanterie sans violence et sans aigreur; ou y remarque des idées justes et saines et une raison impartiale. Il en est de même des satires de Liscow. Wieland, qui est compté aussi parmi les satiriques de l'Allemagne, n'a fait proprement en ce genre que des imitations libres, en vers blancs, des satires d'Horace.

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En Italie, après les satires de l'Arioste et celles do Sulvutor Eosa, qui se distinguent par une finesse sans flel, par un esprit doucement malin, il faut citer les pièces satiriques de l'Are in, les satires d'Alamanni, d'Hercule Bentivoglio et plus récemment celles d'Altieri. Pour l'Espagne, nous rappellerons les noms d'Argenaola et de Nuharro.

Satire» d'Horace {■41-31 av. J.-C). Elles sont au nombre de dix -huit, divisées en deux livres, dix dans le premier, huit dans le second. C'est à l'âge de vingt-neuf ans qu'Horace a publié le premier livre de ses satires; on croit que c'est là son premier ouvrage. Quatre ans après, il publia le second. Treize uns plus tard, il donna, sous le même titre de Sermones, un troisième livre qui est le premier de ses èpîtres. On s'est demandé à ce propos si les Satires et les Epitres forment deux corps d'ouvrages séparés ou s'ils n'en doivent au contraire former qu'un seul. Casaubon ne voit point de différence entre les Satires et les Epitres. Dacier n'en voit qu'une fort peu sensible, c'est que les Satires combattent le vice, et les Epitres enseignent la vertu. D'autres commentateurs veulent que les Epitres diffèrent des Satires en ce qu'elles s'adressent k un individu déterminé, dont le caractère influerait sur la marche du poëine : en sorte que la satire, ayant pour objet de châtier les vices ou de se moquer des ridicules, deviendra aussitôt une épitre si elle s'adresse à quelque personne. On voit tout ce que cette différence a d'extérieur au genre même. Si l'on applique ces principes aux satires et aux épltres d'Horace, il est vrai que les unes ont en général une allure moqueuse que n'ont pas les autres; encore n'est-ce pas toujours, et dans la cinquième satire du premier livre, par exemple, ainsi que dans la sixième du second, te ton n'est pus plus mordant qu'il ne l'est dans les épltres. Cependant, telle est bien, k prendre les choses en gros, la différence entre les deux genres ou plutôt entre les deux formes d'un même genre ; c'est une différence de ton. Dans la satire, Horace est moqueur; il est parfais comique et compose des dialogues qui sont comme de petites pièces dramatiques pleines de vie et de mouvement; il s'ultaque à des personnages connus , il s'occupe plus des autres que de lui-même ; il y néglige a versitication et le mètre, et cette négligence y est si fruppante, elle se trouve surtout dans des formes tellement significatives, telles que l'emploi des monosyllabes k la lin des vers, qu'on a pu penser qu'elle est étudiée et qu'Horace l'a recherchée comme essentielle au genre.

Très- certainement , ses satires diffèrent moins de ses épltres que des satires de Lucilius ou de celles deJuvénal. Lucilius avait attaqué la perversité de ses contemporains avec une audace ou, si l'on veut, avec une licence plus que républicaine. Juvénal s'élèvera contre les hontes de son siècle avec l'indignation d'une âme vertueuse ou amoureuse de lu vertu. Horace aime aussi la vertu ; mais c'est le ridicule qu'il saisit d'abord dans le vice, comme en toute chose mauvaise. La douceur de son caractère et la philosophie épicurienne a laquelle il était attaché, lui inspiraient l'urbanité, la bienveillance, une tolérance tout humaine envers les faiblesses de ses semblables. 11 ne tonne pus contre le vice, il nous le peint en ce au'il offre d'inconséquent et de risible. 11 eut évité le ridicule d une vertu farouche avec le même soin qu'il conseillait d'éviter le ridicule du vice.

Nous allons passer rapidement en revue ces dix-huit morceaux qui sont classés parmi les chefs-d'œuvre de la littérature classi-

Premier livre. La satire Ire est adressée à Mécène; elle est comme une dédicace de tout le recueil. Elle s'élève contre cette fureur de s'enrichir qui s'était emparée de tous les Romains. Le poète se moque de la folie et de l'inconséquence de ceux qui courent après les richesses, i Ce que nous voulons est toujours en notre pouvoir. » Cette maxime d'Anstippe résume toute la philosophie d'Horace.

La satire II peut être considérée comme une suite de la première; le poète la dirige contre l'iuconséquence et la folie de ceux qui s'attaquent aux femmes mariées, au lieu du prendre leur plaisir là où ils le trouvent sans péril et sans inconvénient. S'il s'attache à faire ressortir le ridicule plutôt que l'odieux du vice, il ne faut pas oublier que ses contemporains, pour lesquels il écrivait, avaient une autre inorale et une autre législation que nous. Qu'on en juge par ce passage : « Lorsque tu éprouves les ardeurs de la soif, uu sais-tu te passer d'une coupe d'orî Quand la faim to presse, n'as-tu de goût que pour le paon et le turbot? Lorsque tu sens les aiguillons do l'amour ut que sous ta main se trouve une servante ou un jeune esclave prêts à soutenir le choc, aiines-tu donc mieux souffrir que d'y toucher?... Les femmes vous disent : «Tout k l'heure; mais vous serez généreux; > attendez que mon mari soit sorti. • Laissonsles aux prêtres do Cybèle; dit Philodemus. Il en veut une, lui, qui ne coule pas cher et qui •ne se fasse pas prier quand on l'appelle, qu'elle soit fraîche et bien faite, etc. » Telle était alors la sagesse ; la modération dans le vice était comptée pour vertu.

La satire III s'élève contre ce triste pen-

chant qu'ont la plupart des hommes à interpréter en mal les actions d'autrui pour peu qu'elles soient équivoques, et à grossir les fautes de leur prochain. Ce défaut, moins sensible dans un Etat libre où la vie publique et l'ambition mettent à chaque instant les hommes en présence les uns des autres, devenait plus grave sous un tout autre régime, qui exigeait un changement de mœurs. Horace termine la satire où il combat ce vice par une attaque dirigée contre les stoïciens, si impitoyables à l'égard des faiblesses d'autrui.

Dans la satire IV, le poëte se défend contre les jugements défavorables que lui avaient attirés les satires publiées jusqu'alors et explique les principes qui l'ont engagé à écrire dans ce genre si redoutable. En se justifiant lui-même, c'est la satire qu'il justifie : ■ Do même que les funéruilles du voisin glacent d'effroi le malade affamé et le forcent à se ménager par la peur de mourir, ainsi l'opprobre d'autrui dégoûte du vice les âmes encore tendres. • Et cette justification de la satire est en même temps une des satires les plus vives qu'il ait faites. Boileau a fait, à son exemple et dans le même ton, celle qu'il a intitulée Mon apologie.

La satire V est le journal gracieux, badin, peu piquant d'ailleurs et d'un sel qui paraît assez fade à notre goût, où Horace raconto un voyage qu'il fit, l'an 37 av. J.-CT., du Rome à Brindes dans la société de Mécène, de Virgile, de Plotius et de Varius. Notre poëte imite ici le récit d'un autre voyage de Rome à Capoue, par Lucilius, et dont nous n'avons que d'insignifiants fragments. Ce journal a seevi de modèle au Voyage de Bac/iaumont et de Chapelle et aux autres ouvrages du même genre qui ne sont rares dans aucune littérature.

La satire VI est précieuse pour la biographie d Horace. Il n'y parle guère que de lui -même, mais avec une franchise et une modestie qui lui gagnent bien vite l'amitié du lecteur. C'est encore à Mécène que cette satire est adressée. Kn des termes pleins d'urbanité et de dignité, le poëte développe cette pensée, que ce n'est pas dans la splendeur du rang, mais dans la vertu que consiste la véritable noblesse.

La satire VII n'est qu'une bagatelle; ellecontientle récit d'un procèseomique qui fut plaidé entre P. Popilius Rex et un certain Persius de Clazouiène, devant le tribunal de Brutus, alors gouverneur de l'Asie Mineure. Elle n'a été rédigée que pour conserver le bon mot de Persius, qui, • perdu, noyé dans le déluge des railleries latines • ne son adversaire , s'écrie : • O Brutus, je vous en adjure au nom de tous les dieux, vous qui expédiez si lestement les rois,

Cur non

Hune Rcgem jugulas ? •

L'adversaire s'appelait Rex. Il faut croire que les calembours avaient, du temps d'Horace, une valeur qu'ils ont perdue depuis.

La satire VIII est un récit mis dans la bouche d'un Priape fraîchement sculpté en bois vert, circonstance qui donne à Horace l'occasion d'une plaisanterie un peu grossière :

iVam, displosa sonat quantum vesica, pepedi Diffissa lutte ficus!

Dans la satire IX Horace peint un fâcheux qui l'a excédé par son bavardage et par ses prétentions au bel esprit. Il semble qu'il ait voulu se débarrasser d'un seul coup de cette tourbe de méchants poètes, aussi importuns que méprisables, qui s'adressaient à lui pour être introduits dans la maison de Mécène, le protecteur des Muses.

Dans la salira X, Horace défend le jugement qu'il avait porté, dans la quatrième satire, sur Lucilius. 11 y nomme les poètes distingués du tenjps de Lucilius et les amis que lui-même s'était faits par ses ouvrages, parmi lesquels on ne trouve ni Tibuîle, ni Ovidcj, ni Properce. Il y a lieu d'en conclure que Tibuîle, qui était né la même année qu'Horace, . n'avait pas encore fait ses élégies. Quant k Ovide et k Properce, ils étaient plus jeunes.

Horace commence le deuxième livre de ses satires par une justification pleine d'ironie contre des reproches que lui avait attirés le premier. Le poète imagine un dialogue entre lui-même et Trebatms, jurisconsulte de son temps, que son humeur caustique, que sa malicieuse gaieté avaient rendu célèbre. Trebatius est le juge ; Horace, qui est sou justiciable, lui répond aveu une bonhomie sous lu masque de laquelle il ne se fait pas faute de lui tlire plusieurs vérités k l'adresse de ses antagonistes. Tout ce petit poème est fort spirituel et d'une grâce charmante.

Dans la satire II, uu paysan de la Sabine, Ofellus, élève contre le luxe et les débauches des Romains la voix simple et vraie de son rustique bon sens. On trouve dans cette satire une curieuse énumération, en même temps qu'une vive réprobation, des dépravations et (les folies de la gourmandise romaine.

La satire III est une conversation du poëte avec uu stoïcien de Rome, connu par ses extravagances et qui cite un autre charlatan philosophe pour prouver qu'Horace est fou, ce qu'Horace lui accorde avec empressement, et il part de là pour se moquer k son tour des fous dont Rome était remplie, y compris et en première ligne les philosophes

de son temps. Il le fait d'une façon infiniment spirituelle et qui prouve combien il suit manier l'ironie.

La satire IV est encore un dialogue, mais cette fois avec un chef d'école, un inventeur en cuisine. Catius enseigne une nouvelle doctrine culinaire et la débite aux oreilles d'Uornco avec une emphase tout à fait plaidante.

La satire V a aussi une forme dramatique ; elle est le premier exemple connu d'un genre de composition qui fut plus tard le triomphe de Lucien et qui devint fort en vogue , le dialogue des morts. C'est une conversation entre Ulysse et Tirésias. Notre poëte s'y moque, avec une verve digne de la morale qu'il venge, d'un vice qui donne la plus triste idée de la cupidité des Romains, la captàtion des testaments.

La satire VI renferme l'éloge de la campagne et de l'heureuse vie des champs :

Doc eral in votis ; modus agri non ita tnagnus, Dortus ubi, et teclo vicinus jugis aqux fons, ISi paulum siloœ super his foret. Auctius atque Di melius feeere : bene est. Ifiliit amplius oro.

Haro et touchant sentiment! On aime cet homme heureux de sa fortune et qui a pins qu'il n'avait désiré.

Dans la satire VII, un des esclaves d'Horace, usant de la liberté que lui donnait l'époque des saturnales, lui reproche l'inconséquence de ses goûts et les défauts de son caractère. Cet artifice n'est pas rare chez Horace. Déjà il s'est fait détailler sa folie par Dam.isippe: il se fait adresser, dans la satire VII, d autres réprimandes par Dave. 11 se plaît a interroger sa conscience et à se la rendre présente par ces vives images. Il aimerait à corriger les autres hommes; il tient surtout à se corriger lui-même.

La satire VIII est la description ironique d'un mauvais repas servi par Nasidienus à Mécène. Boileau a imité cette satire d;ms son Itepas ridicule, bien écrit, en beaux vers bien f. appés,.mais où manque toujours un peu la souplesse et la grâce du poëte latin.

Salir» de Perse (52-62 après J.-C). Disciple d'Annœus Cornutus, qui l'avait initié aux doctrines et surtout aux vertus de la philosophie stoïcienne, Perse ne fut point entraîné à écrire des satires par un esprit do malignité naturelle; ennemi dts toute fade pojsie, ce fut par un choix réfléchi qu'il adopta le genre antique et national qui, à l'époque où il vivait, était comme une nouvelle tribune et l'organe de l'opinion publique. C'était pour lui une occasion de mettre en beaux vers le programme et les doctrines de sa ïecte et, par là, de contribuer à la réforme des mœurs. Aussi le philosophe eut-il autant de part que le poëte à l'admiration de ses contemporains. « Perse, bien qu'avec un seul livre, dit Quintilien, a mérité beaucoup de gloire, et de vraie gloire. »

On lui a reproché avec raison son obscurité, mais on a eu tort de prétendre qu'il ne nous paraissait obscur que parce que nous n'avions pas la clef des allusions dont il est rempli. Ces allusions peuvent bien contribuer quelquefois U cette obscurité, mais elles n'en sont pas les seules causes, La phrtiso de Perse est difficile à comprendre parco qu'il ne développo pas asstz sa pensée et qu'il vise trop k la concision; c'est ce que dit Boileau en ces deux vers :

Perse, en ses vers obscurs, mais serrés et pressants, Affecta d'enfermer moins de mots que de sens.

Les satires de Perse sont au nombre de six ; elles ont pour objet les Lettres, le Culte divin, Y Education, la Vie de l'homme d'Etat, la Vraie liberté, les Biens de lu fortune.

La première, la deuxième, la troisième et la quatrième datent de la fin de Claude, de' la tutelle d'Agrippine et des premières années du règne de Néron; elles sont remplies d'allusions aux occupations de la cour et aux événements de ta vie romaine. La troisième et la quatrième no sont à la rigueur qu'un tableau allégorique de la vie intérieure du jeune César, de Néron rebelle aux sages préceptes de Sénèque et préludant aux infâmes atrocités de sa tyrannie. Perse aurait écrit ces quatre premières compositions de vingt à vingt-cinq ans. La cinquième et la sixième semblent dater des derniers temps de sa carrière.

Satire I1». C'est un tableau de la littérature des règnes de Claude et de Néron, sous la forme d un dialogue entre l'auteur et un interlocuteur. Ce dernier fait observer que c'est un méchant métier que de médire , que le public n'est peut-être pas ai coupable. Ce personnage représente l'opinion; Perse parle au nom de la conscience. Nourri des principes sévères du stoïcisme, il brave les préjugés et réforme les jugements du monde; il lutte contre la dépravation générale.

Satire II. Le poëte, prenant occasion du jour de naissance de Macrin, sou ami, l'entretient de la religion. Sa verve ironique s'exerce sur l'hypocrisie et la dévotion intéressée des grands; sur l'absurdité des superstitions populaires; sur l'inconséquence des dévots dans leurs vœux et dans leurs actes; sur les idées misérables que les hommes se font de la Divinité, mesurée à leur hauteur.

Satire III. Cet ouvrage décrit vraisemblablement l'éducation de Néron confiée à Sénèque; il était alors de mode de faire éle-

SATI

ver les fils de famille par des maîtres stoïciens. Mais comment se poursuivaient ces études philosophiques? Le satirique nous montre un gouverneur bien mal obéi, uu élève aussi pnre?seux que déréglé.

Satire IV. Encore une allusion à la jeunesse et aux débuts de Néron sur le trône. Dans une allégorie, Socrate s'adresse à Alcibiade au moment où il va gouverner la république. L'étude de la sagesse est nécessaire pour ta carrière politique comme pour la vie privée. Ce qui distingue véritablement un homme d'un autre homme, ce n'est point la fortune, mais bien la culture de l'esprit, les vertus et le caractère.

Satire V. Cette composition se partage en deux thèses, la première servant d'introduction à la seconde. L'exorde est un dialogue entre Perse et Cornutus: le maître donne à f on élève sur son art des conseils pleins de goût; l'élève paye k son précepteur le tribut de sa juste et affectueuse reconnaissance. Dans la seconde partie, l'auteur expose la doctrine du Portique sur la liberté. Il faut î être libre; la vraie liberté, c'est la liberté ! morale; 1 ignorant est esclave; l'empire de la raison sur les sens et les passions, c'est l'empire de la liberté. Mais c'est peine inutile de prêcher la vraie liberté à ce peuple de stupides soldats qui méprisent la philosophie.

Satire VI. Moraliste au courant des vices et des sottises de son temps, le poëte s'entretient avec son ami Cesius Bassus. Il veut enseigner l'art difficile d'user des biens de la fortune. Point d'avarice sordide, ni de mépris pour les arts de la Grèce; point de folles prodigalités. Après le soin légitime des intérêts personnels, il faut prendra sur sou capital pour secourir le malheur et l'amitié. Les richesses, la naissance, les testaments sont inutiles ou funestes sous un gouvernement despotique. Il faut flétrir la cupidité et les rigueurs envers les esclaves. .

La critique s'est tellement exercée sur les satires de Perse, qu'il est difficile, impossible même, de concilier les principaux jugements portés sur ce poëte. Cette divergence d'opinions s'est déclarée dès le xvi® siècle. Scaliger ne voit dans ces satires que des déclamations écrites dans un style bizarre et de mauvais goût; Casaubon fait, au contraire, les plus grands éloges du fond et de la forme. Le sceptique Bayle oppose aux autorités favorables d'autres autorités qu'il regarde comme irréfragables; muis des écrivains illustres ont imité l'auteur latin, d'autres l'ont comparé aux plus grands poètes satiriques de tous les temps.

La phrase de Perse est fréquemment hellénisée. C'est une combinaison savante des tenues vulgaires et des termes relevés, de locutions proverbiales et d'expressions d'érudit. Sa versification est très-soignée, mais parfois affectée. Epris de la belle latinité , dont il enchâsse les joyaux dans son style, il glisse déjà, par l'obscurité de ses tours et l'extrême concision de son langage, sur la pente de I» décadence littéraire. -L'auteur avoue lui-même qu'il parle k mots couverts. Comme Juvénal, pour défendra la causa de la vertu, il s'affranchit des lois de la pudeur ; mais il aspire toujours à réformer la vie publique. Le tableau des mœurs du peuple est aussi curieux dans Perse que l'esquisse des mœurs de la cour.

Un critique renommé, Dusaulx, a apprécié sévèrement les satires de Perse; son), jugement, fort spirituel et motivé avec linesse, n'est pas assez juste. Il cite le mot doll'abbè BatteuX, k qui les poëtes latins étaient) trèsfamiliers et qui, prié de s'expliquer sW divers passages contestés de Perse, réplondit avec franchise : « Je les entendais l'Innée dernière, mais celle-ci je ne les entends pllus.» Dusaulx cependant n'a pu s'empêcher déS dire qu'il admirait dans Perse des • morceaux sublimes, t

Satire» de Juvénal (80-120 après J.AC.] Juvénal n'a rien de commun avec Horace> avec Perse, dont il était presque le cont porain : il s'attaque aux personnes et, quelque affreuse que soit la vérité, il ne preï "" pas même le soin de l'envelopper : c'est l'A chiloquedes Latins. Sa muse, comme il dit lui-même, c'est l'indignation : Fucit tnd. gnalio versum. Moraliste préoccupé de lîj perversité de son siècle, Juvénal se montre! k peine dans le cours de ses esquisses. Il up-i prend très-peu de chose sur sa vie privée. Ses satires sont écrites avec chaleur et véhémence. Le ton mâle et libre qui les caractérise n'avait point eu de modèles, mais il a trouvé de nos jours d'heureux imitateurs. Plusieurs humanistes ont mis Juvénal audessus d'Horace et n'hésitent pas k le nommer le prince des satiriques. Celui qui, dédaignant l'élégance et la finesse des cours, aime les principes d'une morale invariable: et qui dans un écrivain cherche un vengeur de la justice, de la vertu et de la liberté outragées, celui-lk ne saurait balancer entre le frondeur public exilé en Egypte et le favori de Mécène, déserteur de la cause républicaine. Horace se contente des grâces de l'ironie et de la gaieté comique; Juvénal tient du tribun. Horace plaide les droits du goût et de la décence; Juveual s'indigne pour les i mœurs et la liberté. Sa mission est de rappe- ; 1er les beaux jours de la république à ces | Romains asservis qui avaient substitué lo

suicide & leur ancien courage. Cette race de Quirites était tellement abâtardie au siècle de Juvénal, qu'elle méritait plutôt des bourreaux qu'un censeur. Juvénul méprise l'arme légère du ridicule; il saisit le glaive de la satire, qu'il trompe dans le fiel d'une généreuse et brutale indignation. H court du palais das Césars à la taverne et des portes de Rome aux frontières de l'empire; il punit les hypocrites, les adultères, les exacteurs, les infâmes. Les satires de Juvénal sont au nombre de seize.

Satire /ro. L'auteur expose rapidement ce qui l'aliène à adopter de préférence ce genre d'écrire : l'importunité des poëtes, l'insolence Jes parvenus, l'atrocité des délateurs, ïa bassesse des intrigants, la perfidie des femmes, la fureur des jeux de hasard, l'excès du luxe et l'avarice des patrons à l'égard de leuis clients. Il se propose de n'attaquer que les morts et d'épargner les vivants; mais, s'il ne nomme pas, i! désigne clairement par de secrètes allusions.

Satire II. L'auteur démasque les prétendus philosophes qui censurent rigoureusement les mœurs, tandis qu'ils sont souillés des vices les plus odieux. Il introduit Lauronia, qui fait une vive apostrophe à ces hypocrites; ensuite il passe à la mollesse des juges, à la turpitude des prêtres , à l'infamie des nobles et finit par une invocation religieuse.

Satin 111. Umbritius déclare à Juvénal qu'il abandonne le séjour de Rome parce que les talents et la probité n'y sont plus de saison ; parce que la ville est en proie aux intrigai.ts et aux Grecs; que la pauvreté est suspecta, que le luxe triomphe, que tout est vénal et qu'on risque à chaque instant d'être écrasé, brûlé, volé, battu, etc.

Satire IV. Le satirique commence par reprocher à Crispiims sa scélératesse et son intempérance. Un surmulet que ce personnage avait acheté 6,000 sesterces offre à. Juvénal 1 occasion de raconter qu'un turbot d'une giosseur prodigieuse ayant été offert à Domit en, l'empereur lit convoquer les sénateurs et les patriciens afiu de délibérer, dans un souseil extraordinaire, surles moyens d'ap, rétsr dignement ce superbe et friand morceau. Chacun des conseillers est caractérisé par in trait qui fait également la censure du tyran.

Sutire V. Le but de celte satire est d'inspirer le dégoût et l'aversion que tout honnête homme coit naturellement ressentir pour le métier de parasite. Si les malheureux qui l'exercer t, dit le poëte, sont méprisables, les riches qi-i se plaisent à les maltraiter, à les avilir ne le sont pas moins.

Satire VI. Sous prétexte de dégoûter du mariage un certain Postumus, Juvénal lui dépeint les vices des femmes. Il leur reproche, entre autres choses, d'être impudiques, fantasques, prodigues, orgueilleuses ; de bégayer le grec il tout propos; d'être impérieuses; d'avoir la manie de plaider et de s'exercer à la lutte; c'èue jalouses, quoique infidèles, intempérantes et de s'abandonner aux excès les plus odieux. Ensuite il fait les portraits de la musicienne, de la nouvelliste, de la cruelle, d3 la savante, de la coquette, de la superstitieuse, de l'empoisonneuse, etc. C'est cette satire qui renferme l'admirable épisode des amours lubriques de Messaline.

Satire Vil. Juvénal y déplore la condition des poètes de son temps et peint la dureté de leurs patrons. Ensuite il parle des autres genres littéraires : l'histoire, l'art oratoire, la grammaire, etc., et montre qu'ils sont, pour ceux qui lis cultivent, aussi stériles que la poésie.

Satire VIII. La noblesse est personnelle et ne vient que de la vertu ; les litres héréditaires ne prouvent rien en faveur de celui qui en est décoré. C'est le peuple qui défeud les droits de la noblesse ignorante ; c'est lui qui recule et protège les confins de l'empire. Qu'importe de quelle race est un coursier, quand il dégénère ? De même, quels égards doit-on à celui que ses illustres aïeux élevèrent aux premiers emplois de la république, quand il opprime nos alliés au lieu de les protéger, quand il s'avilit jusqu'à se faire cocher, palefrenier, histrion et gladiateur! Entin, les nobles tral irent la patrie, des plébéiens la sauvèrent.

Satire IX. Cette satire est traitée en forme de dialogue. Juvénal semble d'abord compatir' à la misère ;rop méritée d'un certain Nevoius, personnage infâme et perdu de débauche; celui-ci lui dévoile les plus honteuses turpitudes; mais il lui recommande le secret. Reprenant sa dignité, le satirique lui représente que le vice et le crime percent bientôt les ténèbres et paraissent au grand jour. Mais le débauché n'accepte point ses observations et ses réprimandes; il liait par des plaintes et des vœux extravagants.

Satire X. Juvénal y démontre la folie de la plupart de nos désirs, de nos souhaits; il indique pour conclusion les vœux que nous pouvons raisonnablement adresser au ciel. (Jette satire a toujours été regardée comme le chef-d'œuvre du poète.

Salin? XL Juvénal offre à son ami Persi- 3us un repa:> dont il fait contraster la frugalité avec le .use et la profusion qui régnaient de son temps.

Satire XII. Le poëte célèbre le retour de Cùa ami Ca'.ulle, qui vient d'échapper sur

mer aux plus grands dangers. Ce n'est point dans la vue d'un intérêt sordide, d'une succession ou d'une captation si familière aux mœurs du siècle qu'il a promis d'immoler des victimes : il n'obéit qu'aux sentiments de l'amitié. Sous prétexte du retour de son ami, Juvénal s'est ménagé l'occasion de châtier indirectement l'un des vices les plus abjects. Le lecteur doit à cet innocent artifice dos sentiments sur l'amitié tendrement exprimés, la description d'une tempête merveilleusement assortie au genre satirique et des détails assaisonnés de sel attique.

Satire XIII. Juvénal essaye de calmer un 'certain Calvinus, furieux de ce qu'on lui retient un dépôt. Les regrets sont inutiles, la vengeance odieuse. Qu il laisse agir contre le coupable le remords et les dieux, vengeurs du crime.

Satire XIV. Les mœurs dépendent en quelque sorte de l'exemple. Tel père, tel fils; telle mère, telle fille. Le thème développé ensuite combat l'amour des richesses. On I conjecture que cette satire formait deux-pièces distinctes.

Satire XV. Le style et la poésie de cette satire, écrite par le poëte dans sa vieillesse, laissent à désirer. L auteur s'y élève contre le fanatisme et les superstitions des Egyptiens et raconte, en témoin oculaire, la scène horrible dans laquelle un habitant de Coplos, en Egypte, fut dévoré par les Tentyrites ; il invoque les droits de la pitié.

Satire XVI. Cette pièce est tronquée; les anciens scoliastes présument qu'elle n'est point de Juvénal. La thèse soutenue est que le métier de la guerre est le plus sûr pour s'avancer et pour jouir de toutes sortes de privilèges.

« On pourrait, dit M. Nisard, faire avec les portraits du poëte une histoire domestique de Rouie dans les premiers siècles de l'empire. Son livre est un admirable complément de celui de Tacite : c'est la chronique privée d'une époque dont Tacite a écrit l'histoire publique... Il entre à pleines voiles dans son sujet ; il faut le suivre et courir avec lui, rire et s'émouvoir au pas de course, enfin s'abandonner au torrent sans se demander où l'on va... Dans le style, tout est arrêté, tout est vigoureux; il n'y a pas plus de jour entre les mots qu'entre les idées, tant le discours se presse et tant les plans sont serrés. Point de phrases d'attente, point de chevilles, point de choses lâchées... Dans la peinture des saturnales dont il était le témoin, sa langue, plus expressive et plus colorée que celle de Martial, est aussi précise et populaire. Il semble accomplir alors une sorte démission; il parle au nom de la morale épouvantée ; il fait une œuvre nécessaire, et pour tout ce qui est nécessaire, pour tout ce qui peut servir à l'éducation éternelle de 1 humanité, il n'y a pas d'exemple qu'une langue ait manqué au poëte. »

Satires de Murner (1518, in-4°). a Celui qui veut connaître les mœurs du temps, a dit Lessing, celui qui désire étudier la langue allemande dans toute son étendue, qu'il lise avec atteniion les poôuies satiriques de Murner. Nulle part ailleurs il ne trouvera aussi bien réunies toutes les qualités do cet idiome, énergie, rudesse, grossièreté, et tout ce qui le rend propre à la taillerie et à l'invective. » Ces poèmes ont pour titres : l'Exorcisme des fous, la Corporation des filous, le Pré des fous, VAlmanach des hérétiques luthériens, pilleurs d'éylises, Ce grand fou de Luther, etc. L'Exorcisme des fous servit de thème a une série de sermons que prêchait Murner en 1512 à Francfort. Cnaque sermon reposait sur un proverbe, et le fond était dirigé contre la corruption de toutes les classes de la société, mais principalement contre celle du clergé et de la papauté. Caractère orgueilleux, nature altière, esprit vaniteux , Murner cherchait partout la polémique et ne supportait sur aucune matière la contradiction. Il flagellait le clergé catholique, mais n'en attaquait pas moins Luther et ses partisans. Il possédait une verve intarissable, mais trop souvent il oublie toute mesure et toute convenance. Il se figurait avoir le privilège et le monopolo de la satire, et ne pouvait endurer qu'un autre se mêlât do redresser les torts et les vices de sou époque. 11 n'aimait pas Sébastien Brandt, qui, avant lui, avait écrit le Vaisseau des fous; il n'aimait pas Luther, qui, comme lui, s'en prenait aux débordements du clergé. Jean Fletner traduisit son Exorcisme des fous en latin {Exorcismum-stullorum) ; il parut aussi une traduction hollandaise de cet ouvrage.

Satires de l'Arioste (1531, in-4°). Elles sont au nombre de sept et ont la forme de lettres adressées à des amis. On ne les imprima qu'après la mort de leur auteur. Elles servent non-seulement à faire connaître son caractère et les divers événements de sa vie, mais elles présentent un tableau aussi ingénieux que vèridique des mœurs du temps.

L'Arioste leur a donné la grâce piquante et le sel ingénieux des satires d'Horace ; la douce philosophie, la modération en toutes choses, l'enjouement qui émousse les traits de la malignité, l'art de se mettre sur la scène pour y amener les autres, la manière de voir, de peindre et de raconter, tout en lui rappelle Horace. C'est le même air de liberté, d'abandon; comme lui, il mêle au discours des apo-

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logues et des récits, et tout cela naturellement. Les satires de l'Arioste sont, dit Ginguené. ses confessions; mais il y confesse aussi des gens qui l'auraient bien dispensé de ce soin. Dans l'une d'elles, il donne à un de ses cousins des conseils judicieux et plaisants à la fois sur le choix d'une femme et sur les précautions à prendre, une fois en ménage. Il réduit ces précautions à une seule ; le conte qu'il fait à ce propos se trouve, quoiqu'un peu différent, dans le facétieux Poggio, dans Rabelais et dans La Fontaine; c'est l'Anneau de H ans Çarvel. Les six autres satires sont, en quelque sorte, particulières à l'auteur; c'est toujours' à propos de lui qu'il décoche ses traits sur ce qui se trouve à sa portée. « On demeure persuadé, en le lisant, dit Sismoiidi, que l'Arioste était un assez bon homme, impatienté seulement des contretemps qu'il éprouvait, des défauts de ceux qui l'entouraient et surtout de l'esprit prosaïque du cardinal d'Esté, qui était hors d'état de connaître ou d'apprécier son mérite. On y voit aussi qu'il s'occupait beaucoup de sa santé, de ses commodités, de son régime... » Mais, dans deux de ces satires, ta deuxième et la troisième, on retrouve la mâle vigueur du chantre de Roland. Ici, il prend le fouet de Juvénal pour flageller les papes et les tyranneaux d'Italie; les papes, qui gorgeaient de biens leurs familles et appelaient 1 étranger au cœur de l'Italie ; les petits princes avides, qui ne s'agrandissaient qu'à l'aide de perfidies et de cruautés. La vigueur de deux tercets de la troisième satire a fait dire à Corniani qu'on y trouve en substance le système du Prince de Machiavel.

Satires de Pierre Arétin (1534, in -4°). Médiocres au point de vue de l'art, bien qu'il y règne une verve moidante, les satires de ï'Arétin prennent une valeur peu commune si on les considère sous le rapport des mœurs. Un pays, une société où l'on tolère un spadassin de plume qui joint à sa signature le surnom de Divin et qui fait frapper des médailles à sou effigie, cette sociéte-là est évidemment rongée par toutes les lèpres de la corruption. Arétin affiche dans sa vie et dans ses écrits toutes les hontes et toutes les infamies; mais il ne faut pas le juger d'après la règle morale d'une t,oesétô bien ordonnée. A une époque où les condottieri prospèrent, i.ù l'empereur d'Allemagne et le roi de France se disputent des lambeaux de la Péninsule, où la papauté lutte de perfidie et d'obscénité avec les petits tyrans, où les assassins donnent la main aux courtisanes; à une époque semblable, Ï'Arétin se comprend, et une telle époque ne se comprendrait pas sans un Arétin. Les libelles du Fléau des princes sont la revanche de l'esprit contre la forco. L'homme de lettres veut sa part d'or et de jouissances; il s'érige en créancier des rois et des petits despotes ; il tire à vue sur leur cassette. Son insolence égale sa bassesse. Il demande toujours de l'argent, mais avec un tour si original 1 Qu'on lui donne ou qu'on lui refuse, il expédie de nouveau sa lettre de change. Satisfait, il se moque de ses Mécènes et reprend toute sa dignité d'homme indépendant, d'être supérieur qui a daigné s'encanailler avec de pauvres sires. Mécontent, il se venge de l'affront, et avec usure. D'ailleurs, les allées et venues de son messager lui coûtent les yeux de la tête. Et puis, il vient d'avoir la fièvre quarte. Bon gré mal gré, les princes redoutent celte puissance de l'esprit. La peur du ridicule faitcapitulerCharles-Quint, François 1er, 1s Juo de Florence Cosme 1er, ]0 prince de Salerne, le duc de Mantoue, etc. • Il faut voir, dit Ginguené, avec quelle arrogance il exige comme une dette ce qu'il attend de leur libéralité; avec quelle platitude il les flatte; comment il dit à l'un du mal des autres et comment il se peint toujours dans la misère pour exciter la compassion et stimuler la générosité. > Il demande l'auniôno une escopette à la main. Quand Ï'Arétin se trompe d'adresse, il lui arrive do recevuir des coups de bâton ou de couteau. Le condottiere Pierre Strozzi menace, en cas de récidive, de le faire poignarder jusque dans son lit. Le Tintoret, attaqué par ï'Arétin, ami du Titien, le mesure avec un pistolet de la tête aux pieds. Jaloux enfin de tout poste, Ï'Arétin répond aux hommages de ses confrères ou de ses rivaux par des louanges ironiques, des titres d'honneur ridicules, des injures a bout portant. Ses satires, dont la majeure partie a été perdue, et sans grand dommage, sont obscènes souvent. Ecrites en style bouffon, elles manquent absolument d'élégance et de grâce, mais elles amusent.

Satire* de Bentivoglio (Venise, 1560). L'auteur s'est proposé Horace et l'Arioste pour moilèles. Ses satires ont peu de fond; elles marquent moins l'indignation d'une âme courroucée contre le vice que le plaisir de montrer les choses par leur côté ridicule. Dans la première satire, l'auteur se moque trèsplaisamment d'un de ses amis, homme d'un certain âge, à qui l'amour faisait faire des extravagances. A l'exemple d'Horace, il lui conseille l'emploi d'un remède peu délicat : une jolie servante le garantira de toutes les folies réservées par le destin aux amants que la passion aveugle. Dans la deuxième satire, il décrit, à propos du siège de Florence (1530), les peines, les privations et les dangers auxquels il se voit exposé dans ce fâcheux métier des armes. Il fait un tableau affreux des

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calamités que la ville éprouva, et cependant sa légèreté d'esprit est telle, qu'on peut l'accuser d'insensibilité à la vue de ces atroces barbaries. Dans la troisième satire, où il témoigne sa reconnaissance au célèbre docteur Musa, il saisit l'occasion de s'élever contre les abus de la médecine, contre l'insouciance,

I ignorance et l'avidité d'un grand nombre de médecins. Il passe en revue tous les Ksculapes de Florence et en fait des portraits plaisants. Entre l'art et la nature, c'est la nature qu'il faut choisir, à moins que l'on n'ait pour ami son cher Musa. Cette satire est fort jolie, et le ton du badinage convient au sujet. Dans la quatrième, contre l'avarice, ce qu'il y a de commun dans cette donnée est relevé par les traits particuliers dont le poëte l'assaisonne. Le plus fort est à l'adresse dujiape Clément VII. L'auteur y montre des goûts simples et modestes. Content de sa fortune, il dort sans souci. La pièce entière est remplie de détails intéressants. Celle qui suit n'offre pas un attrait moindre. Bentivoglio y t'ait à un ami, qui l'avait interrogé sur sa manière de vivre, la description la plus exacte de l'emploi de ses journées. Chaque circonstance est accompagnée d'un léger trait de satire qui met en opposition la vie des autres avec la sienne. Il dit, entre autres choses, qu'il va passer agréablement une heure dans la cour du palais du duo Alphonse, son oncle, avec des amis épris comme lui des charmes de la poésie. Il s'amuse, en compagnie de l'Arioste, aux dépens de quelques poètes ridicules, de ceux surtout qui prétendent surpasser le Roland furieux. Dans sa sixième satire, la dernière, Bentivoglio parle à. l'un de ses frères des malheurs qui ont accablé leur famille : la ruine, l'exil, la perte du duc Alphonse et d'autres parents, cinq procès à soutenir à la fois à Rome, à Milan et à Ferrare, leurs moissons ravagées par la grêle, tous les maux à la fois. Il redoute la famine générale, mais il prévoit une compensation : ■ J'espère que , dans ce cas , nous aurons pour nos plaisirs les femmes les plus tières et les plus nobles, quand, au lieu d'un florin d'or, nous pourrons leur donner un pain. » Après quoi, il exhorte son frère à supporter comme lui tous les coups du sort.

Ces satires pourraient, à la rigueur, être appelées Epitres. Les traits lances par le poste sont rarement directs et presque jamais acérés. La clarté élégante, le naturel et le brillant du style, un esprit gracieux les font placer immédiatement après les satires de l'Arioste.

Satire» de Salvator Rosa. Elles sont au nombre de six. On n'osa tes imprimer qu'en 1719, mais elles étaient répandues et célèbres du vivaut même de l'auteur. « Ce n'est pas l'envie , dit-il, c'est le zèle qui dirige ma plume, et mes vers n'ont d'autre but que l'avantage commun. » Tel est sans doute le principal mérite de ces satires; maisSalfi remarque avec raison qu'elles sont bien loin d'avoir cette perfection que quelques-uns leur ont accordée. » Le style de Rosa, dit ce critique, est ordinairement inégal et souvent bas... Il écrit comme un improvisateur qui n'a ni le temps ni la patience de se corriger...

II y étale aussi un trop grand luxe d'érudition.» Mais la hardiesse des vérités de tout genre qu'on y trouve explique la célébrité dont elles jouirent. L'esprit de la plupart do ces satires donne, à certains égards,' la mesure de celui du siècle en Italie, et c'est encore là un motif d'intérêt. Dans la première, intitulée De la musique, Rosa lance surtout ses traits satiriques contre ceux qu'il appelle castroni. Le nombre toujours croissant des castrats et les richesses dont on les comblait excite son indignation. « La harpe d'un de ces chanteurs déguisés en femmes (qu'il désigne sous le nom Ue Lysisca) attire à Rome, dit-il, plus de monde que la cloche de la Sapience. ■ Ro^a aimait pourtant la musique; mais, indigné d'entendre appeler virmoses cette « canaille dévergondée, * il s'écrie que, si l'art musical tendait, chez les Grecs, à corriger les hommes, il ne faisait, de son temps, que les dépraver de plus en plus. Les postes sont, à leur tour, fustigés d'importance dans la seconde satire ; Rosa s'attaque surtout aux marinistes, qui dominaient alors. La troisième satire trace le tableau le plus rebutant du caractère des peintres; le poète blâme les compositions obscènes de Jules Romain, des Carrache, du Titien, etc. Dans la quatrième, il évoque l'ombre de Timon pour se faire raconter les crimes des despotes et la sottise des sujets qui se font les suppôts de leur pouvoir; il raconte k son interlocuteur la tentative démocratique et révolutionnaire de Masaniello avec tout l'intérêt d'un homme qui a pris part lui-même à l'événement. Le satirique ne peut concevoir cette folie qui porte l'homme à se faire tuer pour le bon plaisir de celui qui l'opprime. Mais il va plus loin dans sa cinquième satire, il s'en prend au pape lui-même. Le poète, sous le nom de Tirreno, pêcheur napolitain, se plaint de son sort à Ergaste. Celui-ci lui fait de Rome un tableau qui sert de pendant à celui que Tirreno lui fait de Naples. Après avoir passé en revue tous les scandales de l'hypocrisie, il prend Rome à partie et lui annonce le sort qui l'attend. « Un jour viendra, s'écrie-t-il, que ces mêmes destins qui jadis te rendirent

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si puissante briseront le diadème que notre crédulité plaça sur ton front. » Cet annthèmo avait quelque chose de prophétique. Quant k la dernière satire, elle présente un intérêt tout personnel j elle est destinée à confondre ceux, qui prétendaient que ces satires n'étaient pas de lui.

Sniïreo de Hall (1597). L'autour de ces satires se vante d'être le premier poète satirique anglais. Il l'est, en effet, par ordre de date. Ses satires roulent sur des sujets généraux et présentent quelques peintures exactes des plus remarquables anomalies du caractère humain. Elles prouventque le poëte avait de l'esprit et une certaine vigueur de pensée et de style. Hall a la manière de Juvénal ; son invective est directe, et peut-être a-t-il pensé que c'était un des caractères essentiels de la satire. Au fond, ces satires sont par elles-mêmes dignes d'attention. Warton en a donné de nombreux extraits; il y loue « une précision classique k laquelle la poésie anglaise avait rarement atteint, » et il trouve que la versification en est à la fois « énergique et élégante. » Energique, soit; mais il est diflioile de concilier l'élégance avec ce que Warton signale comme le principal défaut de Hall, « son obscurité, résultant d'une phraséologie bizarre, de combinaisons forcées, d'allusions peu familières, d'apostrophes elliptiques et d'une sorte de brusquerie: dans l'expression. » La vérité est que Hall est si âpre et si haché qu'on ne peut le lire avec beaucoup de plaisir; que de plus il est assez obscur, en un très-grand nombre d'endroits, pour qu'il soit impossible de le comprendre, ses vers n'ayant souvent entre eux aucun rapport visible de sens ni du syntaxe. C'est un torrent impétueux, mais trouble et Souvent embarrassé dans son cours. On a donné deux nouvelles éditions de ses satires en 1753 et 1824.

Saiircn de Régnier (160S, in-12). Régnier fut lu premier en France qui écrivit de véritables satires a l'imitation d'Horace. Boileau a rendu a son devancier cet éclatant hommage : a Régnier est le poète fiançais qui, du consentement de tout le inonde, a le mieux connu, avant Molière, les mœurs et le caractère des hommes.

De nos maîtres savants disciple ingénieux, Régnier, seul parmi nous, formé sur leurB modèles, Dans son vieux style encore a des grâces nouvelles. »

Et, ce qui était vrai du temps de Boileau, l'est encore aujourd'hui : la tradition de cette moquerie française, légère et effrontée, vigoureuse et familière ; cette verve énergique et facile que Montaigne, d'Aubignc,Moiitluc, de Serres et Lanoue ont déployée dans leur prose, il l'a portée dans ses vers. Là, comme dans une galerie de portraits, se trouvent dessinés avec une franche vérité de pinceau tous les caractères de l'époquo : ils vivent, ils agissent, vous les reconnaissez. Voici le fanfaron de Gascogne, plein de jactance et de vanité dans son langage, de ridicule dans sa parure ; ce spadassin Au feutre empanaché, relevant sa moustache,

parlant baragouin et vous serrant la main quand même il ne vous connaîtrait pas.Voici

I hypocrite, qui se livre au vice, sans aucun remords de conscience, en pensant

Qu'un péché que l'on cache est moitié pardonné. Celui-ci, ■ dont le rabat est sale et la mine chétive, » c'est un poëte; « du moins, il le veut être. » Il vous accoste : « Monsieur, je fais des livres;

On les vend au palais, et les doctes du temps, A les lire amusés, n'ont d'autre passe-temps. -

Il est une classe d'hommes que Régnier épargne moins que les autres : ce sont ses confrères les poètes. Combien d'auteurs do nos jours pourraient se reconnaître dans ce portrait que le satirique nous trace des rimeurs de son temps 1

II semble en leurs discours hautains et dédaigneux Que le cheval ailé ne vole que pour eux ;

Que seuls, des grands secrets ils ont la connaissance, Et disent librement que leur expérience A rafûné des vers la forme et la couleur, Ainsi que les Gascons ont fait le- point d'honneur; Qu'eux tout seuls du bien dire ont trouvé la méthode Et que rien n'est parfait, s'il n'est fait à leur mode. Les satires de Régnier sont au nombre de seize; les principales sont : le Coût décide de tout, VHonneur ennemi de la vie, Y Amour qu'un ne peut tlompler, Régnier apologiste de lui-même, la Folie est générale, Ni crainte ni espérance, le Mauvais repas, le Mauvais lieu. Ces deux dernières sont les plus connues. Le Mauvais repas est imité d'Horace, et Boileau a repris, à son tour, cette imitation ; le Mauvais lieu, malgré son titre cynique, est une composition éminemment morale; le poëte y met en scène l'hypocrite Macetto, type d'entremetteuse dévote , qui suffirait à le classer parmi les observateurs les plus profonds; Macette essaye de corrompre une jeune fille ou du moins de l'enlever à son amant qu'elle aime, mais qui est pauvre, pour la jeter dans les bras de quelque vieux débauché qui la payerait cher. Son ton mielleux et confit a été rendu par Mathurin Régnier avec une rare finesse, et les malédictions dont l'amant, qui a surpris l'entretien, accable la doucereuse vieille servent d'énergique moralité au tableau.

Satire* de Joachim Rachcl (Francfort,

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16Gt-i666,in-g"). Joachim Rachcl fut le véritable fondateur de la satire en Allemagne. Avant lui, André Gryphius avait publié dos chansons plaisantes; mais le vrai genre fut inauguré par le disciple d'Opitz. Le xviie siècle eut son Régnier allemand. Comme notre illustre satirique français, Rachel a de la vigueur, de l'énergie; comme lui, il na craint pas les expressions cyniques lorsqu'il veut donner plus de force à sa pensée. Le bon goût, dans la lecture de ses œuvres, est souvent blessé; mais il est ju^-te de ne pas oublier que les bienséances d'aujourd'hui n'admettent plus des choses parfaitement reçues et acceptées k cette époque. Molière nous choque tous les jours encore par certaines expressions qu'en son temps on disait tout naturellement. La première édition de ces satires, donnée k Francfort en 1661, en contient six; la seconde, de 16G6, en compte huit, et, dans la troisième, de 16G8, il y en a, dix. La plus célèbre de ces satires porte le titre de : la Femme poêle. Il raille les femmes que nous appelons aujourd'hui des bas bleus et que, de son temps, on rencontrait déjà dans toutes les cours d'Allemagne. Presque toutes les princesses cultivaient la Muse, et la famille ducale do Ilesse- Darmstadt se distinguait particulièrement par ses prétentions poétiques. Rachcl est rem-irquablo par la correction de sa versification. 11 écrit en alexandrins et cherche à imiter les auteurs antiques. Juvénal et Perso , plus d'une fois, lui servent de modèles, et notamment dans la satire sur Y Education des enfants. Le ton général de ses satires, quoiqu'il ne ménage aucun travers, aucun défaut, est bienveillant. L'homme pardonne aisément k l'homme et se souvient, tout en flagellant les ridicules d'autrui, qu'il a les siens. On a attribué à tort à Rachel différentes pièces satiriques de la même époque ; leur style peut en quelque sorte excuser cette erreur ; mais il vaut mieux s'en tenir à l'édition qui porte dix satires et qui fut réimprimée pour la dernière fois k Altona en 1828.

Satires de Rochester (1GS1, in-8°). Sous Charles II et jusqu'à la reine Anne, la littérature anglaise fut solennellement bâillonnée, k ces fins, plus ou moins plausibles, o d'empêcher la publication de livres soutenant des opinions contrairesk la foi chrétienne, a la doctrine ou à la discipline de l'Eglise d'Angleterre, ou tendant ii la diffamation de l'Eglise, de l'Etat, ou de ceux qui les gouvernent, ou de toute autre personne. » Tels sont les termes des statuts portés contre la liberté de la presse par le Parlement dès les premiers temps de la restauration des Stuarts. En réalité, ces lois protégeaient, contre une publiité qui les eût rendus impossibles, les désordres du roi, les scandales de la cour, la corruption des hommes d'Etat et l'impudence des courtisanes titrées. Kn présence de pareils abus, il ne restait qu'une voie -ouverte aux protestations de la conscience outragée : celle du pamphlet. Ce genre d'attaque, le plus dangereux dans un siècle d'oppression, fut inauguré par les hommes du pouvoir luimême, et le premier de tous, sans contredit, fut Rochester, qu'un critique ingénieux a judicieusement comparé à Pétrone pour l'esprit et la licence, et dont le principal mérite est de nous avoir laissé une tableau fidèle de la société de son époque. Les premières satires de Rochester sont dirigées contre la tolérance religieuse de Charles II, qui venait cependant de chasser deux mille ministres presbytériens de leurs églises. Enivrée de son succès, sa muse satirique s'en prit, non plus au seul Charles II, mais a toutes les royautés, et l'on croirait entendre dans ses vers comme un écho anticipé des imprécations de Camille TJrsmoulius et d'Anacharsis Cloots. Une de ces satires fut même assez violente pour faire bannir l'auteur de la cour; c'est celle où se trouvent ces deux vers : « Je hais tous les princes, et jusqu'aux trônes où ils siègent, depuis l'Hector français (Louis XIV) jusqu'au,.. Ménélas britannique, p II y a là un mot que Molière seul eût pu traduire. Au reste, Rochester n'est point avare de ces expressions d'une obscénité toute latine, qui jurent avec les principes de chaste morale et de vertu sévère qu'il développe. En effet, ce pourvoyeur d'un monarque faible et débauché tonne contre les maîtresses du roi, visà-vis desquelles il joue un rôle double, rôle de chat tour à tour caressant et féroce, flattant et égratignant. Etrange personnalité que celle de ce favori aboyant après la main qui le gorge ; tantôt courageux k l'excès, tantôt fanfaron de lâcheté, au point de refuser un duel après l'avoir accepté, n Mais, dit M. Forgues, Rochester ne comptait pas ses ennemis. Audacieux, souriant, amer, il semait lo vent de l'insulte, peu soucieux des tempêtes qu'il pourrait récolter plus tard. Il se laisse entraîner par le besoin impérieux qu'il éprouve de flétrir les vices, les turpitudes, les sottises, les travers de ses contemporains. Homme d'action, il eût dû compter avec une partie d'entre eux; poëte, il usa de son privilège, qui était incontestablement celui du blâme absolu, de la censure k outrance, droit imprescriptible que le satirique conserve, mais avec moins de puissance et d'utilité, alors même que sa propre vie n'est pas en harmonie avec ses écrits, et lorsqu'il n'a pas su conformer sa conduite aux sévères doctrines dont il se constitue l'interprète.

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Ainsi, le culte demeure pur alors même que ' le prêtre est souillé. » Nous avons dû relever , les inconséquences de Rochester et consta- \ ter le désaccord de sa vie et de ses écrits. Il n'en reste pas moins, malgré tout, le satirique par excellence du règne de Charles II. Dryrten lui-même ne fut qu'un pamphlétaire merveilleusement doué, mais dans les écrits duquel le temps ne revit pas comme dans ceux de Rochester.

Sniirc* de Boileau (1698, in-8<>). Ces satires, au nombre de douze, inarquent les premiers pas de l'auteur dans la carrière poétique, sauf les deux dernières, qu'il écrivit l'ntre cinquante-cinq et soixante-deux ans. Quot- 1 qu'elles n'atteignent pas k la perfection plus I châtiée des Epilres, de Y Art poétique et du Lutrin, elles tiennent une grande place dans l'histoire littéraire du xvnc siècle. C'est patelles, par les critiques dont elles sont remplies k l'égard des poètes médiocres, que Boileau commença k jouer son rôle de régulateur ou, comme on disait alors, de régent du Parnasse.

La première satire, imitée de Jnvénal, est une description des tristesses et des fatigues de la vie littéraire au xviic siècle; le poëte étale le réjouissant spectacle des sots triomphants. Boileau y avait inséré, dans le principe, un tableau assez long des embarras de Paris; mais ce tableau lui parut un horsd'œuvre ; il l'effaça et le prit pour cadre de sa satire VI". Cette satire décèle l'inexpérience ; l'auteur n'avait que vingt-quatre ans.

La seconde, dédiée k Molière , n'est guère qu'un jeu d'esprit sur les entraves de la versification française, sur la difficulté d'atteler ensemble au coche poétique la rime et la raison. Quinault, réhabilité plus tard par Voltaire, y est attaqué pour la première fois , et Scudéri y reçoit des étrivières méritées. Cette satire est de quatre années postérieure à la première.

La satire III, certainement la meilleure de toutes , est la description d'un repas ridicule donné par un amphitryon de mauvais goût. Elle présente avec le Festin ridicule d'Horace quelques rapprochements intéressants.

Les développements heureux donnés k son sujet et certains traits demeurés classiques assurent peut-être la supériorité k l'écrivain français. La conversation y prend rapidement une allure littéraire : Laserre, Chapelain, Mlle de Scudéri y sont déchirés par les maladroites louanges d'un sot, tandis qu'un reproche placé dans la même bouche vient, avec une maligne discrétion, rappeler a Racine les fadeurs de sa Thébaïde. Une querelle burlesque termine le repas, et la satire s'achève sur un serment gastronomique de l'auteur, jurant de n'être plus repris en pareille cohue. Les ridicules du Posidienus d'Horace ont souvent inspiré Boileau, mais l'imitation est discrète. Le négrillon portant les vins de Cécubeavec tant de gravité est l'aïeul en ligne directe du laquais au jambon de Mayence, Marchant a pas comptés

Comme un recteur suivi des quatre Facultés.

Mais peut-être n'avons-nous rien dans l'auteur français qui vaille ce profil gouailleur et si finement dessiné de Nomentanus, glouton plutôt que gourmet, malgré son érudition gastronomique.

La satire IX, A mon esprit, passe pour ne le céder en rien à la satire III, malgré le caractère tout métaphysique de l'interlocuteur du poëte. Tous les satiriques, d'ailleurs, et, pour n'en citer que deux, Horace et Juvénal, qui ont inspiré plus particulièrement la muse de Boileau, ont senti, k un moment de leur carrière littéraire, le besoin de se justifier devant les vanités ou la sottise qu'ils ont flagellées. C'est Horace que Boileau a pris pour guide, et, sans injustice pour l'auteur moderne, il faut convenir qu il l'a suivi à pas inégaux, comme Iule suit Enée.

Horace consulte Trebatius, l'homme de loi. «Ne point faire de vers, lui dit-il, serait peutêtre le meilleur parti, mais je ne puis dormir. — Que, trois fois oints d'huile, ils traversent le Tibre k la nage, ceux qui ont besoin d'un sommeil profond ; qu'à la nuit ils s'abreuvent dans des tlots de vin ! » répond gravement le jurisconsulte, qui, malgré son impassibilité, s'inquiète des écarts de celte verve satirique. Le poëte réclame alors avec une vive et familière éloquence les droits du tempérament poétique et s'abrite derrière l'exemple de Lucilius, envers lequel, ailleurs, il se montrera si sévère. Un moment, il semble malicieusement renoncer k l'offensive, mais quelques traits sanglants lui échappent encore. Adieu les hésitations des premiers vers; la musa reparaît inspirée , audacieuse , mordante. C'est k elle qu'il retourne, malgré le fin sourire de Trebatius, qu'il désarme par un mot spirituel.

A ce vif dialogue il est peut-être dangereux de comparer de trop près l'œuvre du poëte français. Elle n'a point conservé cette franchise d'allure et cette netteté de dialogue; elle développe, en les affaiblissant, le même ordre d'idées sans les mêmes ressources d'inspiration et de versification.

Dans cette satire, le style est plus châtié, plus exact que dans les précédentes. Boileau l'écrivit k trente et un ans, et, bien que les Epitres et le Lutrin doivent marquer encore dans ses vers des progrès notables, il est désormais complètement maître delà langue qu'il a contribué k fixer. Ses développements

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offrent une laborieuse abondance qui sait dissimuler les efforts qu'elle lui coûte.

En résumé, ce n'est qu'en comparant Boileau k Horace qu'on peut regretter, au milieu de qualités sérieuses, peut-être même brillantfs, le manque d'originalité chez l'écrivain français. Ses autres salires, d'une valeur littéraire moindre, traitent des Embarras de Paris, de la Noblesse , de Sa Folie humaine, des Femmes, de V Equivoque ; Horace et Juvénal ont trop à y revendiquer, unis nulle part plus que dans l'aviint-dernière, où la comparaison ne tournerait.pas k l'avantage du | oëte fiançais.

Dans ses satires, Boileau inaugure une polémique qu'il poursuit dans ses épîtres avec l'autorité d'un talent plus mûr, plus achové, et dont il exposera les principe* dans YArt poétique. Il trahit déjà la sécheresse un peu pédante que ne parviendront jamais k di.>simulcr tout k fait les plus heureux efforts d'une savante versification. Déjà aussi un sens critiqua hors ligne >e r vè.c. Si l'on a iv regretter l'absence de cette chaleur cominuuicative, de cette indignation contagiuuso qui semblent avoir rencontré dans ltn vers de Juvénal Jour forme la plus naturelle en même temps que lu plus violente ; si l'uUauce et l'humeur d'Horace ne se remarquent pas non plus chez Boileau , on peut chercher dans ses sobres et sérieuses qualités, acquises ou fécondées par l'art, la compensation a d'autres facultés brillantes que rien n'eût pu développer autour de lui, quand mémo la nature en eût été moins avare k son égard. - Nous terminerons cet article par une excellente appréciation de Marmoiuel : t Les satires de Boileau furent son premier ouvrage, et on le voit bien. Il a plus d'art, plus d'élégance, plus de coloris que Régnier, ma.s moins de verve, de naturel et de mordant. N'y avait-il donc rien dans les mœurs du siècle de Louis XIV qui pût lui allumer la bile? Il n'avait pas encore vu le monde, il ne connaissait que les livres et que le ridicule des mauvais écrivains ; son esprit était fin et juste, mais son âme était froide et lente, et, de tous les genres, celui qui demande le plus de feu, c'est la satire. Boileau s'amuse à nous peindre les rues de Paris! C'était l'intérieur, et l'intérieur moral qu'il fallait peindro : la dureté des pères qui immolent leurs enfants k des vues d'ambition, de fortune et de vanité ; l'avidité des enfants impatients de succéder et dose réjouir sur le tombeau des pères ; leur mépris dénaturé pour des parents qui ont eu la folie de les placer au-dessus d'eux; la fureur universelle de sortir de son état, où l'on serait heureux, pour aller être ridicule et malheureux dans une classe plus élevée; la dissipation d'une mère, que sa tillo importunerait, et qui, n'ayant que de mauvais exemples k lui donner, fait encore bien de l'éloigner d'elle, en attendant que, rappelée dans le monde pour y prendre un mari qu'elle no connaît pas, elle y vienne imit-r sa mère, qu'elle ne va que trop connaître; l'insolence d'un jeune homme enrichi par les rapines do son père, et qui l'en punit en dissipant son bien et en rougissant de son nom; l'émulation de deux époux k qui renchérira, par ses folles dépenses et par sa conduite insensée, sur les travers, sur les égarements, sur les vices honteux de l'autre; en un mot, la corruption, la dépravation des mœurs de tous les états, où l'oisiveté règne, où le désœuvrement, l'ennui; l'inquiétude, le dégoût de soi-même et de tous ses devoirs, la soif ardente des plaisirs, le besoin d'être remué par des jouissances nouvelles, des fantaisies, le jeu vorace, le luxe ruineux causent de si tristes ravages ; sans compter tous les sanctuaires fermés aux yeux de la satire et où le vice repose en paix, voilà ce que l'intérieur de Paris offrirait aujourd'hui au poëte satirique, et ce tableau , k peu de chose près , était le même du temps de Boileau. Boileau affecte l'humeur âpre et sévère pour être flatteur plus iidroit, et, en même temps qu'il bafoue quelques méchants écrivains, auxquels il ne rougit pas de reprocher leur misère, il prodigue l'encens de la louange ktout ce qui peut Te prôner ou le protéger k la cour. Le généreux courage que celui d'attaquer Cassagne, Cottin ou Chapelain ! Et contre Chapelain, qu'est-ce qui le révolte? Qu'il soit lo mieux routé de tous les beaux esprits 1

» Passe encore s'il l'eût voulu punir d'avoir osé se déclarer pour Scudéri contre Corneille et de s'être mêlé de critiquer le Cid. Boileau avait reçu de la nature un sons droit, un jugement solide, et l'étude lui avaifdouné tout lo talent qu'on peut avoir sans la sensibilité et la chaleur d'âme ; mais il lui manquait ces deux éléments du génie. ■>

Snlirca el ép2<rc« de Pope (1711-1739).

Ces composition sont l'œuvro vraiment originale d'un poëte qu'un travail de traducteur avait rendu célèbre de son vivant. Une da ces satires, la ilunciade, remarquable par la verve, l'acrimonie et le mauvais goût, a dû être, en r..isou de son étendue, l'objet u'un article spécial (v. Dunciade). Les autres no sont pas inférieures k ce poème plus connu. Toute sa vie, Pope a été engagé dans les querelles d'auteurs. Addison, qui avait envers lui des torts peut-être imaginaires, lui a inspiré q lelqces satires excellentes. Pope accuse ton despotisme jaloux; il le représente comme un sultan qui s'entoure d'esclaves et de muets « et croit ne bien régner «ju'eu

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étranglant ses frères. » Lady Montagne, dont lu Correspondance renferme de jolies lettres adressées à Pops;, s'était brouillée avec lui; Pope l'attiique en style de Juvénal. Entre 1735 et 1739, le poète écrivit ses Imitations d'Horace, pièces satiriques, morales et critiques, où il expiime les plus nobles sentiments, mêlés d invectives méprisantes et de furieuses menaces. En discutant quelques problèmes philosophiques, il fait admirer la précision savante et les formes habiles de son style. Aux satires en vers on peut joindre deux pamphlets littéraires , composés par Pope, Swift et autres. Dans le premier, Mottinus Scriblerus, libelle dirigé contre Bentley, on fait la cri tique des témérités de l'érudition. Dans le second, l'Art de ramper en poésie, parodia didactique des idées de Fontenelie en matière de poésie et des préjugés de ceux qui s'imposaient l'imitation exclusive des anciens, on invoqua les droits du bon sens, on réclame l'imitation de la nature.

Pope est un admirable versificateur. C'est par excellence 1<> poète de la forme. Il a plus d'idées que Boihau et plus d'originalité que Delille. 11 appar.ient à la même école. Tout, chez lui, est artifice, étude, symétrie. Ses vers, si élégants et si corrects, si harmonieux et si fermes, sont composés de fragments pris à autrui , mais si habilement rapportés et choisis avec un tact si sûr, qu'on no peut voir les soudures de ce style composite. Pope avait le sens du goût très-développé, et de très-bonne heurj il l'avait exercé. Il ne manque pas plus d'imagination que d'intelligence. Une chose lui fait absolument défaut : la grâce française , l'ironie légère , le badinnge sémillant. Aussi est-on rebuté par fa grossièreté de ses invectives; ses satires, lues d'un Irait, nous paraissent ennuyeuses, malgré l'élégance et la précision du langage. La philosophie de Pope, empruntée encore à autrui, se contente des idées moyennes, de ces vérités générales qu'on appelle lieux communs. Le vice et la vertu, lu sagesse et la folie, les phénomènes moraux sont ses thèmes ordinaires, et les antithèses contribuent à faire ressortir ce contraste naturel. Ce qu'il y a de mieux dans les satires de Pope, ce sont les portraits: ici, la finesse de l'observation, la vigueur des treits accumulés et la concision savante de son style si pur ont fait merveille.

Satire* de L!seow (Hambourg, 1739, in-8«). Supérieures aux satires de Rabener, les satires de Liscow n'ont pourtant pas eu, au xvmo siècle, tout le retentissement qu'elles méritaient. C'est que l'œuvre de Rabener avait des allur.is générales et s'adressait à la foule par l'universalité des sujets qu'elle traitait, tandis que Liscow dirigeait ses attaques contre des personnes et ne pouvait être compris que dans un cercle plus ou moins restreint. Il lit une guerre acharnée k Philippi, professeur d'éloquence à Halle, et au pasteur Licvers. Tous les deux avaient affiché des prétentions littéraires et inondaient le monde de leurs indigestes élucubrations. Liscow les écrasa sous le poids de son sarcasme. Son sel était quelquefois un peu gros; mais la lecture assidue de Swift avait donné un tour fort original i. son esprit; il reçut même à plusieurs reprises le surnom de « Swift allemand. » Plus fécond et plus original que Rabener, il est aussi plus mordant et a un esprit plus philosophique. Sa virilité et son courage se montrèrent en plus d'une occasion; son bon cœur fut connu quand on sut qu'il faisait parvenir des secours à Philippi, qui avait éprouvé des malheurs et était tombé dans une profonde misère. La langue, avant Liscow, était loi.i d'être fixée; il lui donna une pureté et uue correction dont on n'avait pas encore l'idée.

Satires de Rabener (1751-1755, i vol. in-S°). La satire de Rabener traite toujours un sujet général et ne s'attache jamais à des personnalités. La prudence lui recommandait do ne pas s'attaquer aux grands de la terre, et il décoche ses traits contre la petite noblesse, les hobereaux de village, les bourgeois et leurs ridicule; et le péduntisme des savants. Lucien était son modèle et il l'imita sans perdre sa propre originalité. Dans ses satires, il plaisante plutôt qu'il ne blesse, et facilement il se réconcilie avec ceux qu'il a attaqués. Ses premiers essais parurent dans une feuille publiée pur Schwube, sous ce titre : Amusements de l'esprit et de l'imagination. On ne saurait nier la justesse de ses censures, et le tableau qu'il fait des mœurs et des caractères de son temps est fort réjouissant. La société qu'il dépeint a disparu de la scène du monde, mais quelques types survivent ei core et semblent même devoir s'éterins-er. ^es pédants , les demi-savants, les subalten es qui usent et abusent de leur ascendant sur leurs maîtres insouciants, niais ou vaniteux ; les gentiliâtres présomptueux, les mauvais poëtes, les charlatans, les avares, voilà des caractères qui seront éternellement l'ubjit de justes critiques et de légitimes railleries. Rubener avait d'autant plus d'autorité e'. ses satires devaient acquérir d'autant plus de portée que son honorabilité était notoire. Ses amis ont vanté l'excellence de sou caractère et le charme qu'on trouvait U entrer en relation avec lui. Magistrat consciencieux, ;ceur honnête et probe, zélé observateur do tous ses devoirs, il lui appartenait plus qu'à tout autre de s'ériger en re-

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dresseur de ridicules et en réformateur des travers de sa nation. Son style est clair, net, dépourvu d'originalité et de fantaisie; mais i! s'agissait à cette époque de faire sortir la langue allemande de cette forêt de mots diffus et mal définis dans laquelle elle se perdait. Sous ce rapport encore, l'influence de Rabener fut notoire. Ses principales satires portent pour titres : le Testament de Swift, le Conte du 1er avril, Essai d'un dictionnaire allemand, Proverbes comme lus entend Sancho Pauça , Registre mortuaire de Nicolas Klimen. Quand il apprit qu'on cherchait à donner des noms aux personnages qu'il mettait en scène et qu'à tout prix on voulait voir des allusions là où il n'y avait que des généralités, il renonça à son œuvre et ne voulut plus écrire une ligne. Les Satires ont été traduites en danois, en suédois, en hollandais et en anglais. Huber, dans son Choix des poésies allemandes, a traduit la plupart des satires de Rabener. Boispréaux (Paris, 1754) en a donné une traduction complète.

Sntires de Gilbert (177S, in-8°). Boileau n'avait fait que des satires particulières; Gilbert fut le premier qui tança la satire générale, la satire de mœurs. Victime de l'indifférence des uns et de la malveillance des autres, le jeune poëte, encore fort inexpérimenté à son début, se tourna bientôt contre les vices de son siècle; il choisit des adversaires dignes de son courage, et c'est à la tète du parti philosophique, la vraie puissance du xvinc siècle, qu'il dirige ses traits les plus acérés; c'est l'objet de ses deux premières satires; le Siècle (1774) et le Dix-huitième siècle (1775). Déclaré aussitôt mauvais poète et dirfamé comme une sorte d'ennemi public, il se justifie et se venge dans son Apologie. Cette rude épreuve de la vie aigrit son cœur; pas un seul vers tendre, pas une seule plainte d'amour ne lui échapperont. C'est la veille de sa mort qu'il exprime pour la première et la dernière fois des sentiments touchants, des accents affectueux. Sans doute, Gilbert venge moins la morale que lui-même et parfois il prend la déclamation pour l'éloquence. Sa colère est nourrie a moitié d'envie et à moitié de haine. Rebuté par les encyclopédistes, auxquels il s'était tout d'abord adressé, pensionné par la cour et par l'archevêque de Paris, vers lesquels il se retourna quand d'Alembert l'eut mis à la porte, ayant échoué dans les concours académiques où brillait Laharpe, il dégorgea dans ses satires toute l'amertume dont ces échecs successifs l'avaient rempli. Il s'attaqua sans vergogne aux plus grands noms : Voltaire, Diderot, d'Alembert sont mis par lui au rang des faiseurs sans talent et sans caractère dont la postérité ne connaîtra pas même les noms; mais il était lui-même un trop petit personnage pour pouvoir quelque chose contre eux : c'est le serpent qui use ses dents sur la lime. Il réussit mieux quand il daube la suffisance et la platitude de Laharpe, quand il peint à la Juvénal la corruption de' mœurs du siècle où il vivait. Si l'on ne recherche pas le mobile qui le faisait agir ni qui payait ses vers, si l'on n'examine dans j ses satires que le poëte, Gilbert reste un ha- I bile versificateur et un écrivain vigoureux, t Nul, ii son époque, n'a manié avec plus de i force le vers alexandrin. En général, son | vers est d'une tournure ferme et quelquefois j d'une expression heureuse; on y sent la véhémence, non la sève de Juvénal; tout y est dur, rude et hérissé. Des beautés mâles, des traits vigoureux et originaux , des images saisissantes font pardonner à Gilbert ses tournures forcées, son style pénible, des inégalités choquantes. Le poète manque de facilité et de grâce ; il ne lie pas bien ses idées, mais il a de grands mouvements, le feu créateur. On voit en lui plus de génie que d'esprit, plus de talent que de connaissances, plus d'imagination que de .jugement, plus d'enthousiasme que de goût. Le temps, c' est-adire l'étude, lui a fait défaut. Le caractère de son style est de chercher l'expression figurée et de transporter à un mot l'épithote qui appartient à un autre; par cet artifice, il arrive à créer des expressions neuves et k écrire beaucoup de vers qui sont devenus proverbes. Luharpe,

Qui, sifflé pour Ses vers, pour sa prose sifflé, Tout meurtri dus faux pas de sa muse tragique, Tomba, de chute en chute, au trône académique,

n'oublia jamais cet affront public ; aussi, non content de tout blâmer dans les poésies de Gilbert et d'en transformer les beautés originales en défauts, s'est-il permis de calomnier jusqu'à la mort prématurée du malheureux poète.

Malgré toutes les imperfections d'un talent qui s'essaye et qui se forme, les satires de Gilbert, pleines d audace, de verve et d'énergie, resteront parmi les monuments de notre langue.

Satire», par M. L. Veuillot (1863, in-18). M, Louis Veuillot a l'ambition d'être un poète, et, dès qu'il a quelques loisirs, il les emploie â cultiver l'alexandrin. La suppression de YUnioers en 1862 ayant laissé le prosateur sans emploi, le poëte s'est réveillé; mais c'est toujours de la même plume qu'il s'est servi. Ces satires ne sont que des articles de journal mal versifiés. En vers comme en prose, c'est toujours le même système; -le fond est toujours le même : la guerre à les-

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prit moderne, à ses inventions, à ses arts, à ses idées, à ceux qui ont le malheur de s'en inspirer. ■ Tantôt, dit M. Ch. de Mazade, l'auteur se livre à des amplifications d'un lyrisme prophétique; tantôt il tombe dans de véritables apoplexies d'outrages; il flotte entre le sarcasme et l'emphase, entre la crédulité puérile et la redondance. » Et, comme accompagnement à toutes ces belles choses, il appelle Gilbert « mou frère » et joint à ses satires un bouquet d'épigrammes lestes, de rondeaux, de contes, d'épitaphes, sans compter un poeme, les Filles de Babylone. Le parfum de ce bouquet est malheureusement trop connu ; bon nombre de ces morceaux ont déjà paru dans un autre livre, et ceux qui sont inédits, nous les connaissons encore : cent fois nous les avons lus soit en prose , soit en vers, dans des articles de l'Univers, dans les Libres penseurs, dans Çà et là et dans les Parfums de Borne; notïs les avons lus en strophes non rimées, en brochures et en pamphlets. L'injure s'est métamorphosée et u pris un habit plus étriqué, mais elle a conservé la même allure. Quelque bonne volonté qu'il déploie, si ardemment qu'il invoque Boileau ou Gilbert, qu'il trace le portrait de la Muse de !a satire telle qu'il la comprend, cette forte femme de trente à quarante uns, à l'œil do flamme, au corps robuste, au pied leste, a la main fine et « avec toutes ses dents, » Correcte en ses habits comme en ses mœurs, peignée, Mais non point ficelée, encor moins renfrognée ; si bien' qu'il fasse, en un mot, on sent que M. Veuillot est mal à l'aise dans le vers; il cherche l'effet et se démène beaucoup sans atteindre au relief do la vivo et forte ironie. Son trait est à la fois violent et indécis, prétentieux et vulgaire. M. Veuillot le comprend si bien lui-même, qu'il a recours à son grand et unique moyen, le tapage charivarique, la mascarade des noms contemporains. Là où il ne met point de nom, M. Veuillot écrit des satires d'une désespérante infériorité ; là où la personnalité des hommes est mise en scène, là où il peut prodiguer l'apostrophe et la caricature , il se retrouve un peu lui-même, superbe dans l'insulte, faisant de chaque vers un outrage, n'épargnant personne et ne reculant pas même quelquefois devant l'allusion ou l'équivoque qui frise l'obscénité.

Ce n'est d'ailleurs point par la convenance que brille l'auteur, et, dans cette nouvelle distribution d'aménités, les morts ne sont pas plus ménagés que les vivants. Cavour, qui venait de mourir, est appelé Eiostrate et Judas. Les plaisanteries de M. Veuillot ne sont ni plaisantes ni neuves, et ses sentences littéraires sont rédigées dans un style raboteux qui prouve plus d'exercice dans la diffamation que dans l'art poétique. Mais quand on affiche, comme l'auteur, des prétentions à l'intégrité, il faudrait se garder de laisser percer le bout de l'oreille. M. Veuillot daube fort Gustave Planche ; « c'est par conviction, » dira-t-il. Non. Le poème épique qui termine le livre est le motif de cette sainte indignation. Un jour, M. Veuillot présenta les Filles de Babylone à la Revue des Deux-Mondes, qu'il a si bien arrangée dans ses Odeurs de Paris. Le directeur, trouvant déjà le morceau dur, mais, par scrupule, ne voulant pas se fier à son seul jugement, demanda conseil à Gustave Planche, qui déclara que les vers étaient mauvais. Le directeur rendit donc le poëme, non d'une façon blessante, mais avec des observations dont l'auteur fit semblant de lui savoir gré. Le voyant si bien disposé, le directeur lui avoua que ses observations étaient en partie le résumé de l'appréciation de Planche. M. Veuillot se tut;

L'attaquer, le mettre en quartiers,

Mons Veuillot l'eût fait volontiers;

Mais il fallait livrer bataille,

Et le mâtin était de taille

A. se défendre hardiment.

Il attendit que G. Planche fût mort, et alors il lui dit tout ce qu'il avait sur le cœur. D'ailleurs, en fait de goût et de décence, si l'on veut avoir la mesure de l'auteur des Satires, on n'a qu'à lire les vers intitulés Une muse; c'est une crâne polissonnerie. M. Veuillot s'est trompé : ce n'est pas Gilbert, c'est Piron, l'auteur de VOde à Priape, qu'il aurait dû appeler ■ mon frère. »

Satire Méuippce (LA). V. MÉN1PPBB.

Satires de M. Viennet. V. Efîtres et satires.

Satire e» France (la), par M. Ch. Lenient (1859-1S66, 2 vol. in-8u). L'ouvrage se compose de deux parties, publiées à sept années d'intervalle; la première est intitulée la Satire en France au moyen âge et a été couronnée par l'Académie française en 1860. L'auteur y montre le génie critique et railleur de notre race éclatant même au sein de la société féodale et théocratique, avec les premiers bégayements de notre langue , sur la vielle des trouvères, sur les tréteaux du théâtre et jusque dans la chaire. Dans la seconde partie, intitulée la Satire eit France ou la Littérature militante au xvie siècle, il aborde un champ plus vaste. M. Lenient explique trèsbien lui-même le plan ainsi que le but de son livre : « Chercher dans les œuvres littéraires, à côté des leçons éternelles du goût et des purs enchantements de l'imagination , les traces des idées éphémères ou des passions qui ont agité le genre humain, des vertus

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qui l'ont honoré, des vices ou des ridicules qui l'ont diverti, des fautes et des erreurs qui ne l'ont pas toujours corrigé; faire de la critique l'auxiliaire de l'histoire, renvoyer la lumière de l'une k l'autre... Pour les œuvres secondaires, c'est la seule manière de les ramener à la vie ; pour les œuvres supérieures, qui ont déjà d'elles-mêmes le charme éternel de la beauté, c'est souvent le moyen de les mieux sentir et d'expliquer en partie leur origine, le secret de leur force et de leur popularité. » On rencontre dans cette partie de l'ouvrage de M. Lenient beaucoup d'érudition, de révélations imprévues, de détails piquants, d'études originales. C'est d'abord la satire philosophique et ses grands et immortels représentants, Erasme, Ulric do Hutten, Rabelais, Régnier; à côté, la satire religieuse qui met aux prises calvinistes et ca-

Ronsard. Entre les deux éclate hardiment la satire politique, La Boëtie, Raoul Spifame, Hotmail, Hubert Languet, Agrippa d'Aubigné, la Ménippée et les pamphlets de tout genre. Si active, si intense est la vie de eclta époque, qu'il y a place aussi pour la Satire littéraire avec Du Bellay, Ramus, Henri Estienne, et, pour la satire dramatique et artistique, avec Larivey, Jean de La Taille, la comédie du Pape malade et les innombrables caricatures. Le plan que s'était tracé M. Lenient est vaste et il l'a très-bien rempli.

SATIRIQUE adj (sa-ti-ri-ke — rad. satire). Qui appartient à la satire, qui tient do la satire : Ouvrage satirique. Pièce satirique. Poésie satirique. Trait satirique. Discours SATIRIQUE.

— Qui écrit des satires : Poëte satirique. Acteur satirique. Les écrivains satiriques gui ont le plus d'esprit manquent souvent d'imagination. (Rigault.)

— Porté à la satire, à la raillerie : Homme

SATIRIQUE. Esprit SATtRIQUE.

Mais ne craignei-vous point que, pour rire de vous,

Je ne ranime encor ma satirique audace?

Boileau.

— s. m. Auteur de satires : Boileau est le premier de nos satiriques. (Acad.) On compare les satiriques à ces chiens qui aboient et qui mordent tout le monde. (St-Evrem.) Les satiriques semblent avoir le droit du glaive et la puissance de vie et de mort sur la réputation d'aulrui. (Boileau. }Lcs satiriques sont des docteurs qui tranchent dans le vif. (Ménière.) Juvénal est le plus vé/iément et le dernier des satiriques latins. (Boissonade.)

— Syn. Safîrjque, caustique, niordnnf.

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