‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 114 sur 1059 · RIVOS · texte numérisé non relu

RIVOS

SATRAPE s. m. (sa-tra-pe — lat. satrapes, gr. satrapes, mot qui doit être nécessairement, d'origine persane. Bumouf le fait venir du zenu choitiirapaiti, dérive du sanscrit kschetra, région, et pati, chef. D'autres l'ont fait venir de chat ha, ombrelle, et de pati, chef, chef ayant le privilège de l'ombrede, du duu). Gouverneur de province, chez Jus anciens Perses : Le luxe et i orgueil des satrapes avaient passé en proverbe citez les Grecs. (Acad.) Le satrafe d'Arménie envoyait au rot de Perse vingt mille poulains pour la fête de Mit/ira. (A. Maury.)

— Fa m. Homme qui exerce avec orgueil un pouvoir despotique : Les préfets de l'Empire étaient de véritables satrapes.

— Encycl. Ce mot signifia primitivement, dit-on, amiral ou chef d'armée nuvnle. Le nom .de satrape, réservé aux chefs de la flotté à son origine, fut ensuite étendu aux principaux ministres de Perse et aux gouverneurs de province ou vice-rois. D'après les pouvoirs qui leur étaient donnés, ils levaient des troupes dans leur gouvernement, pourvoyaient à tous les emplois civils et militaires, recueillaient les tributs et les faisaient parvenir au roi. Leur puissance était bien grande , puisqu'ils avaient le droit de l'aire la paix et la guerre, tout avec les ennemis de la Perse qu'avec les satrapes voisins.

Leur autorité dépassait celle d'un vice-roi moderne. Ainsi, sous le règne de Darius, l'un des satrapes de l'Asie Mineure, Orctès, poussa l'insolence jusqu'à faire mour.r un courrier que le roi lui avait envoyé, parce que l'ordre qu'il lui avait apporté était désagréable. Darius, encore mal ;.iiérmi sur ie trône, n'osa pas l'attaquer. Ce satrape n'avait pas moins de l,cit)0 soldats pour su garde particulière et il pouvait en lever un nombre considérable dans son gouvernement (satrapie), comprenant la Phrygie, la Lydie et l'Io-

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nie. Il fallut, pour détruire sa puissance, employer des moyens détournés en corrSmpan* les officiers de sa garde, qui le saisirent et le tuèrent. Tous ses biens furent confisqués ai' profit du trésor royal.

Sous le règne de Darius, fils d'Hystaspe, on divisa l'empire en vingt satrapies seulement, afin do faciliter la levée d«s impôts; les satrapes étaient placés sous la surveillance des ministres, surveillance qui devint bientôt illusoire. Les satrapes seraient devenus presque tous indépendants sans l'invasion macédonienne.

Lorsque les Romains attaquèrent le vaste empire des Perses, ils trouvèrent le pays partagé en trois grandes divisions principales. Chacune de ces parties obéissait à un vice-roi, qui uvait sous ses ordres dixhuit grands satrapes auxquels l'administration d'autant de provinces était confiée. Pline donne le nom de royaume à ces provinces, sans doute parce qua les satrapes y jouissaient d'une autorité à peu près souveraine. D'ailleurs, il est à présumer que le titre de roi des rois que prenait le roi des Perses était peut-être fondé sur ce que son empire était divisé en dix-huit royaume-* ou provinces, dont les satrapes étaient considérés comme rois, et il est a remarquer que ces satrapes avaient le droit de porter un diadème simple ou une tiare comme marque distinctive de leur dignité. Sur le déclin do l'empire persan, leur pouvoir avait encore augmenté ; les Grecs les désignaient sous le nom de toparques, rois de contrées. Les satrapes, ainsi que les généraux et tous les officiers civils et militaires, étaient choisis dans l'ordre de la noblesse. Quelquefois, plusieurs satrapies étaient administrées par un seul satrape; d'autres fois, au contraire, il y avait deux satrapes dans une seule satrapie:. La vio voluptueuse de ces petits despotes a rendu le mot satrape synonyme d'homme, puissant et corrompu.

Les satrapes des Philistins recevaient le nom de serauim (surena), dont les historiens ont fuit un nom propre, parce qu'un surena ayant tué Crassus, les Romains crurent quo ce mot était son nom propre, comme ils avaient cru que brenn était le nom du Gaulois vainqueur de Rome. Ces surencs ou satrapes gouvernaient avec un pouvoir absolu les cinq satrapies des Philistins.

SATRÀPENES, peuple de l'ancien empire des Perses, dans la Alédie, près de la B.iby- Jonie et de Susiane.

SATRAPIE s. f. (sa-tra-pî — rad. satrape)- Hist. Gouvernement d'un satrape,

SATRAPIQUE adj. (sa-tra-pi-ke — rad.

satrape). Qui appartient à un satrape : Cour

SATRAPIQUE.

— F.. m. Digne d'un satrape : Faste, orgueil

SATRAPIQUE.

SATKiANO, bourg du royaume d'Italie, province de la Ualabre Ultérieure Ile, district de Catanzaro, a 15 kilom. S. de Squillace, mandement de Davoli ; 2,493 hab. Education de vers à soie.

SATillCUM, ville de l'Italie ancienne, dans le Latiuin, chez les Volsques, à 44 kilom. S.-K. de Rome. On suppusa que lo villaga moderne de Rocea-Massima, entre la voio Appiemie et la voie Latine, s'élève sur l'emplacement de l'ancienne Satricum.

SATSOUMA, nom d'une province, d'uno baie et d'une ville du Japon, dans la partie méridionale de l'Ile de Îiiou-Siou. La province de Satsouma,encore peu connue, coiiimo le reste du Japon, présente un sol montagneux, volcanique et imprégné de soufre.

Elle produit de la soie, du camphre et renferme quelques mines d'or et d'argent. Sur les côtes, pèche de perles.

SATTEAU s. in. (sa-to). Mar. Barque employée à la pèche du corail.

SATTIA-LOCA s. m. (satt-ti-a-lo-ka). Quatrième séjour au paradis de Brahma, dans la mythologie indoue.

— Encycl. L'entrée n'en est accordée qu'aux seuls brahmes qui, par la pratique des vertus sur la terre, sont parvenus au degré de sainteté nécessaire pour y être admis. Les personnes de toute autre caste, quelque pieuse, quelque édifiante qu'ait été leur vie d'ailleurs, en sont impitoyablement et irrévocablement exclues. C est dans le sattia-locu (ce mot signifie lieu de vérité, séjour de la vertu) que Brahma, le dieu suprême, fait sa résidence avec Sarasvatty, sa femme. Le Ganga arrose cet asile divin, et c'est de là qu'una partie de ses eaux purifiantes sont descenuues sur la terre. Sur le mont Maha-Mérou des livres indous, sorte de montagne en forme de cône contourné en coquille de limaçon et divisé par étages, et sur les flancs duquel sont situés les quatre paradis, d'Indra, de Siva, da Vichnou et de Brahma, le suttia-toca occupe lu cime de la montagne, dont le paradis d'Indra ou Souarga occupe la base, et dont le Keilassa, ou paradis de Siva, et le Veikouta, ou paradis de Vichnou, occupent lo deuxième et le troisième étage.

SATTl'.NUA, petit groupe d'Ilots de la Fussie d'Europe, dans la Baltique et au milieu de l'archipel d'Aland. Ce groupe, situé par 60° 10' de latit. N. et 18° 15' de lougit. E., dépeud du gouvernement d'Abo.

SATOR (SAINT-), village et commune do

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France (Cher), cant., arrond, et à 4 kilom. N.-E. de Sancerre, sur le canal latéral h la Loire; pop. aggl., 1,171 hab. — pop. tôt., 2,088 hab. Tanneries. Ce village, autrefois fortifié, se .'orrtiii autour d'une abbaye fondée en 463 et dont on voit encore les ruines. L'église paroissiale, classée au nombre des monuments historiques, est une construction inachevée.

SATUB (Thomas), pasteur protestant français , né ii A ontauban. Il vivait au xvns siècle, lit ses éludes dans sa ville natale, où il devint pasteur, et fut enveloppé, en 1683, dans les poursuites exercées contre les pasteurs montalbanais, accusés d'avoir reçu des relaps dans le temple. S'étant réfugié en Angleterre, il lesservit l'église française de la Savoie. Les lissidems français réfugiés ayant été accusés de socinianisme par l'évêque de Londres, Sutur fut chargé de les justifier et il publia à c<! sujet une protestation intitulée: Déclaration du sentiment des minisires français réfugiés en Angleterre sur les matières de religion (Londres, 1694, in-4»).

SATURAHILITÉ s. f. (sa-tu-ra-bi-li-tê — rad. .-a urable). Chim. Qualité de ce qui peut être saturé.

SATURADLB adj. (sa-tu-ra-ble — rad. saturer), Chim. Qui est susceptible de saturation : Subst mre saturablb.

SATURAIÎT, ANTE (sa-tn-ran, an-te — rad. saturer). Chim. Qui sature, qui a la propriété de saturer : Substance saturante.

SATURATEUR s. m. (sa-tu-ra-teur — rad.

saturer). Cl iin. Appareil dont on se sert pour saturer certains liquides de certains gaz.

SATURATION s. f. (sa-tu-ra-si-on — rad.

saturer). Action de saturer; état de ce qui est saturé : Aimanter une barre d'acier à saturation. Les terres imprégnées à satura- 'tioN de minières organiques ne sont plus propres à la décomposition des cadavres.

— Littér. Licence en vertu de laquelle les poètes ara jes peuvent ajouter après une voyelle une lettre analogue k cette voyelle, afin d'en rendre le son plus plein.

— Chiin. Etat d'un liquide saturé.

— Encycl. On reconnaît qu'une dissolution de tel ou Ici sel est saturée lorsqu'elle refuse de dissoudre de nouvelles portions de ce sel ou lorsqu'elle en laisse déposer par le moindre abaissement de température ou la plus petite évaporatinr. du liquide dissolvant. Puur être certain qu'une dissolution est saturée, il faut avoir la précaution, en la refroidissant, de l'agiter avec une baguette ou d'y ajouter de temps en temps un cristal du même sel qu'elle tient déjà en dissolution. Pour saturer un liquide, il faut le laisser en contact pendant plusieurs hetirns avec un grand excès du sel qu'on veut lui faire dissoudre; le liquide qu'où décantera alors sera certainement saturé.

Certaine;! dissolutions saturées peuvent, dans certaines circonstances,, dissoudre une nouvelle qiantité du sel dont elles sont déjà chargées. On donne à ce phénomène le nom de stirsatu-ation. Ces solutions sursaturées jouissent de propriétés curieuses que nous allons énumérer, D'abord elles se prennent facilement en masse sous l'influence d'un abaissemei t de température. Les solutions sursaturées de sulfate de soude se prennent en niasse c •istalline vers 8*. D'autres, comme celles d'acétate de soude et d'hyposullhe de soude, nese ligent qu'à des tempéra, tires trèsbasses. Les solutions sursaturées de phosphate de soude et d'acétate de plomb se prennent en musse à la température ordinaire. Une solution concentrée d'acétate de plomb, par exemple, préparée dans un laboratoire dont la tenpéralure est 18u, s'y conservera indéfinimo it ; mais si la température tombe à 140, la solution cristallisera sans autre cause que le simple abaissement de température.

Les dissolutions sursaturées se figent également sous l'influence de l'air et dans de trèsbizarres conditions. Qu'on ait, dans une grosse fiole, une dissolution préparée de la veille avec 200 gr. d'alun cristallisé et 100 gr. d'eau ; la foie doit avoir été bouchée avec un bon bouchon de liège au moment où le liquide se trouvait en ébtillition. La dissolution est limpide, l'agitation ne la lige pas. Si l'on relire -itors doucement le bouchon, la fiole se trouvant déposée sur une table, on voit immédiatement un cristal se former k la surface de la liqueur. Ce cristal augmente rapidement de volume et il semble que de gros octaèdres sortent de ses flancs, lin quelques instants, a dissolution est complètement transformée en une masse saline solide. Voici une autre lixpérience. Dans un ballon n'ayant pas un col trop large, on porte à l'ébuliition un mélange de 200 gr. de sulfate de suude et de 100 gr. d'eau et, après l'avoir retire du l'eu, on en couvre le goulot avec une petite capsule du verre ou de porcelaine. Dès que le matras est complètement refroidi, on enlève sans secousse la capsule, et peu après on voit le liqjide se prendre en une masse cristalline de sulfate de soude.

L'expér.ence que voici est encore plus singulière. On prépare une dissolution saturée 2e sulfate de soude dans plusieurs fioles qu'on bouche, é\ant encore chaudes, avec des bouchons portant deux tubes de verre courbés à angle dro.t et d un diamètre de 0>a,00ô. Un de ces tubes plonge dans la dissolution. Lorsque cette série de fioles est refroidie, on met

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l'une d'elles en communication avec un aspirateur qui fait arriver de l'air au milieu de la dissolution et dès lors la lige. Si on répète l'expérience sur une autre, mais en ayant soin que l'air, uvant d'arriver dans la dissolution sursaturée, ait passé sur du coton cardé, la solidification n'a pas lieu. Enfin, voici une dernière expérience non moins curieuse. Ou remplit un inalras avec la dissolution bouillante et sursaturée de sulfate de soude, puis on verse à la surface un peu d'huile pour éviter le contact de la dissolution avec l'air. Lorsque le matras est complètement refroidi, on coupe dans un tube de verre plein deux baguettes pareilles dont on chauffe l'une à 200°. Une fois refroidie, on la plonge dans la dissolution à travers la couche J'huile : la masse liquide ne subit aucun changement; on plonge alors l'autre baguette et aussitôt la solution sursaturée se fige. Ce qui est vrai pour la baguette de verre est également vrai pour les baguettes de mêlai, de bois, etc.

Un moyen immédiat et sûr de faire cristalliser les solutions sursaturées, c'est d'y introduire une petite parcelle de la substance dissoute.

Comment, maintenant, expliquer ces phénomènes? M. Cernez, quiafait,en 1861, beaucoup d'expériences sur ce sujet, parait être arrivé à démontrer que les solutions sursaturées ne se prennent en masse que si elles se trouvent en contact avec une parcelle du corps dissous. Dans les expériences que nous avons Citées ci-dessus, si les liquides se prennent en masse cristalline à la température ordinaire, c'est qu'on y introduit accidentellement une parcelle solide de la substance dissuute ou que l'on opère dans un laboratoire dont l'air agité sans cesse renferme en Suspension de petites quautués d'un grand nombre de sels. Les expériences qui ne réussissent pas toujours avec tous les sels capables de sursaturatiun sont constamment couronnées de succès avec le sulfate de soude, parce que la présence de ce sel est pour ainsi dire permanente dans l'air atmosphérique, l'our ienipéciiei' d'arriver au cuu met de la solution sursaturée, il faut faire passer l'air sur du coton ou le chauffer. En tout cas, l'air absolument débarrassé de particules salines est incapable de provoquer la prise en masse des dissoiutiuiis sursaturées.

Ces dernières ont une autre propriété curieuse. Un certain nombre d'entre elles abandonnent à la température ordinaire des cristaux d'un sel moins hydrate que celui qu'elles tiennent en dissolution. Ces dépôts cristallins sont transparents tant qu'ils sont baignés par la liqueur et deviennent progressivement blancs et opaques aussitôt que la solution sursaturée se prend en masse. On peut expliquer ce phénomène curieux de la manière suivante : l'accroissement d'un cristal se l'ait par couches superposées qui, le plus souvent, emprisonnent une certaine quantité d'eau mère visible lorsqu'on brise un cristal d'une certaine dimension; dans le cas actuel, les cristaux se développent au sein de la solution sursaturée et, lorsque celle-ci se prend en masse, la solidification se propage entre les couches superposées de l'hyurate transparent; il eu résulte un effet anaiogue à celui que présente la glace qui, transparente en fragments d'une certaine dimension, devient blanche et opaque quand elle a élé broyée.

— Saturation des vapeurs* Lorsqu'un espace contient une vapeur à Son maximum de tension ou de densité, il ne peut plus recevoir, à une température donnée, une nouvelle quantité de vapeur. Si on y introduit une nouvelle quantité de liquide, il ne s'y vaporise pas, et si on cherche a comprimer la vapeur qu'il renferme, elle se liquéfie en partie. Cet espace, contenant toute la vapeur qu'il est susceptible de recevoir, est ce qu'on appelle saturé, et, par extension, la vapeur qu'il renferme est une vapeur saturée. La .saturation de l'espace a donc lieu quand la vapeur est à son maximum de tension ou de densité, et par suite quand elle est en contact avec le liquide qui l'a produite. V, VA- PEUR.

SATURÉ, ÉE (sa-tu-ré) part, passé du v. Saturer. Imprégné, imbibé au plus haut degry; combiné avec un corps a uu degré où il est impossible d accroître les proportions de ce dernier : Terrain saturé d'eau. Eau saturée de sel, de sucre, de chaux. Air saturu d' humidité. Acide saturé. Plongez à la mer une éponge saturée d'eau, elle n'en boira pas une gouile de plus. (Th. Gaut.)

— Fig. Rassasié, comblé à satiété : Jepars de l'urin ta bourse légèrement garnie, mais le cœur saturé de joie. (J.-J. Rouss.) Le pays, grâce uux journaux, est saturé de préjugés, dont un seul, poussé à fond, suffirait à t'empQi.sonnein.ent de la masse. (Pruudh.) Il Fatigue, lassé.

SATURÉ1NÉ, ÉE adj. (su-tu-ré-i-ué — du lat. satureia, sarriette). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte à la sarriette.

— s. f. pi. Tribu de la famille des labiées, ayant pour type le genre sarriette.

SATUUE1UM, ville de l'Italie ancienne, dans iTapygie, près de Tarente. Elle avait des haras renommés.

SATURER v. a. ou tr. (sa-tu-ré — lat. saturare; ne satur, comblé, rassasié, qui représente le sanscrit sud/tus, comblé, grec adés,

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adros, gothique sads, lithuanien solus. Tuutes ces formes proviennent de la racine sanscrite sadh ou sidli, combler, perfectionner, grée ado, latin sntio, allemand sâtiitjen, anglais (o sole, lithuanien sottinn, russe syszczain. Comparez aussi le sanscrit sadfiu, complètement, grec adêa, latin satis, assez, et le sanscrit tudauan, complétion, grec udinon, même sens). Amener à l'état de la plus grande condensation possible, en augmentant, autant qu'elle peut l'être, la quantité de matière diluée ou combinée ; Saturer un acide. Saturer de la chaux.

— Rassasier, fatiguer par la satiété : Saturer la curiosité du public' Il est plus facile de saturer les enfants de chatteries que de les intéresser en les instruisant et en les moralisant. (Mme Monmarson.) Il Combler : La joie avait saturé mon cœur.

Se saturer v. pr. Etre saturé, devenir saturé : Dans les hôpitaux, l'air sis Sature de miasmes. .

— Etre comblé, rassasié : Mes yeux ne pouvaient sa saturer d'un pareil spectacle.

SA.TURITÉ s. f. (sa-tu-ri-té — rad. sainrer). Etat de ce qui est saturé, d'une personne saturée : La philosophie nous avertit ingénieusement de ne vouloir point éueilter notre faim par la saturiTÉ. (Montaigne.) tl Vieux mot.

SATURNALES s. f. pi. (sa-tur-na-le — lat. satmnatia; de Salurnus. Saturne). Antiq.

rom. Fêtes en 1 honneur de Satin ne, pendant lesquelles les conditions sociales étaient bouleversées et les plus grandes licences autorisées.

— Fig, Temps de licence, do désordre : Les jours gras sont de véritables saturnales. (Acad.) Des élections, ce sont vos fêtes, ce sont les saturnales de la calomnie, (l.aboulaye.)

Il va se réveiller, le peuple souterrain

Qui, paraissant au jour des grandes saturnales.

De mille noms hideux a souillé nos annales.

11É0ÉS1PPE MOHEAU.

— Encycl. Les saturnales étaient une des fêtes lus plus anciennes et les plus extraordinaires des Romains, Elles revenaient tous les ans, le 18 des calendes de janvier. Pendant ces fêles, toutes les distinctions sociales disparaissaient pour faire place à l'égalité la plus absolue; souvent même les maîtres prenaient la place des esclaves , qu'ils servaient à table. Les saturnales, qui ne duraient qu'une journée avant le pontificat de Jules César, furent augmentées par lui de deux jours, et dans la suite, y race à l'adjonction des opalies et des sigilltiires , elles se prolongèrent pendant sept jours. Il existait a Rome beaucoup de traditions différentes relativement à l'institution des saturnales, mais presque toutes s'accordent à la faire remonter à la plus haute antiquité. Macrobe, dans son livre des Saturnales (liv. 1er, ch. vin), nous en rapporte quelques-unes. Janus, dit-il, régna sur ce pays qu'on appelle maintenant l'Italie, et, selon le témoignage d'Hyginus, qui suit en cela Protarchus Trailiaims, il partagia son pouvoir sur cette région avec Cauieses, qui, comme lui, en était originaire ; en sorte que la cojitrée prit ie nom de Caineserre, et la ville le nom de Janicule. Dans la suite, la puissance royale resta à Janus seul, qui avait, dit-on, deux visages, de manière à voir ce qui se passait devant et derrière lui, ce qui certainement doit être interprété par la prudence et l'habileté de ce roi qui connaissait le passé et qui prévoyait l'avenir. Or, Janus, ayant donné l'hjjspiialiié à Saturne, qu'un vaisseau amena dans son pays, et appris de lui l'ait de l'agriculture et celui de perfectionner les aliments, qui étaient grossiers et sauvages avant que l'on connût l'usage des productions de la terre, partagea avec lui la couronne. Janus fut aussi le premier qui frappa des mojinaies de cuivre, et il témoigna dans cette institution un tel respect pour Saturne, qu'il fit frapper d'un côie un navire, parce que Saturne siait arrivé monté sur un navire, et de l'autre l'effigie de la tête du dieu, pour transmettre sa mémoire à la postérité. Un trouve une preuve de l'authenticité de cette empreinte de la monnaie de cuivre dans cette espèce de jeu de hasard que nous appelons pile ou face et que les Romains nommaient tête ou vaisseau. On s'accorde à dire que Saturne et Janus régnèrent en paix ensemble et qu'ils bâtirent en commun deux villes voisines, ce qui est non-seulement établi par le témoignage de Virgile, qui dit ;

Janiculum huic, UU fuerat Salurnia nomen

(l'une fut nommée Janicule et l'autre Saturnia), mais encore confirmé par la postérité, qui consacra à ces deux personnages deux mois consécutifs : décembre à Saturne et janvier à Janus. Saturne ayant tout à coup disparu, Janus imagina de lui faire rendre ; les plus grands honneurs. Il donna d'abord à la contrée sur laquelle il régnait le nom de Salurnie, puis il consacra à Saturne, comme à uu dieu, un autel et des fêtes qu'il nomma saturnales. Le règne de Saturne avait été un temps de félicité et de paix universelle, soit à raison de l'abondance de toutes choses, j soit parce que les hommes n'étaient pas eu- I

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coro distingués par les conditions de liberté et d'esclavage, ce que l'on peut regarder comme l'origine de l'usage où l'on est, pendant les saturnales, d'accorder toute licence aux esclaves. D'antres racontent ainsi l'origine des saturnales : Ceux qu'Hercule avait délaissés en Italie, parce que, disent les uns, ils n'avaient pas soigneusement gardé ses troupeaux ou, comme d'autres le rapportent, dans le dessein de laisser des défenseurs a. son autel et h son temple contre les incursions des étrangers, se voyant infestés da voleurs, se retirèrent sur une colline élevée, où ils prirent le nom de Saturniens, de celui que portait déjà la colline. S'étant aperçus qu'ils étaient protégés en ce lieu par le nom du dieu et par le respect qu'on lui gardait, ils instituèrent les saturnales, afin d'inspirer par la célébration de ces fêtes, aux esprits; grossiers de leurs voisins, une plus grande vénération pour le dieu. Varron assigne aux saturnales une origine encore plus étrange. Les Péiasges, dit-il, chassés de leur pays, errèrent t-n diverses contrées et se réunirent tous à Dodone, où, incertains du lieu dans lequel ils devaient se fixer, ils reçurent de l'oracle cette réponse : • Allez chercher ia terre des Siciliens, consacrée à Saturne, et, quand vous on aurez pris possession, offrez la dîme ii Plioibos (çwç, ipwcoî), offrez des têtes h.Ades,ot à son père des hommes," Us voulurent se conformer à cet oracle, et, après avoir longtemps erré, ils abordèrent dans lo Latiuni et découvrirent une île née dans le lac t ulilicnsis. Ce fut d'abord une large étendue de gazon ou plutôt une alluvion do murais, formée par la réunion de broussailles et d'arbres qui, agglomérés ensemble et enlacés au hasard, erraient bit tus par les flots. Ayant donc aperçu ce prodige, les l'élusses reconnurent le pays qui leur avait été prédit; ils dépouillèrent les habitants de la Sicile, s'emparèrent de leur pays et, après avoir consacré la dixième partie de leur butin à Apollon, conformément it sa réponse, ils élevèrent à Pluton un petit temple, à Saturne un autel, et la fête de cette fondation fut appelée les saturnales. On rapporte qu'ils crurent longtemps honorer Pluton en lut offrant des létes d'hommes, et Saturne en lui offrant des victimes humaines, à cause deces mots de l'oracle : ■ Offrez des têtes à Adès, et à son père des hommes. » Mais Hercule, passant par l'Italie en ramenant le troupeau de Géryou, persuada a leurs descendants de changer ces sacrifices funestes en d'autres plus propices, en offrant a Plutôt! non des têtes d'hommes, mais de petits simulacres île têtes humaines, et en honorant les autels de Saturne non par des sacrifices humains, mais eu y allumant des flambeaux, attendu que ie mot fûToi signifie non-seulement homme, mais encore flambeau. De là vient la coutume de s'envoyer, pendant les saturnales , des flambeaux de cire. Il en est cependant qui pensent que cette tlernière^outuine provient uniquement de ce que, sous le règne de Saturne, les hommes furent évoques des ténèbres d'une vie inculte ii ce qu'on peut appeler la lumière et la connaissance des arts utiles. Quelques auteurs rapportent que, Comme plusieurs personnes, à I occasion des saturnales, arrachaient par avarice des présents à leurs clients, fardeau qui devenait onéreux pour des geus d'une médiocre fortune, le tribun du peuple Publicius décréta qu'on ne devait envoyer aux gens plus riches que soi que des flambeaux de cire. Nous trouvons encore, dans les Annales de L. Aecius, une tradition fort curieuse; il prétend, d'après les causes que l'on assigne aux saturnales, que ces fêtes étaient beaucoup plus anciennes que la ville de Home; on peut, du reste, le voir dans les vers suivants : « Une très-grande partie des Grecs, et principalement les Athéniens, célèbrent en l'honneur de Saturne (Kpdvoî) des fêtes qu'ils appellent xpoviot. Ils célèbrent ces jours, à la ville et k la campagne, par de joyeux festins dans lesquels chacun sert ses esclaves. Nous faisons de même, ei c'est d eux que nous est venue la coutume que les maîtres en ce jour mangent avec les esclaves. * Plutarque, dans son Parallèle entre Lycurgue et Numa, assure que cette fête, comme beaucoup d'autres du reste, fut introduite à Rome par Nuina Pompilius. D'autres historiens, et entre autres Ttle-Live, assurent qu'elles ne furent établies en Italie que vers le consulat de A. Seinpronius et de M. Minucius, l'an 25S de la fondation de Rome (493 av. J.-C). 11 n'y avait pas de fête à Rome qui fût plus importante et plus généralement fêtée que les saturnales; nous voyons, par une lettre de Cicéron k Atticus, qu'elles étaient célébrées aux champs aussi bien qu'à Rome, et même par les armées en campagne. Les tribunaux, les écoles, les grands corps de l'Etat étaient en vacances pendant la durée de ces fêtes. Macrobe nous apprend qu'on ne pouvait commencer ni poursuivre une guerre durant les saturnales; on ne pouvait également, sans expiation, supplicier en ces jours uu criminel. Autrefois, les saturnales ne duraient qu'un jour, qui était le 16 des calendes de janvier; mais, comme nous l'avons déjà dit, lorsque C. César eut ajouté deux jours à ce mois, il en résulta que le peuple n'était pas bien iixé sur le jour précis des saturnales. Les uns déterminaient ce jour eu tenant compte de l'addition de César, les autres suivaient l'ancien usage, elles saturnales

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se prolongeaient ainsi pendant plusieurs jours. C'est d'ailleurs une opinion généralement reçue que, dans les premiers temps, les saturnales avaient duré sept jours. En effet, Novius, autour très-estimé d'atellanes, dit : ' Les sept jours de saturnales longtemps attendus arrivent enfin. » Memmius, qui ressuscita la comédie atellane, longtemps perdue après Novius et Pomponius, dit aussi : « Nos ancêtresinstituèrent fort bien une foule de choses: ce qu'ils ont fait de mieux, c'est de fixer durant les plus grands froids les sept jours des saturnales, • Cependant Mallius rapporte que ceux qui, comme nous l'avons dit plus haut, se placèrent sous la protection du nom et du culte de Saturne, instituèrent trois jours de fête qu'ils appelèrent saturnales : » C'est pourquoi, dit-il, Auguste, conformément à cette opinion, ordonna dans ses lois judiciaires de les férier pendant trois jours. « Masuiius et d'autres ont cru que les saturnales ne duraient qu'un jour, savoir le IG des calendes de janvier. Fenestella confirme cette opinion en disant que la vestale jEmilia fut condamnée le 15 des calendes de janvier, jour pendant lequel on n'aurait pas même plaidé une cause si l'on eût célébré les saturnales.

Le 16 des calendes au soir, à l'heure où expirait le jour civil, un pontife, placé sous le portique du temple de Saturne, s'avançait jusqu'au milieu du Forum en s'écriant : «Saturnales! saturnales! » C'était le signal des réjouissances. > Mille cris de joie répondaient a sa proclamation et presque aussitôt les nombreuses bandes d'esclaves, qui formaient une partie notable de la population de Rome, accouraient de toutes parts, coiffés du bonnet de liberté, comme s'ils étaient affranchis. Ils se répandaient dans toute la ville, en ébranlant l'air de chants et de cris d'allégresse, au milieu desquels on entendait souvetit l'exclamation : « lo saturnales! » C'est un désordre général, mais un désordre permis qui commence et qui ira jusqu'à l'orgie; dès ce moment, pleine licence est donnée à la dissolution publique, et, tant que durera la l'été, la ville sera agitée par ces esclaves, ivres pour la plupart. » (Sénèque.) Nous trouvons dans Lucien les lois de Cronosolon, législateur des saturnales; elles nous offrent le résumé des prescriptions à observer dans ces jours de fête. Après avoir recommandé de cesser pendant ce temps toute affaire publique ou privée, Lucien ajoute : « La plus grande égalité doit régner entre Jes maîtres et les esclaves, entre les riches et les pauvres. Chose inouïe, l'esclavage, cette institution si puissamment établie' à Rome, semblait aboli durant les saturnales. « Ces maîtres si cruels, on peut même dire, sans crainte d'exagérer, si féroces avec leurs esclaves, vivaient avec eux durant ces fériés non-seulement comme des égaux, mais encore comme des inférieurs, leur permettant les propos les plus blessants, les vérités les moins respectueuses, endurant jusqu'aux plus grandes injures sans murmurer et, à plus forte raison, sans avoir ni la volonté ni le droit de les punir. Parfois, les maîtres prenaient la place des esclaves et les servaient comme ils étaient servis par eux pendant les temps ordinaires. En ces jours de délire général, les citoyens, dit Martial, allaient jusqu'à renoncer à leurs insignes les plus chers, à la toge, pour revêtir la synthèse de festin; ils allaient même jusqu'à se rendre visite affublés de cet accoutrement. La veille de ce jour solennel, on lavait et l'on purifiait les maisons, et, le lendemain, la fête commençait par un envoi mutuel de présents. Les piésents devaient être envoyés avant la fin du jour. « Il ne faut pas, dit Cronosolon, que Jes porteurs soient plus de trois ou quatre; on doit prendre de .préférence des esclaves déjà vieux et d'une fidélité éprouvée. » Cette prescription de ce piètre de Saturne n'était pas inutile, si l'on songe que quelques riches, plus vaniteux que généreux, envoyaient porter leurs minces présents, qui valaient bien 30 sesterces, par huit enclaves sj'riens, comme si des hommes moins nombreux ou moins forts eussent dû plier sous le faix. Ordinairement, les porteurs de présents avaient l'ordre de ne recevoir aucune récompense du genre de celles que nous appelons pourboire; il leur était même interdit d'accepter plus d'un verre de vin. On avait ia coutume d'envoyer des présents plus considérables aux gens instruits; il y avait même des riches qui allaient jusqu'à payer les dettes d'amis plus pauvres qu'eux ; il y avait des propriétaires généreux (ceux de notre époque nous accuseront d'être fantaisistes, mais nous les renverrons à Lucien Cronosolon) qui, à l'occasion des saturnales, faisaient doit à leurs locataires besoigneux du loyer de leurs maisons qu'ils ne pouvaient acquitter. Quelques-uns même allaient jusqu'à s'enquérir de ce qui leur manquait parmi les choses nécessaires à la vie pour leur en faire présent.

En général, les dons que l'on s'envoyait étaient de peu de valeur. Parmi It-s riches, les uns allaient jusqu'à offrir un plat ou une coupe en argent. D'autres citoyens donnaient soit une simple robe, soit une simple tunique à manches, un laticlave ou un lacerna, soit des agrafes de chaussures; mais la plupart des patrons s'en tenaient aux dons qu'ils recevaient do leurs clients : c'était une douzaine de tablettes eu cire à trois feuillets ou

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de tablettes en cartes, un paquet de roseaux à écrire; c'était une petite nappe éeourtée, une petite botte de cure-dents, une éponge, une demi-livre d'encens ou bien une chandelle de cire. Il se faisait aussi beaucoup de présents de menus comestibles, tels qu une petite corbeille d'olives, un panier de prunes blanches, un pot de figues de Libye confites, un demi-modius de fèves mondées, des oignons, des huîtres, du fromage, des noix, une couronne de grives, un pot de thon d'Antipolis, une demi-livre de poivre, ou bien encore une bouteille de vin cuit. (Dézobry.) Nous avons vu à quelle vieille tradition se rattachait l'usage de s'envoyer aussi de petites chandelle's de cire. C'était ordinairement là le présent des clients à leurs patrons ou des gens inoins riches à des citoyens plus favorisés de la fortune. Les pauvres portaient eux-mêmes leurs présents, tandis que, comme nous l'avons dit, les riches les faisaient porter. Cronosolon rapporte que, longtemps avant la fête, les riches faisaient un état de leur revenu , en distrayaient le dixième, y ajoutaient les parties d'habillement ou.de mobilier dont ils pouvaient disposer et les répartissaient suivant la condition de leurs amis. Une lettre d'un style enjoué et burlesque, renfermant l'annonce et la description des objets offerts, accompagnait chaque envoi, car il eût été désagréablo que deux amis s'envoyassent le même objet. On s'abstenait de s'envoyer des lièvres ou des poules grasses. Il était d'un usage assez généralement reçu qu'un citoyen pauvre mais instruit envoyât à un homme plus riche que lui un ouvrage de quelque grand écrivain. Les poètes jouissaient du privilège de pouvoir payer leur tribut avec une œuvre de leur composition ou une production légère relative à la fête que l'on célébrait. Lorsqu'un citoyen pauvre avait envoyé de l'argent ou de l'or, ou bien un tout autre présent au-dessus de ses moyens, on te vendait au profit du trésor du temple de Saturne et, le troisième jour des fêles, le pauvre était obligé de recevoir, des mains du riche auquel il avait envoyé son présent, deux cent cinquante coups de férule sur Jes ongles.

Des festins magnifiques, qui étaient suivis d'épouvantables orgies, formaient la partie la plus importante de la célébration des saturnales. On commençait ces repas par les jeux de hasard; seulement, les noix formaient exclusivement les enjeux, afin, dit Martial, que les joueurs ne tussent pas attristés par leurs pertes. L'heure du bain, dit Cronosolon, arrivait quand l'ombre prenait la dimension de 6 pieds; ensuite, on passait dans la salle du festin. L'égalité la plus absolue régnait dans les places et dans le service de lu table; tous buvaient du même vin et mangeaient des mêmes mets sans distinction d'aucune sorte; on n'enlevait les plats que lorsque les convives jugeaient qu'il était temps de le faire. L'échanson devait s'occuper de remplir les coupes de tous les convives, à l'exception de celle de son maître ; chacun avait le droit de porter la santé de ses amis; personne n'était obligé de boire s'il n'avait soif; on ne pouvait introduire dans la salle du festin des joueurs de cithare ou des danseurs si l'un des convives s'y opposait. On doit bien penser que, une fois échauffés par cette bonne chère insolite, les esclaves chantaient à tue-tète, s'appelaient entre eux, attaquaient leurs maîtres par de mordantes plaisanteries, ou bien, comme nous le rapporte Dion, prenaient les habits de leurs maîtres et se mettaient à contrefaire leur démarche, leurs paroles ou leurs habitudes. Les esclaves des juges, des magistrats ou des avocats se distribuaient des magistratures, changeant la maison en petite république, l'atrium en Forum, et là on entendait plaider des orateurs devant un tribunal improvisé, du haut duquel les plus capables, affublés en consuls ou en préteurs, rendaient la justice et prononçaient des arrêts, comme s'ils étaient devant le peuple assemblé. (Sônèque.) En vérité, l'imitation des maîtres est presque parfaite : intempérance dans les festins, luxe d'accoutrement , grands airs d'importance et de dignité, caprices cruels contre des serviteurs, tout cela indique véritablement l'homme libre. Les citoyens des saturnales ne sont inférieurs aux autres citoyens qu'en ce que leur cruauté contre ceux qui les servent a quelque chose d'innocent, comparée à celle qu'ils endurent eux-mêmes toute l'année; mais, sans doute, la liberté de décembre ne tolère pas une transformation si complète. (Uorace.)t Avant le banquet, dit Cronosolon, en sortant du bain, les convives tirent aux dés le roi du festin. Ce monarque éphémère ne laisse pas d'égayer la société par la manière dont il use de son pouvoir; les commandements les plus ridicules, les plus absurdes et même quelquefois (ou doit s'y attendre avec de tels convives) les plus obscènes sont ceux qu'il se plaît à prescrire à ses sujets. Ainsi, il ordonne à 1 un de chanter ou de danser nu; à l'autre de prendre une joueuse de tlùte sur ses épaules et de faire avec elle trois fois le tour de la maison ; à un troisième de se dire tout haut des injures; à d'autres de se plonger lu tète dans un vase plein d'eau froide, de se barbouiller la figure de suie; ou bien encore, par un véritable accès de despotisme, il fait précipiter dans l'eau froide tous les ministres du festin, sous prétexte qu'ils s'ac-

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quittent mal de leur devoir. » {Lucianus, Saturnalia, II, iv.)

Nous trouvons dans Suétone et Aulu-Gelle des détails sur les innovations qn'Auguste et ses successeurs apportèrent dans la célébration des saturnales. L'empereur, disent-ils, distribue aussi des présents de satui'nales et le fait d'une manière assez divertissante : il rassemble beaucoup d'objets de nature et de valeur très-différentes, tels que de î'or, un habit, de l'argent, des monnaies de tous les types, même des anciens rois et des rois étrangers, ou bien un fourgon, des pinces, une éponge et d'autres bagatelles semblables. Chaque objet, soigneusement enveloppé, porte une étiquette dont la rédaction obscure ou à double sens intrigue d'abord les gratifiés. Dans les festins, car toutes les classes célèbrent les saturnales dans des festins , il fait des loteries de choses du prix le plus inégal; on met en vente des tableaux dont il ne montre que l'envers, afin que là encore on ait le divertissement d'espérances remplies ou frustrées. La vente se fait à l'enchère et il y a une licitation par lit de convive. Chaque moitié enchérit tour à tour, de sorte que les associés peuvent se féliciter mutuellement de leur hardiesse ou se la reprocher, ce qui devient une nouvelle occasion de plaisanteries. (Suétone, Aug.)

On peut penser que tous les maîtres ne voyaient pas d'ordinaire revenir l'époque des saturnales avec beaucoup de satisfaction. Un grand nombre d'entre eux, malgré la rigueur de la saison, se dérobaient aux exigences de cette fête en se réfugiant à la campagne. Horace nous le dit, du reste, dans sa satire III. D'autres, comme nous le voyons dansMacrobe et dans Sénèque, s'isolaient au milieu de la ville et se réunissaient pour passer le temps dans des festins qu'ils se donnaient entre eux mutuellement. Les Saturnales de Macrobe ne sont autre chose qu'un entretien littéraire, philosophique et scientifique qu'ont entre eux plusieurs citoyens distingués qui se réunissent pendant les fêtes des saturnales, pour se réjouir et pour discourir entre eux de choses intéressantes et souvent légères.

On peut se donner une idée de ce que devaient être les banquets qui accompagnaient les saturnales en contemplant le magnifique tableau de M. Couture, 1 Ortjie romaine. Kn 362, le concile de Laodicée en défendit la célébration aux chrétiens.

Saiaroaifis (les), de Macrobe. C'est i'ouvrage capital de l'auteur, et il ne le recommande pus à l'admiration des siècles. 11 est divisé en sept chapitres, consacrés à chacun des sept jours dédiés à Saturne : de là le nom de Saturnales, Ce sont des dialogues, plus pédants que savants, entre personnages contemporains de Macrobe ; ce sont des conversations auxquelles prennent part les hommes les plus distingués du temps, notamment Syminaque, sonami, etlefrèrede Synunauue; elles roulent sur toutes sortes de sujets. L auteur ne s'y montre, à propreinentdire, ni chrétien ni païen ; c'est une façon de philosophe impartial et qui se rattacherait à l'école néoplatonicienne plutôt qu'à toute autre. Il discute froidement, sans passion, sans parti pris; et, s'il ne raisonne pas toujours bien, il montre toujours de bonnes intentions ; c'est un homme de bonne foi. Mais, après tout, ce n'est pas ce qu'il a, écrit qui recommando son nom à la postérité , c'est ce qu'il a sauvé de la destruction. Comme écrivain, il n'atteint guère qu'à une honnête médiocrité. 11 n'a point la verve de son illustre contemporain et ami Symmaque, ni la gravité d'Ammien Marcellin. Il a peu de goût et il manque presque d'esprit, il a tous les défauts de son temps, et il ne mérite guère d'être lu que parce qu'il cesse à chaque instant d'être lui-même et qu'il cite autant qu'il disserte. Les Saturnales sont, à cet égard, un livre presque aussi précieux que le recueil d'Aulu-Geile, bien que Macrobe n'ait fait quelquefois que mettre dans un autre ordre les matériaux amassés par Aulu-Gelle lui-même, ou que traduire dos passages de Plutarque. Malheureusement, l'auteur des Satwnales a eu plus d'ambition littéraire que l'auteur des Nuits atliques ; mieux eût valu qu'il eût été plus modeste et se fût contenté de jious donner ses notes. Elles ont de la valeur ; tous ses prédécesseurs, comme ses contemporains, font les frais de son ouvrage, et il n'en est pas un qui n'ait à lui payer son tribut. Parmi les textes précieux que nous a conserves cet infatigable citateur figure le Sonye de Scipion. C'est une heureuse iuee qu'a eue Macrobe, du commenter ces balles pages du grand orateur latin ; le commentaire ne vaut pas grand'chose, mais il n'en mérite pas moins toute notre reconnaissance : nous lui devons le Suiige de Scipion. Macrobe ne reproduisait ce texte que pour son commentaire ; nous lui pardonnons son commentaire en faveur du texte qu'il a conservé.

SATURNE s. m. (sa-tur-ne — nom d'un dieu des Romains). Astron. Une des planètes du système solaire, il U11 des anciens noms de la constellation d'Orion.

— Poétiq. Temps personnifié :

Ainsi plaît un Nestor de qui Saturne argenté La rare chevelure et la barbe ondoyants.

BÉJUKOEE.

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Sur les ruines de Pnlmyre, Saturne a promené &n faux ; Mais l'univers encore admire Les Pitidares et les Saphos.

LEBttUW.

i — My thol. Temps de Saturne et de Rhée, Age d'or, qui dura tout le temps que Saturne gouverna l'univers.

— Ane. chim. Nom donné au plomb, considéré comme l'origine de tous les autres métaux,de même que le dieu Saturne étaitle père des autres dieux. Il Saturne tonnant, Plomb fulminant. Il Sel ou sucre de Saturne, Acétate neutre de plomb. Il Extrait de Saturne, Sousacétate de plomb en solution. Cette expression est encore employée daus la pratique médicale.

— Encycl. Astron. Cette planète occupait une place importante dans les superstitions astrologiques que les peuples sémitiques avaient empruntées aux Chaldéens et aux Persans. Les Hébreux et les Arabes la nommaient Keiwan. Saturne passait pour un astre malfaisant; aussi les Arabes l'appelaient-ils Ennahas-e!-Akbar, la grande fatalité. Elle jouissait d'une aussi mauvaise réputation chez les Grecs et chez les Romains : Grave Saturni sidus in om«ecapiiï,ditLurain; Stella nocens, sid us triste, dit Juvénal. Pline lui-même ne s'était pas entièrement dégagé de ces croyances populaires, et il attribuait à l'influence de Saturne les pluies torrentielles.

Dans différents passages de la Bible, le'nom de Saturne est écrit et transcrit , par la version des S'-planie, Raiphan ou Hephan. Jablonski cherche à expliquer ce mot par deux radicaux coptes, ra, rot, et, pheh, ciel, le roi du ciel. Rossi y voyait au contraire les racines coptes pheft, ciel, et rem, habitant ; il lisait Rempki et traduisait simplement par céleste.

Saturne est la sixième planète dans l'ordre des distances au soleil. On la désigne par Te signe -jj.

Jusqu'à la découverte d'Uranus, Saturne, dont les mouvements semblaient, par leurs inégalités, déroger aux lois de la mécanique céleste, passait pour la plus lointaine des planètes, celle au delà de laquelle il n'y avait plus de mondes jusqu'à la région des étoiles. Le vieux Saturne Roule à peine son char nocturne Sur les bords glacés de l'étirer, a dit Malfilàtre.

Tout vieux qu'il est, Saturne n'est pas dépourvu d'agilité. Situé à plus de 3G4 millions de lieues du soleil, dont il est dix fois plus loin que la terre, il est 730 fois plus gros que celle-ci. Cet énorme volume ne l'empêche pas de tourner sur lui-inèine en dix heures environ. Son aplatissement aux pôles, qui est de 1/10, est en rapport avec la rapidité de sa rotation diurne.

Saturne e>t sillonné de bandes alternativement sombres et lumineuses, parallèles à son équateur. Selon quelques astronomes, ces bandes seraient produites par les vents alizés qu'une rotation diurne très-rapide doit faire régner dans l'atmosphère de cette planète. Mais les vents alizés ne dépendent pas seulement de la rotation ; ils dépendent aussi de l'action calorifique du soleil qui dilate les masses d'air équatoriales et en détermine l'ascension. Or, à la distance de Saturne, la chaleur solaire a cent fois moins d'intensité que pour la terre ; les phénomènes dont il s'agit doivent donc se produire avec une énergie bien moindre, toutes choses égales d'ailleurs.

La densité moyenne de Saturne, comme celle des autres grandes planètes, est extrêmement faible. Les matériaux qui en constituent les couchessuperlk-ielles ne sont guère plus compactes que du bois blanc et même du liège.

Saturne est entouré d'un anneau mince, plat, sans adhérence avec la planète, dont il est éloigné de 8,000 lieues, et qui coïncide avec le cercle de l 'équateur de l'astre. Galilée, qui, Je premier, vit de chaque côté de Saturne quelque chose de brillant, dont, avec ses faibles lunettes, il ne pouvait distinguer la forme, crut a une triple planète : Altissimam pluiietam teryeminamobseraaoi, écrivaitil à l'ambassadeur du grand-duc de Toscane. Ce fut, dit M. Faye, une énigme pendant quarante ans; on voyait Sat urne muni de deux anses, comme une bombe, mais aiaraétralement opposées etdegrandes dimensions. Ces anses variaient ensuite et disparaissaient tous les quinze ans, pendant quelques mois. Enfin iluyghens, en 1659, eut f idée de suivre sur le disque de la planète la continuation très-marquee d'une des branches de l'anneau; il parvint ainsi à en donner la première description et la première explication.

L'anneau n est pas simple, mais composé de trois anneaux qui se trouvent presque exactement dans le même plan. Cet anneau multiple n'a que quelques dizaines de lieues d'épaisseur, tandisqu il mesure 12,000 lieues de largeur. Il est opaque, car la planète porte ombre sur lui et il porte ombre sut la planète. Probablement il est formé de matière fluide , car on voit les deux anneaux principaux se subdiviser de temps en temps eu plusieurs anneaux secondaires, complètement détachés et séparés les uns des autres par des intervalles obscurs. C'est en 1851 qu'on a découvert le troisième anneau,

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le plus intérieur. Il est grisâtre, faiblement lumineux, et ne parait s être formé qu'aux dépens de la matière fluide des anneaux préexistants. En recherchant, par l'analogie, les conditions auxquelles doit satisfaire un pareil éelafaudage pour se maintenir contre toutes le;j causes de destruction, Laplace a trouvé que les anneaux devaientêtre animés d'un mouvement de rotation dans leur propre plan, rotation dont la durée serait égale a la révolution d'un satellite placé dans la même région. L'observation a confirmé co résultat : on a constaté que les anneaux tournent autour de leur centre commun en dix heures et, demie environ. C'est cette vitesse de rotation qui les conserve; sans elle, la matière dont ils sont composés céderait à l'attraction de Saturne et tomberait sur la planète.

Du temps de Galilée, Saturne était une boule avec deux anses, ou encore un chapeau de cardinal. Plus tard, on l';tssimila à une savonnette au milieu d'un plat à barbe. Au milieu du xvnie siècle, Maupertuis conjectura que l'anneau n'était qu' une queue de comète enroulée comme un turban autour du

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globe saturnien. Nous n'en finirions pas avec les hypothèses et les ressemblances dont cet anneau célèbre a été l'objet.

Les astronomes de Poulkowa, Struve et Winnecke, ont signalé à la surface de l'anneau de Saturne un phénomène extrêmement curieux. Aux mois de mai et de juin 1862, ayant observé cette planète à l'aide de la grande lunette de l'Observatoire central de Russie, ils ont aperçu, sur les deux anses de l'anneau, des nuages ou appendices lumineux. L'existence de ces nuages,niée parquelques observateurs, est affirmée par d'autres. Elle paraît toutefois continuée par les apparences reproduites sur les belles photographies de Saturne obtenues par M. Warren de La Rue.

Au delà de l'anneau de Saturne, et autour de lui, on voit circuler huit lunes ou satellites, dont le plus rapproché est séparé de .l'anneau extérieur par une distance de 12,000 lieues; le plus éloigné suit une orbite éloignée du centre de la planète de 922,000 lieues. Saturne commande donc un monde qui ne mesure pas moins de 1,844,000 lieues de diamètre, c'est-à-dire près de 6 millions de lieues de circonférence.

Voici quelques mesures relatives aux anneaux et satellites de Saturne :

Diamèt e extérieur de l'anneau

extérieur 71,000 lieues

Diamètre intérieur de l'anneau

extérieur 62,500 —

Diamètre extérieur de l'anneau

intérieur 61,000 —

I Diamètre intérieur de l'anneau

| intérieur 47,000 lieues

j Distance des anneaux à la pla-

l ne te g^oo —

j Intervalle des deux anneaux. . 720 —

i Epaisseur du système 50 —

' Largeur du système 11,900 —

1 Durée de la rotation des an-

I r-eaux 10h2ml5s

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