‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 123 sur 1059 · RES · texte numérisé non relu

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SAUSSURE (Nicolas de), agronome suisse, né à. Genève en 1709, mort dans la même ville en 1790. Il appartenait k une famille lorraine, dont deux membres avaient rempli, dans ce duché, la charge de grand fauconnier, et qui était venue s'établir en Suisse au xvie siècle. Nicolas de Saussure devint, en 1745, membre du conseil des Deux-Cents dans sa ville natale. Il s'adonna a l'agriculture et publia à ce sujet un certain nombre d'écrits qui le firent nommer membre de plu- ! sieurs sociétés savantes. Nous citerons de ' lui : Produits des blés tirés des pays méridio- I naux (1773, in-12) ; Manière de provigner la vigne sans engrais (1775, in-80); Essai sur la cause de la disette du blé (1776, in-12) ; Vignes, ruisins, vendanges et vins (1778, in-12), recueil des articles qui avaient paru dans V Encyclopédie de, Diderot ; Essai sur la taille de la vigne et'-sur ta rosée (1780, in-8°) ; le Feu, principe de la fécondité des plantes et de la I fertilité de la terre (t783, in-go), etc. | SAUSSURE (Horace-Bénédict de), célèbre I naturaliste et physicien suisse, fils du précé- ! dent, né a Genève le 17 février 1740, mort ! dans la même ville le 22 janvier 1799. Neveu I de Charles Bonnet, il devint bientôt l'un des élèves les plus aimés de ce philosophe. Il se lia aussi dès sa jeunesse avec les savants qui illustrèrent sa patrie , entre autres avec le célèbre Haller. De Saussure prit avec eux le goût du travail et un amour extrême pour I les sciences naturelles. Il eut tant de succès dans ses études qu'en 17G2, la chaire de phii losophie k l'Académie de Genève étant de- | venue vacante, Saussure l'obtint, quoiqu'il n'eût encore que vingt-deux ans, et l'occupa avec distinction pendant vingt-quatre années. Cependant, son attention se porta particulièrement sur la physique, la météorologie, la botanique et la géologie. En 1768, de Saussure alla à Paris, où il suivit les cours de Jussieu. Il visita ensuite la Belgique, la Hollande et l'Angleterre. Eu 1772, il partit pour l'Italie, visita la Toscane, s'arrêta quelque temps aux mines de fer de l'Ile d'Elbe et se rendit ensuite à Naples, où Humilton monta avec lui sur le Vésuve. A Catane, la vue majestueuse de l'Etna lui inspira le désir d'atteindre à sa plus haute cime, qu'il mesura le 5 juin 1783 et dont il fixa la hauteur, au moyen du baromètre, a 3,338 mètres. Dans toutes ces courses, ainsi que dans toutes celles qu'il fit ensuite dans les Alpes, on le voyait, le marteau à la main, gravissant les sommités, à la recherche de quelque observation intéressante , pienant tantôt la minéralogie pour objet, tantôt fixant son attention sur la botanique. Cette dernière science, surtout, eut pour lui un attrait particulier, o Au milieu de ses voyages dans les Alpes, dit Cuvier, sur les cimes les plus escarpées; parmi ces méditations profondes, qui embrassaient tout ce que la nature nous présente de plus imposant sur le globe, il recueillait avec soin la moindre fleur et la notait dans son livre avec complaisance. Il semblait trouver quelque douceur à la vue de ces derniers êtres vivants, dans le voisinage des immenses ruines de la nature. C'est par la botanique qu'il a terminé ses écrits, comme elle les avait commencés. ■

De Saussure traversa quatorze fois les Alpes par huit passages différents, et fit plus de seize uutres excursions jusqu'au centre de cette chaîne, dont il poursuivait ensuite les ramifications dans toutes les directions. Mais, quoiqu'il eût parcouru le Jura, les Vosges, les montagnes de l'Allemagne, de ia

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Suisse, de l'Italie, de la Sicile et des îles adjacentes, il n'avait pu encore gravir jusqu'au faîte de ce mont Blanc qu'il voyait chaque jour de sa fenêtre de Genève. Dix fuis, il l'avait en quelque sorte attaqué par toutes les vallées oui y aboutissent; il en avait fait le tour, il 1 avait examiné du sommet des montagnes voisines et l'avait toujours trouvé inaccessible, lorsqu'il apprit, le 18 août 1787, que deux habitants de Chamounix, en suivant le chemin le plus direct, celui que divers préjugés avaient lait éviter, venaient de s'élever la veille à cette cime qu'aucun homme n'avait encore atteinte.

Le 21 juillet 1788, de Saussure opéra l'ascension de cette montagne et arriva U la cime vers le milieu de la troisième journée. Il se livra alors avec un grand sang-froid aux expériences qu'il avait projetées, bien que, à cette hauteur de 4,810 mètres, la rareté de l'air lui accélérât le pouls comme dans une fièvre ardente et i'épui-àtde fatigue au moindre mouj veinent; bien qu'une soif cruelle l'étreignlt k la gorge dans ces régions glacées comme au milieu des sables de 1 Afrique et que la neige, en répercutant la lumière, éblouît et brûlât le visage. 11 confirma, sur la ciine du mont Blanc, ce qu'il avait déjà observé dès 1774 en montant !e premier au sommet du C'ramont, c'est que tons les sommets pyramidaux des monts voisins penchent et s'iucliiient vers le mont Blanc.

Quelques jours après avoir escaladé le mont Blanc, il parvint avec son fils aîné sur le col du Géant, élevé de 3,426 mètres, et y campa au milieu de la neige pendant dix-sept jours, pour y faire des observations météorologiques qu'il consigna dans ses Voyages dans les Alpes. U parvint aussi, en 1789, sur la cime la plus élevée du mont Rose.

En 1786, de Saussure se démit de sa chaire de philosophie à Genève. Frappé d'une attaquo de paralysie en 1794, il alla prendre les eaux de Plombières sans obtenir une amélioration dans sa santé. Bien qu'il fût dans l'impossibilité de parler eu public, le Directoire le nomma en 1798, après la réunion de Genève à la France, professeur d'histoire naturelle a l'Ecole centrale établie dans cette ville. Président de la Société des arts de Genève, qui s'était formée dans sa maison vers 1772, de Saussure était membre des Académies de Naples, de Stockholm, de Lyon, de la Société médicale de Paris, etc.

De Saussure a rendu de grands services à la science, non-seulement par ses travaux, mais encore parles divers instruments utiles et ingénieux qu'il améliora ou dont il fut l'inventeur. Disons d'abord qu'il perfectionna lo thermomètre, pour mesurer la température de l'eau dans toutes les profondeurs; l'anémomètre, pour donner à la fois la direction, la vitesse et la force des couranis d'air; l'électrometre, pour connaître l'état du fluide électrique qui influe si puissamment sur les météores aqueux.

Ce fut lui qui inventa l'hygromètre le plus en usage maintenant, celui qui porte son nom et qu'on appelle aussi hygromètre à cheveu. Cet hygromètre mérita surtout à Saussure les applaudissements des physiciens et ouvrit U son auteur les horizons de nouvelles découvertes. Par le moyen de cet ingénieux instrument, il calcula la quantité de vapeur d'eau contenue dans un volume d'air convenu, et détermina les affinités des vapeurs aveu les corps qui peuvent s'en charger. Saussure a fait sur cette importante branche de la tnéiéorologie un ouvrage intitulé Essais sur l'hygrométrie, que Cuvier proclame l'un des plus beaux ouvrages dont la physique se soit enrichie à la fin du xviuc siècle : • Des expériences de Saussure, ajoute-t-il, on vit sortir une science presque nouvelle, et la météorologie commença à entrevoir des principes raisonnables. ■•

De Saussure est aussi l'inventeur du cyauomètre et du diaphanomèire, qui ont pour objet de comparer, le premier, le degré d'intensité de la teinte bleue du ciel sans nuage; te second, les degrés de transparence de 1 air aux différentes hauteurs; de l'hél othermomètre , inventé en 1767, et dont Buil'on publia ensuite la description. Cet instrument sert, a proprement parler, à emmagasiner la chaleur du soleil, au moyen de caisses de verre s' emboîtant les unes dans les autres, et, par ce moyeu, il parvint ù élever le thermomètre à 88°. Enfin on lui doit encore divers autres instruments, entre autres celui qui fait découvrir la présence du fer dans les minéraux et qui oti're aux minéralogistes les avantages d'une boi.ssole portative, sans en avoir les inconvénients; relui qui sert k comparer la dureté des pierres, etc.

Les infusoires attirèrent aussi l'attention de Saussure. Il y fut amené par la correspondance qu'il avait avec Spallanzani, qui faisait alors à Pavie ses curieuses expériences. Saussure chercha à l'aider dans son travail, et il découvrit, en 1770, que la plupart de ces êtres m.cruscopiques se multiplient à la manière des polypes, par des divisions transversales; que le milieu de leur corps offre un étranglement qut finit par se rompre et produire deux animaux au lieu d'un teul.

Quelle qu'ait cte l'aptitude de Saussure pour les sciences naturelle* en général, c'est surtout par ses travaux géologiques cu'il a acquis son véritable titre de celubrite. «notait k lui, dit Cuvier, qu'il était léservè lie porter le premier un œil vraiment observa-

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teur su'' ces ceintures hérissées qui entourent le globe, et où les substances qui composent le noyau de notre planète se montrent au physicien; de faire connaître avec détail la natu-e de ces substances, leur ordre, ou plutôt la désordre qu'y ont mis les catastrophes qui les ont ainsi entassées ; de jeter enfin quelque lumière sur les événements qui ont précédé l'état actuel du monde, et sur lesquels on n'avait presque avant lui que les idées les plus vagues ou les systèmes les plus hasardés,, . Pour mieux saisir l'importance de ce qa'a fait Saussure en ce genre, il faut se rappeler l'état où se trouvait la théorie de la terre. On peut dire qu'avant lui on se doutait à peine qu'il y eût quelque constance dans la disposition mutuelle des substances minera' es, et que l'on n'avait sur les causes de leur arrangement que dus hypothèses gratuites. Butfon même, dans ses premiers volumes ( es seuls qui eussent paru alors), confondait encore les divers ordres de montagnes e; semblait croire toutes leurs couches horizoï taies. Deluc, Pallas et quelques minéralogis.es suédois et allemands ne faisaient que commencer des observations plus suivies et n'avaient jusque-là tiré aucun résultat général l'a ce qu'ils avaient vu... La connaissance ces pierres ou la lithologie était encore confus 3 et fausse; Saussure entreprit de lui donner de la rigueur et du détail, et il le lit avec tn succès que Romé-Delille et Wetncr ont eu peine à surpasser. On lui doit la connaissance de plus de quinze espèces de minéraux. .. Il a constaté que le granit est la roche primitive par excellence, celle qui sert de base à toutes les autres; il a démontré qu'elle s'est formét! par couches, par cristallisations dans un liqt ide, et que si ces couches sont aujourd'hui presque toutes redressées, c'est à une révolution postérieure qu'elles doivent leur position. Il a montré que les couches des montagnes 1 itérales sont toujours inclinées vers la chaîne centrale, vers la chaîne de granit; qu'elles lut présentent leurs escarpements commit si leurs couches se fussent brisées sur elle... Il a fait voir qu'entre les montagnes de différents ordres il y a toujours des amas de fragments, de pierres roulées, et tous les indices île mouvements violents. Entin, il a développé l'ordre admirable qui entretient et renouvelle dans les;,;laces des hautes montagnes les réservoirs nécessaires à la production des grands fleuves. S'il eût donné un peu plus u'atte ition aux pétrifications et à leurs gisements, on peutuire qu'on lui devrait presque toute; les bases qu'a obtenues jusqu'ici la géologie... Il faut avoir bien du courage pour résister à la tentation de faire un système : de Sa assure eut ce courage, et nous en ferons le dernier trait et le trait principal de son éloge. »

Sut ce dernier point nous ne partageons point l'avis de Cuvier. Saussure nous parait être un excellent observateur, étudiant avec conviction, et qui, doué d'une habileté inimitable et d'un esprit inventif, sait improviser une foule d'expériences utiles, en même temps qu'il nvente ou perfectionne les instruments qui ki sont nécessaires pour ses travaux. Il porte aussi dans toutes ses appréciations la logique rigoureuse que lui avait enseignée l'étui e des mathématiques, et tous les moyens qu'une connaissance approfondie de la physique lui fournit; mais il nous paraît avoir manqué de cet esprit philosophique qui forme une synthèse de toutes ces observations séparées et qui les résume en des idées générales et systématiques. A l'inverse de la conclusion de Cuvier, nous regardons comme une infériorité ce que Cuvier regarde comme la quilité prédominante de Saussure. Sur quoi a été et est encore fondée la gloire de Cuvier lui-même, sinon sur les wées générales et synthétiques qu'il a su mêler à ses travaux, si ra proches à tant d'égards des travaux de Saussure?

Ajoutons enfin , et ceci surtout à cause du passage emprunté à Cuvier et que nous citous ci-dessus, que bien des opinions de Saussure ont été abandonnées aujourd'hui à la suite du progrés des sciences naturelles. Saussure n'en reste pas moins un savant de premier ordre et auquel nous devons une quantité d'expériences et de découvertes qui cont.'iuuèreut pour une part importante au progrès des sciences.

Lts ouvrages de ce savant sa composent de : Dissertatio physica de igné (1759, in-4°); Red erches sur l'écurce des feuilles et des pétâtes (1762, iu-12); Deprxcipuis errorum nostiurim causis (17S2, in-4°) ; Dissertatio physica de eleclricilate (1760, in-8u); Exposition ubiegée de l'utilité des conducteurs électriques (1771, in-4°j; De aqua (1771, in-8°); Projet de réforme pour le collège de Genève (1774, in-8°j Description des effets éleclriquei observés à Naples, dans la maison de miltrd Titney (in-4u); Voyages dans les Alpes vl"79- 179G, 4 vol. m-i", ligures), dont le premier volume parut en 1779, le second en 178t. et les deux derniers eu 1796. C'est le plut grand et le plus important ouvrage de l'auteur. Citons encore : Eloge de Seigneux (I7t7, in-8°) ; Eloge historique de Ch. Bonnet (17*7, iu-8°j; Etage du roi de Prusse (17*7, in-S°j ; Essai sur l'hygrométrie (17iS3, in-4°) ; ilel'.iUun abrégée d'un voyage à ta cime du mont Blanc (1787, in-go) ; Défense de l'hygromètre à cheveu (178S, in-8°). Saussure a publu, en outre, dans les journaux et les mémo res des sociétés savantes dont il était

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membre, dans le Journal de physique, dans le Journal de Paris, le Journal des mines, la Bibliothèque britannique, etc., une foule d'écrits dont plusieurs sont des traités complets. On distingue, entre autres, ceux qui roulent 'sur la Constitution physique de l'Italie, sur Y Histoire physique du ballon lancé à Lyon le 19 janvier 1784 , sur X Usage du chalumeau en minéralogie, etc.

SAUSSURE (Nicolas-Théodore de), chimiste et naturaliste suisse, fils du précédent, né à Genève en 1767, mort en 1845, Il suivit les traces de son père, qu'il accompagna dans plusieurs de ses voyages, et collabora longtemps avec lui. Après s'être assez activement occupé de physique, et après avoir constaté, au mo\ en d'expériences ingénieuses, que la densité de l'air diminue a mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère, il se voua particulièrement à la chimie végétale, et l'on peut dire qu'il a créé de toutes pièces cette branche de la science. Aussi modeste que savant, il ne rechercha jamais les emplois, il fut seulement professeur honoraire de minéralogie et de géologie à l'Académie de Genève, et fit, à diverses reprises, partie du Conseil représentatif de celte ville. Correspondant de l'Institut de France (1810). il fut en outre membre de ta Société royale de Londres, îles Académies de Munich, de Naples, d'Amsterdam, etc., et pté-dda, en 1841, lu Congrès scientifique qui se réunit alors à Lyon. On ne connaît de lui qu'un ouvrage publié à part, Recherchés chimiques sur la vé-

i gétation (Paris, 1804, in-8°, figures), livre qui fait époque dans la physiologie végétale,

I et dont l'auteur a développé le sujet dans des mémoires successifs fournis au Journal de

I physique, au Journal des mines, à la Biblio-

| thèque britannique, a la Bibliothèque universelle de Genève, aux Mémoires de la Société de physique de Genève, aux Annales de chimie, etc. Il traite, entre autres, dans ces mémoires, de la densité de l'air à différentes "hauteurs, de l'alumine, du phosphore que les graines fournissent à la distillation, des gaz défiants, de la conversion de l'amidon en matière sucrée, de la variation du gaz carbonique dans l'atmosphère en hiver et en été, de l'influence des fruits verts sur l'air avant leur maturité, de l'action des fleurs sur l'air et de leur chaleur propre, de l'altération de l'air par la germination et par la fermentation, etc.

SAUSSURE (Albertine-Adrienne de), femme de lettres française, sœur du précédent. V.

NECKËR.

SAUSSURÉE s. f. (sô-su-ré — de Saussure, sav. genevois). Bot. Genre de plantes de la famille des composées, tribu des carduaeées, comprenant un assez grand nombre d'espèces, qui croissent naturellement dans les régions montagneuses ou froides de l'Europe et de l'Asie.

— Syn. de funkia, genre de liliacées.

SAUSSURITE s. f. (sô-su-ri-te— de Saussure, sav. genevois). Miner. Variété de jade.

— Encycl. La saussurite, appelée aussi albite compacte, jade de Saussure, lémanite, etc., est une substance verdâtre, passant au gris, au bleuâtre ou au lilas clair, rayant le verre et fusible au chalumeau. Sa densité est environ 3,33. Elle se compose essentiellement de silicate d'alumine et de fer, avec une proportion plus faible de soude et de chaux, et des traces de manganèse et de potasse. Ce minéral a été découvert par Saussure, sur les bords du lac de Genève, où il est en cailloux roulés ; plus tard, on l'a retrouvé dans les euphotides du mont Mussinet, près de Turin. Il a des affinités avec le jade ou néphrite, le péttosilex, la rélinite et la peiiite. Il est encore assez rare dans les collections, et sans application pratique jusqu'à ce jour.

SAUT s. ra. (sô. — Ce mot vient sans doute directement du lat. saltus, de salire, sauter, qui se rapporte à la racine sanscrite sal, aller, mouvoir, grec allomai, gothique saltan, etc). Mouvement brusque par lequel un homme, un animal se soulève du sol pour retomber verticalement ou franchir un espace plus ou moins étendu dans une direction quelconque : Grand saut. Petit saut. Franchir plusieurs semelles d'un saut. S'élancer tout d'un saut, de plein saut, d'un plein saut sur l'autre bord du fossé. N'aller que par sauts et par bonds. (Acad.) Le voyez-vous, dit te prophète Daniel, ce conquérant, semblable, dans ses sauts hardis et dans sa légère démarche, à des animaux vigoureux et bondissants ; il ne s'avance que par impétueuses saillies. (LJossuet.) Ils donnaient un divertissement compoés de danses, de sauts et de voltiges. (Le Sage.)

— Fam. Chute : Tomber d'un troisième étage, c'est un terrible saut. (Acad.)

— Chute d'eau qui se trouve dans le courant d'une rivière : Saut du Niagara dans la rivière de Saint- Laurent. Il y a dans cette rivière des sauts en trois ou quatre endroits. (Acad.)

— Par ext. Elévation soudaine d'un médiocre emploi à une place importante : Me voilà tout à coup devenu page! C'était avoir fait un grand saut, quoique de fripon à page il n'y ait que la main. (Lesage.) Il Monter à un emploi, à une dignité d'un saut, d'un plein saut, Etre élevé à une place importante, à une haute dignité, sans passer par les fonctions inférieures ; De simple soldat il devint

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capitaine, de petit employé il devint administrateur, d'un saut, d'un plein saut. Aboutir de plein saut à une souveraineté héréditaire semblait une témérité bien grande. (Thiers.)

— Action irréfléchie, inattendue : C'était un homme tout à sauts et à bonds. (St-Simon.)

— Fig. Passage brusque et sans degrés intermédiaires : Bien ne se fait par sauts dans la nature; tout y est lié, tout y est effet et cause. (Leibniz.) Il Mouvement subit de l'esprit, de l'imagination : Par un de ces sauts d'idées si fréquents dans la rêverie, je pensai à ce que pouvaient faire mes amis à cette heure. (Th. Gautier.)

— Saut de carpe, Saut que les saltimbanques exécutent à plat ventre, en s'élevant horizontalement.

— Saut périlleux, Saut exécuté par les danseurs de corde quand le corps fait un tour entier dans l'air, il Fig. Résolutions, actions violentes et hasardées.

— Saut de Breton, Chute d'un homme qu'on fait tomber en luttant à la manière des Bretons, il Fig. Faire faire le saut de Breton à quelqu'un, Renverser ses projets.

— Jeu des trois sauts, Exercice dans lequel celui qui parcourt le plus grand espac d'une manière convenue d'avance gagne, la partie.

— Donner du saut. Autrefois, culbuter : François jeta l'Anylois par terre en lui donnait un merveilleux saut, (Fleuranges.)

— Au saut du lit. Au sortir du lit : Le lendemain, de bonne heure, Hector prenait Alfred au saut du lit. (Ad. Paul.)

— Ne faire qu'un saut d'un endroit à un autre, Y aller en très-peu de temps : Nous ne fîmes qu'un saut du cul-de-sac à la maison du vieux licencié. (Lesage.)

Le reste, aussi peu la que ceux de Pelletier, N'a fait, de chez Serry, qu'un saut chez l'épicier.

Bûn.&AU.

— // n'y a qu'un saut, Se dit en parlant de deux lieux très-voisins : De la cour Batave à la rue des Bourdonnais, il n'y a qu'un saut. (Balzac.)

— Faire un grand saut, Aller s'établir dans un lieu très-éloigné de celui qu'on habitait : Quitter Marseille pour Le Havre, c'est faire un grand saut. Venir de la rue Saint- Antoine demeurer au faubourg Saint- Germain, c'est faire un grand saut.

— De plein saut, Tout à coup, brusquement : Faut-il, de plein saut, vous fier à un homme que vous ne connaissez pas? (Acad.) On ne peut pas arriver d'un plein Saut à la connaissance d'une chose si sublime. (P. Lejeune.) De le faire précepteur, cela ne se pouvait proposer de plein saut. (St-6imori.)

— N'aller que par sauts et par bonds, Parler avec une grande vivacité, sans ordre et sans liaison :

Sa muse déréglée, en ses vers vagabonds, iVe s'élève jamais que pur sauts et par bonds.

Boileau.

— Faire le saut, Se déterminer à prendre un parti, quand ou prévoit des difficultés, du danger : Après avoir balancé longtemps pour entrer dans ce commerce, dans celte affaire, il A fait le saut. Il Se prend ordinairement en mauvaise paît : Cette riche veuve a délibéré longtemps si elle épouserait ce jeune homme, qui n'a ni élal ni fortune; enfin, elle A fait le saut. (Acad.) Il S'emploie quelquefois avec un nom de chose pour sujet :

Je crains que notre honneur n'ait déjà fait le saut.

Il Faire faire le saut à quelqu'un, Lui faire perdre ses fonctions. Il Faire faire le saut à une jeune fille, La séduire.

— Il a fait ses premiers sauts, Sa jeunesse Se passe, ou sa fortune a baissé.

— Faire le saut de Curtius, Se dévouer : Il était toujours prêt à faire le saut de Curtius. (Balzac.)

— Gymn. Exercice en usage dans les jeux de la Grèce : Le pugilat, le saut et la course à pied fixèrent successivement notre attention. (Barthel.)

— Manège. Saut de mouton, Saut capricieux d'un cheval qui, en s'enlevant, baisse la tête, voûte l'épine dorsale en contre-haut, ramène les extrémités sous le ventre et se jette de côte, ce qui a souvent pour résultat de désarçonner le cavalier. Il Le pas et le saut, Air relevé s'exéeutant en trois temps : un temps de galop raccourci ou terre à terre, une courbette et une cabriole, n Saut de pie, Petit mouvement du cheval, regardé ordinairement comme un signe de faiblesse.

— Haras. Action d'un étalon couvrant une jument.

— Danse. Espèce de pas de ballet, il Saut simple, Action de s'élever eu l'air, il Saut battu, Va des synonymes d'entrechat. Il Saut de Basque, Saut pendant lequel on tourne sur soi-même. Il Saut majeur, Cabriole pendant laquelle on remue les pieds en l'air. || Sauts de Bourdeuux, Ancienne danse française.

— Mus, Passage d'un son à un autre par degrés disjoints, il Saut régulier, Celui qui a lieu sur uu intervalle consonnant. Il Saut irrégulier, Celui qui a lieu sur un intervalle dissonant. Il Sauts de notes, Toute succession de notes qui ne se suivent pas immédia-

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tement dans l'ordre de la gamme ascendante ou descendante : Tous ces sauts de notes si scabreux sont réussis sans effort. (Th. Gaut.)

— Log. Saut dans le raisonnement, Sophisme consistant à sous-entendre une des prémisses, quand cette prémisse est très-contestable.

— Hydraul. Saut de moulin, Chute d'eau qui fait aller un moulin. Il On disait autrefois

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