‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 130 sur 1059 · V. Hoao · texte numérisé non relu

V. Hoao

Sauoe-nous ces traits invisibles Qui, dans nos âmes insensibles, Font éclipser la vérité.

J.-B. Rousseau.

— Excuser, justifier : Quelque excuse qu'oit allègue, on ne peut sauver cette action. (Acad.) jVe pouvant sauver sa conduite, je justifiais ses intentions. (J . Rab.) La probité de ta pensée sauvu toujours la brutalité de la parole. (A. Karr.

— Conserver sauf, intact : Abstraire n'est pas autre chose que sacrifier les détails pour sauver l'ensemble. (J. Simon.)

Graves stoïciens, votre pompeux jargon Ne ptut, dans le péril, sauver votre raison.

Destouculs.

— Procurer le salut éternel à : La bonté guinous sauve parait toute gratuite et toute pure. (Bossuet.) Dieu sauve Madame par te iiiëme coup qui nous instruit. (Boss.) sVe soyez pas de ceux qui ne songent à sauver leurs âmes que lorsqu'elles sont en danger de perdre leurs corps. (Boss.) Il met tout en œuvre pour sauver ses semblables. (Mass.) il Etre un moyen de salut : Qu'importe que cette comparaison soit indigne de Dieu, pourvu qu elle nous effraye et qu'en nous effrayant elle nom sauve? (Boss.)

— Absol. Préserver du danger : L'amcu*. n'a point de moyen terme : ou it perd, ou il SAUVE. (V. Hugo.)

— Sauver les dehors, Sauver les apparences, Faire qu'il ne paraisse lien de nature à blesser ou à scandaliser quelqu'un : Il y a des gens qui s'imaginent n'être pas cnupaliles ,

parce qu'ils ont pu SAUVER LES APPARENCES. (J.-J. Rousseau.)

— Sauver le premier coup d'ceil, Ne pas laisser paraître l'etonnemeiit ou le désagrément que nous cause la premi. re vue d'une personne laide ou mal faite, ou qui ne plaît pas d'abord, mais qui peut plaire quand on l'a considérée avec plus d'attention, ou quand ou Va connue davantage.

— Sauver une contradiction, Concilier deux passages, deux propositions contraires.

— Sauver les défauts d'un ouvrage, Les empêcher de pur;. Sire.

— Sauver les défunts de la titille d'une personne, Cacher un défaut, une difformité de sa taille par la manière dont on lui fuit ses habits.

— Jeux. Au trictrac, Sauver la bredouille, Empêcher l'enrilade.

— Mus. Sauver une dissonance , La faire

SAUV

suivre d'un accord convenable qui empêche qu'elle ne blesse l'oreille.

— Tt'chn. Sauver les peaux, En termes de négissier, de chamoiseur, etc.. Les conserver jusqu'au moment où l'on veut les travailler : Quand le plain neuf a servi à mille cuirs, il devient pluiu mort et ne sert plus qu'à sauver lus peaux. (Malepeyre.)

Se sauver v. pr. S'échapper : Se sauver de prisai. Su sauver à toutes jambrs. J'aurais fait tue tentative pour me sauvkr si la porte n'eût pus été fermée. (Le Sage.) Le 24 fêorier, M . "hiers avait entre tes mains les destinées de la France et de la royauté; il pouvait les sauver/ — Qu'a-t il fait? — Il s'est SaGVÉ. (E. de Gir.) Le droit naturel reste pour l'esclavt de sk sauver quand il peut et comme il peut, (Dupin.) ,Je mt sauve h. la nage et j'aborde où je puis.

Boileau.

S. istîricorcle ! Où fuir ? où vous sauver ?

J.-33. Rousseau. Ah ! nonsieur, évitez sa rage furibonde ; , Sauvez-vous, MtiKJ-row.

Regkahd.

— Se préserver, se mettre à. l'abri, se conservi r sain et sauf : Comme les passions ressemb eut toujours à quelque vertu, nous ne manquons jamais de NOUS sauver à la faveur de ce 'le ressemblante. (Mass.) Il sk sauva par la miséricorde de Dieu de ce' te corruption commune. (Klt*ch.) A la cour, l'innocence même SB sauv •; difficilement des soupçons et des mauvais in-uits. (Klécli.) Les siècles les plus polis de Umne et d'Athènes ne sk sauvèrent pas longtemps de la fausse éloquence et du mauvais (, oïl . (.Mass.) Quand je voulais me sauver d'une gouttière, je me trouvais sous l'autre. (Le i-ujje.) Deux hommes peuvent se sauver là où un seul périt. (Balzac.) il croit sk sauver* h augmentant le nombre des coupables. (Volt.) Ce n'est point par leurs gouvernements que les peuples se sauvent. (Proudh.) Les femmes se perdent par la sensibilité ; elles SB sauvent par la coquetterie. {Mme Azaïs.) Notre ardeur de KOUS sauver est ce qui nous perd, (E. de Gir.)

Percé Je tant de coups, comment f'es-tu sauvé ?

Racine.

Le pilote prudent parfois cède à l'orage, Et pai un long détour se sauve du naufrage.

Destouciies.

Peut-f tre avec le temps, ù. force d'y rêver, Par qielque coup de l'art nous pourrions nous sauver.

BOILEAU

— Se rendre dans un lieu pour y chercher un asile : Se sauver dans une église. L'autre Imliei croyait avoir trouvé son salut dans le creux d'un arbre; mais une colonne de feu, doni ,e sommet louche à la nue, descend sur l'arbre et le consume avec le malheureux qui s'y était sauvé. (Manuontel.) Ils n'iront pas loin s ils su sont sauvés dans la forêt ; on n'en retroi vera plus que les os demain matin. (B. de St-P.)

— Se tirer d'embarras : Ils se sauvent par quelques bouts de mélopée. (A. Azevedo.) Le granoaairien vient ensuite ; cherchant à tout prix t'es formules qui renferment tous les cas possibtes, et, au desespoir de voir ses principes généraux sans cesse déjoués par tes caprices du largage, il se sauve en multipliant tes exceptions, qui elles-mêmes sont à ses yeux des espèces de règles, (Renan.)

— S.e dédommager : Ce marchand vend à bas p'ix; mais il vend beaucoup, et il SB sauve sur la quantité. (Acad.)

— l'nm. Se retirer promptement : Il se fait tard, U va pleuvoir, je me sauve, (Acad.)

— l'aire son salut éternel : Les grands ne peuvert ni se perdre ni se sauver tout seuls, (Mass ) Dieu veut que les riches se sauvent en dounant leur bien, et les pauvres par n'en point ivoir. (Ste-Beuve.) Si les hommes vulgaires ne se sauvent pas, leur perte du moins se bor.ie à eux et ne devient pas celle de leurs frères. (Mass.)

— !•" iun. et par ellipse, Sauve qui peut! Se tire dt. péril qui pourra : Chacun vit pour soi ; sauve qui peut est la devise de chaque particulier. (Volt.) Quand ils ont reçu leur pot-devin et que U> pt.isson est dans la nasse, sauve QUI PEUT ! (Regnard.)

Quelquefois de fâcheux arrivent trois volées : Alors sauve qui peut I

BoiLEAD.

Peut-être on laissera sauver le criminel. — Eh bien, sauve qui peut ! rien n'est si naturel, Le jeu ne vaudrait pas aussi bien la chandelle.

Kkonard.

Il Substantiv. : C'est le sauve qui peut des lâches. (Cli. Nodier.)

— Mar. Signal que fait un bâtiment de guerre k tons les navires qui sont soui ses ordres, a in de leur indiquer qu'ils peuvent suivre le chein;n qui leur parait le plus favorable pour se tirer des dangers où ils sont exposés.

— Si.' sauver de quelqu'un, Eviter soigneusement sa présence, sa conversation.

— Se sauver à travers les broussailles, Se sauver par les oignes, par les marais, Setirer d'embarras comme on peut.

— Syn. Siiiivtr, garauilr, préserver. V. GA- RANTIR.

— Sauver (se), n'échopper, l'enfuir, etc. V. ÉCHAPPER.

SAUV

SAOVE-RABANS s. m. Mar. Garniture entourant les basses vergues, dans le but d'empêcher les écoutes des huniers de couper les rabans d'envergure des basses vergues.

SAUVESTRE (Nicéphore-Charles Sauvaître, dit), journaliste français,' né au Mans (Sarthe) en 1818. fils d'un ouvrier, il commença des études qu'il dut bientôt interrompre pour se faire ouvrier lui-même et, jusqu'à dis-huit ans, il travailla dans un atelier de typographie. S'étant épris de renseignement primaire, il se fit recevoir instituteur et remplit ces fonctions en province jusqu'en 1848. Ses opinions républicaines lui ayant attiré des tracasseries, il donna sa démission (mai 1848) et entra peu après, comme rédacteur, au Courrier de Loir-et-Cher. Au bout de quelques mois, il se rendit à Paris, et, comme il avait adopté les doctrines de Fourier, il se fit admettre à la Démocratie pacifique, à laquelle i! collabora de .novembre 1848 jusqu'en juin 1849. II. Sauvestre continua à défendre avec ardeur les idées démocratiques dans la Tribune de la Gironde en 1851. En 1857, il fonda avec MM.Castagnary, Antony Meray, etc., une revue mensuelle intitulée : la Revue moderne, aux tendances philosophiques nettement accusées et qui rfeut qu'une année d'existence. Après avoir collaboré à la Presse en 1858, il entra, en 1859, à l'Opinion nationale, que Gnéroult venait de fonder. M. Sauvestre devint un des plus laborieux rédacteurs de cette feuille, dans laquelle il traita particulièrement les questions relatives à l'enseignement populaire, et fit une guerre sans relâche a l'influence déplorable du parti clérical. Quelquesunes de ses séries d'articles furent très-remarquées ; telles sont les Lettres de province, dans lesquelles il résumait les abus de tout genre, tant du pouvoir que du clergé, qui lui étaient dénoncés par une foule de correspondants, et ses causeries intitulées : Mes lundis, dans lesquelles il passait en revue les questions sociales en s'effurçant de les rendre accessibles à tous. A la suite d'une modification qui eut lieu dans la direction de l'Opinion nationale, M. Sauvestre quitta ce journal le 5 mai 1S73. Il se consacra alors entièrement à la rédaction de l'Enseignement laïque, journal qu'il avait fondé en 1871. Démocrate sincère, défenseur constant et chaleureux de la démocratie, M. Sauvestre a su se taire une place distinguée dans le journalisme militant, bien que son style ne soit pas irréprochable. lia publié les écrits suivants : le Clergé et ^éducation (1881, in-8°); Aux instituteurs; Du concours institué par M. le ministre de l instruction publique (1861, in-8°); Lettres de province (1862, in- 12); le Parti dévol (1863, iu-12); Une vérité à Mettray (1864, in-12); il/eWîiWi.s (1804, in-12);.rfl/om7fl sécréta societalis Jesu [Instructions secrètes des jésuites] (I805,in-12), petit livre qui a été souvent réédite et dont le succès a été trèsgrand ; Esquisse d'un projet de loi sur l'enseignement primaire et professionnel (1870, in-8u); les Congrégations religieuses dévoilées (1870, in-8°), etc.

SAUVETAGE s. m. (sô-ve-ta-je — rad. sauver). Mar. Action de préserver de la mort ou de la destruction les hommes, les navires ou les marchandises tombés à la mer par suite d'un naufrage : Opérer le sauvetage d'un navire. Aider, travailler au sauvetage.

— Par ext. Action de retirer des lacs, des rivières et, en général, de toute position très-périlleuse les personnes qui s'y trouvent et qui sont en danger de mort.

— Bouée de sauvetage. Plateau de liège, portant des bouts de corde, qu'on jette à la mer quand un homme y tombe et qu'on ne pense pas pouvoir le secourir autrement: Aussitôt, oh se hâte de lui jeter les bouées de sauvetage et ce qu'on trouve sur le pont. (X. Mann.)

— Encycl. Nous avons donné au mot naufrage un résumé complet des dangers de la mer. Les premiers moyens qu'on employa , pour garantir les navigateurs Contre ces dan- | gers furent et sont encore les havres, ports i et abris défendus par des môles, des jetées, ■ des brise-mer ; les phares, les balises, les chenals, les sémaphores, etc. Vinrent ensuite les découvertes des savants, qui trouvèrent la boussole, les cartes marines, les instruments à réflexion, les moyens, en un mot, d'estimer la route, de calculer les latitudes et les longitudes et de diriger avec j quelque précision la marche des navires. En même temps, la construction des bâtiments I se perfectionnait et faisait encore diminuer ' les chances d'accidents et leur gravité. Eufin, les travaux hydrographiques et météorologiques de Charles Rumine, de Beautemps- Beaupré, de Maury, de Redtield et de Brande, qui, presque en même temps, découvrirent le secret de la formation des ouragans circulaires ; les recherches du commandant Lartigue, de Reid, de Piddington, du capitaine Bridet, de l'amiral Eiiz-Iloy et de bien d'autres; tous ces travaux et recherches achevèrent, eu donnant à l'art de la navigation des bases sûres, de lui fournir des garanties de sécurité qui lui manquaient j;idis. Mais néanmoins, comme il fallait prévoir les caprices de la mer, la science du sauvetage ne tarda pas à se fonder.

La première trace de cette lutte directe de l'homme contre les naufrages ne se retrouve

SAUV

pas avant le xixe siècle d'une manière bien précise. Quelques chercheurs avaient déjà découvert, dés le xvue siècle, divers movens de sauvetage, tels que canots insubmersibles et costumes flotteurs; mais on ne s'en préoccupa même pas, et leurs inventions restèrent stériles. C'est en 1824, en Angleterre, que se fonda ta première compagnie de sauvetage, connue sous le nom de Royal National Life-boat Institution; presque simultanément, en 1825, se fonda la Compagnie de Boulogne-sur-Mer, grâce surtout à l'activité d'un Anglais, M. Larking. La Société boulonaise ne put, dès le début, remplir entièrement le vaste programme que comporte le mot sauvetage. Elle se donna la mission de prévenir les accidents, de porter assistance k toutes les personnes en danger de se noyer, et de procurer aux individus retirés de l'eau tous les secours propres à les rappeler à la vie. En 1826,1a Société fit l'acquisition d'un premier canot de sauvetage, construisit un abri pour ce canot et établit auprès de la maison de secours une cloche d'alarme pour avertir des naufrages imminents. En outre, elle créa un service de veilleurs, qui, durant la saison des bains, doivent se tenir constamment sur la grève. Mais ces mesuresexeellentesétaient toutes locales, eten 1833, lors du mémorable naufrage de l'Amphitrite, précisément sur les côtes de Boulogne-sur-Mer, la Compagnie boulonaise ne fût pas en mesure d'agir efficacement. Mais, de même qu'en Angleterre les sinistres survenus avaient enfin ouvert les yeux à la nation britannique et donné unft impulsion subite à la première compagnie de sauvetage, de même le naufrage de l'Amphitrite fui une leçon féconde. La Société boulonaise agrandit son cadre, aidée en cela par la population tout entière, et prit dès lora le nom de Société des naufrages.

Le ministère de la marine rit commencer aussitôt dans l'arsenal de Cherbourg la construction de plusieurs canaux sauveteurs, dont l'un fut envoyé k la Société l'année suivante (1834). Ce canot fut armé d'un équipage d'élite, couvrit la rade de sa protection et se mit en mesure de secourir désormais baigneurs et naufragés. Les autres cités maritimes de France suivirent l'exemple de Boulogne, et on vit se constituer coup sur coup, de 1834 k 1836, des sociétés humaines à Dunkerque, Bayonne, Dieppe, Calais, puis au Havre et, plus tard, dans quelques autres localités. L'une des plus récentes sociétés humaines est celle de Marseille, fondée seulement en 1863. Toutes ces sociétés n'ont cessé de progresser depuis leur fondation. Mais, avant d'arriver à la perfection relative d'organisation qu'elles ont fini par atteindre, elles ont eu à subir beaucoup d'échecs et de conire-temps. La Société boulonaise se liait à son bateau de sauvetuge, Y ' Amiral-Rosamel, calqué sur le Life-boat Greathead , et, le 28 février 1849, ce bateau prétendu inehavirable chavira sans se redresser. Trois caboteurs français, la Liberté, les Quatre-Frères et la Henriette, se trouvaient en perdition ; ce fut en vain que les braves marins boulunais essayèrent de voler k leur aide ; l' Amiral-Rosamel fut sans cesse refoulé par les lames et ramené au rivage. Pendant les efforts des braves sauveteurs, les trois bâtiments entraînés les uns sur les autres se fracassaient pièce à pièce ; on essaya une dernière fois de remettre k &olY Amiral-Rosamel, et ce canot chavira la quille en l'air.

La même année, le Life-boat Greathead, portant secours à la Betsy en perdition, chavira de la même manière, noyant les vingt sauveteurs qui le montaient. (Je nouveau sinistre produisit un redoublement de zèle. La Société de Boulogne ne cessa depuis lors de faire appel à la population des côtes en même temps qu au gouvernement, et par sa persévérance, b en plus encore que par le concours qu'on lui prêta, elle en vint k fonctionner d'une manière vraiment efficace. En 1837, à propos des essais qu'elle fit des fusées Dennett avec l'assistance de l'artificier Ruggieri, le comité appelait l'attention du ministre de la marine sur la nécessité d'exiger que tous les navires fussent munis des appareils nécessaires pour lancer à terre des cordages propres à établir des va-et-vient. Eu 1863, il proposait « d'obliger tout bâtiment de commerce a être pourvu de porte-ainarres, de ceintures de sûreté pour les passagers et l'équipage, et des moyens de transformer pronipteuient les canots du bord en bateaux insubmersibles. •

La Société humaine et des naufrages de Boulogne possède aujourd'hui trois grands bateaux de sauvetage: le Ilichard-Wnllace, don du bienfaiteur anglais dont il porte le nom, rem. se k l'est du port, a quelques mètres de la maison de refuge; le George- Munby, don de la ville d« Boulogne, inauguré en 1SG6, posté sur la jetée est, sous un Hangar, et monté sur un chariot automoteur inventé par un Boulunais, M. de Poilly; enfin, Y Amiral-Rosamel, le plus ancien de tous, qui, malgré sou infériorité, a sauvé bien des naufrages. Il est remisé au côté ouest et, comme les deux autres, toujours prêta prendre la nier. En outre, la Société possède un mortier porte-ainarres, un système de fuséesgrappins, un appareil destine au va-et-vient à établir pendant la tempête entre la plage et le navire en détresse; enfin, un nombreux assortiment de lignes, scaphandres et bouées. De 1826 k 1863, la Société des naufrages de

SAUV

Boulogne empêcha yn personnes de se noyer et rappela à la vie 32 asphyxiés. ■ Ses canots, ditM.de La l.andelledans son excellent travail, les Sauveteurs français, ont effectué, entre autres sauvetages, ceux des 15 hommes qui, le 22 avril 1836, montaient le bateau de pêche u» 57; de 15 autres sur 16 qui. le 23 novembre 1837, étaient en perdition à bord du no u; de l'équipage du sloop rochelais la Jeune-Olive, surle point d'être englouti parla tempête du 22 août 1838, l'une des plus horribles dont on ait souvenance. Ils ont sauvé le capitaine et les 6 marins du lougre l'Oscar de Dieppe, naufragé 1>- 19 septembre 1S40 ; le maîtredu bateau dunkerquoisn» 2 etsesdeux fils le 29 octobre 1841 ; 15 hommes du batea-. de pêche deCayeux n0 67, en deux périlleux voyages, le 22 octobre de l'année suivante ; en 1S43, le 3 février, l'équipage du s'oop lu Gazetle-de- Saint -Malo, et le 17 octobre les 8 marins de la Cérès; en 1845, le 10 août, 12 pêcheurs montant le bateau no 10; en 1846 et 1847, plusieurs bâtiments de cabotage; en 1848, le 28 février, à la suite d'une première tentative infructueuse, tout l'équipage du brick de Bordeaux le Marié qui, peu d'instants après, fut complètement mis en pièces; en 1852, le 16 juin, les 9 hommes et les 2 mousses du bateau pêcheur le Marie-Joseph; le 18 décembre, le capitaine et les 5 marias de la goélette la Iteine-des- Anges, venant de Dunkerque; en 1853, le 30 décembre, l'équipage du lougre l'Olivier; en 1855, le 12 mars, en deux voyages mémorables par leurs péripéties, l'équipage de la goélette la Judy, d'Exeter, le pilote et les lî marins de sa barque, et enfin le capitaine et le second de la goélette anglaise, en tout 20 hommes ; le 25 septembre 1856, le capitaine et l'équipage du lougre YEcliptique, deEécamp, dont la perte corps et biens était infaillible; le 5 janvier 1857, l'équipage du brick anglais le Ninus, etc., etc.

Les compagnies locales de sauvetage ayant besoin d'être reliées entre elles et de s'éclairer mutuellement, une société centrale était devenue nécessaire ; cette institution existe depuis 1865, époque où elle a été reconnue d'utilité publique par décret du 17 novembre. Bien avant cette date, un grand mouvement philanthropique s'était d^ja fuit à Paris autour de l'idée d'une société générale des naufrages. Parmi les plus ardents propagateurs de cette idée, et en première ligne, il faut nommer un ancien magistrat, M. Castera, qui y dévoua sa fortune et sa vie. Le premier, en 1839, il proposa l'emploi de la vapeur pour les barques de secours. Dans un discours prononcé vers la même époque devant l'Académie des sciences, il posa le premier le principe d'une grande confédération « d'amis de l'humanité, qui devait embrasser nos rivages et qui, divisée en groupes stationnant dans les ports, serait reliée par un comité siégeant dans la capitale. » Une société se forma, avec M, Castera pour chef, sous le nom de Société centrale et locale des naufrages, et en même temps se créa une compagnie rivale, présidée par l'amiral Sidney Smith. La Société générale des naufrages et de l'union des nations fonda un organe périodique (1835), le Journal de la Société générale des naufrages dans .l'intérêt de toutes les nations; elle se mit en rapport avec toutes les sociétés humaines de la France et de l'étranger, distribua des médailles et des dipiômes de sauveteur, eut des correspondants chez toutes les nations du monde, organisa des cours publics de sauvetage, etc. Pendant ce temps, la Société centrale poursuivait son œuvre. U résulta de celte rivalité de deux sociétés distinctes et bientôt ennemies ce qui était aise à prévoir: les deux sociétés de sauvetage, procédant par les mêmes moyens, avaient également la prétention d'unifier et de diriger; elles se contrecarraient en accablant de leurs programmes lûS sociétés humaines des ports, et le déuuùment fut une désorganisation complète, que hâta encore la mort des fondateurs, de l'amiral Sidney en 1841, de M. Castera en 1842. Il fallut attendre vingt-cinq ans le décret qui, eu 1865, institua sur des bases solides la Société centrale du sauvetage des naufragés. Le matériel de la Société est aussi complet et aussi parfait que possible. En outre, elle n'a cessé de se préoccuper depuis sa fondation de former des maîtres sauveteurs qui, une fois capables de professer, sont chargés de répandre l'enseignement dans tous les ports, sur tous les rivages et, chose non moins utile, sur tous les navires. » En effet, dit M. le capitaine de frégate de Jonquières dans un rapport présente k la commission des pèches et de la domanialité maritime, les exemples ne sont pas rares d'équipages naufragés qui ont entièrement péri parce qu'il ne s'est pas trouvé parmi eux un seul humme sachant mettre à profit les instruments de sauvetage qu'on avait réussi à grand'peine à leur envoyer du rivage. »

— Appareils de sauvetage. Les engins de sauvetage sont de deux sortes: les bateaux de sauvetage et les appareils proprement dits, tels que costumes flotteurs, ceintures, bouées, etc. Nous ne nous occuperons que de ces derniers. Pour les bateaux de sauvetage, v. bateau.

Les appareils de sauvetage sont très-nombreux et on eu expérimente tous les jours de nouveaux. La première invention de ce genre

SAUV

date de 1075, époque à laquelle un gentilhomme picard, appelé Lanquer, publia une brochure, malheureusement perdue et don voici le litre : le Naufrage sans périt ou \'lnvenlion d'une machine Qu'on peut porter dans sa poche et gui nous fuit passer tes rivières. La disparition de cette brochure suffit à prouver le peu d'attention qu'elle souleva. Juste un siècle plus tard, en 17*5, l'abbé de La Chapelle inventa un costume flotteur, et, voulant convaincre la population parisienne de l'excellence de son invention, il parcourut plusieurs fois la Seine avec son corset de liège et son pantalon à nageoires, le bréviaire d'une main et le parasol de l'autre. Voici, bu surplus, la description naïve de cet appareil par I auteur lui-même. Nous la trouvons dans l'Esprit des journaux d'avril 1775 : • Ce costume permet de boire, manger, lire, écrire, combuttre, charger le fusil, tirer, chasser, pêcher, sauver des naufragés, sans pouvoir jamais couler à fond. On enfonce dans l'eau jusqu'à ta région des mamelles ; on s'y trouve dans une position verticale ; on chemine par un mouvement des jambes à peu près semblable a celui par lequel ou marche sur terre. Il faut, toutefois, que les mouvements des jambes soient beaucoup plus grands k cause de la résistance du fluide qui , rend ta progression plus pénible. • L'Angleterre ne manqua pas, suivant l'usage, de s'approprier 1 invention, qui n'avait reçu en France aucune application pratique. En 1836, la France maritime publia un article sur les i appareils de sauvetage, dont l'auteur, officier ' de marine qui n'avait aucune connaissance , des travaux de l'abbè de La Chapelle, décrit | ce même ■ corset à nager » comme inventé dix ans auparavant par un Anglais. Béran- | ger a bien raison de dire, dans son Histoire ! d'une idée: j

Comme anglaise on lui rend justice; i

Son vrai père, le même jour, |

Pauvre et fou mourait & l'hospice.

En 1842, des expériences sur une nouvelle ceinture de sauvetage, inventée par M. Lebrun, furent faites k Saint-Germain, puis à . Toulon. Elles réussirent à merveille et te Journal de la flotte écrivait à ce propos: i II serait à désirer qu'à bord de chaque bâtiment il fût distribue un nombre de ceintures égal au nombre d'hommes composant l'équipage de la chaloupe. Elles seraient utiles dans un échouage, etc. M. le ministre de la marine prendra sans doute une décision d'après les rapport* que lui ont faits les hommes spéciaux sur cette matière. En 1S61, au Havre et à Douai, une nouvelle tentative, due au sous-commissaire de marine Bout et à l'architecte Léon Lejuste, succomba de même sous l'indilférence. L'idée n'en lit pus moins sa route, et, en 1855. on avait vu figurer à l'Exposition un grand dombre d'appareils dus k MM. Smith, Grignies, Thompson, etc. En 1867, la marine de l'Etat a adopté un modèle français, sorte de gilet ou de chape dont l'usage a démontré déjà plus d'une lois l'utilité. 11 en est attribué sept à huit à chaque équipage, chiffre plus qu'insuffisant même pour un canot, mais enfin c'est toujours un progrès. Ou trouve dans le Guide tle sauvetage du capitaine Conseil la description avec figures de cinq appareils analogues, sur lesquels l'Etat a modelé les siens : d'abord la cuirasse de sauvetage, double plastron à bretelles et brides d'attache, en fort coton imperméable, rempli de rognures de hége, rendant relui qui le porte invulnérable à la poitrine et au dus, lui laissant sa pleine liberté de mouvements pour toutes sortes île manoeuvres ec, par la combinaison ingénieuse d'une poche k air qui se gonfle k volonté, permettant de soutenir au besoin une seconde personne: appareil trèspeu encombrant, propre à être employé à bord k divers usages, comme oreiller, par exemple, et judicieusement muni d'un cornet à signaux qui s'y trouve appendu et dont le bruit perçant la tempête supplée à l'insuffisance de la voix humaine. Cet appareil a figuié à l'Exposition de 1807. Viennent ensuite deux modèles de corsets en planehjs de liège ^'attachant autour de la poitrine sans qu'il soit même besoin doter ses vêtements. Ces appareils ne reviennent pas à plus de 2 francs. Enfin vient la croix de planshes, facile k confectionner avec les débris et les clous du navire en perdition, et sur laquelle on s'attache par le cou, la taille et les deux épaules. Ce cinquième moyeu d'iusubmersion est la ressource extrême, dans le cas où ie bâtiment n'aurait été muni d'aucun appareil spécial ne sauvetage. Mais, tel qu'il est, il a sauvé plus d'un naufragé. Mentionnons enfin ie natateur Gosselm, expérimenté en 1874 sur la Seine et qui parait être un excellent appareil de sauvetage. Il se compose principalement d'un tube pneumatique en caoutchouc qui, prenant son point de départ au sommet de la poitrine, passe sur l'épaule, descend le long de l'épine dorsale et se divise au bas des reins en deux branches qui s'enroulent autour des cuisses; des ramifications se rattachent au tuyau central qui suit la ligne (les reins et aboutissent k la poitrine : en suivant les côtes. Tous ces tuyaux sont | renfermés dans une double enveloppe de fia- ; neile formant gilet, et, quand ils ne sont pas gonflés, le costume n'est guère plus embarrassant qu'un simple costume de bain ; on peut aisément le porter sous ses habits. Pour

SAUV

eonfler l'appareil, il suffit de dévisser l'emonchure et d'insuffler une certaine quantité d'uir. Revêtu de cet appareil, le nageur le plus inexpérimenté peut se tenir sur l'eau dans toutes les positions possibles et sans crainte de submersion, sauf pourtant le cas où l'appareil se dégoutterait subitement. Un autre appareil, expérimenté la même année et dû à M. Bazin, d'Angers, est un simple collier de sauvetage, assez semblable à ces coussins en caoutchouc dont usent les bureaucrates et les Anglaises en voyage. L'ouverture centrale est assez grande pour laisser passer la tête, et l'appareil, gonflé de la même façon que les coussins en question, soutient très-bien hors de l'eau la tête de l'expérimentateur, eùt-il les mains et les pieds attachés et fùt-il lourdement vêtu. Ce collier de sauvetage est commode, assez sûr; toutefois, comme tous les appareils de ce genre et qui ne rendent des services que parce qu'ils sont gonflés d'air, ce collier de sauvetage se dégonfle quelquefois et perd ainsi toute utilité.

l'armi les bouées de sauvetage, la bouée classique, grossier cylindre de liège auquel pendent des cordelettes ii nœuds distances, est seule en usage officiellement sur nos vaisseaux. Tant pis pour les noyés à qui on la jette : la routine est chez nous toute-puissante. Et pourtant que d'inventions, que de perfectionnements, depuis que cette bouée fonctionne imperturbablement: la bouée de tôle à compartiments contenant plusieurs jours de vivres; la bouée surmontée d'une tige, d'un pavillon et d'une cloche; la bouée munie d'une détente fulminante qui permet de faire successivement partir plusieurs fusées signalant de nuit la position du mathetireux tombé à la mer ; une autre est combinée de manière que le naufragé peut s'asseoir ou se mettre k califourchon sur une barre transversale; une autre, en forme de nacelle insubmersible, est munie de voiles et de rames. Ces perfectionnements remontent k plus de trente ans et attendent encore leur application réglementaire. Dès 1833, le Magasin pittoresque décrivait une bouée ingénieuse : i Elle consiste en deux boules creuses de cuivre, flottables et capables de soutenir un assez grand poids ; elles sont placées k l'extrémité d'une barre de fer horizontale au milieu de laquelle est fixée perpendiculairement une grande tige qui se maintient verticale dans l'eau par le moyen d'un lest de plomb. La partie de cette tige qui est élevée hors de 1 eau est munie d'un appareil k l'aide duquel jaillit une lumière par le même mouvement qui fait tomber la bouée. Une frégate française, qui avait k bord une bouée semblable, parvint à sauver, après deux heures de peines inouïes dans une nuit obscure, un de ses matelots qui s'était mis à cheval sur la traverse et avait embrassé convulsivement la tige verticale. Le pauvre diable avait perdu connaissance quand on le repêcha, et il tenait la tige avec tant de roideur qu'on ne put l'en arracher que deux heures après. • La bouée de sauvetage à voiles est peut-être plus parfaite encore; de plus, sa valeur intrinsèque est si faible qu'on est inexcusable en négligeant comme on le fait de lu fabriquer k bord. Elle consiste en deux petits barils, de ceux qu'on nomme en marine barils de galère, reliés par deux solides traverses de bois sur lesquelles on plante un petit mât pourvu d'une petite voile. Cette bouée, nonseulement porte un secours efficace aux noyés, mais encore aide singulièrement un bon nageur k porter un cordage, soit k la cote, soit d'un navire à un autre, La dernière invention de bouée de Sauvetage remonte k 1866; elle est due k un capitaine français au long cours, M. Pignonblanc, qui la décrit en ces termes : > Ma bouée est simplement une barrique ordinaire, dont la bonde est agrandie de manière k pouvoir laisser entrer un homme; autourde ce trou est clouée une manche en toile d'environ ûm,5o de longueur que l'on ferme avec le moiildre bout de bitord. Cette inanche n'est placée ainsi que pour empêcher l'eau d'entrer dans la barrique lorsque les brisants sont très-forts. Dans toutes mes expériences, je n'en ai jamais eu besoin. Pour empêcher cette barrique de rouler, on prend un morceau de fer ou un poids quelconque que l'on suspend avec deux bouts de filin. Le milieu de ces deux bouts de filin est attaché sur le poids, et chaque extrémité vient se fixer sur la barrique absolument comme quatre haubans. Je me suis placé dans ma barrique, ainsi installée, à environ 200 mètres du rivage, sur lequel la mer brisait violemment. Je nie suis approché des brisants peu k peu, pur lu dérive de ma barrique; quand le premier brisant m'a attrape, ma barrique s'est légèrement inclinée, mais s'est relevée aussitôt. Le deuxième et le troisième brisant m'ont rapproché du rivage, et le quatrième m'a jeté k terre. Alors, le morceau de fer m'a servi d'ancre, et, au lieu d'être emportée par la lame quand elle se retire, ma barrique est restée k sec et je suis débarqué de même. Dans cette barrique, on peut prendre des provisions, des conserves sèches et se reposer comme dans un hamac. > Le capitaine Conseil a imaginé le youyou de sauvetage, compromis entre la ïiouee et la chaloupe insubmersible ; le youyou de sauvetage, comme l'a expliqué dans son rapport M. le capitaine de frégate da Jonquières, est destiné, non-seulement,

SAUV

comme la bouée pure et simple, k sauver tes personnes tombées k la mer, mais aussi à établir des communications, soit avec des bateaux ou navires sauveteurs, soit avec la côte, dans le cas où il serait impossible de le faire nvec dés embarcations plus fortes et plus difficiles k manœuvrer en temps de grosse mer. Le rapporteur ajoute que ce youyou remplacerait efficacement, à bord des bâtiments de Ja marine, le radeau qu'on y embarque réglementairement aujourd'hui.

Le plus récent appareil de ce genre est celui qui a été expérimenté par son inventeur, le capitaine américain Boy ton, en avril 1875; c'est, en réalité, un costume flotteur, mais combiné de telle sorte qu'il peut servir de chaloupe pour un seul homme. Il consiste en un vêtement de caoutchouc, enveloppant toute la personne du nageur, sauf la tête, et contenant cinq grandes chambres à air; l'une sous la tête, l'autre sur le dos, une troisième sur la poitrine, et les deux autres à chaque jambe. L'homme, ainsi soutenu de toutes parts et étendu sur l'eau dans la position qu'on prend en faisant la planche, est parfaitement insubmersible; en s'aidantd une pagaie et en dressant une petite voile dont Je -mât peut être fixé k l'un des pieds du n;igeur, celui-ci peut même opérer une traversée assez considérable. C'est ce qu'a parfaitement prouvé l'inventeur en traversant à plusieurs reprises, sur son appareil, le pas de Calais de Douvres k Boulogne ; chaque voyage a duré vingt heures eu moyenne.

Nous devons, encore mentionner, parmi les appareils de sauvetage, les porte-amarre, destinés k lancer une corde d un point à un autre, principalement pour établir une communication entre un navire en danger et la terre, ou entre ce même navire et un autre en position de le secourir, de le remorquer, de recueillir son personnel, de lui fournir des vivres en cas de famine, etc. L'invention du porte-amarre parait remonter au dernier siècle; dès 1790 ou 1791, Ducarne de Blangy proposait de lancer des amarres du bord à terre: 1° par les gaz de la poudre, mortier et bombe, ou fusée; S» par le vent portant k terre un cerf- volant ou un ballon; 3° par le vent et les vagues faisant dériver une barrique vide. Au sujet du cerf-volant, le capitaine Tremblay ajoute : « Un cerf-volant de papier ordinaire lancé du vaisseau et jeté par le vent sur le rivage porterait à terre une ficelle à laquelle pourrait être fixée une corde, et à celle-ci autant .d'autres cordes que l'on voudrait établir de communications. L'idée du cerf-volant fut reproduite en Angleterre^en 1824, parle capitaine Dansey ; en France, par MM. Broquet et Pléveraud. » Vint ensuite l'arbalète porte-amarre Le Métey er, qui n'eut pas de succès, attendu qu'elle exigeait un emplacement et était soumise aux caprices du vent. Le capitaine Tremblay a inventé la fusée-grappin, et le comte d'Houdetot un fusil et un canon porte-amarre. Nommons encore les Anglais Greeneret Jerninghiun, le Français Cusson-Poureher et l'Italien Bertinetti , dont l'obusier porteamarre a atteint une portée de 700 mètres, et enfin les flèches porte-amarre Delvigne, qui peuvent, avantage très-important , être lancées par des fusils ordinaires. «11 conviendrait, écrivait h ce propos M. le capitaine Tremblay, (ie placer dans tous tes postes de douane et de refuge de notre littoral ces projectiles de sauvetage pouvant être utilisés avec les mousquetons des douaniers. Quelques-uns de ces appareils sont aujourd'hui admis sur les côtes i't y ont rendu de grands services; k bord des navires de notre marine, ils ne sont guère placés qu'à litre d'essai, et cependant, comme le fait très-bien remarquer M. de La Landelle dans son étude sur cette matière, « la balistique de sauvetage, très-avancée et qui fait chaque jour de nouveaux progrès, ne peut servir que dans une mesure très- restreinte, car le naufrage a lieu le plus souvent hors de toute portée, k plusieurs milliers de kilomètres de nos postes sédentaires, ou simplement k un seul, ce qui revient au même. C'est donc k bord que ie porte-amarre devrait être en permanence. ■

— Sauvetage des objets submergés. Le sauvetage des objets submergés se fait au moyen de plongeurs qui descendent dans l'eau en se servant de cloches ou de scaphandres. Après avoir découvert l'épave, les plongeurs l'amarrent solidement, puis, k un signal convenu, des hommes placés sur un ponton ou dans un bateau l'élèvent k la surface à l'aide des machines élévatoires usitées dans l'industrie. Au lieu de ces machines, on emploie quelquefois des tonneaux, des caisses, des ballons ou des outres de dimensions appropriées. Ces appareils sont immerges v.des, puis, leur amarrage terminé, on les remplit d'air au moyen d'un égal nombre de tuyaux flexiblesotimperiue:ibl>'s communiquant avec de puissantes pompes foulantes. Ils s'élèvent aussitôt en vertu de leur poids spécifique et entraînent avec eux l'objet auquel ils ont été attachés. On a proposé quelquefois de remplacer l'air par un gaz obtenu par une réaction chimique, mais ce système n'a pu devenir pratique.

Parfois, c'est un navire tout entier dont on veut opérer le sauvetage, « Dans les cas ordinaires, dit le commandant Bonnefoux, des plongeurs vont attacher au bâtiment submergé des amarres qu'on fixe ensuite k de

SAUV

forts pontons, lesquels se placent au-dessus, lors de la marée basse. La mer montante relève le navire, que les pontons transportent alorsàun point moins profond, et l'on continue de la même manière jusqu'à ce que l'épave soit amenée k un point qui découvre de basse mer. S"il n'y a point de marée an lieu du naufrage, on charge les pontons autant que possible, on roidit les amarres, et, en déchargeant ensuite les pontons, ils s'allègent et effectuent ainsi le relèvement. •

De nos jours, \o sauvetage des navires naufragés a donné lieu k de nombreuses recherches; mais tous ceux qui en ont fait l'objet de leurs études se sont bornés à proposer des modifications plu3 ou moins heureuses aux procèdes déjà connus. Un seul inventeur, M. Ernest Bazin, d'Angers, est sorti des voies ordinaires et a créé un système véritablement nouveau. Ce système, expérimenté k Paris au mois de juin 1866, a réussi admirablement avec des appareils construits sur une très-petite échelle. Il lui reste encore k obtenir la sanction de la pratique sérieuse.

■ Le système Bazin, dit M. ifuifine, n'a rien de commun avec tous ceux qui l'ont précédé; il n'eui| loie ni ballons, ni caisses ou chaloupes de renflouage, ni plongeurs. Au moyen d'un observatoire ou explorateur sousmarin, l'opérateur descend dans la mer. Arrivé k la profondeur voulue, il photographie, k la lumière électrique, le navire submergé. 11 remonte aussiiôt pour se renfermer dans le silence du cabinet. Lk, l'examen de l'épreuve photograph que lui fait connaître la position de l'épave, et, cette connaissance acquise, il dispose l'appareil d'extraction. Cet appareil est alors descendu dans la mer, et, au bout de quelques heures, il reparaît avec le navire qu'il a saisi. L'opèratiou demande k peine une journée.

» L'observatoire sous-niarin se compose de deux énurmes tubes cylindriques de 2 mètres de longueur, dont l'un est couché sur l'autre de manière k former un T. Ils sont faits d'une tôle épaisse de 0^,013, travaillée comme celle des chaudières k vapeur.

» Le tube inférieur, c'est-k-ilire celui qui est vertical, constitue une sorte de colonne creuse dans laquelle un homme peut se tenir debout et se mouvoir k l'aise. Un oeil-debœuf, protégé par une grande lentille de verre de 0lII,12 d'épaisseur, permet au regard d'embrasser tout le champ de lumière qu éclaire une lanterne électrique placée dans le cylindre supérieur.

» De petits tubes en caoutchouc correspondent avec le cylindre inférieur; ils sont destinés, d'une part, à renouveler la provision d'air, renouvellement qui se fait un moyen d'une pompa foulante; d'autre part, k communiquer, k l'aide d'un fil électrique, les appels ou les renseignements de l'observateur. Toutefois, le renouvellement de l'air respirable n'est pas absolument nécessaire, car, au moyen d'une disposition particulière, M. Bazin peut, ainsi que l'expérience l'a plusieurs fois démontré, séjourner jusqu'à une heure et demie sans que la pompe ait besoin an fonctionner, et aune protondeur de 80 mètres.

» L'observatoire est lesté avec des boulets du poids de 900 kilogrammes. II pèse, avec son lest, 2,700 kilogrammes. On l'attache, au moyen de chaînes ou de câbles en fer, au bout de la vergue du navire qui le porte, et il peut ainsi ou être des etiilu dans l'eau, ou être remorqué dans toutes les directions. Les chaînes sont manœuvres par un treuil k vapeur de la force de G à 8 clievuux.

■ La lampe électrique est d'une grande simplicité. Elle ne contient pas de mouvement d'horlogerie.... Quant k sa puissance éclairante, nous dirons, pour en donner une idée, qu'à 25 et 30 mètres de profondeur, on y voit encore comme en plein jour.

• L'appareil d'extraction est à lui seul une merveille d'originalité. Qu'on se figure un immense tilet à inailles gigantesques, qui descend sur le navire submergé et l'enveloppe sans qu il puisse se dégager. Ce filet cyclopéen est muni d'un tube circulaire, imperméable, et c'est en remplissant ce tube d'air comprimé que le filet se soutient et s'étend dans son entier développement. La séparation du filet du flotteur permet l'immersion de l'engin, qui plonge alors entraîné par son lest et vient couvrir et einmailler le navire. >

— Sauvetage dans les incendies. V. pompier et Sac de Sauvetage.

— Médaille de sauvetage. V. médailles d'honneur.

SAUVETÉ s. f. (sô-ve-té — rad. sauf).

Etat d'une personne ou d'une chose mise hors de danger . Etre en lieu de sauvete. Celte menace pourrait donner de la crainte à un autre et ferait songer à un plus sage que moi à se mettre en sauveté. (Volt.) il Ce terme a vieilli.

SAUVETER v. a. ou tr. (sô-ve-té — rad. sauvetage). Opérer un sauvetage.

SAUVETERRE s. in. (sô-ve-tè-re — delà commune de Suuveterre , d'où on le tire) Comm. Marbre noir, veiné da blanc et de jaune, et marqueté de blanc.

SAUVETERRE, village de France (Basses- Pyrenées), eh.-l. de caut., arrond. et k 20 kilom. d'Orthez, k 766 kilotn. de Paris, sur ta rive droite du gave d'Oloron , à 2 kilom. audessus de la jonction de ce gave et de la Sai-

SAUV

son ;pop.aggl.,88Shab. — pop. tôt., i,3sshab. Sauvsterre est surtout célèbre dans l'histoire par le passage de Philippe le Hardi en 1276, lorqu'il essaya de pénétrer en Castille pour contraindre les cortès k révoquer le décret qu'elles avaient rendu en faveur de Sanche, :ils d'Alphonse le Sage. Le roi de France atteignit Sauveterre avec une armée mal approvisionnée, qui ne tarda pas k subir toutes les horreurs de la famine , et il dut s'estimer heurfux de recevoir la nouvelle d'une trêve. La chronique de saint Magloire a consacré ce souvenir dans ces deux vers :

En Espagne et Saulveterre ASla le roi folie querre (quérir).

Sauve terre était au moyen âge une place assez importante; elle soutint victorieusement un siège contre le prince d'Orange. Les débris d3 son château de Montréal et de ses anciens remparts, la tour de défense qui se dresse encore sur la seule culée qui reste d'un pont en ruine attestent le rôle militaire que ia ville dut jouer jadis. On ne saurait assigner une date précise à la construction du château. La tour d'angle du sud-est paraît cependant remonter au xv« siècle. Sauveterre possède une église assez curieuse, classée, de même que la tour du pont, au rang des monuments historiques. C'est un édifice roman dans le style du xi» au xiis s ècle. Des bas -reliefs malheureusement incomplets, représentant le Père éternel, les évnngélistes et les anges, ornent le portail à plein cintre. L'intérieur se compose de quatre nefs, séparées par des arcades romanes à piliers de formes diverses. La tour carrée du clocher, assez pareille à un donjon féodal, s'élève au-dessus du point d'intersection dt la grande nef et du transsept.

Aux environs de Sauveterre se trouve un gisement peu important de houille.

SAUVETEUR s. m. (sô-ve-teur — rad. sauver). Mar. Celui qui prend part à un sauvetage : S AUVETiiUR contre la mer et ses dangers, il est .rotdat contre l'émeute. (Sulvundy.) Il Moyen, appareil quelconque employé pour le sauvetsge.

— ■ ad, . Qui sert au sauvetage : Bateau sauveteur.

SAUVEUR s. m. (sô-veur — rad. sauver).

Libérateur : Se jeter aux pieds de son sauveur. Sauveur de son pays. Ce jeune roi est comme il oïse, l'enfant sauvé des funérailles de toute sa race; qu'il soit comme lui le Sauveur et le libérateur de son peuple. (Mass.) A aucune époque, l'humanité n'eut plus de sauveurs que de notre temps. (L. Reybaud.) Au jour du péril, on sait comment se sauvent les prétendus sauveurs de la société, (E. de Gir.)

— Re.ig. Jésus-Christ, envoyé sur la terre pour sauver les hommes : Le Sauveur du monde. Le Sauveur de nos âmes. Notre Sauveur Jtsus-Christ. Dieu nous a envoyé un sauveur humble, un sauveur qui n'est curieux que du salut des hommes, un sauveur noyé dm s la peine et qui est un homme de douleurs. (Boss.) L'encens fume sans cesse devant le berceau du Sauveur. (Chateaub.)

Cieux, répandez votre rosée.

Et <.ue la terre enfante son Sauveur.

Racine.

— Par ext. Celui qui rend la santé, ou tout obj'it capable de rendre la santé : Ce médecin, ce remède a été mon sauveur. (Aead.)

— Ma-, Se dit quelquefois pour sauveteur.

— La Saint-Sauveur, Nom donné autrefois k la fête du Saint-Sacrement.

— Hist, relig. Secte du Sauveur, Nom donné à une set te russe, il Congrégation de Noire- Sauveur, Institut de chanoines réguliers de Saint-Augustin. Il Saint-Sauveur de Messine. Abbaye .'ondée en U57. Il Congrégation de l'ordre dt Sauveur, Ordre fondé par sainte Brigitte vers l'an 1344. Il Congrégation de Saint - Sauveur de Boulogne, Congiégation fondée et 1368. Il Chanoines réguliers de Notre • Sauvîur, Membres d'une congrégation réformée en 1623, et sécularisée en 1628 par Urbain V;il.

— Ordres du Sauveur ou de Saint- Sauveur, Nom dom;é à plusieurs ordres de chevalerie.

— adj. Qui délivre : Dieu sauveur.

— Qui rend la santé : Les yeux fixes, il attendit intrépidement le moment d'administrer le ret.icde sauveur. (Alex. Dumas.)

— Ëncjcl. Hist. Ordre du Sauveur ou du Saint-Sauveur. Plusieurs ordres de chevalerie ont porté ce nom à différentes époques, on Espagne, en Suède et en Grèce. Nous allons les énumè.er :

— Ordrii des chevaliers du Saint- Sauveur. Il fut inslLué en Espagne vers l'année 1118, par Alphonse 1er, Voi d'Aragon, qui s'en déclara le chef. La règle de cet ordre avait la plus grande analogie avec celle des templiers. C'étaient mêmes devoirs et mêmes vœux; toutefois, les chevaliers de Saint- Sauveur avaient la liberté de se marier. Ils portaient jour marque dislinctive une croix ancrée de gueules sur une robe blanche. Cet ordre, aius i que la plupart des autres ordres d'Espagne, avaii été créé pour combattre les infidèles, et il tomba naturellement en désuétude quand les Maures eurent été entièrement chi.ssés de la péninsule.

— Ordru de Saint-Sauveur de Montréal.

Il fut institué en Kspagne comme le jpréeé-

SÀUV

dont, mais deux siècles plus fard, de 1313 a 1317, par Alphonse XI, roi de Castille et de Léon. Ordre religieux et militaire, il remplaça celui du Temple dans la garde de la ville de Montréal , qui avait été confiée à ce dernier par Alphonse VII, fondateur de cette ville en 1121. Le concile de Vienne ayant supprimé les templiers , Alphonse XI les remplaça à Montréal par les chevaliers du Saint-Sauveur. Cet ordre avait son chef-lieu au château de Montréal, d'où son nom. Sa règle était semblable à celle qu'avaient suivie les templiers ; on y faisait vœu d'exposer sa vie pour le soutien de la foi, de poursuivre les Maures et de les chasser de l'Espagne; quand ce but fut atteint, l'institution disparut. La décoration consistait en une croix rouge, dont chaque branche se divisait en deux cornes pointues et recourbées; elle se portait brodée sur un habit blanc.

— Ordre de Saint-Sauveur de Suède. Il fut fondé en 1521, par Eric XIV, roi de cette contrée, le jour même de son mariage avec la princesse Catherine, sœur du roi de Pologne Sigismond , eu mémoire de son couronnement. Cet ordre, paraît-ii, ne dura que fort peu de temps; l'existence en est même niée par beaucoup d'auteurs sérieux, qui prétendent n'avoir trouvé aucun document contemporain relatif à cette institution. Ceux qui prétendent que cet ordre exista affirment que le collier des chevaliers était composé de chérubins et de colonnes d'or et supportait l'image du Saint Sauveur renfermée dans un ovale.

— Ordre du Sauveur. Cet ordre a été établi en Grèce le l«juin 1833, par Othon 1er, et mis par lui sous l'invocation de Jésus- Christ,» en mémoire de la délivrance de la Grèce du joug des Turcs. j> L'ordre est destiné à récompensertous les genres de services. Il se compose de cinq classes : les grands-croix, qui sont au nombre de douze, les grands commandeurs au nombre de vingt, les commandeurs au nombre de trente , les chevaliers de la croix d'or et ceux de la croix d'argent en nombre illimité. Le roi est grand maître de l'ordre et à lui sont réservées les nominations et les promotions. La décoration consiste en une croix à huit rayons émaillés de blanc, surmontée de la couronne royale. Le médaillon

*du centre, qui est entouré d'une couronne de chêne et de laurier, porte d'un côté la croix grecque avec les insignes des armes royales et l'inscription suivante eu grec : Seigneur, ta main droite a été glorifiée dans sa force. De l'autre côté est l'effigie du fondateur, avec cet exergue : Othon , roi de la Grèce. Le ruban qui supporte la croix est bleu de ciel moiré, avec une raie blanche à chaque bord. Les giands-cruix le portent en éeharpe de gauche à droite ; ils portent, en outre, sur le côté droit de la poitrine, une plaque en forme d'étoile à rayons d'argent, avec une croix blanche au milieu; tes mêmes inscriptions se reproduisent sur la plaque. Les grands commandeurs portent la décoration avec un ruban autour du cou et descendant jusque sur la poitrine ; la droite de la poitrine est égalementdécorée d'une plaque. Les commandeurs portent la décoration au cou, maïs n'ont pas de plaque. Les chevaliers de la croix d'or et de la croix d'argent mettent la décoration à la boutonnière.

Sauveur ( CONGRÉGATION Ou ORDRE DU

Saint-). V. Brigitte (ordre de Sainte-).

SAUVEUR (SAINT-), hameau de France (Hautes-Pyrénées), commune de Luz , arrond. et à 22 kilom. S.-E. d'Argelès, sur la rive gauche du gave de Pau; 76 hab. Exploitation de marbres. Etablissement de bains qui pourra un jour devenir important. Nous ne saurions mieux faire que d'emprunter au Voyage dans les Pyrénées de M. Taine le croquis à la fois le plus sommaire et le plus complet du petit hameau de Saint-Sauveur. «Saint-Sauveur, dit le célèbre écrivain, est une rue en pente, régulière'et jolie, sans rien qui sente l'hôtel improvisé et le dé- Cor d'opéra. Elle n'a ni la grossièreté rustique d'un village, ni l'élégance riche d'une ville; tout y est simple, propre et de bon goût. Les maisons alignent sans monotonie leurs croisées encadrées de marbre brut. A droite, elles s'adossent contre des rochers à pic d'où Tenu suinte ; à gauche, elles ont sous les pieds le gave qui tonne au fond d'un précipice. » Quant à l'histoire de Saint-Sauveur, elle peut se résumer en deux mots, car elle date d'hier. Un évêque deTarbes, nommé Gentien d'Amboise, cherchant, dit-on, un refuge contre les persécutions des protestants, s'était établi k Luz. Il y découvrit les sources minérales actuelles et y lit construire une chapelle portant au fronton l'inscription suivante : Vos haurietis aguas e fontibus Saluatoris. De là l'origine du nom actuel de la localité. Au Xviiib siècle, les sources de Saint-Sauveur étaient k peu près oubliées, lorsque M. de Besegna, professeur de droit k Pau, ayant trouvé dans ces sources une guérison qu'il avait vainement cherchée ailleurs, recommanda ces eaux dans de nombreux mémoires. Elle3 commencèrent dès lors k être fréquentées assidûment. Elles eurent sous ■l'Empire un commencement de vogue ; enfin, sous la Restauration, le patronage de la duchesse d'Angouléine et celui de la duchesse de Berry achevèrent de les mettre à la mode, et depuis cette époque le nombre des baigneurs a toujours suivi une progression con-

SAUV

stante. Deux colonnes de marbre, placéesaux deux extrémités du village, rappellent encore aujourd'hui les visites auxquelles Saint-Sauveur doit la fortune qu'il a fini par conquérir.

Ces colonnes ne sont pas les seuls monuments de Saint-Sauveur. Il faut encore men tionner la nouvelle église de Saint-Joseph, située à l'extrémité du village : c'est un édifice gothique surmonté d'une flèche élégante; l'intérieur de la nef, très-simple, mais trèsbien proportionné, est éclairé do beaux vitraux modernes. La façade de Saint Joseph regarde la vallée de Luz. Enfin, et surtout, il faut se garder d'oublier le monument principal de Saint- Sauveur , le pont qui met en communication le village avec la route de Gavarnie. Sa construction, dirigée par les architectes Gratelot et Bruniqnel, a duré deux ou trois ans. « Ce pont grandiose, dit M. Joanne, a 67 mètres de longueur. L'ouverture de l'arche est de 47 mètres, et la clef est k 65 mètres au-dessus du torrent. Pour élever la voûte, les constructeurs ont dû dresser au-dessus du gave plusieurs ponts en bois superposés. Quand on vient de Luz, l'arche semble une porte gigantesque, donnant acci's vers la gorge sauvage au fond de laquelle mugit le torrent. Mais c'est d'en bas surtout q ue le pont offre un aspect grandiose. Du coté de Saint-Sauveur, le flanc des rochers a été taillé de manière à former de charmantes allées qui descendent jusqu'au gave, à travers des plates-bandes garnies d'arbustes et soutenues par des rampes gazonnées. Du côté opposé, la promenade s'arrête k la naissance de la pile, sur un promontoire en saillie au-dessus du torrent. De cet endroit, l'aspect de l'énorme voûte qui se déroule k 50 mètres plus haut est tout à fait saisissant, a

— Les eaux. Les sources de Saint-Sauveur sont au nombre de deux : source de l'Etablissement et source Hontalade. La première renferme des sulfures et des sulfates de soude. Dans Ja seconde , on a trouvé en plus des traces d'iode. En voici au surplus l'analyse exacte, donnée par M. Filhol*

SAUV

Sulfure de sodium. . . .

Chlorure de Sodium. . .

Sulfate de soude

Silicate de soude

Silicate de chaux

Silicate de magnésie . .

Silicate d'alumine. . . .

Silicate de potasse.. . .

Matière organique. . . .

Iode.

Acide borique

Borate de soude

Azote

SOURCE

SOURCE

de l'Etablis-

sement.

Hontalade.

Sr-

gr-

OjOO'S

0,00GÛ

tracs

traces

traces

traces

q. not.

q. not.

Les eaux de Saint-Sauveur snurdent du terrain primitif. Le débit de la source principale est de 1,240 hectolitres en vingtquatre heures; température k la douche 33«, à la baignoire 32°, à la Hontalade 22°; l'eau est limpide, à odeur et saveur hépatiques, onctueuse à la peau et dégageant comme l'eau de Baréges des globules de gaz dans le verre. Sédatives, douces, hyposthénisantes, les eaux de Saint-Sauveur agissent principalement sur le système nerveux. Elles ont longtemps passé pour favoriser la conception. Il est fâcheux que la vivacité de l'air, que le climat assez rude et chargé de brouillards fréquents, ainsi que la température un peu basse des bains, rende ces eaux impossibles à employer pour certains malades. Le nombre des malades qui les fréquentent annuellement est d'environ 300. La saison dure de mai k fin septembre. .

L'établissement de bains se compose d'un beau portique sous un double rang de colonnes, d'un style aisé et simple, en marbre d'un gris bleuâtre. Une terrasse plantée de tilleuls surplombe le gave, et l'eau de la source sort en gerbe blanche au pied du mur d'appui. Il est regrettable seulement , au point de vue du confortable, que cet établissement ne contienne ni la gulerie couverte ni la salle d'attente que les malades trouvent dans toutes les villes de bains. Un autre établissement est d'ailleurs ouvert depuis 1858, près de la source de la Hontalade. Mais peu de stations thermales présentent un aussi magnifique paysage et des promenades plus admirablement variées. Les sentiers sinueux du jardin anglais descendent jusqu'au gave, qui se tord en mugissant au fond d'un précipice abrupt.» Mais le plus étrange spectacle, dit M. Taine que nous citerons encore une fois, est celui de la muraille de rocher qui fait face : la montagne a été fendue perpendiculairement comme par une immense épée, et l'on dirait qu'ensuite des mains acharnées et plus faibles ont mutilé cette première entaille. Du sommet jusqu'au gave, la roche a la couleur du bois mort écorché ; le prodigieux tronc d'arbre, fendillé et déchiqueté, semble moisir là depuis des siècles; l'eau suinte dans ses déchirures noircies comme dans celles d'un bloc vermoulu; il est jauni de mousses semblables k celles qui végètent dans ia pourriture des chênes humides. • Il faut enfin mentionner le plateau de la Hon-

talade, dominant Luz et Saint-Snuveur : le chemin de Sassis, la route de Gavarnie, etc.

SAUVEUR-I-ENDEI.1N (SAINT-), bourg de France (Manche), ch.-lieu de cant., arrond. et à 10 kilom. N. de Coutances; pop. aggl., 375 hab. — pop. tôt., 1,658 hab. Filature de laine,

SAUVECR-LE-V1COMTE (SAINT-), bourg de France (Manche), chef-lieu de cant., arrond. et à 15 kilom. S. de Valognes, sur la Douve; pop. aggl., 2,137 hab. — pop. tôt., 2,542 hab. Ruines d'une abbaye de bénédictins. Cette abbaye célèbre ne fut très-probablement à l'origine qu'une simple chapelle édifiée dans l'intérieur du château, en 913, par Richard le Danois, premier baron de Saint- Sauveur, et consacrée l'année suivante par Herbert I", vingt-neuvième évêque de Coutances. Convertie en collégiale par Richard II, troisième baron, et confirmée par Hugues Ier, trente-deuxième évêque de ce diocèse, elle devint, cinquante et un ans après, en 1049, sous un Néel, sans doute troisième du nom, une abbaye de bénédictins. L'abbaye conserva pour patronne la Sainte-Trinité, sous la protection de laquelle Richard le Danois avait placé la chapelle originaire. Peu après la conquête de l'Angleterre par Guillaume III, la communauté, vu le nombre toujours croissant de ses membres, fut transférée (1067) de l'intérieur du château dans le lieu où ses ruines se voient encore aujourd'hui. Sa position sur la rive droite est à très-peu de distance de la Douve, au milieu de prairies et d'herbages d'une grande fertilité. Le point de vue des ruines est remarquable. Les dons et les avantages que Néel, son fondateur, avait pu faire à la communauté furent dans la suite confirmés par Henri II, roi d'Angleterre. En 1150, l'église fut consacrée en présence de Jourdain de La Roche-Tesson par Algare, quarante-troisième évêque du Coutances. Richard d'Harcourl, qui épousa une fille de Jourdain, fut aussi un des bienfaiteurs du monastère; trois des plus célèbres familles de Normandie, celles des Néel, des La Roche-Tesson et des d'Harcourt, ont donc, par conséquent, contribué à l'édification de cette abbaye. Avant la destruction de l'église, il était facile de distinguer la part que chacune d'elles y avait prise ; le portail, quoique refait depuis en partie, la portion de la nef y attenant et dont les arceaux étaient de style roman, appartenaient évidemment à la première ; la continuation de la nef et une portion du chœur k la deuxième, et la partie où l'on remarquait les armes d'Harcourl à la troisième. Après la mort de Godefroy d'Hareourt en 1356, à la bataille de Coutances, la baronnie de Saint-Sauveur échut k Edouard III, lequel en fit don k Chandos. Chandos ne tarda pas à ordonner la destruction totale du monastère (1370), dans la crainte qu'une armée française qui viendrait faire le siège du château ne uûts'y loger et trouver des ressources. L'abbé se retira alors avec ses religieux à i'abbaye de Cherbourg, puis à Jersey ; mais la haine d'Edouard III les y poursuivit et le peu de biens qui leur restait fut confisqué. Des lors, l'abbaye disparaît pour ainsi dire, et ce n'est qu'en 1422 que l'ofticial de Valognes, par ordre des états de Normandie, alors rassemblés à Vernon, de l'agrément du duc de Bedford, régent du royaume pour Henri V, roi d'Angleterre, et k la sollicitation de Michel de La Hougue, vingt et unième abbé, obtint la réintégration à la suite d'une enquête. Le monastère commença à se rééuitier peu à peu après la bataille de Formigny et l'entière expulsion des Anglais de la province. Quelques arches de la nef de l'église furent refaites alors et surchargées, comme beaucoup d'autres parties de eut édifice, d'ornements de sculpture qui ne pouvaient appartenir k l'architecture sévère des premiers temps de sa construction. Les boiseriesqui entouraient le chœur et celles qu'on remarquait dans les diverses chapelles étaient toutes en chêne sculpté, d'un travail et d'un fini parfaits. Les stalies, ornées de bizarres figures, étaient également eu bois de chêne. Quelques-unes de ces boiseries ont été recueillies et conservées. Elles pourront être remises k leurs anciennes places lorsque la restauration du chœur, en cours d'exécution, sera achevée. Un aigle en bronze, d'une très-grande dimension, servait de lutrin; cet aigle a été fondu en 1792. Enfin , les verrières de l'église de l'abbaye étaient célèbres. Vers le milieu du bas-côté gauche de l'église , on voyait encore avant l'époque de sa démolition une pierre funéraire. La tradition voulait que cette pierre recouvrît le corps du domestique de Thomas Becket, évoque de Cantorbéry, assassiné comme ou sait par ordre de Henri II, au pieu même de l'autel. Une légende sinistre se rattache à cette tombe. La pierre offrait sur ses bords des rainures profondes de 0^,02 à 0U1,03 et, de plus, trois trous qui la traversaient, disait-on, dans toute son épaisseur : deux étroits et de forme arrondie a la partie moyenne, et un troisième plus large, d'une forme oblongue et transversale, situé k la partie inférieure.' Elle était d'une couleur verdâtre et comme imprégnée d'un corps gras. La tradition rapportait que ces ouvertures avaient été produites par les pouces de chacune des mains et par un des pieds du défunt et résultaient de3 efforts qu'il avait faits pour sortir de son

SAUV

tombeau, et que les moines de l'abbaye avaient versé de l'huile bouillante sur cette pierre pour empêcher le mort de se relever. D'autres tombes moins curieuses se voyaient encore dans l'église de Suint-Sauveur. Quant à l'importance de l'abbaye, on en aura une idée quand nous aurons dit que les prieurés en dépendant étaient au nombre de cinq dans le diocèse de Coutances, que l'abbé et à son défaut le chapitre avaient le droit de présentation k dix-neuf cures dans le même diocèse, et que les abbés, comme les barons et les vicomtes de Sainl-Sauveur, avaient le droit de siéger a la cour de l'Echiquier de Normandie. Parmi ces abbés, nous voyons figuier les noms de Louis II, duc de Nogaret, cardinal de La Valette, .archevêque de Toulouse, de Charles II de Montchal, et ceux de Choiseul, de Renan, de Nicolaï, etc. Dès 1472, les abbés réguliers avaient été remplacés par des abbés commendutaires. En 1791, les nombreuses terres et les bois appartenant à cet établissement religieux furent divisés et vendus par le gouvernement à des particuliers. L'enclos, les bâliiner.is de la ferme, l'abbatiale, les prairies, quelques herbages et quelques bois furent achetés en un seul lot; mais, malheureusement, l'église, les 'bâtiments du cloître, c'est-à-dire les monuments qui offraient une valeur et des souvenirs archéologiques, furent abattus et les matériaux vendus ou donnés. Aujourd'hui, les ruines et l'ancien enclos de l'abbaye de Saint-Sauveur sont la propriété des sœurs des écoles chrétiennes de la Miséricorde.

On voit aussi au bourg de Saînt-Sauveur-le- Vicointe les ruines d'un ancien château fort.

Avant les invasions normandes, il existait déjà un château de Saint-Sauveur, a une lieue à l'ouest du château actuel ; ce château fut détruit par les pirates. Le territoire trèsétendu du bourg de Saint-Sauveur fut alors donné par le duc Rollon à Richard, un de ses parents et de ses principaux capitaines. Richard y construisit, au bord de la rivière, le château sur l'emplacement duquel se trouvent aujourd'hui les ruines de l'abbaye (v. plus haut). Un des descendants de Richard, appelé Nêel, se révolta conire Guillaume le Conquérant; vaincu et exilé, il recouvra cependant à son retour la baronnie de Saint- Sauveur, mais il perdit celle de Nehou (habitation de Néel). 11 agrandit alors sa demeure et fonda, comme nous l'avons dit plus haut, l'abbaye. Le domaine passa ensuite dans. la famille d'Harcourt, par mariage avec une héritière de la maison de Tesson, qui l'avait acquis de la même manière- Le neveu de Robert d'Harcourt, par sa forfaiture en 1344, perdit la châtellenie de Saint-Sauveur. Ce fut lui qui, en 1346, conduisit les Anglais dans le cœur de Sa patrie et qui, après avoir ravagé le pays, fut tué dix ans plus tard en se retirant de Coutances sur Saint-Sauveur. Le château fut cédé par le traité de Brétigny au roi d'Angleterre, qui en lit don à Jean Chandos. Ghandos y accomplit de grands travaux de fortification, ] et c est notamment lui qui lit faire le magni- | tique donjon que dérigure aujourd'hui une | toiture absolument en désaccord avec le style ! de la forteresse. En 1373, après un siège long et sans issue, l'amiral Jean de Vienne obtint, moyennant une grosse somme, la reddition do la place , qu'occupaient toujours les Anglais. Ceux-ci y rentrèrent néanmoins sous Charles VI, mais le château ne tarda , pas à être repris. Depuis cette époque, il est î rarement fait mention, dans l'histoire , du château de Saint-Sauveur. Il fut successivement abandonné par les rois de France, d'abord comme récompense de services militaires, ensuite comme gage de dettes contractées par la couronne et enfin comme apanage, à des princes du sang. Pendant ce temps, vers le milieu du règne de Louis XIV, on y établit un hôpital, qui avait subsisté jusqu'à la révolution de 1789 dans un état passable, approprié aux besoins de la localité, et qui est maintenant dans un grand dénûment. C'est k cette appropriation que le vieux château dut de traverser la Révolution sans y voir sombrer son antique tour. Ce qui distingue principalement le château de Saint-Sauveur, c'est la division de son enceinte en deux enceintes ou forteresses qui permettaient aux assiégés de supporter deux assauts avant de se rendre. On pénètre d'abord par une espèce de poterne formée par la réunion de deux tours , et l'on se trouve au milieu d'un assez vaste enclos défendu par six tours, sans y comprendre le donjon ; c'est la première enceinte, celle qui, eu raisou de sa proximité du point d'attaque , était la plus susceptible d'être emportée. L'entrée de la deuxième enceinte s'annonce par deux énormes tours de près de 10 mètres de diamètre, qui sont aujourd'hui à peu près rasées, ou plutôt dont la partie supérieure se trouve retondue avec un nouveau bâtiment élevé au-dessus de la porte d'entrée. Quant à celle-ci, qui est placée entre-deux, elle a conserve encore son aspect militaire, eton y retrouve facilement les traces ues rainures qui devaient servir aux herses et aux ponts-levis. On pénètre alors dams le preau proprement dit, autour duquel s'élèvent le donjou, deux tours assez importantes encore et trois autres tours plus pentes, à peu pies détruites, et dont il ne leste que la partie circulaire extérieure, ra-

SAUV

sée à la hauteur du mur d'enceinte. Tel est sommairement l'aspect extérieur du château. On pénétrait dans le donjon par un escalier volant en bois; au premier étage, on trouve une immense pièce, à peu pies carrée et éclairée par six grandes fenêtres. C'est la plus remarquable du donjon. L'épaisseur de la voûte supérieure qui supportait jadis la plate-forme est malheureusement effondrée. Nous allions oublier la salle du rez-de-chaussée du donjon, vaste et voùtèe, qui sert aujourd'hui d'hôpital; cette salle est soutenue par un large pilier octogone qui en occupe la partie centrale et sur lequel viennent s'appuyer les voûtes de forme ogivale, divisées en quatre grands compartiments, Elle se présente sous un aspect sombre et mystérieux, que l'on doit principalement attribuer à la couleur noire de ses murs et au faible jour qu'elle reçoit seulement de deux ouvertures jadis cintrées, aujourd'hui garnies de croisillons, qui s'ouvraient dans sa face antérieure. Cette couleur noire des murs provient d'un incendie qui se déclara dans la pièce à l'époque où l'édifice fut transformé en hôpital. Cet accident amena la découverte d'un caveau inférieur du donjon, qui devait jadis servir d'oubliettes et dont on avait vainement cherché l'ouverture jusque-là. Ce caveau n'a d'ailleurs jamais été exploré, aucun ouvrier n'ayant voulu s'y risquer. Quant au mur d'enceinte du château, il n'a rien qui puisse lixer l'attention de l'archéologue. Une tour aujourd'hui utilisée en colombier mérite encore un souvenir; elle se termine par un toit pointu, soutenu seulement par le dôme de la voûte du dernier étage, qui l'orme alors un cône en maçonnerie sur lequel sont appliquées les ardoises. Tout autour règne un chemin de ronde auquel l'escalier tournant aboutit. Tel est ce curieux monument féodal qui mériterait peut-être d'attirer l'attention du gouvernement et d'être de la part de M. Viollet-le-Duc l'objet d'une de ces merveilleuses restaurations dont le château de Pierrefonds actuel nous a révélé te secret.

Sauveur (églises Saint-), ancienne église de Paris, Dès le commencement du xiii" siècle, une succursale deSaint-Gennain-l'Auxerrois, désignée sous le nom de Chapelle-de-la-Tour,' existait dans la rue Saint-Denis, à l'endroit où s'ouvrit plus tard la rue Saint-Sauveur. Cette chapelle, érigée en 1284 en église paroissiale, sous le titre de Saint-Sauveur, fut rebâtie sous le règne de François Ier, puis réparée en 1713. L'illustre peintre Coypel contribua à la décoration de cette église, où il peignit un plafond qui était un chef-d'œuvre ; les marguilliers lui intentèrent un procès au sujet du payement de ses travaux, et l'on assure que le chagrin que lui causa ce mauvais procédé lui donna une maladie dont il mourut dans toute la force de l'âge et du tulent-

En 1787, l'église Saint-Sauveur menaçait ruine; on l'abattit, et on avait commencé à la reconstruire sur un plan donné par l'urchitectePoy et, lorsque survint la Révolution, qui arrêta les travaux. Sur l'emplacement de 1 église Suint-Sauveur, devenu propriété particulière, on établit des bains publics.

Sauvai assure que Turlupin, Gaultier-GarguiilâjGros-Guillaume et Guillot-Gorju étaient enterrés duns cette église,

SAUVEUR (Joseph), géomètre et physicien français, né à La Flèche en 1653, mort à Paris en 1716. Atteint de surdité en naissant, il resta muet ju»que vers l'âge de six ans, époque où il recouvra en partie l'ouïe et la parole. De bonne heure, il manifesta une remarquable aptitude pour la mécanique, et il apprit les mathématiques presque sans maître. Son père, qui était notaire, le destinait à l'état ecclésiastique. Il l'abandonna à luimême lorsqu'il le vit s'obstiner à ne vouloir s'occuper que de sciences. Sauveur, presque sans argent, partit un jour pour Paris, ou il fut forcé de donner des leçons pour vivre. Ayant été distingué par Mme de La Sablière, il compta bientôt parmi ses élèves des jeunes gens appartenant aux premières familles de la cour et fut nomme, en 1680, maître de mathématiques des pages de la daupliine. Il devint professeur au Collège de France en 16S6. Le grand Condé montrait pour lui beaucoup d'alfection et l'appelait souvent à Chantilly, où il fit des expériences hydrostatiques avec Mariotte. En 1691, Sauveur alla assister au siège de Mons, pour y étudier l'art des fortifications, et il entra k l'Académie des sciences en 1696. Ce savantacquit une grande réputation, surtout par ses expériences d'acoustique et sa théorie musicale. Ses travaux sur cette partie de la physique ont été trèsremarques. Avec l'aide de musiciens habiles, il parvint à déterminer, soit dans un tuyau d'orgue, soit dans une corde sonore, le nombre de vibrations correspondant k un son fixe pris pour terme de comparaison, et il créa l'acoustique musicale. Outre ses remarquables expériences sur les cordes et les lames vibrantes, ou lui doit la démonstration mathématique de la formule qui exprime par une exponentielle la résistance du»; au frottement d'une corde enroulée sur un cylindre. Sauveur publia une Géométrie élémentaire (iu-40) et plusieurs mémoires qui parurent dans le Recueil de l' Académie des sciences, notamment : Détermination d'un son fixe (1702); Application des sons harmoniques à la coin-

SAUV

position des jeux d'orgues ( 1707 ) ; Méthode générale pour former les systèmes tempérés de musique (171 1); Table générale des systèvies tempérés de musique (1713); Rapport des sons des cordes d'instruments de musique aux flèches des courbes et nouvelle détermination de sons fixes (1713); Sur le système général des intervalles des sons , etc.

SAUVEUR (Jean-Joseph de), mécanicien et statisticien belge, né en 1798, dans les envi» rons de Liège, où il mourut en 1862. Professeur de médecine légale et d'hygiène à l'université de Liège des 1725, il était en outre membre de l'Institut de Belgique, du conseil de statistique et associé de l'Académie de médecine belge. Il a laissé un ouvrage sur la Flore fossile de Belgique et cinq ouvrages relatifs à l'étude des environs de Liège, au double point de vue physique et statistique.

SAUVE-VIE s. f. Bot. Nom vulgaire de l'asplènie rue de muraille, espèce de fougère, appelée aussi douadille dks murs. v

SACVIAC (Joseph-Alexandre-Betbezé-Larue de), général français, né dans le Languedoc en 1757, mort vers 1817. Lieutenant du génie en 1785, il embrassa la cause de la Révolution, fut nommé capitaine en 1791 et se rendit à Cherbourg, passa en Belgique vers la lin de 1792, puis en Hollande, où il fut blessé par accident le 2 mars 1793; il dut renoncer, à la suite 'de cette blessure, au service actif proprement dit. Il fut nommé commandant de Givet et de Charlemont, avec le grade de chef de demi-brigade ou colonel. Appelé successivement aux Pyrénées-Orientales et en Hollande, il fit preuve de talents stratégiques; mais les suites de sa blessure le condamnaient à une sorte d'inactivité, dont il sortit un moment après le 18 brumaire. Suspendu par le premier consul, après avoir été quelque temps en faveur, il rentra en 1802 dans l'armée, fut nommé général de division et fit, en 1809, la campagne de Portugal sous Junot. 11 r.esta ensuite en disponibilité et fut mis k la retraite k la première Restauration. Sauviac a publié quelques mémoires sur certaines opérationsmilitaires auxquelles il avait assisté, et plusieurs autres ouvrages politiques et administratifs, restés inédits,

SAUVIGNON s. m. (sô-vi-gnon; gn mil.), Agritt. Nom donné k divers cépages.

— Encycl, Le mot sauvignon s'applique k plusieurs cépages qui ne semblent pas appartenir k la même tribu. Le sauvignon de la Gironde étant le plus connu, nous commencerons par nous occuper de lui. Ses caractères distiuctifs sont les suivants : la souche, assez vigoureuse, réussit dans les terrains secs, dont le sous-sol n'est pas argileux, particulièrement dans les graves ; les sarments, de couleur cannelle, sont cannelés, longs et assez menus, k nœuds accusés; les bourgeons, ramassés, s'ouvrent assez tard ; les vrilles sont nombreuses, longues, rameuses ; les feuilles, épaisses, petites, tourmentées, plus larges que longues, ont cinq divisions ; ia denture en est forte et courte; la face supérieure est d'un beau vert foncé et lisse; l'inférieure est duveteuse, marquée de nervures saillantes d'un jaune verdatre ; le pétiole est moyen, faiblement coloré. La fleur coule assez facilement. La grappe, plutôt petite que moyenne, est cylindrique, sans ailes, k grains d'une moyenne grosseur, très-serrés, inégaux, ovalaiies, transparents, fleuris, roux doré à leur maturité ; le pédoncule, très-court, est brun k la maturité ; il est souvent caché par les raisins qui le débordent, ce qui rend la vendange assez diflicile. Les grains sont croquants, d'une saveur sucrée, relevée par un goût de muscat très-fin ; la peau est dure un peu avant la maturité du raisin, mais elle se fond avec la pulpe lorsque le raisin est trèsmûr. Le sauvignon donne en primeur un vin très-rude qui, avec l'âge, prend beaucoup de corps et de bouquet. C'est k lui principalement que le vin blanc de Graves doit sa réputation ; il lui communique un goût de pierre a fusil très-prononcé.

Le sauvignon de Pouilly (sur Loire) présente les caractères suivants : une souche vigoureuse, qui préfère les terrains calcaires, mais qui vient aussi sur les sols maigres ; les sarments droits, couleur cannelle, k noeuds moyennement écartés ; les bourgeons, coniques et assez tardifs, débourrent en avril. Les vrilles sont longues et rameuses. Les feuilles, plus larges que longues, sont épaisses et k cinq lobes ; leur denture est'forte et inégale , leur face supérieure d'un beau vert lisse ; l'inférieure est blanchâtre et cotonneuse ; le pétiole est fort, long et violacé. La fleur, sujette à couler, paraît kla lin de juin. La grappe est forte, pyramidale, allongée, ailée; les grains sont ronds, serrés, d'une belle grosseur, transparents, fleuris, blond doré et piquetés k leur maturité: le pédoncule est fort et long; le raisin, d une saveur médiocre, est recouvert d'une peau épaisse et mûrit tard ; il pourrit facilement. Le sauvignon de Pouilly n'a aucune analogie avec les sauvignons de la Gironde ; c'est nu cépage distinct.

Le cabernet sauvignon a la souche vigoureuse, surtout dans la jeunesse; les sarments, couleur acajou, sont striés et k nœuds rapprochés; les bourgeons, assez ramassés et coniques, débourrent vers la tin de mars; les vrilles, courtes, sont peu rameuses; les feuilles, petites, plus longues que larges,

SAUZ

assez épaisses, très-découpées, k cinq lobes, dont les sinus sont profonds, Ont une denture forte et inégale; leur face supéileure, d'un vert gai, est rugueuse, sans duvet ni coton ; la face inférieure est duveteuse et marquée de nervures saillantes ; le pétiole est long et violacé. La fleur coule peu; La grappe, pyramidale et allongée, est généralement munie de deux petites ailes courtes, peu détachées, garnies de grains serrés, ég.iux, peu volumineux, bleu noirâtre , trèsbiuinès. Le péJoncule est court et brun à sa maturité; le raisin est très-juteux, acerbe, vineux ; sa peau est ferme , sa maturité précoce.

Le sauvignon k gros grains est un raisin de table auvergnat très-recherché ; il tient, en quelque sorte, le milieu entre le muscat blanc et le chasselas. Ilestkgrappes plus allongées que celtes des saimignons de la Gironde; les grains sont jaunes, bien écartés et non tiquetés de points ; leur maturité devance d'une quinzaine de jours celle des autres sauvignons. 11 pourrit promptement et ne produit pas de vin de garde. Le snuinpnon à gros grains est aussi appelé DouciNiiLUi.

SAUVIGJNY (Edme-Louis BlLLARDON DIS ), littérateur français. V. Billari>on.

SAUVO (François), journaliste français, né en 1772, mort en 1859. Attaché k l'âge de vingt-trois ans k la rédaction du Moniteur universel, il en devint le directeur en 1800. N'ayant pas k se préoccuper de la ligne po» litique k suivre, Sauvo s efforça de donner de l'intérêt au Moniteur en y attachant des rédacteurs littéraires et scientitiquesde haute valeur, tels que Silvestre de Sacy, Abel de Rémusat, etc. Le directeur s'était chargé de la partie théâtrale. En 1840, Sauvo fut rem placé à la direction du Moniteur par Alph. Griin.

SAUX, village de France. V. SaUlx.

SAUX , chef des protestants toulousains en 1562. Les protestants jouissaient à Toulouse des concessions octroyées par l'édit de janvier et célébraient librement leur culte, lorsque le massacre de Vassy vint troubler la tranquillité des deux partis. Le 2 août 1562, la populace catholique, excitée par un cierge haineux, pilla plusieurs maisons protestantes et maltraita quelques reformés. Ceux-ci se mirent aussitôt ou défense. Sur ces entrefuites, des soldats étrangers furent introduits dans la ville. Les protestants résolurentalors de s'emparer de l'hôtel de ville et mirent k leur tête le capitaine Saux, qui s'en rendit maître et fit barricader les rues. Le parlement, effrayé, s'empressa d'avertir Montiuc de ce qui venait de se passer; les soldats accoururent, le tocsin appela aux armes tous les catholiques, et ceux-ci pillèrent et brûlèrent les maisons des protestants, égorgèrent ceux qu'ils rencontrèrent, etc. Saux, qui s'était tenu jusqu'alors dans une inaction inexplicable, essaya une sortie et obtint un faible succès qu'il n'osa poursuivre. Le lendemain, l'hôtel de ville fut attaqué de quatre côtés k lu fois, mais sans résultat, si bien que les protestants enhardis par cette victoire conçurent le dessein de marcher sur le palais, quartier général de leurs ennemis. Saux hésita. Soupçonné de trahison, il fut arrêté, emprisonné k l'hôtel de ville et remplacé par Sauxens, qui mena vigoureusement l'attaque, sans parvenir toutefois k forcer la passage.IS'éanmuins, les protestants s'emparèrent de plusieurs couvents et églises. Les catholiques, découragés, demanderont un accommodement; mais sur leur refus d'accorder la stricte exécution de l'édit de janvier le combat recommença dès le lendemain. Battus de nouveau, ils acceptèrent enfin les conditions de leurs ennemis, etle traité fut signé le 16 mai 1562. L'accord portait que les huguenots sortiraient sans armes de l'hôtel de ville et so relireraienten toute sûreté où bon leur semblerait. Maisk ^eiueétaieut-ilssortis, que les catholiques leur coururent sus et eu massacrèrent un grand nombre. Les survivants de ce guet-apens se réfugièrent k Montauban, k Castres, k Puylaureus, quelquesuns en Allemagne. Quant k Saux, ou ignore ce qu'il devint.

SAUXILLANGES, bourg de France (Puyde-Dôme), chef-lieu de cant., arrond. et k 11 kiloui. E. d'Usoire, près de l'Allier, dans une contrée marécageuse ; pop. aggl. , 1,254 hab.— pop. tôt., l,9G4 hab. Eaux minérales froides, earbouatees, sodiques et gazeuses. Fabrication d'etaniines, taux, faucilles ; tanneries, corroieries, poteries, toiles métalliques, corderie et lilature de laine. Restes d'un prieuré de l'ordre de Cluny.

SAUZAY (Eugène), violoniste et compositeur, né k Paris ie 14 juillet 1809. Elevé de Vidal, de Guèrin et en dernierlieudeBuillot, dont il épousa la tille, il obtint au Conservatoire le premier prix de violon et le second prix de fugue (1827). M. Sauzay acquit uno sérieuse réputation comme professeur et comme exécutant de musique de chambre dans tes magniiiques séances de Buillot et dans les auditions qu'il organisa lui-même. Il devint, en 1860, professeur de violon au Conservatoire en remplacement de Girard, puis fut chef des seconds violons de la musique de la cour jusqu'à la révolution de septembre 1870. Comme compositeur, M. Sauzoy a publié trois romances sur des paroles ciu Ronsard, des études harmoniques pour la violon, un trio pour violon, alto et bus^de»

SAUZ

pièces k quatre mains pour le piano, des fragments des chœurs d'Athalie et A'Esther, de Racine; cinq pièces pour piano et violon, un allegro et rondo pour les mêmes instruments, une sy nphonie rustique réduite pour le piano à quatre mains, et diverses œuvres légères. Il s'est fait connaître aussi comme écrivain par un très-bon livre intitulé : Haydn, Mozart, Beethoven, élude sur le quatuor (Paris, 18G1, in-8°), ouvrage d'analyse dans lequel on rencontre d'excellentes observations critiques et qui contient un bon catalogue thématique et raisonné des trios, quatuors et quintettes de ces trois musiciens.

SAUZÉ-VAUSSAIS, bourg de France (Deux- Sèvres i, ch.-l. de cant.; arrond. et à 22 kilom. S.-E. ce Melle, sur un ruisseau ; pop. aggl., 915 hal. — pop. tôt., 1,742 hab. Fabrication de chai x, tuiles, briques, toiles. Commerce de bestiaux, chevaux, porcs, graisse et farine.

SAUZEAU (Alix), écrivain français, né a Chiré-en-Montreuil (Vienne) en 1804. Il fit ses études de droit à Poitiers, puis exerça la profession d'avocat Ses opinions républicaines .ui valurent d'être nommé, en 1848, sous-commissaire du gouvernement provisoire ; mais il ne tarda pas à perdre ces fonctions et il entra, quelque temps après, comme employé auC'omptoir d'escompte. On lui doit, entre a itres écrits : Agriculture de partie du Poitou (Niort, 1844, in-8°) ; les Paysans ou lu Politique de l'agriculture (1849, in-S°); Aie démocratique (1851, in-12) ; la Campine ou les Bruyères et les Landes (1852, in-12); Manuel des docks, loarranis, «entes publiques, comptes courants, chèques, etc. (18G1, in-12), etc.

SAUZiïT (Jean-Pierre- Paul), homme politique frinçais, né à Lyon le 23 mars ISOO. Fils du médecin en chef d'un hôpital de Lyon, il fu télé veau collège de cette ville et, dès l'âge de quin;:e ans, il se fit recevoir bachelier es lettres. M. Sauzet alla étudier le droit à Paris, puis vint exercer la profession d'avocat dans sa ville natale. Joignant à une voix sonore et à une extrême facilité de parole une remarquable aptitude à saisir toutes les questions ; U plaida avec succès. Frappé de sa brillante faconde, le garde des sceaux Gourvoisier, qui l'avait connu à Lj'on, lui offrit une place au parquet de Paris et les fonctions de maître des requêtes au conseil d'Etat. Bien qu'appartenant alors a l'opinion légitimiste, le jeune avocat refusa. Après la révolution do juillet 1830, lors du procès des derniers ministres de Charles X, il fut chargé par M. ce Chantelauze de défendre sa cause devant la cour des pairs. Le retentissement qu'eut co procès et son habile plaidoirie le mirent en évidence. L'effetqu'il produisit fut tel, raconte Louis Blanc, que les pairs quittèrent liur place et se précipitèrent au-devant de l'orateur pour le féliciter. Ce futavec un égal bonheur que M. Sauzet défendit le général de Saint- Priest, dans l'affaire du Carlo-Alberto, et l'avocat Jules Favre, poursuivi par la cour de Lyon. Ses succès au barreau lui valurent d'être élu, en 1834, membre de la Chambre des députés dans deux arrondissements du Rhône. A cette époque, il s'était rallié à la monarchie de Louis -Philippe et professait à peu près les mêmes idées que M. de Lamartine. Il alla siéger au centre gauche .31 prit à diverses reprises la parole contre le ministère. Avant le procès d'Avril, il se pior onça pour l'amnistie. Toutefois, ces velléités de libéralisme furent de courte durée. Chargé défaire le rapport d'une des lois de Septe libre contre la presse, il se montra favorablt à des aggravations de pénalité (1S35). Ai commencement de l'année suivante, M. Sauzet devint un des vice-présidents de la Chamlre et fut chargé, le 22 février 1836, de prendiele portefeuille de la justice et des cultes da îs le cabinet formé par M. Thiera. A ce titre , il défendit le projet de loi sur la responsabilité ministérielle et nomma une commission chargée de reviser l'expropriation forcée. Le 6 septembre de la même année, il quitta le ministère, rentra dans l'opposition, combattit la politique du nouveau cabinet sur la question de l'intervention en Espagne et sur la loi de disjonction, et fit partie de la coalition qui renversa le ministère Mole en 1839. L'entrée de M. Passy dans la nouvel e combinaison ministérielle ayant laissé vacantes les fonctions de président de !a Chambre, M. Sauzet fut nommé président et réélu successivement pendant neuf ans. Dans ce foste, il se lit. remarquer par l'aménité de se> manières et par son dévouement sans réseive à la monarchie. 11 continua à être ce ciscoureur abondant et lleuri qui parlait sur tout avec une égale facilité, mais sans vues neuves, sans aperçus profonds et sans une idée nette du. travail qui s'opérait alors dans !a société française. Lors de la, révolution de 1848, il fit preuve d'une médiocre énergie lo.-sque le peuple envahit la Chambre. 11 quitta le fauteuil de la présidence quand Lamartine eut demandé, aux acclamations de la muk tude, la formation d'un gouvernement provisoire et la proclamation de la république, puis se rendit a Lyon, où il rentra dans la viô privée. En 1849, il refusa de poser sa candidature a, l'Assemblée législative et Ton n'e itendit plus parler de lui qu'à de rares intei valles. Devenu un catholique fougueux et te nouveau partisan de ia monarchie de droit divin, il fit à diverses reprises des voyages en Italie, séjourna longtemps à

SAVA

Rome et publia des brochures en faveur du pouvoir temporel du pape. M. Sauzet a été nommé en 1847 grand-officier de la Légion d'honneur. Membre de l'Académie de Lyon, il a été plusieurs fois président de cette compagnie. Enfin, le bruit a couru qu'il était entré dans un ordre monastique. On lui doit les écrits suivants : la Chambre des députés et la révolution de Février (1851, in-8°), où il préconise avec chaleur la fusion dos deux branches de la maison de Bourbon ; Réflexions sur le mariage civil et religieux en France et en Italie (1853, in-8"), où il n'hésite point à réclamer le rétablissement de la nécessité légale du mariage religieux ; Considérations sur les retraites forcées de la magistrature (1854, in-S°) ; Discours sur l'éloquence académique (1859, in-8°); Eloge de M. de Chantelauze (1S6O, in-8») ; Rome devant l'Europe (1860, in-8°) ; les Deux politiques de la France et le partage de Rome (1862, in-8°), brochure qui a été traduite en italien et qui lui a valu les chaleureux applaudissements des ultramontains.

SAVA, bourg du royaume d'Italie, province de la Terre d'Otrante, district de Tarente, chef-lieu de mandement; 5,099 hab.

SAVACOO s. m. (sa-va-kou — de savane, et de cou ; allusion au séjour de l'oiseau et à la dimension considérable de son cou). Orniih. Genre d'oiseaux échassiers cultrirostres, de la famille des ardéidées ou hérons, dont l'unique espèce habite la Guyane et le Brésil : Le savacou huppé habite les savanes noyées. Sauf la forme extraordinaire du bec, les savacous sont de vrais hérons. (Z. Gerbe.)

— Eneycl. Les savacous sont caractérisés surtout par leur bec, qui est très-large, aplati, formé de deux mandibules en forme de cuiller, fortes et tranchantes, la supérieure surmontée d'une arête et ayant une dont aiguë de chaque côté de sa pointe; ils ont encore des narines oblongues, percées vers la base du bec, prolongées en -deux sillons parallèles presque jusqu'à l'extrémité, et en partie recouvertes par un rebord membraneux ; la gorge et le tour des yeux nus ; les ailes amples, dépassant la queue, qui est courte; les tarses allongés; les pieds a quatre doigts longs, les antérieurs réunis par un faible repli membraneux, le pouce articulé au bord interne et reposant en entier sur le sol. Sans la forme étrange de leur bec, on pourrait les prendre pour des hérons ou des butors. Ce genre habite la Guyane et le Brésil.

Le savacou huppé, appelé aussi savacou gris, savacou crabier, cuiller, etc., est la seule espèce authentique du genre ; il présente, il est vrai, quelques variétés brunes, grises ou tachetées, que plusieurs auteurs ont prises pour des espèces distinctes, mais qui ne sont très-probablement que des différences d'âge ou de sexe. Le sacocou a environ om ,45 de longueur totale et 0^,90 d'envergure; son plumage est d'un gris cendré ou bleuâtre en dessus, blanc en dessous, avec le dessus de la tète et du cou noirs et une plaque de même couleur de chaque côté de l'estomac; le bec est noirâtre en dessus, blanchâtre en dessous; les pieds d'un vert jaunâtre, avec les ongles noirs. On trouve des individus qui ont tout le manteau d'un gris bleuâtre lavé de blanc, et les parties inférieures d'un noir mélangé de roux ; d'autres qui sont entièrement roussâtres, à l'exception de la tête, qui est noire.

Cet oiseau habite les savanes inondées de la Guyane et du Brésil ; il fréquente surtout le bord des rivières, mais toujours dans l'intérieur des terres et en amont du point où la marée cesse de se faire sentir. 11 a la démarche et l'allure des hérons et porte, comme eux, le cou plié et le dos relevé. D'un naturel sauvage, il se tient loin des lieux habités. Perché sur les arbres, au bord des eaux, il tombe en plongeant sur les poissons, qu'il guette au passage et dont il fait sa nourriture principale; à défaut, il se jette sur les crustacés et les mollusques. Quand il est irrité, il redresse en forme de huppe les longues plumes qui ornent le derrière de sa tête, fait claquer vivement ses mandibules l'une contre l'autre, à la manière des cigognes, et s'élance d'un trait sur l'objet qui excite sa colère. C'est à peu près tout ce que l'on sait sur les mœurs et les habitudes du savacou. On a eu rarement l'occasion d'observer cet oiseau dans nos ménageries; toutefois, le jardin d'acclimatation du bois de Boulogne a possédé quelques individus de cette espèce. Mais, jusqu'à présent, il ne s'est pas reproduit en Europe.

SAVAGE (Richard), poète anglais, né à Londres en 1698, mort en 1743. Il était le fils adultérin de 1a comtesse de Macclesfield et de lord Rivers ; pendant sa grossesse, la comtesse fit publiquement l'aveu de son infidélité à son mari qu'elle détestait, et qui obtint du Parlement l'annulation de leur mariage. Lord Rivers reconnut d'abord l'enfant, dans l'intention de lui donner son nom, mais il l'abandonna ensuite aux soins de la comtesse, qui montra le cœur d'une marâtre envers son malheureux iils et le fit élever par une pauvre femme, qui se donna pour sa mère. Grâce, cependant, à la charitable intervention de lady Mason, mère de lady Macclesfield, Richard reçut une éducation convenable, mais n'en fut pas moins placé plus tard en apprentissage chez un cordonnier de Londres. Peu

SAVA

de temps après, la femme qui avait pris soin de son enfance mourut et il découvrit parmi ses papiers des lettres qui lui révélèrent le secret de sa naissance, qu'on lui av;iit soigneusement caché jusqu'alors. Il fit aussitôt tous ses efforts pour obtenir une entrevue avec sa mère, mais celle-ci refusa obstinément de le voir, Savage avait, de bonne heure, débuté dans la littérature, et ce fut à l'âge de dix -huit ans qu'il publia sa première œuvre, une comédie intitulée: Une énigme de femme (1715), qui fut suivie, deux ans plus tard, d'une autre pièce, l'Amour dans un voile (1717). Elles sont l'une et l'autre imitées de l'espagnol. Quoique ce fussent des œuvres fort imparfaites, elles procurèrent à Savage la connaissance de sir Richard Steele et d'un acteur, nommé Wilkes, qui le fit entrer au théâtre. Peu après, il obtint une certaine réputation par sa tragédie intitulée : Sir Thomas Overbury, dans laquelle il joua lui-même la rôle du personnage qui donne son nom à la pièce. Grâce au bénéfice qu'elle lui rapporta, ainsi qu'au produit d'une souscription publique faite à cette époque en sa faveur, il se trouva à l'abri des étreintes de la misère ; mais il ne profita de ce succès temporaire que pour se livrer sans réserve à la débauche. En 1727, dans une rixe de taverne à laquelle il prit part, un homme fut tué. Accusé d'être son meurtrier, Savage fut traduit et condamné à mort sur la déposition de témoins subornés, mais il fut gracié par George II, grâce à l'intercession de la comtesse' d'Hertford et malgré tous les efforts de sa mère dénaturée, qui osa, h cette occasion, l'accuser d'avoir attenté à sa vie. Le bruit que fit son procès attira sur lui l'attention publique, et, lorsque son histoire fut connue, ses infortunes lui concilièrent un grand nombre d'amis et de protecteurs. Un membre de la famille de sa mère, lord Tyrconne!, pour empêcher que Savage ne fît connaître l'indigne conduite de la comtesse de Mucclesfield, lui fit de sa bourse une grasse pension. Savage, qui avait presque constamment mené jusque-là une existence misérable, put alors parader en grand seigneur et mener la vie â grandes guides. « La nature, qui lui avait refusé le nécessaire, dit M™<: Blanchecotle, lui avait donné le superflu et l'avait créé distingué, brillant, avec l'amour du luxe, des goûts de satrape et une facilité d'élégance toujours prête à dépasser le but. Il n'avait d'habitudes chez personne ou plutôt il en avait chez tout le inonde, il habitait partout à force de n'habiter nulle part. On le voyait à chaque instant passer de la table d'un grand seigneur à de misérables tavernes, et tous les genres de vie lui convenaient également ; la vie était pour lui un spectacle : il courait indifféremment d'une scène à une autre. » Sa mobilité de caractère, son insouciance, sa vie de désordre, son esprit satiriquene tardèrentpasàlui nuire singulièrement auprès de ceux qui avaient pris d'abord sa défense et le protégeaient. S'étant brouillé avec lord Tyrconncl, il perdit sa pension et retomba dans sa misérable vie de bohème. Vivant de hasard et d'aventures, n il dînait quand il était invité, dit l'écrivain précité et, n'ayant pas de gîte, s'efforçait d'attendre à table le jour du lendemain. Ses hôtes étaient vite fatiguée d'un tel sans-gêne et ne renouvelaient guère leurs invitations ; il recrutait sans cesse des amitiés nouvelles, lesquelles, du reste, ne chômaient guère, car son esprit séduisait les plus prudents et ses manières de grand seigneur entraînaient les plus chiehes. Si, par-ci parlà, un secours lui arrivait, à son tour il invitait tout le monde et mettait vite fin à ses modiques ressources. » Son manque de dignité finit par le faire tomber dans un complet discrédit. Désespérant de jamais se réconcilier avec sa mère, il écrivit son poème le Bâtard, dans lequel il raconte sa propre histoire et qui souleva contre lady Macclesfield l'indignation générale, sans toutefois réveiller aucune sympathie pour son fils. Après avoir vainement essayé de se faire nommer poëte lauréat, il obtint de la reine une pension de 50 livres sterling (1,250 fr.), qu'il perdit en 1739. Les quelques amis qui lui restaient résolurent de lui faire, par souscription, une pension annuelle de 50 livres sterling et de l'envoyer vivre en province. Savage accepta, quitta Londres en 1739, mangea à Bristol la plus grande partie de l'argent qu'on lui avait donné et arriva presque sans ressource à Swansea, où il devait habiter. Peu après, fatigué de vivre dans l'isolement, il reprit la route de Londres, manquant de tout, et y fut arrêté, en 1742, à la requête d'une cabaretière, à qui il devait 8 livres sterling. Transféré à la prison de Newgate, il y fut emporté par une fièvre violente à l'âge de quarante-cinq ans. Savage était lié d'amitié avec Steele, Pope et Johnson. Outre les écrits déjà mentionnés, nous citerons de lui : la comédie intitulée l'Auteur à louer (The author to be Ici) ; de remarquables pièces humoristiques et critiques, publiées dans les revues The Volunter lauréat, The Progress of a Divine, The Progress of a Free-Thinker, etc. ; enfin, son poème intitulé The W/inderer (le Vagabond), publié en 1729 et fort admiré lors de sa publication. On y chercherait vainement un plan; il abonde en divagations, mais le style en est élégant et clair. Ses Œuvres complètes furent publiées à Londres en 1777. Sa biographie a été écrite d'une manière intéressante par Johnson, le compa-

SAVA

gnon de sa misère, qui l'a insérée dans ses Vies des poêles anglais; enfin, son histoire a fourni au poëte allemand Gutzkow le sujet de sa tragédie intitulée : Richard Savage (1839).

SAVAGE (James), publiciste et littérateur anglais, né à Howden, dans le Yorkshire, mort en 1845. Le goût de l'étude se développa en lui de bonne heure et il se rendit à Londres pour y étudier la bibliographie et l'antiquité. Après avoir fondé à Taunton un journal qui ne vécut point, il alla rédiger à Dorchester le Dorset countij Chronicle and SomersetsMre Gazette, qu'il dirigea pendant quatorze ans. On lui doit : The Uistory of Howden church (1799); A Concise hislory of the présent state of the commerce ofGreat Brilain (1805, in-8°); The Librarian (1808); An account of London Daily new's paper (1811); Memorabilia (in-8°); Observations of the varieties of architecture (1812, in-8")-, History of Taunton (1822, in-8); Uistory of Dorchester (1832, in-12).

SAVAGE (William), typographe anglais, frère du précédent, né à Howden en"l771, mort en 1844. Il commença par fonder uno imprimerie et une librairie qu'il exploita avec son frère James, puis il vint à Londres et y devint secrétaire de la Royal Institution. En 1803, il établit une imprimerie à Londres et publia The British Gallery of engraving. On lui doit, en outre : Préparation of printing ink (1832); Dicliouary ofthe art of printing (îs-tl).

SAVAGE (James), architecto anglais, né à Haeknor en 1779, mort à Londres en 1852. Il commença, sous la direction d'Alexandre, architecte des docks de Londres, ses études, qu'il acheva aux cours de la Royal Academy et, en 1800, remporta un prix avec son projet d'assainissement de la ville d'Aberdeen. On lui doit le pontd'Ormond à Dublin, le pont de Richmond, la restauration de l'église Saint- Luc, à Chelsea; le quai de Surrey (rive méridionale), à Londres ; la restauration de Lady Chapel, dans l'église de Saint-Sauveur, à Southwark; la nouvelle église de Saint-Maryat-Hill, le clocher de Saint-Mary-le-Bone, la restauration de l'église du Temple et du la Trinité, la grande tour de la cathédrale de Lincoln. Savage a, en outre, publié dans les Transactions de la Société d'architecture de Londres : Essai sur la construction des ponts (1806); Observations sur le style en architecture (1836).

SAVAGNElt ( François - Charles - Frédéric- Auguste), littérateur français, né à Hesse- Cassel le 7 février 1808, mort à Belle-Ile-en- Mer en novembre 1849. En sortant du collège Charlemagne, à Paris, où il avait fait de brillantes études de 1820 à 1827, il commença l'étude du droit, qu'il abandonna pour l'enseignement. D'abord préfet adjoint des études à l'institution Massin (1828), puis suppléant de quatrième et de seconde au collège Charlemagne, il se fit recevoir licencié è* lettres en 1829 et figura, l'année suivante, parmi les combattants de Juillet. Ayant concouru, en 1830, pour une place d'élève pensionnaire à l'Ecole des chartes, il fut admis le premier et se fit recevoir, en 1831, agrégé d'histoire et de géographie, fut appelé cette même année à professer l'histoire au collège de Lyon, puis passa successivement au même titre aux collèges de Nantes (1834) et de Dijon (1836). Mis en disponibilité deux ans plus tard pour ses opinions républicaines, Savagner alla habiter Paris. Ecrivain laborieux et fécond, il publia une foule d'ouvrages et collabora en même temps au Dictionnaire de la conversation, à l'Encyclopédie des gens du monde, à l'Encyclopédie catholique, etc. Officier de la garde nationale en 1848, il prit part à la révolution du 24 février, figura dans les clubs les plus avancés et se porta sans succès candidat à l'Assemblée constituante. Lors de la formidable insurrection de juin 1848, Savagner s'efforça d'empêcher l'effusion du sang. Ayant appris qu'une barricade venait d'être construite au coin du boulevard et de la rue Montparnasse, il s'y rendit seul et parvint à la faire abandonner. Cette action si digne de louange n'en fut pas moins le point de départ d'une accusation qui eut pour résultat de le faire transporter à Belle-Ile. Là, il lit a. ses 1,200 compagnons d'infortune un cours d'histoire qu'ils suivaient régulièrement, charmés par la parole entraînante du professeur. Savagner allait être rendu à la liberté, lorsqu'il fut emporté par une courte maladie. Nous n'entreprendrons pas de donner ici ia nomenclature complète de tous les écrits de Savagner. De 1833 à 1835, il donna plus de quarante petits abrégés historiques à la Bibliothèque populaire. Nous nous bornerons à citer de lui : Archives historiques et statistiques du département du Itho'ne (Lyon, 1832, 2 vol. in -8°); Tableau de l'histoire ancienne (t832, in-8°); Tableau, chronologique de la Révolution française, de 1787 à 1804 (1832, !a-s<^ ; Histoire du l'empereur Napoléon (1833, in-18) ; Histoire d'Angleterre (1S33, in-18), sous le nom du docteur Chambryon ; trois volumes de l'Encyclopédie des connaissances utiles (1834); Traité de chronologie historique (1837, in-8°), etc. Savagner a publié dans la collection iu-12 de Purent-Desbarres : Abrégé de l'histoire d'Allemagne (1841, 2 vol.); Abrégé de l'histoire des Suisses (1811, 2 vol.); Abrégé de l'histoire de Carthage (1843, in-12) ; Précis de l'histoire des villes anséatiques (1842) ; Abrégé de l'histoire de la Chine (a vol.)-,

SAVA

Abrégé de l'histoire universelle (1842-1845, 6 vol.); Histoire de Charlemagne (2 vol.); Histoire des Cent-Jours (l vol.), etc. On lui doit encore : Histoire de France depuis l'avénemenl de Louis XVI (in-S°); les Bourbons, leurs belles actions, leurs vertus, leurs fautes, leurs crimes (1844-18*5, 3 vol. in-8°) ; Encyclopédie populaire (1844, in-8°), restée inachevée ; une traduction de l'Histoire complète de l'Allemagne de Luden, une autre de Thomas Morus et son époque de \V. Walter; des traductions, dans la liibliolhèguePaiickoucke, de Jornandès, de Festus, etc.; entin, une nouvelle édition de l'Histoire des croisades de Michaud (1834) et de ['/Histoire des Israélites de l'abbé Hunokler. Avant son arrestation, la maison Didot lui avait confié des travaux importants sur les anciens historiens de la France.

SAVAGNIN s. m. (sa-va-gnain ; gn mil.) Vitic. Cépage du Jura.

— Encycl. Le savagnin vert est très-répandu dans les meilleurs vignobles du Jura, où il concourt puissamment à la composition de vins mousseux qui essayent de rivaliser avec ceux de la Champagne. Il préfère, comme toutes les vignes blanches un peu tardives, une terre argileuse, en pente, exposée au midi. C'est à cette variété de savagnin que les vins d'Arbois, de Château- Châtons et de l'Etoile doivent leur antique réputation. On mêle avntageusement son vin au rouge, qu'il rend spiritueux et auquel il communique un goût agréable et la propriété de se conserver longtemps.

On reconnaît le suvagnin jaune aux caractères suivants : la souche est vigoureuse; le sarment, droit, long, de couleur d'acajou, est sillonné de stries peu fines; ses nœuds sont moyennement écartés et bien développés. Les bourgeons sont petits, pointus et débourrent tard. Les vrilles sont fines, longues et rameuses. Les feuilles, petites, épaisses, plus larges que longues et comme arrondies, sont tantôt a peine échancrées dans leur contour et alors presque entières, tantôt présentant trois lobes vers leur sommet; la denture est courte et inégide ; leur face supérieure est d'un vert gai, uni, mat, sans duvet ni coton ; ia face inférieure est cotonneuse. Le pétiole est court, rougeâtre. La fleur résiste bien à la coulure. La grappe, de moyenne dimension, est allongée, irrëgulière, ailée, pourvue de grains moyens, ovalaires, inarqués de points bruns peu serrés, transparents, bronze doré quand leur maturité est parfaite et s'est effectuée dans des conditions favorables, ambrés là où les grains n'ont pas été exposés à l'action directe du soleil. Le pédoncule est bien développé, ligneux a sa base ; les grains sont juteux, défendus par une pellicule épaisse qui leur permet de résister parfaitement aux intempéries de l'arrière-saison ; la saveur du fruit est sucrée, surtout quand on laisse les raisins sur la souche jusque par delà la Tous- Saint, ainsi que cela a lieu dans le Jura. Le savagnin jaune a été confondu à tort, par quelques auteurs, avec le gamai blanc de~ 1 Etoile, le melon d'Arbois, l'auxois blanc de la Moselle, qui ne sont autres que le morillon blanc. Il constitue une espèce distincte. Sa vendange mêlée à celle du pulsart et d'autres raisins rouges rend les vins généreux et contribue beaucoup à leur conservation.

SAVALLE s. m. (sa-va-le). Ichthyol. Nom vulgaire des mégalopes.

SAVAMMENT adv. (sa-va-man — rad. savant). U une manière savante : Ecrire, parler savamment sur un sujet. Le paysage savamment compusé n'ôte rien au mérite des figures. (Baillv.) C'est un drame savamment combiné, plein d'intérêt, d'émotions, de mouvement. (Th. Gaut.) La Perse seule arriva à se faire une religion dogmatique, presque monothéiste et savamment organisée. (Renan,)

— Parler savamment d'une chose, En parler avec une connaissance approfondie : C'est une a/faire dont il est bien instruit, il en pourrait parler savamment. (Acad.) On ne fait pas revenir les inconstants par des plaintes et par des fracas ; j'en puis parler savamment. (Bussy-Rabutin.)

SAVANA s. m. (sa-va-na — dufr. savane).

Ornitb. Espèce de gobe-mouches, qui habite les savanes de l'Amérique.

SAVANE s. f. (sa-va-ne — de l'espagnol savana, qui est peut-être tiré d'un idiome indigène d'Amérique, à moins que cencsoitun mot transformé par syncope de salvana, dérivé de silca, forêt Cette dernière conjecture est de Soheler, qui s'appuie sur le mot français saoart, terre inculte, pâturage, provenant, selon lui, du même radical sili, qui est dans siloa). Vaste prairie, cultivée ou sauvage : Sur le bord occidental des fleuves, des savanes se déroulent à perte de vue. (Chaieaub.)

— A la Guyane, aux Antilles, etc., Tout endroit, sec ou marécageux, où il n'y a pas de grandes' forêts.

— Nom sous lequel on désigne, au Canada, des forêts d'arbres résineux.

— Encycl. Les savanes sont d'immenses plaines couvertes de hautes herbes qui croissent sans culture. Elles sont souvent inondées ou noyées, et forment de véritables marécages, bordés quelquefois do mancenilliers ou de palétuviers, d'autres fois habités par les alligators ou autres reptiles dangereux.

SAVA

On utilise souvent les savanes pour la nourriture des bestiaux, et alors on a quelquefois le soin de les clôturer, au moins en partie, par des baies ou des fossés. Elles constituent une grande ressource pour les contrées de l'Amérique qui ne possèdent pas de véritables prairies et où les bestiaux paissent toute l'année. On a essayé quelquefois d'y propager de bonnes herbes pour améliorer le pâturage; mais le plus souvent on se contente de tirer parti des plantes qui y croissent spontanément. Il arrive souvent que ces plantes sont assez touffues pour former des fourrés impénétrables; alors les Indiens y mettent le feu. On rencontre les savanes dans l'Amérique du Nord, principalement sur le territoire du Mississipi et près du versant oriental des montagnes Rocheuses. Des plaines semblables s'étendent aussi dans de vastes contrées de l'Amérique du Sud ; là, elles portent le nom de pampas et de llanos. Des troupeaux de bisons et de buffles errent dans ces contrées désertes, traversées rarement par quelques tri bus d'Indiens ou par des chasseurs de bisons.

SAVANNAH, rivière des Etats-Unis d'Amérique, formée sur la limite de la Caroline du Sud et de la Géorgie par la réunion duTugaloo et du Keowee. Elle coule au S. -E., continue de limiter ces deux Etats, baigne Augusta et Savannah et se jette dans l'océan Atlantique par plusieurs embouchures, après un cours de 450 kilom.

SAVANNAH, ville et port de mer des Etats- Unis d'Amérique, dans l'Etat de la Géorgie, à l'embouchure de la rivière de sou nom dans l'Atlantique, à 190 kilom. S.-O. de Charlestown ; 22,700 hab. Ecole classique, observatoire astronomique, société de médecine, bibliothèque publique. Consulat français. Port de commerce qui présente une grande activité, entrepôt du commerce de la Virginie, cette ville est bâtie sur une plaine sablonneuse, élevée de 13 mètres au-dessus du niveau des eaux. Ses rues sont larges et bien distribuées; on y compte vingt-quatre squares; les avenues Broad et Bay y forment de très-belles promenades. Parmi les édifices publics, il faut citer la bourse, le théâtre, le palais de justice, l'arsenal et les monuments élevés à la mémoire des généraux Greene et Pulaski. Savannah fut fondée en 1732 par le général Oglethorpe; en 1778, elle fut prise par les Anglais et recouvrée en 1783 par les Américains.

SAVANT, ANTE adj. (sa-van, an-te. — Ce mot est proprement le participe présent du verbe savoir; il ne vient pas directement de la forme sapiens, qui est le participe présent de sapere, savoir, et a laquelle répond la forme sachant). Qui a des connaissances étendues sur les matières scientifiques ou sur celles d'érudition : Qui apprend peu à peu finit par devenir savant ; réunie goutte à goutte l'eau devient une mer. (Maxime orientale.) // faut s'enquérir qui est mieux savant, et non pas qui est plus savant. (Montaigne.) Si nous considérons l'esprit selon Dieu, c'est une partie de nous-même, plus curieuse que savante, qui s'égare dans ses pensées. (Fléeh.) Les hommes sont pervers; ils seraient pires encore, s'ils avaient eu le malheur de naître savants. (J.-J Rouss.) Le prince de Condé était savant sans affecter de le paraître. (Lenet.) Comment ! vous ne croyez pas à des écritures d'une antiquité si reculée.' Sachez qu'il faut être irèssavant pour pouvoir même y lire. (B, de St- P.) Pour que te prêtre conserve son ascendant, il faut au moins qu'il soit aussi savant que le premier savant de la terre. (Raspail.) Personne n'est trop savant pour être agriculteur. (A. Karr.) Il faut être savant pour enseigner ta science aux hommes, et plus encore pour la faire comprendre aux enfants. (X. Marra.)

... J'aimerais mieux être au rang des ignorants Que de me voir savant comme de certains gens.

Molière.

Je vous suis garant

Qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant.

Molière.

— Est souvent suivi d'une préposition, pour indiquer quel est le genre de connaissances dont ou s'est spécialement occupé : Etre savant en mathématiques, en théologie, en philosophie, dans l'histoire. Si nous pouvons être savants de la science d'autrui, nous ne pouvons être sages que de notre propre sagesse. (Montaigne.) Les douleurs ont rendu la reine d'Angleterre savante dans la science de l'Evangile. (Boss.)

Plus enclin à blâmer que savant à bien faire.

Boileau.

La grandeur de ce mal où tu te crois savante Ne t'a donc jamais fait reculer d'épouvante !

Baudelaire.

Dieu me garde d'être savant D'une science trop profonde; Les plus doctes, le plus souvent, Sont les plus sottes gens du monde.

De Cailly.

— Qui contient beaucoup de science et d'érudition : Livre savant. Dissertation Savante. Recherches, notes savantes. Les apologies les plus savantes du fait ne suffisent pas; l'historien doit chercher le droit. (Tnxilc Delord.) Les luttes départi se dessinèrent sous des formes plus savantes et plus modérées. (Viliemain.) Cette opinion, fondée sur un examen Savant du texte appliqué aux localités,

SAVA

nous semble devoir être adoptée comme la plus judicieuse. (M. -Brun.) Qu'en savantes leçons votre muse fertile Partout joigne au plaisant le solide et l'utile.

Boileau.

Que d'orateurs guindés, dans un discours savant. Se tourmentent sans fin pour enfanter du vent!

Gilbert.

1 — Qui procède d'un savant : Jamais le mot impie d'Alphonse X ne tombera dans l'esprit d'un homme vulgaire; c'est à une bouche savante que ce blasphème était réservé. (J.-J.

■ Rouss.)

Vous ne le savez point, votre savant compas Mesure l'univers et ne le connaît pas,

VOLTilRB.

I ïtéaumur, dont la main si savante et si sûre , A percé tant de fois la nuit de la nature, i M'apprendra-t-il jamais par quels subtils ressorts L'éternel artisan fait végéter les corps ?

Voltaire.

— Qui dénote de l'art, de l'habileté : Com-

■ binaisons savantes. Dispositions savantes. Tactique savante. Marche savante. Retraite savante. Musique savante.

Et les Orientaux, plus savants cuisiniers, ! Des premiers fricandeaux donnèrent le modèle.

. Berciioux.

Voyez, pour gagner temps, quelles lenteurs savantes Prolongent de ses mots les syllabes traînantes.

Deliu.e.

— Qui est bien informé de quelque chose : Vous parlez de cela en homme savant.

— Qui fait parade de sa science : Chez plusieurs, savant et pédant sont synonymes. (La Bruyère.)

— Qui sait des choses qu'il devrait ignorer : Jeune homme trop savant. Jeune fille

trop SAVANTE.

— Corps savant, Société, Assemblée savante, Corps, société dont les membres possèdent des connaissances scientifiques étendues : Queis hommes et quels ouvrages vois-je sortir de nos assemblées savantes? (.Mass.) Dès que les hommes sont réunis, même en société savante, ils deviennent peuple. (Beauehèiie.)

— Langues savantes, Langues anciennes et celles qui ne sont connues que d'un petit nombre de personnes instruites : Le grec, l'hébreu, le latin, le sanscrit, l'arabe sont des langues savantes. (Acad.)

— Armes savantes. Le génie militaire, l'artillerie, la marine : L'Ecole polytechnique est l'institution où, depuis un demi-siècle, se recrutent les armes savantes. (Arago.)

— Femme savante, Femme qui fait étalage de sa science au point d'en être ridicule : Ou ne connaît presque pas de femmes savantes qui n'aient été ou malheureuses ou ri'licules par la science. (J. de Mnistre.) Le bas bleu est l'héritier en ligne directe des femmes savantes de Molière. (Boitard,) Une femme Savante n'est pas une femme qui sait ; c'est une femme qui fait parade de sa science. (J. Simon.) Une femme savante de profession est odieuse. (Ste-Beuve.)

Une femme savante

Doit cacher son savoir, ou c'est une imprudente.

Destoucues.

— Prov. // est plus savant que le chien de Darthole, Se dit familièrement d'un jurisconsulte.

— s. Celui, celle qui a de la science : Faire le savant, la savante. Le savant est un homme qui sait ce que tout le monde ignore, et qui ignore ce que tout le monde sait. Il en est de certains savants comme d'un bel et bon livre, mais chargé de tant de poussière qu'on a de la répugnance à l'ouvrir, de peur de se salir les mai'j!s.(Oxenstiern.) Les savants ont tout prouvé, tout démontré, excepté la raison pour laquelle le chien fait trois ou quatre tours avant de se coucher, (Pope.) Le génie fuit les philosophes aussi bien que les poètes, et le temps fait les savants. (Fontenelle.) Les savants d'académie voient les mœurs d'un peuple dans sa langue. (Bayle.) Le savant tfednigne le sentiment vulgaire. (J.-J. Rouss.) Le vrai savant est celui qui n'a nourri son esprit que de bons livres. (Volt.) Les savants montent sur les épaules les uns des autres pour explorer du regard un horizon de plus en plus étendu. (J.-B. Say.) Une coquette est plus, aisée à marier qu'une savante. (J. de Maistre.) Le savant sait d'une chose tout ce que l'on en peut savoir dans son siècle, t'érudit tout ce que l'on en savait dans les siêctes passés. (J.-B. Say.) Le savant observe les faits, il les décrit ; le philosophe les explique et les enchaîne. (Azaïs.) J'ai souvent entendu les savants disputer sur le premier être, et je ne les ai point compris. (Chateaub.) Un savant sans philosophie est un musicien sans âme. (Gardanne.) Un grand savant fait oublier un autre grand savant. (V. Hugo.)

Un savant doute, cherche, et l'ignorant sait tout.

Ville fré.

Les lavants ont beau dire

Et beau rêver : leurs systèmes font rire.

Voltaire.

— Prov. C'est un savant en us, C'est un homme qui fait un étalage pédantesque de sa science.

— Syn. Savant, daclc, érudït. V. DOCTE.

— Encycl. V. SCIENCE ET ÉRUDITION.

Savants (histoire des ouvrages des) , re-

SAVA

cueil critique rédigé par Basnage de Beauval (1687-1709). Bnyle, ayant résolu d'abandonner la publication des Nouvelles de la république des lettres, voulut en remettre la continuation à son ami Basnage. Celui-ci accepta la tâche confiée, mais en se réservant de prendre un autre titre, afin d'éviter une comparaison redoutable dans l'esprit du lecteur. Ainsi parut l'Histoire des ouvrages des savants. Dans les premiers numéros, soit respect du maître , soit hésitation d'un homme qui étudie le terrain et tente une expérience, Basnage suit la méthode de Bayle; certains de ses articles de début sont des pastiches intelligents, mais un peu outrés, de la manière du grand critique; moins sensible aux qualités de la forme qu'au sens et aux nouveautés, il considère de préférence le fond des idées. Tout en restant lidèle à cette habitude psychologique, il acquiert bientôt une manière propre. Ses comptes rendus se distinguent par la clarté de l'analyse, par la sûreté du coup d'œil dont il embrasse le plan et les grands traits des ouvrages appréciés par lui, par le bon sens et, enfin, par une rare modération. Protestant , il se défend, même dans les sujets de controverse, de toute partialité et rapporte les raisons des dissidents sans les affaiblir. Le Père Niceron convient de l'impartialité de Basnage et de son indépendance vis-à-vis de l'auteur discuté. Peu prodigue d'éloges, Basnage se tient dans le ton des convenances et observe les formes d'une contradiction sage et réservée. Basnage convient lui-même, ce qu'on lui a reproché, qu'il mêle trop souvent ses réflexions avec celles de l'ouvrage soumis à son examen, de sorte qu'il est difficile de distinguer les sentiments de l'écrivain des pensées de l'analyste. Il ne pouvait, dit-il, se résoudre à interrompre continuellement le discours par des signes ou des termes servant de points de repère. Ce défaut fuit précisément son originalité. C'était un ait neuf et délicat que de faire marcher du raênie pas, côte à cote, lo jugement et l'analyse de l'œuvre. .C'était là la prétention de Basnage et, en partie, son mérite. La méthode employée par lui a été reprise par quelques critiques de notre siècle. Si on la compare avec le pédantisme des anciens érudits. on jugera qu'elle constitue un progrès sensible, puisqu'elle élargit le cercle des intelligences capables de saisir des sujets et des matières pour lesquelles les gens du monde étaient des profanes. Basnage a parfaitement compris les besoins des temps nouveaux, l'esprit de la société. Evitant la déclamation et la pédanterie, il se pique d'élégance et de politesse. Son style aime les ornements. Son journal, qui se compose do îi volumes, est un des meilleurs qui aient été publiés à l'étranger; il n'est pas resté trop au-dessous des Nouvelles de Bayle, dont il est une sorte de continuation.

Savant» illimtre» (vies des), depuis l'antiquité jusqu'au XIXe siècle, avec une appréciation de leurs travaux, par M. Louis Figuier (1865). Cet ouvrage pourrait, s'intituler le Plutarque scientifique; il remplit une lacune. Nous avions les Vies des grands capitaines, des peintres, des musiciens, des orateurs, voire même des enfants célèbres, nous n'avions pas celles des grands maîtres de la science. Sous forme de biographies, c'est en réalité une Histoire des sciences qu'a écrite M. L. Figuier ; car, loin de se borner à une notice sur chaque représentant de la science, il analyse et apprécie ses travaux. Il ne suit pas l'ordre chronologique dans toute sa rigueur; il distribue ses biographies par groupes et fait précéder chaque groupe d'un tableau historique de l'état des sciences pendant l'époque qu'il considère. On assiste ainsi à la création et au développement suecc-sif des sciences depuis leur origine jusqu'au xixe siècle. Il nous expose d'abord les données sur lesquelles la philosophie de l'antiquité a entrepris ses travaux, puis dresse 1 inventaire de l'héritage précis des connaissances positives qu'elle a léguées à la Renaissance et nu moyen âge. U trace un tableau animé des obstacles suscités au savant du moyen âge, de ses luttes dramatiques contre Avistote et la théologie intolérante; il nous peint la condition sociale des savants de la Renaissance jetant les fondements de notre édifice scientifique, assis sur la double base de la philosophie renouvelée et de l'expérience.

Dans un premier volume, il a réuni les grandes figures un peu indécises des représentants de la science dans l'amiquiié. La science alors, sous le beau nom de sagesse, comprenait tous les genres de recherches. L'univers;ilité des connaissances était un aiguillon de plus pour la curiosité des esprits les plus puissants. L'héritage de l'antiquité se retrouve à l'aurore des temps modernes; M. Figuier montre comment il grandit dans des mains dignes de le faire frueiilier. Il nous raconte les vies des savants illustres de la Renaissance. C'est l'âge des épreuves et du martyre. Ces héros, dont la plupart honorent l'humanité autant que la science, sont Paracelse, Rumus, Jérôme Cardan, Bernard Palissy, Georges Agricola, Conrad Gessncr, Guillaume Rondelet, André Vi-sale, Ambroisie l'aré,Coparnic,Tyelio-Brahé.Vaseode Gaina, Magellan, Christophe Colomb, Gutenberg,- Galilée les suivent de près et forment les brillants anneaux de cette chaîne non inter-

SAVA

rompu ? jusqu'à nos jours et qui va toujours en s'u longeant, véritable chaîne d'or, niais quelquefois souillée par le sang de ceux qui en forment les anneaux.

Qu'on ne s'imagine pas que le livre de M. L. Figuier ne soit bon que pour des savants ; sa clarté et sa netteté le rendent accessible à toutes les intelligences et à tous tes âges. Il donne à tous des renseignements précis sur les grands noms qu'on entend journellement prononcer et dont il est honteux d'ignorer l'histoire.

S(l«iin(> (LE JOURNAL DES). V. JOURNAL.

Savent (le jeune), comédie de Lessing. V. Jeune savant (le).

SAVANTAS s. m. (sa-van-tâ — îad. savant, avec la désinence péjorative as; savantasse est l'augmentatif). Celui qui affecte de paraître savant, mais qui n a qu'une science incomplète et confuse : Vous me représentiez fort plaisamment votre sa vantas. (Mme de Sév.) Corbinelli a été charme de la peinture au nat ire! de votre sa vantas. {Mme de Sév.) ... Les j-ens comme vous doivent fuir l'entretien De tous ces savantas qui ne sont bons à rien.

Molière.

— Cette forme a vieilli et l'on emploie plus volontiers aujourd'hui l'augmentatif savantasse : Mes mameluks, au Caire, voulaient, bon gri mal gré, que je fusse un général de Napoléon déguisé en savantasse. (Chateaub.) Il avait l'œil terne d'un savantasse et le jugement d'un scolastique. (Michelet.)

SAVANTASSE s. m. V. SAVANTAS.

SAVANTISSIME adj. (sa-van-ti-si-me — superluif de savant, formé par plaisanterie à la Manière latine). Très-savant : Homme savant Savantissime. (Mol.)

— S'emploie aussi quelquefois substantivement : Est-il bien possible que vous soyez ce savantissime, ce bel esprit dont la réputation est si grande en ce pays-ci? (Le Sage.)

SAVARD (Marie-Gabriel-Augustin), musicien ei. écrivain, né à Paris en 1SI4. Ses études terminées au collège Henri IV, il s'occupa quelque temps des sciences naturelles, puis il entra au Conservatoire (1837), où il suivit les cours d'harmonie et de composition. M. Savard devint successivement professeu ■ adjoint d'harmonie et d'aocompugneînent pratique au Conservatoire (1841), professeur titulaire de solfège (1850) et enfin professeur d'harmonie à la mort de Clapisson (i!i66). M. Savard a occupé, en outre, le poste de maître de chapelle à Sahit-Etiennedu-Mcnt. Il a publié-; Cours complet d'harmonie théorique et pratique (1853,2 vol. in-8°); Etude raisonnée des principes de la musique (1 vol. in-18); Manuel d'harmonie (1858, in-4°); Principes de la musique (1861, in-8°) , etc. Enfin, comme compositeur, il s'est partieulièreinen: adonné à. la musique d'église. On a de lui des messes, des motets, des chants liturgiques harmonisés à trois et quatre voix, etc.

SAVARESI (Andréa), minéralogiste italien, né à Naples en 1762, mort en 1810. Il exerça d'abord la profession de médecin, puis s'adonna à la minéralogie. Chargé, en 1789, d'une r.iission scientifique, il visita les étaulissemen ;s minêrulogiques d'Allemagne, de Pologne lit d'Angleterre; à son retour dans son pays natal, il fut appelé à lever la carte oryclognostique de la Ualabre et devint, en 1808, arlmin strateur d'une fabrique de poudre. On lui doit, entre autres ouvrages : lArte di far parlare i muti (Naples, 1785, in-S°) ; Piano d'un corso di studj diretto a perfezionare la mediciia (Naples, 1788, in-goj; Lettre à M. Fourcroy sur la métallification des terres (Chemnitz, f790, in-8") ; Leltera su i votcani (Naples, 1798, iu-80) ; Rapporta sopra un viaggio mlieruloyico nelle Catabrie (1807, in-8°); Sulla minera d'orodiNagyag (1808, in-8°), etc.

SAVARESI (Antonio), médecin italieu, né à Naples en 1773, mort à une époque inconnue. Il lit ses études méflicales dans sa ville natale et passa son doctorat dès 1791 ; il visita alors les écoles étrangères et s'arrêta k Montpellier ^(1793), où il accepta un emploi dans les hôpitaux militaires. Il suivit nos troupe., en Corse, en Allemagne, en Italie, en Egypte, où il devint médecin eu chef, puis aux Antilles, OÙ il étudia la lièvre jaune. Nommj, en 1808, médecin en chef de l'armée française k Naples.il devint peu après membre du tribunal suprême de santé. Après la rentréo des Bourbons, il se consacra à ses recherches scientifiques. Ses principaux ouvrages sont : Mémoires et opuscules physiques et médicaux sur l'Egypte (Paris, 1802, in-4"); Histoire médicale de l armée de Naples(lS07, in-8°); De ta fièvre jaune (1809, iu-8°); Observazioni mediche e notizie storiche intorno aile di'jitali tutee e purpure (Naples, 1815, in-8°) ; Alemoria sul caractère fisico e morale de crecli d'America (1819, in-4°). On lui doit encore des articles publiés au Caire, pendant l'expédition d'Egypte, dans la. Décade.

SAVaKI DE MAULÉON, troubadour et guerrier français, né au château de Mauléon vers la lin du xne siècle, mort en Angleterie en 1234. Il prit parti pour Hugues ne Lu:iguau contre Jean sans Terre. Fait prisonnier k Muebeau, Savari tua les gardiens te sa prison ; ce trait d'audace lui conquit l'admiration de Jean Sans Terre, qui l'attacha i. sou service, l'envoj'a en Poitou, où celui-ci s'empara de Niort et défendit cette

SAVA

ville conlre les attaques de la noblesse de Poitou.

Jean sans Terre récompensa Savari par une. gratification de 200 marcs d'argent (1201) et le fit nommer, avec Thibault de Blairon , conservateur de la trêve conclue avec Philippe-Auguste. En 1208, Savnri fit une petite expédition sur le territoire français et se fît battre. Jean sans Terre, ;i.yant été excommunié par le pape en 1211, chargea Savari de porter secours aux albigeois, ennemis du souverain pontife. Savari combattit quelque temps pour le compte de ces derniers, puis il passa dans le parti du roi de France et se fit battre sur mer. Il se réconcilia, en 1214 , avec Jean sans Terre et reçut de ce prince le titre de sénéchal de Gascogne et le droit de battre monnaie, dont i! usa puisqu'on trouve des monnaies de lui. A la suite des insuccès de Jean sans Terre, Savari rejoignit ce prince en Angleterre, où il prit parti pour l'autorité royale contre les barons. Savari commanda, en 1215, une moitié de l'armée royale ; vers la même époque, il prit La Rochelle. Après la mort de Jean sans Terre (1216), Savari alla combattre, comme croisé, en Palestine, arriva devant Damiette en 1218 et concourut à la prise de cette ville en 1219. Revenu en France, il fut assiégé dans Niort par Louis VIII, en 1223; après la prise de celte ville, Savari se rendit à La Rochelle, qu'il ne put réussir à défendre conlre les Français. En butte à des accusations injustes de la part des Anglais, Savari se décida à se réconcilier une fois encore avec le roi de France. Il assista, en 1226, à l'assemblée des notables où l'on nrrèta les mesures k prendre contre les albigeois et alla combattre contre ces hérétiques, qu'il avait défendus jadis. Il intrigua contre Louis IX et fut un des membres de la ligue des grands contre ce prince. Il se réconcilia avec Louis IX, en 1230, mais continua de servir l'Angleterre et d'attaquer de temps en temps ses compatriotes. Ce fut en Angleterre, chez l'ennemi de sa patrie, que mourut, quelques années ensuite, ce soldat pillard et plusieurs fois transfuge. Il fut très-généreux envers les couvents. Il était troubadour et il a composé des poésies très-remarquables.

SAVARIN s. m, (sa-va-rain — de Briltat- Savarin, célèbre gastronome et écrivain fr.). Sorte de pâtisserie.

— Encycl. Cet entremets sucré, chaud, qui a emprunté le nom de l'un de nos meilleurs écrivains dans l'art culinaire, s'obtient de la façon suivante : dans une terrine, on met une livre de farine; dans le milieu de cette farine on fait un trou pour y placer un peu de levure; la levure sera mêlée avec le quart environ de la farine imbibée de lait chaud ; on laisse lever ce levain et, lorsqu'il a doublé de volume, on ajoute deux œufs entiers et un verre de lait chaud, pour mêler le levain avec la farine; on ajoute encore un œuf et on mêle de nouveau; puis on ajoute de nouveau un œuf avec trois quarts de livre de beurre manié, du se!, du sucre en poudre et du lait chaud, en mêant toujours. On met encore un œuf dans la terrine, puis un autre, jusqu'à cinq, en ayant soin de bien mêler après l'addition de chaque œuf. Cette pâte obtenue, on y ajoute deux onees d'orange confite coupée en petits dés. On beurre le moule appelé moule à savarin; on sème sur le beurre une cuillerée à bouche d'amandes hachées et on met la pâte dans le moule. Quand celui-ci est rempli par le ferment de la pâte, on met au four. Lorsque le savarin est cuit, on le démoule et on le laisse refroidir; on l'arrose de sirop de sucre additionné d'anisette ou de rhum, et on le sert.

SAVARON(Jean), historien, jurisconsulte et magistrat fiançais, né k Clermont-Ferrand en 1567, more en 1622, Successivement conseiller au présidial de Riom, conseiller à la cour des aides de Clermont, président et lieutenant général de la sénéchaussée d'Auvergne, il remplit cec fonctions avec zèle et employa ses loisirs k l'étude des lettres et de l'histoire. Nommé député aux états généraux de 1614, il s'y distmgua par son éloquence et s'éleva aveu beaucoup d'énergie contre la vénalité des emplois. On a de lui : Origines de Clermont (Clermont, 1607, in-s»), ouvrage qui atteste de grandes recherches; Traité contre les masques (1008, in-8«), plein de faits curieux; Traité contre les duels(\610, in-S°), également intéressant; Traité de t'épée française (1G20, in-8°); Traités de la souveraineté du roi et de son royaume (1615, in-S°), dans lesquels il s'efforça de démontrer qu'on doit toujours obéir aux rois, qui tiennent leur autorité de Dieu seul; Chronologie des états généraux (1615, in-8u); Traité de l'annuel et vénalité des charges (1GI5, in-8°); De la sainteté du roi Clovis (1022, in-4°), livre curieux et rare.

SAVART s. m. (sa-var — du bas lat. savurda, même sens). Agric. Nom donné, dans les Ardermes, aux terres incultes qui servent de pâture. Il Nom sous lequel on désigne, on Champagne, les terres crayeuses pauvres.

SAVART (Félix), médecin et physicien fiançais, né à Mèzières le 30 juin 1791, mort it Paris le 16 mars 1841. Il portait un nom déjà connu dans les sciences physiques et mathématiques et son père était un ingénieur distingué. Après avoir été élève, puis sous-aide h l'hôpital militaire de Metz, il en-

SAVA

tra dans l'armée comme chirurgien élève et se fit recevoir, en 1816, docteur en médecine a la Faculté de Strasbourg. S'étant établi à Metz pour y pratiquer son art, il traduisit le traité De medica de Celse ; mais bientôt il abandonna la médecine pour se livrer presque entièrement à l'étude de l'acoustique. En 1819, il se rendit à Paris. Un Mémoire sur les instruments à cordes, qu'il présenta à Biot, à son arrivée dans cette ville, lui valut l'approbation non-seulement de ce savant, mais encore de l'Académie des sciences et de l'Académie des beaux-arts. Encouragé par ce début, Savart se livra sans relâche aux plus laborieuses expériences sur les vibrations des corps solides liquides ou gazeux, le mécanisme de la voix et la constitution de l'organe de l'ouïe. Il s'occupa, en outre, de la structure des métaux et de celle des corps à cristallisation régulière, perfectionna l'appareil de polarisation en y ajoutant une glace dépolie, construisit un violon trapézoïde,dont il avait eu l'idée, etc. Parmi les inventions de Savart, la principale est la roue dentée qui porte son nom et qui lui servit à faire ses expériences sur les nombres de vibrations correspondant aux différents sons. Cet appareil est formé d'une sorte de banc en chêne, solidement établi et percé dans le sens de sa longueur d'une large fenêtre rectangulaire, à l'intérieur de laquelle peuvent tourner deux roues verticales, l'une mue à l'aide d'une manivelle, l'autre entraînée par une courroie passée sur son axe et sur la circonférence de la première. La seconde roue, qui est finement dentée, peut acquérir une grande vitesse a sa circonférence et fait vibrer une carie lixée au banc. Un compteur k cadran permet de compter le nombre de dents qui passent, dans une seconde, dans le plan de la carte et, par conséquent, le nombre de vibrations qui correspondent au son produit.

Savart vivait, depuis son arrivée k Paris, du produit des leçons qu'il donnait dans une pension, lorsqu'il fut nuinmé, en 1827, membre de l'Académie des sciences. Il devint ensuite conservateur du cabinet de physique au Collège de France et succéda, eu 183S, à Ampère, dans sa chaire de physique. Les écrits de Savart se trouvent dans les Annales de physique et de chimie ; on en a donné la table raisounée sous ce titre : Analyse succincte des travaux de M. Savart (1827, in-S°). Ils consistent en mémoires, parmi lesquels nous citerons : Mémoire sur la. communication des mouvements vibratoires entre les corps solides (1820); Jtecherches sur tes vibrations de l'air (1S23); Mémoire sur les vibrations des corps solides; Recherches sur les usuges de la membrane du tympan et de l'oreille externe ; Mémoire sur la voix humaine ; Mémoire sur la voix des oiseaux; Recherches sur l'élasticité des corps qui cristallisent régulièrement ; Rechcrc/ies sur la structure de métaux; Recherches sur tes lois de ta torsion des verges et des lames rigides ; Mémoire sur tes actions électro-dynamiques, avec Biot (1820), etc.

SAYARY (Jacques), littérateur français, né k C'aen en 1607, mort en 1670. Il n'est connu que par ses poèmes latins roulant tous sur la chasse et dont les titres sont ; Album Diaux Leporicidx (Caen, I655,in-12); Venatio vulpina et me lin a (1658, in-12); Venationis ceroins, capreoltns, aprugnœ et lupins teges (1659, m-12j ; A Ibum Nippons sive hippodromi teges (1662, in-4°J. Dans ces poëmes, uevenus fort rares, l'auteur a fait preuve d'invention et on y trouve des détails agréables. Savary a laissé, en outre, des pièces de vers, une traduction en vers latins de l'Odyssée, etc.

SAVARV (Jacques), célèbre négociant et économiste français, né à Doué (Anjou) en 1622, mort k Paris en 1690. 11 lit ses études à Paris, devint ensuite clerc de procureur et commis marchand, puis se livra au commerce de la mercerie. Actif et intelligent, il vit ses affaires prospérer de telle sorte qu'il put se retirer avec une beile fortune en 1658. Savary obtint ensuite la ferme des domaines de la couronne, qui lui fut enlevée après la disgrâce de Fouquet. Le chancelier Seguier, avec qui il était entré en relation, fut frappé de ses connaissances en législation commerciale à une époque où ces matières étaient généralement dédaignées. Bientôt après Savary devenait membre de la commission qui, en 1073, rédigea l'Ordonnance du commerce, et il eut une si grande part k cet acte qu'où l'a souvent désigne sous le nom de Code Savary. C'est en 1675 que parut son Parfait négociant (2 vol. in-4°), livre qui a été traduit dans toutes les langues de l'Europe et qui a rendu de grands services au commerce. La dernière édition de cet ouvrage, qui fit autorité dans les tribunaux, est de 1800 (2 vol. in-4°). Savary compléta son Parfait négociant en publiant, : Parères ou avis el conseils sur les plus importantes matières de commerce (1688, in-14). Vers la fin de sa vie, il fut chargé par le contrôleur général Le Peletier d'examiner les comptes des domaines d'Occident, avec 4,000 livres de traitement. Il avait eu dix-sept enfants, dont onze lui survécurent,

SAVARY (Jacques), dit Savary des Brulaiia,

administrateur fiançais, fils du précèdent (Jacques), neenl657,mortenl716. Nommé par Louvois inspecteur général des manufactures et de la douane, il consacra son intelligence k la solution des principales questions corn-

SAVA'

merciales. Il est auteur d'un ouvrage fort estimé, qui ne parut qu'après sa mort, et qui est intitulé : Dictionnaire universel de commerce, d'histoire naturelle, d'arls et de métiers (1723, 2 vol. iu-fol.). La meilleure édition est celle de Copenhague (Genève, 1759, 5 vol. in-fol.). — Son frère, Louis-Philémon Savary, né en 1654, mort en 1727, entra dans les ordres, devint un prédicateur distingué et fut nommé chanoine de Saint-Maur. 11 aida Jacques Savary k rédiger son Dictionnaire universel de commerce, qu'il termina et publia en 1723 et auquel il ajouta un volume de supplément qui a paru en 1730.

SAVARY (Daniel), marin français, né à Salles, près de La Rochelle, en 1743, mort k Mauzé (Deux-Sèvres) en 1808. Il navigua d'abord dans la marine marchande, et il lit de nombreux voyages. Son habileté et son expérience comme marin lui valurent d'être, quoique roturier, admis en 1780, pendant la guerre d'Amérique, k entrer dans la marie.* royale. Savary se distingua aux Indes, fut blessé devant Sadras eu 1782 et assista au combat de Gondelour (1783). Rentré en 1784 k Rochefort, il lit un second voyage aux Indes et fut nommé lieutenant de vaisseau en 1786. Nommé capitaine de vaisseau en 1793, il réprima de son propre mouvement les troubles qui avaient éclaté sur le littoral de la Vendée. La Convention décréta que le citoyen Savary avait bien mérité de la patrie. Il fut, ensuite appelé k commander la division navale en rade de l'Ile d'Aix et maintint une discipline rigoureuse parmi ses marins; accusé d'être un ennemi de l'égalité, il comparut et trouva grâce devant la société populaire de Rochefort, Il se rendit ensuite à Toulon et prit le commandement de la Victoire. Il se distingua dans le fameux combat du Ça-ira en 1795 et devint en 1796 chef de division. En 1798, il fut chargé de commander l'expédition navale destinée k conduire en Irlande le corps du général Hiimbert. Le débarquement étant reconnu impossible, Savary retourna k Rochefort, après avoir passé avec gloire k travers l'escadre du Commodore Warren qui lui barrait passage. Il participa k l'expédition de Saint-Domingue et commanda ensuite k Boulogne une des trois divisions de la flottille que Napoléon I" .destinait, en 1805, k transporter une armée française eu Angleterre, projet auquel la campagne d'Austerlitz l'empêcha de donner suite.

SAVARY (Louis-Jacques), homme politique français. On ignore la- date de sa naissance et celle de sa mort. Député k la Convention nationale, il vota l'adresse du 6 juin 1793 hostile aux montagnards et fut décrété d'accusation, puis mis hors la loi. Après le 9 thermidor, il rentra k l'Assemblée et en devint le secrétaire en juillet 1795. 11 fut membre du conseil des Cinq-Cents, donna sa démission le i novembre 1796, fut réélu député aux Cinq-Cents eu mars 1799 et adhéra au coup d'Etat du 18 brumaire. 11 resta au Corps législatif après son premier renouvellement en 1802. En 1804, il fiit élu sénateur, A la Restauration, Savary rentra dans la vie privée.

SAVARY (Claude-Etienne), voyageur et orientaliste français, né k Vitré (Ille-et-Vilaine) en 1750, mort k Paris en 1788. Lorsqu'il eut {ait ses études k Rennes, il se rendit k Paris, et, poussé par le goût des voyages, il partit en 1776 pour l'Egypte. Savary, pendant trois ans, visita les principales villes de ce pays, dont il étudia les mœurs et les nioiiumeuts, puis il parcourut l'archipel urée. De retour en France en 1781, il lit paraître une remarquable traduction du Coran, avec des notes et un abrégé de la vie de Mahomet (1783, 2 vol. in-8uJ, ouvrage que les travaux modernes n'ont pas fait entièrement oublier. En 1784, il donna les plus belles pensées du Coran sous le titre de Morale de Mahomet (in-18). On a encore de lui : Lettres sur l'Egypte (1788-1789, 3 vol. in-S"), livre aux descriptions pittoresques, au style brillant, qui eut d'abord un tres-vif succès, mais dans lequel on trouve peu de faits nouveaux et dont l'érudition a été contestée sur de nombreux points ; Lettres sur la Grèce (1788, in-8u), livre intéressant, mais resté inachevé ; Amours d'Anas-Eloujoud et Ouardi, traduit de Ïambe (L789, iu-18); Grammaire de U langue urabe vulgaire et littérale, publiée par Langlès (1813, in-40).

SAVARY (Jean-Julien-Marie), homme politique français, frère du précédent (Claude- Etienne), né k Vitré en 1753, mort k Paris en 1839. Reçu avocat près le parlement de Paris, il fut, au début de la Révolution, nommé président du tribunal de Cholet (1790). Savary remplissait encore ces fonctions, lorsque, les Vendéens s'étant soulevés en 1793, il dut chercher un refuge k Saumur pour ne pas être massacré. Appelé peu après k faire partie des commissaires civils chargés d'organiser la résistance à l'insurrection, il s'acquitta de sa mission avec une grande habileté, fit partie de l'état-major de Caudaux et fut nommé adjudant général chef de brigade. En 1795, Savary alla représenter les électeurs de Maine-et-Loire au conseil des Cinq-Ceut3, dont il fut un des secrétaires, puis le président, et prit une part des plus actives aux travaux de cette assemblée. En 1799, il entra au conseil des Anciens, où il se fit remarquer parmi Je petit nombre de

SAVA

patriotes qui protestèrent avec énergie contre l'attentat du 18 brumaire. A partir de ce moment, il renonça h la politique et, quelque temps après, il devint sous-inspecteur aux revues. Savary fut ensuite inspecteur aux revues de 1812 à 1815, époque où il prit sa retraite. Il était membre de l'Académie celtique, des Académies de Leipzig et d'Erfurt. On lui doit : Guerres des Vendéens et des chouans contre la république française (Paris, 1824-1825, 6 vol. in-8°), l'ouvrage le plus important qui existe sur ce sujet; Mon examen de conscience sur le 18 brumaire an y III (Paris, 1819, in-8°) ; Etrennes du bon vieux temps (Paris, 1820, in-18).

SAVARY (Auguste-Charles), médecin français, né a Paris en 1776, mort dans la même ville en 18U. Il a beaucoup écrit sur la médecine. Collaborateur, en 1807, de la Bibliothèque médicale, dans laquelle il publiait les comptes rendus d'ouvrages de médecine, il rédigea en 1808 le Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie. II a collaboré au Dictionnaire de médecine de Nysten, au Dictionnaire des sciences médicales et à la Biographie universelle. On lui doit aussi une édition (1813) de l'ouvrage de Belloc sur la médecine légale. M. Lullier-Winslow a donné une biographie de Savary dans le Journal de médecine (1815, t. XXXIII).

SAVARY (Félix), astronome, né h Paris en 1797, mort en juillet 1841. Elève distingué de l'Ecole polytechnique, il fut, après sa sortie, chargé de professer dans cette institution le cours de géodésie et de machines qu'il avait contribué à fonder. Savary devint ensuite membre de l'Académie des sciences et du bureau des longitudes. Le Journal de physique, les Annales de chimie et la Connaissance des temps contiennent de lui des mémoires intéressants. Il a publié à part. : Mémoire sur l'application du calcul aux phénomènes électro-dynamiques (1823) et Mémoire sur la détermination des orbites que décrivent autour de leur centre de gravité deux étoiles irisrapprochées l'une de l'autre. Ce dernier ouvre à peu près l'ère des travaux relatifs à l'astronomie stellaire, qui paraissait devoir reculer si loin le champ de nos connaissances. Si la santé débile de Savary ne lui a pas permis de fournir une longue carrière scientifique, il laissera cependant un souvenir durable par son théorème sur la courbure de la courbe engendrée par le mouvement d'un point lié k une courbe roulant sur une courbe fixe. Ce curieux théorème a pris, depuis la mort de Savary, une grande importance et sert aujourd'hui de base k des théories de géométrie pure fort intéressantes. V. épicycloïdk.

SAVARY (Charles), avocat et homme politique français, né à Coutances (Manche) le 21 septembre 1845. Il est lils de M. Théodore Savary, mort après avoir été avocat général, puis conseiller k la cour de cassation, et auteur d'un ouvrage sur la Magistrature française et son influence sur la société [\S62). Lorsqu'il eut terminé ses études au lycée Bonaparte , M. Charles Savary suivit les cours de- l'Ecole de droit, passa son doctorat et se fit inscrire comme avocat à la cour d'appel de Paris. Devenu secrétaire de la conférence des avocats stagiaires, il commença à se faire remarquer, en 1867, par son Eloge d'Alexis de Tocqueville. Trois ans plus tard, lorsqu'une commission de décentralisation fut instituée, sous la présidence d'Odilon Barrot, par le cabinet Ollivier, M. Savary en devint le secrétaire et fut désigné par ses membres pour rédiger le rapport d'un projet de loi sur les conseils généraux. Après la révolution du 4 septembre 1870, il fut nommé par le gouvernement de la Défense nationale sous-préfet de Coutances, mais il résigna ces fonctions pour se porter candidat à l'Assemblée nationale lors de la convocation des électeurs, non suivie d'effet, qui eut lieu en octobre, o La république qui vient d'être rétablie, disait-il dans sa profession de foi, ne représente point un parti exclusif. Proclamée spontanément comme le seul régime capable de résister k l'invasion étrangère, elle est en même temps, k l'intérieur, celui qui nous divise le moins, le seul dont la base soit assez large pour réunir sur un terrain commun tous les amis de la liberté, tous les hommes de cœur; » et il promit d'employer toute son énergie a consolider la nouvelle république, à établir des institutions libres. Le 8 février 187J, le jeune avocat fut élu député de la Manche à l'Assemblée nationale, le huitième sur onze, par 71,071 voix. Oubliant sa profession de foi, il alla siéger au centre droit, dans le groupe des orléanistes, et lit partie de la réunion des Réservoirs. Il vota pour les préliminaires de paix, l'abrogation des lois d'exil, la validation de l'élection des princes d'Orléans, la loi sur les conseks généraux, dont il fut le rapporteur ; le pouvoir. Constituant de l'Assemblée, la proposition Rivet, qui conféra à M. Thiers le titre de président ue lu république ; contre le retour de l'Assemblée à Paris, etc. M. Charles Savary commença k attirer sur lui l'attention en attachant son nom à la proposition qu'il fit, le 10 janvier 1873, relativement à la majorité requise pour être élu député. Il défendit cette sroposition, qui fut votée par la Chambre et qui exigeait, au premier tour de scrutin, la majorité des suffrages exprimés et un nombre de suffrages égal au quart des électeurs

SAVA

inscrits. Lorsque M. Thiers, comprenant la nécessité de mettre fin au provisoire, demanda k l'Assemblée de constituer le gouvernement de la république, M. Savary rit partie de la coalition des partis monarchiques qui renversèrent cet homme d'Etat le 24 mai 1873 et le remplacèrent par le maréchal de Mac-Manon. Ne se souvenant plus qu'il avait promis k ses électeurs d'appuyer avec énergie l'établissement d'institutions libres, il soutint de ses voies les mesures de réaction à outrance du gouvernement de combat, puis il donna son concours empressé aux tentatives faites pour appeler au trône le comte de Cliambord, et accepta une odieuse restauration de la monarchie de droit divin , k la seule condition du maintien du drapeau tricolore et de quelques promesses constitutionnelles. Devenu secrétaire du centre droit, ce fut lui qui, à ce titre, rédigea le procèsverbal de la séance tenue par ce groupe le 22 octobre 1873, pour entendre les déclarations de M. Chesnelong, de retour d'un voyage à Salzbourg auprès du comte de Chambord. La lettre écrite le 27 octobre par le comte de Chambord ayant rendu impossible toute restauration, M. Savary se joignit à ses amis pour constituer le septennat (19 novembre 1873). Il continua k appuyer la déplorable politique du duc de firoglie et vota contre la proposition Périer demandant la constitution des pouvoirs publics, puis contre la proposition Maleville réclamant la dissolution de l'Assemblée de Versailles (juillet 1874). Sur ces entrefaites, l'élection de la Nièvre et l'enquête qui s'ensuivit vinrent révéler k la France les périls dont la menaçait la faction bonapartiste. Avec plusieurs membres du centre droit, M. Savary comprit alors qu'il était temps de constituer un gouvernement sérieux et que le seul possible était la république. Il se joignit au petit groupe qui reconnut pour chef M. de Lavergne et (it partie de la majorité nouvelle qui vota la constitution républicaine du 23 février 1875. Ce même jour, M. Savary lut à l'Assemblée un rapport extrêmement remarquable sur l'élection Bourgoing et les menées bonapartistes. Ce rapport eut un retentissement énorme et mit complètement en évidence le jeune député. Le 3 juillet suivant, il prit de nouveau la parole à l'Assemblée au sujet de cette élection, fit quelques jours après sur cette affaire un nouveau rapport, dont l'etfet fut aussi grand que pour le premier, et répondit le 15 juillet k M. Rouher par un grand et éloquent discours, dans lequel il résuma d'une façon saisissante les charges accablantes qui pesaient sur les bonapartistes.

Outre des articles dans la Vérité de Saint- Lô, dans le Journal de Pai-is, etc., on doit k M. Savary divers écrits : Eloge de M. Alexis de Tocqueville (18G7, in-S°) ; un Projet de loi sur la décentralisation (1870, in-8°) ; le Gouvernement constitutionnel, études sur les questions actuelles (1873, in-S°), etc. 11 est, depuis le 8 octobre 1871, membre du conseil général do la Manche pour le canton de Cérisy-la-Salle.

SAVARY (Anne- Jean-Marie -René), duc du Rovigo , général et homme politique français. V. Rovigo.

SAVARY (François), comte de Brèves, diplomate français. V. Brèves.

SAVARY DE LACOSME-BREVES (le comte Louis-Stanislas), écrivain hippique français, né à Vendœuvres-en-Brenne (Indre) en 1809. Il entra dans la cavalerie, qu'il quitta avec le grade d'officier, puis s'adonna d'une façon toute spéciale k l'étude des questions chevalines. En 1855 , il fonda le Guide de l'ami du cheval, revue mensuelle, scientifique, historique et pratique, qui parut pendant deux ans On doit k M. de Lacosme-Brèves des écrits estimés, parmi lesquels nous citerons : De l équitaiion et des haras (1842, in-4°); la Vérité à cheval (1843, in-s°); Maux et remèdes (1847, in-8°); Pensées d'un laboureur (1848 , in-8u); Théorie de la cenlaurisalion pour arriver promptement à l'exécution des mouvements de l'ordonnance (1860, in-18); Béponse à M. le baron d'Aiémar, auteur de l'ouvrage Avenir de la cavalerie (1861, in-8°); Seconde réponse à M. le baron d'Asémar (1861, in-8°), etc.

SAVASTANIE s. f. (sa-va-sta-nî). Bot. Syn. de tibouchine, genre de plantes.

SAVASTANO (François-Eulalie), poète italien, né à Naples en loj7, mort dans la même ville en 1717. 11 entra dans l'ordre des jésuites, s'adonna particulièrement à la botanique et publia, Sous le titre de Botanicorum libri IV (Naples, 1712), un poème didactique latin, en quatre livres, dans lequel il décrit les plantes, donne la manière de les cultiver, énumère leurs propriétés médicales, etc. Cet ouvrage, agréablement versitiô et accompagné de notes, a été traduit en vers italiens sous le titre de Quattro libri délie cose botaniche (Venise, 1740, in-8°).

SAVATE s. f. (sa-va-te. — Ce mot est le même que l'italien ciabatta, espagnol zapata, savate et bottine, portugais sapatu, soulier de dame, bottine; espagnol zapato, portugais çapato, provençal subuto, soulier. Toutes ces formes ont évidemment la même origine que sabot, mais cette origine n'est pas encore fixée d'une manière sûre. Diez cite Sousa, d'après lequel les formes en question vien-

SAVE

draient de l'arabe sabat, substantif d'un verbe sabala, chausser; mais dans Freytag on ne trouve pas cette signification indiquée pour ce verbe. Mahn donne comme primitif le basque zapala, soulier, sapatu, mettre le pied, zapatcea, fouler aux pieds, presser, enfoncer, chiffonner. Sans contester la valeur do l'opinion de Mahn, Scheler soupçonne le radical sap de sabot et de savate d'être un affaiblissement de la racine stap, racine fort répandue dans les langues indo-européennes avec la signification de fouler aux pieds, marcher). Vieux soulier extrêmement usé : N'avoir que des savates. Ne porter que des

Page 1