‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 137 sur 1059 · C. Doucet · texte numérisé non relu

C. Doucet

Le roi, vous le saves, flotte encor interdit. Je suis par quels ressorts on le pousse, on l'arrête. Et fais, comme il me plaît, le calme ou la tempête.

Racine.

Minerve a tous ne départ ses largesses. Tous savent l'art ; peu savent les finesses. J.-B. Rousseau.

— Etre instruit dans quelque chose : Savoir ta grammaire, ta théologie, les mathématiques, l histoire. Savoir les langues, te grec, le latin, l'arabe. Savoir les affaires. Savoir son métier. Savoir jouer du violon. Savoir danser. Savoir se battre. La religion,

SAVO

chez les Turcs, fait un devoir, même au sultan, de savoir un métier. (B. de St-P.) Napoléon ne savait pas le latin. (Arago.) L'Etat a le droit d'exiger que tous les enfants sachent au moins tire, écrire et calculer. (L. de La Bédollière). Quiconque sait lire sait le plus difficile de tous les arts. (Duclos.) Savoir une langue, c'est en posséder l'esprit. (C. Dolll'us.)

Un vieus renard cassé, goutteux, apoplectique, Mais instruit, éloquent, disert Et sachant trt's-bien sa logique.

Se mit à prêcher au désert.

FloiuàN,

— Etre accoutumé, exercé à faire une chose : Savoir parler aux hommes. Savoir persuader. Savoir plaire. Savoir se conduire. Savoir vtaisanter. Savoir souffrir. Savoir viaucre ses passions. Savoir se modérer, se contenter. Celui qui ne sait pas obéir ne sait pas commander. Il faut savoir se faire pardonner ses succès. (S. de La Rochef.) Celui qui sait attendre le bien qu'il souhaite ne prend pas te. chemin de se désespérer. (La Bruyère.) Assez de gens méprisent ie bien, mais peu savent le donner. (La Rochef.) Itien n'est plus triste que la vie des femmes qui m'ont su être que belles. (Ponlen.) // faut savoir mourir, mais il faut savoir conserver sa vie. (Vult.) Savoir écouter est presque aussi indispensable que savoir parler, (Boitard.) Il n'y a d'heureux que ceux qui savent se contenter. (St-Marc Girardin.) Savoir souffrir, c'est savoir vivre. (M™e de Passj.) O/i est généralement porté à croire que celui qui sait se taire SAURAIT aussi parler. (La Rochef.-Doud.) Quand le clergé a tort, il faut savoir le contenir. (Dupin.) Il faut deux choses pour être libre : savoir l'être, et vouloir l'être. (Jules Simon.) -H faut juger sur l'apparence, mais il faut apprendre pour arriver ù savoir juger. (T. Thoré.)

... Qui sait conspirer sait Se taire et mourir.

YOLTAIIÎE.

— Avoir le pouvoir, le moyen, l'adresse de faire quelque chose : La faiblesse est le seul défaut qu'on ne saurait corriger. (La Rochef.) Celui qui sut tirer du chaos l'ordre de l'univers saura bien tirer de la confusion où sont les Etats de l'Europe l'arrangement qui doit u établir l'ordre et la tranquillité. (Mass.) On ne saurait atioir trop de mépris pour les opinions humaines. (Chateaub.) C'est en sachant beaucoup corriger que l'on Sait bien écrire, (Labnrpe.) Ce que personne ne saurait nous ravir, ce sont nos belles actions. (Lamennais.) On ne saurait trop se défier de ce qu'on sait et trop se hâter d'apprendre ce qu'on ignore. (E. de Girard.) Les dernières années de Louis XV, on ne saurait trop le répéter, avaient déconsidéré le gouvernement. (Mme de SiaSl.) Un homme franc ne Saurait i» mentir ni dissimuler, (Latena.) On ne saurait aimer une femme d'un esprit trop inférieur. (Bayle.) Quand on ne sait plus se défendre soi-même, ce n'est pas pour savoir protéger les autres. (Vacquerie.) Toute mauvaise action est une tache que le temps même ne Saurait effacer de la conscience. (Lepelletier.)

. . . Couvrez ce sein que je ne saurais voir.

Molière.

Je ne saurais parler, tant je suis hors de moi.

Boursault.

Sans disputer en France on ne saurait plus vivre.

VlESNET.

Je n'ai jamais aimé pour ma part ces bégueules Qui ne «auraient aller au Prwdo toutes seules.

A. Dr Musset.

Mais, a l'âge où je suis, je ne saurais changer; 11 faut de mes défauts savoir vous arranger.

Al. Duval.

Ami, je te conseille

De fuir en attendant que ton maître s'éveille ; Il ne «durait tarder, detate vite et cours. ,

La Fontaine.

— Etre informé d'une chose : SAVAiT-eM? une famille opprimée, elle animait la justice contre l'oppresseur. ("*.)

— Avoir dans la mémoire : Savoir sonrôle, son sermon, son discours.

— Prévoir, en parlant des choses futures : L'Espagne ne savait pas que le prince qui lui fit perdre tant de ses vieux régiments à Itocroy en devait achever les restes dans les plaines de Lois. (Boss.) Hélas! nous savions tout ce que nous pouvions espérer, et nous ne pensions pas à ce que nous devions craindre, (Fléch.)

U sait tout c« qui fut et tout ce qui doit èlre.

Racine.

— Savoir quelqu'un, Connaître parfaitement son caractère, ses habitudes ; Votre homme arrive, je l'ai étudié une bonne grosse demi-heure, et ie le sais déjà par cœur. (Mol.)

Un valet veut tout voir, voit tout et sait son maître.

Piron.

— SatioiV vivre, Avoir pour les autres les égards i|ue l'on ae doit réciproquement : Qu'est-ce que Savoir vivre? C'est savoir se contraindre sans contraindre les autres. (P. Bouhours.)

— Savoir bien le monde, Savoir son monde, Connaître bien la manière de vivre dans la société : Madame, M. Jourdain Sait son mondb.

SAVO

' — Ne pas savoir ce qu'on veut, Etre indécis, inconstant dans ses résolutions.

— Ne savoir ni ce qu'on fait ni ce qu'on dit, Ne rien dire, par ignorance ou par trouble d'esprit , ne rien faire de ce qu on devrait faire ou dire : Je ne sais ni ce que je fais, ni ce que je veux, ni ce que je dis.

— Savoir mieux qu'on ne dit, Ne pas s'exprimer aussi bien qu'on pense, qu'on sent.

— Ne savoir où se mettre, Ne pouvoir dissimuler ce qu'on éprouve : Je riais sous cape de l'embarras extrême de mon père et de ma mère, gui fort souvent NE savaient où se mettre. (StSimoii.)

— Ne savoir rien de rien, Etre dans une ignorance complète de tout, ou d'une chose particulière.

— Je sais ce que je sais, Je ne veux pas m'expliquer davantage : Ca sont des chansons que cela, et je sais ce que je sais. (Mol.)

— Je ne sais qui. Je ne connais pas la personne : Qui prouve trop ne prouve rien, dit JE NE sais qui. (11""« de Sév.) Il On dit d'une manière analogue Je ne sais quel, suivi d'un substantif: Un jour, je NE sais quelle femme t'attendit à sa porta et lui chanta pouittes. (T. des Réaux.) Il y a dans le talent de Balzac je ne sais quel prestige qui fascine. (Ste- Beuve.) Il On dit aussi substantiv. Un je ne sais qui, Un homme que personne ne connaît. Il On dit de même : Un jb ne sais quel homme est venu me trouver, (Acad.)

— Je ne sais quoi, Je ne puis exprimer ce que c'est : Je ne sais quoi m'avertissait de me défier de lui. (Acad.) tl On dit de même Je ne sais quel, suivi d'un substantif : Je ne sais quel trouble s'est emparé de moi. (Acad.) Des contestations qu'il avait eues sur la foi, il était sorti je ne sais quelles clartés passagères qui avaient laissé quelque trace de lumière dans son esprit. (Fléch.)

Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelles grâces Qui me charment toujours.

Racine.

Il S'emploie souvent substantiv. dans le même sens : Il y a dans ces vers, dans ce morceau de musique un je ne sais quoi qui me charme. (Acad.) Le je ne sais quoi de sa physionomie, de ses manières vous attire et vous subjugue malgré vous, (Acad.) La France le vit <uoj-s accompli par ce dernier trait et avec ce je ne sais quoi d'achevé, que les malheurs ajoutent aux grandes vertus, (Boss.) Il m'a pris un êblouissement, ura JB NE Sais quoi qui accommode fort mal les idées. (Volt.) Notre chair change bientôt de nature, notre corps prend un autre nom; même celui de cadavre ne lui demeure pas longtemps; il devient un je ne sais quoi <jt<i n'a plus de nom dans aucune langue. (Boss.)

O bonheur ! le mobile et la Un de tout être. Sous quel nom aux humains te |ferai-je connaître? Tranquillité, douceur, plaisir, contentement, Charmant je ne sais quoi qu'un secret sentiment. Qu'un soupir éternel incessamment appelle.

Du Resnel.

— S'emploie souvent dans les phrases exprimant le doute ou l'interrogation : Que sa- ■vez-vous? Qu'en SA.VKZ-VOUS? Que s&is-je? Que SAiT-on?

— Dieu sait, Expression de doute employée en parlant d'une chose envisagée sous quelque rapport particulier : Il a des écus, dieu sait. (Acad.) Il mène une vie, dieu sait. (Acad.) Il reviendra dieu sait guand. (Acad.) Dieu sait s'il reviendra. (Acad.) Tout cela oa dieu sait comme. (Acad.)

— Je ne sache pas, Jen'ai pas connaissance : Je ne saciie pas qu'on ait vu d'enfant en liberté se tuer. (J.-J. Rouss.) Je ne sache pas qu'il y ait d'hommes blancs devenus noirs. (BufT.) Nous en dirons bientôt la raison dont je ne sache pas que ses commentateurs se soient jamais occupés, quoiqu'ils l'aient ressassé de toutes les manières. (B. de St-P.)

... Je ne sache point d'honneur si bien placé Dont on ne vienne à bout des qu'on a financé.

HAUtEROCIIE.

Il Je ne sache que, Je ne connais que : Je ne sache que trois peuples qui aient autrefois pratiqué l éducation publique, (J.-J. Rouss.)

— Que je sache, Se place à la fin d'une phrase ou en forme de parenthèse quand on veut exprimer qu'on ignore si un fait s'est passé autrement qu'on ne le dit : Il n'y a personne à la maison, que je sache. (Acad.) H n'a point été à la campagne, que je sache. (Acad.) Est-il venu quelqu'un ? Non pas, QUE je sache. (Acad.) Mais la cause la plus générale du strabisme, et dont personne, que je sache, n'a fait mention, c'est l'inégalité de force dans les yeux. (Butf.) D'habiles anatomisles ont analysé les organes de la vue et de l'ouïe, et aucun, que je sache, n'a développé le mécanisme de l'odorat. (B. de St-P.)

Il n'est point de destin plus cruel, que je sache.

— Savoir gré, savoir bon gré, ne pas savoir gré, savoir mauvais gré à quelqu'un de quelque chose, Etre content ou mécontent des paroles, de la conduite de quelqu'un, de ses procédés à notre égard.

— Faire savoir, Informer par lettre ou par message : Faire savoir le succès d'une affaire. Faire savoir des nouvelles.

— Faire à savoir, Expression vieillie, qui équivaut à faire savoir, et qui n'est plus guère

SAVO

en usage que dans les proclamations, les publications, les affiches, etc. : On fait à. savoir que tels et tels héritages sont à vendre. (Acad.)

— Savoir faisons, Formule seulement usitée en style de chancellerie et de palais.

— C'est à savoir, ou plus ordinairement Savoir, Expressions en usage dans les inventaires , les énnmérations. Il S'emploie aussi familièrement pour marquer qu'on doute de quelque chose : Vous me dites qu'ils contribueront tous également à cette affaire, c'est À savoir s'ils le pourront, k savoir s'ils le voudront; savoir si vous en serez avoué. (Acad.) Vous assurez que l'ennemi marchera au secours

de la place ; c'est à savoir s'il pourra arriver assez à temps; k savoir s'il aura rassemblé ses troupes; savoir s'il osera l'entreprendre. (Acad.) H On dit aussi quelquefois substantiv. C'est un à savoir.

• — Prov. Il sait le fin du fin, II a une grande connaissance des affaires les plus secrètes. Il II sait son pain manger, Il sait plus que son pain manger, Il en sait bien long, Jt en sait plus d'un, Il en sait plus d'une, C'est un homme qui se conduit habilement, qui va bien à ses tins, qui est plein de ressources, u Ne savoir ni A ni B, Ktre très-ignorant. Il Ne savoir pas distinguer sa main droite de sa main gauche, Etre dépourvu d'intelligence. Il Savoir la carte du pays, ou absol. Savoir la carte, Connaître parfaitement les intrigues, les intérêts, les manières du monde, d'un quartier, d'une société, d'une famille, etc. ;i Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait, Si la jeunesse avait de l'expérience, si la vieillesse avait de la force, il On dit d'une manière analogue : Si richesse savait , si pauvreté pouvait. \\ Ta chemise ne sache ta guise, Cache ta pensJe à tes plus proches. Il Ce que trois personnes savent est public, Si l'on veut qu'une chose soit tenue secrète, il ne faut pas la communiquer à un tiers. Il II sait toutes les foires de Champagne, Il est bien informé.

— Absol. Avoir l'esprit orné et rempli de connaissances utiles ; C'est un homme qui sait. Auoir un grand désir de savoir. Savoir, c'est connaître les bornes où l'on doit s'arrêter. (I)uraarsais.) C'est le principe de con,pn\iti/,/i qui constitue pour l'homme la possibilité de savoir. (Proudhon.) La vertu consiste pour w,us à aimer et à savoir. (Ch. Dulit'us.) l'oi.r savoir il faut voir. (Th. Leelercq.) Savoir c'est voir. (Lamennais.) Savoir c est posséder, puisque science, c'est richesse et capital. (Pr<>udhon.) M. de Traty était humilié de croire, il voulait savoir. (Ste-Beuve.) Ce qui importe surtout, c'est que les enfants sachent bien au lieu de savoir tôt. (M"io Monmarson.) Puur apprendre, l'enfant doit bien souvent écrire avant de savoir, (Vacherot.) Le spiritisme est une des mille formes de celte maladie de l'esprit humain qui s'appelle l'ennui du doute, ou le besoin de savoir. (Toussenel.) Ignorer et croire que ion sait, bonne disposition pour rester ignorant et sot. (Latena.) Le désir de Savoir s'éveille avec ta raison. (Figuier.)

Après de longs travaux,'on est surpris de voir Que plus on sait, et plus il en rest ■ a savoir.

Du Resmel.

Se savoir v. pr. Etre su :

Tout se «ait tût ou tard, et la vérité perce.

Gresset.

— Savoir soi-même : L'homme se sait libre, il a conscience de sa liberté. (Guizot.)

— Graium. Lorsque le verbe savoir est employé négativement, il veut une négation complète si le défaut de savoir est absolu, s'il équivaut a l'ignorance ; mais si le défaut (le savoir est considéré comme produisant seulement l'impuissance ou l'incertitude, on se contente de mettre «e devant le verbe et l'on supprime pas ou point : Il ne savait que devenir; Tout ce qui est horsdenous ne sacrait faire notre bonheur. Il résulte de là qu'il y a une différence de sens très-marquée entre : Il ne sait pas ce qu'il fait et II ne sait ce qu'il fait; la première de ces phrases signifie II ignore la portée de ses actions; la seconde veut dire II agit au hasard, en écervelé.

On emploie quelquefois négativement le subjonctif sache, sans la conjonction que, et comme si c'était un temps de l'indicatif. Ou dit ; Je ne sache personne qu'on puisse lui comparer. Cet emploi n'est permis d'ailleurs qu'à la première personne du singulier, et pour l'expliquer on peut supposer que l'on sous-entend les mots Mon ignorance veut que.

— Syn, Savoir (faire), apprendre, enseigner, etc. V. APPRENDRE.

— AUus. bist. Si le roi lo savait, Exclamation proverbiale qui remonte aux temps féodaux, où le peuple, taillable et corvéable à merci, avait à souffrir continuellement de la part des seigneurs les exactions, les injus-

' tices, l'oppression, les mauvais traitements. Persuadé néaninois que le roi ignorait toutes les cruautés dont il était victime, il n'en faisait point remonter jusqu'à lui la responsabilité, et, lorsqu'un de ces petits tyrans abusait de .son autorité, ]e peuple faisait entendre ce Cri qui devait attendre une époque mémorable pour trouver un écho : Ah! si le roi le savait .' Le roi alors s'appela la Révoiutioa ; la France, ie peuple.

u Mais, dans votre citadelle des lies Marquises, le patient sera réduit à soupirer douloureusement : Ahl si le peuple le savait!

SAVO

Oui, là-bas, à cette épouvantable distance, dans ce silence, dans cette solitude murée, où n'arrivera et d'où ne sortira aucune voix humaine, à qui se plaindra le misérable prisonnier? qui l'entendra? Il y aura entre sa plainte et vous le bruit de toutes les vagues de l'Océan, i

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