V. Hugo
« Toutes les fois que quelqu'un souffre dans le monde, il se tourne du côté de la France. Rome avait des empires dans sa clientèle; nous, nous avons les instincts des peuples. Ils disent tous : Si la France le savait! comme on disait autrefois du roi j et ils ont raison de se tourner vers nous, ces peuples en d-îtresse. »
Mm« Emile de Girardin.
— Ail us. llttér. Que saii-je? Devise' sceptique de Montaigne, que Pascal commente ainsi dans ses Pensées :
« Montaigne met toutes choses dans un douti! si universel et si général que, l'homme doutant même s'il doute , son incertitude roule sur elle-même dans un cercle perpétuel ît sans repos : s'opposant également à ceux qui disent que tout est incertain et à ceux qui disent que tout ne l'est pas, pince qu'il ne veut rien assurer. C'est dans ce cloute qui coûte de soi et dans cette ignorance qui s'ignore que consiste l'essence de son opinion. Il ne peut l'exprimer par aucun terme positif car s'il dit qu'il doute, il se trahit, en assurant au moins qu'il doute ; ce qui étant formellement contre son intention, il est réduit i s'expliquer par interrogation; de sorte que, ne voulant pas dire : Je ne sais, il dit : Que sais-je? De quoi il a fait sa devise, en la mettint sur les bassins d'une balance, les-' quels, pesant les contradictoires, se trouvent dans un parfait équilibre. »
Le scepticisme de Montaigne avait peutêtre son origine dans la guerre sanglante, dans les bouleversements qui marquèrent son époqae. « Il s'interroge, dit M. Henri Martin, sur les causes de tant de calamités, sur la valeur intrinsèque des doctrines pour lesquelbs la France se déchire ; il réagit contre Iti dogmatisme; il ne voit plus les grands côté!- des deux croyances, mais les deux petits, les obscurs, les choquants ; il ne voit plus que les erreurs mêlées par les hommes aux vérités éternelles. Est-ce la peine de bouleverser la terre pour d'insolubles questions de théologie scolastique? Rien ne vaut l'effort et le sang versé. Que sais-je? Que puis-je savoir? En religion, en politique, en tout, respectons les coutumes établies, non comne bonnes, mais comme établies ; qui sait si nojs gagnerions au change? ■
Pour résumer d'une manière complète le scepticisme de Montaigne, citons ces deux phrases bizarres, et cependant caractéristiques, qu'il avait tracées lui-même dans son cabinet : « Peut-être oui, peut-être non. — Ni ccmme ceci, ni comme cela, ni même autrement. •
Le Que sais-je de Montaigne est devenu la devise de l'indifférence et de l'incertitude :
« Peut-être y a-t-il encore trois ou quatre propt sitions physiques ou morales bien démontrées. A cela près, nous vivons dans les ténètres, et je dis de tout comme Montaigne : Que sais-je?... Il me semble, en lisant les philosophes et les théologiens, voir des aveugles qui errent et qui s'entre- choquent dans l'obscurité. »
Frédéric IL
« Dès mon enfance, j'ai ouvert vos livres, ô phi osophes I Je m'en suis nourri vingt ans. Jamais Babel ne vit une plus grande confusion et tant de discorde. Au milieu de tous vos systèmes, rien n'est certain pour personne que l'incertitude de toute chose. Le que sais-je? de Montaigne est devenu l'axiome universel. »
P. Leroux.
n Voilà la politique telle que nous l'entendons. Croyez-vous qu'à une pareille époque et en présence de tels problèmes, il y ait honneur et vertu à se mettre à part dans le petit troupeau des sceptiques et adiré comme Montaigne : Que sais-je? ou comme l'égoïste : Que n'importe?»
Lamartine.
SAVOIR s. m. (sa-voir. — Verbe savoir pris substuntiv.). Science, érudition, instruction, conntissance acquise par l'étude ou l'expérience : Un homme d'un grand savoir. Lesprit ne tient pas lieu de savoir. (Vauven.) La multitude des paroles qui remplit nos livres annonce noire ignorance et les obscurités dont nos savoirs sont remplis. (J. Joubert.) Il est une admiration gui est fille du savoir. (J. Joubert.) Le, savoir est la connaissance acquùe par l'étude et par l'expérience. (Roubaud.) Tout savoir quelconque implique le savoir de soi-même. (V. Cousin.) L'acquisition d'un savoir quelconque porte avec elle sa récompense. (G. Saud.) Le savoir est tout, le pot voir n'est plus rien. (E. de Gir.) L'autorité, comme la divinité, n'est point matière de savoir, c'est matière de foi. (Proudh.) Le savoi.î est le véritable fonds de la sagesse. [ . chan-ge- va ja - mais. La France et la Sa
SAVO
(Toussenel.) Citer est parfois une ostentation
de savoir. (E. Fournier.)
L'ignorance vaut mieux qu'un savoir affecté.
Boileau.
Laissez dire les sots; le «avoir a son prix.
La Fontaine.
Dans le siècle où nous sommes,
Est-ce au pied du savoir qu'on mesure les hommes?
Boileau.
Faites choix d'un censeur solide et salutaire, Que la raison conduise et le savoir éclaire.
Boileau.
Ah ! que sont les grandeurs que la victoire enfante, Près des fleurons divins du sasoir et de l'art?
A. -'Barbier.
... J'aurais tout l'esprit qu'un homme peut avoir. Que, n'ayant plus d'argent, je n'ai plus de savoir.
Ponsard.
— Demi-savoir, Savoir incomplet, superficiel.
— Syn. Savoir, érudition, littérature, etc. V. ÉRUDITION.
SAVOIR-FAIREs. m. Industrieuse habileté, prudence mêlée de quelque ruse : Manquer de savoir-faire. S'enrichir par son savoirfaire. User de tout son savoir-faire. Avec tout son savoir-faire, il a échoué. Le savoirfaire et l'habileté ne mènent pas jusqu'aux énormes richesses. (La Bruy.) Le savoir ne mène à rien, le savoir-faire mène à tout. (Mme C. Fée.) Quand une fille a du savoirfaire, elle ne manque pas d'adorateurs. (Gherardi.) Le savoir a besoin du savoir-faire pour se produire dans le monde. (Viennet.)
Un sien ami, voyant ces somptueux repas. Lui dit : * Et d'où vous vient un si bon ordinaire î — Et d'où me viendrait-il que de mon snuo!r-/Vtire ? •
La Fontaine.
— Syn. Savoir-faire , adresse , art, etc. V. ADRESSE.
SAVOIR-VIVRE s. m. Connaissance et pratique des usages de la politesse, des égards qui doivent présider aux relations que les hommes ont entre eux : Manquer de savoirvivre. Il faut beaucoup de savoir-vivre pour ne choquer personne. Feindre d'estimer tes autres plus qu'ils ne valent et de nous apprécier moins que nous ne valons, voilà tout le savoir-vivre. (La Eoehef.) M. de Thermes est toujours à la pensée d'autrui, et c'est en cela surtout que consiste le savoir-vlvre. (Boileau.) La connaissance des usages constitue le savoir-vivre. (Latena.)
Elle était noble dame, habile en savoir-vivre.
Colletet.
Apppïiquez-vous surtout, c'est le grand livre. A vous former dans l'art du savoir-vivre.
J.-B. Rousseau.
SAVOISIEN, IENNE s. et adj. (sa-voi-ziain, i-è-ne). Géogr. Habitant de la Savoie; qui appartient à ce pays ou à ses habitants : Les Savoisiens. La population savoisienne. Les habitants de Genève chassèrent les Savoisiens. (Volt.) Il On dit aussi Savoyard ; mais à cette dernière forme est attaché aujourd'hui un sens de dénigrement qui lui fait préférer la première.
Snvoislenue (la), air populaire savoisien, transformé en chant national;. paroles françaises d'E. de Lonlay. Voici un chant complètement original et dont le caractère tranche énergiquement sur la forme ordinaire de la mélodie italienne. Sur ce chant très-remarquable et très-neuf, M. de Lonlay ,a cru pouvoir appliquer des strophes dans lesquelles la Savoie se félicite, en un style un peu trivial, de son adjonction à la France.
lw Strophe.
SAVO
SAVO
liililiSffiÉi
La Sa-voi-e, u-nie & la France, A
! main- te- nant, sa seu-lees-pé-ran-ceEst
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de res - ter sa sœur.
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Qui doit fleu - rir a
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— veo suc-ces Sous l'd-tendardfran-çais!
DEUXIÈME COUPLET
Entre elles règne l'harmonie';
En se donnant, et sans retour,
La Savoie, autant que de génie,
A fait predve d'amour.
Bien inspirée, elle rencontre, dans la France,
Un cœur qui ne faillira jamais.
La France et la Savoie, unissant leur vaillance, Auront la victoire ou la paix.
Sous l'étendard français.
SAVOLAX s. ni. (sa-vo-lakss). Linguist. Syn. de cakélikn.
SAVOLDO (Girolamo), dit II Brcsclono,
peintre italien, né à Brescia. Il vivait au xvie siècle. Ses premières études artistiques terminées, il quitta sa ville natale et alla étudier à Venise la manière du Titien, dont il se montra l'habile imitateur. Il termina sa vie dans cette ville à un âge avancé. Ses principaux ouvrages sont -Ao. Crèche, à Saint-Job, il Venise; Jésus-Christ sur un nuage, chez les dominicains de Pesaro; une fort belle Transfiguration, dans la galerie de Florence. Ces couvres se distinguent par la beauté du coloris et l'extrême rini de l'exécution. Savoldo, qui était riche, ne se faisait point payer les tableaux qu'il exécutait pour les églises.
SAVON s. m. (sa-von — lat. sapo, gr. sapdn. Le nom et la chose paraissent avoir une origine germanique et se retrouvent probablement dans les noms du savon usités encore dans les langues germaniques : anglosaxon sape, vieux haut allemand seife, allemand seipfen, flamand seep, que Skinner fait venir de l'anglo-saxon sipan, macérer, mais qui, selon "Waehter, pourrait tout aussi bien se rapporter à l'anglo-saxon suben, purifier. On a dit aussi que le savon était ainsi nommé de la ville de Savone, près de Gènes; la femme d'un pécheur de cette ville, ayant fait chauffer de la lessive de soude dans un vase qui avait contenu de l'huile d'olive dont il était imprégné, aurait trouvé par hasard cette composition). Préparation d huile ou d'une matière grasse avec la soude, la potasse ou un autre alcali, et qui sert à nettoyer et à dégraisser : Pain de savon. Poudre de savon. Savon liquide. Savon de blanchisseuse. Savon parfumé. Les premières fabriques de savon furent établies à Savone. (F. Pillon.) Regarde une troupe enfantine, Qui, par des tuyaux différents, Dans l'onde où le savon domine, Forme des globes transparents.
De Bernis.
Il Pain de savon dur : Acheter un savon. Je demandais à un homme pauvre comment il vivait, il répondit : « Comme un savon, toujours en diminuant. » (Swift.)
— Par ext. Savonnage, lavage au savon : Donner un sa vos à du linge.
Ceux-ci sont assez beaux, mais de mauvais service; En moins de trois savons, on ne les connaît plus.
COBHEILLE.
— Fig. Verte réprimande : Donner un savon à quelqu'un. S'attirer un savon.
— Eau de savon, Eau dans laquelle on a dissous du savon : Mettre du linge à /'eau de savon.
— Bulle de savon, Bulle légère, transparente, colorée, que l'un produit en soufflant dans de l'eau chargée de savon : Faire des bulles de savon, h Fig. Chose légère, inconsistante : La vanité, comme objet, est la bulle de savon. (Arnault.)
— Comra. Savon marbré, Celui dont la pâte blanche est mêlée de veines différemment colorées, et que l'on produit par une addition de sulfate de fer. il Savon blanc. Celui qui n'est pas marbré et qui est de couleur blanche, il Savon noir, Savon vert, Savon de potasse à l'huile de chènevis ou de colza, il Savon ponce, Savon à décrasser, dans la composition duquel il entre de la pierre ponce.
Il Savon de toilette, Savon de suif, d'huile d'amandes ou de graisse, à base de soude ou de potasse, le plus souvent parfumé avec une essence. Il Savon de Windsor, Savon de toilette aromatisé, fabriqué aveu de la soude et du suif. Il Savon de Venise, Savon blanc trèssec. Il Savon de JVaples, Savon de potasse à l'huile de palme, il Suvon de Brécœur, Préparation employée pour préserver des teignes les animaux empaillés.
— Pharm. Préparation pharmaceutique obtenue en faisant agir la potasse caustique sur un corps gras : Savon sulfureux. Savon ioduré. Il Suvon médicinal ou amygdalin, Savon préparé à froid, en traitant l'huile d'amandes douces par une solution de potasse caustique. Il Savon animal, Savon de moelle de bœuf, Savon préparé avec de la moelle de bœuf traitée par la potasse caustique, il Savon
de Starkeyovi tartareux, Composé de potasse et d'essence de téréb;nthine.
— Miner. Savon de montagne, Espèce d'argile smectique. il Savon naturel, Savon de soldat, Argile fine et onctueuse qu'on emploie en guise de savon.
— Chim. Sel d'un acide gras.
— Alchim. Savon des philosophes, Mercure.
— Techn. Savon des verriers, Nom donné par les ouvriers au bioxyde de manganèse, parce qu'il fait disparaître presque complètement la teinte verdàtre que présentent ordinairement les verres, surtout ceux a base do soude.
— Ichthyol. Nom vulgaire d'un centropristo de l'île Bourbon.
— En c y cl. Hist. Certains érudits ont pensé que les anciens n'avaient pas connu le savon; mais l'opinion contraire est appuyée sur de tels documents qu'on ne peut pas la révoquer eu doute. Cependant on ne trouve pas de trace de cette substance ou d'une substance analogue chez les Grecs. Quand l'Odyssée d'Homère nous représente la princesse Nausieaa lavant le linge avec ses servantes, elle nous les montre foulant ce linge aux pieds ; mais elle ne dit pas qu'aucune matière fût mêlée à l'eau pour le blanchir. 11 n'en est pas de même chez les Romains. Ici les renseignements sont positifs. Le sauoîi existait chez eux dès le i«r siècle de notre ère. Sans doute il ne se composait pas des mêmes matières que notre savon actuel ; ce n'en était pas moins un savon. On lit dans Pline l'Ancien : « Les tumeurs scrofulèuses sont encore résolues par la cendre de la corne du pied d'un âne ou d'un cheval, mêlée à da l'huile ou de l'eau, par l'urine chaude, parla cendre d'un pied de bœuf délayés dans l'eau... On emploie aussi le savon, inventé dans les Gaules pour rendre les cheveux blonds ; il se prépare avec du suif et des cendres ; le meilleur se fait avec des cendres de hêtre et du suif de chèvre, Il est de deux sortes, mou et liquide. L'un et l'autre sont en usage chez les Germains, et les hommes s'en servent plus que les femmes. » Serenus Sammonicus, médecin de l'empereur Septime-Sévère au me siècle, a dit dans son poëme Sur les maladies : a Souviens-toi de te laver les joues avec du sauou broyé.
Attrito sapone gênas purgare mémento. •
Cependant les Romains, dans les opérations du blanchissage, se servaient surtout de la matière mucilagineuse que dégagent la racine et la tige de la saponaire, écrasées et battues. De là vient en grande partie l'erreur de ceux des érudits modernes qui n'ont pas cru à l'usage du savon dans l'antiquité. Pline parle en effet, à plusieurs reprises, de la saponaire comme d'une plante fort emploi'ée par les ouvriers qui lavent et blanchissent les matières premières des tissus, il dit, par exemple : < La saponaire fournit un suc propre au lavage des laines et qui contribue merveilleusement à leur donner de la blancheur et de la souplesse. Elle vient partout, à l'aide de la culture; mais celle qui croit spontanément et qui vient en Asie et en Syrie, dans les lieux âpres et pierreux, a la préférence. • Et ailleurs : « La saponaire, que les Grecs nomment siruthion (herbe au foulon), sert aux teinturiers à préparer les laines. En décoction et à l'intérieur, elle guérit l'ictère ainsi que les affections de poitrine, etc. » Ces passages du naturaliste latin ne détruisent pas celui que nous avons ciié en premier lieu et d'où il resuite que les Romains employaient le savon et qu'ils en tenaient l'usage de lu Gaule ou de la Germanie. Toutefois, on remarquera que les Romains paraissent s'être servis plus anciennement, comme les Grecs, du suc de la saponaire.
— Chim. On donne généralement le nom de savon aux sels des acides gras; dans un sens plus restreint, le même mot se dit des sels à base d'alcali, et plus particulièrement des produits que l'industrie prépure par l'action des alcalis sur les glycérides, c'est-à-dire sur les huiles et les autres corps gras naturels; ces produits sont, en majeure partie, composés de margarate, de palmitate et d'oléate à base de potasse ou de soude.
Toutes les bases n'étant pas également aptes à saponifier les corps gras, il en résulte que certains savons peuvent être préparés par voie directe, tandis que d'autres ne peuvent l'être que par voie de double décomposition. Les alcalis, les terres alcalines et les oxydes de plomb et de zinc peuvent servir à la saponification directe; il n'en est pas ainsi des oxydes de fer, de cuivre, de cobalt, etc.
Les savons à base de potasse, de soude et d'ammoniaque sont seuls solublesdans l'eau. Les savons a base alcaline sont solubles dans l'alcool etl'éther. Les savons métalliques proprement dits, à l'exception des savons de cuivre, de protoxyde de fer et de manganèse, sont insolubles dans ces liquides. Les huiles grasses et l'essence de térébenthine peuvent aussi dissoudre ces derniers savons.
Enfin disons, avant d'entrer dans !e détail de la fabrication, qu'en général les savons à base de soude sont moins solubles dans l'eau et plus consistants que les savons à base de potasse, et que, de plus, ceux dans lesquels dominent les oléates sont moins consistants que ceux qui sont formés par les acides gras solides.
En résumé , le savon, tel qu'on- l'entend
SAVO
communément, résulte de la combinaison d'un corps gras d'origine végétale ou animale et d'un ulcali, potasse ou soude.
L'art de le fabriquer date des époques les plus reculées, et l'on possède sur cette matière un nombre considérable d'écrits. Les progrès récents de la chimie industrielle ont puissamment contribué, dans ces dernières années, à, éclairer la fabrication du saoon. La saponification n'est plus aujourd'hui une affaire de routine; on procède scientifiquement et les corps mis en présence sont mis dans les proportions nécessaires pour obtenir tel ou tel résultat. Le fabricant instruit ne livre aujourd'hui rien au hasard, et il ne se laisse plus entraver dans sa marche par les nombreux incidents qui venaient si souvent dérouter les plus habiles praticiens. En effet, quoique la saponification soit le résultat d'une réaction chimique simple et bien définie, elle peut présenter cependant certaines did'érences suivant que l'on emploie telles ou telles matières grasses et suivant que l'on combine celles-ci avec la soude ou avec la potasse.
Une des principales difficultés de l'art du savonnier résulta longtemps du manque de moyens certains pour doser exactement les quantités d'alcali contenues dans les soudes et les potasses du commerce. Ce n'est que depuis les intéressantes recherches de Vauquelin, de Gay-Lussac, de Descroizilles, etc. , que le fabricant marche à, coup sûr et qu'il ne paye que la quantiié réelle d'alcali qu'on lui livre. De plus, les matières étrangères devront être également dosées, surtout s'il s'agit de la fabrication des sapons mous, à base de
Îiotasse, sur lesquels les corps étrangers ont a plus fâcheuse influence. 11 n'en est plus de même lorsqu'il s'agit de savons durs, à base de soude; les sels étrangers paraissent même avantageux, et l'on fabrique ex près des soudes impures contenant de grandes quantités de chlorure de sodium. On en forme des lessives spéciales appelées lessives salées.
Le choix des corps gras qui sont employés pour faire le savon ne demande pas inouïs d'attention et de soin. Bien que ces corps soient multiples, ils contiennent invariablement trois principes différents, dont les proportions seules varient et qui ont reçu les noms d'acides gvas. Ce sont l'acide stéarique, l'acide margarique et l'acide oléique. L'acide stéarique et l'acide margarique sont solides à la température ordinaire; l'acide oléique, au contraire, est liquide, et cette différence fuit comprendre tout de suite la raison première des diversités qui existent entre les corps gras, diversités qui proviennent des proportions variées sous lesquelles les deux acides solides et l'acide liquide entrent dans ces corps, et elle fait comprendre aussi ce qui distingue les savons mous et les savons durs : plus il y aura d'acide stéarique et d'acide margarique dans le corps gras avec lequel le savon sera composé, plus le savon obtenu sera dur.
Il est donc très-important de connaître avec exactitude la composition exacte des corps gras et, pour cela, de savoir appliquer les procédés spéciaux, propres à. taire distin-
fuer ces corps les uns des autres et à juger e leur pureté relative. Cela devient surtout important et fort difficile lorsqu'il s'agit des huiles ; en effet, le savon de Marseille, qui a acquis une juste réputation, est le résultat de la saponification de l'huile d'olive par la soude; il est dur, car l'huile d'uliv'e contient, en tant qu'huile, beaucoup d'acide stéarique. Mais si on opère avec des huiles falsifiées, la proportion d'acide oléique augmente et la dureté du savon diminue; l'huile de même provenance, mais de qualité inférieure, ne donnera même pas des résultats identiques à la saponification. Ainsi les huiles d'olive que l'on préfère sont celles dites de recense, qui proviennent d'un nouveau traitement de la pulpe des olives déjà pressées; elles contiennent beaucoup d'acide stéarique. De plus, l'odeur de l'huile d'olive s'exalte beaucoup par la fermentation, et l'huile qui provient des olives fermentées donne un savon d'une odeur prononcée et qui est agréable. Les matières étrangères que l'on incorpore à l'huile changent cette odeur et peuvent, jusqu'à un certain point, faire constater la fraude. Les corps gras qui, par la saponification, développent les odeurs les plus désagréables sont les huiles de poisson et le beurre. Cela est regrettable pour Ce dernier, car c'est, de toutes les matières grasses employées jusqu'à présent, celle qui fournit la plus grande quantité de savon.
Les savons peuvent être coagulés par un grand nombre de sels alcalins. Tels sont les carbonates de soude et de potasse, le chlorure de sodium, le sulfate de soude, le chlorhydrate d'ammoniaque, etc. Les acides décomposent les savons en s'unissantà leur base et en éliminant les acides gras, qui viennent nager à la surface des dissolutions aqueuses dans lesquelles ils sont insolubles. Si on introduit, dans une marmite de Papin, un savon calcaire neutre ou même un savon ordinaire avec de l'huile d'olive et de l'eau et qu'on chauffe vers 150°, l'huile se décompose en glycérine, qui se dissout, et en acide gras, qui s'unit au savon neutre pour former un savon acide. On explique ce résultat en admettant que l'eau décompose le savon neutre en un savon acide et un saoon très-basique, et que celui-ci réagit sur la matière grasse comme le ferait un alcali.
SAVO
Tous les corps gras peuvent être saponifiés par ta soude et la potasse; les suifs de mouton, de bœuf, de chèvre, les graisses de cheval, de porc (saindoux ou flambardj, celles d'os ou de cuisine, et les huiles de suif, de graisse ou de poisson ont le premier rang; il est à remarquer que ceux d'entre ces corps dont l'état, par une cause quelconque, est le plus voisin de la fermentation sont les plus faciles à saponifier. Les meilleures huiles végétales sont celles d'olive, d'arachide, de sésame, de lentisque, d'illipé, de palme et de coco; puis viennent celles de colza, de navette, de chènevis, etc.
Suivant M. Arnavon, le savon blanc renferme :
Acides gras anhydres 59,00
Soude combinée 6,80
Chlorure et sulfate de soude. 1,00 Eau. 33,20
Les chiffres suivants donnent la composition du savon madré ou marbré :