‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 140 sur 1059 · V. SAPONIFICATION, POTASSE, SOUDE, HUI- LES, AXOXGli, SUIF · texte numérisé non relu

V. SAPONIFICATION, POTASSE, SOUDE, HUI- LES, AXOXGli, SUIF

SAVONAROLA (Jean-Michel), médecin italien, ué a Padoue. Il vivait au xvs siècle. Dès son enfance, il lut affilie à l'ordre des chevaliers de Jérusalem. Savonarola s'appliqua de bonne heure à l'étude des lettres et des sciences à Padoue et parvint à occuper un des premiers rangs parmi les savants et les médecins de son temps. Dans un âge avancé, il fut appelé à Ferrure par le prince d'Est, qui lui ooiina une chaire avec des appointements considérables. Le principal ouvrage de Savonarola a pour litre : 1 n medicinam practicam introductio, sive de compositione medicinurum liber (1553, in-4<>). , o livre, dit Sprengel, bien que dans le goût du temps, c'est-à-dire hérissé de subtilités scolastiques, renferme cependant quelques observations importantes, et plusieurs idées annoncent que l'auteur est moins asservi aux opinions Oe l'école que ses contemporains, « Les autres ouvrages de Savonarola sont : Practica de xyritndinibus a capiie usgue ad pedes (Venise, 1486, in-I'ol.); Practica canonica de febvihus; ejusdem summa de pulsibus, de urinis, de eyestionibus,de balneis omnibus Italise ; Iraclatus de vermiôus (Venise, U98, in-fol.) ; De arte conficiendi nquam viix simplicem et compasilam, de ejusgue admirabili viriute ad conseivandam sanitatem, et ad diversas humant corporis sgritudines curnndas libellas (1532, in-80) ; Oe balneis omnibus Itulix, sicque loiius orbis,proprietatibusque eortttn (Venise, 1592, in-4uJ.

SAVONAROLA (Frère Jérôme), célèbre prédicateur et réformateur italien, petit-fils du précédent, né k Ferrare le ïl septembre 1452, mort à Florence le 23 mai 1498. Il se fit remarquer, tout enfant, par son caractère sérieux, méditatif, par son éloignement pour tous les jeux bruyants. Destine par sa famille k suivre la carrière médicale, il reçut une éducation soignée et étudia particulièrement la philosophie d'Aristote et de Platon et la Somme de saint Thomas. Un jour étant entré dans une église, il y entendit un prédicateur éloquent et en sortit profondément troublé. (Juelque temps après, il quittait la maison paternelle, sans prévenir sa famille, et allait s'enfermer chez les dominicains de Bologne. Savonarola avait alors vingt-deux ans. ■ J'aimais deux choses, disait-il plus tard, la liberté et le repos. Ce sont elles qui m'ont conduit au port. Pour avoir la liberté, je n'ui pas voulu de femme; pour avoir le repos, j'ai fui le monde et gagné le port de la religion. » Ses supérieurs le chargèrent de professer la philosophie et la métaphysique, et il fit alors une étude approfondie de l'Ecriture, des Pères de l'Eglise et des écrivains ascétiques. S'étant reuuu, en 1482, au couvent de Saint-Marc, k Florence, il y prêcha peu après un carême, mais sans aucun succès. Envoyé ensuite eu Lombardie, il se forma à la prédication, tout en se livrant k renseignement. Se trouvant à Brescia en 1485, il expliqua VApoculypse, qui exerça une grande influence sur sou esprit. ■ Il crut reconnaître dans ce livre, dit Keiker, l'histoire de la génération au milieu de laquelle il vivait. Une pensée qui ne l'abandonnait pas un insiant, c'est que jamais l'Eglise n'avait été dans un éiat aussi déplorable qu'à cette époque. « Frappé de voir la corruption au cœur même de l'Eglise, k Rome, devenue • la grande débauchée, • selon l'expression du Dante, il résolut de réagir contre cette corruption, de régénérer le clergé, de reformer les mœurs. A|. res avoir passe quelque temps à Keggio, où il entra en relation avec le comte Pic de La Mirundole, qui un opta ses idées, il revint à Florence en 1489, et fut nommé prieur du couvent de Saint-Marc.

On le vit alors apparaître de nouveau dans la chaire de la cathédrale de Florence. Mais ce n'était plus ce prédicateur au geste gauche, à l'élocution lourde et froide, qu'on avait entendu en 1482. Savonarola s était transformé. A défaut d'art et d'agrément, le dominicain avait une éloquence brusque, mais entraînante, un langage enflammé. Lorsqu on vit ce moine à la démarche grava et nère, au visage ascétique, aux mœurs exemplaires,

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déployer des images apocalyptiques pour annoncer d'une voix tonnante des catastrophes prêtes k fondre sur l'Italie, non-seulement le peuple, mais encore les lettrés se sentirent pris d'une sorte de terreur. En ce moment, Laurent de Médicis était à la tête du gouvernement, et les Florentins asservis oubliaient les mâles soucis et les agitations de la liberté au sein de la mollesse et des plaisirs. L'austère dominicain tonna non -seulement contre les vices de ses concitoyens, mais encore contre l'élégante et fastueuse tyrannie des Médicis. En peu de temps, il exerça une influence énorme sur les esprits. Pour prêcher d'exemple, il réforma les mœurs des dominicains de Saint-Marc et leur imposa dans toute Sa rigueur la règle primitive de l'ordre. A sa voix, les femmes firent disparaître leurs parures immodestes, des dépositaires infidèles et des débiteurs acquittèrent leurs dettes. Non-seulement il affecta de se trouver en contact avec Laurent de Médicis, mais encore il annonça sa mort prochaine et attaqua vivement son gouvernement. Laurent, qui l'avait laissé prêcher librement la réforme des mœurs, l'ayant fait engager à modérer sou langage, Savonarola lui fit répondre que le jugement de Dieu l'attendait sous peu. Lorsque ce prince sentit sa fin arriver (1492), il fil appeler Savonarola, qui exigea de lui la restitution de tous les biens qu il possédait injustement et le rétablissement de l'ancienne constitution républicaine. Après la mort de Laurent, qui avait repoussé la demande du moine, l'influence de Savonarola ne rit que s'accroître. Il s'était toujours préoccupé avant tout de la réforme des mœurs et de ta rénovation de 1 Eglise; mais, k partir de ce moment, son rôle politique s'accentua. Jusquk cette époque, il avait été absolument sincère; il avait agi et parlé en apôtre, convaincu qu'il était appelé à une grande œuvre de réformntion ; mais bientôt, emporté par son exaltation religieuse, on le vit introduire dans ses serinons le récit de visions en guise de paraboles; puis, faisunt un pas de plus, se proclamer prophète, affirmer qu'il s'entretenait avec Dieu et les anges. < Si je mens, c'est Dieu qui ment par ma bouche, » dit-il. En étudiant l'homme et ses discours, il devient difficile de savoir où finit l'apôtre, où commence l'imposteur. Longtenipsde bonne foi, il tombe évidemment dans le mensongu lorsqu'il se déclare l'envoyé de Dieu, lorsqu'il prétend connaître l'avenir, lorsqu'il affirme avoir reçu la mission de changer la face de Florence et du gouvernement. Il est imposteur lorsqu'il annonce, comme l'ayant appris par une inspiration divine, l'arrivée en Italie d'un nouveau Cyrus devant renverser le gouvernement des Médicis, extirper les vices, reformer ce qui était déformé. Comme nous l'apprend l'historien Comtnines, Savonarola connaissait, en effet, la prochaine arrivée de Charles VIII en Italie, par la communication que lui en avaient faite ceux de ses amis qui siégeaient k la seigneurie de Florence. Il est incontestable que, pour augmenter son ascendant sur les esprits, Savonarola usa de subterfuge. Toutefois, «on peut facilement admettre, dit M. Kerker, qu'un visionnaire comme lui confondit dans son esprit ce qu'il apprit naturellement par des indiscrétions diplomatiques avec ce que lui avaient révélé sur l'avenir ses pressentiments, qu'il prenait pour des inspirations divines, et qu'il fit du tout, sans intention frauduleuse, une prophétie ; car le fanatisme aveuglait ce visionnaire au point qu'il rattachait la certitude d'une rénovation de l'Eglise et de l'Etat à la simple annonce d'une expédition aventureuse et d'une vulgaire conquête, et qu'il voyait un réformateur dans l'ambitieux Charles V11I. »

Lorsqu'eu 1494 Charles VIII pénétra en Italie, les Florentins se soulevèrent et chassèrent Pierre de Médicis, qui s'était rendu odieux. Savonarola fut alors le chef de l'ambassade envoyée au-devant du roi de France et salua ce prince comme l'espérance de toutes les âmes pieuses, comme le réformateur attendu. Après le départ de Charles VIII de Florence, Savonarola fut consulté sur l'organisation du nouveau gouvernement. Dans un discours qu'il prononça devant ses concitoyens assembles, Savonarola conseilla d'établir une république théocratique. D'après lui, l'Etat ne doit avoir qu'un chef, Dieu, naturellement représenté par le clergé. Le peuple, vicaire de Dieu, fait la guerre et veille à l'exécution de la justice ; une représentation nationale est chargée des affaires publiques; elle comprend un conseil du notables, jouant le rôle de pouvoir législatif, et une seigneurie ou conseil des miniiires, exerçant le pouvoir exécutif; enfin, 2,000 citoyens sur 40,000 sont admis k l'exercice des dioits civils. Ce programme de gouvernement, représenté k tort comme démocratique, fut accepté. Savonarola, le moine, le repiésentant de Dieu le plus autorisé, devint le chef véritable de la république, bien qu'il ne fût revêtu d'aucune magistrature ; tous les fils de l'administration aboutissaient dans ses mains. Il frappa d'une amende quiconque osait le contremre et promit aux citoyens fidèles la rémission de leurs péchés.

Eu peu de toinps, Florence fut complètement transformée. La ville voluptueuse des Médicis devint un véritable couvent ; plus de fêtes, plus de bals, plus de spectacles; mais d'interminables processions, de» prières pu-

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bliques, des cérémonies religieuses. On ne blasphéma plus parce qu'on perçait la langue des blasphémateurs; on ne joua plus parce qu'on eiiiprisonivïiit les joueurs; les femmes mariées furent astreintes, par ordre, à des périodes de chasteté et autorisées k vivre comme si elles n'étaient pas mariées: on ne fit plus rien et le commerce fut ruiné; une confrérie de jeunes gens, appelés inquisitori et transformés en agents de police, tut chargée de pénétrer dans les maisons, d'enlever les parures, les bijoux, les livres, les tableaux, etc., et de transporter tous ces objets au couvent de Saint-Marc. Bien plus, pendant le carnaval, on réunit sur un immense bûcher les objets les plus précieux, les livres des auteurs païens, etc., et, au chant des psaumes, on y mit le feu. A maintenir un état social extravagant, Savonarola déploya une prodigieuse activité. Non-seulement du fond do sa cellule il gouvernait l'Etat, mais encore il administrait le couvent de Saint- Marc, remplissait les fonctions de vicaire général de sa congrégation , assistait aux offices, prêchait tous les jours et entretenait une correspondance considérable. Tantôt il défendait sa doctrine prophétique, racontait ses conversations avec Dieu et les anges dans son Compendium revelationum; tantôt il cherchait k concilier la raison et la foi dans son Triumphas crucis. Comme Alexandre VI déshonorait la chaire de Saint Pierre par ses désordres, le moine de Florence, dans ses ardentes prédications, fit plus d'une fois allusion à ses mœurs et à sa conduite. SMnmé à plusieurs reprises de venir se justifier à Rome, il refusa. Le pape lui interdit la prédication; il continua k prêcher. On suscita alors contre lui des ennemis acharnés dans la personne des franciscains et des augustins, qui se joignirent au parti aristocratique et aux amis des Mé'iicis pour écraser le dominicain, lequel n'avait pour se défendre contre des haines aussi puissantes que son enthousiasme, sa foi et l'appui de son ordre. La lutte était par trop megale et il devait y succomber. Sa popularité, du reste, commençait à décroître. L'événement avait démontré la fausseté de sas prétendues prophéties, et une réaction commençait à se produire contre son système de gouvernement étouffant e,t oppressif, qui devenait intolérable. Une conspiration en faveur des Médicis ayant été découverte, les conjurés, condamnés k mort, en appelèrent au peuple (1496;. Bien qu'il eût laissé cet appel ouvert pour les semences capitales, Savonarola ne crut pas devoir le permettre dans une circonstance où la délibération entre des partis en lutte aurait été plus près d'une guerre civile que d'un jugement. Cette circonstance augmenta encore la haine qu'une partie de la poptilatiun avait contre lui. Le 12 mai 1497, Alexandre VI lança contre lui l'excommunication. Savonarola déclara qu'elle n'avait aucune valeur. Il continua k prêcher, k dire la messe, et k attaquer le pape avec une ardeur nouvelle. Mais, en 1198, une nouvelle Seigneurie, qui venait d'être élue et dont la majorité lui était hostile, lui interdit la prédication. Il moula pour la dernière fois eu chaire et lança ses suprêmes menaces contre Rome.

Peu après, un de ses adversaires les plus implacables, le minime Fraucesco da Puglia, proposa l'épreuve du feu. Il déclara qu'il était prêt a monter sur un bûcher aruent pour prouver, en en sortant sain et sauf, que l'excommunication lancée par le pape était légitime, pourvu que Savonarola en fit autant de sou côté et essayât de montrer par un miracle la vérité de ses prophéties. Les choses en étaient arrivées à ce point que Savonarola ne pouvait, sans se perdre complètement aux yeux du peuple, refuser le Uéfi. Toutefois, ou décida que l'épreuve serait subie par deux champions des adversaires, le minime Rondnielli et le dominicain Dominique. Le 17 avril 1498, la population de Florence se porta en niasse sur la place où le bûcher était dressé; mais une vive discussion s'éleva entre les champions. Le dominicain voulait emporter avec lui un crucifix sur le bûcher; tes minimes s'y opposèrent. La discussion durait depuis plusieurs heures lorsqu'un violent orage empêcha l'exécution de cette étrange et terrible cérémonie. L'avide curiosité de la foule fut déçue, et l'enthousiasme de la plupart des partisans de Jérôme tomba tout k coup. Le lendemain même, une sédition, suscitée par l'aristocratie florentine et les ordres rivaux des dominicains, arracha Jérôme Savonarola de Sun couvent; il fut plonge dans une prison. Une commission de dix-huit membres instruisit son procès. Comme il ne voulait pas s'avouer faux prophète, on le soumit à la torture. Sous l'empire de ta douleur, il avoua tout ce qu'on voulut, (nais retracta ses aveux dès que le supplice eut cesse. L'enquête terminée, on envoya les actes k Rome. Là, Savonarola futdéclare hérétique etsohismatique et condamné avec les domiuicuins Dominique et Silvestre a périr par le feu. Le 23 mai, les trois condamnes furent conduits au supplice et périrent dans les flammes, puis on jeta leurs cendres dans l'Aruo. Une réaction ne tarda pas k se produire en faveur de Savonarola. Par la suite, Paul III déclara hérétique quiconque attaquerait sa mémoire ; Paul IV fit examiner ses ouvrages, qui furent déclarés irréprochables, et Benoît XII, dans son livre : De la béatification

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des serviteurs de Dieu, le place au nombre des saints. Le 25 mai 1875, on a inauguré à Ferrare avec une grand solennité un monument en l'honneur du célèbre dominicain.

M. Louandre porte sur Savonarola le jugement suivant: « Prophète, il se rattache sincèrement à la tradition de l'iiluminisme et se croit autorisé à persévérer dans sa mission par des exemples que l'Eglise elle-même a sanctionnés. Ce n'est donc ni un fourbe ni un ambitieux, comme Bayle, Nandé et d'antres encore l'ont insinué ou affirmé ; c'est un homme profondément convaincu qui se laisse égarer par l'entraînement même de sa foi. Réformateur des mœurs de Florence, il ne fait que continuer l'œuvre des hommes les plus eminents du catholicisme, de saint Bernard, de Gerson, de Vincent Ferrier, et c'est à tort, quoi qu'on en ait dit, même dans ces derniers temps, que les protestants le réclament comme un des laurs, l'inscrivent sur leur martyrologe et le surnomment le Luther de l'Italie... Loin de proscrire comme Luther les ordres religieux, il a voulu au contraire leur donner une force nouvelle en les ramenant à l'austérité, à la pureté de leur institution primitive. Ce n'est point un homme de la Renaissance, c'est un moine du moyen âge, et c'est là ce qui fait l'ètrangeté de sa vie, l'ètrangeté surtout de sa mort. Fondateur d'une république, il n'est ni démocrate ni démagogue. L'idfal de sa théorie politique, c'est le gouvernement d'un seul, image de cette monarchie du ciel qui, dans les idées de son temps, devait servir d'archétype à toutes les monarchies de la terre; Wiais, par une inconséquence qui tenait autant à son caractère propre qu'à celui du peuple qu'il é.tait appelé à gouverner otielques années, il passe brusquement de 1 idée monurchique au gouvernement privilégié d'une caste, faute de pouvoir trouver un homme assez parfait pour réaliser sur la terre le gouvernement du ciel... Son œuvre politique ne lui survécut que peu de temps, et, si grandes qu'aient été ses inconséquences et ses contradictions, la postérité doit l'absoudre, parce qu'il s'est distingué d'une façon extraurdinaire, ainsi que le dit un de ses historiens, par l'austérité de sa vie et la ferveur éloquente avec laquelle il prêcha contre les mauvaises mœurs. •

Savonarola a laissé un assez grand nombre d'écrits ascétiques, parmi le>quels nous citerons : Triumpnus crucis; Traité sur le gouvernement de Florence, etc. Ses Œuvres ont été publiées à Leyde (1633-1640, 6 vol. in-t2). On consultera avec fruit sur le célèbre réformateur le remarquable ouvrage intitulé : Jérôme Savonarole, sa vie, ses prédications, ses écrits, par M. Perrons (Paris, 1853; 2c édition abrégée, 185S).

SAVONAROLA (Raphaël), géographe italien, de la famille des précédents, né à Padoue en 1646, mort en 1730. Entré chez les théatins, il consacra ses loisirs à l'étude de la géographie et de l'histoire littéraire. On lui doit : Universus ternir um or bis script orum calamo delineatus (Padoue, 1713, 2 vol.

in-fol.), ouvrage signé de l'anagramme Alpliouao Laaor * Varea et devenu fort rare. C'est une compilation faite sans esprit critique et dans laquelle l'auteur indique L'enfer comme étant un des principaux lieux de la terre ; mais il contient une partie bibliographique très-utile. Savonarola avait passé plus de vingt uns à écrire une bibliographie universelle, comprenant une quarantaine de volumes et qui est restée manuscrite.

Savonarola, poème épique, de Lenau (1837, in-8°). Lenau a voulu consacrer par la poésie un des plus grands sujets de l'histoire du moyen âge, ressusciter l'Italie du xve siècle, reconstruire l'ancienne Florence et montrer au milieu de la corruption universelle ce moine qui voulait régénérer le monde. Le sujet était magnifique, mais Lenau n'était pas de tiiille à le traiter. L'ensemble est insuffisant et l'histoire domine le poêle; les détails seuls ont du mérite. Des pages gracieuses, des épisodes touchants abondent uans le poëine, mais la physionomie de Savonarola n'est pas rendue telle qu'on pouvait l'espérer. Le poëme en entier a trop le caractère d'une légende et le moine parait plutôt un visionnaire, un extatique, qu'un réformateur. L'accent naïf et paisible du style aurait mieux convenu a quelque sujet mystique.

L'auteur, avant de conduire son héros sur cette scène agitée où il périra, nous le montre sons le toit paternel se préparant par la prière au rôle qu'il veut jouer. Il entre au cloître et Lenau raconte avec soin son noviciat; il nous le montre s'uubliant à la prière du soir dans des contemplations sai.s fin. Mais la lutte commence. Le parti des pénitents, dont il ebt le chef, devient tout-puissant à Florence, malgré les Borgia et malgré les Médicis. La mon de Laurent de MéUicis a fourni à Lenau une bi'lle scène, et cette lutte entre le prince mourant et le prêtre qui veut obtenir de lui la liberté de sa patrie lui a inspire des vers éloquents. Les événements se précipitent; Charles VIII et les Français sont aux portes de Florence; les Medicis tombent. Alexandre VI, dont le poète n'a pas flatté Je portrait, non plus que ceux de Lucrèce Borgia et de son frère César, Alexandre VI, signalé à l'Italie comme un fléau par Savonarola, se décide à punir Je moine de ses courageuses remontrances. Le dominicain est jeté dans une prison et mis à la tor-

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ture. Quoique l'auteur n'atteigne pas à la hauteur du récit que nous a légué l'histoire, il a su placer pourtant en cet endroit une poétique invention : c'est une allégorie mystique tout à fait dans le goût allemand. Le moine, brisé par la souffrance, est étendu sur la paille de son cachot ; il rêve qu'il marche avec son père et sa mère, le long d'un bois, dans une prairie divinement éclairée, qui est le chemin du paradis; il entend les chœurs des anges; ils chantent si doucement que les anciens souvenirs de sa jeunesse, ses joies disparues, ses espérances éteintes se réveillent et revivent en lui. Savonarola aperçoit les patriarches, les prophètes, les Pères de l'Eglise qui viennent au-devant de lui par les belles avenues du ciel. Des oiseaux chantent sur les arbres ; des gazelles, des daims, des cerfs boivent l'eau des sources sur la lisière des bois. Un ange explique à Savonarola le sens de tout ce qui frappe ses yeux : ces gazelles aiii courent sans effroi dans la prairie, c'est l'humanité telle qu'elle sera un jour, purifiée, heureuse, vivant sans crime et sans douleur dans les vallées de la terre; les oiseaux qui chantent sur les branches, ce sont les penseurs, les esprits avides d'infini qui s'élèvent en le cherchant sur les cimes de l'intelligence. Jean le bien-aimê vient ensuite et bénit tout le pays; les fleurs se colorent du sang du Christ; cette merveilleuse vallée, à mesure qu'on avance, devient plus belle; voici même le trône de Dieu, et déjà ce n'est plus de l'air qu'on respire, c'est le souffle embaumé des prières. Ce songe n'est pas sans poésie dans les vers de Lenau. Une autre belle scène digne d'être citée est celle de la mortde Savonarola. Tandis que le moine | meurt sur le bûcher et que la foule qui l'aimait autrefois vocifère autour de lui, un juif I qui l'avait toujours poursuivi de sa haine, ar- [ rivé là pour 1 insulter une dernière fois, rencontre son regard ; il éclate en sanglots, s'agenouille au pied du bûcher et crie à Sa- I vonarola : • Baptise-moi, baptise-moi ; je suis | chrétien 1 — Je te baptise avec tes larmes, » lui répond le mourant. Quand les cendres du martyr sont jetées dans le fleuve, le vieux juif suit le flot qui les emporte; il marche le long de l'Arno, il va jour et nuit sans se reposer jusqu'à ce qu'il tombe et meure d'épuisement. Les paroles que le poSte a mises J dans la bouche de Savonarola sont reproduites avec habileté d'après les sermons italiens qu'a laissés le fumeux prédicateur. Lenau a répété à dessein les expressions vigoureuses avec lesquelles le dominicain châtiait les papes dissolus, les cardinaux sacrilèges et les prêtres impies. Ce poème obtint un grand succès en Allemagne et compte encore parmi les meilleures productions de Lenau.

SAVONAROLE , nom francisé de Savonarola. V. ce mot.

SAVONCEAO s. m. (sa-von-so). Pêche. Espèce de filet appelé aussi saveneau.

SAVONE, autrefois Savo ou Sabata, en italien Savonia, ville du royaume d'Italie, province et à 39 kilom. S.-O. de Gènes, cheflieu de district et de mandement, avec un port sur le golfe de Gênes; 19,611 hab. Evêché suffvaguiit de Gênes, séminaire théologique; collège communal, école navale, arsenaux de la guerre et de la marine, musée d'histoire naturelle. Tribunal de commerce. Fabrication d'armes, soieries, savon, teintureries, verrerie, potasse, vitriol; tanneries, hauts fourneaux. Savone, place forte, est entourée de remparts assez solides; la ville est mal bâtie; la plupart des rues sont étroites, tortueuses et mal pavées. On y voit plusieurs belles églises, entre autres le Dôme, construction remarquable et ornée de fresques magnifiques et de tableaux des grands maîtres. A une lieue environ de la ville s'élève l'église de la Vierge-de-la-Miséricorde, riche en peintures et en sculptures de marbre ; mais ce qui attire le plus l'attention, c'est la statue de la Vierge, toute couverte de pierres précieuses. Les environs de Savone sont très- bien cultivés et très-fertiles en fruits, oranges et citrons.

Savone est une ville fort ancienne. C'est là que, selon Tite-Live, débarqua le Carthaginois Magon ; ce l'ut encore à Savone qu'après la malheureuse bataille de Modène vint se réfugier Marc- Antoine qui, quelques mois après, disputait à Auguste l'empire du inonde. Cette ville était parvenue pendant le moyen âge à se créer un commerce si florissant que les Génois en prirent ombrage et détruisirent le port pur l'immersion de deux vieux navires chargés de pierres. Pendant l'occupation française , le port fut amélioré et rendu au commerce. Bonaparte, en 1796, fitde Savons son premier quartier général en arrivant en Italie. C'est aussi "ans cette ville que le pape Pie Vil fut exilé par Napoléon 1er jusquàla terminaison des différends survenus entre le pape et l'empereur. Patrie de l'empereur romain Pertinax, des souverains pontifes Grégoire VII, Sixte IV et Jules IL

SAVONIER s. |m. (sa-vo-nié). Bot. Fausse orthographe adoptée par quelques naturalistes pour le mot savonnier.

SAVONNAGE s. m. (sa-vo-na-je — rad.

savonner ). Lavage au savon, nettoyage à l'aide du savon : Faire un Savonnage. Donner un savonnage. Mettre du linge au savonnage

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— Teehn. Opération consistant a frotter deux glaces l'une sur l'autre avec de l'émeri en pâte, délayé dans l'eau et de plus en plus lin : Le savonnage se fait à bras, généralement par des femmes.

SAVONNER v. a. ou tr. (sa-vo-né — rad. savon). Laver, nettoyer avec du savon : Savonner du linge. Savonner les mains d'un enfant.

— Imbiber, couvrir d'écume de savon, frotter avec du savon mouillé : Savonner la barbe, le menton de quelqu'un, avant de le raser.

— Fig. Tancer, réprimander vertement :

Je l'attends pour le savonner. Il On dit aussi savonner la tête, et cette locution n'est qu'une modirication de Laver la têtb, qui a le même sens ; l'addition du savon n'est arrivée sans doute que pour siguifler une opération plus efficace.

— Techn. Satiomier une glace, La soumettre à l'opération du Savonnage.

Se savonner v. pr. Etre savonné ; pouvoir être savonné. Se dit particulièrement des tissus qui peuvent, sans altération, supporter un savonnage : Celle dentelle se savonne bien. En général, les tissus de laine ne se savonnent pas.

— Se nettoyer soi-même avec du savon : Sb savonner par tout le corps, a Nettoyer à sownôino avec du savon : Sa savonner les mains.

SAVONNERIES, f. (sa-vo-ne-rî). Techn.

Fabrication du savon : La savonnkrib est la principale industrie marseillaise, il Usine où l'on fabrique du savon : Construire une SA- VONNERIE.

Savonnerie (la). On désignait SOUS Ce nom une manufacture royale de tapis qui n'existe plus aujourd'hui. Au commencement du xviio siècle, Pierre Dupont donna à Henri IV l'idée d'établir près de Paris une manufacture au tapis dans le genre oriental. Cet établissement fut installé dans une vaste maison qui avait d'abord servi de fabrique de savon, située sur le bord de la Seine, non loin de Passy, sur l'emplacement actuel du quai de Billy. Pierre Dupont fut le premier directeur de cette manufacture; en 1626, il eut pour successeur Simon Lourdet, et tous deux obtinrent de si beaux résultats, qu'ils reçurent des lettres de noblesse. Les tapis sortis de cette fabrique, la seule de ce genre qui existât en France, rivalisaient avec les productions des Gobelins et étaient destinés à l'ameublement des résidences royales. Piganiol de La Force cite, parmi les productions de la Savonnerie, un tapis de pied qui devait couvrir tout le parquet de la grande galerie du Louvre et qui consistait en quatre-vingtdouze pièces.

Lors de la création des maisons destinées au renfermement des pauvres, on plaça à la Savonnerie un certain nombre d'enfants indigents, auxquels on donnait une éducation chrétienne, en même temps qu'on leur apprenait l'art du tapissier ; mai.-*, quelque temps après la fondation de l'Hôpital général, des différends s'élevèrent entre les chefs de l'administration des pauvres, qui voulaient s'immiscer dans le gouvernement de la Savonnerie, et le directeur de cette maison. L'intervention de Colbert devint nécessaire, et, eu 1663, ce ministre donna à la manufacture de la Savonnerie une organisation nouvelle.

Vers la fin du règne de Louis XIV, cet établissement déchut de son ancienne renomméemais, en 1713, il reprit toute son activité, par les soins du duc d'Antin, surintendant, qui lit réparer les bâtiments. La chapelle avait été fondée en 1615 par Marie de Médiois, sous l'invocation de saint Nicolas. Ce bel établissement prospéra jusqu'en 1728, époque à laquelle il fut réuni à la manufacture des Gobelins. Une partie des anciens bâtiments fut remplacée par des constructions nouvelles, destinées aux magasins et à l'administration des subsistances militaires.

SAVONNETTE s. f. (sa-vo-nè-te — dimin.

de iauo;i). Boule de savon de toilette, dont on se sert pour se savonner la barbe avant de la raser : Savonnette parfumée. Savonnette de Grasse.

— Pinceau gros et court, en poil de blaireau, dont on se sert pour appliquer la mousse de savon sur la figure des personnes qu'on veut raser. Il On l'appelle aussi blaireau.

— Fam. Savonnette à vilain, Expression par laquelle on désignait autrefois des charges, et particulièrement celle de secrétaire du roi, que les roturiers achetaient pour s'anoblir et laver ainsi la taché de leur basse origine.

— Hist. nat. Savonnette de mer, Masse arrondie de débris marins de diverses sortes, que les flots rejettent sur les côtes. Il Masse u'œufs de mollusques que l'on trouve sur le rivage ou flottants sur la mer.

— Bot. Nom vulgaire du savonnier.

SAVONNEUR, EUSE s. (sa-vo-neur, eu-ze — rad. savonner). Ouvrier, ouvrière qui fait des savonnages.

— s. m. Ouvrier qui savonne les cartons avec lesquels on fabrique les cartes à jouer.

— s. f. Ouvrière chargée du savonnage des glaces : Une bonne savonneuse peut faire d'un à deux mètres par jour. (Payen.)

SAVONNEUX, EUSE adj. (sa-vo-neu, eu-

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ze — rad. savon). Qui contient du savon : Eau savonneuse.

— Qui tient du savon ; qui est mou et onctueux comme le savon, ou qui a quelque autre propriété de cette substance : Argile savonneuse. Il y a quelques eaux minérales qui sont savonneuses. (Acad.)

— Miner. Pierre savonneuse, Stéatite, dite aussi pierre de lard.

— Pharm. Se dit des médicaments qui contiennent du savon : Emplâtre savonneux.

Pilules SAVONNEUSES.

— s. ni. Médicament savonneux : L'emploi

des SAVONNEUX.

SAVONNIER, 1ÈRE adj. (sa-vo-nié, iè-re — rad. s(iuon). Qui a rapport au savon, à la fabrication ou au commerce du savon : L'industrie SAVONNIÉRE.

— Qui se livre à la fabrication ou au commerce du savon : Maitre savonnier. Ouvrier

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