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lien ou l'allemand, tantôt inventant et peignant sur le vif des scènes populaires, il montre une facilité de dialogue, une aisance et une malice surprenantes. Ramon de La Cruz a été dans ce genre secondaire de la saynète d'une fécondité prodigieuse; on lui en attribue environ trois cents; les deux tiers seulement ont été recueillis et imprimés. Leur grand intérêt consiste dans la reproduction exacte et, pour ainsi dire, la photographie" des mœurs de l'Espagne au dernier siècle. Le langage, le geste, l'attitude sont calqués avec une vérité si singulière, les personnages sont si vivants, l'action est si simple, que ces petites fictions ont tout le pittoresque de la réalité. Ce sont les bas quartiers de Madrid, Lavapies, las Maravillas, le Rastro, qui étaient le point de mire de cet humoriste, et il dut y passer de bien longues heures à étudier tous ces types bizarres auxquels il revenait toujours avec persistance. La dignité dramatique était un mot vide de sens pour lui ; ce réaliste en plein xviiie siècle n'a jamais mis sur la scène que les personnages les plus infimes : le perruquier, le cordonnier, le sacristain, le magister représentent l'aristocratie du lieu; la marchande d'oranges et la castanera sont les femmes de haut parage. Les bavardages de femmes, les disputes de muletiers, les querelles de cabaret forment d'ordinaire le fond du dialogue, et ce monde dépenaillé, au laugage emphatique, au geste plein de la morgue espagnole, a encore au-dessous de lui toute une tourbe d'aventuriers, d'écrivains besoigneux, de guitaristes, de rnflians que Ramon de La Cruz étudie et dépeint avec bonheur. Il n'esta l'aise que dans ce milieu-là ; toutes les fois qu'il a voulu aborder la grande comédie, ce qui lui est souvent arrivé, il a échoué; on néglige même, dans ses saynètes, celles qui sont de simples proverbes ou de petites comédies morales pour ne s'attacher qu'à ces peintures excentriques dans lesquelles il a dépensé tant de verve et de gaieté.
Dans ces petites pièces, l'intrigue est nulle absolument ; toute l'imagination du" poëte tend au liait comique. Une dame, en sortant de chez elle, voit sur la tête d'une de ses amies un chapeau dont la forme lui plaît; elle s'ingénie à s'en procurer un pareil malgré son mari; voilà toute l'intrigue du Sumôrerito. De petites coureuses des rues ont été délaissées par leurs amoureux pour une troupe de baladines en passage; elles viennent supplier l'alcade de faire rentrer leurs amants au domicile. L'alcade attendri jure qu'il va prendre les drôles d'un coup de filet et leur l'aire passer la nuit au poste ; mais ceux-ci remmènent voir les baladines, et on passe la nuit à boire, à danser, à jouer de la guitare et des castagnettes : c'est la Musica a os curus. Une manola découvre que son amant, pour fêter la nuit de No<Sl, a lait transporter un paon rôti chez une autre femme; elle va dérober le régal culinaire, invite ses bonnes amies et fait bombance aux dépens de sa rivale : c'est la Maju majada. Les Nombres solos (célibataires) sont deux vieux types en possession d'une gouvernante revêche; ils préviennent la vénérable matrone d'avoir à préparer des rafraîchissements pour des femmes qui doivent leur faire visite. La gouvernante se révolte à cette idée; on la remplace, mais elle trouve moyen avec sa langue infatigable de faire donner sa démission à ceiie qui l'a supplantée ; les célibataires arrivent et ne trouvent plus personne à la maison. D'autres saynètes n ont même pas de sujet du tout et ne sont que des conversations sur la pas de la porte. Une bonne femme descend chercher deux liards d'huile chez l'épicier ; sa voisine l'arrête et lui demande de ses nouvelles ; elle raconte que son mari s'est soùlé et l'a battue ; la voisine lui fuit part à son tour d'une catastrophe intime ; son mari a découché la nuit dernière, et elle soupçonne fort la petite friponne de marchande d'oranges qui demeure en face; tout finit par un. chœur de lamentations sur le sort des pauvres femmes. Quelques-unes de ces pièces s'élèvent un peu plus ou du moins ont plus de consistance"; le Perruquier célibataire, marié et veuf forme une trilogie grotesque, très -amusante; la Marie suffoquée et le Alanolo, tragédie pour rire et saynète pour pleurer, dit le titre, sont des parodies de drames.
Dne telle liberté d'allures devait naturellement soulever bien des critiques. On accusa les Saynètes d'immoralité. Mais Ramon de La Cruz est fort loin d'être licencieux; ses peintures sont exactes, ses types sont vrais, et s'ils ne sont pas tous irréprochables, l'auteur s'attache du moins à faire ressortir l'odieux ou le ridicule des querelles, des rixes, de l'ivrognerie d'une manière plus propre à en éloigner qu'à convertir à ces vices. Signorelli lui reprochait de ne s'occu- . per que de la populace, des fainéants, des muletiers, des bandits retour du bagne, des ivrognes et autres canailles, « que M. de La Bruyère proscrit des théâtres de bon ton. » Mais c'est là précisément la grande originalité de ce poète. Martinez de La Rosa trouve qu'il manque de goût, qu'il emploie des expressions basses, qu'il ne soigne pas assez ses plans. Ce sont là des défauts légers et inhérents au genre. Ramon de La Cruz a fait justice de toutes ces critiques : « Que ceux, dit-il, qui sont sortis de Madrid le jour
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de Saint-Isidore ou qui ont vu le Rastro le matin, la Plaza-Mayor le jour de Noël, l'ancien Prado la nuit, noctambule à la Saint- Jean et à la Saint-Pierre, assisté aux danses de toutes sortes de gens, fréquenté les tavernes par oisiveté ou par vice, que ceux-là disent si mes' saynètes sont des copies ou non de ce qu'ils ont vu de leurs yeux, si ce ne sont pas de véritables tableaux de mœurs de notre époque. » Le plus grand mérite de ces originales compositions est là en effet.
M. Antoine de Latour a traduit en français quelques-unes de ces saynètes et a fait précéder sa traduction d'une excellente étude sur leur auteur, : Saynètes de Ramon de La Crus (Michel Lévy, 1868, in-12).
SAYON s. m. (sè-ion — rad. «lie). Sorte de casaque ouverte, que portaient autrefois les gens de guerre et les paysans :
Sous un sourcil Épais il avait l'œil caché , Portait sagan de poil de chèvre.
La Fontaine.
Le brenn a convoqué cette nuit dans sa chambre Tous les chefs aux «ayons rayés, aux colliers d'ambre.
A. Biuzeux.
SAYOUS (Pierre- André), littérateur français, né à Genève en 1808, mort à Paris en 1870. 11 était d'origine béarnaise; mais sa famille, qui avait embrassé le protestantisme, s'était réfugiée à Genève vers 1750 ets'y était établie. C'est dans cette ville que Sajous passa la première partie de sa vie. Après avoir fait ses études à l'académie de cette ville, il se voua à l'enseignement, devint principal du collège de Genève, puis succéda, en 1846, à son parent, l'humoristique Topffer, comme professeur de littérature à l'académie. Ayant perdu sa chaire en 1848, Sayous alla réclamer en France ses droits de citoyen et se fixa à Paris. « Précédé par sa réputation d'écrivain, il y fut accueilli par des amitiés empressées et il y a toujours été extrêmement goûté, dit M. Scherer, de quiconque savait apprécier la sûreté du earactèrejoiute k lu finesse et à la grâce de l'esprit. > 11 obtint un emploi au ministère de la justice et des cultes, devint, en 1859, suus-direeteur pour les cultes non catholiques et remplit, pendant dix ans, avec autant de sagacité que de modération, des fonctions difficiles. Par ses goûls comme par ses aptitudes, Saj'ous était avant lout un homme de lettres. Jusqu'à latin et au milieu des préoccupations les plus opposées aux travaux de ce genre, dit l'écrivain précité, il est resté connaisseur empressé et délicat des choses littéraires. Il a même longtemps continué à tenir cette pluine qu'il avait si bien maniée. Ses ouvrages ne sont pas très-nombreux, mais ils marquent tous un service rendu aux lettres françaises. On eût dit que Sayous voulait mériter la reconnaissance du pays auquel il avait demandé asile et adoption. Indépendamment d'articles d'histoire et de critique littéraire publiés dans la Bibliothèque universelle de Genève, le Semeur, la Revue contemporaine, \a. Revue des Deux-Mondes , on lui dujt les ouvrages suivants : Voyage dans les Alpes, partie pittoresque des voyages de de Saussure (Genève, 1834, in-40); Etudes littéraires sur Calvin (Genève, 1838, in-S«); Etudes littéraires suites écrivains français de la Réformation (Paris, 1841, 2 vol. iu-8u), où l'on trouve un mélange instructif et agréables de biographie, d'aperçus historiques , de citations curieuses de faits peu connus, d'analyse d'écrits moins connus encore ; Histoire de la littérature française à l'étranger (Genève, 1853, 2 vol. in-S°) , ouvrage couronné par l'Académie française, dans lequel Suyolis s'est proposé de rechercher ce que devient l'esprit français, soit lorsqu'il s'est uni au génie étranger en le pénétrant, soit lorsque, passant la frontière, il a changé de sol et d'aliment, et de surprendre au passage, selon ses propres expressions, ces convois mystérieux qui font d'une nation a l'autre une commerce invisible d'idées et de passions, de vie intellectuelle et morale ; le Dix-huitième siècle à l'étranger (Genève, 1S61, 2 vol. in-S°), travail fondamental, également couronné par l'Académie française, qui a sa place inarquée dans la bibliothèque de quiconque s'occupe d'histoire littéraire et qui abonde en documents originaux ou inéaits, en recherches nouvelles et en fins aperçus ; Conseils à une mère sur l'éducation, littéraire de ses enfants (1863, in-12) ; Principes de littérature (18GG), ouvrage précieux dans lequel, comme dans le précèdent, Sayous a mis toute la tleur de son goût et tout le fruit de son expérience. Enfin, c'est à lui qu'on doit d'avoir mis en ordre et publié les intéressants Mémoires et correspondance de Mallet du Pan pour se.roir à l'histoire de la Révolution française (Paris, 1851,2 vol. in-s°).
SAYPAN, en espagnol San-Jose, petite île de l'Oceanie, dans l'archipel des Marianues, au N. de Tinian. Elle a 30 kilom. de circonférence, un bon port et présente un sol fer* tile.
SAY-SAYS, écueils à fleur d'eau qui se prolongent dn poste de Rufisque dans la mer. A marée haute, ils sont recouverts.
SAZE s. m. (sa-ze). Nom que l'on donne, dans le royaume de Cambodge, à des prêtres ou docteurs d'un ordre inférieur.
Si», abréviation usitée en chimie pour désigner l'antimoine.
SBARAGL1A (Jean-Jérôme), médecin ita-
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lien, né à Bologneen 1641, mortdnns la même ville en 1710. Il professa d'abord la philosophie dans sa ville natale, puis il occupa plus tard une chaire d'anatomie. Son principal ouvrage est Ocutorum et mentis vigilix (Bologne, 1704, in-40).
SBIRE s. m. (sbi-re — ital. sbirro ; du lat. birrum, sorte de casaque). Nom que l'on donne en Italie aux agents de la force publique, que nous appelions archers autrefois, et qui se divisent aujourd'hui en gendarmes et en agents de police. Il On écrivait autrefois sbirre, forme plus régulière,
— Par ext. Homme de police, individu chargé 'd'exécuter certaines décisions judiciaires, certaines mesures de police.
S. C, abréviation usitée dans les inscriptions romaines et dans les histoires, pour signifier séiuitus-eonsulte,
SCABELLON s. m. (ska-bèl-lon — lat. scabeltum, mut dont le vrai correspondant roman est escabel, escabeau. Quant à l'origine du mot latin, c'est le diminutif de scamnum, qui correspond à l'anglo-saxon scemol, scamel, ancien allemand scamal, banc; ancien slave skominu, russe skamiia, banc; lithuanien skomia, table. D'après Kuhn, scamnum est pour scabnum, comme l'indique le diminutif scabellum , et appartient à la racine sanscrite skabft, sckambh, fixer, établir, appuyer, racine qui est restée dans le grec skepô, skêptô. Les "formes lithuano-slaves et germaniques auraient alors perdu le bà de skambh. Cette étymologie est appuyée par l'irlandais sceiftAn^éehafuudage, porche, hutte, dont les significations différentes de scabellum s'expliqueutégalemeut bien par la racine skabA), Techn. Escabeau, en ébënisterie.
— Archit. Socle ou piédestal : Un scabellon de buste, de statue, de candélabre, il Gaine de scabellon , Partie du scabellon qui est entre la base et le chapiteau.
SCABELLUM s. m. (ska-bèl-lomm — mot lat. V. scABiiLLON ). Antiq. rom. Marchepied qu'on plaçait sous les pieds des statues des grands dieux, lorsqu'elles étaient assises sur des tiônes. Il Sandale de bois avec laquelle on battait la mesure pour diriger le chœur et l'orchestre. Il On dit aussi scabillum.
— Encycl. Le scabellum était une espèce de crotale ; mais, au lieu de se tenir a la main, il se plaçait au pied et s'attachait à la chaussure de celui qui s'en servait. De là vient que les Grecs lui appliquaient le nom de kroupezia, qu'ils, donnaient aussi aux sabots de buis, et que les Romains l'appelaient scabellum ou scabiUum (escabeau). Les joueurs de flûte en faisaient usage en Grèce, probablement pour marquer la mesure. Le chef d'orchestre, dans les théâtres, soit chez les Grecs, soit chez les Romains, portait aussi au pied le même instrument. Il l'employait sans doute à frapper la mesure assez fortement pour être entendu de tous ses musiciens.
j Nous n'avons puurtant pas sur ce point de données positives ; mais nous savons par les auteurs de l'antiquité que le chefil'orchestre se servait du scabellum pour animer les danseurs et surtout les pantomimes.
Sur un bas-relief publié par Caylus {Recueil d'antiquités) on distingue assez bien la forme du scabellum, sur lequel une femme pose le pied. La collection aes Pitture d'Ercolano contient^ un sacrifice auquel assiste un joueur de flûte fraj. paiit la mesure sur cette sorte de pédale à ressort.
SCABÉRIE s. f. (ska-bé-rî — du lat. scaber, rude), tiot. Genre d'algues peu connu, dont l'espèce type habite les mers d'Auslalie.
SCABIEUSE s. f. (ska-bi-euzo — du lat.
scabies, gale, parce que cette plante passait pour être propre à guérir cette maladie. I<e -latin scabies appartient à [unième fuimllequc scuber, rude, qui nousadounè«:aô;<;«;c). Bot. Genre du plantes, de la famille des dipsacées, type de la tribu des scab. osées, comprenant de nombreuses espèces qui croissent surtout dans les régions tempérées de l'ancien continent : On rencontre dans tous les jardins la scabieuse fleur de veuve. (P. Duchartre.) Dans quelques parties des Cévennes, on cultive la SCAB1UBSB comme fourrage. (Bose.) La Sca- BiEUSErfcs Alpes produit des effets agréables. (T. de Berneaud,) La scabieuse affectionne le bord des terres labourées. (11. Berthoud.)
— Encycl. Les scabieuses sont des plantes herbacées, à feuilles opposées, simples. Les fleurs sent groupées en capitules sur un réceptacle ordinairement hérissé de soies et muni de paillettes, entouré d'un involucre à plusieurs folioles herbacées, les involucelles offrant quatre dents ou lobes. Elles présentent un calice à limbe terminé par plusieurs arêtes; une corolle irrégulière, tubuieuse,eii entonnoir ; quatre étamiues ; un ovaire infère, à une seule loge uniovulèe, surmonté d'un style simple terminé par un stigmate échancré. Le fruit est un akène entouré par le calice persistant età limbe prolongé en aigrette. Les nombreuses espèces de ce genre habitent surtout les régions tempérées de l'ancien continent ; elles paraissent affectionner de préférence le séjour des montagnes, dos bois et des prés secs. Quelques-unes se recommandent par leurs applications médicales, assez peu importantes; d'autres, par le rôle, également fort restreint, qu'elles jouent en agri-
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culture; la plupart ne présentent un certain intérêt que comme végétaux d'ornement.
La scàbieuse des champs est une plante vivace. à rhizome court, tissez épais, simple, oDhque, fibreux, blanchâtre ; les tiges, hautes de O"',50 en moyenne, dressées, rameuses, hérissées de poils roides, portent des feuilles opposées, plusou moins connées, pubescentes, a pétiole ailé ; les feuilles inférieures oblongues lancéolées, entières ou légèrement découpées ; les feuilles supérieures pennatifides, à lob^s plus ou moins étroits ; les fleurs, d'un rose lilueé, sont groupées eu capitules terminaux, longuement pédoncules. Cette plante croit dans presque toute l'Europe. Elle est très- ré pan due dans les champs, les prés, le3 friches, les jachères, au bord des chemins et des fossés, sur la lisière et dans les clairières des bois, etc. On ia cultive, dans les Ce venues, comme plante fourragère. Elle peut croître dans presque tous les sols, mais elle préfère néanmoins une terre légère, fraîche et substantielle. On la propage très-facilement de graine* semées en place au printemps. Elle donne une coupe seulement la première année, mais trots à chacune des années suivantes. Elle résiste parfaitement à la sécheresse. Tous les bestiaux, à l'exception des cochons, la mangent volontiers, surtout quand elle est jeune, et s'en trouvent très-bien ; elle les engraisse et les rafraîchit. Ses fleurs sont recherchées par les abeilles.
La scàbieuse des champs ne présente rien de bien remarquable dans sa composition chimique, assez peu connue d'ailleurs. Les racines, analysées avant ta maturité des fruits, contiennent, dit-on, un acide combiné avec l'ammoniaque, qui les colore en bleu. Les feuilles et les racines ont une saveur un peu amere et astringente. On récolte celles-ci il l'automne, pour l'usage médical ; elles ressemblent un peu à la racine de valériane, qu'elles ont quelquefois servià sophistiquer; mais on les reconnaît à leurs radicelles plus grosses, plus charnues, plus blanches. On récolte les feuilles avant lu floraison et les sommités fleuries avant leur complet épanouissement.
La scàbieuse était vantée autrefois, comme béchique et tonique , contre les maladies graves de la poitrine, l'enipyème, la pleurésie, la phlhisiepulinona\re,lapéripneumonie, les catarrhes aigus, les toux opiniâtres, les ulcérations internes, les fièvres atuxiques, et même contre la peste, la syphilis, les calculs de la vessie, etc.; mais on l'employait surtout contre la gale, la lèpre, la teigne, les dartres et autres maladies de la peau. Tout cela est bien oublié aujourd'hui, et celte plante n'est plus usitée que connue dépurative; on en obtient une eau distillée, un sirop, un extrait; mais on donne le plus souvent le suc de la plante fraîche, l'infusion aqueuse de ses feuilles" ou la décoction de ses racines. «Dans l'art vétérinaire, dit Buc'huz, on la donne avec l'oxyiael dans la suppuration légère du poumon, dans l'empyème, dans les inflammations légères des viscères : elle est au nombre des plantes dont on fait des breuvages alexitères indiqués dans les maladies gangreneuses, contre le charbon, l'esquinaneie. •
La scàbieuse succise , vulgairement mors (morsure) du diable ou remor.s, est aussi vivace, et se distingue de la précédente par sa souche noirâtre, très-courte, trouquée,comme si elle avait été coupée avec les dents; tes fibres radicales épaisses; scsfeuillesentieres ou à, peine dentées , presque luisantes en dessus; ses fleurs bleues, plus rarement blanches, toutes égales, sur un réceptacle garni de paillettes ; ses corolles à quatre divisions. E le croit dans les mêmes localités et n'est guère cultivée que dans les jardins botaniques. Elle possède les propriétés médicales de la précédente, maison la regarde comme plus active. Elle abo.ide surtout dans Iqs pâturages argileux et humides. Tous les bestiaux la mangent tant qu'elle est jeune. Ses feuilles donnent une matière colorante verte, qu'on emploie dans les campagnes pour colorer les œufs ou même pour reteiiidre les vieux habits.
La scàbieuse des jardins , vulgairement fleur de veuve, est annuelle ou bisanuelle ; ses tiges rameuses, liautesdeOn^âOà 1 mette, portent des feuilles dentées, incisées ou pennatifides; ses fleurs, d'un pourpre velouté, sont réunies en capitules sur un réceptacle d'abord hémisphérique, mais qui s'allonge pendant la floraison, et porté sur un long pédoncule. On possède des variétés à fleurs blanches, rose cuivré, pourpres, simples ou doubles, et des variétés naines présentant ces diverses nuances; enfin, il n'est pas rare de voir des pieds à. capitules prulitèics, et d'autres dont les corolle» affectent la couleur verte et l'apparence foliacée. Originaire du midi de l'Europe, celle espèce est depuis longtemps cultivée dans nos jardins, où elle orne les massifs et les plates-bandes. Elle réussit dans tous les terrains et à toute exposition, mais mieux dans une terre légère et substantielle et à une exposition chaude et aérée. On la multiplie facilement de semis faits en place ou en pépinière, au printemps ou à l'automne. Elle se ressème souvent d'elle-même et produit ainsi des plants trèsvigoureux. Il est très-aisé de la relever en motte et de ta transplanter par conséquent k tout âge; il suflit, pour assurer la reprise, de quelques arvoseitienti copieux»
La scàbieuse columbuire est vivace stades
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fleurs bleuâtres portées sur de longs pédoncules terminaux etaxil'aires ; elle croit abondamment dans les pelouses sèches, sur les sols calcaires et crayeux; les moutons, les chèvres et les chevaux la mangent. La scàbieuse de Gramont diffère peu de la précédente et possède les mêmes propriétés, ainsi que la scàbieuse des bois. On peut citer encore les seabieuses des Alpes et de Tor tarie, plantes vivaces, à fleurs jaune pâle ou blanc jaunâtre, et les seabieuses du Caucase et à feuilles de gramen, à fleurs d'un bleu clair, qui sont cultivées dans nos jardins. Elles sont très-rustiques, faciles à cultiver et d'un bon effet- dans les massifs.
SCABJEUX, EUSE adj. (ska-bi-eu , eu-zo — du Uu.scaôies, gale.V.SCABlEusE). Pathol. Qui a rapport à la gale; qui est de la nature de la gale : Eruption scàbieuse.
SCABIN s. m. (ska-bain). Ancienne forme
du mot ISCHEVIN.
SCABINAL, ALE adj. (ska-bi-nal, a-le).
Hist. Qui a rapport aux scabins ou échevins.
— Maison scabinale, Hôtel de ville où s'assemblaient les scabins ou échevins. il Lettres scttbinates, Lettres de concession émanant de l'autorité des échevins.
SCABIOSÉ, ÉE adj. (ska-bi-o-zé — rad. scabieutej, flot. Qui ressemble ou qui se rapporte àja scàbieuse.
— s. f. pi. Tribu de la famille des dipsacées, ayant pour type le genre scàbieuse.
SCABRE adj. (ska-bre— lat.sCnfier.mot qu'on rattache à la racine sanscrite skubh, s/cambh, affermir, appuyer, soutenir, racine qui est restée dans le grec skepô, skêptô, même sens). Ilist. nat. Rude au toucher : Tige SCaore.
SCABREUX, EUSE adj. (ska-breu, eu-ze — lat. seciber, même sens. V. scàbieuse). Rude, raboteux : Un rocher scabreux. Un snttier scADHiiUX. Un passage scabreux. Le château était embusqué dans un sentier scabukux, pour le fermer à f ennemi. (Chateaub.)
— Par ext. Dur, heurté, désagréable : Un style scabreux. On trouve dans les vers de cet auteur une dureté qui en rend la lecture scabreuse et désagréable. (Perrault.)
— Fig. Difficile, qui offre des dangers ou des inconvénients : uneeuireprise scabreuse. L'auteur a choisi un dénouaient scabreux. C'est bien scabreux les consolations; ça peut mener loin, três-luin. (Th. Leclercq.) Il Risqué, au point de vue de la morale ou de la décence : Des mois scabreux. Un conte un peu scabreux. La théologie, pas plus que ta médecine, ne s'effraye des sujets scabreux.. (Laboulaye.)
SCABRICAUDE adj.. (ska-bri-kô-de — du lat. scaber, rude; cauda, queue). Zool. Dont la queue est rugueuse.
SCABRICORNE adj. (ska-bri-kor-ne — du lut. scaber, rude, et de corne). Zool. Qui a des cornes rugueuses.
SCABRICOSTÉ, ÉE adj. (ska-bri-ko-sté — du lat. scaber, rude ; costa^ côte). Zool. Qui a (les côtes raboteuses.
SCABR1DE adj. (ska-bri-de — du lat. scaêer, rude). Bot. Rude au toucher.
SCABR1FLORE adj. (ska-bri-fio-re — du lat. scaber, rude ; flos, floris , fleur). Bot. Dont les enveloppes florales sont rudes au toucher,
SCABEUFOLIÉ, ÉE adj. (ska-bii-fo-îi-é — du lat. scaber, rude ; folium, feuille). Bot. Qui a des feuilles rudes au toucher.
SCABR1SÈTE adj. (ska-bri-sè-te — du lat. scaber, rude; seta, soie, poil). Bot. Dont les pédoncules sont rudes au toucher.
SCABRITE s. f. (ska-bri-te — du lat. scaber, rude). Bot. Syn. de nyctanthe, genre d'arbrisseaux.
SCABRJUSCULE adj. (ska-bri-u-skn-le — diinin. du lat. scaber, rude). Hist. nat. Un peu rude au toucher.
SCABROSITÉ s. f. (ska-bro-zi-té — du lat. scabrosus, rugueux). Etat de ce qui est rugueux, raboteux.
SCACCII1 (Fortunat), antiquaire italien, né a Aneône vers !573, mort à Fano en 1643. Entré chez les augustins, il alla étudier à l'université d'Alcala et, à son retour, professa dans diverses villes d'Italie la théologie et l'hébreu. Plus tard, mandé à Rome, il fut chargé d'enseigner l'Ecriture sainte et reçut le titre de maître de la chapelle pontificale. On lui doit, entre autres écrits : Sacrorum elsochrysmaton myrothrecia tria (Rome, 1625, iu-*o, 3 parties); De cultu et veneratioue servorum Dei liber primus (Rome, 1639, in-4°); Prediclie e discorsi sopra gli evangeli (Rome, 1636, in-4°).
SCADICACALLI s. m. (ska-di-ka-kal-li — mot. malais). Bot. Arbrisseau du Malabar, qui parait être l'euphorbe des anciens.
SCAER, bourg de France (Finistère), oh.-l. de cant., arroud. et à 21 kilom. N.-O. de Quimperlé, près de la rive droite de l'Isole; pop. aggl:, 605 hab. — pop. tôt., 4,394 hab. Clouterie , papeterie. Le bourg de Scaer es; bâti sur une hauteur, à 182 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il possède une église, romane en partie, placée sous l'invocation de sainte Candide et dont le clocher élevé domine au loin un paysage merveilleux.
Sainte Candide estuneabbesse inconnue aux
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hn»iographes , mais dont le nom n'en est pas moins fort révéré à Scaer : la tradition locale rapporte qu'en frappant la terre de sa crosse, elle fit jaillir la fontaine qui porte son nom, et cette fontaine doit encore une certaine vénération aux vertus médicinales qui lui sont attribuées. Ses eaux passent pour souveraines contre les maladies de langueur. ■ Elles viennent, dit M. de Courcy, par un aqueduc de 250 mètres environ remplir une cuve de granit qui alimente tout le bourg, et j elles se perdent ensuite dans l'Isole. > L'Etat possède sur le territoire de Scaer deux petites forêts : Coutloe'h , sur les bords de l'Aveu, et Cascadec, sur les bords de l'Isole. Les envi- I rons de Scaër présentent un assez grand nom- I bre de staurotides ou pierres de croix, auxquelles une légende attribue une origine surnaturelle, bien qu'elles ne constituent qu'un insignifiant phénomène géologique. D'après cette légende, un chef païen ayant renversé la croix d'une chapelle chrétienne, Dieu mit son signe à toutes les pierres des environs. Celles de Coatdry notamment sont portées comme talisman contre certaines maladies dans un petit sachet attaché au cou des enfants. Scaër est un des bourgs de l'Armorique où se sont le mieux conservés jusqu'à nos jours, avec les superstitions, les antiques usages et costumes bretons.
SCJÎVOLA (C Mucius), jeune patricien romain qui , pendant le siège de Rome par Porsenna (507 av. J.-C), pénétra sous un déguisement dans le camp ennemi et, croyant mettre a mort le lars étrusque , immola son secrétaire. Conduit devant Porsenna, il se montra inaccessible à la crainte des tourments et, plaçant sa main sur un brasier ardent, comme pour la punir de s'être trompée, il la laissa se consumer sans manifester aucun sentiment de douleur. Le roi, épouvanté d'un tel héruïsme et de la révélation qu'il lui avait faite que 300 jeunes patriciens avaient prêté le serment de le tuer, se hâta de conclure la paix avec les Romains. Ce récit merveilleux a été révoqué en doute par un assez grand nombre de critiques.
SCiEVOLA (Publius Mucius), jurisconsulte romain, consul l'an 132 av. J.-C. Sans être partisan des lois présentées par Tiberius Graeehus, sous son consulat, il se montra opposé aux violences que les patriciens voulaient commettre contre le tribun. Le grand pontife Scipion Nasica le sommant impérieusement de marcher contre Tiberius, le rigide jurisconsulte répondit froidement:" Si, par fraude ou par violence, Tiberius Giacchus surprend un plébiscite contraire aux lois de ia république, je ne le ratifierai pas. • Et il refusa inflexiblement de s'associer à la sédition de propriétaires qui coûta la vie au premier des Gracques.
SCiEVOLA (Quintus Mucius), cousin du précèdent, uugure et consul (116 av. J.-C), orateur, jurisconsulte, et le premier maître de Cicéron. Il triompha des Dalmates et se distingua dans la guerre contre les Marses. Seul de tous les sénateurs, il osa résister au farouche Sylla quand il voulut faire déclarer ennemis publics les deux Marins et leurs partisans. • Ni ces soldats, dit il, dont vous avez environné le sénat, ni vos menaces ne m'effrayent. Ne pensez pas que, pour conserver quelques faibles restes d'une vie languissante et d'un sang glacé dans mes veines, je puisse me résoudre à déclarer ennemi de Rome Marins, par qui je me souviens que Rome et toute l'Italie ont été sauvées. » Préteur en Asie, il s'était fait remarquer par son désintéressement. Cicéron l'a choisi pour un des interlocuteurs du dialogue lie amicitia, du premier livre De oratore et du traité De republica.
SCIEVOLA (Quintus Murius), fils de Publius. Il devint, après la mort du précédent, le maître de Cicéron, et parvint au consulat l'an 96 av. J.-C, en même temps que Crussus l'orateur. Préteur en Asie, il se fit remarquer par son intégrité et par ses rigueurs envers les chevaliers romains concussionnaires; les habitants de cette province instituèrent en son honneur, pour perpétuel' leur reconnaissance, une fête religieuse appelée mucienne. Cicéron l'appelle « le plus grand orateur parmi les jurisconsultes, et le plus grand jurisconsulte parmi les orateurs. » Il fut égorgé par les ordres du jeune Marius, l'an 667 de Rome. Le Digeste contient quelques extraits de ses ouvrages.
SCAFATl, ville du royaume d'Italie, province de la Principauté Ciléiïeure, district et à 22 kilom. N.-O. de Sulerne, sur la rive droite du Sarno, mandement d'Angri ; 10,829 hab.
SCAFERLATI s. m. (ska-fèr-la-ti. — On ignore d ou vient ce mot singulier : les uns y voient un mot turc, les autres une corruption de l'italien scàrpellelli, petits ciseaux; d'autres enfin attribuent l'invention d'un procédé à hacher le tabac à un Italien appelé- Scaferlati, qui aurait donné son nom au tabac ainsi haché). Comin. Tabac découpé en fines lanières, pour être brûlé dans la pipe ou sous forme de cigarettes.
SCAGLIOLA s. f. (ska-Uo-la; Il mil. — mot ital.). Constr. Pierre spéculaire qui, employée en incrustation sur dès pâtes colorées, prend l'aspect des marbres précieux.
S CALA, bourg du royaume d'Italie, province de la Principauté Citérieure, district
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de Salerne, mandement et k 5 kilom. O. d'Amalfi ; 1,285 hab. Aux environs, mines de plomb. Scaia, autrefois siège d'un évêché, aujourd'hui réuni à celui d'Amalfi, possède une belle cathédrale. C'était autrefois une ville a-.sez importante, fondée, dit-on, sous l'empereur Constantin; elle était ornée d'un capitole, de bains et d'un théâtre, dont on voit encore quelques restes. Le bourg actuel s'élève sur l'emplacement de l'ancienne ville, détruite par les Pisans au moyen âge.
SCALA-NOVA, autrefois Neapolis, ville de la Turquie d'Asie, dans l'Anatolie, pochalik d'Aîdin, sur le golfe de son nom, à 65 kilom. S. de Smyrne; 20,000 hab. Port de commerce, abrité contre les vents de l'O. par une petite île, ordinairement peuplée d'oiseaux de iner, ce qui la fait appeler Couch-Adassi (lie des Oiseaux) par les Turcs, qui ont étendu ce nom à la ville. Scalu-Nova est bâtie en amphithéâtre sur un coteau qui domine le golfe; elle est entourée do murailles et défendue par un château fort. Ou y voit plusieurs mosquées, une église grecque, des bazars et des bains publics. Restes de l'ancienne Neapolis.
SCALA-NOVA (golfe de), vaste baie formée par l'Archipel sur la côte occidentale de l'Anatolie, devant la ville de son nom. La largeur à son entrée est de 46 kilom. et la profondeur de 65. Il baigne, au S., la côte septentrionale de l'Ile du Sainos et r< çoit plusieurs petits cours d'eau, dont le plus important est le Kutchuk-.Meinder.
SCALA, famille véronaise, anoblie vers le milieu du xine siècle et qui eut pour fondateur Mastino 1er i)e La Scala. Les principaux personnages de cette maison sont :
SCALA (Mastino 1er de La), podestat de Vérone, mort à Vérone en 1277. Il obtint cette dignité en 1259 et embrassa le parti des gibelins ; il expulsa de Vérone le comte de Saint- Boniface et tons les guelfes. Mastino eut à réprimer en 1269 une révolte soutenue par toute l'aristocratie véronaise. Appuyé par le peuple, le podestat vint à bout de vaincre ses ennemis; mais il périt en 1277, assassiné dans son palais par quatre conjurés de la faction vaincue.
SCALA (Albert I«r de La), frère du précédent, mort en 1301. Il accourut à Vérone à la nouvelle de la mort de son frère en 1277 et empêcha les conjurés et leur parti de s'emparer du pouvoir. Pendant son règne, qui dura vingt- trois ans, il donna des secours aux Jîonacossi deManioue et aux gibelins de Modène, de Reggio et de Lombardie.
SCALA (Barthélemi de La), fils du précédent. U lui succéda et ne régna que deux ans et demi.
SCALA (Alboin 1er db La), fils d'Albert 1er et frère du précédent, mort en 1311. Il succéda à son frère dans la principauté de Vérone, se coalisa avec deux seigneurs gibelins, Giberto de Ooriegio et François Bonaeossi de Muutoue, contre le marquis Azzo d'Esté et se lit battre avec eux. Lorsque Henri VII vint en Italie, Alboin de La Scala acheta de cet empereur, en 1311, ie titre de vicaire impérial à, Vérone.
SCALA (Cane 1er de La), dit le Grand, né k Vérone en 1291, mort à Trévise eu 1329. Il joignit à ses Etats Padoue, Vicence, Feltre et Trévise, acquit une giande réputation militaire en Italie, fut nommé capitaine général de la ligue des gibelins de Loinbardie, Se distingua par un goût éclairé pour les lettres et les arts el fut le protecteur de Dante exilé. 11 mourut à Trévise en 1329.
SCALA (Ma>tino II de La), souverajn de la principauté de Vérone, mort en 1351 . Il succéda eu 1329 à son oncle Cane le Grand etembrassa le parti des gibelins. Il envahit en 1330 les Etats de Brescia et assiégea la ville, mais il fut force de se retirer à l'arrivée du roi Jean de Bohême eu Italie. Mastino se coalisa avec les marquis d'Esté, les Gouzugue de Mamoue et les Visconli de Milan contre le roi de Bohème. Les Florentins adhérèrent à cette ligue en septembre 1332. Le 14 juin de la même année, Mastino, trahissant ses alliés les gibelins, s'allia aux guelfes et occupa la ville de Brescia, puis, eu vertu du traité de (Jastebaldo, celle de Parme le 4 juin 1335. Il s'empara ensuite de Reggio'(3 juillet 1335) et de Lucques. Enfin, il aitaqua les Florentins le 23 février 1336. Alors commença je déclin de sa puissance. 11 perdit Padoue eu 1337, puis les plus forts châteaux des monts Eugunéens. Il perdit la bataille de Montagnano (1333). La même année, il tua do sa main Barthélemi de La Scala, evêque de Vérone, et s'unira ainsi les censures du pape Benoit XII, censures qu'il racheta bientôt à prix d'argent. Mastino conclut la paix avec les Vénitiens eu 1338, puis avec les Florentins en 1339. Eu 1341, il perdit Parme, puis il vendit Lucques aux Florentins. En 1345, il fit la paix avec les Visconti. Des lors, Mastino, qui, à l'apogée de sa puissance, était un des chefs les plus redoutables du parti gibelin et avait ete seigneur de neuf villes, se trouva réduit à la souveraineté de Vérone et de Vicence et ne joua plus jusqu'à sa mort qu'un rôle secondaire et effacé.
SCALA (Can-Grande II de La), fils du précédent, prince de Vérone, né en 1332, mort en 1359. Il fut proclamé prince de Vérone en 1351, conjointement avec ses deux frères,
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Can-Signore et Paul-Alboin. Son frère aîné, Fregnano, s'empara de Vérone en 1354 ; Cnn- Gra ide, rentré brusquement dans la ville, vainquit et tua Fregnano, ainsi que Paul Pic de La Miramlole, que Fregnano avait nommé podestat. Can-Grande fui assassine à Vérone, en 1359, par son frère Can-Signore, en laissant, la mémoire d'un tyran avide et cruel.
SCALA (Cane II E ou Can-Signore de La), frère du précédent, mort en 1375. Après avoir nssessine son frère, il lui succéda dans la principauté de Vérone et renouvela la ligue trévisane contre la maison Visconti. Il se réconcilia en 1364, ainsi que la ligue, avec les Visconti et reprima, en 1365, la conspiration de son frère Paul-Alboin, qu'il fit étrangler en U75.
SCALA (Antoine de La), seigneur de Vérone, iils naturel du précédent, né vers 1360, mon en 13S8. 11 succéda à celui-ci en 1375, conjointement avec son frère Barthélenii II. Le* deux frères réussirent, à l'aide de plusieurs alliés, à repousser en 1378 l'utiuque de Barn abo Fernaiidi.En 1381, Antoine, désireux de posséder seul le pouvoir, lit assassiner son frère; ce meurtre le rendit odieux à ses sujets ut lui attira la guerre contre François do Carrare (1385). Battu à Brentelles en 1386 et près de Castelbaldo en 1387, après avoir refusé constamment de traiter, Antoine eut bienlôt à lutter, non-seulement contre François de Carrare, mais- encore contre Galèas Visconti, seigneur de Milan. En 1387, ce dernier je rendit maître de Milan. Antoine de La Saula sVnfuit à Venise, puis il se rendit à Florence et enfin k Rome, sans réussir à obtenir des secours dans aucune de ces villes. 11 mourut dans les montagnes de Forli, en 1388, empoisonné, dit-on, par les ordres de Jean-Caléas Visconti.
SCVLA (Can-Francesco de La), fils du précédent. 11 se réconcilia avec François de Carrtre et reparut près de Vérone en 1390. Un soulèvement eut lieu k Vérone en faveur de Ct.ii-Francesco. Visconti réprima ce mouvement et fit empoisonner Caii-Francesco à Ravenne.
SCALA (Guillaume de La), bâtard de Can- Grande 11. Il reparut un moment au pouvoir k Veione, grâce à l'appui de François Novello de Carrare, le 8 avril 1404, et mourut peu d; jouis après.
SCALA (Bartolommeo), littérateur italien, nékColle-de-Valdelsa (Toscane)en 1430, mort à Flo.'ence en 1497. Fils d'un meunier, il ne dut q .l'a lui-même sa propre élévation. Cosine de Mi; d'icis se l'attacha, lui fit étudier le droit, et Pierre, son successeur, continuant à Scula la sympathie que lui avait témoignée son père, le nomma chancelier, gonfaloiner, et lui confii. d'importantes missions politiques. On commit Ses disputes avec Ange Pulitien sur la langue latine. Les principaux ouvrages de cet écrivain août : Apulutjia contra vituperatores cioilatis Flore/itim (Florence, 1496, in-fol,); Ue historia Florentins (Rome, 1677, in-40).
Scala (HOSPITALIERS DE Noire- Dnme-de- !■-), congrégation fondée au milieu du ix." oiècle, par un citoyen de la ville de Sienne, nommé Soror, dans le but d'héberger les pèlerins, de soigner les malades et de secourir les pa ivres. Le premier hôpital desservi par cet ordre fut appelé hôpital de Notre-Dainede-la-ticala, parce qu'en creusant les fondations île cet édifice on trouva' trois marches en majore d'un escalier d'un ancien temple de Minerve; d'où le nom donné à la communauté. La congrégation de Notre-Daine-dela-Scala comprenait des frères et des sœurs obeiss.ml aux règlements qui leur avaient été donne,, par le fondateur. Ces règlements embrassaient la manière de vivre des frères et des sai .rs, le service des malades, la réception des pèlerins, l'élection des officiers, la comptabilité, etc.; ils furent approuvés eu 1194 pirle pape Celestin III. Un grand nombre de villes d Italie appelèrent les religieux de Nutre-Danie-dr-ia Scala; ils desservirent les hôpitaux de Fioreuce,de Suiui-Géiiiiiiien, U'Aoquapendente, ue Rieli, etc.; tous ces établissements dépendaient, dans l'origine, de l'hôpital de Sienne. Au milieu du xvi<= siècle, les religieux de la Scala, enrichis pur d'immense;; libéralités, tombèrent dans Ue graves désordres et négligèrent l'exercice de l'hospitalité. Sur leur refus d'accepter la réforme que l'autorité ecclésiastique leur imposait, 1 ordre de Notre-Dame-de-lu-Scala fut supprimé.
Seuil, (théâtre de la), à Milan. V. Milan.
SCA1.AB1S, ville de l'Espagne ancienne, dans la Lusitanie, colonie romaine. C'est aujourd'hui Santarem.
SCALAIRE s. f. (ska-lè-re — du lut. scala, échelle). Aloll. Genre de mollusques gastéropodes pectimbrauches, de la famille des turritellées ou type de celle des soalarions, suivant las divers auteurs, comprenant une vingtaine d'espèces, vivant dans les merschaudes et tempérées, et autant d'espèces fossiles des terraiussecondaires ou tertiaires ; Les scf.LAiRus sont des coquilles lurricutées. (Dujardin.) L'animal des scalaires n'a été pendant longtemps connu que dune manière imparfaite, (d. Hupé.) ,
— Encycl. Les scalaires ont des coquilles turricu.ees, assez élancées, garnies de côtes
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longitudinales plus ou moins nombreuses, interrompues, obtuses ou tranchantes, qui sont les traces des anciens bords de l'ouverture, laissés en arrière par les accroissements successifs de la coquille; quelques espèces présentent même cette particularité remarquable que les lames longitudinales, étant fort élevées, ont élé, k ce qu'il paraît, un obstacle à la soudure immédiate des tours de ."pire, ce qui fuit qu'elles n'oiit pas de coliimelle. A l'état adulte, l'ouverture esta peu près ronde, entourée d'un bourrelet mince et recourbé et recouverte d'un opercule corné, mince, ovale ou arrondi, offrant un petit nombre de tours de spire. L'animal a une forme spirale; il présente une sorte de trompe terminée par la bouche, qui a deux lèvres verticales ; il est muni de deux tentacules coniques ou cylindriques, pointus, distants, portant chacun près de leur base et à la partie extérieure un œilsiirun léger renflement; le pied est ovule, élargi et tronqué en avant. Les espèces habituellement vivantes de ce genre sont peu nombreuses; toutes sont marines et habitent les rivages sablonneux.
La plus intéressante est la scalaire précieuse, vulgairement scalata; elle atteint 0'",10 de longueur sur près de 0m,05 de largeur; elle est légèrement transparente, d'un fauve pâle, avec les lames d'un blanc pur; ses tours de spire sont détachés les uns des autres. Cette coquille se trouve dans la mer des Indes; c'est la plus belle du genre. Les Indiens conservent avec soin les beaux in-
' dividus parmi leurs bijoux les plus précieux ;
I les femmes la suspendent à leur cou en guise d'ornement. Aussi cette scalaire a-i-uWn pendant longtemps été fort rare et s'est-elle toujours vendue à un prix très-élevé. Les spécimens de belle taille et bien conservés se sont vendus 500 florins (plus de l.'OOO francs)
■ et même au delà. Cubières assure même qu'un échantillon, long de plus de 0m,10 et large k proportion, a été payé 6,000 francs. Mais aujourd'hui ce prix a bien diminué et l'espèce se trouve dans toutes les collections.
La scalaire commune, vulgairement nommée fausse scalata, est beaucoup plus petite et surtout moins large ; mais ses couleurs sont plus agréables; elles varient du blanc au violet. Elle est commune dans les mers d'Euiope, et, quoique très-inférieure à lu précédente, ce n'en est pas moins une fort jolie coquille. L'animal est tacheté de blanc et de noir; il laisse échapper de son corps une grande quantité de matière colorante d'une belle nuance pourprée, ce qui a fait penser à certains auteurs que ce pourrait être la pourpre des anciens.
SCALAMBRA (cap), promontoire du royaume d'Italie, projeté dans le canal de Malte par la côte méridionale de la Sicile, dans le district et au S.-O. de Modicu, par 36" 46' de latit. N. et 12" 10' de longit. E.
SCALANDRE s. f. (ska-lan-dre). Pêche. Espèce de ligue ce fond employée en Norvège pour la pèche de la morue,
SCALAR1EN, IENNE adj. (ska-la-ri-ain, i-è-ne — rad. scalaire). Qui ressemble ou qui se rapporte à la scalaire.
— s. m. pi. Famille peu naturelle de mollusques gastéropodes, ayant pour type le genre scalaire.
SCALAR1FORME adj. (ska-la-ri-for-me — dulat. scula, escalier, et de forme). Moll. Se dit. des coquilles qui ont la forme d'un escalier.
— Bot. Vaisseaux scalari formes, Vaisseaux ayant la forme de tubes prismatiques, marques de ligues transversales disposées en l'orme d'échelons.
SCALA-SANTA s. f. (ska-la-san-ta — mots ital. qui siguif. escalier saint). Escalier que Ls pèlerins de Rome montent à genoux pour gagner des indulgences attachées à ce genre d'exercice,
SCALATA s. f. (ska-la-ta). Moll. Nom ancien des coquilles du genre scalaire, et plus particulièrement de la scalaire précieuse : Ce qui fait ta rareté de la scalata, c'est que les Indiens la conservent parmi leurs bijoux les plus précieux. (V. de Bomare.)
SCALDE s. in. (skal-de — du Scandinave skuttet, poète, chantre, qui appartient peutêtre à la même famille que le sanscrit kulatâ ou kalatva, musique, mélodie, kulu,non doux, murmure agréable, kutana, murmure, kalaud, babil. Le Liiiûlupathâ donne une racine kat, kalt, résonner, retentir, produire un son indistinct, qui se légitime suffisamment par ses at'riuiiés étendues dans le reste de la lainille. Comparez le grec kateà, appeler, lutin cato, même sens, calatoz, crieur, irlandais cal, cait, voix, culluid, cri, plainte, caltan, bruit, babil, etc.; armoricain kel,keul, bruit, rumeur; ancien allemand hellan, résonner, haldn, ho- Ion, appeler; lithuanien kaloti, koloti, gronder; kolone, gronderie, etc. L acception spéciale du sanscrit se retrouve encore dans l'irlandais ceot, ceottadh, musique, mélodie, ceolaire, musicien, cetdmhar, musical, harmonieux, ceolan, clochette et enfant criard, ceileir, erse ceilear, chant d'oiseaux. Quant au Scandinave skalld, il se serait forme par l'addition d'un s initial, bien que le maintien du k soit assez difficile k expliquer. Ou en rendrait plus facilement compte en rattachant le mot en question à la même famille que le Scandinave kalta, ancien allemand c/tarôn, chaltôn; anglais to call, crier, savoir la ra-
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cine sanscrite gar, gai, produire un son, chanter, d'où le sanscrit gala, instrument de musique , gàli, imprécation ; le zend gère, chanter, garu, chanteur; le persan gdl, cri, bruit fort et aussi coq; le grec yêrus, son, voix, gelos, le rire; le latin gallits, coq; l'irlandais gairim et goilim, crier, gaitt, parole, galan, gatwlia, bruit; kymrique galw, appeler; le russe yolka, bruit, etc.). Liltcr. Nom des anciens poètes Scandinaves et des poêles a, tiques, qui ont écrit leurs chants en langue erse.
— Encycl. Ces poëtes des peuples Scandinaves (Islande, Danemark, Suède et Norvège) chantaient les mystères de la religion, les aventures des dieux, les exploits des rois et des héros. Chaque prince en avait près de lui et tenait h être chanté par eux. Quelques chants des scaldes ont été gravés en runes; mais le plus grand nombre s'est transmis de bouche en bouche. Ils furent recueillis plus tard et formèrent YEddu et les Suyas que. nous possédons aujourd'hui.
Les scaldes peuvent être comparés aux bardes saxons et calédoniens ; ils ne formaient pas une caste sacerdotale, comme les druides, et se recrutaient indifféremment dans le peuple, dans.les guerriers et les seigneurs. L'homme qui se sentait la vocation poétique et qui savait les vieilles traditions historiques et mythologiques se mettait à les chanter à sa façon et, si on lui reconnaissait du talent, était aussitôt appelé scatde ouhurpare, joueur de harpe, du nom de l'instrument sur lequel les scaldes s'accompagnaient, ou encore bragurmanu, fils de Braga, le dieu de la poésie.
Le premier scalde dont le nom nous soit parvenu doit avoir vécu au milieu du ne siècle; c'est Ulfur hin Oarge. Mais ce n'est qu'à partir du vie siècle qu'une œuvre nous a été conservée, et cette oeuvre appartient au Suédois Siarkader ou Sterkodur. Les autres scaldes dont les noms nous sont parvenus appartiennent plus au mythe qu'à l'histoire. Tel est Bragi le Vieux, qui vécut deux ou trois générations avant le roi Harald Harfagar; ou a supposé à propos de ce nom de Bragi, qui dérive directement de Braga, qu'on avait voulu personnifier dans ce scatde la poésie tout entière. A partir de Harald, ce puissant protecteur des arts et des lettres, on peut suivre pas k»pas le développement de la poésie. A sa cour se trouvaient réunis Thiodulf von Hvin, ThorbiOrn Horuklofi, Aulvir Hnufa.' Il traitait les poëtes comme ses conseillers, et plus d'une fuis Thiodolf fut chargé par lui de missions importantes. Sighvutr fut aussi en grand honneur auprès du roi Olaf et, plus tard, près de sou fils Magnus. Leur art ne rapportait pas seulement aux scaldes honneurs et richesses, considération et faveur; il valait parfois mieux, et l'on cite Erpur Lutaud qui, ayant commis un meurtre, sut racheter sa vie et se faire gracier par son maître en composant un splendide po2rae sur la mort du roi suédois Hund. Ce fut en Islande, à l'abri des secousses politiques et sociales, au milieu de la solitude, que la littérature poétique prit son plus grand essor. Des le xc si-:i le, les scaldes islandais étaient connus au loin; on les trouve k toutes les cours du Nord, uuus le cortège royal, occupant une place honorable au festin et un poste périlleux dans les combats, rassemblant de nouvelles légendes et de nouvelles histoire*. A cette époque se rirent remarquer Egil Skallagrimson.liormak Augmuiidursou, Einarlielgason Skalaglam , Eilit' Gudi unarsoil , Guttorm Sindri, Glum Geirasou et, au-dessus de tous, Eyvind, l'arrière-petit- tils du roi Harald Harfagar. Avec l'introduction du christianisme, là décadence de cette poésie, qui avait ses sources d'inspiration dans la légende et dans la mythologie païennes, devait nécessairement commencer. Les scaldes furent encore très-nombreux sous les rois Olaf Fryggvesœu, Olaf le Saint et ses successeurs ; mais leur influence n'était plus la même, et les persécutions qu'ils eurent k endurer de la part du cierge durent refroidir leur zèle. On cite les noms de Hallfred Ottarson, Sighval Thodarson, Thord liolbeinsson, Oitar le Noir, Thormoii Kolbrunarskald ; en Suède, Gunlangs Oriiisteinga, Rafn, Gissur le Noir; en Danemark, sous le roi Canut le Grand, Thorleif Jurlaskald, Thorann Loftuuga, Hallvard Hareks-Blaesi. En Islande, la poésie scaldique se maintint plus longtemps ; mais, dés 1260, ou eue le dernier nom de icalde, celui de Sturla Thordarson, qui mourut k la cour du roi norvégien Haukon Ilaakonsœn.
Il existe encore en manuscrit un grand nombre de poésies scaliliques que l'impression n'a pas popularisées. Il nous a été conservé une liste chronologique de cent soixante-dix noms de poêles islandais ; mait il faut se souvenir quen 998, sur l'instigation du pape Sylvestre II, tout ce qu'on put trouver de poèmes de ce genre à cette époque fut impitoyablement brûlé par lecleige. Cet autoda-fe, inspiré par un détestable esprit d'intolérance, nous a certainement privés de quelques chefs-d'œuvre poétiques et de précieux documents historiques.
La poésie scaldique se divise en deux grandes époques. Des l'abord, elle fut entièrement mythologique; elle relatait les exploits des dieux, les sagas d'Odin et des principaux ases. Quand l'amour de la légende se fut utfuibli,
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la poésie devint épique et se rattacha par l'histoire à la vie réelle. Les scaldes se consacrèrent à chanter les truerriers au milieu desquels ils vivaient; ils s attachèrent a saisir le côté poétique des événements du jour et h les retracer sous une forme poétique. Pour cela, il fallait beaucoup de tact, l'habitude de la langue, le facile maniement du vers et la promptitude de l'improvisation. Les po&tes islandais fuient surtout aptes k ces exercices de l'esprit, et si on peut leur contester le don de la création, on ne saurait qu'admirer la légèreté et la délicatesse de leurs conceptions. La vie accidentée , aventureuse que menaient les scaldes leur permettait de peindre avec une pittoresque vérité des scènes auxquelles ils avaient assisté. La bataille, la tempête, le naufrage, la splendeur des cours, lu misère des peuples, ils avaient tout vu; la faim, la soif, les privations, l'abondance, ils avaient tout éprouvé. La différence de ces chants, différence qui résulte des temps, est sensible dans la forme comme dans le fond. L'expression, dans les chants de i'Edda, est simple, naturelle, peu cherchée; le fond par lui-même était assez riche pour se passer de toute ornementation. L'idée poussait avec une luxuriante fécondité sous chaque mot. Ce fut autre chose quand la poésie emprunta ses sujets à la réalité; il fallut faire accepter celleci par l'originalité de la conception, le tour de phrase, l'expression; de là cette abondance d'images et de métaphores qui, artistiques d'abord, devinrent bienlôt alanibiquées, obscures, inintelligibles. Ce qui n'avait été qu'audacieux, original, fut par la suite pédantesque et bizarre. Le sens poétique des peuples Scandinaves se trahit tout entier dans ces productions de leur esprit. Ce sens n'est pas calme, pur comme chez les Grecs, qui cherchaient leur idéal dans la perfection do la forme; il n'est pas tendre, mystique et rêveur, plein de pressentiments et de prédictions comme chez les Indiens; il est audacieux, viril, robuste jusqu'à devenir brutal. Il dénote une témérité d'imagin itionet un excès de passion qui donne le vertige ; tout y est gigantesque et sauvage. Le mètre du vers diffère également dans les deux périodes de la poésie scaldique. Primitivement, on employait un rhythme uniforme avec deux accentuations par vers; plus tard, on introduisit la variété des rhylhmes et laconsounanco ou l'allitération. En Islande, dès le xe siècle, on trouve la rime.
Les principales compositions scaldiques qui sont parvenues jusqu'à nous ont été recueillies dans les deux tiddas, celle de Sœmond le Savant et celle de Snorii Sturleson. V. Edda.
SCALDIQUE kdj. (skal-di-ke), Qui a rapport, qui appartient aux scaldes.
SCALD1S ou TABUDA, nom latin de l'Escaut,
SCALEA, ville du royaume d'Italie, province de la Calabre Citérieure, district et à 54 kiloin. N.-O. de Paola, sur le golfe de Policastro ; 2,447 hab. Elle est bâtie sur l'emplacement de l'ancienne Talao, fondée par les Sybarites.
SCALÉNAIRE s. f. (ska-lé-nè-re — rad.
scalène). Moll, Section du genre mulette, à ligament oblique.
SCALÈNE adj. (ska-lè-ne — grec skalénos, boiteux, mot qui se rapporte à la racine Sanscrite skltal, tituber, dévier, tomber, puis tomber en faute, commettre une erreur, d'où le sanscrit skhalana, skhnlita, action de tomber en faute, le latin scelus, crime). Géom. Se dit du triangle dont les trois côtés sont inégaux et dont aucun angle n'est droit : 2'riaiigle'svM.ktiii.
— Anat. Se dit de certains muscles ayant la forme d'un triangle à côtés inégaux, qui s'étendent des apophyses cervicales aux différentes côtes, il Substantiv. : Scalène antérieur, moyen, postérieur.
— Encycl. Anat, Les anatomistes ne sont pas d'accord sur le nombre des muscles scatènes. Albinus en distinguait cinq de chaque côté, Sabatier trois, et Chaussier un seul, qu'il nommait costo tiachélien. Boyer, Cruveilliier et les anatomistes modernes en admettent deux, qu'ils désignent sous le nom de scalène antérieur et de scalène postérieur. Le scatèna antérieur naît supérieurement par quatre faisceaux tendineux îles tubercules antérieurs des apophyses transverses des troisième, quatrième, cinquième et sixième vertèbres cervicales, et surtout des échancrures in.ermédiairesaux deux tubercules qui terminent ces apophyses. Ces faisceaux, primitivement distincts, forment bientôt un seul corps charnu qui se" fixe en bas, au bord interne et k la face supérieure de la première cote, vers io milieu de sa longueur. Le scalène postérieur, situé derrière le précèdent, naît par six faisceaux tendineux des tubercules postérieurs des apophyses transverses des six dernières vertèbres cervicales et quelquefois de l'atlas. Ils se réunissent en nescendant en un ou deux petits corps de muscles : l'un qui s'insère à la première cote, en arrière de la dépression qui répond k l'artère sous-clavièie; l'autre qui se fixe au bord supérieur de la seconde côte. Les deux scalènes antérieur et postérieur sont sépares l'un de l'autre par un espace triangulaire occupé à sa base par l'artère sous-clavière, et k son sommet par le plexus brachial. Ces rapports sont de la plus
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haute importance pour le chirurgien, qui peut être appelé à lier l'artère sous-clavière. Les tcalènes agissent différemment suivant qu'ils prennent leur point d'appui sur la colonne vertébrale ou sur les côtes ; dans le premier cas, ils relèvent la première et un peu lase: conde côte; dans le second, ils inclinent le cou du côté où ils se contractent.
SCALENGHE, bourg du royaume d'Italie, province de Turin, district de Pignerol, mandement de Vigone; 4,263 hab.
SCALÉNOÈDRE adj. (ska-lé-no-è-dre — de scalène, et du gr. edra, face). Miner. Se dit des cristaux dont les faces sont des triangles scalènes.
SCALETTA-ZANGLEA, bourg du royaume d'Itulie, dans la Sicile, province et district de Messine, mandement d'Ali, près du petit cap de son nom, sur le phare de Messine ; 1,122 hab. Jadis titre de principauté.
SC ALI DIE s. f. (slta-li-dt — du gr. skalis, sarcloir; idea, forme). Entom. Genre d'\wsectes coléoptères tétramères, de la famille des cueujipes, tribu des parandriniens, dont l'espèce type rit dans l'Amérique du Sud. . SCALIE s. f. (ska-11 — du gr. skalis, sarcloir). Bot. Syn. de podolépis, genre de composées.
SCALIGER (Jules-César), célèbre philologue et médecin italien, né à Padoue en 1484, mort à Agen en 1558. Il était fils d'un peintre en miniature nommé -Benedetto Bordoni et prétendait descendre de la famille des princes de I,a Scala. Cette origine, violemment attaquée par Scioppius et d'autres, est justifiée dans le mémoire de J.-J. Scaliger : De splendore et vetustale gentis Scaliye/-i, et a été officiellement reconnue par l'université de Leyde. Mais c'est un pur roman. J.-C. Scaliger poria le nom de Bordoni longtemps avant d'avoir l'idée de prendre celui de Délia Scala, latinisé en Scaliyer, et on a conjecturé que son père avait tout simplement à Venise un atelier à l'enseigne de l'Echelle (scalti). Humilié de cette obscure origine, Scaliger se donna pour aïeul Benedetto délia Scala, descendant des princes de Milan, qui commandait en Hongrie les trouves de Matthias Corvin. Du bonhomme de peintre qui avait été son père, il fit un valeureux homme de guerre, tué à la bataille de Kavenne, et il se donna lui-même comme ayant été, dans sa jeunesse, un capitaine d'aventure. Comme on ignore les- quarante premières années de sa vie, il est possible qu'il ait été, comme il le dit, soldat de Maximilien et de François Ier. 11 raconte aussi qu'il voulut entrer dans les ordres « afin de devenir pape,-» et qu'il se fit recevoir dans un couvent de franciscains; mais que les austérités de la discipline le dégoûtèrent.
Quoi qu'il en soit, il mena jusqu'en 1515 ou 1520 la vie la plus aventureuse. Vers 1515, plongé dans une profonde misère, il étudiait la théologie et la philosophie à Bologne ; il avait trente ans et voulait réparer ce que son instruction avait de tout à fait insuffisant. A Turin, il se lia intimement avec un médecin de l'armée française et se mit à étudier la médecine. A cette époque, on en était encore réduit aux préceptes des auteurs grecs qui avaient écrit sur la matière. 11 n'hésita point à apprendre le grec et travailla avec acharnement. En 1525, Antoine de La Rovère, évéque d'Agen, le prit comme médecin et l'emmena dans sa rés'mence épiscopale. A l'âge de quarante ans,il devint amoureux d'Audiette de Roques, qu'il épousa trois ans plus tard, après avoir été reçu docteur par l'université de Padoue. Ce fut aussi l'époque où il publia ses premiers ouvrages, ses invectives contre Erasme à propos de Cicéron, et qu'il commença sa remarquable série de commentaires sur l'histoire naturelle telle que l'avaient comprise les anciens, At-istote et Théophraste. Infatigable au travail, quoique déjà parvenu à un âge avancé, il apprit plusieurs langues, et la variété comme la solidité de ses connaissances font encore l'admiration des savants. D'une taille au-dessus de la moyenne, fortement bâti et très-adroit, il unissait a ces qualités physiques une intelligence d'élite. Sa vanité était devenue proverbiale. On lui reprochait aussi l'âpreté et la violence de. sa polémique. De ses anciennes habitudes de soldat, il conserva toujours une humeur batailleuse; mais, au fond, il était bon, franc et loyal. Sa mémoire prodigieuse le servait admirablement; tout en pratiquant les sciences médicales et naturel- ;es, en écrivant quelques centaines de vers pour se délasser, il aspirait & la renommée de savant universel et justifia jusqu'à un Certain point cette ambition. Cependant son siècle a peut-être exagéré son mérite. Aujourd'hui, on l'apprécie surtout pour la clarté do son style lutin et pour ses travaux sur la grammaire. Il rendit aussi un service important à la botanique en montrant la nécessité d'abandonner la classification des plantes par leurs propriétés et d'adopter un système fondé sur leurs formes et leurs caractères distiuctifs.
Parmi ses nombreux ouvrages, il faut surtout citer : Exotericarum exercitationum liber (Paris, 1557, in-4»), traité de philosophie dirigé contre Jérôme Cardan; Heroes, recueil d'épigrammes concernant les grands hommes de l'antiquité (Lyon, 1539, in-40) ; De comicïs dimensionibus (Lyon, 1539, in-8°).
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On vante beaucoup et l'on reproduit encore ses commentaires critiques et ses annotations des ouvrages d'Aristote : Deplantis et historia animali'tm (Paris, 1556, in-4»); ses commentaires de Théophraste : De causis plantarum et historia planlarum (Genève, 1566, in-fol.), et ses Commentarii in Hippocratis librum De insomniis (1538, in-8°). De causis lingvx latins (Lyon, 1540) est le premier ouvrage de grammaire qui soit écrit à un point de vue philosophique; on peut en rapprocher la Disputatio de analogia lingux latins (1591) ; ces deux ouvrages, jugés d'une façon fort diverse par les savants, ont conservé une véritable valeur et ont préparé la tâche de de Scioppius etde Sanctius. Poetices tibri VII (1561) est le plus savant travail qu'on eût encore vu dans ce genre et qui contient une foule de remarques grammaticales et philologiques qui supposent une étude approfondie des auteurs anciens. Les ennemis de Scaliger l'accusèrent d'avoir commis un plagiat et d'avoir puisé ce livre dans les papiers de Rhodiginus; le fait est invraisemblable; la critique de son propre fils sur cet ouvrage est plus juste; il fait observer que son père avait préféré à tort certains postes plus récents aux plus anciens, et même à Homère. Mais c'est dans l'esprit des premiers humanistes qu'il faut chercher l'explication de ce jugement; en général, ils n'étaient pas capables de comprendre le génie naïf des anciens temps de la Grèce. Ses écrits dans la polémique soulevée par le Ciceronianus d'Erasme sont intitulés : Orationes dus adversus Desiderium Erasmum eioquentw romanes vindices (1531-1536). On a encore de lui des traductions latines d'auteurs grecs, des dissertations, des poésies latines assez médiocres; enfin des Lettres, fort intéressantes pour l'histoire littéraire de l'époque.
SCALIGER (Joseph -Juste), célèbre philologue et humaniste, fils du précédent, né à Agen en 1540, mort à Leyde en 1609. II était le dixième fils de Jules-César Scaliger, qui en eut quinze. A douze ans, il suivait les cours de l'école de Bordeaux, d'où il fut chassé par la peste. Dès l'enfance, on remarqua chez lui des aptitudes extraordinaires et une Intelligence hors ligne. A la mort de son père, il vint à Paris pour apprendre le grec sous la direction de Turnèbe; mais, au lieu d'être élève, ce jeune homme de dix-ïieuf ans devint le maître de son professeur et lut avec lui dans l'ordre chronologique tous les auteurs grecs, à commencer par Homère; c'était en même temps parcourir toute l'histoire littéraire de la Grèce, de la façon la plus originale. Les impressions se gravaient immédiatement dans son esprit et se classaient dans leur ordre naturel. Puis il étudia toutes les langues anciennes et modernes, les idiomes de l'Orient comme ceux de l'Occident. En même temps, il se mettait au courant des sciences exactes. Pris en affection par M. de La Rochepozay, il devint précepteur de ses enfants (1563) et accompagna dans ses voyages en France, en Allemagne et en Italie celui de ses fils qui fut plus tard évéque d'Agen. Joseph Scaliger habita longtemps le château de son généreux protecteur, près de Tours, vivant fort simplement, tout entier à ses recherches érudites. Sa situation devint cependant pénible lorsqu'il embrassa la religion réformée. Beaucoup de ses anciens amis l'abandonnèrent. En 1593, les états de Hollande l'appelèreut à la chaire occupée jusqu'alors par Juste-Lipse à l'université de Leyde. Ils sollicitèrent même l'intervention de Henri IV auprès de Scaliger. Le roi hésita d'abord. D'une part, il aurait voulu retenir en France un savant aussi illustre ; d'un autre côté, la crainte de mécontenter les catholiques lui imposait une certaine réserve. Il aurait voulu que Scaliger fît quelque démarche pour obtenir une position en France. Mais ce dernier resta muet, et le roi lui envoya enfin le sauf-couduit dont il avait besoin pour passer en Hollande. Là, il ne changea rien à ses habitudes; il vécut paisiblement dans le silence de son musée (c'est ainsi que les savants d'alors appelaient leur cabinet de travail), préparant ses cours ou ses grands ouvrages. Ses leçons n'eurent pas seulement du succès ; elles produisirent les fruits les plus heureux et placèrent pour longtemps la Hollande à la tête des études philologiques.
On rendit à sa mémoire un éclatant hommage. Personne plus que lui, à son époque, n'a fait avancer plus loin la'science, ne l'a élevée plus haut. Pourtant sa gloire, peutêtre exagérée par ses contemporains qui l'appelaient un abîme d'érudition, Yocéan des sciences, le dernier effort de ta nature, n'est point assez appréciée en France, et les étrangers rendent mieux justice à son génie ; en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, on n'a jamais cessé de le considérer comme le plus grand des philologues, comme un de ces esprits universels qui font époque et ouvrent à la science des horizons nouveaux. Comme il était arrivé pour Casaubon et Saumaise, l'intolérance religieuse le força de s'exiler de sa patrie.
D'un caractère vif et emporté, esprit essentiellement critique, il s'est exprimé quelquefois d'une manière très-mordante contre les adversaires de la science et du libre examen. Sa critique rationaliste de la Bible et des f ères de l'Eglise lui valut la haine acharnée des jésuites, et sa verte manière d'avoir rai-
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son lui fit autant d'ennemis qu'il rencontra de contradicteurs.
Le vrai jugement sur ce savant a été porté par Niebuhr : « Scaliger, dit-il, est arrivé aux sommets de la science philologique universelle et vivante; on ne la point surpassé depuis. Dans toute espèce de science, il est à une telle hauteur, qu'en toute matière il peut comprendre, apprécier et utiliser les faits d'après son propre jugement. A côté de lui Saumaise n'est qu'un erudit; et pourquoi donc la France ne revendique-t-elle pas son nom comme égal à celui de notre Leibniz 7 » Au lieu de l'apprécier, on répète toujours les mêmes phrases sur sa vanité, sur ses prétentions nobiliaires, son emportement, etc. Mais ce qu'on laisse dans l'ombre, c'est le caractère foncièrement honnête, le cœur tout affectueux qui percent à chaque ligne dans sa correspondance. Cet homme, qu'on nous représente comme jaloux de ses émules, eut toujours avec Casaubon les relations les plus amicales, à peins refroidies un seul instant par les discussions scientifiques. Il suffit de lire la lettre par laquelle il l'invite à lui faire une visite à Leyde pour voir de quels sentiments d'affection et d'estime il était animé vis-à-vis de cet ami. « Tu verras, lui dit-il, si tu peux venir en plein hiver. Nous le chasserons d'ailleurs en faisant un bon feu, qui ne manquera jamais dans ta chambre, que j'ornerai exprès pour toi; pourtant ce sera toi qui en seras le principal ornement. • Scaliger resta toujours très-simple dans ses mœurs, et il disait qu'il avait toujours eu la pauvreté pour compagrie. Il ne se maria point.
L'importance de ses travaux est considérable -, non-seulement il exerça avec succès la crique des textes, mais il fut le créateur de la numismatique et de l'épigraphie, établit sur des bases plus solides la chronologie et ouvrit ainsi aux études classiques et à l'histoire un domaine plus vaste et des voies plus nouvelles. Il suffit, pour s'en assurer, de parcourir rapidement la longue série de ses ouvrages en s'arrêtant sur les plus importants. Jeune encore, il s'essayait dans la poésie et le draine; on cite entre autres une tragédie, Œdipe, qu'il brûla plus tard comme indigne de l'impression. Dans ses traductions d'auteurs grecs en latin, notamment dans celles de Lycophron et des Hymnes orphiques (1566, iu-40), on est frappé du talent avec lequel il a su reproduire le style archaïque et Je ton mystique de l'original; on n'admire pas moins l'Ajax de Sophocle et les Epigrammes d'Agathias. Il a aussi traduit du latin en grec quelques poètes, Maniai entre autres. On accorde cependant encore plus de valeur à ses éditions et aux notes qu'il a fournies sur les auteurs anciens. Les Conjectanea in M. Terentium Vurronem (Paris, 1565), travail de sa vingtième année ; ses notes sur Verrius Flaccus et Pompeius Festus (Fesius, de verborum significaiioue, Paris, 157C, in-8») ont trouvé beaucoup de contradicteurs, mais on y remarque déjà les qualités du grand philologue. Dans ses ouvrages sur les anciens poètes, il montre un esprit plus net, une méthode plus assurée. On y trouve beaucoup de choses bonnes à noter, par exemple, dans ses Emendaliones in Theocritum, liionem et Moschum; dans ses Conjeclanea in Nonni Dionysiuca et dans Astrampsychi Oneirocrilicon (Paris, 15S9). Le ■ Stromaieus prooerbiorvm (Paris, 1593) est un choix de proverbes grecs traduits en vers latins , dédié à Claude Dupuis. Parmi les prosateurs grecs, il a édité Hippocrute, De capitis vutueribus (1578) et les passages les plus difficiles de Galten, jf-oci difficittimi Galieni explicali (Leyde, 1623). Ses Nutx in Novum Testumentum ont été reproduites dans l'édition de Théodore de Bèze. Entre les poëtes latins, il a donné : Catulle, Tibulle et Properce (Paris, 1577) ; M. Manilii, Astronomicon, avec des prolégomènes; le texte est corrigé en beaucoup d'endroits avec une grande perspicacité ; Notte in Senecs trageeaias. Le premier, Scaliger s'est donné la peine de recueillir les anciens commentateurs de Perse, que Pierre Pithou reproduisit dans son édition (Paris, 1584). Sur le texte d'Ausone, on a de lui Lectionum Ausoniarum libri duo (Leyde, 1574 et Heidelberg, 15S8). Citons enfin dans cette série ses notes sur Tertullien : De pallia, et son édition de Jules César (Leyde).
Ses travaux sur l'épigraphie et la chronologie sont encore plus remarquables que ses ouvrages de critique sur l'untiquité. Il publia d'abord quelques dissertations sur des points particuliers .- De xquinoctiorum anticipations; Cyclometrica elementa; Mesolabium, etc. ; ces essais sont surpassés par son Opus de emendatione temporum (Paris, 1583, in-l'ol.; Leyde 1598), dans lequel la science chronologique est pour la première fois établie sur des bases solides par la détermination exacte de l'ère julienne. Toutes les manières de compter le temps dans l'antiquité (olympiades, ère varronienne, ère capitoline), puis dans le moyen âge, y sont calculées avec soin ; aussi trouve-t-on cet ouvrage cité dans un grand nombre d'auteurs qui ont écrit depuis sur l'histoire. 11 fut violemment attaqué par le Père Petau et par David Parœus, dont le premier, plus fort mathématicien que Scaliger, n'eût cependant pu donner une nouvelle impulsion à la science, sans l'aide de son devancier, à qui ap-
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partenait l'idée première de la méthode a suivre. Il faut rattacher a ce travail l'opui- Cule intitulé : OXuiiitiàSwv àva-[fa?ii[ ou Série des olympiades (rééditée à Berlin en 1852) quo quelques critiques ont pris pour un livre d'origine antique, et le Thésaurus temporum, complectens Eusebii Pamphili chronicon, etc., et auctores omnes derelicta ab Eusebio continuantes (Leyde, 1606). Avec son coup d'œil si juste, Scaliger avait deviné que nous ne possédions de la fameuse Chronique d'Eusèbe qu'un extrait fuit par un Grec qui n'avait conservé que les faits les plus importants, et qu'en outre cet extrait lui-même présentait plusieurs lacunes dans le seul manuscrit qu'on en possédât. Il se mit alors à réunir dans les divers auteurs les données nécessaires pour combler les vides, et réussit au delà de toute attente, comme l'a prouvé, deux cents ans plus tard, la publication de la version arménienne de cette même Chronique.
Il a également montré la voie en numismatique par VExpositio numismatis aryentei Constantini Aluyni (Leyde, 1C04), et par lo traité De re nummaria liber posthuvius editus a Snellio (Leyde, 1616). Mais H mérite surtout l'admiration pour avoir su découvrir en Gruter le travailleur capable de réunir eu un seul corps le recueil de» inscriptions latines {Thésaurus inscriptionum lalinnrum, Heidelberg, 1602) ; il livra à cet érudit les nombreux textes dont il avait pris copie dans ses voyages et rédigea lui-même les vingt-quatre tables alphabétiques qui seules donnent à ce volumineux ouvrage une valeur pratique, qui en facilitent l'usage et permettent de tirer parti pour l'histoire des matériaux si précieux contenus dans ces inscriptions (Leyde, 1593, in-fol.). Scaliger ne s'enferma jamais étroitement dans une spécialité. Une des sciences dans lesquelles il était le plus versé et dont la connaissance lui facilitait en échange l 'intelligence des institutions et des auteurs romains, c'est la jurisprudence romaine. Il critiqua sous un nom supposé un livre fort en vogue d« l'Italien Robert Titus : Yvonis Villiomuri Areinorici in tocos controverses Uuberti l'iti auimaduersiunum liber (Paris, 1586). Ceite critique fut suivie d'une discussion assez vive, et le volume fut successivement augmenté de diverses répliques. Après la mort de Scaliger, on trouva dans ses papiers un autre écrit contenant des observations juridiques et critiques sur Hamenopoulos et qui a été publie dans le Thésaurus de Meermann (t. VIII). C'est, du reste, surtout dans ses œuvres ^ posthumes, dans mille petits opuscule* (Jusepht Scaliyeri opuscula varia uuiehac non édita, Paris, 1610 et Francfort, 1612) qu'on admire la variété incroyable des cuiinaissances de cet homme, la facilité merveilleuse avec laquelle il élucide les questions les plus obscures et les plus difficiles, allant droit au but, saisissant les côtés par où l'on peut arriver à une solution et trancher le nœud. On lui a reproché quelquefois d'être trop hardi, et, eu effet, il accordait, dans certains cas, une place trop grande à la conjecture ; mais bien rarement il s'est trompé lorsqu'il s'agissait de mettre le doigt sur 1 erreur et sur les passages falsifies. Il reconnaît lui-même, dans nue de ses lettres, qu'il savait encore mieux découvrir la maladie (des textes) que la guérir.
Quant à ses lettres, elles sont un vrai trésor. Le Père Petau lui-même, qui n'était pas prévenu en faveur de Scaliger, les appelait des • épi très divines. ■ C'est l'un des monuments les plus précieux pour l'histoire littéraire du xvi« siècle. Le nombre de leurs éditions prouve d'ailleurs l'immense intérêt qu'elles présentent. On en a deux recueils distincts : l'un comprenant les lettres françaises, dont la plupart lui sont adressées par ses amis ou les savants avec lesquels il correspondait (Epistres françaises des personnages illustres et doctes à M. Joseph-Juste de La Scala, Harderwyck, 1624), où i on trouvera, entre autres, les lettres de Henri IV que nous avons mentionnées plus haut, ainsi que celles des Etats de Hollande ; le second, consacré aux lettres latines, est presque tout entier de lui (Jos. Scatigeri epistolx omnes, Leyde, 1627; Francfort, 1028). Ou admire, en la" lisant, la simplicité et l'éle^ance de l'expression ; on est étonné du rôle important que jouait à cette époque ce savant favorisant partout les bonnes études, recevant de toutes parts des demandes de conseils et des encouragements. Lui-même avait d'ailleurs le sentiment de sa valeur. 11 nous dit: • Ma destinée est d'être né non pour moi, mais pour tous. » On a cru le déprécier en assurant qu' « il avait trop d'esprit et de savoir pour faire un bon commentateur ; » mais il eût été le premier à signer ce jugemi-nt. C'est son influence, qui était immense, qu'on n'a pas su apprécier; et Bernharily avait raison de dire que peu d'hommes u'tiutunt de mérite avaient été aussi méconnus. Dans ces dernières années seulement, il a trouvé un biographe digne de lui dans M. Beruays: J.-J. Scaliger, sa vie et ses œuvres (Berlin, 1855, in-8o ; en allemand). M. Ch. Nisard, dans son Triumvirat littéraire (1852, in-12) où Scaliger est présenté à son désavantage, s'est beaucoup trop inspiré des Scaligerana, qui sont loin d'avoir une grande valeur.
Seallgerana, recueils d'anecdotes concernant Joseph Scaliger. Il y en a deux, que l'on distingue dans l'histoire littéraire et, premier
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Scaliçferana et second Scaligerana, à raison de la date de leur composition et nullement de leur impression; car le second a été imprimé avant le premier. Le Scaligerana prima, écrit presque entièrement en latin, est le plus estimé. Il a été composé par François Vertunien, sieur de Lavau, médecin :l Poitiers et ami de Sealiger. Après ses conversations avec Sealiger, Vertunien avait coutume de prendre note de toutes les critiqua ou anecdotes qui lui avaient paru dignes d'être conservées. Un avocat, nommé François de Sigogne, acheta son manuscrit longtemps «près sa mort et le fit imprimer à Sauinur en 1869. Le Scaligerana secundo, bigarré de français et de latin, est une compilation beaucoup plus indigeste, mais peutêtre plus curieuse en ce qu'elle reproduit fidèlement la conversation des savants au xve et au xvie siècle. On doit ce recueil à l'indiscrétion de deux jeunes gens nommés de Vassan, neveux de Pierre et Fran- .çois Pithou. A Levde, où ils terminaient leurs études, ils visitaient habituellement, aprèJ souper, Joseph Sealiger, qui professait alors les belles-lettres dans cette ville. La répu.ntion universelle de Sealiger donnait du prix à ses moindres paroles. Les deux Vassin prêtaient une grande attention à ce qu'il disait, et, à leur retour au logis, écrivaient indistinctement tout ce qui leur en était resté dans la mémoire. Leur manuscrit, âpre» avoir appaneuu à diverses personnes, fut publié à La Haye, en 1G66, par Isaac VossJus.
L'tdition des Scaligerana réputée la meilleure est celle de 1740, in-lg.
Suivant le but que l'on se proposerait, on pourrait extraire de ce livre des remarques de pi re érudition sur les langues anciennes, des anecdotes biographiques sur les contemporains de Sealiger, des souvenirs d'histoire ou do voyage. Beaucoup de ces notes sont en lai in, ce qui est tout naturel, puisque les savar ts de ce temps usaient volontiers, à !a fois, du latin et du français dans leurs entretiens familiers, et que cette habitude se retrouvait partout, dans les livres, dans l'enseignement, dans les prédications. En somme, nous croyons que l'on peut dire de ce bon vieux verbiage ce que l'on a dit du fumier d'Eui.ius : « Il s'y rencontre des perles. » Si futile et si singulier qu'il semble, il instruit parfo s et éveille des idées.
Au mot Scaligkb (Joseph), nous trouvons cette page autobiographique :
o Je ne pense pas voir mon Eusèbe achevé; je deviens aagé et je ne dors que trois heures; je me couche à dix, je me resveille à une e. demie, et ne puis plus dormir. depuis. » S; j'avois bien de l'argent, je ne l'employé ois pas tant en livres qu'à voyager et à fréquenter.
» J« n'escris point si bien en nulle langue qu'en arabe, et je n'escris bien que lorsque j ai une bonne plume. Mon père ne tailloit point ses plumes, on les lui tailloit; je ne sçaurcis bien tailler' les miennes.
»■ Mon père, quand il eserivoit viste des lettres, elles estoient belles; mais quand il les meditoit, elles sentoient le philosophe. J'avois dix-huit ans quand mon père mourut. Il n'y a Hollàndois qui escrive si bien et si viste }ue nioy, surtout le grec. J'ay une bonne lettre grecque. Je ne me sçaurois courber, je m'estranglerois. Encore que je me panchii, c'est tout le corps, non la teste seulement ou les espaules.
» Mi. noblesse m'est imputée à déshonneur; ■j'aymerois mieux être fils de Vander-Vec, marchand, j'aurois des escus. On ne croit pas qu'un prince puisse devenir à estre pauvre. ' Les sépultures de mes ancêtres, à Sainte- Marie delaScala, sont plus belles que celles d'aucui autre, excepté les deux nouvelles des deux derniers roys , François 1er et Henri II. »
Joseph Sealiger, en effet, ne faisait aucun doute qu'il ne lût un rejeton de cette illustre famille des Sealigeri de La Scala, souverains de Vérone. Son père avait composé et publié en tête de son ouvrage des vers latins dans lesquels il soutenait ses prétentions à cette parentes en termes où éclate tout son orgueil. Voici une vieille traduction de quelques-uns de ces vers :
Je ne nuis point barbare, et ne le voudrois estre, - Ni chi nger-de pairie avec un Jupiter ! Le haut sang de Lescale au monde me fit naistro, lin vrai surgeon de Mars en qui, pour habiter, Phœbis avait élu sa demeure opportune, Et si sjis le jouet de l'ingrate Fortune.
On trouve dans le Scaligerana des pensées très-finos, comme celle-ci par exemple, au mot mélancolique ; « Tous ceux qui ont estudié le sont. >
SCALIGÈRE s. f. (ska-li-jè-re — de Sealiger, n. >r.). Bot. Syn. d aspalathu, genre de légumineuses.
SCALIGÉRIE s. f. (ska-li-jé-rl — de Sealiger, n, pr.). Bot. Genre de plantes, de la famille di!S ombellifères, tribu des sinyrnées, comprenant plusieurs espèces qui croissent dans l'Inde.
SCALIGÉRIEN, IENNE adj. (ska-U-jé-riain, i-è-ne). Qui a rapport à Joseph-Juste •Sealiger.
— Critique scaligérienne, Expression par laquelle Voltaire a désigné une critique sa-
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vante, judicieuse, mais vive et même passionnée.
SCALION DE VIBDLUNEAD, sieur d'O- Faykl, poète français de la fin du xvie siècle. Il est surtout connu par le très-pittoresque
Ïiortrait qu'en a tracé Théophile Gautier dans es Grotesques. Scalion de Virbluneau est un type tout à fait oublié aujourd'hui, le type de l'amoureux transi, de l'amoureux de vieille roche, qui aimait mieux sécher sur pied respectueusement devant sa < déesse ■ que de la toucher du bout du doigt. Il est la caricature de la galanterie de son temps; c'était un grand seigneur, un gentilhomme qui daignait faire ses vers lui-même. C'était une fureur, alors, que d'être amoureux et de chanter systématiquement ses amours en plusieurs livres, sous la forme éternelle du sonnet. Le sonnet venait d'être importé d'Italie en France par Pierre de Ronsard, gentilhomme vendômois; aussi le premier livre de Scalion est-il tout écrit en sonnets; il. porte ce titre : les Loynlles et pudic/ues amours de Scalion de Virbluneau; à madame de Bon f fiers; à Paris, chez Jamet Mettayer, imprimeur du roy, 1599. Il a pour épigraphe le distique suivant :
Les vœux de foy et d'espérance Ont en amour grande puissance.
Les sonnets qui composent le livre susnommé sont adressés, en grande partie, à une dame idéale ou réelle, qui se nommait Angélique et qui était probablement d'une vertu rigide, car les sonnets du malheureux Virbluneau ne roulent que sur sa cruauté. « Ce ne sont que doléances et complaintes à n'en plus finir, dit Théophile Gautier dans sa prose colorée. On mettrait à flot un vaisseau à trois ponts sur les larmes qu'il répand; son oreiller en est tout trempé, ses matelas sont traversés de part en part; c'est un cataclysme universel ; sa cervelle se fond en eau; il' a plutôt l'air d'un fleuve ou d'un dieu marin que d'un Cupidon. » Pour surcroit d'originalité chez le sieur d'Ofnye^ l'amour ressemblait à s'y méprendre à la théologie. C'est la même métaphysique embrouillée, la même subtilité, le même fatras scientifique, la même symétrie de pensées et de formes. L'amour argumente chez lui comme un docteur de Sorbonne in baroco et in baraliplon, il syllogise la passion. C'est quelque chose d'inextricablement tortillé, d'excessivement pointu et tiré par les ch-oveux, que l'on ne conçoit guère maintenant et qui ne ressemble ni aux bonnes et franches allures de la vieille galanterie gauloise ni aux prétentieuses afféteries des madrigaux mythologiques du xvino siècle. Le sonnet est la goutte d'ambre qui tombe sur toutes ces pensées voltigea n tes, qui les embrasse étroitement et nous les conserve embaumées à travers les siècles et les variations de langage. A la fin, ne sachant plus à quel Saint se vouer, Scalion finit par souhaiter d'être gant; écoutons-le :
Ah! main qui doucement me déchirez le cœur Et qui tenez ma vie en l'amoureuï cordage, Main où nature veult montrer son bel ouvrage, Et où le ciel versa sa bénigne faveur.
Las! au lieu de ce gant qui reçoit tant d'honneur, Que d'embrasser ce qui m'enflamme le courage Permettez qu'a présent j'aye cet avantage Que d'être gardien d'une telle valeur.
Si vous aimez le froid, je suis la froideur mesme ; Si vous aimez le chaud, j'ai un feu si extresme Qu'il enflammerait bien l'air, la terre et les cieux. Paictes donc, je vous prt, que mon désir advienne. Ou si me refusez, je suppliray les dieux, O délicate main I que le gant je devienne.
Après cinq ans d'un amour aussi platonique que larmoyant, Scalion n'ayant pu amollir le cœur d'Angélique, dédia son volume à Mm° de Boufflers et alla porter ses sonnets et ses protestations aux pieds de Mlle Adriane, et comme, pudique et loyal en toute chose, il visait au mariage, il lui adressa entre autres ce vers :
Acceptez pour mari Scalion de Virbluneau. « II se maria donc avec Adriane, et ils eurent beaucoup d'enfants. > Mais son bonheur conjugal n'arrêta pas sa verve poétique et plaintive. Aussi, cette nouvelle phase dans l'existence de notre poëte vaut-elle à la postérité un nouveau volume de sonnets intitulé ; les Prospères et parfaites amours de Scalion de Virbluneau. « Il y pleurniche bien encore de temps à autre, dit Théophile Gautier, mais c'est par habitude. »
Lorsque l'on étudie les vieux poètes français, il est curieux de voir aveu quel sansgêne leurs successeurs les ont pillés. Ainsi, Slolière, qui a incontestablement pris à Cyrano de Bergerac sa scène de la galère (des Fourberies de Scapin), qui se trouve tout au long dans le Pédant joué de ce poëte, nous paraît avoir également • emprunté ■ à Scalion de Virbluneau l'idée du madrigal que chante le marquis de Mascarille dans les Précieuses ridicules; cette idée se retrouve textuellement dans un sonnet du sieur d'Ofayel. Voici les deux vers :
Alarme! alarme! alarme! et au secours!
On m'a volé nion cœur dans ma poitrine.
Ne retrouve-t-on pas là le fameux : Au voleur ! au voleur l du chef-d'œuvre que nous venons de nommer.
SCALLOWAY, village d'Ecosse, comté de Shetland, avec un petit port de commerce
SCAM
sur les côtes S. -O. de l'île de Mainlniid; 805 hab. Château fort. Pêche de la morue,
SCALME s. m. (skal-me — du grec skalmê, barque, qui, selon Curtius, appartient à la même famille que le grec skallâ , creuser, et l'ancien haut allemand scar, scur, couper, fendre, lithuanien skirti, diviser, séparer, irlandais scarains, peut-être d'une racine sanscrite skar, diviser, séparer, peut-être aussi de la racine kshttr, khur, fendre, couper, que l'on trouve dans le Dhâlupathâ, à côté de chw, couper, resté en usage). Mar. Nom que l'on ^donnait,- sur le3 galères anciennes, au tolet, c'est-a-dire à la cheville enfoncée dans le bord, et à laquelle s'appuie la rame ; les bateliers provençaux se servent encore de ce mot.
SCALOPE s. m, (Sfta-.o-pe — ou gr. s'Kailâ, je fouis; pous, pied).Mamm. Genre de mammifères insectivores, dont l'espèce type habite l'Amérique du Nord : Le scai.ope fouit la terre à la manière des taupes, (K. Desmarest.) || Scalope à crête, Syn. de condylure a museau étoile, u Quelques-uns font ce mot féminin.
— Encycl. Les scnlopes ont le corps allongé, cylindrique; le museau très-long, cartilagineux, termine par un boutoir; la gueule assez fendue; deux incisives et dix-huit molaires à la mâchoire supérieure; quatre incisives et douze molaires à la mâchoire inférieure; les yeux très-petits et cachés; pas d'oreilles externes: le cou inusculeux et trèscourt; le pelage- a poils courts et fins; la queue courte; les membres très-courts, les membres postérieurs faibles et débiles, les membres antérieurs forts et musculeux, terminés par des pattes nues, larges et calleuses, à doigts courts, soudés entre eux, armés d'ongles épais, très-longs, durs, recourbés, tranchants et propres à fouir. Ces animaux, par leurs caractères comme par leurs mœurs, tiennent des musaraignes et surtout des taupes. Us habitent les lieux humides, les bords des rivières et des ruisseaux, creusent dans le sol des galeries souterraines, et se nourrissent d'insectes et de vers. Le scalope du Canada, espèce type, ressemble beaucoup à notre taupe commune ; il habite le Canada et les Etats-Unis.
SCALPS s. m. (skal-pe. — V. scalper).
Action ou manière de scalper : Certains sauvages pratiquent le scalpe avec une grande habileté.
SCALPEL s. m.(skal-pèl — du lat. scalpcre, inciser). Anat. Instrument tranchant a laine fixe, dont on se sert pour disséquer : Le scalpel à la main, l'œil sur chaque vertèbre, L'observateur pénètre, avec sa clef funèbre, Le9 recoins de ce corps, triste reste de nous.
Lemierke.
— Fig. Analyse, examen détaillé: M .Flaubert tient la plume comme d'autres le scalpel; anatomistes et physiologistes, je vous retrouve partout. (Ste-Beuve.)
— Crust. Genre de crustacés cirrhipèdes.
— Ichthyol. Dent de poisson fossile.
— Encycl. Anat. Le scalpel est une espèce de couteau dont on se sert pour les dissections, et dont la lame, non mobile sur le manche, varie pour la forme, étant tranchante d'un côté seulement ou des deux côtés à. la fois, et tantôt droite, tantôt convexe. On se seit de scalpels dans certaines opérations, ou plutôt les instruments qu'on emploie alors, par exemple, dans quelques maladies des yeux, ressemblent à ceux dont les anatomistes font usage.
SCALPER v. a. ou tr. (skal-pé — du latin scalpere , couper, d'où scalprwn, couteau, Pictet rapproche le sanescrit karpdnà, couteau, ciseaux, karpânâ, glaive et katpani, ciseaux, de ktarp, karp, préparer, luire. Comparez kalpana, action de former et de couper, arménien kharp, glaive, irlandais sgeilpin, petit couteau, de sgealpains, scalpains, fendre , couper , anglo-saxon screape, couteau, étrille, de screopan, couper, sceorfan, couper peu à peu , ancien allemand screfân, couper, scurfjan, refendre, scarf, anglo-saxon sceai-p, aigu, acéré, formes pour lesquelles Grimm admet une racine perdue scerf, scarf, scurf. Plusieurs font venir ce mot de l'anglais scalp, péricrâne. La parfaite convenance des deux racines rend l'étymologie très-douteuse). Priver de la peau du crâne, l'inciser circukirement et la détacher ensuite avec les cheveux : Certains sauvages d'Amérique scalpent leurs prisonniers de guérite.
— Fam. Rendre chauve, et, par extension, Insaisissable :
Un dieu scalpa, comme l'Occasion, Le front serein de la bêtise humaine.
Th. de Banville.
Il Inus.
SCALPRE s. m. (skal-pre — du lat. scalprum, couteau). Infus. Genre d'infusoires , formé aux dépens des navicules , et comprenant les espèces dont le corps est recourbé en S.
SCALTCOATS-, village d'Ecosse, comté et à 21 kilom. N. d'Ayr, à l'entrée du golfe de Clyde ; 4,000 hab. Bains de mer très-fréquentés.
SCAMANDRE ou XANTHE, rivière de l'ancienne Asie Mineure, dans la Troade. Elle
SCAM
prenait sa source près et a l'O. de Troie, coulait au N. et se jetait dans le Simoïs. Son second nom venait de la couleur jaunâtre de ses eaux ou , selon quelques auteurs , de la propriété qu'elles possédaient de teindre d'une couleur rousse la laine des brebis qui venaients'y abreuver. Cette petite rivière, chantée par Homère, serait celle qui porte aujourd'hui le nom de Kirke-Keuzlen ; elle naît au pied et au S.-O. de la colline où est bâti le village turc de Bounar-Bac/ii-Keui, dont la nom signifie Télé de ta source. Voici comment M. Joanne décrit les sources du Scamandre. « La première, qu'où rencontre à l kilom.de Bounar-Baohi-Keui , s'échappe par plusieurs jets abondants, à travers les ruines d'une ancienne construction. La seconde, àl kilom. plus loin, se compose de plusieurs jets espacés; leurs ea'ux se réunissaient dans un bassin carré, dont les bords sont soutenus par de longues pièces de granit; confonduiis ainsi en un seul ruisseau, elles vont se joindre au cours d'eau qui sort de la première fontaine, pour former le Scamandre par leur réunion. Ce sont là, selon M. de Choiseul-Gouffier, les deux sources chaude et froide chaulées par Humera. Il résulte des informations qu'il ' a recueillies que la dernière de ces sources possède une chaleur de 2V> centigrades, qui semble augmenter vers le mois de mars, et exhale, eu hiver, mais en hiver seulement, par la condensation de ses vapeurs, une fumée très-sensible, tandis que l'autre fontaine conserve une fraîcheur assez grande pendant l'été (10° centigrades). » .
Le Scamandre a été immortalisé par Homère et par les plus grands poètes de l'antiquité. Il avait été déifié par les anciens, et les Troyens lui avaient- élevé un temple et donné des sacrificateurs. Ses eaux jouissaient, dit -on, de la propriété de rendre blonds les chevenx des femmes qui s'y baignaient. Suivant une vieille tradition , les jeunes filles, la veille de leurs noces, allaient se plonger dans ses eaux et lui offraient leur virginité. Le dieu, flatté d'une pareille offrande, sortait du milieu des roseaux, prenait la jeune fille par la main et la conduisait au fond de sa grotte.
Cette superstition populaire donna lieu à une aventure que l'orateur Esehiun rapporte ainsi dans ses lettres: « Caliiihoé, jeûna . Troyenne d'une rare beauté , étant allée, selon la coutume, offrir sa virginité à Si.'amandre, un jeune homme de la villa qui l'aimait depuis longtemps en secret et sans espérance, fit si bien par son -stratagème , qu'il reçut ce qui était destiné au dieu. Quelques jours après, Callirhoé entrant dans un temple , au bras de son époux, aperçut le jeune homme et s'écria ingénument : Voilà le Scamandre ! » Foutenelle raconte ainsi cette aventure dans un de ses Dialogues des Morts .*
■ Pauline. Pour moi, je tiens qu'une femme est eu péril dès qu'elle est aimée avec ardeur. De quoi un amant passionné ne s'avisot-il pas pour arriver à ses fins? J'avais longtemps résisté à. Mundus, qui était un jeune Romain fort bien fait; maiseiiliu, il remporta la victoire par un stratagème. J'étais trèsdévote au dieuAnubis. Uu jour, une prêtresse de ce dieu me vint dire de sa part qu'il était amoureux de moi, et qu'il me demandait un rendez-vous dans son temple. Maîtresse d'Anubisl figurez -vous quel honneur. Je ne manquai pas au reudez-vous; j'y fus reçuo avec beaucoup de marques de tendresse : mais , à vous dire la vérité , cet Anubis , c'était Mundus. Voyez si je pouvais m'en défendre. On dit bien que des femmes se sont rendues à des dieux déguisés en hommes, et quelquefois en bêles; à plus forte raison devra-t-on se rendre à des hommes déguisés en dieux.
Callirhée. En vérité, les hommes sont bien remplis de vices. J'en parle par expérience, et il m'est arrivé presque la même aventure qu'à vous. J'étais une fille de la Troade, et sur le point de me marier ; j'allai, selon la coutume du pays, accompagnée d'un grand nombre de personnes, et fort parée, offrir ma virginité au fleuve Scamandre. Après que je lui eus fait mon compliment, voici Scamandre qui sort d'entre ses roseaux et qui me prend au mot. Je ma crus fort honorée, et peut-être n'y eut-il pas jusqu'à mon fiancé qui ne le crût aussi. Tout le monde se tint dans un silence respectueux. Mes compagnes enviaient secrètement ma félicité, et Scamandre se retira dans ses roseaux quand il voulut. Mais combien fus-je étonnée un jour que je rencontrai ce Scamandre qui se promenait dans une petite ville de la Troade, et que j'appris que c était un capitaine athénien qui avait sa flotte sur cette côte-là 1
Pauline. Quoi 1 vous l'aviez donc pris pour le vrai Scamandre?
Callirhée. Sans doute.
Pauline. Et était-ce la mode en votre pay^ que le fleuve acceptât les offres que les filles à marier venaient lui faire?
Callirhée. Non; et peut-être s'il eût eu coutume de les accepter, on ne les lui eût pas faites. 11 se contentait des honnêtetés qu on avait pour lui et n'en abusait pas. Mais vous, qui ne voulez pas que j'aie été la dupe du Scamandre, vous l'avez bien été d'Anubis.
Pauline. Non, pas tout à fait. Je me doutais un peu qu'Anubis était un simple mortel. Callirhée. Et vous l'allâtes trouver 1 Cela n'est pas excusable.
Pauline. Que voulez-vous 1 j'entendais dire
SCAM
à tous les sages que, si l'on n'aidait soi-même il se tromper, on ne goûterait guère de plaisirs. •
La Fontaine a rimé cette histoire, dont il a un peu modifié les détails, et les écrivains y font souvent allusion :
o Quelques jours après son mariage, une lettre imprudemment oubliée au fond d'un tiroir et signée Arthur lui donna singulièrement à réflécfiir, [1 commença à soupçonner qu'il n'était pas aussi heureux qu'il l'avait cru d'abord, et comme il lui restait quelques bribes de la mythologie apprise au collège, il se gratta l'oreille en songeant qu'Arthur pourrait bien être un descendant du dieu Scamaudre, honneur dont i! se serait aisément passé. »
(La Chronique.)
« Jugez de ma surprise quand je rencontrai , au lieu de la caricature que je m'étais figurée, un homme d'une élégance achevée et d'une beauté parfaite. Sa vue me frappa d'une émotion toute nouvelle, il dépassait de bien loin tous les beaux amoureux que les femmes rêvent quand elles n'ont pas encore aimé. Et cela me venait au moment où je me croyais livrée au monstre, passezmoi le mot; parce qu'il me semble que j'éprouvai un peu de l'heureux étonnement de la vierge qui, livrée au fleuve Scamandre, trouva à sa place un beau jeune homme. ■ Frédéric Soulié.
Sesmondre et la Jeune fille (le) , tableau de Lancrenon. On s;dt: que, pour marquer son amitié au fleuve qui promenait ses eaux autour de Troie, Jupiter lui accorda le droit de faire une fête à toutes lés jeunes filles de cette ville qui étaient sur le point de se marier. La veille de leurs noces, elles allaient se baigner dans les eaux de ce dieu à la barbe limoneuse , qui tout aussitôt s'élançait au devant d'elles, les prenait par la main et les conduisait dans son palais. C'est cette poétique allégorie du droit du seigneur que Lancrenon a peinte dans un tubeau qui a figuré pendant longtemps au musée du Luxembourg, et qui a eu son moment de célébrité. Le Sea-mandre est représenté an moment où il enlace la jeune vierge que Jupiter l'a autorisé k déniaiser. Cet ouvrage, tort médiocre en somme, a paru au Salon de 1824. Un critique de cette époque l'a jugé en ces termes auxquels on ne peut que souscrire : « La Jeune fille au Scatnandre de M. Lancrenon, commandée par le ministère de l'intérieur, et louée par d'autres, m'aurait presque forcé de m'éeiier, comme Diderot : Au pont Notre- Dame, chez Tremplin! car la composition en est fade, lascive , l'exécution froide, faible, prétentieuse, et le coloris maussade au delà de tout ce qu'on peut imaginer. >
SCAMASAXs. m. (ska-ma-safcss). Ancienne forme du mot estramaçon. il On trouve aussi scamasaxk et SCRAMASAXK.
SCAMBE s. m. (skan-be — du gr. skambos, qui a les jambes courbées). Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la famille des charançons, tribu des baridides, comprenant trois espèces qui vivent au Brésil.
SCAMITE s. f. (ska-mi-te). Comm. Toile de coton qui se fabrique dans quelques lies de l'Archipel.
SCAMMA s. m. (skainm-ma — gr, skamma; de skaptà, je creuse]. Antiq. Partie de l'arène où se livraient les combats de lutteurs. Il On dit aussi scammate.
— Encycl. Le scamma était un espace creusé en forme de fosse profonde. Il était garni d'un sable fin, pour que les athlètes pussent en répandre quand ils le voulaient sur 1 huile dont étaient lïoués leurs membres nus, et aussi pour que celui qui était renversé dans la lutte ne vint pas tomber sur un corps trop dur. Il importait que la chute ne fût pas irop dangereu-e et que les excercices ne se trouvassent pas interrompus par de graves accidents. Les expressions « Aller sur le scamma, être sur le scamma, i signifiaient donc : « Aller sur le terrain, être sur le terrain. »
On a donné par erreur, dans quelques dictionnaires, le nom de scamma à la ligne creusée dans l'arène pour marquer la limite lixée aux concurrents dans le premier des exercices du pentaihle. Cet exercice était le saut, pendant lequel les musiciens faisaient entendre le son des flûtes. La ligue qu'il fallait atteindre et non dépasser pour mériter le prix n'était pas appelée scamma , maiu escammène. De là vint le proverbe : « Sauter au delà des eseummèues , • pour signaler : • franchir les bornes. >
SCAMMONÉE s. m. (ska-mo-nô — latin teamnwuia , grec skainmouia , mot .que Vossius fait venir de skamma, action de creuser, venu lui-même de skuptô, creuser, fouir. Cette plante purgative serait ainsi nommée parce qu'elle creuse eu quelque sorte Jes intestins. D'autres prétendent que ce nom lui vient de ce que l'on creuse sa racine pour en tirer le suc). PhariK.. Gomme-résine extraite de plusieurs espèces de liserons : La scammonée est efficace et très-aclioe. (V. de Bomare.) Il Scummonëe de Montpellier, Scammonée en galettes.
SCAM
Fausse scammonée , Gomme-résine purgative extraite du cynanque de Montpellier.
— Bot, Espèce de liseron qui produit la gomme-résine de même nom. il Scammonée d'AUemugiie, Nom vulgaire du liseron des haies, tl Scammonée d'Amérique, Nom vulgaire du méchoacan. Il Scammonée de Montpellier, Nom vulgaire du cynanque de Montpellier. Il Scammonée d Europe, Nom vulgaire du liseron des haies.
— Chim. Scummonée jaune. Nom vulgaire de la goinme-gutte.
— Encycl. La scammonée provient de plantes de la famille des convolvulacées, qui croissent spontanément dans les montagnes et sur le penchant des collines de presque toutes les contrées de l'Asie Mineure. Ces convolvulacées choisissent de préférence un sol sec et pierreux et grimpent après les broussailles. Les liserons scammonia et velu sont les plus productifs; le premier est une plante herbacée, volubile, à feuilles alternes, lisses, triangulaires (île 0'B,02 U 0m,03 de longueur) et à lleurs rongeâtres; le second a les feuilles plus grandes et velues, les fleurs blanches ou violacées.
La scammonée étant le produit d'une plante vivace, les indigènes n'ont d'autre peine que de rechercher, une t'ois la saison arrivée, les gisements les plus avantageux. C'est en avril que commence la végétation et en juillet qu'elle a atteint toute sa puissance ; aussi estce le moment favorable pour recueillir le suc, qu'on cherche dans les racines, à l'exclusion des tiges, rejetêes comme inutiles.
Ces racines sont cylindriques, parfois tordues sur elles-mêmes comme des cordes; la partie corticale est rugueuse, fauve rougeâire ou d'un gris cendré, adhérente; l'intérieur est compacte, blanchâtre, parsemé' de gouttelettes concrétées, de couleur fauve et criblé de pores ronds apparents à l'œil nu. Du même point et du sommet de la racine part un faisceau de tiges.
Au mois de juillet, les indigènes, munis de pioches, de couteaux, de coquilles de moules et autres récipients, s'acheminent vers les montagnes ou les coteaux pour y opérer leur précieuse récolte. Arrivés sur le lieu de leurs opérations, -ils commencent par dégager les racines, jusqu'à une profondeur de om,10. Puis ils séparent les liges des grosses racines à leur collet qu'ils creusent en entonnoir, dans lequel monte et se concentre le suc laiteux qu'on recueille dans des coquilles de moules. Pour les petites racines et même dans beaucoup d'endroits pour toutes en général, on les incise au-dessous du collet, on les coupe en sii'nel de bas en haut, puis on y place une coquille de moule dans laquelle le suc tombe et se coagule au fur et à mesure de l'écoulement.
Autrefois, le suc était desséché et conservé dans ces coquilles et il se nommait scammonée de première goutte; on eu trouvait dans le commerce ; mais aujourd'hui cette coutume est tombée en désuétude et ce produit reste chez les indigènes.
Ce qui se nommait scammonée de seconde goutte était le produit obtenu par expression ; l'opération consiste à arracher les racines entières, k les couper par morceaux et à les broyer de façon à en exprimer le suc avec facilité. Ce suc concrète, mis en pains ou divisé en fragments inéguliers, couslitue la plus grande partie des scammonées du commerce, et il arrive assez fréquemment que des parties ligneuses restent mélangées dans le suc laiteux.
On a donné aussi le nom de scammonée a. des produits plus ou moins analogues aux précédents, mais fournis par des plantes toutes dilferentes, appartenant surtout aux genres cynanque et périptoque. V. ces mots.
La scammonée, outre la résine, qui en constitue le principe actif, renferme de l'amidon, de la gomme, une matière extractive, de l'albumine, de la fibrine, des sels de chaux et de magnésie, etc. C'est un des purgatifs drastiques les plus énergiques ; on la désignait autrefois sous le nom de diagrède (v. ce mot). Elle entrait dans la composition de divers médicaments. Aujourd'hui, on emploie surtout sa poudre, dissoute dans le lait chaud ou dans l'émuUion d'amandes, ou associée au calomel ; elle fait partie de lu teinture de jalap composée, ou eau-de-vie allemande, qui est un excellent purgatif. Comme la scammonée a une composition très-variable, son action est souvent infidèle; aussi lui préfère- t-on la résine de scammonée. Elle est assez irritante, moins cependant que lu jalap; aussi ne la fait-on prendre que lursqu on veut opérer une vive révulsion sur le tuue digestif.
SCAM MON IN E s. f. (ska-mo-ni-ne — rad. scammonée). Chim. Syn. de ja.lapi.ne.
SCAMMON1TE s. f. (ska-ino-ni-te). Pharm.
Vin prépare avec la scammonée, purgatif qui n'est plus en usage.
SCAMMONOLATE s. m. (ska-mo-no-la-te — rad. scammonée). Chim. Syn. de JaLapinolate,
SCAMMONOLIQUE ndj. (skn-ino-no-li-ke — rad. scammojie'e). Chim. S.yn. de.jALAPiNOLio.uE.
SCAJHOZZ1 (Vincent), célèbre architecte italien, ne à Vicence en 1552, mort k Venise en 1016. Il construisit, dans cette dernière ville, le tombeau du doge Nicolas da Ponte, le palais Coruaro, acheva lu bibliothèque de
SCAN
Saint-Marc, commencée par le Sansovino, et le palais neuf des Procuruties; à Florence, le palais Slrozzi ; à Salzbourg, la cathédrale ; à Palina, la forteresse, etc. 11 écrivit plusieurs ouvrages d'architecture, entre autres, Idea delV archilettura universale (Venise, 1615).
SCAMOZZ1 (Ottavio-Bertotti), éditeur italien, ué à Vicpnce en 1725. Il a donné une édition des Œuvres da Palladio (Vicence, 1776-1783, 4 vol. in-fol.) et a ajouté à cet ouvrage un traité sur les Thermes des Romains (Vicence, 1785, in-fol.). Ces deux ouvrages ont été traduits en italien et réimprimés ensemble en 1706 (Vicence, 5 vol. in-4°) ; Fabbriche di Palladio, etc.
SCANDALE s. m. (skan-da-le — latin sandalum, grec skandalon , piège , trébucher, proprement la pierre qui fait tomber, qui fait trébucher. Le scandale, c'est proprement l'occasion de chute, puis, par métonymie, les actions ou paroles qui la fournissent; puis, par une nouvelle progression d'idée, l'indignation qu'on ressent ou l'éclat qui se produit des actes ou discours de mauvais exemple). Théol. Cause de chute, de péché : // est dit dans l'Ecriture sainte que ta prédication delà croix a été un scandale pour les Juifs. (Aciul.) Scandale signifie ce qui cause une chute, c'està-dire un péché, ou ce qui est capable d'.en causer. (Nicole.) il Se dit partiuuliéreinent'do l'occasion de péché fournie par l'exemple de quelqu'un : Donner du scandale. Etre une occasion de scandale. Malheur à celui par gui'tesCANDALuar/'ioe.'tEvangile.) Louis XI V eut de grands scandales à se reprocher. (Mme de Kémusat.) On ne peut révéler tes fautes des grands sans qu'il y ait scandale pour les petits. (C. Delavigne.)
Un tort caché n'est rien. La chose principale Est de ne pas donner des sujets de scandale.
Etienne.
— Par ext. Eclat que fait une action honteuse : C'est un scandale public. H faut surtout éoiter le scandale. Cette conduite va causer un grand scandale. // ne cherche que le scandale. Le scandale est la renommée des méchants. (Beauuliêne.) La malice humaine se rèpait de scandale. (Alibert.) Un journaliste qui craint le scandale devient bientôt froid, et c'est être ridicule. (Béranger.) Le scandalk n'est que trop souvent l'éclat de l'infamie. (Descuret.) Le célibat est en même temps le véhicule de la débauche, le scandale du monde et te suicide du genre humain. (A. Martin.) Le scandale et te désordre des femmes sont très-souvent provoqués par l'infamie des hommes. (G. Sand.) On ne fait pas la part au scandale; il gagne et s'étale avec le temps. (Ste-Beuve.) Le scandale n'a plus rien à faire quand la liberté règne. (L. Ulbach.) Chaque génération a ses scandales " qu'elle préfère. (J. Simon.)
Le tcandale est de mode, il se relie en veau. A. de Mussbt.
Le scandale du monde est ce qui fait l'offense;
Et ce n'est pas pécher que pécher en silence.
Molière.
Tout dépend, à Paris, de jeter sur son nom
Un vernis imposant de réputation,
Et tout y peut servir, même un peu de scandale.
Falissot.
Il Action honteuse et capable de faire rougir : Un mari qui bat sa femme! mais c'est un scandale. // y avait encore, il n'y a pas trente ans, des scandales dans le ciel; il y avait des planètes réfractairesaux tables des astronomes, (Koyer-Collard.) Il Indignation que produit une action coupable ou honteuse : Il soutint sa thèse, au grand scandale de l'auditoire. Cela réveille les calomnies qu'on a publiées contre eux, au grand scandale des gens de bien. (Pasc.)
— Ecrit, sainte et dans le style ecclésiastique, Pierre de scandale, Occasion de chute, de péché : Autant d'objets différents qui nous environnent, autant de pierres de scandale, autant d'occasions de dérèglement. (Buss.)
— Antiq. rom. Pierre de scandale, Pierre plantée devant le Capitole, sur laquelle venaient s'asseoir les banqueroutiers, pour déclarer publiquement qu'ils faisaient cession de leurs biens ; le nom est aussi douteux que la chose et paraît devoir être attribué à quelque quiproquo dont on ignore encore la source.
— Procêd. Amené sans scandale, Manière de faire comparaître quelqu'un devant un juge, en évitant la publicité qui pourrait causer du scandale : Ordonner un amené sans scandale.
Tout doux, un amené sans scandale suffit.
Racine.
SCANDALEUSEMENT adv. (skan-da-leuze-man — rad. Scandaleux). D'une façon scandaleuse, de manière à donner du seau-' dala : Vivre scandaleusement. Le clergé espagnol était scandaleusement riche. (V.
Hugo.)
SCANDALEUX, EUSE adj. (skan-da-leu, eu-ze — rad. scandale). Qui cause ou est capable de causer du scandale*: Une conduite, des paroles scandaleuses. Une personne scandaleuse. Le pécheur scandaleux ne se contente pas d'autoriser le péché, il fait plus, il l'étend, il le répand partout. (P. Bridaine.) On est scandaleux par ses écrits ou par sa conduite. (Volt.) Plus d'un procès fort Scan-
SCAN
dai.eux a dû sa naissance à des questions de présé'ince, à des coups d'encensoir exigés et refusés. (Boi-.sonade.) Il s'est fait dans ces industries protégées des fortunes scandaleuses, la contrebande aidant. (Tousse. .el.) Un écrit scandaleux sous votre nom se donne.
Boile.iu.
— Substantiv. Personne qui donne du scandale : Tout scandaleux est homicide des âmes qu'il scandalise. (Uourdal.)
SCANDALIDE s. f. (skan-da-li-de). Bot.
Syn. ne tétragonolobk, genre de légumineuses.
SCANDALISATEUR, TRICE s. (sknn-dali-za-teur, tri-se — rad. scandaliser). Personne qui scandalise, qui donne du scandale.
SCANDALISER v. a. ou tr. (skan-da-li-zé — \at.scandatizure; de scandalum, scandale).
j Porter au mal, donner du scandale à : Scan-
I daliser des enfants par ses mauvais exemptes.
! Le bien même peut scandaliser les faibles.
I — Par ext. Soulever, par sa conduite ou
| ses paroles, l'indignation de : Vousme scandalisez. Les opinions qui diffèrent de l'esprit
. dominant scandalisent toujours le vulguire.
I (M'no de Staël.)
| — Absol. : Scandaliser, c'est donner occasion de chute à quelqu'un. (Nicole.) Malheur à l'homme qui scandalise, dit Jésus-Christ. (.Mnss.) Un sot gui a un moment d'esprit étonne
I et scandalise, comme des chevaux de fiacre au gatup. (Chamfori.) Certes, c'est une chose aussi qui scaïuialisc, De voir qu'un inconnu céans s'impatronise-
Molièiie.
Se scandaliser v. pr. Etre pous-é, déterminé au mal par l'exemple d 'autrui : Les enfants sont prompts à se scandaliser.
— Par ext. Se montrer scandalisé, indigné : C'est se taxer hautement d'un défaut que se scandaliser qu'on le reprenne. (Mol.) On se scandalise des moindres défauts des gens de bien, parce qu'on veut trouver à redire à la vertu. (Flécli.) En France, le besoin de rire est le trait national, trait si particulier que les étrangers n'y entendent mot et s'en scandalisent. (11. Taine.)
Une telle action ne saurait s'excuser.
Et tout homme d'honneur «'en doit scandaliser.
Moi.ii.itE.
SCANDEBEC s. m. (skan-de-bàk/. Mail. Kspéce de coquillage voisin des huîtres, et dont l'animal a un goût salé et piquant.
SCANDER v. a. ou tr. (skan-dé — latin scandere, proprement monter, qui se rattache à la racine sanscrite skad, skand, bondir, jaillir, d'où aussi le grec skasô, l'allemand schiefsen, l'anglais lu shoot et le lithuanien sk.czin, même sens). Metriq, Prononcer eu marquant fortement les brevet et les longues et eu isolant les pieds : J'ai repris le latin, je cherche d me faire au rhylhme ;je scande les vers de Virgile; je marque même la mesure sur l'ouvrage. (J.-J. Kouss.) Il lin parlant des vers modernes, Prononcer en faisant sentir l'hémistiche et rendant bien sensible le nombre des syllabes; compter les syil.ibes pour en vérifier le nombre : Autrefois, on scandait les vers français; aujourdhui, on en brise ta mesure.
— Mus. Scander un trait, L'exécuter de manière à distinguer les temps de chaque mesure et à marquer les temps forts et lus temps faibles.
Se scander v. pr. Etre, pouvoir être scandé : Le vers pentamètre se scande de deux manières.
SCANDER-BEG (Georges), prince d'Albanie, guerrier célèbre, appelé le Dernier <!<■• Itéra* de Macédoine, ne au commencement du xve siècle, eu 1404 ou KM (les historiens ne sont pas u'accord sur cette date), mort en 1467. Sun nom s'écrit également en un seul mot, Scuuderbcg ; mais c'est là une mauvaise coutume, car la dernière syllabe ne l'ait point partie intégrante du nom, puisque beg est un nom de dignité. Scanuer-Beg était fils de Jean Kastriota, un des princes épirotes soumis aux Turcs, alors tout-puissants. Envoyé comme otage k la cour d'Ainurat 11, il avait été élevé dans l'islamisme et revêtu, à l'âge de dix-neuf ans, du commandement d'un sangiacat. Sa bravoure, son audace et ses talents militaires lui valurent lu confiance du sultan, qui lui donna le commandement de plusieurs expéditions, entre autres de celle contre l'empereur de Servie ; mais, à la mort de son père, Soander-Beg abandonna les Turcs, s'empaia par un coup de inain hardi de Croûi, capitale de ses anciens Etats héréditaires, abjura solennellement l'is-uiiiisiue, souleva tous les Epirotes contre les Turcs et fut nomme chef de la confédération des seigneurs de l'Epire. La première armée turque qu'on envoya contre lui fut écrasée dans une plaine de la basse Dibra et perdit 20,000 hommes. 11 fit ensuite une incurs.un heureuse en Macédoine, contracta une enoiti alliance avec Ladislus, roi de Hongrie, et Huniade, vuïvode de Transylvanie, et, maigre la défaite de ses allies à Varna (1411), rejeta fièrement les propositions de paix du sultan. Il continua la guerre, battii successivement, avec des forces inférieures, trois pachas et Amurat lui-même, qui péuetia en Albanie avec une puissante armée (1449),* assiégea inutilement deux fois Croia et revint mourir de houte et da colère à Andriuo*
SCAN
ple(MSO). Son successeur, Mahomet II, ne fut f as plus heureux contre le héros albanais, qui écrasa toutes lea armées envoyées contre lui et qui, après la chute de Constantinople (1453), loin de partager l'épouvante de toute ia chrétienté, se jeta seul dans la Macédoine et la ravagea pendant trois ans. On laconte que le sultan, étonné des victoires ilu terrible Kpirote, fit prier Scander-Beg de lut donner son épée. Scander-Beg la lui envoya. Le sultan , toujours vaincu néanmoins, accusa celui-ci de l'avoir trompé; mais le héros albanais lut fit répondre : « Ce n'est .pas mon épée qu'il te faudrait, c'est le bras qui la manie et la tête qui la dirige '. » Puis, profitant d'une trêve qu'il lui avait accordée, il trouva le temps, sur les instances du pape, de passer en Italie pour secourir, contre Jean d'Anjou, le roi de Nazies Ferdinand I=f (U62), dont il consolida e trône. A son retour, la guerre recommença, et il tiiilla en pièces, dans plusieurs rencontres, ies Turcs dont il était devenu l'épouvante, échappa deux fois aux coups des assassins soudoyés par Mahomet II et enfin extermina l'armée formidable que le sultan avait lui-même conduite en Epire. Deux ans après (U67), il fut attaqué par une maladie aiguë et mourut à hissa (Alessio), au moment où il venait de conclure avec les Vénitiens une ligue contre la Porte. Quelques années après sa mort, les Turcs s'étant emparés de Lissa ouvrirent la tombe de ce héros qui les avait vaincus pendant vingt-trois ans et lui rendi -ent des honneurs qui tenaient de la superstition ; ils se disputèrent les parcelles de se:s ossements et les tirent enchâsser dans de l'o* pour les porter en guise de talisman dans .es combats. M. Pouqueville rapporte que le souvenir de Scander-Beg est resté vivant -in Epire et que les montagnards y célèbrent encore ses exploits dans leurs ballades nationales. V. Histoire de Scander-Beg, par M. Paganel (Paris, 1856.)
Sen ider-Bcg (LE LIVRE" PB) OU le Livre
des merveilles, manuscrit in-folio fort curieux , qui fait partie de la bibliothèque grand -ducale de Weitnur et qui passe pour avoir appartenu au héros de l'Albanie. Que ce manuscrit ait ou non appartenu à Scander-Beg, il n'en est pas inoins aussi intéressant qje précieux. Formé de 325 feuilles de parchtimin, ornées de chaque côté de ligures à l'encre de Chine, il se compose de deux partie» bien distinctes, dont 1 une doit être du xv»' siècle, tandis que l'autre est évidemment du xvje siècle. La première partie renferme et représente une innombrable quantité de machines et d'inventions alors usitées dans les guerres, les siégeait les assauts; des âmes de toute espèce, des canons, des bombardes, des échelles d'escalade, des in-' strumtnts de mineurs, des équipages de poiit, des mculins à la main, etc.; des scènes de lutte e; d'escrime, des courses à pied, des carrousels, des marches et des manœuvres militaires, sujets qui font donner aussi à ce manuscrit le nom de Livre de l ingénieur.
La seconde partie est plus particulièrement consacrée aux scènes et aux usages de la vie publiqie et privée de l'époque. Là figurent, dans leur costume et avec les attributs de leur état, des artisans et des marchands ; boulangers, bouchers, cuisiniers, horiogers, forgerons, selliers, tailleurs, fabricants de ceintures, jardiniers, pêcheurs, paysans, gentilshommes, peintres, musiciens, astronomes, médecins; des hommes et des femmes portant des grelots à la ceinture et au voile. Ailleurs! , des intérieurs de ménage, vitraux, meubles, vaisselle, ustensiles de cuisine, cornes à boire; plus loin, des épreuves de torture , avec tous les instruments de supplice; ces représentations de maladies, avec tous leurs traitements; puis des jeux de cerceau et de dames, des guitares, des harpes, des épi nettes, de petites orgues appelées alors sennettes, des danseurs, des bateleurs, des escamoteurs ; enfin des sujets eiublémati- i ques et symboliques , dont aucun texte n'explique il sens. Néanmoins, malgré l'absence de tout texte explicatif, le Livre de Scander- Beg est une des collections les plus originales du temps. La tradition veut qu'il lui ait été envoyé en cadeau par Ferdinand d'Aragon,
Sc«Ddcr-Beg, opéra, en cinq actes, paroles de Lamotte, avec un prologue de Laserre, musique de Rebel et Francceur; représenté par l'Académie royale de musique le 27 oc .obre 1735. Cet opéra n'a jamais été repris. Chassé, Triboti , Jélyotte , Dun , filmes lii einans, Antier, Pellissier et Mlle balle en furet t les principaux interprètes.
SCÀNDEU1KH, nom turc d'ALBXANDRiE.
SCANDEUOUPi, ville de la Turquie d'Asie.