‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 155 sur 1059 · Scène» de la vie espagnole, par Mme Ja · texte numérisé non relu

Scène» de la vie espagnole, par Mme Ja

duehesss d'Abrantès (183G). Personne n'ignore que Jurot fut un des héros de la déplorable guerre d'Espagne et que c'est la qu'il gagna son titrt de duc d'Abrantès. Il n'est donc pas étonnant que sa femme, une Française, ait songé à écrire quelques nouvelles à l'effet de nous pu ndre une manière de vivre si différente di la nôtre. Ce livre se compose de trois rcinans, où l'on retrouve les .passions et les mœurs du pays très-habilement fondues dans le récit. La peinture de l'amour chez les Espagnols se développe avec une grande vigueur. Cette passion si ardente chez nos voisins rompt les liens du sang, nivelle tes conditions et s'égare même jusqu'à l'impiété, ce qui est monstrueux pour cette nation. Ce sont de riantes et terribles passions que celles qui naissent sous les orangers en fleurs de la Vega de Grenade et qui meurent sous le poignard. La description ajoute un intérêt piquant aux récits de l'auteur; on lira avec plaisir celle de l'Escurial, palais aix vingt-deux cours, aux. dix-sept cloîtres et aux onze mille fenêtres, et surtout celle de l'Alhambra, ■ palais de dentelle découpé pt.r les Maures. » Dans ce riant séjour, l'amour allume une de ces passions fatales dont l'E; pagne a conservé pieusement le feu profane. Deux fois victime, l'héroïne tombe

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frappée par le poignard de son mari. La nouvelle intitulée l'Espagnole est historique et retrace un épisode des guerres de l'Empire, dont M"" d'Abrantès a été témoin. Une femme, qui a vu son père, ses frères et son époux tomber sous les balles françaises, offre du vin empoisonné à un régiment français qui s'est emparé de son village ; et, comme le colonel témoigne quelque méfiance, elle boit courageusement de ce vin et en fait boire à son enfant, heureuse de périr pourvu qu'elle sacrifie une pareille hécatombe de victimes françaises aux mains des siens. Cet héroïsme sauvage d'un peuple .qui ne veut point subir le joug de l'étranger mérite notre admiration, et la façon brillante dont cet épisode est raconté ajoute à la grandeur de celte sombre vengeance. Le drame s'y trouve mêlé à toutes les passions et aux sentiments les plus nobles, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre en lisant l'ouvrage de la duchesse d'Abrantès. Pourvu qu'on le dégage des formes romanesques et prétentieuses, il contient de curieux et piquants détails sur les mœurs espagnoles, la violence des passions et le fanatisme religieux de ce peuple sur lequel pèse et pèsera longtemps encore le joug clérical, reste de l'inquisition.

Scènes de la vie intime , par Emile SOU-

vestre (1846). Trois nouvelles composent ce charmant volume : le Médecin des âmes, Savenières et Une étrangère. Maxime Bailleui, un de ces hommes qui se croient infaillibles, parce qu'ils n'ont jamais eu l'occasion de lutter, a reçu avec un naïf orgueil le titre de Médecin des âmes, titre à lui décerné par quelques infortunés que sa froide sagesse a sauvés du désespoir. S'il a guéri quelques âmes malades, il ne sauvera pas la sienne. Un ami, sur sa réputation, lui envoie Mme Berthe de Ramière qui , après avoir abandonné son mari , se trouve à son tour abandonnée par son séducteur. Le docteur a bientôt l'âme plus malade que sa cliente, car il en devient follement amoureux. En vain Marcelle, sa jeune femme, redouble-t-elle de soins et de tendresse pour reconquérir le cœur de son mari, dont elle a deviné les sentiments ; Maxime n'a plus qu'une pensée, Berthe. M. de Ramière vient chercher sa femme; c'est le coup de mort pour Maxime. Après des scènes de véritable démence, il s'éteint, dévoré par sa passion inassouvie, entre les bras de Marcelle, cet ange de résignation, et ses dernières paroles servent de morale au récit : « Ne faites point à mes enfants une existence à part du inonde; les plantes qui ont vieilli abritées succombent au premier orage. Ditesleur de ne pas se croire sages, de peur de gagner le mal qu'ils voudraient guérir. »

Imaginez-vous un homme qui, obligé de quitter sa femme trois jours après ses noces, ne la revoit que quatre ans après et ne retrouve en elle qu'une étrangère, une statue; et encore une statue se laisse l'aire, tandis que sa femme ne peut déguiser sa répulsion chaque fois qu'il veut user de ses droits de mari. Pour comble de douleur, M. de Puineuf adore sa femme, et son amour croît avec l'aversion d'Ernestine. La vie de ce Tantale du mariage est atroce ; il ne parvient à être traité en ami par sa femme qu'en ne la traitant plus en époux. Une maladie de langueur s'empare d'Ernestine, et M. de Puineuf fait venir presque de force àSavenières M. Clermont, un jeune médecin qui semble au début se soucier médiocrement de la clientèle du château. Il en devient pourtant proiuptement le commensal sur les instances réitérées du maître. Ernestine semble renaître k la vie; M. de Puineuf reprend courage, lorsque le choléra la frappe comme la foudre et l'enlève. L'époux inconsolable , en serrant comme des reliques tout ce qui appartenait à celle à laquelle il a à peine la force de survivre, découvre une lettre qui l'instruit qu'en son absence M. Clermont était l'amant de sa femme et que l'enfant qu'il croyait de lui est le fruit de ce commerce adultère, qu'il a renoué lui-même comme à plaisir. Il n'aura même pas la consolation de la vengeance. Le séducteur a gagné au chevet de sa maîtresse le germe de sa maladie et meurt sept jours après Ernestine, laissant M. de Puineuf encore plus à plaindre que du vivant de sa femme.

On dirait que ces deux, récits sont écrits avec des larmes, tant ils sont à la fois simples, touchants et dramatiques. Le troisième, Une étrangère, ne l'est pas moins.

Scènes et récits des Alpes , par Emile Souvestre (1858). Les trois nouvelles qui composent ce volume sont : le Chasseur de chamois, la Fillole. des Atlcmagnes et l'Hospice de Selisberg. Ce sont des scènes d'après nature ou des récits simples, avec le patois expressif du pays, où l'on sent comme un parfum des bois montagneux et une saveur alpestre. Pas de phrases ni d'incidents extraordinaires ; la nature parle trop haut et trop éloqueminent pour que l'homme songe à y introduire des accents de fantaisie. Nous analyserons en quelques lignes le premier de ces récits pour donner au lecteur le ton de l'ouvrage. Ulrich, un sculpteur de talent, revient au pays pour épouser ta cousine Frénéli qu'il aime et qui le paye amplement de retour. 11 gagne beaucoup d'argent et peut lui assurer un sort heureux ainsi qu'à Trina, sa grand'mère. Qu'importe à la vieille femme 'elle préfère pour gendre Hans , le hardi chasseur

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de chamois et, lorsqu'UIrich lui demande la main de sa fille, elle conduit les deux jeunes gens devant une vieille armoire et leur montre plusieurs têtes de chamois surmontées de cornes recourbées. «Tu peux reconnaître, dit-elle à Ulrich, que chacune de ces dé» pouilles est celle d'un empereur de chamois. Depuis plus de temps qu'il n'en faut pour faire croître un chêne, tous ceux qui ont épousé les tilles de notre maison ont rapporté à leur fiancée, en présent de noce, un empereur de chamois. Regarde : sous chacun des cornoges tu pourras lire le nom d'un de nos ancêtres. Le dernier qui se dresse un peu au-dessus des autres a été suspendu là par mon gendre ; que Dieu le récompense 1 Quand il était venu me demander sa cousine, la mère de Frénéli, je lui avais montré ce que je te montre. Ce qu'il nous faut dans notre famille, c'est le meilleur chasseur de chamois I Qu'importent vie longue, repos ou richesse? Dans les vieilles histoires que les enfants nous lisent haut pendant les veillées de l'hiver, n'as-tu pas vu de nobles familles dont tous les hommes mouraient à la guerre? Eh bien 1 nos maris meurent sur la montagne; c'est leur champ de bataille. >

En face de cette sauvagerie, qui nous paraît, à nous hommes civilisés, tout simplement ridicule, Ulrich jure d'aller chasser le chamois. Il part avec son cousin Hans. Une tempête effroyable les surprend ; Hans tue un empereur de chamois, mais il roule dans un précipice où il périt. Plus heureux, Ulrich s'en retire et épouse sa cousine, Trina ne pouvant plus s'y opposer. La mort de Hans, dont elle a, pour ainsi dire, été cause, a couché dans la tombe cette nature farouche, que seule la mort pouvait dompter.

Scènes de la vie flamande , par Henri Conscience, traduites du flamand par M. Léon Wocquier (Paris, 1854). De tous les livres de M. Henri Conscience, celui des Scènes de la vie flamande est le plus lu et le plus généralement estimé. Il renferme quatre récits : Ce que peut sou/frir une mère, le Conscrit, Itihketikketak et le Gentilhomme pauvre.

Ce que peut souffrir une mère, c'est la faim, la soif, le froid et tout ce que la misère renferme de douleurs poignantes et d'atroces souffrances; mais c'est encore plus que tout cela : c'est la vue de ses enfants se tordant sous l'étreinte de la mort et soulevant, par un dernier effort, leurs petits membres engourdis pour demander du pain ; c'est la vue de son sein tari que son nouveau-né presse en vain dans une suprême convulsion. Ce n'est pas là un récit , c'est encore moins un drame, puisqu'il n'y a ni action ni péripétie d'aucune sorte; c'est un sanglot et rien de plus ; mais on ne peut l'entendre sans pleurer, car M. Henri Conscience a l'émotion communicative et il pratique sans effort le si vis me flere.

Le Conscrit est une fraîche idylle, un conte rustique à la manière de George Sand ; c'est dire que le sujet est d'une simplicité primitive : Jean est amoureux de la gentille Trine; il tombe au sort, quitte le village, et, à peine arrivé au régiment, devient aveugle. Trine part à son tour, seule, à pied, pour aller rechercher le malheureux garçon qui, fort heureusement, rencontre sur la route un chirurgien-major, grâce auquel il recouvre la vue. Voila, de cette pastorale, tout ce qui se peut raconter; mais la fraîcheur des détails, la grâce des descriptions , la candeur et le charme des sentiments exprimés, voilà ce que l'on sent et tout ce qui fait du Conscrit une ravissante chose, qu'on ne saurait pas plus analyser qu'on n'analyse un Boucher ou un Watteau.

Bikke-tikke-tak est le refrain d'une chanson qui revient périodiquement dans le cours des dix pages de ce récit, tout plein de couleur locale et presque légendaire. On a vu la progression, ou plutôt les différences de ton qui séparent chacun des récits que nous venons de citer. Dans le premier, c'est l'analyse, l'observation fidèle, mats pure et simple, d'un sentiment; dans le second, c'est la peinture légèrement idéalisée, mais réelle encore, d'une passion ; dans le troisième enrin, c'est l'idéal méine, avec tout ce qu'il a de vaporeux et de fantaisiste. Il nous reste à parler du Gentilhomme pauvre, qui nous donnera l'expression la plus complète du talent de M. Conscience comme observateur et peintre du réel ou, si l'on préfère, comme réaliste. Cette fois, il ne s'agit pas d'un simple récit, mais bien d'un roman soigneusement agencé et machiné. M. do Vlierbeck, le gentilhomme pauvre, s'est ruiné pour sauver son père d'un déshonneur imminent et, peu de temps après, sa femme étant morte, il est resté seul avec sa fille Lénora dans sa propriété de Grinselhof, seule épave de son immense fortune, encore qu'elle soit grevée d'hypothèques. Mme de Vlierbeck a fait promettre à son mari en mourant que désormais il consacrerait son existence à tout mettre en œuvre pour assurer le bonheur de sa fille, et le gentilhomme ne s'est rien imaginé de plus efficace pour arriver à ce but que de s'enfermer dans une retraite absolue et de se faire passer pour le plus sordide des Harpagons, mettant ainsi sur le compte de l'avarice la parcimonie do sei dépenses. Personne, en effet, ne connaît son désastre, et peu lui importe qu'on le méprise comme le plus ladfe des ladres, pourvu qu'on ignore sa pauvreté qui éloignerait

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tout riche prétendant à la main de sa rïlle. Cette conduite ne fait peut-être pas le plus grand honneur au sens moral du gentilhomme, mais son excuse est dans la naïveté qu'il apporte & toute cette diplomatie et surtout dans son profond amour pour Lénora. Ce que M. de Vlierbeck avait prévu ne tarde pas à arriver. Un sien voisin, M. Denecker, riche négociant dont le neveu fait depuis longtemps les yeux doux à Lénora, vient un jour demander à dîner au gentilhomme. Rien de plus amusant et de plus habilement décrit que ce dîner. Le récit des prodiges de rus>! qu'a dû employer ce pauvre M. de Vlierbeck pour recevoir son hôte fait rire et pleurer tout à la fois, surtout lorsque arrive pour lui le moment fatal de soutenir son double rôle d'homme riche, mais avare. Le gentilhomme est obligé de refuser à M. Denecker une bouteille de château-inargaux; et il faut voir quelles transes il subit, par quelles rougeurs il passe toutes le.s fois qu'il tremble de voir se révéler, parquelque menu détail, le véritable motif de sa prétendue avarice 1 Enfin M. Denecker revient deux jours après demander, pour son neveu, la main de Lénora. Ici encore une autre scène se présente, pathétique, terrible et développée de main de maître par l'auteur : il faut bien arriver à l'affreuse révélation, et il faut que le malheureux père aime bien sa fille pour consentir à supporter l'humiliation d'un tel aveu. Il se résigne cependant et, au grand courroux de M. Denecker, il raconte le désastre de sa fortune. On pense bien que le riche négociant se hâte de retirer sa demande, et Lénora se voit privée pour jamais du bonheur d'être la femme de celui qu'elle aime. Ce n'est pas tout. Le Grinseihof est hypothéqué ; il faut le vendre, et voilà le père et la fille réduits à aller à Nancy demander au travail le gîte et le pain de chaque jour. Mais l'oncle Denecker vient à mourir, et le neveu, devenu millionnaire, accourt à Nancy déposer aux pieds de Lénora sa fortune et son cœur. Nous le disions en commençant, il y a là des tableaux d'intérieur, des observations de détail, des coups de pinceau microscopiques k faire envie à nos réalistes les plus renforcés, à nos observateurs les plus scrupuleux. Il n'y a pas un trait, pas une ligne qui ne contribue à accentuer plus fortement chaque figure de ce tableau plein de vie et de mouvement, de franche gaieté et de saine émotion. C'est, k notre avis, le chef-d'œuvre de M. Henri Conscience, et c'est pourquoi nous nous y sommes arrêté un peu complaisamment.

Scènes du foyer, par Paul Meurice (1S56). Ce livre a pour second titre la Famille Aubry, et l'auteur l'a dédié à M. E. de Girardin.

Trois générations trouvent leur personnification dans la famille Aubry : celle de 1792 dans le père Léonard ; celle de l'Empire dans le fils aîné, Pierre; celle de la Restauration dans le plus jeune, Natalis. Léonard, un ancien conventionnel régicide, rêve et espère trouver dans ses fils des héros, des stoïciens démocrates. Pierre ne comprend qu'une chose, l'éloquence du sabre. Natalis, admirablement doué par la nature , perd ses forces en enthousiasmes stériles, f.tute d'énergie suffisante pour les diriger avec constance vers un but unique. Il est atteint d'une singulière maladie : d'une surabondance d'énergie qui se perd par une dépense excessive dans les circonstances où elle n'a point de motif pour s'exercer et qui lui fait défaut là où son em- .ploi serait indispensable. Il aime, sans bien s'en rendre compte et sans oser le lui avouer, sa cousine Marthe, et, comme il n'a pas su, malgré son talent, se faire une position, il se voit obligé de consentir à son union avec Pierre, qui l'a aimée aussi et est allé droit au but. Au lieu de chercher des consolations dans le travail, Natalis se laisse vaincre par sa passion qu'il aurait du dompter. Il entraîne Marthe à lui avouer qu'il est payé de retour et n'en est que plus malheureux , car sa bellesœur est trop vertueuse pour tromper jamai3 son mari. Leur situation devient intolérable, c'est le supplice de Tantale au physique et au moral. Elle devait aboutir k une catastrophe. Léonard s'aperçoit de l'intrigue platonique dû ses enfants et, sévère comme Brutus, exile son fils de la maison paternelle. Aiant de partir, Natalis obtient de Marthe qu'elle passera une journée avec lui. Pierre, prévenu par Giboureau, un de ses anciens camarades du régiment, autre personnification des tralueurs de sabre de l'Empire, se croit déshonoré et se bat avec Natalis. Tous deux se sont juré à eux-mêmes de ne pas faire feu, et, sur le terrain, Natalis, honteux, éperdu, désespéré, anéanti, ne se sentant pas l'énergie suffisante pour étouffer sa passion criminelle et lutter contre la douleur, saisit le pistolet de son frère, l'appuie sur son cœur, lâche la détente et tombe mort. Pierre achève par sa dureté de conduire au tombeau Marthe, que la douleur mine d'une manière visible, puis, le jour de sa mort, convaincu enfin de sen innocence, maudit sa nature brutale. Léonard, ce vieillard taillé dans le roc, assiste à tous ces malheurs domestiques d'un œil impassible, bien que le cœur lui saigne, et meurt sur son fauteuS, comme jadis les sénateurs romains sur leur chaise curule, en libre penseur, après s'être confessé, nou à un prêtre, mais à son petit-iils, un enfant de douze ans, dont il prend l'innocence pour juge suprême de sa conduite.

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Scéiiea de la «le mue, par M. Tourguénetf (Paris, 1858, 2 vol.). La Russie est encore mi pays imparfaitement connu; il ne se con- .nalc pas bien lui-même. Cette ignorance s'explique par diverses causes. Soit calcul politique, soit pudeur bien entendue, le gouvernement russe dissimule les vices secrets d'une société organisée pour le despotisme. M. de Custine, à qui nous devons nos renseignements les plus exacts, n'a étudié que les grandes villes et les classes supérieures. C'est donc une bonne fortune pour les peuples de l'Occident que ces esquisses de mœurs russes, de la petite bourgeoisie et du peuple, fidèlement tracées par un grand seigneur devenu Français par le caractère, l'esprit et la langue, qui a voulu dire la ■vérité en toute indépendance. Dans cet ouvrage, M. Tour^uéneff a adopté une forme littéraire qu il a su rendre originale, en évitant simplement de paraître excentrique. Il a écrit des nouvelles, et c'est ii peine s'il a daigné y mettre une fable, une intrigue. Rien de moins compliqué que le sujet de ses contes. C'est la trame et le train ordinaire de la vie, où tout est commencé et où rien ne finit. Au m'dieu du récit se place un mince incident, duet, amourette, petite passion, petite manie. Cela suffit. Les personnages ne rappellent pas les héros de roman; tous sont des hommes ordinaires, Il n'y a pas d'originaux en Russie ; l'originalité manque là où la liberté n'a jamais paru ; le niveau du despotisme a rendu tous les types uniformes. La société russe est un casier. Le Russe proprement dit n'existe pas. En vertu de sa grande puissance d'assimilation , le Russe sera tout ce que l'on voudra; il exercera n'importe quelle profession; il est prêt à revêtir toutes les formes d'un Prêtée automate. N'ayant pas d'idéal, il n'a pas de caractère à lui. On ne le reconnaît qu'à un signe distinetif, à la vanité, égale chez tous les Russes, du petit au grand. Aucun enthousiasme , aucune expansion dans l'intimité. Les femmes ne sont fidèles que par apathie. On observe trois classes dans la société : les vieux Russes, les Russes allemands et les Russes français; ceux-ci sont les plus nombreux. Il y a donc trois nationalités d'emprunt, trois langues différentes, trois modes de vêtements, trois variétés d'habitudes. La ressemblance imitée est parfaite; le Russe copie l'allure et retient l'accent. Ces trois groupes se touchent sans se mêler. Cependant tous admettent et maintiennent l'ordre hiérarchique, le fameux eusier; tous subissent l'empire de cette féodalité; tous possèdent un instinct de brutalité mal dissimulé sous des dehors affables. Corruption raffinée des classes nobles, grossièreté et ignorance des classes inférieures; iniquité des tribunaux, longueur des procès, hontes du parasitisme, irrégularité des descendances, misères du servage, voilà ce qu'expose M. Tourguéneff avec une sensibilité muette, mais profonde. Ici, c'est un honnête homme trompé par sa femme et qui va mourir sur la grande route, pendant que le séducteur prospère et fiiit fortune (V Auberge). Là, c'est une jeune tille charmante qui se jette à l'eau pour oublier le débauché qu'elle aime (YAntchar). Tantôt un philosophe déjà mûr tombe amoureux d'une danseuse italienne, laquelle mange à toute heure et dort quand elle ne inange pas (Une correspondance) ; tantôt une veuve épouse l'ami de son mari défunt; mariée sans peine, mais sans enthousiasme, elle l'a pleuré raisonnablement. Ailleurs, un honnête homme qui aime l'héroïne se voit méconnu pour un fat insipide et vulgaire [Jacques Passinlcoff). Maintenant, il s'agit d'un pauvre serf, sourdmuet, qu'un caprice de sa maîtresse transforme de laboureur en portier et transporte du village à la ville; il n'a qu'un chien pour l'aimer, et sa maîtresse le force à noyer son compagnon de chaîne. Plus loin, c'est une femme qui meurt au moment où elle a enfin rencontré l'homme de son choix. Ailleurs, c'est un bretteur orgueilleux et sournois qui assassine en duel un pauvre enfant à peine échappé à l'aile maternelle, etc. Ces épisodes paraîtront bien insignifiants à qui juge sur l'étiquette. L'auteur dédaigne les conventions dramatiques ; il produit beaucoup d'effet avec peu de moj'ens. Comme il a voulu tracer un tableau des mœurs sociales, non d'un individu, il ne concentre pas les ridicules en vue sur quelques types ; il les a laissés à leur place sur des caractères différents. Il n'embellit pas la vérité. Aucun des personnages n'arrive au but de ses désirs. Pour tous, il y a lutte de sentiments contraires aboutissant h une solitude lière et indifférente; regret amer du passé, méfiance de l'avenir, espérances déçues, rêves non réalisés. M. Tuurguéticff se préoccupe médiocrement de leur destinée, 11 ne raconte pas une action, il peint des sentiments. Sous prétexte de décrire les mœurs d'un pays, les passions propres à une nation, il étudie l'homme en général, la société tout entière. Non qu'il néglige les mœurs et les coutumes de ses compatriotes ; il en touche, au contraire, les traits principaux avec vigueur; mais il a préféré mettre en œuvre ce qui s'adresse à tous les temps, à l'âme, à l'esprit, non ce qui satisfait une curiosité éphémère. Dans le cadre modesto de ses historiettes, il dit ou laisso deviner tout ce qu'il avait à montrer : l'influence funeste du despotisme sur les caractères et les horreurs commises en toute sécurité de conscience par les hommes ainsi pervertis. Il ne se met pas

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en colère, il ne vise pas au pathétique. Un certain parti pris d'indifférence semule désintéresser le narrateur. Chez lui, point de lyrisme ni de prosélytisme ; pas de digressions, pas de phrases. Tout concourt au but. Toujours l'analyse ou l'observation, soit de 1» nature, soit du cœur. Aucune préméditation apparente, aucun de ces commentaires personnels qui préparent ou achèvent une péripétie. Et le résultat de cette absence d art est saisissant. L'auteur surprend la pitié ou impose la terreur du premier coup; lui qui laisse ses héros résignés à l'indulgence ou au renoncement, il inspire une vive indignation contre un régime où les droits essentiels de l'homme ne sont pas garantis. Tant a de puissance la vérité naïve 1 tant une sensibilité contenue trouve d'issues secrètes 1 M. Tourguéneff est un écrivain d'un grand talent, qui se définit en deux mots : vigueur et sobriété.

Scène* do la vie turque, par Mme de Belgiojoso (1858). L'Orient n'a pas encore perdu, aux yeux de l'Europe, cet ancien prestige qu'il doit aux fictions des Mille et une nuits; cependant le rapprochement plus fréquent du monde occidental et des peuples asiatiques devait dissiper en partie ces illusions, au risque peut-être de les remplacer par des préjugés nationaux qui diffèrent selon les intérêts politiques. La société musulmane n'est, par conséquent, ni bien jugée ni bien connue. C'est aux voyageurs plutôt qu'aux touristes que les gran'des découvertes sont réservées. Lady Montague, au siècle dernier, avait déjà soulevé un coin du triple voile qui recouvre l'intérieur de la vie turque ; mais la noble Ambassadrice avait pénétré dans le sérail du Grand Seigneur. Elle avait entrevu un des tableaux de la féerie orientale. Autant valait étudier le peuple français d'après la cour de Versailles. Une grande dame italienne, la princesse de Belgiojoso, a procédé autrement que lady Montague. Son sexe servant à une femme de passe-port et de porterespect en Turquie bien mieux qu'en Europe, elle a pu entrer dans la demeure du paysan et de 1 artisan, aussi bien que dans le palais du pacha. Elle a écrit deux relations : la première, intitulée Asie Mineure et Syrie, est la plus intéressante; la seconde, portant le titre de Scènes de la vie turque , perd de son prix, parce que l'auteur a intercalé des nouvelles, des drames en miniature dans ses récits et dans ses tableaux d'observateur interprète. La question des rapports sociaux de l'homme et de la femme sera toujours le plus difficile problème que le moraliste et le législateur auront à résoudre. C'est assurément la plus curieuse de toutes celles que l'Orient peut nous proposer. Mme de Belgiojoso s'occupe donc de la famille ottomane. Elle commence par donner un démenti aux illusions qui subsistaient encore au sujet des harems. Les chambres du gynécée ne sont pas des boudoirs élégants, mais des cavernes obscures, enfumées, sans fenêtres, et s'il .y a des croisées, les vitres sont remplacées par du papier huilé. Un miroir est un objet rare, connu seulement des grandes daines de la capitale. Une glace serait d'autant plus précieuse à ces houris rivales, qu'elles abusent du fard et de tous les cosmétiques possibles. Toutes les parties de leur visage, leurs mains et leurs pieds prennent tant de temps à peindre, qu'on laisso passer plusieurs jours avant de les laver. Un peigne étant aussi rare qu'un miroir, la chevelure de ces dames est souvent en désordre. Les sophas, usés et lacérés, montrent des trous et des taches de graisse. Bref, un luxe d'oripeaux et une malpropreté triip visible ivgncnt ensemble. Une égalité parfaite met sur le même rang les maltresses et les servantes; celles-ci viennent sans façon s'asseoir sur le divan, autour du mémo feu, et prennent, part à la conversation. Jlme de Belgiojoso rend hommage à l'éclatante beauté des Géorgiennes, beauté sculpturale, qui fatigue néanmoins l'admiration; en toute circonstance, en tout événement, heureux ou malheureux , la physionomie de la Géorgienne garde une impassibilité de marbre. lies Circassiennes, aux traits irréguliers, mais fins et gracieux, ont une beauté qui rappelle celle des filles de la Germanie. Blondes pour la plupart, elles ont un teint d'une fraîcheur charmante. Les défauts de caractère compensent ces dons extérieurs ; la Géorgienne est sotte et hautaine, la Circassienne est fausse et rusée. Mme de Belgiojoso a vu aussi les harems d'enfants de grande maison. Des garçons de douze ans commandent à un troupeau de petites filles du même âge qu'eux ou un peu plus jeunes; ces pachas embryonnaires, écrasés par leur rôle, deviendront des vieillards libertins; il n'est pas rare cependant de voir sortir de ces petits despotes luxurieux des jeunes gens bons et sages. Mme de Belgiojoso pense généralement beaucoup de bien des Turcs. Autant elle estime peu le Turc costumé à l'européenne, corrompu, méprisant et méprisable, libre penseur, autant elle fait grand cas de l'homme du peuple; elle déclare le paysan turc supérieur au paysan chrétien. La simplicité, la douceur, la fidélité conjugale sont chez lui des vertus naturelles. Il ira qu'une femme, et il porte la plus tendre affection a sa compagne, vieille de bonne heure. C'est le peuple qui renferme l'élément régénérateur de l'Orient; la réforme doit être religieuse; un Luther seul peut sauver l'Uliimisnie.

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Mme de Belgiojoso a tracé un tableau trèsinstructif et très-intéressant de la vie des Turcs; elle donne une foule de détails nouveaux sur une société si étrangère à la nôtre. Elle écrit simplement et elle observe en voyageur judicieux.

Scènes de la «le maritime , par le Capitaine Basil Hall, traduit de l'anglais par Amédée Pichot (1858). L'auteur, un vieux marin et un officier de marine distingué, s'est amusé dans ses loisirs du bord à nous raconter quelques scènes de sa vie agitée ; il a eu soin de choisir les plus intéressantes, et, quoiqu'il parle de lui-même, il le fait avec tant de tact que son moi « n'est pas haïssable. ■ Il a, en outre, le grand mérite de ne pas viser à l'effet, de dire les choses simplement, comme elles se sont passées, et son livre y gagne en intérêt. Un sentiment domine tout l'ouvrage : c'est un sentiment de blâme contre les officiers qui traitent les jeunes aspirants ou midshipmen avec tant de rudesse qu'ils en dégoûtent quelques-uns au début du métier, au lieu de leur épargner les premiers désagréments par des avis amicaux. Nous signalerons aux gourmets littéraires une lettre de Walter Scott qui termine l'ouvrage du capitaine Basil Hall; c'est la dernière pajre sortie de la plume du célèbre écrivain. Elle marque sa prédilection pour son roman Y Antiquaire, «parce que, dit-il, il se rattache aux premières années de ma vie et que le caractère de Jonathan Oldbuck est dessiné d'après feu George Constable de Wallace Craigu, de Dundee, qui dînait autrefois chez mes parents à Edimbourg et avait coutume de parler avec admiration de mes faits et gestes comme si j'eusse été un enfant extraordinaire. ■

Scène» de la vie de bobême , roman humoristique de Henri Murger. V. bobême.

SCÉNÉDESME s. m. (sé-né dè-sme — du gr. skênê, loge; desmos, lieu). Bot. Genre d'algues microscopiques, de la famille des desmidiées, comprenant une dizaine d'espèces : Les scbnédesmks croissent dans les eaux douces remplies d'herbes aquatiques. ( Brébisson.)

SCÉNIQUE adj. (sé-ni-ke — rad. scène).

Qui a rapport à la scène, au théâtre : Représentations SCÉN(QVJES. Eschyle forma le célèbre Agatharquc, qui écrivit un traité sur l'architecture scÉNiquu. (Laharpe.) Le vers, c'est le fard sur la joue de la pensée, la lumière sur le châssis peint, le complément de l'illusion scénique. (Th. Gaut.) Molière serait siffle aujourd'hui pour la liberté des mots, la fantaisie de style et les hardiesses scéniques qu'il se permet. (Th. Gaut.)

— Antiq, Dans les théâtres romains, Se disait des sociétés dont les membres coopéraient aux représentations théâtrales, et qui étaient établies dans les principales villes de l'empire : Artistes scéniquiîs. Collège scénique. Il Jeux scéniques, Représentations théâtrales chez les Romains.

— Encycl. Jeux scéniques. Les anciens Romains donnèrent le nom de jeux (ludi) à tous les spectacles publics qui leur étaient offerts dans les jours de solennité consacrés soit à un dieu, soit à un souvenir historique, ou bien institués par des magistrats pour rendre populaire leur magistrature. Ces spectacles tinrent une si grande place dans la célébration de cesjours solennels, que chaque solennité fut désignée sous le nom de jeux : ludi Apollinares, ludi Capilolini, ludi Florales, ludi Martiales, ludi Qu&storii , etc. Tout d'abord, les spectacles de ces jours de fête consistèrent uniquement en jeux de cirque (ludi circenses ou ludi Romani) , c'est-â-dire en luttes, courses, etc. L'an 302 avant notre ère, on y ajouta, pour la première fois, des représentations théâtrales qu'on appela ludi scenici, jeux scéniques. Tel lut le début du théâtre à Rome. On élevait pour la circonstance une scène éphémère, et c'est sur de pareilles scènes que furent représentées les pièces de Piaule et deTérence. Pourtant, les villes voisines de Rome, où les mœurs grecques ne trouvaient pas une si forte opposition, avaient déjà des théâtres permanents construits en pierre. Une salle du même genre fut commencée à Rome peu avant le consulat de C. Scipion JNasica; les censeurs en avaient autorisé l'érection ; mais Scipion , en 155 av. J.-C, persuada au sénat d'ordonner la destruction de cet édifice, comme dangereux pour la moralité publique. C'est fompée qui, en 53 avant notre ère, éleva le second théâtre romain en pierre; il était situé près du champ de Mars, pouvait contenir 40,000 spectateurs et était d'une grande beauté, ayant été construit, dit-on, sur le modèle de celui de Mitylène. Mais il existait déjà des théâtres en bois, faits pour survivre à des solennités de quelques jours. Celui qui fut bâti, trois ans avant le théâtre de Pompée , par vEinilius Scaurus , alors édile , était d'une grande magnificence et contenait 80,000 spectateurs. Quelques années plus tard, C. Curion construisit deux autres théâtres en bois, dont on vante aussi la magnificence. On élevu encore, peu de temps après, des théâtres en pierre semblables à celui de Pompée : le théâtre de Balbus et celui de Marcellus, que fit construire Auguste. Avec les théâtres permanents, les jeux scéniques, c'est-à-dire les représentations dramatiques données à l'occasion des jeux, perdirent beaucoup de leur attrait; du reste, le peuple ro-

SCÉP

main, sous l'empire, se prit d'une passion inouïe pour les jeux du cirque, les pantomimes et les gladiateurs.

SCÉNITES, nom donné par les Grecs d'abord, puis'par les Romains, aux tribus d'Arabes nomados qui vivaient sous des tentes entre la Syrie et l'Eupbrate (du gr. skèuê, tente).

SCÉNOGRAPHE s. m. (sé-no-gra-fe — de scène, et du gr. graphô, je décris). Artiste qui s occupe de scénographie.

SCÉNOGRAPHIE s. f. (sé-no-gra-fî — de scène, et du gr. graphô, je décris). B.-arts. Art de peindre et de disposer les décors des théâtres selon les règles de la perspective. Il Art ou action de représenter des lieux ou des bâtiments en perspective : La scénographie d'un paysage, d'un palais.

SCÉNOGRAPH1QUE adj. (sé-no-gra-fl-ke — rad. scénographie). Qui a rapport a la scénographie : Procédés scénograPBIQUES.

SCÉNOGRAPH1QUEMENT adv. (sé-nogra-li-ke-man — rad. scénographie). Selon les règles de la perspective seénographiqne.

SCÉNONYME s. m. (sé-no-ni-me — gr.

skénd, scène; onoma, nom). Bibliogr. Pseudonyme pris par un auteur ou un acteur dramatique ; Métesville , Duveyrier ; Joanny, Brisebarre; il/Ho Duchesuois, Joséphine Ralî il ; Mario, Joseph do Candia, sont des scb-

NONYMES.

SCÉNOPÉG1E s. f. (sé-no-pé-jî — du gr.

skênê, tente; pêgnuô , je fixe). Antiq. gr. Nom grec de la fête des Tabernacles, chez les Hébreux, fête célébrée en souvenir du temps où ce dernier peuple était errant et campé sous des tentes. Il On dit aussi les scénopéqies.

— Encycl. V. Tabernacles (fête des).

SCÉNOP1NE s. f. (sè-no-pi-ne — du gr.

skênê, tente, habitation; pinos, saleté). Entoni. Genre d'insectes diptères brachocères, de la famille des athéricères, type de la tribu des scénopiniens, comprenant sept espèces, dont plusieurs sont communes en France : Les scénopines se trouvent sur les vitres de nos appartements. (H. Lucas.)

SCÉNOPINIEN, IENNE adj. (sé-no-pi-niain, i-è-ne — rad. scénopine). Entom. Qui ressemble ou qui se rapporte à lascènopine.

— s. m. pi. Tribu d'insectes diptères, de la famille des athéricères, ayant pour type ie genre scénopine.

SCÉPA s. m. (sé-pa — gr. skepé , couverture ). Bot. Genre d'arbres , de la famille des stilaginées, ou type de celle des scépacées, suivant les divers auteurs, comprenant plusieurs espèces qui croissent dans l'Inde.

SCÉPACÉ, ÉB adj. (sé-pa-sé — rad. scépa). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au scépa,

— s. f. pi. Famille de plantes dicotylédones, ayant pour type le genre scépa.

SCÉPASMA s. in. (sé-pa-sma — mot gr.

qui signif. couverture).' But. Genre d'arbrisseaux, do la famille des euphorbiacées, tribu des phyllanthées, dont l'espèce type croît à Java.

SCÉPASTRE s. m. (sé-pa-stre). Ane. ch'r. Bandage dont on se servait pour les plaies do la tête.

SCÉPEAUX (Marie-Paul-Alexandre-Cèsar Boisguignon, vicomte de), chef vendéen, né en 1769, mort à Angers en 133 1. II Combattit sous les ordres de Bonchamp, son beaufrère, et défendit Le Mans, attaqué par les républicains (12 décembre 1793). Envoyé k Paris en 1705 par Stofilet et Charette, pour négocier avec le comité de Salut public la mise en liberté de Louis XVII, il fut arrêté à Angers en revenant à son poste, puis relâché presque aussitôt par ordre du comité, qui lui avait donné un sauf-conduit. La guerre recommença avec plus de fureur après ces négociations infructueuses. Scépeaux soutint la lutte avec courage jusqu'en 179S, époque a laquelle il fit sa soumission entre les mains de Hoche, tout espoir de succès pour la cause royale s'étaut évanoui. Sous l'Empire, il devint inspecteur général d'infanterie; à la Restauration, Louis XVIII le confirma dans le grade de maréchal de camp.

SCÉPHRUS s. m. (sé-fruss — gr. Skephros, nom pr,). Antiq. gr. Hymne en l'honneur do Scéphrus.

— Encycl. Le scéphrus, comme le Huas et Yialémus, paraît remonter aux temps héroïques et à l'antique religion de la nature. C'était un hymne de deuil, destiné peut-être à déplorer la disparition du printemps, le retour des frimas ou les calamités résultant do quelque fléau. La légende de Scéphrus en faisait le fond. Scéphrus était fils de Tegéatès et frère de Leimon. Lorsque Apollon et Diane tirèrent vengeance de ceux qui avaient maltraité Latone, à l'époque où elle cherchait vainement un lieu où elle pût mettra au monde les deux enfants qu'elle portait dans son sein, ils vinrent dans la contrée où Tégéatès avait fondé la ville de Tégée, près des confins de l'Argolide, et Apollon eut un entretien secret avec Scéphrus. A la suite de cet entretien, Leimon, soupçonnant son frère d'avoir comploté contre mi, le mit ù mort. Diane punit lu meurtrier par une mort

SCEP

subits. Le père et la mère de Scéphrus, Tégéatcs et Jlœra, offrirent immédiatement des sacrifices à Apollon et à Diane clans l'espérancî de les apaiser; mais, malgré leurs supplications, une famine désola la contrée. Le djeu de Delphes ordonna que Scéphrus fût honoré pur des solennités funéraires. Depuis ce temps, une partie des fêtes consacrées à Apollon dans la ville de Tégée se célébra en l'honneur de Scéphrus, et, dans ces l'êtes, la prétresse de Diane poursuivait un homme, pour rappeler que Diane avait poursuivi Leimon de sa vengeance. Tels sont les détails que donne Pausanias (vin, 53) en p triant- de l'hymne ancien, dont le souvenir subsistait a son époque sous le nom de scêpl rus.

SCEPSÉOTHAMNE s. m. (sé-psé-o-ta-mne).

Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des rubiacées, originaire du Brésil.

SCEPS1S, ville de l'ancienne Asie Mineure, dans la partie S.-O. de la Mysie. C'est là, dit-o.1, où furent retrouvés les ouvrages longtemps perdus d'Aristote.

SCEPTICISME s. m. (së-pti-si-sme — rad.

sceptique). Philos. Corps de doctrine des pyrrhon ens, des philosophes de la seconde académie, de la troisième et de celle des sophistes. 11 Scepticisme critique, Celui de Bay le, qui .«t fondé sur les preuves contradictoires eue l'on peut, selon lui, donner pour soutenu et combattre les propositions les plus capitales. Il Scepticisme de Hume, Celui qui est fjndé sur ce fait, allégué par Hume, que les idées ne sont que des sensations affaiblies inoics certaines que les sensations.

— Par ext. Doute universel; disposition à doutîr de tout : Le scepticisme détruit tout et se détruit lui-même. (Volt.) On ne fait pus au scepticisme sa part; dès qu'il a pénétré dans l'entendement, il t'envahit tout entier. (Royer-Collard.) Nous regardons le scepticisme comme le dernier mol de la raison sur elle-même. (Jouffroy.) Dans toute révolution d'idées, le scepticisme trouve sa place. (Jouffroy.) 0 antinomie/ lu es vraiment une citadelle imprenable ; tu ressembles trait pour Irait au scepticisme. (F. Bastiat.) Les guerres d'opinion finissent par enfanter le scepticisme moral. (Vinet.) L'état de scepticisme est nu véritable étal de maladie. (S. de Sacy.) Un scepticisme franc est un scepticisme honorable. (S. de Sacy.) Le scepticisme est moins une doctrine qu'une pratique; c'est un système de direction de l'entendement. (C. Renouvier.) Le scepticisme e t la maladie d'un petit nombre d'esprits dépravés. (Lacordaire.) Le scepticisme moral a pour corollaire te scepticisme spéculatif. (Proudh.) L'homme, à force d'apprendre, tombe dans le Scepticisme. (Toussenel.) Tout scepticisme est immord. (H. Taine.) Le scepticisme n'a qu'une objection qui mérite d'être pesée, c'est le mal. (J. "Simon.) Il y a plus de fanfarons de scepticisme que de sceptiques véritables. (J. Simon.)

— Encycl. Le doute est un fait relativement moderne dans l'histoire do la pensée, dont il constate surtout la maturité. Dans son état primitif et naturel, l'homme se gouverna toujours par la foi. La fui, c'est ce que, dans lu jeunesse des individus, on appelle des illusions; le scepticisme vient dans la vi; a l'heure où les illusions s'en vont et s'appelle en pratique désenchantement, lassitude, besoin de repos et d'inactivité; car l'activité va de pair avec la foi, et le scepticisme correspond merveilleusement avec l'inactivité systématique de l'esprit. Donc, au début de la longue carrière de la pensée, on ne rencontre le scepticisme nulle part. La raison a foi en elle-même; elle croit même trop à ses forces et elle enfante des systèmes sans nombre, auxquels souvent la réalité ns répond qu'imparfaitement. Néanmoins, cela Jure peu, à moins que la raison ne s'incline devant la religion et, grâce à celte alliance, ne conserve longtemps une jeunesse qui, il faut bien le dire, paralyse d'ordinaire son développement et souvent étouffe chez ses adeptes jusqu'au germe de la liberté de penser. Lorsqu'elle se développe dans les conditions normales, la raison commence donc par affirmer un peu à tort et à travers ; à mesure qu'elle acquiert de l'âge, son objet s'épure, elle distingue peu à peu ou croit distinguer le vrai du faux ; puis le moment vient où elle ne croit plus à rien ni à elle-même et tombe dans le scepticisme absolu. Cet état de choses parait se renouveler périodiquement, car les sociétés sont comme les personnes : quand l'une a atteint le seuil de la décrépitude, elle se dispose à peine à s'éteindre qu'une autre naît .pour la remplacer. L'école fondée par Pyrrhon et développée par jEnésidème a traversé toute l'antiquité et s'est perpétuée jusqu'à l'entrée du moyen âge sous le nom d'école sceptique. Elle avait essayé de bonne heure de dresser une table des lieux communs du scepticisme, et cette table contenait dix tropes ou manières de prouver la légitimité du doute. Nous avons expoi.é ces dix tropes dans notre article sur l'écols pyrrhonienne.

La raison, disent les sceptiques, est un témoin souvent trompeur. Si elle veut qu'on se fie à ses dépositions, il faut qu'elle établisse les titres de sa véracité ; mais il faudrait pour cela que la raison cessât d'être suspecte, c'est-à-dire qu'elle cessât d'être

SCEP

elle-même. Ainsi, ou bien on admet aveuglément toutes les représentations de la raison, et alors on se condamne à la contradiction ; ou bien on fait un choix, et dans co cas on tourne dans un cercle vicieux. Mais si le scepticisme conteste l'autorité de la raison prise en général, il n'accorde non plus aucune valeur réellement démonstrative a chacun de nos moyens de connaître pris en particulier. Il commence par répudier le témoignage des sens. La chaleur, l'odeur, la couleur, etc., ne sont point dans les objets extérieurs; ce sont des modifications de notre sensibilité. On aurait bien voulu faire exception pour l'étendue et le mouvement; mais cela était impossible, car si les objets des sens nous paraissent colorés, chauds, froids, odorants, encore qu'ils ne le soient pas, pourquoi ne pourraient-ils point paraître étendus et figurés, en repos et en mouvement, quoiqu'ils n'eussent rien de tel? Bien plus, nous pourrions sentir le froid et le chaud, voir des couleurs, des figures, de l'étendue, du mouvement, quoiqu'il n'y eût aucun corps dans l'univers; nous n'avons donc nulle preuve décisive de l'existence des corps. Malebranche déclare cet argument difficile à entamer, et, depuis, Berkeley lui a donné une force réellement irrésistible. Jouffroy considère cet argument par un autre côté. « Ce que je vois jaune, qui me prouve qu'un autre ne le voit pas bleu, un autre rouge, un autre noir? rien au monde, car chacun de ces mots ne signifie pas autre chose sinon que chacun de nous voit constamment d'une certaine couleur les choses auxquelles il l'applique, muis nullement que cette couleur soit la même pour les différentes personnes qui se servent du mot. > On pourrait argumenter contre les données de la mémoire avec autant de force que contre celles des sens et de la raison, La mémoire diffère dans chaque individu; elle est incomplète chez tous ; rien ne démontre qu'elle soit incapable de mentir; compliquée de l'imagination, il lui arrive même fréquemment de nous représenter le passé autre qu'il ne fut.

11 est constant que le dogmatisme ne pos- . sède pas une dialectique qui lui permette de répondre aux sceptiques sur le terrain de la critique. Il y a pourtant une objection fondamentale a opposer au scepticisme : c'est que tout ce qu'il conteste paraît réellement exister, que l'univers et l'homme n'ont pas trop l'air d'être des fantômes, comme il le prétend, et qu'au pis aller, 'quand la réalité universelle serait mal établie , comme les sceptiques n'ont rien pour la remplacer, il vaut encore mieux s'accommoder d'une réalité incertaine que du néant absolu.

Au fond, le scepticisme est une vue d'ensemble des opinions humaines. Il peut être le fruit d'une grande lassitude de la pensée, et alors il constitue un état mental à peu près incurable. Comme opinion active, il existe moins en lui-même qu'il n'est le fruit de l'ignorance dogmatique. En général, les gens à courte vue ou ios sectaires que leurs passions dirigent limitent la vérité aux notions qu'ils possèdent et déclarent ces notions permanentes et universelles. Ils ignorent que la vérité, comme toute choîe, est soumise à la loi suprême du mouvement. De leur coté, les sceptiques, ignorant également que la réalité est mobile et instable, concluent de cette instabilité qu'elle n'existe point. Ils ont raison contre les dogmatiques et ils ont tort vis-à-vis de la vérité, qui se moque de leurs doutes et continue de vivre sous ses inodes infinis en dépit do leur négation et de leurs objections.

Pour de plus amples détails, v. certitude,

HYPOTVPOSES PYRRIIONIENNIiS et PYRRHO- NIENNE (école).

Scepticisme ; JEnésidème, Pascal, Kant, études pour servir à l'histoire critique du scepticisme ancien et moderne, œuvre posthume d'Emile Saisset, professeur à la Faculté des lettres de Paris (1865, 1 vol. in-S°).

La première des trois études historiques de ce volume s'occupe d'^Enésidème. Après avoir rapidement exposé sa vie et ses ouvrages, l'auteur démontre que le scepticisme est moins ancien en Grèce qu'on ne le pense et examine les diverses questions soulevées par ce philosophe, qui lui semble être un disciple d'Heraclite. /Enésidèmc, à son tour, a cinq disciples : Zcuxis, Favorinus, Agrippa, Ménodote, Sextus Empiricus, à qui nous devons la connaissance des travaux de ses devanciers.

Saisset s'arrête peu à Montaigne, Charron, La Motte Le Yayer, qui lui paraissent des sceptiques sans originalité, Mais après Descartes apparaît un scepticisme puissant que Saisset ramène à deux types : le scepticisme théologique et le scepticisme érudit. Pascal et Huet sont les représentants du premier. Pascal, avec les jansénistes affirmant la corruption de la nature humaine, professe nécessairement l'impuissance de la raison. « Humiliez-vous, raison impuissante; taisez- vous, nature imbécile, ■ dit-il dans ses Pensées. Huet, moins résolu, admet des vraisemblances à défaut de vérités; il insinue le scepticisme plutôt qu'il ne l'enseigne. Quant à Bayle, il a vu trop d'opinions pour croire à la vérité, le doute lui semble encore le plus sûr; mais cette multiplicité de vues lui parait commander la tolérance vis-à-vis

SCEP,

de toutes les idées. Saisset combat cette double forme du scepticisme. A la doctrine de l'insuffisance de la philosophie proclamée par Pascal, il oppose l'exemple des âmes philosophiques qui ont soif de connaître, qui ne veulent pas être dupes et qui aspirent à se diriger par les seuls conseils de la raison. Les Socrate, les Platon, les Aristote, les Caton, les Mare-Auréle, les Epictéte ont su se contenter de la philosophie ; ils ont vécu honnêtes et heureux sans avoir de religion positive, et à cette occasion l'auteur est amené à faire une profession de ses croyances personnelles. « Vous n'admettez donc ni surnaturel, ni miracle, ni révélation ? — En fait de surnaturel, réplique-t-il, j'admets Dieu et la Providence ; en fait de miracle, j'admets le miracle éternel et perpétuel de la création; en fait de révélation, j'admets que Dieu se révèle par les lois de la nature et fait éclater sans cesse sa puissance, son intelligence, sa sagesse, sa justice, sa bonté. J'admets cela, rien de moins, rien de plus. j>

C'était de l'audace pour un professeur de littérature à la Sorbonne.

La dernière étude est consacrée à Emmanuel liant, que l'auteur distingue avec soin de Pyrrhon et de Bayle, mais dont la philosophie lui paraît renfermer les germes du scepticisme. Le philosophe de Kœnigsberg, dans ses ouvrages, montre que les notions d'espace, de temps, de substance, de cause, d'unité sont absolument vides quand on les sépare de l'expérience. Dans la Critique de la raison pure, il ruine la simplicité, la personnalité, l'immortalité de l'âme; il s'efforce d'établir tour à tour que le monde est fini et qu'il est infini dans l'espace et dans le temps, qu'il a et qu'il n'a pas de parties indivisibles, enfin que Dieu nous apparaît tantôt comme nécessaire, tantôt comme impossible. Mais dans la Critique de la raison pratique, so fondant sur la notion du devoir dont l'évidence lui parait incontestable , il montre q^ue s;, pour la raison pure, Dieu, la liberté, 1 immortalité se présentent comme de simples possibilités, devant la raison pratique ce sont autant de dogmes inébranlables. Saisset remarque ici queja Critique de la raison pure et la Critique de la raison pratique , bien loin de former -une philosophie homogène , forment deux philosophies distinctes et contraires.

SCEPTIQUE adj. (sè-pti-ke — grec skeptikos, proprement qui examine ou qui s'informe, de skeptomai, regarder, examiner, considérer, d'un radical skep, qui est pour spek, et qui correspond à la racine sanscrite spaç, proprement toucher, puis, d'après Wilson, informer, rendre clair, évident, d'où spashta, vispashta, clair, manifeste, évident, comme nous disons ce qui se touche au doigt, spaça, espion, spaç, gardien. La racine paç, qui est évidemment alliée à spaç, a pris le sens de voir). Philos. Qui appartient, qui a rapport au septicisine ou à ses partisans ; qui partage cette doctrine et doute de tout : La philosophie sceptique. Les philosophes schptiques. Pyrrhon est considéré comme l'auteur de la philosophie sceptique. (Acad.) Comment peut-on être sceptique par système et de bonne foi? Je ne salirais le comprendre. (J.-J. Rouss.) En retranchant de la science la connaissance des premières causes, vous réduises l'homme à devenir sceptique, (H. Taine.)

— Par exagér. Qui est porté au doute, qui doute facilement dans un grand nombre do cas : Le jeune homme est confiant, le vieillard est crédule, l'homme est souvent sceptique. L'avenir est toujours sceptique à l'égard du passé, puisqu'il s'en sépare. (Quinet.) Les hommes actuels sont sceptiques et ironiques pour toute chose, hors pour l'honneur. (A. de Vigny.) Dans un pays comme la France, il importe qu'il vienne de temps en temps des intelligences élevées et sérieuses qui fassent- contre-poids à l'esprit malin, moqueur, sceptique, incrédule, du fond de la race. (Ste-Beuve.) Autant l'aristocratie anglaise est sceptique, autant le peuple anglais est crédule. (E. T exier.)

— s. m. Philosophe sceptique; personne qui doute de tout ou qui est portée à douter souvent : Pds de sceptique qui n'ait eu une tendance, pas de sceptique qui ait cultivé le scepticisme pour te scepticisme même. (P. Leroux.) Le véritable sceptique au fond c'est l'homme de parti pris , celui dont en toute question le siège est fait. (E. Scherer.) Il y a plus de fanfarons de scepticisme que de sceptiques véritables. (J. Simon.) Un sceptique n'est jamais qu'un homme d'esprit qui n'a pas assez pensé. (Lamart.)

— s. f. Philosophie des sceptiques, n Mot vieilli.

Sceptiques (les), comédie en prose et en quatre actes, de M. Félicien Mallefille ; représentée sur le théâtre de Cluny le 21 décembre 1S67. Encore une pièce que les directeurs des grands théâtres n'ont pas eu l'esprit d'accaparer et que tout Paris est allé applaudir! Et cependant elle ne justifie pas son titre. Ce sont, en effet, d'étranges sceptiques que le comte d'Apremont, le due Richard de La Villepreneuse et le marquis Lionel de Trésignan. Us n'ont du scepticisme que l'apparence, et leur incrédulité dédaigneuse ressemble à cette pudeur hautaine qui fait étaler leurs vices et cacher l»urs vertus à certains caractères.

Richard séduit une jeune institutrice de

SCEP

bonne famille forcée, par des revers de fortune, à exercer cet humble et pénible métier. Craignant, à cause de sa position, de son ti' tre et de sa richesse , de ne pas être aimé pour lui-même et d'être la dupe d'une faiblesse calculée, il abandonne Pauline après lui avoir offert une année de son revenu, 300,000 francs, qu'elle repousse comme un outrage; mais quand il est convaincu du désintéressement et de la noblesse d'âme de sa victime, comme il la regrette, comme il l'adore, comme il la cherche éperdument à travers les dissipations de sa vie ! Et quand un hasard la lui fait retrouver mariée au comte d'Apremont, avec quelle ardeur, avec quelle passion il essaye de reconquérir cet amour perdu par sa faute, le seul vrai qu'il ait éprouvé. 11 menace de se tuer si elle no lui accorde un rendez-vous , non d'amour, mais d'adieu; car il va tenter de regagner son estime par une vie austère. Le malheur veut qu'ils soient surpris à ce rendez-vous, mnis sans être reconnus, et le comte d'Apremont accuse sa fille. Pauline se déclare coupable et rappelle à son mari qu'il a refusé d'écouter sa confession avant leur union. L'époux outragé pardonnerait peut-être, muis il craint pour l'avenir, malgré la parole de Richard. Entre sceptiques, cela se conçoit. Richard prend un pistolet, le tourne contre sa poitrine, fait feu et tombe mort en s'écriant : i On me croira peut -être maintenant! • Se tuer pour couper court à tout . soupçon et laver avec son sang l'honneur de celle qu'il a autrefois trahie, est-ce donc l'action d un sceptique? Appartient-il donc aussi à cette secte dont la devise est : i Souvienstoi de ne pas croire, » ce comte d'Apremont qui a épousé Pauline sans vouloir connaître son passé et qui s'en repose sur elle du soin de marier sa fille, qu'il adore, tant il professe pour elle de confiante estime? Lionel deTrésignan, à qui la seule apparition de Blanche d'Apremont inspire un si vif désir de se débarrasser des liens de l'adultère dans lesquels il est retenu, nous semble encoro un médiocre douleur, car il croit au mariage, au bonheur dans la famille ; et pourtant ce n'est pas lui qu'aime Blanche, éprise, à son insu, d'un brave artiste qui l'adore aussi secrètement, Pierre, le moraliste, le Desgenais de la pièce. Mais Lionel a douté un instant de Blanche, quand son père l'accusait; il sera puni en la voyant passer aux bras de Pierre, qui h'u jamais douté, lui, et que sa modestie seule avait empêché de se déclarer, de Pierre qui se sacrifiait sans murmurer au bonheur do celle qu'il aimait et voulait même assurer son mariage.

En dépit de cette contradiction entre le sujet et le titre de la pièce, elle a parfaitement réussi. C'est qu'elle renferme do fort belles scènes bien amenées, bien conduites et bien écrites. Le dernier acte est magnifique d'un bout à l'autre. Il y a du mouvement et de l'intérêt, plus de cœur encore que d'esprit. • Ce qui soutient le drame de M. Félicien Mallefille, dit Théophile Gautier, c'est une hauteur de caractère, une fierté chevaleresque, une vaillance à outrance qui nous sort des banalités courantes. On reconnaît à ces façons de gentilhomme le grand romantique de 1830, le poëte grandi par l'emphase espagnole et la lecture da Romancero, l'auteur des j Sept infants de Lara. »

| SCEPTIQUEMENT adv. (sè-pti-ke-man).

D'une manière sceptique ; Douter sceptiquement de tout.

SCEPTRANTHE s. m. (sè-ptran-te — du gr. skeptron, sceptre ; anthos, fleur). Bot. Syn. de

COOPERIE.

SCEPTRATE s. m. (sè-ptra-te — rad. sceptre). Numism. Monnaie ancienne représentant un souverain qui tient un sceptre : Les SCEPtrates de Phitippe de Macédoine.

SCEPTRE s. m. (sè-ptre — latin sr.eptrum, grec skeptron, bâton ; de sképlein, appuyer, que l'on rattache à la racine sanscrite sknbh, affermir, appuyer). Sorte de bâton de commandement, qui est l'un des insignes de la royauté : Le sceptre, la crosse , la houlette, autant de bâtons, autant d'insignes d'un même pouvoir, celui de fustiger.

— Par ext. Rois, souverains, personnes qui portent le sceptre : On honore te sceptre par crainte ou par intérêt.

— Fig. Autorité souveraine, exercice de cette autorité : Le sceptre et l'encensoir. Usurper le sceptre. Tenir le sceftru d'une main ferme. Le sceptre ne fut point àlë aux Juifs, à cause que le retour était promis et prédit. (Pasc.) Les premiers chrétiens respectaient le sceptris dans les mains même profanes et idolâtres. (Mass.) Quiconque tient te sceptre et L'encensoir a les deux mains bien occupées, (Volt.) Souvent un roi aoec son sceptre meurtrit une tête ignorée. (Chateaub.) Sceptres et mitres d'or brillent, mais durent peu.

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