‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 181 sur 1059 · SORLINGUES · texte numérisé non relu

SORLINGUES

SCIN s. m. (sinn). Grnmm. V. schin.

SCINA (Domenico), littérateur et physicien italien, né à Païenne en 1765, mort dans la même ville en 1837. Entré dans les ordres, il professa un cours complet de physique expérimentale à l'université de sa ville natale, fut nommé historiographe du royaume de Sicile et prit une part active, comme conseiller universitaire, à l'organisation de l'enseignement laïque en Sicile. Ses principaux écrits sont : Introduction à la physique (Païenne, 1803); Cours de physique (1828 et 1829); Empedocle (1813); Biographie d'Archimède (1823) ; Histoire littéraire de la Sicile au xviiib siècle (1825, 3 vol. iii-8°).

SCINACODE s. in. (si-na-ko-de — du gr.

skinax, agile). Erpét. Genre de batraciens anoures, de la famille des crapauds.

SCINAIE s. f. (si-nè). Bot. Syn. d'HALYmênie, genre d'algues.

SCINAX s. m. (si-nakss — du gr. skinax, agile). Erpét. Genre de batraciens anoures, de la famille des rainettes.

SC1NC s. m. (saink). Erpét. V. scinque.

SCINCOÏde adj. V. SCINCOÏDIBN,

SCINCOÏDIEN, IËNNE adj. (sain-ko-i-diain, i-è-ne — du gr. skigkos, scinque; eidos, aspect). Erpét. Qui ressemble ou qui se rapporte au scinque. Il On dit aussi scincoïde.

— s. m. pi. Famille de reptiles sauriens, ayant pour type le genre scinque : Les scincoïdiens ont en général le corps arrondi ou tout d'une venue. (E. Desmarest.)

— Encycl. Les scincoîdiens ont pour caractères : une tète recouverte en dessus par des plaques cornées, minces, anguleuses, régulièrement disposées; la langue petite, libre, plate, non extensible ; les yeux à paupière unique ou presque nulle; le corps et la queue garnis d écailles courtes et imbriquées; les pieds courts ou nuls. Ces animaux sont répandus dans les diverses contrées du globe, mais surtout en Australie. Ils sont généralement carnivores et vivent sur la terre ; quelques-uns se creusent des espèces de terriers. Leurs mouvements sont lents, surtout chez les genres privés de pieds, pour lesquels la reptation est le seul mode de locomotion possible. Cette famille, qui forme le passage des sauriens aux ophidiens, comprend les genres scinque, seps, bipède ou hystérope, chalcide, ehirote ou bimane, anguis ou orvet, cordyle, ophisaure, sphénops, etc.

SCINDAPSE s. m. (sain-da-pse — du gr.

skindapsos, même sens). Antiq. gr. Instrument de musique à cinq cordes.

— Bot. Genre de plantes, de la famille des aroïdées, tribu des caliées, comprenant une dizaine d'espèces, qui croissent dans l'Inde.

SCINDÉ, ÉB (sain-dé) part, passé du v. scinder. Divisé : Affaire scinoée.

SCINDER v. a. ou tr. (sain-dé — lat. scindere, mot que l'on rattache à la racine sanscrite chid, couper, fendre, d'où aussi le grec

SCIN

schizein, le gothique s/eaidan, l'allemand scheiden, schneiden et le lithuanien skuttu, même sens. A la même racine appartiennent le sanscrit chidis, chaidas, tranchant, coupure, grec schisis, et le sanscrit chidâ, fragment, grec schidé, lithuanien skuttu, même sens. On attribue la création du mot fiançais à Mirabeau). Diviser, distinguer : Scinder une question, une proposition. L'invention gui a change l'état social au point de scinder en deux grandes époques l'histoire du monde, c'est l'imprimerie. (L. Laborde.)

Se scinder v. pr. Etre scindé, divisé : Notre existence est une et ne Sis scinde pas. (Balz.)

— Diviser son être, y établir des agents distincts : La réflexion nous permet de nous scinder en faisant de notre être un objet d'étude vis-à-vis de lui-même. (Ch. Dollfus.)

SCINQUE s. m. (sain-ke — lat. scincus, gr. ikiykos, même sens). Erpét. Genre de reptiles sauriens, type de la famille des scincoïdiens, dont l'espèce type habite le nord de l'Afrique : Les médecins arabes regardaient te scinque comme un remède souverain contre un grand nombre de maladies. (E. Desmarest.) On prétend que te scinque se nourrit d'herbes aromatiques. (V. de Bomare.)

— Encycl. Ce genre présente les caractères suivants : museau cunéiforme, tranchant, tronqué, narines latérales, s'ouvraDt emre les deux plaques nasale et supéro-nasale antérieure ; langue éohancrée , squammeuse ; dents coniques, simples, obtuses, mousses au sommet ; palais denté, à rainure longitudinale; dus ouvertures auriculaires operculées; flancs anguleux k leur région inférieure; queue conique, pointue; quatre pattes, terminées chacune par cinq doigts presque égaux, aplatis, à bords en scie. Les scinques sont des sauriens à corps assez ramassé, ayant, dans certaines parties de leur organisation, surtout dans la disposition des doigts, quelque chose qui les fait ressembler a certains laeertiens. Ils se distinguent généralement de tous les sauriens par leurs écailles assez semblables à celles des poissons; ils se rapprochent des lézards par les plaques qu'ils portent sur la tête et par uije rangée de pores qu'on trouve sous les cuisses dans quelques espèces. Le genre scinque no renferme qu'une seule espèce.

Le scinque des boutiques a le corps couvert d'écaillés arrondies, lisses, plus larges que longues, disposées pur rangées longitudinales; le bout, du museau pointu, relevé; la queue grosse à la hase, mince et comprimée a l'extrémité, plus courte que le corps; sa couleur générale est jaune argeuté, avec sept ou huit bandes transversales noires; les régions latérales et inférieures sont d'un blanc argenté plus ou moins pur. Sa longueur totale est de 0m,lS à om,2o. C'est le scinque de la plupart des auteurs, le scinque des pharmaciens. D'après M. Al. Lefebvre, ce reptile se rencontre constamment sur les monticules de sable tin et léger que le vent accumule au pied des haies qui bordent les terres cultivées; on le voit se chauffer paisiblement aux rayons du soleil et chasser aux insectes qu'il peut rencontrer ; il court avec une certaine vitesse, et, quand il est menacé, il s'enfonce dans le subie, souvent à une profondeur de 0m,50, avec une rapidité singulière; quand il est pris, il l'ail des efforts pour s'échapper, mais il ne cherche pas k mordre ou k se défendre avec ses ongles.

Les médecins arabes regardaient le scinque comme un remède souverain contre un grand nombre de maladies ; ils l'employaient comme contre-poison pour les blessures faites par les flèches empoisonnées, et sa chair, principalement celle des lombes, était regardée comme un remède dépuratif, exoitunt, analeptique, anthelmiulhique, antisyphilitique et aphrodisiaque. Ce médicament n'est pas recommandé aujourd'hui en Europe; mais les médecins orientaux l'administrent encore dans l'eléphuntiasis, dans les maladies cutanées et dans certains cas d'ophthalmie. On recherche les scinques avec soin; les habitants nomades du désert du midi de l'Egypte les ramassent en grande quantité, les font dessécher et les envoient au Caire.

SCINTILLANT, ANTË adj. (sain-ti-llan, ante; il mil., ou saiu-til-lan, an-te , d'après l'Académie — rad. scintiller). Qui scintille : Des étoiles scintillantes. La surface scintillante de la mer. Le carrare et le pentelique, avec leur mica scintillant, conviennent mieux que l'airain aux jeunes immortelles nues. (Th. Gaut.)

— Fig. Pétillant, brillant, qui a de l'éclat : L'ivresse des Français est gaie, scintillante et téméraire. (Gai Poy.)

— Miner. Qui donne des étincelles sous le briquet.

SCINTILLATION s. f. (sain-ti-lla-si-on ; Il mil., ou sain- til-la-si-on, d'après l'Académie). Mouvement, agitation rapide d'une lumière qui scintille : La scintillation vice des étoiles faisait honte à la lune et résistait à l'aube. (Michelet.)

— Eig. Eclat qui produit une sorte d'éblouissement de l'esprit : On veut faire briller aux yeux des spectateurs tes scintillations de l'antithèse. (Cormeu.)

SCIN

— Miner. Propriété des minéraux qui donnent des étincelles sous le briquet.

— Encycl. Astron. La scintillation est un des caractères qui permettent de distinguer, à simple vue, les étoiles des planète-* : les étoiles scintillent, c'est-à-dire que leur lumière parait continuellement agitée et tremblante; qu'elle semble par moments s'éteindre, puis se ranimer toutàcoup; qu'elle jette des éclats diversement colorés, tantôt rouges, tantôt verts. Les planètes ne scintillent pas, ou du moins scintillent peu. La différence entre les planètes et les étoiles, quant à la scintillation, a été expliquée par Arugo, qui s'est, pour cela, appuyé sur la théorie des interférences (v. ce mot), à laquelle nous prions le lecteur de vouloir bien se reporter pour comprendre ce qui suit.

Une étoile peut être regardée comme un simple point lumineux. Deux rayons lumineux homogènes, partis en mémo temps de cette étoile, arrivent à l'œil d'un observateur, après avoir traversé l'atmosphère. Les changements continuels qui se produisent dans la température, la pression, le degré d'humidité de l'air atmosphérique font que ces deux rayons, quelque rapprochés qu'ils soient l'un de l'autre, ne traversent pas des masses d'air absolument identiques. Or, on sait qu'un rayon lumineux est toujours retardé par son pu-sage a travers un milieu quelconque, et qu'il 1 est d'autant plus que ce milieu est plus réfringent. Il résulte de la que les deux rayons venus de l'étoile sont retardés chacun d'une certaine quantité, par leur passage à travers l'atmosphère, et que le retard de l'un est généralement différent du retard de l'autre. Si l'excès du retard de l'un des rayons sur le retard de l'autre est d'un nombre impair do demi -longueurs d'ondulation , ces deux rayons, rendus convergents après qu'ils ont pénétré dans l'œil, y produisent une interférence.

Prenons maintenant tout le faisceau de rayons homogènes, de rayons rouges, par exemple, que l'étoile envoie à l'intérieur de l'œil. Les divers rayons qui le composent éprouvent des retards inégaux de la part des couches atmosphériques qu'ils traversent ; on conçoit donc qu'une portion de ces rayons puisse détruire les autres par interférence, après qu'ils se sont introduits dans l'œil; mais cette destruction pourra n'être que partielle, et d'ailleurs elle sera plus ou moins grande d'un instant à un autre, en raison des changements qui arrivent constamment dans les masses d'air que ces rayons rencontrent sur leur chemin. La sensation produite par ce faisceau de rayons rouges émanés de l'étoile sera donc trèsvariable, tantôt faible, tantôt forte, et ces variations se produiront souvent avec une grande rapidité. Si l'étoile n'émettait que des rayons rouges, elle semblerait s'éteindre, puis se ranimer; elle présenterait un éclat variable d'un instant à un autre.

Mais la lumière d'une étoile est généralement blanche, c'est-à-dire composée de toutes ou presque toutes les lumières simples qui existent. Or, il est clair que ce que nous venons de dire pour les rayons rouges, nous pouvons le répéter pour les rayons bleus, pour les rayons verts, etc. En sorte que, par suite des interférences de ces diverses espèces de rayons, l'étoile présentera un éclat très-variable d'un instant à un autre.

Remarquons, de plus, que les longueurs d'ondulation n'étant pas les mêmes pour les diverses couleurs, le retard d'un rayon sur un autre ne devra pas être le même, pour qu'il y ait interférence, lorsque ces rayons seront rouges, ou verts, ou violets, etc. On conçoit donc que l'interférence de deux rayons rouges ne peut pas se produire en même temps que celle de deux rayons verts, ou bleus, ou violets, etc. Ainsi, dans l'ensemble des rayons lumineux que 1 étoile envoie à un instant déterminé à l'intérieur de l'œil, il doit se produire des interférences entre les rayons des diverses couleurs; mais ces interférences peuvent être plus nombreuses pour certaines couleurs que pour d'autres : les rayons rouges, par exemple, peuvent se détruire presque complètement, tandis que les rayons verts ne se détruisant qu'en petite quantité. 11 en résulte que les diverses couleurs qui composent la lumière Hanche venue de 1 étoile éprouvent des diminutions inégaies d'intensité, et que, par suite, elles ne se trouvent plus dans les proportions convenables pour former de la lumière blanche par leur réunion ; l'étoile doit donc sembler colorée. Cette colorution de l'étoile doit d'ailleurs varier continuellement, suivant que telle ou telle couleur devient prédominante, par suite des variations continuelles du milieu traversé par les rayons.

La scintillation des étoiles est ainsi expliquée. Voyons maintenant ce qui doit arriver dans le cas d'une planète.

Une étoile, nous l'avons dit, peut être assimilée k un point lumineux. Il n'en est pas de même d'une planète, dont les dimensions sont rendues très-sensibles par l'emploi des lunettes. Les rayons lumineux qu'une planète nous envoie sont donc dans les mêmes conditions que s'ils venaient d'une agglomération de points lumineux très-rapproehés les uns des autres, mais pas assez pour se euiifoudre en un seul. Chacun de ces points lumineux, pris isolément, doit se comporter

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comme une étoile ; les rayons qu'il envoie dans l'œil doivent éprouver des interférences variables d'un instant à un autre ; en un mot, s'il était seul, on le verrait scintiller. Les divers points lumineux, que nous supposons placés à côté les uns des autres, scintillent tous ensemble; mais leurs scintillations sont généralement discordantes. Tandis que l'un d'eux jette un vif éclat, un autre semble s'éteindre; lorsque le premier se colore en rougo, le second prend une teinte verte ou bleue. Ce n'est qu'accidentellement que les scintillations de ces divers points concordent, et alors l'agglomération de ces points scintille elle-même. Mais, le plus habituellement, les scintillations partielles se contrarient plus ou moins, et il en résulte, pour l'ensemble des points, une scintillation très-faible, sinon tout à fait nulle. On comprend par là comment il se fait que le phénomène de la scintillation soit beaucoup moins prononcé pour les planètes que pour les étoiles.

On a remarqué que la scintillation des astres se produit surtout lorsque, l'air ayant été see pendant quelque temps, de l'humidité vient à s'y répandre; en sorte que ce phénomène est pour les marins un présage de mauvais temps. C'est que, dans ces circonstances, l'air se trouve dans les conditions convenables pour agir inégalement sur les divers rayons qu'un astro envoie à l'intérieur de l'œil, et pour déterminer les interférences •qui donnent lieu au phénomène de la scintillation.

Sous les tropiques, pendant une grande partie de l'année, dans l'Inde, au Pérou, en Arabie, partout enfin où l'air est sec et d'une grande homogénéité, la scintillation est presque insensible.

Avant que parût la théorie d'Arago, on avait fait trois hypothèses principales sur la cause de la scintillation. A< istote et Cardan l'expliquaient par les vacillations du l'œil, qui manquerait de fermeté pour regarder nu delà de certaines distances. Tycho, Kepler, Galilée, etc., admettaient des variations réelles dans l'éclat de l'astre. Alhuzeu, Huyghons, Newton, Saussure voyaient dans la scintillation le résultat du déplacement des rayons sous l'action de l'air agité. Ces trois hypothèses n'expliquaient pas la différence qui existe, quant à la scintillation, entra les étoiles fixes et les planètes.

La théorie d'Arago, si ingénieuse qu'elle soit, n'a pas satisfait tout le monde. Plusieurs physiciens, entre autres Messoui, Donati et Montigny, font dépendre la scintillation de phénomènes, soit de réfraction et rie dispersion, soit de réflexion, des rayons lumineux, dans l'intérieur de la masse atmosphérique.

SCINTILLER v. n. ou intr. (sain-ti-llé ; // mil., ou sain-til-lé, selon l'Académie — lut. scintillare; de scintilla, étincelle). Briller avec une sorte de trépidation rapide : Les étoiles scintillent. Quelques planètes ne scintillent pas du tout. (Arago.) La mare scintille, fourmillante d'insectes qui grouillent. (H. Tanie.) La roche scintille, niellée et damasquinée comme une cuirasse d'argent. (II. Taine.) Son œil noirT surmonté de sourcils vigoureusement tracés, scintille par moments comme une étoile fixe. (Ad. Paul.)

La rosée arrondie en perles

Sctmille aux pointes du gazon.

Th. Gautier.

De paillettes tout étoile,

Scintille, fourmille et babille

Le carnaval bariolé.

Th. Gautier.

— Fig. Se montrer avec un certain éclat : La vérité scintille dans ce livre, mais ne s'y montre pas dans tout son éclat. Au plus profond de notre âme brille une étoile, scintille un rêve, celui de la suprême félicité. (C. Dollfus.)

SCIO, lie de l'Archipel. V. Csio.

Scio (le massacre de), tableau de M. Delacroix; musée du Luxembourg. « Le Massacre de Scio, dit M. E. About, est une peinture accablante; on se la rappelle malgré soi; on en est obsédé; elle pèse lourdement sur la mémoire comme le songe d'une nuit d'orage. » Voici la belle description qu'en a faite le plus coloriste de nos écrivains contemporains, Théophile Gautier: «Sous mi ciel bleu, zébré de jaune, blanchit au milieu de l'azur foncé de la mer un terrain nu, ravagé, jonché de morts, glacé de caillots de sang, où le soleil semble fomenter la peste parmi la corruption, dernière vengeance des cadavres; des fumées d'incendie montent dans le lointain, des exterminateurs achèveut l'œuvre de destruction; sur le devant, un nourrisson affamé se suspend au sein tari de sa mère déjà morte; une vieille hâve, ridée, séchée, hébétée de chagrin, regarde vaguement devant elle; une jeune femme s'appuie en pleurant à l'épaule d'un moribond, dont l'agonie ouvre les yeux hagards et qui se roidit dans sa suprême convulsion. Rien n'est plus tragique que ce groupe, où le désespoir assiste la mort. Plus loin, un Turc faisant, cabrer sa monture à croupe pommelée entraîne une jeune Grecque liée a la queue de son cheval et qui, le torse nu, se renverse en tâchant de défaire les nœuds de sa corde avec un sublime mouvement de révolte pudique. Parmi ces monceaux de morts, de blessés, de mourants, ce corps pur, blanc et virginal produit une dissonance gracieuse d'un effet terrible,

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qui fait sentir l'horreur du massacre encore davantage. Tout, autour de cette belle tille, prend des teintes plus livides, plus jaunes, plus cadavéreuses, phis pestilentielles, plus vertes, plus violacées. Des amis s'embrassent en attendant le coup fatal. Un Palikaie désarmé maudit son impuissance dans l'altitude morne des guerriers vaincus. • Delacroix ne connaissait pas la Grèce, où il n'avait jamais voyagé, lorsqu'il a peint lo Massacre de Scio ; cela ne l'a pas empêché de tirer de son sujet un grand effet de vraisemblance poétique (à défaut de couleur locale) qui s'élève jusqu'à la terreur. « La fièvre de la main, dit aussi M. E. Chesneau, a rendu fidèlement la fièvre de la pensée qui agitait tous les esprits en 1824 au seul nom de la Grèce. C'est l'Orient et sa cruauté dans l'homme et dans la nature. ■ Au reste, le peintre ne pouvant s'inspirer de ses souvenirs s'inspira de luimême, de sa propre émotion et de son imagination ardente, et reimça cette scène de carnage avec une vraisemblance que la préoccupation de la réalité lui eût peut-être enlevée. Cependant, à partir de cette œuvre, le peintre rentra, pour n'en sortir qu'exceptionnellement, dans le monde des créations purement imaginaires et poétiques. Aujourd'hui, le tableau du Massacre de Scio, qui souleva tant de clameurs dans le camp des classiques, est devenu classique à son tour. « A la galerie du Luxembourg, dit Théophile Gautier, il ameute les chevalets autour de lui; on le copie, on l'étudié, on l'admire 1 »

SCIO (Etienne), violoniste et compositeur français, né à Bordeaux en 1706, mort à Paris en 1796. Fils d'un musicien, il lit de tels progrès qu'à vingt-deux ans il devint premier violon au théâtre de Marseille. Quelque temps après, il épousa dans cette ville une charmante cantatrice avec laquelle il se rendit à Paris en 1791. Là, il devint, chef d'orchestre du théâtre Molière et y lit représenter quelques opéras. Après la fermeture de ce théâtre (1792), il passa avec sa femme au théâtre Feydeau en qualité de chef des seconds violons. Scio mourut à vingt-neuf ans d'une plithisie. On lui doit; entre autres opéras : la France régénérée (1791), qui eut un grand succès; \eJtevetlde Camuillaliu (1791); le Sufa (1791), au théâtre Molière; Lis'tdure et Montrose (1792); Lysia (1793), au théâtre Feydeau ; le Tambourin de Provence (1793), au théàtro de la Cité.

SCIO {Claudine-Angélique Legrand, dame), cantatrice française, femme du précédent, née à Lille en 1770, morte en 1807. Elle reçut une bonne éducation et débuta au théâtre sous le nom de M"« Crécy. Après avoir joué avec succès les premiers rôles d'opéra-comique à Montpellier et à Avignon, elle fut engagée au grand théâtre de Marseille, où elle épousa Scio, qu'elle suivit à Pans. Les applaudissements qu'elle obtint au théâtre Molière en 1791 la tirent engager l'année suivante au théâtre Feydeau, où elle conquit le premier rang. En 1801, elle lit partie de la troupe réunie des deux théâtres Feydeau et Eavnrt, et, en 1802, elle se remaria avec un employéduTrésor nominéMessié et prit alors le nom de Scio-Messic, qu'elle garda jusqu'en 1806, époque où elle divorça avec son second mari. Elle reprit alor^ le nom de Scio. L'année suivante, elle fut emportée comme son premier mari par une phthisie. Mme fcjoio avait une figure agréable et expressive, une vive intelligence et une parfaite connaissance de la scène. Elle excellait surtout dans les rôles où elle se travestissait en homme. Elle rachetait l'insuffisance de son instruction musicale par une voix pure et d'un beau timbre et par infiniment de goût. Le.-. e\ces auxquels elle se livra altérèrent à la fois sa voix et sa santé et amèneront sa lin prématurée. Parmi les rôles dans lesquels elle parut avec le plus d'éclat, nous citerons ceux de Lodoïska dans l'opéra du même nom, de Cherubim, de Belinde dans la Colonie, de Louisa dans Y Amour filial, d'Euphèmie dans les Visitandines, de Juliette dans Roméo, de Steibelt, de Culypso dans Télémaque, de Léonoro dans l'Amour conjugal, de Constance dans les Deux journées, de la jeune prude ' dans l'opéra du même nom, de Dupaty, etc.

SCIOB1E s. m. (si-o-b£ — du gr. skia, ombre \ bioô, je vis). Entom. Genre d'insectes coléoptères tétrainères, de la famille des charançons, tribu des cyclomides, comprenant une douzaine d'espèces, qui habitent 1 Afrique australe.

SCIOCORISE s. f. (si-o-ko-ri-ze — du gr. skia, ombre ; koris, punaise). Entom. Genre d'insectes hémiptères, do la famille des -scutellèriens, triba des pentatomiles, dont l'espèce type vit en France.

SCIODOPTERE s. m. (si-o-do-ptè-re — du gr. skeiodês, opaque; pteron, aile). Entom. Genre d'insectes hémiptères hétéropteres, de la famille des réduviens, tribu des saldides, formé aux dépens des saldes, et dont l'espèce type vit aux environs de Paris.

SCIOGRAPHE s. m. (si-o-gra-fe — du gr.

skia, ombre; gruphd, j'écris, je trace). Peint. Nom que l'on a donné aux peiutres anciens qui ont excellé dans la sciographie ; Apolto' dore le Sciographk. il On dit aussi sciaguapub.

SCIOGRAPHIE s. f. (si-o-gra-fî — du gr. skiu, ombre ; yraphô, j'écris, je trace), feint. Se disait, chez les anciens, de l'art de peia«

SCIO

dre les ombres, de l'art du clair-obscur. Il On

dit aussi SCIAUBAPHIE.

— Archit. Coupe verticale d'un édifice ou d'une machine.

— Aitron. Art de trouver l'heure au moyen des ombres projetées par la lumière du soleil ou de la lune.

■ — Encycl, Ce mot, suivant son étymoiogie, devrait signifier le tracé des ombres ou, d'une manière moins précise et plus étendue, les esquisses et ébauches de plans; mais il ne désigne en réalité que les coupes. Ces coupes sont naturellement des dessins d'imagination, quoiqu'ils reproduisent une réalité et qu'ils la fassentcomprendre. Comme le pian ne donne que le dessin et les dispositions générales des murs qui seront élevés sur la surface horizontale (d'où leur vient le nom de plan), et, conras d'un autre côté l'élévation ne donne que le dessin des façades vues extérieure nent, il reste encore à indiquer ce que sera l'élévation intérieure, pour ainsi dire, et la disposition des poutres, cheminées, lambris, etc., qui ne sont indiqués ni dans l'un ni dans l'autre, ou qui sont indiqués trop sommairement lorsqu'ils le sont. Pour obtenir ce résultat, on imagine que la construction, que l'on connaît déjà par le plan et par l'élévation, s. été coupée verticalement sur la face d'aboi d, puis ensuite sur l'un des côtés, permet ta u ainsi de voir l'édifiée privé de façade, c'est-à-dire dans tous ses détails intérieurs, et dor nant le profil de toutes les moulures ou autre: ornements courants et des pièces diverse:; placées dans le sens latéral exigées par la construction, et qui n'ont pu être indiquées dans le plan parce qu'elles font saillie ou sont prises dans l'épaisseur du mur, ni dans 'élévation parce qu'elles sont cachées par la façade. La science et l'art de l'architecte étant d'imaginer une construction tout entière et d'en dessiner l'ensemble et les diverse:, parties, la levée des plans est une des opérations les plus délicates et les plus importantes de cet art, et la sciographie est, parmi ces connaissances, ceile qui exige les études les plus patientes et les plus spéciales. Il ne ,'iul'lit pas d'avoir imaginé l'emplacement occupé et la disposition des lieux, ni d'avoir imaginé la façade, ce qui appartient à l'art décoratif; il faut encore concevoir l'édifice dans sa construction, le pénétrer dans Sa nature intime pour ainsi'dire, le voir dans tous ses dutails et dans ses parties cachées. C'est la qu>; se révèle l'architecte expérimenté qui possède les connaissances les plus variées et ne s'îst pas seulement attaché à la partie décorative de son art, mais a étudié les principes de la construction, les propriétés et l'emploi des matériaux.

La sciographie n'est pas en usage seulement dans l'urchitecuire proprement dite; elle lest pour toutes les constructions dont il est u;ile d'indiquer l'ensemble et les détails par des séries de dessins, et même pour toutes lt s choses dont l'intérieur qu'on désire connaître diffère de l'extérieur. Ainsi, la sciogrnpnïe s'applique à la mécanique, à l'anatomit , à l'histoire naturelle, à la botanique, a toutes les connaissances où l'on sent la néce:sité d'enlever, pour ainsi dire, les faces extérieures d'un objet pour en taire apparaître l'intérieur, uiin qu'on puisse étudier et dessiner les sujets. Dans lu mécanique, on fait comme dans l'architecture, c'est-à-dire qu'on imagine des coupes pour se rendre compte de la disposition des agents et orga îes et de la manière dont ils sont fixés ou assemblés, dont ils peuvent être mis en jeu. .ci, la sciographie est tout à la fuis plus importante et plus délicate, plus diflicile encore peut-être que dans l'architecture, où l'on ne doit étudier que des matériaux et des lignes ;i l'état statique, tandis que, dans la mécanique, il faut supposer une disposition d'organes souvent compliqués et eu faire compreulre le mouvement et les rapports. La. sciographie est donc, appliquée à la mécanique, une construction idéale. Il va sans dire que, dans le cas d'une grande complication d'or;, ânes, on exécute autant de coures qu'il est nécessaire pour l'explication du rote et du mouvement de ces agents, c'est-à-dire qu'on fait autant de dessins qu'il y a d'actions différentes de la machine à décrire. Dans l'anato.nie, l'histoire naturelle ou la botanique, on enlève parfois les diverses enveloppes ou couches de muscles et d'organes superposés, pour étudier ou dessiner celles qui se trouvent immédiatement au-dessous ; cette opération est ordinairement comprise dans l'étude ou lo dessin sous le nom général d'anatomie. Mais elle prend le nom de sci'ographie quand, au lieu d'enlever ces enveloppas ou ces couches une à une, on coupe le corps dans son entier, soit latéralement, soit transversalement, pour mettre l'intérieur à nt, voir la situation qu'occupant tout à la fois les enveloppes et les organes les uns par rapport aux autres, et comprendre ainsi la manière dont ces derniers fonctionnent. On étudie, on dessine alors le sujet de la même façon qu'on le ferait pour une machine.

SCIOGRAPHIQUE adj. (si-o-gra-fî-ke — rad. seing rapine). Qui a rapport à la sciographie. 11 Ou dit aUSSi SCIAGKAI'HIQOB.

SCIOLTO adj. m. (ehiol-to — mot ital.). Littir. Qui n'est pas rime: Les Italiens ont des sers blancs gu ils appellent scioi.ti.

— Mua. Se dit d'un canon ou d'un contre-

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point affranchis des règles strictes du genre. Il S'emploie dans les partitions dans le sens

de DKTACHÉ.

SCIOMACHIE s. f. (si-o-ma-chî). V. scia-

MACHIE.

ECIOMANCIE s. f. (si-cman-sî). V. SCU- MANCIU. ■

SCIOMYZE s. f. (si-o-mi-ze — du gr. skia, ombre ; muta, mouche). Bot. Genre d'insectes diptères brachocères, de la famille des athéricères, tribu des muscides. comprenant uno vingtaine d'espèces, qui habitent l'Europe centrale.

SCION s. in. (si-on — probablement du lat. seclio, section. Les Allemands disent de même schiiittling, de sc/uteiden, couper). Pousse de l'année qui n'est pas encore aoûtée : Il est rare que, dans les arbres fruitiers, les scions portent des fleurs. Il Jeune branche destinée à être greffée. Il Bourgeon déjà développé, mais ne formant pas un rameau.

SCIONE, ancienne ville de la Macédoine, dans la Chalcidique, sur la presqu'île de Pallène, au bord de la nier Egée. Fondée par des Grecs sujets de Protésilas, elle tomba bientôt sous la domination d'Athènes, redevint libre pendant la guerre du Péloponèse, subit ensuite la domination d'Olynthe et fut enlin comprise dans la Macédoine sous le règne de Philippe, père d'Alexandre la Grand.

SCIONNER v, a. ou tr. (si-o-nê — rad.

scion). Frapper avec un scion, une verge, il Mot usité dans quelques départements.

SCIOPHILE s. f. (si-o-fi-!e —du gr. skia, ombre; philos, qui aime). Kntom. Genre d'insectes diptères némocères, de la famille des tipulaires, tribu des fongicoles, comprenant une douzaine d'espèces, qui habitent 1 Europe centrale.

SCIOPPIUS (Gaspard Schopp), célèbre philologue, érudit et grammairien allemand, né à Neumarkt (Palatinal) en 1576, mort a Padoue en 1619. Il se rendit aussi fameux par ses connaissances que par son méprisable caractère, sa violence et son acrimonie. Protestant, il abjura sa foi pour mendier les faveurs du pape Clément VIII et écrivit divers traités sur la suprématie pontificale, les indulgences, les jubilés, etc. ; ami de Joseph Scnliger, il se mit tout à coup à le déchirer dans des libelles où il confondait tous les protestants dans sa haine et où il insultait Henri IV pour l'acte qui lui fait le plus d'honneur, l'èdit de Nantes; courtisan du pape et des cardinaux, il se déchaîna contre les jésuites, qui lui avaient l'ait refuser une pension. Il attaqua également Casaubon, Jacques 1" d'Angleterre, etc. Les protestants étaient surtout l'objet des insultes de sa plume vénale, et, dans son zèle furieux, il alla jusqu'à écrire qu'il fallait les exterminer tous par le fer et par le feu, sans épargner les enfants, qui seraient par ce moyen arrachés à l'hérésie. On a peine à comprendre qu'un homme de cette valeur se soit déshonoré par des excès aussi odieux. Au reste, nul ne fut plus que lui l'objet du mépris universel. En dépit de ces vilenies, Scioppius est considéré comme le premier grammairien de son temps; il connaissait admirablement la langue latine. Ses ouvrages sont au nombre de cent quatre. On cite principalement, outre ses Notes sur Phèdre et Apulée, ses liditions de Varron, dus Lettres de Symmaque, etc. : Verisimilium libri I V in quibus multa veterum scriptorum loca emeiidantur.... (1595); Grammalica philosophica (1628), un des ouvrages les plus utiles qu'il ait publiés; Elemenla pliitosophise slaics moralis (1006) ; De stylo historico (165S) ; De arte critica (Nuremberg, 1597, in-S°); De A)ii£eAm(o(Itigolstadt, 1605, in-4°) ; Scaliger hypobolymxus (Mayence , 1607, in-4°) ; Ecclesiusticus; Collyrium regiitm (Meitingen, 1611, iri-l» et in-8°) ; Alexipharmacum retjium (Mayence, 1612, in-4<>) ; Corana. regia (1615, iu-12) ; De caluinistarum dolo (lugolstudt, 16 13, in-4").; Flagellum jesuiticum (1032, iu-4°); Mysleria patrum jesuitarum (1G33, in-12) ; Anatomia Societatis Jesu (Lyon, 1633, in-4°) ; Arcana Societatis Jesu (1635, iu-S°).

SCIOPT1QUE adj. (si-o-pti-ke -— du gr.

skia, ombre, et de optique). Physiq. Qui a rapport à la vision dans l'ombre. Il Sphère scioptique, Instrument employé dans les expériences de la chambre obscure, et consistant en une sphère mobile en tout sens, percée d'un trou cylindrique qui contient une lentille.

SCIORTINO, ville de Sicile. V. Sortino.

SCIOTE s. et adj. (si-o-te). Gêogr. Habitant de Scio; qui appartient à cette île ou à ses habitants : Les SctOTiiS. Les pêcheurs

SCIOTJÏÏS.

SCIOTÈRE ou SCIOTHÈRE s. m. (si-o-tère). V. sciATÈKE.

SCIOTÉRIQUE ou SCIOTHÉRIQUE adj.

(si-o-té-ri-ke). V. sciatériquis.

SClOTHAMNE s. m. (si-o-ta-mne — du gr. skia , ombre ; tàamnos , buisson ). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des ouibel liferes, tribu des peucédunées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent au Cap de Bonne-Espcrauce.

SCIOTO, rivière des Etats-Unis d'Amérique , dans l'Etat de l'Uhio. Elle prend sa source dans le comté de Hardin, coule au S.-E., vers Columbus , où elle reçoit l'Olen-

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tangy, se dirige ensuite nu S. et va se jeter dans l'Ohio, à Portsmouth, après un cours de 360 kilom.

SCIOTTE s. f. (si-o-te — dim. de scie). Teehn. Scie à main dont se servent les marbriers et les tail.eurs de pierre : Sciotte à dents. Les sciottes sans dents sont surtout à l'usage des marbriers. Il Sciotte tournaille , Morceau de tôle cylindrique qu'on met en mouvement à l'aida' d'un fût, et au moyen duquel on peut enlever un noyau dans un bloe de marbre,

SCIO.TTER v. a. ou tr. (si-o-té). Techn. Scier avec la sciotte : Sciotter du marbre.

SCIPIO,nom de plusieurs bourgsdes Etats- Unis d'Amérique. Les deux plus importants sont situés : 1 un dans l'Etat de New York,à 290 kilom. O. d'Albany , sur lac Cayuga; 3,200 hab. ; l'autre dans l'Etat de l'Ohio , comté de Seneca, près de la rivière de Mad ; 2,539 hab.

SCIPION s. m. (si-pi-on — lat. scipio; du gr. skèpôn , bâton). Antiq. rom. Bâton de centurion , formé de sarments de vigne tressés.

— Encycl. Le scipion était un instrument de supplice en usage dans la milice romaine. C'était un pied de vigne dont plusieurs brins avaient provigné ; on réservait le rameau principal; on tressait autour de lui les rameaux latéraux , à peu près comme certains fouets grossiers ou les fouets à fléau qu'on appelle des perpignans. Le scipion était donc une sorte de canne ayant à peu près la forme d'une épée ; on arrangeait la poignée dp façon qu'elle présentât deux ouvertures ou lunettes à travers lesquelles pouvaient passer le pouce et l'index. On portait le scipion soit à la main, soit en baudrier. C'était en quelque sorte l'arme des centurions ou tribuns. Il servait à punir les soldats fautifs. Etre sub vite prsliari signifiait servir ou être soldat. Celui qui brisait un scipion encourait la peine de mort.

SCiPIONS (les), nom de l'une des plus grandes familles de la Rome antique. Ils faisaient partie de l'antique et illustre gens Cornelia. Le surnom de Scipion (scipio, bâton) leur venait, suivant Macrobe, de ce que leur chef avait servi de bâton de vieillesse à son père aveugle. Les membres les plus célèbres de cette famille quasi priucière sont les suivants ;

SCIPION (Publius Cornélius), le premier qui rendit ce nom historique. Il fut choisi par lo dictateur Camille (395 av. J.-C.) pour maître de la cavalerie, la même année qui vit tomber Véies, la rivale étrusque de Rome. L'année suivante, il fut tribun consulaire, et depuis lors, le nom de cette famille ne cesse de figurer dans les premières dignités de la république.

SCIPION (Lucius Cornélius), surnommé Uorimms, consul l'an 298 av. J.-C. Il remporta sur les Ktrusques la victoire sanglante île Valaterra. Son tombeau, qui fait partie des richesses du musée Pio-Clémentin, est le plus ancien mausolée auquel on puisse assi-. gner une date approximative; il porte une inscription qui est le plus ancien monument de la langue latine.

SCIPION (Cneus Cornélius), surnommé Asinu, fils du précédent. Il fut consul l'an 260 av. J.-C, avec le célèbre Duillius. Rome commençait alors contre Carthage cette implacable guerre où l'on devait toujours rencontrer des Scipions. Asina présida avec son collègue à la construction de la première Hotte de guerre qu'aient eue les Romains; il fut fait prisonnier près des îles Lipari et ne recouvra la liberté qu'en 256 , par suite des victoires de Regulus. 11 parvint à un second consulat (254) et répara la honte de sa défaite par la prise de la puissante Panorma et de plusieurs places de la Sicile.

SCIPION (Lucius Cornélius), frère du précédent, consul l'an 259 av. J.-C. Il enleva aux Carthaginois la Corse et la Sarduigne, se signala par sa douceur envers les insulaires, reçut les honneurs du triomphe et parvint à la censure l'an 258.

SCIPION (Cneus Cornélius), surnommé Cuivu», fils du précédent, consul 222 av. J.-C. Il se distingua contre les Gaulois de la Cisalpine, puis passa en Espagne, comme proconsul, afin d'opérer une diversion aux victoires d'Anuibiil en Italie. 11 conquit toute la côte, des Pyrénées à l'Ebre, vainquit Ilannon près de Cissa, occupa Tarragoue et empocha , par uue victoire navale sur l'Ebre , Asdrubal d'aller rejoindre son frère en Italie. Après avoir reçu la soumission d'une multitude de peuplades, il fut tué près d'Anitorgis (212).

SCIPION (Publius Cornélius), frère du précédent, consul l'an 218 av. J.-C, au commencement de la deuxième guerre punique.

Envoyé comme proconsul en Espagne, où les Romains croyaient que serait le théâtre de la guerre, il apprit à Marseille la marche d'Antnbal sur l'Italie, envoya son frère Cneus en Espagne avec uue partie de l'armée et revint précipitamment débarquer en Etrurie. Vaincu et blesse au combat du Te'sm parle héros carthaginois, il alla peu après rejoindre son frère en Espagne, partagea ses succès et remporta plusieurs victoires navales; mais attaqué à la fois par Asdrubal, Magou et Masinissa, il périt les armes à la main

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(212), un mois avant la mort de Cneus. Il fut la père du premier Africain.

SCIPION ( Publius Cornélius) , surnommé l'Africain, fils du précédent, né vers 235 av. J.-C. Il lit ses premières armes vers l'âge de dix-sept ans, au combat du Tessin , et sauva la vie à son père , qui était blessé et qu'enveloppaient des cavaliers numides. Après le désastre de Cannes, il retint par son énergie une foule de jeunes patriciens qui, desespérant du salut de la république, voulaient abandonner Rome et l'Italie. A vingt et un ans, il obtint l'édilité, conirairement à l'usage établi de n'accorder de magistrature qu'à ceux qui avaient fait au moins dix campagnes. Trois ans après (211), il osa plus encore et sollicita le proconsulat pour aller relever en Espagne l'honneur des armes romaines et venger la mort de son père et de son oncle. Dès la première campagne, il justifia le choix des Romains par la prise de Carthugène , la grande place da guerre, le grenier et l'arsenal des Carthaginois en Espagne. Il y trouva les otages des tribus espagnoles et les renvoya chargés de présents, marque d'une héroïque confiance qui lui gagna le cœur des populations. Ce fut dans cette circonstance qu'ayant reçu de ses soldats une jeune captive d'une admirable beauté et dont il eût pu, suivant le droit barbare du temps, faire son esclave et sa concubine, il la rendit pure à son fiancé et à son père. Cependant, il faut ajouter ici que, suivant Valerius d'Antium, un des plus anciens historiens de Rome, la fameuse anecdote de la continence de Scipion serait controuvée : il n'aurait pas rendu la jeune fille à ses parents [GelL, VI, vm). Le jeune général romain entraîna dans l'alliance delà république toutes les peuplades en deçà de l'Ebre, remporta en 209 la victoire de Bœtula sur Asdrubal, qu'il laissa cependant échapper de la péninsule, au grand péril de Rome, et marcher vers les Alpes pour rejoindre en Italie son frère Annibal. Mais il ne tarda pas à réparer cette faute par de nouveaux exploits, battit les autres généraux carthaginois et acheva de soumettre l'Espagne aux Romains (206). De retour à Rome et nommé consul (205), il proposa de délivrer l'Italie de la présence d'Auuibul en tentant une diversion hardie eu Afrique. Mais dans le sénat, on ne concevait rien au delà du plan de temporisation de Fabius, et Scipion ne put obtenir que des ressources incomplètes. 11 partit néanmoins pour préparer son expédition en Sicile. Le jeune Caton, qu'on lui avait donné pour questeur, mécontent de la vie fastueuse de son général, l'avait repris librement de ses magnificences , de ses dépenses excessives, do la discipline altérée, etc.-" Je n'ai pas besoin d'un questeur si exact, » avait répondu orrogamment Scipion. Puis, sans s'inquiéter des accusations dont il était l'objet à Rome, il partit de Syracuse et alla débarquer en Afrique avec 30,000 légionnaires. Aidé de Masinissa, roi de Numid.e détrôné par Syphax, il ouvre de perfides négociations avec les ennemis, afin de gagner du temps et d'observer leurs forces; puis tout à coup, au milieu de la nuit, il incendie à la fois le camp d' Asdrubal et des Carthaginois, ainsi que celui de leur allié Syphax. Les troupes échappées à ce désastre sont écrasées à la bataille des Grandes plaines. Tunis et les villes de la côte ouvrent leurs portes au vainqueur. Carthage épouvantée (comme Scipion l'avait prévu) rappelle d'Italie Annibal qui, après quinze ans de guerre, tenait encore dans les montagnes du Brutium. Le héros punique s'indigne, mais il obéit. «Jamais exilé, dit Tite-Live, ne quitta sa patrie avec autant de regrets qu'il s'éloigna de cette Italie si longtemps inarquéedeses étreintes. » Arrivé en Afrique, il considéra d'un œil ferme la situation de sa patrie et n'hésita pas à demander la paix. Scipion refusa ; comment pouvait-il reparaîtra à Rome sans avoir même osé se mesurer avec le formidable Carthaginois 1 Le lendemain se donna entre les deux capitaines la célèbre bataille de Zama (202). Cette fois, Annibal fut vaincu*, malgré l'admirable disposition de son armée, inférieure en nombre, du reste, à celle du général romain. Scipion imposa à Carthage vaincue le traité humiliant qui mit fin à la seconde guerre punique (201), reçut le glorieux surnom d'Africain et rentra en triomphe à Rome. Nommé censeur en 19s, puis de nouveau consul en 194 et enfin prince du sénat, il mécontenta les Romains par ses hauteurs aristocratiques, par son imitation des mœurs grecques, par ses prétentions à se placer au-dessus des lois et à dominer l'aristocratie elle-même. Parmi les ennemis qu'il s'attira , Caton , l'homme des vieilles mœurs romaines, fut le plus âpre et le plus inflexible. Sans cesse il le poursuivait de ses accusations et cherchait à réprimer en lui l'insolence et la tyrannie des grandes familles. Après la guerre d'Antiochus, où les Scipions avaient joué un rôle plus que auspect, il suscita contre eux les tribuns Petilius , qui les accusèrent de s'être laissé corrompre et d'avoir réglé les conditions de la paix avec le roi de Syrie de leur autorité privée. Le vainqueur de Zama, au lieu de se justifier, monta à la tribune et fit une orgueilleuse apologie de sa vie et de ses exploits. Puis, il ajouta : « Romains, c'est à pareil jour que j'ai vaincu en Afrique Annibal et les Carthaginois. Sui-

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vez-moi au Capitule pour rendre grâces aux dieux et leur demander de vous donner toujours des chefs qui me ressemblent. »Kt tous le suivirent au Capitole, jusqu'aux greffiers du tribunal. «Il triompha en ce jour, non plus d'Annibal et de Syphax, mais de la majesté de la république et de la sainteté des lois. » (Michelet.) Cependant un mouvement oratoire n'était pas une justification et ne pouvait se renouveler, d'autant plus que les immenses richesses de Scipion étaient contre lui une accusation permanente. Il fut de nouveau obligé de se défendre. On ne connaît pas au juste les détails et la conclusion de ce débat. On croit que le premier Africain s'exila lui-même dans sa terre de Literne, en Campanie, et qu'il y mourut l'an 183, après avoir ordonné de graver sur sa tombe ces mots amers et injustes: Ingrate pairie, tu n'auras pas mes os.

Yoici le jugement porté par M. Ampère sur le premier Africain : « Scipion ne ressemble à aucun des autres grands hommes de la république. 11 se donne pour inspiré des dieux; il est pris, jusqu'à un certain point, pour un personnage divin; il se met haixliment au-dessus des lois. Il y a en lui du Cromwell et du César... Oui, il y avait du César dans cet homme auquel le vieux Fabius reprochait, non sans raison, de prendre des airs de roi. Comme César, il aimait les femmes, et sa jeunesse, sans être aussi dissolue, n'avait pas été sans reproche ; comme César, auquel il ressemblait aussi par la confiance d'une audace toujours heureuse, par son activité qui savait préparer et son coup d'œil qui savait décider la victoire, comme lui, il se rit ouvrir le trésor de l'Etat, faisant passer, dit Valère-Maxime , l'utilité avant la loi. Cependant Scipion, il faut le reconnaître, s'arrêta devant la tyrannie, dont il comprit, peut-être, que le temps n'était pas venu. Ou voulut, lui aussi, le faire dictateur à vie, et même en Espagne le proclamer roi ; mais il n'écouta pas les Espagnols et gourmanda les Romains avec mie indignation plus sincère sans douie que celle de César repoussant io diadème qu'Antoine avait mis sur sa tète... César commença par se faire démagogue pour arriver au pouvoir absolu, ce qui est commun; tandis que Scipion, et en ceci il montra une âme plus haute, sut charmer la multitude sans la flatter et la subjugua toujours en la bravant. Ce rôle est plus fier et plus franc. La piété affectée de Scipion contraste aussi avec l'irréligion affectée de César. C'est qu'au temps de Scipion la religion était encore un moyen de popularité ; venu plus tard, César acheva de se rendre populaire en se montrant impie. »

En littérature, on rappelle souvent le mouvement oratoire de Scipion (v. monter) et l'inscription qu'il ordonna de graver sur son tombeau. V. os.

— Iconogr, Le musée du Capitole possède un admirable buste en marbre de Scipion l'Africain, accompagné d'une inscription antique qui ne laisse aucun doute sur l'authenticité du portrait. C'est une rude et belle ligure, au front chauve, à l'expression énergique et austère, rcconnaissable encore à la blessure cruciale que l'Africain reçut à l'âge de dix-sept ans lorsqu'il sauva la vie à Sun père vaincu pur Aiuiiual à la bataille duTcssin. Cette cicatrice ne se voit pas à un buste en bronze trouvé à Herculanum et qui appartient au m us<.e des Etudes; mais ce bronze, d'une exécution remarquable, offre incontestablement les traits de l'Africain à un âge avancé. Un buste en marbre d'un très-beau style se voit au musée Pio-Cléiueniiii. Un autre, qui a été trouve à Ailes, a fait partie de la collection Pourtalès. D'autres ont été signalés par Visconti (Iconographie romaine) et par Wiuckelmaiin (Histoire de l'art, 1. 1er, ch. V). Un artiste moueriie, Claude Kamey, a sculpte, en 1801, un buste en marbre de Scipion l'Africain pour la salle du Sénat, à Paris ; plus tard, sous la Restauratiun, il fit une statue du même personnage pour la Chambre des pairs.

Nous avons consacré un article spécial (t. IV, p. 1,086) à la Continence de Scipion, sujet souvent représente par les artistes; à ceux que nous avons cités dans cet article, on peut joindre Rubens (gravé par Schelte van BolsWert, Jean S.een , V. Camuceiiii (gravé parDoin. Muichetti), Nicolas Moyaert (tableau date de IS43, au musée de Caen), Fr. Lemoine (grave par J.-Ch. Levasseur, 176"), Luca Cambiaso ( fresque du palais Grimuldi, à Gènes), Abraham Bosse (eslampe), etc. Dans un plafond du palais Spinola, k Gènes, Bernardo Castello a représenté plusieurs traits de l'histoire de l'Africain. Perillo del Yaga a peint son Triomphe (gravé par Giovanni Folo). Le mémo sujet a été gravé, en 18u0, par Giuseppe Longhi, d'apros A. Matteiui. ^

Scipion (la continence de), tableaux de J. Romain, de Poussin, du Primatice, etc.

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