SEAL
1859 ; Nouvelle apostille en réponse à Vattaque d'Auguste Peiceira de Freitas contre le projet du code civil portugais, imprimé à Coïmbre en 1859 ; Deux mots sur le mariage civil par le rédacteur du code civil, imprimé k Lisbonne en 1866; Ode héroïque à l'infante doua Isabelle Marie, imprimée à Coïmbre en 1826. Il a écrit aussi un roman historique intitulé : Précepteur heureux, qui n'a point paru.
SEABRA IU SILVA (José da), homme d'Etat portugais, né en 1733, mort en 1813. II fut d'abord attaché au marquis de Pombal, ministre d'Etat, fut exilé par celui-ci pour avoir, dit-on, dévoilé un secret d'Etat, puis fut rappelé parla reine Mariai", qui lui confia quelque temps après son retour le poste de ministre de l'intérieur, qu'il garda jusqu'à laréfence du prince (loin Jean. On doit à cet omine politique plusieurs ouvrages, parmi lesquels nous citerons : Deducçao chronologica eanalytica et quelques mémoires relatifs à l'expulsion des jésuites de France et d'Espagne.
SEADEDDIN (Mohntnmed-ben-Hnsandehan), historien musulman, né en 1536, mort en 1599. Favori de Mourad ou Ainurat III, dont il avait été le précepteur, il eut une grande influence sur la marche des affaires dans l'empire ottoman. C'est ainsi qu'il décida, dit-on, le sultan k consentir à l'élection du duc d'Anjou comme roi de Pologne et à appuyer la politique anglaise contre l'Espagne. Sous Mahomet III, fils et successeur de Mourad, Seudeddin resta le conseiller du sultan et un des personnages les plus importants de sa cour. Il contribua à la victoire delieresztes. Disgracié peu de temps après, avec le grand vizir Cicala, Seadeddin conserva cependant quelque crédit auprès du sultan ; en 1597, il fut nommé mufti, honneur que te célèbre poète lyrique Bakr, ennemi de Seadeddin, avait sollicité en vain. Le nouveau mufti et Ghaznefer, un de ses partisans les plus dévoués, gagnèrent la faveur de la sultane Validé et réussirent k faire étrangler le grand vizir Hasan, à faire réintégrer Cicala dans le poste de eapitanpacha ou grand amiral, enfin k empêcher l'armistice que négociait l'Espagne auprès de la Porte. On a de Seadeddin une .histoire de l'empire ottoman depuis sa fondation jusqu'à la mort de Sélim 1er, ouvrage irès-c.irieux sous le rapport du style, mais inférieur sous le rapport île la vérité historique k celui d'Ali. Seadeddin a, en outre, traduit en turc l'Histoire universelle de Lari.
SEAFIELD (JameSjCOinte du Findlater et), philanthrope anglais. V. Findlatek.
SEAFORD, bourg et paroisse d'Angleterre, comté de Susses, k 17 kilom. S.-E. de Brighton, sur la Manche, où elle a un port de commerce, autrefois très-florissant; 1,570 hab. Bains de mer très-fiéquentés.
SBAFORTHIA s. m. (si-for-ti-a — de Seaforih, botaij. angl.). Bot. Genre de palmiers, de la tribu des arécinées, dont l'espèce type croît en Australie.
SEAGE s. m. (se-a-je).' Ane. coût. Droit de station dans un port.
SEALSFIELD (Charles), littérateur allemand, ne à Poppitz, près de Znaim, en 1783, mort en 1864. Son véritable nom était Charles Posiel. Destiné k l'état ecclésiastique, il entra k l'âge de vingt ans, comme novice, dans la maison mère des seigneurs de La Croix, à Prague, et, après avoir reçu les ordres sacrés, devint secrétaire île sa congrégation. En 1822, il quitta le monastère, on ne sait pour quel motif, et, à l'insu de ses supérieurs, vécut quelque temps k Carlsbad, k Vienne, dans le Tyrol, en Suisse, et partit ensuite pour l'Amérique, où il prit le nom de Charles Sealiûcld, le seul sous lequel il ait été connu jusqu'à sa mort. En 1826, il revint en Allemagne et y publia, en langue allemande, un livre sur les Etats-Unis. Peu de temps après, il se rendit a Londres et y ht paraître, sous le voile de l'anonyme, un ouvrage intitulé : {'Autriche telle qu'elle est (Londres, 1828, en angl.), qui tic beaucoup de bruit. Dans l'été de 1827, il repartit pour le nouveau monde, lit un long voyage à travers les Etats du sud-ouest de l'Union et dans le Texas, puis, en 1829-1830, rédigea le Courrier des Etais- Unis, journal qui se publiait en français à New- York et qui fut acheté par l'ex-roi Joseph Bonaparte après la révolution de Juillet. SeaLfield, venu k Paris en qualité de correspondant du Murning Courier and Enquirer, renonça en 1832 a cet emploi et se retira en Suisse, où il publia, sous ce titre : le Légitimiste et les républicains (Zurich, 1833, 3 vol.), la traductiuu allemande d'un ouvrage qu'il avait d'abord fait paraître en anglais sous le titre de Tokeahou \a.Mose Blanche (Philadelphie, 1828, 2 vol.), et qui renfermait de petites nouvelles, des esquisses et différentes études sur les mœurs des Etats- Unis. Le succès qu'obtint cette œuvre engagea l'auteur k mettre à exécution le plan qu'il avait conçu depuis longtemps, de faire connaître au public allemand la vie américaine dans une suite d'esquisses et de tableaux qui, sans avoir entre eux aucune liaison au point de vue de l'intérêt et des personnages, devaient cependant former un tout homogène. Il ne mit d'interruption dans l'exécution de ce projet que pour exécuter trois voyages aux Etats-Unis. Habituellement, il résidait dans uue ferme aux environs de Soleure, et ce ne
siv.
SEAN
I fut qu'après sa mort que l'on connut son vé- ; ritable nom. On a encore de lui les ouvrages , suivants : Esquisses de voyages transallanti- I ques (Zurich, 1833, 2 vol.); le Virey et les aristocrates, de beaucoup la plus remarquable de ses œuvres (Zurich, 1834, 2 vol.); Esquisses de mœurs dans les deux hémisphères (Zurich, 1834, 2 vol.), réédité sous ce titre : Morton ou la Grande tour (Stuttgard , 1846); Voyage de noce de Ralph Dougby et la Vie des planteurs et des hommes de couleur, qui forment avec les Esquisses de voyages une partie de ses Scènes de la vie dans l'hémisphère occidental (Stuttgard, 1846, 5 vol.); Affinités germano - américaines (Zurich, 1838-1842, 5 vol.); le Libre des cabines (Stuttgard , 1840,
2 vol.; ; Sud et Nord (Stuttgard, 1842-1843,
3 vol.). Ses Œuvres complètes ont été réunies en 15 volumes (Stuttgard , 1846-1847). Sealsfield peut être regardé comme le créateur d'un nouveau genre de roman, qui traite les grands principes de la vie nationale et sociale ; il ne prend pour héros ni une seule personne ni un groupe d'individus, mais bien un peuple tout entier avec sa vie sociale, publique et privée, avec sa situation matérielle, politique et religieuse, son passé et son avenir. Les qualités qui éclatent dans ses écrits sont une connaissance approfondie de la nature humaine, beaucoup d'habileté dans le tracé des caractères, un rare talent descriptif, enfin un dialogue mouvementé et dramatique.
SEALSKIN s. m. (sil-skinn — mot anglais formé de seal, veau marin, et àoslein, peau). Connu. Etoffe veloutée qui est faite avec des poils d'animaux, et que l'on emploie surtout pour faire des vêtements de femmes et des couvertures de voyage : Les skalskins sont d'origine anglaise ; ils paraissent avoir été fabriqués pour la première fois en 1849 ou 1850, par Benjamin Crosland, propriétaire d'une importante manufacture à Ou/ces, près de Mudderfield. (Maigne.)
SE A. M s. m. (sitnm). Métrol. Poids en usage en Angleterre, et valant 52^11,42. Il Mesure de capacité anglaise pour les grains et le malt, valant 290'»t,78.
SÉANCE s. f. (sé-an-se — rad. seoir). Action de prendre place dans une assemblée officielle ou réunie pour délibérer : Prendre séance. Il Droit de prendre place dans la même assemblée : Avoir séance, droit de Séance au conseil d'Etat.
— Réunion des membres d'une assemblée qui délibèrent ou travaillent ensemble : Une séance de l'Académie, d'un club, de l'Assemblée législative, du Sénat. Une séance publique. Une longue séance. La monarchie fut démolie à l'instar de la Bastille, dans la séance du soir de l'Assemblée nationale du 4 août 1789. (Chateaub.) Il Ensemble des personnes qui prennent part à la même réunion : La séance a été des plus nombreuses.
— Par anal. Temps que l'on passe k une occupation non interrompue : Faire de longues séances à table. Les visites de cette femme sont des séances interminables. Ce peintre achève ses portraits en trois séances. Cet homme-là s'est ruiné dans une séance de trenteet-quarante. (Acad.)
— Ouvrir, lever la séance, La commencer, la terminer, il La séance est ouverte, est levée, Formules par lesquelles le président annonce que la séance est commencée ou qu'elle est finie.
— Tenir ses séances, Se réunir pour délibérer ; venir pour donner une séance : J'ai tenu hier ma seconde séance à l'Ecole normale; j'ai été comblé d' applaudissements, ( B. de St-P.) II Séance tenante, Avant la tin, pendant la durée de la séance : Le journal apporté, j'y lus te discours de Green et ma réponse; on m'avait sténographié et imprimé séance tenante, (l.aboulaye.) il Sans désemparer, immédiatement, sans remise : Ilégler une affaire SÉANCE TKNANTK.
— Pratiq. Séance des prisonniers ou simplement Séance, Audience de grâce que le parlement tenait avant chacune des quatre grandes fêtes de l'année, pour statuer sur les demandes d'élargissement des prisonniers et sur les plaintes des détenus relatives k la police des prisons.
— Encycl. Séances académiques. Chaque Académie a des séances, soit privées, soit publiques ; mais c'est surtout des séances de l'Acauémie française que l'on se préoccupe en France. Le cardinal de Richelieu , après avoir établi officiellement cette compagnie, avait formé, paraît-il, le dessein de créer un magnifique collège où les académiciens siégeraient comme les arbitres de la capacité et du mérite des plus illustres savants, nonseulement de la France mais encore de l'Europe; cet établissement aurait été en même temps un prytanee des bebes-letties, dans le dessein « de donner ainsi un honnête et doux repos à toutes les personnes de ce genre qui l'auraient mérité par leurs travaux. » C'est La Mesuardiere qui révéla ce projet dans son discours de réception; niais Richelieu mourut avant de l'avoir exécuté. Eu attendant d'avoir un lieu fixe pour tenir ses séunces, l'Académie errait et flottait, comme le dit Pellisson, semblable k l'île de Délos des poètes. Les séances se tinrent successivement chez Conrart, ruo Saint-Martin; chez Desmarets, rue Clocheperce; chez Chapelain, rue des Cinq-Diamants; che;s Montmort, rue
SEAN
Sainte-Avoie; elles eurentlieude nouveau chez Chapelain, puis chez Desmarets et ensuite chez Gomberville, près de l'église Saint-Gervais ; chez l'abbé de Cérizy, k l'hôtel Séguier; chez l'abbé de Boisrobert, k l'hôtel de Mélttvne. Quand Séguier devint le protecieur de la compagnie , c'est-k-dire en 1642, il voulut lui donner une résidence fixe et manifesta le désir qu'elle s'assemblât chez lui. Sa proposition fut acceptée. On se réunit donc dans son hôtel, tantôt une fois, tantôt deux fois par semaine, en hiver dans la salle haute, en été dans la salle basse. On s'asseyait autour d'une table, le directeur du côté de la cheminée, ayant k sa droite et k sa gauche le chancelier et le secrétaire, tous les autres rangés au hasard, Louis XIV, dès le commencement de son protectorat (1672), assigna le Louvre k l'Académie pour ses séances, et c'est lk qu'elles se tinrent jusqu'à la Révolution. Le même roi établit qu'il y aurait, par chaque séance, quarante jetons d'argent k partager entre les académiciens présents. 11 y eut une séance par semaine.
Dans les premiers temps, chaque académicien lisait ou récitait k son tour dans la séance une composition littéraire, que la compagnie discutait. D'autres fois on examinait l'œuvre d'un littérateur étranger k l'Académie, ce qui ne se faisait du reste, en général, que sur la demande de l'auteur. On s'occupa aussi bientôt du Dictionnaire et d'une Grammaire, pour laquelle on sentit les inconvénients d'un travail collectif et dont on ne tarda pas k confier la rédaction k un seul membre, Régnier *Desmarais. Les séances pouvaient être d'un haut intérêt et d'une grande utilité; elles furent souvent fort ennuyeuses et remplies par des discussions sans importance, quelquefois presque puériles. Le Dictionnaire surtout était une cause d'observations méticuleuses et sans portée, qui n'<-n finissaient pas. On passait des séances k disputer sur un mot. Fallait-il maintenir ou supprimer la conjonction car? grave question qui divisa longuement
Nos seigneurs académiques, Nos seigneurs les hypercritiques, Souverains arbitres des mots, Raffineurs de locutions, Entrepreneurs de versions, Peseurs de brèves et de longues, De voyelles et de diphthongues...
SEAN
C'est la lenteur des discussions académiques sur le Dictionnaire qui faisait dire k Boisrobert :
Depuis six mois dessus l'P on travaille, Et le destin m'aurait fort obligé S'il m'avait dit : Tu vivras jusqu'au G. Voici, d'après Furetière, ce qui se passait aux séances de l'Académie : «C était l'homme qui criait le plus fort que ses confrères reconnaissaient avoir raison; ils avaient l'art de faire de longs discours sur%des riens; le second répétait comme un écÈo ce que le premier avait dit , mais ordinairement ils parlaient trois ou quatre à la fois. Lorsqu'il y avait une assemblée de cinq ou six membres, l'un d'eux lisait, l'autre décidait, deux causaient ensemble, le cinquième donnait, et le dernier s'amusait k lire quelque ouvrage qui se trouvait devant lui; si un second membre voulait émettre son opinion, on était obligé de lire de nouveau l'article formant le sujet de la discussion , article qu'à la première lecture ils n'avaient pas pu entendre, tant ils étaient occupés. Il leur était impossible d'écrire deux lignes de suite sans se livrer k de longues digressions , ou sans que l'un d'eux racontât une histoire plaisante ou les nouvelles du jour. »
Conrart, dans ses Mémoires, a raconté la séance qui eut lieu le 11 mai 1658, lors de la visite faite k l'Académie par la reine Christine de Suède. Nous en détachons quelques passages, qui ont ici tout naturellement leur place : « Le dessein de monseigneur le chancelier était que l'Académie s'assemblât dans la chambre île M. de Pnézac, selon sa coutume; mais parce que le haut du degré pour y entier est un peu obscur et malaisé, il jugea qu'il valait mieux que cette séance se tînt en son appartement, ce qui fut ^jlus convenable pour Sa Majesté et plus glorieux pour l'Académie... Sur les trois heures après midi, Sa Majesté arriva chez monseigneur le chancelier, qui la fut recevoir k son carrosse avec tous les académiciens en corps; et l'ayant conduite dans son antichambre, au bout de la salle du conseil, où était une table longue, couverte du lapis de velours vert k franges d'or qui sert lorsque le conseil des finances tient, la reine de Suède se mit dans une chaise k bras au bout de cette table, du côté des fenêtres; monseigneur le chancelier k sa gauche, du côté de la cheminée, sur une chaise à dos et sans bras, laissant quelque espace vide entre Sa Majesté et lui; M. le directeur étant de l'autre côté de la table, visà-vis de monseigneur le chancelier, mais un peu plus bas et plus éloigné de la table, debout, et tous les académiciens aussi... On proposa si les académiciens seraient assis ou debout, ce qui sembla surprendre la reiue. Mais monseigneur le chancelier ayant demandé avis à quelques-uns sur cette dit'licuité , on lui dit que le roi Henri III, lorsqu'il faisait faire des assemblées de gens de lettres au bois de Vincennes, où il se trouvait souvent, faisait asseoir les assistants; qu'on en usait
toujours ainsi en pareilles rencontres, et que la reine de Suède même, lorsqu'elle était à Rome, avait été k l'Académie des humoristes, qui ne s'étaient point tenus debout; si bien qu'il fut résolu que les académiciens seraient assis , comme ils le furent durant toute la séance sur des chaises k dos; mais monseigneur le chancelier et eux tous toujours découverts... M. le directeur dit à la reine que, si on avait pu prévoir la visite de Sa Majesté, od aurait préparé quelque lecture pour la divertir agréablement; mais que, dans la surprise où se trouvait la compagnie, on se servirait de ce que l'occasion pourrait fournir, et que, comme il avait fait depuis peu un Traité de ta douleur, si Su Majesté lui commandait de lui en lire quelque chose, il croyait que ce serait un sujet assez propre pour faire connaître la douleur de la compagnie de ne se pouvoir pas mieux s'acquitter de ce qui était dû h une si grande reine et de ce qti elle devait être sitôt privée de sa vue par le prompt départ de Sa Majesté. Cette lecture étaii achevée, k laquelle la reine donna beaucoup d'attention , monseigneur le chancelier demanda si quelqu'un avait des vers pour entretenir Sa Majesté. Sur quoi, M. Cotin en ayant récité quelques-uns du poëte Lucrèce qu'il avait mis en français, la reine témoigna y prendre grand plaisir. M. l'abbé de Boisrobert récita aussi quelques madrigaux qu'il avait faits depuis peu sur la maladie de M™0 d'Olonue, et M. l'abbé de Tallcmant un sonnet sur lu mort d'une dame. Après cela, M. de La Chambre demandant encore quelque chose, M. Pellisson lut une petite ode d'amour qu'il a faite, k l'imitation de Catulle, et d'autres vers sur un saphir qu'il avait perdu et qu'il retrouva depuis, qui plut aussiextrêmementkS'i Majesté, k la |it«lle on lut ensuite un cahier entier du Dictionnaire... Quand on commença k lire le cahier du Dictionnaire, monseigneur le chancelier dit à la reine de Suède qu'on allait lire le mot/eu, lequel ne déplairait pas k Sa Majesté, et que sans doute le mot de mélancolie lui aurait été moins agréable. A quoi elle ne répondit rien. Dans la suite de cette lecture, cette façon de parler s'élant rencontrée : Ce sont des jeux de prince, qui ne plaisent qu'a ceux qui les foni, la reine de Suède rougit et parut émue; mais, voyant qu'on avait les yeux sur elle, elle s'efforça de rire, mais d'une manière qui faisait connaître que c'était plutôt un ris de dépit que de joie. » On sait que Christine, l'année précédente, avait pratiqué un de ces jeux de prince en faisant assassiner Monaldeschi dans l'une de3 galeries de Fontainebleau.
A partir de 1671, l'Académie française eut des séances publiques, les séances de réception et la séance consacrée k la proclamation des prix qu'elle décerne. Le discours de remerciaient que Patru prononça lors de sa réception en 1B40 fut tellement goûté de ses confrères, qu'on en fit dans la suite une obligation. Comme il avait été statué dès l'origine que l'on ferait l'éloge de chaque membre après sa mort, l'usage fut alors établi d'imposer cet éloge k son successeur. A l'éloge du membre qu'il remplaçait, le récipiendaire devait ajouter ceux du cardinal de Richelieu, fondateur de l'Académie, du chancelier Séguier, son second protecteur, de Louis XIV, du roi régnant et île la compaguie. C'était donc six éloges k lu fois. Au milieu du xvme siècle, on commença k en éluder une partie. Le discours du récipiendaire et celui du directeur qui lui répond composent toute la séance de réception, que le président de Mesmes coin parait k ces messes soleu uelles où le célébrant, après avoir encensé toute l'assistance, finit par être encensé lui-même. Voltaire rapporte qu'un bel esprit anglais lui disait un jour: «Tout ce que j'entrevois dans ces beaux discours, c'est que, le récipiendaire ayant assuré que son prédécesseur était un grand homme, que le cardinal de Richelieu était un très-grand homme, le chancelier Séguier un assez grand homme, le directeur lui répond la même chose et ajoute que le récipiendaire pourrait bien aussi être une espèce de grand homme et que pour lui, directeur, il n'en quitte pas sa part... La nécessité da parler, l'embarras de n'avoir rien k dire et 1 envie d'avoir de l'esprit sont trois choses capables de rendre ridicule même le plus grand homme. ■ 11 est résulté plusieurs fois de lk un galimatias prétentieux et des séances fort ennuyeuses, auxquelles on préférerait la séance imaginée par Piron lorsqu'il fut sur le point d'entrer k 1 Académie. On assure qu'il dit alors k celui qui devait lui répondre : « Mon discours est tout fait, et le vôtre aussi. Je me lèverai, j'ôterai mon chapeau, je dirai : Messieurs, je vous remercie de l'honneur que vous m avez fait de m'adinettre. Vous vous lèverez, vous ôterez votre chapeau et vous répoudrez : Monsieur, cela n'en vaut pas la peine. • Les usages de l'Académie dans la séance de réception se trouvent assez plaisamment parodiés dans un opuscule de Margon , intitulé : Première séance des états catotins (1724, in-4°).
La Révolution interrompit pour quelque temps les séances académiques. C'est le 5 août 1793 qu'eut lieu la dernière réunion de l'ancienne Académie française. Morellet, devenu directeur enremplacementdeMarmontel, qui s'était caché, présidait avec une courageuse persévérance; il n'y avait, avec lui, que quatre membres présents : Vicq-d'Azyr, Ducis,