‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 200 sur 1059 · SE6A · texte numérisé non relu

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Comme Sébastopol est séparé' en deux, par le port militaire, la position ennemie embrasse un double système de défense. A l'ouest se trouve U muraille de Sébastopol, terminée par une tour maximilienne, c'est-à-dire à plusieurs étapes casemates, contenant une puissante artillerie qui bat tous les points de la campagne ; au sud s'élèvent le bastion Central et le bastion du Mât; au sud-est, lu tour Malakoif se dresse sur un mamelon, et au sud-ouest de cette position se trouve une simple ligne de retranchements en 'terre, k crémaillère, qu'on appelle Redan. Tout ce système de fortitications est relié par des retranchements solides, par des épaulements que les Russes, ces infatigables remueurs de terre, ont établis en quelques jours et en quelques nuits. Devant un ensemble de fortifications aussi imposant, les généraux en chef abandonnèrent la pensée première de brusquer l'attaque et résolurent d'entreprendre un siège régulier. Une attaque de vive force contre Sébastopol devenait une opération des plus hasardeuses, qui n'entrait pas dans le caractère méthodique et peu entreprenant du général anglais, et que ne pouvait guère risquer le général Canrobert, qui, investi du commandement depuis quelques jours seulement, voyait peser sur lui une immense responsabilité, puisque, en cas d'insuccès, nous courions le danger d'être jetés à la mer.

Le débarquement du matériel de siège se poursuit avec activité ; le général Forpy est nommé commandant des troupes campées devant Sébastopol (3e et 4« division), tandis que le général Bosquet reçoit le commandement de l'armée d observation (ire et 2» division). 1,000 marins sont débarqués- avec 30 bouches k feu, commandés par le capitaine de vaisseau Rigaud de Genouilly. Après une nouvelle reconnaissance du général Bizot, les travaux de tranchée sont commencés dans la nuit du 9 octobre, à 800 mètres de la place, de manière à former un front bastionné où seront établies cinq batteries qui doivent tirer simultanément. 1,600 travailleurs creusent silencieusement les premières parallèles, et chaque nuit, chaque jour se continue cetto œuvre gigantesque de cheminement, qui se poursuivra pendant onze mois consécutifs, sons qu'un seul moment, à travers tant d'épreuves, de souffrances, d'espérances et de déceptions, !e cœur faiblisse chez ces intrépides combattants. Le feu de la place ne s'arrête ni jour ni nuit, dirigé surtout sur remplacement présumable des batteries. Le bastion Central et le bastion du Mât se font remarquer entre tous par la puissance et la vivacité de leur feu; ils tirent jusqu'à cinquante coups par heure. One sixième batterie, dite du Fort génois, est élevée pour contrebattre celle de la Quarantaine ainsi que pour appuyer l'extrême gauche de nos attaques. Celle batterie se compose de S obusiers de SO et de 4 canons de 50, dont l'effet doit être terrible. De leur côté, les Anglais font leurs préparatifs dans la partie de l'est, qui leur a été attribuée, et tous, généraux et soldats, attendent avec la fièvre de l'impatience le moment où le signal du feu sera donné sur toute la ligne. Le corps du siège n'est que de 23,000 hommes, tandis que la place compte de 25,000 k 30,000 défenseurs. La lutte sera acharnée, sanglante; mais l'artillerie et le génie ne doutent pas du succès. Chaque jour on dresse de nouvelles batteries. Enfin tout est prêt pour l'attaque, tant de la part des flottes combinées que de l'armée de siège, et, le 16 octobre, les deux amiraux et les deux généraux en chef, réunis en conseil, décident que le feu s'ouvrira le lendemain à six heures et demie du matin ; trois bombes, tirées par la batterie française n° 3, donneront le signal. Le 17, à l'heure fixée, les trois bombes s élèvent; une épouvantable détonation les suit aussitôt; les 126 pièces des armées alliées viennent de vomir leurs premiers projectiles. Moment grave et solennel, qui lit battre les cœurs dans toutes les poitrines. La place, comme éveillée en sursaut par ce bruit terrible, ne tarde pas à répondre avec une égale vigueur. Les bombes, les obus éclatent, lançant au loin dans l'espace leurs éclats meurtriers. Dans nos batteries, le sang coule, il inonde la terre ; mais les morts sont aussitôt remplacés par des vivants, les détonations se succèdent sans relâche. Une fumée épaisse enveloppe les combattants. Ce n'est plus la nuit du ciel, c'est une nuit de mort, que sillonnent à l'infini des raies de feu. Le tir de la place semble décroître, mais bientôt il reprend avec une nouvelle intensité ; la lutte, on le devine, va recommencer plus effroyable encore. Eu ce moment une bombe éclate sur le magasin k poudre de notre batterie no 4 et y produit une affreuse explosion ; un accident de ce genre désorganise également la batterie de marine n° 1 ; d'autres ont horriblement souffert, et k dix heures et dem.e le général commandant l'artillerie ordonne de cesser entièrement le feu. Pendant que le siège faisait ainsi fureur du côté de la terre, les flottes s'apprêtaient à entrer en ligne. Ce fut un superbe spectacle de voir s'avancer majestueusement ces énormes vaisseaux qui, tout à l'heure, semblables à des cratères enflammés, vomiront le feu de leurs entrailles. Chacun d'eux vient jeter ses ancres et s'einbosser hardiment au poste qui lui a été assigné. Il est une heure. Tout à coup une immense acclamation, sortie de toutes les poitrines

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impatientes, domine la voix terrible de 1 artillerie des forts, dont les boulets et les bombes sifflent dans les cordages ou éclatent dans les airs; c'est le signal d'ouvrir le feu qui vient enfin d'être donné. A cette acclamation répondit un effroyable mugisspment : tous les vaisseaux avaient lancé à la fois leurs bordées. Pendant cinq heures consécutives, le bombardement continua sur les navires français et anglais. « Vers deux heures et demie, dit le rapport du vice-amiral Hamelin, le feu des batteries russes se ralentit; il était éteint à la batterie de la Quarantaine. » A six heures, les vaisseaux se retiraient vers leur mouillage. Le vaisseau amiral français, la Vitle de Paris, fut un de ceux qui eurent le plus à souffrir.

Cette journée du 17 n'avait pas répondu aux espérances fondées sur elle; on s'était lancé sur l'inconnu. Cependant elle portait en elle d'utiles enseignements, en démontrant que nous avions devant nous une artillerie redoutable en portée, en calibre et en nombre; des défenses inconnues, que les terres amoncelées ou la configuration du terrain lui-même avaient su dérober à nos regards ; un arsenal inépuisable qui permettait de remplacer immédiatement les pièces hors de service; un ennemi résolu et intelligent; une direction habile, énergique, et qu'enfin ce ne serait pas sans une lutte opiniâtre et meurtrière que la France et l'Angleterre pourraient s'emparer de Sébastopol.

Dans la journée du 18, près de 6,000 travailleurs sont employés k réparer les dégradations causées par le feu du 17 ; les batteries sont remises en état et le 19 les détonations de l'artillerie recommencent. En même temps, les travaux de développement continuent avec activité dans les tranchées, tandis que, de son côté, l'ennemi s'occupe avec ardeur à réparer et à augmenter ses moyens de résistance. La population tout entière de Sébastopol est requise pour porter des gabions et des fascines; sous la savante direction du capitaine de génie Todleben, les terres se soulèvent de toutes parts; chez les Russes comme chez les alliés se multiplie à l'infini tout ce que peuvent créer la force et l'intelligence humaines. Bientôt l'ennemi exécute pendant la nuit des sorties vigoureuses, ou il cherche à enclouer nos canons et à détruire nos ouvrages; tantôt sur un point, tantôt sur un autre, il tient sans cesse en éveil nos compagnies de garde dans les tranchées et, quoique toujours repoussé, il revient k la charge avec une infatigable opiniâtreté. Une foule de braves, d'officiers pleins de mérite et d'avenir tombèrent ainsi dans ces combats nocturnes, où le courage et le dévouement ne trouvent leur récompense que dans la satisfaction du devoir accompli. Mais la place souffrait cruellement de son côté; souvent les bombes allumaient des incendies qui semblaient envelopper Sébastopol de leurs ailes de feu, et divers rapports nous apprenaient que les pertes de Ses défenseurs étaient énormes.

Les approches françaises se continuent avec une infatigable activité ; les tranchées se creusent jour et nuit, les parallèles se prolongent, l'artillerie établit de nouvelles batteries. Déjà l'ennemi ne répare plus les embrasures des bastions du Mât, détruites par nos projectiles, mais il construit d'autres ouvrages en arrière ; il ne recule que pour se relever tout à l'heure plus redoutable. Le 1" novembre, 47 nouvelles pièces ouvrent leur feu contre la place et un assaut est décidé pour le 8 contre le bastion du Mât, dont les approches sont défendues par plus de 500 pièces de canon qui peuvent couvrir de mitraille le terrain que doivent parcourir les colonnes d'attaque. Le 5, pendant que se livrait la bataille d'Inkermann (v. ce mot), le général-major Timofeïff exécutait une sortie furieuse k la tête des troupes de la garnison, dans l'espoir d'envahir nos tranchées, d'y jeter le désordre et de bouleverser nos ouvrages. Su colonne s'est portée impétueusement sur nos batteries 1 et 2, et déjà elle a encloué quelques canons, lorsque les

fénéraux La Motterouge, de Lourmel et 'Aurelle se précipitent pour la repousser. Les Russes fuient en désordre, mais l'intrépide général de Lourmet a la poitrine traversée d'une balle en se lançant k leur poursuite; il expira deux jours après. Cette attaque des Russes et surtout les pertes cruelles subies par les Anglais à Itikermann firent ajourner l'assaut qui avait été fixé pour le lendemain.

Maintenant va commencer une autre lutte, la lutte avec les éléments, avec le froid, avec la neige, avec les pluies torrentielles, les ouragans du ciel, de la terre et de la mer. Aucune plume ne saurait retracer les souffrances de nos soldats sous ce rigoureux climat d'hiver de la Tauride, et l'héroïque constance avec laquelle ils les supportèrent. D'épouvantables tempêtes les assaillirent, qui exercèrent surtout leurs ravages sur les flottes. Les navires s'en tre-choquaient les uns contre les autres; leurs vergues et leurs cordages, violemment enlacés, se brisaient avec un sinistre fracas, dont le bruit était dominé par les sifflements furieux du veut, le grondement formidable de la mer et les coups de canon intermittents que tiraient au loin les vaisseaux en détresse (journée du 14 nnv.).

Cependant la fièvre de l'impatience dévore l'armée, qui demande l'assaut à grands cris.

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Le général Canrobert pouvait dire, comme le maréchal Saint-Arnaud à Varna : « Tout le monde veut marcher en avant, et moi qui le veux plus que personne, je ne le fais point paraître. » C'est que tout n'était pas prêt encore ; les batteries des Anglais n'étaient pas armées entièrement, et leurs troupes, si infatigables au combat, mais inhabituées aux rudes épreuves des privations, des veilles, des travaux de chaque jour et de chaque nuit, étaient décimées par la maladie. Vers la fin de janvier 1855, le général Niel, du génie, arriva en Crimée. Après un examen approfondi du système de fortifications de Sébastobol, son opinion fut invariablement fixée : il fallait attaquer la place du côté de la tour Malakoff. Des travaux furent aussitôt entrepris dans cette direction, travaux qui inquiétèrent visiblement les Russes, car ils commencèrent la construction d'un ou- ; vrage de campagne k l'extrémité du plateau du Carénage et déployèrent une activité incessante pour garantir de nos attaques ce point important. Le 17 mars, nos batteries présentaient le chiffre énorme de près de 500 bouches k feu en état d'agir; mais les Anglais continuaient a apporter de nouveaux retards à la simultanéité de l'attaque, et cette ; situation amenait une grande froideur dans I les rapports des deux généraux en chef. Dans la nuit du 22 au 23 mars, deux colonnes russes, composées de 12 bataillons commandés par le lieutenant général KroulefF, exécutèrent une sortie furieuse contre nos travaux d'approche et ceux de nos alliés. Accueillies par une décharge terrible des zouaves, que trois élans successifs précipitèrent dans leurs rangs, abordées ensuite par plusieurs compagnies d'élite et par le 4c bataillon de chasseurs, elles résistèrent à ces chocs impétueux pendant plus d'une heure, pénétrèrent jusque dans les parallèles et ne battirent en retraite qu'après avoir eu plus de 400 hommes tués et 1,000 blessés. De notre côté, nous avions 600 hommes hors de combat. C'est la sortie la plus importante que les Russes aient tentée pendant toute la durée du siège. A partir de ce jour, les opérations entrent dans une nouvelle phase ; on sent de plus en plus le besoin de presser les Russes qui utilisent chaque heure, chaque minute pour accumuler les obstacles; de formidables batteries s'élèvent et, le 9 avril, 500 pièces de canon tonnent à la fois contre la place. Quelques jours après,une attaque meurtrière, mais héroïquement soutenue, nous rendit maîtres d'un grand nombre d'embuscades et de travaux exécutés par l'ennemi ; mais ce succès nous coûta cher, car il fut payé par la mort du général Bizot.qui eut la tête traversée par une balle, et par la perte de plusieurs officiers supérieurs du plus grand mérite. Dans le courant du mois de mai, de profondes modifications furent apportées dans les commandements supérieurs : le général Forey, chargé de la direction des troupes de siège, était envoyé en Afrique, et le général en chef Canrobert donnait sa démission, motivée sur la mésintelligence qui avait ouvertement éclaté entre lui et lord Raglan, à la suite d'une expédition maritime qifi souriait au général anglais et qu'il avait jugée inopportune. Canrobert dut revenir en France. Il léguait sa succession au général Pélissier.

Les travaux offensifs contre la place reprirent alors une nouvelle activité. Dans les premiers jours du mois de juin, un grand conseil s'assembla, ou fut discuté et arrêté un assaut contre le mamelon Vert (redoute Kainchatka des Russes) ainsi que contre les ouvrages Blancs, à droite, et k gauche l'ouvrage dit des Carrières. La direction de l'attaque fut confiée au général Bosquet. Le 7 juin, vers cinq heures du soir, il donne l'ordre à l'officier d'artillerie de lancer les fusées qui doivent servir de signal. Alors les colonnes d'assaut Se précipitent avec un élan irrésistible que ne peuvent briser ni les feux convergents du grand Redan ni la mitraille vomie par les batteries de la tour Malakoff. L'intrépide colonel de Brancion, du 50e, aborde de front la position ennemie, s'élance sur le parapet et y plante de ses mains le drapeau de son régiment; mais il tombe aussitôt foudroyé, tandis que le colonel Rose, à la tète des tirailleurs algériens, s'empare d'une batterie annexe de ia redoute et que le colonel Polhes, avec le 3e zouaves, envahit la gauche du mamelon. A l'extrême droite, nos troupes se portent sur les travaux des Russes avec la même impétuosité, conduites par les généraux de Failly et de Lavarande. Tout cède devant elles; les Russes prennent la fuite après avoir lutté avec le courage du désespoir et exécutent vainement des retours sanglants sur les positions qu'ils ont perdues. De leur côté, nos alliés se sont emparés de l'ouvrage des Carrières, en avant du grand Redan, dont l'occupation complétait la ligne de défense enlevée à l'ennemi. Quelques heures avaient suffi à nous rendre maîtres du mamelon Vert, de ce premier et important reinpart que la prévoyante activité des Russes avait élevé en avant de Malakoff pour nous menacer et nous arrêter sans ces=e dans nos travaux d'approche. Ce succès nous avançait de 300 k 400 mètres environ sur toute notre ligne d'attaque.

A partir de ce moment, l'histoire du siège de Sébastopol se concentre tout entière dans

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•les détails relatifs aux deux attaques de la tour Malakoff; nous renvoyons donc le lecteur à cet article, pour reprendre notre récit au point où nous avons dû le suspendre alors pour ne pas empiéter sur d'autres événements.

L'opinion du général Niel, qui regardait Malakoff comme la clef de Sébastopol, allait bientôt se trouver justifiée. Déjà, en effet, avant la nuit (8 septembre), le général de Martimprey, chef d'état-rnajor du général Pélissier, signalait dans l'armée ennemie, du côté du pont, des mouvements qui semblaient annoncer qu'elle se préparait k évacuer la ville ; mais ce n'était encore qu'une espérance, car le canon grondait toujours avec une violence extrême. Pendant la nuit, le ciel s'illumina tout k coup d'une lueur éclatante et une explosion épouvantable fit frémir le sol bouleversé jusque dans ses entrailles. A cette explosion succédèrent rapidement plusieurs autres, annonçant que l'oeuvre de destruction commençait et que les Russes renonçaient à défendre les positions extrêmes. Une portion de la Courtine avait sauté; le petit Redan et les batteries de la Maison en croix avaient été bouleversées, et la tour Malakoff sautait, elle aussi, avec un fracas horrible. Dès le début de l'attaque, les soldats avaient reçu l'ordre de jeter de la terre sur les fascines enflammées pour étouffer l'incendie. Les premiers coups de pioche mirent à découvert un lil électrique communiquant avec la tour elle-même, minée par les Russes, et deux autres fils destinés à faire sauter des magasins de poudre très-considérables. Ces fils furent aussitôt coupés et l'artillerie enleva, les jours suivants, plus de 40,000 kilogrammes de poudre de Malakoff. Mais c'en est fait; da tous côtés des avis arrivent au général en chef, le prévenant qu'un mouvement inusité a lieu sur le pont, dans le sens du sud au nord ; l'ennemi, terrifié par la prise de Malakoif, nous abandonne la position. Pendant toute la nuit, la destruction continue son œuvre, des explosions continuelles se font entendre et des incendies allumés dans diverses parties de la ville nous donnent enfin la certitude que notre victoire est complète. Le jour vint; Sébastopol n'offrait plus qu'un affreux assemblage de flammes et de décombres; au loin, on apercevait les colonnes russes opérant leur retraite, et les derniers vaisseaux, mouillés la veille encore dans la rade, étaient coulés et ne montraient plus au dessus de l'eau que l'extrémité de leurs hautus mâtures. Ce n'était plus le combat, ce n'était plus la lutte; le canon s'était tu d'une manière absolue, et chefs et soldats, debout sur les tranchées, rassasiaient leurs regards du spectacle de ce. triomphe si chèrement acheté. Dans les camps, la joie était immense ; on n'entendait de tous côtés que des chants et des acclamations. Le 10 septembre, le général en chef, accompagné d un nombreux état-major, parcourut Sébastopol et ses lignes de défense, et c'est alors seulement que l'on put juger, malgré les ruines amoncelées par l'ennemi en retraite, de la grandeur et de l'étendue des obstacles amoncelés. 4,000 bouches à feu furent trouvées dans la ville, sans compter celles qui avaient été jetées dans ia rade ; le nombre des projectiles dépassait 100,000 et l'on retira de la place plus de 200,000 kilogrammes de poudre. Certes , la défense de Sébastopol sera pour la Russie un beau souvenir de son histoire militaire. Mais aussi, la postérité dira ce que furent la vaillance irrésistible et l'indomptable courage des armées alliées, qui poussèrent l'héroïsme de l'abnégation et de l'audace jusqu'à Ses dernières limites t La prise de cette ville, que défendaient de si formidables ressources, restera comme un fait unique dans l'histoire des sièges.

SÉBASTOPOLlg, ville de l'ancienne Asie Mineure, dans le Pont, sur l'Iris.

SKBASTOPOL1S, ville de la Colchide.

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