‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 207 sur 1059 · L. Racine · texte numérisé non relu

L. Racine

— Où l'on fait connaître des particularités de l'histoire qui avaient été tenues secrètes : Des mémoires secrets.

— Qui dissimule ses sentiments, ses pensées : Avoir un ennemi secret.

— Qui sait se taire, qui est discret : C'est un homme à qui vous pouvez tout confier, il est fort secret. Vous n'êtes guère secket, vous redites tout. On accuse cette femme de n'être pas assez secrète. (Acad.)

Soyez secrète, ou bien vous êtes morte.

La Fontaine.

— Maladie secrète, Maladie vénérienne :

Ce médecin s'occupe particulièrement des maladies secrètes. (Acad.)

— Remèdes secrets, Médicaments dont on ne divulgue pas la composition, et qui ne sont pas inscrits au Codex.

— Comité secret , Délibération d'une assemblée d'où le publie est accidentellement exclu: Se former en comité secret. Demander le CO- MITÉ SECRET.

— Loc. fam. Etre secret comme un coup de canon, comme un coup de tonnerre, Manquer tout a fait de discrétion, ne savoir garder aucun secret.

— Hist. Conseil secret du roi, Conseil où l'on agitait les affaires les plus importantes, et où certains membres du conseil d'Etat seulement avaient le droit de siéger.

— Fin. Fonds secrets, Fonds dont le chiffre est fixé , mais dont l'emploi n'est pas rendu public.

— Pratiq. Partie secrète , Personne qui agit, qui sollicite contre une autre, soit dans un procès, soit dans quelque autre affaire, et qui ne veut point paraître.

— ltiplomatiq. Sceau secret ou subst. Secret, Petit sceau dont -on se servait pour les lettres et expéditions particulières.

— Vénér. Chien secret, Limier qui pousse la voie sans appeler.

SECRET s. m. ( se-krè — lat. secretum. V. secret adj.). Ce qui doit être tenu secret, ce qu'il ne faut dire à personne : Garder un secret. Confier un secret à quelqu'un. Découvrir un SECRET. Receler un secret. Trahir un secret. Deviner un secret. Entrer, pénétrer dans tes secrets de quelqu'un. Laisser échapper son secret. Arracher, surprendre un secret. Un homme est plus fidèle au secret d'autrui qu'au sifii propre; une femme, au contraire, garde mieux soîi secret que celui d'autrui. (La tiruy.) On confie son secret dans l'amitié, mais il échappe dans l'amour. (La Bruy.) Le seul secret qu'une femme garde inviolabtement, c'est celui de son âye. (Ninon de Lenclos.) Les secrets d'amour sont les plus mal gardés. (Grégory.) Il n'y a de secrets bien gardés que ceux auxquels la vanité fait sentinelle. (D. Stem.) L'âme n'a point de secret que ta conduite ne révèle ; cela est vrai à Paris comme à Pékin. (Sunrd.) La pudeur, l'amour chaste, l'amitié vertueuse sont pleins de secrets. (Chateaub.) Jl y a des secrets qu'on ne dit qu'à sa mère. (Serrurier.) Le pouvoir fait mieux de confesser sa fuibtesse que d'en laisser dérober le SECRET. (Mme île Kémusat.) Un secret tourmente plus une femme qu'une colique. (Karquliar.) Le sage ne doit avoir d'autre gardien de son secret que tuimême. (Guizot.)

Il n'est point de secret que le temps ne révèle.

Racine.

Je confie au papier les secrets de mon coeur.

Boileau.

Un fils a-t-il jamais des secrets pour son père ?

Bkiffaut.

L'amour le plus discrr t Laisse par quelque marque échapper son s?crct.

Racine.

A quoi bon, quand la fièvre en nos artères brûle» Fuiru de noire mal un secret ridicule ?

Boileau.

Le secret ne peut point excuser nos erreurs; Et notre premier juge est au fond de nos cœurs

Cresset.

Un secret déposé, secret inviolable; Un secret dérobé, je rirais dire au diable.

Piaos.

SEOR

Mainte fleur épanche à regret Son parfum doux comme un secret Dans les solitudes profondes.

Baudelaire.

Rian ne pèse tant qu'un secret, Le porter loin est difficile aux dames; Et je sais même sur ce fait Bon nombre d'hommes qui sont femmes.

La Fontaine.

— Discrétion, silence sur une chose demandée : Je vous demande le secret. Promet' tez-moi le SECRET. Je vous garderai le secret le plus inviolable. Les affaires ont été traitées avec le plus grand secret, dans le plus grand secret. Les lois du secret et du dépôt sont les mêmes. (Chamfort.) Le secret est l'âme de toute opération militaire. (lJ.-L. Courier.)

Commandez a vos yeux de garder le secret.

Racine.

— Moyen connu des seuls initiés, pour faire certaines choses, pour produire certains effets : Donner, communiquer, vendre, acheter un secret. (Acad.) Chaque poète, chaque peintre, chaque sculpteur emporte son secret avec lui; il ne laisse pas ses recettes. (Th. Gnut.)

— Raison cachée, procédé spécial, moyen particulier mis en usage pour réussir en quelque chose : Le secret de plaire. Le secret de parvenir. Il a trouvé le secret de se ruiner. Il a trouvé le secret de s'enrichir en faisant des vers. (Acad.) L'art de douter est le meilleur secret pour apprendre. (F. Bacon.) Qui aurait trouvé le secret de se réjouir du bien sans être touché du. mal contraire aurait trouvé le point. (Pasc.) Demandez peu et accordez beaucoup; c'est le secret de plaire. (Latetia.) Tout le secret de ta politique consiste à mentir à propos. (Mme de foiiiparfour.) Ouvrir son esprit à toutes choses, son âme à toute impression, tel est le secret de l'art et du savoir. (E. Scherer.) Le secret de l'ordre social consiste dans la patience da grand nombre. (Mmo de Staël.) Le secret de la vraie vertu, c'est de ne faire aucune action légèrement. (Mme de Rémusat.) La vrai secret pour bien réussir est d'être importun. ( P. Boutauld.) Le secret de rendre les révolutions impossibles, c'est d'empêcher qu'elles ne soient désirables. (J. Simon.) L'illusion sur un fond vrai, voilà le secret des beaux-arts. (J. Joubert.) Le secret du style, de la philosophie, de l'art, le voici .-faire peu de travail au prix de beaucoup de peine. (Ph. Chasles.) La mutualité est le grand secret de toutes les combinaisons sociales. (Mme K. deGir.) Le grand secret du bonheur, c'est d'être bien avec soimême. (J. Janin.)

Le secret est d'abord de plaire et de toucher.

Boileau.

Le secret d'ennuyer est celui de tout dire.

Voltaire.

Apprenez que des cœurs séparés & regret Trouvent de se rejoindre aisément le secret.

Corneille.

Etendre son esprit, resserrer ses désirs, C'est là le grand secret ignoré du vulgaire.

Lamartine.

— Explication, connaissance, notion juste : Je voudrais avoir le secret de sa conduite. Jeanne Darc est à peine comprise ;• les peuples n'ont pas eu le secret de cet ange guerrier. (Ph. Ghasles.)

— Organe caché, qu'il faut faire manœuvrer de certaine manière pour obtenir certains effets : Serrure à secret. Coffre-fort à secret. Il Cache, endroit dissimulé où l'on serre des choses précieuses : Il a fait faire un secret dans son coffre-fort.

— Cellule dans laquelle on enferme un prisonnier qui ne doit communiquer avec personne ; état du prisonnier à qui il est interdit de communiquer : Mettre un prisonnier au secret, le tenir au secret. Il est sorti du secret, et on lui a donné le préau. (Acad.) Il fut mis provisoirement au secret le plus absolu, (t'r. Soulié.) Sur l'intercession de ses amis, il fut résolu qu'on le laisserait vivre, mais qu'on le tiendrait au secret à ta préfecture de police. (D. Stem.)

— Secret d'Etat, Chose dont la divulgation nuirait aux intérêts généraux. Il Fam. Chose dont on fait grand mystère, que l'on cache comme si elle intéressait le salut de l'Etat.

— Secret de Polichinelle, Secret de la comédie, Chose qui est sue de tout le monde, et dont quelqu'un veut cependant faire un secret :

Cela peut s'appeler secret de comédie.

Que tout le monde sait

Andrieux.

— Secrets d'abbé, que les moines n'entendent pas. Choses qui doivent être ignorées des inférieurs.

— Au tombeau des secrets, Inscription que les écrivains publics mettaient sur leur porte.

— Etre du secret, Etre dans le secret, Etre dans la confidence d'une chose qui se prépare.

— Avoir le secret de quelqu'un, Savoir la chose qu'il veut tenir cachée.

— C'est mon secret, C'est une chose que je ne dois ou que je ne veux pas dire.

— Dire une chose sous le secret, en grand secret, La confier en recommandant de ne la révéler k personne.

— Prov. Secret de deux, secret de Dieu; secret de trois, secret de tous, Un secret connu

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de deux personnes seulement peut être bien gardé, mais une chose sue de trois personnes devient bientôt publique.

— J urispr. Secret professionnel, Secret qu'on est tenu de garder en vertu de sa profession.

— LUurg, Secret de la messe, Nom donné quelquefois au canon de ia messe, qui se dit à voix basse.

— Mus. Caisse qui contient l'air comprimé tenu en réserve pour être employé suivant le besoin, dans les instruments du genre de l'orgue.

— Artill. Ancien nom de. la lumière, qu'on couvrait d'une plaque de plomb.

Mar. Endroit où il faut mettre le feu sur un brûlot, il Secret de construction. Droit que s'arrogeaient les anciens charpentiers de cacher leurs travaux, pour conserver le monopole des constructions maritimes : Un des plus grands services rendus à la marine par Itenau, et aussi un des plus ignorés, fut la ruine du prétendu droit de secret de construction. (E. Sue.)

— Techn. Nom donné par les pelletiersfourreurs k un mélange composé d'acide azotique étendu d'eau et de quelques gouttes de vinaigre, qu'ils appliquent sur le poil des peaux qu'ils veulent teindre, avant de les passer au bain de teinture.

— Loc. adv. En secret, Secrètement, en particulier, sans témoin : Je lui ai parlé en secret. Il ne travaille à cela qu'titf secret. Ils se voient en SECRET. (Acad.)

Je l'ai fait en secret amener devant moi.

Racine.

J'ai voulu vous parler en secret d'une affaire, Et suis bien aise ici qu'aucun ne nous éclaire.

Molière.

il Au fond du cœur, en cachant ses sentiments : Il feint de l'aimer, mais en secret il le déteste. .(Acad.) On reproche EN secret à ses semblables ce qu'on ne peut plus se permet-^ tre d soi-même. (Mass.) Une femme peut se montrer indifférente pour celui qu'elle aime en secret. (La Rochef.-Doud.) Virgile se moque en secret, comme Homère, des divinités qu'il adore. (P. Leroux.)

Quelque orgueil en secret dont s'aveugle un auteur( 11 est fâcheux, grand roi, de se voir sans lecteur.

Boileau.

Tout homme a son idole; en secret il s'enflamme Pour l'orgueil, pour l'argent, surtout pour le plai-

[sir.

Fr. de Neufchateau.

Voyez comme en secret la nature fermente ! Quel besoin d'enfanter sans cesse la tourmente !

Delille.

— N'avoir point de secret pour quelqu'un, Lui dire tout ce qu'on pense, ne lui rien cacher : Vous savez que je n'Ai point de secret pour vous.

— Syn. Secret (en), secrètement. Tout ce qui ne se t'ait pas publiquement se fait en secret, par cela seul que l'action n'est pas publique; secrètement ajoute k cela l'idée nonseulement de se cacher à tous les regards pour faire l'action, mais de désirer que les autres ignorent même que cette action a lieu. Nous faisons tous les jours en secret beaucoup de choses que la bienséance défend de luire en public; mais nous ne les faisons pas secrètement, car nous n'ignorons pas que tout le monde connaît la nécessité qui nous oblige à les faire. Parler secrètement k quelqu'un, c'est prendre des précautions pour que personne ne sache que nous lui parlons ; parler en secret, c'est tout simplement parler de manière que les autres ne peuvent pas entendre ce que nous disons.

— Encycl. Jurispr. Secret professionnel.

Trahir un secret dont on a reçu la confidence est, de la part de toute personne, un acte condamnable, que réprouve et flétrit la morale. Cette mauvaise action devient un délit punissable (art. 373 du code pénal) lorsque la révélation a été commise par des personnes dépositaires par état des secrets de la vie privée,et que le fait divulgué par elles est de ceux dont elles ont re'çu la confidence dans l'exercice de leur profession ou de leur m.nistere.

Certaines professions mettent inévitablement les personnes qui les exercent dans la confidence de nombreux secrets dont la divulgation pourrait porter de graves atteintes à l'honneur des particuliers et des familles. Ces professions obligent à une discrétion inviolable et le devoir moral du secret est d'ailleurs garanti par une sanction pénale. L'article 378 du code pénal est ainsi conçu : » Les médecins, chirurgiens et autres officiers de santé, ainsi que les pharmaciens, les sages -femmes et toutes autres personnes dépositaires par état ou profession des secrets qu'on leur confie, qui, hors le cas où la loi les oblige à se porter dénonciateurs, auront révélé ces secrets, seront punis d'un emprisonnement d'un mois à six mois et d'une amende de 100 francs à 500 francs. » Comme on le voit, il y a une lacune, une inexcusable lacune dans la loi pénale : elle prononce une peine contre les divulgateurs des secrets professionnels, et elle a omis, elle a oublié de donner une nomenclature complète des professions qui obligent au secret. L'article 378 du code pénal, au lieu de procéder par énumératiou, se contente do donner un exemple; il cite nommément les médecins, officiers de santé, pharmaciens et sages-femmes comme astreints à la discrétion

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professionnelle, et il ajoute en termes généraux que sa disposition s'étend « à toutes autres personnes dépositaires par état des secrets qu'on leur confie.» Une telle généralité, une telle élasticité de rédaction est intolérable dans une loi pénale où tout doit être catégoriquement défini, et le texte de l'article 378 a été à ce point de vue l'objet des critiques les plus méritées. Quoi qu'il en soit, la règle du secret est dans les mœurs et dans les traditions constantes de certaines professions; la jurisprudence a recherché ces traditions, et elle a pu ainsi combler la lacune qui existe dans la loi et déterminer avec une certaine fixité quelles catégories de personnes sont soumises à l'obligation du secret professionnel.

Ces personnes sont d'abord les médecins (docteurs ou officiers de santé), les sagesfemmes et les pharmaciens, pour lesquels l'article 378 dispose nominativement. L'obligation du secret pour les médecins a été reconnue à toutes les époques. &grorum arcana visa, audita, inlellecta nemo eliminet, disaient les plus anciens statuts connus de l'école de Paris. Les termes dans lesquels est conçue cette maxime doivent être soigneusement remarqués. Il en résulte, en effet, que le secret n'est pas moins inviolable pour le médecin alors même qu'il n'en a pas reçu la confidence orale avec prière de le garder, et qu'il suffit qu'il en ait acquis ou surpris la connaissance dans l'exercice intime de sa profession pour que le devoir de la discrétion lui soit rigoureusement imposé. Il ne doit pas seulement garder le secret qui lui a été confié à l'oreille , arcana audita , mais aussi le secret qu'il a surpris avec ses yeux, visa, et celui qu'il a pénétré grâce k sa perspicacité, arcana inlellecta. Nous insistons à dessein sur ce point, parce que la règle est la même et que le devoir de discrétion a une égale étendue pour toutes les professions soumises au secret.

Parmi les personnes assujetties à cette obligation professionnelle figurent encore, et certainement au premier chef, les ministres du culte catholique relativement aux révélations qui leur ont été faites par la confession. La doctrine de saint Thomas et de tous les théologiens est constante sur ce point. Les criminalisles Jousse et Muyard de Vougland dans l'ancien droit, MM. Chauveau et baustin Hélie dans le droit actuel, ne sont pas moins explicites. Tous reconnaissent qu'un prêtre catholique appelé k déposer en justice sur des faits dont il a acquis la connaissance au confessionnal, non-seulement a le droit, mais est impérativement lié par le devoir de se refuser a faire sur ce point aucune révélation.

Le droit et le devoir du secref professionnel sont également une tradition constante dans le barreau. Les avoués sont, k cet égard, placés sur la même ligne que les avocats ; ils sont, au même degré, les conseils et les intimes confidents de leurs clients. Ils aviliraient la dignité de la toge et s'exposeraient, d'ailleurs, aux peines prononcées par l'article 378 en divulguant dans le monde les f;iits qui sont venus à leur connaissance dans l'exercice de leur ministère. S'ils étaient appelés à déposer judiciairement sur ces mêmes faits, une jurisprudence invariablement fixée les autorise à s'abstenir à cet égard de toute réponse aux interpellations du juge, en motivant, bien entendu, leurs réticences sur l'obligation du secret professionnel. Nonseulement l'avocat ou l'avoué peuvent, mais ils doivent s'abstenir de déposer en pareil cas; eu rendant explicitement témoignage en justice des faits qui leur ont été révèles dans l'exercice de leur ministère, ils encourraient inévitablement la pénalité portée par l'article 378. Toute contrainte, toute pression exercée sur l'avocat en cette délicate matière attenterait manifestement au droit inviolable de la défense. Il est évident que la défense cesserait d'être libre si le client ou l'accusé ne pouvait livrer le secret de sa conscience à son conseil avec uu eutier abandon et une absolue sécurité.

Ii existait quelques divergences sur le point de savoir si les notaires sont astreints à l'obligation du secret professionnel en ce qui touche les pourparlers qui, dans leurs études, précèdent ou suivent les transactions, et en général touchant les faits quelconques qui peuvent leur être révélés dans l'exercice de leur ministère. Pour soutenir la négative, on a argumenté des termes de la loi du 25 ventôse an XI, dont l'article 23 parait être limité a un objet spécial, le devoir de discrétion du notaire. Cet article, en effet, interdit au notaire, sous peine d'amende, de donner communication de ses minutes d'actes, ainsi que d'en délivrer des expéditions à toutes autres personnes que les parties intéressées ellesmêmes, leurs mandataires ou leurs ayants cause. Voilà, a-t-on dit, le devoir du secret défini par la loi elle-même pour la profession notariale; étendre ce devoir, assimiler le notaire à l'avoué et à l'avocat, c'est donner a la loi une extension arbitraire, d'autant moins admissible qu'ici la violation de l'obligation est sanctionnée par une disposition pénale. Cette doctrine étroite a été néanmoins adoptée par la cour de cassation dans un arrêt de rejet d"u 23 juillet 1830 (Dali., P., 1803, 1, 321). La plupart des auteurs refusent de souscrire k cette jurisprudence. Le notaire est le plus intime confident des secrets des familles; tout ce qui

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touche aux fortunes privées et, fréquemment, ce qui intéresse l'honorabilité des personnes est confié sans mystère à cet officier ministériel. La confiance est l'àme de sa profession ; il serait odieux qu'elle pût être impunément trahie.

Nous devons ajouter que le secret professionnel n'est regardé comme violé que lorsque la révélation est de nature k entacher l'honneur ou, en tout cas, à compromettre la considération des personnes, La divulgation d'un fait indifférent, quoique confidentiellement communiqué, ne constituerait point le délit de révélation de secret et ne donnerait pas lieu à l'application de l'article 378 du code pénal. Ainsi un médecin ne se rendrait certainement passible d'aucune pénalité en divulguant qu'il a traité un client pour une migraine ou une affection rhumatismale. Il en serait évidemment tout autrement s'il s'agissait d'une maladie syphilitique, ou même s'il s'agissait d'une affection mentale ou encore d'un cas d'épilepsie. L'aliénisme ou l'épilepsie ne sont pas, sans doute, des maladies qui déshonorent; mais il n'est pas moins vrai qu'a un certain point de vue les affections de cette nature déprécient la personne, et comme on les suppose généralement héréditaires, le préjbdiee résultant d'une indiscrétion peut réfléchir sur la famille.

Aux termes de l'article 378, la pénalité prononcée par cet article cesse d'être applicable dans les cas où laloi elle-même oblige les personnes qui ont fait la révélution k dénoncer le fait. Nous partageons entièrement l'opinion de MM. Chauveau et Hélie, lesquels enseignent que cette dérogation k l'article 378 n'a plus désormais de raison d'être. La dénonciation était obligatoire relativement aux complots contre la sûreté intérieure ou extérieure de l'Etat, et la non-révélation des crimes de cette nature par les personnes qui en avaient connaissance était punie par les articles 103 et suivants du code pénal. Mais la loi de révision du 28 avril 1838 a abrogé ces articles du code. Il n'existe plus dans nos lois aucun cas de dénonciation obligatoire, obligatoire du inoins sous une sanction pénale. Toutefois, les médecins sont, dans un cas déterminé, obligés de faire k l'autorité une déclaration qui, k première vue, peut sembler contraire, en ce qui les concerne, k l'article 378 du code pénal. L'article 56 du code civil les oblige, en effet, k faire k l'officier de l'état civil la déclaration des naissances quand ils ont assisté k l'accouchement de la mère et que le père auquel cette déclaration incombe en première ligne est absent ou inconnu, ou d'une manière quelconque empêché. Ajoutons que l'article 346 du code pénal punit de l'emprisonnement et de l'uinende l'omission de la déclaration de naissance par les personnes auxquelles cette déclaration est imposée. Il peut sembler de prime abord, nous le répétons, qu'il y a une contradiction entre ces dispositions d'une part et d'autre part l'article 378, dans le cas, pur exemple, où il s'agit de l'accouchement clandestin soit d'une tille mère, soit d'une femme infidèle, qui se sont confiées k l'homme de l'art et lui ont recommandé le secret sur le fait de leur maternité. La jurisprudence a résolu la difficulté : le médecin, dans de semblables circonstances, devra faire la déclaration de naissance tout simplement , c'est-à-dire faire connaître le sexe de l'enfant et les noms et prénoms qui lui sont donnés, ainsi que le moment de l'accouchement; il devra garder le silence sur l'individualité de la mère qui s'est confiée k lui sous le sceau du secret. Un acte de naissance a pour objet essentiel de fixer l'identité, c'est-à-dire les noms, l'âge et le sexe de l'enfant; cet acte énonce ordinairement, sans doute, l'individualité des père et mère, mais ces énonciations ne sont pas absolument de son essence et la réticence sur ce poiut est imposée au médecin dans l'hypothèse où nous nous plaçons. Cette solution, nous le répétons, est adoptée par la jurisprudence et généralement suivie dans la pratique înéuicale.

La loi punit la simple révélation , c'est-àdire la communication même intime et confidentielle du secret livré k àea personnes que leur profession oblige k le garder. La divulgation publique i^lu secret ajouterait, sans doute, k la gravité morale du délit, mais elle n'en est point une condition essentielle et constitutive; la loi, nous le répétons, punit la simple révélation, c'est-k-dire la communication même k une personne unique.

— Mise au secret. Le prisonnier mis au secret est enfermé dans une étroite cellule où toute communication avec une personne du dehors lui est interdite. Cette mesure rigoureuse a entraîné de graves abus, quand le magistrat chargé de l'instruction d'une «flaire criminelle pouvait prolonger indéfiniment l'interdiction de communiquer, et surtout quand l'autorité supérieure s arrogeait le droit de décréter arbitrairement la mise au secret pour un temps indéterminé. D'après l'ait. 613 de la loi du 14 juillet 1865, le juge d'instruction peut seul ordonner la mise au secret, et son ordonnance doit être transcrite Sur le registre de la prison. L'interdiction de communiquer prescrite par le juge ne peut s'étendre au delk de dis jours ; mais elleest reuouvelable, et il doit toujours eu être rendu compte au procureur général. Cette loi n'a

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pas fermé la porte à tous les abus, elle laisse encore trop de place a l'arbitraire ; on ne peut méconnaître cependant qu'elle n'ait apporté quelque adoucissement à ce qu'il 3' avait de cruel et d'odieux dans la mise au secret.

— Iconogr. Le sphinx était, chez les Egyptiens, l'hiéroglyphe ou l'emblème du secret ; il figurait avec cette signification sur le cachet d'Auguste. Les modernes ont représenté le Secret sous les traits d'un jeune homme tenant un sceau sur ses lèvres et marquant, par l'action de l'autre main, qu'il renferme en son cœur ce qui lui est confié; quelquefois, au lieu d'être posé sur les lèvres, le sceau est placé simplement dans l'une des mains de ce personnage allégorique. Une figure de ce genre a été sculptée en bas-relief par Bertrand, dans la tribune du pourtour de la chapelle du château de Versailles. Une statue en plâtre intitulée le Secret a été exposée par M. E. Neble au Salon de 1839.

Un groupe en marbre des plus remarquables, sculpté par M, Hippolyte Moulin, a. ligure au Salon de 1875 sous ce titre : Un secret d'en haut. Coiffé de son pétase et chaussé de ses talonnières ailées, le caducée sous le bras, Mercure est accoudé sur la gaine d'un hermès de Pan ; il parle k l'oreille du dieu rustique et, levant vers le ciel l'index de la inuin droite, il parait lui raconter quelque scandale amoureux de l'Olympe. La i'uce de marbre de Pan s'épanouit en un large rire. Ce groupe, commandé par l'Etat, a obtenu un très-grand succès et a été signalé parmi les sculptures du Salon de 1875 pouvant prétendre à la médaille d'honneur. Le Mercure, aux formes jeunes, souples, élégantes, harmonieuses, forme le plus piquant contraste avec l'hermès grimaçant et grivois du dieu Pan.

Une jolie composition de M. Adolphe Jourdan, le Secret de l'amour, exposée au Salon de 1866, a été gravée à l'eau-forte par L. Flameng. Sous le même titre, M. J.-E. Delaunay a peint une jeune fille demi-nue écoutant ce que le petit Cupidon lui chuchote à l'oreille ; ce tableau d'une fine couleur a paru au Salon de 1869. M. Charles Marchai a intitulé le Secret (Salon de 1870) une scène de genre où trois jeunes dames, de la société contemporaine, rapprochent leurs têtes charmantes pour écouter ce que raconte l'une d'elles. Un réaliste, M. Jean Desbrosses, a peint le Secret du moissonneur (1868), scène villageoise où l'on voit un jeune paysan parlant a l'oreille d'une gentille glaneuse. M. Edouard Hamman a exposé en 1873 deux pendants spirituellement composés : le Secret de la soubrette, une piquante Suzon, en costume du xvme siècle, adossée à un placard dont la porte trop prestement fermée laisse passer le pan d'un habit rouge...; les Secrets de madame , une jeune femme faisant disparaître dans son corsage un billet doux.

Secrets <ie» femmes (les) [De secretis mulierum], ouvrage attribué k Albert le Grand et qui, suivant toute vraisemblance, est de Henri de Saxe, un de ses disciples. La première édition, datée de 1428 (pour 1478), sans lieu, est un in-4° gothique de 56 pages, trèsrare. Cet ouvrage, célèbre depuis le moyen âge, a été réimprimé un grand nombre de fois, le plus souvent avec un autre ayant pour titre : Vertus des herbes, des jpierres et des animaux (Liber secretorum de virt'utibus herbarum, lapidum et animalium), qui n'est pas plus d'Albert le Grand que les Secrets des femmes. La traduction française de ce recueil, imprimée k Turin dans le courant du xvi» siècle, a pour titre : le Grand Albert. Des secrets des vertus des herbes, pierres, bustes et aultres livres des merveilles du monde, d'aucuns effets 'causés d'aucunes bestes. Item y est.de nouveau adjousté ung traicté de lJline déterminant des secrets et merveilles d'aucunes choses naturelles. Les secrets des femmes et homes composés par le Grand Albert et nouvellement translatés en français tout au long corrigez et amandez. V. Grand Albert.

Le livre De secretis mulierum est proprement un traité de la génération, qu'on ne pourrait traduire littéralement en fiançais sans manquer aux convenances les plus élémentaires. A part le cynisme de chaque expression, il ne renferme aucune théorie remarquable, mais un exposé tout empirique de phénomènes dont on ne rend aucun compte. Il y a même des milliers d'erreurs partielles que la physiologie et l'anatomie ont depuis montrées dans tout leur jour. Cependant l'auteur anonyme sait à peu près ce que les anciens ont dit sur la matière, et il le répète en un latin scolastique difficile à digérer, 11 emploie d'ailleurs la méthode syllogistique, qui apparaît là dans sa splendeur grotesque. Continuellement il invoque le témoignage d'Averrhoès, d'Aristote, de Salomon ou de l'Evangile k propos des choses les plus saugrenues. Il y a un chapitre intitulé : De la formation du fœtus. On y enseigne que Saturne préside à la conception de l'enfant. La matière première de l'enfaut est céleste d'après ce que dit Philon, que toute cause a une origine céleste. Durant la croissance de l'enfant, quand 1 rôle de Saturne est terminé, celui de Jupi'.^r commence. Saturne a fourni la substam r de l'être, Jupiter, donne aux membres la forme; il préside au second mois de la grossesse, Saturne présidant au premier. Murs préside au troisième mois, le Soleil au quatrième, Vénus au ciu-

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quième, Mercure au sixième, la Lune au septième; au huitième mois, Saturne revient, et l'influence de Jupiter domine dans le neuvième. Chacun de ces principes opère sur l'enfant suivant sa vertu propre. Tout cela s'étale devant vous sous une forme grave, k la fois affirmative et inquiète d'établir la vérité de tout ce qu'on avance. C'était la science du temps. Comme toujours, elle a un aplomb solennel, s'autorise de la dignité du vrai pour mépriser lès préjugés. La Bible ne pèse pas plus sur elle que sur l'esprit des physiologistes modernes, et on sent qu'elle est fièrede cette indépendance.

11 faut voir avec quelle assurance on démontre quelles sont les propriétés de chaque mois de l'année à propos du sexe, de l'espèce et des qualités personnelles. L'enfant mâle est conçu dans le mois de mars, l'enfant du sexe féminin dans le mois de mai, les chiens dans le mois de février.

Dans un chapitre intitulé : De l'influence des planètes, l'auteur prouve que les planètes sont les dieux de la nature et qu'elles la gouvernent comme un roi gouverne son royaume. L'univers sensible est donc soumis à ces forces sidérales et toute sa vertu procède d'elles. Mais, se dit le grand philosophe, si les planètes sont les dieux de la nature, que fait donc le ciel étoile? Réponse : Le ciel est bien la cause première de l'univers, mais les planètes sont les ministres de cette cause première, elles transmettent et exécutent ses ordres au sein de l'espace. C'est bien pourquoi elles ne sont pas immobiles, mais voyagent sans cesse, d'où vient leur nom qui en grec signifie errer. Ici l'auteur décrit les occupations quotidiennes des sept planètes dont il a été question tout à l'heure sous le nom de dieux.

Après la création physique de l'homme, l'auteur explique celle des animaux, puis, dans une série d'opuscules adjoints au principal, De secretis mulierum, il traite tour à tour des végétaux, des minéraux, et, parmi ces derniers, des pierres précieuses et de leurs propriétés. Le livre a, en définitive, la prétention d'être un cours complet d'histoire naturelle et représente assez bien l'état des sciences physiques au moyen âge. Comparées à ce qu'elles sont devenues maintenant, elles ne sont encore rien. Il y a pourtant dans ces livres si imparfaits et en même temps si prétentieux des notions variées, quelquefois exactes, mais non coordonnées et ne se rapportant à rien. L'intervention continuelle de l'imagination et des préjugés dans le soin de trouver la cause de chaque phénomène donne lieu à des hypothèses surprenantes, qui supposent une incroyable faiblesse de la raison.

Secret des philosophes (le), livre d'alchimie, de Bernard le Trévisan (xve siècle). Cet ouvruge est curieux, non-seulement par • les recettes qu'il donne pour opérer le grand œuvre (car on devine que ce secret des philosophes, c'est la pierre philosophale), mais par le récit des tribulations ordinaires des alchimistes. Né riche et comte par-dessus le marché , Bernard de Trévise n'en fut pas exempt et son récit aurait dû donner à réfléchir aux adeptes. De quel ton lamentable il fait la somme des écus dépensés par lui k la recherche de cet insaisissable talisman ! « Le premier livre que j'eus, dit-il, fut Rhasès; j'employai quatre ans de mon temps, et me coûta bien 800 écus en l'éprouvant; et puis Géber, qui m'en coûta bien 2,000 et plus, et toujours avec gens qui m'affiamboient pomme détruire. Je vis le livre d'Archélaus par trois ans; là où je trouvai un moine, lui et moi labourâmes pendant trois ans, et es livres de Rupecissa, et avec eau-de-vie rectifiée trente fois sur la lie, tant que,#en mon Dieu, nous la fîmes si forte, que nous ne pouvions trouver verre qui la souffrît pour en besogner, et y despendîmes bien 300 écus. » Il passa ainsi douze ou quinze ans sans rien trouver et il énumère toutes les matières sur lesquelles il s'essaya, les sels, les ammoniaques, l'alun, l'urine, les cheveux, qu'il alambii|ua dans les cornues par « ascension et deseension, fusion, ignition, élénientation, rectification, êvauoration, conjonction, sublimation, etc. » Travail inutile, argent perdu. La pierre philosophale ne se montrait pas. Et Bernard avait dépansé plus de la moitié de sa vie et de sa fortune ; il avait cinquantehuit ans. Il se mit en route, alla à Rome, en France, en Ecosse, en Espagne, en Grèce et jusqu'en Perse, rencontrant beaucoup de gens qui, comme lui, cherchaient sans trouver. Revenu de si loin, il sut encore rencontrer « un bon clerc religieux» qui lui fit dépenser inutilement 500 écus. Il était temps de réussir, Bernard avait -soixante-deux ans et la bourse absolument vide ; dans un dernier et suprême effort, il trouva le grand secret. Voici l'allégorie par laquelle il décrit l'opération et les phases diverses par lesquelles le métal doit passer; malheureusement le métal dont il est question est inconnu, il ne le nomme pas. « Sachez, dit-il, que le roi entre tout seul, et nul étranger ni nul de ses gens n'entre dans la fontaine. Toutes les fois qu'il y est entré, premièrement il se dépouille de su robe de drap de fin or battu et la baille à son premier homme qui s'appelle Saturne. Adonc Saturne la prend et la garde pendant quarante jours. Après, le roi dévêt son pourpoint de fin velours noir et le donne a son second homme, qui est Jupiter, et lui le garde

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vingt jours bons. Adonc Jupiter, sur le commandement du roi, le baille à la Lune, qui est sa tierce personne, belle et resplendissante, et le garde vingt jours. Et ainsi le roi est en sa pure chemise blanche comme neige ou fine fleur, plus que sel fleuri. Alors il dévêt sa chemise blanche et fine et la baille à Mars, lequel pareillement la garde quaranle jours; et, après cela, Mars la baille k Soleil, jaune et non pas claire, qui la garde quarante jours.. Et après vient le Soleil, trèsbeau et sanguin! •

Outre cette chimérique et incompréhensible recette, on troave dans ce livre une théorie surprenante sur la chaleur. « La chaleur, dit Bernard de. Trévise, ne provient pas du soleil, mais de la réflexion des rayons qui traversent l'air et du mouvement perpétuel des corps célestes. Le soleil n'est par luimême ni froid ni chaud, mais son mouvement donne naissance à la chaleur qui pénètre dans les entrailles de la terre, a Ainsi, dans l'opinion de l'auteur, ajoute M.Hœfer (Histoire de la chimie) , la chaleur n'est qu'un mode de mouvement. On dirait que Bernard avait un peu deviné la physique du xrxe siècle.

Secret du Marseillais (tu), par Diderot (1767). Ce tout petit conte est d'une remarquable finesse. Un eunuque chargé de la fourniture du harem d'un pacha ne sait comment satisfaire les goûts changeants de son maître. Un Marseillais lui conseille d'acheter une petite brune aux veux bleus, dont il semble faire fi. Elle enchante le pacha. Dix mois plus tard, l'eunuque, rencontrant le Marseillais, lui demande son secret pour choisir les femmes. « Tu vas le savoir, répond l'autre. J'avais vu débarquer la fille et dès ce moment je la désirais ; je ne dormais plus et je suis sûr que si j'avais eu 500 sequins je l'aurais soufflée à ton pacha. Voilà tout mon secret, — Ah ! dit l'eunuque en s'éloignant tristement, je vois que je ne m'y connaîtrai jamais. » Que de gens sont dans le cas de l'eunuque, mais n'ont pas la franchise d'en convenir 1 Cela, dit sans méchanceté, peut s'appliquer à bien des Zoïles qui prétendent se poser en Aristarques. Néanmoins, il est des exceptions et on a vu des gens posséder k un haut degré le sens critique, bien que dépourvus de la faculté d'invention.

Secret de Javotte (le), conte, par Alfred de Musset (1842, in-8°). Ce secret que possède Javotte est la ba>e, bien fragile, sur laquelle repose toute l'historiette. Tristan de Berville, se trouvant au bal de l'Opéra, y a fait la connaissance d'une grisette et il apprend, un peutrop tard, que cette femme est la maîtresse d'un de ses amis, officier comme lui et du nom de Saint-Aubin. Ce dernier veut d'abord se fâcher; Tristan lui représente que deux amis ne devaient pas se couper la gorge pour une petite demoiselle qui court les bals, et l'affaire est oubliée. Quelque temps après, Tristan passe un congé chez sa mère au château de Clignets. Une jeune et jolie veuve, la marquise de Vernage, habitant un château voisin, vient souvent aux Clignets et il arrive tout naturellement que le jeune et brillant officier se laisse subjuguer par les charmes de la belle marquise. Celle-ci ne se défend que tout juste assez pour avoir le plaisir de se laisser vaincre, et, un soir, entre un soupir et un baiser, elle dit h Tristan qu'elle connaît son histoire du bal ; que Saint-Aubin est venu lui en demander raison, qu'il a reculé et qu'alors ... Tristan ne la laisse pas achever : « MadameVa marquise, lui dit-il, un homme qui souffre qu'un autre homme lève la main sur lui impunément s'appelle un lâche, vous le savez très-bien. » Et, là-dessus, il prend son chapeau et s'en va. Il n'a plus qu'une idée en tête : aller trouver Saint-Aubin et le ramener pour que la marquise entende de sa bouche qu'on lui a répété un sot conte et que ceux qui l'ont forgé en ont menti. L'honneur de la famille des Berville dépend de ce témoignage d'un galant homme et Tristan ne veut rien épargner pour confondre la médisance. Le soir même il part pour Paris en compagnie de son frère Armand, qu'il a mis dans la confidence, et tous deux arrivent k l'hôtel où ils présument trouver Saint-Aubin. Ils apprennent sa mort. Où trouver un témoin qui atteste ce qui s'est passé dans le téte-k-téte de Tristan et de Saint-Aubin après l'aventure de l'Opéra? Le jeune officier calomnié se rappelle tout it coup que, en signe de bonne amitié, les deux amis ont fait graver la date de cette petite brouille et leurs noms dans un bracelet qu'ils ont envoyé à la grisette en question. Il croit se rappeler qu on l'appelait Javotte ; quant k son adresse, il en a complètement perdu le souvenir. Cependant, k force de pas et de déinarches, il finit par avoir un indice, Javotte est retrouvée. On lui redemande le bracelet; elle se fait prier, car elle est devenue une grande dame; mais cependant elle promet de le rendre en échange d'un autre bijou. Tristan court chez un orfèvre et en chemin il heurte dans l'antichambre le sieur de La Bretonnière, un autre voisin des Clignets qui papillonne sans cesse autour de la marquise de Vernage. Tristan , irrité contre tout le monde, bouscule ce monsieur et le provoque pour le lendemain, puis il reprend sa course et arrive chez Eossin, où il achète le bijou demandé. Rentré chez lui, il l'envoie k Javotte en lui redemandant le bracelet. Mais

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celle-ci est sortie et ne reçoit le bijou que trop tard pour renvoyer à Tristan ce qu'il lui demande. Le lendemain, elle veut réparer elle-même le temps perdu, prend son châle et son chapeau, et sort sans oublier le précieux talisman que Tristan doit attendre si impatiemment. Arrivée à l'adresse indiquée :

« Monsieur de Berville? demande-t-elle. — Hélas, madame lui répond le concierge, il s'est battu..., on vient de le rapporter..., il est mort! » On ne peut rien imaginer de plus fantaisiste qu'un pareil roman. A tout instant on croit saisir l'idée qu'a eue l'auteur, mais elle vous échappe, et si vous pensez l'avoir saisie de nouveau, elle vous échappe encore. Est-il besoin de dire que l'insuffisance du canevas est amplement rachetée par la finesse et la grâce de la broderie ?

Secret (le), roman anglais de Wilkie Collins (1857). Le Secret est un des plus intéressants romans de l'auteur, surtout par la manière dont il est conduit. L'intérêt, éveillé dès le début, se soutient, va en croissant jusqu'au dénoûment, sans langueur et sans fatigue. Le capitaine Treverton a épousé une actrice malgré sa famille. Pendant un de ses .voyages, Sarah Leeson, la femme de chambre de sa femme, accouche d'une petite fille, dunt le père, Hugh Polwheal, a péri par accident avant de pouvoir légitimer sa naissance par un mariage. Afin de redoubler l'amour de son mari et de faire passer la fortune du capitaine dans sa propre famille, mislress Treverton prend si bien ses mesures que tout le monde la croit mère de l'enfant; mais, k son fc lit de mort, elle donne k Sarah une lettre dans laquelle elle avoue la vérité à son mari. D'un naturel craintif, Sarah n'ose remettre la missive et la cache dans une chambre abandonnée du manoir. Bien des années se sont écoulées, le capitaine est mort laissant sa fortune à Rosamonde Leeson, qu'il croit saillie et qu'il a mariée k Léonard Frankland, un jeune savant devenu aveugle. Le hasard met en présence la mère et la fille, et Sarah laisse échapper, non pas le secret lui-même, mais l'existence de ce secret et du lieu où il est enfoui. Léonard et Rosamonde se rendent k Porthgenna-Tower, où, en dépit des précautions prises par Sarah, ils découvrent la fatale lettre. La franchise de Rosamonde, qui révèle tout à son mari, étouffe promptement je chagrin que peut lui causer sa mésalliance involontaire, et tous deux se mettent k la recherche de Sarah Leeson. Rosamonde ne retrouve sa mère que pour la voir mourir, heureuse de ne pas emporter le secret dans sa tombe et de savoir que sa fille conserve l'héritage des Treverton.

Telle est l'analyse succincte de ce roman singulier, où le mystère règne d'un bout k l'autre pour ne s'éclaircir qu'aux dernières pages, qualité rare dans un ouvrage de ce genre; l'unité la plus sévère rallie tous les faits à un seul point, le secret. C'est lui qui commande aux événements, qui fait marcher et agir tous les personnages. Le Secret peut être considéré comme le type du romantisme en Angleterre : singularité dans le sujet, naturel et vérité dans les détails, tout s'y enchaîne et reste subordonné au plan général. Mais le talent de Wilkie Collins brille surtout du plus vif éclat dans la peinture des scènes d'intérieur. Les personnages des romans français parlent et agissent toujours comme des héros de roman; les héros des romans anglais s'expriment et se conduisent comme on parle et comme on agit dans la vie réelle. Il y a dans le Secret deux ou trois scènes dignes du pinceau d'un maître : le voyage de Sarah Leeson k Porthgenna pour ravir la lettre de mistress Treverton, dont elle a révélé l'existence; la scène où Kosamonde apprend à son mari le secret de sa naissance et enfin la mort de Sarah Leeson. De tels tableaux suffisent pour faire vivre un ouvrage et pour assurer au Secret une place distinguée dans la littérature moderne de l'Angleterre.

Secret d'une renommée (L!i), roman de Ste-

phen de La Madelaine (1859). La renommée dont il s'agit est celle d'une femme auteur, dont le mari écrit les romans, sans que la moindre indiscrétion trahisse ce secret. Hélène d'Estang, contrairement au portrait ordinaire d'un bas bleu, est une jeune et jolie femme du inonde, qui remplace la pédanterie par la coquetterie. Eu partie de chasse chez le baron d'Amussat, elle est frappée de la beauté et de la noblesse d'un garde-chasse, Bastien Perreira, et veut à toute force voir en lui un héros de roman, un Parisieu déguisé. Poursuivie par cette idée, elle ne recule devant aucun danger pour assister à tous les incidents d'une chasse k l'isard, si bien que sans le dévouement du garde-chasse, peutêtre eût-elle perdu la vie. Rien n'excite plus promptement l'amour que la communauté de périls, et, à l'issue de la chasse, sans avoir échangé un mot, Hélène et Bastien se sont mutuellement révélé leur passion. A partir de ce moment, une singulière intrigue se noue entre eux. Jamais ils ne se voient et cependant chaque jour quelque nouvelle 'attention révèle à Mme d'Estang qu'elle occupe toutes les pensées du hardi chasseur. La délicatesse de sa conduite confirme Hélène dans son opinion; une preuve convaincante vient lever ses derniers doutes. Bastien lui fait parvenir le récit de sa vie. Il est bien ce qu'il représente, un Antinous rustique et un grand seigneur. De simple paysan, il s'est

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élevé, par ses talents littéraires, jusqu'au titre de marquis, qu'une hovrible catastrophe l'a forcé de cacher sous la veste Je bure. Trompé par sa femme, il l'a poignardée. Le reste du roman se devine facilement. Hélène est libre; la femme de Bastien, marquis de Rochebrune, est morte : ils sont jeunes et beaux tous deux, tous deux s'aiment; un raaringe fera oublier à Bastien ses chagrins et servira de conclusion au roman intime de Mme d'Estang.

Secret de Polichinelle ( LE ), roman de

mœurs, par M. Laurent Pichat (1862, in-18). . Cette étude de mœurs est prise sur le vif, mais un peu poussée au noir. Maurice Delayen se trouve subitement riche de cinq ou six. millions, par la mort de son père, et, jeune, confiant, il offre une proie facile aux intrigants. Ses larmes n'ont pas encore eu le temps de sécher que ceux-ci ont ouvert la chasse. Le général de Pontbriquet lui emprunte son argent sur biilets qu'il ne paye jamais, et M™« d'Aygaliers, tartufe féminin, quêteuse infatigable, qui vit sur les sommes qu'elle recueille au nom des pauvres, tout en faisant d'incessants appels à la charité de Maurice, parcourt avec lui la gamme de 'amour mystique, puis celle de l'amour sensuel. Maurice se laisse enchaîner duns leurs filets et. par faiblesse de caractère, il deviendrait complètement leur dupe, sans son ami Arsène, le Dégenais du roman, dont l'expérience vient l'éclairer chaque fois qu'il trébuche. Pour le remercier, Maurice tente de séduire sa maltresse, Puule Dionay, un esprit supérieur dans un corps maladif, dont il cause involontairement la mort par le trouble qu'il jette dans son existence. Sans insister sur les péripéties de ce drame, tantôt émouvant, tantôt comique, nous irons droit au dénoùment. La tille de Mme d'Aygaliers, Léontine, nature fuite pour le plaisir, mais cœur excellent, fatiguée de l'hypocrisie de sa mère, s'échappe et devient la maltresse de Maurice; de Pontbriquet, percé à jour par Maurice, rentre en colère chez lui et met à la porte sa sœur et sa nièce Marguerite, un ange de candeur, qu'il nourrissait par ostentation. Mm" d'Aygaliers, furieuse de se voir supplantée par sa tille auprès de Maurice, va continuer en province ses bonnes œuvres lucratives, et Maurice, après avoir quitté Léontine, qui se marie et devient uno honnête femme, épouse Marguerite de Pontbriquet.

Quant a Arsène, comme il est sorti pendant les funestes journées de juin 18J8 pour aller soigner les blessés, il est arrêté et déporté. Dans une dernière entrevue avec Maurice, il lui donne, sous forme de conseils, la morale du livre et l'explication du titre : «Quand on veut parler d'une chose que tout le monde sait, ou dit vulgairement : «C'est le secret de Polichinelle. » La vie en masse ne peut pas être mieux qualifiée ; tout est connu,.prévu ; les rôles sont distribués d'avance, et, par une convention tacite, par une complaisance foicée, par une soumission fatale, les dupes se laissent duper, obéissant peut-être il la même loi magnétique qui fait que les oiseaux tombent dans la gueule du serpent. Tout est su de tous. Un vrai sentiment, par hasard, échappe a la règle commune ; il est bien de le deviner, mais on ne doit jamais l'admettre d'autorité, tant il est improbable. Voyons, astu pensé un seul jour, un seul instant que Pontbriquet agissait de bonne foi et te payerait les tant pour cent fantastiques qu'il promettait à tes capitaux? Non! tu te sentais entre les mains d'un habile escroc et tu te laissais faire. As-tu cru que Mme d'Aygaliers t'aimerait jamais? Non, tu savais que l'urne de cette femme était usée et que les plus pures tendresses ne la rajeuniraient pas, et pourtant tu lui livrais tes années, ta vie, ces illusions, ces rêves dont on parle tant, ce que nous avons de meilleur en somme. Elle eût fait de toi un être haineux, qui n'eût jamais pardonné aux autres femmes d'avoir été platement trompé par celle-là. Lutter contre de semblables résistances estd'uu insensé ; certaines amours nous tordent le cœur et le faussent. Tout le inonde connaissait tes sottises, on en parlait autour de toi, tu devinais ce qu'on pensait, et tu vivais ainsi en plein secret de Polichinelle, et ce qui te reuduit diflicile à guérir', c'est que toi-même tu savais que tous avaient raison. >

Secret de lady Audley (lu), roman anglais de miss M.-E. braddon (Londres, 1802, 2 vul. in-S°). Cet ouvrage révèle une singulière témérité de pinceau chez une femme. A défaut de l'adultère, qui n'a pas encore obtenu droit de cité parmi les jeunes filles auteurs d'outre-Manche, miss Hraddon a choisi pour sujet la bigamie. Le début du livre est dramatique. Victime d'une de ces imprudences généreuses que multiplie en Angleterre l'habitude des mariages précoces et trop faciles, George Talboys a épousé, malgré son père, une jeune fille pauvre, Helen Muldon. Ne recevant plus rien de son père, le jeune homme a.bienlôi épuisé ses dernières ressources et les nouveaux époux restent face à face avec une cruelle réalité. Avec la fortune l'amour s'est envolé à tire d'aile du cœur d'Helen, qui rend George si malheureux qu'un so.r, sans prévenir personne, il s'embarquo furtivement pour l'Australie. 11 revient au bout de trois uns, riche de vingt mille livres sterling, enivré de bonheur eu songeant à sa femme chérie et à son enfant. A peine arrivé,

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il lit dans un journal l'annonce de la mort de sa femme. N ayant plus goût à la vie, n'acceptant qu'à regret l'enfant qui lui reste en échange de ia femme qu'il a perdue, il traîne ses jours pendant toute une année auprès d'un ami dévoué, dont la tendresse virile le soutient dans cette épreuve terrible. Cet ami se nomme Robert Audley, et l'oncle de celuici, Miehaiil Dudley, longtemps resté veuf avec une tille unique pour héritière, vient de se remarier tout récemment, à un âge avancé, par un coup de tête digne d'un jeune homme, avec miss Lucy Graham, une petite gouvernante dont on ignore les antécédents. L'Eglise anglicane n'exige point la production des pièces que réclame chez nous une municipalité tutélaire, sinon ce 'mariage eût été impossible, et le roman se serait arrêté court dès la première page, car Lucy Graham n'est autre que la pi étendue morte, Helen Muldon, la femme de George Talboys.

Robert Audley, qui doit être présenté à sa nouvelle tame, veut emmener son ami George Talboys. Prévenue dece dessein qui l'épouvante à bon droit, lady Audley cherche par tous les moyens possibles à éviter cette rencontre. Eu son absence, Robert et George pénètrent dans ses appartements et George y trouve son portrait. L'effet de cette espèce d'apparition sur le malheureux, dont elle ravive la douleur et qu'elle plonge dans le plus profond étonnement, est essentiellement dramatique ou plutôt théâtral. Son gant, tombé de ses mains frémissantes, reste la comme un défi porté devant Cette toile à la femme coupable. En le trouvant, lady Audley devine tout, et sa pénétration va jusqu'à lui faire comprendre que dès le lendemain même une rencontre est inévitable entre elle et George. Celte entrevue décisive, elle l'attend avec un impénétrable sang-froid. A l'heure indiquée, George Talboys s'enfonce avec elle dans un massif de feuillage, et de ce moment il disparaît. Lady Audley rentre paisiblement au château une heure après, apportant des gerbes de fleurs dans sa robe de mousseline et remonte dans ses appartements. Là, sur la table du boudoir, elle retrouve le gant de George, qu'elle fait jeter par Phœbé Matko, sa servante, et celle-ci, digne de sa maîtresse, lui laisse entrevoir que ce qui s'est passé dans la profondeur des bois n'est pas un mystère pour elle et qu'il faudra payer fort cher son silence. Ce secret sera doublement exploité, car Phœbé est à ta discrétion d'un rustre qui a promis de l'épouser et qui la domine par la terreur. Il exige que lady Audley les installe dans une bonne auberge qu'elle leur achète, tombant, pour premier châtiment, sous la sujétion de ce misérable ivrogne. Elle rencontre un ennemi autrement redoutable dans Robert Audley, que l'inexplicable disparition de son ami a plongé dans les plus terribles perplexités. Ses soupçons se sont éveillés il propos d'une marque queluialnissé entrevoir, eu se dérangeant, un des bracelets de l'élégante châtelaine, cicatrice dont elle a expliqué l'origine parut) mensonge flagrant. A partir de là, et tandis qu'il cherche de tous côtés les traces de George, mille incidents fortuits le ramènent, en dépit de lui-même, sur la voie d'un crime. Cette obsession du hasard, qui finit par le dominer tout entier et communiquer à ses idées une fixité voisine de la monomaiiie, est certainement ce qu'il y a de plus réussi dans ce roman. C'est eu effet par une véritable inspiration d'artiste que l'auteur a mis en un contraste saisissant lu rôle providentiel assigné à l'honnête Robert et sa nature paresseuse, la répulsion qu'il éprouve à remplir vis-à-vis d'une femme l'implacable fonction de bourreau et le respect involontaire que lui inspire l'amour aveuglément confiant de sir MiuhaBt. Peutêtre même céderait-il à toutes ces considérations réunies, peut-être le paralyseraientelles au moment décisif sans 1 amour profond que lui a inspiré Clara Talboys, la sœur de George, et sans le cri de vengeance qu'elle fuit sans cesse retentir à ses oreilles en lui montrant du doigt le but sacré vers lequel, s'il ne veut faillir à sa mission et encourir le mépris de cette vaillante créature, il faut marcher sans pitié ni trêve.

Acharné et habile en son enquête comme un vieux juge d'instruction, il a fini par réunir tous les fils de cetie trame compliquée, moins un. Il a vérifié que, par une combinaison machiavélique et avec la complicité de son père, Helen a simulé un décès en règle à l'aide d'une substitution. Il sait it quel moment elle a fait peau neuve; il a les preuves matérielles de son changement de nom. Il peut établir déjà, par des témoignages certains, la nullité de son mariage et 1 intérêt puissant qu'elle avait à faire disparaître son premier époux, inopinément revenu. Cependant il hésite encore. Il espère obtenir de cette femme, par une sorte d'accord tacite, qu'elle disparaisse et qu'en s'éioignant du châtiment suprême, elle le décharge de sa mission vengeresse. Par des menaces, par des avis indirects, il la met en demeure de s'éloigner, et, comme elle résiste, il la pousse à une de ces extrémités .qui semblent si contraires à son organisation féline. Ici se place la scène capitale de l'ouvrage, scène destinée sans doute à être applaudie Sur quelque théâtre du boulevard, sous le titre de l'/ucendie.

Profitant des paroles menaçantes de Robert, lady Audley décide son mari à s'èloi-

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gner du château. Le jeune homme so retire à l'auberge, chez Phœbé, qu'il envoie porter un dernier avis à sa tante. C'en est fait, le moment de la lutte est venu. Tout en réfléchissant, lady Audley écoute distraitement son ancienne bonne, qui se plaint des imprudences de son mari; l'ivrogne les a exposés plusieurs fois à êire brûlés vifs dans leur lit. — «lirûlésdans votre lit 1» répète machinalement lady Audley ; et soudain se dresse à ses yeux l'image de cette misérable auberge exposée à tous les vents, dévorée par les flammes et s'abîmant en quelques instants sur ceux qu'elle abrite. Le lendemain, elle se rend dans la maison de Phœbé, y passe quelques minutes, mais elle y emploie bien son temps et sort emmenant avec elle la trop confiante Phœbé, k qui certains souvenirs eussent du pourtant donner l'éveil et qui croit à peine à la vérité quand elle voit en chemin s'élever la brillante clarté d'un incendie sur l'emplacement de sa maison. Ce crime, qu'un hasard bienveillantse charge de déjouer, décide la question contre lady Audley et brise le fil qui retenait au-dessus de sa tète l'épée menaçante. Robert, miraculeusement échappé des flammes, reparaît chez son oncle dégagé désormais de tout scrupule. Les preuves qu'il apporte sont écrasantes, et lady Audley, définitivement vaincue, n'a plus qu'à se courber. Ses aveux sont alors complets , et devant son époux consterné, avec un impassible sang-froid, elle raconte un à un tous les artifices k l'aide desquels elle a réalisé ses plans audacieux et voulu consolider sa frauduleuse prospérité. Elle confesse même qu'elle a tué George Talboys, mais sans préméditation, sous lo-coup des reproches et des menaces dont son premier mnn l'accablait et sous l'irrésistible empire d'uno maladie héréditaire. Le véritable secret do lady Audley et en ,même temps l'excuse de ses forfaits, ce sont les défaillances momentanées de sa raison. A la justice clémente qui la poursuit elle offre ainsi, pour la dérober au dernier supplice, une ressource dont sir Micliuël et son neveu ne manquent pas de se prévaloir. Au lieu de la livrer aux tribunaux, c'est dans une maison de fous qu'on la reléguera. Le roman semble terminé, il n'en est rien. En écrivain habile aux coups de théâtie, miss Braddon nous réserve une dernière surprise. Le mari de Phœbé, sauvé des flammes par Robert, mais blessé mortellement, livre à ce dernier tous les secrets qu'il avait gardés jusqu'alors. Talboys, précipité à l'improvisto dans un puits par lady Audley, a survécu à cette horrible chute. Luke l'a retrouvé !e même jour, sanglant et brisé, dans le parc. Il l'a recueilli, et le malheureux George, dédaignant la vengeance, s'est empressé de s'expatrier. On devine la fin : la récompense de Robert Audley est la main de Clara Talboys ; George revient d'Amérique juste à temps pour assister à leur mariage et pour apprendre que le sort, lui réservant un dédommagement, l'a délivré de sa dangereuse épouse, morte au milieu des fous.

Ce roman a obtenu un succès éclatant en Angleterre, malgré ses invraisemblances, ses combinaisons violentes et vulgaires, où se trouvent accumulés tous les éléments du draine à sensation. Ce qui explique sou succès, c'est qu'il a su se créer une place à part, grâce à une certaine vivacité do style, à l'habileté des sous-entendus, au naturel du dialogue, à un certain vernis de littérature et à cette faculté indéfinissable qui permet de créer un type et de lui donner la consistance, le mouvement, la physionomie, l'accent d'un être humain. « Le contraste est frappant, dit M. E.-D. Eorgues, entre la vérité des personnages et le mensonge flagrant du drame où ils se meuvent; c'est l'effet d'une méchante pièce jouée par d'intelligents acteurs ; ce serait aussi celui d'un mauvais tableau d'histoire où un peintre habile de portraits aurait introduit quelques têtes excellentes. >

Secret du bonheur (lb), roman de M. E. Feydeau (Paris, 1864). Ce roman est tout à fait à part dans l'œuvre de l'auteur; il n'y est question d'aucune de ces dépravations morales qui, d'ordinaire, lui servent de sujet d'étude. Nous sommes en Algérie. Un décret vient d'ordonner l'établissement d'un village au fond de la baie du Montararach, et le capitaine Thierry a reçu mission de diriger les travaux. Veut depuis plusieurs années et ne possédunt plus au monde que sa filie Noétni, M. Thierry n'a pu se décider à s'en séparer, et il l'a emmenée avec lui pour tout le temps que doit durer son séjour dans sa nouvelle résidence. Le chemin de Milianah, d'où il part, jusqu'au Montararach est hérissé d'obstacles et de dangers, que M. Eeydeau nous décrit un à un avec une complaisance et une minutie de pinceau vraiment remarquables. Le passage de la rivière d'Oued-Dhamous lui fournit surtout l'occasion d'étaler les plus riches couleurs de sa palette, et si nous n'avions assiste déjà, dans une foule de romans, à des scènes du même genre, nous pourrions nous intéresser au sauvetage de Nuémi par Etienne, le Û.s du comte de Bugny, ancien colonel, qui a quitté le service | our se faire colon sur le territoire des Beiii-Haoua. Le hasard veut précisément que le comte de liugny soit l'ancien camarade du capitaine Thierry, ce qui permet à celui-ci d'accepter l'offre qui lui est fuite de laisser Noémi a la

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ferme, voisine do Montararach. De cette façon, il aura la satisfaction d'avoir sa fille près de lui, sans l'exposer h tous les inconvénients qu'il prévoit avoir k supporter pour accomplir dignement la mission qui lui a été confiée. Ce capitaine Thierry est un brave officier, rivé à l'épaulette comme le laboureur à sa charrue; mais, à force d'attendre en vain l'avancement auquel il a droit, il a fini par devenir ombrageux, chagrin, taciturne, restant ennemi du mal, mais croyant peu au bien et résigné à ne pas connaître le bonheur sur cette tprre. Le père d'Etienne, au contraire, le kebbir, comme l'appellent par respect les Arabes, a donné sa démission de colonel par mépris des honneurs et surtout à cause de la répugnance qu'il avait à combattre les Arabes; il n'est pas partisan du régime militaire en Algérie, et il a voulu, en se faisant colon, donner aux indigènes l'exemple du travail, de la loyauté et de toutes les vertus; il a voulu surtout, entouré de sa famille qui se compose de sa femme, de son fils Etienne et de su fille Marguerite, faire autour de lui tout le bien qu'il lui serait possible et se procurer ainsi la satisfaction d'une vie modeste, mais paisible et honorée. C'est dans la différence de ces deux caractères que M. Feydeau a voulu placer l'intérêt moral de son livre, comme dans l'amour d'Etienne et de Noémi il en a développé l'intérêt romanesque.

Il serait trop long d'entrer dans le détail des moyens employés pour arriver à ce double but; qu'il nous suffise de dire, ce qu'on peut deviner sans grand effort, que le capitaine Thierry, grâce aux bons offices de son ancien camarade, est nommé coirunandunt en chef du bureau arabe et que Noémi devient la femme d'Etienne. 11 est vrai que, pour arriver à ce résultat, le kebbir a dû faire pr.euve de beaucoup de dévouement, sacrifier bien des fois son repos à celui des autres, sa fortune à celle d'autrui, et cela prouve que la vraie destinée de 1 homme est de faire le bien, et là seulement est le véritable secret du bonheur. A côté de l'action principale s'en déroule une autre, qui n'est pas la moins digne d'intérêt. M. Eeydeau a visité l'Algérie, et il nous peint toute une partie de cette contrée dans une suite de scènes où se retrouve la touche vigoureuse du peintre de Daniel, de Catherined'Ooermeire et de Syloie. ij'ai bien moins voulu, nous dit-il dans sa préface, raconter une légende d'amour que décrire une certaine contrée peu connue et, en même temps, exprimer une certaine manière de penser, de sentir, d'agir chez les gens réunis par hasard dans cette contrée attrayante." Il décrit avec soin le moindres sites, les plus petits cours d'eau, les mœurs publiques et privées des Arabes, leurs habitudes, le degré de perfectionnement de leur civilisation, etc. Mais tout cela, entremêlé à une intrigue d'amour que le lecteur s'obstine à considérer comme la partie principale du livre, tout cela, disons-nous, passe à côté du but, et les deux actions se nuisent mutuellement.

Seeretde jeune aile (un), roman de M. Ange de Kéraniou (1865). C'est un petit roman gai, vif, spirituel, découpé en petites scènes comme une comédie de salon. Le comte Henri de Jersey nourrit sa mère et sa sœur de ses appointements de clerc de notaire. Envoyé pour toucher le montant d'un acte chez un riche Anglais, M, Bulier, il est reçu par sa fille Sara d'une façon passablement impertinente. Pour lui donner une leçon de politesse, il lui adresse ce reçu : « Le comte ue Jersey reconnaît avoir reçu 3,000 francs de Sara Bulier. » La jeune fille trouve que, si elle a été un peu leste avec le clerc, le comte a été beaucoup trop grand seigneur avec Sara Bulier, et elle court se plaindre i;hez le notaire. La destitution de Henri est la conséquence de cette démarche. Il jure de se venger; le hasard l'a rendu maître d'un secret de Sara : la jeune fille porte une fausse dent I ■ Miss, lui dit-ii, je m 'attacherai à vous comme votre ombre, et partout je vous dirai : Vous êtes la plus jolie femme du bal, la plus gracieuse ; vous êtes étourdissante d'esprit; quel dommage que vous ayez une fausse dentl • Mais les hommes de la trempe de Henri, un vrai gentilhomme de l'ancienne race, ne se vengent pas d'une femme, ils se contentent de piquer son amour-propre. Le rôle du papillon qui voltige autour de la lumière et finit par s'y brûler se jouera éternellement. Les deux jeunes gens, en cherchant à se piquer, se blessent mortellement au cœur. Ils veulent se prouver qu'ils se délestent jusqu'au dernier entretien où, près de se quitter, ils laissent échapper l'aveu de leur amour mutuel et terminent le-r petite comédie par uu mariage.

L'idée de cette bluette est originale ; la manière dont elle est racontée simplement, sans prétention, spirituellement, fait paraître encore plus fine la broderie de ce canevas.

Secret k haute voix, drame de Calderon (1682). C'est un des drames les plus romanesques de ce théâtre espagnol si fertile en intrigues. L'action y est fort ingénieusement compliquée et vivement conuuite. La duchesse de Parme, Eleiida (une duchesse imaginaire placée dans un s.ecie inconnu), est secrètement éprise de Frédéric, un pauvre, mais galant chevalier de sa cour. Autour

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d'elle, on ne s'occupe que d'amour; ses musiciens, ses dames chantent la tendre passion ; elle-même, dans une sorte de cour d'amour, | repose enne aunes subtilité* umoiireuses celle quesiion : Quelle est la plus grande peine en aimant? Frédéric décide que lu v'u» annule peine est d';iiuier d'un amour qu'on n'ose «vouer. I.a duchesse croit que le jeune cavalier l'a en vue en pnrhiul ainsi et demeure partagée entre sa tierié de princesse et sb passion naissante.' Or, Frédéric pense, non à la duchesse Flérida, mais à une des dnines de sa cour, la belle Lattre, qui n'est p;is insensible à ses soupirs. Il est trahi par son valet, l-'abio, qui rapporte à la duchesse tous les secrets de son maître. Il lui apprend d'abord que Frédéric a reçu un rendez-vous d'une daine, dont il n'a pu savoir le nom, et Fléndu eu est reduiie aux conjecmres. four faire manquer le rendez-vous, elle envoie Frédéric porter le soir même une missive au duc de Mantoue; mais connue en ce moment le duc de Mantoue se trouve à la cuur de Flérida sous un déguisement à l'aide duquel il se propose n'observer la duchesse qu'il veut épouser, Frédéric, dont il est l'ami, lui a bientôt remis son message et peut aller à son rendez-vous. D'un autre cote, !a duchesse a ordonne à Laure (l'épier Frédéric alin de connaître la daine du rendez-vous. Les deux amants se trouvent ainsi réunis pur les soins mêmes de celle qui les voulait séparer. Ils con\ iennent entre eux d'un ingénieux stratagème pour pouvoir se dire leurs secrets k haute voix, uiêuie en présence de la jalouse Flérida. Chaque t'ois que l'un des deux amants aura tait à l'autre un signal convenu, les premiers mots de chaque phrase qu'il prononcera seront à l'adresse de l'autre ; ils pourront s'entretenir de leur passion tout en complimentant Flérida. Le reste de la pièce n'est guère que lu mise en action de celte piquante combinaison de mots. Laure récite à la duchesse un compliment en quatrains, et le premier mut de chaque quatrain est redit à demi-voix par Frédéric, qui recompose ainsi toute une phrase de su maîtresse. Ce qui est continue, ce sont les longs détours que Laure et Frédéric sont obligés de prendre pour exécuter ce spirituel tour de torce. La jalousie de la duchesse, cependant, grandit sans cesse, et lorsqu'elle a appris que Frédéric aime Laure, qu'il en est aune, qu Ils vont s'enfuir ensemble, elle lait arrêter son chevalier. Le chevalier s'échappe; il vient enlever sa maîtresse; Flérida se présente devant eux, et, après un long combat entre la jalousie et la générosité, elle se résout à être généreuse et se resigne mélancoliquement a épouser le duc de Mantoue dont elle a enfin appris le déguisement. Nous avons dû supprimer, pour la clarté de l'analyse, bien des fils de cette intrigue compliquée; mais on peut voir coimneut l'influence espagnole agit sur le génie de Corneille, auquel on a souvent reproché ses combinaisons romanesques et subtdes. Encore ses pièces les plus embrouillées sont-elles bien loin de cet imbroglio modèle.

Secret du ménage (le), comédie en trois actes et en vers, de creuze de Lesser (Comédie-Française, 25 mai 1809). L'intrigue de cette pièce est d'une simplicité extrême. M. d'Orbeuil, devenu l'épuux d'une femme qui ne cherche qu'a lui plaire, ne larde pas à être atteint a 'une singulière maladie, il est rassasié des joies pures ue l'intérieur; il Souhaiterait un nuage dans l'azur de sa félicité conjugale. Une jeune cousine, Mme d'iCrcour, donne des leçons de coquetterie à Mme d'Orbeuil, qui éveille îa jalousie de cet époux trop heureux elle rattache à sa chaîne par la cruinte du niinoiaure. Le secret du ménage consiste doue, u'apiès l'auteur, a simuler hounèieinent les caprices des femmes légères. Melesville et Charles Duveyrier se sont souvenus uu Secret du menuge un écrivant leur comédie ue la Alurqume de Se'inelerre , représentée en 1837. 'iede est aussi, a part la substitution d'une amie à la cousine qui se fait professeur de coquetterie, l'intrigue du Caprice, le ravissant proverbe d'Aitred de Musset.

Secret de» cnvallers (le), drame en six actes, de M. Joseph Liouoliaruy (Atniiigu- Comiijue , £4 décembre 1850). L'action se passe eu Irlande, sous le regue de Ouiliuuine. Le roi Jacques a ete oblige de fuir proscrit, mais il a jaissé de nuiuLi.eux partisans, notamment les fameux caoutiers écossais dont l'histoire a conserve le souvenir. Ces derniers ont pour chef le jeune lord Arthur Fitz O'Nial. Au début Uu drame, lord Arthur, caché sous des habits de paysan, se réfugie sous le toit ue Davis, uu ancien soldat de son père. Davis iui est tout dévoué, mais il est deioué en niéina temps à sou gênerai d'autrefo.s, le comte Robert de Kuuure, gouverneur ue l'Irlande pour le roi Guillaume et commandant en Chef des troupes royales.

Pour mettre ses sympathies d'accord, n travaille à rapprocher les deux auversaiies, comptant faire cesser la guerre civile en les réconciliant. Un rendez-vous est donné par lui aux deux nobles seigneurs, et il doit avoir lieu la nuit même dans la modeste demeure de l'ancien soldat. Disons tout d'abord que le bon Davis est père d'une jolie fille, lielty. Kelly iiiuie en secret le jeune lord, quelle croit un paysan et qu'elle ue connaît que sous son nom u'einnruut de Frantz Wilson. Le

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prétendu Franlz Wilson, de son côté, n'a pu vivre sous le même toit que Ketty sans en être épris. Introduisons étfiileme nt en scène oit certain Tom Chance, vllugeois joufllu et amoureux sans espoir de Kelly ; puis un eerîîiin lord Jmnes, neveu du comte Robert de Kildare, lequel Jntne.s conspire avec un valet pour faire assassiner sou oncle après lui avoir sousti'Hit un testament qui le déshérite, et attendons-nous k voir les choses se compliquer à la grande satisfaction des amateurs du genre.

Ketty n'est pas sans inquiétude en apprenant que son père se trouve mêlé k des conspirations ; elle observe tous ses mouvements ; sur le point d'être surprise, elle se laisse glisser au fond d'un puits inachevé qui se trouve dans la cour où doit avoir lieu l'entrevue de lord Arthur et du comte Robert de KiMare. Elle surprend ainsi sans le vouloir le secret de la correspondance des cavaliers, confié par lord Arthur a Davis. Ce secret consiste à écrire des mots latins sans suite et sans signification aucune, dont les premières lettres réunies par ordre prennent un sens toujours compris par les chefs des cavaliers. Exemple, ou veut répondre Non, ou écrira : Ni' hit omnes nobis,ou trois autres mots latins commençant par les mêmes lettres , et on aura donné ta réponse demandée. Ketty, effrayée par James, qui fait passer devant ses yeux tous les dangers auxquels s'expose son père, consent k s employer pour empêcher le jeune chef des cavaliers de sa trouver au rendez-vous, et pour cela elle écrit cinq mots latins pris au hasard formant le mot trahi! sur un papier que trouve lord Arthur k son arrivée. Lord Arthur, pensant que c'est là un avis qui lui est donné par ses atnis, s'éloigne. Le comte Robert arrive cependant; il s'étonne d'être seul, lorsqu'un coup de pistolet est tiré sur lui par une fenêtre. Une bulle siffle à son oreille. Le papier qui a servi de bourre au pistolet tombe à ses pieds, il le ruinasse; c'est un fragment d'une lettre écrite par son neveu James au valet son complice. 11 ne lui en faut pus davantage pour connaître le mobile et le nom de 1 auteur de l'attentat auquel il vient d'échapper. S'attendant à être assailli au dehors par des assassins, il veut du moins assurer leur punition et écrit à la hâte quelques ligues par lesquelles il déshérite de nouveau son neveu, signalant celui-ci à la justice comme auteur uu guetapens. Mais où mettre le papier qui contient ses dernières volontés? Le puits que Davis a commencé de creuser dans sa cour et auquel il travaille tous les jours est là; le comte insère l'écrit qu'il vient de tracer dans ses tablettes, qu'il confie au puits, et sort; on entend un coup de feu, il est atteint mortellement cette fois. Tom Chance, pour faire sa cour à Ketty, aide le père Davis à creuser son puits; c'est lui qui trouve les tablettes du comte Robert de Kildare; ces tablettes sont dorées, riches; il croit posséder un trésor, mais il ne sait pas lire... A qui se confier?... Il apprendra à lire, et en attendant il cache sa trouvaille dans le fond de son bonnet. Le comte de Kildare est bien mort; James a hérité de tous ses biens, de toutes ses dignités et de tous ses emplois; le manteau et Cépée de lord Arthur, qui a repris son costume de paysan pour fuir, ramasses dans la forêt où le comte rtoberlaëlé trouvé assassiné, désignent le chef des cavaliers comme auteur du meurtre; il est condamné h mort par contumace, et l'on promet la grâce d'un autre condamné à quiconque indiquera su trace. C:iehé de nouveau sous le nom et les habits de Franlz WiUun, lord Arthur est revenu habiter la. chaumière de Davis; il est question do mariage entre lui et Ketiy; mais il avoue à celle ci qu'il est proscrit, condamné! Kelly, qui continue son petit espiuiitiiige, intercepte une missive adressée par les cavaliers à lord Arthur et lui indiquant que la nuit même il trouvera au val Saint-Jean un cheval tout selle pour assurer sa fuite. Ketty hait lord Arthur, qu'elle considère comme un assassin; elle aime FrantZ WiiSon; elle va trouver lord James et lui fournit les moyens de s'emparer de Inrd Arthur en échange de la grâce de Franiz Wilson, ne se doutant point que ces deux noms cachent le même individu. Fendant ce temps, Franiz Wilson a quitté la chaumière | our aller au rendez-vous; mais eu quittant l'asile hospitalier où il a vécu quelque temps, il laisse une lettre qui révèle à Ketty toute la vérité sur sa personne et décline que le lord couserVe pour la tiile de Davis l'amour qu'elle avait inspire au paysan. Ketiy revient joyeuse chez sou père, la grâce de Frantz Wilson à la innin ; el.e raconte à Davis ce qu'elle a fait pour l'obtenir. Davis lui remet aussitôt Ja lettre de lord Arthur! Vite elle se dirige vers le val Saint-Jean, lieu du rend z-vous indiqué au chef des cavaliers; elle vient dire à lord James qu'elle l'a trompé; le lord furieux la menace de sa vengeance, lorsque tout k coup un feu s'allume au lom; il se précipite suivi de ses soldats dans la direction de ce signal. La pauvre tille, restée seule, s'évanouit juste k point pour ne pas voir passer lord Arthur qui se jette k la nage afin d'aller rejoindre plus vite ses frères d'armes; revenue k la vie, elle l'aperçoit dans le fleuve et s'y précipite au risque de se noyer. Tom Chance survient, voit Ketty en danger de péiir, plonge k son tour pour la sauver, et île trois I Davis plus prudent s'arrête sur le

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bord; il est à supposer qu'il ne sait pas nager. Qui sauve Ketty? lord Arthur sous les habits qu'il a conservés de Fruinz Wilson, Cela est bien ; mais ce qui est encore mieux, il a manqué son rendez-vous du vnl Saint- Jean et a échappé de la sorte aux soldats ni mis tés par lord James. Ketty, arrêtée et jetée en prison, devient folle, et lord Juines, qui poursuit toujours son rôle de t aine et qui espère encore obtenir de la jeune tille la trace de lord Arthur, fait venir près d'elle, par ordonnance du médecin, le père Davis, Tom Chance et Frmiiz Wilson. Tom Chance, une fois seul avec Ketty, juge en son gros bon sens qu'une folle ne conservant pas la mémoire il peut très-bien en appeler à ses lumières pour apprendre ce que contiennent les fameuses tablettes qu'il a trouvées dans le puits ; il les lui fait lire. Ketty, dont lu folie n'est que simulée, maîtrise son émotion en découvrant la preuve de l'innocence de lord Arthur; elle rend k Tom Chance les tablettes, et ce dernier les dissimule de nouveau très-prudemineui sous la cuitfe de son bonnet. Paraissent ensuite Frantz Wilson et lord James, et dans une scène de démence parfaitement rendue, Ketty, se servant du secret des cavaliers, apprend k Franiz ou plutôt à lord Arthur que Tom Chance possède sur lui les preuves de son innocence. Cela est dit à la barbe même* de lord James, qui ne comprend goutte aux mots latins qu'elle prononce dans son langage plein d'incohérence. Tom, Frantz et Davis .s'éloignent, et Ketty, demeurée avec lord James, cesse de jouer la folie et accuse hautement le puissaut seigneur, en présence du lord juge, de l'assassinat de Robert de Kildare. Lord James rejette cette accusation sut- le compte da la folie de Ketty ; il fait dresser l'echafaud pour elle. Arthur reparaît alors dans son costume de lord ; il s'est livré en échange de la grâce de Ketty, c'est lui qui doit mourir. Le Bourreau aiguise déjà sa hache et le crime triompherait si la Providence de carton qui présideaux déiioûiuents des mélodrames n'apparaissait enfin au ciel de toile peinte où elle cuisine avec une inaltérable ini|iurlialité ses foudres vengeresses. Cette fois, elle a pris l'encolure uu peu lourde de Tom Chance. Tom Chance, qui a chaussé ses bottes de sept lieues, est parti en toute haie pour Dublin d'après le conseil de lord Arthur pour remettre au roi Guillaume, accessible apparemment comme un buu monarque des contes de la mère l'Uie, les tablettes trouvées dans le puiis; il en revient tout huletunt avec la grâce de lord Arthur Fitz O'Nial et l'ordre de faire exécuter k sa place lord James, assassin de son oncle le comte Robert de Kildare. James fait une grimace qui se passe de commentaire, et cela à la grande jubilation des spectateurs vertueux. Ainsi se termine ce drame qui n'est ni meilleur ni plus mauvais que beaucoup d'uutres, et dont la charpente un peu vermoulue rappelle l'habileté particulière k M. Bouchardy. On peut reprocher toutefois à cet auteur l'abus ae certaines fici'lles par trop connues ; les tablettes cachées dans le puits, la lettre servant de bourre de pistolet, etc. Le rôle du comique, Tom Chance, est ires-joyeusement esquissé et comporte un certain uombre de Scènes k eifet; nous en citerons une, entre autres. Ruuert de Kildare oemaude k Tum Chance pourquoi il ne prend pas parti soit pour le roi Jacques, soit pour le roi Guillaume. Toin Chance lui répond : « Voyezvous, monseigneur, les pauvres diables comme moi qui conspirent sont comme les chiens qu'on iiieue à la chasse; on leur uit : Cherche 1 ils cherchent. Lorsqu'ils ont trouve, on leur dit : Apporte 1 ils apportent. Et puis on leur dit ensuite : Allez vous coucher!... > Le cinquième acte surtout est fort bien fait. Par là, nous ne voulons pas dire b en écrit; car s'il fallait,, on le sait, compter avec la prose surannée de l'auteur de Luxure le pâtre eide quelques autres mélodrames fameux, la besogne deviendrait lourde. Disons seulement à la dét hurge de M. Buuihardy qu'il rencontre parfois u 'assez jolies pensées et de temps k autre des expressions heureuses.

Seerel de misa Aurore (LE), drame en cinq actes et huit tableaux , pur MM. Lambert Thiboust et Uernurd D%rosne; représenté uu théâtre du Cbàtelet eu juillet 1863. Le sujet de ce draine, lire d'un roman anglais, est le même que ceiui du mélodrame intitulé la Femme aux deux ?naris. A quinze ans, miss Aurore s'est laissé séduire par uu jockey de sou père, James Conyers, qui l'a enlevée et épousée; mais dégoûtée bientôt par la brutalité de son lovelace d'écurie, elle rompt avec lui et s'enferme dans un château pendant que sou mari court le monde. Un beau jour, elle apprend que Couyers s'eol casse le cou dans une' course. Devenue veuve, elle n hésite plus k donner sa main à un gentilhomme, John Mellish, qui avait conçu pour elle une vive passion, et, débarrassée des pénibles souveuirs du passé, elle croit eufln avoir trouvé le calme et bonheur. «Mais un soir, dit M. Paul de Saïijt-Victor, arrive au château un entraîneur, engagé par John Mellish pour tes prochaines courses. U entre d'un pas de maître, commande aux valets-, rudoie les servantes... C'est James Conyers, le premier mari. La lutte s'engage, violente et féroce comme une attaque de br.guuds. James demande il iniss Aurore la bourse ou

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l'honneur. Deux mille livres sterling, ou le scandale de ses deux mariages éclatera démuni ! Lu jeune femme consent k payer cette luurde rançon ; elie-méiue va la porter au bandit, qu'il attend cache dans un bois. James, resté seul, compte et recompte sesuank-iioles. Mais voilà qu'un eue hideux, k face diabolique, rampe le pistolet au poing vers le banc où il s'est couché. U vise, il ajuste, Irf coup

Iiart et, pour cette fois, James Conyers est lieu mort.» L'itssnssin est un valet d'écurie du château, Siephen Harf; rave, moitié monstre, inoiiiè crétin, que jndis miss Aurore, irritée de son insolence, a frappé d'un coup de cravache. Hargrave s'était promis de se venger cruellement de la jeune femme. En tuant Conyers, il s'est proposé un double but, le voler et perdre sa miiîtresse. En prenant l'argent du mort, il lui a enlevé l'acte qui atteste son mariage avec miss Aurore. Il envoie cet acte» John Mellish et accuse la jeune femme d'avoir tué son premier mari. «L'innocence de miss Aurore est reconnue par le coroner, dit l'écrivain précité. Mephen Hargrave, menacé par la justice, se cache dans ' une des cours du château. Ici, le drame cesse et la fantasmagorie commence; la scène se change en chambre noire. James Conyers apparaît à son meurtrier couché sur son banc. Siephen se précipite vers lui comme pour l'achever; mais le spectre fond sous sa main. Puis ce sont des fantômes, drapés de longs suaires, qui surgissent en gesticulant et qui s'effacent dès qu'on les touche, comme des ombres passant sur un mur. > Bien que l'intrigue de ce drame soit faible, il attache et amuse et quelques-uns des personnages de la pièce ont du relief et de l'originalité. Tels sont particulièrement le terrible garçon d'écurie Stephen Hargruve et le marchand de chiens Duui-d Pikouit.

Secret (le), opéra-comique en un acte, paroles d'Horl'maiin, musique de Solié; représenté au Theâtre-ltalieu le 1er floréal an IV (20 avril 1796J.

La pièce est amusante, le dialogue spirituel. Valère s'est battu en duel et passe pour avoir tué son adversaire. U est contraint de se cacher chez un ami qui, k cet etfel, u disposé dans une chambre un panneau k coulisses qui s'ouvre et se referme souvent dans le cours de l'acte. Cet ami dévoué s'appelle Dupuis. Cécile, sa femme , ignore le secret de cette cachette. La conduite mystérieuse de son mari lui donne des accès de jalousie. Les circonstances amènent dans cette chambre Angélique, la jeune personne qui a été la cause du duel. Les deux amants reconnaissent leur voix k travers la porte de la cachette. Cette porte s'ouvre pour donner passage k la belle Angélique, qui eu sort presque aussitôt avec Valere , aux yeux étonnés de Cécile. Hoffmann a semé de détails divertissants ce canevas un peu léger. La jalousie de Cécile et la niaiserie du valet Thomas donnent lieu k des scènes comiques. La musique est des plus plates. Cependant elle a plu beaucoup k I époque de sa nouveauté. N&tis ne citerons que la romance de Cécile : Qu'on soit jaloux dam sa jeunesse ; celle de Valère : Je te perds, fugitioe espérance; et celle de Dupuis, qui est deveuue populaire : Femmes, voulez-vous éprouoer si vous étet encor sensibles.

Ce qui a valu k ce petit opéra un succès prolongé, c'est d'abord le livret, qui est écrit avec talent, et ensuite l'interprétation de la musiquette de Solié par Martin, DuZainville et Mme Dugazun. Nous allons donner les deux morceaux qui eurent le plus de vogue.

l«r Couplet. Andante,

t=tr=i?=4z

Fem - mes, vou- lez • vous é- prou ■

Si vous ê - tes en ■ cor sen -

jrSr=$fc^j

si - blesï Un beau ma- tin, ve - nez re •

ver A l'ombre des bos- quels pai - si -

Mes.

Si le si - len- ce et la frai -

^gsgg^^gfefea

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Si I'od • de qui fuit et mur-

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re A • gi- teot en-cor vo-tre

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coeur, Ren - - dez-en grâ-ceala ua-tu

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isiËË^iii^i

grft-ce à la na - tu

re!

DEUXIÈME COUPLET

Miie. dans le sein de la forêt, Asile sacré du mystère, Si vetre cœur reste muet, Femmes, ne cherchez plus à plaire !

Si, pour vous, le soir d'un beau jour N'a pas de charrue qui vous touche, Profanes, que le mot d'amour Ne sorte plus de votre bouche! (bis)

TROISIÈME COUPLET

Maris, qui voulez éprouver Jusqu'où va notre patience, Vous pourriez btan aussi trouver Le prix de votre impertinence.

Plus de pitié que de courroux Est ce qu'on doit à votre injure.

Vos femmes valent mieux que vous ; Rendez-en grâce à la nature 1 {bis)

1« Couplet. Graiioso.

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