VOI/TAIRE
Une femme, a seize ans,
En sait plus, pour tromper, que tous les courtisans. C. Delavigne.
— Seizième : Chapitre seize. Page seize. Louis SEIZE.
— Généal. Faire preuve de seize quartiers de noblesse, Prouver sa noblesse, tant du côté paternel que du côté maternel, en remontant jusqu'à la quatrième génération.
— s. m. Nombre composé de dix plus six unités : Le produit de seize par deux. Le numéro SEIZE.
— Seizième jour du mois : Je vous attends le seize du mois prochain.
— Hist. Les, Seize, Nom donné aux chefs de faction qui jouèrent un grand rôle au temps de la Ligue : La faction des Seize. Les Seize et les zélés étaient assemblés à l'Hôtel de ville. (Vitet.)
— Comm. Seizième partie d'une aune : Une aune et deux seize.
— Typogr. In-seize, Format d'un livre dont chaque feuille forme trente-deux pages ou seize feuillets. 1/ On écrit plus souvent in-16").
— Encycî. Hist. Les Seize, ainsi appelés parce qu'ils étaient les délégués des seize quartiers de Paris pendant la Ligue, étaient au nombre de cent soixante. Chaque quartier avait, outre son quartenier, un conseil ou comité de neuf membres; la réunion des seize comités formait ce que l'on appelait le conseil des Seize. Ce conseil, dont le pouvoir fut d'abord occulte et que la population parisienne établit en opposition avec l'autorité du corps municipal, n'apparaît dans l'histoire que vers 1588, date à laquelle il se substitua violemment au conseil de ville et forma une sorte de comité de Salut public, comparable à celui de 1793. Ses membres étaient les plus hardis meneurs de l'insurrection catholique et ils jouèrent, avec le duc de Guise, le principal rôle dans la journée des Barricades (mai 1588). Après cette journée, Guise, voulant rétablir le conseil de ville, fit élire prévôt des marchands l'un des Seize, La Chapelle- Marteau, et échevins deux autres membres du comité, Roland, qui était antérieurement général des monnaies, et Coaipans, marchand drapier; les autres échevins étaient tous aussi dévoués k la Ligue, quoique ne faisant pas partie des Seize, et le pouvoir occulte de ceux-ci se confondit dès lors avec l'autorité officielle du corps de ville. Maîtres de la municipalité, les Seize essayèrent de 60 créer des ramifications en province et
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beaucoup de villes répondirent avec empressement; ils poussèrent alors à la convocation des états généraux, dont ils attendaient la réalisation de leurs plans démocratiques, forcèrent Henri III à les convoquer et y députèrent, outre La Chapelle-Marteau et Compans, trois autres des leurs, le procureur Anroux et les curés Cueuilli et Julien Pelletier; La Chapelle-Marteau fut même élu président du tiers état. Deux autres des Seize, le procureur Crucé et Bussi-Leclerc, ancien maître d'armes, nommé gouverneur de la Bastille, se signalèrent en maintes occasions par leur violence. Après la mort du duc de Guise, le comité des Seize devint le centre et le foyer de la résistance (1589), souleva Paris contre les Valois, emprisonna le parlement et en fit l'épuration, vit son autorité confirmée parle duc de Mayenne, applaudit au meurtre de Henri III, se prononça contre Henri IV et fut sur le point de voir triompher ses doctrines, mélange bizarre de démocratie" et d'un catholicisme frénétique : abolition de l'hérédité royale, élection du roi par une assemblée nationale, permanente et presque souveraine, proscription absolue de la Réforme et de ses sectateurs, etc.
Mais, impatients de toute autorité, les Seize ne tardèrent pas à entrer en lutte contre le duc de Mayenne, nommé général en chef de l'Union. Afin de contre-balancer son pouvoir, ils négocièrent, d'un côté, avec le pape et, de l'autre, avec Philippe II. Ils allèrent jusqu'à offrir la couronne au roi d'Espagne, lui demandant, s'il ne voulait la prendre en personne, qu'il leur envoyât sa fille, l'infante Isabelle, et qu'il se choisît un gendre, en l'assurant qu'ils le recevraient pour roi. La lettre, signée au nom des Seize par huit seulement d'entre eux : Martin, docteur en théologie ; Sanguin, chanoine de la cathédrale ; Gênébrard , professeur d'hébreu au Collège de France; Louchart, commissaire; Hamilton, curé de Saint-Côme , Crucé, Acarie et La Bruyère, fut interceptée par les royalistes, envoyée par Henri IV au duc de Mayenne et décida celui-ci à se rapprocher de Paris. Les Seize, résolus à entamer une action énergique, nommèrent alors un conseil secret de dix membres, dont firent partie Louchart, Acarie, Ameline, Le Goix et Saint-Yoo ; ces deux derniers , descendant l'un d'une famille de cabochiens et l'autre d'une famille d'écorcheurs, montraient assez dans quelle phase on allait entrer (2 novembre 1591). Treize jours après, le président du parlement, Brisson, et deux conseillers, Larcher et Tardif, étaient arrêtés, traduits devant une sorte de commission judiciaire, condamnés sommairement et pendus dans la cour du Châtelet. Cette exécution, loin de raffermir l'autorité des Seize, l'ébranla et provoqua contre eux une réaction qui leur fut fatale. Mayenne entra dans Paris par la porte Saint-Antoine, sans qu'il y eût aucune tentative de résistance, et somma Bussi-Leclerc de lui livrer la Bastille, ce que Bussi, qui avait promis de s'ensevelir sous les ruines de la forteresse, exécuta aussitôt, sous la promesse d'avoir la vie sauve (1er décembre 1591). Quatre membres du conseil des Seize, Anroux, Aimonnot, Ameline et Louchart, arrêtés chez eux, furent conduits dans une salle basse du Louvre et étranglés sans forme de procès; Croraé etCocheri, deux des juges de Brisson , auxquels Mayenne réservait le même sort, réussirent à s évader; Bussi-Leclerc passa en Belgique et reprit sa profession de maître d'armes. Quelques autres membres du conseil, entre autres Crucé et Sanguin, qui avaient été arrêtés, furent relâchés par Mayenne, comme gage de réconciliation aveu la population parisienne, « avec défense h tous particuliers, même à- ceux qui se sont voulu ci-devant nommer le conseil des Seize, de faire plus aucune assemblée privée pour délibérer ou traiter d'affaire quelconque, sous peine de la vie et de rasement de maisons. » a Ainsi finit, dit Henri Martin, le conseil des Seize; Mayenne lui arracha Paris après lui avoir soustrait la France. Cette démocratie, éclose dans une atmosphère viciée, nourrie de doctrines homicides par ses fanatiques précepteurs, poussée par l'étranger dans une voie rétrograde, devait nécessairement succomber après avoir compromis pour longtemps les grandes maximes de souveraineté nationale et de liberté politique qu'elle associait bizarrement k l'esclavage religieux. <
Selmfe culexbisé (PLAISANT DISCOURS d'un),
pamphlet politique du xvie siècle. Jamais la Ligue ne montra plus d'esprit que dans ce pamphlet-, malheureusement, il était trop tard, tout l'esprit du monde ne pouvait alors la sauver. Le Plaisant discours se perdit dans le tumulte de la déroute; ce fut du moins la flèche du Parthe. L'Estoile, qui ne laissait rien perdre, le recueillit et l'inséra dans son précieux manuscrit, digue complément de son Journal. La scène se passe chez d'Aubray, le grand meneur du parti politique. Le catéchumène est un Seize jusqu'alors récalcitrant; le prêcheur, un avocat du Maine appelé Du Rousseau, personnage hâbleur et insinuant, patriote et bon catholique, s'il faut l'en croire, car il a veillé pour le parti jour et nuit aux portes et aux remparts, excepté cependant la nuit de la Toussaint 1589, où il fut retenu au lit par un frisson quelque peu politique ; vaillant homme, du reste, comme l'archer de Bagnolet, et ne craignant rien au monde que le
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danger. Apôtre de .la désertion, marchant à pas de loup et chuchotant à l'oreille des gens ses médisances et ses promesses, le Catilina manceau a tout l'air d'un confrère de Patelin et de Macette. II est le type du convertisseur politique, comme Du Perron le sera bientôt du convertisseur religieux. En homme avisé qui flaire l'avenir, il engage son auditeur à l'imiter, lui et tous les gens d'honneur intéressés à se rapprocher du roi de Navarre, pour demeurer finalement les plus forts. Cette petite comédie, prise sur le vif de la société contemporaine, nous peint assez naturellement ce qui se passait ou ce qui se disait dans les cercles politiques. La maison de d'Aubray est l'arsenul où se dressent les batteries du parti. C'est de là que partent les commérages alarmants, les bons mots anonymes contre les Seize et les prédicateurs ; là que s'élaborent les homélies édifiantes dont lu conclusion est toujours la même : « Il faut en venir au roi de Navarre. * Mais, pour amener le peuple à cette extrémité, que faire? Organiser une petite guerre de doléances sournoises et de récriminations hypocrites. Cependant la conversion du Seize ne s'opère pas du premier coup; une seconde instruction a lieu encore chez d'Aubray et une troisième chez l'abbé de Sainte-Geneviève, en présence du sieur de Roissy, de Passerai, de Baudoin, des échevins Langlois et Després, tous bons compagnons, amis de la paix et du service divin ou du vin, comme eût dit leur confrère Rabelais. L'abbé de Sainte-Geneviève, sorte de Janus politique, sert tour à tour d'amphitryon aux. deux partis. Quand il traita les ligueurs, il leur donne de la vache au lieu de bœuf, de la brebis au lieu de mouton, avec du vin éventé et du pain bis. « Mais quand les bons amis politiques arrivent, il leur fait grande chère : force coqs d'Inde, chapons, perdrix, bécasses, avec toutes sortes de pâtisseries, et surtout du bon vin délicat et friand. » Il y a là une jolie scène de repas qui, par le comique et aussi par la crudité des tons, rappelle le Festin ridicule de Régnier; rien n'y manque, pas même, en double exemplaire, cet illustre nez du pédant dont le vermillon ■ marquait un hac itur à la Pomme de pin... Et y avoit tels excès que les boutons du nez de Passerat s'enfloient comme grenade, celui de Baudoin suoit de chaleur et laissoit tomber des mites. » Ce petit cénacle de conspirateurs bourgeois, discrets en public et vaillants à huis clos le verre en main, nous offre la contre-partie du banquet tenu chez le comte d'Arête. Là, ce n'est plus le Béarnais, mais les Seize qu'on crible d'épigrammes et de quolibets. On les voit déjà trépasser et l'on boit à leur extermination. Les ligueurs, qui défendaient ainsi une cause désormais perdue, étaient dignes de croiser la plume avec les auteurs de la Ménippée. On peut reconnaître à cet échantillon qu alors, comme dans tous les temps-, l'esprit en France, pas plus que le courage, n'était le privilège exclusif d'un parti.
Seiie au» 1 mazurke de J. Chopin, arrangée pour chant parMi°e Viardot, paroles de L. Pomey. Tous les pianistes du monde , doués de quelque intelligence musicale, ont étudié avec amour cette perle mélodique qui n'a d'égales en éclat que les autres rnazurkes du même maître. Depuis Chopin , combien de compositeurs éminents ont écrit de ces pièces, et combien peu de ces œuvres ont survécu 1 Du reste, à qui veut connaître à fond la vie du maître, à qui veut comprendre et interpréter dignement ses poèmes, nous recommandons la lecture du X<> volume des Mémoires de Ma^ Sand; alors on pourra pénétrer la pensée de Chopin.
SEIZE-CENT s. m. (sè-ze-san). Comm.
Nom d'une ancienne sorte de drap dont la chaîne avait seize cents fils. Il On disait aussi seizain, plus particulièrement dans les fabriques du Midi.
SEIZIÈME adj. (sè-ziè-me — rad. seize).
Qui occupe un rang marqué par la nombre seize, dans une série dont les termes sont marqués par la suite naturelle des nombres : Le seizième jour du mois. La seizième année d'un règne.
— Qui est contenu seize fois dans un tout : La seizième partie de l'unité.
— Substantiv, Personne ou chose qui occupe un rang marqué par le nombre seize : Le seizième de la liste. Elle est la seizième de sa classe.
— s. m. Seizième jour du mois : Le seizième d'avril. Il Emploi vieilli.
— Seizième partie d'un tout : Le seizième de 64 est 4.
— s. f. Mus. Redoublement de l'intervalle de neuvième, lequel est lui-même redoublé de celui de seconde.
— Jeux. Série de six cartes dans une main, qui comptent seize points, au jeu de piquet, il Seizième majeure, Seizième qui commence h l'as. || Seizième au roi, d ta dame, Seizième qui commence au roi, à la dame.
— Encycl. Mus. Il y a quatre espèces de seizièmes : 1" la seizième diminuée, comprise entre une note quelconque et la note enharmonique placée deux octaves plus haut :
ut J,...,reb; 2° la seizième mineure, qui comprend deux octaves plus un demi-ton majeur, comme ut ,.,.,ré])i 3° la seizième majeure, qui comprend deux octaves plus un ton ma,-
SfiJÀ
jeur, comme ut,...,ré; 40 la seizième augmentée, qui comprend deux octaves, un ton majeur et un demi-ton mineur, comme ut ,...,ré %. La seizième s'emploie indifféremment pour la seconde ou, la neuvième dans les accords qui comportent ces intervalles.
SEIZIÈMEMENT adv. (sè-ziè-me-man — rad. seizième). En seizième lieu.
SEIZIÈRE s. f, (sè-ziè-re ™ rad. seine), Hist. Faction des Seize.
SÉJAN (jElius Sejanos), ministre de Tibère, né k Vulsinies (Etrurie) vers l'an 20 av. J.-C, mort à Rome l'an 31 de l'ère chrétienne. Son père, Seius Strabo, chevalier ro main, obtint le commandement de la garde prétorienne à la fin du règne d'Auguste, puis fut envoyé, sous Tibère, comme préteur en Egypte. Séjan, adjoint d'abord à son père comme préfet du prétoire, puis envoyé avec Drusus étouffer la révolte des légions campées en Pannonie, expédition dans laquelle il révéla de grands talents militaires, fut à son retour investi par Tibère du commandement qu'avait exercé son père et sut, à force de souplesse et d'artifices, se rendre complètement maître de l'esprit du soupçonneux empereur. Il put alors peupler le sénat de ses créatures, distribuer à son gré les faveurs, les grades, et obtint même que son effigie fût placée à côté de celle de Tibère, dans les théâtres et sur les places publiques. Tibère partageait en réalité le pouvoir avec lut, l'appelait officiellement le • compagnon do ses travaux • et se déchargeait sur lui d'une grande partie du gouvernement. Séjan, dont l'ambition était excessive, conçut alors le projet de supplanter Tibère, ou tout au . moins de lui succéder. Son point d'appui consistait surtout dans la garde prétorienne, disséminée alors sur différents points de la ville ; afin d'avoir sous la main une força redoutable, il suggéra à Tibère l'idée d'en réunir toutes les cohortes en un seul camp, placé aux portes de la ville; Tibère y consentit, sans prendre d'abord le moindre ombrage, et fit de Séjan le maître absolu do Rome en allant se confiner en Cainpanie (21 après J.-C). Il laissait toutefois à Rome son fils Drusus, qu'il venait d'investir du consulat et qu'il fit nommer tribun l'année suivante. Séjan commença par supprimer Drusus. Il s'allia à la femme du malheureux prince, Livie, lui promit de l'épouser, de partager l'empire avec elle si elle devenait veuve et la décida à empoisonner son mari (23 après J.-C). Ces faits ne devinrent patents que huit ans après; Drusus passa pour être mort d'une maladie de langueur et fut k peine regretté par Tibère qui, perdant son fils, présenta au sénat les deux fils aînés de Germanicus, Drusus et Néron, comme ses successeurs désignés. Séjan parvint à le détacher peu h peu de l'amitié qu'il portait k ces jeunes princes, lui montra leur mère Agrippine attachée seulement à venger la mort de Germanicus, qu'elle soupçonnait avoir été empoisonné à l'insligatiou de Tibère, et en excitant ses défiances contre tout le inonde, surtout contre ses proches, il le décida à s'enfermer dans l'île de Caprée, où l'empereur devait trouver k la fois sa sécurité personnelle et le secret pour ses monstrueuses débauches (27 après J.-C). Trois ans après, grâce aux machinations de Séjan, Agrippine fut reléguée dans l'île de Pandataria et son fils aine, Néron, dans l'Ile Pontia. Drusus, le fils cadet, était entré, par jalousie contre son frère, dans les machinations de Séjan, ce qui, après la chute du ministre, fut en partie cause de sa mort. Séjan, ayant supprimé les derniers obstacles qui le séparaient du trône, demanda k Tibère lu main de Livie, veuve du premier Drusus, puis, sur le refus de l'empereur, celle de Drusilla, fille de Germanicus. Tibère finit par ouvrir les yeux; il aperçut le but où tendait le favori; mais, suivant son habitude, il dissimula et, tout eu refusant de le faire entrer dans la famille impériale, s'attacha, en augmentant son autorité, à lui faire croire qu'il n'avait pas perdu sa confiance. Séjan restait la maître dans Rome; Tibère l'associa au consulat, le fit nommer grand pontife, lui promit la dignité tribunitienne, ce qui équivalait à l'associer k l'empire; en même temps, il combinait à Caprée, avec Macron, les moyens de se défaire de lui. L'arrestation de Séjan, soit au milieu de ses prétoriens, soit dans le sénat, qui lui obéissait avec la plus complaisante servilité, paraissait chose difficile, Macron, porteur de l'ordre impérial, réussie cependant k faire tomber dans la piège l'odieux favori. Il fit convoquer le sénat, sous prétexte que Tibère voulait conférer à Séjan la puissance tribunitienne et alla obséquieusement avertir celui-ei, qui se rendit k l'assemblée sans méfiance. Les sénateurs réunis et Séjan présent, Macron lut alors cette longue lettre de Tibère, célèbre daus les fastes historiques, débutant par des phrases équivoques, développant toutes sortes de considérations embarrassées et se terminant brusquement par l'ordre d'arrêter le favori. Le sénat livra Séjan avec autant de docilité qu'il l'aurait placé au souverain pouvoir, et le ministre déchu, livré aux insultes de la populace, fut conduit en prison , condamné k mort et étranglé dans la mêraej journée. Son corps fut traîné dans les rues et jeté au Tibre. Juvénal, qui a fait dé cette chute célèbre un tableau éuergiqua(5d{. X\t
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a rapporté la rumeur d'après laquelle le sénat aurait fait violer par le bourreau la fille de Séjan avant de la livrer au supplice; cette anecdote a été révoquée en doute. Toujours est-il que cette jeune fille fut mise à mort avec les autres enfants de Séjan et une foule de citoyens soupçonnés d'avoir voulu faire cause commune avec lui.
Ce favori de Tibère est resté le type des ministres cruels et corrompus, et c'est en ce sens que les écrivains rappellent son nom :
» Puisse 1828 être un an de grâce pour la France et les écrivains! Puissions-nous nousmêmes devenir ministériels, et changer la verge de la satire contre le luth de la liberté I Si cet espoir était encore une illusion, si des Séjans succédaient aux Séjans, nous conserverions toujours' la poste que nous avons choisi; notre verve serait inépuisable comme la haine que les tyrans inspirent. »
Barthélémy et Méry.
« Thomas a dit que Louis XI, Henri VIII, Philippe II n'auraient jamais dû voir Tacite dans una bibliothèque sans une espèce d'effroi ; et lorsque cette observation eut été confirmée, il y a vingt ans, par les aveux d'un usurpateur et de ses flatteurs, un poêle (Chèaier) s'empressa de la reproduire :
Ttfiite en traits de flamme accuse nos Séjans, Et eoc nom prononcé fait pâlir les tyrans.
{Biographie universelle.) Séjan (la chute de), tragédie de Ben John- . son. Cette pièce est pleine de force et de majesté. La corruption de la société romaine, l'incrédulité, le cynisme, la férocité, l'abus de la force, la sensualité, tous ces vices que Juvénal et Tacite ont dénoncés, Johnson les voit à travers les textes de leurs œuvres, et il en reproduit dans la sienne un dessin vigoureux. 11 n'oublie aucun des traits essentiels du tableau, ni les amours de Livie et de Séjan, ni l'empoisonnement de Drusus, ni l'arrestation des fils da Gerinanicus, ni le jugement de Cremutius Cordus, ni l'ignominie des délateurs qui assiègent jusqu'au foyer domestique et pénètrent dans l'intimité des ennemis de Tibère, en feignant d'épouser leurs haines, pour les livrer ensuite au tyran. Séjan a été frappé au visage par Drusus, fils de l'empereur; il s'est promis une vengeance éclatante. Peu de temps après, en effet, il corrompt Livie, femme de Drusus, et, d'accord avec elle et le médecin Endeinus, empoisonne celui qui l'avait offensé. Séjan espère obtenir de César la main de cette même Livie, puis, allié à la famille impériale, devenir à son tour maître de l'univers. Tibère a pénétré ses desseins, Tibère est décidé à le sacrifier. Il se retire à l'île de Oaprée, où Séjan le croit endormi dans les plaisirs ; mais Tibère veille et envoie au sénat des lettres perfides qui, accusant son favori de conspiration contre l'Etat, le livrent à toutes les vengeances soulevées par son insolence et sa cruauté. ■ Dans son Séjan, dit M. A. Mézières, ce que Johnson a le mieux peint ce sont les caractères forts, l'extrême honnêteté et l'extrême scélératesse. D'uDe part, il amis en relief, dans les rôles d'Arruntius et de Silius, la droiture, la fierté et la dignité des vieux Romains qui ne courbent pas la tête sous la main de Tibère ; de l'autre, il nous montre, dans le portrait de Séjan, jusqu'à quel mépris du droit et de tout principe moral l'ambition peut conduire un homme qui veut, de toute 1 énergie d'une volonté indomptable, saisir et garder le pouvoir. Arruntius regarde en face les espions de l'empereur; il rappelle hardiment l'exempte des vertus anciennes en les opposant aux humiliations du présent, et quand on lui dit que les temps sont changés, il accuse la lâcheté de ses contemporains en répondant : « Ce sont les hom- » mes et non les temps qui ne sont pas les » mêmes. C'est nous qui sommes vils, pau- » vres et dégénérés des sentiments élevés de » nos nobles pères. Où est maintenant l'âme » du divin Caton, lui qui a osé être honnête » pendant que César osait être criminel.» Séjan, de son côté, est aussi résolu dans le mal que Silius et Arruntius sont fermes dans leur attachement aux vieilles libertés de Rome. Il ne recule devant aucun moyen pour consolider la tyrannie; mais il possède aussi cette confiance en soi-même,
De la chute des rois fatal avant-coureur, et qui est le signe caractéristique des ambitieux. C'est par là qu'ils s'élèvent, mais c'est aussi par là qu'ils tombent tôt ou tard. Toutes ces peintures sont relevées par l'énergie du style et p'ar un sentiment rétrospectif d'indignation assez puissant pour reporter le potSte aux temps mêmes dont il parle, et le faire entrer dans la pensée de ceux qui en ont été les témoins. La tragédie de Séjan fuc jouée pour la première fois au théâtre du Globe, en 1603.
Séjan (la chutb de), drame de V. Séjour.