V. CHUTE
SEJAN (Nicolas), organiste et compositeur français, né à Paris en 1745, mort dans la même ville en 1819. Malgré l'opposition de son père, il apprit la musique sous la direction de Forqueray, et enfin il força l'assentiment de sa famille par le succès qu'il remporta à l'âge de treize ans, à Saint-Merri,
SEJO
en improvisant sur l'orgue un Te Deurn qui fut admiré. Successivement organiste de Saint-Merry, de Notre-Dame, de Saint-Suipice, professeur au Conservatoire, organiste des invalides en 1807, il fut, en 1814, attaché à la chapelle du roi et recouvra sa place d'organiste à Saint-Sulpice qu'il avait perdue à la Révolution. Au dire des juges compétents, Séjan a été le seul organiste de talent de la seconde moitié du xvme siècle. On connaît de lui : six sonates pour piano et violon, un recueil de rondeaux et d'airs, trois trios, des fugues et des noëls.
SÉJAN'IE, fille de Séjan, le ministre de Tibère. Lorsque ce favori, porté par l'aveuglement de son maître presque jusqu'au trône, voulut enfin s'y asseoir, même au prix de plusieurs crimes, la colère de l'empereur fut si grande, sa fureur poussée si loin, qu'il ne se borna point à. punir les auteurs et les complices de la conjuration qui avait failli lui oter l'empire et lui coûter la vie, mais encore les parents, les amis, tous les proches des coupables.
Séjanie avait alors cinq ans, et le pauvre petit être lui-même ne fut pas épargné.
SÉJÉ s. m. (sé-jé). Bot. Palmier peu connu qui croît sur les bords de l'Orénoque, et qu'on présume être une espèce de cocotier.
SÉJOUR s. m. (sé-jour. — V. séjourner). Résidence qu'on fait dans un endroit : Il a fait un long séjour dans ce pays-tà. Je n'y ferai pas de séjour. Il a prolongé son séjour dans cette villa. Un séjour de quelques mois dans ce pays vous en fera bien connaître les usages. (Acad.) Le séjour de Paris commence à m épouvanter. (Volt.) Tout séjour m' est bon pourvu qu'il soit ignoré. (J.-J. Rouss.) Nesachantplus comment prolonger d'une façon plausible son séjour à Gelnhattsen, il parla de palpitations qu'il éprouvait encore. (Ad. Paul.) La campagne est pour moi plus belle que la cour, Et je voudrais pouvoir y faire mon séjour.
Destoucheb.
Il Repos que l'on prend en voyage : Dans les longs voyages, on est obligé de faire quelque séjour de temps en temps. Les troupes ont eu une longue marche à faire et peu de séjours. (Acad.) Il Sens vieilli.
— A signifié Retard, délai :
Un moment de séjour peut tout déconcerter.
Corneille.
— Stationnement d'un objet quelconque :
Le séjour des eaux dans un terrain. Le séjour des mers sur un continent. Le séjour des humeurs dans quelque partie du corps. (Acad.)
— Lieu considéré par rapport à l'habitation, à la demeure qu'on y fait : On SÉJOUR champêtre. Cette maison est un beau séjour, un séjour délicieux. Cette ville est un agréable séjour.
J'admire ces plaisirs d'un champêtre séjour.
Bbrchoux.
Où peut-on êlre mieux que dans l'heureux séjour Où l'on trouve amour pour amour 7
La Chaussés.
Il faut changer de lieu quelquefois dans sa vie ; Le plus charmant séjour a la fin nous ennuie.
Reonard.
— Fig. Milieu, endroit où se produit un fait, où s'exerce une action : Quelle espérance de saint peut-on avoir dans un lieu gui devient le centre de la vanité, le séjour des tentations et le pays de l'idolâtrie? (Fléch.) Il n'y a que la retraite qui soit le séjour de l'occupation. (Volt.) L'Andalousie est l'un des plus aimables séjours que la volupté se soit choisis sur la terre. (H. Beyle.) Qui dit cour dit le séjour de la dissimulation et de la défiance, le fléau de tout enthousiasme vertueux. (Moreiiet.)
Et vous, forêt sacrée, espaces frais et sombres, Séjour majestueux du silence et des ombres.
S.unt-Lahbert.
— Petit séjour, Nom donné autrefois à des résidences moins vastes que les résidences ordinaires : Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, avait acheté l'hôtel Barbette pour en faire un petit séjour. (Ste-Foix.)
— Fig. Séjour des dieux, Céleste séjotir, Séjour des bienheureux, Ciel, Olympe, paradis :
Elle<B'envole au céleste séjour.
Boileau.
Il iVoir ou sombre séjour, Ténébreux séjour, Mort ou enfers :
Tout mortel au sombre séjour Descend à son tour,
Liron, lirette, Descend a son tour,
Grandval.
[I IIumide séjour, Mer :
Mais quand son feu l'atteint dans l'humide séjour. De quel charme nouveau vient l'embellir l'amour 1
Delillb.
Il Séjour des frimas, Nord :
J'allai chercher le calme au séjour des frimas.
Boileau.
— Mar. Temps qu'un bâtiment de guerre passe en relâche : Le séjour de cette frégate dans tel port a été d'une semaine, d'un mois. (Acad.)
— Econ. rur. Bête de séjour, Animal qui, étant malade, doit rester à l'écurie.
— Syn. Séjour, demeure, domicile, V. DE- MEURE.
SEL
Séjour d'honneur (le), poème d'Octavien de Saint-Gelais (1519, in-4°). Au point de vue de la fable, c'est une composition allégorique dans le genre du Roman de la Rose, qui eut une influence si grande et si souvent malheureuse sur notre poésie à cette époque; mais le Séjour d'honneur, quand on laisse la fable de côté, présente des qualités remarquables de finesse et de grâce dans les détails; il offre des passages d'une mélancolie touchante. Quelques mots suffiront à faire connaître le fond du poème. Après s'être trop longtemps laissé guider par Sensualité, Abus et Vaine Plaisance, le poète prend enfin la voie de la Cour et de Raison. Trois épisodes l'arrêtent dans sa route : l'échelle de fortune ; la forêt d'aventures où se trouvent des tombeaux en grand nombre; la mer mondaine où flottent les corps de ceux qui ne sont plus. Les noms historiques et les faits contemporains se pressent la sous la plume de l'auteur. Enfin, il arrive à la cour, qui est pour lui le « séjour d'honneur ; » il en décrit les mœurs, les costumes à la mode, et donne de sages conseils à ceux qui veulent y réussir.
Séjour militaire (le), opéra-comique en un acte, paroles de Bouilly et Dupaty, musique d'Auber; représenté au théâtre Feydeau le 27 février 1813. Ce fut le début du compositeur sur cette scène, qu'il a depuis si brillamment et si longtemps occupée. Il avait alors trente et un ans. Le public accueillit froidement le Séjour militaire, ce qui détermina sans doute l'auteur de la musique à se tenir à l'écart de la scène pendant plusieurs années. Ce ne fut que sept ans plus tard qu'il obtint son premier succès. Auber a commencé sa carrière à l'âge où Rossini terminait la sienne.
SEJOUR (Victor), auteur dramatique, né à Paris en 1821, mort dans la même ville le 20 septembre 1874. Il n'a travaillé que pour le théâtre et a composé quelques drames à grand spectacle qui ont eu du succès. Ses débuts remontaient à 1844, époque à laquelle il se jeta dans la mêlée romantique avec Diégarias, drame en cinq actes et en vers, représenté au Théâtre-Français. A Diégarias succéda la-CAwie de Séjan, autre drame en cinq actes et en vers (Théâtre-Français, 1849), Ces deux drames romains, pleins de phrases sonores et d'hyperboles, avaient des qualités littéraires que V. Séjour ne tarda pas à abandonner pour se lancer dans le gros mélodrame à effet. Il donna successivement Richard 111, drame en cinq actes et en prose (théâtre de la Porte-Saint-Martin, 1852); l'Argent du diable, pièce en trois actes (Variétés, 1854) ; les Noces vénitiennes, drame en cinq actes (Porte-Saint-Martin, 1855); le Fils de la nuit, drame en cinq actes, célèbre par son vaisseau qui a fait le tour de la France et de l'Europe (Porte-Saint-Martin, 1857) ; André Gérard, drame en cinq actes (Odéon, 1857); le Martyre du cœur, drame en cinq actes (Ambigu, 1858) ; les Grands vassaux, drame en cinq actes (Odéon, 1859) ; la Tireuse de cartes, drame en cinq actes (Porte- Saint-Martin, 1859); le Compère Guillery, drame en cinq actes (Ambigu, 1860) ; les Massacres de Syrie, drame en cinq actes (théâtre du Cirque, 1860) ; les Mystères du Temple, drame en cinq actes (Ambigu, 1861) ; les Volontaires de 1814, drame en cinq actes (Porte-Sainf-Martin, 18G1) ; les Fils de Charles-Quint, draine en cinq actes (Ambigu, 1864); le Marquis caporal, drame en cinq actes (théâtre de la Gaîté, 1SG4) ; les Enfants de la louve, drame en cinq actes (Gaîté, 1S63); la Madone des roses, féerie (Galté, 1865), Ces pièces n'ont de remarquable que l'entente de la mise en scène; l'action dramatique ne sert guère que de prétexte au* décors.
SÉJOURNÉ, ÉE adj. (sé-jour-né. — V. séjourner). Qui a pris du repos: Il est gras et séjourné. (Acad.) il Vieux mot.
SÉJOURNER v. n. ou intr. (sé-jour-né — de l'ancien français sojorner, d'où l'anglais sojourn. Sojorner vient, comme le provençal sojornar et l'italien soggiornare, d'un type latin subdiurnare, composé du préfixe^ et de diurnare, durer longtemps, de dies, jour). Faire séjour, demeurer ; Il est allé à Paris, où il doit séjourner cinq ou six mois. Ce régiment, en allant à sa garnison, ne séjournera que dans deux endroits. (Acad.) Il y a deux mondes; l'un où l'on séjourne peu et dont l'on doit sortir pour n'y ptus rentrer; l'autre où l'on doit bientôt entrer pour n'en jamais sortir. (La Bruy.) De tous les mammifères, le cétacé est celui gui peut séjourner le plus longtemps sous l'eau. (J. Macé.)
■—Stationner; rester stagnant: Les eaux de la mer ont séjourné longtemps sur cette partie de la terre. Les humeurs qui séjour-' nent en quelque partie du corps... (Acad.)Zes eaux, ayant leur retraite, ne séjournaient sur tes terres qu'autant qu'il fallait pour les engraisser, (Boss.) Dans les bergeries, on laisse généralement séjourner le fumier sous les animaux pendant plusieurs mois. (M. de Dombasle.)
— Fig. Persister, rester dans le même état : Les morceaux de prose ne séjournent pas dans la mémoire, (J. de Maistre.) Volontiers où soupçon séjourne, Cocuage séjourne aussi,
La Fontaine.
SEL s. m. (sèl — latin sal, proprement mer,
SEL
eau sajée. C'est le même mot que le grec ah, mer, salos, fluctuation, agitation des vagues, irlandais sal, sail, saileas, Scandinave sait, même sens ; sanscrit sala, salila, eau, de la racine de mouvement sal, sèl, aller, alliée à la racine sar, même sens, d'où les noms da l'eau, sara, sarila, etc. A la même fomille appartiennent l'irlandais seile, sileadh, salive, de silim, couler, distiller, cracher; armoricain sila, filtrer, et liai, halo, kymriquo haliw, salive, le h initial du celtique correspondant souvent au s initial du sanscrit). Substance friable, soluble dans l'eau, universellement employée comme assaisonnement :
Sel gris. Sel blanc. Gros sel. Sbl fin. Un grain de sel. Ici les eaux sont douces pour désaltérer l'homme; là elles ont un sel qui assaisonne et rend incorruptibles nos aliments. (Fén.) Rien ne flatte plus l'appétit .des brebis que le sel. (Buff.) Le sel produit sur les bestiaux les mêmes effets que sur l'homme : il stimule leur appétit, et il a quelques propriétés médico-vétérinaires. (De Morogues.) Les 7iègres du nord de l'Afrique avaient autrefois adopté le sel comme signe monétaire. (A. Maury.) Le sel est l'élément par excellence de la salubrité et de la conservation. (Toussenel.) Le sel dissout les substances albumineuses et facilite la digestion des graisses. (F. Pillon.) Le sel est digestif, nourrissant et indispensable à l'économie. (U. Cruveilhier.) La cherté du sel nuit à la production du bétail. (Proudh.)
Par le sel irritant la soif est allumée.
Boileau.
— Fig. Finesse, piquant : Une satire pleine de sel. Il ne faut pas tomber dans le défaut de répandre un peu trop de sel et de vouloir donner un goût trop relevé à ce qu'on assaisonne. (Fén.)
Raison sans sel est fade nourriture, Sel sans raison n'est solide pâture.
J.-B. Rousseau.
Il Ce qui donne de l'attrait, ce qui relève : Louis XV avait besoin du sel du scandale pour assaisonner ses goûts blasés. (Lamart.) Il Ce qui conserve, préserve : Les vertus chrétiennes sont le sel qui empêche l'humanité de se corrompre. (E. Laboulaye.)
— Sel marin, Sel de cuisine, Sel de gabelle, Divers noms du sel commun.
— 5e/ gemme. Sel commun fossile : En Allemagne et en France, le sel gemme du terrain saliférien est soumis à une exploitation industrielle. (L. Figuier.)
— Sel atlique. Manière fine et délicate de penser et de s'exprimer, par allusion à l'esprit des Athéniens :
Sous un ombrage frais, on le voit avec grâce Rire avec ses amis et mêler & propos Un peu de sel attique avec quelques bons mots.
Grécourt.
— Au gros sel, Se dit d'une viande servie dans son bouillon et qu'on a parsemée de gros sel : Chapon au gros sel. Jarret de veau au gros sel. n Grossier, avec la prétention d'être plaisant :
Qu'un monsieur Turcaret savoure en se pâmant, De ses mots au gros sçl le stupide enjoûmcm.
Lebrun.
— D'un bon sel, Se dit d'un mets où il n'y a ni trop ni trop peu de sel : Ce jambon est d'un bon sel.
— Roide de sel, Se dit d'un mets beaucoup trop salé.
— A la croque au sel. Sans autre assaisonnement que du sel : Manger des herbes A la croque au sel. h Fig. Manger quelqu'un à la croque au sel, Se dit par manière de menace plaisante.
— Grenier à sel, Lieu où le gouvernement faisait vendre le sel de la gabelle. Il Ancienne juridiction chargée déjuger en première instance tous les différends relatifs à la gabelle. Il Fig. Diseur de bons mots, il Vieille loc.
— Prendre le sel, Prendre son sel, Se pénétrer de sel, en parlant d'une viande qu'on a salée pour la conserver.
— Mets-lui un grain de sel sur la queue, Se dit ironiquement à un enfant qui voudrait s'emparer d'un oiseau.
— Ils ne mangeront point unminol de sel ensemble,lls ne vivront pas longtemps ensemble.
— Prov. Pour bien connaître un homme, il faut avoir mangé un muid de sel avec lui, 11 faut avoir vécu longtemps dans son intimité.
— Hist. Sel libérateur, Sel vengeur, Nom donné emphatiquement au salpêtre, pendant la Révolution.
— Relig. Sel de la terre, Titre donné par Jésus-Christ à ses apôtres, pour faire entendre, dit-on, que le principe de conservation spirituelle était en eux : Le ministre de Jésus-Christ, destiné à être le sel de la terris, est bientôt infecté de la contagion du monde, parce qu'il na pas reçu cette vertu sacerdotale qui sanctifie tout. (Mass.)
— Ane. administr. Sel gabelle. Sel qui sortait des greniers publics, u Sel sans gabelle, Sel qu'on livrait k certaines personnes privilégiées,1 sans leur faire payer les droits de gabelle, il Sel par impôt, Certaine quantité de se! que tout particulier était tenu de prendre chaque année dans les greniers du roi. Il Faux sel, Sel qui, daus les provinces où la gabelle était établie, n'avait point été pris daus les
SEL
greniers du roi : // fut puni pour avoir vendu, pour avoir acheté de faux sel. (Acad.)
— Chim. Nom donné autrefois à tout corps cristallisé soluble dans l'eau, il Corps résultant de la combinaison d'un acide avec une base : Les sels de plomb, de cuivre, de fer. Il Sel d'absinthe, Ancien nom du carbonate de potasse extrait des cendres d'absinthe. Il Sel admirable, Ancien nom du sulfate de soude.
Il Sel admirable perlé, Ancien nom du phosphate de soude. Il Sel ammoniac, Hydrochlo- „ rate d'ammoniaque. H Sel ammoniacal crayeux, Ancien nom du carbonate d'ammoniaque. Il Sel ammoniacal nitreux, Ancien nom du nitrate d'ammoniaque. Il Sel ammoniacal vitriolique, Ancien nom du sulfate d'ammoniaque. Il Sel double, Sel qui contient deux bases : Sel double de fer et d'alumine, il Sel essentiel, Sel qui se trouve tout formé dans les végétaux, et qu'on extrait par l'évaporation de leur suc ou de leur décoction. Il Sel infernal, Ancien nom de l'azotate de potasse. Il Sel marin argileux, Ancien nom du chlorure d'aluminium, il Sel marin barytique, Ancien nom du chlorure de baryum. Il Sel marin calcaire, Ancien nom du chlorure de calcium. Il Sel marin magnésien, Ancien nom du chlorure de magnésium, il Set microcosmique, Ancien nom d'un phosphate double de soude et d'ammoniaque. Il Sel de nitre,Ancien nom de l'azotate de potasse, il Set d'oseille, Nom vulgaire du bioxalate de potasse. |] Sel pkosphorigue calcaire, Ancien nom du phosphate de chaux. Il Sel régalin d'étain , Ancien nom du chlorure d'étain. Il Sel régalin d'or, Ancien nom du chlorure d'or. H Sel de soude, Nom vulgaire du carbonate de soude. Il Sel de succin, Ancien nom de l'acide succinique. Il Sel végétal, Ancien nom du tartrate de potasse neutre, il Sel végétal fixe, Ancien nom du sous-carbonate de potasse. Il Sel terreux, Sel dont la base est un oxyde métallique terreux.
— Alchim. Sel atembroth ou de la sagesse, Produit de la sublimation simultanée du deutochlorure de mercure et du chlorure d'ammoniaque, il Sel fixe de la matière, Principe de fixation, le sang ou l'esprit minéral, il Sel fleuri, Sel honoré, Sel des philosophes, Sel de terre, Sel de verre, Sel de mer, Noms divers du mercure, n Sel de Jupiter, Chlorure d'étain. il Sel de Saturne, Acétate de plomb, il Sel universel, Substance solide et compacte opposée à l'esprit.
— Pharm. Sel volatil qu'on fait respirer à quelqu'un pour le ranimer ; ne s'emploie qu'au pluriel : Elle était près de s'évanouir, on lui fit respirer des sels. (Acad.) Cette femme, après avoir débité ses élégies pendant deux heures, fait la morte et demande des sels. (Balz.) Il Sel ammoniacal sédatif , Borate d'ammoniaque. Il Sel d'Angleterre, Carbonate d'ammoniaque. Il Set arsenical de Macquer, Arséniate de potasse, il Sel de canal, Sel cathartique amer. Sulfate de magnésie. Il Sel de centaurée, Carbonate de potasse impur. Il Sel de colcotar, Sulfate de fer neutre, il Sel de crâne humain fixe, Sous-phosphate de chaux, il Set de crâne humain volatil, Sous-carbonate d'ammoniaque huileux. Il Sel digestif, Hydrochlorate de potasse. Il Sel de duobus, Sulfate de potasse, il Sel d'Egra, Sel d'Epsom, Sulfate de magnésie. Il Sel essentiel de quinquina, Ancien nom du quinate de chaux et de 1 ex trait de Quinquina, u Sel fébrifuge de Sylvius, Chlorure de potassium. ,11 Sel fixe détartre, Carbonate de potasse, il Set de Glauber, Sulfate d'ammoniaque, il Sel de Guindre, Mélange de 96 parties de sulfate de soude, de 24 parties de nitrate de potasse et de 1 partie de tartrate de potasse, il Sel polychresle de Glaser, Sulfate de potasse. Il Sel de prunelle, Nitrate de potasse fondu, additionné d'un peu de sulfate de potasse, il Sel sédatif, Acide borique, il Sel de Sedlitz, Sulfate de magnésie. Il Sel de Seignette, Tartrate de potasse et de soude. Il Sel sulfureux de Slahl, Sulfate de potasse, il Set de tartre, Carbonate de potasse. Il Sel de vinaigre. Sulfate de potasse cristallisé et imprégné d'acide acétique, il Sel de Seidschuts Sulfate de magnésie.
— Techn. Vaches de sel, Monceaux de sel qu'on élevait en plein air, dans le Poitou, pour les faire sécher.
— Encycl. Chim. De» sels en général.
I. Définition des sels. On donnait autrefois le nom de sels aux corps cristallisables qui avaient quelque analogie physique avec le chlorure de sodium ou sel marin. Cette définition n'avait rien de scientifique. Lavoisier, le premier, définit scientiiiquement les sels en les considérant comme résultat de l'union d'un acide (anhydrides actuels) et d'une base (oxydes anhydres actuels). Berzélius modifia légèrement cette définition au point de vue de la théorie électro- chimique, et désigna sous le nom de sels des composés formés par l'union d'un oxyde électro-positif et d un oxyde électro-négatif. A côté de cette classe de sels dits ternaires, et qui contenait les sels oxygénés, sulfurés, etc., à côté de cette classe de sels que Berzélius appela sels amphides, ce chimiste forma une seconde classe îie sets qu'il désigna sous le nom de sels haloïdes et qui résultent delà combinaison d'un métal et d'un métalloïde de la famille du chlore. Mais c'est seulement depuis l'adoption du nouveau système de poids atomiques, et surtout depuis la découverte de l'atomicité, que la notion de tel a été définitivement définie d'une manière tout à fait scien-
SEL
tifique. Les fonctions saline, acide et basique étant entre elles dans des rapports étroits, nous ne pouvons faire comprendre exactement l'une d'elles sans revenir un peu sur les deux autres.
Lorsqu'on fait agir le sodium ou le potassium sur les composés hydrogénés du chlore, du brome, de l'iode ou du fluor, ou sur des composés hydrogénés plus complexes qui renferment de l'oxygène ou l'un de ses congénères (soufre, sélénium, tellure), il arrive toujours, dans le cas des composés chlorés, bromes, iodés ou fluorés, et très-souvent dans celui des composés oxygénés ou analogues, que le métal chasse une partie ou la totalité de l'hydrogène. Le gaz se dégage alors à l'état de liberté, tandis que l'élément métallique prend sa place. Cette réaction se produit très-facilement avec l'eau H*0. Soumis à l'action du sodium, ce liquide échange la moitié ou la totalité de son hydrogène contre le métal, en donnant de l'hydrate sodique NaHO ou de l'oxyde anhydre de sodium Na20.
Oisons en passant que tous les corps qui résultent de la substitution d'un métal à la moitié de l'hydrogène d'une ou de plusieurs molécules d'eau reçoivent aujourd'hui le nom à' hydrates.
La réaction des métaux alcalins (potassium, sodium, etfi.) sur les composés hydrogénés est trop générale pour servir de base à une classification quelconque ; mais le remplacement de l'hydrogène par un de ces métaux s'opère dans certains cas par un autre procédé moins général, qui, par suite, peut devenir un moyen de classification.
Nous pouvons remplacer l'hydrogène de l'acide ehlorhydrique par du sodium, en faisant agir directement le métal sur cet acide; mais nous pouvons encore arriver au même résultat en traitant l'acide ehlorhydrique par l'hydrate de sodium. Il se produit alors une double décomposition dans laquelle du chlorure de sodium et de l'eau prennent naissance.
t +Nh|o= Ncî) + Il
Eau.
Ht . Na ) Na J
Cl | + H \ ° ~ Cl j
Acide Hydrate Chlorure
chlorhy- de de
drique. sodium. sodium.
Tous les corps qui, au contact des hydrates métalliques, ont la propriété de subir une double décomposition dans laquelle tout l'hydrogène ou au moins une partie de l'hydrogène qu'ils renferment est remplacé par un métal et s'élimine lui-même à l'état d'eau ont reçu le nom d'acides.
Les acides sont donc des composés hydrogénés, dont l'hydrogène peut être remplacé, en totalité ou en partie, par des métaux, et cela par voie de double décomposition à l'aide des hydrates métalliques. Leur hydrogène remplaçable prend le nom d'hydrogène basique.
Quant aux hydrates qui jouissent de la propriété de faire la double décomposition avec les acides, ils ont reçu le nom générique de bases.
Les bases sont donc des hydrates de métaux ou de radicaux composés, susceptibles d'échanger leur métal ou leur radical composé contre l'hydrogène basique des acides par voie de double décomposition.
On sait aujourd'hui que, lorsqu'on retranche d'un corps composé un ou plusieurs des atomes qui le constituent, le résidu peut être considéré comme un radical d'une atomicité précisément égale à la somme de celles que représentent les atomes éliminés.
Si donc un acide renferme un ou plusieurs atomes d'hydrogène basique etqu'on lui fasse perdre cet hydrogène, le résidu fonctionnera comme un radical d'une atomicité égale au nombre d'atomes d'hydrogène perdus par l'acide.
Soit, par exemple, l'acide sulfurique SO*H* ; si on lui enlève H*, le résidu SO» fonctionnera comme un radical diatomique. De même, si Ton enlève H à l'acide azotique AzO^H, le résidu fonctionnera comme un radical nionoatomique. Enfin, si dans l'eâu H^O, nous supprimons un atome d'hydrogène, nous aurons le résidu inonoatomique OH. M. Cannizzaro a proposé de donner à ces résidus divers le nom de résidus halogéniques, pour rappeler qu'ils jouent, dans les sels et les acides oxygénés, le même rôle que le chlore et ses congénères dans les acides et les sels haloïdes, SO* sera donc le résidu halogénique de l'acide sulfurique, AzO* le résidu halogénique de l'acide azotique, OH le résidu halogénique de l'eau; ce dernier a reçu un nom spécial, on l'appelle oxhydryle. Dans le cas des composés hydrogénés du chlore et de ses congénères, les résidus halogéniques sont naturellement ces métalloïdes eux-mêmes.
Cela posé, considérons de nouveau la double décomposition qui s'opère entre un acide et une base, entre l'hydrate de potassium et l'acide azotique par exemple :
AzQS.H + K,OH =. Az03,K + H,OH Acide Hydrate Azotate
azotique. de po- de po-
tassium, tassium.
Nous voyons donc que l'acide azotique perd son hydrogène H et la base son métal K, ce qui donne quatre résidus : le résidu halogénique AzO3 et le potassium d'une part, l'oxhydryle OH et l'hydrogène d'autre part. Les deux premiers do ces résidus s'unissent pour
SEL
former de l'azotate de potassium, et les deux autres se combinent pour former de l'eau.
On peut donc dire également bien ou que l'azotate de potassium résulte de la substitution du potassium à l'hydrogène basique de l'acide azotique, ou que ce sel résulte de la substitution du résidu halogénique AzO3 de l'acide azotique à l'oxhydryle OH de l'hydrate de potassium.
Les corps qui résultent de l'action réciproque des acides et des bases ont reçu le nom de sels; les sels peuvent donc être définis : des produits qui résultent de la substitution d'un métal à l'hydrogène basique des acides: ou bien encore, des produits qui résultent de la substitution du résidu halogénique d'un acide à l'oxhydryle des bases.
Outre l'action réciproque qu'ils exercent les uns sur les autres et qui sert a. les caractériser, les acides et les bases solubles ont des propriétés qui permettent de les reconnaître facilement.
Les acides solubles ont une saveur aigre et rougissent la teinture bleue de tournesol ; les bases solubles ont une saveur astringente et ramènent au bleu le tournesol rougi par un acide.
— II. Constitution des sels. Philosophiquement, les acides et les bases doivent être considérés comme des sels. Reprenons, en • effet, le dernier exemple que nous avons cité : il est clair que' l'azotate de potassium est analogue par sa constitution à l'hydrate de potassium et à l'acide azotique ; il ne diffère du dernier de ces corps qu'en ce qu'il renferme le résidu halogénique d'un acide au lieu du résidu halogénique de l'eau, et du premier qu'en ce qu'il contient du potassium au lieu d'hydrogène, comme élément électro-positif. Les acides sont donc des sels qui Tenferment de l'hydrogène au lieu d'un métal comme élément électro-positif, et les bases sont des sels qui renferment de l'hydrogène au lieu d'un résidu halogénique d'acide.
Les sels se divisent tout d'abord en deux classes : la première renferme des sels binaires ; les chlorures, bromures, iodures et fluorures métalliques. On les désigne encore aujourd'hui par le nom de sels haloïdes, que leur avait donné Berzélius. La seconde contient les sels qui sont formés d'au moins trois éléments. Pour eux aussi on a conservé le nom de Berzélius, sels amphides.
1°. Constitution des sels haloïdes, La constitution de ces sels est trop simple pour que nous nous y arrêtions. Ils résultent de la juxtaposition de deux radicaux monoatoiniques. L'acide ehlorhydrique et le chlorure de potassium peuvent être représentés par les formules de constitution H — Cl et K — Cl. Mais il devient plus difficile de concevoir le groupement des sels doubles, tels que le chlorure double d'argent et de sodium AgCl.NaCl. Ici, en effet, les quatre corps étant monoatomiques, on ne voit pas ce qui peut rallier la molécule saturée de chlorure d'argent à la molécule saturée de chlorure de sodium.
M. Kékulé suppose, pour expliquer ce fait, qu'il existe en chimie des combinaisons de deux ordres. Suivant lui, il ne faudrait pas confondre les vraies combinaisons chimiques formées par la réunion des atomes avec les combinaisons moléculaires formées par la réunion de plusieurs molécules. Le chlorure double d'argent et de sodium, par exemple, résulterait de la juxtaposition d'une molécule de chlorure d'argent et d'une molécule de chlorure de sodium.
Le fait de l'eau de cristallisation prouve surabondamment qu'il existe, en effet, des combinaisons moléculaires. Néanmoins , si l'on considère que ces combinaisons-là affectent presque toujours l'état solide ou liquide, on aura de la peine à admettre que telle soit la constitution des sels doubles ; car M. Deville a obtenu des chlorures doubles qui distillent régulièrement à une température élevée.
On expliquerait plus facilement l'existence de ces corps en admettant que les éléments de la famille du chlore, quoique ordinairement monovalents, sont en réalité triatomiques. Cette manière de voir peut d'ailleurs s'appuyer sur l'existence du chlorure d'iode