‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 290 sur 1059 · SEPS · texte numérisé non relu

SEPS

les auteurs s'accordent à reconnaître au seps une innocuité parfaite.

Columna rapporte qu'en disséquant une femelle de seps il trouva quinze foetus vivants, dont les uns étaient déjà sortis de leur enveloppe et les autres étaient encore enveloppés dans une sorte de membrane trèsmince et transparente, comme les petits des vipères. Il en conclut que le seps est vivi- ■ pare, conclusion très-juste sur un fait qui est I aujourd'hui parfaitement acquis à la science. I

Le seps est très-répandu en Italie, en Espagne, dans les lies de la Méditerranée et 1 dans tout le midi de la France, où on le rencoiuie caché sous les hautes herbes dans les endroits marécageux. Là, il se nourrit de petites limaces, d'araignées et de toutes sortes d'insectes. Pendant l'hiver, le seps se cache dans les trous, sous la terre, pour n'en sortir qu'aux approches du printemps.

SEPSIDÉ, ÉE adj, (sè-psi-dé — de sepsis, et du gr. idea, forme). Entom. Qui ressemble ou qui se rapporte à la sepsis.

— s, f. pi. Groupe d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des muscides, ayant pour type le genre sepsis.

SEPSINE s. f. (sè-psi-ne — du gr. sepsis, corruption; de sêpo, je pourris). Chiin, Base de composition inconnue qui donnerait ses propriétés toxiques aux liquides putrides.

— Encycl. La théorie de la septicémie, appliquée à l'explication de l'infection putride, ou mieux de l'intoxication putride, ne sera définitivement constituée que quand on saura quelle est la nature de la substance qui, dans tes liquides putréfiés, produit les phénomènes bien étudiés par les recherches cliniques.

En 1868, MM. Bergmann et Schmiedeberg annoncèrent avoir découvert, dans tes produits de la putréfaction animale, une base particulière, la sepsine, qui cristalliserait à l'état de sulfate et sous forme de cristaux en aiguilles; ce sel serait insoluble dans l'alcool, et les cristaux microscopiques seraient efnorescents à l'air et pourraient être fondus et même carbonisés par la chaleur. La solution aqueuse de ces cristaux, injectée dans les veines d'un chien, produisait immédiatement des vomissements et, peu de temps après, de la diarrhée promptement sanguinolente. 0gr,01 de la solution pouvait produire des phénomènes analogues à. l'infection putride.

Ces résultats n'out point été confirmés, et MM. Zuelzer et Sonnenschein, dans le jiiéme ordre de recherches, n'ont pas rencontré la substance décrite par MM. Bergmann et Schmiedeberg. Mais ces auteurs ont isolé un alcaloïde qui se rapproche de l'atropine et de l'hyoscyauiine par ses caractères physiques et auquel il convient de transporter le nom de sepsine jusqu'au jour où, si tant est que ce fait se produise, son identité avec un alcaloïde déjà connu sera démontrée.

Dans leurs études, exécutées à l'Institut anatomîque de Berlin, les auteurs ont employé cinq liquides divers de macération. Dans trois autres cas, comme pour les liquides employés dans les expériences d'intoxication , ils ont laissé putréfier 5 livres de tissu musculaire de la cuisse dans un vase imparfaitement couvert, contenant 10 litres d'eau. Le liquide putride était examiné après cinq, six, huit semaines de macération. Au delà de ce temps, la chair se convertissait en une masse filamenteuse, en suspension dans un liquide putride, trouble, d'un rouge grisâtre ; il se formait un sédiment pultacé.

Après avoir agité le mélange, on versait dans 1,000 grammes de ce liquide à réaction neutre l gramme d'acide oxalique, qui lui communiquait une réaction acide, et on laissait évaporer à consistance sirupeuse. Traitant par l'alcool concentré, on obtenait un extrait qui était filtré, précipité par l'eau, puis filtré de nouveau, et enfin évaporé au-dessus de l'acide sulfurique. Le résidu, de nouveau traité par l'alcool absolu, était, après évaporation, agité avec de l'éther, que 1 on en séparait à l'aide d'une pipette; cette opération était répétée jusqu'à ce qu'il ne restât plus de matière colorante. Le résidu ainsi purifié était réduit k siccité à 30° centigrades, puis mélangé avec une lessive de potasse un pou en excès et agitée avec l'éther. Ce liquide, après quelque temps de repos, s'évapore spontanément.

Le résidu ultime se présentait sous la forme d'une masse onctueuse, brunâtre, exhalant une force odeur de putréfaction, réagissant comme une base active et contenant dos cristaux microscopiques en forme d'aiguilles.

Ceux-ci, isolés par une nouvelle cristallisation , montrèrent les réactions suivantes : îo l'acide phosphomolybdique y produit un précipité floconneux d'une couleur jaune intense; 20 le chlorure platinique y fait naître un précipité brun jaunâtre; 3° le chlorure d'or y détermine un précipité cristaljisable jaune; 4° la solution d'iode y forme un précipité brun rougeàtre; 5» avec le tannin, il se forme un précipité blanc floconneux ; 6° avec le chlorure de mercure au maximum, il se forme Un précipité blanc caillebotté.

Ces réactions ont persuadé aux auteurs qu'il se forme, par la putréfaction, un alcaloïde particulier. Ils en ont étudié les eifets physiologiques et ont obtenu les-phénoméues suivants. 1° Sur un chien et trois lapins, quelques gouttes de la solution aqueuse des

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cristaux furent introduites dans le cul-de-sac conjonctival. Chez tous ces animaux (moins un lapin), la pupille s'est dilatée notablement, ne réagissant plus contre l'action d'une lumière intense. La dilatation se maintint pendant trois ou quatre heures. 2° Une solution aqueuse de 1 gramme , contenant environ 08r,002 de cristaux, fut injectée a trois lapins. Au bout de huit à dix minutes, les battements du cœur s'élevèrent de huit à seize en quinze secondes, et, au bout d'un quart d'heure, le nombre des. contractions cardiaques était devenu incalculable, malgré l'emploi "de l'aiguille de MiddeldoriF,

Une irruution électrique faible du nerf vague produisit, dans un cas, le ralentissement habituel et l'arrêt du cœur. Bans les deux autres, un fort courant no put déterminer ce phénomène. Dans ces deux expériences, lorsqu'on excitait fortement le pneumogastrique, il se produisait seulement une contraction plus violente du cœur, mais nullement un ralentissement significatif.

3° A la suite d'injections dans les veines, la cavité abdominale fut ouverte, et, deux fois dans trois expériences, on observa l'iinmobililé complote de l'intestin. Ni l'irritation mécanique ni l'excitation électrique ne déterminaient les mouvements pùristaltiques. Dans une troisième expérience, non-seulement l'intestin n'était pas immobile, mais encore il était plus facilement irritable. Il faut remarquer que, dans cette expérience, commo dans celle du numéro 1, le liquide employé contenait une plus grande quantité de la matière colorante d'un brun roussâtre dont la nature est indéterminée.

Tels sont les premiers faits observés par MM. Zuelzer et Sonnenschein, qui promettent de poursuivre leurs expériences. La conclusion momentanée de ces auteurs, qui considèrent le nouvel alcaloïde comme semblable à l'atropine, est hâtive. Les caractères physiologiques ne suffisent pas pour porter une telle conclusion. Il faut encore avoir fait l'analyse du produit et en avoir étudié complètement les caractères physiques et chimiques, ce qu'ont négligé de faire les auteurs. C'est pourquoi nous avons cru devoir conserver au produit alcalin de la fermentation le nom de sepsine, que MM. Bergmann et Schmiedeberg lui avaient donné, d'abord, en lui attribuant, il est vrai, des propriétés différentes.

SEPSIS s. f. (sè-psiss — du gr. sepsis, pourriture). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des muscides, type du groupe des sepsidées, comprenant une douzaine d'espèces, qui habitent l'Europe : Les Sepsis se montrent en quantités innombrables sur les bouses, où elles deposent leurs œufs. (E. Desmarest.)

SEPT adj. (se devant les consonnes, sètt devant les voyelles et quand le mot n'est suivi d'aucun autre — lat. septem, mot qui correspond au sanscrit saplan, zend haplan, arménien evto, grec epta, gothique sibun, lithuanien septyni, ancien slave sedmi. Bopp croit que le m du latin seplem et de l'ancien slave sedmi provient du nom de nombre ordinal, qui est en sanscrit saptama, en slave sedmûj. Il en dit autant du slave osmi, huit, et du latin novem, decem, en sanscrit navama, neuvième, dasama, dixième. Le nom de nombre arménien est fléchi au sihgulier et au pluriel; ou a, par exemple, le génitif singulier evtan et le datif-ablatif-génitif pluriel evtanz. A côté du thème entai, qui est le mieux conservé, on trouve encore en arménien des thèmes secondaires evtin et evlean, ainsi qu'un thème eolni, élargi par l'addition d'un i, avec lequel on peut comparer le thème gothique sibuni; de plus, le thème mutilé evti, enfin les thèmes ioian, eaoian et eo'tan, nominatif ivtn, etc. A l'égard du v tenant la place d'un p primitif, on peut rapprocher l'anglnis seven. Le sanscrit saptan est rattaché par les grammairiens indiens a la racine sap, suivre, lier, et Benfey, qui adopte ce rapprochement, en tire la signification de verbindend, unissant, liant, ce qui ne fournit aucune idée claire quant à la nature du sept. Pictet croit à un thème primitif sapta, participe passé de sap, dont le duel saptâ, qui se trouve encore dans les Védas, a désigné sept comme deux doigts réunis à cinq. Cela serait en parfaite analogie avec le sens présumé pour le six et avec la formation du sept dans une foule d'autres langues). Six plus un : Sept hommes. Sept jeunes filles. Sept chevaux. Les skpt sages de ta Grèce. Les sept jours de la semaine. Les sept sacrements. Les sept péchés capitaux. Les SEPT psaumes de la pénitence. Tournan est à sept lieues et demie au N.-E. de Paris. (Dulaure.)

— Septième : Tome skft. Chapitre sept.

Page sept. Charles sept, La mort de Grégoire sept n'éteignit pas t'incendie qu'il avait allumé. (Volt.)

— Pathol. Maladie de sept jours, Affection épileptique des nouveau -nés, qui est fréquente dans l'Amérique du Sud, et qui passe pour attaquer les enfants à leur septième jour.

— Hist. La ville aux sept collines, Nom donné à Rome, à cause des sept collines qu'elle enfermait dans son enceinte. Il Les sept électeurs, Les sept princes souverains qui élisaient l'empereur d Allemagne.

— s. m. Nombre sept : Skpt multiplié pat sept donne quarante-neuf.

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Et souvent tel y vient qui sait, pour tout secret. Cinq et quatre font neuf, ôtez deux reste sept.

Boileau.

— Septième jour du mois : Je vous ai écrit te sept février dernier. Votre lettre est datée du sept, et je ne l'ai reçue que le dix. La réconciliation dn sept juillet et le serment gui l'avait suivie n'avaient calmé aucune méfiance. (Thiers.)

— Septième mois de la grossesse : J'entre dans mon sept.

— Chiffre qui représente le nombre sept : On a effacé le sept. Il faut y ajouter un

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— Jeux. Carte qui a sept marques, dé qui a sept points : Le sept de cœur, de carreau. Le sept de pique, de trèfle. Jouer un sept. Poser le sept, le double sept.

Attendre son destin d'un quatorze ou d'un sept. Voir sa vie ou sa mort sortir de son cornet !

Bon. EAU,

il Sept et lever, Se dit, au trente-et-quarante et nu pharaon, pour exprimer sept fois la première mise.

— Encycl. Le nombre sept était en quelque sorte sacré chez les Juifs, à cause du sabbat, qui revenait le septième jour; la septième année était consacrée au repos de la terre, et les sept semaines de sept années, qui faisaient quarante-neuf ans, précédaient le jubilé que l'on célébrait la cinquantième ; il y avait sept semaines k compter entre la fête de Pâques et celle de la Pentecôte, etc. L'Ecriture parle de sept églises, de sept chandeliers, de Sept branches aux chandeliers d'or, de sept lampes, de sept étoiles, de sept sceaux, de sept anges, de sept trompettes, etc.; les amis de Job offrirent en sacrilice sept veaux et sept béliers ; David, dans la translation de l'arche d'alliance, fit immoler ce même nombre de victimes ; Abraham en avait donné l'exemple en faisant à Abimélech un présent de sept brebis pour être immolées en holocauste sur l'autel à la face duquel il avait fait alliance avec ce prince. Saint Pierre demande à Jésus-Christ : ■ Lorsque mon frère aura péché contre moi , combien de fois faut-il que je lui pardonne? faut-il aller jusqu'à sept fois? • Jésus lui répond: « Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix-sept fois sept fois, • c'est-à-dire sans fin et toujours.

Le nombre sept jouit encore d'une grande influence dans les dogmes et les cérémonies du christianisme. Ainsi, nous avons sept sacrements, sept psaumes de la pénitence, sept péchés capitaux, etc.

Scpi journées (les), poëme italien du Tasse (1594, in-4<>). Quelques lueurs du génie du poète brillent encore dans cette composition, que le Tasse écrivit à Naples chez le marquis Alanso, son ami et son biographe. La mère du marquis était très-dévote; le Tasse aussi inclinait ulors vers la religion; ses entretiens avec cette dame roulaient exclusivement sur des sujets de piété. Elle l'engagea à traiter en vers quelque grand sujet de ce genre, et il choisit la création du monde. Il écrivit immédiatement les deux premiers livres de son poëme au sein d'une retraite délicieuse, dans un entier repos d'esprit. Les cinq derniers, au contraire, furent faits ou plutôt ébauchés à Rome, vers les derniers temps de sa vie, lorsque le travail n'était plus qu'une distraction à ses souffrances ; c'est la cause très-naturelle de la différence qu'on remarque entre le style des deux premiers chants et celui des autres.

Ce poëme n'est et ne pouvait être qu'une paraphrase du chapitre- de la Genèse, pour les six jours de la création, et de la première partie du second chapitre pour le septième jour. Le Tasse a rencontré dans son sujet l'inconvénient de descriptions qui sont naturellement très-nombreuses, trop continues et qui ne laissent au poëte d'autre relâche que des digressions et clos discussions théologiques, philosophiques et morales. Il est cependant à regretter qu'il n'ait pu conduire ce poëme entier au point où il avait porté les deux premiers livres. Il s'y trouve des morceaux d'une grande beauté et d'une majesté de style singulièrement adaptée au sujet. Ginguene a rapproché avec raison les Sept journées du poëme fiançais de Ou Bartas, la Semaine. Le plan de la Semaine est le même que celui des Sept journées. Il est probable même que l'ouvrage de Du Bartas a donné au Tasse l'idée du sien. La Semaine parut pour la première fois on France vers 1580. Les éditions se succédèrent ensuite rapidement. Le Tasse savait très-bien le français, et ce ne fut que douze ans après environ qu'il commença ses Sept journées. Bien plus, la Semaine de Du Bartas fut traduite en vers italiens, et cette traduction, qui eut du succès , fut publiée en 1592, l'année même où le Tasse conçus l'idée de son poëme et en cornpjsa les deux premiers livres.

Sept partie* (lks), vieux code espagnol. V. parties (les sept).

Sept clirttcoui du diable (LES), féerie en trois actes et dix-huit tableaux, précédée du Boudoir- de Satan, prologue en un acte, par MM. Dennery et Cluirville ; théâtre de la Gaîté, 9 août 1844. Dans cette féerie, qui rappelle le Pied de mouton, les Pilules du diable et tous les chefs-d'œuvre du genre, le machiniste est le véritable auteur; l'intrigue curt-

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siste uniquement dans la complication des trucs. Comme dans toute bonne féerie, les métamorphoses se succèdent sans interruption, les changements à vue ne laissent rien à désirer. L'indispensable dans ces sortes de pièces n'est pas que le souffleur soit à son poste et que les acteurs ne bronchent point, mais que les trappes sachent leurs rôles à la lettre et que l'apothéose finale se dégage sans anicroches de ses nuages de carton. Quant au style, il ne joue dans l'action qu'un rôle très-secondaire, et pourvu que le spectateur marche de surprise en surprise, de prodige en prodige, pourvu que les palais, les montagnes, les forêts jaillissent sans encombre du troisième dessous et que des villes entières s'y engloutissent au premier coup de sifflet avec leurs habitants, on tient les acteurs parfaitement libres de débiter toutes les niaiseries, tous les coq-à-l'âne qui leur passent par la cervelle. La seule condition qui leur est imposée, s'ils veulent triompher, c'est de sortir de terre, de traverser les murailles et de tomber du ciel. Le reste importe peu. Ceci posé, on devine bien que l'analyse n'a qu'à passer son chemin devant un tel déploiement de toiles peintes, de poulies, de bascules et d'effets variés. Voici toutefois Ja fable qu'ont plus ou moins imaginée deux auteurs rompus au métier et qui excellent à remettre do nouvelles semelles aux vieilles chaussures dramatiques qui ont fait leur temps. Deux jeunes tilles de Pornic, pauvres, mais honnêtes, ont fait un vœu : si leur père, embarqué la veille sur le traître Océan, rentre au port sain et sauf, elles accompliront un pèlerinage à notre Dame-de-Bon-Seoours. Il s'agit d'un voyage de 400 kilomètres, et, lorsqu'on fait un vœu, il n'y a pas à compter sur les chemins de fer. Nos deux jolies Bretonnes partent en compagnie de leurs fiancés. Satan, toujours affamé d'âmes chrétiennes, a résolu de perdre les deux jeunes couples en leur faisant traverser successivement sept châteaux habités par les sept péchés capitaux. Nos voyageurs se trouvent donc entraînés par ces ûauinables châtelains, beaucoup trop connus pour qu'il soit nécessaire de les nommer, à toutes sortes de tentations plus alléchantes les unes que les autres, mais qui vous conduisent tout droit en enfer. Trois d'entre eux ont la faiblesse d'y succomber; mais, grâce à la protection d'un bon génie qui, sur la prière d'une des deux, soeurs, restée vertueuse, arrache à Satan sa triple firoie dont il se léchait déjà les moustaches, es quatre pèlerins mènent à bien leur voyage et parviennent enfin à leur but. Après quoi, sans doute, ils reprennent le chemin de Bretagne pour se marier. Avec les immenses ressources que le théâtre mettait à leur disposition , les auteurs auraient pu trouver mieux. Il n'y avait pas, dans cette aventure vieille et démodée, prétexte à dix-neuf tableaux dont un prologue, et, que les personnages soient testés par l'Orgueil et par la Luxure, par la Paresse ou par la Gourmandise, c'est toujours à peu près la même dépense d'imagination ; mais heureusement le machiniste a semé la variété sur cette trame monotone et enfantine; il a trouvé des effets très-neufs, très-curieux et très-inattendus, qui ont fait ia fortune de l'ouvrage, dont la mise en scène fut d'ailleurs éblouissante. Après le machiniste, tout l'honneur revient aux décorateurs. Plusieurs décors ont été remarqués. Celui qui représente le palais de l'Orgueil, avec la tour de Babel, que l'on voit s'écrouler chargée de monde, sous les éclats, de la foudre; les jardins de la Luxure et le magnifique tableau final auraient suffi pour attirer la foule. Il faut convenir pourtant que de très-gracieux couplets émaillaient çà et là l'éloquente peinture de MM. Philastre, Cambon, Séchan, Diéterle, Despéchiu et Joseph Thierry.

Reprise au même théâtre en août 1857, cette féerie- a obtenu de nouveaux succès qui se sont continués en septembre 1864, au Ghûtelet, malgré les éraillures que le temps avait fait subir aux calembours et aux couplets de M. Clairville.

Sept infants de Lara (l-ES), drame de

P. Malletille. V. Lara.

Sept chef» (guerre des). On désigne sous ce tiom l'un des grands faits guerriers de l'âge héroïque en Grèce. Œdipe avait accompli l'oracle qui l'avait destiné à être le meurtrier de son père et l'époux de sa mère. De cette horrible union sortirent des enfants maudits, Etéocle et Polynice. Devenus grands, ils chassèrent leur père et convinrent de rester tour à tour un an sur le trône. Mais Etéocle, l'aîné, refusa de céder, à l'époque prescrite, la couronne à son frère. Poiynice se réfugia à la cour d'Adraste, roi d'Argos, dont il épousa la fille, et arma en sa faveur la Messénie, l'Arcadie et l'Argolide. Les troupes étaient commandées par les sept capitaines si fameux ; Polynice, Adraste, Tydée, Capanée, le divin Aniphiaraûs, Hippomédou et Parlhènopée (xnr» siècle avant notre ère). Dans leur marche, les alliés traversèrent la forêt de Némée et instituèrent les jeux fameux qu'on célébra pendant tant de siècles. Bientôt sept corps d'année investirent Thèbes. Le siège fut long et n'aboutit pas. Les deux frères ennemis, Etéocle et Polynice, s'enlre-tuêrent. Tous les chefs périrent, à ! l'exception d'Adraste; mais ils laissèrent des ! vengeurs, leurs fils (v. Epioones), qui prirent

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Thèbes et donnèrent le trône à Thersandre> fils de Polynice.

Sept chefs devant Thèbes (LES), tragédie d'Eschyle, représentée à Athènes vers l'an 462 av. J.-C. Elle faisait partie d'une trilogie que l'on suppose avoir été ainsi composée : Laïus, Œdipe, les Sept chefs, trois tragédies que complétait un drame satyrique, le Sphinx. Le sujet de la pièce est celui qui a inspiré la Thébaïde de Racine ; c'est le siège de Thèbes par Polynice, frère d'Etéocle, et les six princes argiens qui ont embrassé sa cause; la mort des deux frères, qui s'entretuent en combat singulier, en est le dénoûment. L'exposition est pleine de mouvement ; l'agitation d'une ville en état de siège y est peinte de la manière, la plus vive. Etéocle s'adresse au peuple de Thèbes pour l'encourager à la défense de la patrie. Le lieu de la scène, les personnages, les circonstances principales sont indiqués dès le début et d'une manière très-naturelle. Un espion, envoyé pour reconnaître les dispositions des ennemis, vient rendre compte de ce qu'il a vu ; il désigne les chefs chargés d'attaquer les sept portes de Thèbes. Boileau a énergiquement traduit le commencement de ce récit :

Sur un bouclier noir, sept chefs impitoyables Epouvantent les dieux de serments effroyables. Près d'un taureau sanglantqu'ilsvienncnt d'égorger, Tous, la main dans le sang, jurent de se venger ; Ils en jurent la Peur, le dieu Mars et Bellone.

A chacun dos six premiers chefs ennemis nommés par l'espion, Etéocle oppose pour le combattre un guerrier thébain ; mais, aussitôt qu'il apprend que son frère Polynice s'est réservé l'attaque dé la septième porte, il se désigne pour son adversaire, et, malgré les prières du chœur, saisi par les Furies qu'a invoquées la- malédiction paternelle, il se rend au poste où l'attendent le fratricide et la mort. On apporte sur la scène les cadavres des deux frères; le chœur se partage en deux bandes, et les partisans de l'un et de l'autre exhalent, chaeun de leur côté, leurs lamentations. Enfin, une décision des magistrats de Thèbes arrête qu'Etéocle,mort en défendant la ville, sera enseveli avec honneur. Quant k Polynice, qui avait amené l'étranger contre sa patrie, son cadavre, privé ue sépulture, doit être la proie des chiens. Antigone déclare qu'elle l'ensevelira seule. Le chœur se partage encore en deux bandes qui prennent parti pour l'un ou pour l'autre. On attend nécessairement la conclusion de ce détail; on veut savoir ce que deviendra le cadavre de Polynice, et comment Antigone accomplira sa promesse; le dénoûment n'est pas complet.~Mais la pièce faisait partie, nous l'avons dit plus haut, d'une trilogie dont les autres éléments sont perdus.

L'auteur du Voyage du jeune Anacliarsis a dit que la tragédie des Sept chefs devant Thèbes pourrait être appelée, à juste titre, l'Enfantement de Mars. Effectivement, on sent à la lecture de cette mâle tragédie que l'auteur avait vu des combats et des champs de bataille. Comme les héros de 1'/liade,les personnages de la tragédie àesSept chefs ont chacun leur caractère, leur courage particulier ; son Tydée, son Capanée sont peints avec une fierté de pinceau extraordinaire.

Le souffle belliqueux qui anime cette tragédie a été spirituellement remarqué par Aristophane, dans ses Grenouilles :

Euripide. Et comment avec tout cela faisais-tu des héros?

Bacchus. Parle, Eschyle, modère un peu ton orgueil farouche.

Eschyle. Avec une tragédie tout entière remplie de l'esprit de Mars.

Bacchus. Laquelle?

Eschyle. Les Sept chefs devant Thèbes.

Tous les spectateurs sortaient avec la fureur de la guerre.

On croit que c'est d'Aristide qu'Eschyle a fait le portrait dans le sage Ampiiiaraus.i II n'a sur son bouclier, dit-il, aucun emblème ; car il ne veut pas paraître brave, mais l'être en effet et du fond de son âme, comme d'un sillon fertile sort une moisson toujours nouvelle de sages conseils. » En entendant ces vers toute 1 assistance, ratifiant l'allusion du poêle, se tourna, dit-on, vers Aristide, présent à l'une des représentations.

Sept ans (GUKRRE ce). On désigne sous le nom de guerre de Sept ans une lutte européenne qui dura de 1756 à 1763. Elle eut pour causes l'antagonisme de l'Autriche et de la Prusse et le désir de l'Angleterre d'anéantir à son profit l'empire colonial de la France.

Cette guerre peut se diviser en deux parties bien distinctes : la première comprend la lutte soutenue sur le continent par Frédéric II avec l'appui de l'Angleterre contre la France, la Russie, l'Autriche, la Pologne et la Suède; la seconde comprend la lutte maritime engagée entre la France et l'Angleterre d'abord, puis entre l'Angleterre et la France appuyée par les Espagnols.

Au moment où la lutte va s'ouvrir entre la France et l'Angleterre, la France, dont la flotte a été ruinée en 1748, lorsqu'elle tentait vainement de défendre ses possessions des Indes, ne possédait guère qu'une soixantaine de vaisseaux do ligne, en mauvais état, à opposer aux deux cents vaisseaux que pouvait équiper la marine anglaise j la marine

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française était donc d'une réelle infériorité, non-seulement sous le rapport du nombre, mais aussi et surtout sous le rapport de l'équipement des navires, qui étaient, sauf une quinzaine récemment construits par le ministre de la marine Machault, dans un mauvais état et avaient besoin d'être réparés. Toutefois, au début de la lutte, l'activité déployée sur les côtes de France fut telle que l'Angleterre craignit un débarquement et s'empressa d'appeler à son aide des mercenaires hanovriens et hessois.

Tandis que la France menaçait les côtes anglaises, afin de détourner son attention du point où elle voulait porter la lutte, de petites escadres partaient de Brest pour les Antilles. Douze gros vaisseaux, escortant cent cinquante transports chargés d'une douzaine de mille hommes, partaient de Toulon sous les ordres de La Gallissonnière et abordaient à Minorque le 17 avril 1756. L'armée était commandée par le vieux maréchal de Richelieu.

Les Français descendirent sur la côle occidentale de Minorque, s'emparèrent d'abord de Ciudadela. puis se dirigèrent sur Mahon, capitale de l'île. Les Anglais évacuèrent la ville et se retirèrent dans le fort Saint-Philippe, vaste citadelle qui domine la mer. L armée française battait en brèche la citadelle depuis huit jours, lorsqu'une escadre anglaiso parut le 19 mai dans les eaux do Minorque. Elle comptait 13 vaisseaux et était commandée par l'amiral Byng. Le £0, la lutte commença. L'escadre française, composée de 1S vaisseaux seulement, fut assez maltraitée au début; mais l'ennemi, qui voulait atteindre jusqu'aux grèves du fort Philippe, manœuvra dans ce sens et ne s'acharna point sur l'avant-garde qu'il eût pu facilement écraser. L'amiral français serra ses lignes afin dft barrer le passage aux vaisseaux anglais. La canonnade était fatale aux navires anglais, dont plusieurs faisaient eau de toutes parts. Ils durent s'éloigner, et l'amiral français, qui avait ordre de concentrer tous ses efforts sur le siège, laissa les Anglais se retirer vers Gibraltar. Ce succès électrisa les troupes de terre, et le 27 juin au soir, bien que la citadelle ne présentât point encore de brèche sérieusement praticable, trois des forts qui composaient l'ensemble de la défense furent escaladés ; les Anglais, surpris de tant d'audace, capitulèrent. Ue succès eut un grand retentissement en France et en Angleterre, et la fureur fut telle dans ce pays contre l'amiral Byng qu'il fut mis en accusation. Taudis que la France était victorieuse dans la Méditerranée, le sort des armes lui était également favorable eu Amérique. Les Anglais, au nombre de 20,000, menaçaient le Canada et devaient attaquer à la fois par le lac du Saint-Sacrement et par le fort Duquesne. Les Français réussirent à retarder les diverses expéditions en s'emparant d'un fort situé prés de New -York et où les Anglais avaient amassé de grands approvisionnements. De leur côté, les Anglais s'emparèrent d'un vaisseau de 56 canons qui portait du renfort à la garnison de Louisbourg. Le général Montcalm, comprenant qu'il fallait brusquer les choses et ne pas attendre que l'armée anglaise se concentrât et pût recevoir tous les renforts qui lui étaient expédiés du continent européen, s'embarqua sur le lac Ontario et descendit devant le poste anglais d'Oswego. Le 14 août, les trois forts qui défendaient le poste furent enlevés et 1 ennemi laissa entre nos mains 120 pièces de canon, 7 bricks de guerre, 200 transports et une quantité d'approvisionnements de toute sorte.

La guerre paraissait donc devoir tourner à notre avantage, d'autant plus que la Corse, soulevée contre Gènes à l'appel de Pascal Paoli, était, à la suite d'une convention conclue avec les Génois, occupée par de forts détachements français.

Tout s'annonçait ainsi sous d'heureux auspices; mais la guerre continentale qu'on allait entreprendre à l'instigation de Mme de Pompadour et de Marie -Thérèse, désireuses toutes deux de se venger du roi de Prusse, allait tout compromettre et faire perdre le bénéfice de cette brillante entrée en campagne.

Louis XV ou plutôt sa maîtresse gouvernait alors la France ; ce monarque, aussi bigot que débauché, rêvait une guerre contre l'Allemagne protestante et voyait dans cette espèce de croisade une chance de se faire pardonner ses scandaleuses débauches. D'autre part, sa maîtresse, que Frédéric avait criblée d'épigrainmes, né voulait point entendre parler d'une alliance avec le roi de Prusse. Gagnée par quelques lettres bienveillantes que lui avait adressées Marie-Thérèse, elle résolut de mettre tout en œuvre pour décider Louis XV à -rejeter l'alliance prussienne. D'autre part, Frédéric, qui avait longtemps flotté entre l'alliance française et anglaise, se décida, et, le 16 janvier 1756, l'agent da Prusse à Londres signa avec te ministre da George II, comme électeur de Hanovre, un traite défensif contre toute puissance étrangère qui ferait entrer des troupes en Allemagne. Louis XV comptait sur la neutralité de Ja Prusse et fut fort irrité de l'attitude de Frédéric; aussi se hâta-t-il de conclure avec Marie-Thérèse un traité tout à l'avantage de l'Autriche.

Ce traité, signé le 1" mai 1756 à Versailles, était l'œuvre deM">° de Pompadour, qui,

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par des manœuvres trop longues pour être racontées ici, avait su faire écarter les conseils de d'Argenson et de Machault et faire triompher son avis.

« Il consistait, dit M. Henri Martin, en deux conventions séparées : l° l'impératricereine s'engageait à la neutralité dans les différends actuels entre la France et l'Angleterre ; 2» l'impératrice reine et le roi de France se garantissaient leurs possessions d'Europe et se promettaient un secours mutuel de 24,000 combattants contre tout agresseur. Le cas de la présente guerre avec l'Angleterre était excepté pour l'Autriche. La France ne réclamait aucune exception, pas même en cas de guerre de l'Autriche avec la Turquie. ■

Ce traité, comme on le voit, était exceptionnellement avantageux pour l'Autriche, puisque celle-ci, en cas de guerre avec la Prusse, devait recevoir de la France 24,000 hommes, tandis que l'Autriche ne s'engageait point à secourir la France contre l'Angleterre. A ce traité, qui devait être connu du public, était annexé un traité secret, dans lequel il était stipulé cependant que l'engagement de secours devenait réciproque si une autre puissance que l'Angleterre venait à attaquer soit les possessions de la France, soit celles de l'Autriche.

Ces dernières stipulations devaient être secrètes, mais Frédéric corrompit un commis de la chancellerie saxonne et en eut connaissance. Aussitôt, il comprit que Marie-Thérèse songeait à précipiter sur lui la France et la Russie et vit qu'il ne lui restait plus qu'une chance de salut, agir avant la formation de cette coalition redoutable. Il fit demander à l'impératrice Marie-Thérèse si elle s'engageait à ne le point attaquer durant les années 1756 et 1757, et sur la réponse de l'impératrice qu'elle ne pouvait prendre cet engagement, ni pour elle, ni pour ses alliés, il entra en Saxe à la tête de 00,000 Prussiens, tandis que le feld-maréehal Schwerin envahissait la Bohême à la tête de 30,000 hommes.

L'électeur Auguste III se retira rapidement dans le camp retranché de Pirna à la tête d'une vingtaine de mille hommes. Frédéric ne tarda point à l'y bloquer avec 40,000 hommes, puis se mit en marche à la rencontre du feld-maréchal Daun, qui s'avançait à la tète d'un corps important de troupes autrichiennes pour dégager les Saxons. Les troupes bloquées à Pirna tentèrent de se porter au-devant des Autrichiens; mais elles s'égarèrent et tombèrent aux mains de Frédéric, qui laissa le roi Auguste se retirer en Pologne, incorpora les prisonniers, au nombre de 15,000, dans son armée, et prit ses quartiers d'hiver sur les contins de la Saxe et de la Bohême.

Tandis que Frédéric commençait la campagne d'une façon si brillante, William Pitt, en Angleterre, arrivait au pouvoir avec l'intention formelle de faire de vigoureuses réformes à l'intérieuret de mener avec fermeté la guerre contre la France. Dans ce dernier pays, Louis XV, sa maîtresse, sa cour et son conseil s'occupaient de questions relatives au culte catholique, de billets da confession ou de rivalités de moines, et l'orage, pendant qu'on se passionnait pour de semblables niaiseries, s'amoncelait autour de nous.

Durant l'hiver de 1756 a 1757, plusieurs traités avaient été conclus entre les puissances européennes. La Russie, qui déjà s'était liée avec l'Autriche et la Saxe avant le début de la campagne, accéda au traité conclu entre l'Autriche et la France. Le 17 janvier 1757, la diète germanique décida de faire marcher les contingents des cercles contre la Prusse. Un traité futcoticlu entre laFrance et la Suède, aux termes duquel la France promettait d'aider la Suède à recouvrer tout ce qu'elle avait perdu en Poméranie depuis 1079. La Suède s'engagea bientôt à mettre 20,000 hommes en campagne. Après la conclusion, à la date du 1er mai 1757, d'un nouveau traité entre la France et l'Autriche, traité tout aussi onéreux que le premier pour notre pays et dans lequel les contractants se partageaient les Etats de Frédéric, le roi de Prus.se n'avait plus pour alliés que l'Angleterre, la maison de Brunswick, la Hesse- Oassel et quelques petits princes saxons.

La campagne commença au mois d'avril.

80,000 Français, sous les ordres du maréchal d'Estrées, envahirent l'Allemagne du Nord; tandis que les Autrichiens su massaient en Bohême, les Suédois menaçaient la Poméranie prussienne et les Russes se dirigeaient sur la l'russe par la Lithuunie. L'armée hanovrienne, forte de 50,000 hommes et commandée par le duc de Cumberlund, devait ^'opposer à l'envahissement des Français. Malgré les avis de Frédéric, elle recula jusque derrière le Weser. Le roi de Prusse voulait qu'elle défendit le Rhin. Le maréchal d'Estrées, général peu habile, ne sut pas profiler de sa supériorité numérique et manœuvra durant quatre mois (avril-juillet) sans engager sérieusement l'action. La guerre de Bohême fut plus activement menée; Frédéric y déploya une activité vraiment surprenante et battit complètement l'armée autrichienne, qu'il coupa en deux. 40,000 Autrichiens se réfugièrent a Prague et 10,000, séparés du reste de l'armée, rejoignirent le maréchal Daun (5 mai). Frédéric eut l'imprudence de quitter Prugue pour aller attaquer Daun qui s'était retranché à une quinzaine de lieues

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de cette ville ; il fut battu et n'échappa à un désastre complet que grâce à la lenteur des Autrichiens.

Si Frédéric était malheureux en Bohême, ses alliés n'étaient guère plus favorisés de la fortune dans la basse Allemagne. Le duc de Cumberland était contraint d abandonner la ligne du Weser et, sans une faute grave commise par le maréchal d'Estrées, il pouvait être mis en pièces. D'Estrées fut remplacé a. la suite de cet échec par le duc de Richelieu, le vainqueur de Mahon. Ce général avait un plan très-hardi et se faisait fort de réduire le roi de Prusse en deux campagnes. La lutte fut vivement conduite et, lorsque Frédéric, après avoir laissé le gros de ses troupes sous les ordres du prince du Brunswick-Bevern, pour tenir tête aux Autrichiens, se portait en Saxe au-devant des Francoimpériaux, il apprit que le duc de Cumberland avait capitulé avec toute son armée. Ce coup était terrible pour le roi de Prusse, et sans l'indécision ou même la défection des Russes, qui avaient, dès le mois de septembre, pris leurs quartiers d'hiver en Pologne, il était perdu. L'inaction des Russes le sauva. D'autre part, la convention qui avait suivi la capitulation du duc de Cumberland, et qui portait que les troupes hanovriennes cesseraient de prendre part à la lutte, ne fut qu'à moitié exécutée, Richelieu ayant omis de faire désarmer ses adversaires vaincus. Frédéric, profilant de toutes ces fautes, s'avança en Saxe au moment où les Français et les impériaux étaient dispersés en Thuringe, refoula Soubise jusqu à Eisenach, rit tenir Richelieu en échec par une poignée de soldats que commandait le duc de Brunswick et, après plusieurs contre-marches, rejoignit les Franco-Autrichiens près de Rosbach. Là, avec 25,000 hommes contre plus de 50,000, il parvint à infliger â ses ennemis une défaite complète. L'armée austro-française se débanda sous l'attaque imprévue de la cavalerie prussienne et se répandit dans la Thuringe que, faute de mieux, elle pilla. Frédéric ne put point fort heureusement tirer grand parti de cette victoire et se porta rapidement vers la Silésie menacée par les Autrichiens. Il arriva à marches forcées sur Bieslau et, le 3 décembre, il surprenait Daun et le mettait en déroute complète, sans que ce dernier eût le temps de se mettre en ligue. La victoire de Frédéric à Leuthen coûtait aux Autrichiens plus de 40,000 hommes tués, pris ou en fuite et permettaitau vainqueur de prendre paisiblement ses quartiers d'hiver.

Tandis que sur le continent l'unique allié de l'Angleterre était vainqueur sur toute la ligne, Pitt, qui, tombé une première fois du pouvoir, l'avait ressaisi, se préparait à porter la main sur le Canada'. Le gouvernement français, qui prodiguait l'or en Europe, reculait devant une dépense de quelques millions pour soutenir Vaudreuil et Montcalm au Canada. Les Anglais prirent comme centre d'attaque Louisbourg, dont la conquête devait leur livrej l'embouchure du Suint-Laurent. Ce que voyant, les Français poussèrent une pointe vers New-York et s'emparèrent du fort William-Henry. Ce coup d'audace assura le succès de la campagne de 1757, et si la favorite qui gouvernait alors la France sous le nom de Louis XV eût eu un éclair d'intelligence, le Canada pouvait être sauvé ; ■ niais, oubliant ceux qui combattaient de l'autre côté de l'Océan, on ne pensa qu'aux armées qui luttaient en Europe, et tout l'or de la France, toutes ses forces furent utilisées contre Frédéric, Le roi de Prusse, k la lin de 1757, fit des propositions de paix; on les repoussa, et l'année 1758 s'ouvrit par de nouveaux désastres. Ferdinand de Brunswick, général fort habile, n'avait contre lui qu'un petit abbé de cour, ie comte de Clermont, successeur de Richelieu. Le comte de Clermont se fit battre partout et dut bientôt reculer avec une armée en désordre et réduite de moitié. Il choisit une assez bonne position à Creveld; mais Brunswick, par une manœuvre hardie et très-imprudente s'il eût eu devant lui uu officier ordinairement habile, tourna l'armée du comte de Clermont et, en dépit du courage déployé par Rochambeau, Samt-Germain et leurs troupes, délogea les Français qui reculèrent en désordre jusqu'à Cologne. Fort heureusement pour les Français, ce qui se passait au centre de l'Allemagne empêcha Brunswick de poursuivre son succès. Il dut même repasser le Rhin et, grâce à l'ineptie des généraux nommés par la favorite, ne fut presque point inquiété durant cette manœuvre que la plus vulgaire entente de la guerre chez ses ennemis eût pu rendre désastreuse. Contades repassa le Rhin à la suite de l'ennemi avec l'intention de rejoindre Soubise; il ne put que lui envoyer du renfort. Rejoint a Cassel par Chevert, qui commandait les troupes expédiées par Contades, Soubise attaqua Oberg le 7 octobre à Lutteuberg.et, grâce à une habile manœuvre de Chevert, il contraignit l'ennemi à se replier sur l'armée de Ferdinand.

Pendant que la France luttait ainsi contre Brunswick et ses lieutenants, une armée autrichienne, reformée par les soins du maréchal Daun, contraignait Frédéric à lever le siège d'Olmùtz. Ce dernier se retira en Silésie et se porta au-devant des Russes qui oecu~ I paient le royaume de Prusse; il les attaqua I a Zo'rndorf, et, grâce à sa cavalerie commun- | dée pur le général Sedlitz, il les battit et

les chassa du Brandebourg. Moins heureux contre le maréchal Daun, qui le battit au camp de Hohenkirchen, il parvint néanmoins à rentrer en Silésie et finit par rejeter les Autrichiens de Saxe en Bohême.

Au printemps de 1758, la guerre recommença au Canada. Quelques secours, à grand'peine obtenus pour cette contrée lointaine, ne purent arriver à destination, tandis que l'Angleterre, concentrant tous ses efforts sur ce point, expédiait contre Louisbourg 40 vaisseaux et 15,000 hommes. La ville était défendue par 6,000 hommes seulement; elle dut capituler le 26 juillet 1758. D'autre part, Montcalm, qui avait à peine 3,500 hommes, dut faire face k plus de 15,000 adversaires. Il s'était retranché sur les hauteurs de Carillon et là soutint une série d'assauts toujours victorieusement repoussés. Malheureusement il dut, pour éviter une défaite désastreuse, conserver cette position, et tandis qu'il résistait victorieusement à Carillon, les forts de Frontenac et Duquesne tombaient au pouvoirdel'ennemi.Dansl'Inde,la France était plus malheureuse encore, et Chandernagor tombait au pouvoir des Anglais. La seule compensation à ces désastres fut un complut échec subi par les Anglais qui avaient, au commencement de septembre, débarqué à Saint-Malo. Cette victoire ne pouvait compenser les pertes énormes subies par la France et l'anéantissement de notre commerce.

Mais abandonnons un peu le théâtre de la guerre pour voir ce qui se passait à Versailles dans les conseils de Louis XV ou, pour êtro plus exact, dans le boudoir de la Pompadour, Bernis, qui avait été porté au ministère par la favorite, était depuis nos derniers échecs dans une situation très-critique. Il conseillait de traiter et avait hâte, coûte que coûte, de clore la série de désastres dont la France était accablée. Mme de Poinpadour ne voulait point céder; elle abandonna Bernis, qui reçut le chapeau de cardinal et fut remplace par Stainville, ambassadeur à Vienne et partisan, comme la favorite, de la résistance. Créé duc et pair, sous le titre de duc de Choiseul, Stainville entra en fonction et, désespérant de pouvoir soutenir en l'état des finances une lutte sur le continent européen et par delà les mers, il songea à porter la guerre en Angleterre.

Ce plan hardi pouvait amener une diversion heureuse, mais il fallait des hommes audacieux et capables pour l'exécuter. Choiseul ne put les obtenir, et la favorite lui imposa Soubise, le vaincu de Rosbach, comme commandant des 50,000 hommes qui devaient être jetés en Angleterre. Le comte de Conflans, homme plus incapable encore, devait commander les manœuvres navales. Choiseul échoua d'ailleurs dans son projet d'alliance avec la Hollande. Il ne put décider la Suède et la Russie à lancer en Angleterre les 15,000 hommes qu'il demandait à chacune de ces puissances. Tandis qu'il manœuvrait pour obtenir ces résultats qui eussent fort probablement été désastreux pour l'Angleterre, cette dernière puissance n attendait pas pour entrer en lice que ses ennemis fussent prêts; dès les premiers jours de juillet, elle bombardait Le Havre et attaquait Toulon, sans toutefois causer de grands dégâts à ces deux ports. L'escadre française de la Méditerranée, au lieu de profiter du désarroi où la flotte anglaise avait été mise par les forts toulonais, se décida trop-tard à franchir Gibraltar et, mal commandée par M. de La Clue, elle ■ perdit au sortir du détroit 5 de ses vaisseaux sur 12. Ces 5 navires se retirèrent sous Cadix; les 7 autres, poursuivis par la flotte anglaise, furent rejoints par elle et détruits sur la côte des Algarves en vue des forts portugais. De fausses manœuvres et les rivalités du duc d'Aiguillon et du comte de Conflans ajoutèrent à ce premier désastre et empêchèrent la réussite du projet de débarquement, la flotte française étant bloquée à Rochefort et dans la Vilaine. Aux Antilles, la France, déjà si maltraitée sur ie continent, était plus malheureuse encore; elle perdait successivement la Guadeloupe, la Désirade, les Saintes, la Petite-Terre et Marie-Galande. Au Canada, Montcalm faisait de son mieux et sollicitait en vain des renforts. Enfermé dans Québec, il y maintenait haut et ferme le drapeau français. Sur les autres points du Canada, la France était accablée de revers, et les 8,600 Français qui défendaient l'intérieur étaient contraints de faire sauter les forts de Carillon et de Saint-Frédéric. Québec lui-même, attaqué à l'tmproviste par 10,000 Anglais et vaillamment défendu par Alonccalm, qui y fut blessé mortellement, tomba au pouvoir de l'ennemi (18 septembre 1759). En avril 1760, un retour offensif fut fait vers cette ville; les Anglais, sortis sous le commandement de Murray pour se porter au-devant des 7,000 hommes que commandait M. de Lévis, furent battus et perdirent toute leur artillerie ; mais les Français, épuisés par ce vigoureux effurt, ne purent pousser plus loin. Us entreprirent le siège de la place, et ils attendirent en vain les vaisseaux qui devaient leur apporter l'artillerie de siège dont ils avaient besoin et furent bloqués par une escadre anglaise. Ils durent lever le siège. La lutte se prolongea quelque temps encore; mais l'héroïsme des Canadiens ne put que retarder de quelques jours la défaite, et le 8 septembre 1760 ils capitulèrent. Le Canada était perdu.

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Sur le continent, Frédéric luttait avec des alternatives de succès et de revers contre la coalition soldée par l'argent français ; Ferdinand de Brunswick contraignait Contades à abandonner la Westphalie et la Hesse. Les belligérants étaient, au moins en ce qui concernait la France et la Prusse, dans une situation pécuniaire déplorable. Frédéric ne soutenait la lutte quà force d'énergie et d'habileté ; la France, gouvernée par un monarque absolument incapable, râlait aux mains d'une favorite aussi entêtée qu'incapable. On avait dans ce malheureux pays songé à faire quelques réformes, puis on y avait renoncé ; cela gênait les plaisirs du roi qui, pour ses maltresses et le jeu, dépensait plus qu'il n'eût fallu pour équiper plusieurs navires 1 On créa de nouvelles taxes, et M. de Silhouette fit argent de tout. Pendant qu'on essayait de faire face aux exigences financières, Choiseul essayait de traiter avec la Prusse ; mais Pitt ayant déjoué cette combinaison, il fut résolu qu'on ferait un dernier effort pour écraser la Prusse et le Hanovre.

Au commencement du printemps de 1760, la lutte recommença : Frédéric était à la tète de 100,000 hommes et Ferdinand de Brunswick avait sous ses ordres 70,000 hommes environ. Avec ces forces, le Hanovre et la Prusse devaient résister à 200,000 Autrichiens, Russes et impériaux, secondés par 120,000 Français. Le début de la campagne fut désastreux pour Frédéric, qui dut lever te siège de Dresde et vit ses lieutenants plusieurs ibis battus. Les Russes prirent une seconde fois Berlin. Par une marche hardie, Frédéric, que les Austro- Russes voulaient tenir écarté du Brandebourg, dirigea toutes ses forces sur l'armée de Daun établie sur l'Elbe, près de Torgau. 11 engagea résolument la lutte, battit les Autrichiens et les chassa de la rive gauche de l'Elbe. Les Russes, à la nouvelle de la défaite de leurs alliés, se retirèrent en Pologne. Sur le Rhin, l'armée française, commandée par le duc de Broglie qui envahissait la Hesse et la Thuringe, se voyait obligée do reculer, puis reprenait l'offensive non sans faire de cruelles pertes.

Dans l'Inde, la situation n'était plus tenable pour le3 Français. Pondichéry tomba le 14 janvier 1761, après une résistance héroïque. Dans le courant de la même année, Mahô, sur la côte du Malabar, Gingi et Thiagar, dans le Carnatic, tombèrent au pouvoir de l'ennemi. La politique inepte qui avait employé nos finances à soutenir l'Autriche, la Russie et la Suède et avait abandonné nos colonies pour servir l'ambition de Marie- Thérèse, après le Canada, nous coûtait toutes nos possessions des Indes. Lally, gouverneur de nos colonies sur ce point du globe, fut sacrifié à l'indignation publique soulevée par l'ineptie du gouvernement central. Après avoir été dix-huit mois enfermé à la Bastille, il fut condamné à mort et exécuté. Inutile d'ajouter que Lally n'était point le vrai coupable et que, pour atteindre l'auteur de tant de désastres, il fallait frapper Louis XV et sa maîtresse.

Quelque temps avant !a chute de Pondichéry, George III avait succédé en Angleterre a son grand-père (octobre 1760). Choiseul profita de cette circonstance pour renouer les négociations que Pitt avait fait avorter quelque temps auparavant. Lord Bute, confident du jeune monarque, rêvait le renversement de Pitt; aussi, en face du parti de la gue-rre à outrance contre la France, se format-il dans les hautes régions du gouvernement anglais un parti plus disposé à traiter. Choiseul acceptait l'idée d'un congrès général dans lequel la France et l'Angleterre se fussent occupées de leurs propres affaires et eussent, en un mot, fait un traité à part. Il demandait de plus la conclusion d'un armistice. L'Autriche n'accepta pas cette combinaison. L'Angleterre consentit aux négociations, mais traîna les choses en longueur, et tandis que Choiseul demandait à traiter en prenant pour point de départ la situation qu'occupaient les belligérants aux Indes le 1er septembre 1761, en Amérique et en Afriuue au 1« juillet et en Europe au 1er mai, Put, qui avait expédié un ministre anglais à Versailles, débarquait 12,000 hommes à Belle- Isle qui, malgré une résistance héroïque, capitulait le 7 juin. Ce grave échec contraignit Choiseul à accepter comme point de départ du traité la situation respective des belligérants aux dates fixées par l'Angleterre, 1er juillet, îor septembre et 1er novembre. Il offrait de plus la cession et la garantie du Canada moyennant la garantie du droit de pêche à Terre-Neuve et dans le golfe de Saint- Laurent. Enfin, il demandait la restitution de l'île du Cap-Breton que la France s'engageait à ne pas fortifier. Pitt rejeta cette dernière demande, refusa de restituer les 300 navires marchands pris par les Anglais avant la guerre et ne voulut point accepter comme compensation l'évacuation de la Hesse et du Hanovre par les Français. Il demanda de plusMa démolition de Dunkerque. Choiseul ne voulut point rompre, en dépit de ces exigences, et offrit à l'Angleterre le partage des lies neutres des Antilles.

Sur ces entrefaites, une très-importante négociation avait été menée en Espagne.

Charles III, qui avait jusqu'alors conservé la neutralité , redoutant de voir l'Angleterre tourner contre l'Espagne sa puissance aussitôt qu'elle aurait écrasé la France, se mollira

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disposé à traiter, et le 15 août 1761 une convention connue sous le nom de Pacte de famille liait les deux branches des Bourbons, celle de France et celle d'Espagne. Nous n'avons pas à entrer dans l'étude approfondie des clauses que contenait le Pacte de famille, cette question étant traitée ailleurs dans ce Dictionnaire; il nous suffira de dire qu'aux termes d'une convention annexée à ce pacte l'Espagne devait déclarer la guerre a l'Angleterre le iet mai 1762 si la pais n'était point conclue entre elle et la France avant cette date.

Le ier septembre 1761, l'Angleterre, qui ignorait les clauses du pacte conclu, répondait aux propositions de Choiseul par des exigences inacceptables. Le 9 du même mois, la France lit de nouvelles propositions; Pitt répliqua par le rappel de son ambassadeur. Le ministre anglais durant ces dernières négociations avait eu vent du traité conclu avec l'Espagne; aussi proposa-t-il au roi d'Angleterre de commencer immédiatement la lutte et de porter la guerre en Amérique. Ce conseil fut repoussé, grâce à l'influence de lord Bute. Pitt donna sa démission, qui fut acceptée. L'Angleterre manifesta alors l'intention de renouer les négociations et déclara qu'elle acceptait les propositions faites par la France à la date du 9 septembre. Choiseul, qui comptait sur les bons effets de l'alliance espagnole et qui d'aitleurs manœuvrait d'une façon très-habile pour exciter l'esprit public indigné de la prise de Belle. Isle, ne répondit point a ces ouvertures. L'élan avait été donné en France par le parlement de Languedoc qui avait décidé d'offrir au roi un vaisseau de guerre. Plusieurs corporations et états suivirent cet exemple, et l'initiative individuelle offrit une vingtaine de navires équipés. Les dons en argent s'élevèrent à 13 millions environ.

Tout s'annonçait sous les meilleurs auspices; l'Espagne avait déclaré la guerre à l'Angleterre en janvier 1762, et l'on pouvait espérer une revanche aux désastres maritimes subis depuis plusieurs années par la France.

Sur le continent, M. de Soubise, le favori de la. Pompadour, avait fait fautes sur fautes, et M. de Broglie, qui commandait à côté de lui une armée de 30,000 hommes, n'avait pu manœuver de façon a écraser Ferdinand de Brunswick, bien que ce général, très-habile d'ailleurs, n'ait jamais eu sous ses ordres plus de la moitié du chiffre de troupes commandées par ses adversaires.

Le roi de Prusse était de son côté dans une situation assez mauvaise ; ses succès semblaient ne devoir qu'ajourner sa ruine, lorsque le 5 janvier 1762 la czarine mourut, laissant le trône à son neveu, Pierre de Holstein, grand admirateur du roi de Prusse. Ce dernier eut bientôt traité avec Frédéric et mis à Sa disposition une vingtaine de mille hommes. L'Autriche, menacée par ce revirement dans la politique russe, fut sauvée par la chute du petit-fils de Pierre le Grand, renversé par sa femme Catherine, aidée de ses amants, Alexis OrlofF et Potemkin. Catherine fut proclamée impératrice par le sénat. Elle semblait devoir poursuivre la campagne contre Frédéric; mais ce dernier l'avant assurée qu'il ne tenterait rien pour rétablir le prince renversé, elle rappela les troupes que son mari avait envoyées au secours de Frédéric et garda la neutralité. Avant de laisser partir les troupes russes, le roi de Prusse s'en servit pour prendre Schweidnitz et pour faire évacuer la Silésie par ses ennemis (1762).

La lutte continuait sur mer et toujours à l'avantage des Anglais. Lo 7 janvier 1762, 19 de leurs vaisseaux de ligne arrivèrent à l'anse Sainte-Anne et le 12 février la. Martinique était en leur pouvoir. Sainte-Lucie, la Grenade, Tabago et Saint-Vincent tombèrent également entre leurs mains. D'autre part, le Portugal, sollicité par l'Espagne d'entrer dans la coalition contre l'Angleterre, avait refusé et avait été envahi par les Espagnols et quelques bataillons français. Ces troupes mal commandées furent arrêtées par les Portugais et les Anglais réunis, et la campagne fut manquée.

Sur mer, l'Espagne ne fut pas plus heureuse ; elle perdit La Havane et une forte portion de l'Ile de Cuba, tandis que les Anglais attaquaient Manille et la pillaient. Les Espa-

Fnols étaient entrés trop tard en lice et en espace de quelques mois avaient perdu leurs plus belles colonies. Les autres étaient sérieusement menacées; il était évident que le secours de cette puissance ne pouvait relever la France.

Choiseul, à bout de ressources, se résolut à traiter, et les préliminaires de la paix entre la France, l'Angleterre et l'Espagne furent signés à Fontainebleau le 3 novembre 1762.

La France renonçait à toute prétention sur les dépendances de l'Acadie ; elle cédait le Canada, 1 lie du Cap-Breton et toutes les iles du Saint-Laurent. Dans les Antilles, elle abandonnait la Grenade. Les Anglais lui restituaient la Guadeloupe, la Martinique, Marie-Galande et la Désirade. Ils conservaient Sainte-Lucie. La France restituait Minorque aux vainqueurs.

Bans l'Inde, la France recouvrait ses possessions de 1749, mais Pondichéry était en ruine et la France ne devait point entretenir de troupes dans le Bengale, ce qui laissait Chandernagor découvert, L'Angleterre re-

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connaissait a la France le droit de pêche à, Terre-Neuve et cédait les petites lies de Saint- Pierre et Miquelon à la condition qu'elles ne seraient point fortifiées.

En ce qui touchait le continent, la France et l'Angleterre s'engageaient à ne plus fournir de subsides à leurs alliés et chacun évacuait tout ce qu'il occupait sur le territoire de l'empire, L Angleterre s'engageait à rendre Belle-Isle lors de la signature du traité définitif.

L'Espagne renonçait à ses prétentions sur la pêche à Terre-Neuve ; elle rentrait en possession de La Havane et de tout ce que 1 Angleterre avait pu lui prendre ailleurs , en échange de quoi l'Espagne cédait la Floride et tout ce qu'elle possédait à l'est du Mississipi.

Le Portugal et l'Espagne se restituaient leurs mutuelles prises. Par un traité secret, la France promettait la Louisiane à l'Espagne pour la .dédommager de la perte de la Floride,

Le traité définitif fut signé le 10 février 1763. Cinq jours après, Marie-Thérèse, Frédéric de Prusse et leurs alliés signaient la paix à Huberlsbourg et prenaient pour base de cet arrangement le statu quo anie bellum. On s'était donc battu sept ans en Allemagne pour arriver à se trouver a la fin de cette guerre meurtrière au même point qu'au début. La France, elle, était épuisée; elle avait perdu sa marine, toutes ses 'possessions de l'Amérique du Nord, son meilleur poste sur la côte occidentale d'Afrique et plusieurs des petites Antilles.

L'Angleterre sortait appauvrie de cette lutte, mais elle avait gagné, avec un accroissement énorme de territoire, un prestige qui devait lui permettre d'être, jusqu à la guerre de l'Indépendance, l'arbitre de l'Europe.

Sep« an» (HISTOIRE DE LA GUERRE DE), pur le grand Frédéric. Frédéric II raconte les événements qui ont eu lieu depuis l'année 1757 jusqu'à 1 année 1763. On remarque principalement les chapitres qui traitent de la cause de la rupture entre la France et l'Angleterre, du fameux camp de Pirna, de l'entrée en Bohême et enfin de la paix. Cet ouvrage comprend les tomes 111 et IV des Œuvres posthumes de Frédéric II, imprimées à Berlin en 1788 (in-8°).

Sepi-Douteura (pilles oblates des), communauté fondée à Rome en 1652 , par une princesse de la maison de Faruèse, pour des fiiles nobles que des infirmités autres que des maladies contagieuses empêchaient d entrer dans d'autres congrégations ; il fallait que ces infirmités n'empêchassent pas la pratiquedes observances de [a règle qui était celle de saint Augustin. Les filles des Sept-Douleurs ne prononçaient pas de vœux et n'étaient point cloîtrées. Leur dotétait fixée à 1,000 ècus ; elles devaient, en outre, fournir un trousseau de 500 écus.

Sept Dormants (LÉGENDE DES), tradition

chrétienne. V. Dormants (les sept).

SEPT-CAPS (les), cap de l'Algérie. V. Bou-

GARONI.

SEPT- COMMUNS (les), en italien Settc- Communi, contrée du royaume d'Italie, dans la partie N.-O. delaVénétie, province de Vicence , entre la Brenta et l'Astico. Les habitants de cette contrée, dont la ville principale est Asiago, parlent un dialecte corrompu de l'allemand et sont regardés par quelques auteurs comme les descendants des anciens Cimbres, battus par Marius et réfugiés dans ce district montagneux. Mais il est plus probable que c'est une ancienne colonie d'Allemands venus en Italie à la suite des empereurs du moyen âge.

SEPT-FONTS, hameau de France (Allier), commune de Dion, cant. et à 3 kilom. N.-E. de Dompierre, à 25 kilom. E. de Moulins ; 125 hab. Ce hameau doit son nom à un ancien monastère de Cîteaux, nommé Sept-Fonts, parce ?u'en creusant les fondations on trouva sept ontaines. Ce monastère, qui subit une réforme en 1663, abandonné et détruit à l'époque de la Révolution, a été occupé depuis quelques années par des religieux qui y ont fondé une colonie agricole aujourd'hui en pleine prospérité.

SEPT-FBÈRES (les), nom de sept montagnes de l'Afrique romaine, dans la Mauritanie Tingitane, prés d'Abyla.

SEPt-ÎLES (les), groupe de sept îles françaises de la Manche, prés de la côte du département des Côtes-du-Nord, arrondissement de Lannion. La plus grande porte le nom de Pierre-a-1'Oiseau,

SEPT-ÎLES (république des). V. Ioniennes (lies).

SEPT-LÀUX ou SEPT-LACS, plateau froid et désolé du département de l'Isère, arrondissement de Grenoble, cant. et au S. d'Allevard, près de la limite du département de la Savoie. Ce plateau, d'une altitude de 2,451 mètres, est en grande partie couvert par une série de lacs profonds, au nombre de sept, qui communiquent entre eux, et dont quatre forment la branche principale de la Bréda ou rivière d'Allevard ; les trois autres, les plus méridionaux, forment la rivière dOlle, affluent de la Romanche.

SEPT-MERS (les), nom donné par les anciens aux sept embouchures par lesquelles le Pô se 'était dans l'Adriatique.

SEPT

SEPT-MONCEL, village et commune de France (Jura), cant., arrond. et à U kilom. E.de Saint-Claude, sur un plateau élevé; 1,319 hab. Ce village, situé dans la chaîne du Jura, est environné de bons pâturages et le centre de la contrée où se fabriquent les excellents fromages de son nom ; les habitants s'occupent aussi de la taille des pierres fines et fausses, de la fabrication de peignes en bois ; bas et bonneterie,

SEPT-MONTAGNES (les), en allemand Siebengebirge, groupe isolé de collines plutôt que de montagnes, qui se dresse sur la rive gauche du Rhin, dans la Prusse rhénane, entre Bonn et Remagen. Ce groupe d'origine volcanique se compose de lave, de basalte, de trachyte et de dolomite; les sommets sont couronnés par les ruines d'anciennes forteresses féodales.

SEPTA s. m. pi. (sè-pta). V. septum.

SEPTA ou SEPTUM, ville de l'Afrique ancienne, dans la Mauritanie Tingitane. Aujourd'hui Ceuta.

SEPTAIN s. m. (sè-tain — rad. sept). Littér. Pièce, stanoe, strophe ou couplet de sept vers.

— Ane. fin. Droit qu'on percevait sur le sel,

— Encycl. Littér. L'épigramme suivante de Boileau contre Perrault est un septain : Oui, j'ai dit dans mes vers qu'un célèbre assassin, Laissant de Galien la science infertile, D'ignorant médecin devint maçon habile;

Mais de parler de vous je n'eus jamais desscia, Lubin, ma muse est trop correcte :

Vous êtes, je l'avoue, ignorant médecin, Mais non pas habile architecte.

Quoique le mot septain soit peu usité, cette

coupe de sept vers n'est pas très-rare dans la

poésie lyrique. L'ode îv , livre 1er, de J.-B.

Rousseau, Contre les hypocrites, est écrite en

atplains :

Si la loi du Seigneur vpus touche,

Si le mensonge vous fait peur;

Si Injustice en votre cœur

Règne aussi bien qu'en votre bouche;

Parlez, fils des hommes, pourquoi

Faut-il qu'une haine farouche Préside aux jugements que vous lancez sur moi ?

C'est vous de qui les mains impures

Trament le tissu détesté

Qui fait trébucher l'équité

Dans le piège des impostures;

Lâches, aux cabales vendus,

Artisans de fourbes obscures, Habiles seulement à noircir les vertus.

Les odes xm, Uv. 1er, et vi, livre IV, du même poète sont aussi écrites en septains, mais sur un autre rhythme :

Toujours a vos élus l'envieuse malice

Tendra ses filets captieux,

Mais toujours votre loi propice

Confondra les audacieux. Vous anéantirez ceux qui nous font la guerre ; Et si l'impiété nous juge sur la terre,

Vous la jugerez dans les cieux.

(Ode xm, Uv. I«,

Le pinceau même d'un Apelle

Peut dans les temples tes plus saints

Attacher les yeux des humains

A l'objet d'un culte fidèle,

Et peindre sans témérité,

Sous une apparence mortelle,

La divine immortalité.

(Ode iv, liv. IV.)

On remarquera que le septain, qui pourrait rouler sur deux rimes, en a d'ordinaire trois; mais il est obligé d'en tripler une. Bans les exemples qui précèdent, il est engendré par deux rimes masculines simples et une rime féminine triple, ou, inversement, car une rime masculine triple et deux rimes féminines simples. Les combinaisons peuvent varier, et Lamartine en a trouvé une nouvelle dans la strophe suivante composée d'une rime masculine simple et de deux rimes féminines dont l'une simple et l'autre triple :

De tes accents mortels j'ai perdu la mémoire, Nous ne chanterons plus qu'une éternelle gloire [bon ; Au 'seul digne, au seul saint, au. seul grand, au seul Mes jours ne seront plus qu'un éternel délire, Mon âme qu'un cantique et mon cœur qu'une Ivre, Et chaque souffle enfin que j'exhale ou j'aspire Un accord à ton nom !

{Harmonies poétiques.)

SEPTA1NE S. f, (sè-tè-ne — rad. sept).

Nombre de sept ou environ : Une septaini; de serviettes, de chemises.

SEPTAIRE s. f. (sè-ptè-re — du lat. seplum, cloison). Moll. Syn. de navicelle, genre de mollusques gastéropodes, voisin des patelles. Il Syn. de cloisonnajre, genre de mollusques acéphales, qui paraît devoir être réuni aux tu rets.

SEPTAN, ANE adj. (sè-tan, a-ne — rad.

sept). Ane. méd. Se disait d'une fièvre qui revenait tous les six jours : Accès septan. Fièvre SEPTANK.

SEPTANGULB, ÉE adj, (sè-ptan-gu-lé — du lat. septem, et de angulé). Bot. Qui offre sept angles. Il On dit aussi septemangulé.

SEPTANTE adj. (sè-ptun-te — lat. sepluaginta, même sens). Sept fois dix : Moïse eut ordre de former une assemblée vénérable de septante conseillers, qui pouvait être appelée

SEPT

le sénat du peuple de Bien. (Boss.) u Mot vieilli; on dit aujourd'hui soixante-dix.

— Chronologie des Septante, Système chronologique qui donne au monde une durée plus longue de 1,166 ans que là durée vulgairement adoptée d'après le texte hébreu de la Bible.

— Rem. Noua n'avons plus actuellement, en français, de terme spécial pour désigner la septième, la huitième et la neuvième dizaine; nous les désignons par les mots barbares soixante-dix, quatre-vingts et quatrevingt-dix, expressions aussi illogiques que compliquées, et qu'on devrait remplacer par septante, huilante et nouante, expressions qui ont été usitées et qu'on a eu tort d'abandonner,

— Gramin. Quoique l'emploi de ce mot comme nom de nombre ait cessé d'être en usage, excepté peut-être dans quelques provinces, et dans le langage populaire seulement, nous ne croyons pas inutile de remarquer, que si l'on voulait s'en servir pour exprimer le nombre 71, il faudrait dire septante et un, et non pas septame-un.

Septante (VERSION DES). V. BlBLE.

SEPTANTIÈME adj . (sè-ptan-tiè-me — rad.

septante). Qui occupe le rang marqué par le nombre soixante -dix. Il On dit aujourd'hui

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