‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 291 sur 1059 · SOIXANTE-DIXIÈME · texte numérisé non relu

SOIXANTE-DIXIÈME

SEPTAS s. m. (sè-ptass). Bot. Genre de plantes, de la famille des crassulacées, comprenant plusieurs espèces qui croissent, au Cap de Bonne-Espérance : On cultive dans les jardins le septas du Cap. (P. Duchartre.)

SEPTCHÈNES (Nicolas-Marie LeclErcde), littérateur, né à Paris, mort à Plombières en 178S. I! était fils d'un commis aux finances et, pour augmenter ses connaissances, aussitôt ses études terminées, il voyagea en Hollande, en Angleterre, en Italio et en Suisse, A son retour, il fut nommé secrétaire da Louis XVI. Septchènes consacra ses loisirs à l'étude de 1 antiquité grecque et latine. On lui doit : Essai sur la. religion des anciens Grecs (Lausanne, 1787, 2 vol.. iu-S0), ouvrage dépourvu de tout esprit critique; il a aussi commencé une édition des Œuvres de Fréret, et donné les trois premiers voiumes delà traduction de l'Histoire de la décadence et de la chute de t empire romain de Gibbon. On prétend que ce dernier travail appartient à Louis XVI, qui l'aurait dicté à son secrétaire.

SEPTEMANGULÉ, ÉE adj. (sè-ptè-mau-

gU-lé). Bot, V. SEPTANGULE.

SEPTEMBRAL, ALE adj. (sè-ptan-bral, ale — rad. septembre). Qui a rapport au mois de septembre.

— Par plaisant. Purée septembrale , Vin, parce que la vendange se fait communément au mois de septembre.

SEPTEMBRE s. m. (sè-ptan-bre — latin september, mot qui signifie septième mois ; de septem, sept, et ber, qui signifie mois dans les mots september, october, nivember, december. Bopp rapproche ce ber du persan bâr, temps, fois, et du sanscrit vâra, moment, opportunité, auquel il faut sans doute aussi rapporter le grec dra, d'ubord temps en général, puis divers espaces de temps, année, saison, portion du jour et enfin heure, le latin hora. Septembre était primitivement le septième mois de l'année, chez les Romains). Neuvième mois de l'année : J'irai bous voir au mois de

SEPTEMBRE, eil SEPTEMBRE, le 20 SEPTEMBRE.

Le mois de septembre Jie coutrefait ni i'été ni l'hiver; il est le plus beau mois de septembre que vous ayez jamais vu. (.Mme de Sév.) C'est le temps, à la fin de septembrb, des bruits insolites et mystérieux dans la campagne. (G. Sand.)

... Je me souviens du soleil de septembre. Qui donnait à la grappe un jaune reflet d'ambre, Des pommiers du chemin pliant sous leur fardeau

Tu. Gautier.

— Par plaisant. Purée de septembre, Vin, ainsi dit parce que les vendanges se font généralement au mois de septembre.

— Encscl. Chronol. Le 1« septembre arrive quand le soleil à parcouru environ les 3/10 de la constellation de la Vierge. Cet astre entre, lu 22 ou le 23 septembre, dans la constellation de la Balance ; cette date annonce l'ouverture de l'automne ; c'était, en 1792, le premier jour de l'année républicaine.

Le mois de septembre, qui doit son nom à. la place qu'il a occupée, dans la série des mois, chez les premiers Romains, est passé, dans notre calendrier, au neuvième rang. Il s'est appelé Tiberius, Germanicus, Antoninus, Herculeus, Tacitus, en l'honneur des empereurs romains qui avaient ces noms ou surnoms. Les Egyptiens appelaient ce même mois Paophi, et les Grecs BoéUromion.

— Agric. Travaux de septembre. C'est le moment de préparer les semailles d'automne et de rentrer les récoltes de l'arrière-saison. On bat les grains de semence, on porte les fumiers, on mélange au sol lu chaux et la manie, on donne un labour de semailles aux terres destinées aux céréales d'hiver lorsque les semences doivent être enterrées à la herse ou au rayonneur. On bine et on éclaircit les colzas et navettes. C'est au commencement de septembre, au plus tard, que se fait le repiquage des cardères semées en pépinière en avril et mai. Dans le Midi, là où la terre est riche, on sème les cardères dans la

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blé en septembre; après la moisson, on les bine et on les repique ou on les laisse en place. Dans le centre ou vers l'Ouest, on ne sème les colzas, qu'en août et en septembre, après la première récolte, La première quinzaine de ce mois est l'époque la plus favorable pour semer les fé véroles d'hiver, les vesces, les jarousses, les lentillons d'hiver, les lentilles à une fleur, le seigle, l'orge et l'avoine d'hiver, la spergule , Ta moutarde blanche et le sarrasin, les fourrages verts supplémentaires dont on a besoin. Des la seconde quinzaine, on sème le blé. C'est dans ce mois également qu'on, repique les choux cavaliers et autres choux branchus. On récolte successivement les pois et vesces de printemps gardés pour graine, les féveroles de printemps, les haricots cultivés en plein champ, le trèfle laissé pour graine, le colza et la navette d'été, la moutarde blanche et la cameline, le safran, le sarrasin et le maïs, les pommes de terre tardives et le houblon. Dans la seconde quinzaine, on fauche les regains, les troisièmes coupes de luzerne et on commence la vendange. Le mois de septembre est très-propre à la confection du beurre et du fromage. En Brie et en Normandie, les fromages fabriqués k cetle époque passent pour les meilleurs de toute l'année.

— Horticulture. On continue les semis d'épinards, de mâche, de pimprenelle. Du î" au 15, on peut semer les ehoux-fieurs. Vers la lin du mois, on peut encore semer des poireaux, des oignons, des carottes, des panais et des ciboules. On peut semer des petits radis, des raves, du cresson alénois, que l'on récoltera avant l'hiver. On relève et on attache les feuilles des cardons pour les' faire blanchir; on met en fosse le céleri dans le même but. On met en pots les fraisiers destinés à être forcés ; on plante ceux de pleine terre ; on repique l'oseille de Krevent, l'oseille vierge, la menthe poivrée, la civette, l'estragon. C'est la saison de récolter les graines de chicorée, céleri, betterave, poirée, chouxfleurs, etc. On continue les couches de champignons. On réunit les fumiers, terreaux et engrais divers, dont le besoin se fera sentir avec les premiers froids. .

— Arboriculture. Le mois de septembre est surtout consacré à la culture; cependant, on greffe en écusson, tant que la sève et la chaleur ne font pas défaut, le pécher sur l'amandier, lo poirier et le pommier sur franc. Le mois de septembre est même un des plus avan-

.tageux pour greffer les bourgeons à fruit. On sait que ces bourgeons peuvent être posés sur tous les sujets, tans distinction de variétés ni de greffes et aussi tard que l'état delà sève le permet. On termine l'effeuillaison de la vigne. Pour cela, on enlève toutes les feuilles qui, appliquées sur le mur, font obstacle à la réverbération solaire ; on en laisse seulement sur le devant autant qu'il en faut pour garantir les grappes contre les pluies et les rayons trop directs du soleil. 11 est indispensable de surveiller les fruits avec soin pour les garantir des insectes qui les attaquent.

Le mois de septembre est le plus convenable pour la plantation des arbres verts ou résineux dans les terrains légers des jardins d'agrément. On greffe de même des sujets dont la sève était encore trop abondante en août. On achève de rempoter les plantes a rentrer. On donne aux arbres et aux arbustes des arrosages avec engrais; on les entoure do paille, etc., afin de les aider k supporter les rigueurs de l'hiver.

— Floriculture. On continue les travaux d'entretien et de propreté du jardin comme dans le mois d'août. On réunit en pépinière les plantes dont les graines ont été semées en juin. Les variétés délicates sont mises en pots et sous châssis. On met aussi en pots les oignons destinés k être chauffés en hiver, tels que ceux des jacinthes romaines, passetout, double rose , hollande, tulipes duc de Thol et tournesol doubles, crocus, narcisse de Constantinople. Tous les pots enterrés' dans une planche seront couverts, en outre, d'une litière assei: épaisse pour que la gelée ne les atteigne | as. On sème en place les pavots, adonides, pieds-d'alouette, bluets, coquelicots, immortelles, thlaspi blanc ou violet, collinsies, pensées, silène pendula k fleurs roses et blanches, calcéolaires, cinéraires, mimulus cardinalis eirivularis, cantua picta. On divise les pâquerettes, les petites marguerites, les mignardises, œillets d'Espagne, juliennes et toutes les plantes destinées à fleurir de bonne heure au printemps. Pendant la première quinzaine, on continue de poser les écussons des rosiers. Dès les premières pluies, on divise et on transplante les pivoines, soit ligneuses, soit herbacées.

Dana la serre et l'orangerie, on prépare tout pour recevoir les plantes les plus délicates qui doivent être rentrées dans la se- «onde quinzaine. Les plantes de serre chaude doivent être rentrées définitivement dès les premiers jours du mois. On doit desserrer les ligatures des greffes de rosiers faites en août. On peut greffer les conifères, camellias, rhododendrons, azalées de l'Inde. Dans la deuxième quinzaine, on continue le rempotage des plantes de serre tempérée, l'arrangement des serres; on termine la rentrée des plantes de terre chaude, auxquelles on donnera grand air, même la nuit, si la température ne desceud pas k S° au-dessus de zéro. On ne doit

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puis ombrager les serres à orchidées que pendant les heures où Je soleil a le plus de force; vers la fin du mois, on n'ombragera même plus du tout.

C'est dans le mois de septembre que mûrissent les meilleures pêches. On récolte aussi d'excellentes prunes, des poires savoureuses, de très-bonnes pommes, etc. La chas=e ouvre ordinairement au mois de septembre, et le gibier fait son apparition sur les tables, recherché, sinon pour sa succulence, du moins pour sa nouveauté.

Septembre HO» (MASSACRES DE). Ce n'est

pas sans émotion que nous inscrivons ici cette date fatale et que nous nous préparons à esquisser ces tragiques événements , qui ont lait plus de mal à la cause de la liberté que toutes les guerres et toutes les manœuvres de ses ennemis.

• Ces terribles plaies saignent encore, dit M. Quinet; combien de temps suffira-t-il de les étaler au jour pour faire reculer l'avenir?»

« % septembre 17921 s'écrie M. Louis Blanc. Quels événements lui assignèrent une place dans nos annales à cette date horrible? Et d'où vient qu'aujourd'hui encore, à tant de superstitieux esprits , dans l'obscurité des nuits sans sommeil, la Révolution apparaît, comme la nonne sanglante de la légende, tenant un poignard a la main et portant une immense tache rouge à la place du cœur? •

L'impression que causèrent ces affreuses journées fut terrible, en effet, et n'est pas encore complètement évanouie, c'est-à-dire que beaucoup de personnes n'ont pas perdu l'habitude de juger cette époque héroïque par ce sanglant épisode.

Cependant,il y a longtemps que La Fayette l'a dit et que d'autres après lui l'ont répété : les tueries de septembre ne sont pas plus la République et la Révolution que l'inquisition et la Saint- Barthélémy ne sont le christianisme.

Pénétré de cette idée que les principes de justice, de paix et de liberté, qui sont l'essence inême de la doctrine démocratique , n'ont pu être atteints ni compromis par les odieux excès d'une poignée d'égorgeurs, le Grand 'Dictionnaire va raconter ces événements douloureux avec impartialité, en s'efforçant d'éviter avec un égal soin et les exagérations des écrivains de parti, et les atténuations trop complaisantes de ceux qui ont voulu tenter des réhabilitations paradoxales.

On se trouve d'abord en présence de deux systèmes : les historiens hostiles à la Révolution veulent que le massacre ait été préparé, organisé et soldé par les pouvoirs publics, ou du moins par une partie des hommes qui exerçaient alors l'autorité. Cette méthode sommaire est simple et nette ; elle classe tout de suite la moitié des révolutionnaires parmi les purs scélérats. Les royalistes s'y sont attachés avec passion.

De leur côté, les écrivains démocrates ne voient dans ces événements qu'une effroyable explosion de la fureur populaire, provoquée par la grandeur des périls publics , par les complots de l'aristocratie, par la panique de l'invasion et par les trahisons dont ou se sentait enveloppé. Us admettent, k la rigueur, que ces sacrifices humains aient pu paraître, à quelques hommes politiques pris d'une sorte de vertige, d'une affreuse, mais indispensable nécessité ; ils nient formellement qu'ils aient été le résultat d'un pian concerté, d'une froide et atroce préméditation.

Ce débat émouvant et d'un si haut intérêt historique n'est pas clos encore et ne le sera peut-être pas de longtemps. Nous présenterons, quant à nous, l'opinion qui nous semble la plus probable ; au lecteur de juger.

Mais voyons les faits.

La royauté étuit détruite; la République n'était pas constituée; l'Assemblée législative s'éteignait dans l'impuissance et l'irrésolution ; la faction vaincue au 10 août comptait sur une revanche prochaino, persuadée que la France révolutionnaire rie résisterait pas à l'invasion étrangère , et elle semait partout l'irritation par ses intrigues et ses complots; la monarchie avait laissé le pays complètement désorganisé; l'ennemi s'avançait; la trahison lui avait livré Longwy; il venait d'investir Verdun, et, si cette dernière ville succombait, il pouvait être devant Paris en quelques jours; une conspiration était découverte à Grenoble, une autre dans le Morbihan; enfin, une pièce envoyée d'Allemagne, dont on a contesté depuis l'authenticité, mais qui cependant concordait ns>ez avec Je fameux manifeste de Brunswick , paraissait d'abord dans la Gazette nationale (31 août), puis dans la feuille de Gorsas et dans tous les journaux sous ce titre alarmant : Plan des forces coalisées contre la France. 11 n'y était question que de raser ou d'incendier les villes, de décimer la population, d'envoyer tous les patriotes au supplice, de confisquer leurs biens, de rétablir le pouvoir absolu sur des ruines, de démembrer la France, etc.

Que ce document fût supposé, c'est ce qu'on a répété, mais c'est ce qui n'est pas établi. D'ailleurs, les royalistes ne disaient pas autre chose en leurs pamphlets ; c'était la pure doctrine de l'émigration et de la faction tout entière. On n'a qu'à parcourir les journaux dévouéa ou vendus à la cour ; depuis 1789 jusqu'au 10 août, ils ne parlent que de bu-

tonner, de pendre et de fusiller les amis de la liberté, de dompter le peuple par la force brutale, de noyer les réformes dans le sang et de rétablir intégralement l'ancien régime.

On savait en outre que, sur la frontière de l'Est, l'ennemi se livrait à des violences terribles. Ainsi, les uhlans coupaient les oreilles aux officiers municipaux et aux patriotes qu'ils pouvaient saisir et les leur clouaient sur le front.

L'histoire n'a que trop souvent oublié toutes ces causes d'excitation pour ne se souvenir que des violences des révolutionnaires, et il nous paraît juste, avant d'entrer dans le détail de ces sombres journées, de rappeler que les excès de la monarchie, comme les conspirations des monarchistes à demi vaincus, devaient fatalement amener de sanglantes représailles.

Ainsi, la frontière violée; des généraux traîtres ou incapables; une armée faible et mal organisée; une Assemblée énervée; l'ennemi, maître de plusieurs points, à quelques marches de la capitale; la trahison partout; les ressources nulles on du moins d'une insuffisance notoire; les royalistes insolents et menaçants, quoique vaincus, calculant tout haut quel jour arriverait l'ennemi, conspirant jusque dans les prisons où les avait jetés la vieloire du peuple nu 10 août, affectant de s'y livrer à de folles dépenses (dans un temps de disette), y fabriquant même de faux assignats ; un peuple exalté par tous les périls, une nation plongée dans une crise sans exemple et qui se voyait, pour ainsi dire, entrer dans la mort : telle était la situation k lu veille des journées de septembre.

En outre, on acquit la certitude, par le

firocès d'un certain Collot d'Angramont, que es royalistes avaient des bandes enrégimentées, soldées, divisées par brigades et soumises à la direction d'un comité central, lit, le lot septembre, un misérable condamné aux galères et à l'exposition avait crié sous le carcan : ■ Vivent les Autrichiens I Vivent le roi, la reine 1 » etc., et avait déclaré qu'il serait bientôt vengé, qu'il y avait une conspiration dans les prisons et que, la nuit suivante, les prisonniers, délivrés par leurs complices, devaient sortir armés, délivrer Louis XVI et sa famille et égorger les patriotes, incendier Paris et opérer la contrerévolution. Vraies ou fausses, ces assertions contribuaient à augmenter la colère et la terreur. L'acquittement par le tribunal criminel du 17 août de quelques aristocrates avérés acheva d'exaspérer le peuple.

Dans les journées précédentes, sur la proposition de Dauton, des visites domiciliaires avaient été faites dans Paris et avaient amené l'arrestation d'un grand nombre de suspects.

La position semblait tellement désespérée, que le ministre Roland et les principaux du parti girondin délibérèrent de quitter Paris et de transporter le gouvernement à Blois ou dans le Midi. Danton combattit ce projet funeste et le fit abandonner.

Le le' septembre, le conseil général de la Commune arrêta la réouverture des barrières, le terme de quarante-huit heures fixé par l'Assemblée nationale (pour les visites domiciliaires) étant expiré de la veille. Cette mesure serait déjà une preuve manifeste contre le dessein prêté à la Commune de plonger Paris dans la terreur pour organiser les massacres.

Dans cette même séance, Robespierre réclama l'expulsion de certains membres de l'ancienne administration municipale justement suspects de royalisme , et qui s'étaient compromis au 10 août. 11 engagea ensuite ses collègues, vu ht gravité des circonstances, à remettre le pouvoir au peuple, e'est-à dire à se retremper dans de nouvelles élections. On a voulu forcer ces paroles et leur donner une signification sinistre ; mais il nous semble évident que l'interprétation que nous donnons est la vraie. Quelque passion qu'on y mette, il est impossible de trouver la main de Robespierre dans les journées de septembre.

Quoi qu'on en ait dit, Danton non plus ne prit aucune part k ces horribles événements. Il proposa, il est vrai, les visites domiciliaires ; mais cette mesure était commandée par les circonstances; et, quant à son fameux discours où il recommandait • de l'audace et encore de l'audace, » il était relatif à la défense nationale. V. d'ailleurs l'urticlt Danton.

Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'il ne s'opposa point aux exécutions, reproche qu'on peut adresser d'ailleurs à tous les hommes politiques d'alors; on peut encore supposer que son inertie, dans des circonstances aussi terribles,'et qui parait une complicité muette, provenait moins peut-être de l'impuissance que d'un sentiment d'approbation tacite.

On a accusé aussi les membres de la Commune Manuel, Sergent, Hébert, Billaud-Varenne, Pauis, Tallien et surtout le comité de surveillance de la Commune, dont nous parlerons dans un moment, il est constant que quelques-uns des hommes désignés ont figuré dans divers épisodes de l'horrible tragédie; mais c'est la préméditation qui est toutk fait conjecturale. Il faut reconnaître que les pièces sur lesquelles on s'est appuyé pour l'établir ne sont pas absolument concluantes.

Pétion, qui était en position d'être bien instruit et qui était fort oppose, non-seulement

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aux septembriseurs, mais encore aux hommes de lu Commune et de la Montagne, a dit dans son discours sur l'accusation intentée k Robespierre : « Ces assassinats furent - ils commandés, furent-ils dirigés par quelques hommes? J'ai eu des listes sous les yeux, j'ai reçu des rapports, j'ai recueilli quelques faits ; si j'avais à prononcer comme juge , je ne pourrais pas dire : voilà le coupable. •

Ajoutons qu'en tout état de cause, il convient de séparer le conseil général de la Commune de son comité de surveillance; le premier était l'assemblée délibérante, le pouvoir législatif, en quelque sorte, siégeant à l'Hôtel de ville et délibérant publiquement; l'autre était comme le pouvoir exécutif de la Commune ; il siégeait à la mairie (aujourd'hui la préfecture de police). Autorisé par le conseil général k s'adjoindre quelques membres supplémentaires, il eut le tort d appeler à lui, dans la matinée du 2 Septembre, Marat, le sombre journaliste, dont le nom signifiait plutôt vengeance que justice. Mais Marat lui-même, en dehors des meurtrières excitations de son journal , a-t-il réellement joué le rôle considérable que quelques-uns lui ont prêté? Qu'il ait poussé aux tueries, on peut l'admettre; mais nous pensons qu'on a exagéré son action. L'exaspération populaire, hélas 1 n'avait pas besoin d'être excitée.

Nous venons de citer Pétion ; voici l'appréciation d'un homme du parti opposé, Robespierre : • Ce fut un mouvement populaire, et non, comme on l'a ridiculement supposé, la sédition partielle de quelques scélérats payés pour assassiner leurs semblables. Et, s'il n'en eût pas été ainsi, comment le peuple ne l'aurait-il pas empêché? Comment la garde nationale, comment les fédérés n'auraient-ils fait aueun mouvement pour s'y opposer? » {Quatrième lettre à ses commettants, p. 170.)

Le dimanche 2 septembre, le procureursyndic Manuel , en annonçant officiellement à la Commune l'investissement de Verdun , propose de rassembler aussitôt au Champ-de- Mars les citoyens en état de porter les armes, afin de les engager k marcher au-devant de l'ennemi. Le conseil acclame cette motion patriotique, arrête, en outre, diverses mesures de défense et ordonne que, pour faire comprendre au peuple toute l'étendue du péril, le canon d'alarme sera tiré, le tocsin sonné, la générale battue. Deux commissaires municipaux se rendent k l'Assemblée pour lui annoncer cette convocation de la population valide. Les représentants applaudissent k ces mesures vigoureuses. Vergmaud prononce un discours brûlant qu'il termine ainsi : a 11 n'est plus temps de discourir! il faut piocher la fosse de nos ennemis, ou chaque pas qu'ils font en avant pioche la nôtre I •

Danton sonne la charge à son tour ; on connaît assez cette harangue brève et enflammée, dont nous rappellerons également '■es derniers mots :

i Le tocsin qu'on va sonner n'est point un signal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie ! Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée I »

Sur sa proposition , l'Assemblée décrète la peine de mort contre ceux qui refuseraient cm de servir personnellement, ou de livrer leurs armées, contre ceux qui, soit directement, soit indirectement, entraveraient les mesures de salut ordonnées par le pouvoir exécutif.

Dans la même séance, Roland annonça la découverte d'une vaste conspiration dans la Vendée , et Lebrun , ministre des affaires étrangères, révéla les projets hostiles de la Russie , qui se préparait à se joindre à la coalition.

Et comme pour augmenter l'effroi de In grande ville, le bruit courait partout qu'un courrier extraordinaire venait d'arriver, annonçant qu'on entendait au loin le canon de l'ennemi.

Toutes ces nouvelles sinistres, les unes vraies, les autres fausses, tombant coup sur coup, ne faisaient qu'aviver jusqu'à la fureur l'exaltation de Pans.

Danton court au Champ-de-Mars haranguer les volontaires, pendant que les canons d'alarme du pont Neuf tonnent de moment en moment, que le drapeau noir de la patrie en danger est arboré k l'Hôtel de ville, que les cloches de toutes les églises sonnent à la fois le tocsin et que la générale retentit k travers les rues.

Les barrières sont de nouveau fermées.

Jamais peuple ne se leva avec un tel emportement d'enthousiasme pour défendre ses foyers et les libertés nouvellement conquises. En lin seul jour, le contingent de Paris fut doublé.

Qui pourrait dire quel est le premier qui a jeté la parole de mort au milieu de tant de d'éléments en combustion? Toujours est-il que l'idée d'un vaste complot royaliste obsédait toutes ces imaginations enflammées. Nous copions dans un journal du temps un tableau qu'on retrouve d'ailleurs, à quelques variantes près, dans une foule de documents :

«... A midi, le canon d'alarme avait fait retentir la terreur. Le tocsin se faisait entendre de toutes parts... ; chacun court aux armes... ; chacun s'écrie: Volons k l'ennemi I mais nos ennemis sont ici; ils sont à Paris comme k Verdun ; ils sont dans les prisons. Laisserons-nous nos femmes, nos enfantj

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nos vieillards à la merci de ces scélérats?... Courons aux prisons, exterminons tous les monstres qui profiteront de notre absence pour égorger nos épouses et nos enfants, pour tirer Louis XVI de sa tour et pour rallier les bataillons de royalistes. Ce cri terrible retentit à l'instant d'une manière spontanée, unanime, universelle, dans les rues, dans les places publiques, iJans tous les rassemblements, enfin dans l'Assemblée nationale même

Ce cri effroyable, insensé : Courons aux prisons I retentit, en effet, de tous les côtés, suivant de nombreux témoignages contemporains.

Les sections étaient en permanence ; voyons quelles furent leurs délibérations. Leurs registres (plus ou moins complets) sont conservés aux archives de la préfecture de police. Eh bien , nous trouvons ce fait douloureux , inouï , que plusieurs assemblées générales de section délibérèrent et votèrent publiquement la mort des aristocrates et des prêtres enfermés dans les prisons 1 et cela dans des quartiers riches et bourgeois.

Pour d'autres sections, il existe de leur participation à ce mouvement frénétique une preuve d'autant plus saisissante, qu'on a cherché à la faire disparaître en mutilant les registres à la date des funestes journées.

Des 48 sections, il y en a 12 dont la préfecture ne possède pas les registres correspondant précisément au mois de septembre 1792. 11 est permis d,e conjecturer que quelques-uns au moins avaient été enlevés aux archives des sections par des intéressés.

Les procès-verbaux de 7 autres sections ne constatent aucune séance pendant les journées des massacres. Pour 20 autres, les registres constatent qu'il y eut séance, mais ne contiennent rien de particulier sur les massacres. Plusieurs cependant s'élèvent contre la Senteur du tribunal du 17 août et demandent la punition prompte des conspirateurs. En outre, on voit, par les procès-verbaux de la Commune, qu une députation de l'une de ces sections, les Quinze-Vingts, se présenta dans la matinée du 3 à l'Hôtel de ville pour demander la mort des conspirateurs prisonniers.

Enfin, les 9 autres sections prirent des résolutions relatives aux événements.

— Section Mirabeau (Grange - Batelière). « 2 septembre. Sut la motion d'un membre de faire marcher, avec les volontaires parisiens, les ci-devant comtes, marquis, etc.; qu'ils soient placés entre des patriotes pour les surveiller. Adopté a l'unanimité. ■

— Section du Louvre. • 2 septembre. Une députation de la section Poissonnière a été introduite et a fait part d'un arrêté par elle pris, portant que les conspirateurs seraient livrés à la mort, les piètres léfractaires et enfants d'émigrés seraient placés aux endroits les plus périlleux da l'année. L'assemblée adhère. •

— Section Molière-et-La-Fontaine. o 2 septembre. Une députation de la section Poissonnière a lu l'arrêté suivant de cette section :

• Tous les conspirateurs de l'Etat, actuel - » lement renfermés dans les prisons d'Orléans

• et de Paris, seront mis à mort avant le doit part des citoyens qui volent à la frontière.

• Les prêtres réfractaires, les femmes et les » enfants des émigrés seront placés, sans ar- » mes, aux premiers rangs de l'armée qui se «rend sur la frontière, pour que leurs corps «servent de rempart aux bons citoyens qui

• vont exterminer les tyrans et leurs esclu- » ves. ■

Le registre de la section, a la suite de cette communication, contient seulement la mention suivante :

«L'assemblée, par l'organe de son président, a remercié MM. les députés de la communication de cet arrêté. »

— Section dei Arcis, délibération assez ambiguë. ■ 2 septembre. Un membre ayant fait la motion de s'assurer des prisons du Châtelet, de la Conciergerie et de la Force, l'assemblée a arrêté que l'on s'assurerait desdites prisons. ■

— Section Poissonnière. Jîlle avait voté la mort des prisonniers', mais le feuillet (41e), qui contenait son arrêté, a été enlevé plus lard, sans aucun doute par des intéressés. La lacune existe entre la séance du 23 août et la tin de celle du 2 septembre. L'auteur de cette suppression croyait avoir anéanti la preuve matérielle de l'arrêté Poissonnière, ne réfléchissant pas qu'il se trouvait inscrit sur les registres d'autres sections-.* Nous l'avons reproduit ci dessus.

— Section Montreuil. Rien sur son registre. Maison a trouvé deux minutes d'arrêtés de cette section (2 et S septembre), l'un pour faire marcher les aristocrates à l'ennemi, sous la surveillance des patriotes , l'autre pour demander la formation d'une compagnie de tyramiicides.

— Section du faubourg Saint-Denis, t septembre. Lecture de l'arrêté Poissonnière.

L'assemblée n'étant pas en nombre remet au lendemain son adhésion.

— Section Beaubourg. Registre mutilé.

— Section du Luxembourg. Ses procès-veruaux ae cette époque ont disparu; mais, dans les nièces de la procédure dirigée en l'an III

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contre les septembriseurs, on a retrouvé la copie de ses délibérations. Elle vota la mise à mort des prisonniers dans les termes suivants : « Sur la motion d'un membre de purger les prisons en faisant couler le sang de tous les détenus avant de pavtir de Paris, les voix prises, elle a été adoptée ; trois commissaires ont été nommés, MM. Loliier, Lemoine, Richard, pour aller à la ville communiquer ce veau, afin de pouvoir agir d'une manière uniforme, »

Cet aperçu met suffisamment en lumière ce fait lamentable qu'une partie de la population parisienne regardait l'exécution des prisonniers comme une mesure de salut public. Toute réflexion serait ici superflue; nous ne jugeons pas, nous exposons.

Au moment où le canon d'alarme commençait à tonner, une vingtaine de prêtres insermentés étaient transférés de la mairie (c'est aujourd'hui la préfecture de police, comme nous l'avons dit plus haut) a la prison de l'Abbaye. Ils étaient entassés dans quatre du cinq tiacres et escortés par des fédérés de Marseille et d'Avignon. Une grande foule suivait. Au carrefour Buci, où se trouvait une estrade dressée pour les enrôlements volontaires, et conséquemment un rassemblement assez nombreux, un des prêtres de la dernière voiture, irrité, sans doute, par les injures, passe son bras à travers la portière et frappe un des fédérés d'un coup de canne. Celui-ci riposte par un coup de sabre; d'autres fédérés frappent a leur tour; plusieurs prêtres sont tués ou blessés.

L'abbé Sicard , qui était au nombre des transférés, ne parle pas du coup de canne dans sa relation ; mais comme il était dans la première voiture et se dissimulait au fond , comme il le dit, il n'a guère pu voir ce qui se passait à la queue du triste convoi. Le coup de canne est attesté par Mehée fils, dans sa brochure, la Vérité tout entière sur les vrais auteurs de la journée du 2 septembre.

Quoi qu'il en soit de ce détail important, mais difficile à vérifier, le premier sang avait coulé 1 Les voitures arrivent à l'Abbaye et entrent dans la grande cour du cloître, près du palais abbatial, où siégeait le comité civil de la section. Quelques-uns des prêtres veulent fuir, mais ils tombent aussitôt mortellement frappés; d'autres sont immolés à leur tour. L'abbé Sicard et deux de ses compagnons parvinrent à se réfugier dans la salle du comité civil ; un des membres de ce comité, l'horloger Monnot, reconnaît l'illustre instituteur des sourds-muets; il s'élance audevant des égorgeurs : « C'est l'abbé Sicard I s'écrie-t-il, le père des sourds-muets!» Le respect des services rendus à l'humanité désarme la frénésie sanguinaire des exécuteurs. Le vénérable philanthrope est sauvé, embrassé, reconduit en triomphe.

Outre ces réactions de Ja pitié , dont il y a de nombreux exemples dans ces journées affreuses, il faut signaler encore le désintéressement singulier des tueurs. L'argent, les bijoux, les portefeuilles, les effets des victimes étaient apportés par eux sur la table du comité civil. Quelques-uns ne réclamèrent que les souliers, devant partir, disaient-ils, le lendemain pour la frontière.

Après le massacre des prêtres amenés de la mairie, une voix cria, dit-on : « Il n'y a plus rien à faire ici; allons aux Carmes I ■ Ce fait ne serait guère favorable à l'hypothèse delà préméditation, car il y avait dans la prison de l'Abbaye un grand nombre de détenus, et conséquemment beaucoup à faire pour des assassins qui eussent été organisés et dirigés. Quoi qu'il en soit, la foule se porta tumultueusement au couvent des Carmes de la rue de Vaugirard , transformé en prison. Cent quatre-vingt-six ecclésiastiques y étaient enfermés, parmi lesquels l'archevêque d'Arles, l'évêque de Saintes, l'évêque de Beauvais, enfin quelques laïques. Dispersés dans le jardin, la plupart des prisonniers furent tués à coups de fusil, d'autres dans l'église même. Un certain nombre s'échappèrent en escaladant les murs du jardin. Ici encore,' les valeurs et bijoux trouvés sur les malheureuses victimes furent fidèlement rapportés et déposés sur l'autel de l'église Sair-t-Sulpice.

Le massacre des Carmes eut lieu de quatre à six heures de l'après-midi. Il y eut 115 ou 120 victimes, dont on trouvera les noms dans l'ouvrage de M. Sorel, le Couvent des Carmes pendant la Terreur. Chose navrante et qui montre ù quel point était générale la démence meurtrière d'où sortirent les exécutions, des gardes nationaux faisaient paisiblement l'exercice non loin de là, dans le jardin du Luxembourg, et ils ne firent rien pour empêcher les exécutions. L'assemblée de la section délibérait en permanence dans l'église Saint- Suïpice, et, elle ne fit rien non plus. On connaît d'ailleurs son vote de la veille. Néanmoins, quelques-uns de ses commissaires, entre autres le boucher Legendre, s'employèrent individuellement et avec beaucoup de dévouement et d'humanité à sauver plusieurs des prisonniers; enfin, l'un des commandants de la section , le citoyen Tanche , se porta spontanément aux Carmes avec un détachement de gardes nationaux ; leurs efforts ne furent pas complètement infructueux, et ils parvinrent aussi à arracher quelques victimes a la mort, comme on peut le voir dans les Martyrs de la foi de l'abbé Guillon, dans les Souvenirs de M. Letourueur, évoque de Verdun,

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dans le Récit de l'abbé de La Pannonie, dans les Souvenirs de M. Saurin , évêque de Blois, et dans d'autres pièces citées par M. A. Sorel (le Couvent des Carmes pendant la Terreur).

M. Sorel porte à 44 le nombre de ceux qui purent s'évader, et il en donne les noms.

Chose curieuse, il restait encore au couvent de la rue de Vaugirard un certain nombre de cannes déchaussés (la loi du 17 août laissait aux religieux jusqu'au 1er octobre pour évacuer les miusons par eux occupées) ; mais comme les cannes avaient toujours vécu en bonne intelligence avec le district et la section, non-seulement les septembriseurs n'inquiétèrent pas ceux qui occupaient encore le couvent, mais encore ils s'efforcèrent de les rassurer dans leurs cellules, pendant qu'on massacrait les ecclésiastiques prisonniers.

Après le massacre des Carmes, les assassins retournèrent sur le premier théâtre de leurs forfaits, au cloître de l'abbaye Saint-Gennaindes-Prés, où se trouvait une petite prison dite de supplément, qui donnait dans le cloître même, près du lieu où siégeait le comité civil, comme nous l'avons dit ci-dessus. Ils y égorgèrent encore une trentaine de prêtres, puis ils se présentèrent devant la grande prison de l'Abbaye, encombrée de détenus.

Beaucoup d'écrivains n'ont pas établi une distinction suffisante entre les deux emplacements où s'accomplirent les massacres de l'Abbaye, ce qui produit quelque confusion. Ainsi, les prêtres venant de la mairie et ceux qui étaient enfermés dans la petite prison de supplément furent tués dans la cour du cloître, qui avait Son entrée dans la petite rue Sainte-Marguerite (plus tard rue d'Erfurt). Quant aux officiers suisses, aux gardes du roi et aux autres prisonniers régulièrement écroués, ils furent massacrés devant la prison même de l'Abbaye, où ils étaient enfermés. Un espace d'environ deux cents pas et un pâté de maisons séparaient les deux emplacements. Cette prison, aujourd'hui démolie, avait son entrée, non sur la petite place Sainte-Marguerite, comme nous l'avons encore vue de nos jours, mais dans la rue Sainte-Marguerite (aujourd'hui GozlinJ.La place était alors un petit marché encombré d'étaux, et la façade donnant de ce côté n'avait aucune issue. Les massacres dont nous allons palier eurent donc lieu devant la porte, dans la rue Saints-Marguerite, au pied de la tourelle qui formait l'angle de la place.

La foule s'était portée au guichet; elle arrache de la prison les Suisses prisonniers du 10 août, ainsi que 25 gardes du roi, et les tue successivement aux cris chaque fois répétés de : «V.ive la nation !•

C'est après ces exécutions sommaires, qui jonchèrent l'étroite rue Sainte-Marguerite d'une cinquantaine de cadavres, que fut improvisé le fameux tribunal présidé par Maillard (probablement vers 7 heures du soir).

Avant la création de ce tribunal, on tuait en masse , indistinctement. Dès lors , il y eut une sorte de régularité dans la fureur; on distingua des innocents et des coupables ; beaucoup de prisonniers furent sauvés. Il est incontestable qu'ils durent la vie à cette étrange et redoutable commission judiciaire. La main sur la conscience, Maillard, en supposant que cela eût été dans ses intentions, ne pouvait tenter de les sauver tous sans les perdre tous. Dans la notice consacrée à ce personnage, nous avons donné quelques détails sur le rôle qu'il joua dans cette sombre tragédie. Très-connu du peuple, il fut désigné par les tueurs pour présider le tribunal populaire, proposé probablement par lui et dont l'idée fut adoptée sur-le-champ. On nomma aussi douze juges, dont la plupart étaient des gens établis, des marchands du voisinage. On n'en signale que deux qui fussent en veste et tablier. Maillard s'installa dans une salle du rez-de-chaussée, se fit apporter le registre d'écrou, fit les appels et interrogea les prisonniers à. tour de rôle. Il consultait ensuite son jury et prononçait la condamnation ou l'acquittement. La formule adoptée pour les condamnés était ces mots : «A la Force, • comme s'il ne s'agissait que d'un simple transférement, sans doute pour éviter les scènes de violence et de désespoir et pour laisser jusqu'au moment suprême quelque illusion à ces malheureux.

Les condamnés étaient conduits au seuil de la porte donnant sur la rue Sainte-Marguerite et livrés aux massacreurs, qui les tuaient sur-le-champ. Ceux dont l'innocence était reconnue étaient reconduits par deux juges, qui proclamaient leur acquittement en présence de la foule. Ils devenaient dès lors inviolables; les meurtriers les accueillaient avec des clameurs de joie et des cris de : « Vive la nation l » et souvent, par une étrange réaction de sensibilité, versaient des larmes et pressaient dans leurs bras sanglants ceux qu'un moment auparavant ils auraient égorgés, enfin les reconduisaient comme en triomphe jusqu'à leur demeure et ne voulaient accepter aucune récompense. Il n'y a pas de fait mieux attesté, et par les relations mêmes de ceux qui ont échappé aux massacres, Journiae Saint- Méard, Maton de La Varenne, Weber, etc.

Pas un seul des acquittements prononcés par Maillard n'a été contesté ni même discuté par les meurtriers. Certes, nous n'avons nullement l'intention de diminuer l'horreur que doit inspirer cette justice farouche qui

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punissait des délit3 comme des crimes; mais il faut reconnaître que beaucoup de ceux qui ont été frappés n'eussent pas été absous par la justice régulière, du moins entièrement. Le tribunal condamna successivement plusieurs fabricateurs de faux assignats, exécrés du peuple autant que les contre-révolutionnaires purs ; celte falsification- meurtrière était d'ailleurs une des manoeuvres des royalistes et de l'étranger pour affamer la nation. On envoya aussi à la mort deux autres faussaires, Protot et Valvin, qui avaient émis de faux billets de la caisse de secours; puis l'ex-ministre Montmorin, qui avait coopéré à tous les complots de la faction ; Vigne de Cussay, qui avait contribué au massacre du Champ-de-Mars ; Thierry de Ville-d'Avray, premier valet de chambre de Louis XVI, etc.

Vers neuf heures du soir seulement, des commissaires de l'Assemblée nationale arrivèrent k l'Abbaye.

Voici ce qui s'était passé.

Le conseil général de la Commune avait repris séance à quatre heures; sur la nouvelle des massacres, il nomma deux commissaires, Caron et Noue-i, pour proléger les prisonniers. L'un deux revint bientôt confesser l'inutilité de leur intervention : « Les citoyens enrôlés, dit-il, craignant de laisser la ville aux malveillants, ne veulent point partir que tous les scélérats du 10 août ne soient exterminés. »

Le conseil arrêta alors que quatre de ses membres se rendraient à l'Assemblée nationale pour lui demander quelle mesure on pourrait prendre afin de garantir les prisonniers.

Précédemment, deux autres membres de la Commune, Manuel, procureur-syndic, et Billaud-'Varenne, son substitut, avaient déjà paru sur le théâtre des massacres à l'Abbaye Manuel avait conjuré les tueurs d'observer au inoins dans leurs vengeances une certaine justice, ce qui, sans doute, avuit contribué à l'érection du tribunal. Eillaud avait recommandé de veiller à ce qu'il ne fût rien dérobé des dépouilles. Tout cela était bien ; mais l'inertie des pouvoirs constitués, leur impuissance, si l'on veut, est un fait bien constaté. On n'en saurait déduire la conséquence d'une complicité formelle, comme l'ont fait quelques historiens, mais plutôt d'une défaillance a peu près générale. 11 est pénible de songer que tant de vaillants hommes ont plié la tête devant la violence et le crime ; niais comment expliquer autrement que girondins et montagnards n'aient rien empêché, que les hommes populaires n'aient pas plus sérieusement usé de leur influence, que Pétion, maire de Paris, que Roland, ministre de l'intérieur, aussi bien que Danton, ministre de la justice, et tant d'autres qui avaient autorité soient restés à peu près inactifs? Cela serait tout à fait inexplicable si, comme le veulent certains écrivains, les exécutions n'avaient été t;ue le fait d'une poignée de scélérats mis -en mouvement à prix d'or par le comité de surveillance de la Commune.

Quoi I ces mêmes hommes qui ont fait trembler l'Europe, qui ont monté sans pâlir sur les échafauds, qui ont marché à la tète des volontaires contre les redoutes ennemies, qui ont tout osé, tout affronté, tout brisé devant eux, ces titans, ces prodiges d'héroïsme et d'audace auraient reculé devant trois cents misérables assassins, tout en ayant de leur côté la loi, l'autorité, la force publique, la raison et l'humanité?

Cela n'est pas admissible. Il faut donc, de toute nécessité, que les exécuteurs (peu nombreux, cela semble établi) aient été couverts par l'assentiment d'une partie notable de la population, livrée à la foiï aux élans de l'enthousiasme patriotique, au délire de la fureur et du soupçon, à l'exaltation qui fait les héros, et malheureusement aussi au vertige qui fit des assassins.

Cette connivence morale d'une partie du peuple, qu'il est difficile de nier, expliquerait d'une manière assez plausible I inertie des autorités et des hommes politiques importants; il y eut pusillanimité, sans doute, mais aussi sentiment de l'impuissance et de l'inutilité de tout effort, et peut-être chez quelques-uns , approbation secrète de ces exécutions sommaires...

L'Assemblée nationale, sans témoigner trop d'indignation contre les massacreurs, ne répondit aux réclamations de la Commune qu'en désignant six de ses membres « pour aller parler au peuple, afin de rétablir le calme. » Encore cette mesure insuffisante ne fut-elle décrétée que sur la proposition du montagnard Basire. Quant aux girondins, qui devaient plus tard rejeter avec tant de furie la responsabilité des massacres sur leurs adversaires, ils ne proposèrent rien, ils ne dirent pas un mot.

Les commissaires désignés, Basire, Dussault, Isuard, Chabot, Audrein, François de Neufchàteau et Lequinio, se dirigèrent donc vers l'Abbaye, où les massacres commuaient a la lueur des torches; mais ils revinrent au bout de deux heures annoncer avec tristesse que tous leurs effortsavaient été infructueux. L'Assemblée suspendit sa séance a onze heures, après avoir expédié quelques affaires courantes et comme si rien d'extraordinaire n'avait eu lieu!

En résumé, le conseil général de la Commune, que certains historiens ont si violera ■

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ment accusé, sans fournil' aucune pièce concluante à l'appui de îeur thèse, s'il ne fit pas tout ce qu'il eût dû faire, déploya du moins plus d'activité que l'Assemblée législative et le pouvoir exécutif. 11 avait ordonné au commandant général de diriger de nombreux, détachements autour du Temple et des différentes prisons; mais la garde nationale ne répondit pas aux réquisitions de Santerre. Il envoya dans la soirée de nouveaux commissaires, Truchon, Duval-Destain, Tallien et Guiraut, qui peut-être agirent mollement ou qui, dans tous les cas, ne réussirent pas mieux que les précédents. Dans la matinée du 3, il prit des mesures pour protéger les soldats suisses prisonniers au palais Bourbon. Une députation de la section des Quinze-Vingts étant venue au même moment demander la mort des conspirateurs et l'arrestation des femmes et enfants d'émigrés avant le départ des citoyens pour l'armée, le conseil s'empressa de passer à l'ordre du jour. Ses délibérations dans ces funestes journées portent la preuve de ses efforts, et Robespierre a pu dire sans rencontrer de contradicteurs ; « Il est certain, aux yeux de tout homme impartial, que le conseil général, loin de provoquer les événements du 2 septembre, a fait tout ce qui était en son pouvoir pour les empêcher. »

C'est aussi dans cette même matinée du 3 que la municipalité confia à Deltroy, à Manuel et à Robespierre la mission de protéger le Temple, de concert avec six députés désignés par l'Assemblée {dont cinq montagnards, Lacroix, Basire, Cboudieu, Chabot et Thuriot; le sixième était le vieux Dussault). On sait qu'un simple ruban tricolore suffit pour défendre l'entrée de la prison où était enfermée la famille royale, que le peuple jugeait sans doute moins redoutable que les autres prisonniers et que, d'ailleurs, on considérait alors comme des otages.

Ce jour-la enfin et les jours suivants, comme on peut s'en convaincre par les procès-verbaux, le conseil de la Commune s'efforça de calmer l'effervescence et d'arrêter l'effusion du sang.

On peut l'accuser d'indécision, de mollesse, mais non de complicité réelle, cela nous parait incontestable. Quant au comité de surveillance, il y a de graves présomptions contre lui, mais cependant pas de preuves positives ; quelques-uns de ses membres approuvèrent le massacre quand il fut accompli ; mais ce serait aller trop loin que d'admettre que le comité l'a organisé. Ce qui semble certain, t'est que la plupart de ceux qui en faisaient partie, peut-être même tous, étaient en proie au même délire que la foule, à la même maladie de fureur et de soupçon ; ils voyaient partout des complots, des trahisons, des (Jél'ôts d'armes, etc. Le soir même du 2, ils firent faire des perquisitions chez le ministre Roland et chez Brissot. Cependant, dans cette même soirée, les tueries continuaient, en s'étendant de l'Abbaye a plusieurs autres prisons. Celte furie de meurtre prenait Je caractère d'une folie comme en connurent les temps antiques et le moyen âge. On voulait purger Paris, non-seulement des aristocrates et contre-révolutionnaires, mais encore de tous ses éléments mauvais et dangereux, voleurs, faux-monnayeurs, fabricateurs de faux assignats, escrocs, tilles publiques, etc. Une telle lièvre d'épuration, arrivée à cette intensité, semble plutôt du ressort de la pathologie que de l'histoire.

A 1 Abbaye, après les exécutions que nous avons mentionnées, on jugea et on tua les juges de paix Buob et Bosquillon, qui avaient commencé une instruction contre les auteurs de la journée du 20 juin; le comte de Wittgenstein, lieutenant général ; l'officier suisse Reding, de Maussabre, aide de camp de la garde du roi, l'officier de Laleu, etc. Bans la cour de Saint-Germain-des-Prés, théâtre des premiers massacres, on tuait aussi. Le comité civil, glacé d'horreur, ne fit rien, ne tenta rien, n'osa rien dire. Il consentit même à délivrer des bons de vin, de pain, de paille, de chaux, etc., pour les tueurs et pour les victimes. Ces scènes affreuses durèrent toute ia nuit et devaient se prolonger encore.

A la Conciergerie et au Châtelet, le massacre commença tard, mais dura également toute la nuit, puis ia journée du lendemain. 11 n'y a aucune trace qu'il y ait eu dans ces deux prisons un simulacre de tribunal. Le conseil de la Commune avait rendu un arrêté pour protéger les détenus pour dettes, causes civiles, etc., mesure très-louable en soi, mais qui ressemblait à l'abandon des autres catégories de prisonniers. Au Châtelet, d'ailleurs, on tua pêle-mêle des voleurs, des prisonniers politiques, des falsificateurs d'assignats, etc.

La Force fut également envahie dans la soirée du 2; mais l'examen du registre d'écrou et l'installation d'un semblant de tribunal, analogue à celui de l'Abbaye, prirent assez de temps; les exécutions ne commencèrent qu'à une heure après minuit. Un certain nombre de prisonniers furent mis à part pour être épargnés, enfermés dans la petite église Sainte-Catherine-de-la-Culture ; on leur rit prendre l'engagement de s'enrôler et de partir le lendemain même pour la frontière. Les commissaires de la Commune, Truchon, Tallien etGuiraud, firent sortir les détenus pour dettes et, en outre, vingt-quatre femmes, parmi lesquelles Mme et M"« de

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Tourzel, M"» de Saint-Brice et autres dames de la reine.

La princesse de Lamballe ne put être sauvée ; sa qualité de Bourbon , son intimité avec l'Autrichienne, qui l'avait employée a diverses intrigues politiques, la vouaient fatalement à la mort. Manuel cependant, accouru le 3 avec Pétion pour essayer d'intervenir, tenta de la sauver (comme il avait la veille contribué à sauver Mme de Staël) et quitta la Force, croyant avoir assuré son salut. Mais, comme nous l'avons raconté dans sa notice, dès le matin, elle fut traînée devant le redoutable tribunal et sacrifiée ; sa tête fut coupée et promenée dans Paris au bout d'une pique. Il est d'ailleurs plus que douteux que son corps ait subi toutes les mutilations affreuses qu'on a rapportées. V. Lambaixs.

Le tribunal de la Force ne fut pas, comme celui de l'Abbaye, présidé pendant toute la durée du massacre par un seul et même individu ; il y a même une grande incertitude sur sa composition; les juges, comme le président, changèrent plusieurs fois. Les relations varient sur les noms. Maton de La Varenne désigne Dangé, Michonis, Lesguillon, etc., membres de la Commune. Or, le municipal Michonis était un royaliste, un agent de la reine, qui trempa dans les intrigues pour enlever la famille royale du Temple et qui, plus tard, fut condamné par le tribunal révolutionnaire comme conspirateur royaliste. Cela rend sa présence a la Force un peu douteuse et montre avec quelle circonspection on doit accueillir les assertions diverses, même celles des témoins oculaires, dont le premier défaut est de ne pas s'accorder entre elles. Roch Marcandier désigne le greffier même de la prison, Fieffé, comme chargé des interrogatoires. Peltier (qui écrivait à Londres) rapporte que c'était Hébert qui présidait. D'autres désignent Lullier, Rossignol, Monneuse, etc. Ce qu'il y a de certain, c'est que plusieurs municipaux furent envoyés par la Commune en qualité de commissaires, dans le but de calmer l'effervescence, et qu'il semble avéré que quelquesuns siégèrent en écharpe, Soit qu'ils voulussent modérer la furie des tueurs, comme c'était leur mission, soit qu'ils fussent dominés par eux, ce qui n'a rien d'improbable.

On sait d'une manière positive que les fonctions d'accusateur public furent remplies par un ancien huissier au Châtelet nommé Pierre Chantrot.

Parmi les détenus qui furent acquittés, citons Weber, le frère de lait de Marie-Antoinette, Lorimier de Chamilly, valet de chambre de Louis XVI, Bertrand de Molleville, frère de l'ancien ministre, Maton de La Varenne et plusieurs autres.

Au nombre des victimes figurèrent Baudin de La Chesnaye, un des commandants des Tuileries au 10 août, le commandant Rulhières, l'abbé Louis de Bardy, assassin de son propre frère, qu'il avait coupé par morceaux, etc. A ces meurtres en succédèrent beaucoup d'autres. La rue des Ballets, où était l'entrée de la prison, était encombrée de cadavres.

Au milieu de toutes ces horreurs et partout où le sang ne ruisselait pas, la population montrait un élan sublime; les volontaires affluaient et venaient défiler devant l'Assemblée, le havre-sac au dos ; toutes les villes circonvoisines, toutes les communes environnantes envoyaient leurs contingents; les grands volontaires de 92 entraient dans l'histoire 1 Pendant toute cette semaine, il en partit chaque jour de Paris plus de 2,000, armés et équipés ; les routes se couvraient de patriotes en armes. La Commune fut obligée (exemple unique I) de prendre un arrêté pour modérer le mouvement, pour inviter les ouvriers des professions de nécessité première à ne pas quitter en trop grand nombre la capitale. Les acteurs de la rue Richelieu prirent, à la barre de l'Assemblée, l'engagement de se faire soldats dès que l'imminence du danger réclamerait la clôture des spectacles. Les dons patriotiques abondaient; chose caractéristique, les riches mêmes donnaient! les paysans donnaient 1 Les femmes apportaient leurs bijoux et jusqu'aux ornements de leurs enfants. De toutes parts éclataient les manifestations de l'enthousiasme, du patriotisme et du plus pur dévouement.

Muis, hélas 1 aux prisons, quel autre spectacle I

Près du pont de la Tournelle, on voyait encore à cette époque une-grosse tour carrée, bâtie par Philippe-Auguste et qu'on appelait la tour Saint-Bernard (son emplacement est aujourd'hui compris dans les dépendances de la halle aux vins). Elle renfermait soixantequinze malfaiteurs qui attendaient leur transfèrement aux galères; dans la matinée du 3, les septembriseurs envahirent cette prison et tuèrent tous ces malheureux, à l'exception de trois. Un des massacreurs ayant commis un vol fut tué sur-le-champ par ses acolytes.

La même bande se rendit ensuite au séminaire Saint-Firmin, non loin de l'église Saint- Nicolas du Chardounet, et où étaient enfermés des prêtres insermentés, qui furent exterminés en masse et sans simulacre de jugement. Dans cette bande figurait une femme qui se signala par son acharnement. Elle abattit, dit-on, à coups de bûche l'ancien curé de Saint-Nicolas. Cette furie se nommait Marie- Anne-Gabrielle, femme de François Vincent.

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A l'Abbaye, les jugements et les exécutions continuaient, mais plus lentement. Vers dix heures du matin furent immolés l'abbé Lenfant, ancien prédicateur du roi, et l'abbé de Rastignac, ancien constituant. Quatre femmes se trouvaient à l'Abbaye ; une seule était sous le coup d'un mandat d'arrêt, la princesse de Tarente, dame d'honneur et amie de la reine, qui fut acquittée. Les trois autres étaient venues depuis quelques jours partager la captivité, l'une de son oncle, Mms de Fausse-Lendry, les deux autres de leurs pères, M'ie Cazotte et MU« de Soinbieuil. M">« de Fausse-Lendry, qui a laissé un récit de ces horribles épisodes, parut devant Maillard, qui la renvoya libre.

Cazotte (v. ce nom), à la fois conspirateur ro-yuhste et visionnaire, était fort compromis; mais sa fille attendrit les juges et les tueurs eux-mêmes par ses larmes et ses supplications et elle obtint la vie de son père.

Sombreuil, ex-gouverneur des Invalides, était plus difficile encore à sauver; comme ennemi acharné de la Révolution, ayant poussé ses fils à s'enrôler dans les armées ennemies pour combattre la France, il était plus en danger que tout autre ; mais son admirable fille lutta si longtemps et avec tant d'âme, qu'elle arracha son acquittement, ou plutôt sa grâce. Maillard le couvrit d'un mot: «Innocent ou coupable, je crois qu'il serait indigne du peuple de tremper ses mains dans le sang de ce vieillard. •

Sombreuil, comme Cazotte, comme tous les autres acquittés, fut reconduit triomphalement aux cris de : Vive la nation! 11 est faux que les égorgeurs aient imposé à M"» de Sombreuil I effroyable obligation de boire un verre de sang pour racheter la vie de son père. A l'article Sombreuil, nous donnons la réfutation complète de cette fable hideuse, avec tous les détails sur cet épisode mémorable,et qui ne peu vent trouver place ici.

Quelques heures plus tard, Joumiac Saint- Méard, également très - compromis comme aristocrate et pamphlétaire royaliste, sauva sa vie, d'abord en gagnant les bonnes grâces d'un des tueurs méridionaux par une conversation en patois provençal, ensuite en déployant beaucoup de présence d'esprit dans son interrogatoire. Il s'avoua franc royaliste, mais nia énergiquement qu'il eût conspiré. Comme il le rapporte lui-même dans sa fameuse relation, Maillard l'acquitta en prononçant ces paroles : ■ Ce n'est pas pour juger les opinions que nous sommes ici, mais pour en juger les résultats. »

A la Conciergerie, il y eut aussi des massacres; mais on en connaît peu les détails; quelques-uns même les ont niés. M. Firmin Didot, dans sa nouvelle édition des Mémoires sur les journées de septembre, déclare que, d'après les registres d'écrou, rien n'indique qu'il y ait eu des individus massacrés dans cette prison. Cependant, sans entrer dans une discussion critique qui nous mènerait trop loin, nous dirons sommairement que, s'il reste peu de traces bien authentiques des tueries de la Conciergerie* elles n'en paraissent pas moins avérées, et par quelques lignes des Révolutions de Paris (n° 165, 8 sept. 1792), et par une mention dans le Bulletin du tribunal révolutionnaire (n° 5), et par le registre des individus massacrés déposé à l'Hôtel de ville et dressé par ordre de la Commune peu de jours après les événements.

Il paraît que la Conciergerie renfermait beaucoup de femmes, qui furent toutes relâchées, à l'exception de la fameuse bouquetière du Palais-Royal, condamnée à la potence pour avoir mutilé son amant, un gardefrançaise, à la façon d'Abailard, et qui depuis fort longtemps restait détenue sans que ia sentence tût exécutée. Cette misérable fut tuée. On a supposé que d'anciens gardesfrançaises avaient voulu venger leur camarade mort, en exerçant sur la bouquetière des mutilations analogues; mais tous les détails monstrueux donnés par Roch Marcandier dans son pamphlet, et qui ont été reproduits trop complaisamment par de graves historiens, sont fort suspects et fort douteux. Bien mieux, le l'ait même de la présence de la bouquetière à la Conciergerie ne serait pas bien prouvé. Après avoir rapporté le récit traditionnel, M. Michelet ajoute une note : • Cet horrible fuit n'est pas très-sûr. On dit que la bouquetière était à la Conciergerie, mais M. Labat a cherché inutilement son nom sur le registre d'écrou. «

Or M. Labat était le savant archiviste de la préfecture de police bien connu des érudits; il était donc en position d'être bien informé.

D'après Maton de La Varenne, on tua à la Conciergerie 73 malfaiteurs. Le comité de surveillance avait saisi dans cette prison tout un matériel pour la fabrication de faux assignats et une pleine serviette de faux assignats déjà fabriqués (Moniteur, n° 321).

Dans la journée du 3, une nouvelle panique se propagea: on disait partout que les prisonniers de Bieétre, munis d'armes à feu et dirigés par les royalistes, se préparaient à commencer la contre-révolution. Plusieurs sections fournirent alors des détachements qui marchèrent sur Bicêtre avec leurs canons et se bornèrent, d'ailleurs, à investir l'établissement. Mais les égorgeurs vinrent à leur tour, de plus en plus affolés par la furie du meurtre et l'ivresse du sang; ils tuèrent jusqu'au soir, puis reprirent le lecdemuin 4 leur horri-

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ble besogne jusqu'à trois heures de l'aprèsmidi. Les victimes étaient des criminels, des malfaiteurs, de malheureux enfants mis en correction, et dont quelques-uns n'avaient que douze à treize ans; enfin l'économe Béchet, qui d'ailleurs périt victime de la haine d'un prisonnier, suivapt Prudhomine et Maton de La Varenne.

Enfin, une autre bande se porta sur laSalpêtrière ; des détachements de gardes nationaux avaient, dans )a journée du 3, empêcha l'envahissement de cette maison ; mais le lendemain, vers quatre heures, la horde revint, mit beaucoup de femmes en liberté et eu tua 35, parmi lesquelles la fameuse empoisonneuse Desrues.

On ne pourrait indiquer le moment précis où finirent ces horreurs. Il parait certain que le 5 et même le 6 il y eut encore çà et là quelques meurtres isoles.

Cependant, le premier moment de vertige et de stupeur passé, une. réaction de justice et d'humanité se fit dans les conscience*. Les autorités agirent un peu plus, quoique fort timidement encore. Pétion se transporta à la Force, Roland écrivit à l'Assemblée en des termes assez vagues et en parlant des massacres comme « d'événements sur lesquels il faut peut-être laisser un voile, » mais, en définitive, pour demander des mesures d'apaisement. Le conseil de la Commune, le 3, arrêta, en termes plus nets, qu'il fallait « s'en remettre à la loi de la punition des coupables. » Il désavoua aussi formellement les massacres en couvrant d'applaudissements et de marques de sympathie un citoyen qui vint annoncer à la barre qu'il se chargeait de nourrir et de loger un pauvre prisonnier échappé au carnage de la Force.

Mais on sait qu à ce moment de crise tous les pouvoirs publics étaient sans force et flottaient pour ainsi dire à l'aventure, sans unité, sans cohésion, sans autorité réelle.

Le soir de ce même jour (3), une circulaire émanée du comité de surveillance fut expédiée dans tou3 les départements; elle contenait une apologie officielle des massacres, avec invitation à les imiter. On a repété, sur la foi de Mme Roland et de quelques autres écrivains hostiles, que cette circulaire était partie sous le couvert du ministère de Injustice. Rien n'est moins prouvé (v. Danton). Ce qu'il y a de certain, c'est que la pièce était signée des noms de tous les membres du comité ; mais plusieurs, et not imment Desforgues, ont protesté avec énergie contre l'accusation d'avoir coopéré à cetacte de folie furieuse, et, en outre, l'original de tacireulaire n'a jamais été retrouvé. Comme elle fut imprimée chez Marat, plusieurs historiens ont conjecturé qu'il en était seul l'auteur et que, de sa propre autorité, il l'avait revêtue de la signature de ses collègues. Cela n'est pas impossible ; mais c'est une conjecture. Une chose probable, c'est que plusieurs membres du comité approuvaient secrètement les massacres; mais, répétons-le, il n'y a pas de preuves formelles que le comité, collectivement et en tant que pouvoir public, un ait pris l'initiative et les ait organisés.

Nous avons sous les yeux une pièce officielle adressée par le comité de surveillance à la municipalité de Versailles, le S septembre, et qui porte ceci : « Nous trouverons toujours bon ce que feront nos frères de Versailles pour s'assurer des conspirateurs qu'ils nous dénoncent; mais nous les invitons à les conserver encore sous leur surveillance, nos prisons n'étant pas encore à l'abri des justes vengeances du peuple. Dans peu de jours, nous ferons part à nos frères de nos résolutions définitives, d'après les circonstances. •

li résulte de cette pièce, d'une authenticité incontestable, que si le comité s'incline devant l'horrible fait accompli en qualifiant les tueries de ajustes vengeances, » il s'oppose néanmoins à l'envoi de nouveaux prisonniers, dans la crainte qu'ils ne soient sacrifiés.

Cela e.st formellement en contradiction avec le rôle qu'on lui prête.

Quant au salaire qui aurait été promis et payé aux massacreurs, on sait que de nombreuses controverses ont eu lieu. M. Gr nier de Cassagnac et autres écrivains ont imprimé des pièces, des bons, des reçus, etc., pour établir que la Confinune et son comité de surveillance avaient régulièrement soidé l'assassinat, comme un « travail. > Nous n'entrerons pas ici dans les détails fort compliqués de cette discussion ; mais, tout examiné et avec l'indignation que nous inspirent les massacres de septembre, nous demeurons convaincu que cette opinion repose sur une équivoque. Les Comptes de la Commune et les autres pièces nous fournissent la preuve péremptoire que ces ■ travailleurs • dont il est question sont les hommes qui ont été occupés a enlever les corps, ranger les dépouilles, laver le sang, conduire et enterrer les victimes, etc., et non point les massacreurs. Les textes en tout foi, et il faut les torturer poury voir autre chose. Qu'on lise et qu'on relise les Comptes de la Commune, où toutes les dépenses de ces fatales journées sont détaillées avec minutie, et i'on n'y découvrira pas un article qui se rapporte à un salaire donné aux exécuteurs. D'ailleurs, veut-on une autre preuve? 24 livres par jour auraient été, dit-on, accordées aux égorgeurs; or, le total des sommes dépensées s élevant à 1,464 livres, il en résulterait que 61 personnes seulement auraient coopéré aux massacres, ce qui est absurde.

SEPT

Il en résulte assez clairement qu'il n'y eut de salariés que les ouvriers, charretiers, fos1 soyeurs, etc., employés à faire disparaître les. traces des meurtres, et c'est ce qui ressort de toutes les pièces quand on les examine froidement et sans passion, avec la seule préoccupation de la vérité historique.

Seulement, ce qui a pu donner quelque apparence de probabilité aux assertions que nous repoussons ici, c'est que, en effet, quelques misérables, les mains souillées de sang, se présentèrent aux comités des sections, à l'Hôtel de ville et devant d'autres autorités pour réclamer des bons de vin, de viande et même des indemnités pécuniaires, et que la terreur qu'ils inspiraient les leur fit obtenir, du moins quelquefois. On voit qu'il y a ici une différence essentielle : il ne s'agit plus d'assassins embrigadés à l'avance, touchant un salaire convenu, réglé, mais de brigands arrachant un secours. On peut justement, qualifier de honteuse la pusillanimité de quelques fonctionnaires qui ont cédé à ces réquisitions, mais il serait arbitraire de voir dans ces faits particuliers, qui se sont produits après coup, des preuves de complicité, de préméditation et d'embrigadement des meurtriers.

Comme il était arrivé lors de la Saint-Barthélémy, les événements de Paris eurent leur contre-coup en province. A Meaux, à Reims, à Charleville, à Caen, à Couches, près d'Autun, à Lyon, il y eut aussi un certain nombre d'exécutions sommaires. Enfin, k Versailles, des bandes de massacreurs se jetèrent sur les prisonniers ramenés d'Orléans et les tuèrent sans pitié.

Nous terminerons ce funèbre récit par le calcul approximatif du nombre des victimes dans les prisons de Paris. Comme il arrive to'ujours en pareil cas, ce chiffre a été monstrueusement exagéré. Des écrivains royalistes n'ont pas craint de le porter à 12,000. Heureusement, il existe des états nominatifs, des écrous, des comptes authentiques qui, s'ils ne nous donnent pas le chiffre absolument exact, réduisent du moins les exagérations à leur juste valeur.

M. Bûchez, dans YHistoire parlementaire, . M. Barth. Maurice, dans son Histoire des prisons de la Seine, M. Firmin Didot, dans sa nouvelle édition des Mémoires sur les journées de septembre, M. Granier de Cassagnac, dans l'Histoire des girondins et des massacres de septembre, M. Mortimer-Ternaux, dans YHistoire de la Terreur, et d'autres écrivains dont la plupart sont fort hostiles à la Révolution, se sont efforcés de calculer aussi exactement que possible le nombre des victimes. Ils sont arrivés à des appréciations qui diffèrent sensiblement, mais qui sont bien audessous des chiffres légendaires de la tradition royaliste.

Les documents principaux sur lesquels on s'appuie sont : 1° les tableaux de Maton de La Varenne et de Prudhomme; 2° les listes dressées en vertu de l'arrêté du conseil de la Commune en date du LO septembre 1792 ; 3° l'état général dressé par les administrateurs du département de police du 10 septembre 1792; i° compte rendu des administrateurs de la police, membres du comité de Surveillance de la Commune de Paris, du 10 octobre 1792; 50 enfin les registres d'ècrou, les procès-verbaux et lettres officielles des diverses sections, ainsi que les listes rectificatives concernant certaines catégories de prisonniers omises dans les documents cités plus haut.

De l'analyse minutieuse de toutes ces pièces et de l'étude d'une foule de relations contemporaines, on arrive au résultat suivant, poulies neuf prisons de la Seine qui ont été le théâtre des massacres de septembre :

Chiffre le plus bas, d'après MM. Barth. Maurice et Mi-

chetet 96fl

D'après le comité de surveillance de la Commune 1,079

D'après Peltier 1,005

D'après Prudhomme 1,035

D'après M. Granier de Cassagnac 1,458

D'après M. Mortimer-Ternaux. 1,368

Nous ne donnons ici que les totaux, sans nous arrêter aux controverses pour chaque prison. D'autres auteurs ont trouvé des nombres différents; mais comme ils flottent entre ceux-ci, nous jugeons sans intérêt de les reproduire.

Ainsi le chiffre oscille donc entre 966 et 1,458. Après avoir examiné avec soin les calculs des différents auteurs, il nous paraît que celui de M. Mortimer-Terrtaux, qui u contrôlé minutieusement ses devanciers et fait subir un nouvel examen aux documents, est celui qui se rapproche le plus de la vérité,

1,368, tel semit donc, k peu de chose près, le chiffre des victimes, savoir:

Abbaye 171

Force 169

Châtelet 223

Conciergerie 328

Bernardins 73

Carmes 120

Saint-Firmin 79

Bicêtre 170

Salpêtrière 35

Pour quelques autres détails, voyez plus

loin Klil-TKMBKISKURS.

SEPT

Après le récit des faits, nos lecteurs liront avec intérêt quelques citations empruntées k des écrivains appartenant k tous les partis : ces citations leur permettront de juger comment les massacres de septembre ont été appréciés par des hommes qui devaient les envisager à des points de vue très-divers.

a ... Telle est la vérité sur les journées de septembre. Il est faux que la Commune en ait tracé d'avance le plan hideux et l'ait donné à exécuter, au milieu de Paris immobile et muet, à une poignée d'assassins à gages. Ah! s'il était fondé le système historique qui a prévalu jusqu'ici, parce qu'il fut soutenu et par les girondins en haine des montagnards, et par les royalistes en haine de la Révolution , y aurait - il assez de mépris , assez d'exécration pour tous ces royalistes, pour tous ces girondins, pour tous ces ministres, pour toute cette Assemblée, pour tout ce peuple, qui, saisis d'horreur, mais tremblants de peur, auraient laisse boire tant de sang à une cinquantaine de vampires? Et à quelle époque de l'histoire faudrait-il donc remonter, juste ciel! pour trouver un exemple d'universelle lâcheté comparable à celle dont la France, patrie du courage, aurait alors donné le spectacle? Non, non, il n'en fut point ainsi. Les journées de septembre eurent le caractère d'emportement contagieux qui, au xme siècle, avait marqué ces Vêpres siciliennes, où 8,000 Français furent égorgés en deux heures. Mais quoi I ces mêmes prisons de Paris, comme le remarque très-bien un historien anglais (Carlyle), n avaient-elles pas déjà vu leurs dalles rougies du sang des Armagnacs, massacrés en masse par les Bourguignons? Et les Manuel d'alors n'avaient -ils pas entendu les tueurs leur dire : « Maudit soit qui aurait pitié de ces » chiens d'Armagnacs 1 Ils ont ravagé le » royaume de France et l'ont vendu k i'An- » glais. » Les journées de septembre sortirent d'un semblable excès de délire, né luimême de l'excès du péril et de la rage. Elles furent le vertige de Paris menacé de mort; elles furent la démence de la Révolution pantelante. Elles eurent ce qui serre le cœur, ce qui consterne, mais ce qui ne s'est que trop souvent rencontré dans les annales des peuples, un caractère d'irrésistible spontanéité, qui s'associa, chose lamentable et effroyable, au plus fougueux élan de patriotisme qui fut jamais.

» France, Révolution, Liberté, qu'il vous a coûté cher cet accouplement contre nature 1 Le monde ne les a plus compris, mêlés aux gémissements venus de l'Abbaye, vos chants de fraternité et de délivrance. Entre vous et lui, un voile rouge venait d'être étendu, derrière lequel disparurent momentanément et ce que vous aviez accompli d'héroïque et ce que vous alliez accomplir encore. Vous étiez la vie, et les peuples vous cherchaient; mais dès qu'on leur présenta le corps vivant lié à un cadavre, ils reculèrent d'effroi I

<• Et puis, quelle pitié de voie la philosophie devenue fanatique pour mieux décrier le fanatisme, et l'apostolat de l'humanité pratiqué' ù coups de lance ! Les représailles s'éternisent de la sorte; la peine du talion passe du code de la barbarie dans celui du progrès, qu'il déshonore, et les siècles ne font plus que se venger les uns des autres. En septembre, on disait au prêtre qu'on égorgeait : « Souviens-toi de la Saint- Barthélémy! > (Louis Blanc.)

« .., Pour glacer la pitié, il avait suffi que les massacres eussent une apparence de coup d'Etat. Les tueurs, tranquillement assis à ia porte des greffes et jouant leur rôle déjuges, les municipaux qui venaient inspecter rouvrage, les écharpes mêlées à la tuerie, les assassins qui travaillaient à la corvée des meurtres et gagnaient leur journée , cette assurance dans le sang, tout cela donnait l'idée d'une mesure administrative, exécutée au nom de l'autorité. Il n'en fallut pas davantage pour ôter aux meilleurs ia pensée de s'opposer à un carnage officiel. Les assassins ne furent qu'une poignée, tout le reste trembla.

» Ceci tient à une cause qui reparaît souvent dans la Révolution. Quand la peur entrait dans les âmes, alors, sous la France nouvelle, reparaissait aussitôt le tempérament de l'ancienne France, sourd aux cris des victimes, passif à toutes les fureurs, pourvu qu'elles parussent ordonnées par un pouvoir que l'on savait résolu et dont on connaissait la force pour l'avoir éprouvée.

» Lorsqu'au 2 septembre, au tocsin des églises, au retentissement du canon d'alarme, la crainte envahit les cœurs, elle engendra la même insensibilité aux maux d'autrui. On n'avait plus affaire au roi, mais toujours à l'autorité ; et ici l'on sentait vaguement la présence d'un pouvoir nouveau, la Commune, qui avait montré sa force au 10 août et qui la montrait plus formidable encore dans la justice administrative du 2 septembre. A la seule pensée que l'autorité avait lu haute inain dans les massacres, ils changeaient de nom. Les tueurs n'étaient plus que des agents ; les plus fiers courages tombaient. L'ancien homme reparaissait avec l'ancienne crainte de l'officiel. On n'allait pas du premier coup jusqu'à l'assentiment, il est vrai ; mais les cœurs devenaient de pierre et l'on suspendait son jugement. Bourgeois, ouvriers, peuple se tenaient cois dans leurs maisons, attendant,

SEPT

comme leurs ancêtres, que la justice de la Commune eût passé

SEPT

» La liberté , enfin conquise , eût pu seule apaiser et racheter les victimes de septembre. Au contraire, ces terribles plaies saignent encore : combien de temps suflirat-il de les étaler au jour pour faire reculer l'avenir ?

• Ce oui effraye presque autant que les meurtres, c est la complaisance qu'ils trouvèrent dans la conscience publique, tant que la force les protégea. 11 se passa plusieurs mois avant que quelqu'un osât donner leur nom aux massacres; les plus audacieux les appelaient les événements ou les expéditions de septembre. Quand on cessa de Ses approuver, le silence, l'oubli les couvrirent. Enfin vint la critique détournée, timide, et cela parut longtemps le comble de la vertu. La conscience humaine est plus fragile qu'on ne pense ; tant que les forfaits sont les plus forts, elle disparaît et fait la morte.

» Ces massacres mirent une rivière de sang entre les girondins et les montagnards; les premiers en firent contre les seconds une accusation perpétuelle, d'où la réconciliation fut impossible. Une fatalité s'attacha aux uns et aux autres, soit qu'ils eussent commis le crime, soit qu'ils l'eussent laissé commettre. Ce fut la robe rouge de Nessus aux flancs du peuple-Hercule. ■ (Edgar Quinet.)

a C'est le 1er septembre qu'on enlève à la ville de Paris les magistrats qui l'avaient guidée dans la Révolution, et c'est le même jour qu'on apprend que Verdun est pris, que les ennemis s'avancent sur Paris. Soudain la voix de la patrie se fait entendre, les magistrats, quoique frappés d'un injuste anathème, font une proclamation. Au même instant, l'Assemblée révoque son décret de cassation, le peuple s'empresse de voler k l'ennemi ; mais il songe que les prisons regorgent de conspirateurs-, il sait que si les Prussiens s'avancent, c'est pour délivrer leurs complices et leurs agents secrets; il sait qu'il laisse des femmes, des enfants, et pout leur sûreté il immole les premiers ennemis qu'il rencontre sous sa main... Cette vengeance terrible arrêta le roi de Prusse pendant six jours. La crainte de voir la famille royale tomber sous les coups d'un peuple justement irrité arrêta la marche des Prussiens... Si vous voyez un crime dans un transport révolutionnaire, punissez les vainqueurs de Jemmapes, punissez les héros qui ont sauvé la liberté; punissez enfin tout le peuple de Paris... » (Billaud- Varenne, Discours aux jacobins, 8 fév. 1793.)

i ... Je vis deux Anglais qui tenaient des bouteilles et des verres. Us offraient à boire aux massacreurs et les pressaient en leur portant le verre k la bouche. J'entendis un de ces massacreurs, qu'ils voulaient faire boire de force, leur dire : « Eh! f.... 1 laissez-nous a tranquilles ; vous nous avez fait assez boire ; i nous n'en voulons pas davantage. » Je remarquai, à la lueur de quelques flambeaux qui entouraient lu victime, que ces deux Anglais étaient en redingote, etc. . . . . .

» Il est donc de l'honneur du peuple français d'être lavé d'une pareille tache. Je présume que ma déclaration en découvre les moyens et indique le fil de cette trame infernale. Il y a tout lieu de croire que c'est le gouvernement anglais qui a été le moteur et l'instigateur de toutes les horreurs qui ont couvert la France de deuil,

» Rappelons-nous que, dans les commencements, le peuple anglais était enthousiaste de notre Révolution. Le cabinet de Londres avait à craindre que les Anglais ne voulussent nous imiter. Il était donc de sa politique d'être en guerre avec nous et de nous y mettre avec I univers entier. Le plus difficile était d'avoir le consentement du peuple anglais, afin d'en obtenir des subsides. Rappelons-nous aussi que c'est au moment où l'on apprit k Londres la journée du 2 septembre que le peuple anglais demanda la guerre contre nous. Il y a donc tout lieu de soupçonner que le cabinet de Londres avait suscité cène journée. Ce soupçon se tourne en une espèce de certitude, si l'on fait attention k ces deux Anglais dont j'ai parlé

» Peut-être dira- 1- on que le crime de deux particuliers isolés ne prouve pas que le gouvernement anglais soit leur complice. Ce serait très- mal cunnaître ie cabinet de Londres ' et son exécrable politique. Ne perdons pas de vue que c'est précisément à cette époque qu'il parvint à soulever le peuple en lui inspirant de l'horreur contre nous D'ailleurs, de tout temps, tous les moyens lui ontéié bons. Mais il est encore un autre fait dont tout Paris a eu connaissance et qui coïncide parfaitement ! avec celui dont j'ai parlé. Après l'exécution ' de Louis XVI, un Anglais remit un mouchoir ' blanc au bourreau pour le tremper dans le sang du roi. Peu de jours après, ce mouchoir fut arboré au haut de la Tour de Londres. Aussitôt le peuple anglais devint semblable aux éléphants que l'on rend furieux en leur montrant une couleur rouge. U demande k grands cris l'anéantissement de la France. Si l'on rapproche ces deux faits, ils formeront une espèce d'identité qui peut amener k découvrir la vérité. Il sera facile de découvrir quel est cet Anglais qui a donné son mouchoir au bourreau ; peut-être est-il un de ceux qui excitaient les massacres dans la nuit du 2 septembre. Pourquoi le bourreau accepta-

t-il ce mouchoir ? Pourquoi le trempa-t-il et pourquoi -le rendit-il ? C'est aux autorités constituées k suivre et à découvrir cette trame. Je suis convaincu qu'elles sont aussi jalouses que moi de l'honneur de la patrie et qu'elles découvriront, aux yeux de l'univers et de la postérité, la source d'où sont découlés tous, ces crimes affreux ; elles purifieront le peuple français d'une tache qui sans cela serait indélébile. » (Déclaration du citoyen Jourdun.) V. la mention de cette pièce k la partie bibliographique,

« Pétion était maire, Manuel était procureur de la Commune. Tous les deux, je les ai connus : Manuel était loin d'être un barbare; Pétion portait un cœur humain. A côté d'eux siégeaient k la Commune beaucoup d'hommes qui, comme eux, avaient horreur du sang, qui, comme eux, pensaient qu'il fallait vaincre le despotisme et l'aristocratie, mais qu'il était horrible d'égorger lesdespotes mêmes et les aristocrates dans les prisons. Dans ces jours, dont la liberté doit porter éternellement le deuil, il existait un conseil exécutif, qui s'assemblait ou qui devait s'assembler. L'insurrection, qui avait foudroyé le trône, n'avait pas foudroyé l'Assemblée législative ; elle tenait ses séances. On venait lui dire : « On a égorgé dans les prisons, on égorgo » dans les prisons, on va égorger encore dans » les prisons. » Comment donc l'Assemblée législative, le conseil exécutif, le maire et le procureur de la Commune ; comment tout ce qui avait une autorité et un sentiment d'humanité n'a-t-il pas arrêté ce sang qui a coulé pendant plusieurs jours et presque sous les yeux de tout le monde ? Ils l'ont voulu tous, ils l'ont tenté. Ils ne l'ont done pas pu? Mais comment, par quoi, par qui étaient réduits à cette désastreuse impuissance tant de représentants de la puissance nationale, tant d'organes des lois, tant de dépositaires de la força publique, tout ce qu'il y avait d'autorttés constituées? Eh! comment l'expliquer autrement que par l'insurrection qui, en frappant une autorité perfide et coupable, s'était mise au-dessus des autorités les plus pures et les plus fidèles et prolongeait des pouvoirs qu'elle n'aurait dû exercer que dans un seul instant et dans un seul acte? Comment l'expliquer autrement qu'en se rappelant que, parmi les ordonnateurs et les chefs de l'insurrection, étaient de ces hommes qui peuvent tout parce qu'ils osent tout, et qui, en affranchissant In nation, croyaient avoir acquis le droit d'affranchir leurs passions les plus féroces ? Comment expliquer le massacre de Versailles, exécuté quelques jours après ceux de Paris avec les mêmes caractères et la même duplicité, autrement qu'en avouant que les législateurs, les ministres et les magistrats de la nation n'avaient pu reprendre encore les rênes des destinées de la France , et que l'insurrection seule commandait encore aux événements ? Comment expliquer enfin ce silence universel gardé si longtemps sur Ces journées au.milieu d'une horreur universelle; ces blâmes timides et ménagés dans la bouche des hommes les plus purs et les plus humains, et ces approbations éclatantes données par des hommes qui n'étaient pas des scélérats, mais qui étaient dans le délire et qui avaient créé des mots nouveaux pour célébrer des forfaits inouïs ?

» Si ces affreux événements n'ont pas été le produit de l'insurrection, comment donc n'ont-ils pas été prévenus? comment n'ontils pas été arrêtés? comment ne sont- ils pas déjà punis? comment tant de sang u-t-il coulé sous d'autres glaives que ceux de la justice, sans que les législateurs, sans que les magistrats du peuple, sans que tout le peuple luimême ait porté toutes les forces publiques aux lieux de ces sanglantes scènes ?

» En rejetant sur l'insurrection les massacres de septembre, j'ai été loin de vouloir atténuer de si grands forfaits; mais ce qui est bon et ce qui est horrible peuvent arriver dans le même temps, par les mêmes causes ; et les massacres ont été exécutes parce que les mouvements de l'insurrection duraient encore. Eh! que faudrait-il penser d'une nation au milieu de laquelle de telles choses se seraient passées durant le règne des lois? Qu'on y réfléchisse bien, et qu'on réponde à cette question, » (Garât.)

« ... La France était désorganisée et près que dissoute, trahie, livrée et vendue.

■ Et c'est justement k ce point où elle sentit sur elle la main de la mort que, par une violente et terrible contraction, elle suscita d'elle-même une puissance inattendue , fit sortir de soi une flamme que le monde n'avait vue jamais, devint comme un volcan de vie. Toute la terre de France devint lumineuse^ et ce fut sur chaque point comme un jet brûlant d'héroïsme, qui perça et jaillit au, ciel.

» Spectacle vraiment prodigieux, dont la diversité immense défie toute description. De telles scènes échappent k l'art par leur excessive grandeur, par une multiplicité infinie d'incidents sublimes. . . . t . . .

» Qui croirait que, devant cette scène admirable, splendidement lumineuse, l'Europe ait fermé les yeux, qu'elle n'ait rien voulu voir de tant de choses qui honorent h jamais la nature humaine, et qu'elle ait réservé tout*

SEPT

son intention pour un sent point, une tache noire de boue et de sang, le massacre des prisonniers de septembre î

» Dieu nous garde de diminuer l'horreur que ce crime a laissée dans la mémoire ! Personne, à coup sûr, ne l'a sentie plus que nous! Personne n a pleuré peut-être plus sincèrement ces mille nommes qui périrent, qui presque tous avaient fait par leur vie beaucoup de mal à la France, mais qui lui firent patleur mort un mal éternel. Ah ! plût au ciel qu'ils vécussent ces nobles qui appelaient l'étranger, ces prêtres conspirateurs qui, par le roi, par la Vendée, mettaient sous les pieds de la Révolution l'ob3tacle secret, perfide, où elle devuit heurter, avec l'immense effusion de sang qui n'est pas Unie encore I... Les trois ou quatre cents ivrognes qui les massacrèrent ont fait, pour l'ancien régime et contre la liberté, plus que toutes les armées des rois, plus que l'Angleterre elle-même avec tous les .milliards qui ont soldé ces armées. Ils ont élevé, ces idiots, la montagne de sang qui a isolé la France et qui, dans son isolement, l'a forcée de chercher son salut dans les moyens de la terreur. Ce sang d'un millier de coupables, ce crime de quelques centaines d'hommes, a caché aux veux de l'Europe l'immensité de la scène héroïque qui nous méritait alors l'admiration du monde.

» Revienne donc enfin la justice, après tant d'années I et que l'on avoue que chez toute nation, au fond de toute capitale, il y a toujours cette lie, toujours cette boue sanguinaire, l'élément lâche et stupide qui, dans les paniques surtout, comme fut le moment de septembre, devient très-cruel. Même chose aurait eu lieu et en Angleterre, et en Allemagne, chez tous les peuples de l'Europe ; leur histoire n'est pas stérile en massacres. Mais ce que l'histoire d'aucun peuple ne présente à ce degré, c'est l'étonnante éruption d'héroïsme, l'immense élan de dévouement et de sacrifices que présenta alors la France. ■ (Michelet.)

« ... Après dîner, quelqu'un ayant mentionné la date du jour (3 septembre 1816), l'empereur a dit à ce sujet des paroles bien remarquables. En voici quelques-unes :

• C est l'anniversaire d'exécutions bien épouvantables, bien hideuses, une réaction en petit de la Saint-Barthélémy, une tache pour nous, moindre sans doute parce qu'elle a fait moins de victimes et qu elle n'a pas porté la sanction du gouvernement, qui essaya même de punir le crime. Il a été commis par la Commune de Paris, puissance spontanée, rivale de la Législative, supérieure même.

> Au surplus, disait l'empereur, ce fut bien plutôt l'acte du fanatisme que celui de la pure scélératesse. On a vu les massacreurs de septembre massacrer un des leurs pour avoir volé durant les exécutions.

• Ce terrible événement, continuait l'empereur, était dans la force des choses et dans l'esprit des hommes. Point de bouleversement politique sans fureur populaire, point de danger pour le peuple déchaîné sans désordre et Sans victimes. Les Prussiens entraient; avant de courir k eux, on a voulu faire main basse sur tous leurs auxiliaires dans Paris; peut-être cet événement influat-il dans le temps sur le salut de la France. Qui doute que, dans les derniers temps, lorsque les étrangers approchaient, si on eût renouvelé de telles horreurs sur leurs amis, ils eussent jamais dominé la France I Mais nous ne le pouvions, nous étions devenus légitimes ; la durée de l'autorité, nos victoires, nos traités , le rétablissement de nos mœurs avaient fait de nous un gouvernement régulier; nous ne pouvions nous charger des mêmes fureurs ni du même odieux que la multitude. Pour moi, je ne pouvais ni ne voulais être un roi de la jacquerie. » Opinion et appréciation de Napoléon 1er sur les massacres de septembre. (Mémorial de Sainte- Hélène.)

— Bibliogr. En l'an V, une première collection des pièces relatives aux journées de septembre tut formée par Nogaret, sous le titre d'Histoire des prisons de Paris. Elle était loin d'être complète et, en outre, trop mélangée d'anecdotes suspectes, où l'imagination avait la part principale. En 1823, MM. Berville et Barrière, éditeurs d'une collection de mémoires sur la Révolution, publièrent à leur tour un volume de mémoires sur les journées de septembre, composé de brochures contemporaines et de quelques extraits , avec des préfaces et des notes écrites dans un esprit d'exagération contrerévolutionnaire. M. Firmin Didot a donné une nouvelle édition de ces mémoires, plus complète et accompagnée de notes et de commentaires.

Parmi les pièces officielles, nous en avons signalé plus haut, de fort importantes et qui sont conservées soit aux archives de la préfecture de police, soit à l'Hôtel de ville, soit aux Archives nationales, soit à la bibliothèque de la rue Richelieu. Beaucoup ont été publiées par extraits ou en totalité, las unes dans les collections que nous venons de citer, d'autres dans les ouvrages récents que nous mentionnons ci-dessous. Les principales sont :

lo Les listes dressées en vertu de l'arrêté du conseil général de la Commune, en date du 10 septembre 1792, qui ordonne aux gref-

SEPT

fiers, concierges, geôliers, gardiens des prisons de se transporter aux comités des sections et d'y déposer les registres et les renseignements qu'ils peuvent avoir, tant sur les prisonniers morts que sur ceux qui se sont évadés des prisons. M. Granier de Cassagnae en a donné une copie dans son Histoire des girondins et des massacres de Septembre.

2° L'état général dressé par les administrateurs du département de police, daté du

10 septembre 1792.

3° Les registres d'écrou, les procès-verbeaux et lettres officielles émanés des diverses sections, ainsi que les listes rectificatives concernant certaines catégories de prisonniers.

4° Les registres des délibérations des sections de Paris.

5« Les procès-verbaux de la Commune.

6° La procédure dirigée en l'an IV contre les septembriseurs, et dont le volumineux dossier est conservé aux archives de la cour d'appel de Paris. Les débats oraux, qui durèrent plusieurs jours, n'ont pas été conservés; mais on peut y suppléer par le résumé du président du tribunal criminel, Gohier, qui devint plus tard ministre de la justice, puis membre du Directoire. Au reste, cette immense instruction écrite ne doit être consultée qu'avec réserve, car elle contient une foule de dénonciations dont la véracité n'a pas été reconnue, puisque, à cette époque de réaction, la presque totalité des individus mis en cause ont été acquittés. V. septkmbriseurs.

Signalons aussi, en passant, les journaux du temps, dont les uns, comme les Révolutions de Paris, font l'apologie des massacres, et dont les autres, comme Te Courrier des dé-

fartements du girondin Gorsas, en tentent atténuation. On trouvera une analyse et des extraits de ces feuilles dans la très- partiale Histoire de la Terreur de M. Mortiraer- Ternaux (t. IV).

Enfin, parmi les mémoires originaux, mentionnons : Relation adressée par l abbé Sicard, instituteur des sourds-muets, à un de ses amis sur les dangers qu'il a courus les s et 3 septembre 1792. Ce récit fut publié pour la première fois dans un recueil périodique qui paraissait sous le titre û'Annales religieuses (i 796). II fut peu après mis en brochure. Elle a été reproduite dans le tome XVIII de rJBï.jtoire parlementaire de Bûchez et Roux. Le respectable abbé, qui, comme on le sait, échappa au massacre et dont le nom suffit pour imposer la vénération aux meurtriers, raconte les événementsde l'Abbaye, du moins en partie, et spécialement les scènes dont il a été témoin. Il a commis quelques erreurs, mais dans les choses qui ne lui sont pas personnelles. Peut-être même pourrait-on signaler quelques inexactitudes dans le récit de ce qu'il a vu de ses yeux; mais du moins on ne saurait mettre en doute sa sincérité. Il était au nombre des ecclésiastiques amenés de la mairie (aujourd'hui la préfecture de police) à la prison de l'Abbaye et qui furent les premières victimes.

Mon agonie de trente-huit heures ou Récit de ce qui m est arrivé, de ce que j'ai vu et entendu pendant ma détention dans la prison de l'Abbaye Saint-Germain depuis le 22 août jusqu'au 4 septembre 1792, par M. de Journiac Saint- Mèard, ci-devant capitaine commandant des chasseurs du régiment d'infanterie du roi. Cette brochure intéressante eut plus de soixante éditions en moins d'un an , du 15 septembre 1798 au 31 mai 1793. Elle a été réimprimée dans la Collection des mémoires sur la Révolution et dans YHiUoire parlementaire (t. XVIII). En outre, on en a donné depuis plusieurs éditions. C'est un tableau tracé sans prétention, mais palpitant de réalité. L'auteur, acquitté par le tribunal de Maillard , quoiqu'il s'avouât franchement royaliste, a raconté ses angoisses sans trop de passion ni d'esprit de parti.

Ma résurrection, par Maton de La Varenne, ouvrage publié en 1795. Il était devenu fort rare quand les auteurs de l'Histoire parlementaire en réimprimèrent la partie la plus importante dans le tome XVIII de leur utile, quoique très- partiale compilation. Maton était avocat. Arrêté par 1© comité de sa section le 24 août, sur des dénonciations d'ennemis personnels, il fut enfermé à la Force, jugé le 3 septembre par le tribunal qui s'était improvisé dans cette prison, à l'instar de celui de l'Abbaye, et renvoyé absous, quoiqu'il fût, en tant qu'opinion du moins, un contre-révolutionnaire avéré. Sa relation offre des particularités fort intéressantes sur les massacres de la Force.

La Vérité tout entière sur les vrais acteurs de la journée du 2 septembre 1792, par Kelhemesi; c'est l'anagramme de Menée fils, secrétaire greffier de la Commune au 10 août. Ce Menée de La Touche, un des plus tristes personnages sortis des bas-fonds de la Révolution, et qui devint espion de toutes les polices, ne mérite pas grande créance.

11 écrivait après le 9 thermidor et, pour flagorner les dominateurs, il s'acharna à flétrir la mémoire des vaincus. Son récit demande donc à être lu avec beaucoup de précaution. Il est reproduit en grande partie dans le tome XVIII de l'Histoire parlementaire.

Histoire des hommes de proie ou les Crimes du comité de surveillance , par Rocli Marcandier. L'auteur de cette brochure avait été d'abord secrétaire de Camille Desinoulins.

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Il devint un réacteur prononcé, publia des libelles très- violents et fut condamné à mort le 24 messidor an II. Sa relation est en\preinte de l'exagération la plus outrée-, c'est a cette source plus que suspecte que les écrivains royalistes ont puisé une foule de détails dont la plupart sont apocryphes. Déclaration du citoyen Antoine-Gabriel- Aimé Jourdan, ancien président du district des Petits-Augustins et de la section des Quaire- Nations (l" rloréal un III). Cette pièce eurieuse était restée inédite; elle faisait partie d'un recueil de documents sur les journées de septembre appartenant au marquis Garnier, pair de France. MM. Berville et Barrière 1 ont imprimée en 1818 dans leur collection de mémoires sur la Révolution. Elle porte tous les caractères de l'authenticité.' jourdan présidait le comité civil de la section des Quatre-Nations, qui siégeait dans le Cloître, non loin de la prison de l'Abbaye, comme il a été dit plus haut, dans l'article consacré aux massacres. Il a donc été témoin d'un certain nombre d'égorgeinents.

Sa relation est courte, car il ne raconte que ce qu'il a vu. C'est la qu'on trouve le fameux épisode des deux Anglais qui, pendant les massacres, versaient à boire aux assassins. Jourdan, par patriotisme, mais peut-être un peu légèrement, conclut de ce fait que le cabinet de Londres était le provocateur ou tout au moins le complice des égorgeaient», et il suppose que ce cabinet voulait par la inspirer au peuple anglais l'horreur de notre Révolution. Nous avons reproduit, aux extraits et citations, le passage relatif à cette assertion.

Quelques-uns des fruits amers de la Révolution, par m™« de Fausse-Landry. On y lit quelques détails intéressants sur les massacres de l'Abbaye, où cette dame s'était enfermée pour donner ses soins a son oncle, l'abbé de Rastignac. Cette pièce a été reproduite dans les mémoires sur les journées de septembre.

Mémoires de Weber, frère de lait de Marie- Antoinette , qui lui-même a échappé aux massacres de la Force.

Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française (1*97), par Prudhomme (t. IV). C'est une des sources où les écrivains hostiles à la Révolution ont souvent puisé. Ce Prudhomme était la même éditeur qui avait publié les Révolutions de Paris, où se trouve un long et pompeux éloge des massacres. La réaction venue, il retourna tranquillement sa cocarde, brûla ce qu'il avait adoré et lit brocher par des écrivains du parti triomphant des facturas empreints de la haine la plus violente contre tous les hommes et tous les événements de la Révolution. C'est assez dire que sa prétendue Histoire, malgré quelques détails curieux, ne mérite aucune confiance.

Anecdotes peu connues sur le 10 août et les journées de Septembre, par Sylvain Maréchal (1793, in-16). Opuscule intéressant, mais devenu fort rare.

Précis historique de la Révolution , au 10 août et au 2 septembre 1792. par Peltier. Peltier, ancien collaborateur des Actes des apôtres, était un pamphlétaire royaliste plein de verve, mais très-léger de scrupule et le plus effronté menteur qui ait jamais tenu une plume.

Le passage suivant de M. Michelet donne une idée fort exacte du degré de confiance qu'on doit lui accorder :

• ... J'apprécierai les documents divers et les principaux narrateurs, surtout celui que « tous ont copié, » le libelliste Peltier, qui, dans l'année même (1792), débarquant à Londres, encore tout ému de peur et de rage, comptant bien la France morte, assassinée par l'Europe, a cru qu'on ne risquait guère à marcher sur un cadavre et cracher dessus. Les Anglais, pour qui l'auteur écrivait, ont couvert ce livre d'or, l'ont appris par cœur; toutes les presses de l'Europe ont été employées à répandre l'infâme légende. Circulant de bouche en bouche, elle a créé à son tour une fausse tradition orale. Plus d'un historien s'en va recueillant de la bouche des passants, comme choses de tradition, d'autorité populaire, ce qui primitivement n'a d'autre origine que ce bréviaire de mensonge. »

Parmi les ouvrages modernes, nous indiquerons, naturellement, les Histoires de la Révolution de Toulongeon, de Tissot, de Villiautne, de Thiers,d«Beaulieu ; les Esquisses historiques sur les principaux événements de la Révolution française de Dulaure; les Montagnards d'Esquiros; les Girondins de Lamartine, ouvrage fort romanesque; Bûchez, Histoire parlementaire de la Révolution (t. XVII et XV1I1); Louis Blanc (t. VII, chap. 11, intitulé Souviens-loi de la Saint- Barthélemy); Michelet (t. IV); Cuvillier- Fleury, les Massacres de Septembre, dans les Dernières études (t. 1er); Alex. Sorel, le Couvent des Carmes et le séminaire Saint-Sutpice pendant ta l'erreur; Mortiiner-Têrnaux, Histoire de la Terreur (t. 111 et IV); Dupont de Bussac, Fastes de la Révolution, excellent travail sur Septembre ; de Lescure, jtf me de Lamballe; Granier de Cassagnae, Histoire des girondins et des massacres de Septembre (t. II), etc.

MM.Ternaux, Cassagnae, Cuvillier, Sorel, Lescure, il est â peine nécessaire de le no-

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ter, sont d'une partialité contre laquelle on n'a pas à. prémunir le public.

Septembre isss (lofs sb). Cet ensemble.

de dispositions répressives, demeurées célèbres et qui ont reparu si souvent dans les polémiques du règne de Louis-Philippe, avilit été proposé par le gouvernement sous le prétexte de l'attentat de Fieschi. C'est l'histoire éternelle des mesures de réaction ; l.i nation entière se trouvait punie dans ses libertés à propos d'un crime particulier auquel elle était non-seulement étrangère, mais encore qui ne lui inspirait que de l'horreur ; d'un fait passager, d'une situation exceptionnelle, on faisait sortir la permanence de l'arbitraire et de la compression.

C'est le 4 août 1835 que ces lois fameuses furent présentées aux Chambres. Le présisident du conseil, M. de Broglie, dans un exposé des motifs, fit de l'état du pays, sous l'empire de la liberté de la presse, un tableau qui présentait des analogies frappantes avec le fameux rapport de M. de Chuntelauza en 1830.

« Le but des lois qui vont vous être successivement présentées, disait-il, est de faire rentrer tous les partis dans la charte, par prudence du moins ou par crainte, si ce n'est par conviction... Tous les partis sont libres dans l'enceinte de la monarchie constitutionnelle. Dés qu'ils en sortent, la liberté ne leur est pas due; ils se mettent eux-mêmes hors de la loi politique; ils ne doivent plus rencontrer que la loi pénale et les pouvoirs qu'elle arme pour sa défense... Nous n'admettons pas la discussion sur le roi, sur la dynastie, sur la monarchie constitutionnelle, qui doivent être placés sous la sauvegarda de peines sévères; si celles que le code pénal a prévues ne suffisent point, il en faut instituer d'autres, que l'humanité ne réprouve pas, mais qui, cependant, impriment aux criminels un effroi proportionné à la grandeur même du crime. Il faut armer les juridictions régulières, qui demeureront chargées de les appliquer, de moyens réguliers eux-mêmes, mais prompts, directs, efficaces pour atteindre les fins de la justice; il faut donner sécurité aux inugistrats et aux citoyens qui la dispensent; il faut que désormais la révolte, bannie de la place publiée, ne trouve plus son refuge dans le sanctuaire des lois avant d'y trouver son châtiment... Notre loi a pour but principal d'empêcher les attaques à la personne du roi et au principe de son gouvernement.

» Il faut distinguer entre Ja presse monarchique constitutionnelle, opposante ou non, et la presse républicaine, carliste ou dans les principes de tout autre gouvernement qui ne serait pas le nôtre. Celle-ci, nous ne le nions pas, nous ne sommes nullement disposés à la tolérer. Notre loi manquerait son effet si toute autre presse que la presse monarchique constitutionnelle pouvait se déployer librement après sa promulgation... t

Et dans la discussion, M. Guizot, ministre de l'instruction publique, accentua encore cette idée :

> Ouil disait-il, il y a une presse que nous regardons comme inconstitutionnelle, comme radicalement illégitime, comme infailliblement fatale au pays et au gouvernement de Juillet; nous voulons la supprimer; c'est la presse carliste et la presse républicaine. Voilà le but de la loi... Il faut choisir dans ce monde entre l'intimidation des honnêtes gens et l'intimidation des malhonnêtes gens, entre la sécurité des brouillons et la sécurité des père3 de famille; il faut que les uns ou les autres aient peur, que les uns ou les autres redoutent la société et ses lois. Il faut le sentiment profond, permanent, d'un pouvoir supérieur toujours capable d'atteindre et de punir... Qui ne craint rien ne respecte rien... »

La question était ainsi nettement posée; les nouvelles lois signifiaient intimidation, répression, guerre aux idées démocratiques. Elles étaient au nombre de trois. L'une, relative au jury, lui attribuait le vote secret, statuait que Ja majorité des voix nécessaire pour la condamnation serait réduite de 8 à 7 et aggravait la peine de la déportation.

La seconde donnait au ministre de lu justice, à l'égard des citoyens inculpés du rébellion, le droit de former autant de cours d'assises qu'il le jugerait nécessaire; aux procureurs généraux celui d'abréger, en cas de besoin, les formalités de la mise en jugement ; enfin au président de lu cour d'assises la faculté de luire emmener les accusés qui troubleraient l'audience et de passer outre aux débats en leur absence.

La troisième était relative à ta presse. Jusqu'alors aucune infraction de la presse n'avait été directement qualifiée d'attentat contre la sûreté de l'Etat (sauf pour le cas do complicité par provocation positive à commettre un crime). La loi nouvelle déterminait plusieurs iufractions considérées cunune crimes par elles-mêmes, indépendamment des tffets qu'elles ont pu produire. Ainsi étaient qualifiées d'attentats contre la sûreté de l'Etat, non-seulement la provocation k commettre un attentat contre la personne du roi on l'un des membres de sa f;imille, mais encore la simple offense au roi, l'excitation à changer la forme du gouvernement établi par 11 charte de 1830 ou à détruire l'ordre de successibilité au troue, ou à porter tes citoyens à

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s'armer contre l'autorité royale, que cette provocation eût été ou non suivie «"effet.

Ces attentats pouvaient, suivant l'appréciation des procureurs généraux, être déférés soit à la cour d'assises, soit à la Chambre des pairs ; ils étaient punis de la déten- tion, peine infamante, dont le minimum est de cinq ans et le maximum de vingt. Les amendes pouvaient s'élever jusqu'à 50,000 fr.

En outre, il était interdit, sous des peines moins fortes, mais encore exorbitantes, de prendre la qualification de républicain, de mêler la personne du roi à la discussion des actes du gouvernement, de rendre compte des procès en diffamation et des, délibérations intérieures du jury, de publier les noms des jurés, d'organiser des souscriptions en faveur des journaux condamnés, etc.

Le cautionnement des journaux fut porté de 48,000 francs à 100,000 francs, dont le versement dut être fait en numéraire; des obligations plus onéreuses étaient imposées aux gérants, auxquels on faisait même une loi de dénoncer les auteurs des articles incriminés (on sait qu'alors la signature n'existait pas dans les journaux politiques).

En outre, les tribunaux eurent le droit de suspendre le journal condamné, et enfin les dessins, gravures et lithographies ne puren? être publiés, ni les pièces de théâtre représentées sans avoir subi la censure préalable.

Il est intéressant de rappeler que plusieurs de ces aggravations avaient été introduites dans les projets ministériels par les trois commissions nommées et dont les rapporteurs furent MM. Hébert, Parent et Sauzet.

La discussion souleva une lutte assez vive j les principaux opposants furent MM. Royer- Collard, Dufaure et Dubois (de la Loire-Inférieure). Mais le résultat était prévu , car on délibérait sous le joug de la passion. Grâce au zèle outré des commissions, le ministère obtint plus qu'il n'avait demandé (9 septembre). La Chambre des pairs s'empressa de ratifier de son vote ces lois fameuses, qui d'ailleurs furent impuissantes à entraver les développements du journalisme et qui. furent abrogées par un décret du gouvernementprovisoire le 6 mars 1818.

Septembre 18*© (RÉVOLUTION DU i). NOUS

n'avons à résumer ici que l'événement final qui a déterminé l'effondrement de l'Empire. Ce régime funeste, après dix-huit ans de despotisme, venait de précipiter la France aux abtnies; l'invasion submergeait nos provinces de l'est, et les destinées de la nation, la vie du peuple, toujours à la merci des rois, se jouaient en des tueries qui marqueront dans ce siècle et resteront l'horreur et l'effroi de l'avenir.

En présence de ces terribles réalités, qui comprimaient le cœur des patriotes, l'histoire de la veille semblait déjà une chose morte, et les événements politiques émouvants dont les années précédentes étaient remplies n'apparaissaient plus, pour ainsi dire, que comme des épisodes lointains appartenant à un drame terminé, sans liaison avec ce qui allaitsuivre. L'esprit public, douloureusement ému, était absorbé par de plus puissantes préoccupations.

Mais la haine de l'Empire n'avait fait que s'accroître en proportion des malheurs publics, dont il était le seul auteur.

Dans les dernières années, on avait vu se continuer avec un redoublement d'énergie le duel de la République contre ce régime détesté. C'était la le t'ait capital, l'action maltresse qui occupait continuellement le devant de la scène. A côté de cette lutte, qui tenait la France en suspens, tous les autres épi- . sodés ne paraissaient qu'accessoires et secondaires. Quand l'existence même de la dynastie était en question, quelle importance historique, en effet, pouvaient conserver et les prorogations multipliées du Corps législatif, dont la servilité a fait l'étonnement de l'Europe, et la formation de petites coteries parlementaires, aussitôt dissoutes qu'ébauchées, et les grimaces de libéralisme au moyen desquelles les réacteurs les plus déterminés comptaient escamoter le grand mouvement démocratique qui s'était accentué depuis les élections générales de 1869, enfin tant d'autres petite incidents dont le souvenir était déjà presque complètement évanoui?

Après une domination si longue et si absolue, Napoléon III, vieilli, inquiet, voyant s'éteindre successivement autour de lui tous les complices de son guet-apens du 2 décembre, se sentant menacé par une opposition qui devenait de jour en jour plus formidable et voulant cependant assurer la couronne sur la tête de son fils,»élait en quête d'expédients nouveaux pour retenir sous sa main la France, qui lui échappait.

Le système autoritaire était usé sous sa forme brutale et sincèrement tyrannique ; on entreprit de lui redonner le ressort qu'il avait perdu en le masquant sous l'étiquette menteuse de la liberté; on annonça avec éclat des réformes libérales; un triste transfuge du parii républicain, M. Emile Oilivier, dès longtemps rallié, crut trouver Un rôle pour son ambition eu s'offraut pour abuser la nation par cette comédie gouvernementale, qui n'était pas plus prise au sérieux par ceux qui la subissaient que par ceux qui la donnaient.

La France, en effet, la France éclairée et démocratique, regardait avec une curiosité «ionique cette parade de l'Empire libéral et

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ne croyait nullement a sa durée ni & sa sincérité. On savait bien que Bonaparte ne se considérerait jamais comme lié par le prétendu régime constitutionnel qu il feignait d'accepter comme couronnement de l'édifice. On ne voyait que trop clairement qu'il restait le maître de tout changer au gré de son caprice, au moyen d'un sénatus-consulte facile a obtenir d'un sénat qui ne croyait jamais pousser la servilité assez loin. Tous les pouvoirs publics, d'ailleurs, recrutés parmi tout ce que la nation comptait d'ambitieux sans scrupule et de cupides intrigants, offraient un point d'appui assuré et des instruments tout prêts pour les besognes les plus arbitraires et les plus violentes.

Le chef de l'Etat s'était follement jeté dans cette guerre lorsqu'il devait savoir mieux que personne que nous n'étions pas en état de soutenir la lutte, grâce à l'ineptie et aux dilapidations de son gouvernement (qui revendait clandestinement et à vil prix les armes neuves de nos arsenaux); il s'y était jeté sans espoir de succès, mais pour échapper aux embarras intérieurs, pour puiser dans les dangers publics des prétextes au rétablissement du régime autoritaire et à des proscriptions nouvelles, dont les listes étaient dressées, à moins que ce ne fût pour se venger à l'avance de sa chute infaillible et prochaine en entraînant avec lui la France dans l'abîme.

Four comble d'infatuation autoritaire, il s'était attribué le commandement supérieur de l'armée, et l'on ne sait que trop comment il l'exerça.

Dans la journée du 5 août, Paris, surexcité par les émotions du patriotisme, avait été mystifié par une fausse dépêche annonçant une prétendue victoire de Mac-Mahon. Il y eut à cette nouvelle une explosion de joie, une ivresse qui se changea bientôt en stupeur au premier bruit de la défaite de Wissembourg , puis en colère quand on sut que l'armée française avait été vaincue à Frœschwiller et à Forbach.

Quelques troubles eurent lieu; mais Paris, dont l'instinct est presque toujours si sûr, n'osa tenter alors le renversement de l'Empire, ce qui nous eût épargné sans doute le désastre de Sedan.

D'ailleurs, on n'avait pas encore une idée complète et de l'immense désarroi qui régnait dans nos armées, et de l'incurie de l'intendance, et de l'incapacité de bon nombre de nos officiers supérieurs ; et l'on pensait que la destitution du maréchal Lebœuf et la retraite de l'empereur, en tant que généralissime, suffiraient à changer la face des choses.

L'impératrice régente et son conseil des ministres multipliaient les avis et les proclamations, en même temps que lés mesures de sûreté (état de siège, menaces aux journaux, etc.) ; mais, sous cette agitation fébrile, ou sentait la désorganisation et l'affolement.

Le Corps législatif fut convoqué pour le 9 août. La veille, les députés de la gauche avaient demandé au ministre de l'intérieur l'armement de tous les citoyens; la presse démocratique, dans un manifeste énergique et concis, réclamait en outre la nomination d'un comité de défense composé d'abord des députés de Paris.

Le jour de l'ouverture de cette session extraordinaire, une foule immense entourait le palais Bourbon, réclamant l'armement de la population et la formation d'un ministère capable de faire face aux événements. Beaucoup pensaient que l'heure était venue de jeter à terre ce gouvernement funeste ; mais, malgré l'émotion publique, la majorité hésitait encore à tenter l'effort suprême.

Dans celte séance du 9, Jules Favre demanda que l'empereur quittât le commandement et proposa, en outre, l'armement des citoyens et la nomination d'un comité exécutif chargé de la défense et nommé par le Corps législatif.

Cette proposition fut repoussée ; mais l'Assemblée vota un ordre du jour hostile, qui renversa le ministère Oilivier. Cette majorité, si longtemps servile, commençait à se réveiller en présence des périls publics. Une quinzaine de députés de cetje fraction avaient même signé une proposition qui n'était pas plus constitutionnelle que celle de Jules Favre et qui demandait, qui exigeait presque que le général Trochu lût chargé de former un cabinet.

Mais le nouveau ministère fut composé par l'impératrice de bonapartistes ardents, évidemment plus préoccupés du maintien de la dynastie que du salut de la patrie : le général Cousin-Montauban, comte de Palikao, Mague, Grandperret, Jérôme David, Clément Duvernois, etc.

Toutefois, on jugea utile de donner une satisfaction, plus apparente que réelle, à l'opinion publique ; on annonça la démission du maréchal Leoœuf, à qui ou attribuait en partie nos revers, et la nomination de Bazuine comme commandant en chef de l'année, en remplacement de l'empereur, qui n'eu contiuua pas moins à exercer un pouvoir réel.

Cependant, de tous côtés on demandait des fusils pour l'armement de la garde nationale et des volontaires. Mais le gouvernement restait sourd à ces appels, justifiant le mot du vieux Raspail : « Il a plus peur de la garde nationale que des Prussiens. >

Pendant ces jours d'angoisses, le rôle du

ministère se borna a tromper l'émotion publique par des nouvelles fausses ou altérées. En réalité, les revers se multipliaientpour nous, et les armées allemandes continuaient à s'avancer sur notre territoire.

L'espèce de gouvernement qui restait à Paris continuait à entraver l'armement des citoyens et à repousser toutes les mesures énergiques de défense. Cependant l'opinion avait arraché la nomination de Trochu au poste de gouverneur de Paris (16 août). Ce général avait alors une popularité qu'il devait à un ouvrage publié par lui trois ans auparavant, et dans lequel il signalait l'affaiblissement de nos institutions militaires en eu indiquant les causes. Sa nomination fut d'autant mieux accueillie qu'il fit des déclarations libérales de nature a, rassurer la population parisienne, qui redoutait toujours, et avec quelque raison, un coup d'Etat in extremis. On savait qu'il n'était pas un séide de l'Empire; il avait la réputation d'un bon stratégiste , et l'on crut avoir trouvé un homme. 11 montra d'abor'(f,'en effet, quelque activité pour mettre Paris en état de défense, car il devenait d'heure en heure plus évident que la partie suprême se jouerait sous les murs de Paris.

L'idée générale était qu'on ramenât l'armée de Châlons vers la capitale; pourvu d'une armée volante, Paris eut été couvert, eût pu se défendre, et peut-être cette manœuvre si simple et si naturelle eût été le .salut.

Mais un mauvais génie semblait présider aux destinées de la France. Malgré les efforts de Rouher, qui, pour la première fois peutêtre, donna a son maître un conseil utile au pays, l'impératrice et son gouvernement s'opposèrent obstinément à ce que l'armée revînt. Préoccupés surtout de l'intérêt dynastique, beaucoup plus que de la défense nationale, ils ne voulaient pas que l'empereur reparût sous le poids accablant de tant de désastres, comptant follement, tout en se plaçant dans les plus mauvaises conditions, sur quelque victoire remportée au loin pour redonner un peu de prestige à ce triste souverain si funeste à son pays.

La catastrophe de Sedan fut surtout l'œuvre de l'impératrice, qui agit impérieusement sur l'esprit de l'empereur pour le pousser à jeter l'armée de Châlons dans les Ardennes, quand il était visible que la défense de la capitale n'était possible qu'avec une armée de secours campant et manœuvrant autour de ses murs.

On trouvera ailleurs le récit de ces lamentables événements (v. Sedan), et nous devons nous borner ici à ce qui fait 1 objet spécial de cet article.

Paris, comme nous l'avons dit, était, depuis le commencement de la guerre, en proie à toutes les angoisses du patriotisme alarmé ; il voyait de mieux en mieux chaque jour à quels chefs incapables et pusillanimes était livrée la nation ; mais, préoccupé surtout des dangers publics, il n'avait fait aucune tentative pour renverser ce gouvernement détesté.

Cependant, le 14 août, le vieux Blanqui, accouru de Belgique, avait essayé de précipiter le mouvement par un coup de main hardi. A la tête d'une poignée d'hommes résolus, il tenta de s'emparer des armes renfermées dans la caserne des pompiers du boulevard de la Villette. L'affaire échoua, comme il arrive le plus souvent pour tous les coups de surprise. Le peuple ne se laissa pas entraîner; l'insurrection ébauchée ne fit pas une recrue; le sentiment général était la stupéfaction, même la méfiance, car on voyait partout des agents prussiens, et la police exploitait ces soupçons avec autant de perfidie que d'habileté. En outre, on ignorait absolument qui était le chef de cette audacieuse entreprise.

Quelle que fût l'imprudence de cette tentative, il il en est pas moins déplorable que l'Empire n'ait pas été renversé alors et même huit jours plus tôt, lors du désastre de Reischofien. On eût peut-être évité les grandes catastrophes— Mais le peuple n'était pas prêt et tous les yeux étaient en ce moment tournés vers la frontière.

La nouvelle de l'immense désastre de Sedan ne fut connue à Paris que dans la journée du 3 septembre ; le gouvernement la dissimula jusqu'à la dernière heure, et quand il se résigua à l'annoncer au Corps législatif et au pays, ce fut encore avec des atténuations. Mais la population était fatiguée des mensonges officiels; elle pressentit, elle connut bientôt toute l'étendue de nos malheurs, la lâche capitulation de l'empereur, l'armée prisonnière, nos armes et approvisionnements livres à l'ennemi, les Prussiens sur la route de Paris, sans qu aucun obstacle pût leur être opposé. L'explosion prévue, inévitable et nécessaire allait enfin éclater; lanation, perdue par le gouvernement personnel et par l'incapacité de ses chefs, allait reprendre possession d'elle-même et tenter un suprême effort pour sauver son indépendance ou tout au moins son honneur. Elle devait sa décadence au despotisme ; il était naturel qu'elle cherchât à se relever par la liberté.

Au milieu de l'émotion publique, le Corps législatif fut convoqué pour une séance de nuit. Le ministre de la guerre, Palikao, compléta les vagues nouvelles qu'il avait données dans la journée. Le résumé de sa communication était que l'armée, refoulée dans

Sedïin, avait capitulé et que l'empereur avait été fait prisonnier. Cette manière de présenter les choses, imitée par les ministres dans leur proclamation, était un scandale de plus, un mensonge destiné h faire retomber sur cette héroïque armée la responsabilité qui appartenait tout entière à l'empereur,

Jules Favre déposa aussitôt une proposition de déchéance signée par Ï8 députés, ainsi que la nomination par la Chambre d'une commission de gouvernement.

Pas un ministre ne protesta, et tous le3 membres de la majorité courbèrent silencieusement la tête. Une seule voix s'éleva pour contester au Corps législatif le droit de prononcer la déchéance* de la dynastie, celle de l'ex- ministre Pinard.

La séance fut aussitôt levée: elle avait duré vingt minutes. Un député de la droite, M. Dréolle, dit en quittant la Chambre : i Demain, plus d'Empire ou un coup d'Etat I »

Jusqu'au dernier moment, les hommes de la faction comptaient donc sur un coup de force et ils le croyaient possible, car il y avait encore à Paris plus de 40,000 hommes prêts à marcher.

Au dehors, la foule immense qui entourait le Corps législatif et qui remplissait les rues, les places et les boulevards était en proie à une fermentation qu'aucune plume ne saurait peindre. Le mot de déchéance était dans toutes les bouches, celui de république acclamé avec enthousiasme par la majorité.

Toutefois, le sentiment dominant était la nécessité de l'union de tous les citoyens pour sauver la patrie. Mais on réclamait des mesures énergiques et on les eût acceptées même de cette Chambre méprisée et de ce. gouvernement odieux. Personne ne dormit, dans cette nuit tragique; le tableau de nos désastres pesait sur le cœur de tous comme un sinistre cauchemar.

Le dimanche 4 septembre, le soleil se leva radieux, comme si la nature, insensible a nos deuils, eût voulu néanmoins sourire à la révolution pacifique qui allait s'accomplir.

Paris se leva morne et désolé après une cruelle insomnie; dès le matin, la population entière inondait les places et les rues, l'émotion était k son paroxysme; cependant l'idée d'engager une lutte peut-être sanglante pour hâter de quelques heures la chute désormais certaine de ce gouvernement, qui semblait déjà ne plus exister, n'était pas ce qui prédominait dans les esprits. On était préoccupé surtout des périls de la patrie et des moyens de les conjurer, et le peuple, les gardes nationaux, les gardes mobiles échappés du camp de Saint-Maur, presque tous sans armes et qui remplissaient la place de la Concorde et les quais, songeaient bien moins à combattre qu'à se serrer autour du pouvoir nouveau qui ne pouvait manquer de surgir.

Le ministère et le préfet de police Pietri avaient enveloppé le Corps législatif de troupes, de sergents de ville, de gardes de Paris, de nuées de chefs de service, d'inspecteurs et d'agents. Mais imilgré les dispositions qu'il avait prises et qu'il croyait sans doute formidables, Pietri n'en était pas moins à trois heures et demie sur la roule de Belgique, laissant Ja préfecture de police déserte et tout son personnel sans direction.

Il n'y avait pas d'ailleurs de combat possible; l'Empire s'effondrait de lui-même, il n'y avait pas à le renverser.

Les cris de : Vive la France I ta déchéance I vive la République! retentissaient dans tout Paris, et en beaucoup d'endroits la troupe s'y associait. Vers onze heures du matin, le ministère-apprenait par un télégramme que la garnison de Lyon fraternisait avec le peuple et que la deuxième ville de France avait proclamé la république.

Indépendamment des projets de la gauche de faire nommer une commission de gouvernement par l'Assemblée, il en existait d'autres. M. Buffet et ses amis du tiers parti (orléanistes pour la plupart) s'épuisaient en efforts désespérés pour que l'impératrice, de son propre mouvement, remisses pouvoirs au Corps législatif, qui nommerait une commission de gouvernement; car chacun sentait bien que la régence ne pouvait plus être à la hauteur de la situation. D'un autre côté, la droite gouvernementale., les bonapartistes violents, les Cassagnac, les Jérôme David et autres ne voyaient de salut que dans une dictature exercée par le général de Palikao au nom de l'impératrice et dans des mesures de force, des proscriptions. C'était l'expédient obligé de cette odieuse faction. Eu pleine séance, Granier de Cassagnac menaçait du conseil de guerre tous les signataires de la proposition de Jules Favre; et comme nous l'avons dit, on savait bien dès longtemps que l'Empire ne reculerait pas pour seNiiiaintenir devant les moyens de violence et de sang qui avaient servi a le fonder.

Dès l'ouverture de la séance du 4, qui devait être la dernière, le ministre Palikao déposa un projet de loi portant nomination par le Corps législatif d'un conseil de gouvernement et de défense nationale composé de cinq membres ; les ministres seraient nommés sous le contre-seing de cette commission, dont Palikao serait le ■ lieutenant général. ■ Cette belle combinaison portait cette mention : ■ Fait au palais des Tuileries, ■ et cette signature : Eugénie.

Cette proposition est froidement accueillie. Jules Favre demande le priorité pour lapro-

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position de déchéance qu'il a déposée au nom de la gauche. M. Thiers, tout en déclarant ses préférences pour cette dernière, en dépose une autre qui lui paraissait de nature à rallier toutes les opinions :

• Vu les circonstances, la Chambre nomme une commission de gouvernement et de défense nationale.

• Une constituante sera convoquée dès que les circonstances le permettront. >

L'Assemblée vota en bloc l'urgence sur toutes les propositions et Se retira dans ses bureaux pour les examiner ou plutôt pour se dérober a ses incertitudes. Toutefois, par cette conduite, elle semblait admettre implicitement que l'Empire avait cessé d'exister. A cette heure, personne ne se levait plus pour le défendre.

Au dehors, sur la place de la Concorde et autour du palais, comme dans tout Paris, la foule, impatiente d'une solution, n'avait plus dès lors qu'un cri : ■ La déchéance 1 vive la République ! ■ Plusieurs bataillons de la garde nationale, de cette garde si bien épurée cependant par l'Empire, viennent résolument se ranger en bataille sur le quai, devant le Corps législatif, escortés par une foule immense. Les troupes, les gardes municipaux, les sergents de ville, noyés dans cette marée humaine et voyant bien qu'ils n'ont pas devant eux une simple émeute, mais le peuple entier et toutes les classes du peuple, n'opposent aucune résistance , cèdent la place et se retirent tambour battant. Toute la population, civile ou militaire, fraternisait dans un même sentiment d'indignation contre l'Empire et d'angoisse pour les dangers de la patrie.

La proposition Palikao, bientôt connue dans la foule, augmenta l'indignation. Cette régence déguisée, avec des pouvoirs plus étendus, puisqu'elle se fortifiait d'une sorte de dictature militaire, cette persistance de l'Empire à vouloir se perpétuer dans la personne d'un de ses serviteurs les plus compromis excitèrent une méfiance bien légitime ; les dernières hésitations s'évanouirent; les gardes nationaux et la foule franchirent les grilles du palais Bourbon, inondant les cours et les jardins, sans aucune résistance de la pari des troupes restées dans l'intérieur. Soldats et citoyens étaient agités des mêmes sentiments et les chefs virent bien qu'il n'y avait pas de combat possible.

Des groupes de gardes nationaux et de citoyens sans armes pénétraient successivement dans la salle des séances, malgré les supplications de Gainbelta et de Crémieux, qui voulaient que l'Assemblée prononçât la déchéance en toute liberté. JVlais il n'était plus possible alors de dériver le torrent. Le juste mépris qu'on avait pour cette Chambre, qui avait contribué par sa servilité aux malheurs du pays, la méfiance légitime des citoyens, qui redoutaient les manoeuvres delà dernière heure, ne laissaient plus dans les esprits d'autre idée que celle de précipiter la solution attendue et indiquée.

A trois heures, la salle, les tribunes, les couloirs étaient complètement envahis et les députés qui reprenaient un à un séance étaient accueillis par les cris formidables de : • Vivo la République 1 la déchéance I • qui retentissaient avec unanimité dans tout Paris.

Ce qu'il y eut de remarquable dans ce mouvement, c'est que les seuls députés de la gauche luttaient contre l'invasion. Les gens de la majorité, les bonapartistes baissaient la tète en silence ou se réfugiaient dans les bureaux.

Il fallait cependant en finir. Gambetta monte à la tribune, et d'une voix de tonnerre :

« Citoyens, attendu que la patrie est eu danger;

• Attendu que tout le temps nécessaire a été donné à la représentation nationale pour prononcer la déchéance ;

> Attendu que nous sommes et que nous constituons le pouvoir régulier issu du suffrage universel libre;

» Nous déclarons que Louis- Napoléon Bonaparte et sa dynastie ont à jamais cessé de régner sur la France. >

Un tonnerre d'applaudissements accueille cette déclaration. Jules Favre est porté à la tribune à côté de Gambetta. Les cris unanimes étaient : Pas de guerre civile 1 vive la France 1 vive la République 1 un gouvernement provisoire I

« Uui, citoyens, vive la République, dit Gambetta; allons la proclamer à l'Hôtel de ville. •

Et il part avec Jules Favre, suivi d'un certain nombre de citoyens. Mais beaucoup restent dans la salle, craignant que les députes ne reviennent pour restaurer l'Empire.

Le Corps législatif reste occupe jusqu'à la nuit. A cette heure, Glais-Bizoïn vient annoncer que le nouveau gouvernement a prononcé la dissolution de la Chumbre, obtient l'évacuation, fait mettre les scellés sur les portes et emporte les clefs.

Après l'orage, un certain nombre de membres de la majorité se réunirent cependant chez le président, comme pour protester contre l'événement. Ils finirent par voter la proposition Thiers, qui n'était en définitive qu une proclamation de déchéance. Ils s'associaient dans une large mesure à la révolution.

■ Jamais révolution, d'ailleurs, ne s'était accomplie si aisément et à inoins de frais, dit M. Thiers dans sa déposition d'enquête.

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L'Empire avait attiré de tels malheurs sur le pays, que personne n'avait pitié de sa chute et n avait la pensée d'y résister. Ses amis eux-mêmes assistaient à ce singulier spectacle sans essayer d'y porter remède... Pourquoi ne se défendaient-ils pas alors? pourquoi aucun effort de leur part pour résister à cette révolution opérée sans aucune difficulté? Par une bonne raison : c'est qu'ils n'auraient pas trouvé quelqu'un, eux compris, qui songeât à les sauver. De violence, il n'y en avait aucune, etc. »

L'Empire, en effet, tombait sous la haine et le mépris public et sans que personne se levât pour le défendre. De tous ces bonapartistes si arrogants quelques années plus tard, pas un seul n'essaya de soutenir l'établissement fondé dans la boue et le sang du 2 décembre, pas un seul ne se mit en avant et n'eut la pensée de se dévouer et de risquer sa vie pour son principe et pour son parti; tous ou presque tous n eurent d'autre préoccupation que de se dérober aux périls de ta défense, de s'enfuir à l'étranger pour y vivre en paix du fruit de leurs rapines. On n'a jamais vu pareille déroute. Louis XVI avait été défendu par ses hordes étrangères et ses derniers partisans ; Charles X avait été défendu, et avec une énergie terrible; Louis- Philippe l'avait été moins, mais il y avait eu résistance; la République de 1848 s'était défendue elle-même; l'Empire seul, et cela est bien remarquable, a été renversé sans une résistance et sans uii coup de fusil. Quoi de plus caractéristique, et que penser d'un régime qui ne trouve pas un seul défenseur, même parmi ceux qu'il a gorgés de richesses?

Pendant que le peuple proclamait la république au Corps législatif et dans tout Paris, une scène assez grotesque se passait au Sénat. Les membres de ce corps avili délibéraient sans trop savoir à quel parti s'arrêter, quand le président Rouher, qui n'avait plus sa jactance habituelle et qui ne cherchait qu'un moyen d'évasion, finit par conclure : « Si une force tumultueuse était à nos portes, ce serait un devoir impérieux de l'attendre délibérément; mais aucune force ne nous menace, nous pouvons attendre longtemps sans être saisis d'un projet de loi, et nous n'avons actuellement aucun sujet de délibération. »

Baioche vint à la rescousse pour sonner la retruite : « Qu'avons-nous à faire? Si nous pouvions espérer qu'elles se dirigeraient sur nous, ces forces révolutionnaires qui ont pénétré dans l'enceinte du Corps législatif, je persisterais à penser que chacun de nous doit rester sur son fauteuil... Peut-être, au contraire, pourrions-nous mieux au dehors rendre service au pays et à la dynastie... En nous séparant, nous cédons à la force et non à l'intimidation, et notre but est de défendre par nos moyens personnels l'ordre et la dynastie. »

L'idée de défendre au dehors l'ordre et la dynastie, chacun avec ses moyens personnels, eut un succès décisif, et finalement chacun de ces Romains tira de son côté pour porter secours à la dynastie, soit en filant lestement à l'étranger, soit en allant s'ensevelir dans quelque retraite ignorée.

D'ailleurs, Barocha avait raison; aucune « force révolutionnaire ■ ne fit au Sénat l'honneur de le menacer. (Je corps était tellement méprisé, qu'on l'avait complètement oublié.

Le soir seulement, vers dix heures, le nouveau gouvernement ayant reçu l'avis invraisemblable que le Sénat voulait tenir une séance de nuit, Floquet, adjoint au maire de Paris, fut délégué pour mettre les scellés sur les portes de la salle. Le grand référendaire et le général de Montf'ort, entourés d'escadrons de gendarmerie, déclarèrent sérieusement à cet homme seul qu'ils cédaient à la force, et tout fut dit; le Sénat avait vécu.

L'évacuation des Tuileries eut lieu sans plus de résistance et avec la même facilité. En voyant le mouvement prendre les proportins formidables d'une révolution, l'impératrice, sentant bien qu'elle ne serait pas défendue, chargea le précepteur du prince impérial, M. Filon, d'envoyer à Maubeuge la fameuse dépêche, qui coïncidait si singulièrement avec le nom de celui qui l'expédiait : « Filons sur Belgique. Signe : Filon. » Puis après quelques récriminations contre la France, qui avait payé ses prodigalités et ses folies, cette étrangère, accompagnée de deux étrangers, le chevalier Nigra, ministre d'Italie, et le prince de Metternich, ambassadeur d'Autriche, quitte les Tuileries, monte clans un tiuore avec sa lectrice, Mme Lebreton, sur la place Saint-Germain-l'Auxerrois, et se réfugia chez son dentiste. Elle ne courait aucun danger, bien qu'on sût qu'elle était une des causes principales de la guerre ; le gouvernement de la Défense aurait au besoin protégé son départ; elle avait à Paris des parents et des amis, mais elle préféra recourir à des moyens romanesques, et ce fut encore dans la mémo compagnie qu'elle gagna Deauville, puis Brighton et Hastings, où elle se réunit à son fils. Ce fut encore le dentiste qui fut chargé de trouver une résidence déliuitive et qui arrêta son choix sur Carobdeu- House, à Chiselhurst. V. Histoire du second Empire^ par Taxile Delord.

Pendant ce temps, le gouvernement nouveau s'installait paisiblement à l'Hôtel de ville, sans aucune résistance de la part des troupes qui gardaient le palais. L'inévitable

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dénoûment était si universellement accepté, que, lorsque Gambetta entra dans le cabinet du préfet de la Seine, le secrétaire général, M. Alfred Blanche, lui dit simplement : • Je vous attendais. >

Le peuple força les portes de la prison de Sainte- Pélagie, délivra Rochefort, qui était alors détenu, et l'amena en triomphe à l'Hôtel de ville, où il se réunit à ses collègues.

La question délicate avait été celle de la formation d'un gouvernement provisoire. Il s'agissait d'éviter des compétitions, des candidatures qui pouvaient effrayer, celles de Delescluze, de Félix Pyat, de Blafiqui, etc.

Ledru-Rollin, prévoyant ce danger, avait donné le conseil de ne nommer que des députés élus par Paris, qu'ils eussent d'ailleurs opté pour la capitale ou pour une autre localité.

Cette idée fut adoptée, puis ratifiée par l'acclamation populaire, et le gouvernement se trouva composé ainsi qu'il suit : Emmanuel Arago, Crémieux, Jules Favre, Jules 1 Ferry, Gambetta, Garnier-Pagès, Glais-Bi- | zoin, Pelletait, Picard, Rocbefort, Jules Simon. Il prit le beau titre de gouvernement de la Défense nationale et forma son ministère de J. Favre aux affaires étrangères, Gambetta à l'intérieur, général Lefiô à la guerre, amiral Fourichon à la marine, Crémieux à la justice, Picard aux finances, J. Simon à l'instruction publique, Dorian aux travaux publics, Magnin a l'agriculture et au commerce.

Le général Trochu gardait sa situation avec pleins pouvoirs pour la défense de Paris; de plus, il était appelé à la présidence du gouvernement.

Etienne Arago était nommé maire de Paris, avec Floquet et Brisson pour adjoints, Kératry préfet de police.

La proclamation de la république causa une joie universelle, un espoir immense, et la garnison de Paris, mêlée à la population, s'associait aux élans patriotiques des citoyens.

Les premiers actes du gouvernement furent la dissolution du Corps législatif, l'abolition du Sénat, la liberté accordée à la fabrication et à la vente des armes, l'amnistie pour toutes les condamnations politiques, etc.

Avec la république, lu révolution du 4 septembre entra dans une phase nouvelle, la défense à outrance, et cela sans armée, car la dernière, celle de Bazaine, était bloquée ; tout était à recréer, les hommes, les ressources, les moyens d'action. Mais l'enthousiasme du peuple était si grand, qu'on se croyait assuré de triompher de toutes les difficultés. Tous les hommes s'enrôlaient dans la garde nationale et s'exerçaient hâtivement au maniement des armes. Il n'y avait encore uucune division sérieuse ; toutes les classes étaient unies et confondues dans un même sentiment, l'amour de la patrie et l'énergique résolution de la sauver.

Cependant le flot de l'invasion s'avançait toujours, et, le 15 septembre, les premiers uhlans parurent entre Creteil et Neuilly-sur- Marne. Paris allait être investi. Le gouvernement se scinda alors en deux ; il délégua à Tours deux de ses membres, Glais-Bizoïn et Crémieux, que leur âge ne rendait guère propres à porterie poids d'une aussi redoutable situation. M. Clément Laurier les accompagnait, représentant, comme directeur du personnel, le ministère de l'intérieur. Paris les vit partir sans confiance; lu province les accueillit avec déférence, mais sans ardeur. Dans cette délégation de Tours, l'amiral Fourichon était chargé de la direction militaire.

On trouvera les détails de cette guerre tragique qui se poursuivait en province pendant le siège de Paris à l'article guerre ob 1870. En ce qui concerne les événements dont la capitale fut le théâtre et tous les faits militaires, ils sont développés atec l'ampleur qui convient à un aussi grand sujet dans notre article Paris et dans la série des sièges des Paris, g 6, siège de Paris par les armées allemandes (1870-1871), tome XII, page 264 et suiv.

Nous devions nous borner ici à l'esquisse de la révolution du 4 septembre, éviter avec soin le double emploi et tes répétitions.

Cependant il nous reste à dire un mot sur les hommes qui avaient accepté en un moment aussi terrible le fardeau écrasant des affaires. Ils étaient alors soutenus par l'enthousiasme de la population, attaques seulement par une minorité ardente qui les accusait de manquer de vigueur et de décision, mais eu réalité tuut-puissanis et disposant d'une force immense. II faut reconnaître que, maigre leur bouue volonté, ils ont été tout à fait au-dessous de leur tâche, comme nous le constatons dausmoue récit du siège.

La province était bien plus encore livrée au désarroi et à l'inaction, grâce à l'administration sénile de la délégation de Tours. Le gouvernement de Paris, sans connaître exactement la situation, mais semant bien la fauta qu'il avait commise, résolut d adjoindre a cette délégation un élément plus viril, et, le 7 octobre, Gambetta monta sur le ballon I'Armand-Barbès, avec un homme d'une haute valeur qui était son aller ego, M. Eug. Spuller. il avait pour mission d'aller organiser la défense en province (v. Gambetta). Il était temps qu'un homme vigoureux, énergique et passionné comme le jeune tribun vint donner a la résistance nationale une impulsion dont elle manquait k peu près complètement. Mais c'est dès l'origine qu'on aurait du lui donner

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cette mission. Par le rôle glorieux qu'il a joué, par ce qu'il a pu faire, réduit pour ainsi dire à lui seul, on peut juger ce dont il eût été capable un mois auparavant, dans cette crise suprême ou les minutes étaient des siècles.

Après la capitulation de Paris, Gambetta, indomptable flans son énergie, croyait lai itte encore possible ; mais, écrasé par la rapidité foudroyante des événements, combattu par ses collègues de la Défense nationale, qui avaient envoyé à Bordeaux J. Simon pour le contrecarrer, jugeant d'ailleurs que dans l'état où était la France toute résistance devenait impossible, il donna sa démission.

Les élections du 8 février, accomplies sous le canon prussien, produisirent l'Assemblée que l'on a vue à 1 oeuvre. Elle se réunit à Bordeaux le 13, animée du plus haineux esprit de réaction, décidée à tous les sacrifices et à toutes les concessions pour obtenir la paix.

Le gouvernement de la Défense déposa ses pouvoirs et, le 17, l'Assemblée nomma M. Thiers chef du pouvoir exécutif. La majorité comptait sur lui pour préparer le rétablissement de la monarchie. Un gouvernement nouveau était fondé, et d'une espèce •nouvelle : le provisoire indéfini.

Nous résumons ailleurs les événements de cette période (v. Thiers), qui prit lin lors de la révolution parlementaire du 24 mai 1873, date du renversement de Thiers et de la nomination de Mac-Mahon à la présidence de la République. V. septennat.

SEPTEMBRISACES s. f. pi. (sè-ptan-briza-de — rad. teptembre). Hist. Nom donné quelquefois aux événements plus connus suus le nom de massacres de Septembre.

SEPTEMBRISEUR s. m. (sè-ptan-bri-zeur — rad. septembre). Hist. Nom donné à ceux qui prirent part aux massacres, de Septembre.

— Encycl. Ce nom sinistre est resté aux exécuteurs des massacres de septembre 1792, à tous ceux qui, à tort ou à raison, ont été accusés d'avoir trempé dans les êgorgements ou de tes avoir conseillés, organisés ou dirigés.

Nous n'avons pas à répéter ici les détails qui figurent k l'article consacré à ces tragiques événements, et nous devons nous borner à quelques notes sur les malheureux qui se sont souillés en y prenant part.

Rappelons d'abord que beaucoup des hommes politiques qu'on a plus tard accusés, au milieu des luttes violentes des partis, y sont pour la plupart restés étrangers et ne sont coupables que de n'avoir rien fait pour les empêcher. Nous renvoyons, au surplus, le lecteur aux notices biographiques relatives à ces personnages, dans lesquelles nous nous sommes efforcé de faire à chacun sa part de responsabilité.

Nous avons rapporté qu'on attribuait l'horrible initiative au comité de surveillance de la commune, où figurait Marat, et nous avons cherché à établir dans quelle mesure cette accusation pouvait être fondée. Quant aux massacreurs proprement dits, k ceux qui trempèrent leurs mains dans le sang, il semble certain qu'ils n'étaient pas en très-grand nombre. Nous ne parlons ici que de ceux qui exécutaient, non de ceux qui excitaient, qui approuvaient ou qui assistaient aux tueries comme k un spectacle. Un a fuit la remarque qu'il se trouvait parmi les égorgeurs bon nombre de ces fédérés marseillais qui étaient depuis quelque temps à Paris et qui avaient combattu au 10 août. Cela est constaté par les relations des prisonniers qui ont échappé au massacre, notamment par l'abbé Sicard, par l'abbé Saurin, par Journiac-Saiut-.Méard, par le frère de Bertrand de Molleville, etc. Les trois derniers durent même leur salut a la connaissance qu'ils avaient du patois provençal.

Cependant, il y avait aussi, et probablement en majorité, des habitants de Paris et même des gens établis; dans l'enquête qui fut faite plus tard, on voit figurer sur las listes des joailliers, des avocats, des bouchers, des fruitiers, etc.

11 faut dire que, du temps de la réaction, la meurtrière accusation de septembriseur était devenue fort banale ; on l'appliquait aux meilleurs patriotes , h tous ceux qui avaient manifesté des opinions républicaines un peu ardentes, et il est certain que la plupart de ceux qui en furent flétri» ne la méritaient pas. Nous verrons encore Bonaparte, devenu premier consul, déporter les républicains eu les classant péle-mèle sous cette odieuse épithïte, alin de les déshonorer en les sacrifiant. Terroriste f septembriseur.' ces appellations étaient devenues les injures courantes par lesquelles, le flot de la réuetion montant toujours, on en arriva peu à peu à designer indistinctement tous les républicains. Sous la Restauration, c'était tout a fait consacré. L'académicien Tissot fut lui-même victime de cette stupide accusation, comme nous le racontons dans la biographie de Mml> de Lamballe. Quant aux vrais septembriseurs, la plupart restèrent inconnus et impunis. Nous uonnerons ici quelques renseignements sur ceux qui sont signalés dans les documents historiques et judiciaires.

Dès les premières séances de la Convention, l*s girondins (qui d'ailleurs, eux non

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plus, n'avaient rien tenté pour empêcher le massacre) réclamèrent la punition des assassins de Septembre et parvinrent d'abord à faire diriger des poursuites contre ceux qui avaient imité e;i quelques villes de province les égorgeinents de Paris.

A Charleville, où le lieutenant-colonel d'artillerie Juchereau avait été tué, l'instruction judiciaire fut sans résultat, les assassins étant des fédérés de passage inconnus dans la ville.

A Couches, près d'Autun, le 17 janvier 1793, neuf individus furent condamnés à' mort par contumace. Trois furent saisis, mais remis en liberté le 16 août; l'un deux- se nommait Antoine Forobert. En l'an III, reprise de lu procédure : deux condamnations à mort.

. A Reims, les poursuites aboutirent, également en l'an III, à la condamnation à mort de Leclère, porteur de journaux, et de Cenis-Sauris, brocanteur, et à la condamnation à six ans de fers du cordonnier Leblanc et du vitrier Tullien.

A Meaux (an IV), quatre condamnations à mort : Fr. Lombard, tisserand ; Denis Petit, fripier; Pierre Robert, cordonnier; P. Lemoine, dit Moreau, portefaix. Un autre portefaix, Adrien Leredde, vingt ans de fers.

Un de ceux auxquels on attribuait le massacre des prisonniers d'Orléans amenés à Versailles, le fameux Fournier l'Américain, arrêté, puis remis en liberté, puis poursuivi de nouveau en l'an IV et acquitté, fut condamné à la déportation par Bonaparte. Il échappa deux ans, fut arrêté en l'an XI, enfermé en diverses prisons et enfin envoyé à Cavenne, d'où iL parvint à s'échapper.

Mais revenons aux septembriseurs de Paris.

A plusieurs reprises, les girondins demandèrent qu'ils fussent poursuivis, dans l'intérêt de fa justice sans doute, mais comptant bien aussi envelopper dans ces poursuites quelques-uns de leurs ennemis. Mais lu Convention, craignant de réveiller le souvenir de ces scènes terribles et d'ouvrir la porte à des représailles et des réactions sans lin, refusa de s'engager dans cette voie. Elle suspendit même les procédures commencées dans les départements et qui ne furent reprises que plus tard.

Ce ne fut que pendant la" réaction thermidorienne que la question fut de nouveau posée. Le 4 messidor de l'an III, décret ordonnant des poursuites. Le tribunal criminel de Paris commence à instrumenter, recevant de toutes mains renseignements, pièces, dénonciations, etc., ce qui doit rendre fort circonspect, car' il est probable que beaucoup de ces communications plus ou moins ano*-. nymes, en ce temps de furieuse réaction, devaient être entachées de haine et de mensonge.

L amnistie du 4 brumaire an IV, rendue lors de la clôture de la Convention et de la mise en vigueur de la constitution nouvelle, suspendit encore une fois les poursuites.

Mais le tribunal criminel de Paris ne voulut pas se résigner à l'avortement de l'instruction commencée. Le 20 ventôse an IV (10 mars 1796), il vint en corps à la barre des Cinq-Cents réclamer l'autorisation de poursuivre de nouveau. Quelques jour? après, l'Assemblée fit droit à cette demande par un décret.

Les enquêtes, les dénonciations, les instructions recommencèrent donc avec activité.

Cettte immense procédure est conservée au greffe criminel de la cour de Paris. Nous donnerons quelques-uns de .ses résultats.

Affaire de l'Abbaye (la président du tribunal improvisé, Maillard, était mort), neuf accusés : P.-F. Damiens, vinaigrier; Ant. Bourre, ex-garde-française, gendarme ; Jean Debèehe, joaillier; A.-V.-Séb. Godin, boucher, puis entrepreneur des transports militaires; Fr. Maillet, ex-garde - française; L.-Aug. Ledoux, savetier; F.-Louis Mayeux, défenseur officieux; And.-Nic. Lyon, limonadier; P. Dubois, charron.

Deux condamnations seulement, Damiens et Bourre, à vingt ans de fers. Les sept autres acquittés, faute de preuves.

Massacre de la Force, 16 accusés : Ant.- Vict. Crappîer, marchand de bas; Fr.-Bap.- Joach. Bertrand, tambour-raaltre; Fr. Lachève, serrurier; Angélique Voyer, femme Nicolas, regrattière; Cl. -Ant. Badol , gendarme ; Jaoq. Laty, libraire et brocanteur ; P. Laval, marchand de tabac ; Siméon-Ch. Fr. Vallée, marchand de tableaux, puis secrétaire analyseur du comité de sûreté de la Convention; Michel Marlet; P.-Mart. Monneuse, marchand mercier, officiel municipal ; Jean Gonord, charron; J.-Nic. Bernard, cordonnier; Jean-Gratien-Alex. Petit-Mamin, rentier ; René Joly, lieutenant de l'armée révolutionnaire; P. Chantrot, défenseur officieux ; P.-Nic. Régnier, gendarme.

Quelques-uns étaient accusés d'avoir fait les fonctions de juge, les autres d'avoir participé aux massacres, Quinze furent acquittés; le seizième, Régnier, fut condamné à vingt ans de fers.

Enfin quatorze autres , accusés de faits semblables à l'occasion des égorgeinents Se Saint-Firmin, de la Salpétrière, de Bieêtre et des Carmes, furent tous acquittés, y compris Joachim Ceyrat, juge de paix., accusé faussement, puisqu'il fut prouvé qu'au moment du massacre des Carmes il présidait

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l'assemblée de sa section, dans l'église Saint- Sulpice;

Ainsi, cette énorme procédure avait abouti au total à trois condamnations, soit que le jury voulût ensevelir ces sanglants souvenirs dans l'oubli, soit qu'on manquât de preuves, soit que la plupart des inculpés eussent, en effet, été accusés faussement. Ce qu'il y a de Certain, c'est que beaucoup des égorgeurs (comme les fédérés du Midi, par exemple) avaient disparu , dispersés par les événements. Il est à croire aussi que d'autres s'étaient mis à l'abri des poursuites.

Parmi les assassins de la Force, les documents signalent encore : le tambour Charlat, qui aurait porté le premier coup à Mme de Lamballe et qui partit ensuite pour l'année, où ses camarades, pénétrés d'horreur, le tuèrent; le boucher Grison et le nègre Delorme. On sait d'ailleurs combien d'hommes furent dans la suite accusés d'avoir participé au meurtre de Mue de Lamballe ou porté sa fête ; cela devint une véritable légende dans les quartiers de Paris. Outre Tissot, de l'Académie française, on désignait encore un marbrier de la rue des Postes, un libraireéditeur du Palais-Royal nommé Vente, un certain Sainte- Agathe, enfin le rôtisseur et marchand de volailles Biennais, devenu fournisseur de Napoléon. Ce dernier, accusé sous la Restauration par le pamphlétaire royaliste Barruel-Beauvert, le lit condamner comme calomniateur. Mais, toujours poursuivi par les mêmes allégations (probablement mensongères), le malheureux finit par se tuer de désespoir. Sa fille était encore, en 1870, marchande de poisson dans les marchés de Paris, et, chose qui montre la ténacité des traditions populaires, vraies ou fausses, on se racontait encore à l'oreille cette légende d'un autre âge, que son père avait porté au bout d'une pique la tête de la princesse de Lamballe.

Pour terminer, nous rappellerons les mesures qui furent prises par le premier consul à l'occasion de la machine infernale que des chouans avaient fait éclater sur son passage dans la rue Saint-Nicaise, Fouché affirma catégoriquement que le coup venait des royalistes. Mais Bonaparte saisit l'occasion pour proscrire une nouvelle fournée de républicains. Il fit rendre un sénatus-consulte autorisant son gouvernement à prendre, contre tous les individus qu'il lui plairait de designer, une mesure de haute police extraordinaire. Ce sénatus-consulte fut rendu le 15 nivôse an IX (5 janvier 1801); il condamnait sommairement k la déportation cent trente citoyens qui, presque tous, avaient marqué dans la Révolution, et la plupart d'une manière honorable, eu les flétrissant de l'épithète calomnieuse de septembriseurs. Parmi eux figuraient l'ex-général Rossignol, les anciens juges Villain d'Aubigny et Pépin Desgrouettes, le. juge de paix Joachim Ceyrat; André Corehanu , commissaire du pouvoir exécutif; Leroy, dit Eglator, instituteur et conseiller municipal ; d'autres anciens membres de la commune de Paris, le limonadier Chrétien, Fournier, dit l'Américain, Monneuse, René Joly, Petit-Mamin, etc.

Parmi les déportés, il y avait d'anciens acquittés de iloréal an IV, et quelques-uns peutêtre qui avaient réellement trempé dans les journées de Septembre; mais il était de la dernière évidence que, pour la grande majorité, l'accusation était fausse de parti pris. C'était la vendetta napoléonienne qui se poursuivait contre les républicains avec autant de froide Cruauté que de mauvaise foi.

Les victimes furent déportées aux liés Séchelles, dans la mer des Indes ; quelques autres à Cayenne. Presque tous périrent de misère ou de fièvres pestilentielles.

SEPTEMDENTÉ, ÉE adj. (sè-ptèmm- danté — du lat. septem, sept, et de denté). Hist. oat. Qui est garni de sept dents, de sept découpures en forme de dents.

SEPTEMDIGITÉ, ÉE adj. (sè-ptèram-diji-té — du lat. septem, sept, et de digité). Bot. Qui est partagé en sept lobes ou di^itations.

SEPTEMDUODÉCIMAL , ALE adj. (sèptèmm-du-o-dé-si-mal — du lat. septem, sept, et de duodécimal). Miner. Qui a la forme d'un prisme à douze pans, avec un sommet à dixsept faces.

SEPTÈME, bourg et commune de France (Isère), cant., arrond. et à 14 kilom. N. de Vienne; pop, aggl-, 824 hab. — pop. tôt., 2,795 hab. Forge à cuivre. Sur un mamelon voisin, ruines d'un château du xve siècle.

SEPTÉMES, village et commune de France (Bouohes-du-Rhône) , cant. de Gardanne , arrond. et à 23 kilom. S. d'Aix, dans un vallon fertile; 1,503 hab. Fabrication de soude et d'acide sult'urique. Usines métallurgiques. Restes d'aqueducs romains et de redoutes dû moyen âge.

SEPTEMFOLIOLB, ÉE adj. (sè-ptèmm-foll-o-lé — du lat. septem, sept, et de foliole). Bot. Dont les feuilles sont composées de sept folioles.

SEPTEMLOBÉ, ÉE adj. (sè-ptèmm-lo-bé — du lut. septem, sept, et de lobe). Bot. Qui est partagé en sept lobes.'

SEPTEMMAÇULÉ , ÉE adj. (sè-pîèminma-cu-1'é —du lai. septem, sept, et dé ■ma-

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calé). Hist. nat. Qui porte sept taches, sept marques colorées.

SEPTBMNERVÉ, ÉE adj. (sè-ptèmm-nèrvé — du lat. septem, sept, et de nervé). Bot. Dont les feuilles ont sept nervures.

SBPTEMPONCTUÉ, ÉE adj. (sè-ptèmmpon-ktu-é — du lat. septem, sept, et de ponctué). Hist. nat. Qui est marqué de sept points colorés.

SEPTEMVIR s. m. (sè-ptèmm-vir — mot lat. formé de septem, sept, et de vir, homme). Antiq. rom. Nom donné à chacun des prêtres qui étaient chargés de surveiller les banquets offerts aux dieux ou donnés à la suite des jeux publics.

— Encycl. Les septemvirs formaient un des ' quatre collèges sacerdotaux auxquels appartenait, à Rome, l'administration des choses religieuses ; les trois autres collèges étaient ceux des pontifes, des augures et des quindécemvirs. De même que les magistrats, ils portaient la toge prétexte. Leur origine remonte à l'année 198 avant notre ère, c'està-dire à quelques années après la fin de la seconde guerre punique. A cette époque, on déchargea les pontifes du soin des lectisternes et on le confia à trois prêtres. Les lecti- Sternes étaient des banquets sacrés offerts aux dieux dans leurs temples. On les préparait avec beaucoup de solennité, et les statues des dieux étaient placées sur des lits ornés de fleurs et de feuillages, devant des tables chargées de mets, comme s'ils devaient réellement prendre le repas qui leur était offert. Le plus ancien et le plus vénéré de ces lectisternes fut le banquet de Jupiter, eputum Jovis. De la vint que les trois prêtres char-

fés de remplacer les pontifes dans la célération de ces fêtes furent nommés triumviri epulones. C'étaient eux qui, dans la nuit, s'asseyaient au banquet préparé pour les dieux. Ce banquet, dont la frugalité avait été primitivement extrême, était déjà devenu somptueux lorsque les triumvirs épulons commencèrent à le diriger; il devint, par la suite, de la plus extrême recherche; les mets délicieux, les vins exquis y furent servis en l'honneur des divinités ; les épulons en avaient tout le profit. Vers le temps de Sylla, le nombre des épulons fut porté à sept et alors ils prirent le nom de septemvirs. On les trouve souvent mentionnés avec ce nom dans les inscriptions. Jules César en éleva le nombre à dix ; mais cette augmentation ne subsista pas après lui. Les septemvirs n'avaient pas seulement la surveillance des banquets offerts aux dieux, ils avalent aussi celle des banquets donnés à la suite des jeux publics. En outre, ils surveillaient, sous la direction des pontifes, tout ce qui regardait la célébration de ces jeux ; ils faisaient connaître aux pontifes les omissions et les irrégularités commises. Ceux-ci, sur leur rapport, jugeaient s'il était nécessaire de recommencer les jeux. L'élection des septemvirs fut faite d'abord par le collège des pontifes et plus tard par les comices ; ils étaient élus à vie.

SEPTEMVIRAL, ALE adj. (sè-ptèmm-viral, a-le — lat. septemviralis , même sens). Antiq. rom. Qui a rapport nui septemvirs : Fonctions 8EPTKMVirales. Festins septëm-

VIRAUX.

. SEPTEMVIRAT s. m. (sè-ptèmm-vi-ra — lat. septemviratus, même sens). Antiq. rom. Magistrature, fonction des septemvirs.

SEPTÉNAIRE adj. (sè-pté-nè-re — lat.

septenarius; formé de septem, sept). Qui vaut, qui contient sept ; qui se fait par sept : Nombre SEPTÉNAIRE. Série SEPTÉNAIRE.

— Qui a exercé pendant sept ans dans une université : Professeur septénaire.

— Prosod. Se dit de Hambique et du trochaïque à sept pieds et demi.

t — s. m. Espace de sept ans, dans la vie de l'homme : Les anciens divisaient la vie par septénaires. (Flourens.)

— Pathol. Espace de sept jours, dans la durée des maladies : Le premier, le second septénaire.

— Encycl. Prosod. La dénomination de vers septénaire, qui signifierait rigoureusement un vers de sept pieds, 'a été appliquée par les Latins à deux sortes de vers comprenant sept pieds et demi : Tiambique tétrainètre catalectique et le trochaïque tétramèlre catalectique.

Llambique septénaire a été inventé par Hipponax, Il est de sept pieds plus une syllabe et a un repos après la seconde dipodie, c'est-à-dire après les quatre premiers pieds. Exemple, tiré de Catulle :

Mentit- 1 -te pal- | Hum | mihi II meum, | quod in- J

[■vola- | -sti.

Ce vers est asymirtète ou formé de deux parties indépendantes. Le milieu a donc les privilèges de la fin d'un vers ; l'élision peut ne pas y avoir lieu, et une brève peut y devenir longue. Les comiques latins, en se servant du septénaire ïambique, y ont introduit toutes les libertés dont ils usaient dans l 'ïambique proprement dit ou sénairé.

Le trochaïque septénaire est composé aussi de sept pieds plus une syllabe ; il a aussi un repos après le quatrième pieu et peut être asynartète, de même que le précédent. Exemple, tire de Séhèq'ue :

Compre- \ -cor , vul- 1 gus m- 1 lentum , Il vasque j [fera- 1 -les de- 1 os.

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On trouve fréquemment ce mètre chez les Latins. Plaute et Térence l'ont employé souvent. Il existe dans les fragments qui nous restent de Pacuvius, dans plusieurs des sentences de Publius Syrus, et Lucilius s'en était servi pour une partie de ses satires. H était d'un usage populaire dan8 les sarcasmes que la foule adressait aux triomphateurs. Voici un de ces vers, cité par Suétone r Ecce Ciesar nunc triumpkat, | qui subegit Galliai.

Le septénaire trochaïque était soumis, dans les comédies, aux mêmes licences que l'ïambique.

A l'époque de la décadence latine, ce vers était toujours usité, mais on n'en savait plus les règles et on le divisait en deux vers : un trochaïque dimètre et un trochaïque dimètre catalectique. On composait ainsi avec le septénaire dédoublé des strophes de quatre petits vers. En voici un exemple que nous offre Martianus Capella :

Scande ctxti templa, virgo, Ligna Innto fœdere ;

Te sacer subite celsa Poscit astra Jupiter.

L'hymne bien connue de Fortunat, Pange lingua, est un dédoublement du même genre :

Pange. lingua, gloriosi

Corporis mysterium ;

Sanguinisque pretiosi

Quem in mundi pretium,

Fructus ventris generosi,

Rex effudit gentium.

Chaque strophe de cette hymne paraît devoir se lire régulièrement en trois septénaires :

Pange, lingua, gloriosi II corporis mysterium : Sanguinisque pretiosi II quem in mundi pretium, Fructus ventris generosi. Il rex effudit gentium.

— Pathol. V. crise.

SEPt-en-GUEULE s. f. Petite variété de poires.

SEPT-EN-HUIT s. m. Techn. Nom donné par les dessinateurs de tissus au papier de misa en carde dont les grands carreaux ont la base divisée en sept parties et la hauteur en huit.

— Adjectiv. : Papier sept-en-huit.

SEPTENNAL, ALE adj. (sè-ptènn-nal, a-le

— lat. septennis; de septem, sept, et de annus, année). Qui dure sept ans ; qui arrive ou se reproduit tous les sept ans : Pouvoirs septennaux. Période septennale.

SEPTENNALITÉ s. f. (sè-ptènn-na-li-té — rad. septennal). Caractère de ce qui est septennal : La sbptennautb d'une assemblée, d'un mandat législatif.

SEPTENNAT s. m. (sè-ptènn-na — du latseptennis, septennal). Hist. Gouvernement institué en France en 1873, pour une durée da sept ans, avec le maréchal Mac-Mahon comme président de la République.

— Encycl. Hist. On désigne sous ce nom tout nouveau, faute d'une appellation plus exacte, le mode de gouvernement que 1 Assemblée .nationale donna à la France dans la nuit du 20 octobre 1873, et qui a duré jusqu'au 25 février 1875, jour où cette même Assemblée, en votant une constitution, a fondu le septennat dans la République.

Cette courte période de notre histoire est des plus curieuses et des plus instructives. Elle constitue en quelque sorte le second acte d'une grande pièce politique, dont le premier commença le 84 mai 1873, lors du renversement de M. Thiers, et dont le sujet, d'après le plan de ses auteurs, devait être la restauration de la monarchie. Par malheur pour eux, par bonheur pour la France, l'action, laborieusement conçue et si vivement engagée, s'arrêta tout à coup ; le grand premier rôle manqua complètement son entrée et le désarroi se mit parmi les acteurs. Vainement alors on modifia le plan primitif, tout en restant dans le même ordre d'idées ; c'en était fait de l'unité d'action, qui s'égara au milieu d'incidents inattendus, et tout à coup, au lieu de l'apothéose de la monarchie qui devait être la scène finale, ce fut la République qui apparut et dénoua la situation.

Avant de faire une rapide histoire du septennat, il est nécessaire de rappeler par suite de quelles circonstances il fut constitué. Nous avons raconté ailleurs (v. mai 1873 [révolution parlementaire du 24]) comment les groupes monarchiques de l'Assemblée nationale, alliés au groupe bonapartiste, avaient renversé M. Thiers, qui proposait de constituer la République, et établi un gouvernement de combat contre les républicains. Les coalisés, étroitement unis dans. ce but, purent librement poursuivre la réalisation de leurs espérances et préparer le retour soit de la monarchie, soit de l'Empire. L'Empire était encore à cette époque trop profondément discrédité pour paraître redoutable aux monarchistes, qui semblaient avoir pour eux toutes les chances. .En effet, ils étaient en majorité dans l'Assemblée, bien que le nombre des députés républicains se fût constamment accru par suite des élections partielles qui avaient eu lieu depuis je 2 juillet i$7i. D'autre part, depuis ùri an, les deux groupes royalistes, les légitimistes et les orléanistes, avaient, chacun de son côté, rédigé un programme politique pour servir de base à un projet de fusion, et

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ces programmes étaient d'accord sur tous les points «le détail. L'entente semblait donc facile. Pour qu'elle fût complète, il ne leur restait qu'à s'entendre sur le choix d'un roi. Ce n'était pas, à vrai dire, une mince difficulté; mais les habiles se chargèrent de la faire disparaître, et, à la suite de négociations depuis longtemps entamées, le 5 août 1873, le comte de Paris se rendait à Frohsdorf, auprès du comte de Chambord, qu'il reconnaissait comme le seul représentant de la monarchie en France. La royauté de Juillet abdiquait devant la royauté de droit divin; le comte de Chambord allait prendre possession de son royaume et le comte de Paris devenait son héritier présomptif. Quant au pays, on ne s'en était nullement préoccupé, car on était décidé d'avance à lui imposer de gré ou de force la monarchie, n'eût-on ■ qu'une voix de majorité • dans l'Assemblée. Mais, contrairement à ce qu'on avait pensé, il se produisit dans l'immense majorité de la nation une agitation profonde, un soulèvement de la dignité nationale contre la résurrection d'un régime odieux qui allait être la revanche de 1789. L'émotion fut telle dans le pays, que bon nombre de députés orléanistes hésitèrent à poursuivre l'aventure jusqu'au bout. Les royalistes qui paraissaient unis se divisèrent sur deux questions qu'ils avaient écartées et qui devenaient capitales, la question du drapeau et la question de savoir si les droits de la nation lui seraient garantis par une charte constitutionnelle ou s'ils lui seraient octroyés, à titre gracieux, par la générosité royale de son seigneur et maître. Comme les orléanistes tenaient expressément au maintien du drapeau tricolore et aux garanties constitutionnelles, on dépêcha à Salzbourg M. Chesnelong, chargé de demander formellement au comte de Chambord quelles étaient ses intentions à cet égard. Les déclarations que fit au retour de sa mission, le 82 octobre, l'ambassadeur in partibus parurent donner satisfaction aux orléanistes; mais le journal VUnion s'inscrivit en faux contre cette interprétation et publia, le 30 octobre, la lettre fameuse dans laquelle le comte de Chambord exigeait le drapeau blanc et l'intégrité d'un prétendu droit royal, qu'il ne tenait que de Dieu et de ses ancêtres. Ces extravagantes prétentions, aussi nettement affirmées, eurent pour résultat de réduire en poudre l'échafaudage si laborieusement élevé par les royalistes, et leur désarroi fut tel que pas un d'eux, k la rentrée de l'Assemblée, n'osa proposer le rétablissement de la monarchie.

Cette campagne de restauration, entreprise avec tant d'éclat, menée avec tant d'audace et terminée d'une façon si piteuse, n'avait eu pour résultat, en montrant l'impossibilité de rétablir la royauté, que d'accroître les sympathies du pays pour la République et d'augmenter les espérances des bonapartistes, dont la propagande devenait de plus en plus active. L impuissance de la majorité monarchique à constituer un gouvernement de son choix étant constatée, il lui restait deux partis k prendre : ou bien reconnaître son impuissance, déposer son mandat et appeler le pays & se prononcer, par des élections nouvelles, sur la forme définitive de gouvernement qu'il désirait; ou bien conserver indéfiniment son mandat, continuer l'œuvre de réaction commencée le 24 mai, empêcher la République de se constituer, écarter l'éventualité délections dont on craignait le résultat, en un mot rester maltresse de la situation pour • donner du temps au temps, • dans l'espoir qu'un événement imprévu permettrait la réalisation de ses espérances. Ce fut à ce dernier parti que, sur le conseil de ses chefs, la majorité monarchique de l'Assemblée s'arrêta; et ce fut en vue de ce programme qu'elle résolut de conférer au maréchal de Mac-Mahon des pouvoirs pour une longue durée.

Le 5 novembre 1873, l'Assemblée rentra en session. Ce jour même, M. de Broglie, viceprésident du conseil, donna lecture d'un message du maréchal de Mac-Mahon. • Pour donner au repos public une garantie sûre, disait ce document, il manque au régime actuel deux conditions essentielles, dont vous ne pouvez sans danger le laisser privé plus longtemps : il n'a ni la stabilité ni l'autorité suffisantes. Quel que soit le dépositaire du pouvoir^ il ne peut l'aire un bien durable si son droit de gouverner est chaque jour remis en question et s'il n'a pas devant lui la garantie d'une existence assez longue pour éviter au payB la perspective d'agitations sans cesse renouvelées... Vous songerez à ces périls et vous ferez don il la société d'un pouvoir exécutif, durable et fort, qui prenne souci de son avenir et puisse la défendre énergiquement. » Après la lecture de ce message, le président de l'Assemblée annonça ou il avait reçu du général Cbangarnier et d'un grand nombre de ses collègues une proposition ainsi conçue : • Le pouvoir exécutif est confié pour dix ans au maréchal de Mac- Mahon, duc de Magenta, a partir de la promulgation de la présente loi. Le pouvoir continuera à être exercé dans les conditions actuelles jusqu'aux modifications qui pourraient y être apportées par les lois constitutionnelles. Une commission de trente membres sera nommée sans délai en séance publique et au scrutin de liste pour l'examen des lois constitutionnelles. » Vainement MM. Dufaure et Urévjr démontrèrent qu'eu voulant faire de

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la prorogation des pouvoirs du maréchal une question spéciale absolument distincte des lois constitutionnelles on lui donnait le caractère d'une dictature, qu'en prorogeant des pouvoirs avant d'en déterminer l'étendue et la nature on procédait en dehors de toute saine logique, les royalistes ne voulurent rien entendre et, par quatorze voix de majorité, ils décidèrent que la proposition du général Cliangamier serait discutée d'urgence. Deux jours plus tard, l'Assemblée nomma dans ses bureaux une commission de quinze membres, chargée d'examiner cette proposition. Or, il arriva, contrairement aux prévisions de la majorité, que huit des commissaires étaient contraires k la proposition. La commission élut M. de Réinusat pour président, M. Laboulaye pour rapporteur, et, dans le rapport lu par ce dernier à l'Assemblée le 15 novembre, la majorité de la commission présenta le contre-projet suivant :

Art. 1er. Les pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon, président de la république, lui sontcontinués pour une période de cinq ans au delà du jour de la réunion de la prochaine législature.

Art. 2. Les pouvoirs s'exerceront dans les conditions actuelles jusqu'au vote des lois constitutionnelles.

Art, 3. La disposition énoncée en l'art, 1er prendra place dans les lois organiques et n'aura de caractère constitutionnel qu'après le vote de ces lois.

Art. 4. Dans les trois jours qui suivront la promulgation de la présente loi, une commission de trente membres sera nommée dans les bureaux pour l'examen des lois constitutionnelles présentées à l'Assemblée nationale les 19 et 20 mai 1873.

La discussion sur la prorogation devait s'engager le lundi 17 novembre. Mais, au début de la séance, le duc de Broglie lut un nouveau message du maréchal de Mac-Mahon, dont voici les passages les plus saillants : « Lu France, dont les vœux demandent pour le gouvernement de la stabilité et de la force, ne comprendrait pas une résolution qui assignerait au président de la République un pouvoir dont la durée et le caractère seraient soumis dès sou début k des réserves et à des conditions suspensives ; renvoyer aux lois constitutionnelles soit le point de départ de la prorogation, soit les effets définitifs du vote de l'Assemblée, ce serait dire k l'avance que dans quelques jours on remettra en question ce qui sera décidé aujourd'hui... Je comprends la pensée de ceux qui, pour favoriser l'essor des grandes affaires, ont proposé de fixer la prorogation à dix uns; mais, après y avoir bien réfléchi, j'ai cru que le délai de sept ans répondrait suffisamment aux exigences de 1 intérêt général et serait plus en rapport avec les forces que je puis consacrer au pays... Je déclare hautement que j'userai des pouvoirs qui ine seront confiés pour la défense des idées conservatrices. » Ce message produisit une vive émotion dans l'Assemblée, et M. Laboulaye, rapporteur, déclara qu'en présence d'une communicatiou dont personne ne pouvait méconnaître la gravité, il croyait convenable et nécessaire que la commission eût le temps de l'examiner. La séance du lendemain s'ouvrit par le rapport supplémentaire de M. Laboulaye. Ce député annonça que la majorité de la commission maintenait toutes ses conclusions. La discussion s'engagea alors et continua dans la séance du 19, puis dans une séance de nuit qui se termina à deux heures du matin. Malgré d'éloquents discours prononcés par MM. Jules Simon, Laboulaye et Grévy, la prorogation pour sept ans, défendue par MM. Prax-Paris, Castellane, Depeyre, de Broglie, etc., fut votée par 378 voix contre 310. Une proposition d'appel au peuple, faite pendant les débats par MM. Routier et Raoul Duval et appuyée par M. Naquet, avait réuni 88 voix.

Le gouvernement constitué pour sept ans dans la nuit du 20 novembre n'était, à vrai dire, qu'une dictature et il était assez difficile de lui donner un nom. Bien que le chef du pouvoir exécutif eût conservé le titre de président de la République, il était évident que le gouvernement du 20 novembre, établi par les ennemis acharnés des idées démocratiques dans le but de les combattre et de réduire au silence les républicains, ne pouvait être le gouvernement de la République. Faute de mieux, on lui donna le nom de septennat, emprunté à sa durée. Ce nom, du reste, plaisait fort aux anciens coalisés du 24 mai qui, chacun de leur côté, voyaient dans le septennat non-seulement le pont destiné à les conduire à la réalisation de leurs projets, mais encore une porte toujours ouverte à leur prétendant, quand l'heure propice aurait sonné.

Le duc de Broglie, l'inspirateur, dit-on, de la nouvelle transformation gouvernementale, continua à diriger cette politique de réaction et de combat qu'il avait inaugurée après la chute de M. ïhiers et qui avait porté de si tristes fruits. Toutefois, comme certaines modifications dans le personnel du cabinet paraissaient nécessaires, le ministère donna sa démission et fut reconstitué le 28 novembre. M. Beulé, dont la vie parlementaire et ministérielle avait été si féconde en mésaventures depuis la fameuse circulaire Pascal, disparaissait du cabinet. Il était remplacé à l'intérieur par M. de Broglit, qui conser-

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vait la vice-présidence du conseil et cédait au duc Decazes les affaires étrangères. M. de Fourtou succédait à M. Batbie comme ministre de l'instruction publique. A deux légitimistes, M. de La Bouillerie, ministre des travaux publics,' et M. Ernoul, ministre de la justice, on substituait deux légitimistes d'une nuance un peu moins accentuée, M. de Larcy et M. Depeyre. Ce dernier, comme on sait, avait gagné son portefeuille en prononçant, le 19 novembre, une phrase mémorable, au sujet du maréchal de Mac-Mahon : « Il est des revers valant autant que les plus éclatants triomphes. > Quant à MM. Magne, Deseilligny, du Barail et Dompierre d'Hornoy, ils furent maintenus aux finances, à l'agriculture, à la guerre et à la marine. Deux jours plus tard, l'Assemblée commençait la nomination de la commission des Trente, chargée de préparer les lois sur l'organisation des pouvoirs publics. Ce ne fut qu'au bout de six jours que celte opération fut terminée. Vingt-huit membres sur trente appartenaient aux partis hostiles à la République.

La majoritù du 24 mai paraissait définitivement reconstituée et tout eût été pour le mieux dans le plus réactionnaire des gouvernements possibles, si, à chaque élection nouvelle, la nation n'avait envoyé à la Chambre de nouveaux députés républicains. Une pareille persistance du pays à manifester son goût pour des institutions libres et démocratiques montrait suffisamment qu'il restait encore beaucoup à faire au ministère de combat. Son grand homme d'Etat, M. de Broglie, ex-libéral, devenu un adepte fervent des procédés administratifs de 1 Empire, se mit aussitôt à l'œuvre. Le 4 décembre 1873, il présenta à la Chambre l'exposé de motifs d'un projet de loi sur les maires, projet ainsi conçu : ■ Jusqu'au vote de la loi organique municipale, les maires et adjoints seront nommés par le président de la république dans les chefs-lieux d'arrondissement et de canton. Dans les autres communes, ils seront nommés par le préfet. » Cette disposition avuit pour objet de faire disparaître des municipalités tous les maires et adjoints élus appartenant au parti républicain, et de les remplacer par des agents du pouvoir, tout dévoués à la réaction. En attendant que ce projet fût voté, le ministère continua a faire une guerre acharnée à la presse républicaine. Le 5 décembre, M. Lamy ayant interpellé le gouvernement pour savoir s'il avait l'intention de maintenir sous l'état de siège, que rien ne justifiait, près de la moitié de nos départements, M. de Broglie lui répondit de façon à s'attirer les applaudissements de la majorité, t| ui, par 386 voix, approuva ses étonnantes théories gouvernementales. Un seul fait important marqua la fin de l'année 1873, ce fut la condamnation à mort de Bazaine (10 décembre), qui avait livré à l'Allemagne Metz et sou armée. Toutefois le cabinet, sur la demande du conseil de guerre, fit signer au maréchal de Mac-Mahon une commutation de peine et Bazaine fut transféré, le 24 du même mois, à l'Ile Sainte-Marguerite pour y subir une réclusion de vingt ans. Ce prisonnier, aussi mal gardé que possible, ne tarda pas à s'évader.

L'année 1874 débuta assez mal ponr le cabinet. Le 8 janvier, l'Assemblée, par 268 voix contre £26, vota l'ajournement du projet de loi sur la nomination des maires, et M. de Broglie donna sa démission; mais quatre jours plus tard, la Chambre revint sur ce vote. 366 députés contre 305 déclarèrent que le ministère n'avait pas perdu sa confiance, que la discussion de la loi sur les maires viendrait à l'ordre du jour du lendemain, et le cabinet retira sa démission. Le 20 du même mois, la loi était votée. Aussitôt, le duc de Broglie destitua tous les maires et adjoints républicains et s'empressa de les remplacer presque partout par l'ancien personnel de l'Empire. Dès ce moment, non-seulement la propagande bonapartiste ne rencontra plus d'obstacles, mais elle trouva les agents les plus dévoués dans les agents mêmes du pouvoir.

Si les bonapartistes avaient toute raison de se réjouir en voyant que le septennat paraissait avoir été fait tout exprès pour eux, les légitimistes se montraient beaucoup moins satisfaits et de M. de Broglie et de sa politique. Le ministre dirigeant paraissait avoir pris le septennat au sérieux ; il songeait sérieusement à l'organiser pour sept ans et avait écrit en ce sens, le 23 janvier, une circulaire aux préfets. Les légitimistes , par l'organe de 1 Union et par celui de ses représentants les plu3 autorisés, notamment MM. de La Rochette, Lucien Brun, déclarèrent que s'ils avaient voté la prorogation du pouvoir, c'était avec la conviction que le gouvernement nouveau travaillerait k amener le plus vite possible le retour de la monarchie légitime et s'empresserait de lui céder la place. Ce fut pour répondre k ces prétentions que le maréchal de Mac-Mahon, dans une visite faite au tribunal de commerce le 4 février, prononça ces paroles : « Le 19 novembre, l'Assemblée nationale m'a remis le pouvoir pour sept ans; mon premier devoir est de veiller à l'exécution de cette décision souveraine. Soyez donc sans inquiétude.

Pendant sept ans, je saurai faire respecter de tous l'ordre de choses légalement établi. » Ce langage, paraphrase d'un mot prononcé par le maréchal lors de la prise de Malakoff ;

< J'y suis, j'y reste! « fut très-mal accueilli par le parti légitimiste, qui prétendit avoir été joué par le duc de Broglie. Vainement, pour conserver son appui, cet homme d'Etat se montra le très-humble serviteur du cléricalisme, redoubla d'ardeur dans sa croisade contre les républicains, révoqua jusqu'à MM. Rameau et Fotircand, maires de Versailles et de Bordeaux et républicains modérés, rétablit la censure, prépara un projet de loi pour supprimer la liberté de la librairie, inultiplia)esrigiieursenvi'rslesjournaux,etc.; il ne put regagner la confiance de l'extrême droite. Pendant ce temps, les bonapartistes agissaient sans perdre un instant. Le 8 février, un des leurs, M. Sens, était élu député dans le Pas-de-Calais; le il du même mois, M. Rouher écrivait à l'Ami de l'ordre une lettre devant servir de programme politique à son parti, et, le 16 mars, lex-prinee impérial prononçait k Chiselhurst un discoursmanifeste en présence d'un certain nombre de ses partisans venus de France.

Cependant l'inquiétude recommençait à gagner le pays. Après l'avortement de la conspiration monarchiste, on avait espéré voir commencer une ère d'apaisement, si nécessaire pour que la France pût panser ses Plaies et réparer les désastres causés par Empire. On avait pu croire que l'esprit de parti qui aveuglait la majorité trouverait une atténuation en pensant à la patrie mutilée et meurtrie. Vain espoir I Aux intrigues monarchiques succédaient les intrigues bonapartistes, d'autant plus menaçantes qu'elles trouvaient des complices volontaires ou aveugles duns le cabinet lui - même. Le 18 mars , M. Lamy interpella le ministère sur la circulaire du 22 janvier relative à l'exécution de la loi sur les inaires. Comme toujours, M. de Broglie répondit par des déclarations entortillées, pleines de réticences et d'équivoques, qui, aux yeux de ce piètre homme d'Etat, constituaient le comble de l'habileté. Arrivant k parler du septennat, il déclara qu'il était • incommutable et inattaquable, » mais se garda bien de protester contre la déclaration de M. Cazenove de Pradine, déclaration en contradiction flagrante avec le langage tenu par le maréchal devant le tribunal de commerce. Encore une fois la majorité, par son vote, consentit à lui donner raison ; mais l'on sentait déjà que ses finasseries avaient fuit leur temps et que sa chute était proche. Le 24, l'Assemblée décida qu'elle se prorogerait du 39 mars au 12 mai; mais, avant de se séparer, elle prorogea les pouvoirs des conseillers municipaux en fonction et rejeta, le 27 mars, la proposition de M. Duhirel, demandant que l'Assemblée votât sur la forme définitive du gouvernement de la France.

Pendant les vacances de l'Assemblée, les électeurs de la Gironde et de la Haute- Marne nommèrent deux députés républicains, MM. Roudieret Danelle-Bernardiu (29 mars). Au commencement du même mois, c'étaient également des républicains, MM. Ledru-Rollin et Lepetit, qui avaient été élus dans les départements de Vaucluse et de la Vienne (3 mars). Depuis la constitution du septennat, pas un candidat du gouvernement n'avait été élu ; sur dix électious, on comptait neuf républicains et un bonapartiste, M. Sens,

Le 13 avril, M. Depeyre, ministre de la justice, adressa aux préfets une circulaire, les invitant à lui signaler les articles de journaux qui contiendraient des attaques contre les pouvoirs du maréchal, et, le même jour, le gouvernement adressa à l'Union et k la Liberté des communiqués, déclarant que ces journaux s'exposeraient k des mesures répressives s'ils continuaient à contester le caractère irrévocable des pouvoirs conférés au duc de Magenta. Le lendemain, le ministre de l'intérieur suspendit les séances du conseil général des Bouches-du-Rhône, dans lequel s'était produit un conflit entre le préfet et le président du conseil, M. Labudié. Aucun autre fait notable, si l'on eu excepte la nouvelle de l'évasion de Henri Rochefort et le discours séparatiste prononcé à Nice par le député Piccon (19 avril), ne se produisit juaqu k la rentrée de l'Assemblée (12 mai).

Le 15 mai, le duc de Broglie lut à la Chambre un projet de loi ayant pour but de créer une seconde Chambre sous le nom de grand conseil, projet qui fut renvoyé k la commission des Trente. En ce moment, l'extrême droite, dont 1 irritation contre le duc de Broglie était à son comble, était décidée plus que jamais à empêcher l'organisation des pouvoirs publics et k se servir de lu première circonstance venue pour renverser le vice-président du conseil. Cette circonstance se Ut peu attendre. Dès le lendemain lu mai, M. Batbie, président de la commission des Trente, demanda que la loi électorale politique fût mise k l'ordre du jour avant la loi municipule, et le duc de Broglie, au nom du cabinet, appuya cette demande. M. Raudot demanda, au contraire, que l'on commençât par la loi municipale. On passa au scrutin et le ministère fut battu par 382 voix contre 317. Par ce vote, qui fut suivi de la démission du cabinet, l'ancienne majorité du 24 mai se trouvait dissoute. La gauche, k la vérité, ne s'en trouva pas plus forte d'abord; elle n'y gagna point d'accroissement, mais elle conserva du moins l'avantage d'une position nette et sincère.

La crise ministérielle fut des plus laborieuses. Pendant les négociations qui eurent lieu pour la constitution d'un nouveau cubi-

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net, on agita & diverses reprises la question de savoir si, dans les lois constitutionnelles que l'Assemblée devait être appelée à voter, on organiserait le septennat impersonnel ou le septennat personnel. Les membres de l'extrême droite ne voulaient absolument rien organiser. Les membres de la droite modérée repoussaient le septennat impersonnel, réclamé par M. Waddington au nom du centre gauche et auquel se ralliait le duc d'Audifïret-Pasquier avec la plupart des membres du centre droit. L'entente sur ce point ayant été reconnue impossible, on dut l'écarter, et, au bout d'une semaine d'essais infructueux,

b 26 mai, le maréchal de Mac-Mahon se décida k nommer un ministère d'affaires, composé comme suit : le général de Cissey, viceprésident du conseil, à la guerre ; M. Tailhand a la justice, le duc Decazes aux affaires étrangères, M. de Fourtou k l'intérieur, M. Magne aux finances, le contre-amiral de Montaignac a la marine , le vicomte de Cumont à l'instruction publique et aux cultes, M. Caillaux aux travaux publics et M. Grivart à l'agriculture et au commerce. Ce ministère, formé d'éléments hybrides, sans programme arrêté, et qui ne comptait guère qu'un homme aux idées quelque peu libérales, leducDecazes, confiné dans les affaires étrangères, était peu fait pour dominer une situation difficile et pour durer. Sa conduite politique devait se modeler sur celle du cabinet précédent, en remplaçant toutefois la forme cauteleuse de l'ex-vice-président du conseil par une affirmation plus brutale de l'arbitraire administratif. Les bonapartistes seuls étaient en droit de se féliciter de la formation du nouveau cabinet, car ils allaient trouver de chaleureux soutiens, non-seulement dans M. Magne, mais encore dans MM. de Fourtou et Tailhand.

Le 24 mai, M. de Bourgoing, candidat bonapartiste, fut élu député de la Nièvre par 37,599 voix contre 32,157 voix données au républicain Gudin et 4,527 au légitimiste de Pazzi. Cette élection eut un retentissement énorme, et les bonapartistes, qui, grâce à l'inepte politique du duc de Brogiie, avaient en partie reconquis leur menaçante influence, entonnèrent un chant de triomphe. Quelques jouis plus tard, le 9 juin, il se produisait à l'Assemblée un incident qui mit à son comble l'émotion du pays. Le député Girerd interpella le gouvernement sur l'existence d'un comité central de l'appel au peuple et produisit une pièce de laquelle il résultait que ce comité avait joué un rôle des plus importants dans l'élection de M. de Bourgoing. M. Routier, comprenant la nécessité de payer d'audace, déclara sur l'honneur qu'il ignorait l'existence de ce comité et se rallia k la proposition qui venait d'être faite de procéder à une enquête à ce sujet. Les paroles les plus vives furent alors échangées. Ne pouvant contenir son indignation, M. Gambetta qualifia les bonapartistes de « misérables, ■ Le président l'invita à retirer son expression ; mais il la* maintint en déclarant qu elle contenait, non-seulement un outrage, mais une flétrissure, et il se vit rappeler à l'ordre. Pour se venger du chef de la gauche, un petit groupe de bonapartistes organisa contre lui des manifestations à la gare Saint-Lazare, où l'on vit se produire des scènes de désordre les 10, Il et 12 juin. La police appré- ' henda au corps plusieurs députés républicains, qui furent relâchés, et M. Gambetta fut l'objet d'une brutale agression. M. de Fourtou répondit aux protestations indignées des députés en félicitant hautement la police de sa conduite, et, s'il ne put s'empêcher de suspendre pour quinze jours le Pays qui se livrait k des violences d'énergumène, il s'empressa de consoler les bonapartistes en frap- Eant de la même peine deux journaux rèpulicains, le XIX' Siècle et le Jtappel.

Cependant le centre gauche, fatigué des interminables lenteurs de la commission des Trente qui, depuis huit mois, se livrait sans résultat à des discussions byzantines, résolut de mettre l'Assemblée en demeure d'en finir. Le 15 juin, M. Casimir Périer déposa sur le bureau de la Chambre une proposition ainsi conçue et pour laquelle il demanda l'urgence :

• La commission des lois constitutionnelles prendra pour base de ses travaux sur l'organisation et la transmission des pouvoirs publics : 1° l'article 1er du projet de loi déposé le 19 mai 1872, ainsi conçu; a Le gouvernement

• de la République se compose de deux (Jbam-

• bies et d'un président, chef du pouvoir exé- » cutif;» 2° la loi du 20 novembre par laquelle la présidence de la République a été conférée à M. le maréchal de Mac-Mahon jusqu'au Su' novembre 1880; 3<> la consécration du droit de révision totale ou partielle, dans des formes et à des époques à déterminer par les formes constitutionnelles. » Le même jour, M. Lambert Sainte - Croix, déposa une proposition qui demandait l'organisation du septennat personnel. Enfin, toujours le 15 juin, M. de La Rochefoucauld-Bisaccia, ambassadeur à Londres, proposa purement et simplement de rétablir la monarchie. L'Assemblée vota l'urgence de la proposition Casimir Périer, à la majorité de 345 voix contre 341, ïenvoya la proposition Lambert Sainte-Croix b la commission des Trente, sans déclaration d'urgence, et repoussa à une énorme majorité la proposition de M. de La Rochefoucauld.

Ce fut pour répondre k ce dernier vote que le comte de Chambord adressa aux Français,

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le 2 juillet, une proclamation dans laquelle il déclara oue sa naissance l'avait fait leur roi, qu'il avait compté sur l'intelligence de notre race pour comprendre les bienfaits que devait nous donner la monarchie chrétienne, que le gouvernement parlementaire était une fiction mensongère et que les Français n'avaient plus qu une chose à faire, se rallier à la maison de France. Ces puériles et ridicules déclarations d'un prétendant à bout de patience parurent le 3 juillet dans le journal l'union, qui fut suspendu pour quinze jours parM. de Fourtou. Le 8 juillet, un des chefs du parti légitimiste, M, Lucien Brun, interpella le gouvernement au sujet de cette suspension et présenta un ordre du jour motivé exprimant le regret de la mesure prise Contre l'Union. Cet ordre du jour fut repoussé par 379 voix contre 80, et l'Assemblée adopta l'ordre du jour pur et simple, après avoir également repoussé une motion présentée par M. Paris et appuyée par le cabinet. A la suite de ce dernier vote, le ministère remit sa démission entre les mains du maréchal de Mac- Mahon ; mais celui-ci refusa de l'accepter et adressa à l'Assemblée, le 9, un message dans lequel il affirma le caractère irrévocable des pouvoirs à lui confiés pour sept ans, le 20 noyembre, et demanda < des institutions régulières, > propres à assurer au paysi le calme, la sécurité, l'apaisement dont il a besoin. » Dès le lendemain, le ministère, par l'organe de M. de Fourtou, fit connaître à la commission des Trente les conditions dans lesquelles, selon lui, le septennat devait fonctionner. D'après le ministre, trois choses étaient indispensables : l'institution d'une seconde Chambre, dont une partie serait nommée par le président dans « une proportion considérable; • le droit pour le pouvoir exécutif de dissoudre la Chambre des députés et la substitution du vote d'arrondissement au scrutin de liste pour les élections parlementaires. Enfin M. de Fourtou déclara que le gouvernement regardait ces trois conditions comme indispensables à son action et qu'il en réclaluait le règlement immédiat. Le 15 juillet, M. de Ventavon, au nom de la commission des Trente, donna à l'Assemblée lecture d'un rapport tendant à rejeter la proposition Casimir Périer et exposa le projet de loi adopté par la commission.

Ce même jour, l'Assemblée repoussa le projet de loi financier présenté par M. Magne, et ce ministre donna sa démission , qui fut acceptée. M. de Fourtou ayant demandé à ses collègues qu'on remplaçât M. Magne aux finunces par un autre bonapartiste et que le préfet de police, M. Renault, fût destitué comme étant hostile aux bonapartistes, M. Decazes, dit-on, au nom de la majorité du cabinet, protesta énergiquement contre de telles prétentions, et M. de Fourtou se vit réduit à se démettre également de son portefeuille (19 juillet). Le lendemain, le général Chabaud- Latour était appelé à le remplacer au ministère de l'intérieur, et M. Mathieu Bodet succédait à M. Magne comme ministre des finances. Dans le cabinet ainsi reconstitué, il ne restait plus qu'un membre qui fût sympathique k la faction impérialiste , c'était M. Tailhand.

En ce moment commençait la discussion sur la proposition Périer. Le vice-président lut au nom du gouvernement une déclaration dans laquelle il demandait la création de deux Chambres, le droit de dissolution conféré au président de la république et une nouvelle loi électorale politique. Eu même temps, il se prononçait contre la proposition Périer, qui avait, selon lui, le défaut capital d'organiser définitivement la république, et cette proposition fut repoussée le 23 juillet par 374 voix contre 333. Le lendemain , sur la demande de M. de Castellane, la Chambre ajourna la discussion des lois constitutionnelles jusqu'après les vacances parlementaires ," qui devaient durer du 6 août au 30 novembre, et, le .29, l'Assemblée repoussa la proposition de dissolution de l'Assemblée , présentée par M. de Malevilie.

Pendant les vacances parlementaires, il se produisit peu de faits notables. Nous nous bornerons à citer des voyages faits par le maréchal de Mac-Mahon dans les départements de l'Ouest et dans le Nord; de nouvelles poursuites contre des républicains k Lyon et à Marseille; lu reconnaissance du gouvernement du maréchal Seriano; le rappel de l'Orénoque de Civita - Vecchia ; les élections du Calvados (16 août), de la Martinique (13 septembre) , de Maine-et-Loire (27 septembre), des Alpes-Maritimes, du Pasde-Calais et de Seine-et-Oise (18 octobre), du Nord, delà Drôme et de l'Oise (8 novembre), qui eurent pour résultat d'envoyer' siéger à 1 Assemblée sept républicains , MM. Godissart, Maillé, Médecin, Chiiis, Senard, Parsy et Madier de Montjau, et trois bonapartistes, MM. Le Prévost de Launay, Delisse-Engrund et le duc de Mouchy ; le renouvellement partiel des conseils généraux (4 octobre) ; les élections municipales de toutes les communes de France, excepté Paris (22 novembre), celles de Paris (29 novembre), etc. Quant à la ligne politique du cabinet replâtré le 20 juillet, elle ne différa pas sensiblement de ce qu'elle avait été précédemment. Le personnel administratif, gangrené de bonapartisme jusqu'à la moelle, fut intégralement maintenu, et les républicains continuèrent à être la tête de Turc sur laquelle le cabinet frappa à tour

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de bras afin de prouver aux défenseurs du trône et de l'autel qu'il avait toute la vigueur nécessaire pour gagner leurs sympathies.

L'Assemblée ayant terminé ses vacances rentra en session le 30 novembre. Cette session devait avoir et eut, en effet, une importance considérable, car la Chambre; k bout d'atermoiements, se voyait acculée k la nécessité d'organiser les pouvoirs publics. L'état des partis étant resté tel que nous l'avons dit plus haut, la majorité du 24 mai étant depuis longtemps disloquée, il semblait fort difficile d'arriver à une entente, surtout au sujet d'une question qui divisait profondément les esprits. L'extrême droite légitimiste, avec sa mystique candeur, n'admettait pas qu'on pût faire « attendre son roi à la porte du septennat, » En conséquence, elle refusait absolument d'organiser les pouvoirs du maréchal. Une partie du petit groupe bonapartiste, espérant promptement saisir sa proie, était dans les mêmes sentiments. La droite modérée et la plus grande partie du centre droit étaient d avis d'organiser les pouvoirs du maréchal, mais du maréchal seul, et se cramponnaient au septennat personnel, c'est-àdire à un gouvernement purement transitoire, laissant la France livrée k toutes les incertitudes de l'avenir et la poussant, par lassitude et par peur, vers la monarchie. Enfin le centre gauche, k qui tous les groupes républicains avaient laissé la direction de l'habile et sage politique qui avait fait à la république tant de partisans nouveaux, voulait qu'on organisât avec le septennat la république ellemême et qu'on dotât enfin la France du seul gouvernement qni pût lui assurer le calme et la liberté. Arriver k constituer une majorité avec des éléments si disparates n'était pas chose facile. Et cependant il n'y avait pas lieu de désespérer. Depuis quelque temps un certain nombre de députés du centre droit, ayant k leur tête M. Léonce de Lavergne, avaient fait une évolution marquée. Trop clairvoyants pour ne pas voir l'impossibilité d'établir une monarchie parlementaire, ils comprenaient la patriotique nécessité de faire sortir la France d'un provisoire à tous les points de vue funeste, et en étaient arrivés k se rallier franchement k l'idée de constituer une république conservatrice. Cependant ces' députés étaient encore peu nombreux, et il était nécessaire que leur nombre s'accrût pour former une majorité décidée k accepter la république. Pour obtenir ce résultat, d'activés'négociations furent entamées entre le centre gauche , le groupe Lavergne et le centre droit. L'appréhension d'un péril menaçant pour tous pouvait seul amener une entente, et le péril ne tarda pas à se révéler. A la suite de la séance du 9 juin 1874, pendant laquelle M. Girerd avait révélé l'existence d'un comité central bonapartiste , M. Tailhand, ministre de lu justice, s'était vu dans la nécessité d'ordonner une enquête. Le préfet de police, M. Léon Renault, fut chargé de fournir au procureur général des indications sur la façon dont il pourrait commencer ses recherches. Depuis longtemps déjà, cet habile fonctionnaire avait constaté les menées bonapartistes, l'existence du comité central k la tête duquel se trouvait M. Rouher et la puissante organisation de ce parti qui, pour s'emparer du pouvoir dont il avait fait pendant dix-huit ans un si détestable usage, avait créé une sorte de gouvernement occulte dans l'Etat (v. Rouher). La justice, chargée de procéder k une enquête, se livra k des perquisitions qui amenèrent la découverte de pièces importantes et montra l'indéniable existence de la conspiration. Toutefois, le parquet ne crut pas devoir poursuivre et rendit une ordonnance de non-lieu, en se fondant principalement sur ce qu'il se trouvait parmi les accusés des députés et de hauts dignitaires de la Légion d'honneur.

Cette ordonnance de non-lieu fut signifiée le 18 décembre, par le ministre de la justice, au bureau de la Chambre chargé de se prononcer sur la validité de l'élection de la Nièvre. M. Tailhand lui ayant refusé la communication de certaines pièces de l'enquête judiciaire propres à l'éclairer, le bureau déclara k l'Assemblée, le 23 décembre, par l'organe de son rapporteur, M. de Choiseul, qu'il ne pouvait prendre aucune conclusion sur l'élection de la Nièvre sans uu examen complet de l'action qu'avait exercée sur elle le comité de l'appel au peuple. En conséquence, il conclut en demandant une enquête parlementaire. A la suite d'une discussion k laquelle prirent part MM. Tailhand, Rouher et Ricard, qui prononça k cette occasion un brillant discours contre le parti de l'Empire , l'Assemblée, qui en savait trop pour ne pas vouloir connaître toute la vérité, vota les conclusions de M. de Choiseul. Les révélations faites k .cette occasion sur les menées bonapartistes , bien qu'incomplètes encore , devaient avoir le plus heureux résultat en provoquant une entente, définitive entre les groupes favorables à l'établissement de la république et en contribuant k former une nouvelle majorité.

Avec l'année 1875 devaient s'ouvrir les grands débats sur les lois constitutionnelles. Le 5 janvier, un des membres du cabinet lut k l'Assemblée un message par lequel le chef du pouvoir exécutif demandait que la Chambre commençât k discuter la loi sur le Sénat, « l'institution, disait-il, que paraissent le plus impérieusement réclamer lesjutérêts conser-

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vateurs dont vous m'avez confié et dont je ne déserterai jamais la défense. » Cette demande, ins'pirée par les partisans du septennat organisé en dehors de la république , fut appuyée par M. Batbie au nom de la commission des Trente, combattue parM. Laboulaye au nom du centre gauche, défendue par le ministère et repoussée par la Chambre k une grande majorité. A la suite de ce vote, le cabinet donna sa démission. Les ministres furent priés par le maréchal de conserver leurs portefeuilles jusqu'à la formation d'un nouveau ministère ; et, comme dans l'état des choses il était presque impossible de constituer un cabinet solide, les ministres restèrent au pouvoir jusqu'à la fin des débats sur la loi des pouvoirs publics.

L'Assemblée s'occupa ensuite de discuter la loi sur les cadres de l'armée, nomma, le 14 janvier, la commission d'enquête parlementaire sur l'élection de la Nièvre et aborda enfin, le 21 janvier, la discussion de laloi sur l'organisation et la transmission des pouvoirs publics, qui alterna avec celle de la loi sur l'organisation d'une seconde Chambre. Nous n'entreprendrons pas de raconter icj les longs et remarquables débats auxquels donnèrent lieu ces projets de loi d'une si grande importance. Bornons-nous k rappeler que le projet soumis aux délibérations de la Chambre était celui de la commission des Trente, dit projet Ventavon parce que ce député en fut le rapporteur. D'après ce projet et les commentaires de son rapporteur, 1 Assemblée devait écarter les discussions proprement constitutionnelles, réserver l'avenir, laisser k chacun ses espérances et sa foi, lier le septennat k la personne du maréchal, en un mot maintenir le provisoire et écarter la république. A l'article 1" du projet de loi de la commission des Trente, M. Laboulaye proposa le 28 janvier, au nom du centre gauche, un amendement ainsi conçu : « Le gouvernement de la république se compose de deux Chambres et d'un président. • Cet amendement, défendu avec beaucoup de talent, fut repoussé le lendemain par 359 voix contre 336. Ce fut alors que M. Wallon, un des membres du groupa Lavergne, intervint avec un contre-projet, repoussé par la commission , et qui, reprenant sous une autre forme l'amendement Laboulaye, reconnaissait et organisait le gouvernement de la République. L'amendement Wallon fut voté, le 30 janvier, par 353 voix contre 352. A partir de ce vote, la majorité alla sans cesse grossissant et le projet Wallon fut adopté presque intégralement en seconde lecture le 3 février, puis définitivement le 25 février suivant, k la majorité de 425 voix contre 254. Le 24 février, l'Assemblée avait également voté en troisième lecture la loi relative k l'organisation' du Sénat, loi dans laquelle la nouvelle majorité avait adopté k peu près entièrement un autre contre-projet de M. Wallon, qui s'était fait l'organe du groupe Lavergne. Dans ces mémorables débats, les gauches, le groupe Lavergne et une partie du centre droit, ayant k sa tête le duc d'Audiffret-Pasquier, étaient arrivés, grâce à des transactions réciproques, à une complète entente, et si chacun de ces groupes avait fait de pénibles sacrifices, il avait du moins la satisfaction d'avoir tiré la France du provisoire et de lui avoir donné le seul gouvernement possible.

La loi des pouvoirs publics est d'une telle importance, que nous croyons devoir la reproduire ici :

L'Assamblée nationale a adopté la loi dont la teneur suit :

Article 1er. Le pouvoir législatif s'exerce par deux assemblées, la Chambre des députés et le Sénat.

La Chambre des députés est nommée par le suffrage universel, dans les conditions déterminées par la loi électorale.

La composition , le mode de nomination et les attributions du Sénat serout réglés par une loi spéciale.

Art. 2. Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages parle Sénat et par la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans; il est réeligiblc.

Art. 3. Le président de la République a l'initiative des lois, concurremment avec les membres des deux Chambres ; il promulgua les lois lorsqu'elles ont été votées par les deux Chambres; il en surveille et en assure l'exécution.

Il a le droit de faire grâce; les amnisties ne peuvent être accordées que par une loi.

Il dispose ue la force armée.

11 nomme à tous les emplois civils et militaires.

Il préside aux solennités nationales; les envoyés et les ambassadeurs des puissances étrangères sont accrédités auprès de lui.

Chacun des actes du président de la République doit être contre-signe par un ministre.

Art. 4. Au fur et k mesure des vacances qui se produiront à partir de la promulgation de la présente loi, le président Ue la république nomme, en conseil des ministres, les conseillers d'Etat en service ordinaire.

Les conseillers d'Etat ainsi nommés ne pourront être révoqués que par décret rendu en conseil des ministres.

Les conseillers d'Etat nommés en vertu de la loi du 24 mai 1872 ne- pourront, jusqu'à l'expiration de leurs pouvoirs, être révoqués qqs dans la fpnno déterminée par cette loi.

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Après la séparation de l'Assemblée nationale, la révocation ne pourra être prononcée que par une résolution du Sénat.

Art. 5. Le président de lu République peut, sur l'uvis conforme du Sénat, dissoudre la Chambre des députés avant l'expiration légale de son mandat.

En ce cas, les collèges électoraux sont convoqués pour de nouvelles élections, dans le délai de trois mois.

Art. 6. Les ministres sont solidairement responsables devant les Chambres de la politique générale du gouvernement, et individuellement de leurs actes personnels.

Le président de ta République n'est responsable que dans le cas de haute trahison.

Art. 7. En cas de vacance par décès ou pour toute autre cause, les deux Chambres réunies procèdent immédiatement à l'élection d'un nouveau président. Dans l'intervalle, le Conseil des ministres est investi du pouvoir exécutif.

Art. 8. Les Chambres auront le droit, par délibérations séparées, prises dans chacune à la majorité absolue des voix, soit spontanément, soit sur lu demande du président de la république, de déclarer qu'il y a lieu de réviser les lois constitutionnelles.

Après que chacune des deux Chambres aura pris cette résolution, elles se réuniront en Assemblée nationale pour procéder à la révision.

Les délibérations portant révision des lois constitutionnelles, en tout ou en partie, devront être prises à la majorité absolue des membres composant l'Assemblée nationale.

Toutefois, pendant la durée des pouvoirs conférés par la loi du 80 novembre 1873 à M. le maréchal de Mac-Mahon, cette révision ne peut avoir lieu que sur la proposition du président de la république.

Ait. 9. Le siège du pouvoir exécutif et des deux Chambres est à Versailles.

Délibéré en séances publiques, à Versailles, les vingt-deux janvier, trois et vingtcinq février mil huit cent soixante-quinze.

Pendant que, grâce à la sagesse de la gauche et au sens pratique d'un certain nombre de membres du centre droit, la république devenait le gouvernement légal du pays, la commission d'enquête parlementaire sur l'élection de la Nièvre s'était mise activement a l'œuvre. Malgré le mauvais vouloir du mi- ' nistre Tailhand, qui s'obstina à refuser à la commission la communication de pièces importantes de la première enquête, la commission put faire entin une pleine lumière; M. Renault, préfet de police, appelé a déposer devant elle, exposa longuement, le 25 janvier, l'organisation et les audacieuses menées du comité que dirigeait M. Rouher. Le jour même où le septennat prenait fin pour faire place a la république. M. Savary lut a la Chambre son remarquable rapport sur l'élection de la Nièvre, et la France, en lisant les dépositions faites devant la commission d'enquête, put comprendre les périls dont la menaçait le plus dangereux des partis et quels services devait lui rendre la constitution du 25 février, si les hommes appelés à la mettre en pratique étaient à la hauteur de leur tâche.

Cette constitution, sauf des modifications légères, réalisait les projets de lois constitutionnelles présentés par M. Thiers le 19 mai 1873. Or, contradiction curieuse, la présentation de ces projets de loi avait amené la chute de M. Thiers. Depuis lors, pendunt près de deux années, la France avait piétiné sur place, constamment inquiète, truublée par les intrigues incessantes des partis hostiles à la République. La coalition du 24 mai, radicalement impuissante à rien fonder, avait prisa tâche de tout entraver. Les anciens libéraux du temps de l'Empire, qui la composaient en partie, avaient donné le démoralisant spectacle du plus souverain mépris pour toutes les libertés. Devenus maîtres du pouvoir, ils s'étaient à leur tour rués vers le despotisme, oubliant toute idée de justice, écartant toute liberté virile, adoptant entièrement en un mot ce systèihe d'arbitraire et d'étouffante compression qui avait été l'essence même du régime impérial. De là Je discrédit profond dans lequel ils ne tardèrent pas à tomber :vux yeux du pays, discrédit dont on peut se faire une idée, lorsqu'on songe que pas un seul des candidats favorables à la politique de combat ne put se faire élire député; de là encore les progrès du bonapartisme, qui trouvait la justification même de son système gouvernemental dans les façons de gouverner identiques adoptées par les ministres de l'ordre moral.

S'il est impossible de ne psrs blâmer avec la plus grande énergie la politique intérieure suivie pendant la courte période historique que nous venons d'esquisser, on ne saurait se dispenser de reconnaître que la politique extérieure du gouvernement fut à peu près à l'abri de tout reproche. Elle se montra sage, correcte, prudente-, elle s'attacha à résister aux exigences cléricales qui menaçaient de lancer la France dans les plus périlleuses aventures; en un mot, elle fut conforme aux véritables intérêts du pays.

SEPT-EN-TOISE s. m. Bot. Variété de pâtisson ou giraumont.

SEPTENTRION s. m. (sè-ptan-tri-on —du latiu seplemtrioiieSj proprement la constellation des sept étoiles placées vers le pôle

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nord, puis le nord. Les deux mots qui forment ce nom sont quelquefois séparés, par exemple dans ce vers que Cicéron traduit d'Ara tus :

Quas noslri septem solili vocilare tricmeB. Virgile l'emploie de même , mais au singulier, ce qui, au point de vue étymologique, peut être regardé comme un barbarisme :

Talis hyperboreo septem subjecta trioni.

Ovide a commis la même faute :

. . . Scythiam septamgue trionem

Bonifer iitvasit Boreas. . . .

Varron, dans un passage, d'ailleurs assez obscur, nous dit que triones était le nom que, même de son temps , les bouviers donnaient â leurs bœufs occupés au labour; mais Max Millier remarque que trio n'a jamais été employé dans ce sens, excepté par Varron, pour les besoins d'une étymologie, et que nulle part ailleurs les sept étoiles ne sont appelées les sept bœufs, mais seulement les bœufs et le timon , boves et tema, dénomination qui leur convient mieux. Bootes, le Bouvier, nom donné à cette même étoile, que l'on appelle aussi Arcturus, impliquerait seulement que la charrue, amaxa, était conçue comme tirée par deux ou trois bœufs, mais non pas que l'on parlât jamais des sept étoiles comme étant autant de bœufs. Quoiqu'il soit impossible, dans ces sortes de questions, d'être affirmatif, Max Mùller pense que ce nom de triones a pu être un vieux nom pour étoile en général. Les étoiles, en effet, étaient appelées en sanscrit staras, celles qui répandent, qui sèment la lumière, de la racine star, répandre, et le latin Stella, étoile, n'est luimême qu une contraction de sterula. L'anglais star, l'allemand stern, et le gothique stairnô sont issus de la même source; mais, outre star, on trouve en sanscrit un autre nom tard, étoile, constellation, météore, védique târ, où le * initial de la racine est perdu, de même que dans le grec teiros, pluriel teirea, constellation. Une telle perte n'est nullement rare, et trio, en latin, pourrait alors représenter une forme originelle strio, étoile. Strio, étoile, étant devenu inusité, le nom de septemiriones serait resté purement traditionnel, et si, comme Varron nous le dit, il y avait eu latin un nom vulgaire pour bof.uf, savoir trio, qu'il faudrait alors dériver de terere, broyer, les paysans, en parlant des septemtrwnes, les sept étoiles, se seraient naturellement imagine qu'ils parlaient de sept bœufs). Nord, celui des pôles du monde qui est situé près de la constellation de la Petite Ourse; n'est guère Usité que dans le langage poétique : Le côté du septentrion. L'aiguille aimantée se tourne toujours du côté du septentrion, vers te pôle du septentrion. (Acad.)

— Au septentrion de, Plus proche du septentrion que, situé au nord par rapport à : Ce pays est au septentrion de tel autre.

— Astron. Constellation du nord, plus ordinairement appelée la petite Ourse.

SEPTENTRIONAL, ALE adj. (sè-ptan-trio-nal , a-le — rad. septentrion). Qui est du côté du septentrion, du nord : Pâle septentrional. Pays septentrionaux. // n'y a que peu ou point de glaces dans les hautes mers, quelque septentrionales qu'elles soient, (Butf.) Parmi les sauvages de l'Amérique septentrionale, la pluralité des femmes est permise. (Chiiteaub.)

— Qui habite le septentrion, le nord : Les ' peuples septentrionaux. Les nations septentrionales. Dans l'art dramatique de L'Espagne, il y a peu de ces lentes préparations qui plaisent à ta sagacité des hommes septentrionaux ; on ne saurait pas, au milieu de celte société ardente, distiller la passion et l'analyser. (Ph. Ctaasles.)Z,es peuples septentrionaux font de la chair leur principal aliment. (A. Rion.)

— Substantiv. Habitant du Septentrion, du Nord : Les Septentrionaux ont le caractère moins vif que les Méridionaux,

SEPTÉRIES s. f. pi. (sè-pté-rl — lat. sepieria; de septem, sept). Autiq. rom. Fête qu'on célébrait à Delphes, tous les sept ans, sous la domination romaine.

— Encycl. Cette fête se célébrait en J'honneur d'Apollon vainqueur du serpent Python. C'était probablement une continuation des jeux Pyth:ques. La célébration de ces jeux avait eu lieu d'abord tous les neuf ans , puis tous les quatre aus. Ils cessèrent vers le me siècle de notre ère, et c'est peu île temps après que commencèrent les septêries. On n'a du reste aucun détail sur la manière dont les Delphiens célébraient ces fêtes, appelées aussi par quelques auteurs le septénon. Si l'on y tit, de même qu'aux jeux Pyihiques, des concours de poésie, des courses de cJiars et des luttes d'athlètes, il ne s'y passa sans doute rien de remarquable, puisque aucun historien n'y fait même allusion.

SEPT-ET-LE-VA. s. m. (sé-tè-le-va — de sept, et, le, aller). Jeux. Sept fois la première mise, au pharaon et au treute-et-quarante.

SEPTEUIL, village et commune de France (Seine-et-Oise), cant. de Houdan, arrond. et à 12 kilom. S. de Mantes, au confluent des petites nvieres Je Sepieuil et da Vaucouleurs ; 1,173 hab. Beau château. On y voyait autrefois une abbaye de bénédictins, dont il ne reste aucun vestige.

SEPT

SEPTICÉMIE s. f. ( sè-pti-sé-ml — Ae septique, et du gr. aima, sang). Pathol. Altération du sang par les matières putrides.

— Encycl. D'après une série d'expériences intéressantes commencées par M. Davaine avant la guerre de 1870 et reprises par lui depuis, la sang d'un animal sain, putréfié à l'air libre et introduit dans l'économie d'un autre animal par une injection sous-cutanée, constitue un poison mortel ; c'est cet empoisonnement au moyen de 1 introduction d'un sang putréfié qu'on désigne sous le nom de septicémie. Dix ou quinze gouttes de ce sang putréfié suffisent pour donner la mort à des cochons d'Inde et à des lapins, au bout de vingt ou trente heures. Mais d'autres expériences paraissent avoir prouvé que, lorsque le sang putréfié provient d'un animal tué par l'inoculation dont nous venons de parler, il acquiert des qualités toxiques beaucoup plus prononcées. M. Davaine est allé jusqu à empoisonner vingt-cinq lapins successivement par le sang putréfié l'un de l'autre, et au vingt-cinquième il assure qu'un trillionième de goutte inoculé à la nuque a suffi pour déterminer la mo(t. Ces résultats ont été soumis à l'Académie de médecine, qui les a longuement discutés à plusieurs reprises. La plupart des membres de la savante société ont reconnu l'existence de la septicémie , mais en faisant des réserves quant à l'accroissement indéfini de la puissance léthifère du sang putréfié, et ils ont déclaré que les phénomènes observés appellent de nouvelles investigations.

SEPTICÉMIQUE adj. (sè-pti-sé-rai-ke — rad. septicémie). Pathol. Qui a rapport à la septicémie : Infection septickmique,

SEPTICIDE adj. (sè-pti-si-de — du latin septum, cloison ; c&dere, couper). Bot. Qui s'ouvre par le dédoublement des cloisons.

SEPTICITÉ s. f. (sè-pti-si-té — rad. septique). Caractère de ce qui est septique : La septicité des virus.

SEPTICOLORE s. m. (sè-pti-ko-lo-re — du lat. septem, sept; color, couleur). Ornith. Espèce de tangara de l'Amérique du Sud.

SEPTIDI s. m. (sè-pti-di — du lat. septem, sept; dies, jour). Septième jour de la décade, dans le calendrier républicain.

SEPTIÈME adj. {sè-tiè-ine — rad. sept).

Qui occupe le septième rang : Le septième mois. Le septième jour. Le septième volume d'un ouvrage. Cela se trouve au septibmk chapitre, à la septième page. C'est la septième fois que cela vous arrive. Dans beaucoup d'espèces d'animaux, le temps de la durée de l'accroissement est la septième partie de la durée de la vie. (Buff.)

— Septième ciel, Nom donné par les anciens astronomes au ciel de Saturne, la septième ou la plus éloignée des planètes connues. i| Fig. Région de l'extase, du bonheur parfait, parce que saint Paul, d'après la Bible, fut ravi au septième ciel : Le mariage, mon cher, n'est pas précisément le septième ciel, comme tu pourrais le croire. (Ch. de Bernard.)

— s. m. Septième partie : Le septième de la lune. Le septième du mois. Il est héritier pour un septième.

— Septième ternie d'une période : Le septième tin mois. Le septième de la lune.

— Septième jour d'une maladie : Ce malade est dans son septième.

— Septième mois de la grossesse : Cette femme est dans son septième.

— s, f. Enseignem. Deuxième classe de grammaire, qui est la septième en comptant depuis la rhétorique : Etre en septième. On lui a fait doubler sa septième.

— Musiq. Intervalle de deux sons, à distance l'un de l'autre de sept degrés, les deux degrés extrêmes compris. Il Septième majeure, Intervalle de onze demi-tons. Il Septième mineure. Intervalle dedix demi-tons, il Septième augmentée, Intervalle de douze demi-tons. Il Septième diminuée, Intervalle de neuf demitous. Il Septième doublement diminuée, Intervalle de huit demi-tons.

— Jeux. Suite de sept cartes de même couleur : Septième majeure. Septième au. roi. On dit plus ordinairement dix-septièmk, à cause du nombre de points que vaut ce hasard. 1| Septième majeure, Série de sept cartes qui. commence à l'as, il Septième aurai, Série de sept cartes qui commence au roi.

— Gramm. Employé substantivement, ce mot peut devenir un collectif, et il suit alors la rè^le que nous avons donnée au mot collectif.

— Encycl. Mus. La septième est, comme son nom l'indique, un intervalle de sept degrés et est classée au nombre des intervalles dissonants. Au point de vue de la distance entre les termes extrêmes de l'intervalle, il y a trois sortes de septièmes ; l<> la septième majeure, comprenant cinq tons et uu demiton ; 2o la septième mineure, comprenant quatre tons et deux demi-tons; 3° la septième diminuée, comprenant trois tons et trois demitons. Voici des exemples de ces trois espèces de septièmes ;

Septième Septième Septième

mâjeare. mineure. diminuée.

tt-

-ter-

ÎH5"

SEPT

Au point de vue de l'harmonie, il y a plusieurs sortes d'accord de septième : septième dominante, septième diminuée, etc., etc. Mais comme nous sommes entré à cet égnrd dans des détails très-complets et très-précis au mot harmonie, nous nous bornons à renvoyer le lecteur k ce mot, afin de ne point nous répéter inutilement. Nous devons faire remarquer seulement que c'est à la découverte et à l'emploi de l'accord du septième, découverte qui remonte au Xvie siècle environ, que l'on doit la richesse de l'harmonie moderne et la puissance aussi bien que la saveur de la modulation. C'est là surtout ce qui différencie la musique moderne de la musique des Grecs qui, s'ils ont connu l'harmonie, comme quelques érudits semblent portés à le croire aujourd'hui, n'ont pas du moins saisi tous les mystères du chant modulé et ont ignoré certainement l'accord de septième et toutes les ressources qu'il offre à l'art si savant et si varié du compositeur.

SEPTIÈMEMENT adj. (sè-tiè-me-man — rad. septième). En septième lieu.

SEPTIER s. m. (sè-tié). Ancienne forme du mot setier.

SEPTIES adv. (sè-pti-èss — mot latin dérivé de septem, sept). Pour la septième fois. S'emploie quand on compte par les adverbes latins semel, bis, ter...

SEPTIFÈRE adj. (sè-pti-fè-re — du lat.

septum, cloison ; fera, je porte). Bot. Qui porte des cloisons : Valves septifères.

SEPTIFORME adj. (sè-pti-for-me — du lat. septum, cloison, et de forme). Bot. Qui a la forme d'une cloison.

SEPTIFRAGE adj. (sè-pti-fra-je — du lat. septum, cloison; frangere, briser). Bot. Se dit d'un mode de déhiseence des fruits, dans lequel les cloisons se trouvent rompues.

SEPTILE adj. (sè-pti-le — du lat. septum, cloison). Bot. Qui tient aux cloisons du fruit : Placentaire septilb.

SEPTiixiON s. m. (sè-pti-li-on— rad. sept). Arilhm. Mille sextillions.

SEPTIMANCA, nom latin de Simancas.

SEPT1MANIE, dénomination donnée dès l'origine de l'empire romain au territoire de Béziers, où avait été établie une colonie de vétérans de la 7» légion, et étendue ensuite à la partie de la Gaule méridionale que les Wisigoths conservèrent après la bataille de Vouillé. Dans cette dernière acception, la Septimunie comprenait les sept villes de Narbonne , Agde , Carcassonne , Maguelonne , Fine, Nîmes et Uzès. Elle fut aussi appelée Golhie, du peuple qui l'habitait. Les Arabes s'en emparèrent au commencement du vrae siècle; mais elle leur fut enlevée par Pépin le Bref en 759. Charlemagne la rattacha au royaume d'Aquitaine sous le nom de Marche de Septimanie. En 817, Louis le Débonnaire en forma , avec la marche d'Espagne, le duché de Septimunie, qu'il donna â Béra, comte de Barcelone ; mais Charles le Chauve partagea ce duché eu deux marquisats : la marche d'Espagne ou comté da Barcelone, et le marquisat de Septimunie proprement dit, donc Narbonne fut la capitale. Ce marquisat, devenu héréditaire en 878 dans la famille des comtes d'Auvergne, passa au commencement du xe siècle à la maison de Toulouse, qui le conserva jusqu'au traité de Mêaux en 1229, époque â laquelle il fut en grande partie rendu à la courouue. Dans sa plus grande étendue, la Septimanie s'étendait entre les Pyrénées ei la Méditerranée au S., le Rhône à l'E., l'Ardèche au N. les Cévennes à l'O.: elle correspondait à peu près aux départements actuels du Gard, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales.

SEPTIMATRIES s. f. pi. (sè-pti-ma-tri — lat. septimatria; de septem, sept, et de mater, mère). Antiq. lat. Fête qu'on célébrait à Rome en l'honneur de Minerve.

— Encycl. Cette fête était ainsi appelée, suivant Varron, Aulu-Gelle et Festus, parce qu'elle se célébrait le septième jour après les ides de mars. De même on nommait quinquatries celle qui avait lieu le cinquième jour après ces ides, et sexatries celle du sixième jour. On trouve encore citée la fête des décimatries, toujours à la même époque. Les érudits modernes se sont partagés entre Varron, qui ne donne qu'un jour aux quinqnatries, et Ovide qui, dans ses Fastes (ni, 809), les fait durer pendant cinq jours. Ces deux opinions paraissent faciles à concilier. Il est effectivement très-naturel d'admettre qu'il n'y avait pas cinq fêtes successives en l'honneur de la même divinité, mais une seule; que cette fête commençant le cinquième jour après les ides de mars prenait pour cette raison le nom de quinqnatries (quinquatria ou quinquatrus) ; que le second jour de la fête, tombant le sixième jour après les ides, s'appelait sexatrus; que le troisième jour de la même fête, septième jour après les ides, s'ap pelait septimatrus. La fête des septimatries n'était donc qu'une fraction de celle des quinquatries. Les femmes romaines, durant ces jours consacrés a Minerve, avaient coutume de consulter les devius. L'empereur Domitien fit célébrer chaque année ces fêtes à sa villa d'Albe etinstitua un collège de prêtres chargé de veiller & cette célébration, qui consistait en combats de bêtes féroces, en spectacles

SEPT

dramatiques et en concours d'éloquence et de poésie. Des écrivains de l'antiquité font de fa fête des septimatriea un anniversaire du jour de la naissance de Minerve; d'autres y voient la commémoration du jour où le temple de cette déesse fut consacré sur le mont Aveniin. C'est sans doute par erreur que l'on a placé dans le même jour la purification des trompettes ; il ne paraît pas douteux en effet, d'après Varron et Festus, que cette cérémonie constituait une fête séparée, sous le nom de tubilustrium, et se plaçait le 23 mars, tandis que le jour des septimatries tombait le 21 mars.

SEPTIME-SÉVÈRE (Lucius Septimus Severus), empereur romain, né à Leptis (Afrique) en 146, d'une famille originaire des Gaules, mort à York en 2ii. Sénateur sous Marc- Aurèle, questeur, proconsul d'Afrique, consul sous Commode et commandant des légions de l'Illyrie, il fut proclamé par ses soldats après la mort de Pertinax (193), en même temps que les prétoriens vendaient l'empire à Diclius Julianas. Il marcha contre son rival, fut reconnu par le sénat, cassa les gardes prétoriennes (qu'il rétablit plus tard en les composant de soldats illyriens), marcha ensuite contre Pescennius Niger, proclamé par les légions d'Orient, le battit et le tua devant Nicée, et proscrivit sa famille, ses partisans et jusqu'à ses soldats. Avant de quitter l'Orient, il prit Byzance et alla triompher de quelques villes de La Mésopotamie. Il lui restait un rival dans la personne d'Albinus, qui s'était fait proclamer auguste par les légions de la Grande-Bretagne et s'avançait à travers les Gaules. Il le vainquit et le tua dans une grande bataille près de Trévoux (197), lit égorger sa femme et ses enfants et ensanglanta la Gaule, l'Ibérie et Rome de ses implacables vengeances. Une nouvelle invasion des Parthes en Mésopotamie l'obligea de retourner en Orient (198-202). Il prit Babylone, Séleucie, Ctésiphon, pacifia l'Asie, visita l'Egypte, dont il enleva les livres sacrés et où il fit fermer le tombeau d'Alexandre afin que personne n'y descendît après lui. Une révolte des Calédoniens (20S) lui fit entreprendre une expédition dans la Grande-Bretagne. Il s'avança dans la Calédonie à peu près comme les Espagnols le firent plus tard dans le nouveau monde, en frayant sa route à travers d'impénétrables forêts, des marécages, en coupant des montagnes et en jetant des ponts sur les rivières. Il ne put aller plus loin que l'embouchure de la Clyde et construisit en cet endroit le mur fameux dont on retrouve des traces et qui fut la borne que les Romains ne dépassèrent jamais dans ces contrées. A sa mort, il laissa l'empire indivis à ses fils Caracalla et Géta."~Sous son régné eut lieu la cinquième persécution contre les chrétiens. Nous reproduisons le jugement qu'a porta M. Zeller sur cet empereur :

• Les talents politiques ne lui manquaient pas plus que les talents militaires. Brave, sobre, infatigable en campagne, il était soigneux, patient et opiniâtre dans les affaires, l'homme de ses noms, dit Spartien, Pertinax et Severus. Il avait quelque chose d'Annibal, auquel il fit élever des statues jusque dans Rome, et la foi punique, chez lui, était accompagnée d'une violence tout africaine. En voyant, à la bataille de Lyon, tomber son adversaire Albinus, il lança son cheval sur lui pour l'achever. La ville de Lyon fut livrée au pillage des soldats pour avoir suivi le parti contraire. Septiine-Sévère avait jeté le masque; il était maintenant luimême... Arrivé au pouvoir contre les vœux du sénat et du peuple romain, et le premier de tous les Césars avec le seul appui de ses armées, Septime-Sévère établit l'empire militaire. En se faisant adopter comme fils posthume de Marc-Aurèle, sans craindre de se donner Commode pour frère, il n'eut pas la prétention de ramener le régime des Antonins. Ceux-ci par leur manière d'agir, sinon par leurs lois, avaient rendu quelque considération au sénat et montré quelque Condescendance pour l'opinion du peuple. Septime- Sévère rompit avec cette tradition et étala franchement le despotisme militaire que le fondateur de l'empire et plusieurs de ses successeurs avaient réussi si souvent à dissimuler. Après la victoire qu'il avait remportée sur des compétiteurs appuyés par le sénat et par le peuple, Septime-Sévère déchira les voiles : i Traitez bien le soldat, dit-il bientôt à ses lils, et moquez-vous du reste. • Le peuple de Rome commença à tomber en effet dans le mépris qu'il avait pressenti et fut heureux de conserver encore des distributions et des jeux. Le sénat, rempli de créatures venues d Afrique et d'Asie, laissa l'empereur nommer tous les magistrats dans les provinces sénatoriales ou impériales, faire les lois et rendre les jugements sans prendre ses conseils. »

SEPTIM1US SERENCS (Aulus), poëte latin, né a Leptis (Afrique), qui vivait vers la fin du îer siècle de J.-C, sous le règne de Vespasien. Il est auteur de petits poèmes sur les travaux de la campagne. On lui attribue deux pièces qu'on place souvent à la suite des œuvres de Virgile : Moretum et Copa, 11 ne reste de ses Opuscula ruralia que quelques vers reproduits dans les PoetB latini minores de Werusdorff et dans la collection Lemaire.

SEPTIMO adv. (sè-pti-mo — mot lat. dérivé de septem, sept). Septièmement, en sep-

SEPT

tième lieu, il S'emploie quand on compte par les adverbes latins primo, secundo, tertio, etc.

SEPTIMONTIAL, ALE adj. (sè-pti-mon-sial, a-le — du lat. septimontialis, mot formé de septem, sept, et de mons, montagne). Antiq, rom. Se disait d'un jour de fête instituée quand la septième colline fut enfermée dans l'enceinte de la ville : Le jour septjmontial.

SEPTIMDLE1US (L.), Romain qui vivait au lie siècle avant notre ère. D'abord partisan de Caîus Gracchns, il devint ensuite un de ses assassins (121). Comme le consul Opimius avait promis de payer la tête du tribun au poids de l'or, il en ota, dit-on, la cervelle et y coula du plomb fondu.

septine s. f. (sè-pti-ne). Chim. Hydrocarbure homologue avec l'acétylène ou éthine,

— Encycl. L'heptine ou septine , encore nommée, tout à fait improprement, œnanthilidène, est un hydrocarbure 'homologue de l'acétylène ou éthine. Il répond à la formule ÇlHlS, c'est-à-dire à la série C«tUn— 2. lia été découvert par Limpricht et plus complètement étudié par Bubien. On l'obtient en taisant bouillir le chlorure d'heptylène C7H14Cla pendant douze heures avec une solution alcoolique concentrée de potasse (2 volumes). On traite le produit par l'eau, on rectifie, on recueille le chlorheptylène qui distille au-, dessus de 120° et on chauffe ce dernier de nouveau avec une solution alcoolique concentrée de potasse, mais cette fois à 150" et dans des tubes scellés à la lampe. En soumettant ensuite à la distillation fractionnée la portion du produitjiuileux de cette opération qui bout au-dessous de 120°, on obtient finalement la septine sous la forme d'un liquide transparent, incolore, mobile, bouillant entre 106" et 108". Cet hydrocarbure possède une odeur alliacée très-intense ; il est plus léger que l'eau, brûle avec une flamme fuligineuse et se dissout avec facilité dans l'alcool, l'éther et la benzine. Le brome agit violemment sur lui, même à la lumière diffuse, en formant le dibromure CH*SBrS. Si le brome est en excès et qu'on opère aux rayons directs du soleil, il se forme un tétraDroinure C'HlSBr* saturé. Ce dernier, après purification, est une huile jaunâtre dont l'odeur rappelle celle du fenouil; il ne distille pas sans décomposition; l'éther et la benzine le dissolvent facilement; l'alcool le dissout avec difficulté. Chauffé avec du sodium, il se décompose et prend feu. Bouilli avec de la potasse en solution alcoolique, il laisse déposer du bromure de potassium et fournit une huile d'une légère odeur alliacée qui a peut-être pour formule CHiOBr* ou CW.

SEPT1NGENTESIMO adv. (sô-ptain-jainté-zi-mo — mot lat.). Sept-centièmement. il S'emploie quand on compte par les adverbes latins primo, secundo, tertio..,

SEPTIOCTONAL, ALE adj. (sè-pti-O-ktonal — du lat. septies, sept fois, et de octonal). Miner. Se dit d'un cristal qui a la forme d'un prisme octogone, avec un sommet à sept faces.

SEPTIQUE adj. (sè-pti-ke — gr. séptikos, formé de sêptein, corrompre). Méd. Qui produit la putréfaction : Poisons sbptiques. Topiques SEPTIQUBS.

— Encycl. On nomme matières septiques celles qui, étant introduites dans l'économie animale, altèrent profondément la constitution du sang et déterminent une série d'accidents dits de puiridilé par les anciens, tels que syncopes, adynawfîe, gangrène, hémorragies passives. Les principaux poisons de ce groupe sont les matières animales en décomposition, le seigle ergoté, le maïs altéré, le gaz des fosses d'aisances, certains venins et virus, etc.

SEPTIS s. m. (sè-ptiss — du gr. sêptos, pourri), lintom. Genre non adopté d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des noctuèlides.

SEPTMONCEL s. m. (sè-mon-sèl). Sorte de fromage du Jura. V. plus haut Sept-moncbl.

SEPTOBRACHION s. m. (sè-pto-bra-ki-on — du gr. sêptos, pourri; brachiou, bras). Erpét. Genre de batraciens anoures, qui parait devoir être réuni aux cystiguathes.

SEPT-ŒIL s. m, Iohthyol. Poisson du genre lamproie, qui habite l'Océan. Il On dit aussi

SEPT-ŒILLE S. f.

— Encycl. Le sept-œil, appelé aussi lamproie branchiale , lamprillon, chatillon , etc., forme pour quelques auteurs modernes le type du genre ammocète, tandis que d'autres le regardent comme le premier état ou la larve des lamproies proprement dites. Il dépasse rarement 0m,25 de longueur et reste ordinairement plus petit; il a le dos d'un noir livide, le ventre blanc argentin, les dents moins nombreuses que dans la grande lamproie. Linné, qui l'a probablement confondu avec la lampioie de rivière, dit qu'on le trouve vivant en parasite sur les ouïes ou branchies des autres poissons ; pour cela, il fait passer facilement son museau au-dessous de 1 opercule et de la membrane branchiale. Ce poisson est très-bon à manger; comme il a la vie très-dure, on l'emploie surtout comme appât pour prendre les espèces qui se nourrissent de proie vivante.

SEPTOMÈTRE s. m. (sè-pto-roè-tre — du gr. sêptos, pourri; metron, mesure). Physiq.

SEPT

Instrument & l'aide duquel on détermine la quantité de matières organiques qui vicient l'air.

SEPTON s. m. (sè-pton — du gr. sêptos,

fourri). Chim. Ancien nom de l'azote, à qui on attribuait les phénomènes de putréfaction.

SEPTONÈME s. m. (sè-pto-né-me — du gr. sêptos, pourri; néma, filament). Bot. Genre de ehampiguons, type de la tribu des septonémées.

SEPTONÈME, ÉE adj. {sê-pto-nê-mé — rad. septonème). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au septonème.

— s. {. Tribu de champignons, ayant pour type le genre septonème.

SEPTORIE s. f. (sè-pto-rl — du gr, sêptos, pourri). Bot. Genre de champignons, de la tribu des sphéronémées.

SEPTOSPORE s. m. (sè-pto-spo-re — du gr. sêptos, pourri, et de spore). Bot. Genre de champignons, de la tribu des helniinthosporés.

SEPTUAGÉNAIRE adj. (sè-ptu-a-jé-nère — lat. septuagenarius; de sepiuoyinta , soixante-dix). Agé de soixante-dix ans : Il est SKPTUA.aEN4.tRis. Elle est plus que SEPTUA- GÉNAIRE.

— Substantiv. Personne âgée de soixantedix ans : Un septuagénaire. Une septuagénaire.

SEPTUAGÉSIME s. f. (sè-ptu-a-jé-zi-me — du lat. sepluagesimus, soixante-dixième). Dimanche qui précède la Sexàgésime, et qui est le troisième avant le premier dimanche de carême : Le dimanche de la Septuagésime.

— Encycl. Nous avons expliqué au mot quinquagésime la raison qui a fait donner le nom de septuagésime au dimanche qui précède de trois semaines le premier dimanche du carême. Nous ajouterons seulement que le nom de Septuagésime est remplacé par celui d'azàstos chez les Grecs , parce que , à la messe de ce jour, ils lisent l'évangile de l'enfant prodigue. En grec, azàsios signifie homme sans ceinture, c'est-à-dire dissolu, débauché. Ils l'appellent encore prosphonésime, parce qu'on annonce au peuple, ce jour-là, le jeûne du carême.

S£PTUAGESIMOadv.(sè-ptu-a-jé-zi-mo — • mot lat.). Soixante-dixièmement. il S'emploie quand on compte par les adverbes latins primo, secundo, tertio, etc.

SEPTDLE s. f. (sè-ptu-le — dimin. du lat. septum, cloison). Bot. Petite cloison qui sépare les loges de l'anthère des orchidées.

SEPTCLIFÈRE adj. (sè-ptu-li-fè-re — de seplule, et du lat. fera, je porte). Bot. Qui porte à l'intérieur des septules ou petites cloisons.

septum s. m. (sè-ptomm — mot lat. qui signif. cloison). Anat. Cloison membraneuse ou charnue qui sépare deux cavités, li Septum tucidum, Cloison transparente qui sépare les deux grands ventricules du cerveau. |) Septum médian, Cloison qui sépare les deux oreillettes du cœur, il Septum staphylin, Voile du palais. Il Septum crurale, Cloison fibreuse qui dépend du fascia transversales, et correspond à la fossette crurale du péritoine.

SEPTUM s. m. (sè-ptomm — mot lat. qui signif. lieu clos, enceinte). Hist. rom. Chacune des enceintes où le peuple se plaçait par tribus ou centuries, avant le vote. Il Pi.

SEPTA

— Encycl. Dans le principe, ces enclos étaient séparés par des palissades ou treillis semblables à ceux dont sont formés les parcs à moutons. Le nom de septa ou d'ovile qu'on leur donnait vient probablement de ce que les comices étaient primitivement tenus dans le Forum, où avaient lieu à certains jours des marchés de bestiaux.

Dans le Forum, les septa furent toujours mobiles, de façon à être enlevés en peu de temps ; il n'en fut pas de même dans le champ de Mars, où l'on construisit à cet effet des palissades en planches qui durèrent jusqu'à la fin de la république. Plus tard, lorsque les comices ne furent plus que de vaines formalités, on construisit au champ de Mars des septa de marbre entourés de colonnades et d'autres décorations architecturales. Il y eut trois septa monumentaux : les septa Julia,l<zs septa Ayrippiaua et les septa Triguria, Les septa Julia étaient unlony portique composé, sur ses faces, d'une'suite d'arcades reposant sur des piliers carrés et ayant à l'intérieur un grand nombre de pitiers semblables sup^ ponant une longue suite de voûtes légères. Les septa J ulia servaient particulièrement aux comices par tribus. Ils furent commencés sous Lépide, tri uinvir,et terminés par Agrippa, qui les inaugura en l'an 728 de la fondation de Rome. Ils étaient situés auprès de la villa Publica, le long de ia via Lata. Devant les septa Julia il y avait une place assez spacieuse sur laquelle on donnait quelquefois des combats de gladiateurs, car l'expression de in septis qu'emploient les historiens pour indiquer le lieu de ces combats ne peut signifier que devant les septa et non pas dans les septa mêmes, attendu que leur disposition arehitectonique ne pouvait convenir à ce genre de jeux. Les septa Julia devinrent bientôt insuffisants et Agrippa fit construire

SEPU

les septa qui portent -son nom, en face des septa Julia, le long de la tua Lata. En effet, nous voyons dans Vairon que, du temps de Jules César, les septa Julia n'étant pas suffisants pour abriter le peuple pendint les jours de comices, tes candidats faisaient dresser des tentes dans le champ de Mars pour abriter leurs électeurs. Les septa Agrippiana étaient k peu près aussi spacieux que les septa Julia et étaien; construits sur un plan analogue. On ne sait par qui ni à quelle époque les septa Trigaria furent construits ; ils étaient visà-vis du temple de Neptune et en deçà de la voie Flaminia^ ils servaient de marché aux chevaux ou de lieu de dressage pour les jeux du cirque. Il ne reste aucune trace des septa Agrippiana et des septa Trigaria. Piranesi a cru retrouver dans les caves du palais Pamphili, dans le Corso, quelques ruines qui peuvent se rapporter à ces monuments; i! a même donné un plan de ces arcades en ruine. Il nous est parvenu un fragment de plan en marbre qui reproduit les septa Julia ; un reste d'inscription l'indique formellement et ne permet aucun doute sur la position qu'ils occupaient et sur leur architecture. Anthony Rich, dans le Dictionnaire des antiquités grecques et latines, reproduit, d'après une monnaie de Nerva.un dessin qui nous donne une idée des septa primitifs. Dans ceux du Forum on voit une espèce de treillis au-dessus duquel sont figurés des votants au moment où ils sortent des septa et où ils passent sur le pont (pons suffragiorum) pour jeter leurs suffrages dans l'urne.

SEPTUNX s. m. (sè-ptonkss — mot lat.

formé de septem, sept, et de uncia, once). Métro!, anc. Unité valant sept onces ou 7 douzièmes de l'as.

— Encycl. L'once étant la douzième partie de l'unité dans les poids, dans les monnaies et dans les mesures, soit de surface, soit de capacité, il en résulte que le septunx représentait les 7 douzièmes de cette unité. Comme poids, le septunx comprenait un semis plus 1 sixième, un quincunx plus 2 cinquièmes, un triens plus 3 quarts , deux quadrans plus 1 tiers, trois sextans plus 1 demi, quatre sescunx plus 1 tiers'. Le poids de l'once étant, comparativement à notre système actuel, de 27 grammes et 19 centigrammes, le poids du septunx était sept fois plus considérable et, par conséquent, équivalait à plus de 190 grammes.

Comme monnaie, le septunx était une des subdivisions de l'as, placée entre le bessis et le semis. Nous possédons des semis , mais point de bessis ni de septunx. Il ne paraît même pas que ni l'une ni l'autre de ces deux dernières subdivisions de l'as aient été frappées en pièces séparées. Le septunx n'était donc qu'une monnaie de compte.

Dans les mesures, comme l'once égalait la douzième de l'arpent et valait environ 2 ares, le septunx en valait environ 14.

SEPTUOR s. m. (sè-ptu-or — rad. sept).

Musiq. Morceau écrit pour sept voix ou pour sept instruments.

SEPTUPLE adj. (sè-ptu-ple — lat. septuplus ; de septem, sept). Qui vaut sept fois autant : Une valeur septuple. ,

— s. m. Nombre sept fois aussi grand : Quatorze est le septuple de deux.

SEPTUPLER v. a. ou tr. (sè-ptu-pié — rad. septuple). Multiplier par sept , rendre sept fois aussi grand : Septupler son revenu.

SÉPULCRAL, ALE adj. (sé-pui-kral , a-Ie — ràd. sépulcre). Qui appartient, qui a rapport au sépulcre : Chapelle sépulcrale. Statue, figure sépulcrale. Colonne sépulcrale. Urne sépulcrale. Vase sépulcral. Lampe sépulcrale, inscription sépulcrale, il PI. sépulcraux.

— Figure sépulcrale, Figure pâle, triste, sombre.

— Voix sépulcrale, Voix rauque, sourde, qui semble sortir d'un tombeau.

— s. m. Hist. ecclés. Membre d'une secte qui soutenait que Jésus Christ n'est pas réellement descendu aux enfers, et que, dans le texte ou ce fait semble affirmé, le mot enfer désigne le sépulcre.

SÉPULCRE s. m. (sé-pul-kre — latin sepulcrum, de sepelire, ensevelir, qui, comme le grec thaptein, ensevelir, proprement brûler, aurait changé sa signification primitive et viendrait du sunscrit/ja/t'fa, combustion. Mais cette hypothèse de Orimm est ébranlée depuis que Sonne a rapproché sepelio du sanscrit-védique sapary, honorer, dénominatif d'un substantif Sapar, sapas, honneur, de sap, honorer. Le vrai sens du latin serait aussi rendre honneur au mort et ne se rapporterait pas directement à la crémation). Tombeau, monument consacré à la sépulture d'un ou de plusieurs morts; ne s'emploie que dans le style soutenu : Vous serez étonne' de voir tant de magnificence dans les sépulcres d'Fgypte.(Boss.) Les pyramides d'Egypte, qui ne sont que des sépulcres, formaient, dans cette terre de la mort, les vrais palais des rois. (Lamenn.) Et que vous reste-t-il ea ces moments suprêmes? Un sépulcre funèbre, où vos noms, où vous-mêmes Pans l'éternelle nuit Berez ensevelis.

J.-B. Rousseau.

— Fig. Ce qui enveloppe, entoure, enferme connue mi tombeau : Nos corps 'sont des sépulcres où nos âmes sont gisantes et enseve~

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lies. (Boss.) La demeure de l'oisif est tin sépulcre. (Dider.J

' — Syn. Sépulcre, sépulture, tombe, lom-

beitu. Le sépulcre est un lieu creusé dans la terre où l'on a déposé le corps d'une personne morte. Ce root, tiré directement du lutin sepulcrum, s'emploie surtout en parlant des anciens et pour réveiller des idées sombres et lugubres. Sépulture signifia quelquefois l'action d'ensevelir. Quand il désigne le lieu même où l'on met les morts, il a un sens inoins précis que sépulcre; c'est le lieu destiné à tous les morts d'une famille, ou bien c'est, d'une manière générale , le terrain, l'emplacement qui contient l'endroit précis où Un cadavre a été ou sera placé : Saint-Denis est la sépulture des rois de France. (Acad.) La tombe est proprement la fosse creusée pour mettre un mort ou la table de pierre posée sur la terre qui le recouvre. Enfin le tombeau est quelque chose d'élevé; c'est le monument dressé sur la tombe.

— Ail us. hist. Sépulcres blanchis, Expression de Jésus-Christ, qui, dans l'application, caractérise tout ce qui a plus d'apparence et de brillant que de fond et de réalité.

Dans le chapitre XXIII de l'Evangile selon saint Matthieu, Jésus-Christ s'élève contre les fourbes et les hypocrites avec une force d'ex-

pressions, une véhémence de langage gui étonnent dans sa bouche, habituée à ne faire entendre que des paroles de mansuétude. Il n'a flétri aucun vice avec autant d'énergie, et lorsqu'on se rappelle son indulgence envers la femme adultère, on est étonné de l'anathème terrible qu'il lance contre les scribes et les pharisiens. C'est que Jésus-Christ avait la certitude que l'hypocrisie est capable de tous les crimes, qu'elle les renferme tous en germe et qu'elle ne met de limites à leur accomplissement que ses intérêts et les soins de sa réputation usurpée,

« Malheur à vous! s'écrie-t-il, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux et n'y entrez pas, et, n'y entrant pas, vous n'y laissez pas entrer.

» Malheur à vous 1 scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous êtes semblables à des sépulcres blanchis qui, au dehors, paraissent beaux aux hommes, mais au dedans sont pleins d'ossements et de corruption.

• Serpents, race de vipère, comment éviterez-vous le jugement du feu? i

■ Richelieu, qui, dans ce qu'il entreprit, fut heureux comme Sylla, Richelieu ne peut réussir à cicatriser ces horribles blessures. Elles se rouvrent et s'élargissent sous le beau règne de Louis le Grand, ce règne brillant comme un sépulcre blanchi. Ce furent alors les maltôtiers, les gouverneurs et intendants de province, La Meilleraye, d'Epernon, Foucault; ce fut l'armée royale, ce fut l'armée des frondeurs, qui se chargèrent de courir su3 aux paysans. •

Hknri d'Audigieu.

■ Nous connaissons les faiblesses, les vices, les ambitions, les orgueils, les hypocrisies d'état, eminaillottés de bure ou de lin ; l'Evangile lui-même lève la pierre des sépulcres blanchis pour décréditer les saintes apparences. Oui, la robe ne transforme pas les difformités du corps. •

Lamartine.

• II avait longtemps cru qu'il suffisait de posséder la forme pour avoir le droit de parler à ses contemporains. Le jour nù il est entré dans la vie littéraire, les écailles sont tombées de ses yei.x; il a vu et compris qu'il fallait aussi avoir l'idée, et que sans elle on n'était qu'un sépulcre blanchi. •

Maxime Du Camp.

Sépulcre (saint), tombeau creusé dans le roc, et dans lequel, suivant la tradition, Jésus-Christ aurait été enseveli. On sait que, l'an 70 de J.-C.,la ville de Jérusalem fut prise par l'empereur Titus e'; réduite en un monceau de ruines; cependant les Juifs y rebâtirent quelques édifices et continuèrent d'y habiter avec les chrétiens jusqu'à l'an 134. A cette époque, les Juifs, qui s étaient révoltés deux fuis contre les Romains, furent exterminés et chassés de la Judée par l'empereur Adrien. Jérusalem fut prise, ruinée de nouveau et rendue inhabitable. Trois ans après, ce prince la fitrebà tir sous lenom A'JElia Capitolina. Pour en écarter les chrétiens aussi bien que les J uifs, il fit bâtir un temple de J upiter à la place de l'ancien temple chrétien ; il fit placer une idole de Vénus sur le Calvaire et une de Jupiter sur le tombeau de Jésus-Christ. Les choses demeurèrent en cet état jusqu'en l'an 327, époque a, laquelle Hélène, mère de Constantin, qui venait d'embrasser le christianisme, visita les lieux illustrés par la vie et par la mort de Jésus-Christ, lit pratiquer des fouilles dans le Venerium, retrouva ou crut retrouver la vraie croix et fit construire sur le lieu du crucifiement et sur celui de la sépulture l'église du Saint-Sépulcre.

C'est à partir de ce moment que le lieu commença d'être fréquenté par les chrétiens et qu'on y vint en pèlerinage de toutes les parties de l'empire. Sa'.nt Jérôme, dans l'épita-

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phe de sainte Paule, dit que cette veuve, étant entrée dans le sépulcre de Jésus-Christ, en baisait la pierre par respect. Saint Augustin nous apprend que les chrétiens en ramassaient la poussière pour la conserver précieusement.

Le Saint-Sépulcre ne ressemble guère aujourd'hui à l'édifice primitif; de ce dernier il ne reste que les murs inférieurs de l'abside ; c'est au centre de celle-ci que se trouve située la grotte où Jésus fut enseveli. Le premier temple, qui comprenait un vaste hémicycle garni d'un portique inférieur, une basilique avec narthex et vestibule, fut entièrement bouleversé par Chosroès II, roi des Perses, en 6U. Peu de temps après, Modeste, le supérieur du couvent de Théodosie, entreprit, avec l'aide du patriarche d'Alexandrie,- Jean l'Aumônier, la réparation de cet édifice, et alors l'hémicycle de Constantin devint une espèce de rotonde. Des travaux considérables y furent faits pendant le xia et le xne siècle. A cette époque, les croisés y ajoutèrent une nef, une abside et un narthex ; ils réparèrent en partie la chapelle bâtie au vue siècle, laquelle recouvre la ci terne où fut trouvé, dit-on, par Hélène, le bois de la vraie croix. M. Willis, de Cambridge, et M. le comte Melchior de Vogué, ont rendu compte, dans leurs ouvrages, des modifications et des adjonctions qui ont produit l'église actuelle, et, après ces œuvres remarquables à plus d'un titre, il n'est plus possible de prendre les constructions du transsept, bâti par les croisés, pour celles qu'ordonna Marie, mère de Hakem, et qui furent achevées en 1048. La rotonde est la partie la plus importante des constructions achevées à cette époque; elle était couverte par une charpente de cèdre, qui formait un cône tronqué," laissant passer 1 air et la lumière au sommet. Cette couverture, décrite parArculphe, par Guillaume de Tyr, gravée dans l'ouvrage du R. P. Bernardino Amico, et restaurée par MM. Willis et de Vogué, présentait une disposition peu ordinaire. M. Viollet-le-Duc rappelle, dans son Dictionnaire d'architecture, la manière dont le sire de Caumont, dans son Voyaige d'oùltre-mer, en 1418, s'exprimait à propos de l'église du Saint-Sépulcre : « Elle est, dit-il, bien grande et belle et est fette d'une guize moult estrange, et il y a ung beau clouchier et hault de pierre , mis il n'y a nulle campane, car les Sarrazins ne le veullent... • Ce clocher fait partie des constructions dues aux croisés; ses étages inférieurs existent encore. « Par rapport au sol de la colline, dit M.Viollet-le-Duc, le rez-de-chaussée forme réellement une sorte de crypte, au milieu de laquelle on a réservé la portion du rocher contenant le tombeau de Jésus-Christ, en dérasant le sol autour et en laissant ce bloc de pierre comme on laisse un témoin dans une fouille. ■ De cette façon, ou pouvait circuler facilement autour de la grotte vénérée.

Pendant le moyen âge, quelques édifices religieux furent bâtis sur le même modèle que le Saint-Sépulcre, L'abbé Guillaume, dès les premières années du xie siècle, fit en grande partie reconstruire l'église de Saint- Bénigne, de Dijon, et, devant le tombeau du saint, il éleva une vaste rotonde qui n'était qu'une imitation de celle du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Au fond de la rotonde, une chapelle dépendant du monastère du vi« siècle avait été conservée par l'abbé Guillaume. Nous possédons encore l'étage inférieur de ce monument, si intéressant comme plan et comme disposition architectoniques; en 1739, il était encore entier, et D. Planchet nous en a conservé par la gravure l'aspect extérieur, qui ne manquait ni de grandeur ni d'originalité. M. Viollet-le-Duc, dans son Dictionnaire d'architecture, cite encore quelques exemples d'églises bâties sur le modèle du Saint-Sépulcre ; il parle, entre autres, de celle de Neuvy-Saint-Sépulcre, qui fut fondée en 1045 par Geoffroy, vicomte de Bourges, dans les possessions d'un seigneur de Diols, Eudes, lequel avait fait un pèlerinage en terre sainte. Cette église, qui existe encore, est située dans le département de l'Indre, arrondissement de La Châtre; elle est de forme circulaire avec collatéral et étage supérieur ; elle était en grande vénération pendant le xie, le xne et le xm« siècle, car, en 1257, • le cardinal Eudes de Châteauroux, évêque de Tusculum, envoya de Viterbe au chapitre de Neuvy un fragment du tombeau de Jésus- Christ et quelques gouttes de son sang. On plaça ces reliques au centre de la rotonde, dans une sorte de grotte, à l'imitation du tombeau du Christ à Jérusalem. Cette grotte existait encore en 1806, époque à laquelle un curé de Neuvy la détruisit parce qu'elle masquait l'autel au fond de la nef. ■ M. Viollet-le-Duc dit encore : * La grotte qui avait été placée au centre de la rotonde n'était pas le seul exemple de cette réminiscence du Saint-Sépulcre qui existât en Occident. On voit encore aujourd'hui, dans la salle capitulaire du cloître dépendant de la cathédrale de Constance, un édicule qui autrefois était placé dans la cathédrale même et qui était destiné à rappeler le saint sépulcre. » A ces imitations de la rotonde du Saint-Sépulcre, il faut encore ajouter celles de Lanleff (Côtes-du- Nord), du xie siècle; de Rieux-Minervois, près de Carcassonne (Aude), du xue siècle , et les chapelles des templiers, telles que celles de Metz et de Laon, qui existeut encore.

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Le respect pour le Saint-Sépulcre et pour Jes autres lieux consacrés par les mystères chrétiens est le même chez les catholiques et chez les Grecs schismatiques, les Syriens, les Arméniens, les Cophtes et les Abyssins. On y continue de toutes parts les pèlerinages.

Dans la suite des siècles, il s'est répandu par toute la chétienté un bruit d'après lequel le samedi saint de chaque année il se faisait un miracle visible dans l'église du Saint-Sépulcre. Avant le service, toutes les lampes qui étaient éteintes se rallumaient toutà coup, disait-on, par un feu descendu du ciel, et c'est encore la croyance des différentes sectes de chrétiens orientaux que ce prodige continue de s'y opérer.

Mosheim remarque que Guibert, abbé de Nogent, mort l'an 1224, est le premier qui en ait parlé dans l'ouvrage intitulé Gesta Dei per Francos. Conséquemment, il conjecture que cette fraude a commencé sous le règne de Charlemagne ou immédiatement après.

On sait que ce roi acquit beaucoup de considération à Jérusalem; quelques auteurs ont écrit que les clefs du Saint-Sépulcre lui avaient été envoyées par le calife Haroun- Al-Raschid, ou plutôt par Zacharie, patriarche de Jérusalem. Les Latins y jouirent d'une pleine liberté pendant sa vie; mais, après sa -mort les Sarrasins recommencèrent à vexer cruellement les chrétiens de cette contrée. C'est alors, dit Mosheim, que pour soutenir la piété, le courage et la liberté des pèlerins, les préposés du Saint-Sépulcre trouvèrent bon de contrefaire un miracle qui fut bientôt divulgué et cru dans toute la chrétienté. Il acquit un nouveau crédit l'an 1099, lorsque les Français se furent rendus maîtres de Jérusalem et de la Palestine. Lorsqu'ils en furent chassés à la fin du xn° siècle, les Grecs trouvèrent bon de continuer la même fraude, et ils en ont souvent voulu tirer avantage contre les Latins. Volney, dans son Voyage de Syrie, dit que les Français ont découvert que les prêtres, retirés dans la sacristie, rallumaient le feu par des moyens naturels.

Sépulcre (ordre du Suint-). On a débité les fables les plus invraisemblables sur l'origine de cet ordre de chevalerie. Un écrivain moderne a même poussé la naïveté jusqu'à en attribuer la fondation à l'apôtre saint Jacques, l'an 68 ou 69 de notre ère. L'opinion la moins invraisemblable attribue cette fondation à Godefroy de Bouillon, peu après son élection au trône de Jérusalem. Dans le principe, l'ordre du Saint -Sépulcre était une institution religieuse et militaire, analogue à celle des templiers , dont les membres se vouaient à la protection des pèlerins et à la garde du tombeau du Christ. Après l'expulsion des chrétiens de lu Palestine, les chevaliers se retirèrent en Italie, où les papes leur assignèrent Eérouse pour résidence. En 1489, Innocent III essaya vainement de les réunir à l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem ; enfin, en 1496, Alexandre VI se déclara leur grand maître. Depuis cette époque, la grande maîtrise de l'ordre n'a cessé d'appartenir aux souverains pontifes; mais le gouvernement romain n'en a jamais lui-même exercé les droits; il s'est déchargé de ce soin d'abord sur le père gardien de la terre sainte, puis, à partir de 1847, sur le patriarche latin de Jérusalem. Depuis plusieurs siècles, l'ordre du Saint-Sépulcre n'est plus qu'une distinction honorifique, dont les insignes ne peuvent être portés en France, attendu qu'ils ne sont pas conféré'^ par un prince souverain. Le ruban est noir. Anciennement, il existait en Angleterre un ordre du Saint- Sépulcre qui avait été créé en 1174 par le roi Henri II, à l'imitation du précédent. Cet ordre disparut au xvra siècle, quand le pays se convertit à la religion réformée, et la plupart de ceux qui en faisaient partie entrèrent dans l'ordre de Malte.

SEPULCRETUM s. m. (sé-pul-kré-tomm — mot lat. dérivé de sepulcrum, sépulcre). Antiq. rom. Cimetière romain où l'on brûlait les morts.

SÉPULTURE s. f. (sé-pul-tu-re — lat. sepultura; de sepelire, ensevelir). Action d'ensevelir; inhumation : Frais de sépulture. Un misérable champ de bataille, qui suffit à peine pour la sépulture de ceux qui l'ont disputé, devient le prix des ruisseaux de sang dont il demeure à jamais souillé. (Mass.) Allons a nos martyr» donner la sépulture.

Corneille.

Leurs corps, privés de sépulture,

Des oiseaux dévorants devinrent la pâture.

— Lieu où l'on dépose un corps : Saint- Denis était la sépulture des rois de France.

Sépulture pour sépulture, Ou la terre ou la mer, c'est égal, a mon sens.

La Fontaine.

— Poétiq. Mort, trépas :

Vivez, seigneur, régnez jusqu'à la sépulture.

Corneille.

— Sépulture ecclésiastique, Inhumation en terre sainte, avec les cérémonies du culte : L'Eglise refuse aux suicidés la sépulture

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