ECCLÉSIASTIQUE
— Féod. Droit de sépulture, Droit qu'avaient les patrons et seigneurs justiciers d'être enterrés dans le choeur de leur église.
— Syn. Sépulture, sépulcre, tombe. V. SÉ- PULCRE,
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— Encycl. Hist. La sépulture est l'un des premiers et des principaux articles de toute religion; et non-seulement tous les peuples civilisés l'ont en grand honneur, mais même les nations barbares la donnent à leurs morts; c'est un témoignage de dernière affection, en même temps qu'une marque de respect pour la créature humaine. Toutefois, est-ca bien à ces seules causes qu'il faut attribuer l'origine de la sépulture? Il est permis d'en douter, et, sans nier en aucune façon le sentiment da pieux respect, d'humanité, de compassion qui porte les hommes à rendre a la terre les restes de leurs semblables, il faut encore y ajouter d'autres motifs non moins plausibles. En premier lieu vient le besoin de garantir les vivants des miasmes putrides, le désir de dérober aux regards de ceux qui sont pleins de vie le spectacle repoussant de débris voués à une prompte décomposition ; car, si nous en croyons les traditions du passé, les peuples primitifs laissaient les corps morts gisant sur le sol, pour servir de
fiâture aux animaux qui se nourrissaient de eur chair.
Selon Diodore de Sicile, il faudrait reporter l'institution de la sépulture à Adès, dont le paganisme fit Piuton. Ce fut lui qui enseigna aux hommes la moyen de faire disparaître les corps morts en les enfouissant dans la terre; aussi le considéra-t-on dans la Grèce païenne comme le roi des enfers. « Priver les hommes de sépulture , c'est mépriser les dieux, » s'est écrié Euripide; et Sophocle avance que • quiconque s oppose à la sépulture des morts viole les lois des dieux. • Mais personne plus que les Egyptiens ne prit soin de la sépulture, et la peine la plus terrible et en même temps la plus infamante qu'on pût infliger à un grand criminel était de déclarer qu'il serait privé de sépulture; et ils
?oussaient si loin le culte des morts, qu'ils étendaient jusqu'aux animaux ; ils enterraient non-seulement ceux qu'ils adoraient, tels que le crocodile, le bœuf, le chien, mais une infinité d'autres encore, à l'exception des vaches, qu'ils jetaient dans les rivières. Un a vu, à l'article pyramide, à quelle magnificence sépulcrale les Egyptiens s'élevaient ; et si nous en croyons le témoignage des anciens, ils bâtissaient leurs sépulcres le plus' Somptueusement qu'il leur était possible et souvent avec plus de soin et de luxe que leurs maisons d'habitation. Cependant, si les riches se mon traient désireux de s'assurer après leur mort une belle sépulture, les pauvres ne pouvaient les imiter, et, après avoir embaumé leurs morts, ils se contentaient de les garder dans un coin de leur logis, où ils demeuraient tant qu'on ne pouvait leur faire construire un tombeau.
Il y avait, chez les Egyptiens, une loi qui ne permettait d'emprunter qu'à la condition d'engager le corps mort de son père à son créancier, qui devenait par ce fait possesseur du sépulcre de son débiteur; aussi étaitce une infamie et une impiété tout ensemble que de ne pas retir.er promptement un gage si précieux, et celui qui mourait sans s'être acquitté de ce devoir était privé des honneurs de la sépulture, étant exclu non -seulement du sépulcre de ses pères, mais encore de tout autre.
Les Egyptiens, contrairement h beaucoup d'autres peuples, s'opposaient par tous les moyens en leur pouvoir à ce que les corps morts fussent détruits par aucun des quatre éléments; ils ne les brûlaient pas, ils les embaumaient, afin de les garantir des vers et de la pourriture. Ils avaient trois sortes de sépulture ; la première coûtait 1 talent d'argent, la seconde 20 mines et la troisième quelque menue monnaie.
Les autres peuples de l'antiquité, regardant la sépulture comme un honneur rendu ou tout au moins comme un dernier devoir obligatoire, avaient tous la coutume de marquer par une butte de terre, dont la hauteur variait suivant le rang du personnage, le point où était enseveli un mort. Les Phrygiens élevaient des tertres à tous les morts sans exception, et quand leurs prêtres mouraient, au lieu de les mettre en terre et de surmonter leur sépulture d'une butte, ils commençaient par élever un monceau de pierres de la hauteur de 8 coudées et plaçaient le prêtre dessus, et le corps restait en cet état jusqu'à, ce qu'il tombât en pourriture ou en poussière.
Les Phéniciens poussaient aussi très-loin le respect de la sépulture à donner aux morts ; mais les Grecs surtout l'avaient en telle considération, que les lieux de sépulture étaient réputés sacrés et, comme tels, jouissaient du droit d'asile; les criminels pouvaient s'y réfugier sans crainte qu'on vint les en tirer. Selon, afin de maintenir dans toute sa pleuitude le respect des sépultures, défendit pur une loi spéciale d'ensevelir dans le sépulcre d'antrui sans le consentement de ceux à qui il appartiendrait, été leva la peine qu'encourraient tous ceux qui briseraient ou dégraderaient d'une façon quelconque les colonnes, Statues, édifices funèbres, ainsi que les profanateurs et violateurs de sépulture.
Dans toute la Grèce, et notamment dans l'Attique, une coutume inviolable et sacrée voulait que quiconque trouvait en son chemin un corps mort le couvrît de terre du mieux qu'il pût, et celui qui ne se conformait point à cet usage était regurdé comme coupable d'un crime abominable.
Eusèbe, Lactanca prétendent que les tem-
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pies grecs, les oratoires et autres lieux de dévotion furent dans l'origine des sépultures, et Clément d'Alexandrie accepte cette manière de voir. Théodore et plusieurs docteurs de l'Eglise rapportent que le temple de Minerve qu'on voyait dans la ville de Larisse, en Thessalie, fut originairement le sépulcre d'Acrise. Antiochus, cité par eux, témoigne, du reste, que le temple d'Athènes n'était autre chose que le lieu de sépulture de Cécrops et le temple de Pallas Poliade celui d'Erychthonius. ■ Les Athéniens, dit Guiehard dans son livre des Funérailles, avaient sur la sepulture des idées telles, qu'ils punissaient de mort les chefs qui ne faisaient point ensevelir leurs soldats tués à la guerre pour la commune défense du pays et voulaient qu'on usât de toute diligence, sans y rien épargner, à fuira rechercher non -seulement les corps, mais aussi les ossements de ceux qui, combattant tant par mer que par terre, auraient exposé leur vie pour la patrie, afin qu'ils fussent après ensevelis honorablement. Plusieurs historiens, tant grecs que latins, font mention de dix. capitaines qui furent condamnés à mort, bien qu'ils revinssent victorieux d'une bataille gagnée contre les Théhains, parce qu'ils n'avaient pas fait rechercher les corps des soldats qui y avaient été tués, pour leur donner la sépulture. Plutarque raconte que Nicias, faisant une descente dans le pays des Corinthiens, défit ceux qui se présentèrent en bataille devant lui et en tua un grand nombre; mais que, dans cette rencontre, ayant oublié deux de ses soldats parmi ceux dont il avait fait rechercher les corps, il fit, dès qu'il fut averti de cet oubli, arrêter toute la flotte et envoya vers les ennemis un héraut demander la remise de ces deux corps, bien que, par ce fait et selon les usages de la guerre, il renonçât à se dire victorieux, la permission d'enlever les corps morts étant demandée par te vaincu' au vainqueur; et Plutarque a soin de rappeler qu'en cette circonstance Nicias aima mieux abandonner la victoire que de laisser les corps de deux de ses concitoyens sans sépulture. Ce fait montre jusqu'à quel point, en Grèce, oh attachait du prix à la sépulture. Les Macédoniens n'en faisaient pas moins de cas. Rappelons encore qu'Alexandre, ayant trouvé le sépulcre de Ôyrus découvert et fouillé, fit rechercher les profanateurs et les punit d'une manière exemplaire. 11 y avait, d'ailleurs, chez les Grecs une croyance qui les portait à donner quand même la sépulture aux morts : ils pensaient que les âmes de ceux qui en étaient privés ne se mêlaient point parmi les autres, et que dès lors elles se trouvaient exposées à être évoquées et à comparaître devant les nécromanciens chaque fois qu'il plaisait à ceux-ci de leur ordonner de répondre à leur appel.
A l'exemple des Egyptiens, les Hébreux embaumaient les corps de leurs princes, mais ils se contentaient d'enterrer les gens du peuple. Ceux du Thibet, cependant, ne brûlaient ni n'ensevelissaient les leurs; ils les mettaient dans un enclos et les laissaient dévorer par les oiseaux de proie. Mais un usage qu'on retrouve dans toutes les nations où la sépulture fut en honneur, c'est celui d'enfouir dans les tombeaux et avec les corps certains objets: c'était, chez les anciens, l'obole ou le triens, destiné au payement du passage redoutable du Styx-, 'des aliments, desbioux, etc., de même que, chez les peuples qui irûlaient leurs morts, les assistants avaient coutume de jeter sur le bûcher des objets précieux destinés à brûler avec lui. Nombre de sépultures découvertes à différentes époques ont permis de constater l'existence dune quantité de ces objets.
En mai 1867, des sépultures romaines à incinération, d'un grand intérêt, furent découvertes à Lillebonne, par M. Montier-Huet, dans sa propriété du Catillon, déjà fouillée avec succès, en 1853, par M. l'abbé Cochet, et, bien antérieurement, par M. Davois de Kinkerville. Trots de ces sépultures furent retirées intactes. L'une, composée d'une cella grise de moyenne grandeur et appartenant sans doute à une femme, contenait, outre les cendres et les os brûlés, quatre petites fioles dites lacrymatoires, un fragment de baguette en verre tordu, un passe-lacet de bronze à tête dorée, un manche d'ivoire à incrustations, un fragment de fibule en forme de rotule ajourée et une curieuse portion hémisphérique de métal très-inince et brillant comme un miroir. Une autre cella renfermait une médaille fruste en bronze, le naulum du batelier de l'autre monde, une urne en terre de couleur jaune tendre, deux lacrymatoires minuscules et une agrafe munie de son ardillon en bronze léger et d'une exécution grossière, mais admirable de fraîcheur et de conservation. Parmi les objets en verre, on remarque surtout un vase à anse en forme de V renversé , une baguette en verre tordu de 0ni,21 de longueur et deux vases bleus, dont les similaires sont inconnus. Nous passerons sous silence les ferrements , clous, fragments de métal à destination incertaine, une garde de serrure, une auge sépulcrale avec son couvercle, cinq ou six cubes de pierre entaillés quadrangulairement sur une surface ; une lampe de terre, vernissée de jaune, haute de 0m,06 à 0m,07, et figurant un pied; une lampe en fer avec suspension en bronze à trois chaînons tressés.
L'usage de placer dans les sépultures nombre de différents objets se retrouve chez
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beaucoup de peuples, et dernièrement un navire français apporta au Havre vingt-neuf vases en cuivre, provenant de fouilles pratiquées aux environs de Liina dans des ruines eie plusieurs monuments funéraires indiens, dont la réunion formait une nécropole d'incas. Ces vases, fort curieux d'ailleurs, ont la forme de nos jarres et sont posés sur une base carrée représentant un dé à jouer massif.
A Rome, il était défendu par les lois pontificales, au souverain sacrificateur, de regarder un mort, mais il lui était enjoint de lui faire donner la sépulture dès qu'il en avait vu un. Chacune des légions romaines avait un-sac et une bourse, dont les porte-enseigne étaient les gardiens ; chaque soldat était tenu de contribuer à emplir cette bourse en versant une petite pièce d'argent, et son contenu était destiné à faire les frais de la sépulture des morts. Jamais les vainqueurs ne refusèrent aux vaincus l'autorisation d'enterrer les morts. La sépulture était chez les Romains de deux sortes, celle de la terre et celle du feu; pour l'une comme pour l'autre, ils avaient des ministres et des serviteurs publics chargés de tout ce qui y était relatif. Les empereurs et les consuls avaient un lieu de sépulture particulier. La maison des Claude avait le sien sous le Capitule. C'était un honneur considérable à Rome d'avoir une grande étendue de terre pour sépulture, et pour l'utiliser la coutume s'établit d'y faire construire de hauts et spacieux édifices, d'y disposer des bosquets, des jardins, des promenoirs , et enfin d'entourer le tout d'une muraille en dedans de laquelle tout ce qui existait pouvait être considéré comme sacré.
Les lois romaines voulaient que les sépultures fussent placées loin des villes. On choisissait ordinairement les grands chemins.
Sous Constantin, lorsque le christianisme fut devenu la religion officielle , des oratoires, des chapelles s'élevèrent sur les sépultures des saints. Au temps de Charlemagne , les corps des personnages de distinction occupaient le parvis des églises ; mais on ne trouvo pas qu'avant le xue siècle des sépultures aient été placées dans les églises, j Le corps de Nivelon 1er, dit l'auteur de Noblesse et chevalerie, mort après 1072, fut déposé dans un caveau pratiqué à l'extérieur, près du chœur de la collégiale de Saint-Sulpice. On lisait cette inscription sur son tombeau : « Ci-gît > Nivelon 1er, seigneur de Pierrefonds, qui ■ a fondé ce lieu et qui a fait le prieur son » pair de fief et de noblesse. » L'épaisseur des murs du sanctuaire, ou les abords des fondations, reçurent, à la fin du xie siècle, les corps des châtelains et des personnes pieuses; quelquefois et par exception des cloîtres en recueillirent. Ce fut le commencement de l'envahissement; les sépultures gagnèrent l'intérieur des églises, la nef, les chapelles latérales et enfin le chœur. Le chapitre général de Cîteaux, assemblé en 1152, avait réglé qu'aucun corps ne serait reçu dans les églises de l'ordre, excepté ceux des rois et des prélats. A la fin du xme siècle, cette règle était si profondément tombée en désuétude, que l'on vit inhumer des femmes jusque dans le sanctuaire des églises de Cîteaux.
> Dans les premiers temps du christianisme, c'étaient les canons de 1 Eglise qui réglaient tout ce qui concernait la sépulture, et ce fut pourquoi originairement les martyrs et les saints seuls eurent le privilège de reposer à l'ombre des temples ; mais, au fur et à mesure que Jes évêques augmentèrent leur puissance et s'arrogèrent le pouvoir, ils empiétèrent sur les privilèges des saints, et bientôt ils se firent inhumer tous dans les églises; or, comme les évêques étaient soutenus dans leurs prétentions , quelque exorbitantes qu'elles fussent, par les seigneurs et que ceux-ci appuyaient volontiers l'influence morale qu'ils exerçaient sur le peuple par la force dont ils disposaient, à leur tour les seigneurs demandèrent de partager la. sépulture des évêques, et bientôt il ne fut pas un seul petit gentilhomme, seigneur ou patron d'un clocher qui n'eût droit de séjour sous les dalles d'une église; et, plus tard, quand, à côté de l'aristocratie féodale, s'éleva cette race de bourgeois gentilshommes , financiers et traitants, seigneurs ■ de pas mal d'écus, » ceux-ci achetèrent à beaux deniers comptants le droit de sépulture dans l'église, et, jusqu'à la révolution de 1789, tous les personnages un peu importants, appartenant soit à la noblesse, soit à la finance, soit à la magistrature, n'eurent pas d'autre sépulture.
Le 23 prairial an XII, un décret fut rendu sur les sépultures et les lieux qui pouvaient leur être consacrés ; aux termes de ce décret, aucune inhumation ne put désormais avoir lieu dans les églises, temples, synagogues, hôpitaux, chapelles publiques et généralement dans aucun des édifices clos et fermés où les citoyens se réunissent pour la célébration de leurs cultes, ni dans l'enceinte des villes et bourgs ; et il fut ordonné que hors de chacune de ces villes ou bourgs, à la distance de 35 à 40 mètres au moins de leur enceinte , des terrains seraient spécialement consacrés à la sépulture. Ces terrains, les plus élevés possible et exposés au nord autant que faire se pouvait, durent être elos de murs et garnis de plantations, en prenant les précautions convenables pour ne pas gêner la circulation de l'air ; et, afin d'éviter le danger qu'entraîne le renouvellement trop
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rapproché des fosses, il fut fixé que l'ouverture des fosses pour de nouvelles sépultures n'aurait lieu que de cinq années en cinq années.
Selon les dispositions du droit canonique, l'interdit de la sépulture religieuse est encouru par : l<> les suppliciés, rendus infâmes non par leur crime, puisque lo coupable peut en être absous par son confesseur, mais par leur supplice; 2» les clercs dune église interdite qui meurent pendant l'interdiction; 30 les individus qui se sont rendus coupables de rapines ou de profanation des églises ; ■40 ceux qui veulent mourir dans un état de péché public ou qui meurent dans un péché connu sans avoir témoigné le désir d'en vouloir sortir. L'interdit de la sépulture religieuse est donc fondé en principe sur l'indignité du décédé, cette sépulture étant due à tous les catholiques; mais il en est un autre, c'est celui qui refuse l'enterrement en terre sainte à des gens ayant reçu les sacrements. Le droit canon mentionne trois cas: c'étaient jadis ceux qui, étant allés au tournoi pour se battre avec des armes et faire ainsi parade de leur force , mouraient, après qu'on leur avait administré les sacrements, de la blessure qu'ils avaient reçue pendant le combat; les duellistes qui succombaient dans le duel après avoir donné des marques de pénitence et reçu quelque sacrement, enfin ceux qui, ayant été excommuniés pour leurs crimes, étaient absous à leur mort sur la promesse des satisfactions auxquelles ils étaient obligés, alors que leurs parents refusaient de s'exécuter pour le défunt. En outre, la même législation interdisait expressément la sépulture solennelle ecclésiastique aux infidèles, aux apostats, aux schismatiques, aux hérétiques et à ceux qui les servaient ou les favorisaient d'une manière quelconque; aux voleurs qui refusaient de restituer ce qu'ils avaient pris, alors qu'ils pouvaient le faire; aux incendiaires mourant sans avoir réparé le dommage causé, à ceux qui se suicidaient, aux religieux à qui on trouvait un pécule après leur mort, aux excommuniés qui mouraient sans avoir sollicité l'absolution de l'excommunication dont ils sa connaissaient frappés et qui d'ailleurs était publique, aux usuriers qui, au moment de leur mort, refusaient de restituer les intérêts usuraires qu'ils avaient injustement perçus, etc.
On voit que le nombre des interdictions était grand; leur application donnait souvent lieu à des abus qu'il était difficile de réprimer. On vit également les ecclésiastiques qui n'observaient pas rigoureusement les prescriptions canoniques encourir des peines sévères.
Au fur et à mesure que les idées philosophiques gagnèrent du terrain et que l'influence religieuse diminua, les cas d interdiction de sépulture devinrent moins nombreux, mais ils le furent encore assez pour déterminer des explosions de mécontentement chez ceux qui s indignaient de voir l'intolérance du clergé se manifester par des refus que rien ne justifiait et qui ne pouvaient être opposés que comme les restes d'une tradition barbare que le temps avait dû classer parmi les préjugés d'un autre âge. La sépulture des comédiens fut sans cesse mise en cause et donna lieu à de véritables scandales publics.
On a beaucoup discuté sur la question de savoir jusqu'à quel point l'Eglise avait le droit de refuser la sépulture chrétienne à ceux qui la demandent. Cette question a beaucoup perdu de son importance aujourd'hui, puisque l'Eglise n'a plus le droit de refuser la sépulture, mais seulement ses prières. En ce qui touche ce dernier point, nous pensons que tel ou tel représentant de tel ou tel culte a le droit de refuser ses prières, et nous trouvons étrange que des individus qui ont vécu toute leur vie sans se préoccuper de la pratique de la religion, tiennent essentiellement à faire réciter sur leur corps, quand ils sont 'décèdes, des prières à l'efhcacité desquelles ils ne croyaient pas vivants. Le nos jours, du resta, les prêtres sont sur ce point beaucoup plus accommodants qu'autrefois, surtout dans les grandes villes ; il suffit d'ailleurs qu'ils ne soient plus les maîtres des cimetières.
— Législ. Violation de sépulture. V. VIO- LATION.
SEPULVEDA, autrefois Confluentes, ville d'Espagne, province et à 45 kiloin. N.-E. de Ségovie, sur le Duraton, province et cheflieu de juridiction civile ; 2,000 hab. Tissage de laine et de lin ; tanneries, teintureries. Cette ville fut enlevée aux Maures en 913, puis en 1013.
SEPULVEDA (Jean Ginez dk), historien espagnol, né près de Cordoue en 1490, mort à Mariauo en 1572. En 1536, Charles-Quint le nomma son chapelain et son historiographe, puis instituteur de l'infant don Philippe. Lorsque le vertueux Las Casas vint à Valladolid plaider la cause des malheureux Indiens, Sepulveda, dans une controverse fameuse, soutint le droit de conquête des Espagnols en Amérique en mettant en avant l'éternel prétexte de porter aux peuples barbares les lumières de l'Evangile, tandis qu'en réalité les conquérants étaient entraînés bien plus par leur insatiable avidité que par leur zèle religieux. Quoi qu'on en ait dit, il justifie (dans le dialogue Démocrates secundus, seu de justis belli causis) le massacre et l'asservissement des Indiens, en vertu de l'abominable so-
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phisme « que la nature veut que le faible soit soumis au fort. » Les ouvrages de Sepulveda sont fort estimés et lui ont mérité le surnom de Tiio-I.îTc espagnol. On cite surtout l'Histoire de Charles-Quint et le commencement de V Histoire de Philippe II. Ses œuvres (en latin) ont été publiées à Madrid en 1780 par les soins de l'Académie.
Sepulveda, épopée portugaise de Jeronimo Corterea! (1594, in-4f). L'auteur, gentilhomme .qui avait combattu dans les Indes et avait ensuite avec dom Sébastien lutté en Afrique contre les Maures, dont il était resté le prisonnier, occupa ses loisirs, à son retour dans sa patrie, a chanter les gloires nationales. Il reprit un épisode des Lusiades, l'histoire des amours et des malheurs de Sepulveda et de la belle Leonor de Sa, dont il fit un long poëtne d'un intérêt romanesque et touchant. On ne peut guère faire qu'un reproche à cet ouvrugu, c'est le mélange continuel de la vieille mythologie païenne avec la réalité. Au début du poème, Manuel de Souza Sepulveda, épris de Leonor, aiiné d'elle, invoque l'Amour, et obtient de ce dieu la mort d un rival que lui préfère. le père de Leonor. Les deux amants seront cruellement punis plus tard de ce vœu coupable. En attendant, Sepulveda épouse sa maltresse; ils vivent aux Indes quatre heureuses années et songent enfin à revenir en Europe avec leurs richesses et leurs beaux enfants ; la mythologie revient avec eux. Tandis que le vaisseau passe le cap de Bonne-Espérance, le vieux Protée élève au-dessus des ondes sa tête difforme recouverte d'un limon verdâtre; il secoue sa barbe en désordre et ses cheveux hérissés ; il vient d'apercevoir sur le pont la belle Leonor ; à peine l'a-t-il vue que déjà il l'aima et lui adresse un langoureux appel. Leonor, épouvantée à la vue de ce monstre, n'a garda de répondre; inde iras. Ainphitrite, jalouse de la belle étrangère qui passionne son volage époux, soulève contre le vaisseau des Portugais une furieuse tempête; l'équipaga est rejeté sur la côte d'Afrique dans le pays des Cafres qui, à la vue des étrangers, font courir de tribu en tribu la flèche de guerre. Alors commence pour les naufragés une série de tristes aventures. • Si tout se fait ici-bas par lu volonté du Dieu 'tout-puissant, s'écrie Sepulveda, nous-mêmes nous souffrons par la permission divine et, je le reconnais, mes seuls péchés ont attiré sur moi ces malheurs. Dieu tout-puissant, laisse-moi racheter le châtiment que je mérite, par pitié pour ces êtres innocents et purs. » Et en disant ces mots, il soulevait dans ses bras l'aîné de ses fils, dont la beauté était merveilleuse; il fixait sur la ciel ses yeux remplis de larmes. Il décide se3 compagnons à traverser courageusement lo désert pour aller rejoindre une colonie portugaise sur le rivage ; mille obstacles se présentent à eux : des bois épais, des rivières profondes, des sables brûlants ; quelques-uns succombent à la fatigue de la route. Les survivants sont plus malheureux encore ; au bout de quatorze jours de marche, il leur faut repousser une nuée de Cafres qui fondent sur eux; on se nourrit do racines, on meurt de soif dans le désert. Pendant ce temps, les divinités mythologiques continuent d'apparaître d'une façon fantastique. Maintenant c'est Pan qui soupire pour la belle Leonor; un enchanteur, dans une caverne mystérieuse, prédit, suivant la tradition épique, tout l'avenir du Portugal à Pantaléon de Sa, un compagnon de Sepulveda. On arrive bientôt chez un roi nègre qui retient les Portugais auprès de lui et les chasse quand il les a dépouillés. Errants et désespérés, Sepulveda, sa compagne, leurs enfants et leurs esclaves traversent les bois, où les sauvages leur enlèvent jusqu'à leurs vêtements. Abattue de fatigue, Leonor se laisse tomber épuisée sur le sable et meurt entre les bras de son époux. ■ Elle arrête ses regards, et chaque fois d'un? manière plus fixe, sur le visage de cet unique ami qu'elle laisse déjà; elle s'efforce encore de lui dire adieu et, ne pouvant le faire, elle se laisse tomber sur la terre avec une douleur mortelle. • Sepulveda, après lui avoir creusé dans le sable une étroite fosse, demeure un instant muet de désespoir. Enfin, prenant dans ses bras son plus jeune fils, il s'enfonce avec lui dans les bois, où la dent des lions et des tigres vient bientôt mettre fin à ses misères. Ce poème est touchant et plein d'intérêt; il est regrettable que des défauts de mauvais goût y dépurent des beautés du pramier ordre; c'est après la poème de Camoëns le plus beau monument de la poésie portugaise. Sepulveda a été traduit en français par M. Ortaire Pournter (Paris, 1843, in-8<>).
SEQUANA, nom latin de la Skins.
SÉQUANAIS, SÉQUANES ou SÉQUAMENS, en latin Sequani, peuple de la Gaule Celtique, qui habitait le territoire avoisinant les sources de la Seine au N., entre les Lingones au N.-O., les Eduens à l'O., les Ambari au S., les Helviens à l'E. Leur pays, arrosé par la Saône et le Doubs.étaitl'un des plus fertiles de la Gaule. ■ Cette nation, une des plus puissantes de la Gaule, dit d'Anville, ne se renfermait pas autrefois dans les bornes actuelles du diocèse de Besançon. César en prolonge l'étendue jusqu'au Rhin... : Attingii a Sequanis et Ëelvetiis (lumen Ithenum. Il dit dans un autre endroit que le Rhin dans son cours passe sur les confins des Ilelvetii et des
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Sequani et autres peuples situés plus bas sur les rives du même lleuve...L'Arar ou la Saône, descendant du nord au midi, a divisé les Sequani d'avec les Lingones et les JEdui, et il y a des preuves que la partie des diocèses de Chalon et de Mâoon qui s'étend au levant de la Saône est un démembrement du domaine des Sequani, Frédégaire, parlant de la fondation du monastère de Saint-Marcel par Gontran, roi de Bourgogne, dit positivement que, quoique cette église soit m suburbano , Cabillonensi, elle est néanmoins Sequani territorii. D'un autre côté, ce territoire des Sequani atteignait les bords du Rhône, dans l'endroit où ce fleuve passe au pied du mont Jura. » Les Séquaniens, en guerre contre les Eduens, appelèrent à leurs secours Arioviste, roi des Suaves, puis contre ce dernier César, à qui ils donnèrent ainsi le prétexte de se mêler des affaires de la Gaule et l'occasion de la subjuguer. Leur territoire forma plus tard la province romaine appelée de leur nom Muxima Sequanorum (Grande Séquanie}. Leurs villes principales étaient Vesontio (Besançon), Luxovium (Luxeuil) , et Magetobria (Moigte-de-Broye).
SÉQUÀNAISE ou SÉQGANIE (GRANDE), en
latin Maxim a Sequanorum, province de la Gaule romaine à l'E., comprise entre la Belgique Ire au N., la Germanie, I'« ou Supérieure au N.-E., la Rhétie et la Vindélicie à l'E., la Viennoise et la province des Alpes Grées au S., et la Lyonnaise lre à l'O. Elle est limitée au N. par les Vosges, à l'O. par la Saône et à l'E. par le Rhin ; elle était sillonnée par les montagnes du Jura et renfermait au S. le lac Léman. Son territoire forma plus tard la Franche-Comté et la plus grande partie de la Suisse actuelle.
SÉQUELLE s. f. (sé-kè-le — latin sequela, suite ; de sequi, suivre, qui, selon Eichhoff, représente la racine sanscrite saik, aller, approcher, grec ékein, gothique okia , allemand sachen, anglais to seek, lithuanien se/eu, russe sieszczu, suivre). Suite méprisable de gens : On l'a chassé, lui et sa séquelle. Je me moque de lui et de toute sa séquelle. (Acad.) Je donnai au diable flippocrale et toute sa séquelle. (Le Sage.) Mille créanciers fondirent sur elle, avec les commissaires et toute ta séquelle. (Mariv.) Te confondent les dieux et toute ta séquelle! La Fontaine.
Fuyez le monde et sa séquelle.
La Fontaine.
Les gens de ta séquelle
Ne sont bons qu'à rimer une ode telle quelle 1 Tu. db Banville.
— Longue suite de choses : Une séquelle de questions ridicules, absurdes. Une séquelle d'injures.
— Féod. Dime de séquelle, D5rae que le curé prélevait sur les laboureurs des terres de sa dlmerie, lorsqu'ils allaient labourer des terres étrangères.
SÉQUENCE s. f. (sé-kan-se — du latin sequentia, venu lui-même de sequi, suivre, qui, selon Eichhotf, représente exactement la racine sanscrite saik, aller, approcher, grec ékein). Jeux. Réunion |de cartes de la même couleur qui se suivent sans interruption : Les tierces, les quatrièmes, les quintes, etc., sont des séquences. Il S'emploie plus particulièrement au jeu de whist.
— Techn. Arrangement particulier que le fabricant donne k ses jeux, de cartes.
— Liturg. Nom que l'on donnait autrefois aux proses qui, les jours de fête, se chantent k la messe après le graduel et l'Alléluia : Abail<*rd a composé un grand nombre de séquences, qu'on ne retrouve plus que dans ses œuvres. Le roi Robert passe pour l'auteur de la séquence du jour de la Pentecôte. Les séquences de la messe étaient fameuses au X" siècle, (Chateaub.)
SEQUE3TER V1B1DS, géographe latin.