V. VlBlUS
SÉQUESTRATEUR , TRICE s. (sé-kè-strateur, tri-se — rad. séquestration). Celui, celle qui opère une séquestration.
SÉQUESTRATION s. f. (sé-kè-stra-si-on — rad. séquestrer). Action de séquestrer; état de ce qui est séquestré : Séquestration de biens. La séquestration a duré deux ans. Le rapt, la séquestration, te viol ne sont plus de la galanterie. (Th. Gaut.) Sous un soleil ardent, la passion des femmes est plus impétueuse et fait naître ta jalousie qui amène leur séquestration. (Maury.)
— Isolement forcé et illégal, en parlant des personnes : Après ces deux années de SÉ- QUESTRATION, le pauvre enfant était devenu idiot.
— Dans une épizootie, Action d'isoler les animaux sains de ceux qui sont affectés de maladies contagieuses.
— Par ext. Isolement : J'affligeais ma mère, j'étonnais la société par ma séquestration morale de tout ce qui animait la maison. (Lamartine.)
— Encycl. Législ. Séquestration de personnes. Le code pénal de 1810 punit avec une légitime rigueur les attentats a la liberté individuelle, lorsque ces attentats sont commis par de simples particuliers. Au contraire, il traite avec une' mansuétude singulière, et qu'on pourrait qualifier de scanda-
SEQU
leuse, les arrestations et séquestrations entachées d'illégalité ou d'arbitraire, quand ces actes odieux ont été commis par des fonctionnaires publics ou agents quelconques de l'autorité. C'est l'inverse qui devrait avoir lieu ; le simple particulier qui se livre à un méfait de cette nature est coupable sans aucun doute, mais il l'est à un moindre de-
fré, car il n'abuse que de sa force indiviuelle ; le fonctionnaire ou l'agent du pouvoir abuse, en outre, de l'autorité dont il est revêtu et de la force publique dont il dispose. L'échelle de la pénalité est tout simplement en sens inverse du degré réel de culpabilité. Le code ombrageux et despotique de 1810 s'en va par lambeaux ; chacun des grands sursauts de l'opinion, depuis un demi-siècle, en a fait disparaître quelque partie plus particulièrement caduque et réprouvée par le sentiment public. Il en reste trop encore pour l'honneur de notre civilisation.
Analysons d'abord les dispositions de ce code concernant les crimes contre la liberté individuelle commis par de simples particuliers. Ici la répression est au niveau du méfait; elle pécherait plutôt par excès de sévérité. L'article 341 du code pénal, qui régit cette matière, est ainsi conçu : « Seront punis de la peine des travaux forcés à temps ceux qui sans ordre des autorités constituées, et hors les cas où la loi ordonne de saisir les prévenus, auront arrêté, détenu ou séquestré des personnes quelconques. Qui-' conque aura prêté un lieu pour exécuter la détention ou séquestration subira la même peine, >
La pénalité s'aggrave encore quand l'arrestation ou séquestration se complique de certaines circonstances accessoires qui rendent le fait plus criminel. La peine est celle des travaux forcés k perpétuité si la détention de la personne séquestrée s'est continuée au delà d'un mois. La peine des travaux forcés à perpétuité est encore applicable si l'arrestation a été opérée sous un faux costume officiel ou avec l'exhibition d'actes faux ou d'ordres apocryphes supposés émanés d'une autorité régulière. La même disposition répressive est applicable encore lorsque l'individu séquestré a été menacé de mort (art. 348 et 344 du code pénal). Enfin la peine de mort serait encourue par l'auteur de la séquestration s'il avait fait subir à la personne détenue des tortures corporelles. A côté des dispositions qui aggravent, pour certains cas, la pénalité, il faut en signaler une autre qui atténue au contraire la répression en vue d'une circonstance particulière. Suivant l'article 343 du code pénal, la peine est réduite à un emprisonnement de deux k cinq ans dans le cas où le séquestrateur a rendu volontairement la liberté à la personne détenue avant le dixième jour accompli depuis la mise en chartre privée. Mais il est à remarquer que le bénéfice de cette atténuation de pénalité n'est acquis au coupable qu'autant que c'est avant toute poursuite criminelle dirigée contre lui qu'il a remis sa victime en liberté. S'il avait agi sous le coup d'une poursuite engagée, bien que ce fût dans la première période de dix jours, son acte n'aurait évidemment rien de spontané, et il ne lui en serait tenu aucun compte relativement k la pénalité applicable.
Nous venons de faire connaître les degrés de la pénalité suivant la variété des circonstances; il s'agit maintenant de présenter quelques observations touchant les éléments constitutifs de criminalité des faits en cette matière. H est d'abord essentiel de remarquer que l'article 341 du code pénal punit également l'arrestation, la séquestration ou la détention illégales. Ces trois faits, arrestation, séquestration, etc., peuvent coexister, et ils se rencontreront souvent simultanément dans une même prévention. Mais ils peuvent aussi se produire isolément ; en, d'autres termes, il peut y avoir arrestation non suivie de séquestration ou, k l'inverse, séquestration non précédée d'arrestation.
L'article 341 et la peine des travaux forcés k temps sont indifféremment applicables, que ces trois faits délictueux laient été concurremment commis ou qu'un seul d'entre eux soit démontré à la charge de l'accusé. Cette interprétation de l'article 341 est consacrée par une jurisprudence désormais constante et invariable; ajoutons qu'elle est commandée par le texte même de l'article qui prononce la peine des travaux forcés k temps indistinctement, que les trois faits d'arrestation, de séquestration et de détention se soient produits conjointement ou disjonctivement et isolément. Dalloz, dans son Hèpertoire de jurisprudence, au mot liberté individuelle, cite un arrêt relatif à une séquestration non précédée d'arrestation ; un père et une mère avaient mis en chartre privée leur fille dans leur propre domicile. Il s'agissait d'une fille très-nubile, et, par conséquent, il ne pouvait être question d'une de ces corrections domestiques sur lesquelles la loi ferme les yeux quand il s'agit de priver momentanément de la liberté dont il abuse un bambin récalcitrant. La séquestration s'était prolongée et avait pris un véritable caractère de criminalité. Néanmoins le père et la mère prétendaient se défendre en alléguant que, s'il y avait eu réellement séquestration k domicile, il n'y avait pas eu d'arrestation, la jeune tille ayant été mise sous clef dans un mo-
SEQU
ment où elle se trouvait à la maison. La cour jugea, et jugea fort juridiquement, que le concours de l'arrestation et de la séquestration n'était point indispensable pour constituer la culpabilité, que la séquestration suffisait, et elle condamna ce père et cette mère qui se faisaient avec si peu de cérémonie seigneurs hauts justiciers dans le sein de leur famille.
Un arrêt de la chambre criminelle de la cour de cassation, à la dote du 16 janvier 1847, appliqua les mêmes principes dans une espèce où les faits avaient une physionomie beaucoup moins tragique. Il s'agissait d'un individu qu'un huissier, assisté du juge de paix de l'endroit, venait appréhender au corps pour dettes dans son domicile. Le débiteur s'esquivu prestement de la pièce ou il se trouvait avec l'huissier et le magistrat ; en s'évadant, et pour se donner le temps de gagner le large, il eut soin de fermer à double tour la pièce où il laissait le juge de paix et l'officier ministériel, mit la clef dans sa poche et disparut. Une heure après, le débiteur s'était dérobé aux poursuites, et quelqu'un rouvrait Ia,porte et rendait la liberté aux deux captifs. La cour de Rouen, chambre des accusations, jugea qu'il y avait là un fait de séquestration illégale passible de la peine édictée par l'article 341 du code pénal, et la cour de cassation rejeta le pourvoi Formé contre l'arrêt de Rouen. Vu le caractère de l'espèce, cette solution nous paraît rigoureuse. Il y avait là une niche plutôt qu'un crime, et l'intention criminelle nous semble avoir été absente j le débiteur, menacé d'incarcération, avait en vue de pourvoir à sa sûreté personnelle bien plus que de séquestrer un juge et un huissier. Juré, nous aurions absous sans balancer ce pauvre diable. Remarquons, du reste, qu'au point de vue doctrinal personne ne met en doute que l'in tention criminelle ne soit ici, comme partout ailleurs, un élément essentiel et indispensable pour que le crime existe légalement. L'arrêt de ia cour de Rouen et l'arrêt de rejet de la cour régulatrice nous semblent avoir fuit assez bon marché de la question d'intention ; cette question est, du reste, une chose d'appréciation sur laquelle le juge du fait statue souverainement; il faut se résigner à subir quelquefois en cette matière des appréciations contestables.
Une autre circonstance importante à noter, car elle est une condition essentielle du crime de séquestration, c'est que la personne indûment détenue doit se trouver absolument à la merci et à la discrétion du séquestrateur. En tout cas, il faut, pour que le crime de séquestration existe, que cette personne se trouve sans communication possible avec le dehors -et ne puisse, au moins momentanément, s'adresser à aucune assistance étrangère. Une séquestration qui permettrait d'appeler du secours immédiatement par une fenêtre ou par toute autre issue laissée ouverte n'aurait pas les proportions du crime que prévoit et punit l'article 341 du code pénal. Cette règle de doctrine est plausible ; néanmoins elle a eu pour résultat de faire amnistier par la jurisprudence des faits odieux auxquels il manquait malheureusement une condition nécessaire pour rentrer avec exactitude dans les faits prévus par l'article 311. Nous voulons parler du placement abusivement fait par des parents cupides d'une personne saine d'esprit dans un établissement d'aliénés. La cour suprême a été également saisie de cette question sur le pourvoi formé contre un arrêt de la cour de Caen. Les époux Romy, pourvus d'un simple certificat de médecin, en conformité aux prescriptions de la regrettable loi du 30 juin 1838, avaient jeté dans une maison de fous un de leurs parents atteint d'une névrose, mais parfaitement sain d'esprit. La cupidité avait été le mobile de ces deux misérables ; ils craignaient que leur parent, qui n'avait pas d'héritier direct, ne fit ses dispositions testamentaires en faveur d'un étranger ; leur mauvaise foi était d'ailleurs hors de doute ; il était à peine contesté qu'ils n'ignoraient point que leur collatéral était en possession du plein usage de ses facultés. Néanmoins, les époux Romy furent acquittés par la chambre des mises en accusation de la cour de Caen, et la cour de cassation rejeta le pourvoi formé par le ministère public, par arrêt du 18 février 1842. 11 futjugé que l'article 341 n'était pas applicable, par la raison que cet article prévoit uniquement le cas où une personne est mise en chartre privée sans communications possibles avec le dehors, et livrée, en un mot, uniquement à la discrétion du séquestrateur ou de ses gens et de ses complices. Or, disaient la cour de Caen et la cour de cassation, le placement dans un asile d'aliénés ne présente pas ces conditions de Criminalité légale. L'individu qui y est interné se trouve en rapport avec des employés et d*es médecins qui ne sont nullement dans la dépendance ou la domesticité de la personne qui a requis le placement. Le prétendu aliéné peut leur demander et doit en obtenir assistance et réparation. Les asiles, d'ailleurs, sont incessamment accessibles à l'autorité et visités périodiquement par les magistrats de l'ordre administratif ou judiciaire ; tout individu abusivement détenu dans une maison de fous a donc chaque jour dans sa main le moyen d'obtenir le redressement de la manœuvre dont il a été victime.
SEQU
La cour régulatrice conclut de la que l'art! cle 341 était entièrement hors de~ thèse et qu'il ne restait au parent des époux Romy que la ressource de faire condamner ces derniers à des dommages-intérêts par les tribunaux civils. Cette solution est parfaitement juridique ; mais, par cette raison même, elle appelle, pius que tout autre argument, l'abrogation ou tout au moins un remaniement sérieux de la loi de 1838 sur les aliénés. Cette loi a rendu possible un crime nouveau, jusque-là inconnu et innomé : le crime de séquestration sous prétexte d'aliénation mentale. Ce nouvel attentat échappe à toute répression légale, vu qu'il ne rentre pas exactement dans le type du crime ordinaire de séquestration, tel que l'a défini l'article 341 du code pénal.
Nous ne connaissons pas d'arguments plus éloquents pour accélérer la chute de la déplorable loi de 1838, qui a ouvert aux crimes delà cupidité et de la haine une voie encore inconnue.
Arrivons aux attentats k la liberté commis par des fonctionnaires publics. Ici la loi montre une indulgence à nulle autre pareille. Ce n'est plus la peine des travaux forcés, c'est la peine non afflictive et purement infamante de la dégradation civique que l'article 114 du code pénal prononce contre les agents de l'autorité coupables d'actes attentatoires à la liberté individuelle. L'article 114 est même fort négligemment rédigé; il ne prend pas la peine de définir exactement quels sont ces actes attentatoires à la liberté qu'il punit dans le magistrat de la peine de la dégradation civique. Le champ reste ouvert à la discussion et aux faux-fuyants. La doctrine supplée tant bien que mal à l'insuffisance du texte de la loi ; elle enseigne qu'ily a acte attentatoire k la liberté commis par le magistrat soit lorsque l'arres- | tation a eu lieu sans cause légale, soit lorsque i les formes prescrites n'ont pas été observées. Tout cela est encore regrettablement vague | et peu de nature k rassurer les citoyens sur 1 le plus précieux de tous leurs droits. L'arti- I cle 120 enchérit encore sur la clémence de l'article 114. Il est relatif aux violations de j la liberté individuelle commises par les gardiens ou geôliers des maisons d arrêt ou de justice, et il ne prononce contre ces agents subalternes qu'une simple peine correctionnelle, la peine de six mois a deux ans d'emprisonnement et une amende de 16 à 200 francs. Le geôlier encourt cette peine dans différents cas énumérés par l'article 120. Il s'en rend passible d'abord en recevant et en écrouant un individu quelconque dans la prison k laquelle il est préposé san3 que l'officier public lui présente un mandat d'arrêt ou de dépôt ou bien un jugement de condamnation justifiant l'arrestation et l'écrou. Le geôlier se rend passible de la même pénalité quand il refuse de communiquer son registre à un officier de police qui lui en demande la présentation, ainsi que lorsqu'il refuse de représenter le dépôt lui-même en personne au magistrat, k moins qu'il ne justifie en ce cas d'un ordre de mise au secret émané de l'autorité compétente.
Pour terminer cette nomenclature, notons l'article 122 du code pénal. Cet article prononce encore la peine de. la dégradation civique contre les procureurs généraux ou leurs substituts et contre les magistrats instructeurs qui auraient fait détenir une personne quelconque dans un lieu autre que les maisons d'arrêt ou de justice vouées à cet usage et déterminées par l'administration publique. C'est bel et bien le crime de séquestration en chartre privée. Pourquoi ce crime, pun ides travaux forcés à temps lorsqu'il sagit de simples particuliers, ne donne-t-il lieu contre le magistrat qui s'en est rendu coupable qu'à la peine infiniment plus douce de la dégradation civique ? M. Carnot a fait remarquer avec raison que les deux articles 122 et 341 du code pénal se font ici concurrence. Il opine pour l'application de la répression la plus forte, par la très-concluante raison qu'il y a dans le fait du magistrat un surcroît manifeste de criminalité. Toutefois, et malgré tout ce qu'il y a d'honnêteté dans l'argumentation indignée de Carnot, le sentiment de M. Dalloz (Liberté individuelle, n° 67) paraît plus juridique. Ce jurisconsulte propose une distinction à laquelle nous croyons qu'il faut Souscrire. Le magistrat, auteur de la séquestration illégale, de la mise en chartre privée, a-t-il agi, quoique abusivement, en sa qualité de magistrat; a-t-il procédé contre un prévenu ou un individu réputé tel sur des indices plus ou moins spécieux 1 En pareil cas, c'est l'article 122 qu'il faudra appliquer; il peut y avoir eu de la passion et de la mauvaise foi dans le fait du fonctionnaire prévaricateur; mais enfin, on est en présence d'un abus d'autorité et non point d'un pur excès de la force physique ; il faut appliquer les dispositions qui concernent l'exercice abusif et intempérant de l'autorité. Au contraire, le magistrat a-t-il agi comme homme privé et dans l'unique intérêt de ses passions ou de ses haines personnelles; par exemple, sans employer d'autres moyens que sa force corporelle, a-t-il saisi et mis en chartre privée dans sa propre maison quelqu'un dont il voulait empêcher la sortie et paralyser les mouvements? Dans cette situation, if u'y a plus de magistrat, plus d apparence de poursuites judiciaires dirigées
SEQU
contre un prévenu, et c'est la disposition du droit commun, c'est l'article 341 du code pénal qui devient incontestablement applicable.
SÉQUESTRES s. m. (sé-kè-stre — lat. sequestrum, sequester, même sens). Jurispr. Etat d'une chose remise en main tierce par ordre de justice ou par convention des parties : Séquestre judiciaire. Séquestre conventionnel. Séquestre par contumace. Les séquestres apposés sur les biens d'innombrables familles furent levés. (De Carné.)
— Se dit de même en parlant des personnes : Les parents demeurèrent d'accord de mettre cette fille en séquestre dans tel monastère, chez telle dame. (Acad.)
— Celui entre les mains de qui les choses sont en séquestre : Choisir un séquestre,
— La chose séquestrée : Détourner un séquestre. Décharger le séquestre.
— Hist. Nom que l'on donnait, à Rome, aux entremetteurs d'élections , qui recevaient l'argent des candidats et le remettaient après l'élection à ceux qui avaient vendu leurs suffrages.
— Pathol. Toute portion de tissu privée de vie et qui reste encore enclavée dans le tissu vivant.
— Chir. Portion d'os cariée, privée de vie.
— Encycl. Jurispr. Le séquestre est conventionnel ou judiciaire.
Le séquestre conventionnel, dit l'article 195S du code civil, est le dépôt fait par une ou plusieurs personnes d'une chose contentieuse entre les mains d'un tiers qui s'oblige de la rendre, après la. contestation terminée, à la personne qui sera jugée devoir l'obtenir. Il est gratuit de sa nature ; toutefois, par suite d'une convention entre les parties, le séquestre peut être salarié; dans ce dernier cas, il soumet à une responsabilité plus rigoureuse, parce qu'alors il tient plutôt du contrat de louage que du dépôt.
Bien que l'article 1956 ait défini le séquestre un dépôt, il diffère du dépôt ordinaire : 1° en ce que le dépôt a trait aux meubles seulement, tandis, que le séquestre peut avoir pour objet non-seulement des meubles, mais même des immeubles; 2° en ce que, dans le dépôt ordinaire, on ne confie au dépositaire que la garde de la chose, on ne lui en transfère pas la possession, qui demeure toujours au déposant au nom duquel le dépositaire est censé la retenir. Dans le contrat de séquestre, au contraire, la possession de la chose séquestrée peut être transférée au gardien lorsque c'est l'intention des parties, dans le cas où elles sont en contestation sur la possession de la chose qui fait l'objet du séquestre; mais cette possession profite à celui qui a gagné le procès, et elle lui est comptée pour la prescription ; 3° en ce que, dans le dépôt ordinaire, le dépositaire doit rendre la chose à celui qui la lui a confiée dès qu'il la lui redemande, tandis que le séquestre ne doit la rendre qu'à la fin de la contestation et à celui qui en sera déclaré propriétaire. Les parties déposantes sont solidairement responsables envers le gardien du remboursement des dépenses que lui a occasionnées la conservation de la chose déposée.
Le séquestre judiciaire est celui qui est fait par ordonnance du juge soit d'office, soit à la réquisition des parties (code civil, art. 1963), La justice peut ordonner le séquestre : îo d'un immeuble ou d'un meuble dont la possession est litigieuse. entre deux ou plusieurs personnes; 2° des meubles saisis sur un débiteur; 3° des choses qu'un débiteur offre pour sa libération ; 40 des biens d'un condamné par contumace ; la gestion de ses biens appartient à l'administration des domaines. L'administration des domaines garde également, à titre de séquestre, les biens non déclarés lors des opérations cadastrales et dont les propriétaires ne sont point connus.
- — Séquestre de guerre. On entend par séquestre de guerre la mainmise d'un gouvernement qui est en guerre contre un autre sur les biens que possèdent dans son territoire le gouvernement ennemi et les sujets de ce gouvernement.
« Lorsque nous sommas en guerre avec une puissance étrangère, dit Pothier, tous les étrangers qui sont soumis à cette puissance sont obligés de sonir.du royaume dans le temps prescrit et fixé. Ils doivent aussi mettre hors de leurs mains tous les biens qu'ils possèdent en France. S'ils ne font pas 1 un et l'autre dans un délai qui leur est indiqué, le roi s'empare de leurs biens. Ils peuvent aussi être arrêtés, et alors on les oblige de payer une rançon pour obtenir leur liberté. » Plusieurs auteurs partagent l'avis de l'éminent jurisconsulte et reconnaissent à chaque puissance le droit de confisquer les biens que possèdent chez elle les sujets de l'Etat avec lequel elle est en guerre.
Les traités de Paris des 30 mai 1814 et 40 novembre 1815, qui terminèrent la guerre entre la France et les puissance étrangères, ayant stipulé la mainlevée des séquestres apposés depuis 1792 et nommé des commissions chargées de faire droit aux réclamations réciproques des sujets de chacune des puissances contractantes, toutes les mesures et dispositions relatives au séquestre de guerre ont cessé d'être en vigueur à partir de cette époque.
SEQU
— Chir. La surface d'un séquestre est ordinairement rugueuse, terne, blanche ou jaunâtre, brune et même noire ; elle présente souvent un aspect terreux , comme si elle avait été enfouie dans le sol. Sa présence ne tarde pas à déterminer dans les parties voisines de l'ostéite et de l'inflammation. C'est alors que commence son expulsion. S'il est à la surface de l'os, il perd peu à peu ses adhérences avec lui, devient libre, est entraîné facilement au dehors avec la suppuration, au bout d'un temps plus ou moins long, et se trouve remplacé par une portion osseuse de formation nouvelle. Lorsqu'il tarde à sortir, on peut lui imprimer avec un fort stylet des mouvements alternatifs de va-et-vient, et, lorsqu'on le trouve suffisamment mobile, on l'attire au dehors avec des pinces à pansement. S'il est invaginé, c'est-à-dire s'il occupe l'épaisseur de l'os, il ne peut être éliminé qu après avoir traversé l'os nouveau et l'ancien. Son expulsion est facile quand il est petit et lorsque les cloaques (on nomme ainsi les fistules osseuses1) sont assez larges et assez favorablement disposés pour lui livrer passage. Mais si les séquestres invaginés sont volumineux, leur élimination spontanée peut présenter les plus grandes difficultés et ne doit pas être abandonnée aux seules forces de la nature. 11 convient, dans ces cas, ou bien de trépaner, ou bien d'entamer l'os nouveau avec la gouge et le maillet, de manière à ouvrir une voie suffisamment large pour l'extraction. Mais cette extraction elle-même ne doit être tentée que lorsqu'on est sûr de la mobilité de la portion d'os nécrosée.
SÉQUESTRÉ, ÉE (sé-kè-stré) part, passé du v. Séquestrer. Mis sous séquestre : Ses biens, ses revenus furent séquestres.
— Séparé, isolé : Sa famille était séquestrée pour un certain temps. (La Font.) L'être séquestré tombe dans les regrets, la langueur, tés vapeurs, la folie ou le désespoir, (Dider.) Il Qui vit dans la solitude :
Il est bon de parler et meilleur de se taire ;
Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sontoutrés,
Et la raison, pour l'ordinaire, N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés. La Fontaine.
SÉQUESTRER v. a. ou tr. (sé-kë-stré — rad, séqiiestre). Jurispr. Mettre en séquestre : Séquestrer les biens d'un homme déporté. Séquestrer les revenus d'un prodigue, d'un fou. Séquestrer des récoltes.
— Renfermer illégalement : La loi punit sévèrement ceux qui séquestrent une personne quelconque.
— Par ext. Ecarter, séparer des personnes d'avec d'autres : C'est un nomme fort déplaisant, il faut le séquestrer d'avec nous. Le meilleur moyen de réduire un enfant mutin, c'est de le séquestrer jusqu'à ce qu'il demande grâce. (Bautain.)
— En parlant des choses, Mettre à part, de côté : // avait séquestré les meilleurs effets pour frauder les héritiers de sa femme. (Acad.)
Pour ne plus s'en servir qu'aux plus rigoureux mois, Dans le fond d'un grenier on séquestra le bois.
BoiLëau.
Se séquestrer v. pr. Se séparer d'avec : Se séquestrer du commerce du monde. Se séquestrer de la société. Je me suis séquestré du monde. (Boss.) Du reste, il se séquestre entièrement de toute société. (Sallent.)
— Absol. : Il faut absolument se séquestrer un peu pour être soi-même. (Virey.)
Il faudra tout quitter, j'irai me séquestrer.
La Chaussée.
SÉQUIÉRIE s. f. (sé-kié-rl). Syn. de SÉ- GUIÉRIK.
SEQUILLO, rivière d'Espagne. Elle prend sa source entre les provinces de Palencia et de Léon, auxquelles elle sert de limite dans son cours supérieur, coule au S., entre dans la province de Valladolid, qu'elle arrose du N.-E. au S.-O., baigne la province de Zareora, où elle se jette dans le Douro, en amont de Zamora, après un cours de 132 kilom.
SEQU IN s. m. (se-kain — de l'italien secchino, nom d'une monnaie d'or; le mot italien vient lui-même de zecca, lieu où l'on frappe la monnaie, lequel reproduit l'arabe sekkah, coin qui sert à frapper la monnaie). Monnaie d'or qui a cours dans le Levant et en Italie, et dont la valeur diffère selon les pays.
— Encycl. Les premiers sequins, dont l'usage nous semble aujourd'hui tout musulman, furent d'abord frappés à Venise, vers la fin du xme siècle. Ils étaient de la grandeur des ducats, et représentaient saint Marc remettant au doge l'étendard de la croix. Au revers se voyait un saint dans un ovale entouré d'étoiles, avec cette légende : Sit tibi, Curiste, datus, quem tu régis, iste ducatus. Les pièces siciliennes, qui portaient la même légende, en avaient reçu leur nom de ducat.
Les premiers sequins valaient 22 lires ; plus tard , l'Autriche en fit frapper a 23 carats 10 grains de fin ; en 1822, elle cessa complètement de frapper cette monnaie, qui rappelait l'ancienne liberté. Jusqu'à cette époque, on avait conservé dans la légende des sequins le nom du dernier doge de Venise, Ludovic Manin.
Les sequins ont eu différentes valeurs, suivant les pays : ceux de Venise valaient
SERA
11 fr. 89; ceux de Toscane et de Gênes,
12 francs; ceux de Sardaigne, il fr. 85; ceux de l'empire ottoman (zermahboud) ont valu 8 fr. 75 et 7 fr. 30; les sequins fonaouklis ont cours à Constantinople pour 9 fr. 80 ; le sequin du Caire vaut 6 fr. 71,. et enfin Celui d'Alger (soitltany) est évalué à 8 fr. 71. Il y a en divers endroits des demi-sequins et des quarts de sequin d'une valeur proportionnelle. Dans les Indes, le sequin valait 4 roupies.
SEQUOIA, s. m. (sé-ko-ia — nom indien). Bot. Arbre gigantesque de la Californie, que l'on a d'abord appelé -welBingtonia.
— Encycl. Bien qu'il ait été découvert par Douglas en 1831, l'arbre géant de la Californie ne paraît pas avoir été introduit en Europe avant 1834, D'après M. Andrew Murray, les premiers pieds qu'on en ait eus dans le Royaume-Uni vinrent de graines qui avaient été envoyées par un fils de M. Mathe-ws Gourdiehill. La multiplication en est facile soit par graines, soit par boutures, et il ne tarda pas à se répandre en Europe.
Les plus grands pieds de séquoia gigantea qu'on ait trouvés en Californie sont extrêmement vieux ; en comptant les couches ligneuses annuelles sur la tranche horizontale de ceux qui ont été abattus, on a vu qu'ils devaient remonter de trois mille à quatre mille ans. Les nouveaux pieds de cette espèce qn'on trouve maintenant varient beaucoup d'aspect général : les uns forment un cône parfait et touffu, symétrique et trèsbeau, tout chargé de son petit et frais feuillage, composé de branches qui garnissent le tronc à partir du niveau du sol; les autres ont, au contraire, leur tronc tout dénudé inférieurement et terminé par une cime peu volumineuse. Le tronc de ce conifère est très- gros dans le bas, relativement à sa hauteur; il diminue tantôt graduellement, tantôt et assez souvent d'une manière assez brusque vers le haut. Malheureusement, si le séquoia gigantea est justement recherché à titre d'espèce ornementale, il n'a que fort peu d'intérêt comme arbre forestier, le bois en étant léger, poreux, mou, cassant etnon résineux.
Cet arbre peut atteindre cent trente mètres de hauteur et dix-huit mètres de diamètre environ.
SER, ville d'Arabie, ch.-l. d'un Etat de son nom, sur le golfe Peruqui, à 440 kilom". N.-O. de Masoate, ancien port de commerce. Le petit Etat de Ser, compris entre 50» et 540 de longit. E., est gouverné par uq cheik, qui reconnaît la souveraineté de l'iman de Mascate.
SERA, ville de l'Asie ancienne, dans la Sérique, capitale des Sères. La ville actuelle de Lhassa, dans le Thibet, parait occuper l'emplacement de l'antique Sera.
SÉRAC s. m. (sé-rak — du lat. sérum, petit-lait). Nom donné, dans les montagnes des Alpes, à une sorte de fromage blanc et compacte.
— Par ext. Nom sous lequel on désigne, en Savoie, de grandes masses de glace qu'on remarque sur le mont Blanc,
SÊRACÉE s. f. (sé-ra-sé — rad, sérac).
Dans les Alpes, Lait caillé dont on a extrait le petit-lait, et qui est réuni en masse. Il On l'appelle aussi séret, brocotte, recuite.
SERADJ - ED - DAULAH (Mirz - Mahmoud- Khan), dernier nabab indépendant du Bengale, né vers 1735, mort à Mourschad-Abad en 1757. Il succéda en avril 1756 à Allah- Verdy-Khan, son grand-oncle et son père adootif, fit la guerre à l'Angleterre et s empara de Calcutta. Les Anglais reprirent cette ville l'année suivante et forcèrent Seradj-ed- Daulah à conclure un traité qu'ils ne tardèrent pas à violer. Attaqué par eux en 1757, Seradj-ed-Daulah ne put obtenir à temps le secours du général français Law, fut trahi par Mir-Djalar et vaincu à Plassey (23 juin). Il s'enfuit-déguisé; mais il fut découvert et envoyé garrotté, le 4 juillet 1757, à Mourschad-Abad, où il fut assassiné.
SERADPOUR, ville de l'Indoustan anglais, dans la présidence du Pendjab, sur le cours du Gange supérieur; 60,000 hab. On y remarque plusieurs temples indous et d'autres beaux édifices construits en brique.
SERAI s. m. V. SÉRAIL.
SEIIAÏËVO ou SERAIO, ville de la Turquie d'Europe. V. BOSNA-SÉRAÏ.
SÉRAIL s. m. (sé-rall; « rail. — Ce-mot, qui est représenté en italien par serraglio et en provençal par serralh, n'est pas oriental, mais roman ; il signifie proprement lieu fermé, puis château, et correspond à un type xeraculuni, dérivé du latin sera , en bas latin serra, verrou, serrure. Comparez en allemand schloss, serrure et château; le latin sera se rapporte probablement lui-même soit à la racine sanscrite sar, aller, mouvoir, soit à la racine si, lier, d'où le sanscrit sêru, qui lie, séVra, lien, grec seira, corde, etc. Sérail, dont les Turcs ont fait serai, signifie en général château, hôtel, et en particulier la résidence du sultan, puis l'appartement réservé aux femmes, dont le nom spécial en turc est harem, c'est-à-dire lieu défendu. Pihan condamne l'orthographe sérail sous prétexte que le turc dit serai; il ne se doutait pas que le mot turc lui-même est un emprunt roman et que, par conséquent, la finale l a sa bonne
SERA
raison d'être). Palais qu'habitent les souverains, les princes, les dignitaires des Etats mahométans : Le sérail du Grand Seigneur. Le sérail d'un pacha, d'un visir. Près de dix mille personnes forment la population ordinaire du sérail.
îtourrï dans le sérail, j'en connais les détours-
Racine.
— Se dit abusivem. pour Harem, partie du palais où sont enfermées les femmes, les concubines : Les eunuques du sérail. Les femmes du sérail. Ce prince avait jusqu'à deux cents concubines dans son sérail.
Au sérail des soudans dès l'enfance enfermée, Chaque jour ma raison s'y voit accoutumée.
* VoltairB.
Mais au fond d'un sérail contemplez la beauté; En vain elle éblouit, vainement elle étale De ses atours captifs la pompe orientale; [traits. Je ne sais quoi de triste, empreint dans tous ses Décèle la contrainte et flétrit les attraits.
Dexills.
— Collectiv. Toutes les femmes qui font partie du sérail : Il s'était fait suivre de tout son SÉRAIL.
— En poésie, s'applique aux animaux :
S'il entend ou le cor ou le cri des cavales,
De son sérail nombreux hennissantes rivales.
Deulle.
Nous verrons dans la cour le coq fier et superbe Pour y chercher le grain éparpiller la gerbe. Appeler aigrement 6on sérail assoupi.
COLAKDBAU.
— Par plaisant. Maison où l'on trouve des femmes de plaisir, et, par ext., Ces femmes mêmes : Cette maison est un véritable sérail. (Acad.)
— Auberge turque, caravansérail.
— Encycl. Sous le nom de sérail, ou serai, on désigne le palais que le sultan habite à Constantinople et dont nous avons donné la description en parlant de cette ville. Noug nous bornerons à rappeler ici qu'on confond ordinairement à tort, dans le langage ordinaire, le sérail et le harem. Le harem n'est qu'une partie du sérail, celle dans laquelle se trouve la demeure des femmes (v. harem). On peut obtenir l'accès du sérail, mais on ne pénètre jamais dans le' harem.
Quant aux auberges auxquelles on a donné ce nom, elles sont, dans l'Inde, bien différentes des caravansérails de la Perse et de la Turquie, où l'on ne trouve généralement qu'un mauvais abri et où il n'y a point d'habitant fixe; le sérail est, au contraire, une véritable auberge, où le voyageur peut se procurer tons les aliments nécessaires pour lui et ses animaux, tels que des lentilles, des pois, du riz, etc. Le sérail est presque toujours un grand carré dans lequel se trouvent des arbres, un puits et une mosquée, le tout environné d'un mur en brique ou en terre, contre lequel sont adossées des huttes souvent ornées d'une vérandah ; dans chacune de ces huttes se trouvent plusieurs lits en corde {charpoï ou tcharpoï). Les'hôtes habituels du sérail sont des marchands épiciers (banians), des femmes musulmanes chargées de l'entretien du sérail (bhatiari), des barbiers (iwt), des porteurs d'eau (bhischti), des danseuses ou femmes galantes (lallbibi), des hommes do police (tar/candeses). Au coucher du soleil, le sérail commence à s'animer et présente l'aspect d'une petite foire : Indous, musulmans, fakirs, derviches, gens de toutes les castes, de toutes les sectes y affluent, les uns avec des éléphants, les autres avec des chameaux ou des mulets ; des négociants (mahadjens), des femmes musulmanes arrivent dans des chariots recouverts d'une toile rouge en forme de pyramide et traînés par de superbes bœufs blancs (nagari ou gouserati); quelque vieux brahine y est apporté dans un doli, espèce de tabouret recouvert d'une toile, attaché par quatre cordes à un bambou dont les extrémités reposent sur les épaules de deux hommes. Les premiers arrivés s'emparent de la hutte qui leur paraît la plus confortable, ce que 1 on exprime par le mot packha; les animaux sont attachés vis-à-vis. La première chose que fait ensuite l'Indou ou le musulman, c'est de fumer le liouka, de se laver la figure, la bouche, les pieds, les mains et de se faire masser le corps (les animaux mêmes participent à cette dernière opération). Vers les neuf heures, on s'occupe de la cérémonie la plus importante pour l'Indou comme pour le musulman, c'est-k-dire de cuire les aliments. On lave la place où doit reposer le fourneau (tchoula) ; les Indous le font avec de la bouse de vache -délayée dans de l'eau, afin de purifier la place. Une plaqua de fer ronde (taoua), un petit pot de cuivre (Iota), un bassin de cuivre (rékabi), voilà les seuls instruments culinaires du voyageur; des galettes (tchapâli) enduites de beurre rance (ghy), des lentilles cuites dans l'eau avec beaucoup d'épices, telle est la nourriture la plus commune de tous les peuples de l'Indoustan et, par conséquent, celle du sérail. Avant le repas, on prononce le bismillah, invocation que les musulmans font à Dieu avant les repas; l'autre invoque Rama sous le nom de liajah Ramtchandeur (célèbre rajah). On n'entend bientôt plus que le chant monotone des fakirs, l'aboiement des chiens, les voix perçantes des chanteuses, qu'accompagnent souvent les hennissements des chevaux, le grognement des chameaux
SERA
le
et les jurements des palefreniers {sais ou suce). Ce n'est que vers onze heures ou minuit que tout est plongé dans le repos. Telle est la vie journalière au sérail.
— AIlus. Ilttér. Nourri dans In s«rail, j'en
connu!* lea détours, Vers de Racine dans Bajazet (acte IV, scène vu). Le vizir Acoînat, sur le point d'accomplir une révolution pendant l'absence du sultan Araurat, s'adresse à son confident :
D'amis et de soldats une troupe hardie Aux portes du palaia attend notre sortie ; La sultane, d'ailleurs, se de a mes discours; Nourri dans le sérail, j'en connais tes détours ; Je sais de Bazajet l'ordinaire demeure; Me tardons plus, marchons et, s'il faut que je meure, Mourons ; moi, cher Osmia, comme un vizir, et toi Comme le favori d'un homme tel que moi.
Dans l'application, ce vers signifie qu'une longue habitude nous a donné la profonde connaissance d'une chose compliquée, composée d'une multitude de détails, comme la chicane, la politique, l'administration, etc.
« Cette rivale, si redoutée avant d'être connue, se présenta dans la iice le 8 frimaire, douz*e jours après la clôture des débuts de Mlle Duchesnois, avec un guide qui pouvait dire sans orgueil :
Nourri dans le sérail, fen connais les détours. C'est dans le rôle de Clytemnestre que Mlle Raucourt montra son élève, M'ie Georges, au public, et cet essai fut des plua heureux. La salle retentit d'applaudissements pendant les premiers actes. ■
{Fastes de la Comédie-Française.)
SERA IN, rivière de France. Elle prend sa source dans le canton de Pouilly (Côte-d'Or), coule au N.-O., pénètre dans le département de l'Yonne, baigne Chablis, Ligny-le-Chàteau et se jette dans l'Yonne, à 12 kiiom. S.-E. de Joigny, après un cours de 135 kilom.
SERA1N (Pierre-Eutrope), médecin français, né à Saintes en 1748, mort à Canon (Calvados) en 1821. On a de lui : Instruction pour les personnes qui gardent les malades (1777, in-g»; ge édit., 1803, in- 12) ; Nouvelles recherches sur la génération des êtres organisés (1783, in-12); Instruction sur la manière de gouverner les abeilles {1802, in-8°) ; /oVe d'une grande entreprise relative aux sciences, aux arts et à l'industrie, etc.; c'est le prospectus d'une encyclopédie qui eût été intituée : Collection instructive ou Recueil de toutes les vérités théoriques et pratiques. Serain a inséré des mémoires dans les journaux de médecine et de physique.
SEUA1NG, ville de Belgique, province, arrond. et à 6 kilom. S.-O. de Liège, sur la rive droite de la Meuse; 4,800 hab. Fabrication d'alun et construction de machines à vapeur. Mines de houille aux environs. Forges, fonderies, affineries, laminoirs, dont l'ensemble constitue un des plus grands établissements métallurgiques de l'Kurope.
SERAMPOUR ou FREDEKIKSMAGORE ,
ville de l'indoustan anglais, dans la présidence et à 22 kilom. N. de Calcutta, près de la rive gauche de l'Hougly; 15,000 hab. Commerce avec l'Europe et la Chine. Beau collège de missionnaires, imprimerie, observatoire; nombreuses écoles élémentaires. Les Danois occupaient cette ville depuis 167G, lorsqu'on 1845 ils la cédèrent à l'Angleterre avec Tranquebar, moyennant 2 millions de francs. Serampour est actuellement le rendez-vous général des missionnaires qui s'occupent de la conversion des Indous.
SÉRAN s. m. (sé-ran — rad. sërancer).
Agric. Instrument, consistant d'ordinaire en une sorte de peigne, qui sert à séraucer le chauvre. et le lin : Les 8érans varient dans toutes lés dimensions. (Bosc.) Il On dit aussi quelquefois sérançoir.
SÉRAN, petite rivière de France (Ain). Elle prend sa source au pied des rochers de Valromey, dans le canton de Brenod, baigne le village tl'Abergoment, croise le chemin de fer de Lyon à (ienève et se jette dans un des bras du Rhône, pies du village de Rochefort, après un cours cie 35 kilom.
SERAN DE LATOUK, littérateur français.
Il vivait au xïiiiî siècle et n'est guère connu que par ses ouvrages, dont la plus grande partie, d'ailleurs, a été publiée sous le voile de l'anonyme. On cite, entre autres : Amusements de laraison (1747, 2 vol. in-12); Parallèle de la conduite des Carthaginois à l'égard des Itomains^avec la conduite ds l'Angleterre à l'égard de ta France (Paris, 1757, in-12) ; Y Art de sentir et de juger en matière de goût (Paris, 1762,2 vol. in-12); histoire du tribunul de home (Amsterdam, 1774, 2 vol. in-8°).
SÉRANÇAGE s. m. (sé-ran-sa-je — rad.
sërancer). Agric. Action de sérancer le chanvre ou le lin.
— Atelier où l'on sérance : Travailler dans le SkRAKÇagb. Entrer dans le sérançage.
SÉRANCER v. a. outr. (sé-ran-sé. — Quelques-uns rattachent ce mot à l'ancien haut allemand scerra, étrille, de scerratt, racler, anglo-saxon scxran, scearan, Scandinave skera, allemand scharren, même sens. Comparez l'anglo-saxon scear, ancien allemand scar, scaro, soc, scdra, scera, ciseaux ; toutes ces formes appartiennent à. la racine germa-
SERA
nique scer, scar, scur, couper, racler, qui représente elle - même la racine sanscrite kshur, khur, fendre, racler, que l'on trouve dans le Dhâtupatha, à côté de chur, couper, resté en usage, et d'où aussi le sanscrit kshui, churi, couteau, poignard, khurâ, même sens, kshurâ, rasoir ; arménien sur, couteau, épée; kourde shi.r, schyûr, même sens ; grec xuros, xuron, rasoir, xuraô, xureo, tordre, raser. D'autres prétendent que le verbe sërancer reproduit le bas allemand schranisen, déchirer, dilacérer, qui d'ailleurs appartient probablement à la même famille que les formes indi- ?uées plus haut. Prend la cédille toutes les ois que la terminaison commence par un o ou un a: Nous sérançons; il sêrnnça, etc.). Agric, Diviser la filasse du lin ou du* chanvre après qu'elle a été séparée de la chènevotte.
SÉRANCEUR s. m. (sé-ran-seur — rad.
sërancer). Agric. Ouvrier qui sérance.
SÉRANÇOIR s. m. V. SÉRAN.
SÉRANCOL1N s. m. Autre forme du mot
SARANCOLIN.
SÉRANE s. m. (sô-ra-ne). Bot. V. Sarane.
SÉRANGODE s. m. (sé-ran-go-de — du gr.
sairô, nettoyer; aggos, vase). Kntom. Genre d'insectes coléoptères hétéromères, de la famille des sténélytres, tribu des hélopiens, comprenant une quinzaine d'espèces qui presque toutes habitent l'Amérique équinoxiaie.
SERANO, bourg du royaume d'Italie, province et district de Grosseto, mandement de Pitigliano; 4,934 hab.
SÉRANOME s. m. (sé-ra-no-me). Entom.
Genre d'insectes hyménoptères, de la famille des chalcidiens.
SERAO (Francesco), médecin italien, né à San-Cipriano en 1702, mort à Naples en 1783. Après avoir fait ses études chez les jésuites, il apprit la médecine, prit le grade de docteur et ouvrit des cours qui furent fort suivis. Admis comme professeur à l'université de Naples en 1732, il y enseigna l'anatouiie, la pathologie, la clinique, puis la médecine, et enlin il devint, en 1778, médecin du roi Ferdinand IV. Ses principaux écrits sont: Leztoni" accademiche sulla tarantola (Naples, 1742, in-4")j Osservazionî sopra te malattie delV armate (Bassano, 1781, in-4«), traduit de Pringle. Ce médecin distingué, à l'esprit très-ouvert, aux idées nouvelles, fut un des premiers à faire connaître les doctrines de Boerhaave. Outre les ouvrages précités et diverses dissertations, il a publié ScoriadeW incendio del Vesuvio nel 1737 (Naples, 1738, in-8°) que Duperron de Castera a traduit en français.
SEKAOUADDV, rivière de l'Inde anglaise transgangétique, dans le Pégu, formée par les eaux dérivées du Ziuang et de 11raouaddy. Elle couteau S. et se joint, dans le delta de l'Iiaouaddy, à un des bras de ce fleuve, après un cours de 122 kilom.
SÉRAPÉON s. m. (sé-ra-pé-on). Autre forme du mot SÉRAPÉUM.
SÉRAPÉUM s. m. (sé-ra-pé-omm — mot latin dérivé du nom de Sérapis), Antiq. Nom donné par les Romains aux temples de Sérapis.
— Encycl. Les Grecs et les Romains donnaient indifféremment le nom de sérapéum aux deux genres d'édifices consacrés par les Egyptiens au culte d'Apis, et dont les uns étaient les temples du dieu et les autres le sépulcre des Apis morts. Les taureaux sacrés avaient, à Memphis et a Alexandrie, des temples où ils étaient adorés vivants sous le nom (J'Apis; morts, ils étaient ensevelis dairs de magnifiques sarcophages, au milieu de pompeuses cérémonies, déposés dans le temple funéraire qui leur était spécialement consacré et, assimilés à Osiris, continuaient à être adorés sous le nom d'Osiris-Apis ou Hosar- Api, dontles Grecs et les Romains ont fait une divinité nouvelle, Sérapis, à laquelle il leur arriva même de dédier des temples. Les égyptologues modernes ne donnent le nom de sérapéum qu'aux temples funéraires des Apis.
Les plus célèbres de ces monuments étaient ceux d'Alexandrie et de Memphis. Rulin décrit ainsi le premier : • C'est un lieu élevé par la main des hommes. Il est, pour ainsi dire, suspendu en l'air. Ce vaste bâtiment est carré, soutenu par des voûtes depuis le rezde-chaussée jusqu'à ce qu'on soit arrivé au plain-pied du temple, auquel on monte par plus de 100 degrés. Ces voûtes sont partagées en plusieurs appartements séparés les uns des autres, qui servent à différents ministères sacrés. Sur ces voûtes, en dehors, il y a de grandes salles pour conférer, des réfectoires et le logement des gardiens du temple. En dedans régnent des portiques qui composent une espèce de cloître autour de ce bâtiment carré. C'est au milieu de ce cloître que s'élève le temple de Sérapis, orné de colonnes et dont les murs sont de marbre. » Ce temple dont parle Rufin avait été construit par Ptolémée, fils de Lagus, au-dessus des souterrains où étaient enfermées depuis des siècles les dépouilles des Apis. C'est l'édifice connu sous le nom de sérapéum de Ptolémée; il contenait une bibliothequa célèbre, presque aussi riche que la grande bibliothèque d'Alexandrie. Tout a été détruit par les chrétiens. Théophile, patriarche d'Alexandrie, ayant obtenu de l'empereur Théodose l'édit qui permettait de démolir tous lea tem-
SERA
files, les Egyptiens indignés se jetèrent dans e sérapéum pour le défendre. Les chrétiens l'emportèrent et détruisirent le monument de fond en comble ; sur ses fondements, ils élevèrent une église en l'honneur de l'empereur Arcadius.
Le sérapéum de Memphis a été découvert, à peu près intact, par M. Mariette en 1851. Il était situé, non à Memphis même, où il n'y avait que le temple de l'Apis vivant, mais dans la nécropole de la ville dont les ruines gisent près du petit bourç égyptien d'Abousir. On l'appelle donc indifféremment le sérapéum de Memphis ou le sérapéum d'Abousir. C'est un immense monument, taillé dans le roc vif, auquel on arrive par une avenue bordée de 600 sphinx. Cette avenue se termine par un hémicycle où l'on a retrouvé les statues grecques de Pindare, Lycurgue, Solon, Epicure, Euripide, Pythagore, Platon, Eschyle, Homère, Aristote, statues qui portent à leurs socles les noms de ces personnages lisiblement écrits en grec. Le sépulcre parait n'avoir été, sous Ainénophis III, qu'une espèce d'édicule orné de quelques bas-reliefs; un chemin en pente taillé dans le roc conduisait dans une chambre carrée à plafond plat, qui se trouvait située sous cet édicule. C'est là que l'on apportait en grande pompe le cadavre du taureau sacré; il était enfermé dans un cercueil en bois taillé sur le modèle idéal du cercueil qui avait contenu Osiris; les grands personnages qui accompagnaient le cortège jetaient dans la tombe du dieu leurs statuettes avec leurs titres et leurs noms, après quoi la tombe était scellée. Sous le règne de Ramsès II, ce mode de sépulture fut changé, et c'est à partir de ce règne que l'on commença à creuser dans le roc une grande galerie de 100 mètres. Le long de cette galerie, 14 chambres furent creusées pour y placer 14 Apis. Rien, d'ailleurs, n'était changé au cérémonial funèbre. L'Apis mort, dans un cercueil dont le couvercle affectait, la forme du croissant, était enfermé dans une de ces chambres avec les statuettes offertes par les grands personnages. Ensuite, on bâtissait un mur par devant ia chambre, dans l'alignement des parois de la galerie. Comme à Alexandrie, les Ptolémées firent construire au-dessus des cryptes souterraines un immense temple semi-grec, semi-égyptien, qui prit aussi le nom de sérapéum et dont M. Mariette a retrouvé en même temps les ruines. C'est ce qui explique le mélange bizarre d'antiquités grecques et égyptiennes relevées par lui. Plus tard, l'invasion des Arabes vint dévaster ces lieux où l'antique Egypte avait renfermé les mystères de sa destinée. Les monuments portentencore d'autres signes de ravages qu'on ne peut attribuer aux Arabes, qui certainement ne comprenaient point les hiéroglyphes ; on voit par endroits le nom d'Apis et de Sérapis martelé. Quand M. Mariette entra dans le sérapéum le 12 novembre 1851, il y vit un tel désordre et de tels ravages qu'il désespéra tout d'abord d'y rien trouver; heureusement, il ne perdit point courage. Les fouilles amenèrent la découverte de plus de 7,000 objets curieux, dont 3,000, selon M. Mariette, ont trait au cuite et à la religion d'Apis. La plupart sont aujourd'hui déposés au musée du Louvre, dont ils ont considérablement accru les collections égyptiennes. Les plus anciens monuments trouvés dans le sérapéum d'Abousir datent du règne d'Aménophis III, de la diohuitième dynastie, et les plus récents conduisent jusqu'à Cléopâtre et a son fils Césarion.On peut voir au musée égyptien des lions et des sphinx d'une belle exécution ; d'énormes vases dits canopes, où l'on renfermait les entrailles du taureau mises sous la protection des quatre génies funéraires, fils d'Osiris; une grande quantité de stèles dont les inscriptions fournissent d'importants renseignements historiques; unecurieuse porte d'un des souterrains, construite au temps des Ptolémées ; de beaux bassins à libations en granit noir ; des vases en faïence, des bijoux, des figurines de divinités, des momies d'animaux sacrés, etc. Le culte hybride de Sérapis prit une telle faveur dans le monde gréco-romain que l'on compta dos sérapéums à Rome, à Athènes, dans presque toutes les provinces de l'empire. L'Egypte seule en possédait quarante-trois.
Consulter: Mariette, le Sérapéum de Memphis (1857-1864, gr. in-fol.f avec planches photographiées et chromolithographiées) ; de Rougé, Notice sommaire des monuments égyptiens exposés dans les galeries du Louvre (1873, in-18).
SÉRAPHAH s. m, (sé-ra-fa). Mamra. Nom persan de la girafe.
SÉRAPHE s. m. (sé-ra-fe). Moll. Genre de mollusques, formé aux dépens des tarières et non adopté.
SÉRAPHIN s. m. (sé-ra-fain — de l'hébreu seraphim, qui, selon plusieurs étymologistes, désigne proprement des anges ardents, lumineux, du verbe Saraph, brûler, enflammer. D'autres prétendent que les séraphins étaient proprement des serpents ailés et comparent l'hébreu sdraph, serpent venimeux, arabe sirfat, surfat, chenille, que l'on a rapproché quelquefois du sanscrit sarpu, serpent). Esprit céleste de la première hiérarchie des anges, chez les juifs et les chrétiens :
• . C'est a ces brûlants séraphins
Que Dieu de l'univers a commis les destins.
Voltaire.
SERA
— Htst. Ordre des Séraphins, Ordre de chevalerie établi en Suède en 1334, par le roi Magnus IV.
— Métrol. Forme francisée du scharifi.
— Encycl. Dans la vision prophétique d'Ieaïe, les séraphins sont décrits comme des êtres célestes qui entourent le trône de Jôhovah et chantent en chœur ses louanges et sa gloire. Ils ont la forme de l'homme; seulement, outre les pieds et les mains, ils ont trois paires d'ailes, dont deux leur couvrent la face, deux les pieds, et dont les deux dernières leur servent à voler. Hitzig a mis en avant l'identité des séraphins avec la divinité égyptienne Sérapis, parce que le démon Kneph est représenté dans les hiéroglyphes par un serpent surmonté de la tête de Sérapis. Vatke, au contraire, rejette cette hypothèse comme improbable et cherche a expliquer le mot seraph par la racine sanscrite serpa, serpent (qu'on retrouve dans le latin serpere), et rapproche les séraphins des serpents d airain, Hendewerk confond ensemble les chérubins (v. ce mot) ou chroubim avec les séraphins.
— Hist. Ordre des Séraphins, le pins fameux de tous les ordres suédois. Magnus IV l'institua en 1334, pour conserver le souvenir du siège d'Upsal.Son but était de défendre la religion catholique. Aujourd'hui, il ne reste absolument rien de ces anciennes dispositions; sa constitution primitive a disparu et l'ordre, qui un moment sous Charles IX s'é tait éteint, fut totalement renouvelé par le roi Frédéric 1er, i„ 17 avril 1748. Les statuts, depuis cette époque, n'ont pas subi de modification. Les chevaliers ne forment qu'uno seule classe. Leur nombre est fixé à vingttrois pris parmi les sujets suédois et h huit parmi les étrangers. Le roi régnunt est grand maître de l'ordre. Il ne peut l'abolir. Les princes de la maison royale suédoise sont de naissance membres de I ordre. La réception des chevaliers se fait à Stockholm, dans l'église de Ritterhohn, avec un grund cérémonial. Le récipiendaire jure de défendre, au péril de sa vie, les statuts de l'ordre, de mourir pour Dieu, la foi évaiigélique et la pros-
fiéritô du royaume, de secourir les pauvres, es veuves et les orphelins. Un Suédois no saurait être admis dans l'ordre des Sérnphins s'il n'est déjà, chevalier de l'ordre de 1 Epée ou de celui de l'Etoile polaire ; en recevant l'ordre des Séraphins, il devient commandeur de celui dont il est déjà revêtu. Le nouveau chevalier paye à sa réception une série de droits destinés à l'administration de l'ordre. Dans les grands jours de cérémonie, les chevaliers portent un costume particulier et dînent à la même table que le roi, en gardant leurs chapeaux sur la tète. Dans l'église de Ritterhohn, les armes, la devise, les noms et le jour de la réception des chevaliers sont gravés sur des tables de cuivre. La croix, à quatre branches et huit rayons pommelés d'or, est émoiilée de blanc et bordée d'or; sur chaque branche se trouve une croix de Jérusalem; dans les angles, des têtes d'ange ailées. Le médaillon du milieu porte ces lettres sur un fond bleu : DIS {Jésus hominum Salvator), le cri de guerre de l'ordre, et sur le revers: FRS {Fredericus rex Suecite) , les initiales du rénovateur de l'ordre. La croix se porte suspendue à un large ruban bleu passé en écharpe de droite à gauche.
Séraphin (THÉÂTRE DB). V. CHINOISES (om-
bres).
Seraphinn (la), opéra-comique, livret de Frédéric Souliè, musique de M. de Flotow; représenté au château de Royaumont, chez M. le marquis de Bellisen, le 30 octobre 1836. Il s'agit dans la pièce d'une jeune bohémienne qui, élevée par un seigneur espagnol, est devenue une célèbre cantatrice. Son protecteur veut l'épouser et en faire une duchesse. La passion de l'art l'emporte dans son cœur et elle refuse ses offres pour rester cantatrice et l'idole de Madrid. La partition de M. de Flotow renfermait d'agréables motifs. Il était alors au début de la carrière qu'il a parcourue depuis avec quelque succès. La Seraphina a été chantée par Mmos de Forges et Lecocq, par le vicomte Degueruu, MM. Pa* nel et Lecocq.
Seraphiua (la), opéra-comique en un acte, paroles de Saint-Georges et Dupin, musique de M. Clemenceau de Saint-Julien ; représenté à l'Opéra-C'omique le 16 août 1851. II y a de l'invention dans ce livret. La cantatrice Seraphiua a quitté le théâtre pour épouser un marquis de contrebande, l'usurier José Corvo. Tous deux tombent dans une embuscade dressée par des brigands. Mais ceux-ci, effrayés par l'arrivée des gendarmes, laissent leurs prisonniers entre las mains de quelques artistes peintres qu'ils ont emmenés dans leur repaire. Ces jeunes gens se font passer pour les brigands eux-mêmes; l'un, nommé Leoni, fait la cour à Seraphina, tandis que l'autre, le comte Julio, se fait rembourser par José Corvo 1,000 francs qui lui ont été volés. Seraphina, en habile comédienne, dé» couvre la ruse et s'amuse aux dépens de Leoni, en lui déclarant que la poésie et le pittoresque de sa profession de brigand ont pu seuls subjuguer son cœur, et que ce qu'elle aime en lui, c'est le voleur. Les soldats du pape arrivent et vont faire feu, lorsque Seraphina, par un mouvement généreux, s'élance au-devant des balles et sauve la vie à
SERA
Leoni. Le reste se devine. La musique de ce petit ouvrage n'est pas très-originale. Néanmoins, on l'a entendue avec plaisir. On a remarqué une romance de ténor, un joli boléro et lu romance de Séraphin», agréablement orchestrée. M. de Saint-Julien est un élève d'Adolphe Adam. Cet opéra a été interprété par Audran, Sainte-Foy, M^es Le* maire, Decroix et Ponchard.
Séraphins, comédie en cinq actes et en prose, de M. V. Sardou (théâtre du Gymnase, 29 décembre 1S68). Cette pièce, qui s'appelait d'abord la Dénote, titre que la censure refusa de tolérer, faillit tomber sous les cabales des cléricaux. C'est celle où l'auteur a manifesté le plus d'audace et de puissance de conception. L'héroïne est une de ces dévotes militantes, intolérantes, dont la spécialité est de croire, conformément aux doctrines apostoliques et romaines, qu'on peut faire pénitence en se frappant de coups de discipline sur le dos des autres et se mortifier par des sacrifices imposés à autrui. Philippe II et Louis XIV croyaient bien racheter leurs adultères, l'un par des auto-da-fé de juifs, l'autre par des dragonnades de protestants.
Séraphins est mariée; après avoir joui d'une éclatante beauté, d'une jeunesse entourée d'hommages et d'adulations et s'être montrée aussi coquette, aussi séduisante et aussi infidèle que possible ason mari, elle devient, dans l'âge mûr, une femme d'une rigidité de mœurs et d'un zèle pieux qui touchent au fanatisme. Au temps de ses erreurs, elle a eu une fille, nommée Yvonne, d'un officier supérieur de marine du nom de Montignac, et cette femme, qui s'est donnée tout entière aux pratiques de la dévotion parce que le remords du passé la tourmente, a fait vœu de racheter sa faute en faisant d'Yvonne une religieuse. Le vrai père de la jeune tille ne veut pas que ce sacrifice égoïste s'accomplisse ; de là une lutte terrible entre ce père qui veut sauver sa fille et n'a sur elle aucune autorité avouable, et cette femme dont le véritable époux vit encore et qui entend que son enfant soit sacrifiée en expiation de ses fautes passées. Qui triomphera, de l'amour paternel ou du bigotisme 7 Toute la pièce roule sur cette alternative ; c'est sur ce sujet délicat que M. Sardou a écrit une comédie pleine de traits piquants.
Au début de la pièce, Yvonne a grandi; la baronne est parvenue à interrompre toute correspondance entre le parrain et sa filleule ; d'ailleurs, on est sans nouvelles de lui, le bruit même de sa mort a couru, et Mmo de Rosange espère qu'il se confirmera, d'autant, plus que, depuis quelque temps, le ciel semble avoir pris à tache d'exaucer tous ses désirs. Elle a une autre fille, Agathe, mariée à un certain de Planterose, l'homme d'esprit de la pièce. Dans sa soif de pénitences et de macérations, Séraphine a été jusqu'à imposer sa manière de vivre à sa tille, qui loge avec son mari dans la maison paternelle, et jusqu'à lui persuader qu'il faut qu'une femme n'ait rien de commun avec son mari : l'Eglise ne recommande- 1- elle pas de dompter la chair? Agathe Se résigne d'abord; maisPlanterose, après avoir patienté quelque temps, trouve la chose un peu forte et se décide à faire un coup d'Etat; il loue un appartement et s'y installe en. garçon : sa femme le suivra si elle veut, sinon il s en passera. Agathe vient le rejoindre, et voici comment Fianterose raconte spirituellement cet épisode : « A cinq heures, je m'arrachais aux tendres épanehements de ma belle-mère \ A six heures, j'étais installé dans mon nouveau domicile! A huit heures, j'allais prendre mon chapeau pour dîner au Café de Paris. On sonne 1 J'ouvre; c'est une femme voilée, palpitante, émue, qui tombe dans mes bras, et, vérification faite, c'est Agathe 1 Je l'ai tenue là, mou ami, pendant cinq minutes , savourant le charme de ce groupe inconnu dans mon ménage. Mets-toi bien à ma place ; ma femme à moi, chez moi 1 et sans ma belle-mère 1 Non 1 ce sont là des choses que la langue est impuissante à exprimer. J'ai retrouvé mes vingt ' ans, j'ai fait le galopin. Je lui ai tiré les brides de son chapeau et j'ai jeté le chapeau bous. le canapé, je lui ai délacé ses bottines et je lui ai chaussé des pantoufles trop larges I J'ai couru acheter du pain, du vin, des oranges, des biscuits, le dîner le plus insensé I Mais j'étais gris l je chancelais 1 Nous avons mis le couvert nous-mêmes, comme un étudiant qui reçoit sa grisette. Elle était émue, elle pleurait, elle lâchait son assiette pour m'embrasser I et je lui essuyais les yeux avec ma serviette 1 Des choses délicieuses I •
Si une de ses filles échappe à Séraphine, l'autre lui reste, et elle compte bien faire son salut à ses dépens. En attendant, elle aspire à régner dans les sacristies, comme elle a régné dans les boudoirs; son hôtel est transformé en lieu d'édification, eu quartier général des sociétés de bienfaisance, et elle va être élue présidente du comité pour le rachat des petits Patagons. Enfin, elle a le directeur le plus accrédité de tout le noble faubourg, un saint homme, M. Chapelard, la coqueluche des dévotes du grand monde, qui cache, lui aussi, un enfant naturel et n'en mortifie sa chair qu'avec plus de ferveur. ■ Je ne veux pas, dit-il, avoir àm'occuperde mon corps; cest humiliiintl Alors il n'y a qu'à le terrasser par la satiété. Ah I tu as froid, misérable guenille, eh bien chauffe-toi 1 Ahl
SERA
tu as faim, eh bien gorge-toi I Quand tu seras bien repu, au moins tu me laisseras tranquille l » Avec de semblables idées, Chapelard est d'un rigorisme impitoyable pour les autres, et Séraphine exécute ponctuellement ses ordres. Elle réduit son mari, une bonne pâte d'homme, à découper des images de livres de messe! Au milieu de ces douces occupations, un second coup de foudre éclate. Le contre-amiral Montignac se présente inopinément et, flairant les intentions de la baronne, lui annonce que, si elle ne fait pas venir immédiatement sa filleule, il va s'adresser au colonel pour la voir. Après quelques minutes d'un entretien où le comte éprouve toutes les peines du monde à ne pas se trahir, il sort en promettant à Séraphine de revenir le lendemain. La baronne veut maintenant qu'Yvonne rentre le soir même au couvent, dont elle ne sortira plus. Elle se rend près de sa fille pour la préparer, et, comme Yvonne lui contesse qu'elle ne se sent nulle inclination pour la Vie religieuse, elle tente de tout, prières, larmes, menaces pour la décider et lui persuader qu'elle a la vocation. Bon gré, mal gré, Yvonne entrera au couvent; sans cela, où serait l'expiation pour sa mère? Provisoirement on l'enferme dans sa chambre. Pendant la nuit, un jeune homme qui soupire pour elle, Robert, parvient, en corrompant un domestique, à s'introduire dans son appartement. La jeune fille offensée le repousse; il s'incline, demande pardon et lui apprend qu'il est le neveu de son parrain. Mais le bruit a attiré les parents qui veulent bien le laisser partir, à condition qu'Yvonne consentira à partir immédiatement. Cette scène, qui prépare en quelque sorte le dénouaient, est fort risquée; car Robert ne connaît pas du tout Yvonne et il l'a jugée une conquête facile simplement eu la voyant jeter, en cachette, une lettre à la poste. Chapelard reçoit la mission d'emmener Yvonne ; il sort avec elle et rentre presque aussitôt tout effaré. 11 a fait monter la jeune fille dans une voiture qui attendait à. la porte du jardin de l'hôtel ; mais, comme il s'apprêtait à monter auprès d'elle, ta portière a été fermée brusquement et la voiture s'est éloignée au galop. On attribue tout naturellement l'enlèvement à Robert, et c'est Montignac qui Va commis. Ayant reçu l'ordre d'appareiller le lendemain pour Cherbourg, il n'a pas voulu laisser Yvonne à la merci de sa mère. 11 y a une scène très-jolie et très-touchante entre le comte et la jeune fille, qui est fâchée du chagrin que son départ va causer à sa mère et qui, d un uutre coté, ne voudrait pas retourner auprès d'elle par crainte du couvent. Toutefois, elle avoue à Montignac que, si sa mère les rejoignait, c'est à elle qu'elle obéirait, car il n'est que son parrain. Il a beau s'évertuer à lui prouver qu'il l'aime mieux que sa mère, il ne peut lui dire qu'elle est sa fille, et l'on sent dans sa douleur le châtiment de la paternité irrégulière. Montignac envoie sa fille se reposer quelques instants dans la pièce voisine, tandis qu'il achève ses préparatifs de départ. Alors se place, au quatrième acte, la scène la plus forte que M. Sardou ait encore donnée au théâtre. La dévote vient 'chercher sa tille dans cette maison d'Auteuii où elle venait autrefois, épouse coupable, trahir son mari. Cette scène capitale est traitée de main de maître. Séraphine accourt, émue et frémissante; Montignac s'attendait à la voir arriver, mais il ne la craint pas, car il a vingt lettres d'elle du style le plus passionné et il lui déclare que, si elle appelle à son aide pour lui reprendre sa fille, il montrera ses lettres pour prouver qu'Yvonne lui appartient aussi. • Vous auriez la lâcheté d'abuser de mes lettres! s'écrie la dévote, — J'userai et j'abuserai de tous les moyens, répond Montignac, pour empêcher le malheur de ma fille. • Séraphine se radoucit et, en désespoir de cause, elle va jusqu'à s'offrir en rançon de ses lettres : « C'est trop cher, « répond Montignac. On frappe à la porte et un domestique annonce le colonel, le mari, accompagné de la police. Montignac exige que la baronne l'aide à tromper cette perquisition. Elle explique sa présence chez le parrain de sa tille en disant qu'elle a conçu les mêmes soupçons que son mari. Il serait plus difficile d'expliquer comment le colonel a soupçonné la maison d'Auteuii; aussi M. Sardou ne l'essaye-t-il pas; l'expliquera qui pourrai Toutes les chambres de la maison ont été visitées ; il ne reste plus que celle où dort Yvonne. La baronne y entre et en ressort vivement au moment où l'on va l'y suivre. Elle déclare n'avoir rien vu et va se retirer ; au moment de sortir, la baronne supplie à voix basse Montignac de lui laisser sa fille. Il refuse. Alors exaspérée, elle aime mieux tout risquer. Elle crie à son mari qu'elle l'a trompé pour ne pas mettre la police dans la conlidence qu'Yvonne est là, et elle appelle sa fille. Yvonne accourt et le colonel furieux s'élance vers Montignac. Celuici lui répond qu'il sera à ses ordres le lendemain. Toute cette fin d'acte est extrêmement dramatique et saisissante. Dans les premières scènes, M. Sardou a ménagé un certain escamotage qui lui sert k amener un dénoûment heureux. Montignac, en faisant ses préparatifs de départ, a lié ensemble les lettres de Séraphine et celles d Yvonne, et a déposé ce paquet de lettres dans son bureau. Yvonne le trouve, reconnaît ses lettres, craint que son parrain ne les oublie et les
SERA
met dans sa valise, puis les emporte tout naturellement quand sa mère la ramène a l'hâ tel. Montignac s en aperçoit après son départ et tremble à l'idée que la jeune fille va lire la correspondance amoureuse de sa mère. Il accourt chez la baronne, l'avertit, et la dévote est encore plus effrayée que lui. Yvonne est à l'église; la baronne se nàte d'aller visiter sa valise et rentre sans avoir rien trouvé. Cependant le colonel, averti de la présence de l'amiral, vient s'informer du motif de cette visite au moins singulière dans un pareil moment. Robert vient à point nommé tirer son oncle d'embarras en s'accusant de l'enlèvement de celle qu'il aime. L'amiral confirme ce récit, et Yvonne, qui survient, devine tout et, après un moment d'hésitation, tend la main à Robert; il n'y a plus qu'à consentir à un mariage réparateur. I.a baronne ne peut s'y refuser. Elle a fait tout ce qu'elle a pu pour expier sa faute, ce n'est pas elle qui a empêché le sacrifice; le ciel doit lui en tenir compte. Mais ses lettres? Yvonne, dans la crainte que sa mère ne trouve sa correspondance avec son parrain, s'est empressée, en rentrant à l'hôtel, de jeter tout le paquet au feu. La baronne et Montignac respirent. La jeune fille conservera son respect pour sa mère; son parrain s'embarquera a]>rès son mariage. La réputation de la dévote sera sauve, et etie apprend qu'elle vient d'être nommée présidente de la Société des petits Patagons.
« C'est la première fois que nous trouvons dans un des ouvrages de M. Sardou , dit M. de Biéville, une action si bien suivie, si naturellement développée, si facilement dénouée et qui mette en jeu d'une manière à la fois si logique et si dramatique les principaux caractères. C'est pourquoi la Dévote, ou si l'on veut Séraphine, malgré les défauta qu'on peut lui reprocher au milieu de ses brillantes qualités, nous paraît l'œuvre la plus forte et la mieux tissue que M. Sardou ait encore produite. ■
Séraphine (la rkvakcuk de), pièce en deux actes et en prose, de M. Pontmartin, non représentée (1869, tn-lS). Cette pièce, aussi insipide qu'injouable, a la prétention de réfuter la comédie de M. V. Sardou. L'auteur n'admet pas qu'il existe des dévotes du genre de celle qu'on a mise en scène dans Séraphine et prétend que le sujet a été mal traité. > Il n'y a selon moi, dit-il, que deux manières de traiter ce sujet si actuel de la dévote : ou le léger croquis à la plume qui nous montre une femme à la fois catholique et mondaine, allant le matin à l'église, le soir au bai Ou au spectacle, se passionnant pour le prédicateur à la mode et inventant des bonnes œuvres pour le plaisir d'organiser une fête où elle inaugure une nouvelle toilette; mais on ne fera rien de mieux en ce genre que la Vie parisienne; la veine me semble épuisée, et ce n'est d'ailleur3 que la surface du sujet; ou bien, et c'est ici que le drame pourrait prendre de plus larges proportions, la dévote vraie, sincère, sévère, émouvante et irritante tout ensemble ; avec son bien et son mal, les embarras qu'elle entraîne dans la vie d'un homme d'imagination , mais aussi la sécurité qu'elle apporte au foyer d'un homme d'honneur. De là des conflits, des contrastes, des alternatives de comique et de pathétique, dont un maître tel que Sardou pourrait, je crois, tirer un grand parti. »
A défaut de M.* Sardou ou de tout autre maître, M. de Pontmartin aassayé de le tirer lui-même ce grand parti, et voici le chefd'œuvre qu'il a imaginé. •
Deux amis, Aroaury, littérateur, et Marcel, peintre, se sont mariés, le premier avec une dévote qui pousse les scrupules religieux jusqu'à dissimuler son affection pour son époux; le second avec une charmante femme, religieuse sans doute, mais pas bigote du tout. Au bout de quatre années d'union, tout sourit à Marcel; il est riche, renommé et décoré; rien ne réussit, au contraire, à Ainaury, dont le public ne se soucie aucunement et que les directeurs de théâtre tiennent en interdit. Lucile, la femme de Marcel, se laisse faire un doigt de cour par un vieux céladon qui joue au Mécène, le baron des Brières, dont l'influence n'a pas été sans pousser à la roue de la fortune de l'artiste. Séraphine, la femme d'Àinaury, dépense tant d'amabilité chez les autres à quêter pour les pauvres, qu'elle épuise tout au dehors et n'en trouve .plus pour sa maison, dont son rigorisme a chassé les amis, la joie et le bonheur.
Deux catastrophes vont éclairer l'esprit des deux jeunes femmes et les éloigner à jamais des excès inverses dans lesquels elles sont tombées. Exaspéré de la froideur de sa femme « qui, par ses pratiques étroites, tue son im.agiua.ttou et son génie, » Awaury finit par envoyer Séraphine au couvent, et Marcel, qui a découvert l'innocent commerce de Lucile avec son protecteur intéressé, lâchasse. Les deux amis se prodiguent de mutuelles consolations, lorsque Séraphine entre précipitamment. Elle a vu Lucile, elle saittcjut,elle se porte garante de son innocence, elle la rapatrie avec Marcel, et les deux ménages vont aller célébrer leur bonheur renaissant à la campagne. Un sermon sur la tolérance a converti Séraphine I Ce n'est pas la peine de crier sur les toits qu'on va refaire beaucoup mieux une pièce bien faite, pour accoucher de pareilles pauvretés.
SERA
SERAPH1N1S (Dominique de), écrivain italien de la tin du xve siècle. Il est l'auteur d'un des plus anciens ouvrages sur les synonymes intitulé : Floridum compendium synoitymorum (Turin, 1477), réimprimé dans la même ville en 1500 sous ce titre : 1 Sinonimi.
SÉRAPHIQUE adj. (sé-ra-fi-ke — rad. seraphiit). Qui appartient aux séraphins : Ardeur SÉRAPIIIQUK. Zèle SÉRAPHIQUK. En Ci
marnent, je. vis te ciel ouvert; je compris l'extase des anges sékaphiqobs admis à ta droite du Seiyneur. (E. Gonzalès.)
• — Hist. qçclés. Ordre séraphique, Institut séraphique, Famille séraphique, Ordre des religieux franciscains. I! Docteur séraphique , Surnom donné à saint Bonavertture. Il Vision séraphique, Extase dans laquelle on raconte que saint François d'Assise vit un séraphin crucifié.
Séraphita, roman, par H. de Balzac. V. Etudes PHILOSOPHIQUES.
SJÉRAPHYTE s. f. (sé-ra-fl-te — du gr.
seira, corde; phuton, plante). Bot. Genre de plantes épiphytes, de la famille des orchidées, tribu des vandées,dont l'espèce type croît au Mexique.
SÉRAFIA3 s. m. (sé-ra-pi-ass). Bot. Nom scientifique des helléborines, genre d'orchidées.
— Encycl. Les sérapias sont des plantes vivaces, à partie souterraine constituée par deux tubercules ovoïdes tellement rapprochés qu'ils semblent n'en faire qu'un; les feuilles sont étroites et engaînent une hampe qui se termine par de grandes fleurs généralement d'un pourpre terne, disposées en épi lâche et accompagnées de grandes bractées colorées. Ce genre renferme un petit nombre d'espèces, qui croissent dans la région méditerranéenne. La plus remarquable est le sérapias à languette, ainsi nommé parce que son lubelle présente une lame ovale, étroite, allongée et pendante ; cette plante se distingue aussi par ses deux tubercules, dont l'un est comme pédicule, tandis que l'autre parait sessile; on la trouve surtout dans le sud de la France et aussi dans le sud-ouest, jusqu'à Nantes. On peut citer aussi le sérapias cordigère.
SÉRAPION s. m. (sé-ra-pi-on). Autre orthographe du mot SÉRAPÉum.
SÉRAPION (saint), dit le Scoln.ilquc. II vivait au ive siècle de notre ère. Supérieur de plusieurs monastères de la haute Egypte, il eut sous sa direction un grand nombre de solitaires, se lia avec saint Antoine et fut nommé évêque deThmuis vers 340. Sérapion fit partie des prélats qui assistèrent au concile de Nicée (347). Ami d'Athanase, il l'encouragea à écrire contre les ariens , puis se rendit auprès de l'empereur Constance, dans ie but de calmer son ressentiment contre le patriarche d'Alexandrie. Peu après, il fut exilé, ainsi que plusieurs évoques de l'Egypte. Outre des lettres, Sérapion avait composé des traités Sur tes titres des psaumes et Contre les manichéens. Ce dernier a été publié dans la Bibliothèque des Pères.
SÉRAPION, médecin arabe, qui vivait au IXe siècle. Il est l'auteur du plus ancien traité de médecine écrit en langue arabe qui soit
parvenu jusqu'à nous. Le nom de J» Do-
maiceiiua qui lui fut donné par son traducteur Albano Torino, d'après la détestable habitude des savants du XV siècle de latiniser tous les noms, a été une source de confusions et d'erreurs. Huhn écrivit une lettre fort savante à J.-A. Fabricius pour chercher k établir que le traité de médecine publié sous le nom de Jean Dumascène était l'ouvrage de Mésué l'Ancien ; une autorité, dont le témoignage est péremptoire, suftit pour démontrer que Huhn étaifdans l'erreur, et que le livre traduit par Torino est bien celui de Sérapion. Cette autorité est celle d'Ali-Abbas. Il parle de l'ouvrage de Sérapion d'une manière si précise et si exacte, les défauts et les lacunes qu'il signale s'appliquent si bien au traité de médecine dont il s'agit, qu'il n'y a pas lieu au moindre doute sur le point mis en question. La meilleure édition des œuvres de Sérapion est celle qui a pour titre : Serapionis mediciarabis celeberrimipraclicastudiosis medicinm utilissima (Venise, 1550, in-fol.), traduit en latin.
SÉRAPLS, dieu de l'ancienne Egypte, sur lequel on n'a que des notions fort confuses. D'après saint Augustin, du temps des patriarches Jacob et Joseph, > Apis, roi des Argieus, aborda en Egypte avec une flotte ; il y mourut et fut reconnu le plus grand dieu des Egyptiens, sous le nom de Sérapis. On l'appela ainsi après sa mort, au lieu d'Apis qui était son véritable nom, parce que le tombeau que nous appelons sarcophage s'appelle en grec soros; et comme on 1 iionora dans le tombeau avant qu'on lui eût bâti un temple, de soros et d'Apis, on fit d'abord Sorapis et par le changement dune lettre on l'appela Sérapis. • Quoi qu'il en soit de cette étymologie, on s'appuie, pour soutenir l'opinion que ce dieu était d'origine grecque, sur ce qu'on ne trouve aucune figure de Sèrapi? sur les anciens monuments égyptiens. Son culte était célèbre sous les Lagides, et vers la fin du paganisme il était répandu dans tout l'empire romain. Cette divinité hybride, mi-égyptienne et raigrecque, convenait singulièrement à une époque de décadence. Dans l'origine, Sérapis paraît avoir été regardé comme l'emblème du so-
SERA
leil et il présidait aussi à l'entrée du soleil dans le solstice d'hiver; puis il fut identifié par les Grecs à Pluton, à Esculape, h Jupiter même, et devint le dieu de l'Amenti (enfer). Ailleurs, on le croyait préposé à la crue du Nil, et le Kilomètre lui fut consacré. On le représentait portant sur la tète une sorte de panier ou boisseau (calathus ou modius), symbole de la fertilité 'que ce dieu apporte soit par la chaleur du soleil, soit par Ses inondations du Nil. U' avait presque toujours la même forme que Jupiter, et, lorsqu'on l'identifiait avec Pluton, on le représentait tenant à la main une pique ou un sceptre et ayant à ses pieds le chien Cerbère. Ce dieu bienfaisant était particulièrement invoqué par les malades, à qui il rendait, disait-on, la santé. Chaque peuple enfin l'appropriait à ses dévotions particulières. Il avait une infinité de temples, dont le plus célèbre était le sérapéum ou sérapion d'Alexandrie, construit par Ptolémée, fils de Lagus, et qui contenait une riche bibliothèque, annexe de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. Le plus ancien était le sérapéum de Memphis. Outre les quarantetrois temples consacrés à ce dieu en Egypte, il en existait un à Babylone, où les principaux chefs de l'armée d'Alexandre allèrent consulter le dieu, pendant la dernière maladie du grand conquérant. Les Grecs et les Romains avaient élevé de nombreux temples, à ce dieu. On en voyait à Athènes, à Rome, dans le cirque de Klaminius, où les malades se rendaient en foule; à Puuzzoles, où l'on trouve encore des ruines d'un sérapéum , etc. A la porte des édifices consacrés a Sérapis, on mettait ordinairement une statue représentant un homme qui mettait le doigt sur sa bouche, comme pour recommander le silence.
SÉRASKIER ou SÉRASQUIER s. m. (séra-skié — turc serasker; du persan sar, chef, et de l'arabe askar, armée). Officier général commandant en chef l'année ottomane. Il Pacha commandant les troupes d'une province.
— Encycl. On choisit généralement les séraskiers parmi les pachas à deux ou trois queues ; mais, lorsqu'il n'a que l'honneur de deux queues, on ne souffre point de pacha à trois queues dans son armée, parce que ce serait à ce dernier que le commandement appartiendrait ou devrait appartenir. La puissance des séras/ciers ne date pas de fort loin dans l'histoire turque. Depuis que lesjiultans se sont dispensés de paraître aux armées, le grand vizir devint généralissime et eut sous ses ordres un séraskier, qui lui servait de lieutenant. Plus tard, les grands vizirs, ayant négligé de commander les armées, investirent le séraskier de leur pouvoir militaire; telle est l'origine de cette dignité, qui équivaut à celle de général en chef chez nous.
Autrefois, le pacha de Silistrie avait le titre de séraskier, parce que ses attributions étaient toutes militaires et qu'il avait à défendre continuellement la frontière turque contre- les attaques des Polonais.
A la guerre, le séraskier ne reçoit d'ordre que du grand vizir et n'assemble de conseil de généraux que pour prendre de simples avis, qu'il peut ne pas suivre.
SÉRASSE s. f. (sé-ra-se). Comm. Toile de coton des Indes.
SERASSI (Pierre-Antoine), biographe italien, né à Bergame en 1721, mort à Rome en 1791. Lorsqu'il eut terminé ses études chez les jésuites à Milan, il entra dans les ordres, puis revint dans sa ville natale, où il professa les belles-lettres. Son goût pour les travaux historiques lui fit bientôt abandonner l'enseignement. Serassi se rendit ensuite à Rome (1754), où il devint successivement administrateur du collège Ceresoft, secrétaire des cardinaux Furietti et Calini, et fut enfin attaché aux bureaux de la Propagande. La solide érudition dont il fit preuve dans ses travaux, son style élégant et facile lui valurent d'être nommé membre de l'Académie des Transformati et d'être rangé parmi les écrivains classiques par l'Académie de la Crusca. Il écrivait uue Histoire littéraire de Bergame lorsqu'il' mourut. Serassi a donné sur Dante, Pétrarque, Bembo, Poliziano, Zanchi, Veniero, Capello, Mazzoni, Maft'ei, et surtout sur le Tasse et son père, des notices trèsétendues dans lesquelles il s'est attaché à montrer 1 influence de ces écrivains sur leur siècle. Parmi ses écrits, nous citerons : Parère intorno allapatria di B. Tasso e di Torquato (Bergame , 1742, in-8«); Vita di Maf~ fci (1746); Vita di T. Tasso (Rome, 1785, in-4«); Vita di /. Mazzoni (1790, in-4«); Itaggioiiamento Sopra le controoersie del Tasso e deW Ariosto (Parme, 1791, in-fol.). On lui doit, en outre, un grand nombre d'éditions estimées des vers de Pétrarque, de Politien, de B. Tasso, de Bembo, de Laurent de Médicis, de Castiglione, de la Divine comédie de Dante, de la Jérusalem délivrée, des Lettres inédites du Tasse, etc.
SÉRAUT s. m. (sé-rô). Ornith. Nom vulgaire (lu bruant commun.
8ERAVALLE, ville du royaume d'Italie.