‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 294 sur 1059 · V. SERRAVÀLLB · texte numérisé non relu

V. SERRAVÀLLB

SERAVEZZA, ville du royaume d'Italie, provinceetdistrictde Lueques, à 80 kilom. N.-O. do Florence, ch.-l. de mandement ; 7,937 hab. Fabrique de papiers , carrières de marbre , exploitation de plomb argentifère et fabrication d'ustensiles de cuivre.

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SERBE s. et adj, (sèr-be). Ethnogr. Habitant de la Serbie; qui appartient à ce pays ou & ses habitants : Les Serbes. La population serbe. La langue serbe.

— Encycl. Les Serbes sont un peuple d'origine slave, qui habitait d'abord le territoire qui s'étend au pied des Karpathes (versant méridional) ; vers 630, Héraclius permit aux Séries de s'établir dans la contrée qui, a cause d'eux, porte actuellement le nom de Serbie (v. ce mot) et que les Avares avaient dépeuplée.

SEHBELLONI (Gabriel), brave et habile capitaine italien, né à Milan en 1508, mort en 1580. Issu d'une famille originaire de la Bourgogne, il entra de bonne heure dans l'ordre de Malte et devint prieur de Hongrie. En 1543, ce royaume étant envahi par Soliman II, qui avait déjà pris trente places fortes, Serbelloni défendit contre les Turcs Strigonie et les contraignit de lever le sié^e. II entra ensuite au service de Charles-Quint (1546), se couvrit de gloire dans la guerre contre les Saxons, prit Sienne en 1555 pour le compte des Médicis, servit Pie IV contre Pise (1560), rebâtit Civita - Vecchia et fortifia la cité Léonine pour mettre Rome et le pape à l'abri des incursions des Turc3. Philippe II l'employa ensuite pour fortifier les places du royaume de Naples (1565), où le calvinisme faisait de rapides progrès, l'envoya, sous le duc d'Albe, soumettre les Brabançons révoltés et lui confia un commandement sous les ordres de don Juan d'Autriche, dans l'expédition contre les Turcs. 11 eut la plus grande part à la victoire de Lépante (1571) , fut nommé vice-roi de Sicile et chargé de défendre Tunis contre les Turcs. Après avoir soutenu quatorze assauts, criblé de blessures, il fut fait prisonnier (1574), puis échangé contre 36 officiers supérieurs turcs et fit encore avec éclat les campagnes de Flandre de 1577 à 1578.

SERBELLOM (Jean -Baptiste), feld-maréchal autrichien, de la même famille que le précédent, mort à Milan en 1778. Entré fort jeune au service sous l'empereur Charles VI, il contribua, en 1746, au succès de la bataille de Plaisance et se Distingua dans la guerre de Sept ans. Il fit preuve de peu d'habileté à la bataille de Prague, mais il déploya beaucoup d'énergie à celle de Kollin et y fut blessé. En 1761, il fut nommé feld-maréohal et tint tète dans son camp retranché sur la Mulda aux attaques de l'armée prussienne. 11 atta-

?ua à son tour l'ennemi, mais sans succès et ut destitué l'année suivante. On trouve une noticesur Serbelloni par Rittersberg dans les Archives d'histoire (Vienne, 1804, n° 109).

SERDETE, rivière de l'Afrique ancienne.

Elle coulait entre les Mauritanies Césarienne et Sitifienne, et se j était dans la Méditerranée. Elle porte aujourd'hui le nom d'IsSER.

SERBIE ou SERVIE (principauté db), Etat de l'Europe méridionale, relevant de la Sublime Porte, conformément aux hatts impériaux de 1830 et 1836, consacrés par le traité de Paris de 1856 , et placé sous la garantie collective des puissances signataires du susdit traité. La Serbie, située dans la Turquie d'Europe, dont elle est tributaire, a des limites naturelles bien marquées, qui lui donnent d'excellentes frontières et garantissent en quelque sorte son autonomie. Au N., la Save et le Danube la séparent des confins militaires autrichiens de l'Esclavonie et du Banat, et de la Petite Valachie ; à l'E., la ri» ' vière de Timok et les épaisses montagnes de Starra, ramifications' septentrionales des Balkans , la séparent de la Bulgarie; au S., des monts escarpés et élevés l'isolent du pachalik turc de Nissa; à l'O., la Drina limite son territoire du côté de la Bosnie. Sa plus grande longueur en diagonale, du N.-O. au S.-E., est de 399 kilom. et sa plus grande largeur de 248; superficie 43,555 kilom. carrés. La population, qui n'était que de 700,000 aines en 1834, s'élevait en 1866 à 1,205,576 hab., comprenant, outre les étrangers domiciliés, 1,057,540 Serbes, 127,336 Valaques indigènes , 5,539 juifs , 25,171 bohémiens ou tsiganes. Elle atteint aujourd hui (1875) le chiffre de 1,340,000. Capitale, Belgrade ; villes principales, Semendria, Kroukovatz, Banya, Palanka et Usicza. •

Dans la partie septentrionale de la Serbie, le sol, le long de la Save, du Danube et de la Morava, présente de grandes plaines de l'apparence la plus fertile ; mais partout ailleurs il est montueux, accidenté, couvert de forêts, creusé de profondes vallées fertiles, mais peu Cultivées. A l'O., les ramifications des Alpes Dinariques couvrent une partie du sol, tandis qu'au S. et à l'E. les contre-forts septentrionaux des Balkans y soutiennent une partie du grand plateau de Mésie, dont quelques points atteignent 1,944 mètres. Tous les cours d'euu qui arrosent la Serbie sont tributaires du Danube ; les plus importants sont la Morava, la Driua, l'Ibar et leTimok.Le climat de cette principauté est très-variable, et les hivers y sont plus froids que la latitude ne le ferait croire; le thermomètre descend ordinairement à, —îoo et— 14"; en 1814, il est tombé a — 21°. Les cours d'eau, même le Danube, y sont souvent gelés. Par contre, les chaleurs de l'été y sont très-fortes. Le sol, en général trèsfertile, est peu cultivé; 193,500 hectares sont mis en culture et produisent abondamment

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du blé, de l'orge, de l'avoine, du maïs, du chanvre, du lin et du tabac, et dans quelques vallées bien exposées des raisins; de vastes et bons pâturages nourrissent des races trèsmédiocres de bestiaux; les porcs sont trèsnombreux dans les forêts , où l'on trouve des futaies propres aux constructions navales. Si l'industrie agricole est peu avancée en Serbie, l'industrie manufacturière y est presque nulle. Le commerce, dépourvu d'un bon système de voies de communication, y est peu actif; il se borne à l'exportation de quelques produits agricoles, tels que céréales, bois de charpente, bestiaux, porcs, peaux de chèvre, laine, graisse, suif, eau-de-vie de prunes, etc. La moyenne annuelle des importations, de 1868 à 1871, a été de 28 millions, et celle des exportations de 29 millions et demi. Le commerce de la Serbie est appelé à un grand développement lorsque sera construit le grand chemin de fer qui, passant par Belgrade, reliera Vienne et Pesth à Constantinople. Désireuse de développer l'industrie du pays, la Chambre des députés serbes a voté, en février 1874, une loi accordant de nombreux privilèges aux divers établissements industriels et aux entreprises commerciales des autres pays voisins qui voudraient s'établir en Serbie. Elle a décidé que l'importation des machines, des outils, des matériaux de toute espèce; que le charbon, le bois, les fontes, les fers, etc.* pourraient être exemptés en partie ou même complètement des taxes de douane. Les exportations de ces mêmes articles seraient dégrevées de tous droits. Des avantages spéciaux seraient accordés aux industriels qui voudraient fonder des établissements : on leur faciliterait l'achat du terrain, on leur donnerait des concessions; les étrangers seraient admis au traitement national; on abaisserait les barrières , on supprimerait les obstacles en leur faveur. Enfin, les Chambres ont voté la création d'une monnaie nationale d'argent et ont adopté pour la fabrication les principes de la convention monétaire conclu© à Paris eu 1865, et à laquelle un grand nombre de puissances européennes ont adhéré. La base de l'unité du nouveau système est le « dinar, • qui correspond par le poids, la dimension et la valeur à notre unité française, le franc.

— Etat politique ; gouvernement; administration; force armée; finances, etc. De même que les Principautés-Unies moldo-valaques, la Serbie se gouverne et s'administre dans une complète indépendance de la puissance suzeraine, la Turquie, envers qui elle est tenue seulement au payement d'un tribut annuel. Elle ne fournit ui contingent ni subside de guerre. « Elle conserve son drapeau national à bandes tricolores, avec les armes de la principauté brodées en relief (un champ de gueules à la croix d'argent, semé de quatre briquets et surmonté dune couronne), et entretient à Constantinople, à l'instar de la Moldo- Valachie, un agent où résident (kapou kiaîa) accrédité près de la Porte.» (M. Ubicini, les Serbes de ta Turquie.) La Porte a renoncé depuis peu au droit qu'elle avait de tenir garnison dans les forteresses de Belgrade et de Semendria. Le gouvernement est une monarchie constitutionnelle héréditaire dans la famille d'Obrenovitch, suivant l'ordre de primogéniture, dans la ligne masculine directe, et, celle-ci venant à s'éteindre, dans la ligne collatérale, suivantle même ordre. Toutefois, si le prince actuellement régnant mourait sans héritier mâle, le droit de succession passerait à la descendance masculine des filles du prince. Miloch 1er, par voie d'élection, le prince élu devant toujours porter le nom d'Obrenovitch. A défaut de descendants mâles de cette ligne, la nation élira pour prince le Serbe en qui elle aura le plus de confiance, à l'exclusion perpétuelle de la famille des Karugeorgévitch.

Le knias ou prince doit appartenir k la religion orthodoxe du rit oriental. Il est majeur à dix-huit ans, irresponsable, et sa personne est inviolable. Il promulgue les lois et ordonnances, nomme aux emplois publies, commande les forces de terre et de mer, signe des traités, etc. La liste civile est fixée à son avènement et pour toute la durée de son règne. Celle du prince Milan est, comme celle de son prédécesseur, de 500,000 francs. Le prince exerce le pouvoir exécutif au moyen île sept ministres responsables : intérieur, justice, finances, instruction publique et cultes, travaux publics, affaires étrangères, guerre. Avant la constitution du il juillet 1869, le ' prince partageait la puissance législative avec le sénat (Soviet) et l'assemblée nationale {Skoupchtina). Ce sénat, composé de dix-sept membres nommés à vie par le prince, fut supprimé par la constitution nouvelle et remplacé par un conseil d'Etat, dont les attributions sont très-restreintes. Les membres de ce corps sont nommés par le prince et leur nombre ne doit pp.s dépasser quinze ni être au-dessous de onze. L assemblée nationale ou Skoupchtina se compose de députés librement élus par le peuple et de membres élus par le prince, ceux-ci ne pouvant excéder la proportion de .un sur quatre. Il y a deux sortes de Skoupchtina, la petite Skoupchtina ou Skoupchtina ordinaire, et la grande Skoupchtina, La première, appelée corps législatif, est convoquée tous les ans ; la seconde, composée d'un nombre quadruple de députés, n'est appelée que

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dans les*cas extraordinaires. Aucun impôt ne peut être établi, aucune loi ne peut être abrogée ou modifiée sans le concours et le consentement de la Chambre. Tout Serbe majeur et payant un impôt quelconque est électeur; il est éligible s'il a trente ans et s'il paye au moins 30 francs. La constitution de 1S69 reconnaît l'égalité de tous les citoyens devant la loi et l'impôt, leur admissibilité à tous les emplois, l'inviolabilité du domicile, la liberté de la parole, de la presse, de la conscience, des cultes reconnus; le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif ; l'accusé ne peut être distrait de ses juges naturels, enfin le jury doit être graduellement introduit en matière criminelle. La disposition la plus curieuse de cette constitution est celle qui confère au prince le droit de nommer un tiers des députés à la Skoupchtina. Le rôle de ces députés princiers consiste principalement à porter la parole au nom du gouvernement, à discuter et élucider les questions sur lesquelles l'assemblée entière doit voter.

Au point de vue administratif, la Serbie forme cinq grandes circonscriptions territoriales, comprenant 18 départements (la ville de Belgrade seule forme un département), subdivisés en 60 arrondissements, comprenant 1,199 communes et renfermant 40 villes ou gros bourgs et 2,200 villages. Les départements sont administrés par des préfets (natehalnik) et les arrondissements par des souspréfets que nomme le gouvernement. A la tête des communes sont les kmètes, élus par les habitants et remplissant les fonctions de maires et de juges de paix.

La législation, de même que le système administratif, est en grande partie empruntée aux idées françaises. Une cour de cassation et une haute cour d'appel siègent à Belgrade ; les chefs-lieux des départements ont des tribunaux de ire instance, et les communes des justices de paix.- Depuis 1871, le jury fonctionne pour certains cas déterminés. Les traits saillants de la législation serbe sont : l'abolition de la peine de mort en matière politique, l'application de la peine de mort dans les cri-> mes de droit commun seulement lorsque l'assassinat a été prémédité, et la limitation extrême de la peine à vingt ans, soit qu'il a'afisse de détention ou de travaux forcés. Un écret de décembre 1873 a aboli les punitions corporelles dans l'armée.

L'instruction est peu répandue en Serbie ; cependant, si l'on songe qu'au commencement de ce siècle elle n'était l'apanage que d'un nombre très - restreint d'individus et que le prince Miloch, notamment, ne savait pas lire, on doit reconnaître qu'elle a fait des progrès marqués. Un fait à noter, c'est que l'instruction primaire est gratuite et qu'elle tend de plus en plus à devenir obligatoire. Belgrade possède une Académie comprenant des Facultés de droit, de sciences et de philosophie. En 1871 , on comptait en Serbie 18 établissements d'instruction secondaire et 484 écoles communales. Le nombre des élèves de toute catégorie était à cette époque de 87,761. Outre son Académie et des collèges, Belgrade possède encore une école militaire et une école de commerce.

Comme nous l'avons déjà dit, la liberté des cultes est entière en Serbie. La religion grecque orthodoxe est celle qui domine et que doit professer le souverain. A la tête de l'Eglise serbe, qui est indépendante du patriarche de Constantinople , se trouve l'archevêque de Belgrade, métropolitain de Serbie, qui est nommé par le prince. Ce métropolitain et les trois évêques diocésains de Chabatz, de Négotine et d'Usicza forment un synode national, qui a la haute main sur l'Eglise. Eu 1871, les quatre diocèses comprenaient 379 églises.

Grâce à une Sage administration des finances, le budget de Serbie est en parfait équilibre. En 1854, le budget des recettes s'élevait à 9,272,226 francs et celui des dépenses ii 10,203,130 francs. Le budget des recettes en 1870 - 1871 présentait un excédant de 1,352,281 francs sur le budget des dépenses, qui était de 14,309,242 francs. Pour l'exercice 1873-1874, les recettes étaient évaluées à 14,014,000 fr. et les dépenses à 14,012,793 fr. Ce budget présentait une diminution de 260,000 Irancs environ sur l'exercice précédent. Les principaux impôts sont l'impôt direct, qui produit environ 7,660,000 francs, et les douanes, qui rendent environ 2,400,000 fr. Les dépenses principales sont les services des ministères, qui s'élèvent à 10,700,000 fr., la liste civile, qui est de 500,000 francs, et le tribut à la Turquie, qui est de 494,027 francs

Au point de vue militaire, la Serbie est divisée en cinq voïvodits ou commandements. L'armée se compose de deux parties distinctes : l'armée permanente, recrutée par la voie du sort et comprenant seulement 5,622 hommes, et la milice, dont l'organisation rappelle celle de la landwehr prussienne, formée par tous les citoyens âgés de vingt à cinquante ans, non compris dans l'année permanente. La partie véritablement active de cette milice, celle qui compose le premier des trois bans et qui comprend les hommes de vingt à trente ans, présente un effectif de près de 70,000 hommes.

— Résumé historique. La Serbie a pris son nom des Serbes, dits aussi Servions et Sorabes, peuple de race slave, qui habitait d'abord auprès des Karpathes et auquel l'empereur Héraclius permit, vers l'an 630, do s'è-

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tablir dans ces contrées qui forment la Mésie supérieure des anciens. Jusqu'en 923, la Serbie constitua un petit Etat qui eut ses souverains ; à cette date, elle passa sous la domination des Bulgares, et, avec eux, en 049, sous celle des Grecs. Ce fut seulement en 1100 que Beli-Urosch, le fondateur de la dynastie de Nemanitch, étant monté sur le trône de Serbie, rendit ce pays indépendant. Pendant plus de deux siècles, cette dynastie gouverna îa principauté; en 1336, son plus illustre souverain, Etienne Douchan, dit le Fort, après plusieurs conquêtes importantes, se proclama empereur des Serbes. Son emire se composait de la Serbie, de la Bosnie, e la Croatie, de la Dalmatie, de l'Herzégovine, de l'Albanie, de la Macédoine, de la Thessalie et de la Bulgarie ; ce prince, aussi grand législateur que grand conquérant, mourut en 1358, au moment où il allait conquérir Gonstantinople et substituer ainsi larace slave à la race grecque. La fondation-de ce nouvel empire eût été une puissante digue opposée à l'invasion musulmane, qui eut facilement raison de la faiblesse des empereurs grecs. A la mort de Douchan, les gouverneurs et les princes vassaux profitèrent de la minorité de son fils pour se rendre indépendants et affaiblirent ainsi le faisceau qui avait été habilement formé par le prince serbe. Les empereurs de Byzance, épouvantés par les projets des Serbes, appelèrent à leur secours les Ottomans, qui écrasèrent les Serbes à la célèbre bataille de Kossovo (1389) et s'acheminèrent ainsi vers Gonstantinople. Après la chute de cette ville, la Serbie fut conquise par les Turcs (1459), et peu après presque toutes les provinces de l'empire de Douchan furent au pouvoir des Turcs. L'Albanie résista longtemps sous Scander-Beg; le Monténégro seul conserva son indépendance. La Serbie se vit réduite peu à peu à l'état de simple pachalik, malgré certaines conventions qui. garantissaient une partie de son indépendance. Plusieurs révoltes, notamment celles de 1690 et de 1798, ne firent qu'aggraver sa situation, jusqu'au jour où, à la voix du célèbre Czerny ou Kara-Georges (v. Czerny), puis de Miloch,ce pays se leva en masse contre ses oppresseurs et, sans autre aide que son courage et l'assistance diplomatique de la Russie, força, après vingt-deux ans de combats et de négociations (1804 à 1826), la Porte à lui restituer une

Fartie de ses anciens droits. En 1826, par acte additionnel de la convention d'Akkerman, confirmé eu 1829 par le traité d'Andrinople, la Serbie fut érigée en une principauté tributaire de la Porte Ottomane, avec les privilèges d'une administration intérieure indépendante. Le sultan Mahmoud, par un hatti-chérif du 22 novembre 1830, reconnut l'autonomie de la Serbie, dont il fixa les limites, et concéda à Miiooh, pour lui et ses descendants à perpétuité, le titre de prince (knias ou knièse) de Serbie, que lui avait déjà conféré la diète nationale. De son côté, Miloch reconnut la suzeraineté de la Porte, à laquelle il s'engagea à payer un tribut annuel et consentit à ce qu'une garnison turque occupât la forteresse de Belgrade et plusieurs autres forteresses du pays. Sous l'administration de Miloch, la Serbie vit s'opérer d'utiles réformes dans les lois et disparaître de criants abus; toutefois, ce prince se livra à de nombreux actes arbitraires qui provoquèrent un vif mécontentement (v. Miloch). En 1834 éclata contre lui une conspiration, qui avorta. Pour calmer les esprits, Miloch. donna aux Serbes, le 15 février 1835, une constitution qui reproduisait en partie la charte établie en France après 1830. Cette constitution fut remplacée Le 84 décembre 1838 par un hatti-chérif du sultan, mettant en vigueur en Serbie un statut (oustav) en 6G articles, qui donnait des garanties à la nation serbe et paralysait en partie le pouvoir de Miloch par l'institution d'un sénat, composé de ses plus grands adversaires. Miloch se retira à Selim et, le 12 juin 1839, à la suite d'une insurrection, il dut abdiquer. 11 fut successivement remplacé par son fils aîné Milan, puis par son second fils Michel, qui fut également renversé en 1842 et remplacé par Karageorgévitoh. Sous ce dernier rince, la Serbie resta à peu près stationnaire. ie fait le plus important do son règne fut la disposition du traité de Paris (art. 28 et 29) qui abolit le protectorat russe sur la Serbie, le remplaça par la protection collective des puissances contractantes et stipula la neutralité et l'inviolabilité du territoire serbe (1856). En décembre 1858, une révolution qui éclata en Serbie ramena au pouvoir le vieux Miloch. Celui-ci se fit proclamer sous le nom de Miloch Obrenovitch lel,et, comprenant la nécessité de se concilier les esprits libéraux, il proclama la liberté de l'industrie et du commerce, présenta plusieurs projets de loi propres à se concilier l'opinion, réorganisa l'armée et entama des négociations avec les Monténégrins dans le but de déclarer la guerre à la Turquie. La mort vint arrêter l'exécution de ces projets (1860). Le prince Michel Obrenovitch, qui avait déjà occupé le trône de 1&39 à 1842, succéda alors à son père. Sous l'administration de ce prince éclairé, la Serbie vit sa situation intérieure s'améliorer. En 1862, la Porte consentit à évacuer les forteresses du Danube et de la Save, à l'exception de Belgrade, de Semendriaetde Ghubatz ; mais, à la suite de nouvelles négociations, ces forteresses furent évacuées à leur tour en

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1867. En même temps qu'il obtenait par sa

f>olitique extérieure de si heureux résultats, e prince Michel maintenait l'ordre dans les finances et continuait à donner à l'armée une forte organisation. Après la mort de ce prince, assassiné le 10 juin 1868, la Skoupchtina appela à le remplacer son neveu, le jeune prince Milan, et institua une régence pour gouverner jusqu'à sa majorité. Ce fut pendant la minorité de ce prince que les trois régents, MM. Blasnavatz, Ristitch et Gavriloviteh, nommèrent une commission consultative chargée d'élaborer une nouvelle constitution. Cette constitution, dont nous avons donné plus haut les principales dispositions, fut votée par la grande Skoupchtina et promulguée le 11 juillet 1869. Sous la régence et depuis la majorité (1873) du prince Milan (v. Milan), la Serbie, dirigée par un gouvernement libéral, n'a cessé de se développer paisiblement. Quelques différends déjà pendants avec la Turquie au sujet d'une limitation de frontières, des négociations entamées auprès de la Porto pour pouvoir créer un grand chemin de fer à travers la Serbie et l'agitation qui s'est produite dans ce pays à l'occasion de l'insurrection de l'Herzégovine contre la Turquie (août 1875), tels sont les faits principaux qui, au point de vue de la politique extérieure, ont marqué dans l'histoire de la Serbie pendant ces dernières années.

— Langue. Sous la rubrique de langue serbe, on désigne deux langues différentes. Les Slaves de la Lusace, qui prennent le nom de Serbes et qu'on désigne plus souvent sous le nom de Wendes, ont une langue qu'on appelle quelquefois langue serbe, mais qu'on doit plutôt, pour éviter la confusion, appeler langue vende, et à laquelle nous consacrerons une notice particulière. Nous n'examinerons ici que la langue serbe proprement dite, parlée par les peuples de race serbe habitant les principautés de Serbie et de Monténégro et plusieurs provinces de la Turquie et de l'Autriche.

Dobrofski et plusieurs autres savants après lui ont considéré le serbe comme une des langues slaves de la « branche orientale. » Ce système de classification n'a plus aujourd'hui qu'un petit nombre de partisans. La langue serbe est la principale des langues parlées par les Iougs-Slaves ou Slaves méridionaux. Elle n'a été que fort peu altérée par l'adjonction d'un certain nombre de mots turcs, italiens, etc. Sous le rapport phonétique, elle est moins riche que le polonais et le russe. Deux sons importants de ces deux langues manquent au serbe, ce sont : la consonne l dur et la voyelle y.- La série, si nombreuse en polonais, des consonnes dites mouillées ou douces u'est représentée dans le serbe que par le » mouillé et parle t mouillé. L'article n'existe pas; les substantifs ont trois genres et trois nombres (singulier, pluriel et duel). Les déclinaisons ont sept cas. Le serbe est assez riche en augmentatifs et en diminutifs. La conjugaison serbe diffère peu de celles des autres langues slaves; les verbes se conjuguent avec l'auxiliaire avoir. Dans les mots serbes, l'accent tonique tombe le plus souvent sur le radical.

Les Serbes du rit grec, c'est-à-dire le plus grand nombre des habitants de race serbe des principautés de Serbie et de Monténégro et d une partie de la Turquie, se servent de l'alphabet dit cyrillique, réformé au commencement de ce siècle par Vouk Stefanovitch. Cette réforme a été mise à l'index par le clergé grec, qui a considéré comme sacrilège l'adjonction du j latin; néanmoins, elle est passée dans l'usage.

Les Serbes du rit latin, c'est-à-dire le plus grand nombre de ceux de l'Autriche, ont adopté l'alphabet latin; mais cet alphabet étant insuffisant pour exprimer les sons de la langue serbe, riche en consonnes comme toutes les langues slaves, quelques Serbes ont adopté les signes de l'orthographe moderne des Tchèques; d'autres ont eu l'idée beaucoup moins heureuse d'appliquer à la langue serbe les règles de l'orthographe italienne ou hongroise. De la sorte, il règne dans la langue serbe un véritable chaos orthographique.

La langue serbe est flexible, douce et harmonieuse comme l'italien; elle évite les rencontres de consonnes; il faut excepter de cette règle les^mots où le l et le r, autrefois précédés d'un e muet, aujourd'hui supprimé, sont considérés dans la langue serbe (et aussi dans les langues tchèque et sanscrite) comme équivalant à des voyelles. La prononciation de ces mots n'est cependant pas extrêmement difficile; exemple, smrt (la mort). La phrase serbe est riche en voyelles, mais l'hiatus est antipathique au serbe comme à toutes les langues slaves.

Le serbe est parlé dans les principautés de Serbie et de Monténégro, dans les provinces turques de Bosnie et d'Herzégovine, dans les provinces autrichiennes de Dalmatie, de Croatie et d'Esclavouie et dans le Banat. Les habitants de tous ces territoires, séparés par le caprice du sort, ne sont que les fractions d'une même nation et peuvent être désignés sous le nom général de Serbes. La langue serbe est aussi parlée dans une partie de la Hongrie et dans une moitié de l'istrie. Schleioher considère le serbe proprement dit, le croate ou khorvate et le Slovène comme des subdivisions d'une langue fictive qu'il appelle l'Hlyrien. En réalité, le

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serbe et le slovène sont deux langues distinctes; quant à la prétendue langue croate, ce n'est qu'un dialecte patois serbe. Les principaux dialectes du serbe sont : l'herzégovien, le rassavique, le syrmien et le croate.

— Littérature. L'histoire de la littérature serbe se divise en trois périodes bien distinctes, savoir : l° de l'introduction du christianisme en Serbie jusqu'à la tin du Xive siècle, époque de la chute de l'empire serbe ; 20 du commencement du xv« siècle jusqu'au milieu du xvn<s siècle; 30 enfin, de 1750 environ jusqu'à nos jours. Les seuls monuments littéraires que l'on possède de la première période ont la plupart pour objet la religion ou la législation, et les quelques ouvrages historiques qui datent de la même époque ont aussi uu caractère religieux, car ce ne sont guère que les oraisons funèbres des princes qui se sont montrés généreux envers l'Eglise. La langue dans laquelle ils sont écrits n'est nullement la langue nationale, mais un mélange de vieux slave ecclésiastique et de serbe. C'est sous cette forme que cette langue se montre dans le monument le plus ancien que l'on en possède, une inscription qui est gravée sur le péritrachélion de l'église du couvent de Banya,

firès de Cattaro, et qui date de l'an 1114. La ittérature profane n est représentée que par un certain nombre de diplômes, d'actes officiels, de lettres de soumission, etc., dont les plus anciens fragments ne remontent pas au delà du xnB siècle. Tous ceux que l'on connaît jusqu'à ce jour sont insérés dans les Moiiumenta serbica (Vienne, 1858) et dans les Srbski spomenici ( Monuments serbes [ Belgrade, 1858-1862]), recueillis et publiés par le comte Putsitch. Les plus importants sont l'histoire des rois de Serbie de 1272 à 1336, écrite sous le titre de Rodosïavo (généalogie, gloire de la race), par Danùl (1291- 1338), évêque de .Serbie et contemporain des rois Ourosch, Dragoutine, Miloutine et Etienne Detchanski, et le code de l'empereur Etienne Douchan le Grand, qui a été publié pour la première fois en 1845, dans le journal illyrien Kolo, d'après un manuscrit incomplet. Les lois qui forment ce code reflètent le pur caractère slave et sont écrites dans un esprit de modération bien rare à cette époque. Outre Danùl, les écrivains les plus remarquables de cette période furent : Etienne (mort en 1228), le premier roi de Serbie qni se soit fait couronner solennellement et qui a laissé une vie de son père Etienne Niemania, fondateur da la dynastie des Niemanitsch; saint Sava (1169-1237), frère du précédent, archevêque et organisateur de l'Eglise serbe, qui écrivit aussi une vie de son père et différents ouvrages ascétiques; Domentian, qui, vers 1260, était moine au couvent de Chilandar, sur le mont Atbos, et auquel on doit des biographies de saint Siméon et de saint Sava.

Il n'y eut pas une plus grande activité littéraire dans les régions occidentales de l'ancienne Serbie, notamment dans les provinces du littoral qui forment aujourd'hui la Dalmatie et la Croatie, et dans lesquelles le vieux slave était aussi devenu la langue de l'Eglise. « Seulement on se servait pour l'écrire de caractères glagolitiques au lieu de caractères cyrilliques. Là aussi la langue nationale subit les mêmes modifications que chez les Serbes occidentaux, et ce n'est que dans lu littérature profane que l'on peut trouver des monuments de l'idiome primitif. Le plus ancien de ceux qui nous sont parvenus, et qui ont été recueillis par Kukulievitsch dans Ws Monumenta Slavorwn meridionalium (Agrani , 1863, t. 1er), date de l'année 1309. Parmi les monuments de la législation croate et dalmate, écrits dans l'idiome populaire, le plus aucien est la Loi de Viuodol, qui date de 1280 et qui a été imprimée dans le Kolo en 1843. La victoire remportée, en 1389, par Anmrat 1er sur les Serbes orientaux dans les plaines d'Amsel ou de Kossovo (Kossovo Polie ) porta un coup mortel à la littérature serbe et en arrêta pour longtemps l'essor dans les provinces soumises à la domination turque. Mais, pendant qu'un joug de fer pesait sur cette partie de la Serbie, la vie littéraire se développait sur les côtes de l'Adriatique. Vers la fin du xv« siècle, la ville de Raguse (en slave Dubrovnik), grâce à sa prospérité matérielle, a sa liberté politique et à ses relations incessantes avec la Grèce et l'Italie, était devenue l'Athènes des Slaves méridionaux, et elle conserva cette réputation jusqu'au moment où elle cessa d'être la capitale d'un Etat indépendant. A cette époque, on vit briller du même éclat, tant dans cette ville que dans plusieurs autres et dans les îles de la Dalmatie, les lettres, les arts et les sciences, quoique l'on ne se servit, pour l'enseignement et l'étude de ces dernières, que des langues latine et italienne. Mais la langue nationale produisit dans cette période des poèmes épiques et lyriques, ainsi que des oeuvres dramatiques vraiment remarquables. On peut citer, parmi les poètes, au x.ve siècle, Marolitsch, Mentschetitz, Dozitz ; au xvie; Loutschitz, Vetranitz, Gutschetitz, Tschoubranovitch , Hektorevitz , Ranùna , Zlatavitz; au xvne , Gondoulitsch , Palinotitz , Bunitz, etc. Mais, même au temps de sa plus grande splendeur , cette littérature eue un caractère tout local et ne fut guère connue hors de la Dalmatie. La seconde période de la littérature serbe s'arrête à Georges Brankovitch. (1645-1711), qui écrivit une Histoire

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de Serbie depuis les temps anciens jusqu'à l'empereur Léopold. Le manuscrit de eet ouvrage, qui forme 5 volumes in-4», est conservé dans la' bibliothèque de l'archevêque de Karlovitch.

Ce qui caractérise le début de la dernière période de l'histoire da la littérature serbe, c'est la tendance à séparer le slave ecclésiastique de l'idiome national et à élever ce dernier au rang de langue littéraire. Un des hommes qui contribuèrent le plus à amener cette transformation fut l'archimandrite Jean Raitsch (1726-1801), auteur d'une Histoire des Slaves et en particulier des Croates, des Bulgares et des Serbes (Vienne, 1792-1795, 4 vol.). Cependant son livre est écrit en slave ecclésiastique , mélangé de ruthène et de serbe. Le premier qui osa employer l'idiome populaire comme langue littéraire fut Dosithée Obradovitch (1739-1811). Il parcourut pendant vingt-cinq ans la Turquie, la Russie, l'Allemagne, l'Italie, la France et l'Angleterre et mourut sénateur et gouverneur des enfants de Georges Czerny à Belgrade. Mais tous les littérateurs serbes n'adoptèrent pas les nouvelles formes qu'il avait introduites, et il régna alors dans la littérature serbe un tel désordre , que , de 400 livres serbes imprimés depuis 1750 jusqu'à la fin du siècle, un petit nombre seulement est écrit en slave ecclésiastique, et les autres flottent entre le vieux slave et la langue nationale et suivent différentes orthographes. Un de ceux qui réagirent le plus contre ce mélange d'idiomes fut Dymitr Davidovitch, qui édita à Vienne pendant plusieurs années (1814-1822) un journal et des alinanachs serbes. Il eut pour auxiliaire Vuk Stephanovitch qui, dans sa Grammaire de la langue serbe, détermina le premier les caractères de cette langue et qui, en éditant des recueils de chants populaires, contribua éminemment à faire adopter par la littérature l'idiome populaire. Mais ses innovations, pas plus que celles d'Obradovitch, ne furent acceptées sans résistance, et il se forma contre lui, sous la direction du poète Jozan Hadzitsch, un parti réactionnaire qui, cependant, ne put se maintenir longtemps.

Jusqu'à ce jour, les poésies populaires serbes sont demeurées supérieures à tout ce qui a été produit depuis la renaissance de la littérature. La raison de cette supériorité est parfaitement exposée dans les lignes suivantes, que nous empruntons à M. Laboulaye : « Chez les Serbes, dit-il, l'histoire et la poésie se tiennent si étroitement qu'il suffit de lire leurs chants nationaux pour savoir tout ce qu'ils ont haï, tout ce qu'ils ont Souffert. Leurs annales sontdes chansons, et c'est pour cela peut-être qu'il n'y en eut jamais de plus populaires ni de plus durables. C'est là un ca ractère particulier des Slaves, et plus prononcé chez les Serbes que chez les Grecs mêmes et chez les Espagnols. Chanter est un besoin pour eux; c'est la seule expression de leurs espérances, de leurs craintes, de leurs passions. Nous avons pour nous épancher les lettres, les livres, les journaux ; un Serbe n'a que des chansons. Pas de" maison, si pauvre qu'elle soit, où, pour accompagner et amuser le chanteur, l'on ne trouve la guzla, espèce de mandoline à une seule corde dont on joue comme de la basse avec un archet. Le caloyer.au fond de sou monastère, récite quelque pieuse légende en faisant suivre chaque vers du son plaintif de la guzla. Le pâtre, perdu dans les forêts et les montagnes, célèbre ainsi les exploits des heiduques et des héros du temps passé ; les femmes à la fontaine, les moissonneurs dans les champs, les vendangeurs au temps de la récolte, le soldat revenu de la guerre, tous improvisent des chansons un peu rudes, sans doute, mais qui ne sont dépourvues ni de grâce ni de naïveté; et, s'il manque un poète, tous répètent les ballades traditionnelles qu'ils ont apprises de leur mère et que rediront un jour leurs enfants. C'est un goût tout aussi vif aujourd'hui qu'il y a deux siècles. Quand les Crpates suivaient le ban Jellachich contre leurs anciens alliés les Hongrois, pour s'exciter ils faisaient retentir.l'air des chansons serbes de leur général; et si le dernier prince-évêque de Monténégro, Pierre Petrovitch Niégosch, a laissé chez son peuple un souvenir profond, c'est qu'il dépassait tous ses sujets en deux choses qui, sans être précisément des qualités épiscopales, faisaient néanmoins l'admiration et l envie de tous les siens. C'était le plus habile tireur et le poiHe le plus parfait de toute la montagne Noire. Nul ne savait comme lui trouer d'une balle un citron jeté en l'air, et jamais personne n'a célébré avec plus de patriotisme et de chaleur le courage des Monténégrins, dans des vers qui dureront aussi longtemps que la haine du Turc et l'amour de la liberté. »

Quelques-uns de ces chants se rapportent à une époque antérieure à l'irruption des Turcs en Europe, d'autres à celle où Andrinople était la résidence des gouverneurs turcs; les autres enfin ont une origine plus récente. Le franciscain Katschitz Miloschitz avait publié un recueil de ces chants en 1759 ; mais Vuk Stephanovitch est le premier qui en ait donné une édition critique, après les avoir recueillis directement de la bouche du peuple. 11 publia aussi à Vienne, en 1829, un almanach, Danica, après lequel parurent ceux • de Spiridion Joviu à Vienne, da Pavlovitch à Pesth, de Nikolitsch et de Vazarowitz à Belgrade.

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Les efforts et l'exemple de Karadjitsch, du patriarche Lucien Muschicki, du généreux Mécène Tekeliya et de leurs collaborateur» accélérèrent encore cet essor de renaissance ae la littérature serbe. Mais où le mouvement se fit le plus sentir, ce fut en Hongrie. Les principaux centres de la littérature serbe dans cette contrée étaient Pesth et Neusatz, Dans la première de ces deux villes existait, Sous le nom de Matiça Srbslca , une société qui s'occupait surtout de faire imprimer des ouvrages en langue serbe; mais, malgré les ressources considérables dont elle disposait, elle n'était guère parvenue à éditer que le Ljetopis Srbski, revue trimestrielle peu remarquable au point de vue littéraire. Depuis cependant que la Matiça s'est transférée a Neusatz et qu'elle a rallié de nouveaux auxiliaires, ses progrès sont devenus remarquables. Dans la principauté de Serbie, c'est Belgrade qui est le foyer de la vie politique et intellectuelle. Il s'y publie un grand nombre de livres pour les écoles, des journaux politiques, des almanaehs, des écrits purement littéraires, scientifiques et autres, qui sortent pour la plupart des presses de l'imprimerie du gouvernement, il s'y est aussi formé en 1847 une société littéraire qui s'occupe surtout d'éditer les sources de l'histoire nationale. Elle a été réorganisée en 1863 et subsiste toujours sous le nom de Srpsko vceno drustwo (Société des érudics serbes). A la même époque, le lycée de Belgrade a été transformé en une université possédant des Facultés de droit, de philosophie et de technologie. Dans le Monténégro (Crnagora), Cettigne est le centre d'une certaine activité littéraire depuis que le vladika Pierre Petrovitoh Niégosch s est fait connaître comme poète. L unité de langue, établie par Karadjitsch, a prouvé que 1 idiome dont les Ragusains et les Dalmates se servaient dans leurs poésies au xve siècle était identique à ce serbe ramené a sa pureté première. L'étude des anciens poètes, à, laquelle on s'est livré avec tant d'ardeur à Agram, surtout vers 1830, a encouragé Guj à introduire le dialecte ragusain comme langue littéraire dans les trois comitats de la Croatie (Agram, Varazdin, Kreutz), où se parle un mélange de croate et de Slovène. De la sorte, il est arrivé qu'au lieu des différences sans nombre qui existaient autrefois dans la langue écrite et dans l'orthographe, aujourd'hui, dans toute l'étendue de la Serbie ancienne et de la Serbie moderne, en Bosnie, dans l'Herzégovine, dans le Monténégro, en Dahnatie, en Croatie, en Slavouie et dans les régions croato-sluves de la Hongrie, de l'Albanie et de l'Istrie, la langue littéraire est devenue uniforme, bien que l'on se serve encore pour l'écrire de deux alphabets, l'alphabet cyrillique et l'alphabet latin. 11 en est résulté que dans les écoles on enseigne les deux alphabets, et que tes meilleurs écrivains, sans distinction de confession, s'en servent indifféremment. Les écrivains les plus remarquables de cette période sont : Milutinovitoh, Muschicki, P. Petroviteh Niégosch, Stanko Vraz, Branko Raditschevilch, le comte MedoPutsitsch, Jean Mazuranits, liazali, Martitz, J. Jovannovitz, Sundetschitz, Frerodovitz, Subotitz Utiesehenovitss, Truski et Ban.

La littérature d'érudition ne fait que naître en Serbie; mais elle a déjà eu d'heureux débuts dans différentes branches. Jusqu'à présent, c'est en philologie et en histoire qu'elle a produit le plus. Pour l'encouragement des travaux scientifiques et littéraires, il existe, outre les deux institutions dont nous avons parlé, une Académie des sciences des Slaves méridionaux à Agram, où l'on est sur le point d'établir aussi une université. La littérature périodique a, dans ces dernières années, pris un développement important; car, taudis qu'avant 1848 il ne se publiait en langue serbe que deux journaux, on comptait, en 1867, 14 feuilles politiques, 5 feuilles littéraires, 2 revues d'économie politique, 3 revues de" pédagogie, S revues religieuses et 1 revue militaire, qui étaient toutes imprimées à Agram, Belgrade, Neusatz et Zara. L'excellente revue Knijzevnik (le Littérateur), qui parut à Agram de 1864 à 1866, a été remplacé par un recueil analogue qu'édite l'Académie des Slaves du Sud. Parmi les ouvrages récents qui traitent de l'histoire de la littérature serbe, nous citerons : Coup d'mil sur l'histoire des littératures slaves, par Pypin et Sposovitz (Saint-Pétersbourg, 1865, oa russe ); Oyledalojugoslav Knjizeonosti (Tableau delà littérature des Slaves méridionaux) , par, Ljubic (Fiuine, 1804); Istoria Srpske Knjixevnosti (Histoire de la littérature serbe), par Novakovitch (Belgrade , 1867); Mistorija Knjizevnosti Kroaislce i Srpske (Histoire de la. littérature croate et serbe), par Jogitsch (Agram, 1867); Histoire de la littérature des Slaves méridionaux, par Schafarik (édité par Jiretsek, Vienne, 1833-1864); Poésies populaires serbes, traduites par A. Dozan (1859, in-18) ; Chants populaires des Serviens, recueillis par Wuk «Stephanovitch, traduits en vers (1834, in-so), etc.

— Bibliogr. On consultera avec fruit sur ce peuple : les Slaves de la Turquie, Serbes, Monténégrins, par Cyprien Robert (1844, 2 vol. in-80) ; Miluch Obrenovitch ou Coup d'ceit sur l'histoire de la Sertie, par le prince Miloch Obrenovitch (1850, in-&°); Sur la Serbie dans ses rapports européens avec la ques-

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ft'ond'Oriertf,par Bystrzonowski (1845, in-8°); Essai historique sur les révolutions et l'indépendance de la Serbie depuis 1804 jusqu'à 1850, par Cunibert (Leipzig, 1855 , 2 vol. in-8") ; Situation des israéliies en Serbie (Paris, in-8°), sans date et sans nom d'auteur; les Slaves et les Grecs devant la Turquie (1801, in-8<>), par M. Stephanovitch Dinitrij la Serbie, son passé et son avenir, précédé d'une lettre d Edouard Laboulaye (1862, in-8°), par M. Henri Thiers ; la Serbie après le bombardement de Belgrade, par un Serbe (1862, in-go); la Serbie devant la conférence (1803, br. in-80); le Peuple serbe et la principauté de Serbie, souvenirs de voyage, par Al. Ubicini, dans la Revue des Deux-Mondes (mai 18G4) ; les Serbes de Turquie, études historiques , statistiques et politiques, par le même (1865, in-6°); la Serbie; Kara-Georges et Miloch, par M. Saint-René Taillandier (1872, in-8»).

SERBOCAL s. m. (ser-bo-kal). Techn.

Petit cylindre de verre dont se sert le tireur d'or.

SERGES (Jacques), théologien protestant, né à Genève en 1695, mort à Londres en 1762.

Il fut vicaire d'Appleby, en Angleterre, puis aumônier de la chapelle royale de Saint-James,», Londres, et il a publié plusieurs ouvra-

ges, dont un seul a échappé à l'oubli. C'est un Traité sur les mirucles, dans lequel on prouve que le diable n'en saurait faire pour confirmer l'erreur , et où l'un examine le système opposé tel que l'a établi le docteur Sam. Clarke (Amsterdam, 1729, in-8°) , traduction allemande, Uber die Vanderwerke, etc. (Uos tock, 1749, in-8»).

SERCEY (Pierre-César-Charles-Guillaume, marquis vs), marin français, né au château du Jeu, près d'Autun, en 1753, mort à Paris en 1836. Entré dans la marine à l'âge de treize ans, il prit part à plusieurs expéditions dans les Indes, se distingua au combat naval de la Dominique (17 avril 1780), au siège de Fensacola, et remplit diverses missions qui lui valurent le grade de lieutenant de vaisseau (mai 1581) et la croix de Saint-Louis. Au moment où éclata la Révolution, il revint en France, reçut le commandement de la Surveillante et lit les campagnes de la Martinique, de Saint-Domingue et du Cap. Capitaine en 1792, contre-amiral en 1793, il fut chargé d'escorter jusqu'en France les navires Ue commerce qui se trouvaient en rade du Cap, et comme, en ce moment, la révolte des noirs venait d'éclater, il reçut sur ces bâtiments 6,000 colons échappés au massacre. N'ayant pu gagner la France par suite de l'insuffisance de ses approvisionnements, il conduisit son convoi à la Nouvelle-Angleterre, En arrivant a Brest (décembre 1793), Sercey fut arrêté et envoyé à la prison du Luxembourg, d'où il sortit après le 9 thermidor. En 1793, le Directoire le chargea de conduire aux îles de France et de la Réunion les commissaires Burnel et Baco, chargés de proclamer la liberté des noirs. Craignant qu'il n'en résultât une révolution sanglante comme à Saint-Domingue, Sercey rit prévenir les colons de la mission que devaient remplir les cominissai- . res, et les colons les empêchèrent de débarquer. Sercey passa ensuite dans l'Inde, où il livra un combat victorieux à deux vaisseaux anglais (1796;, débloqua l'île de France en 1799 et prit sa retraite en l&Oi. Il retourna alors à l'Ile de France, dont il défendit la région sud contra les Anglais en 1810. Au retour des Bourbons en 1814 , il reprit du service, reçut la mission de traiter de l'échange des prisonniers français avec l'Angleterre, fut à son retour nommé vice-amiral, et enfin, eu 1832, il fut appelé à la Chambre des pairs.

SERClilO, rivière du royaume d'Italie, appelée autrefois Serculus et Anser. Elle descend des Apennins dans la province de Modène, près u'Ospedaletto, coule au S., à travers les provinces de Lucques et de Pise, et se jette dans laMèdilerratiée, à 12 kilom. N.-O. de Pise, après un cours de 100 kilom.

SERCIAL s. m. (sér-st-al). Vitic. Variété de raisin qui sert à faire les vins de Madère,

SERCQ, île de la Manche. V. Sark.

SERDAR s. m. (sèr-dar). Nom que donnaient les Turcs aux Commaudunts supérieurs des escadres françaises, il Nom donné aux chefs militaires eu Turquie et dans quelques contrées de l'Asie.

SERDEAU s. m. (sèr-do. — On a fait venir ce mot d'un typa lutin serviletlum, diminutif du latin seruilium, service. Cependant, les formes terdeteau , sert de l'eau , qu'on trouve dans d'anciens textes, font penser que le mot a désigné primitivement un officier chargé de servir de l'eau). Oflicier de la bouche du roi de France, qui recevait les plats enlevés de la table par les gentilshommes servants.

— Lieu où l'on portait ces plats, et où tnan geaient les gentilshommes servants.

— Endroit où se faisait ta vente de cette desserte.

SEKDOBA, rivière de la Russie d'Europe, dans le gouvernement de Saratov. Elle prend sa source dans le cercle de Petrovsk, coule au S.-O., puis au N.-O., passa à Serdobsk et se jette dans le Khoper, après un cours d'environ 112 kilom.

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SERDOBSK, ville de la Russie d'Europe, dans le gouvernement et, à 188 kilom. N.-O. de Saratov, ch.-l. du district de son nom, sur la Serdoba; 2,500 hab. Industrie agricole; élève et commerce de bestiaux.

SERDONATI (François), littérateur italien du xvi« siècle. Ses principaux ouvrages ou traductions sont : l Tre libri dell ira, traduit du latin de Sénèque ( Padoue, 1569, in-4°) ; / fatti d'arme de' Jiamani (Venise, 1572, in-4»); Storiedeli Indie orientali, traduit du latin du Père Maffei (Florence et Venise, 1589, in-4°; Bergame, 1749,2 vol. in-4°, édition surveillée par Serassi); Storia di Genova, traduit du latin de Foghetta (Gènes, 1597,in-fol,); Origine de' proverbi fioreutini, manuscrit conservé à la bibliothèque Barberini: copie en 4 vol. à la bibliothèque des Médicis, à Florence. On trouve des renseignements sur Serdonati dans l'ouvrage manuscrit de Briscioni intitulé Toscana letterata, à la bibliothèque Magliabeochiana de Florence.

SÉKÉ (Ferdinand), archéologue, né à Paris en 1818, mort en 1855. Il s'adonna d'une façon toute particulière k l'étude de l'archéologie artistique et lit paraître plusieurs ouvrages remarquables, tant par le fond que par la beauté de l'exécution matérielle. Nous citerons de lui : le Livre d'or des métiers (in-4u); Histoire de l'instruction publique en Fiance (iu-4°) ; les Arts somptuaires du vo au xviio siècle, histoire du costume et de l'ameublement en Europe et des arts et industries Oui s'y rattachent (1852-1854, in-4°. avec pi.); le Muyen âge et la Henaissance , avec Puul Lacroix (1847-185B, 5 vol. in-4»).

SEKEGNO, bourg du royaume d'Italie, province et à 19 kilom. N. de Milan, district de Mouza, mandement de Desio; 5,765 hub.

SÉttliILHAC, village et comm. de France (Haute-Vienne), canton d'Aixe-sur-Vienne, urrond. et à 18 kilom. de Limoges; pop. aggl., 349 hab.— pop. tôt., 2,053 hab.

SEREIN, EINE adj. (se-rain , è-ne — lat. serenus, probablement de sérum, soir, parce que, dans les climats méridionaux, le ciel est presque toujours serein le soir). Clair, pur et calme : Ciel serein. Temps serein. Nuit sereine. L'aigle, en s'éleotint au-dessus desnuanes, peut passer tout à &>up de l'orage dans le calme, jouir d'un jour SKUEin et d'une lumière puis. (Buff.)

— Fig. Calme, exempt de trouble, d'inquiétude : Ame seruinB. fisprit serein. Des jours SBBB1NS.

A.h! que nos derniers jours sont rarement tereina!

Voltaire.

.... Du bonheur les jours purs et sereins Rarement sur la terre ont lui pour les humains.

Ducia.

Pourquoi troubler cette eau si belle qui s'écoule? Pourquoi cueillir ce lis? Pourquoi, d'un souflle impur De cette âme sereine aller ternir l'azur?

V, Huao.

Il Qui marque le ciilme, la paix, la tranquillité d'esprit : Visage serein. Front serein. Hegard serein. Le visage est toujours sehein quund l'âme est en paix. (Caraccioli.)

— Patbol. Goutte sereine, Nom vulgaire de l'amuurosa.

SEREIN s. m. (se-rain. — Quelques-uns tirent directement ce mot de sérum, suir ; mais le sufrixe enus étant tout à fait étranger aux langues romanes, Diez se demande s'il ne faut pas plutôt admettre un type seranus, d'où le français serain, serein, lequel aurait déterminé te provençal seren, qui a son tour serait la source de l'espagnol sereno. Ménage rattache serein substantif a l'adjectif serein, la vapeur en question se produisant particulièrement dans les jours sereins. Soheler appuie cette explication). Vapeur qui se résout en une pluie une, sans que la transparence de l'air eu soit troublée sensiblement ; S'exposer au serein. Passer la nuit au serein.

— Prendre le serein, Eprouver les effets malfaisants du serein :

Il est temps de dormir; tu prendrais le serein. A. de Musset.

II Se dit quelquefois pour prenbrk le wcais.

— Encycl. Le serein, dit Becquerel, est un phénomène qui se produit, en général, dans les grandes chaleurs au coucher du soleil, surtout dans les vallées, les plaines basses et à peu de distance des lacs et des rivières. II est dû au refroidissement des couches de l'atmosphère peu élevées, qui contiennent alors plus d'eau qu'il n'en faut pour saturer l'espace après le coucher du soleil. Les petites gouttes d'eau ne peuvent s'évaporer en tombant, à cause de leur court trajet et de la saturation des couches inférieures. « Quelque temps après le coucher du soleil, dit H. Lecoq, on s aperçoit, surtout pendant Vêlé, que l'air devient troid tout à coup et en même temps un peu humide. Quelquefois même on sent une pluie trés-line qui tombe lentement et mouille les habits. Cette humidité augmente la fraîcheur qui existe et cette époque dans l'atmosphère. Cependant aucun uuuge n'existe dans le ciel et, malgré sa pureté, il eu tombe des gouttelettes. Du reste, les qualités malfaisantes ou merveilleuses attribuées aux gouttelettes du serein sont purement hypothétiques et reposent sur des erreurs populaires ou des faits mal observés. Les maladies qu'elles ont produites

SÉRÉ

Bont dues uniquement à l'humidité de l'air ou ati refroidissement. »

SEHEINER v. a. ou tr. (se-rê-né — rad. «ereiii). Rendre serein : La philosophie faict estât de sereiner les tempestesde l'âme. (Montaigne.) n Vieux mot.

SEREN, bourg du royaume d'Italie, province de Bellune, district de Feltre: 3,581 hab.

SERENÀ, ancien nom de la ville de Coquiwbo, dans le Chili.

SERENA, femme du célèbre Stilicon, née en Espagne vers 366, morte en 409. Elle était fille d un frère atné de l'empereur Théodose. Ce prince l'utmait beaucoup. D'après Claudien, un jour où Serena enfant essayait de lui résister, il la saisit de force : « Celui-là commandera donc toujours,» s'écria-t-elle. Tliéodose, alors général des armées de Valentinien, vit dans ces paroles une prédiction qui bientôt, en effet, devait se réaliser. Devenu empereur, il appela sa nièce auprès de lui et la maria au puissant barbare qui devait plus tard soutenir à lui seul l'empire romain contre le torrent de l'invasion. Serena professa toujours pourStilicon, son mari, un enthousiasme sans bornes. Au milieu des intrigues de la cour d'Honorius, elle lui resta fidèle; elle l'avertissait des complots qui se tramaient contre lui, tandis qu'il courait de Fésules à Pollentia et du Pô aux Alpes, pour arrêter la marche des Goths et des Suèves. Elle triompha le jour où elle maria sa tille Marie à l'empereur Honorius et où elle fiança son fils Eucherius à la sœur de l'empereur, k l'altière et vindicative Placidie. Mais dès ce jour sa puissance, comme celle de son mari, avait pris trop d'accroissement pourne pnslui susciter d'implacables inimitiés. Ce fut d'abord la jalousie de l'empereur.qui haïssait en secret son trop puissant beau-père et qui, après la mort de sa première femme Marie, épousait, puis répudiait honteusement Therinaïuia, une autre fille de Serena; ce fut aussi la colère dissimulée de Placidie, qui détestait son futur époux et excitait contre Stucou les basses passions de la cour de Ravenne. Bientôt toute la cour et les deux partis extrêmes des catholiques et des païens se tournèrent contre celui qui venait de sauver k deux reprises l'empire chancelant. Stilicon fut tué par un ordre impérial, et peu après lui son fils Eucherius, le fiancé de Placidie. Serena, après ce malheur, s'était réfugiée à Rome avec sa fille Thennantia. Bien qu'elle y vécût dans l'obscurité, elle ne put échapper à la haine active de ses ennemis. Quand Alaric vint pour la première fois assiéger Rome, on répandit le bruit qu'il était appelé secrètement par la veuve de Stilicon. Placidie, que sa haine avait amenée à Rome, porta cette accusation au sénat, et Serena fut mise à mort dans sa prison. Clandien a célébré dans des vers touchants celle qui fut longtemps sa protectrice. On peut lire aussi sur elle deux des beaux Itécits de l'histoire romaine d'Amédée Thierry.

SÉRÉNADE s. f. (sé-ré-na-de — de l'italien serenata, concert du soir, proprement soirée sereine, du latin serenus, serein. Quelques-uns le tirent directement de sérum, soir). Concert de voix ou d'instruments, donné le soir ou la nuit, sous les fenêtres de quelqu'un : Chanter une sérùnadis. Exécuter une sùnànade. Donner une sérénade d sa mailresse,à sa /iuucee. Je lui donnerai des cadeaux, des festins, des sérénades. (Regnard.)

— Par plaisant. Charivari, bruits discordants qu'on fait par taillerie, sous les fenêtres de quelqu'un.

— Encycl. J.-J. Rousseau définit la sérénade ; Un concert qui se donne lu nuit sous les fenêtres de quelqu'un. « 11 n'est ordinairement composé, dit-il, que de musique instrumentale; quelquefois, cependant, ou y ajoute des voix. On appelle aussi sérénades les pièces que l'on compose ou que l'on exécute dans ces occasions. La mode des sérénades est passée depuis longtemps - ou ne dure plus que parmi le peuple, et c'est grand dommage : le silence de la nuit, qui bannit toute distraction, fait mieux valoir la musi que et lu rend plus déiicieu>e. >

Aujourd'hui, il est assez difficile de donn une sérénade a sa belle ; les ordonnances î police sur Je tapage nocturne s'y opposer/ En France, d'ailleurs, cela n'a jamais été u mode bien suivie. Il en a été et il en est ei core autrement en Espagne, eu Italie et mèiiien Allemagne.

« Touiiiuns nos regards, dit Georges Kastner, vers une classe nombreuse de donneurs de sérénades, les mendiants d'amour, qui,

Taudis que tout sommeille

Dans J'ombre de la nuit,

comme, disent les airs d'opéra, vont canlando amoroso sous les fenêtres de leurs belles, au son du luth ou tie la guitare. Du temps de Sébastien Biandt, l'impitoyable historiographe des innombrables fous dont se compose ie genre humain, les Allemands nommaient cela hoffieren, faire la cour. C'est en rappelant ce terme de l'idiome germanique que lo mordant Geiler, qui dans ses sermons a commenté avec la rudesse du théologien l'œuvre humoristique de l'auteur de la Nef des fout, blâme longuement les pratiques galantes des donneurs de sérénades. Ce passage de soi sermons a été interprété d'une façon assec

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SERE

comique, en regard du texte allemand, par le dessinateur qui a illustré une très-ancienne édition des œuvres de Geiler, dont j'ai eu l'occasion de voir un bel exemplaire a Strasbourg. Les jouvenceaux, munis de luths, de guitares, sont là, le nez au vent, la bouche toute grande ouverte, chantant leur Buhlenlied devant une porte solidement verrouillée et surmontée d'une petite fenêtre. A celte fenêtre, qui s'eit entr'ouverte, la dame de leurs pensées,

Dans le simple appareil

D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil,

se montre tenant à la main un vase qui n'est pas précisément un pot de fleurs, et dont, sans crier : Garel elle verse le contenu dehors. Trop souvent, hélas 1 les donneurs de sérénades sont éconduits de la sorte et, comme on lo voit ici, n'ont pas même à compter sur de l'eau bénite de cour! En Espagne, leur sort est encore plus triste, et plus d'un galant cavalier, avant d'avoir vu tomber à ses pieds la rose, gage de son bonheur, a dû brusquement interrompre son refrain langoureux sous le coup mortel d'un point d'orgue que lui gravait en pleine poitrine une bonne laine de Tolède. En Italie, ce charmant virtuose qu'on appelle un bravo accompagnait souvent le donneur de sérénades ; tantôt salarié par lui, tantôt aux gages d'un rival qui voulait empêcher le concert, il était recherché pour les exécutions... capitales, surtout quand on le savuit attentif k Xattaca subito et prompt à jouer du stylet sans faire de fausses notes. C'est ainsi que, dans nos villages les plus humbles, ces manifestations amoureuses sont encore fréquemment le prélude de rixes sanglantes entre l'amant préféré et le rival éconduit. ■

C'est dans les pays méridionaux, où la générosité de la température ajouta une sorte d'ardeur fébrile à tous les sentiments humains, c'est en Espagne et en Italie que l'usage des sérénades, des concerts nocturnes a pris véritablement racine dans les mœurs. A peine le célèbre musicien voyageur Burney a-t-il mis le pied à Venise, jadis la cité des plaisirs et des amours, que les accords d'une sérénade viennent frapper son oreille. « Cette nuit, dit-il, j'ai trouvé sur le grand canal une barque dans laquelle était un très-bon orchestre composé de violons, flûtes, cors, basses, timbales, aveu une jolie voix de ténor; elle était arrêtée très-proche de la maison où je suis logé. C'était un trait de galanterie que faisait sans doute quelque amoureux pour donner une sérénade à sa maltresse. »

Au xvie et au xviie siècle, les sérénades eurent en Allemagne une vogue considérable. Aujourd'hui encore, les Allemands n'ont pas abandonné l'usage des sérénades purement vocales, sans accompagnement d'aucun instrument, lesquelles consistent en trios, en quatuors, en quintettes exécutés généralement par des voix masculines. Cette musique sans accompagnement a même pris un trèsgrand développement de l'autre côté du Rhin, par suite de l'extension considérable donnée a la culture du chant choral dans tous les Etats de l'empire d'Allemagne. Les sociétés orphéoniqueSjsi nombreuses maintenant nonseulement en Allemagne, mais aussi en Belgique et en France, donnent souvent des sérénades à leurs directeurs, ainsi qu'aux personnages influents qui les surveillent ou tes protègent.

On voit souvent, dans ce cas, les instruments mariés aux voix ou alternant avec elles, et alors c'est surtout aux instruments à vent qu'on a recours. Parfois aussi, tout le concert est exclusivement instrumentai, et alors, prenant la plupart du temps le caractère et l'allure de la musique de chasse, il se trouve réduit à de simples fanfares.

On donne encore le nom de sérénades aux pièces de musique écrites pour être ainsi chantées et exécutées la nuit. Il va sans dire qu'ici la fantaisie du compositeur se donne toute carrière et ne suit d autres règles que celles de l'art lui-même; nous voulons dire qu'il n'y a point de coupe, de forme, de rhythmo particuliers imposés à ce genre de pièces musicales. Beethoven a donné le nom de sérénade à l'une de ses inspirations les plus enchanteresses; ce morceau n'a point été conçu par lui sans doute pour être joué la nuit en plein air, car il est écrit pour pia.no, violon et violoncelle, et jamais, que nous sachions, le piano n'a concouru il une sérénade. La séiénude de Beethoven n'eu est pas moins un chef-d'œuvre de légèreté et de poésie; elle a mérité, sous ce rapport, le titre que le maître lui a donné.

Dans les universités d'Allemagne, les étudiants et lqs jeunes professeurs qui savent l'harmonie, ce qui n'est pas aussi rare que chez nous, composent souvent eux-uièines les morceaux destinés à être joués pendant les sérénades réclamées par les coutumes traditionnelles de la vie universitaire et offertes à des camarades ou à des supérieurs. On trouve dans les bibliothèques d'anciens recueils de musique vocale et instrumentale dans lesquels figurent des aubades ou des sérénades de ce genre. Pixtorius, Werkmeister et beaucoup d'autres musiciens se sont exercés jadis dans ce genre de composition, auquel ou doit rattacher certaines productions nommées quolibets et un grand nombre de quatuors pour voix d'hommes avec ou sans accompagnement.

SERE

Il fut un temps où l'on ne rencontrait pas un opéra italio.n sans sérénade. Celle du Don Juan de Mozart : Parais à la fenêtre, est restée célèbre ajuste titre et peut être considérée comme le type du genre. Celle d'Almaviva dans le Barbier de Rossini : lo son Lindoro, est très-belle aussi, mais n'a pas la poésie de son aluée; on la nommerait mieux aubade, car le jour commence à poindre lorsque Almaviva vient roucouler sa tendresse sous^ les fenêtres de Rosine; mais peu importe, sérénade ou aubade, Rossini n'en a pas été inoins bien inspiré. Un chef-d'œuvre encore en ce genre et tout à fait différent des deux précédents, c'est la délicieuse sérénade du Don Pasquale de Donizetti, si colorée, si élégante et si véritablement amoureuse l Franz Schubert, ce maître immorte! qui disparut » peine Agé de trente ans, a écrit une ravissante sérénade de concert pour voix de ténor.

Sérénade (t.A.), opéra-comique en un acte, paroles de M018 Sophie Gay, musique de Mme Gail; représenté à Paris en 1818.

Il est singulier que les femmes qui écrivent pour le théâtre soient moins réservées dans le choix des situations et même dans celui des expressions que les hommes. La piècede Mœe Sophie Gay non-seulement offense ce qu'on appelle les mœurs dramatiques, mais elle offre des images et des mots qui choquent la bienséance. Valére et Léonore sont épris l'un derautrejfnalheureusement, c'estlepère de Vulère qui prétend épouser la jeune tille. Il est berné, dupé, trompé et même volé, avec le consentement de son tils, par Scapin et Marine, le valet et la suivante des amoureux. On lui fait payer les frais d'une sérénade qu'il avait préparée pour sa belle. Que Scapin soit fripon, cela est proverbial ; mais que des enfants désirent la mort de leurs parents pour en hériter, cela ne s'est vu que chez les Romains, ou dans les catéchismes de nos jésuites. Qu'il n'y ait pas même dans une pièce le contraste d'un sentiment honnête et désintéressé, voilà qui dépasse les limites de la tolérance que comporte ce genre d'ouvrages.

En revanche, la musique de Mme Gail est Agréable. La mélodie est gracieuse et facile. Nous signalerons le duo de Scapin et de Marine : Beauté, divine beauté; l'air de Scapin, dans lequel il trace le plan comique de la sérénade. La parodie du chœur de soldats û'Œdipe à Colone de Succhini : Nous tracerons pour lui les plus sanglants hasards, et celle de l'air de Zingarelii ; Ombra adorata , sont fort remarquables. Avec un sextuor bien traité, nous signalerons encore la barcarolle populaire arrangée a, trois voix avec le chant à la basse-:

0 pescalor aelV onda Fidelin, Veni pvscar in qtm ; Colla bella sua. burea.

Colla bella se ne vit, Fidelin, lin l'a

Non vo'jlio cento seudi, Fidelin, Ne borsa ricomd ; Colla bella sua barca.

Colla bella se ne va, Fidelin, lin la.

lo vo un bazin d'amorc, Fidelin.

Che quai mi patjhcra.

Colla bel'.a sua boeen, Colla bella se ne va, Fidelin, tin lu.

Il nous semble que la main de Boieldieu n'a pas été étrangère à cet arrangement, qui rappelle celui du dolce eoncento des Voitures versées. Ce petit ouvrage a été écrit pour le chanteur Martin et Mme Boulanger. Les autres rôles ont été chantés par Ponchard, Visentini, Juillet, Moreau, Mlles Deïbrosses et Leclerc.

Sérénade (la), mélodie, paroles nouvelles de X... , musique de Schubert. Ceci est l'œuvre capitale de Schubert. Cette sérénade est immortelle. Impossible de trouver une méio- "die plus amoureusement suppliante ; ce chant pleure, soulïre toutes les désolations de l'amour contrarié ; impossible, en outre, do se placer musicalement à un point de vue plus élevé. Rien de charmant comme ces échos de l'accompagnement, qui sont comme .la prolongation d'une pensée déchirante exprimée d'abord de vive voix. N'est-elle pas navrante cette modulation en ré majeur? Et cette conclusion ajoutée à la deuxième strophe, ne rappelle-t-elle pas d'une façon terrifiante les déchirements d'un naïf cœur de vingt ans aux prises avec la passioii la plus vivace et la plus épouvantable lorsqu'on a une foi entière dans le sentiment qui lui donne naissance? Quel bouleversement entier de l'être éprouvé cruellement 1 Qui ne se souvient de ces heures amères et qui n'a conservé dans un repli de son cœur le souvenir de pareils tumultes 1 Quelle distance sépare ce sublime chef-d'œuvre de la sérénade de Gounod !

Cette dernière est jolie; mais quelle placidité dans les réflexions de cet amant dont l'unique bonheur est de voir dormir à ses côtés sa belle maîtresse 1 C'est un homme dont la tète seule travaille; à ce point de vue, Gounod a parfaitement réussi. Son héros est en bonne fortune. Chez Schubert, au contraire, c'est fa passion la plus violente et la plus exclusive.

SERE

SÉRÈ

Moderato.

1er Couplet. In - cli-ne ta tê - teflô-re; 2e Couplet. Je n'ai plus de sang aux vei-nes!

É - coûte un Su - bir ton

mo - ment dé - dain !

Mon humble et tris - te pri - è - re I

Voir tant de souf - fran - ce vai - ne l

O trop cher Voir ton front

tour d'ai

ment!

rain

i=jfc

=fc

O doux et lia - vrantmar-ty - re Gar - danl sa pâ - leur mor-tel - !e,

HÉfg

zrr.

D'un cœur dé - chi - ré!

Son calme ir - ri - tant,

s^m^mmm

D'un

Son

cœur dé - chi calme ir - ri

ré!

tant!

frrt=q=3T^:

?^=SEgçEg^j

Je viens men-dier ton sou - ri - re, Je te voue haine & - ter xiel - le,

Ton Mé

re - gard sa - eré !

pris in - sut - tant !

jg~f— $==ï=^^=*=

Ton re - gard 8a • cré!

Mé - pris in - sul - tant!

Après le second couplet, on ajoute pour finir :

=jfc

=fe=fc

=ÉZI2£!

Non ! par - donne a la fo - H - e!

f^^ËË^g^

Par- donne aux dou

leurs!

j^ÈJfejgg^gggp

Vois mes tor - tu - res etmes pleurs!

Viens, je t'en sup

meurs l

SÉRÉNADER v. n. ou intr. (sévé-na-dé — rad. sérénade). Faire une sérénade- Il Peu usité.

SÉRÉNAGE S. m. (sé-ré-na-je — rad. serein). Exposition au grnnd air d'objets quo l'on suppose infectés.

SEItEMDA, ville ancienne de la partie septentrionale de l'Inde cisgangétique, d'où, au moyen âge, deux moines apportèrent les vers à soie en Europe. C'est aujourd'hui la ville de Sibhind, dans lu présidence de Pendjab.

SERENDIB, nom d'une île fameuse dans les relations des géographes arabes, mais I dont on ne peut préciser la situation exacte. , Quelques géographes voient la Serendib arabe dans l'Ile de Ceylan, d'autres la placent à Madagascar, d'autres enfin à Sumatra.

SERÈNE s. m. (se-rè-ne). Ornith. Un des noms vulgaires du guêpier.

SÉRÉNISS1ME adj. (sé-ré-ni-si-me — lat.

serenissimus, superlat. de serenus, serein). Très-Serein; titre que l'on donne a quelques princes : Votre Altesse séiîénissimë.

— Titre donné à la république de Venise : La sérénissimk république de Venise.

SÉRÉNITÉ s. f. (sé-ré-ni-té — lat. serenitas; de serenus, serein). Etat d'un ciel serein, d'un temps serein : La sérénité du ciel. La sérénité de l'air. La sérénité du temps.

— Calme, tranquillité d'esprit; disposition des traits qui révèle cette tranquillité : La sérénité de' rame. C'a sérénité du visatje.

La sérénité du front. La sérénité du sourire. La sérénité dans le péril est peut-être le premier don de la nature pour le comman dément. (Volt.) Sur les fiantes montagnes, où l'air est pur et subtil, on se sent plus de sérénité dans l'esprit. (J.-J. Rouss.) L'onde claire du fleuve se trouble en sortant de son lit, comme la SÉRÉNtTÉ d'une âme s'altère en se répandant dans le monde. (Pctit-Senn.)

. , . L'aimable sérénité

De l'innocence est la parure;

Une belle âme sans gatté

Serait un printemps sans verdure.

DÉSMJG1ERS.

— Etat doux et paisible, manière d'être exempte de trouble: Là fut le terme de la sérénité de ma vie enfantine, '(J.-J. Rouss.) L'art, comme la nature, a tour à tour ses sérénités et ses orages. (C. Doucet.)

Ce que je convoitais, monsieur, c'est votre nom, C'est la gloire de vivre en épouse pudique, C'est la sérénité du foyer domestique.

E. Auoisa.

— Titre d'honneur donné à quelques souverains, à quelques princes : Prétendre à la Sérénité. Se faire donner de la Sérénité.

SERENNEs. f. (se-rè-ne). Econ. rur. Vase dans lequel on sépare le beurre de la crème.

SÉRENT, bourg et commune de France (Morbihan), cant. d« Malestroit, arrond. et à 20 kilom. de PloKrmel, aux bords de l'Oust et de la Claye; pop. aggl., 39S hab. — pop. tôt., 2,927 hab. Ardoisières et mine de fer exploitées. Minoteries. Aux environs, nombreuses tombclles druidiques et débris galloromains. Dans l'église paroissiale, qui date du xvc siècle, on voit de belies fresques et quelques vitraux remarquables. Ruines d'un vieux château.

SERENT (Jean-Baptiste-Sébastien), qu'on a quelquefois confondu avec Seran de La Tour, fondateur de la Société littéraire militaire de Besançon, né à Vannes vers 1710. Il était membre de la congrégation de l'Oratoire et fut successivement professeur et avocat. N'ayant pas réussi à être ndmjs à l'Académie de Besançon, il fonda, en 1753, uno société rivale et ennemie de cette Académie. Les académiciens, irrités des railleries et des attaques dont ils étaient l'objet de la part de la société fondée par Sérent, recoururent à l'autorité ot obtinrent une lettre de cachet qui interdit à cette société de tenir des assemblées publiques. Pour obtenir la levée do cette interdiction, l'abbé Sérent se rendit à Paris. On ignore la date de sa mort. La société dont il avait été le fondateur termina obscurément son existence.

SÉIIEXT (Armand-Louis, due de), pair de France, né en 1736, mort en 1822. Entré dans l'armée française en 1752, il était arrivé en 1780 au grade de maréchal de camp, lorsqu'il fut choisi pour gouverneur des enfants du comte d'Artois, les ducs d'Angoulême et de Berry. En 1702, il les conduisit à l'armée de Condé, dans laquelle il combattit contre sa patrie. Attaché ensuiteii lapersonnedu comte d'Artois, il le suivit en Russie, puis en Angleterre. Revenu en France en 18 M, Sérent fut nommé pair de France avec le titre de duc, lieutenant général, gouverneur du château de Rambouillet et chevalier des ordres du roi.

SÉRENT (Sigismond, comte de), fils du précédent, homme politique français, mort en 1796. Député royaliste aux états généraux de 1789, il se rendit en 1791 à l'armée do Condé pour combattre à la solde de l'étranger contre sa patrie. II passa ensuite en Angleterre, où il fut nommé aide de camp du comte d'Artois, qu'il aecompngna à 1 lie Dieu en 1795. Envoyé en Bretagne en 1796 pour y fomenter la guerre civile, il fut surpris et tué par les troupes régulières.

SÉRENTE s. m. (sé-ran-te). Bot. Uu des noms vulgaires de l'épicéa.

SERENTHIE s. f. (se-ran-tî). Entom. Genre d'insectes hémiptères, de la iribu des t i n j-' i des, formé aux dépens des tigres, et dont l'espèce type habite la France : Les serkn- TlitÈs sont surtout caractérisées par leur bec très-court. (Blanchard.)

SERENtiS SAMMON1CUS (Quintus), savant romain. V. Sammonicus.

SERÈQUE s. m. (se-rè-ke). Bot. Nom vulgaire du genêt sagitté ; Le siiRkQUB parait avoir beaucoup de rapports avec la genislelle. (V. de Bomare.)

SKRÈRES, peuple africain du Sénégal. Il occupe la partie occidentale des câtes d'Afrique comprise entre le cap Vert et la rivière de Saloum. Nos rapports avec ce peuple sont d'une assez grande importance, à cause da notre colonie du Sénégal, et nous extrayons quelques renseignements exacts de la notice que lui a consacrée M. Piuet-Luprade dan^ V Annuaire du Sénégal pour 1865. Avant l'arrivée des Sérères, la côte comprise entre lo cap Vert et le Saloum n'offrait sur une profondeur d'une vingtaine de lieues qu'une vaste solitude couverte d'épaisses forêts. Cette contrée était censée faire partie do l'empire yolof, auquel elle confinait au nord et à l'est. Les Mandingues seuls occupaient quelques points isolés de la côte. L'arrivée des Séièros dan9 ces contrées est antérieure au démembrement de l'empire yolof qui eut

5S6 SÈRE

lieu il y a plus de trois cents ans. Us se divisent en deux nations connues sous le nom de Sérères-Nones et de Sérères-Sines. Les premiers occupent la contrée comprise entre le Diander,la Tanma et la mer ; puislnNdout, le Lekhar, le Ndoïi:h, le Ndiankin, le Fanden et le Diobas. Les Sérères-Sines occupent les villages de Babak, Peleo, Bomboï, Pont- Ndof et Pont-Ndiak; ils comprennent en outre les peuplades qui habitent le Ndieghem, le Sine et le Saloum. Les Sérères-Sines parlent le quëguera ou kéguem ; les Sèrères- Nones, le none; ces deux langues n'ont pas la moindre analogie. Tous les Sérères qui se trouvent mêlés avec les Yolofs'dans lu partie orientale du Baol, désignés par les indigènes bous le nom lie Moalonguiafènes, parlent un languge dérivé du sérère-sine ou quéguemet du yolof. La population riveraine de ia mer, depuis Bargny jusqu'à l'embouchure de la Tanma, est composée de Lébous et de Sérères qui parlent indistinctement les deux langues. Par une étude approfondie des langues none et quéguem, on arriverait peut-être à leur reconnaître une même origine, mais nos connaissances actuelles nous portent à les considérer comme distinctes. M. Pinet-Lnprade ne trouve rien d'anomal à cette dissemblance des deux langues, parce que, dit-il, les Sérères sont des captifs expulsés du Jabou, que ces captifs proviennent sans doute de peuples différents de l'intérieur de l'Afrique et qu'arrivés dans les contrées qu'ils habitent ils doivent s'être groupés suivant leur nationalité et, par suite, suivant leur langage.

Le seul point de ressemblance que l'on ait constaté entre les Djolas, autre peuplade duSénégal, et les Sérères en général, c'est qu'ils emploient les mêmes instruments et les mêmes procédés de culture. Ce fait n'est pas sans importance, si l'on tient compte de l'isolement dans lequel ces deux peuples se trouvent l'un par rapport à l'autre, et il est ex- Eliqué naturellement si l'on admet qu'ils suirent autrefois la captivité sous les mêmes maîtres.

L'islamisme n'a pas fait de progrès sensibles chez les Sérères, qui cependant pratiquent la circoncision. Comme la majorité des populations africaines, ils professent le fétichisme. Us placent leurs dieux sous les dômes de verdure des arbres majestueux qui dominent les forêts. Ils en reconnaissent deux : le Takhar, dieu de la justice, et le Tiourakh, source de tous les biens. Le premier de ces dieux a pour ministres les vieillards des familles dépositaires de ces fonctions ; c'est par eux que sont résolues toutes les affaires de vol et de sorcellerie. Les accusations de sorcellerie sont en effet très-fréquentes chez les Sérères et donnent lieu à une épreuve judiciaire par le poison ou par le fer rouge. Le Tiourakh est le dieu que l'on invoque pour obtenir la réalisation de ses désirs ou écarter les malheurs qui vous frappent, tels que la perte de3 récoltes, l'épidémie des troupeaux, la stérilité des femmes, les maladies, etc. On se concilie tes bonnes grâces du Tiourakh iiu moyen d'offrandes, dont ses ministres sont, bien entendu, les premiers à protiter, et qui consistent généralement en bœufs, poules, cbèvres, mil, lait.

Les enterrements se font chez les Sérères avec de grandes manifestations de douleur. Le corps est déposé dans une enceinte circulaire piquetée et surmontée de la toiture de la case qu'il habitait de son vivant. Les fêtes sont nombreuses chez ce peuple et prennent

fiour prétexte la naissance d'enfants jumeaux, e mariage, etc. Le mariage a pour base, comme chez les musulmans, l'achat de la fiancée aux parents; on pratique en ce pays la polygamie illimitée. Au contraire des autres peuplades limitrophes, les Sérères sont assez jaloux de leurs femmes et tuent les coupables pris en flagrant délit d'adultère.

La fortune d'un Sérère dépend de l'importance de ses troupeaux, qu'il augmente et dont il prend le plus grand soin pendant sa vie, pour permettre à sa famille et à ses amis de lui faire de belles funérailles. Les Sérères font de grandes chasses à la mode d'Afrique, c'est-à-dire en rabattant et en concentrant sur un seul point tous les animaux indistinctement. Lit, ils procèdent à une extermination en masse. Mais leur principale occupation est l'agriculture, restreinte presque exclusivement au riz et au mil. Ils s'occupent aussi avec succès et sur une assez large échelle de la culture du coton. Le pays de Ndout est la contrée dans laquelle cette dernière matière est produite dans les meilleures conditions. Ce peuple serait assez intelligent s'il ne s'adonnait à l'ivrognerie, vice encouragé par le grand débit des alcools qui servent d'objet d'échange aux marchands européens.

SERES, anciennement nom que les Romains donnèrent aux peuples qui bornaient à l'orient la Seythie au delà du mont Iraaus, sans assigner d'une manière précise les limites où finissait la première et où commençait le territoire des autres. Ptolémée, qui a décrit la Sérique, ou pays des Sères, avec le plus de soin, ne la termine pas par l'Océan, mais par des terres inconnues. Il met entre l'orient et le midi les Sime, lesquels, d'après la conformité du nom et la situation ue leur donne le géographe, ne peuvent tre que les Chinois. Les Seres et les Sinx

SERE

semblent d'ailleurs n'avoir été que deux dénominations différentes d'un même peuple.

Les Sères sont représentés par les anciens comme un peuple ami de la paix, attaché à la justice, éloigné de la guerre et du commerce des étrangers. C'est encore aujourd'hui le caractère national des Chinois malgré les invasions qui ont dû nécessairement altérer leur caractère primitif. La métropole des Sères était Sera, qu'on croit être Kantchou, sur les frontières du Kentsi, province de la Chine, ou Lhassa, dans le Thibet. Mais ce qui les a rendus célèbres en Occident, c'est la soie, serica, et les étoffes qu'ils en fabriquaient. On n'en vit en Europe qu'après les conquêtes d'Alexandre. Sous les empereurs romains , elle était encore très-rare, et on l'achetait au poids de l'or. 11 fallait l'aller chercher par terre dans le pays des Sères, c'est-à-dire à l'extrémité de 1 Asie. On ne permit d'abord les étoffes de soie qu'aux femmes, et l'on trouve sous Tibère une loi qui défend aux hommes de se déshonorer en portant de la soie. (Tacite, Annales, liv. II, ch. xxxui.) Lampride a remarqué comme une infamie dans Héliogabale qu'il porta le premier un habit tout de soie ; c est ce qu'on appelait holosericum, par opposition au subssricum, étoffe dont la trame était de soie et la chaîne de laine ou de lin. V. soie.

SERES, la SerrsB ou Sinlice des Romains, ville de la Turquie d'Europe, dans le pachalik età 71 kilom. N.-E. de Salonique, cheflieu d'un livah ou subdivision administrative ; 30,00û hab. Archevêché grec. Important commerce de tabac, coton et céréales. Cette ville s'élève au milieu d'une vaste plaine fertile do 50 kilom. de longueur sur 15 kilom. de largeur, arrosée par le Kara-Sou, peuplée de plus de 300 villages et portant le même nom que la ville. Cette dernière est entourée d'une muraille haute et épaisse , flanquée de tours carrées et crénelées. On y remarque plusieurs belles mosquées, des bains et des jardfns publics.

SÉRBT s. m. (sé-rè). Syn. de céracée.

SERETH, X'Ararus ou VOrdessus des anciens , rivière des provinces unies moldovalaques. Elle prend sa source dans la province autrichienne de Bukowine (gouvernement de Gallicie), coule d'abord à l'Ë., puis décrivant une courbe s'infléchit au S., arrose la ville de son nom, entre dans la Moldavie, qu'elle traverse du N.-O. au S.-E., reçoit la Soutchova, laMoldava, la Bistritz et le Trotus et se jette dans le Danube entre Brahilov et Galatz, après un cours de 530 kilom., navigable sur 200 kilom., depuis le confluent de la Moldava, près de Romano.

SEHETH, ville de l'empire d'Autriche, dans la Bukovine, cercle et a 40 kilom. S.-O. de Czerno-witz, sur la rive droite de la rivière de son nom; 3,504 hab.f dont un tiers israélites.

SÉREUX, EOSE adj. (sé-reu, eu-ze — latin serosus; de sérum, petit -lait, qui répond exactement au sanscrit saram, eau. Le sanscrit sara,sâra,e.u masculin, désigne la crème, le coagulum du lait, le beurre frais, proprement l'essence, la substance, ce qui provient ou découle d'une chose, de sar, aller, couler. C'est peut-être l'arménien ser , crème, à moins que ce terme n'appartienne au sanscrit kshar, couler, d'où kshara, eau, et kshra, lait. Comme le sanscrit sara s'applique également au coagulum du lait, il faut sans doute y rapporter l'ancien slave syru, fromage, syrienne, coagulation, russe syrû, .polonais sir, illyrien sir, lithuanien suris, etc.). Anat. Qui ii les caractères de la sérosité : Liquides séreux. La partie séreuse du sang, du lait, il Membranes séreuses ou substantiv. Séreuses, Membranes qui sécrètent des sérosités.

,— Pathol. Qui abonde en sérosités : Sang séreux. Pus séreux. Crachats séreux, h Maladies séreuses, Nom donné anciennement à des maladies dans lesquelles l'exhalation séreuse est très-abondante.

— Encycl. Membranes séreuses. Les membranes séreuses ont pour élément fondamental des fibres lamineuses généralement disposées en faisceaux et s'entre-croisant sous des angles très-nets. IJ s'y mêle des fibres élastiques flexueuses et beaucoup de vaisseaux. Ces vaisseaux capillaires y forment un réseau à mailles serrées, polygonales et anguleuses. Les membranes séreuses sont tapissées d'une couche unique d'épithélium pavimenteux, à cellules pâles, minces et à noyaux volumineux. Chez le fœtus, la couche de cet épithélium des séreuses est continue ; mais sur l'adulte, par suite de frottements, il y a des points où cet épithélium a disparu.

Sous le nom de système séreux on comprend l'ensemble des membranes qui forment des sacs sans ouverture et adhérents par leur surface extérieure aux organes qui les avoisinent. Cette définition complète celle qui a été donnée plus haut. Bichat ne plaçait parmi les séreuses que les membranes splanchniques; mais on y range aujourd'hui les synoviales ou séreuses articulaires et les séreuses des tendons.

Les séreuses deviennent le siège de tumeurs auxquelles on a donné le nom d'e'pïthéiiomas.

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, SÉRÉVAN s. m. (sé-ré-van). Ornith. Oiseau ! peu connu, du genre bengali.

I SERP.SERVE adj. (sèrff, sèr-ve — du latin servus, esclave, qui appartient à ia même famille que servire, servir, et servare, garder; savoir, selon Eichboff, la racine sanscrite sat», aider, assister). Qui ne s'appartient pas, dont la personne et les biens dépendent d'un maître : Paysans serfs, il Qui a rapport à la servitude, à l'état des personnes serves : Des hommes de condition serve,

— Pig. Qui n'a pas la libre disposition de sa volonté, de ses pensées, de ses actes : L'homme que rien ne soulève au-dessus de luimême est serf par nature. (Lamenn. ) Le monde est plein d' hommes qui, pour avoir porté trop tôt un joug pesant, restent serfs toute leur vie. (Miohelet,)

— Ane. philos. Serf arbitre, Par opposition à libre arbitre, Volonté nécessitée, déterminée invinciblement.

— Substantiv. Personne serve, qui n'a pas la libre disposition de sa personne et de ses biens, et, particulièrement, dans les pays féodaux, Personne attachée à la glèbe, dépendant d'un seigneur : Les Serfs de la Hussie. Le paysan suisse est ingénieux, le surf polonais n' imagine rien. (B. de St-P.) La Pologne a péri parce qu'elle n'avait que des nobles et des serfs. (A. Martin.) En France, à la veille de 1 789, il existait encore des serfs. (Proudh.) Dans l'esprit du droit divin, le serf, le vilain et le roturier sont toujours le sauvage que l'intérêt de la civilisation commande de traiter en bête de somme. (Proudh.) Presque tous les soldats qui composaient les armées de Frédéric II et de Marie-Thérèse ont été de véritables serfs. (DeToequeville.) Le progrès , après avoir émancipé l'esclave , après avoir émancipé le serf, travailla encore éperdument à émanciper le prolétaire. (E. Pelletan.) Le serf russe est la chose du seigneur. (De Custine.)

La surfines enfants ne lègue que sa chaîne.

Ancei.ot.

— Hist. relig. Serfs de la sainte Mère de Dieu, Blancs-Manteaux, ordre fondé à Marseille, sous la règle de saint Augustin, et qui fut confirmé par Alexandre IV en 1257.

— Alchim. Serf rouge, Magnésie.

— Encycl. V. SERVAGE.

SERFANTO ou SEKFO, nom moderne de l'Ile de Sbriphos. V. ce mot.

SERFouage s, m. (sèr-fou-a-je). Syn, de

SERFOU1SSAGE.

SERFOUETTE s. f. (sèr-fou-è-te — rad.

serfouir). Hortic. Sorte de fourche à deux dents, qui sert à fouir la terre.

SERFOUIR v. a, ou tr. { sèr-fou-ir — du provençal sosfoire, qui représente la latin suffodere, composé de sue, préfixe, et de fodere , creuser, fouir). Agric. Labourer légèrement avec la serfouette : La fane des salsifis périt en hiver et elle repousse au printemps, époque à laquelle on doit serfouir les planches qui leur sont consacrées. (Raspail.)

SERFOUISSAGE S. in. (sèr-fou-i-sa-je — rad. serfouir). Hortic. Action de serfouit-, léger labour donné avec la serfouette : Les effets des serfouissages sont, ù l'intensité près, les mêmes que ceux des binages. (Bosc.)

— Encycl. Le serfouissage diffère du binage en ce que ia terre est pour ainsi dire simplement grattée, sans que ses molécules changent sensiblement de place. Il se pratique surtout dans les semis trop serrés pour que le fer de la binette puisse passer entre les plants qui les composent. Ses effets, du reste, ne ditfèrent guère de ceux du binage que par leur intensité moindre. Le serfouissage est surtout une opération de petita culture; il peut se faire à l'aide d'une lame de couteau, d'un bâton pointu ou de tout autre engin analogue. Mais le plus souvent on se sert d'une serfouette; c'est une espèce de petite fourche en fer, formée de deux branches ou dents renversées et pointues, posées toutes deux du même côté à peu près parai-* lèleraent, et réunies par une douille à laquelle on adapte un manche en bois d'environ 1 mètre de longueur.

SERGARDl (Lodovico), poëte italien, né à Sienne en 1660, mort k Spolète en 1726. Sa famille le destinait à la jurisprudence , mais il délaissa le droit pour la poésie. Envoya à Rome, il s'attacha au prince Chigi, puis au cardinal Ottoboni qui devint pape ssous lu nom d'Alexandre VIII, et, sur la fin de ses jours, il fut nommé curateur de la fabrique de Saint- Pierre, avec le titre de monseigneur. Quelques changements de mauvais goût qu'il lit à la décoration de la grande basilique rirent pleuvoir sur lui une grêle de plaisanteries. Son irritation fut telle qu'il se démit de ses fonctions et se retira à Spolète, où il finit ses jours. On a de lui des écrits en vers et en prose ; mais c'est à ses satires, pour la plupart dirigées contre Gravina, qu'il doit sa réputation littéraire. Ses débats avec Gravina prirent un tel caractère d'animosité, qu'un beau jour les deux poètes en vinrent à se colleter, et l'on vit l'Académie des Arcades, dont ils faisaient partie, se diviser en deux camps. Les satires de Sergardi sont remarquables par la vigueur et la finesse du trait, l'élégance du style et la beauté des images. Elles ont été publiées sous le titre de Quinli See-

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tant salymXTV in Philùdemttm (Naples, 1694, in-8°), puis réimprimées à Cologne en 1698, in-8°, avec quatre satires en plus ; à Lucques, en 1784, etc., et traduites en vers italiens par l'auteur lui-même (1760, in-8«). Nous citerons aussi de lui : Oratio pro eligendo summo pontifies post obitum Innocenta XI (1689, in-4°). SERGE s. f. (sèr-je. — On a fait venir ce mot du latin serica, étoffe de soie, bien que cette étoffe soit ordinairement de laine. D'autres ont fait venir serge de l'arabe saraka, étymologie plus que suspecte. D'autres enfin tirent ce mot du latin sarcire, coudra, qui aurait donné sitreilis vestis, qu'on trouve en effet dans les textes, mais qu'on fait arbitrairement synonyme de sarga, nom de la serge dans la basse latinité. L'origine de ce mot reste donc inconnue). Sorte d'étoffe de laine commune croisée : Sergu noire, verte. Que d'une serge honnête elle ait son vêtement Et De porte le noir qu'aux bons jours seulement.

Molière.

— Serge de soie, Etoffe de soie travaillée comme la serge.

SERGE (saint), un des patrons de la Russie, né à Rostof en 1314, mort à Troïtzi en 1392. Son père était un boyard. A l'âge de vingtdeux ans, il se retira du monde et se bâtit une cabane dans une forêt, où il eut d'abord un ours pour seul compagnon. Quelques fanatiques s'étant joints à lui, Serge, avec leur concours, fonda un couvent qui acquit une grande célébrité et qui est resté le sanctuaire le plus fréquenté de la Russie. Comme il avait acquis une grande réputation de sainteté, Alexis, métropolitain de Moscou, lui proposa, mais sans succès, de lui succéder sur son siège. Sur la demande du prince Dmitri Donskoi, Serge s'appliqua a pacifier le peuple révolté. L'Eglise grecque 1 honore le 25 septembre.

SERGÉ, ÉE adj. (sèr-jé — rad. serge).

Comm. Se dit d'une étoffa dont le tissu ressemble à celui de la serge

— s. m. Tissu quelconque, croisé et uni, formant des sillons obliques séparés régulièrement par un fil : Le sergé, quoique fixe dans son principe, est variable par le nombre des fils dont il est susceptible d'être comprise, et le nombre le plusminimenepeulêtre au-dessous de trois, c'est-à-dire trois lisses et trois marches. (Faicot.) Le sergé produit, sur l'une des faces du tissu, un sillon oblique par effet de chaine, et sur l'autre face uh sillon sem~ blable, mais d'obliquité contraire, par effet de trame; le tissu a donc un endroit et un envers; c'est le côté où se produit l'effet de chaine que l'on prend généralement pour endroit. (W. Maigne.)

SERGEANT (Jean), théologien catholique, né à Barow, dans le Lincolnshire, vers 1621, mort en 1707. Il fut secrétaire de l'évêque anglican de Durham, Thomas Morton, se convertit au catholicisme et se rendit, en 1642, a Lisbonne, où il fut ordonné prêtre et où il séjourna pendant dix années. Revenu en Angleterre, il y publia un grand nombre d'ou- | vrages de polémique religieuse et philosophique. Nous citerons, parmi eux, Methodus cûmpendiosa , qua recte investiganda et certo invenitur fides christiana (faris, 1674,in-12). Cet ouvrage contenait les deux propositions suivantes, considérées comme hétérodoxes par le docteur Talbot, archevêque catholique de Dublin : Les vérités de la foi doivent porter leur évidence en elles-mêmes. Les motifs de crédibilité doivent être démontrés par la raison. La Faculté de Paris et la congrégation du Saint-Office, appelées à juger ces propositions, déclarèrent qu'elles ne méritaient aucune censure.

SERGEANT (Jean), prédicateur anglo-'américain, né dans le New-Jersey en 1720, mort à Stokbridge en 1749. Il prêcha l'Evangile aux Indiens du Massachusetts et traduisit dans leur langue tout le Nouveau Testament et partie de l'Ancien. On a de fui : Lettre sur l'éducation des enfants indiens ; Sermon sur le dant/er des illusions en matière de religion (174*3).

SERGEL (Jean-Tobie), célèbre sculpteur : suédois, néàStockholm en 1736 et non, comme ! dit Michaud, en 1740, mort dans la même I ville le 2e février 18H. Il fut d'abord simple j apprenti d'un tailleur de pierre, puis, à l'âge j de seize ans, devint élève de Larchevêque, l accompagna son maître à Paris en 1759, re- | vint en Suède, puis, en 1767, se rendit à | Rome, ou il séjourna jusqu'en 1778. Il pas-a ( ensuite en France, puis en Angleterre, et rentra enfin dans sa patrie. Il était membre de la plupart des académies artistiques de l'Europe. Ses principaux travaux sont : un Olhryade, le Faune couché, l'Amour et Psyché, Cérès cherchant Proserpine, Diomède tenant le Palladium, Vénus et Mars, Vénus Caltipyge, Deux anges à l'autel de Sainte-Claire, à Stockholm, enfin la Résurrection, bas-relief eu plâtre, exécuté pour l'autel d'Adoiphe- Frédéric, à Stockholm, et qui passe pour une des plus belles œuvres dues au ciseau de Sergel. On u de lui, en outre, diverses statues, des bustes et des portraits en médaillon et en plâtre.

SERGENT s. m. (sèr-jan. — Grimm tire ce mot du vieux haut allemand scarjo, allemand moderne scherge, huissier ; d'autres le rattachent au latin serviens; ils appuient

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cette explication sur ce que le sens foncier du mot n'est autre que serviteur : serjant de Deu, serviteur de Dieu. Le piémontais dit même encore serviette pour sergent. Le mot latin serviens s'est transformé en sergent, comme salvia en sauge, d'après le principe de la consonnification de \'i voyelle devant a. La forme servant est, avec sergent, dans le même rapport que savant avec sachant. Quant à l'application de ce mot à un outil, on y voit généralement une corruption de serre-joint, ce qui s'appliquerait on ne peut mieux a l'usage de cet outil. Toutefois, M. Littré, ne trouvant aucune trace de serre-joint, en conclut que sergent est ici une expression ligurée qui veut dire serviteur, absolument comme valet, qui désigne un autre outil de menuisier. La chose est possible; mais la raison qui engage M. Littré à rejeter serrejoint nous parait peu solide, les termes de métier se rencontrant rarement dans la langue écrite. M. Littré, dans ses vieux textes, n'a pas plus rencontré sergent que serrejoint). Officier de justice dont les fonctions consistaient a signifier les exploits, les assignations, à faire les saisies, a arrêter ceux contre lesquels H y avait prise de corps : ■Etre poursuivi par les sergents. Une dame me prit hier pour un sergent ; venez me voir, on vous prendra pour un commissaire, et nous ferons trembler tout le quartier. (Racine.)

Je suis sergent à verge, en dépit de l'envie.

Molière.

... J'ai toujours été nourri par feu mon père Dans la crainte de Dieu, monsieur, et des sergents.

Racine.

Il Aujourd'hui, on dit huissier.

— Sergents de ville, Agents de police organisés militairement et chargés de veiller au maintien de l'ordre : Poste de sergents ce ville. Recourir à l'invervention d'un sergent ce ville. A Londres, le sergent de ville porte, au lieu d'une épëe, une lanterne. (L. Blanc.) Le sergent de ville cannait tout le monde, protège tout le monde, ramasse tout le monde. (L. Veuillot.)

— Art miiit. Sous-officier dans une compagnie d'infanterie : Le grade de sergent. Les galons de sergent. Patrouille commandée par un sergent. Son fils, qui n'était encore que caporal, vient de passer sergent. Il Sergent-major, Premier sous-ofricier d'une compagnie, qui est ordinairement chargé de la comptabilité. Il Sergent fourrier, Sous-officier spécialement chargé de pourvoir au logement des soldats en marche, de la ré- ' partition entre les escouades des vivres et eifets d'équipement. Il Sergent de bataille, Officier qui recevait communication du plan de bataille et faisait ranger les troupes conformément à ce plan.

— Ane. coût. Sergent barrie}; Celui qui percevait les impôts à l'entrée des villes. Il Sergent blavier ou champêtre , Celui qui était commis à la garde des blés et autres grains.

Il Sergent à cheval. Huissier monté, qui exploitait à la campagne. Il Sergent dangereux ou traversier, Celui qui devait inspecter les forêts royales qui étaient en tiers et dangers. Il Sergent de lépée, Officier qui devait suivre le châtelain a la guerre, et qui était commis k la garde des châteaux et des forteresses. Il Sergent fieffé, Celui qui était chargé de signifier les exploits concernant les droits du seigneur, || Sergent franc, Celui que les vassaux commettaient k la garde de leurs bois, il Sergent de nuit, Celui qui faisait partie du guet. Il Sergent noble, Sergent du plat de'iépée, Homme d'armes qui réglait les cas de duei et surveillait le combat. Il Sergent de querelle, Celui qui était tenu d'assister aux duels. I! Sergent de la paix, Sergent des juridictions ordinaires. Il Sergent prairier, Celui qui était commis à la garde, à la conservation des prés, l) Sergent royal, Sergent qui tenait son oftiee du roi. il Sergent non royal, Celui qui tenait son office d'un seigneur. Il Sergent des tailles, Officier préposé à la perception de l'impôt, Il Sergent à verge, Huissier qui avait le droit d'être juré priseur et vendeur de biens, il Barrière des sergents, Bureau où se tenaient les sergents. Il Montre des sergents, Revue que les sergents passaient tous les six mois, sur la place du Châtelet, et pendant laquelle on était admis à faire une plainte contre eux.

— Mar. Petit crochet de fer attaché à un cordage, et servant à soulever un tonneau.

— Techn, Instrument qui sert à rapprocher et à tenir unis deux objets qu'oa veut joindre, il Forte barre de fer qu'on place devant la gueule de l'arche du four d'une glacerie,

— Entom. Nom vulgaire du carabe doré.

— Encycl. Hist. La dénomination de ser- • gent a été donnée, au moyen âge et sous

l'ancienne monarchie, soi ta des hommes chargés d'un service militaire dans les années et les forteresses (servientes, sergeants), soit à certains officiers de justice, soit à dus officiers préposés à la garde et à l'administration des forêts, des prés, des vignes, etc. Les officiers de justice chargés de faire les ajournements, de lever les amendes et d'emprisonner les malfaiteurs portaient le nom de [ sergents avant d'être appelés huissiers (v. ce i mot). Les sergents à verge ou à pied avaient J pour mission de signifier les mandements de : justice et étaient chargés, à Paris, de la jjo- : lice sous les commissaires du Châtelet. C'étaient eux qui, avant qu'on eût établi des '

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commissaires-briseurs (1690), étaient chargés de procéder à la prisée et à la vente des meubles. Les sergents à cheval avaient pour fonctions de signifier et d'exécuter les mandements de justice dans toute l'étendue du royaume. Les douze gardes du prévôt de Paris portaient le nom de sergents à la douzaine, et Ion donnait le nom de sergents des tailles aux agents chargés de percevoir l'impôt de la taille. Les sergents des forêts prélevaient certains droits en argent ou en nature, tels que bois, parties de récoltes provenant des cultures des environs des forêts ou même de l'intérieur, là où elles étaient défrichées. Les sergents des prés, désignés sous le nom de pragers ou maréchaux, prélevaient également certaines redevances relatives aux prairies. Les sergents des vignes avaient des droits et des devoirs extrêmement variés, dont une charte de Sanxon, fils d'Hélye d'Argences, en faveur de l'abbaye de Fecainp, a donné l'énumération (Cariulaire de Fécamp). Il y avait aussi des sergents dangereux , qui furent institués par Henri II en 1552 pour conserver les droits du roi sur les forêts et les rivières; ils percevaient pour leur compte le tiers et le dixième des produits des rivières et des forêts; on les appelait dangereux, de dangerium ou domigerium, qui, suivant Du Cange, signifie 'seigneurie. Le droit qu'ils percevaient fut réglementé par le titre XXIII de l'ordonnance de 1669 et changé en une taxe par l'édit de 1673. Les sergents étaient tenus de comparaître, comme officiers de justice, tous les jours où la juridiction dont ils dépendaient tenait séance; les exploits qu'ils délivraient et les actes de leur ministère devaient, pour être valables, être faits dans le ressort de leur sergenterie; cette restriction les distinguait des huissiers-archers, gardes en la connétablie et maréchaussée de France, qui, bien qu'exerçant à côté d'eux, pouvuient délivrer leurs exploits par tout le royaume. Les sergents, considérés comme officiers de justice, étaient les seuls qui subsistaient encore à l'époque de ta Révolution.

L'office des sergents se nommait sergenterie, ainsi que l'étendue de leur circonscription. Les sergenteries constituaient souvent de véritables fiefs imposant des obligations et conférant des droits. « Les sergenteries, dit M. Chérue), avaient surtout beaucoup d'importance en Normandie, où elles constituaient des fiefs nobles et héréditaires. Les fonctions des sergents nobles paraissaient avoir été primitivement de commander une partie de 1 armée et de faire respecter par la force des armes les droits de la justice. On les appelle quelquefois sergents de l'épée. Ils avaient une place honorable dans l'échiquier de Normandie. Il existait aussi des sergenteries dans plusieurs autres provinces, notamment dans l'Aiigoumois, le Poitou, l'Anjou, le Mairie et le Perche. Les sergenteries furent supprimées parl'Asseniblée constituante, dans la nuit du 4 août 1789. » Les vassaux investis d'un office de sergent, à titre de fief, étaient appelés sergents fieffés. Ils devaient faire des exploits pour la recherche et la conservation des droits du seigneur dominant et ils avaient le droit de se faire aider dans l'exercice de leurs fonctions par plusieurs sergents, deux à cheval et un à verge ou à pied.

Nous avons parlé jusqu'ici des sergents remplissant des fonctions de l'ordre civil ou judiciaire. Il nous reste à parler des sergents remplissant un service militaire, en laissant du côté les sergents d'armes et de bataille, dont il sera question plus loin.

Au moyen âge, on désignait sous le nom de sergents des soldats qui servaient volontairement, soit dans lu cavalerie, soit dans l'infanterie, sans appartenir à un corps déterminé. Ils étaient attachés fréquemment au service d'un cavalier. « Les sergents ou serviteurs des armées féodales, dit Bardin, ayant pris par rapport aux troupes communales et à l'infanterie une certaine importance, les bandes, les troupes eu campagne reconnurent le litre de sergent comme la désignation d'un grade. » Au xve siècle, les sergents de bandes étaient les sous-officiers chargés de veiller à la discipline, au service et à la police des troupes. Au siècle suivant, on donna le nom de sergent-ma.)or à un officier supérieur qui remplissait des fonctions analogues à celles de nos majors actuels. Au xvie siècle, le sergent-major disparut et on ne désigna plus sous le nom de sergents que des sous-ofrieiers. Parmi ces sous-ofriciers, le capitaine de chaque compagnie en choisissait un qui prenait le nom de sergent d'affaires, qualification qui fut changée successivement en celle de sergent-fourrier et de sergent- major. ■ Les fonctions des sergents, dit Cliéruel, étaient de tenir le registre des logements des officiers et des soldats. Ils devaient aussi appeler les soldats le jour de paye, noter les absents et pourvoir k tous les détails de la police et de la discipline. En l'absence des officiers de la compagnie, le sergent de garde faisait descendre et monter les gardes, marchant à la léte, la hallebarde à la main, et les autres sergents se plaçaient sur les ailes de lu compagnie pour faire observer les distances des rangs et des files. Tous les soirs, le sergent allait prendre l'ordre du major et le portait à son corps de garde. »

Actuellement, les sergents constituent dans l'infanterie le corps des sous-officiers. On en

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compte trois sortes : les simples sergents, au nombre de quatre par chaque compagnie; les sergents- fourriers, dont nous avons parlé ailleurs (v. fourrier), et les sergents-majors, qui sont au-dessus des sergents. Les simples sergents sont particulièrement chargés avec les caporaux de l'instruction militaire des soldats et commandent une section de compagnie. Il sont, en outre, astreints à certains devoirs selon qu'ils sont sergents de corvée, de ronde, de garde, de patrouille, de planton, de police, d'ordonnance. Les sergents chefs de poste s'acquittent de ce service comme le feraient les officiers, sauf quelques différences dans la reconnaissance des rondes. La marque de ce grade consiste en un galon d'or ou d argent placé sur la manche au-dessus du parement. Dans chaque compagnie se trouve un sergent-major qui commande aux soldats, caporaux et sergents, surveille la comptabilité du fourrier et est chargé de tous les détails de l'administration de sa compagnie.» l{ est, dit Bardin, le dépositaire des registres, le répartiteur des deniers de solde, le distributeur des effets d'uniforme. Il concourt, sous la direction du capitaine, à la tenue du contrôle annuel; il inscrit ou fait inscrire par son fourrier les mouvements mutationpaires des vingt-quatre heures; aux revues, il appelle les hommes de troupe; il tient les cahiers d'appel, de petits congés et d'envois d'argent; il inscrit ou fait inscrire sur le registre de eompagnie le nom des congédiés, constate la justesse du signalement des arrivants; k la rentrée des militaires isolés, il recueille leurs feuilles de route, etc. Le sergent-m&jor est dispensé de monter la garde et de remplir les autres services armés, excepté dans le cas où la totalité de la compagnie prend les armes. L'insigne de son grade consiste en un double galon en or ou en argent sur la manche au-dessus du parement.

— Sergents d'armes. Sous l'ancienne monarchie française, on donnait le nom de sergents d'armes (servientes armorum) à des gardes attachés à la personne du roi et institués par Philippe-Auguste en 1191. Ils remplacèrent les anciens portiers royaux et furent chargés de la garde des portes intérieures, ce qui leur fit donner le nom à' huissierssergents en 119S. C'étaient des gentilshommes armés de toutes pièces, qui formaient une compagnie d'environ 150 hommes. Toutefois, leur nombre diminua progressivement. Réduits à 100 hommes par Philippe de Valois, ils n'étaient plus que S sous Cliarles V. A partir du xve siècle, les gardes du roi cessèrent de porter le nom de sergents d'armes. Us montaient lu garde à pied dans le palais du roi et ils servaient à cheval dans les combats.

— Art milit. Sergents de bataille. C'étaient des officiers chargés temporairement de faire ranger une année en bataille, sous la direction du maréchal de bataille ou du sergentmajor général de l'infanterie. Les sergents de bataille furent créés en 1515. Ils paraissent avoir été à l'origine des capitaines détachés de leur corps et il en est encore fait mention sous Henri IV. Us furent remplacés par les sergenls-m&jors, dont les fonctions, au lieu d'être temporaires, étaient permanentes. « Le général ou le mestre de camp qui momentanément était à la tête de plusieurs enseignes réunies, dit Bardin, désignait un capitaine pour être le sergent-major de la bataille. Ce sergent-major prenait le mot des généraux et le donnait aux capitaines, bien que souvent il fût leur cadet. En 1646, le duc de Noailles, n'étant encore que colonel, obtint l'autorisation de servir comme sergent de bataille, charge alors plus élevée que celle de raestie de camp. Ils ont existé dans quelques corps français, sinon dans tous, jusqu'en 1648. Ce grade et ces fonctions avaient été empruntés k l'armée espagnole. ■

— Administr. Sergents de ville. Les sergents de ville sont de subalternes mais très-utiles agents de la police municipale. Leur office est principalement de veiller à l'exécution des règlements, au maintien de l'ordre matériel dans la rue, à la liberté et à la sécurité de la circulation, à l'état de propreté des rues et à tout ce qui intéresse la salubrité

Ïmblique. Les sergents de ville, de même que es inspecteurs de police, sont, dans les départements, à la nomination des maires des communes; à Paris, ils sont directement nommés par le préfet de police, à raison des attributions municipales dévolue^ à ce haut fonctionnaire parallèlement avec les attributions d'un autre ordre dont il est investi. Ce Îireinier point est essentiel à noter pour fixer e caractère légal du sergent de ville; il n'est point agent du gouvernement, dont il ne reçoit, médiateinent ou immédiatement, aucun mandat ; il est uniquement l'agent de l'autorité municipale.

La surveillance exercée par les argents de ville est une surveillance matérielle et de détail, tendant surtout à empêcher ou à consta» ter les contraventions. Ces modestes agents n'ont à aucun degré le caractère d'officiers de police judiciaire. Ils ne peuvent en général arrêter un citoyen, à moins d'être porteurs d'un ordre ou mandat régulièrement délivré par le magistrat compétent. Ils peuvent, et ils ont plus que la faculté, ils ont le devoir de procéder de leur chef à l'arrestation en cas de flagrant délit ou dans lo cas,

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assimilé au flagrant délit, où le délinquant est encore dénoncé et poursuivi par la clameur publique. En pareil cas, ils opèrent régulièrement l'arrestation et peuvent, à cette fin, requérir main-forte même des simples citoyens, qui sont tenus d'obtempérer à leur réquisition. En même temps que de la personne du délinquant, ils doivent se saisir des armes et objets quelconques ayant servi à la perpétration du fait et de nature à en établir la matérialité et à servir de pièces de conviction. L'arrestation opérée, ils doivent incontinent mettre les personnes arrêtées, ainsi que les pièces à conviction qu'ils ont pu recueillir, a la disposition des magistrats de la police judiciaire. Du reste, n'étant point euxmêmes des officiers même purement auxiliaires de la police judiciaire, ils n'ont à rédiger aucun procès-verbal des faits qu'ils ont constatés, et un acte de cette nature, émané d'un sergent de ville, n'aurait aucun caractère d'authenticité et aucune valeur probante juridiquement. Les sergents de ville ou inspecteurs de police sont néanmoins dans l'usage de minuter en pareil cas une note écrite, constatant sommairement les faits qui ont motivé l'arrestation. Mais cette note, utile au magistrat instructeur, ne fait par elle-même aucune preuve en justice .'Aussi, selon une pratique constante, les agents qui ont exécuté l'arrestation et constaté de visu les faits délictueux sont-ils cités k la barre du tribunal ou de la cour d'assises pour en témoigner sous la foi du serment. C'est leur déposition qui fait preuve au même degré que la déposition des témoins ordinaires.

L'office des sergents de ville et autres agents inférieurs de la police municipale les expose incessamment à des voies de fait et à des outrages contre iesquels la loi a dû leur assurer une protection spéciale. C'est k quoi il a été pourvu par différentes dispositions du code pénal, et d'abord par les articles 209 et suivants de ce code, relatifs à la rébellion 'commise envers les dépositaires ou agents de l'autorité ou.de la force publique. L article 209 définit la rébellion ■ toute attaque ou toute résistance avec violence et voies de fait envers les préposés déposituiresou agents de l'autorité, agissant pour l'exécution des lois, des ordres de l'autorité publique ou des mandats et décisions de la justice.» L'article 213 du même code punit de la peine de six jours à six mois d'emprisonnement et d'une amende de 16 à 200 francs la rébellion à son état le plus simple et le moins offensif, c'est-a-dire lorsqu'elle a été commise sans '■ armes et par une seule personne ou deux ! personnes au plus. La peine s'élève dans une forte proportion, aux termes des articles 210 i et 211, quand la rébellion a été le fait d'un > groupe plus nombreux de personnes et s'est | compliquée de la circonstance aggravanto du port d'armes apparentes ou clandestines. L'article 224 du code pénal protège les agents de la police municipale, ainsi que plusieurs autres catégories de personnes, contre les simples outrages par paroles, gestes ou menaces qui pourraient leur être adressés dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions. La peine contre l'offenseur est un emprisonnement de six jours a un mois et une amende de 16 à 200 francs. Les tribunaux peuvent d'ailleurs dédoubler la pénalité légale et n'appliquer que l'amende sans emprisonnement, ou l'emprisonnement sans amende. Quant aux violences corporelles ou aux coups qui seraient portés k ces mêmes agents dans l'exercice de leurs fonctions, ils sont punis avec une exceptionnelle mais légitime sévérité par la loi, La peine prononcée par l'article 230 du code pénal est un emprisonnement d'un mois à trois ans et une amende de 16 à 500 francs, alors même que les coups auraient été portes sans armes et n'auraient produit aucune blessure.

Les sergents de ville et autres agents de la police municipale ont le droit, ainsi qu'il a été dit plus haut, de requérir l'assistance même des simples citoyens en cas de flagrant délit. Ils ont la même faculté en cas d'accident, incendie, tumulte, dans toutes les circonstances en un mot qui créent un danger public et réclament une action immédiate. Il fallait une sanction à ce droit de réquisition qui leur est attribué. Cette sanction se rencontre dans l'unicle 475, g 13, du code pénal, qui punit d'une peine fort modérée, il est vrai, d'une amende de 6 k 10 francs, quiconque, le pouvant, a refusé de prêter mainforte dans les circonstances qui viennent d'être indiquées.

Les citoyens, à leur tour, devaient être protégés contre les violences auxquelles pourraient se livrer, sans motif légitime, sur leur personne les agents inférieurs de l'autorité. Les articles 186 et 198 du code pénal répondent k celte nécessité de la protection des simples particuliers contre les abus de la force publique. Si les violeuces commises par les agents n'ont que lu caractère d'un délit correctionnel, le maximum de la peine légale doit être appliqué de rigueur. Si elle présente les caractères juridiques d'un crime, la peine applicable est élevée d'un degré audessus de celle qui serait encourue si le fait avait été commis par un simple particulier. Ainsi, supposons que, pour le fait dont il s'agit, la peine normale ou de droit commun fût celle de la réclusion, l'agent de police municipale qui s'est rendu coupable du même fait dans l'exercice de son office sera passible

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des travaux forcés à temps, La même gradation est suivie dans tous les cas.

Remarquons, en finissant, que les sergents de ville et autres agents de même ordre peuvent être, pour leurs actes abusifs, poursuivis directement devant les tribunaux par les parties plaignantes. Ils répondent de leurs faits et gestes comme le commun des citoyens et devant les mêmes juridictions; aucune disposition exceptionnelle ne couvre ou n'atténue leur responsabilité. Ce point de droit ne faisait de doute pour aucun jurisconsulte sérieux, mais l'arrêt presque célèbre rendu par la cour de Paris en 1867, dans l'affaire Parent contre l'inspecteur de police André, a mis cette solution hors de toute controverse.

A propos de cette affaire Parent, nous ne pouvons omettre de dire quelques mots du rôle exclusivement politique que jouèrent si souvent sous le second Empire et même plus tard les sergents de ville que M. Piétri lançait, armés de casse-tête, contre la population parisienne. On se souvient des scènes déplorables qui eurent lieu soit à l'époque des élections de 1809, soit le 3 septembre 1870 au soir. Nous nous contenterons de les rappeler ici et de souhaiter que le pouvoir, trop prompt ii employer la for£e contre les manifestations les plus calmes et les plus légitimes, soit dépossédé du droit de mettre les sergents de \ille en mouvement et cède ce pouvoir à la municipalité, représentée non plus par un agent du gouvernement, mais par un magistrat élu par les citoyens.

Ceci dit, mentionnons qu'après la révolution du 4 septembre 1870 on a changé à Paris la dénomination de sergent de ville contre celle de gardien de la paix (v. ce mot). En 1S72, ces agents de police étaient, à Paris et à Versailles, nu nombre de 0,801. V. police À Paris.

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