‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 314 sur 1059 · C. Pelavione · texte numérisé non relu

C. Pelavione

— Encycl. Hist. Le serf était une sorte d'esclave immeuble, une dépendance de la terre sur laquelle il était né et dont il suivait le sort dans l'héritage et dans la vente. La transformation de l'esclavage antique en servage date de l'invasion des barbares. Avant cette époque cependant, aux derniers temps de l'empire romain, les campagnes se dépeuplant avec une rapidité effrayante, le lise avait favorisé une organisation du travail agricole qui offre quelque analogie avec le servage : c'était le colonat ; les colons étaient attachés au sol qu'ils cultivaient pour le propriétaire, mais dont ils recevaient en échange une jouissance partielle; ils avaient du reste les droits de citoyen et restaient membres de l'Etat. L'invasion germanique changea leur condition ; suivant le droit barbare, la souveraineté et la propriété étant identifiées, les colons devinrent serfs des familles germaines qui s'étaient partagé le sol et perdirent tous leurs droits petsonnelsau profit des propriétaires. En même temps, la classe des esclaves domestiques disparaissait; les Germains n'avaient point les mœurs des Gallo Romains ; ils abhorraient le séjour des villes et se Axèrent dans les campagnes avec leurs esclaves, qu'ils employèrent aux travaux d<s champs. « Le riche barbare, dit Augustin Thierry (Histoire du liers-étut) , était servi par des personnes libres, par les (ils de ses proches, de ses clients et de ses amis ; le penchant de ses mœurs nationales, contraire à celui des mœurs romaines, le portait à reléguer l'esclave hors de sa maison et à l'établir , comme laboureur ou comme artisan, sur une portion de terre à laquelle il se trouvait rixe... L'imitation des mœurs germaines par les nubles gallo-romains fit passer beaucoup d'eselavesdomestiques de la ville à la campagne et du service de la maison au travail des champs. » Dès le règne de Charlemagne, il n'y avait plus guère que des esclave» casati, partageant le sort de l'immeuble ; au îxe siècie, l'absorption était complète. Les serfs étaient dits adscripli glebm, attachés à la glèbe, vilains, taillables et corvéables à merci de la tête jusqu'aux pieds. Ils ne pouvaient posséder aucune terre en propre, ne cultivaient que pour le seigneur, ne pouvaient sortir du domaine ni se marier sans sa permission. Ils pouvaient être vendus avec la terre, et le seigneur avait en réalité, quelles que lussent d'ailleurs les coutumes à cet égard, le droit de vie et de mort sur eux. C'était un bétail. Tenus à une redevance en argent, en fruits du sol, en corvées, etc., pour le fonds qu'ils cultivaient, ils ne pouvaient rien acquérir au delà de ce qui était indispensable pour soutenir leur misérable existence; légalement, ils n'avaient pas même, dans l'origine, droit au pécule de l'esclave antique. Ils étaient, au reste, mainmortables et le seigneur héritait de ce qu'ils pouvaient laisser.

L'histoire du servage se confond avec celle de la féodalité, et les formes en ont varié suivant les temps et suivant les localités. Il serait difficile n'indiquer à quel moment a commencé l'émancipation progressive des serfs et par quelles voies elle s'est accomplie. On peut dire, toutefois, que vers le auji<: siècle commença à se manifester un mouvement favorable à l'affranchissement (les serfs. C'était alors l'époque des croisades et des expéditions lointaines; les seigneurs cherchaient do l'argent où ils pouvaient, à tout prix. ; ils dépouillaient les serfs du peu d'épargne que ceuxci avaient pu amasser, et pour obtenir ces épargnes plus facilement, ils n'hésitèrent pas à leur concéder quelques franchises ; il arriva donc que beaucoup de serfs obtinrent à cette occasion la jouissance libre d'une portion de domaine, moyennant certaines conditions, telles que l'obligation d'un certain nombre de journées de labour, de charroi sur la propriété du maître.

Que.queshistoriens fonthonneur à Philippe le BeletàLouisle Hutin d'avoir donné l'exem-

Ïile de l'affranchissement du servage; il y a a une erreur historique; ces rois de France

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ne donnèrent pas, mais vendirent, à des conditions même très-onéreuses, les droits de franchise ; ce fut pour eux une ressource extrême, un expédient pour remplir leurs coffres vides et battre monnaie.

Au lieu d'accuser l'indolence des serfs à se racheter (indolence inconcevable si le rachat eût été sérieux), on aurait dû méditer les nombreux exemples qui prouvent que dans la plupart des cas ce rachat était illusoire. L'influence tutélaire de l'Eglise et Ses efforts pour l'affranchissement des serfs ont été aussi prodigieusement exagérés. Le clergé, les couvents, les confréries possédaient un nombre immense d'esclaves, cela est attesté par d'irrécusables témoignages, et ne songeaient nullement à les affranchir. Les hommes de cet âge de fer, barons, èvêques ou religieux, avaient d'autres préoccupations que d'appliquer les maximes de l'Evangile. Bien plus, nou3 trouvons à chaque pas dans 1 histoire des preuves de l'âpre ténacité du clergé à maintenir ses prétendus droits sur les serfs de ses domaines. On sait combien d'arrêts inutiles furent rendus pour interdire aux prélats, aux abbés et aux couvents de percevoir sur les époux la redevance qui avait été substituée à l'infâme droit de prélibation. Nous établirons plus bas que c'est dans Jes fiefs ecclésiastiques que le xvine siècle et la Révolution française ontretrouvé les dernières victimes du servage.

Voici à peu près quelle était la situation du peuple des campagnes au xmc siècle :

On pouvait distinguer trois catégories principales de vilains : 1" les serfs proprement dits; £o les mainmortables ; 3° les tenanciers libres.

Les serfs proprement dits appartenaient k leur maître corps et biens. Cette catégorie de serfs devient de moins en moins nombreuse à partir du xm» siècle. Déjà, à cette époque, la grande majorité des serfs faisaient partie de la classe des mainmortables, dont la condition était beaucoup moins dure.

La servitude de mainmorte embrassait quelquefois la totalité des biens meubles ou immeubles ; quelquefois elle pesait sur les meubles seulement, quelquefois sur les immeubles seuls, suivant les localités. On remarque dans tous les actes législatifs une propension à étendre et à garantir la propriété des mainmortables. La coutume du Bourbonnais, qu'on peut citer comme exemple de coutume serve, ne semble leur refuser la libre disposition de leurs biens que pour maintenir l'intégrité du territoire seigneurial. Tel était évidemment le principe de cette servitude.

Restreinte par la mainmorte proprement dite, la liberté des mainmortables l'était encore par les droits de poursuite et de formariage. La poursuite était une sorte de contrainte par corps exercée contre le mainmortable qui abandonnait le lieu où il était obligé de résider. Quant au formariage, c'était le droit que payait un serf pour épouser une femme franche ou appartenant à un autre maître, et réciproquement une femme serve pour épouser un homme franc. Jusquuu XIIe siècle, les mariages conclus sans l'autorisation du maître étaient considères comme nuls. Le pape Adrien IV, qui était d'origine servile, les déclara valables au nom de l'Eglise et ne laissa aux maîtres que la faculté de réclamer une indemnité pécuniaire. Cette décision lie l'Eglise fut suivie par les lois civiles, et le formariage ne fut plus qu'un impôt.

La troisième classe de paysans était celle des tenanciers libres ou francs hommes de poste; on les appelait aussi oauasseurs en Normandie. Ils se distinguaient des mainmortables en ce qu'ils avaient la pleine et entière disposition de leurs biens, mais ils pouvaient n'être pas affranchis des obligations de poursuite et de formariage ; ils étaient également assujettis aux droits seigneuriaux, aux redevances et services attachés à la tenure. Enfin ils avaient en certains cas besoin de l'autorisation du seigneur pour entrer dans l'Eglise ou pour acheter des terres dans l'étendue de la seigneurie, pour aller s'établir dans une ville de commune ou de bourgeoisie.

Ainsi que nous l'avons dit, à partir du xme siècle la condition des classes agricoles tendit de plus en plus à se modifier dans le' sens de la liberté. La classe des tenanciers libres s'augmenta de jour en jour aux dépens des deux premières classes. Ce mouvement est dû surtout, nous l'avons fait remarquer, aux besoins fiscaux des seigneurs ; on peut assigner aussi d'autres raisons, politiques et économiques, aux nombreuses chartes d'affranchissement qui furent peu à peu délivrées. D'abord, de la part des rois de France, il y avait un avantage incontestable à l'affranchissement des serfs, qui, devenus sujets libres de leurs seigneurs, obtenaient par là la possibilité d'entrer dans les bourgeoisies des villes placées presque toutes sous la juridiction de la couronne. Ou conçoit donc l'intérêt des souverains à donner l'exemple de ces affranchissements. Une raison économique, commune à toutes les seigneuries, ne fut pas non plus étrangère à ce grand progrès. Quand Beauinanoir constate que les .seigneurs trouvent avantage à reconnaître "à leurs tenanciers des droits plus nombreux, il exprime cette vérité démontrée par les économistes modernes, que le travail des hommes libres est d'un plus grand rapport que celui des esclaves ou des serfs. « Ceux de mainmorte, dit

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l'archevêque de Besançon, Hugues devienne, dans une charte où il affranchit ses serfs, négligent de travailler en disant qu'ils travaillent pour autrui, et pour cette cause ils gâtent le leur. » Une autre charte de 1368, par laquelle Euguerrand de Coucy affranchit les hommes de sa baronnie, en donne pour raison qu'ils la désertent parce que la servitude y existe encore. La plupartdes chartes d'affranchissement contiennent des motifs analogues.

Quoi qu'il en soit, l'émancipation s'accomplit lentement, par des causes et des moyens que nous allons énumérer. 1° Multiplication des esclaves de la terre et diminution progressive des esclaves personnels à la suite des invasions frauques. Chateaubriand prétend que ces derniers avaient déjà presque entièrement disparu sous les rois de la seconde race. Il n'est cependant pas exact de dire que les Germains ne connaissaient que le premier genre d'esclavage. 20 Influence du christianisme dans une mesure qui n'a pas encore été déterminée d'une manière précise, car cette question a été généralement traitée jusqu'à présent sur des suppositions plutôt que sur des données positives et sur des faits. 3° Affranchissements partiels, par ventes, échanges, rachats, droit d'asile pour les serfs fugitifs accordé à certaines villes, besoins d'argent des seigneurs , etc. ■4° Modifications apportées à la législation générale par l'adoucissement progressif des mœurs. 5<> Insurrections, et notamment celles d'où sortirent les communes. 6<> Querelles des seigneurs entre eux, et par suite armements de leurs hommes de glèbe sous la bannière de la paroisse. A toutes ces causes, il faut ajouter cette vertu persistante et éinancipatrice du travail, lentement, tuais sûrement destructive de toute servitude, plus forte que la violence et les spoliations , plus puissante que le despotisme, et qui devait à la lin triompher des mœurs et des institutions.

Toutefois, et c'est une chose que les générations nouvelles ne doivent pas oublier, le servage n'a entièrement disparu qu'à la Révolution de 1789. Au temps de Voltaire encore, l'abbaye de Saint-Claude (Jura) avaitle droit de mainmorte, et quiconque habitait sur ses terres pendant un an devenait son serf. C'est la 'même corporation qui, au commencement du xvne siècle, continuait de faire brûler comme sorciers les bourgeois, cultivateurs ou serfs qui invoquaient contre ses prétentions féodales les droits de leurs communes et l'autorité des magistrats civils. Dans un livre publié à LyoD en 1609, Bocquet,chef du tribunal du chapitre de cette abbaye, se vante d'avoir ainsi fait brûler six cents sorciers dans l'espace de dix ans et dans le seul pays de Saint- Claude. On pourrait citer une infinité de faits de celte nacure et dans des temps plus rapprochés du nôtre.

L'émouvante parole de Voltaire fut entendue; ses mémoires pour les serfs du Jura étaient publiés en 1770; le 8 août 1779, une déclaration de Louis XVI abolissait définitivement le servage sous toutes ses formes, servogede corps eiservage d'héritage, dans toute l'étendue des domaines royaux et des domaines engagés de la couronne. « Nous avons été affecté, dit le préambule, en considérant qu'un grand nombre de nos sujets, servilement encore attachés à la glèbe, sont regardés comme en faisant partie et confondus, pour ainsi dire, avec elle ; que, privés de la liberté de leurs personnes et des prérogatives de la propriété, ils sont mis eux- mêmes au nombre des possessions féodales; qu'ils n'ont pas la consolation de disposer de leurs biens après eux et qu'excepté dans certains cas rigidement circonscrits ils ne peuvent même transmettre à leurs propres enfants le fruit de leurs travaux. «Cependant l'édit n'abolit le servage que dans les seigneuries du domaine royal et dans les domaines engagés; par égard pour les lois de la propriété, il se borne à faire appel à la bienveillance des seigneurs et des communautés possédant encore des serfs.'

Nous le répétons, il fallut la Révolution pour abolir définitivement, le servage en France. Par l'article I" de ses décrets du 4 août 1789, la Constituante annula tous les droits tant féodaux que censuels, ceux qui tenaient à la mainmorte réelle ou personnelle et à la servitude personnelle et ceux qui les représentaient. Elle n'entendait pas du reste, par cette mesure, aller au delà de ce qui était nécessaire pour restituer la liberté individuelle, les droits de famille et de propriété; quant, aux autres droits féodaux ayant pour origine des conventions légitimes, elle voulait en faciliter le rachat, mais non les abolir sans indemnité. Les événements la poussèrent plus avant. La loi du 15 mars 1790 proclama l'abolition sans aucune indemnité de tous les effets de la mainmorte réelle, personnelle ou mixte qui s'étendaient sur les personnes et sur les biens. La loi du 23 août 1792 et le décret du 17 juillet 1793 achevèrent l'œuvre de nivellement et de justice.

11 reste encore aujourd nui de.s vestiges de servage en Moldavie et en Valaohie, la dltne et les corvées; mais l'égalité de droits semble bientôt devoir triompher là comme ailleurs. Quant à la Russie et à la Pologne, le servage s'y est maintenu jusqu'en 1861, et il n'est pas sans intérêt de dire de quelle façon l'empereur Alexandre II a accompli le grand acte d'affranchissement qui honore son règne.

Le servage en Russie, au rebours de ce qui

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arriva en France, fut organisé par le pouvoir central; il fut l'œuvre «le la loi. Au début de son histoire, la Russie présente le tableau d'une agriculture nomade. L'invasion des Tartares force plus tard les Russes à centraliser leurs forces. Les Tartares battus , la centralisation resta. Pour mettre un terme à la vie nomade des laboureurs, les czars donnèrent d'immenses étendues de terrain à des fonctionnaires qui parvinrent à fixer sur leur sol un grand nombre de paysans ; puis, en 1597, Boris Godounof rendit un décret qui ordonna que les cqlons resteraient désormais attachés à la terre sur laquelle ils vivaient ; ils furent ainsi transformés en serfs et les fonctionnaires devinrent leurs seigneurs. Le peuple résista d'abord, se souleva, puis se soumit et poursuivit en silence les us et coutumes d'organisation rurale et administrative qu'il tenait de son temps de liberté et de vagabondage ; il se cramponna autant qu'il put au maintien de son principe social ; tous les membresde lacommune, devenue fixe, continuèrent d'avoir droit égal à la terre, à un lot de la terre communale, et les affaires de la commune furent dirigées, quand les décrets du czar ou les volontés du tonctionnaire seigneur n'intervenaient pas, par le suffrage universel de la commune (le mir, le monde, ou tout le monde). Telle fut la condition des communes serves de Russie jusqu'à nos jours.

A côté de ces serfs se trouvaient les paysans libres. Cette dusse de pay-ans diminua surtout depuis Pierre le Grand ; les empereurs de Saint-Pétersbourg donnèrent des serfs en patrimoine et enlevèrent ainsi par des décrets la liberté k des multitudes de paysans. Paul créa les serfs des apanages et enregistra tous les paysans libres comme serfs des membres de la famille impériale. Cet état s'aggrava de plus en plus jusqu'à Nicolas, qui organisa définitivement une administration spéciale des domaines de l'Etat, c'est-à-dire que les paysans dont on n'avait encore fait cadeau à personne, et qui formaient des communes libres vivant sur leurs terres communales, furent nommés paysans de l'Etat, la terre étant la propriété de l'Etat, c'est-à-dire de l'empereur.

D'après un calcul de M. Tegoborski, on comptait, en 1857, environ 21,500,000 paysans de la couronne et 23,500,000 paysans de la noblesse.

Cependant les idées modernes pénétraient quelque peu en Russie, en dépit de la douane intellectuelle établie aux frontières. La jeunesse organisa des sociétés secrètes; les masses, de leurcôté, n'avaient pas cessé de se souvenir du passé, de rêver l'affranchissement avec la propriété du sol qu'elles cultivaient; des insurrections éclatèrent. Depuis 1825, le gouvernement fut incessamment occupé à se défendre contre ces attaques. Lui-même finit par comprendre qu'il ne pouvait résister plus longtemps, et Alexandre II annonça sa ferme volonté d'émanciper les paysans.

Quarante-six comités provinciaux, composés de 1,366 députés de la noblesse, furent appelés à délibérer. Ce fut une scène qui rappelle de loin celle de la nuit du 4 août >789; la noblesse en masse renonça au droit de posséder des serfs, et cela sans prétendre à une indemnité quelconque.

Mais ce ne fut pas tout; indépendamment des droits civils restitués au paysan, on jugea nécessaire de lui assurer la jouissance des terres qu'il cultivait, sous la condition d'une rente soit en argent, soit en travail payée au propriétaire foncier. La loi laissait du reste aux parties intéressées le soin de régler à l'amiable le mode de rachat de cette rente, dernière marque de la servitude. Il faut reconnaître que l'Etat fait tous ses efforts pour le faciliter, lorsque les conventions des parties l'ont résolu. Une banque spéciale fut instituée à Saint-Pétersbourg, chargée de faire des avances de capitaux aux paysans pour acquitter l'indemnité et devenir propriétaires.

SERVAIS (saint), évèque de Tongres, mort en 384. En 315, il devint évèque de Tongres et assista successivement aux conciles de Cologne {3i6), de Saidique, en Illyrie (347), et de Runini en 359. Au retour de ce concile, d'après Gilles d'Oi val, les Tongriens s'étant révoltés contre lui, il se retira à Utrecht, puis se rendit à Rome, passa de là à Woruis, à Metz et retourna enfin à Tongres, où il se trouvait lors de l'invasion des Huns. La légende de ce personnage abonde eu faits grotesques, dus tant à l'imagination qu'à la grossière crédulité des hagiographes. C'est ainsi que quelques-uns d'entre eux, notamment Sigebeil, ont prétendu que Survais était proche « parent de Jésus-Christ. » L'Eglise l'honore le 13 mai.

SERYA.1S (Adrien-François), musicien et compositeur bedge, l'un des plus grands violoncellistes de ce temps, né à Mal, prè3 de Bruxelles, en 1807, mort dans cette dernière ville le 26 novembre 1866. On assure que sou père, attaché comme musicien à une église, voulait en faire un tailleur; mais l'enfant ayant vivement exprimé le désir d'embrasser la carrière suivie par son père, celui-ci lui donna les premières leçons de musique et de violon, puis l'enfant travailla ensuite cet instrument avec un artiste nommé Van der Plancken, premier violon au théâtre de Bruxelles. Le jeune Servais avait aussi commencé l'étude de la clarinette ; mais ayant un

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jour entendu exécuter un solo de violoncelle , par Platel, le plaisir qu'il en ressentit fut si I vif, qu'il décida de sa vocation. L'apprenti virtuose se livra dès lors complètement & l'étude du violoncelle. Il fut admis au nombre des élèves du Conservatoire de Bi uxelles, précisément dans la classe de Platel. Comme sa famille était pauvre et qu'il devait continuer de îésider à Hal, on raconte que, pour prendre ses leçons, il franchissait trois fois par semaine, à pied, son instrument sur le dos, les 14 kilomètres qui séparent les deux villes; parfois le maître était absent, et l'enfant alors reprenait tranquillement, toujours avec son violoncelle, le chemin du logis.

Cependant ses progrès étaient rapides ; il fut promptement en état de concourir, remporta un premier prix et, dans le même temps, devint violoncelle solo au théâtre de Bruxelles. Puis il se fit entendre dans les concerts, où il préluda aux succès qui devaient signaler sa carrière dans toute l'Europe. En effet, au bout de quelques années, il se mit à voyager, entreprit de grandes tournées artistiques, se produisant successivement en France, en Hollande, en Angleterre, en Russie, en Pologne, en Autriche, en Bohême, en Prusse, en Danemark, en Suède, en Norvège. 11 eut partout de très-beaux succès. Lors du second voyage qu'il fit en Russie (1842), Servais y épousa Mlle Sophie Feygin, dont il eut un tilsqui marche aujourd'hui sur ses traces. 11 fut nommé en 1848 professeur du Conservatoire de Bruxelles, puis violoncelle solo du roi des Belges et de l'empereur d'Autriche.

Servais, qui avait aussi des talents comme compositeur, a publié les ouvrages suivants : trois concertos de violoncelle, seize fantaisies pour violoncelle et orchestre, six études-caprices pour violoncelle, trente duos pour piano et violoncelle sur des motifs d'opéras (avec M. Joseph Gregoir) , trois duos pour violon et violoncelle (avec M. Léonard) et un autre avec M. Vieuxtemps. Servais a formé au Conservatoire d'excellents élèves, parmi lesquels se place en première ligne son liis aîné, Joseph. Il était officier des ordres de Léopold (Belgique), de la Couronne de chêne (Hollande), chevalier du Mérite (Saxe) et du Danebrog (Danemark),

SERVAL, s. m. (sèr-val). Mamm. Nom donné à trois carnassiers différents, du genre chat, originaires de l'ancien continent : Le serval est quatre fois plus gros que le chat sauvage. (V. de Bomare.) il PL shrvals.

— Encycl. Le serval, qui est aussi connu sous le nom de chat du Cap ou chat-tigre des fourreurs, se distingue par ses formes grêles, ses jambes assez hautes et sa queue courte; il ressemble un peu au lynx, dont il diffère surtout par l'absence des touffes de poils aux oreilles. Son corps est élancé, sa tête allongée et un peu aplatie; ses oreilles sont grandes et pointues ; la queue est à peu près moitié aussi longue que le corps. Le pe.age, assez riche, est épais et rude; sa couleur, générale est d'un i'auve jaune clair, quelquelois grise ou rougeâtre; les extrémités des membres sont blanches. Quatre bandes étroites longeant la tète et la partie supérieure du cou se dirigent, à partir du garrot, en arrière et un peu obliquement en bas ; vers la partie postérieure du corps, d'autres bandes apparaissent entre les quatre principales, et toutes se divisent peu à peu en taches longues, tandis que les flancs sont simplement couverts de taches ou de points noirs ; sur les avant-bras et sur les cuisses de derrière, les taches se fondent pour former quelques barres transversales. Des joues couvertes de simples petites taches part une bande noire qui, accompagnée d'une ou plusieurs autres bandes de la même couleur, s'étend autour de la gorge. La queue, plus foncée en dessus qu en dessous, porte sept à huit anneaux. La couleur du serval paraît d'ailleurs présenter de grandes variations. La longueur du corps est d'environ 1 mètre; celle Je la queue est de 0m,3S ; la hauteur au garrot est Ue 0m,55; mais les vieux mâles atteignent seuls ces dimensions.

Le serval se rencontre surtout dans les contrées méridionales de l'Afrique ; cependant il est répandu jusque dans ses parties orientales et occidentales. Il fait la chasse aux lièvres, aux antilopes, aux agneaux ; il aime beaucoup la volaille et entre souvent dans les fermes où il fait de grands ravages. Pendant le jour, il se cache et dort; il ne va à la chasse qu'au moment où il fait nuit. Le serval captif s'apprivoise en général assez facilement et devient très-familier. Sa fourrure est très-utilisee dans la pelleterie. On a distingué plusieurs espèces; les deux plus connues sont le serval tarai et le serval kueruck. Le tarai n'atteint que la taille de notre chat sauvage ; il est plus court que le serval proprement dit. Sa couleur est d'un gris jaune foncé; le menton est d'un blanc pur. Le corps est long au plus de 0m,80 et la queue a environ 0B|,27. Le serval tarai vit dans les Indes, principalement dans le voisinage de l'Himalaya. Le serval kueruck ressemble à notre chat domestique ; mais il est un peu plus petit et s'en dislingue, en outre, par sa courte queue et ses oreilles courtes et arrondies. Son pelage est d'un gris rouge brun a la partie supérieure et blanc a la partie inférieure. La longueur du corps est de 0m,42.

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Le serval kueruck habits les forêts de Java et de Sumatra, de Siam et du Bengale. Il reste couché pendant le jour et fait, la nuit, la chasse aux petits mammifères et aux oiseaux. Ce serval paraît être l'un des chats les plus sauvages que l'on connaisse, et tous les efforts qu'on a faits pour l'apprivoiser n'ont pu dompter son naturel féroce.

SERVAN (SAINT-), ville de France (Ille-et- Vilaine),ch.-1. de canton, arrond. et à 2 kilom. E. de Saint-Malo, sur la rive gauche de la Rance, près de son embouchure ; pop. aggl., 9,491 hab. — pop. tôt., 12,565 hab. Collège communal, consulat des villes hanséatiques, petit port de commerce séparé de celui de Saint-Malo par une grève qui est sèche à la marée basse et que la marée haute couvre entièrement; armements pour la pêche à la morue. Exportation de matériaux, sels; importation do fruits , graines oléagineuses, bois, huîtres, tourteaux, etc. Le monument le plus curieux de Saint-Servan est la tour de Solidor, servant à la défense de l'anse du même nom et de l'anse de Saint-Père. C'est un donjon bâti sur le sommet d'un roc avec une solidité qui a jusqu'ici défié les outrages du temps et composé de trois tours réunies par trois courtines percées de barbacanes et couronnées de mâchicoulis en encorbellements très -saillants. On rapporte la construction de la tour de Solidor à 1392 environ ; elle eut pour fondateur le duc Jean IV, qui combattait alors les prétentions de Josselin de Rohan, évêque de Saint-Malo, k la souveraineté temporelle de cette ville. Un autre fort, mais moderne, existe à la pointe de la cité.

La chapelle Saint-Pierre n'est autre que l'ancienne cathédrale de Saint-Pierre d'Aleth. La partie la mieux conservée se compose d'une abside romane en hémicycle, percée de deux petites fenêtres cintrées dont les claveaux en pierre sont entremêlés de briques. «A l'intérieur, dit M. de Courcy, des pilastres peu saillants correspondent aux contre-forts extérieurs , d'une saillie plus prononcée. Un banc de granit ou large soubassement qui règne autour de l'hémicycle rappelle le siège du clergé qui entourait autrefois l'autel, situé au centre de cette partie de la basilique. Au bas de cette abside et communiquant avec elle par une large arcade est un tratissept de date plus récente. ■ Un mur droit, auquel s'adosse l'autel, termine aujourd'hui cette chapelle k l'ouest. Mais on retrouve le plan primitif de la nef dans deux murs parallèles faisant suite à ceux de l'abside, extérieurement flunqués de contre-forts et *ervant d'enclos à un jardin. L'ancienne enceinte mesurait dans son étendue complète 43 mètres environ.

Après l'ancienne cathédrale, il faut mentionner encore l'église paroissiale de Saint- Servan. Reconstruite presque entièrement au xvme siècle et restaurée en 1825, elle ne présente plus guère d'intéressant aujourd'hui que sa tour, haute de 40 mètres, romposée de trois étages d'ordre dorique et d'un amortissement eu dôme. Les autres édifices de Saint-Servan sont : les Capucins, fondés en 1640 et dont les bâtiments sont aujourd'hui affectés à l'hôtel de ville et au collège communal; le séminaire; l'hospice du Rosais, fondé en 1712; ce dernier édifice se recommande surtout par son admirable situation sur les bords de la Rance, au milieu de grands arbres et non loin d'une source minérale assez fréquentée par ies populations bretonnes.

On voit encore à Saint-Servan les restes d'un mur gallo-romain ainsi qu'un puits ou citerne creusée dans le i oc, au-dessous du fort de la Cité-, ce puits porte le nom de puits des Sarrasins. Des fouilles opérées en 1849 ont amené la découverte d'une suite de monnaies romaines du ive et du ve siècle, à l'effigie des empereurs Valentinien 1er, Gratien, Valentiuien II, Theodose, Maxime, Arcadius, Honorius et Constantin. Quant à l'existence de l'oppidum gaulois, elle n'est pas moins attestée par de nombreux exemplaires de rouelles de plomb et de monnaies celtiques du même type que celles trouvées à Corseul.

— Histoire. En tant que cité, Saint-Servan, simple faubourg de Saint-Malo avant la Révolution, ne date que d'hier. Jusqu'à la Révolution, en effet, les nombreuses requêtes des habitants aux états de Bretagne tendant à être sépares des Malouins furent régulièrement rejetées. Mais bien que la vie civile de Saint-Servan soit toute moderne, cette ville n'en a pas moins une origine des plus reculées. On voit encore au nord de la ville actuelle un terrain inculte, inhabité, au delà duquel surgissent les murailles d'un fort et s'élève un promontoire formant la séparation entre l'embouchure de la Rance et le havre de Saint-Malo. Cette pointe et ce fort ont conservé jusqu'à nos jours les noms de pointe et de fort de la Cité, et ce nom de Cite rappelle l'antique ville gallo-romaine d'Aleth, qui, vers la tin de l'empire, devint la véritable cité des Curiosolites et détrôna même l'antique Corseul. Au xiie siècle, l'ancienne Aleth fut l'origine d'un bourg qui se mit sous la protection de saint Servan, l'apôtre des lies Orcades. Ce bourg ne se composa d'abord que de quelques maisons, puis de nouvelles constructions s'ajoutèrent aux anciennes; des couvents se fondèrent sur la paroisse,

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et l'histoire de Saint-Malo et de Saint-Servan se confondit, comme nous l'avons dit, jusqu'à la Révolution. En 1658, une armée anglaise, sous les ordres de Marlborough, s'empara de Saint-Servan. La Révolution fit droit aux réclamations des habitants de Saint- Servan en leur accordant un régime municipal distinct de celui de leurs puissants voisins. Depuis cette époque, Saint-Servan a pris une extension rapide. Son commerce, qui consiste surtout en armements pour la pèche de la morue, possède environ quatrevingts navires. Le port est entouré d'une ligne d'édifices et de constructions. L'anse de Solidor est consacrée à la marine de guerre et reçoit fréquemment les navires de la station de Granville. L'anse de Saint-Père est abandonnée au commerce; mais le véritable port de Saint-Servan est derrière la ville, dans le bassin de Saint-Malo; il porte le nom de port Trichet.

Saint-Servan est le berceau de la famille des Magon, riches armateurs qui ont donné à l'armée, de 1738 à 1753, deux lieutenants généraux distingués, MM.Mugon de Terlaye et Magon de La Gervaisais. Un Magon de La Balue fut banquier de la cour et du comte d'Artois. Un autre membre de cette famille, le contre-amiral Magon, fut tué à Trafalgar en 1805,

SERVAN (Joseph-Michel-Antoine), célèbre magistratet publiciste français, né à Romans (Dauphiné) le 3 novembre 1737, mort à Saint- Remi (Bouches-du-Rhône) le 4 novembre 1807. Il appartenait à une famille dont plusieurs membres avaient fait partie de la magistrature. Servan fit ses études à Lyon, puis à Paris, où il apprit la jurisprudence, tout en s'occupantde littérature et de poésie. A vingtsept ans, il fut nommé avocat général au parlement de Grenoble et prononça l'année suivante sur les Avantages de la vraie philosophie (1765) un discours de rentrée qui fut très-remarque. Voltaire? retiré à cette époque à Ferney, parle du jeune magistrat dans plusieurs de ses lettres. Accessible à toutes les idées généreuses, Servan avait accueilli avec enthousiasme les doctrines nouvelles, les idées que développaient les d'Aléiubert, les Rousseau, les Diderot. Un disciple aussi fervent de V Encyclopédie ne pouvait se dispenser d'une visite à Ferney. Voltaire en parle ainsi dans une lettre à Damilavilte (10 avril 1765) : ■ Il est venu chez moi un jeune petit avocat général de Grenoble, qui ne ressemble point ou tout aux Orner (allusion ëpigrainmatique à l'avocat généra! Oiner Joly de Fleuiy, dont Voltaire disait qu'il n'était ni Homère, ni joli, ni fleuri); il a pris quelques leçons des d'Alembert et des Diderot ; c'est un bon enfant et une bonne recrue.o Et l'année suivante (13 avril 1766) : « Nous eûmes, il y a quelque temps, un avocat général de Grenoble qui vint voir notre ville; c'est un jeune homme très-éclairé, qui a de l'horreur pour la persécution. » Cette horreur pour la persécution, Servan devait la manifester plus tard dans un procès resté célèbre. Au reste, la popularité se faisait vite autour de son nom. Chargé pour la seconde fois, en 1766, de prononcer le discours de rentrée du parlement de Grenoble, le jeune magistrat prit pour texte l'administration de ta justice criminelle, et pour épigraphe : Homosum, niltil humani a me alienum puto. N'était-ce pas la plus admirable thèse à soutenir à cette époque de rénovation sociale, que l'intervention des sentiments d'humanité et de pitié dans le droit criminel? Servan eut l'honneur de plaider le premier cette noble cause. Devançant Malesherbes, il s'éleva contre la torture employée comme moyen de preuve. • Prenez garde, s'ecriait-il, vous ne faites pas parler un coupable, vous faites mentir un innocent W Dans ce discours, Servan s'éleva à une telle hauteur, que ses contemporains ne craignirent pas de le comparer à Beccaria, l'immortel auteur de Y Essai sur les délits et les peines. Toutes les théories sociales qui, vingtcinq ans plus tard, devaient renouveler la face de l'Europe et tracer une nouvelle voie à la civilisation, étaient exposées et développées dans ce discours. Ecartant les banalités et les lieux communs, Servan avait pris pour base de sa discussion le droit naturel. S'inspirant des travaux de Beccaria et de Rousseau, il fit du droit pénal la sanction d'un contrat tacite existant de fait entre l'individu et la société. On voit où devait le conduire ce point de départ. Pour arriver à sou but, il dut critiquer la législation de son époque, si opposée à tout mouvement progressif. Il crut devoir s'excuser de cette auuace. « Ne m'accusera-t-on pas, disait-il, de manquer au respect que nous devons aux lois? Hommes sages, dites-moi si j'outrage les lois parce que j'en souhaite de plus parfaites. » Deux ans après, Servan eut l'occasion de mettre en pratique les théories qu'il avait exposées en 1766, l'égalité de tous devant la loi, la protection pour le faible, lu justice accessible à tous. Un protestant avait épousé une protestante, qu'il abandonna au bout de deux ans pour vivre avec une maîtresse. Depuis la revocation de l'édit de Nantes, les catholiques seuls étaient citoyens, jouissaient des droits civils ; seuls, par conséquent, ils pouvaient contracter un mariage valable. Jacques Roux, le mari, abjura, se fit catholique et se remaria, grâce aux dispenses de l'évêquede Die, avec sa maîtresse.

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Au point de vue légal, ce mariage était infiniment meilleur que le premier. La jeune femme abandonnée, Marie Robequin, ne voulut pas que cet abandon préjud ciât à l'enfant qu'elle portait dans son sein. Elle traduisit Roux devant le parlement de Grenoble. Servan fit d'abord admettre son action sans frais, pour cause de pauvreté. Puis, devant lé parlement, il soutint chaleureusement les droits de cette protestante contre son indigne époux, le catholique. Le jeune magistrat sut mettre tant d'entraînante éloquence dans son réquisitoire, qu'il fit adopter ses conclusions. Il faut se rappeler quelle position était faite alors aux protestants pour apprécier cet acte à sa valeur. Ce discours eut, du reste, un immense retentissement. Voltaire écrivait à Servan le 13 janvier 1768 : ■ Il y a longtemps, monsieur, que mon cœur me disait de vous remercier des deux discours que vous avez prononcés au parlement. Je me souviendrai toujours d'avoir répandu des larmes pour cette pauvre femme que son mari trahissait si pieusement en faveur de la religion catholique. Tout ce qui était à Ferney fut attendri comme l'avaient été tous ceux qui vous écoutèrent à Grenoble. Je regarde ce discours et celui qui concerne les causes criminelles, non-seulement comme des chefs-d'œuvre d'éloquenci;, mais comme les sources d'une nouvelle jurisprudence dont nous avons besoin. • De tels éloges partis de si haut ne suffisentils pas à la gloire d'un orateur et d'un jurisconsulte? « On peut admirer ailleurs, dit Laharpe, une dialectique plus puissante, une éloquence plus haute, plus passionnée; mais jamais l'impartiale discussion du ministère public n'a revêtu des formes plus vives, obtenu des effets plus populaires. Nulle part l'argumentation de Servan n'est plus pressante, son style plus animé, son expression plus vigoureuse, soit qu'il s'arme tour à tour du principe du droit naturel et des règles du droit civil pour venger l'insulte faite aux mœurs et à la foi jurée, soit qu'il invoque la conscience publique contre ce titre de concubine qu'un mari infidèle ne rougissait pas de donner à une épouse trompée, soit enfin qu'il repousse, au nom de la religion, des conversions fondées sur le parjure. »

Quelque temps après avoir prononcé ce célèbre réquisitoire, Servan fut chargé avec deux autres magistras d'aller porter des remontrances à Louis XV. Au sortir de l'audience royale, le duc de Choiseul lui unnonça que le roi l'appelait à faire partie de son conseil en qualité de maître des requêtes; mais Servan refusa ces fonctions et retourna à Grenoble. A la rentrée du parlement en 1769, il prononça un discours sur les mœurs qui lui valut une véritable ovation. La réputution de Servan semblait désormais inattaquable ; mais ses succès mêmes lui avaient lait des jaloux et des ennemis, et un incident imprévu vint mettre fin à sa carrière de magistrat. Une demoiselle Bon, chanteuse de I Opéra, s'était fait souscrire par le comte de La Suzo un billet à ordre de 50,000 francs, dont elle exigeait le payement. Sa cause ayant été portée devant le parlement de Grenoble, Servan demanda l'annulation de l'engagement comme contraire aux bonnes mœurs et [irononça un long réquisitoire. L'opinion publique était très-partagée. Les adversaires du comte de La Suze lancèrent contre l'avocat général des épigrammes et des vers injurieux. Averti qu'on se proposait de le siffler à la fin de son réquisitoire, il supprima la dernière partie de son discours, se borna k poser des réquisitions et annonça qu'il se démettait de sa charge (1772). A partir de ce mo ment, Servan ne voulut plus remplir aucune fonction publique, et il employa ses loisirs a composer un grand nombre d'écrits. En 1788 et 1789, il ne publia pas moins de dix-sept brochures. Servan accueillit avec chaleur les grandes réformes de la dévolution ; mais il refusa d'aller siéger aux états généraux, où il avait été nommé par deux bailliages, notamment par celui d Aix, en Provence. Son Adresse aux amis de la paix {nés, in-s°) produisit alors une grande sensation. En 1792, il quitta la France, se rendit en Suisse et retourna en Provence en 1802. Nommé président du collège électoral de Tarascon et désigné comme candidat au Corps législatif, il fut nommé député par le sénat ; mais il répondit par un refus et continua jusqu'à sa mort à vivre dans lu retraite. Servan jouit de son temps d'une grande réputation comme orateur. Son éloquence chaude, entraînante, remuait vivement ses auditeurs ; toutefois, la lecture de ses discours et de ses plaidoyers laisse une tout autre impression. Ils sont

filus chargés de défauts que de beautés soldes. Sa diction, trop élégante, tendue et embellie de figures bizarres ou de prétendus mouvements oratoires, manque en général d'abandon et de simplicité. Outre lesuiscours de Servan, nous citerons, parmi ses nombreux écrits : Iléflexions sur quelques points de nos lois à l'occasion d'un événement important (1781, in-8°); Discours sur les progrès des connaissances humaines (1781, in-8°); liéjlexions sur les Confessions de J.-J. liousseau (1787, in-12); Doutes d'un provincial sur l'examen du magnétisme animal (1784, in-8°); Questions du jeune docteur Rhubarbini de Purgandis au sujet de Mesmer et du magnétisme animal (1784, in-so) ; Apologie de la Bastille (1784, in-80) ; Eclaircissements demandés à MAI. les commis de la poste préposés à décacheter les

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lettres (1785, in- 8°); Commentaire très-roturier sur le noble discours adressé par le prince de Conti à Monsieur, frère du roi (1788); Conseils au clergé de Provence (1789, in -8°); Essai sur tu formation des assemblées nationales, provinciales, municipales (1789, in-8°); Adresse à MAI. les curés (1789); Recherches sur la réformalion des états provinciaux (1789, in-8°); Essai sur la situation des finances et la libération des dettes de l'Etat (1789, in-8°); Projet de déclaration des droits et des devoirs des citoyens (1789, in-8') ; Avis salutaire au tiers état (1789, ifi-8°); Aux grands (1789, in-8°); Entretien de M. Neckcr avec Afme de Potignac, M. de Dreleuil et l'abbé de Vermont (1780, in-8°); Lettre sur ta raison et la logique (1780, in-8o); Remontrances à un journaliste (1798, in-S°); Recueil de pièces intéressantes pour servira l'histoire de ta Révolution (1790, 2 vol. in-8°) ; Correspondance entre quelques hommes honnêtes (1794-1795, 3 vol, in-8»); Essai sur la conciliation de l'intérêt et de la justice (1795, in-8°); Observations adressées aux représentants de la nation sur le rapport du comité de constitution concernant l'organisation judiciaire (1799, in-8"), etc. On a publié les Œuvres diverses de M. Servan (Lyon, 1774, 2 vol. in-12); les Œuvres choisies (Limoges, 1818, 2 vol. in-8»); enfin, les Œuvres choisies et inédites (1825, 3 vol. in-s°), que l'éditeur, M. de Portets, a fait précéder d'une Vie de Servan.

SERVAN DE GERBEY (Joseph), général et homme d'Etat français, frère du précèdent, né à Romans en 1741 , mort à Pans en 1808. Entré au service en 1760, il rit la campagne de Corse en 1769, devint capitaine en 1772, major des. grenadiers royaux en 1779 et sousgouverneur des pages de Louis XVI. Partisan, comme son frère, des idées philosophiques et des réformes, il publia des articles militaires dans l'Encyclopédie de Diderot et fit paraître le Soldat citoyen (1781, in-8»). Servan était tout préparé pour trouver dans ia Révolution la réalisation des réformes qu'il souhaitait; aussi en fut-il le chaud partisan. Lieutenant-colonel en 1791, colonel en mars 1792, maréchal de camp au mois de mai suivant, ii reçut, le 9 mai, le portefeuille de la guerre, lorsque les girondins arrivèrent au pouvoir. Ce fut lui qui proposa d'établir près de Paris un camp de 20,000 fédérés, et il eut à ce sujet une altercation des plus violentes avec Dumouriez, en plein conseil. Le 12 juin 1792, il quitta le ministère en même temps que Roland et Clavière; mais il reprit son portefeuille après la journée du 10 août. Administrateur plein de zèle, il déploya la plus grande activité pour approvisionner les armées et lever des. troupes au moment où l'invasion était imminente; mais Dumouriez, son ennemi, l'attaqua sans relâche, et il donna sa démission le 3 octobre. Nommé général de division le mois précédent, il reçut, le 6 octobre 1792, le commandement en chef des Pyrénées-Orientales, tomba en disgrâce après la chute de ses amis de la Gironde, tut destitué (mat 1793) et jeté dans la prison de l'Abbaye, où il resta jusqu'après la journée du 9 thermidor. Il recouvra en septembre 1795 sa liberté et son traitement de général. Le Directoire l'employa, en 1799, comme inspecteur général des troupes du Midi, puis, sous Bonaparte, il reçut le commandement de divisions militaires à l'intérieur, devint président du comité des réserves, inspecteur en chef aux revues (1803) et fut mis à la retraite en 1807. Servan était un général médiocre, mais un militaire instruit, un patriote sincère, un administrateur habile et honnête. On a de lui : Projet de constitution pour l'armée française ( 1790 , in-8» ) ; Supplément à l'An militaire de f Encyclopédie (1802, in-4°); Histoire des guerres des Gaulois et des Français en Italie (1805, 7 vol. in-8"), ouvrage remarquable composé avec Jubé de La Perelle; le troisième volume du Tableau historique de la guerre de la Révolution (1807, 3 vol. in-4").

SERVAN DE SUGNV ( Pierre - François- Jules), poète et romancier français, de la famille des précédents, né à Lyon en 1796 , mort près d'Orléans en 1831. Il ajouta à son nom celui de sa mère, Anne Rpyer de Sugny, étudia le droit à Grenoble et à Paris , se fit ensuite inscrire au barreau de Lyon en 1824, et partagea d'abord son temps entre la profession d'avocat et l'étude des lettres ; mais, au bout de quelque temps, il abandonna le barreau pour s'adonner exclusivement à ses goûts littéraires. M. Servait de Sugny avait une mémoire extraordinaire et connaissait à fond les meilleurs écrivains anciens et modernes. Il s'assimilait à tel point ses lectures que, lorsqu'il écrivait lui-même, une foule de réminiscences revenaient sous sa plume, de sorte que, malgré les dons les plus heureux et une extrême facilité, il ne put jamais imprimer un caractère d'originalité à ses compositions. Les meilleures œuvres de ce poète agréable et lettré sont ses traductions. Atteint d'une maladie de poitrine et pris d'une tristesse profonde, il mit fin lui-même à ses jours le 12 octobre 1831. Outre des articles publiés dans la Gazette de Lyon, la Revue encyclopédique, les Archives du Rhône, etc., on lui doit: Idylles de Théocrite (Paris, 1822, in-8°), excellente traduction en vers; la Famille grecque, poème (1824, in-18) ; Les Noces de Thétis et de Pelée (1829, in-8"), traduction en vers; Clovis à Tolbiac, tableau historique

SERV

en vers (1830, in 8«V, la Chaumière d'Oitllins, roman (1830, in-8»)j le Neveu du chanoine (1831, 4 vol. in-12); Satires contemporaines et mélanges (1832, in-8°); le Suicide, roman (1832, in-8<>).

SERVANCE, bourg de France (Haute- Saôue), cant. de Melisey, arrond. et à 22 kilom. N.-E, de Lure, sur la rive droite de l'Ognon; pop. aggl., 231 hab. — pop. tôt., 2,156 hab. Tissage de coton , soieries; exploitation de tourbe et de granit. Commerce de planches, fromages et beurre.

SERVANDONt (Jean- Jérôme), architecte et peintre italien, né à Florence le 22 mai 1695, mort à Paris le 29 janvier 1766. II étudia la peinture dans sa ville natale, puis à Rome, où il eut pour maître Panini, s'adonna au paysage et apprit l'architecture sous la direction de de Rossi. Pendant un voyage qu'il fit en Portugal, Servandoni futchargé d'exécuter des décorations pour des fêtes publiques et des décors pour le théâtre de Lisbonne. Doué d'une très-grande imagination et d'une extrême facilité, il réussit complètement dans ces travaux et reçut l'ordre du Christ. En quittant Lisbonne, Servandoni alla chercher fortune à Paris (1724). Ses beaux décors à'Orion , à l'Opéra (1728), attirèrent vivement sur lui l'attention et ses tableaux furent recherchés. Un paysage représentant Un temple et des ruines , qui figure au musée du Louvre, lui valut d'être nommé eu 1731 membre de l'Académie de peinture. En même temps, il se faisait connaître par des projets de morceaux d'architecture dans lesquels il déployait toute la richesse de son imagination. Nommé urehiiecte du roi en 1732, il fut chargé de construire le portail de l'église Saint- Sulpice, auquel il donna un caractère noble et imposant, la chapelle de la Vierge et les tribunes de l'orgue dans la même église. 11 exécuta, en outre, le portrait de l'Enfant Jésus à Paris, l'église de Coulanges, en Bourgogne, le maître-autel de la cathédrale de Sens et celui des chartreux de Lyon. Parmi ses projets, nous citerons celui de la place Louis XV, qu'il proposait d'orner de trois cent soixante colonnes, de péristyles et d'une double galerie. Le goût décoratif et une pompe un peu théâtrale se manifestaient dans toutes ses créations. Il fit représenter dans la salle dite des Machines, aux Tuileries, des pièces dont il exécutait les décors, représentant des scènes magnifiques. Il excellait surtout dans la direction des fêtes. Celle qu'il dirigea lors du mariage d'Elisabeth de France avec Philippe d'Espagne, en 1739, fut trèsremarquee. Pendant un voyage qu'il fit à Londres en 1749, pour une fête dans laquelle on tira un feu d'artifice monstre, il se maria. Quelques années plus tard , il se rendit à Dresde, où il donna le plan de la place du Théâtre, exécuta des décorations (1755) et reçut, avec une pension, le titre d'architecte décorateur d'Auguste III. Cinq ans plus tard, il était à Vienne , où il dirigeait les fêtes célébrées à l'occasion du mariage de l'empereur Joseph II avec l'infante Isabelle. Après avoir dirigé à Stuttgard les spectacles de la cour, Servandoni revint à Paris, où il termina sa vie. Prodigue et aimant le faste, il laissa peu de fortune, ayant constamment travaille, du reste, bien moins pour s'enrichir que pour acquérir la célébrité. Une rue voisine de l'église Saint-Sulpice à Paris porte son nom. •

SERVANT s. m. (sèr-van — rad. servir).

Serviteur, celui qui sert : A moi! loyaux servants du roi! (De Barante.) A la haute milice des chevaliers obéissaient de grandes bandes de servants et de vassaux. (De Barante.) || Vieux mot.

— Poétiq. Servant d'amour , Amaut soumis. Il Vieux mot.

— Hist. Servants d'armes , Ecuyers des chevaliers de Malte. Il Servants d'office, Prêtres attachés au même ordre. Il Servants de stage, Sortes de frères lais, employés aux offices inférieurs, dans le même ordre.

— Art. milit. Chacun des artilleurs qui se tiennent à gauche et à droite de la pièce, pour en l'aire le service : Premier, second servant de droite, de gauche.

— Ornith. Nom vulgaire du bruant.

— Adjectiv. Hist. Gentilhomme servant, Officier qui servait par quartiers k la table du roi, et présidait au service et à la desserte.

— Hist. relig. Frère servant, Frère convers employé aux fouctions serviles du monastère. Il Dans l'ordre de Malte, Frère ou chevalier servant, Celui qui avait été reçu sans avoir fait preuve de noblesse, et qui était d'un ordre inférieur.

. — Féod. Fief servant, Fief qui relevait d'un autre fief.

— Fr.-maçonn. Frères servants, Francsmaçons qui remplissent, dans une loge, des offices domestiques.

SERVANTE s. f. (sèr-van- te — rad. ser~ vir). Femme ou ÛUe a gages , employée aux travaux du ménage : Servante d'auberge , de cabaret. Prendre une servante. Changer de servante. La mère de Nelson était une pauvre servante de ferme du canton de Chester. (Lamart.) A seize ans, on désire une servante, en adorant une madone. (H. Taine.) Molière, avec raison, consultait sa servante.

Piron.

SERV

— Fig. Objet qui est sous la dépendance d'un autre : La philosophie respecte et aime la théologie, elle en est la sœur, mais elle n'en est point la servants. (V. Cousin.) Aujourd'hui, le sol est un potager, les forêts un bosquet, les fleuves des rigoles, la nature une nourrice et une. servante. (H. Taine.) L'industrie est la servante et non la reine de la civilisation. (Vucherot.)

— Servante maîtresse ou, suivant l'Académie, Servante-maîtresse, Servante qui a pris, dans le ménage, l'autorité d'une maîtresse de maison.

— Je suis votre servante, Formule de civilité employée par les femmes, dans certaines occasions. Il Ironiq. Je ne suis pas de votre avis, je ne puis faire ce que vous désirez.

— Dévotion. Femme humblement soumise à la volonté de Dieu : C'est dans la retraite que Marie-Thérèse disait avec David : O Seigneur, votre servante a trouvé son cœur pour vous faire cette prière! (Boss.)

Ta servante, ô mon Dieu! te rend grâce à genoux. C. DELAVIONS.

— Econ. domest. Petite table qu'on met auprès de la grande, dans un repas, pour y déposer différents objets, et suppléer au service des domestiques. Il Nom donné autrefois à un petit nécessaire de femme garni de ciseaux, aiguilles, soie, fil, etc.

— Typogr. Morceau de bois sur lequel la frisquette est appuyée, pendant que 1 imprimeur pointe la feuille.

— Techn. Ontil des usines à fer qui sert à soutenir l'extrémité des longues pièces dont l'autre extrémité est dans le feu de la forge ou dans les mâchoires d'un étau. il Support qui soutient une voiture dans la position horizontale , quand elle est arrêtée, il On dit aussi chambrière dans les deux cas. il Anneau de fer qui sert à serrer des tenailles de forge.

Servante mattresie (la) [la Serva padrona], opéra italien, livret imité de la pièce de Nelli, c est-à-dire du livret de la Serva padrona de Pergolèse ; musique de Paisiello, représenté à Saint-Pétersbourg vers 1776. Cet ouvrage a beaucoup de mérite. L'orchestration , bien plus travaillée que celle de la prirtit on primitive, produit cependant moins d'effet. Mais, en revanche, l'air que chante Serpina au commencement du deuxième acte est délicieux. C'est un andantino qui n'est pas dans le caractère général de l'œuvre, mais dont la mélodie est charmante de grâce et de délicatesse. M"" Krauss l'a récemment chanté avec talent aux Italiens.

Serrante a, Nicolas (la), Opérette en un acte, paroles de MM. Nérée Desarbres et Nuitter, musique de M. Erlanger, représentée aux Bouffes-Parisiens le 11 mars 1861. Le livret offre des scènes intéressantes. On a applaudi un très -joli trio de femmes. Ml'e Chabert a parfaitement chanté le rôle de Berthe, la servante.

SERVANTE - MAÎTRESSE S. f. V, SER- VANTE.

SERVANT1NB s. f. (sèr-van-ti-ne). Hortic. Variété de poire, il Variété de figue.

SERVANTOIS s. m. (sèr-van-toi). V. Sir-

VENTOIS.

SERVAS (La Condamne de) , théologien français, né à Alais vers la fin de 1714, mort dans la même ville en 1787. Il servit quelque temps dans l'armée et se retira du service aussitôt qu'il y eut obtenu la croix de Saint- Louis. Il a laissé trente ou quarante ouvrages de théologie dont un seul a vu le jour; c'est celui qui est intitulé Examen raisonnable de la résurrection de Noire- Seigneur Jésus-Christ (Toulouse, in-12).

SERVAT s. m. (sèr-va). Mamm. Syn. de

SERVAL

SERVE s. f. (sèr-ve — du lat. servare, conserver). Nom donné à une grande caisse percée de trous et plongée dans l'eau, qui sert à conserver le poisson vivant.

— Agric. Nom donné, dans la Bresse, aux mares creusées dans les cours des fermes, et, dans le Dauphiné, à des réservoirs d'irriga-

SERVE s. f. Fém. de serf. Y. ce mot.

SERVE, petit pays de France. V. Déserve.

SERVEBETTE, bourg de France (Lozère), ch.-l. de cant., arrond. et à 24 kilom. N.-E. de Marvejois, au confluent de la Truyère et du Mezere; pop. aggl., 720 hab. — pop. tôt., 890 hab. Fabrication de serges ; tanneries. Ancien château, occupé par des religieuses ursulines.

SERVET (Michel), en espagnol Micael Serveto, médecin, philosophe et hérésiarque espagnol, né en 1509 a Vitiacueva (Aragon), brûlé à Genève en 1553. Il quitta l'Espagne à dix-neuf ans. Son père , craignant que son humeur indépendante et son opposition déclarée contre la théologie scoiustique ne lui attirassent des démêlés avec l'inquisition, l'envoya étudier le droit à l'université de Toulouse. Il s'y lia avec quelques jeunes gens que préoccupaient les nouveautés religieuses de Luther, et, après quelques mois d'études beaucoup plus bibliques que juridiques, il traversa l'Italie, où il assista au couronnement de Charles-Quint, et se dirigea sur l'AUema-

SERV

gne pour entrer en rapport avec les chefs de la Réforme. Accueilli d'abord avec la plus grande faveur par (Ecolampade à Bâle, il ne tarda pas à alarmer le réformateur |>ar des doctrines antitrinitaires. Bucer et Capiton, à Strasbourg, le repoussèrent pour le même motif, et Zv/ingle maudit comme eux « le méchant et scélérat Espagnol. •

Loin de céder à la réprobation des chefs officiels de la Réforme, Servet en appela au jugement de l'opinion publique. En 1531, il fit paraître à Haguenau son célèbre traité De Trinitatis erroribus libri VII. Quelques mois après, il développa ses idées dans un .-econd écrit, intitulé Dialogorum de Trinitate libri II, de justitia Christi capitula quatuor. Ce traité Des erreurs de la Trinité (ou plutôt Des variations de la Trinité) et ces Dialogues sur le même sujet exposaient, sous une forme trop peu lucide pour nous, mais qui l'était assez pour les contemporains , le système philosophique et théologique de Servet, c'està-dire un panthéisme radical. Le succès de ces écrits, sans être éclatant, fut cependant assez grand pour inquiéter et scandaliser les théologiens.

Tout à coup, soit prudence, soit caprice, Servet quitta l'Allemagne, dit adieu à la théologie et vint à Paris étudier la médecine sous deux des plus illustres maîtrts du temps, Sytvius et Kernel. Après de brillantes et rapides études, il prit le bonnet de docteur et professa quelque temps à Paris. Comme médecin, il acquit une grande célébrité et fut un des savants les plus profonds de son siècle. C'est à lui qu'on doit, sinon la découverte, du moins la première idée de la circulation du sang (v. Harvet), la description assez précise de la circulation pulmonaire et du rôle de la respiration dans la transformation du sang veineux en sang artériel. Il mentionna aussi le rôle des valvules du cœur dans le mouvement de diastole et de systole, qui n'a pus encore lieu dans la vie intra-utérioe, mais qui s'opère aussitôt après la naissance. En ce genre d'études, comme dans les questions théologiqnes, Servet est lui-même, c'est-à-dire un esprit exubérant, déréglé, inégal, aussi profondément sagace parfois que chimérique ailleurs, et toujours très-attaché k ses propres opinions, très-peu soucieux de respecter la tradition, témoin son Traité des sirops [Syruporum vniversa ratio] ( furis, 1537, in-4<>), auquel il ajouta ces mots significatifs : Ad Gateni censuram diligenter exposita. Cet ouvrage rompt en visière avec la Faculté et propose de substituer aux vieux errements médicaux une prétendue méthode supérieure. Le démêlé s'envenima au point de nécessiter l'intervention du parlement.

Au milieu même de ces débats scientif.ques, qui eussent dû, semble-t-il, absorber toutes ses pensées, le jeune Villeneuve (c'était le nom que Servet avait pris en France) revenait encore en secret à sa passion favorite. Il écrivait à Calvin pour obtenir de lui une conférence ou discussion (disputatio) sur des matières théologiques. Le lieu et le jour fixés, il parait, d'après Théodore de Bèze, que Servet manqua au vendez-vous; on peut supposer, en tout eus, que ce ne fut pas par crainte de se mesurer avec le grand théologien réformé. En 1534, pressé par le besoin, il se rendit à Lyon et entra comme correcteur dans une imprimerie, où il publia, annotée par lui, la Géographie de Ptotémée (1535, in-fol.), une Bible annotée aussi, des arguments pour la Somme théologique de saint Thomas et quelques autres compilations. En 1537, il revint à l-'aris et obtint du parlement un arrêt qui mettait fin aux poursuites .dirigées contre lui par la Faculté de médecine. En 1538, il s'établit k Cbarlieu,prfts de Lyon, comme médecin. Enfin, en 1541, il eut la bonne fortune de rencontrer à Lyon Pierre Paulmier, archevêque de Vienne (Dauphiné), homme d un esprit bienveillant, libéral et favorable aux savants. Pour mettre Servet à l'abri des persécutions, P. Paiiiinier lui offrit l'hospitalité dans son propre palais à titre de médecin. Dans cet asile sur, Servet put pratiquer son art et continuer à travailler pour les libraires. Recherché par l«s premières familles de la province, estimé comme médecin, honoré comme ami de l'archevêque, aimé pour son caractère doux et agréable, il eût pu passer à Vienne des années heureuses si son humeur inquiète et sa passion pour la théologie militante ne l'av..ient jeté encore une fois dans les discussions religieuses. Le désir qu'il avait de creuser avec oes propres forces ces questions, si brûlantes alors, le poussait à tenter une réforme plus complète et plus logique que celle de Luther et de Calvin, la reconstitution .du pur christianisme, c'est-à-dire de ce qui était, suivant lui, la religion primitive et authentique uu Christ. Confiant en ce qu'il croyait la vérité, il ne douta pas qu'elle ne dût éclater à tous les yeux, et il n'avait pas de plus vif désir que celui d'en faire l'épreuve sur le chef même de la Réforme française, Calvin. Mis en relation avec lui par b'iellon, libraire de Lyon, il lui écrivit, lui communiqua quelques manuscrits où Calvin découvrit tout autre chose qu'une restauration du christianisme ; il y vit un panthéisme trés-caractérisé. Servet, du reste, exposait ses vues à Calvin en le traitant d'égal, sinon d'inférieur. Cette arrogance ne contribua pas peu à irriter le réformateur, qui rompit eu février 1546 toute relation avec son adversaire, A cette époque (13 février

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1540) Calvin écrivait à Fnrel la lettre où se trouvent ces paroles sinistres : « Servet m'a envoyé un énorme volume de ses rêveries en m avertissant, avec une outrecuidance fabuleuse, que j'y trouverais des merveilles inouïes. Il m'offre de venir ici (à Genève), si cela me convient; mais je ne veux pas y engager ma parole, car, s'il venait, je ne souffrirais pas, pour peu que mon autorité eût de Daissance, qu'il en. sortit vivant. ■ Abel Popin, prédicateur genevois, et Pierre Viret, réformateur de Lausanne, à qui Servet s'adressa encore, le repoussèrent également, et force lui fut d'essayer seul la réforme radicale à laquelle il -su croyait appelé. Un libraire de Bàle ayant refusé d'imprimer le livre qui devait être le manifeste du cette réforme, Servet décida deux imprimeurs de Vienne, Balthîizar Arnoilet et Guillaume Guéroult, a étalilir un atelier clandestin. Ainsi vit le jour le fameux traité Ckristianismi reslitutio. (Pour l'analyse de ce traité et pour l'histoire du volume, qui est très-curieuse, v. Restitution nu christianisme.) Cet ouvrage était moins l'exposition d'une hérésie limitée qu'un plan complet de réforme; s'il avait pu se répandre, l'effet en eût peut-être été immense et Servet n'aurait pas été considéré comme un simple antitrinituire, mais bien comme un réformateur. Cependant le souffle d'ardent panthéisme qui anime tout l'ouvrage devait choquer les chrétiens du xvie siècle, surtout parce que ce panthéisme s'appliquait à tiausformer ou plutôt à bouleverser la ehristologie orthodoxe.

Le livre était à peine Sorti de la presse et n'était pas encore en vente qu'un exemplaire en étuit arrivé à Genève, et ce fut cet exemplaire qui, dénoncé aux autorités catholiques de France par une main protestante de Genève , amena la condamnation de Servet.

Calvin y fut-il pour quelque chose ? C'est ce qu'ont essayé de nier MM. Guizot, Fauï Henry, Rilliet de Candolle ; M. Eugène Rambot et quelques autres écrivains suisses laissent la question dans le doute ; M. Galiife, de Genève, et M. Emile Saisset, dans ses articles de la Jtevue des Deux Mondes, n'hésitent pas à prononcer Ja culpabilité de Calvin. Voici les faits allégués de part et d'autre :

Il y avait à Genève, parmi les réfugiés français qui formaient le parti de Calvin, un certain Lyonnais nommé Guillaume Trie ou de Trie, qui, par zèle religieux, dit M. Saisset, et aussi peut-être par suite de mauvaises affaires, s'était expatrié et avait embrassé la religion réformée. 11 entretenait une correspondance suivie avec un de ses parents, Antome Arneys, établi à Lyon, catholique ardent , qui voyait avec grand déplaisir un membre de sa famille engagé dans l'hérésie et s'efforçait de le ramener au giron de l'Eglise. Ce fut de ces deux hommes que Calvin se servit. Lui seul avait entre ses mains l'ouvrage, non encore livré au commerce et qui ne portait pas de signature; lui seul en connaissait l'auteur; et quelque temps après, Antoine Arueys dénonçait le livre à l'inquisition de Lyon, en nommait l'auteur et accompagnait sa dénonciation de l'index et des quatre premières feuilles de la Restitution du christianisme.

Lyon avait alors pour gouverneur et pour archevêque le cardinal deTournon, si célèbre par son zèle ardent contre les hérétiques. Pour Seconder ses vues, il avait demandé à Rome un inquisiteur nommé frère Matihieu Ory, qui prenait la qualité de « pénitencier du saint -siège apostolique et d inquisiteur général au royaume de France et dans toutes les Gaules. » L'inquisiteur et le cardinal enjoignirent au lieutenant général du roi en Dauphuié, M. de Maugiron, de faire arrêter Michel Servet. Celui-ci, mandé aussitôt chez M. de Maugiron, se disculpa de l'accusation et offrit de l'aire visiter sa maison ; on n'y trouva rien. Même insuccès chez l'imprimeur Aniollet; on eut beau interroger tous les ouvriers, aucun ne reconnut avoir travaillé au livre dont on leur montrait deux ou trois feuillets. L'enquête avorta faute de preuves, mais les inquisiteurs ne renoncèrent pas à leur proie. Matthieu Ory dicta à Arneys une lettre destinée à Guillaume Trie, lettre où il le sommait de sortir des généralités et d'envoyer i) Lyon le traité entier au lieu des quatre premiers feuillets. Trie n'envoya pas le traité; à quoi bon, en effet? Servet et ses imprimeurs pouvaient toujours nier, puisqu'il ny avait aucun nom d'auteur, de ville ni d'impiimeur. Il rit mieux : il envoya des lettres écrites par Servet à Calvin, dans lesquelles se trouvaieut les mêmes propositions hérétiques, i Je vous mettray en main, plus pour le convaincre (répondit-il à son ami, qu'il savait être le confident des inquisiteurs), deux douzaines de pièces escriples de celuy dont il est question, où une partie de ses hérésies est contenue. Si on luy mettoit au devant le livre imprimé, il le pourroit regnyer, ce qu'il ne pourra faire de son escripture. Parquoy les gens que vous dictes, ayant la chose toute prouvée, n'auront nulle excuse s'ils dissimulent plus ou qu'ils uitfèrent à y

pourvoir Mais je vous confesseray une

chose, que j'ay eu grande peine à retirer ce que je vous envoyé de monsieur Calvin ; non pas qu'il ne désire que teJs blasphèmes exécrables ne toyent réprimez, mais pour ce qu'il luy semble que son debvoir est, quant à luy qui n'a poinct de glaive de justice, de convaincre plustost les hérésies par doctrine,

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que de les poursuyvre par tel moyen ; mais je Vay tant importuné luy remonstrant lu reproche de legiereté qui m'en pourroit advenir s'il ne m'aydoit, qu'en la fin il s'est accordé k me bailler ce que verrez. •

Il est donc positif que c'est Calvin qui a fourni les lettres sans lesquelles Servet ne pouvait être convaincu d être l'auteur du ISestitutio christianismi ; or, les livrer à Arneys , c'était livrer l'auteur au bourreau, comme le dit très-bien M. Saisset. L'hypocrisie de Calvin, faisant semblant de se laisser arracher de force ce qu'il brûlait de livrer, ajoute encore à l'odieux de sa conduite, mais elle lui ménage un faux-fuyant. Dans le cours de son procès, Servet l'ayant accusé d'être l'instigateur et le véritable auteur de son arrestation à Vienne : « Il n'est jà besoin, dit Calvin, d'insister plus longuement à rembarrer une calomnie si frivole, laquelle tombe bas quand j'auray dit en un mot qu'il n'en est rien. » Les partisans de Calvin en cette affaire, ceux qui croient qu'il ne fut absolument pour rien dans la condamnation de Servet à Vienne, se basent sur cette affirmation, dont il serait téméraire, disent-ils, d'infirmer la véracité.

L'envoi de Guillaume Trie arrivé à destination, Servet était perdu. Pour ne pas l'alarmer, on le pria de venir en toute hâte soigner des détenus malades à la prison de la ville. Servet donna dans le piège sans défiance et fut aisément arrêté. Les interrogatoires suivirent. On s'y prit habilement; on lui montra d'abord quelques ligues assez insignifiantes écrites de sa main et qu'il avoua, espérant qu'on lui pardonnerait les légères hérésies qui pouvaient s'y trouver; mais le lendemain on lui montra toute la liasse de ses lettres à Calvin , qu'il ne pouvait plus désavouer.

Après quelques jours d'incarcération, Servet parvint, grâce probablement à la connivence de quelqu'un des hauts personnages du lieu dont il avait été le médecin et l'ami, à s'évader par un jardin. Le procès continua cependant et se termina par une condamnation à mort , à laquelle Servet n'échappa qu'en quittant le territoire français, après avoir erré sur la frontière pendant trois mois. En sortant de France, il ne savait où aller. Il songea d'abord à l'Espagne, puis à l'Allemagne, et s'arrêta enfin à 1 Italie, où les idées avancées en religion avaient plus de chance d'être moins vite poursuivies qu'ailleurs. Malheureusement pour lui , il prit par la Suisse. Le 17 juillet 1553, il arrivait à Genève. Il y resta ignoré pendant trois semaines et fut arrêté le 13 août. On prétend qu'il était allé entendre un sermon de Calvin, poussé par une curiosité bien téméraire. Estce un retard, comme Servet l'a dit, l'attente d'une occasion pour s'embarquer sur le Léman ou bien une intention de lutte avec Calvin qui le décida à venir et à séjourner à Genève au péril de sa vie? On ne sait. Il est probable qu'il n'y a pas là un simple hasard. Servet, non guéri par sa mésaventure, voulut probablement venir braver Calvin jusque dans sa tanière et affronter une discussion publique avec lui. En ce moment, le réformateur était battu vigoureusement en brèche par ses adversaires ; sa situation chancelait. Servet dut vouloir profiter de cette occasion favorable, et, au contraire, Calvin se raffermit à ses dépens, car le bûcher de Michel Servet frappa de terreur tous les esprits.

Aussitôt informé de sa présence à Genève, Calvin ne négligea rien pour exécuter tout ce qu'il annonçait déjà sept ans auparavant. « Je ne veux point nier, uit-il dans l'ouvrage qu'il a publié peu de mois après le dénoûment du drame, que ce n'ait esté à ma poursuite qu'il fut constitué prisonnier. » Les lois de Genève statuaient que quiconque accusait un homme de quelque crime que ce fût devait s'enfermer avec lui en prison, afin d'être puni, s'il l'avait calomnié, de la peine même qu'entraînait l'accusation. Calvin déclara que son temps était trop précieux pour qu'il remplît cette formalité et s'en déchargea sur son secrétaire, Nicolas Delafontuine. La procédure commença immédiatement et fut conduite régulièrement pendant les deux mois suivants. Calvin dressa un extrait des livres de Servet et même de ses manuscrits, pour servir de guide aux interrogatoires et indiquer les points où il errait. Servet demanda en vain une discussion publique. Dès la seconde séance, Berthelier, fils de l'héroïque libérateur de Genève et chef du purti anticalviniste, parait avoir tenté de défendre Servet contre le ministre Colladon , qui venait de remplacer Delafontaine. Le lendemain, Calvin lui-même entra ouvertement en lice. Pour donner une idée de ces débats, ridiculement atroces, où la vie d'un homme dépendait des subtilités les plus nuageuses de la scolastique, rappelons que Servet était, entre autres choses, accusé d'impiété pour avoir traduit la Géographie de Ptolémée, livre où la terre sainte est, contrairement aux récits bibliques, présentée comme un pays stérile. " Ce vilain chien, dit Calvin, étant ainsi abattu par si vives raisons, ne fit que torcher son museau en disant : ■ Passons outre, messieurs, il n'y • a point là de mal. •

Au fond de toutes les hérésies de Servet, il n'y en avait qu'une, le panthéisme. Voici comment Calvin en arracha l'aveu décisif à la sincérité courageuse de Servet : « Comme il prétendait, dit Calvin, que toutes créatures

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sont de la substance de Dieu et comme pleines de Dieu, moi, estant fasché d'une absurdité si lourde, répliquay à l'encontre : Comment, povre homme, si quelqu'un frappait ce pain ici avec le pied et qu'il dist qu'il foulle ton Dieu, n'aurois-tu point horreur d'avoir assujetti la maiesté de Dieu à tel opprobre? Alors il dit : Je ne fay nulle doute quo ce banc et ce buffet, et tout ce qu'on pourra monstrer ce soit la substance do Dieu. De rechef quand il luy fut objecté que donques à son compte le diable serait substantiellement Dieu, en se riant, il respondit bien hardiment : En doutezvous? Quant à moy, je tien ceci pour une maxime générale, que toutes choses sont une partie et portion de Dieu, et que toute nature est son esprit substantiel, »

Le 21 août, le petit conseil, considérant que »le cas importait à toute la chrestienté,» évoqua l'affaire enlevée aux tribunaux inférieurs. Il décida que, d'une part, on prendrait des informations à Vienne, et que, d'autre part, on demanderait l'avis des autres Eglises de Suisse. Il y eut de nouveaux interrogatoires thécilogiques si abstrus, qu'à peine y peut-on démêler le sens des distinctions ou se jouaient les théologiens du temps. Servet répondit avec une grande présence d'esprit, sans chercher à choquer ses juges , mais en maintenant pourtant ce qui touchait à ses convictions essentielles. On comprit alors qu'il serait par trop monstrueux de condamner un homme pour ses croyances et on tâcha d'insinuer que Servet avait voulu troubler la ville et l'Eglise de Genève ; on l'appela le Semaiteur d'béréaiea. Nous laissons à regret les épisodes nombreux et vraiment curieux de ces tristes discussions, où l'on regrette de voir tant de subtilité pedantesque mise au service de tant de cruauté. La réponse de Vienne arriva bientôt, racontant les condamnations de Servet et exigeant qu'il fût remis aux mains des autorités françaises; les Genevois le retinrent cependant et voulurent avoir le privilège de donner ce grand exemple a la chrétienté, se piquant de prouver ainsi la rigide pureté de leur doctrine. Un incident grave sembla un moment devoir sauver Michel Servet : c'est la querelle de Calvin avec Berthelier et le conseil relativement au droit d'excommunication. Le conseil étant composé en partie de calvinistes, en partie d'ennemis de Calvin et enfin de magistrats indécis et neutres, les fluctuations de l'opinion publique pouvaient amener un revirement favorable k Servet. C'est dans un de ces moments de défiance à l'endroit de Calvin qu'on avait décidé de ne pas s'en rapporter à son accusation et de demander l'avis des Eglises suisses. Calvin lutta avec son énergie ordinaire. Disposant de la chaire, il en profita pour y tonner contre Berthelier et les libertins, et puis contre Servet lui-même, qu'il dépeignit à ses auditeurs sous des traits épouvantables. En même temps, il écrivait aux Eglises consultées et les pressait de répondre u'une manière favorable; la recommandation était d'autant plus nécessaire que, dans une affaire précédente, celle de Bolsec, les Eglises de Berne, Bàle, elc, avaient recommandé la modération et blâmé l'emploi de la force. Cette fois il n'en fut pas de même. Sans se prononcer pour la peine de mort, les Eglises reconnurent toutes la culpabilité de Servet, l'atrocité de ses hérésies, le danger de l'impunité, etc. En attendant l'arrivée de ces avis, le conseil autorisa Servet à soutenir contre Calviu une discussion par écrit. Un des passages les plus remarquables du mémoire de l'accusé, confirmé par d'autres extraits de ses ouvrages, est celui où il pose en principe qu'on ne doit persécuter ni surtout mettre à mort aucun homme pour ses opinions theologiques, fussent-eiies même erronées; c'était là proclamer le principe de la liberté de conscience.

Dans sa prison, Michel Servet était traité avec la plus grande cruauté. Non conteDtde le faire malmener et injurier par ses amis durant les interrogatoires, de le traiter lui-même d'âne, de bélître et de porc, Calvin voulait qu'il goûtât, dons un cachot infect, une anticipation du supplice. « Il me voult ici faire pourrir, écrivait le malheureux aux membres du conseil ; les poulx me mangent tout vif, mes chausses sont desehirées et n'ay de quoi changer ny pourpoint hy chemise, que une meschante. 11 y a trois semaines que je demande avoir audiance et n'ay pu l'obtenir. Le froid me tormante grandement, à cause de ma colique et rompute (hernie), laquelle m'engendre des autres povretés que ay honte de vous escrire. C'est grand' cruaulié. Pour l'amour de Dieu, donnez-y ordre, ou pour pitié ou pour le devoyrl • A la lecture de cette requête, le conseil voulut ordonner qu'on remit un peu de linge à Servet; Calvin s'y opposa vivement, il demandait aussi un avocat; Calvin fit répandre que c'était inutile ; il était, en effet, jugé et condamné d'avance.

Enfin, les lettres des Eglises de Berne, Bâle, Zurich et Schaffhouse arrivèrent et mirent lin aux hésitations du conseil. Calvin et son parti avaient épuisé la lUte des questions possibles et impossibles. On était entré jusque dans les détails les plus lutimes, • cumulent, vu son grand âge, il s'était pu contenir si longtemps saus se marier, • et d'autres questions qui 11e pourraient s'exprimer qu'en latin. 11 n'y avait plus qu'à porter la sentence amplement préparée par ce volumineux dossier.

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Elle fut prononcée dans la séance du jemii 26 octobre 1553. Le peu d'amis que Servet avait dans le conseil furent écartes; Calvin n'y laissa venir ce jour-là que ses créatures et ceux qui au cours du procès avaient montré de 1 unimosité contre l'accusé. D'après cette sentence, Servet était convaincu d'à voir, tant dans ses livres que dans ses manuscrits, notamment dans son traité De Trinitatis erroribus, « proféré blasphèmes grandement scandaleux contre la sainte et individue Trinité, persévéré en ses faulses erreurs, infectant d'icelles plusieurs pays ; fait impritnpr un aultre livre en cachette dans Vienne en Daulphiné, rempli des mêmes hérésies, horribles et exécrables blasphèmes; d'avoir appelé la Trinité un Cerberus, ou monstre à trois têies; d'avoir soutenu que le baptême des petits enfants n'est que diablerie et sorcellerie; le tout au cruel murtrissement, perdition et ruine de plusieurs pauvres âmes. • Cette curieuse pièce se termine ainsi : • Il nous apert toy, Servet, avoir des longtemps mys en avant doctrine faulse et pleinement héréticale , et icelle, mettant arriére toutes remonstranceset corrections, avoir d'une malicieuse et perverse obstination, persévérainmeiH semée et divulguée jusques à impression de livres publiques contre Dieu le Père, le Fila et le Sainct-lisprit, brefz contre les vrays fondemens de la religion chrestieime, et par cella lasché de faire schisme et troble en l'Eglise de Dieu, dont meintes âmes ont pu estes ruinées et perdues, chose horrible et espoùvantable, scandaleuse et infectante; et navoir heu honte ny horreur de te dresser toutallement contre la majesté divine et saincto Trinité; ains uvoyr mys.peyne et testre employé obstinément à infecter le monde de tez hérésies et puante poysou héréticale, cas et crime d'hérésie griefzet détestable et méritant griève punition corporelle. A ces causes et aultres justes, à ce nous mouvantes, désirans de purger l'Eglise de Dieu de tel infeclement et retrancher dicelle tel membre pourry ; ayans heu bonne participation de conseil avec nos citoyens, et ayans invoqué le nom de Dieu, pour faire droit jugement, séant pour tribunal au lieu de nos majeurs, ayans Du-u et ses saiuctes escriptures devant nos yeux, disaus nu nom du Père, du Filz et du bainct- Esprit par iceste nosire deffiuitive sentence, laquelle donnons ycy par escript, Toy, Michel Servet, condamnons u debvoir estre lie et mené au lieu de Champel, et là debvoir estre a un pilotis attaché, et brusle tout vifz avec ton livre tant escript de ta main que imprimé, jusques a ce que ton corps soii reduict en cendre ; et ainsin finiras tez jours pour donner exemple aux aultres qui tel cas vouldroient commettre. •

Ce jugement rendu par des laïques ignorants contre un théologien accusé d'erreurs métaphysiques serait du plus haut ridicule s'il n était un monument d'iutquite barbare et cruelle; il fut exécute le lendemain, 27 octobre. Quelques protestations s'éleveient bien dans le peuple et jusqu'au sein des conseils : un jurisconsulte italien, Uriijaldo, faillit payer de sa vie cet acte de courage auquel un petit nombre d'hommes hardis se joignirent. Mais ces voix rares et faibles ne pouvaient sauver le malheureux. H aurait peutêtre, s'il l'eût voulu, pu échapper à la mort ; il lui eût sufti de se rétracter comme l'avait fait naguère Bolsec, comme le fil cinq uns plus tard Valentin Gentilis. Servet eut plus do courage, et malgré tout ce qu'a dit Calvin pour noircir les derniers moments de .sa victime, s'il laissa échapper des cris de détresse à l'annonce de la sen.ence ou à la vue du bûcher, il n'en persista pus moins dans son refus courageux de toute rétractation. On ne négligea rien pourtant pour lui en arracher une. Calvin se rendit avec deux conseillers à la prison et l'adjura de se repentir. Servet eut la noblesse de lui dire qu'il lui pardonnait et de lui demander même pardon des violences de langage auxquelles il avait pu se laisser aller contre sou accusateur. Un peuapres, le réformateur de Neuchâtel, G. Farel, arriva pour assister le malheureux à ses derniers moments. Jusqu'au pied du bûcher, les théologiens restèrent les mêmes, inflexibles et sans pitié. Farel somma Servet de renier ses erreurs, ses mensonges. « Je me suis peutêtre trompé, répondit Servet, mais je n'ai ni menti m pèche. ■ Farel insista, l'engagea k demander aux assistants de prier pour lui ; Servet y consentit avec une humble et vraie piété. Mais Farel voulait une rétractation ; il menaça Servet de ne pas le suivre jusqu'au bûehers'ilpersistaitàsoutenirson innocence, Servet garda le silence. Le cortège ayant traversé la ville sortit par la porte Saint- Antoine et atteignit le plateau de Champel. Là, Servet s'écria : 0 Jésus, fils du Dieu éternel, aie pitié de moi I La subtilité theulogique reparut en ce moment suprême ; ou voulut le forcer à dire : Fils éternel de Dieu, au lieu de Fils de Dieu éternel ; il s'y refusa constamment. «Voyez, s'écria alors Farel «'adressant au peuple, quelle force a Satan quand il possède une àmel Cet homme était grandement savant nt il eût pu marcher dans la bonne voie, mais Satan l'a possédé : pienez garde qu'il ne vous eu arrive de même I «Enfin Servet fut lié par le bourreau à un pieu dressé sur le bûcher; on avait placé sur sa tête une couronne de chaume enduite de soufre et on lia sur sa cuisse la Jiestiïurw chris-

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tiantimi. Le bûcher, formé de fagots verts, s alluma lentement; des gens du peuple y jetèrent du bois mort pour abréger les tourments du malheureux ; après avoir poussé un cri déchirant et balbutié jusqu'à la fin une prière, il expira. La tradition représente Calvin caché derrière une fenêtre pour repaître ses regards du supplice de Servet ; vive et symbolique imasçe de l'acharnement passionné et cruel de Calvin contre sa victime. La mort même de Servet n'y mit pas un terme, et, quelques mois après, Calvin publiait un livre où il exposait les abominables erreurs de Servet et chargeait sa mémoire de honteuses et lâches calomnies.

« Les opinions religieuses de Michel Servet, dit M. Emile Saisset, ont exercé une influence considérable sur les esprits de son temps. Il y a eu des servelistes en Allemagne, en Suisse, en Italie. Etroitement liée au protestantisme qu'elle lend à dissoudre et au soeiniuiiisme qu'elle vient susciter, l'hérésie de Michel Servet est le lien de ces deux grandes phases du mouvement religieux du xvie siècle. Ce n'est pas tout : il n'y a pas seulement dans Michel Servet un grand hérésiarque , il y a aussi un philosophe. On doit le rattacher à ce groupe de penseurs qui s'enflammèrent d'enthousiasme pour le platonisme alexandrin. Ce torrent d'idées panthéistes et mystiques qui agita sans la troubler l'âme candiile de Marsile Fiein, qui égara Patrizzi et perdit Giordano Bruno, ce même flot entraîna Michel Servet; mais ce qui le sépare des purs platonisants, <-e qui donne à sa doctrine une physionomie originale, c'est qu'il entreprit de tondre ensemble son panthéisme néo-platonicien et son christianisme hérétique; c'est qu'il essaya, non sans génie, une sorte de déduction rationnelle des mystères du christianisme ; c'est, en un mot, qu'il tenta au xvie siècle une œuvre qui semblait réservée à la hardiesse du nôtre, une théorie du Christ, ce qu'on appellerait aujourd'hui une christologie philosophique et, qui plus est, une christologie panthéiste. A ce point de vue, Michel Servet se présente aux regards de l'historien sous un jour nouveau. Ou ne voit plus seulement en lui le rival et la victime de Calvin, le médecin novateur, le chrétien hérésiarque, mais le théologien philosophe et panthéiste, précurseur inattendu de Malebratiche et de Spinoza, du Schleiermaeher et de Strauss... Esprit confus d'ailleurs, il n'a pas su donnera sa pensée cette précision lumineuse qui fait la vraie force, ce caractère pratique et simple qui donne l'influence. Sa théologie profonde, mais subtile et raffinée, est tombée dans l'oubli, sa philosophie néoplatonicienne a été emportée dans le naufrage ; mais ce qui n'a pas péri, ce qui ne pouvait pas périr, c'est la grande idée d'une explication rationnelle des mystères chrétiens. •

SERVETISTE s. m. (ser-ve-ti-ste — de Servet, n. pr. ). Hist. relig. Membre d'une secte antitrinitaire qui suivait les opinions de Michel Servet.

— Eue y cl. Les servetistes ne formaient point, à proprement parler, une secte religieuse ; le mot servetiste fut l'épithète injurieuse que les calvinistes employèrent pour désigner ceux qui prenaient la défense non-seulement de Servet, mais de tous les hérétiques. Si quelques-uns poussèrent jusqu'à ses dernières conséquences l'horreur que leur avait inspirée son supplice et, par haine de ses bourreaux, acceptèrent ses doctrines sur la trinité, le baptême, etc., le plus grand nombre ne se déclarèrent ses partisans que pour proclamer hardiment la liberté de conscience. C'était également une hérésie, et des plus coupables aux yeux de Calvin. Servet lui-même avait maintes fois proclamé celle hérésie, entre beaucoup d'autres,: • C'est, disait-il dans son interrogatoire, une nouvelle invention ignorée oes apôtres et disciples et de l'Eglise ancienne de faiie procès criminel pour la doctrine de l'Ecriture ou pour questions procédant d'it eile. «Servet ayant été lui-même vielime de cette » nouvelle invention, > ceux qui prirent sa défense furent conduits à attaquer a la fois et la conduite de Calvin et le principe même de la persécution.

Quelques mois après la mort de Michel Servet, des écrits anonymes manuscrits et imprimés furent répandus en Suisse et principalement à Genève contre la condamnation de ce malheureux. « A peine ses cendres, dit Théodore de Beze, s'élaient-elles refroidies, que l'on commença de toutes parts à discuter la question : Est-il permis de mettre à mon l'hérétique î • Cette question prit tant de gravité que Calvin lui-même crut devoir écrire son apologie et publia, en février 1554, une Défense de la foi orthodoxe contre les prodigieuses erreurs du Michel Servet, traite où il est montré que l'hert- tique doit être réprimé par le glaive. L'ouvrage parut en français et en latin. A la même époque, quelques Bâlois se réunirent pour publier au contraire un Traité des hérétiques, assutioir s'il est permis de tes Mettre à mort, etc. Les auteurs de <e recueil furent aussitôt désignés comme servetistes. C'étaient trots professeurs de l'université : Martin Borrhée Celleiier, Celio Secondo Cuiione et Sébastien Castalion, qui, tout en s'accordant, dit Calvin, comme chien et chat sur toutes les autres questions, avaient conspiré en ce seul point qu'on ne doit poiut réprimer l'hérétique. Ce livre fut le manuel du servetisme, cest-à-ûire de la liberté de

SERV

conscience-, traduit en français et plus tard en hollandais, il eut un assez grand retentissement pour inquiéter les calvinistes et pour décider Théodore de Bèze à en écrire une réfutation dans son Traité de la punition des hérétiques. Castalion écrivit ensuite une Réponse au traité de Calvin, dans laquelle ii revendique énergiquement les droits de la liberté religieuse et distingue très-nettement les domaines du temporel et du spirituel : «Tuer un homme, dit-il, ce n'est pas défendre une doctrine, ce n'est que tuer un homme. Le magis-1 trat doit défendre la vie et les biens des citoyens; quant à défendre la vérité, c'est l'affaire, non du magistrat ni du bourreau, mais du docteur et du pasteur. Quand un hérétique n'attaque la religion que par des paroles et des arguments, il ne faut la défendre que par des arguments et des paroles, c'est-à-dire pur des armes purement spirituelles. • C'est ce passage qui fit dire à Michelet : « Un pauvre prote d'imprimerie, Castalion, posa pour tout l'avenir la grande loi de la tolérance, » Après les auteurs de ces premiers manifestes, les autres servetistes connus du xvi° siècle sont le grand jurisconsulte italien Gribaldo, qui faillit être victime de sa sympathie avouée pour Servet; Lélio Socin, le prédicateur Ochino , etc. Au synode de Coire en 1571, la question fut traitée à fond par les calvinistes j un certain Gantner fut solennellement excommunié pour avoir pris la défense d'Ocliino, de Castalion, de Servet et de la liberté de conscience. A Genève, les registres du conseil et du consistoire révèlent Pexistence de servetistes assez hardis dans toutes les classes de la société ; un citoyen de Genève fut condamné à faire amende honorable la hart au cou, pour avoir parlé en faveur des hérétiques ; un autre, banni à perpétuité pour le même crime; un ministre même, Matthieu Essautier, fut excommunié et déposé pour ses sympathies en faveur de Castalion et des autres victimes de Calvin. A Berne , le secrétaire d Etat Zerkinden fut inquiété comme suspect de servetisme; et il écrivit à Calvin des lettres admirables en faveur de la liberté de conscience.

SERVETUB AD IMOM QUALIS AB IN- CEPTO... (Que le personnage conserve son caractère depuis le début jusqu'à la fin),

a Que vos persoiuiages,dii Horace {Art poétique, vers 127), conservent jusqu'au bout le même caraciereet qu'au déuoûinent ils soient tels qu'au début. •

Servelur ad imum | Qualis ab incepto processerit, et sibi cunslct.

M. Géruzez reconnaît cette qualité essentielle dans le Misanthrope de Molière : « La misanthropie d'Alceste est relevée par l'indulgence dePhilime, et la coquetterie de Céliniène par la sincérité d'Eliante. Acaste et Clitandre n'ont pas le même genre de fatuité, et Oronte ajoute aux travers généraux de l'homme de cour lu manie des petits vers, qui surexcite la vanité. Arsinoé, par désespoir de coquetterie, s'est retranchée dans la pruderie, qui est une curieuse vur.étè de l'hypocrisie. Tous ces personnages ugUsent et parlent selon leur nature, sans se démentir, selon .le précepte d'Hoiace. »

• La règle qualis ab incepto processerit, et sibi consiei, très-rigoureuse pour le poète, l'est jusqu'à la minutie pour le comédien, a

Diderot.

« 11 faut que le spectateur trouve à la fin, comme au premier acte, les personnages introduits, guidés par les mêmes vues, agissant par les mêmes principes, sensibles aux mêmes intérêts, en un mot les mêmes qu'ils ont paru d'abord :

Servetur ad imum Qualis ab incepto processerit, et sibi constet. » Sabatier dis Castres.

i Ajoutez, pour troisième imperfection, que Camille, qui ne tient que le second rang dans les trois premiers actes et y laisse le premier à Sabine, prend le premier dans les deux derniers, où cette Sabine n'est plus considérable, et qu'ainsi, s'il y a égalité dans les mœurs, il n'y en a point dans la dignité des personnages, où se doit étendre ce précepte d'Horace :

Servelur ad imum Qualis ab incepto processerit, et sibi constet. ■ Corneille.

SERVEUR s. m. (sèr-veur — rad. servir). Jeux. A la longue paume, Celui qui jette lu balle sur le loit.

— Min. Aide mineur, ouvrier chargé de faciliter le travail des haveurs en déblayant le minerai à mesure qu'il esc abattu ut eu apportant les matériaux de boisage là où l'on doit s'en servir.

SERVI, IE (sèr-vi, î) part, passé du v. Servir. Que l'on sert, à qui l'on rend certains offices : C'est la faute des princes quand ils sont mal servis; ils ont de quoi récompenser et punir. (Christine de Suéde.)' . . • . Par eux votre exemple est suivi, Et j'ai des serviteurs et ne suis point servi.

Molière.

— Mis, disposé sur la table pour être consommé : Tous ont les yeux sur lui, observant son maintien et son visage avant de prononcer

SERV

sur le vin ou sur les viandes qxti sont survies. (La Bruy.) Xa perche est servie sur toutes nos tables. (Lacép.) Ce brouet fut par lui servi sur une assiette.

Là Fontaine.

Il A qui l'on offre des mets à table : On s'assied trente à table ; le général seul est servi en prince, tout le reste meurt de faim. (Las Cases.) Autant que j'en puis juger, nous serons bien servis. ( Vitet.) Il Ou l'on met des mets et des boissons pour être consommés : Table bien servie, mal servie.

A sa table d'honneur splendidement servie, Don Siegue était assis triste et silencieux.

Al. Du val,

— Desservi, entretenu, soigné : Le saint sépulcre et la plupart des saints lieux sont servis par des religieux cordeliers. (Chateaub.)

— Art milit. Manœuvré : M. de Turenne avait plus d'artillerie que M. le Prince^ et elle était mieux servie. (La Rochef.) L'artillerie du roi était bien servie. (H, Martin.)

— Véner. Tué avec une arme déterminée : Sanglier servi au couteau.

— Gramm. Lorsque ce participe est précédé d'un pronom qui peut être complément direct ou indirect sefon les circonstances, comme nous, vous, il s'accorde avec ce pronom si le verbe servir est pris dans l'un des sens qui le rendent actif, et il reste invariable si le verbe servir est pris dans un sens neutre. Ainsi, on écrira : // nous a servis à table, Il nous a servis fidèlement, Il nous a bien servis auprès du prince; mais ou écrira : Il voulait nous nuire, et il nous a servi; Vos notes nous ont bien servi, c'est-à-dire nous ont été bien utiles.

SERVI ou CERYI, lie de la Grèce, sur la côte méridionale de la Morée, dans le golfe de Laconie, au N. de Cèrigo, par 36° 28' de latit. N. et 20» 35' de longit. E. Elle mesure S kiloin. de longueur sur 4 de largeur et donne son nom au canal qui la sépare de Cérigo.

SERVI (Constantin de), peintre et architecte italien, né à Florence en 1551, mort à Lucignano en 1662. A l'âge de quatorze ans, il quitta Florence pour aller à Mugello et y peignit pour l'église de San-Cassiano une Annonciation. En peinture, il passe pour avoir été l'élève de Sauti-Riti qu il imita dans ses premières œuvres ; plus tard, il adopta le "style de Porbus. Mais c'est surtout coinma architecte et comme ingénieur que Servi se fit connaître dans toute l'Europe. Il fut appelé et se rendit eu 1609 en Perse. De retour à Florence, il y fut nommé surintendant de la manufacture de mosaïques en pierres dures et fut chargé de conduire les travaux de la galerie de cette ville et de la chapelle de Saint- Laurent. Sur l'invitation du prince de Galles, il se rendit en Angleterre et y fut nommé surintendant des bâtiments et machines. Il passa ensuite en Hollande et parcourut une grande partie de l'Europe. On trouve des détails sur cet artiste et .sur ses descendants dans Baldinucci : Notizie de' professori del disegno, etc. (Milan, 1818, iD-8<>, tome IX).

SERVIABILITÉ s. f. (sèr-vi-a-bi-li-té — rad. sarviable). Qualité d'une personne serviable.

SERVIABLE adj. (sèr-vi-a-ble — rad. ser~ vir. Ce mot moderne est de formation peu correcte, car on devrait dire servuble comme on dit secourable). Disposé à rendre service, officieux : Homme serviable. Adressez-vous à cette dame, elle est très-SERViABLii. Que viens-tu faire ici? — Ce que je fais partout ailleurs; m' entremettre d'affaires, me rendre serviable aux gens. (Mol.)

Bon homme, ingénu, serviable.

Tu te fais haïr comme un diable Avecque toute ta bonté.

J.-B. Rousseau.

— Syn. Serviable, obligeant, officieux. V.

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