D EMILE
— Austérité : La sévérité des mœurs. De quelque sévérité que je me pique, je »'«;>prouve point une farouche sagesse. (Le Sage.)
Vous pouoes mesurer l'accroissement et la décadence des peuples sur la sévérité ou sur la dépravation de leurs mœurs. (Dj Sègur.)
— Acte sévère, rigoureux : Ses sévérités l'avaient fait détester de tout le monae. Ce n'est point par des sévérités excessives qu'on gagne tes enfants.
— Littér. et b.-arts. Correction simple , grave, sévère ; La sévérité du style. La sévérité du dessin. Le linguiste, opérant sur l,s particularités les p(u.s délicates de la langue
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est obligé de porter une grande sévérité dans la discussion des sources. {Renan.)
SEVKBN ou SAVERiSE, en latin Sabrina, fleuve d'Angleterre. Il prend sasource dans le pays de Galles, au mont Plinlimmon, dans la partie S.-O. du comté de Montgomery, coule nu N.-E., entre dans le comté de Shrop, baigne Shrewsbury, coule ensuite au S., arrose les comtés de Worcester et de Glocester, en passant pur les villes de même nom, et se jette dans le canal de Bristol par un large estuaire, après un cours de 330 kilom., dont 210 navigables. Ses affluents principaux sont : k gauche, la Stour, l'Avon et le Tern; k droite, le Liddon et la Terne. Ce lleuve communique par deux canaux avec la Tamise, l'Humber, la Mersey et le Trent.
SEVERO-VOSTOTCHNOÏ, c'est-à-dire Cap sacré, cap de la Russie d'Asie , dans l'océan Glacial arctique , gouvernement et cercle d'Iénisséisk, par 78° 25' de latit. N. et 101° de longit. E. C est le point le plus septentrional de l'ancien continent.
SÉVÉRONDE s. f. (sè-vé-ron-de — latin subgruuda, mot que l'on trouve dans Varron et dans Vitruve et dont on ignore l'origine). CoJistr. Saillie d'un toit sur la rue.
SEVEHCS. V. Sévère, Cornélius Severus, SÈVES (Octave-Juseph-Anthelme de), dit Soliman-Pacha, général français au service de l'Egypte, né à Lyon en 17S7, mort en 1860. • 11 entra de bonne heure dans la marine française, passa ensuite dans l'armée de terre, fut nommé sous-lieutenant à Posen en 1813, lieutenant l'année suivante, enfin capitaine et aide de camp de Grouchy pendant les Cent-Jours. La seconde Restauration fit rentrer de Sèves dans la vie privée. Eu 1816, il partit pour la Perse; mais, en passant par Alexandrie, il se décida à accepter le grade d'instructeur militaire que lui offrait Mohammed-Ali et se fixa en Egypte. Il organisa un bataillon de mameluks circassieus et géorgiens, qui fournit des sous-ofriciers k l'armée égyptienne. Il réussit ensuite à former des officiers supérieurs turcs, arabes ou fellahs, et de la sorte une armée égyptienne de 130,000 hommes se trouva organisée et disciplinée ù l'européenne. L 'activité et le talent qu'avait déployés de Sèves pour parvenir k ce résultat et sa conversion au mahomètisrae, à l'occasion de laquelle il prit le nom de Soliman-Bey, lui valurent la faveur de Mohammed-Ali. Nommé colonel, Soliman-Bey suivit en cette qualité Ibrahim-Pacha lors de la campagne de Alorée, se distingua ensuite dans la campagne de Syrie, fut promu successivement aux grades de général-major et de général de division, avec le titre de pacha, et contribua à plusieurs des victoires remportées par l'armée égyptienne et surtout k celle de Nézib, dont il publia une relation,
SEVESO, bourg du royaume d'Italie, province de Milan, district de Monza, mandement de Barlassina ; 2,472 hab.
SÉVESTE (Jules-Didier), acteur, né à Paris le 4 avril 1846, mort le 31 janvier 1871. Il était Sis de Sebastien, dit Edmond Séveste, ancien directeur de la Comédie-Française et fondateur du Théâtre-Lyrique. Après avoir achevé ses études au collège Chaptal, Didier entra au Conservatoire ( 1862 ) et suivit pendant un un la classe de Régnier. Ce temps lui suffit pour remporter au concours le premier prix de comédie. Abordant sans hésiter l'emploi des premiers comiques, il débuta au Théâtre -Français par Petit-Jean des Plaideurs, Crispin du Légataire universel et Mascarille des Précieuses ridicules. Il joua avec non moins de succès les Fourberies de Scapin, le Malade imaginaire, les Femmes savantes, le Mariage de Figaro, puisse montra dans le répertoire contemporain , le Mari- à la campagne, Il ne faut jurer de rien, Oscar ou le Mari qui trompe sa femme, et créa, enfin, un rôle assez important dans Maurice de Saxe, de M. Jules Ainigues. Il venait d'être applaudi chaleureusement dans Gros-René du l/epit amoureux, quand éclata la guerre de 1870. A partir de ce jour, le comédien disparut presque entièrement pour faire plaça au patriote. 11 se Ht remarquer encore une fois dans Une fête de Néron, de M. Belmomet (juillet 1870), organisa, de concert avec ses amis Talbot et Prudhon, une représentation au bénéfice des pauvres de son quartier et quitta la garde nationale pour s'eug.iger, au commencement de novembre, dans le corps franc des carabiniers parisiens, commandé par Pérelli. Séveste fut mis trois fois k l'ordre du jour pour ses reconnaissances hardies, reçut la croix de la Légion d'honneur et ne tarda pas a être promu au grade d'officier. Le 19 janvier, il sollicita J honneur de se joindre aux mobiles de la Drôuie et fut blessé a la jambe, au combat de Buzmival, en ramenant pour la troisième fois son bataillon au feu. Conduit parM. deLesseps à l'ambulance du Théâtre - Français il supporta les plus atroces douleurs aveu une résignation, un courage héroïques. Jamais une plainte ne s'échappa de ses lèvres; il cherchait au contraire à consoler ceux qui pleuraient autour de lui. Comme on avait attaché sa croix de la Légion d'honneur k une des quatre colon-, nés de son lit : t Otez-moi cela, mes amis, je ne veux pas avoir l'air d'un vaniteux. • Il mourut de sa blessure le 31 janvier 1871, entre les bras de sa mère et de sa sœur éplorées, après
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onze jours de souffrances. Le nom de Didier Séveste a été donné k une rue du quartier Montmartre, où i! était né.
SÉVESTE (Jacqueline- Angélique -Julie - Laure), cantatrice, sœur du précédent, née à Paris Je 7 août 1848. Elevée à la maison d'éducation de Saint-Denis, elle obtint à seize ans son diplôme d'institutrice, entra au Conservatoire en 1864, remporta successivement les deux seconds prix des classes de chant et d'opéra-comique, puis le premier prix à l'unanimité au concours de 1866. Elle débuta en septembre de la même année à la salle Keydeau, dans V Eprenne villageoise de Grétry, dans le rôle de Denise. Théophile Gautier salua en elle une digne héritière de la Saint- Aubin. « Dès ses premiers pas sur les planches, M110 Séveste y marchait d'un pied sûr et comme sur un terrain dont elle était maitresse et souveraine; aucune peur, apparente du moins, une aisance, une sécurité parfaites, pas le plus léger tremblement dans la voix. C'est une comédienne et une chanteuse toute formée et qui semble faite exprès pour l'opéra-comique. Elle dit le dialogue à ravir, met de l'esprit dans chaque détail, a une mimique sobre et juste, une physionomie expressive ; elle entre et elle sort comme si elle n'avait fait que cela toute sa vie. Sa voix est pure, agréable et conduite avec un art exquis-, on Sent à l'entendre qu'elle a fait de sérieuses études. Son succès a été trèsgrand. » Malgré un début aussi brillant, Mlle Séveste ne put obtenir aucun rôle important pendant les trois ans où elle fut engagée à l'Opéra-Comique. On lui fit jouer, k une reprise de Y J3 toile du Nord de Meyerbeer (avril 1867), le personnage assez insignifiant de Nutalie. Elle créa ensuite, en mai 1869, Mademoiselle Siluja, lever de rideau qui passa presque inaperçu, et représenta en dernier lieu liita, de Zampa. Mlie Séveste ne renouvela pas son engagement et se tourna vers la scène italienne. Guidée par les meilleurs maîtres, elle fut bientôt en état de se distinguer comme donna di primo cartello. Elle se disposait à se faire entendre à Rome, quand la guerre de 1S70 éclata. Elle resta avec sa mère et sou frère à Paris pendant le siège. Eu 1871, elle se rendit au Caire, où elle fut accueillie avec enthousiasme. Revenue en France, Mlle Séveste parut pendant quelque teTnps dans la pièce du Roi Carotte, à la GaSté (1872). En janvier 1875, elle fut engagée au théâtre royal de La Haye, où elle obtint le plus vif succès dans les premiers rôles d'opéra-coraique et de grand opéra. Depuis lors, elle s'est fait entendre au casino de Vichy, a donné à Moulins une représentation au bénéfice des inondés; enfin elle a signé un engagement avec le directeur du théâtre de Montpellier, pour la saison 1875- 1876. Excellente comédienne et parfaite chanteuse,joignant le talent k la beauté, M"e Jacqueline Séveste est appelée a reprendre bientôt sa place sur les scènes lyriques de Paris.
SBVESTRE (Joseph-Marie-François), homme politique français, né k Rennes en 1753, mort en 1846. Employé, avant la Révolution, dans les bureaux des états de Bretagne , il fut envoyé en 1792 à la Convention par le département d'Ille-et-Vilaine, y siégea avec 1 extrême gauche jusqu'au 9 thermidor et fut un des auteurs de la réaction qui suivit cette journée. En 1795, il fut appelé au comité de Sûreté générale, concourut k la répression des émeutes de prairial et persécuta ses anciens coreligionnaires politiques. Il sortit du comité en 1795 et ne fut pas réélu après la session conventionnelle. Il fut nommé l'un des messagers d'Etat au conseil des Cinq- Cents, fonction qu'il exerça ensuite au Corps législatif sous le gouvernement impérial jusquk la Restauration de 1814. Exilé eu 1816 par la loi contre les régicides, il ne rentra en France qu'en 1830 et obtint de la Chambre la restitution du traitement arriéré de tout le temps qu'avait duré son exil, avec une pension de 3,600 francs.
SÉVEUX , EUSE adj. (sé-veu, eu-ze — rad. sève). Bot. Qui a rapport k la sève, qui constitue la sève : Liquide séveux. II Vaisseaux sëveux, Vaisseaux dans lesquels circule la sève.
SÉVICES s. f. pi. (sé-vi-se — lat. sxoitia, formé de sœuus, cruel). Mauvais#lraitements exercés sur une personne sur laquelle on a autorité: Exercer des sévices ..sur ses enfants, sur ses élèves, sur ses domestiques. Cette femme veut se faire séparer de corps et de biens d'à nec son mari, pour cause de sévices. (Acad.)
— Encycl. En terme de jurisprudence, on donne le nom de sévices k des mauvais traitements caractérisé;) dont la constatation entraîne de graves conséquences juridiques.
C'est ainsi que la donation, de sa nature irrévocable, peut être révoquée si le donataire s'est rendu coupable envers le donateur de sévices, délits ou injures graves (art. 955 du C. civ.). Les sévices sont également une des causes qui peuvent entraîner la séparation de corps entre époux. D'après l'article 231 du même code qui s'appliquait k l'origine au divorce, mais qui s'étend k la séparation, les époux pourront réciproquement demander la séparation pour excès , sévices ou injures graves de l'un d'eux envers l'autre.
SÉVIGNÉ, nom d'une ancienne famille de Bretagne, emprunté k un château situé dans
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la commune de Gévezé (Ule-et-Vilaine), dont les seigneurs y exerçaient basse, moyenne et haute justice (notons, en passant, qu'au xvuo siècle ce nom s'est écrit indifféremment Sévigné ou Sëoigny, ainsi qu'on peut le voir dans les mémoires et ana du temps). L'écusson des Sévigné portait : Eeartelé de sable et d'argent. Cette famille possédait en dernier lieu l'hôtel et la tour de Sévigné, dans l'enceinte de Vitré, et k peu de distance de cette ville la terre des Rochers, apportée à un de ses membres en 1427 par Anne de Mathefélon, dame des Rochers. Dès le xne siècle, des Sévigné figurent dans les documents de l'histoire de Bretagne; en 1248, Guillaume ne Sévigné se distingua à la septième croisade. En 1379, Gui de SÉviGNÔ, en 1380, Guillaume et Jeai* de Sévigné, en 1402, Guillaume et Louis be Sévigné jouèrent un rôle notable dans l'histoire de leur province. En 1415, Guillaume DE SÉVIGNÉ entra comme chambellan a la cour dn duc Jean V et fut chargé par lui, en 1424, de lever des troupes dans le piiys de Vitré. Le 4 novembre 1440, il fut nommé banneret, et il lui fut conféré le droit de justice patibulaire. En 1484, un Guillaume de Sévigné prit part k la conspiration contre Landais, ministre du duc François II, subit un châtiment sévère et bénéficia d'une amnistie en 1485. En 1557, Joachim DE SÉVIGNÉ fut député deux fois vers le roi Henri II au nom de la province de Bretagne. Plus tard, un autre Joachim de Sévigné, seigneur d'Olivet, fils de Bertrand de Sévigné, se rangea du parti des ligueurs. Son frère Gilles de Sévigné, conseiller au parlement, paraît s'être dévoué, au contraire, à la cause royale. Joachim de Sévigné eut deux fils; l'un, René- Bernard-Renaud ne SÉVIGNÉ, chevalier de Malte, né en 1610 et mort à Port-Royal-des- Cbamps en 1676, est connu sous le nom de chevalier de Séuigné; l'autre, Charles, baron de Sévigné et d'Olivet, fut le père de Henri de Sévigné, mari de la spirituelle marquise ; avec le fils de la marquise, Charles, marquis de Sévigné, s'éteignit la branche aînée des Sévigné. Eu 1670, cette branche avait eu k faire la preuve de sa noblesse et avait été déclarée d'ancienne extraction. Par ses alliances, elle tenait a toutes les grandes familles de Bretagne, les Clisson, les Rohan, les Chàteaugiion, les Du Guesclin, etc.
La branche cadette prit le nom de SÉvi- Gnë-Montmokon et se sépara de la branche aînée avec Gilles dis Sévigné, k la fin du xvib siècle. Celui-ci est le conseiller au parlement dont il est parlé plus haut. Son fils, Renaud, seigneur de Montmoron, reçu au parlement de Bretagne en 1616, créé comte en 1657, devint doyen de sa compagnie en 1656. Le fils aîné de celui-ci, Charles, entra aussi au parlement de Bretagne et mourut en 1684. Un abbé de Sévigné, frère ou cousin de ce dernier, était attaché, en 1655, k Rome, k la personne du cardinal de Retz.
La marine française a compté parmi ses membres deux officiers supérieurs, frères de Charles de Sévigné-Montmoron. Le premier, Jacques Christophe, enseigne de vaisseau en 1664, filleul de la célèbre marquise de Sévigné, mourut k Brest le 8 juin 1700, capitaine de vaisseau et chevalier de Saint-Louis. Le second, Christophe-Jacques, nommé enseigne en 1666, fut promu capitaine de vaisseau eu 1680 et mourut aussi à Brest en 1719. Depuis lors, on ne trouve trace d'aucun autre descendant mâle de l'antique famille de Sévigné.
SÉVIGNÉ (René-Bernard-Renaud de), chevalier de Malte, connu sous le nom de chevalier de Sévigné, oncle de la marquise de Sévigné, né en Bretagne vers 1610, mort kPort- Royal-des-Champs en 1676. Il a été omis dans tous les dictionnaires biographiques, quoiqu'il ait eu, k Son époque, une certaine notoriété. Capitaine au régiment de Normandie en 1630, sergent, de bataille en 1642, maréchal de bataille en 1645 et maréchal de camp en 1646, il se jeta en plein dans les intrigues de la Fronde et accepta, en 1649, le commandement du régiment dit de Coiitithe, levé par le cardinal de Retz, son parent, ce régiment qui fut défait près de Longjumeau le 29 janvier 1649, En 1650, le chevalier de Malte rompit son vœu pour épouser Muie de La Veigne, déjà mère d'une charmante fille qui devint plus tard Mme de La Fayette. Lors de la déroute des frondeurs, il se retira dans les terres de sa femme et, au mois d'août 1652, contribua k l'évasion du cardinal de Retz, qui avait été enfermé au château de Nantes. Veuf en 1656, il fut attiré k Port-Royal et grossit le nombre des solitaires. A partir de cette époque jusqu'à sa mort(l8inurs 1676), il vécut dans une retraite absolue, n'ayant de relations suivies qu'avec les religieux et les religieuses de Port-Royal, dont il fut un des adhérents les plus dévoués. Le chevalier de Sévigné ne laissait pas d'héritage k recueillir; aussi la spirituelle marquise paraitelle avoir appris sa mort sans émotion. Elle en fait part k sa fille dans une lettre du 22 mars 1676 comme de l'événement le plus indifférent : ■ J'oubliois de vous dire que notre oncle de Sévigné est mort, » et rien de plus. Les jansénistes lui ont consacré quelques lignes dans leurs Nécrologes. Il a été l'objet d'un chapitre dans le Port-Royal de Sainte-Beuve. Enfin , un travail de quelque étendue, publié en 1865 par M. Saulnier, juge au Havre, dans le Bulletin de la Société aca-
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dèmique de Brest, a permis de rétablir les traits lus plus saillants de cette physionomie.
SÉVIGNÉ (Isabelle de Pena, dame de), femme du précèdent, née en 1615, d'une ancienne famille de Provence, mnrie à Paris en 1656. Elle comptait nu troubadour lauréat parmi ses aïeux et épousa en premières noces, \rers 1630, le comte Marc Pioche de La Vergue, homme de mérite, qui mourut en 1648 maréchal de camp et gouverneur du Havre. De ce mariage, elle n'eut qu'une fille qui devint célèbre d'abord sous le nom de Mllc de La Vergne, puis sons celui rie comtesse de La Fayette (v. La FaYEttb). Elle se remaria en décembre 1650 au chevalier Renaud de Sévigné, auquel elle donna par contrat de mariage l'usufruit de tous ses biens, et mourut en 1656. On l'appelait Al me de Sévigné l'ancienne pour la distinguer de sa nièce, la spirituelle marquise. Le cardinal de Retz dit, en parlant d'elle dans Ses mémoires , que c'était une bonne personne, mais assez naïve et fort empressée.
SEVIGNE (Henri, marquis de), neveu des précédents, né en Bretagne, probablement k Vitré, en 1624, mort en duel à Paris le 6 février 1651. Il était fils de Joachim de Sévigné et de Marguerite de Vas-é, cousine germaine du cardinal de Retz, et il s'adonna k la carrière des armes, où il paraît avoir peu brillé. Il ne fut pas nommé maréchal de camp, comme l'ont dit par erreur ses biographes. Après son mariage, sa femme voulut lui faire acheter une charge de cornette de chevau-légers. En 1644 ou 1645, il obtint la lieutenance de roi de Fougères. Il prit peu de part k la Fronde et se contenta de suivre en Normandie le duc de Longueville, Henri de Sévigné serait presque inconnu s'il n'avilit pas épousé, le 4 août 1644, la spirituelle Marie de Rabutin-Chantal qui a immortalisé le nom de Sévigné. Duelliste, joueur et débauché, le marquis de Sévigné rendit sa femme très-malheureuse et fit de fortes biéches k lu fortune de celle-ci, qui, pour sauver l'honneur du nom, malgré les conseils de sa famille, consentit k le cautionner pour 50,000 écus. On sait qu'il fut quelque temps l'amant de Ninon de Lenolos. En 1650, il avait pour maîtresse une dame de Uondran, qui recevait aussi les soins du chevalier d'Albret. Celui-ci, ayant appris que Sévigné avait tenu des propos grossiers sur le compte de sa belle, le provoqua. Sur le terrain, des explications furent échangées; il en résulta que le marquis était innocent des propos qui lui étaient attribués; on se bultit néanmoins et Sévigné reç.it dans la poitrine un coup d'épee dont il mourut deux jours après, laissant k sa veuve deux jeunes enfants et une fortune très-ébréchée. I! fut enterré dans l'église du couvent de la Visitation, rue Saint-Antoine, où son cercueil a été retrouvé en 1836.
SÉVIGNÉ (Marie de RaBUTin-ChaNTAl, marquise de), femme du précèdent, née a Paris le 6 février 1626, morte kGriguan (Diôme) le 18 avril 1696. Son père, Celse-Bénigne de Rabutiti, baron de Chanta], était ce fameux duelliste qui, le jour de Pâques 1624, sortit de l'église au beau milieu de la messe, disant tout haut qu'il allait servir de second au non moins fameux duelliste de Buuteville dans sa rencontre avec Poutgibaut; il se fit tuer en juillet 1626, cinq mois api es la naissance de sa fille, en défendant l'île de Ré contre ies Anglais. La veuve de Bénigne de Rabutin, Marie de Coulanges, mourut en 1632. Orpheline k l'âge de six ans, Marie de Rabutin fut placée sous la tutelle de son oncle maternel, l'abbé de Coulanges, qui s'évertua k lui faire donner une instruction solide. Elle eut pour maîtres Ménage euOhapelain, qui lui apprirent, outre le français, le lutin, l'espaguoi et l'italien. La cour u'Anne d'Autriche, où elle fut présentée toute jeune, acheva de polir sou esprit. Le 1« août lu44, elle épousa Henri de Sévigné (v. la biographie précédente), qui la laissa veuve avec deux enfants uu bout de sept ans de mariage, tîeit; union n'avait pas été heureuse. Conrurt disait qu'il y avait cette différence entre M1"* de Sévigné et son mari, que celui-ci estimait sa femme sans pouvoir l'aimer, tandis qu'elle l'aimait sans pouvoir l'estimer. Il parait que le marquis disait tout crûment k la marquise : «Je crois que vous seriez très-agréable pour un autre, mais pour moi, vous ne sauriez me plaire. » Après le duel qui la rendit veuve, Mme Je Sévigné se consacra k l'éducation de ses deux jeunes enfants et ne reparut k la cour qu'eu 1654. Beaucoup d'occasions do se remarier s'offrirent a elle, et un non moins grand nombre de soupirants, qui ne rêvaient pas le mariage, Turenue, le prince de tlonti, lesurintendantFouquet, le chevalier de Méré, le marquis du Lude, jusqu'à son ancien professeur, le bonhomme Ménage, essayèrent de l'induire a mal ; aucun, parult-il, ne réussit, non qu'elle fît la prude et la revèche ; elle avait, au contraire, l'humeur enjouée et le rire facile. D'après Tallemant des Reaux, elle se plaisait même a dire des gailllardises qu'elle savait envelopper d'esprit; mais elle n'aimait les gaillardises qu'en paroles. Quotqu'el.e eût uue imagination vive et beaucoup de sensibilité, elle voulut rester sage, et sa haute raison l'aida a l'être. Un de ses amoureux éeonduits, et celui qui peut-être eut la plus de chance d'être bien traité, Bussy, le propre cousin de la marquise, se vengea d'elle assez perfidement en la représentant
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dans son Histoire amoureuse des Gaules comme cachant, sous les dehors d'une prude, tous les désordres d'une femme galante. M"" de Sévigne eut beaucoup de peine a lui pardonner ce portrait satirique, et Bussy, avouant implicitement sa petite calomnie, la loua, au contraire, de la bonne grâce avec laquelle elle savait décourager ses amoureux, sans les fâcher : o II n'y a. guère, que vous dans le royaume, lui écrivait-il, qui puissiez réduire un amant a se contenter d'amitié. Nous n'en voyons presque point qui, d'amant éconduit, ne devienne ennemi, et je suis persuadé qu'il faut qu'une femme ait un mérite extraordinaire pour faire en sorte que le dépit d'un amant maltraité ne le porte pas à rompre avec elle, o La marquise de Sévigné reporta tout ce qu'elle avait de tendresse sur ses enfants, surtout sur sa fille, sur celle qui devait être la comtesse de Grignan. « Plus on y songe, dit Sainte-Beuve, et mieux on s'explique son amour de mère, cet amour qui, pour elle, représentait tous les autres. Cette riche et forte nature, en effet, cette nature saine et florissante, où la gaieté est plutôt dans le tour et le sérieux au fond, n avait jamais eu de passion proprement dite. Orpheline de bonne heure, elle ne sentit point la tendresse filiale; elle ne parle jamais de sa mère; une ou deux fois il lui arrive même de badiner du souvenir de son père; elle ne l'avait point connu. L'amour conjugal, qu'elle essaya loyalement, lui fut vite amer, et elle n'eut guère jour à s'y livrer. Jeune et belle veuve, à l'humeur libre et hardie, dans ce rôle d'éblouissante C'élimène, eut-elle en secret quelque faible qu'elle déroba? Une étincelle lui traversa-t-elle le cœur? Fut-eile jamais en péril d'avoir un moment d'oubli avec son cousin Bussy, comme M.Walckenaer, en Argus attentif, inclinerait à le croire? Avec ces spirituelles rieuses, on ne sait jamais à quoi s'en tenir, et on serait bien dupe souvent de s'arrêter à quelques mots qui, chez d'autres, diraient beaucoup. Le fait est qu'elle résista à Bussy, son plus dangereux ecueil, et que, si elle l'agréa un peu, elle ne l'aima point avec passion. Cette passion, elle ne la porta sur personne jusqu'au jour où ces trésors accumulés de tendresse éclatèrent sur la tête de sa tille pour ne plus s'en déplacer. Un poëte élégiaque l'a remarqué : un amour qui vient tard est souvent plus violent; on y paye eiï une fois tout l'arriéré des sentiments et les intérêts :
Sœpe venil magno fœnore lardas amor.
Ainsi de M™» de Sévigné. Su fille hérita de toutes les épargnes de ce cœur si riche et si sensible, et qui avait dit jusqu'à ce jour : j'attends. Voilà la vraie réponse à ces gens d'esprit raffinés qui ont voulu voir dans l'affection de Mm« de Sévigné pour sa tille une affectation et une contenance. M»» de Grignan fut la grande, l'unique passion de sa mère, et cette tendresse maternelle prit tous les caractères, en effet, de la passion, l'enthousiasme, la prévention, un léger ridicule (si un tel mot peut s'appliquer à de telles personnes), une naïveté d'indiscrétion et une plénitude qui font sourire. •
MIll= de Sévigné qui, dès 1663, figurait dans les ballets de Versailles, que Benserade, le poète officiel, chanta dans ses madrigaux embaumés comme la plus belle tille de France, et que le galant Bussy, en courtisan adroit, essaya de placer dans le lit de Louis XIV, lorsu'une première éclipse de la duchesse de La Valiière, échangea son nom en 1669 contre celui de comtesse de Grignan. Quinze mois après ce mariage , les deux époux furent obligés de quitter Paris et d'aller vivre en Provence, où M. de Grignan venait d'être nommé lieutenant général en remplacement de M. de Vendôme (1671). C'est alors que, pour trouver une compensation à cette séparation cruelle, autant que pour distraire sa fille, Mmede Sévigné entreprit cette correspondance qui durera vingt-sept années, à laquelle elle doit sa gloire, Ello continua de vivre à la cour, se contentant d'aller passer de loin en loin une saison en Bretagne, à cette terre des Rochers qu'elle a immortalisée. Elle se plaisait à Versailles, et la moindre attention du roi la comblait d'aise, comme on le voit dans quelques-unes de ses lettres ; mais l'attachement qu'elle montra au surintendant Fouquet, lors de sa disgrâce, l'empêchn toujours d'être regardée d un bon œil par Louis XIV. Un soir, pourtant, il dansa avec elle; elle fut si éblouie que, regagnantsa place, elle dit à son cousin : • 11 faut avouer que nous avons un grand roi. — Je le crois bien, répondit le malicieux Bussy, après ce qu'il vient de faire ! « Vers 1678, elle se retira définitivement aux Rochers et ne fit plus à la cour que de rares apparitions j elle en avait le cœur bien gros : 1 Mon fils me mande, écrivait-elle à sa tille en 1680, qu'on se divertit fort à Fontainebleau; les comédies de Molière charment toute la cour. Je mando a mon nls que c'est un grand plaisir d'y être et d'y avoir un maître, une place, une contenance; que pour moi, si j'en avois eu une, j'aurois fort aimé ce pays-lâ ; que ce n'estoit que pour n'en avoir point que je m'en estois éloignée; que cette espèce dejmepL'is estait un chagrin et que je me vengerois a en médire, comme Montaigne de la jeunesse...- J'ai vu des moments ou il ne s'en falloit rien que la fortune ne me mît dans la plus agréable situation du monde, et puis tout d'un coup
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c'estoient des prisons et des exils! ■ Mme de Sévigné fait sans doute ici allusion à la prison ae Fouquet et du cardinal de Retz, à l'exil de M. et Mme de Pomponne, ses grands amis. C'étaient, en effet, les seuls gens influents qu'elle connut à la cour, et sur lesquels elle pût compter, et leurs disgrâces successives l'empêchèrent d'acquérir jamais ce poste fixe qu'elle ambitionnait.
Une autre fois encore elle laisse percer toute la folle satisfaction que lui causait la moindre apparence de faveur. Elle était venue assister à la première représentation d'Esther, à Saint-Cyr. ■ Le roi, écrit-eile, vint vers nos places, et, après avoir tourné, il s'adressa à moi et me dit : « Madame, je suis » assuré que vous avez été contente. ■ Moi, sans m'étonner, je répondis : « Sire, je suis » charmée 1 ce que je sens est au-dessus des » paroles. » Le roi me dit : « Racine a bien de ' l'esprit. — Sire, il en a beaucoup; mais, en " vérité, ces jeunes personnes en ont beau- » cou p aussi ; elles entrent dans le sujet comme » si elles n'avoient jamais fait autre chose. » Il me dit: « Ahî pour cela, il est vrai.» Et puis Sa Majesté s en alla et me laissa l'objet de l'envie. Comme il n'y avoit quasi que moi de nouvelle venue, il eut quelque plaisir de voir mes sincères admirations sans bruit et sans éclat. M. le Prince et Mmo la Princesse me vinrent dire un mot. M">° de Maintenon, comme un éclair, s'en alla avec le roi. Je répondis à tout, c«r j'estois en fortune. ■
A part ces quelques excursions à la cour et deux ou trois voyages qu'elle fit en Provence pour voir la comtesse de Grignan, Mm« de Sévigné vécut paisiblement, au sein de la petite société choisie dont elle était le centre, tantôt à Paris, à l'hôtel Carnavalet, où les réunions des beaux esprits étaient presque aussi fréquentes qu'à l'hôtel de Rambouillet, tantôt en Bretagne, au château des Rochers, vieux manoir féodal entouré de bois séculaires, que ses lettres font connaître de la manière la plus exacte et où sa solitude n'était guère troublée que par les visites de ses voisins , gentilshommes campagnards qu'elle ne pouvait voir sans rire et dont elle s'est souvent moquée avec plus d'esprit que de charité. Sa correspondance avec sa tille et ses amis, Bussy, M. de Pomponne, Mn'e de Coulanges, M"10 de Thianges, etc. ; l'étude des grands écrivains, Rabelais, Montaigne, Virgile, Pascal, auquel, par un singulier goût, elle mêlait la lecture des traités jansénistes de Nicole et celle des grands romaus de La Calprenède et de Mlle de Scudery, suffisaient à occuper sa pensée. Sans ambitionner précisément la gloire d'écrivain et sans travailler ses lettres comme des œuvres d'art en vue de la postérité, il est certain qu'elle se fit de ce commerce épistolaire un travail intellectuel qui l'occupa tout autant que l'aurait fait la composition d'un livre. Ses plus jolies lettres sont celles où se remarque le plus d'abandon ; mais il y avait sans doute des jours où elle avait plus de temps, où elle se sentait davantage en humeur ; alors elle soignait et arrangeait ses récits comme aurait pu le faire l'écrivain de profession; ainsi la lettre a M, de Coulanges sur le mariage de •Mademoiselle, celle à Mme de Grignan sur la mort du fils de M™e de Longueville, tué au passage du Rhin; celle k M. de Grignan sur la mort de Turenne, véritables chel's-d'œuvre épistolaiies, ne sont pas de simples lettres. Mmo de Sévigné n'ignorait pas que ces morceaux de choix couraient le monde, qu'on leur donnait des titres comme à une fable ou à un sonnet. «Je ne veux pas oublier ce qui m'est arrivé ce matin, lui écrit Mmo de Coulanges; on m'a dit: a Madame, voilà un la- « quais de M<»e de Thiunges. • J'ai ordonné qu'on le fit entrer. Voici ce qu'il avoit à me uire : « Madame, c'est de la part de Mme de » Thianges, qui vous prie de lui envoyer la » lettre du Cheval de M">e de Sévigné et celle • de la Prairie, » J'ai dit au laquais que je les porterois à sa maîtresse, et je ln'en suis délaite. Vos lettres font tout le bruit qu'elles méritent, comme vous voyez; il est certain qu'elles sont délicieuses et vous êtes comme vos lettres. ■ Nous leur consacrons plus bas un article spécial; il nous suffit ici de toucher en passant à ce qu'elles révèlent du caractère de leur auteur. » 11 est une seule circonstance, dit Sainte-Beuve, où l'on ne peut s'empêcher de regretter que Mme de Sévigné se soit abandonnée à ses habitudes moqueuses et légères; où l'on se refuse absolument à entrer dans son badinage et où, après en avoir recherché toutes les raisons atténuantes, on a peine encore à le lui pardonner ; c'est lorsqu'elle racon te si gaiement à sa fille la révolte des paysans bas-bretons et les horribles sévérités qui la réprimèrent. Tant qu'elle se borne a rire des états, des gentilshommes campagnards et de leurs galas étourdissants, et de leur enthousiasme à tout voter « entre midi et une heure, • et de toutes les autres folies du prochain de Bretagne après dîner, cela est d'une solide et légitime plaisanterie, cela rappelle en certains endroits la touche de Molière; mais, du moment qu'il y a eu de petites tranchées en Bretagne, et à Rennes une colique pierreuse, c'est-à-dire que le gouverneur, M. de Chaulnes, voulant dissiper le peuple pur sa présence, a été repoussé chez lui à coups de pierres; du inouieut que M. de Forbin arrive avec 6,000 hommes de troupes contre les mutins, et que ces pauvres diubles, du plus loin
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qu'ils aperçoivent les troupes royales, se débandent dans les champs, se jettent à genoux en criant : Mea culpa (car c'est le seul mot d? français qu'ils sachent) ; quand, pour châtier Rennes, on transfère son parlement à Vannes, qu'on prend à l'aventure vingtcinq ou trente hommes pour les pendre, qu'on chasse et qu'on bannit toute une grande rue, femmes accouchées, vieillards, enfants, avec défense de les recueillir sous peine de mort;
3uand on roue, qu'on écartèle, et qu'à force 'avoir écartelé et roué on se relâche et | qu'on pend : au milieu de ces horreurs exer- ; cées contre des innocents ou de pauvres éga- ' rés, on souffre de voir Mm« de Sévigné se jouer presque comme à l'ordinaire; on lui voudrait 1 «ne indignation brûlante, amère, généreuse ; surtout on voudrait effacer de ces lettres des lignes comme celles-ci : « Les mutins de Ren- » nés se sont sauvés il y a longtemps; ainsi
• les bons pâtiront pour les méchants ; mais » je le trouve fort bon, pourvu que les 4,000 » hommes de guerre qui sont à Rennes sous » MM. de Forbin et deVins ne m'empêchent
• point de me promener dans mes bois, qui sont » d'une hauteur et d'une beauté merveilleu- » ses ; « et ailleurs : « On a pris soixante bour- » geois ; on commence demain à pendre. Cette » province est un bel exemple pour les au- » très, et surtout de respecter les gouver- 0 nants et les gouvernantes, de ne leur point » dire d'injures et ne point jeter de pierres » clans leur jardin ; ■ et enfin : « Vous me par- » lez bien plaisamment de nos misères; nous " ne sommes plus si roués ; un en huit jours » seulement pour entretenir la justice: la « penderie me parait maintenant un rafral-
• chissement. > Le duc de Chaulnes, qui a provoqué toutes ces vengeances parce qu'on a jeté des pierres dans son jardin et qu'on lui a dit mille injures, dont la plus douce et la plus familière était gros cochon, ne baisse pas pour cela d'un cran dans l'amitié de Mmo de Sévigné; il reste toujours pour elle et pour Mme de Grignan notre bon duc à tour de bras ; bien plus, lorsqu'il est nommé ambassadeur à Rome et qu'il part du paya, il laisse toute la Bretagne en tristesse. Certes, il y aurait là matière à bien des réflexions sur les mœurs et la civilisation du grand siècle ; nos lecteurs y suppléeront sans peine. Nous regretterons seulement qu'en cette occasion le cœur de Mme de Sévigjjé ne se soit pas davantage élevé au-dessus des préjugés de son temps. »
En 1694, M™'» de Sévigné fit un dernier voyage en Provence, pour se rendre près de sa fille gravement malade ; elle la soigna avec beaucoup de dévouement, au point d'altérer sa propre santé, et elle ne dut plus songer à revenir en Bretagne. Toutefois, elle ne mourut pas, comme on l'a écrit, des fatigues que lui avait occasionnées la maladie de Mme de Grignan; elle ne succomba que deux ans après à une violente atteinte de petite vérole. Elle fut inhumée dans l'ancienne église collégiale de Grignan, où se yoit encore son tombeau.
Sévigné (lettres de Mme de). Le premier recueil de ces lettres parut à La Haye (1726, 2 vol. in-12), parles soins de l'abbé de Bussy, évoque de Luçon, fils cadet du comte de Bussy, qui fit imprimer un grand nombre de copies restées en possession de son aïeule, Mmo de Simiane. Cette première édition ne compte guère. Celle qui fut faite par le chevalier Perrin (Paris, 1754, 8 vol. in- 12), d'après les originaux mis entre ses mains par la famille de Sévigné, est beaucoup plus complète ; c'est celle qui a été suivie dans toutes les réimpressions jusqu'à celle de M. de Montmerquê (Paris, 1817-1819, 10 vol. in-8<>),qui rétablit plusieurs passages altérés et des retranchements faits, sur l'ordre de la famille, par le chevalier Perrin. Cette édition a servi de base à la réimpression complète faite par M. Ad. Régnier (1862-1864, 12 vol. gr. in-80) qui restera probablement l'édition définitive de cette fameuse correspondance.
Les lettres de Mmt de Sévigné sont adressées, pour le plus grand nombre, à sa fille, Mme de Grignan ; les autres correspondants les plus habituels de la marquise sont le comte de Bussy-Rabutin, le marquis de Sévigné, M. de Coulantes, Mme de Lii Fayette, Mme de Coulanges, Kllle de Méri et le duc de La Rochefoucauld. M">B de Sévigné écrit à sa fille à toute occasion et même sans occasion; quelquefois, elle écrit pour épancher son cœur, et elle n'envoie pas les lettres. Elle prend la plume sans savoir ce qu'elle va dire; mais, une fois en train, elle trouve la pensée et l'expression ; elle ne s'arrête qu'en se faisant violence. De près ou de loin, elle ne s'occupe que de sa filie, et elle ne s'intéresse à quelqu'un ou à quelque chose que par rapport à sa fille. Tout inquiète et redouble son amour maternel. Ses lettres révèlent une tendresse si passionnée, un enthousiasme si exalté, que quelques critiques ne les ont pas crues sincères. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'à part oe qui concerne sa fille et le surintendant Fouquet, qui lui a inspiré une sorte de pitié aveugle, 011 rencontre rarement dans les lettres de la spirituelle marquise le sentiment vrai de l'humanité. Ou y relève des ironies cruelles sur le supplice de la Brinvilliers, des propos amers et frivoles pendant l'affaire des poisons, des moqueries barbares sur les pauvres Bretons, punis atrocement de leur soulèvement pendant la tenue des
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états de Bretagne. Cette même femme, si dure aux étrangers, à ceux qui ne sont pas de son entourage, se propose de faire un traité sur l'amitié, et elle analyse ce sentiment avec une grande délicatesse. Dans sa vieillesse, elle retrouve la sensibilité native de la femme, que le commerce du monde avait refoulée.
Les lettres de Mme de Sévigné sont un trésor de renseignements historiques et de traits de moeurs. Elle s'y peint elle-même, d'abord. On apprend qu'elle s'applique avec goût et réflexion aux lectures les plus variées. Elle dévore les productions de MU» de Scudery et celles de La Calprenède. Rien ne l'intéresse comme les grands coups d'épée des héros de roman. Elle admire Nicole et reste fidèle à La Calprenède, dont elle maudit le style. Plus tard, elle ne garde que les romans de son amie, M»o de La Fayette. Elle aime la campagne, la solitude sauvage de ses Rochers. Elle voit la nature à travers les souvenirs de YAstrée et du Pastor fido. Cepeu- ' dant, en dépit de ces réminiscences de fades I pastorales, elle fait des descriptions fraîches et neuves. Il lui manque seulement, à elle qui comprend ai bien la campagne, de comprendre le paysan.
Au point de vue historique, ces Lettres peuvent servir d'introduction aux Mémoires de Saint-Simon. Comme les Mémoires, elles mettent sur le premier plan les faits et gestes de la cour et quelquefois de l'armée. Cependant l'écrivain, qui n'appartient à la cour que par ses amis, ne raconte pas par ellemême ; elle ne donne pas plus d'importance aux grands événements qu'au détail de ses affaires domestiques; les guerres ne l'occupent pas plus qu une grossesse, un projet do mariage. A ce point de vue, sa correspondance est un tableau fidèle de la société et des mœurs du xviie siècle; c'est un journal des faits les plus intéressants des quarante plus belles années du siècle de Louis XIV. C'est surtout un des monuments de la littérature française. Il n'est pas un lecteur do ces lettres que n'aient émerveillé la souplesse, la variété, la grâce, la facilité de ce style si peu travaillé, si preste, si rapide. La plume galope sur le bon pied; l'écrivain s'aperçoit de ses négligences, mais ne peut se résoudre à se corriger; ce serait se gâter. Mme de Sévigné a toujours sous la main une lettre prête à partir. Rien de plus soudain, de plus impétueux que son esprit. Un sujet de lettre manque-t-il? c'est encore un sujet que de le dire. Son procédé est digne de remarque : elle glisse, sans appuyer; quelquefois, du premier trait, elle pénètre au fond. C'est la même spontanéité que chez Montaigne. D'une imagination mobile et capricieuse, elle se sauve par le bon sens. Légère et gaie, elle échappe à la frivolité. Avec toute sa raison et tout son savoir, elle paye tribut au goût de son siècle ; elle est précieuse à certains moments; mais alors elle se souvient et n'invente pas. Personne n'a, comme Mmu de Sévigné, le secret des finesses d'expression, des délicatesses du langage, des nuances les plus déliées. Ses réciis sont ravissants; impossible de les oublier. Elle invente son style avec le même naturel que La Fontaine crée te Bien.
Dans ses causeries épistolatres avec sa fille, on remarque certaines lettres qui sont trop jolies pour supposer un lecteur unique et discret, et quelques autres qui contrastent avec sa manière ordinaire. Ces dernière» n'ont pas été écrites par la marquise, mais dictées par elle; or, d'après son aveu, ce n'étnit point pour elle la même chose; son esprit semblait perdre alors l'aisance et le - ressort qu'elle retrouvait la plume à la main. U faut observer aussi qu'elle n'empruntait l'aide d'autrui qu'aux jours d'indisposition et d'embarras. Quant aux lettres où se révèle un soin d'artiste, on doit conjecturer ou que la marquise se sentait davantage en voine, ou qu'elle les polissait en vue des tran-criptions qu'on venait faire jusque sur sa table, et des communications qui en résultaient dans les cercles en renom. La société polie les recherchait avec insistance, deptiis que Louis XIV en avait le premier fait connaître le mérite, en vantant celles qu'il avait trouvées dans la cassette de Fouquet, lors de l'arrestation du surintendant. De cette coquetterie féminine, il ne faut pas inférer, ainsi qu'on l'a prétendu, que Mme de Sévigné adressait ses lettres au public, sous le couvert de sa fiile. Jamais elle n'a prévu que des feuilles remplies « à course de plume » formeraient une œuvre originale, un monument littéraire. An reste, il ne faut pas se laisser prendre aux mots ; on a parlé du naturel de M100 de Sévigné comme d'une grâce d'état, d'un don exceptionnel. La vérité est que ce goût du simple et du naturel était une inspiration de l'antiquité classique, le fruit d'une solide instruction.
A cette appréciation sommaire nous joindrons celles d'un certain nombre de critiques.
■ Si je pouvois seulement vivre deux cents » ans, il me semble que je serais une personne » très-admirable. » Ce souhait de longue durée, que formait M018 de Sévigné en vue de la perfection morale qu'elle désirait atteindre, se trouve aujourd'hui réalisé pour sa mémoire : elle a conquis, sans y prétendre, une admiration qui ne s'épuise pas, et qui appelle sur son nom les hommages réservés
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au génie. On l'aurait bien surprise et un peu alarmée si on lui eût fait entrevoir qu'en laissant courir sa plume « libertine la bride » sur le cou, » comme elle dit, sur ce papier que dévorait si rapidement sa grande écriture, elle achevait la gloire d'un siècle illustre entre tous, et prenait place k côté des Pascal, des Molière, des La Fontaine: et cependant rien n'est plus vrai; car, il ne faut pas s'y méprendre, Mme de Sévigné est bien de cette race de privilégiés auxquels il suffit de se montrer tels qu'ils sont, et qui marquent naturellement l'empreinte de leur supériorité dans des œuvres inimitables. La correspondance de Mme de Sévigné est de même titre que les Provinciales, les Fables et les Femmes savantes, et ce titre c'est la perfection dans un genre donné. On se récrie parce qu'ici la gloire n'a pas coûté d'efforts. Ehl qu'importe? Elle n'en est pas de moindre valeur ; c'est une bonne fortune, sans doute ; mais il n'y a ni vol ni surprise : la possession est légitime. Laissons les étrangers nous envier cet accident impérissable ; pour nous, jouissons-en chèrement, comme d'un bien qui pouvait nous échapper. » (Géruzez.)
« Le genre épistolaire est personnifié dans Mme de Sévigné. Il faut se résoudre à être banal Si l'on veut parler, après tant et de si excellents panégyriques, des qualités de ce charmant esprit qui a su mettre une si prodigieuse variété dans l'expression d'un sentiment toujours le même, et faire pivoter la cour, la ville, la province, le monde entier autour de sa fille. Mais ce que l'histoire ne peut se dispenser de rappeler, c'est que tous les mémoires du temps ensemble n'en donnent pas un tableau plus fidèle et plus complet que M «"J de Sévigné k elle seule. Les lettres de Mme de Sévigné ne sont pas un livre sur le siècle, c'est le siècle lui-même qui empreint son image indestructible dans un miroir merveilleux. C'est là seulement qu'il se montre de face et en toute sincérité, ce siècle à la fois railleur et soumis, raisonneur et religieux : raisonneur qui met des questions si fondamentales en dehors de ses raisonnements, religieux d'une religion bien extérieure, bien ■ convenable, » pas hypocrite pourtant, le sentiment de la règle et de la convenance ayant pénétré le fond même de la vie; plus d un doute s'entrevoit parfois sur certains dogmes religieux ou sur la royauté, cet autre dogme terrestre; mais on n'y insiste pas, on se hâte de passer outre en fermant les yeux. Cette sorte d'esprit religieux ne comporte pas le détachement des biens de ce monde; ces gens si dévots, loin d'avoir le renoncement ascétique, n'ont pas même l'ind.fférence philosophique. 11 y a, dans la correspondance de Bossuet, des choses très -caractéristiques sur ce besoin de bien-être et de grande existence; les illustres prélats du xvn« siècle étaient fort loin, a cet égard, des mœurs des anciens Pères... A côte de l'espèce de gravité que donne un arrangement si exact des choses, on rencontre une disposition singulière k plaisanter de tout, qui dénote souvent la force d'âme, l'héroïque insouciance gauloise, mais qui ressemble trop quelquefois k l'insensibilité... Quant aux erreurs de jugement et de goût qu'a pu commettre M"1' de Sévigné, on les a extrêmement exagérées ; elle ne se trompe complètement que lorsque ses affections personnelles sont en jeu, comme lorsqu'il s'agit de Fouquet et de Colbert; en littérature, elle pense, en général, comme les esprits les plus élevés de son temps, et, si elle ne rend pas pleinement justice à Racine, elle n'en a pas moins raison de soutenir la cause du vieux Corneille. Elle réclame ainsi pour la grande génération des contemporains de Richelieu contre une génération plus polie, plus élégante, mais déjà moins forte et dont l'idéal s'abaisse. » (Henri Martin.)
« Le style de Mme de Sévigné a été si souvent et si spirituellement jugé, analysé, admiré, qu'il serait difficile aujourd'hui de trouver un éloge ii la fois nouveau et convenable k lut appliquer ; et, d'autre part, nous ne nous sentons nullement disposé à rajeunir le lieu commun par des chicanes et des critiques. Une seule observation générale nous suffira: c'est qu'on peut rattacher les grands et beaux styles du siècle de Louis XIV à deux procédés différents, à deux manières opposées. .Malherbe et Balzac fondèrent dans notre littérature le style savant, châtié, poli, travaillé, dans l'enfautement duquel on arrive de la pensée à l'expression, lentement, par degrés, k foroe de tâtonnements et de ratures. C est ce style que Boileau a conseillé en toute occasion; il veut qu'on remette vingt fois son ouvrage sur le métier, qu'on le polisse et le repolisse sans cesse ; il se vante d'avoir appris à Racine à faire difficilement des vers faciles. Racine, en effet, est le plus parfait modèle de style en poésie; P'iéchier fut moins heureux dans sa prose. Mais, à côté de ce genre d'écrire, toujours un peu uniforme et académique, il en est un autre, bien autrement libre, capricieux et mobile, sans méthode traditionnelle et tout conforme à la diversité des talents et des génies. Montaigne et Régnier en avaient déjà donné d'admirables échantillons, et la reine Marguerite un charmant en ses familiers mémoires, œuvre de quelques « après-disnées :■ c'est le style large, lâché, abondant, qui suit davantage le courant des idées; un style de
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première venue et « prime-sautier, » pour parler comme Montaigne lui-même; c'est ce- -lui de La Fontaine et de Molière, celui de Fénelon, de Bossuet, du duc de Saint-Simon et de Muie de Sévigné. Cette dernière y excelle ; elle laisse • trotter > sa plume < la bride sur le cou, » et, chemin faisant, elle sème à profusion couleurs, comparaisons, images, et Vesprit et le sentiment lui échappent de tous côtés. Elle s'est placée ainsi, sans le vouloir ni s'en douter, au premier rang des écrivains de notre langue.
a Le seul art dont j'oserais soupçonner » M^e <Je Sévigné, dit Mm<!Necker,c'estd'em- » ployer souvent des termes généraux, et par- » conséquent un peu vagues, qu'elle fait resi sembler, par la façon dont elle les place, à u ces robes flottantes dont une main habile » change la forme à son gré.» La comparaison est ingénieuse ; mais il ne faut pas voir un artifice d'auteur dans cette manière commune a l'époque. Avant de s'ajuster exactement aux différentes espèces d idées, le langage est jeté alentour avec une ampleur qui lui donne l'aisance et une grâce singulière. Quand une fois le siècle d'analyse a passé sur la langue et l'a travaillée ; découpée à son usage, le charme indéfinissable est perdu ; c'est à vouloir alors y revenir qu'il y a réellement de l'artifice. » (Sainte-Beuve.)
Séiigué (mémoires sur Mma de), parWalckenaer (Paris, 1842-1852,5 vol. in-8°). On ne peut nier que cet ouvrage ne soit intéressant, et que les détails sur la vie de l'illustre écrivain n'y fourmillent Pourtant, il faut le reconnaître, l'auteur manque de style pour parler d'une femme qui a surtout charme par l'élégance de son style. Les Mémoires sur j/me de Sévigné sont, à proprement parler, des mémoires sur une partie de l'époque pendant, laquelle elle a vécu, Walekenaer s'étend sur les événements politiqnes et littéraires; il épuise non-seulement ce qui se rapporte k MM de Sévigné en particulier, mais ce qui est du domaine de l'histoire des mœurs Tantôt c'est la Fronde et Mm» de Longueville que l'auteur dépeint; tantôt il s'occupe de Louis XIV et de sa cour; tantôt enfin il indique les commencements et la fin de la guerre de Louis XIV contre la Hollande, ou bien il nous retrace tout au long l'histoire de la marquise de Courcelles. Encore n'a-t-il pas eu le temps d'achever son ouvrage et ne sait-on pas trop tout ce qu'il aurait pu y mettre si la mort ne l'avait arrête. Malgré ces défauts, ce livre est si complet qu'il faut absolument le consuUer} si l'on veut connaître à fond la célèbre marquise et son entourage. • C'est un livre qui rendrait Mme <ie Sévigué bien reconnaissante, dit Sainte- Beuve, et qui l'impatienterait un peu ; elle dirait de son biographe, comme elle disait de d'Hucqueville quand elle le voyait se prodiguer pour des personnes du dehors : « Il est, » en vérité, un peu étendu dans ses soins. » Mais la reconnaissance surnagerait, et elle doit à plus forte raison surnager chez nous, qui ne sommes point M"io de Sévigné, et que cet habile homme, informé comme on ne l'est pas, initie k tant de choses que, sans lui, nous n'aurions jamais eu chance de savoir. Ajoutez le parfum d'honnêteté antique qui circule à travers ces pages et qui trouve moyen de se mêler jusqu'au milieu de la chronique scandaleuse à laquelle elles sont souvent consacrées, un profond et naïf amour des lettres et de tout ce qu'elles amènent de délicat avec elles, une bonhomie parfaite, qui épouse son sujet tout entier avec tendresse et réussit, après un peu de résistance, h nous le faire aimer et embrasser jusque dans ses replis. Toutes ces qualités et ces mérites, sauf les légers inconvénients que la goût nous obligeait de ressentir, font à nos yeux, de M. Walekenaer le plus ample, le plus instructif et, si je puis dire, le plus serviable des biographes. ■
Sévigué (madame de), comédie en cinq actes et en vers, de N. Bouilly (Théâtre-Français, 1806). C'est toujours un danger de mettre sur la scène un de ces personnages dont l'esprit est demeuré proverbial, un Voltaire, une Sévigné. Ou bien, en effet, l'auteur, n'osant mettre son propre style et ses propres bons mots sur ces lèvres malicieuses, s'ingénie laborieusement à coudre les mis aux autres des traits connus, des phrases trop célèbres; son ouvrage n'est alois,qu'une marqueterie ; ou bien il ose travailler dans le genre de son modèle, et il s'expose alors à des comparaisons fâcheuses. Bouilly a choisi la première méthode; sa comédie est pleine d'anecdotes et de mots piquants cueillis çà et là dans la riche correspondance de la marquise , mais qui, par cela même, n'ont aucune nouveauté. Le critique Geoffroy distingue dans cette comédie trois chapitres qui n'ont l'un avec l'autre aucune liaison : celui des bons mots, celui des finances et celui des amourettes. Au chapitre des finances, on voit le fils de Mme de Sévigné se ruiner au jeu et emprunter à. un de ses amis, qui lui prête sur la caisse de son père, receveur à Meaux. Les deux jeunes fous jouent l'un et l'autre, perdeut tous deux ; la caisse est vide et le père va être destitué. M«ae de Sévigné, qui l'apprend, veut vendre ses diamants; elle ne trouve pas d'acheteurs; elle ramasse à la hâte tout l'argent qu'elle possède. Il manque 2,000 écus; mais son jardinier, Pilois, le tidele Pilois, a les 2,000 écus en réserve : il vient
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les donner et tout le monde est sauvé, Au chapitre des amourettes, le marquis de Sévigné reparaît, épris d'une jeune paysanne qui se jette dans ses bras comme Charlotte dans ceux de Don Juan. Mais un ami du marquis, personnage k tirades, fait rougir le séducteur et le décide k renoncer k cette conquête trop facile. Marie, l'ingénue, sera donc une bonne paysanne; elle épousera qui?... Pilois, toujours Pilois, le héros véritable de la pièce, celui qui a toutes les gloires et tous les bonheurs, celui qui sert de trait d'union entre le chapitre des finances et celui des amours. On voit combien tout cela est peu digne du nom de Mme de Sévigné.
SÉVIGNÉ (Charles, marquis de), fils de la précédente, né aux Rochers, près de Vitré, en mars 1648, suivant les uns, en 1647, selon d'autres, mort à Paris le 24 mars 1713. Il tient une grande place dans la correspondance de la célèbre marquise de Sévigné, sa mère, mais bien moins grande que la comtesse de Grignan, sa sœur aînée. Il suivit la carrière des armes, et, à l'âge de vingt ans, il s'enrôla dans un escadron de 150 gentilshommes commandé par le comte de Saint-Pol, fils de Mme de Longueville, qui faisait partie de l'expédition que le duc de Roanez conduisit en 166S au secours de l'Ile de Candie. Cette petite armée revint à Toulon le 6 mars 1669, après avoir éprouvé de grandes pertes. En 1672, il fit, comme guidon des gendarmes du dauphin, la campagne de Hollande. Plus tard, il se distingua au combat de Sénef, où il fut blessé (11 août 1674), en 1675 à l'attaque meurtrière du prince d'Orange, et eu 1678 (14 août) à Saint-Denis, près de Mons. Revenu en France simple guidon, « guidon éternel, guidon à barbe grise, » comme il l'écrit à sa sœur, et n'ayant pu obtenir un régiment, il prit en dégoût sou état et s'adonna complètement à l'oisiveté. Depuis plusieurs années, il avait mené de front les armes et les plaisirs; il no songea plus qu'à ces derniers, marchant entièrement sur les traces de son père. Il fut l'amant de la Ghampmeslé, cette charmante comédienne à laquelle s'intéressa Racine, et de Ninon de Lenctos, l'ancienne maltresse de son père. Celle-ci eut sur lui un grand empire , jusqu'au point d'exiger de lui les lettres qu'il avait reçues de la Champmeslé pour les remettre à un autre amant de la comédienne. Il fallut l'intervention de la marquise de Sévigné prè3 de son fils pour empêcher cet acte de vengeance. Jusqu'à son mariage, Charles de Sévigné courut de caprice eu caprice et de conquête en conquête. Sa mère, qu'il prenait souvent pour confidente, accepta ce rôle difficile pour conserver une certaine influence dont elle usa au moment décisif. Grâce à elle, cet homme, • qui avait trouvé l'invention de dépenser sans paraître, de perdre sans jouer et de payer sans s'acquitter, » fit un mariage à la fois avantageux et honorable qui opéra sa conversion. Le 8 février 1684, il épousa Jeanne-Marguerite de Bréhant-ilauron, fille du baron de Mauron, conseiller au parlement de Bretagne, qui lui apporta 200,000 livres de dot, A partir de cette époque, il s'éloigna du inonde et vécut dans la retraite. Il se fixa d'abord aux Rochers, puis à Paris, où il mourut sans enfants. Sa femme lui survécut; elle vivait encore en 1733.
Charles de Sévigné avait reçu une instruction variée et connaissait à fond la littérature latine. En 1698, il a publié une Dissertation, sur l'An poétique d'Horace (Barthélémy Girin, Paris, in-16 de 122 pages), où il discutait avec Dacier le sens de ce vers d'Horace : Difficile est proprie communia dicere. On trouve cette dissertation à la suite de la Correspondance de M"*® de Séoigné, dans plusieurs éditions, et notamment dans celle qu'a publiée la maison Hachette en 1862 (14 vol. in-8°).
SEV1LLA ROMBRO D'ESCALANTE (Jean de), peintre espagnol, né à Séville en 1627, mort ii Grenade en 1695. Il eut pour maîtres d'abord Arquello, puis Pierre de Moya, qui l'initia aux beautés de Van Dyck et de Rubans, dont il parvint presque à s'assimiler l'admirable coloris. Aussi se plaça-t-il promptement à la tête de l'école de Grenade. Ses principaux ouvrages sont les compositions qu'il exécuta pour les carmes, les augustins chaussés, les liiéronymites de Grenade, et la belle Cène qui orne le réfectoire des jésuites de cette \ille.
SÉV1LLAN, ANE s. et adj. (sé-vi-llan, a-;ie ; W mil. ; ou sé-vil-lan). Géogr. Habitant de Séville j qui appartient à cette ville ou à ses habitants : Les Sévillans. Une fête SÉvillane.
SEVILLE (Armand), littérateur dramatique français, mort en 1S47. 11 n'est connu que par ses pièces de théâtre , dont les principales sont: le Quaterne (1801); le Café du Ventriloque (1804); Métusko ou les Polonais, mélodrame (1808) ; la Famille Gérard ou les Prisonniers français (1826). On lui doit encore un roman : l'Babit de cour (1815, 3 vol. in-12) et un Précis de l'histoire de France (1813, in-12).
SÉVILLE, en espagnol Sevilla, VSispalis des anciens, ville d'Espagne, chef-lieu de la province de son nom et autrefois de toute l'Andalousie, sur la rive gauche du Guadalquivir, dans une large plaine, ce qui lui fit donner le nom à'Hispalis, qui veut dire terre plate en carthaginois, selon Samuel Bochart;
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à 383 kilom. S.-O. de Madrid, 105 kilom. N.-E de Cadix; par 37° 22' de Mit. N, et par 8<i2l' de longit. O; 110,000 hab. Au xvie siècle, la population de la merveilleuse Séville s'élevait à 400,000 âmes. A cette époque, cette ville avait le monopole de tout le commerce du nouveau monde, et ses florissantes manufactures de draps et de soieries occupaient jusqu'à 20,000 ouvriers. Muis l'ensablement du Guadalquivir ayant mis obstacle k la marche des grands bâtiments sur ce fleuve, le privilège de l'entrepôt du commerce avec les colonies fut transféré k Cadix en. 1720. La capitale de l'Andalousie est le siège d'un archevêché, la résidence d'un capitaine général et des autorités administratives de la province ; elle possède une université fondée en 1502 et comprenant 9 collèges, une école des beaux-arts qui rappelle les glorieux souvenirs des Velazquez, des Murillo, dus Zurbaran, des Morales, etc. On y voit également une école d'artillerie, d'hydrographie ; une Académie littéraire, des sociétés d'économie et de médecine, etc. ; une fonderie de Canons ; une grande manufacture de tabacs du gouvernement, la seule en Espagne qui fabrique du tabac à priser, et ou travaillent 3,000 femmes et 600 hommes. Après cet établissement industrielle plus remarquable de Séville, il reste k mentionner quelques fabriques aujourd'hui peu importantes de tissus de soie, de laine, de chanvre et de lin, de soie k coudre, de ehapeaux, savon, porcelaine, faïence; des tanneries et corroieriez ; des fabriques de parfumerie, bougies stéariques, boutons, gants, bouchons de liège, tabatières en cuir, etc. Le commerce d'importation de Séville s'est élevé en 1867 k 15,705,000 fr., et celui d'exportation k 12,500,000 fr. L'importation consiste surtout en froment, orge, quincaillerie, droguerie et morues; l'exportation en huiles, laine, cuivre, plomb, oranges, réglisse, etc. Ce mouvement commercial est favorisé par la navigation du Guadalquivir, que des navires de 100 tonneaux peuvent encore remonter jusqu'à Séville, et par l'établissement d'un chemin de fer qui relie cette ville à Cadix.
Séville a la forme d'un hexagone irrégulier; son périmètre est de 19 kilom., en y comprenant les neuf faubourgs qui l'environnent sur les deux rives du fleuve. La ville proprement dite est entourée d'une enceinte de murailles crénelées, flanquées de 116 tours dont plusieurs sont tombées en ruine, et de fossés aujourd'hui presque entièrement comblés.
Ces murailles, qui ne seraient d'aucune défense contre l'artillerie moderne, produisent, avec leurs créneaux arabes découpés en scie, un effet assez pittoresque. Ce inur d'enceinte, dont ta fondation est attribuée à Jules César, est percé de 15 portes, dont la plus remarquable est la puerta de l'riana, qui tire son nom de l'empereur Trajan. L'aspect en est fort monumental ; elle est d'ordre dorique, à colonnes accouplées, ornée des armes royales et surmontée de pyramides. Les portes del Carbon et del Aceite méritent aussi d'attirer l'attention. Dans son voyage Tra los montes (Au delà des monts), Théophile Gautier donne de Séville et de ses principaux monuments une admirable esquisse, dans laquelle il marie la fantaisie et l'humour k la plus scrupuleuse exactitude. « Séville, dit le spirituel écrivain, est une ville vaste, diffuse, toute moderne, gaie, riante, animée, et qui doit, en effet, sembler charmante à des Espagnols.,. Le badigeon, au grand désappointement des voyageurs et des antiquaires, règne en souverain k Séville; les maisons mettent trois, quatre fois par an des chemises de chaux, ce qui leur donne un air de soin et de propreté, mais dérobe aux investigations les restes des sculptures arabes et gothiques qui les ornaient anciennement. Rien n'est moins varié que ces réseaux de rues, où l'œil n'aperçoit que deux teintes : l'indigo du ciel et le blanc de crtie des murailles, sur lesquelles se découpent les ombres azurées des bâtiments voisins ; car, dans les pays chauds, las ombres sont bleues au lieu d'être grises, de façon que les objets semblent éclairés d'un côté par le clair de lune et de l'autre par le soleil; cependant l'absence de toute teinto sombre produit un ensemble plein de vie et de gaieté. Des portes fermées par des grilles laissent apercevoir k l'intérieur des patios ornés de colonnes, d6 pavés en mosaïque, de fontaines, de pots de fleurs, d'atbuslvs et de tableaux. Quant à l'architecture extérieure, elle n'a rien de remarquable; la hauteur des constructions dépasse rarement deux ou trois étages, et k peine comyterait-oti une douzaine de façades intéressantes pour l'art. Le pavé est eu petits cailloux comme celui de toutes les villes d'Espagne; mais il est rayé, en manière de trottoirs, de bandes de pierres plates assez larges sur lesquelles la foule marche k la file; le pas est toujours cédé aux femmes en cas de rencontre, avec cette exquise politesse naturelle aux Espagnols, même de la plus basse classe. Les femmes de Séville justifient leur réputation de beauté; leurs yeux fendus jusquaux tempes, frangés de longs cils bruns, ont un effet de blanc et de noir inconnu en Fiance. Lorsqu'une femn» ou jeune fille passe près de vous, elle abaisse lentement ses paupières, puis elle les relève subitement, vous décoche en face un regard d'un éclat insoutenable, fait un tour de prunelle et baisse de nouveau les cils... Ces coups d'œil d'une lumière si vive er si brusque n'out
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cependant rien de précisément significatif, et se portent indifféremment sur le premier objet venu. Une jeune Andalouse regardera aveu ces yeux passionnés une charrette qui passe, un chien ()ui court après sa queue , des enfants qui jouent au taureau... Les Sévillanes ne sont restées Espagnoles que de pied et de tête, par le soulier et par la mantille; les robes de couleur à la française commencent à être en majorité. •
— Monuments. Peu de villes sont aussi riches que Séville en monuments. Aussi croyons- . nous tout d'abord utile, pour l'ordre de notre travail, de les diviser en deux grandes séries : monuments religieux, monuments civils. Monuments religieux. La cathédrale de Séville fut construite de 1401 à 1519, sur l'emplacement de l'ancienne mosquée, et rien ne lut négligé, dit la chronique, pour qu'aucun autre monument n'en pût être l'égal. On conserva néanmoins sur les côtés quelques vestiges de l'ancienne construction mauresque et on a tiré un grand parti de la magnifique tour couronnant lu mosquée. Cette tour, c'est la Giralda, à laquelle un poste adresse ce distique :
Tu maravilla octava, maravillas A las pasadas siete maravillas,
et dont nous parlerons avant d'en venir à la cathédrale proprement dite, puisqu'elle est d'une origine plus ancienne. La Girulda fut construite en l'an 1003 environ par l'Arabe Mahomet Geber, lequel en lit un observatoire et ne lui donna tout d'abord qu'une hauteur de 172 pieds. Elle se divise en trois tours ou, si on le préfère, en trois étages superposés. Construite en brique, elle est plus étroite à mesure qu'elle s'éleva , mais dans une proportion tellement insensible, que cette diminution ne paraît résulter que du seul éloignement. Les murs, dont >a base est épaisse de ïm,50 à 3 mètres environ, sont percés de fenêtres à double arc trilobé, partagé au centre par une svelte colonnette de marbre; entin, une rampe à pente douce, pavée en brique et formant 28 paliers, court ld spirale autour de la tour et atteint la plate-forme qui couronnait l'œuvre primitive. Un dicton célèbre assure que deux hommes à cheval peuvent monter la rampe de la Giralda-, mais il est inutile de démontrer que si même un seul cavalier parvenait à gravir une seule moitié de la rampe, il ne pourrait en descendre sans grand danger, à cause de la rapidité de la montée et surtout à cause de la difficulté des tournants. En 1568, la plate-forme delà tour de Geber fut surmontée d'un supplément de bâtisse mesurant une hauteur de 100 pieds, et que couronna un élégant beffroi à trois corps, autour duquel se lit l'inscription suivante, en lettres immenses : Nomeu Domini fortissima turris. Au-dessus du beffroi, contenant une horloge longtemps célèbre, se dresse une statue colossale de la Foi, en bronze, tenant à la main un labarum. Ceite statue, bien que pesant 2,800 livres, est posée sur un pivot tellement sensible, qu'elle tourne sous l'influence du vent. Elle a reçu pour ce motif, de tempa immémorial, le nom de Girardillo (du verbe yirar, tourner) et a donné ce nom à la tour. Nous ne nous appesantirons pas sur le panorama magnifique de Se ville que l'on découvre du sommet de la Giralda. Nous nous borneronsà mentionner, parmi les restes de constructions arabes accolées, pour ainsi dire, a la cathédrale, la belle cour mauresque dite patio des Orangers, et qui s'étend au pied même de la tour, bordée de pittoresques constructions et bornée au sud par la cathédrale, inachevée de ce côté ; une vieille muraille à créneaux triangulaires et la porte du Perdon, qui peut passer pour un des plus remarquables spécimens de l'architecture arabe, méritent également l'attention. Nous voici parvenus a la cathédrale. Nous avons dit l'importance capitale qu'avaient résolu de lui donner ses fondateurs; cette importance ne fut pas amoindrie par l'exécution. La cathédrale de Sôville affecte un plan quadrilatéral, d'une longueur Ue 198 mètres de l'est à l'ouest, sur une largeur de 79 mètres du nord au sud. On y accèue par neuf portes . la plus grande est située à l'est, au pied de la grande nef; à sa droite se trouve la porte Biau-Miguel ; au sud on remarque la porte del Reioj , aussi nommée porte San-Crislobal, à cause d'une peinture colossale de saint Christophe qui eu est voisine. Cette peinture à fresque, qui orne le fiiur, suivant une habitude de décoration assez fréquente en Espagne, est l'œuvre de Ferez de Alesio et date de 1584. Nous nous bornerons à signaler la porte de la Campanilla, la porte ue la Tuur (puerta delta Torre), la porte des Orangers {puerta de los Navanjos), ouvrant sur la cour ou patio mauresque, décrit ci-dessus et planté d'orangers; et nous noterous seulement la porte du Crocodile {del Lagarlo), sous laquelle est suspendu un gigantesque reptile envoyé, dit-on, parle sultan d'Egypte à Alphonse le Sage. L'ensemble générai de l'édifice, éclaire par 86 fenêtres s'ouvrant dans les voûtes, est majestueux et justifie la belle comparaison d'un écrivain espagnol contemporain, M. Bermudez : • C'est ainsi, s'écrie-t-il, que se présente a la mer un vaisseau de haut bord pavoisé, dont !a grand mat domine les mâts de misaine, d'artimon et de beaupré, aveu cet ensemble harmonieux de voiles, de focs, de bonnettes, do puv. lions et de flammes. De même, vue à une certaine distunce, apparaît la cathédrale de Sevilie,
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dontlatouretle beau transsept s'élèvent audessus des nefs et des chapelles, des tourelle», des clochetons et des chapiteaux. >
A l'intérieur, on est tout d'abord saisi par un sentiment d'immensité qui a arraché à Théophile Gautier, dans son spirituel Voyage en Espagne, cette affirmation qui semble hyperbolique et n'est que strictement exacte : « Notre-Dame de Paris se promènerait la tète haute dans la nef du milieu, qui est d'une élévation épouvantable. » Les piliers qui soutiennent les voûtes, quand on les considère de près, semblent appartenir, comme dimensions, à l'époque cyelopéenne, et quand on en embrasse l'ensemble à une certaine distance, l'immensité du vaisseau les fait paraître trop frêles et fait craindre leur écrasement prochain. Cette grandeur , unique peut-être au monde entier, est le signe caractéristique de la cathédrale de Séville. Elle se montre dans les moindres détails; ainsi, par exemple, le cierge pascal, haut et gros comme un véritable mât, pèse 2,050 livres, et son candélabre, copié sur celui du temple de Jérusalem, ressemble à une colonne dans laquelle serait pratiqué un escalier tournant.
11 serait impossible, à moins d'y consacrer un volume entier, de donner ici même une analyse complète des merveilles de cet édifice. Nous nous bornerons donc à passer en revue seulementses parties principales. Tout d'abord nous devons parler du maître-autel, Capilla mayor : il est orné d'un retable gothique en bois de mélèze, le plus grand que l'on connaisse et d'un travail accompli. Le tabernacle est en argent doté, et les grilles qui ferment la chapelle sur le devant et sur les côtés sont un chef-d'œuvre de l'ancienne serrurerie. Dans la sacristie particulière à cette chapelle, on remarque une Conception, une Nativité et une Purification, œuvres d'Alejo Fernandez. Le chœur tient, au centre de la nef, l'espace de deux voûtes; il est formé de grilles, comme la Capilla mayor, eteontient cent vingt-sept stalles, plus un lutrin du xvi° siècle, œuvre de Bartolomé Morel, soutenant des livres de chant enrichis de miniatures précieuses. L'ornementation appartient au style pluteresque, honnis celle des orgues, massive et lourde, due à l'architecte Chuniguerra. Un riche fronton dorique et de marbre précieux orne l'anière-chœur ou trascoro. Un peu eu avant et sur une des dalle3 du sol, on lit ce distique :
A Caililla y a Léon
Nuevo mtmdo dio Colon.
C'est là que repose le fils de Christophe Colomb, Fernando Colomb, qui, en mourant, légua la plus grande partie de ses biens a la cathédrale de Séville. C'est sur cet emplacement que chaque année, à l'époque de la semaine sainte, a lieu 1 exposition du saint sacrement dans une construction de bois et de pâle un peu théâtrale, mais imposante par ses dimensions (elle n'atteint pas moins de 38 mètres de hauteur); c'est ce qu'on appelle le monumenlo et, pendant les solennités rien ne peut otre comparé, même en Italie, à l'éclat de ses lumières.
Après avoir mentionné les admirables vitraux de fenêtres, exécutés par Arnault de Flandre vers 1640 , nous signalerons rapidement celles des chapelles secondaires qui se recommandent particulièrement à l'attention. Celle du baptistère possède le Saint Antoine de Paduue, chef-d'œuvre de Muriilo, qui a échappé comme par miracle a l'invasion française. «Jamais, dit Théophile Gauthier, qu'il faut toujours cjter en matière artistique, jamais la magie de la peinture n'a été poussée plus loin. Le saint, en extase, est à genoux au milieu de sa cellule, dont tous les pauvres détails sont rendus avec cette réalité vigoureuse qui caractérise l'école espagnole. A travers la porte emr'ouverte on aperçoit un de ces longs cloîtres blancs enurcaUes,si favorables à la rêverie. Le haut du tableau, noyé d'une lumière blonde, transparente, vaporeuse, est occupé par des groupes d'anges d'une beauté vraiment idéale. Attiré par la force de la prière, l'Enfant J èsus descend de nuée en nuée et va se placer entre les bras du saint personnage, dont la tète est baignée d'effluves rayonnants et se renverse uaus un spasme de volupté céleste... Je mets, ajoute ie célèbre critique d'art, ce tableau divin au-dessus de la Sainte Elisabeth de Hongrie pansant un teigneux, que l'on voit à l'Académie de Madrid, au-dessus de Moïse, au-dessus de toutes les vierges et des enfants du maître, si beaux, si purs qu'ils soient. Qui n'a pas vu le Saint Antoine de Padoue ne connaît pas le dernier mol du peintre de Séville." La chapelle royale {Capilla reat) mérite aussi une description : ses proportions mesurent 22 mètres de longueur sur 16 mètres de largeur ; on y accède par un arc harui d'une hauteur de 23 mètres, orne de douze statues ues rois de l'Ecriture et fermé par une grille de fer ouvragé, surmontée o'una image équestre du roi Ferdinand recevant les clefs Ue Séville. La chapelle royale contient plusieurs tombeaux historiques : ceux d'Alphonse X, de la reine doua Beatrix, femme de saint Perdinand, et de Maria Padilla, favorite de Pierre le Cruel. Tous ces tombeaux sont ornés de statues d'un remarquable travail. Le corps du roi saint Ferdinand (c'est cette partioula-
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rite qui donne son nom a la chapelle) repose dans une châsse conçue dans le style plateresque et où l'or, l'argent, le bronze et le cristal se mêlent et s'enchevêtrent dans le plus harmonieux coup d'œil. Les ornements rappellent les épisodes da la vie du pieux monarque, aidés en ceci d'inscriptions et de distiques. Le roi repose dans un état de conservation parfaite, vêtu de son costume de guerre, y compris le gorgerin, les épaulières, les jambières et même les éperons. On le montre à la foule, en écartant l'épais rideau qui le voile en temps ordinaire, les 30 mai, 22 août et 22 novembre. Ces jours-là, du moins récemment encore sous la monarchie bourbonienne, les troupes présentes à Séville assistent à une messe solennelle et défilent ensuite devant la châsse royale. Le corps du monarque, avant d'être définitivement placé dans cette châsse, reposait dans un caveau encore existant aujourd'hui et auquel conduit un escalier correspondant avec la Capilla real. La bannière et l'épée de Ferdinand sont également conservées dans la Capilla real et promenées chaque année en grande pompe dans les processions. La chapelle San-Pedro possède un beau retable gréco-romain, neuf toiles merveilleuses de Zurbaran et une grille en fer ouvragé qui n'est pas inférieure à celles que nous avons déjà rencontrées. Dans la chapelle de Santiago, on remarque un beau tableau de Juan de Las Roelas, représentant saint Jacques combattant les Maures à la bataillé de Clavijo. Une image du même saint, œuvre excellente d'Herrera le jeune, orne la chapelle de San-Francisco. Celle de Notre-Dame de Belen possède une Vierge tenant l'Enfant Jésus daas ses bras, qui est une des peintures les plus achevées d'Alonso L'ano. Citons entin successivement la chapelle de la Concepcion, celle de la Magdalena, celle del Pilai-, celle des Evangélistes, celle de la Visitation, celle de laNativité, etc., etc.; toutes ces chapelles et celles dont nous ne pouvons parler faute de place, possèdent une ornementation exquise et des peintures du premier ordre. Mais Théophile Gautier l'a dit : « Essayer de décrire l'une après l'autre les richesses de cette cathédrale, ce serait une immeuse folie ; on est écrasé de magnificences, rebuté et soûl de chefs-d'œuvre; le désir et l'impossibi.ito de tout voir causent des espèces de vertiges fébriles. «Nous ajouterons seulement, eu terminant cette partie de notre tâche, qu'un grand nombre des merveilles de la cathédrale de Sévdle sont allées, au grand déplaisir des Espagnols, enrichir, dans les premières années de ce siècle, les palais étrangers. La guerre d'Espagne a enlevé à Sévdle des Villegas, des Munllo, des Valdes, des Martinez et des Herrera, qui ont longtemps fait partie de la galerie du maréchal Soult. Mais ce que la cathédrale a conservé de chefs-d'œuvre (et parmi ces chefs-d'œuvre nous n'avons pas encore mentionné les belles peintures à fresque de Martinez et Rovera) suffit amplement pour en faire, suivant le dira de ses fondateurs, une basilique sans rivale dans le monde entier.
11 nous reste, avant de quitter la cathédrale de Séville, à dire quelques mots de son trésor. Il est conservé dans la Suciistia mayor, vaste pièce dont le style varie entre le plateresque et le composite, et où l'on remarque deux beaux tableaux de Muriilo, San Jsidoro et Suit Leandro, et une Descente de croix remarquable. Parmi les richesses qui composent ce trésor, nous citerons: l&Cuslodia, d'argent massif, construite en 1587 par Jean de Arfè et ornée pur Jean de Segura ; son poids est tel qu'il faut vingt-quatre hommes pour la porter dans les processions ; le Tembrario, immense chandelier triangulaire, eu bronze, portant quinze cierges, pour tes cérémonies de la semaine sainte. Ce chandelier est terminé par un plateau triangulaire où sont représentés Jésus-Christ et ses apôtres et disciples, et mesure une hauteur de 6<n,60; l'ostensoir, qui se place au premier étage de la Custodia; une croix enrichie de pierres précieuses; un encensoir d'or avec sa navette; deux amphores servant à la consécration des huiles ; un prétendu morceau de la vraie croix, provenant, dit-on à Séville, du tombeau de Constantin ; mie épine de la couronne du Christ aussi authentique que le morceau de la vraie croix dont il est parlé cidessus ; des reliques nombreuses de saint Germain, saint François, saint Barthélémy, saint Sébastien, saint Blas, la Madeleine, sainte Marie l'Egyptienne et saint Christophe ; enfin, les clefs présentées au roi Ferdinand lors de son entrée victorieuse à Séville; l'une est en argent, l'autre en fer, et toutes deux portent des inscriptions allégoriques. Après la Sucristia mayor, il faut mentionner la salle capitulaire ; elle est de forme elliptique et mesure 14 mètres dans son plus grand diamètre, sur une hauteur de 11 mètres. Une lanterne elliptique, pratiquée au milieu de la voûte, y verse la lumière; tout, autour, les murs sont tendus de damas cramoisi bordé d'un galon d'or, et des sièges en cuir de Russie foi ment une série circulaire. La salle capitulaire a pour ornement principal deux peintures : un Saint Ferdinand, sur cuivre, œuvre de Francisco Paeheco, et un portrait du cardinal infant don Luis de Bourbon.
On désigne sous le nom de Sagrario une dépendance de la cathédrale formant aujourd'hui, à l'est, un des cotés du patio des Uran-
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gers et servant d'église paroissiale. Cette église, administrée par un clergé particul.er, n'offre de digne d'attention que son maîtreautel et le Caveau souterrain, servant de sépulture, depuis de longues années, aux archevêques de Séville.
On comprendra qu'après un monument religieux de l'importance de la cathédrale de Séville, la description des autres églises de la ville paraîtrait bien pâle; aussi nous contenterons-nous de les passer en revue, en signalant au passage les particularités qui peuvent les recommander à 1 attention, Lûglise de l'Université possède un beau retable du xvna siècle et des peintures de Roelas, Francesco Paeheco et AlonsoCano; l'église de Santa-Ana, bel échantillon du style plateresque, présente sept tableaux de Camguùa et deux bas-reliefs uttribués à Pedro elgado ; San-Bernnrdo conserve un admirable Jugement dernier, par Herrera le vieux, une Cène de Varela et un Christ de Montanez. Dans la Magdalena, église du couvent de Saii-Pablo, on voit deux tableaux d'Artega et un Sain' Christophe à fresque par Valdes. San-.Marcos conserve une tour arabe et possède une toile de Martinez ; Sainte-Marie-la- Blanche, une Cène attribuée k Muriilo. C'est à Sania-Marina qu'est enterré Pedro Mejia, chroniqueur de Charles-Quint; le clocher de t cette église est également mauresque. San- Martin possède encore deux tableaux d'Herrera le vieux. La construction de San-Miguel, édifice gothique assez remarquable, remonte au règne de Pierre le Cruel; on y admire un retable attribué k la fille de Pedro Roldan. L'église de Tous-les-Saiuts a pour clocher une tour arabe jusqu'au campanile; elle est ornée de tableaux de Varela; on remarque à San-Pedro les bas-reliefs du inaîtrenulel, œuvre probable de Delgado, et le Saint Pierre en prison, par Roelas; à Sau-Esteban, le Saint Pierre et le Saint Paul, de Zurbaran ; à Sant'lsidor, l'un des meilleurs tableaux do Roelas et une statue du Cyréuëeit, par Bernardo Gijon ; à San-Lorenzo, une statue de ce saint et cinq tableaux de Momutiez; à Santa- Lucia, un tableau de Roelas, représentant la patronne de l'église recevant le martyre; l'église d'El-Salvador, édifice moderne (1782), possède les statues de sainte Juste et de sainte Rufine, patronnes de Séville, soutenant la Giralda en signe de proteciion pendant l'ouragan. Enfin, Santiago possède le tombeau du célèbre Argote de Alolina et conserve dans son trésor le manteau du sacre de Charles-Quint ; on udmiie a San-Vicento un bas-relief de Delgado, représentant uns Descente de croix.
Quelques chapelles de couvents présentent également des particularités intéressantes. On cite, par exemple, comme un modèle nu style plateresque, le maître-autel de Sau-Clementc ; c'est sous ce maître-autel qu'a été enterrée dofla Maria de Portugal, mère d'Alphonse XL La chapelle de Santa làttz appartient au style gothique; on y remarque trois belles statues de Montanez : Sainte lues, sainte Claire et la Vierge. Le couvent fut fondé pur doua Maria Coronel, dont on conserve le corps dans une châsse en cristal; Maria Coronel était une Andalouse que Pierre le Cruel poursuivit longtemps de ses désirs; irrité de la résistance qu'il rencontrait, le roi fit susciter contre le mari de Maria une accusation capitale, et Coronel fut condamné à mort. Don Pedre mit alors sa grâce au prix des faveurs de la jeune femme. Inflexible, celle-ci préféra laisser tomber la tête de ton mari, puis elle se réfugia dans le couvent de Sania-Clara; mais le roi l'y poursuivit et il allait l'atteindre, quand l'héroïque créature se défigura avec de l'huile bouillante afin d'échapper au déshonneur. Don Pedre, profondément ému par ce trait, implora son pardon, et, en expiation de sa faute, donna à Mariu Coronel les moyens de fonder un courent sur l'emplacement de la maison de son mari, détruite k la suite de l'exéiiition de ce dernier. Enfin, ta chupelle de la Caridad, sorte d'hospice et siège d'une antique confrérie fondée pour donner la sépulture aux cadavres des suppliciés, possède deux admirables toiles de Muriilo et un curieux tableau de Valdes Leal, représentant un évêque dans son cercueil, déjà en proie à la vermine et à lu décomposition. Un des principaux bieniaiteurs du couvent de la Caridad fut don Juan de Manara (et non pas Marana, comme l'ont écrit Mérimée et Alexandre Dumas ) , la même qui servit de point de départ pour le type de don Juan. Don Juan de Manara, chevalier de l'ordre de Calutrava et l'un des jurais de Séville, se repentit un jour des nombreux péchés que la poésie a immortalisés et finit par de venir hermauo mayor de ta Caridad, dans la confrérie de laquelle il se retira sur ses vieux ans. On montra encore son épée «t le masque moulé sur son visage lors de sa mort, arrivée en 1679. Ce masque n'a rien de spécialement significatif ; mais, pour le visiteur, la sensation n'en est pas moins des plus vives, de retrouver la légende u sa source et l'être idéal dans sa réalité, liidépenuamment des souvenirs de don Juan, la Caridad possède deux tableaux de Muriilo : la Multiplication des pains et Moïse frappant le rocher.
Monuments doits. Au premier rang des monuments civils, il faut placer l'Alcazar. L'Alcuzar, son nom l'indique Suffisamment, fut fondé par les Maures, sous la domination desquels il servit à la fois de forteresse et