‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 369 sur 1059 · V. Huao · texte numérisé non relu

V. Huao

— Par exagér. Temps très-long : Il y a un siècle qu on ne vous a vu? Ma chère enfant, il y a huit jours que je n'ai reçu de vos nouvelles; c'est un siècle pour moi, °(Mme de Sév.)

La douleur est un siècle, et la mort un moment.

Gresset.

D'hier à cette nuit un siècle me sépare.

Lamartine.

— Dans le langage dévot, Monde considéré au point de vue de ses vanités, de ses séductions : Les dangers du siècle. Seretirer du siècle. Un simple dépit est souvent toute la raison qui nous arrache brusquement au siècle. (Mass.) Pleurez sur vous qui vives encore dans le siècle. (Fléch.) O riches du siècle, ce n'est pas pour vous seuls que Dieu fait lever son soleil. (Boss.)

— Le siècle, L'époque présente : Le siècle a des détracteurs acharnés et des admirateurs enthousiastes.

Le siècle m'offre encor plus d'un bon mot à dire.

Boileau.

— Le siècle de, L'époque illustrée par : Le siècle D'Auguste. Le siècle de Louis XIV. Le siècle D'Homère, de Virgile. Les siècles D'Alexandre, D'Auguste, de "Léon X et de Louis XIV ont produit des chefs-d'œuvre en tout genre. (Grimm.) Le siècle de Louis XIV fut le suprême catafalque de nos libertés. (Chateaub.) Tous les grands hommes du siècle de la reine Anne naquirent au milieu des commotions politiques. (J. de Maistre.) Je erois que le siècle de Molière restera toujours le grand siècle. (Ponsard.)

— Les siècles futurs, Les siècles, L'avenir, la postérité :

Et les siècles obscurs devant moi se découvrent.

Il Le siècle futur, Le siècle à venir, La vie future, l'autre vie : Vous êtes un homme du siècle, mais vous n'êtes pas un homme du siècle à venir. (Mass.) |] Les siècles les plus reculés, Les siècles qui ont précédé de beaucoup le nôtre.

— Mythol. Chacun des quatre âges de la Fable : Le siècle d'or. Le siècle d'argent. Le siècle d'airain. Le siècle de fer.

— Ecrit, sainte. Dans tous les siècles des siècles, Toujours, dans toute l'éternité.

— Hist. Le grand siècle, Nom donné quelquefois, en France, à l'époque de Louis XIV : M'no de Sévigné, La Fontaine et Molière, ce sont les trois fonds les plus naturels en tout, et les plus spontanément fertiles du grand siècle. (Ste-Beuve.)

— Allus. hist. Soldats, du Iinut de ces pyramides quaranle siècles voua coutetnpleut,

Mots célèbres adressés par Bonaparte à l'armée d'Egypte en face des pyramides.

Bonaparte, après sa glorieuse campagne d'Italie, poussa le Directoire à entreprendre la conquête de l'Egypte ; il voulait « s'enfoncer dans ces contrées de la lumière et de la gloire, où Alexandre et Mahomet avaient vaincu et fondé des empires, y faire retentir son nom et le renvoyer en France répété par les échos de l'Asie, » Après avoir, en passant, conquis l'Ile de Malte, que ses chevaliers dégénérés défendirent à peine, les Français débarquèrent le 1« juillet 1798 à

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quatre lieues d'Alexandrie, qui fut emportée d'assaut le lendemain. Bonaparte leur fit ensuite prendre la route du Caire; ils traversèrent le désert de Damanhour sous un ciel de feu, avec des fatigues et des privations de toutes sortes. Après quelques escarmouches contre les mameluks, on arriva près des ruines de l'antique Memphis, et l'armée fut saisie d'admiration à la vue des pyramides gigantesques de Giseh, que dorait l'éclat du soleil. Alors Bonaparte, galopant devant les rangs de son armée, s'écria : « Soldats, songez que du haut de ces pyramides quaranle siècles vous contemplent! »

a De Giseh l'on arrive au champ de bataille des Pyramides, ainsi nommé sans doute parce que de là précisémentlespyramides ne sont pas visibles. Que devient alors la fameuse prosopopée des quaranle siècles?

Charles Didier.

<■ L'instant critique est arrivé, instant solennel où l'on peut appliquer à la France cette parole, que quarante siècles la contemplent ; non quarante siècles du passé, mais quarante siècles d'avenir, de qui les destinées politiques seront fixées par le résultat des expériences que va tenter l'Europe, sous les auspices et à la suite de la France. » Michel Chevalier.

Siècles de la littérature française (LES TROIS) OU Tableau de l'esprit de nos écrivains depuis Français I*' Jusqu'en 4939, par

l'abbé Sabatier, dit de Castres (1772, 3 vol. in-8°). Les jugements de l'auteur sont en général d'une partialité choquante. L'ouvrage, aujourd'hui très-peu lu, eut d'abord un grand succès, grâce à la coterie cléricale. L'abbé Sabatier, en effet, n'y ménage pas les philosophes, qu'il juge avec une excessive passion. Il saisit toutes les occasions de les combattre et essaye quelquefois de les tourner en ridicule. Malheureusement, il n'a pas l'esprit de Voltaire et son ton toujours déclamatoire, son style recherché et plein d'afféterie, ainsi que ses perpétuelles antithèses, fatiguent le lecteur au lieu de le faire rire. Quand l'abbé Sabatier fit paraître ses Trois siècles, on publia qu'ils n'étaient pas de lui, mais d'un abbé Martin, vicaire de Saint-André-des- Arts. Quelques biographes ont persévéré dans ce sentiment, bien qu'il soit à peu près certain que l'auteur est Sabatier. Au reste, les Trois siècles attirèrent beaucoup d'ennemis à l'auteur; plusieurs écrivains prirent la plume contre lui. Il avait pris d'ailleurs un ton tranchant et décisif peu fait pour lui concilier les sympathies. « Qu'est-ce que la philosophie du xvmo siècle? se demande-t-il. La boite d'une moderne Pandore d'où se sont exhalés les erreurs, les mensonges, les injures, les calomnies, les absurdités1 et des torrents de fiel et d'impiété. » C'est, d'après Sabatier de Castres, la philosophie qui a introduit parmi nous « ces drames langoureux qui ne sont propres qu'à assoupir la nation et'à bannir la bonne comédie de notre théâtre. » C'est la philosophie qui « a surchargé nos tragédies de ces sentences parasites qui les défigurent, de ces sentiments excessifs qui en affaiblissent l'intérêt, de ces discussions pédantesques qui refroidissent l'action. La philosophie a soufflé partout ses nuisibles vapeurs. Poésie, prose, éloquence, barreau, chaire même, tout annonce ses traces destructives et en porte l'empreinte. C'est la tête de Méduse : tout se pétrifie à son approche, i

Tandis qu'il élève aux nues des médiocrités cléricales de l'époque, il poursuit de ses sarcasmes des œuvres sérieuses et remarquables, parce qu'elles portent la signature d'un philosophe aux idées nouvelles.Voici, par exemple, son jugement sur les romans de Voltaire : « Il est aisé de s'apercevoir que Candide, le Huron, la Princesse de Babylone sont de l'invention de Volttdre, parce qu'ils manquent absolument d'invention. Ces trois romans, décousus et dépourvus de machine, n'offrent qu'une enfilade d'événements absurdes qui se précipitent sans liaison : la hardiesse et l'obscénité en forment l'intérêt principal, Le désœuvrement et l'impiété peuvent seuls procurer des lecteurs à ces productions indécentes, et le vice en goûter les infâmes beautés. >

En revanche, l'abbé Sabatier exalte Le Franc de Pompignan et J.-B. Rousseau, parce qu'ils ont traduit des psaumes. Que Jean-Baptiste ait fait preuve d'un grand talent, personne ne l'a jamais contesté ; mais de là à le proclamer « le génie le plus étonnant que la France ait produit » il y a loin. C'est cependant ce que Sabatier de Castres ne craint pas de faire dans cet éloge hyperbolique, t Tant qu'on aura parmi nous l'idée de la belle poésie et le goût des véritables beautés, Rousseau sera regardé comme le génie le plus étonnant que notre nation ait produit. L'ode, cette épreuve' des grands talents, a été surtout le genre où il a déployé toutes les richesses de son imagination et de sa science en laissant derrière lui tous ceux qui t'ont précédé ou suivi dans la même carrière, et sans M. de Pompignan il n'y en aurait aucun parmi ces derniers qu'on pût même citer, tant ils sont éloignés d'un si grand modèle. Son pinceau, tantôt noble, tantôt délicat, tantôt vigoureux et toujours facile, sait rctrou-

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ver à propos le beau désordre de Pindare, les grâces d'Anacréon, la saine raison d'Horace et la pompe majestueuse de Malherbe. » I/abbé Sabatier a bien soin de ne pas parler des Epigrammes.

Siècle de Louis XIV, par Voltaire. V.

Louis XIV.

Siècle (TABLEAU DE LA LITTÉRATURE FRAN- ÇAISE au xvie), par Saint-Marc Girardin. V. LITTÉRATURE.

Siècle (TABLNAU DE LA LITTÉRATURE FRAN- ÇAISE au xvme), par Villeraain. V. littérature.

Siècle (histoire du xvnns), par Sohlosser. V. DIX-HUITIÈME siècle.

Siècle {histoire du xix«), par Gervinus. V. dix-neuvième siècle.

Siècle d'Auguste (le), tableau de M. Gêrôrae. V. Auguste.

Siècle (le), journal politique quotidien, publié à Paris, rue Chauohat, et depuis longtemps dévoué à la défense des idées libérales. Le Siècle parut le 1er juillet 1836 : voici dans quelles circonstances. Depuis quelques années, M. Emile de Girardin, un des publicistes les plus actifs de cette époque, songeait à créer un grand journal quotidien à bon marché. Les journaux du grand format se vendaient 80 francs l'an; il rêvait de fournir un abonnement d'un an pour 40 francs, sauf a combler le déficit qu'amènerait ce rabais par les annonces qui, placées a la quatrième page, devaient rapporter, d'après les calculs les plus modestes, une somme supérieure à celte que pouvait faire perdre la diminution du prix de l'abonnement. M. de Girardin avait exposé son système tout au long dans une feuille qu'il publiait alors, le Journal des connaissances utiles. M. Dutacq, fondateur-propriétaire du Droit, fut captivé par cette idée et bientôt il proposa & M. de Girardin de tenter l'expérience avec lui. Tout alla bien tant qu'il ne fut question que de régler la partie matérielle de la future feuille ; mais lorsqu'on s'occupa du choix du rédacteur en chef, les deux associés ne purent s'entendre. M. Dutacq voulait appeler Lamartine à la direction de la nouvelle feuille, et M. de Girardin tenait essentiellement à garder pour lui la direction du journal à fonder. Les négociations furent rompues, et la Presse parut sous la direction de M. de Girardin, tandis que, le même jour, M. Dutacq lançait le Siècle, Au lieu et place d'une seule feuille à bon marché et qui devait prendre le nom de journal la Presse, on eut donc deux feuilles a 40 francs ui, toutes deux, furent très-bien accueillies u public.

Mais laissons là le journal de M. de Girardin pour ne plus parler que du Siècle, qui fait l'objet de cet article.

Nous avons dit plus haut que M. Dutacq avait songé à offrir la rédaction en chef de la nouvelle feuille à M. de Lamartine, qui avait déjà, en 1836, une assez grande notoriété. Ce poète, fourvoyé dans la politique, malheureusement pour sa gloire littéraire, ne crut point devoir accepter la situation qu'on lui offrait; il se réservait alors. La rédaction en chef fut confiée à M. H. Guillemot, ancien rédacteur en chef du Messager et du Journal du commerce. Il avait avec lui comme rédacteurs ordinaires M. Edouard Lemoine, chargé de faire le journal ; M. H. Lamarche, M. Cauohois-Lemaire, ex-rédacteur en chef du Constitutionnel et du Bon sens. Ce dernier était chargé de faire une revue politique hebdomadaire.

La partie littéraire de la nouvelle feuille était tout particulièrement soignée. Placée sous la direction de M. Louis Desnoyers, elle comptait un grand nombre d'écrivains de mérite et même de talent. Il suffira de citer MM. Villemain, Charles Nodier, Léon Gozlan, Alphonse Karr, le bibliophile Jucob (Paul Lacroix), Jules Sandeau, Altaroche, Legouvé, Henri Martin, Gustave Planche, E. Arago, Paul Foucher, Roger de Beauvoir, Michel Masson, Auguste Luchet, Stéphen de La Madeleine, Louis Vîardot, etc.

Telle était la rédaction de la nouvelle feuille. On voit que rien, surtout en ce qui touchait la partie littéraire, n'avait été négligé.

Jetons maintenant un coup d'œil sur la partie financière de l'entreprise et sur ce fameux comité de direction qui a exercé, à diverses époques, sur la marche du journal le Siècle une influence dont nous aurons plus loin l'occasion de nous occuper.

L'entreprise était constituée au capital social de 600,000 francs, divisé en actions de 200 francs. Elle était placée sous la gérance de M. Dutacq et on avait créé un conseil judiciaire composé de M. Crémieux, avocat aux conseils du roi et à la Cour de cassation; Odilon Barrot, avocat à la cour royale de Paris et membre de la Chambre des députés, et Ledru-Rollin, avocat à la cour royale de Paris et rédacteur en chef du Droit et du journal du Palais.

Le comité de direction politique était formé de députés appartenant à l'opposition constitutionnelle, et parmi lesquels on remarquait MM. Jacques Laffitte, Dupont (de l'Eure), Salverte, Odilon Barrot, Chapuis-Montlaville, Quinette, etc. La profession de foi suivante figurait en tête du programme; nous la donnons a titre de document :

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« Le Siècle est consacré à la défense des principes de souveraineté nationale, de monarchie représentative, d'égalité et de liberté proclamés par les deux révolutions de 1739 et de 1830. Il en réclamera toutes les conséquences sans sortir du cercle tracé par la constitution existante qui, loyalement et largement interprétée, peut suffire à tous les besoins moraux et matériels du pays.

• Il s'efforcera d'obtenir, par des voies légales et par un appel persévérant à l'opinion publique, la réforme de nos institutions politiques sur la double base de la capacité, comme titre réel aux fonctions sociales, et de l'intérêt général comme règle de leur exercice. • (Prospectus de 1836.)

Les débuts du journal le Siècle furent assez pénibles. La Presse, qui, comme nous l'avons dit, avait paru le même jour, lui fit une concurrence terrible. L'activité de M. de Girardin, sa verve de polémiste enlevèrent tout d'abord le public. Ajoutons à cela qu'il disposait, pour faire une expérience qui devait être ruineuse au début, de sommes beaucoup plus fortes que celles qui se trouvaient entre les mains de M. Dutacq. Cependant ce dernier, bien qu'il eût à peine quelques billets de 1,000 francs en caisse, les actionnaires ne s'étant point empressés de verser au début, fit face aux premières difficultés, et quatre mois après l'apparition du journal on tenait un succès. L'argent des actionnaires arriva avec celui des abonnés et, au début de l'année 1837, le Siècle était en bonne voie de prospérité.

On sait ce qu'il est devenu depuis. Après avoir eu plus de 60,000 abonnés, cet organe a vu sa vogue décroître quelque peu à l'époque où se fondèrent l'Opinion nationale, le Temps et YAoenir national. L'apparition de journaux réellement démocratiques, le Courrier français, le Rappel, le Béueil, etc., lui causa encore quelque tort; néanmoins, aujourd'hui cette vieille feuille compte encore plus de 30,000 abonnés. Il est vrai de dire qu'elle se vend très-peu sur la voie publique. Nous avons tenu à mettre en regard de débuts si modestes le succès énorme de ce journal, et cela nous a entraîné à franchir d'un seul coup les quarante ans qui séparent la date de la fondation du Siècle de 1 époque à laquelle nous écrivons ; aussi allons-nous l'aire un retour en arrière, passer rapidement en revue les principales crises qu'eut à subir le journal qui nous occupe; après quoi nous dirons quelques mots de sa ligne politique et plus particulièrement de celle qu'il a suivie sous l'Empire et depuis la république de

M. Dutacq, l'habile directeur financier du Siècle, dut quitter son poste trois ans après la fondation d'une feuille au succès de laquelle il avait largement contribué. Des affaires industrielles malheureuses, et notamment l'exploitation du Vaudeville, faite par lui de concert avec MM. Arago etVillevieille, amenèrent M. Dutacq à céder sa gérance à M. Perrée (1839), moyennant 50,000 francs à déduire sur les 300,000 francs qu'il lui devait. M. Perrée, après divers incidents qu'il est inutile de mentionner ici, resta maître de la gérance à la fin de l'année 1839. A cette date, le Siècle comptait 30,000 abonnés et cette situation ne fit que s'améliorer jusqu'en 1848. C'est sous la direction Perrée que tut conclu, avec Alexandre Dumas, Soulié et Balzac, ce traité aux termes duquel le Siècle avait seul le droit de reproduire les oeuvres de ce triumvirat littéraire, moyennant 1 fr. 20 la ligne- La révolution de 1848 trouva le Siècle en pleine prospérité. Co journal, jusque-là organe d'opposition constitutionnelle , devint franchement républicain. M. Chambolle, rédacteur en chef à cette époque, donna sa démission, parce qu'il ne voulait point suivre le journal dans cette voie, et M. ferrée prit provisoirement sa place, qu'il garda jusqu'à sa mort, arrivée en 1851. Il avait pour rédacteurs MM. Louis Jouidan, Lamarche, Emile de La Bédollière, Husson, Pierre Bernard et Auguste Jullien.

M. Placide Tillot succéda à M. Perrée comme gérant et le poste de rédacteur en chef fut confié à M. Havin, qui était alors conseiller d'Etat (février 1831) et qui ne prit définitivement possession de la direction qu'au lendemain du coup d'Etat de décembre.

Depuis lors, la direction a passé successivement aux mains de MM. Jourdan, Jules Simon, Jourde. Elle est depuis 1874 aux mains de M. Jules Simon.

Le Siècle compte parmi les membres de ses divers comités de direction politique ou inspirateurs, depuis le second Empire, MM. Ernest Picard, Jules Siinon:Garnier-Pages,etc., toutes les notabilités politiques, en un mot, qui ont constitué, sous le second Empire, la première opposition.

Nous n'entrerons pas ici dans l'énuraération des procès, avertissements ou interdictions qui ont frappé cette feuille depuis l'année 1836 jusqu'à nos jours. Elle fut frappée pour la première fois en 1837, six mois après sa fondation, et traduite en cour d'assises. Tout récemment encore, elle était interdite sur la voie publique (mai 1874) pour avoir, dans une chronique, offensé, d'après M. le préfet de police, la morale publique. Sous le second Empire, au lendemain du coup d'Etat, le Siècle suspendit sa publication, et depuis, mal-

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gré sa prudence excessive, il- fut frappé d« plusieurs avertissements.

Le Siècle, dont l'influence politique a aujourd'hui considérablement diminué, a été tout-puissant sous l'Empire, et l'on peut sans exagération dire qu'il a fait, jusqu'en 1869 exclusivement, les élections à Paris. Ses tendances libérales, et surtout franchement anticléricales, lui avaient acquis une grande influence. Ajoutons à cela que longtemps il fut le seul organe libéral non suspect d'orléanisme que toléra l'Empire, et l'on comprendra qu'il ait pu, à côté des Débats, qu'on savait dévoués aux Orléans, se faire une clientèle parmi ce qui restait de républicai us échappés aux massacres de décembre. L'Empire, du reste, comprit qu'il ne pouvait, même au lendemain de son attentat, enlever tout journal aux idées libérales; il épargna donc le Siècle qui, de 1852 à 1803 surtout, rendit de grands services.

- Si aujourd'hui cet organe a perdu une forte partie de son influence, au moins dans les grands centres, cela tient à ce que des journaux plus vifs et répondant mieux aux progrès faits par l'esprit public dans les villes ont été fondés. Cela tient aussi, il faut le dire, à la conduite équivoque tenue par le Siècle aux époques des élections.

C'est un fait assez curieux, en effet, que ce journal, qui, dans sa politique courante, est aussi franchement républicain que n'importe quel autre, soit pris ordinairement de scrupules à la veille des élections et se prononce presque constamment pour les candidats les plus modérés, se mettant ainsi presque toujours en opposition avec les aspirations de la capitale. Ce fait peut s'expliquer si l'on songe que, pour la polémique courante, la rédaction a la bride sur le cou, tandis qu'en période électorale elle doit subir l'autorité du comité de direction. Or celui-ci, quand il est composé de républicains tels que M. Ernest Picard, doit nécessairement préférer des républicains d'une modération excessive, au risque de choisir des candidats qui soient fort peu républicains en réalité ou qui ne le soient pas du tout. Tel fut le cas de M. Vautrain, soutenu en 1872 par le Siècle contre M. V. Hugo. Pareille conduite eût été tenue lors de l'élection Barodet-Réiuusat, si une scission ne se fût produite entre la rédaction et certains membres du comité, qui furent obligés de se retirer. Disons en passant que de ce nombre furent MAI, Jules Simon et Grévj'. Là encore, on eût soutenu M. de Rémusat contrôle maire révoqué di Lyon, si la fraction radicale ne l'eût emporté, pas assez tôt cependant pour que le Siècle n'eût eu, en cette circonstance, \ air de se rendre de trèsmauvaise grâce et d'hésiter à soutenir le candidat acclamé de la démocratie parisienne.

Estimons-nous heureux, toutefois, que co journal ait repris sa place dans le concert des journaux sérieusement républicains et souhaitons pour la démocratie, mais surtout pour lui, qu'il reste fidèle k la conduite qu'il a suivie lors de l'élection Barodet.

Terminons cette étude en ajoutant à la liste des collaborateurs et rédacteurs du Siècle mentionnés au cours de cet article les noms qui suivent : MM. Léon Plée, Ed. Texier, Taxile Delord , Anat. de la Forge, Grosselin, A. Luchet, V. Borie, E. d'Auriac, Augu, F.Thomas, L. Cuzon, d'Ornant, Richard (du Cantal), J. Brisson, E. Duriier, B. Suinte-Anne, E. Ténot, aujourd'hui rédacteur en chef du journal la Gironde; Custagnary, A. Lytton, C. Flammarion, etc.; dans la partie littéraire, les romanciers Elie Berthet, P. Féval; E. Gonzalès, Moléri, Deriége, e-tc.

Siècles (les quatre GRaMds). C'est ainsi qu'on désigne habituellement les siècles de Périclès, d'Auguste, de Léon Xet de Louis XI V. Us sont appelés grands parce qu'à ce înoment-là s'est rencontrée une foule de génies dans tous les genres, et on les a placés sous l'invocation de Périclès, d'Auguste, de Léon X et de Louis XIV, parce que ces hommes sont considérés comme ayant exercé sur leurs contemporains la plus heureuse influence; nous examinerons plus loin s'ils ont mérité un pareil honneur. «Quiconque pense, dit Voltaire, et ce qui est encore plus rare, quiconque a du goût, ne compte que quatre siècles dans l'histoire du monde. Ces quatre âges heureux sont ceux où les arts ont été perfectionnés et qui, servant d'époque à la grandeur de l'esprit humain, sont l'exemple de la postérité. Le premier de ces siècles à qui la véritable gloire est attachée est celui de Philippe et d'Alexandre, ou plutôt celui des Périclès, des Dèmosthène, des Aristote, des Platon, des Apelle , des Phidias , des Praxitèle. Le deuxième âge est celui de César et d'Auguste, , désigné encore par les noms de Lucrèce, de " Cicéron, de Tite-Live, de Virgile, d'Horace, d'Ovide, de Varron, de Vitruve. Le troisième est celui qui suivit la prise de Coiistantinoplu par Mahomet II, le siècle des Médieis. Le quatrième siècle est celui de Louis XIV, et c'est peut-être celui des quatre qui approche le plus de la perfection. Enrichi des découvertes des trois autres, il a plus fait en certains genres que les trois ensemble. • Voltaire ne tient pas assez compte de la chronologie; il accouple ensemble Dèmosthène et Périclès, Lucrèce et Ovide, séparés par un grand nombre d'années; il regarde le siècle de Louis XIV comnie le plus grand siècle qui ait jamais été; il ne prévoyait pas que plus

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tara son opinion serait trouvée très-contestable ; tout le monde se souvient encore qu'un jour au Collège do France M. Michelet commença ainsi sa leçon : « Le grand siècle, je veux dire le xvm* siècle..., net que les nombreux auditeurs du grand historien accueillirent ces paroles avec des applaudissements enthousiastes.

Quoi qu'il en soit, examinons la part qui revient à Périclès, à Auguste, à Léon X et à Louis XIV dans l'œuvre de leurs siècles,

— Siècle de Périclès. Périclès, on ne peut le nier, exerça une très-grande influence sur ses contemporains; il inspira son siècle et le domina, il fut pour ainsi dire le protagoniste, le grand maître des artistes et le professeur de l'éloquence athénienne. Mais il faut associera son nom celui de la Milésienne Aspasie, qui marchait visage découvert en conduisant les panathénées , et qui fut plus et mieux qu'une courtisane. Les Athéniens ont consacré et absous l'union de Périclès et d'Aspasie. Eloquente, instruite, on a prétendu que Périclès tenait d'elle une partie de son génie. Ses talents de conversation, d'éloquence et de critique attiraient chez elle les principaux citoyens. A la date de 445, au moment où Périclès venait de consolider la puissance de sa patrie et lorsqu'il se proposait de rendre Athènes digne de son nom et de sa gloire, il avait quarante-neuf ans. Autour de lui se rangeaient son maître Anaxagore (cinquante-cinq ans) , Zenon d'Elée, Damon ; Eschyle venait de mourir; Sophocle (cinquante ans) était l'ami , le commensal et le collègue de Périclès; ils avaient fait ensemble l'expédition de Samos; Euripide était l'admirateur exagéré de Périclès. Hérodote a trente-neuf ans, Protagoras quarante ans ; Socrate n'a encore que vingtsix ans; Thucydide a vingt-cinq ans, Antiphon trente-cinq ans ; Lysias n'a que quinze ans, Aristophane sept ; ce sont, avec Alcibiade, Ie3 enfants de la maison. Phidias (quarante-neuf ans) est l'ami de Périclès après avoir été celui de Ciinon ; ses frères Panénos , Clisthenète; Polygnote, Mosésielès étaient aussi ses amis. C'est ainsi qu'il attirait autour de lui toutes les gloires d'Athènes et qu'il concentrait les rayons dans un foyer unique pour éclairer le inonde entier. Thucydide (II, xm) a gardé du souvenir de Périclrs une impression heureuse, quand il a dit qu'il voulait faire de sa patrie l'institutrice de toute la Grèce. Périclès voulait faire d'Athènes le centre des arts et de la civilisation. C'est donc à tort que Platon l'accuse d'avoir rendu les Athéniens bavards et paresseux. Thucydide fait dire à Périclès : » Nous avons le goût du beau, mais sans luxe; l'amour de la philosophie, mais sans molles>e. « Périclès avait merveilleusement préparé les âmes. « Ce qui nous fait admirer plus encore, dit Ott. Mùller, la génie et l'énergie avec lesquels Périclès sut concentrer ces rayons de l'art naissant dans un foyer unique qui devait éclairer Athènes et le monde entier, c'est que nous sommes bien forcés de nous dire que ce moment ne s'est jamais reproduit et aurait été perdu à jamais, si Périclès n'eût été là pour diriger son siècle et ses inspirations. » Il faut admirer cette multitude capable d'applaudir Phidias et Sophocle. Le goût des lecteurs et des admirateurs n'est pas moins étonnant que le génie des auteurs. Pour comprendre l'éloge de l'Attique par Sophocle et l'éloge du génie grec par Euripide, il fallait être un peuple artiste , et ce peuple artiste est le peuple de Périclès, i En fortifiant et eu embellissant Athènes, dit M. Grote, en développant la pleine activité de ses citoyens, en multipliant les temples, les œuvres d'art, les fêtes solennelles, Périclès se proposait de l'élever à quelque chose de plus grand qu'une cité souveraine avec de nombreux alliés dépendants, il désirait en faire le centre du sentiment grec ; il voulait procurer à Athènes un ascendant moral dépassant de beaucoup le cercle de son pouvoir direct.

— Siècle d'Auguste. L'influence d'Auguste sur ses contemporains n'est pas aussi frappante que l'est celle de Pericles. Au temps des Scipions, il y avait eu une grande époque littéraire ; c'est un fait qu'on a l'habitude de méconnaître , afin de placer sous Auguste l'époque unique, exceptionnelle, où la poésie arriva à la perfection, où régna la qualité principalement appréciée des délicats , le goût. Avant Auguste, Plauto, Térence, Lucrèce, Catulle, Ciceron, Salluste, César; dans la première partie de son règne, Virgile, Horace, Tibulle, formés avant lui, écrivent leurs chefs-d'œuvre, ainsi que Tite-Live, le Pompéien. Un peu plus tard paraît Ovide ; c'est déjà une bien prompte décadence, et Ovide une fois exilé, silence absolu. C'est Virgile et Horace qui ont fait à Auguste cette grande réputation de protecteur des lettres. Dans un éloquent article, M. Eug. Despois a indiqué nettement les relations qui existaient entra ces deux poètes et Auguste. L'avènement de ce prince fut fatal à tous les gens de lettres. Ciceron et Cassius de Parme sont égorgés ; Varron, proscrit et forcé de fuir, perd sa bibliothèque et ses manuscrits; Tibulle, Properce, Virgile sont dépouillés. Le seul bienfait d'Auguste envers Virgile fut de ne l'avoir volé que provisoirement et de lui avoir rendu ce qu'il lui avait pris. Quant à l'anecdote des vers sur le fils de Maroellus, M. Egger a prouvé par un passage de Sènèque qu'elle étuit invraisemblable, Horace avait

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choisi pour patron Mécène; mais nous voyons par une de ses épUres qu'il ne lui sacrifiait en rien son indépendance. « Quant aux rapports d'HorHce avec Auguste, dit M. Despois, ils sont d'une tout autre nature, et c'est avec raison que M. Ampère a noté l'espèce de répulsion que la personne d'Auguste inspirait au poSle. Auguste même a pris soin de le constater dans des fragments de lettres que nous a conservés Suétone. Le prince en est aux coquetteries les plus agaçantes avec le poète, usant avec lui de petits ternies d'amitié. Auguste veut s'attacher Horace en qualité de secrétaire ; le poète refuse, et le prince se contente de lui répondre :■ Tu as oeau faire, je • ne te rendrai pas dédain pour dédain.» Horace et Virgile vécurent loin de cette quasi-familiarité qu'on suppose entre eux et Auguste. Tous deux restèrent à la campagne. L'influence d'Auguste sur les lettres et les arts a donc été fort peu de "chose. C'est même un phénomène assez remarquable que la stérilité presque absolue qui frappa la pensée littéraire dès la seconde moitié du règne d'Auguste et qui conlinua sous les règnes suivants. « Nous ne croyons guère, dit tort justement M. Despois, à l'heureux effet des hautesinfluences en littérature ; impuissantes pour le bien, elles ne l'ont pas toujours été pour le mal. On ne donne pas des ailes au génie, mais on peut l'es lui couper. On peut faire pis encore; quoi qu'en dise Boileau, Auguste n'a pas fait "Virgile, mais il a tué Cieéron. C'est de toutes ses influences littéraires la seule qu'il ne soit pas permis de contester. « [Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1853.)

— Siècle de Léon X ou des Médias. Le troisième grand siècle est celui des Mèdicis ou de Léon X ; c'est en effet sous leurs auspices que se fit la Renaissance en Italie. Cosme 1" crée la bibliothèque des Mèdicis. Sur ses conseils, des savants célèbres, Guarino de Vérone, Jean Aurispa, Poggio Bracciolini se dévouent à la recherche des manuscrits et, parcourant l'Europe et l'Orient, exhument de la poussière des cloîtres les trésors littéraires de l'antiquité. Les lettrés de la Grèce, que l'invasion turque chasse de Constantinople, trouvent à Florence une nouvelle patrie ; Michellozi et Brunelleschi l'embellissent; Ghiberti, Donatello, Masaccio et Filippo Lippi l'ornent de leurs sculptures et de leurs tableaux. Laurent le Magnifique continue glorieusement l'œuvre de son aïeul. U rétablit l'Académie de Pise (1472). Elevé dans les principes de la philosophie platonicienne, il renouvelle la fêle annuelle en l'honneur de Platon. Il introduit à Florence l'étude du grec et en fait l'objet d'un enseignement public. Il enrichit de morceaux raies et précieux la collection d'antiques commencée par Cosme I« et qui a été l'origine du musée de Florence. Dans les jardins de son palyis, il fonde pour l'étude de l'antique une Académie qui a été le berceau de la plupart des grands artistes de cette époque et pour la gloire de laquelle c'est assez de dire qu'elle a produit Michel-Ange. Il renouvelle la poésie nationale et compose des sonnets et des canzoni qui, sans avoir l'harmonie et l'élégance de ceux de Pétrarque, sont remarquables par le charme de l'imagination et le coloris. Enfin il admet dans sa familiarité intime, parmi ses protégés et ses amis, la plupart des giands hommes qui illustrent alors l'Italie. Après Laurent le Magnifique, la gloire littéraire de Florence est un moment obscurcie. Son fila Pierre ayant été chassé par les Florentins, une populace furieuse pille le palais et la bibliothèque des Mèdicis ; mais le rétablissement de leur famille, en 1512, leur permet de réparer une partie de ce désastre, et l'année suivante ils reçoivent un nouveau lustre de l'élévation de Jean de Mèdicis au pontificat, sous le nom de Léon X. Léon X ranime l'étude des sciences; il porte à près de cent le nombre des professeurs de l'université instituée par Eugène IV; il fonde une Académie pour l'étude de la littérature grecque et une imprimerie spécialement destinée à reproduire les chefs-d'œuvre de cette littérature. Il réucit à sa cour tout ce que l'Italie possède de littérateurs, de poètes, d'orateurs distingués, d'écrivains élégants et instruits : le Trissin, l'Arioste, Berni etManso, Pomponace et Pic de La Mirandole, Celio, Coleagnini, Mathiole, le comte Balthasar, Castiglioni, Machiavel, Guichardin , Paul Jove. Les arts trouvent auprès de Léon X la même faveur que les lettres. Il poursuit à grands frais les travaux de la basilique de Saint-Pierre, commencée par son prédécesseur sur les plans de Bramante ; il fuit construire à Florence par Michel -Ange l'église de Saint - Laurent; il emploie le pinceau d'André del Sarto et de Léonard de Vinci. Pour lui, Raphaël, son artiste bien-aimé, peint les fresques du Vatican. Après Léon X, les Mèdicis a Florence continuent la tradition de leur famille. Le duc Cosme I" et ses successeurs , François et Ferdinand , égalent en munilicence Laurent et le grand Cosme et, pendant près de quatre-vingts ans, font de Florence une nouvelle Athènes. C'est donc avec raison qu'on a regardé les Mèdicis et le pape Léon X comme les promoteurs du mouvement littéraire et artistique de leur siè- Cie.

— Siècle de Louis XIV. L'influence de Louis X.IV sur son siècle a été plus souvent etpius pompeusement célébrée peut-être que

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celle des Mèdicis; mais est-elle aussi réelle î On a souvent cité le passage suivant du discours prononcé à l'Académie par Racine, lors de la réception de Thomas Corneille : « Le même siècle qui se glorifie aujourd'hui d'avoir produit Auguste ne se glorifie guère moins d'avoir produit Horace et Virgile. Ainsi, lorsque dans les âges suivants on parlera avec étonnement des victoires prodigieuses et de toutes les grandes choses qui rendront notre siècle l'admiration de tous les siècles à venir, Corneille, n'en doutons point, Corneille tiendra sa place parmi toutes ces merveilles. La France se souviendra aveu plaisir que sous le règne du plus grand de ses rois a fleuri le plus grand de ses poètes. «Voltaire, par son ouvrage sur le siècle de Louis XIV, n'a pas peu contribué à répandre cet excès d'admiration pour le grani roi et pour le grand siècle. Grâce à lui, Louis XIV est pour bien des gens le xviib siècle tout entier, et l'on ne songe point que c'est seulement en 1661 que Louis XIV commença à régner par lui-même, que l'époque antérieure, aussi glorieuse, est celle de Richelieu et de Mazarin. Dans son livre, on voit mentionnés les plus grands peintres français, Lesueur et Poussin, parmi les artistes célèbres du temps de Louis XIV. Or, Lesueur était mort six ans avant 16S1 ; Poussin mourut quatre ans après' cette date, à Rome, où il s'était réfugié depuis longtemps pour trouver l'indépendance et la tranquillité. Dans la même liste de Voltaire, on rencontre Descartes, mort en Suède onze ans auparavant; Pascal, qui mourut un an après l'avènement de Louis XIV, et Corneille, qui devait écrire sous son règne Agésilos et Atlila. M. Eug. Despois, dans un éloquent article publié dans la Bévue des Deux- Mondes (15 juin 1S53), a fait justice de cette erreur encore si accréditée. Louis XIV n'a régné qu'en 1661 ; or le Cid est de 1636, Horace et Cintra de 1 639, Polyeucte de 1640, Pompée de 1641, \e Menteur de 1642, etc. Descartes, Corneille, Pascal, trois noms qui suffiraient à la gloire d'une nation, sont antérieurs au règne de Louis XIV. Avant la mort de Mazarin, on voit déjà paraître cinq écrivains illustres, qui n'ont pas écrit encore leurs chefsd'œuvre, mais dont les trois premiers surtout ont été formés sous le règne précédent : Molière, La Fontaine, Bossuet, Boileau, Racine. Bossuet avait commencé trois ans auparavant à prêcher les admirables sermons qui suffiraient a sa gloire. Sans doute Louis XIV sut l'apprécier et le récompenser; il fut évoque, il fut chargé de l'éducation du dauphin. • C'est pourtant à. ce choix fait par Louis XIV, dit M. Despois que nous ne faisons qu'abréger, que se réduit l'influence du roi sur le grand écrivain. Pourquoi ne soutiendrait- on pas la thèse contraire : de l'influence de Bossuet sur Louis XIV ? Elle serait peut-être plus conforme à la vérité. « Molière avait composé six de ses comédies quand Louis XIV commença à régner. Sans doute Louis XIV l'employa dans ses fêtes pour amuser sa cour, et lui enleva • un temps précieux qu'il aurait peut-être passé à composer de nouveaux chefs-d'œuvre. Il n'est pas bien certain qu'il l'ait apprécié à sa juste valeur; quand Boileau lui dit que Molière était le plus grand écrivain de son siècle : ■ Je ne Je croyais pas, » répondit-il. Le plus grand service que le roi ait rendu à Molière consiste en réalité à n'avoir défendu que pendant cinq ans la représentation du Tartufe. Quant à La Fontaine, son amour pour l'indépendance et ia solitude le tint toujours éloigné des faveurs. Racine et Fénelon, voilà, de tous les' écrivains illustres, les seuls qui appartiennent réellement au règne de Louis XIV : or, on ne peut s'empêcher, tout en le.s admirant, de remarquer dans leurs œuvres une inspiration moins mâle et moins vigoureuse que chez les écrivains de la période immédiatement précédente. Du reste, s'il est un écrivain qui ne doive rien aux idées de son temps, c'est assurément Fénelon; on sait combien le roi goûtait peu «ce bel esprit chimérique. • Il faut aussi joindre deux écrivains qui appartiennent à la même époque, La Bruyère et Boileau. La Bruyère n'eut pas de rapport avec le roi. Quant à Boileau, quand il reçut une pension de 2,000 livres, sa première réflexion, dit Brossette, fut un sentiment douloureux sur la perte de sa liberté, qu'il regardait comme une suite inévitable des bienfaits dont il venait d'être honoré.

Il n'y a peut-être pas un seul exemple d'une stérilité aussi déplorable que celle que présentent les vingt dernières années du grand roi : en prose, Fontenelle; en poésie, Jean - Baptiste Rousseau. « S'il est vrai , comme le prouve le simple exposé des faits, que notre littérature, pleine de force et de vie avant Louis XIV, soit arrivée proraptement sous sou règne à un véritable dépérissement, qu'en faut-il conclure? C'est que l'influence littéraire du grand roi a été nulle ou fatale. » C'est en vain que Louis XIV, sur les conseils de Colbert, et à l'imitation de son prédécesseur, voulut donner des pensions aux gens de lettres. On sait comment cette liste de pensions fut rédigée. Chapelain eut 3,000 livres; Corneille, 2,000; Molière, 1,000 seulement. Parmi les écrivains célèbres du temps, il n'en est aucun dont la munificence royale ait encouragé les débuts, à l'exception de Racine, qui y figura pour 800 livres. Après la mort de Colbert, ces pensions furent considérablement réduites. Cor-

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neille avait perdu la sienne en 1679; il avait alors soixante-treize ans, et, cinq ans plus tard, il fallut l'intervention généreuse de Boileau pour que Louis XIV songeât à envoyer un présent à Corneille, qui mourut deux jours après. Dans l'année. où les pensions atteignirent le chiffre le plus élevé, en 1669, la dépense totale ne s'éleva pas tout à fait à 112,000 livres. Voilà comment Louis XIV protégeait la littérature de son règne. Cela n empêchera pas bien des gens de s'écrier longtemps encore :

Qu'un Auguste aisément peut faire des Virgiles.

S1EDLEC, ville de la Russie d'Europe, dans la Pologne, ch.-l. du gouvernement de ce nom, à 105 kilom. E. de Varsovie, autrefois chef-lieu de l'ex- gouvernement de Podlachie; 5,700 liab. On y remarque un château impérial, l'hôtel de ville et un gymnase. Pendant l'insurrection polonaise de 1831, les Polonais et les Russes occupèrent successivement cette ville, il Le gouvernement de Siedlec, créé en 1867, a une étendue de 13,722 kilom. carrés et 504,606 hab.

SIEQ s. m. (siègh). Ichtlryol. Nom vulgaire d'une espèce de truite, qui vit dans les eaux douces de la Sibérie.

SIEG , rivière de Prusse. Elle prend sa source dans la province de Westphalie, régence d'Arensberg, au versant méridional du Rothaargebirge, coule à l'O., baigne Siegen, entre ensuite dans la province du Rhin, arrose Siegburg et se jette dans le Rhin, presque en face de Bonn, après un cours de 145 kilom.

SIEGBURG, ville de Prusse, province du Rhin, régence et à 35 kilom. S.-E. de Cologne, sur la Sieg, ch.-l. du cercle de la Sieg; 3,700 hab. Ecole municipale supérieure. Ancienne abbaye convertie en asile d'aliénés.

SIEGE s. m. (sié-je. — Ce mot traduit exactement le latin sedes, mais n'en est pas dérivé, au moins directement. Il parait être un substantif verbal de siéger, forme parallèle a seoir, qui est la vraie traduction de sedere). Meuble ou autre objet disposé pour qu'on puisse s'asseoir dessus : Siège de bois. Siège de marbre, de pierre. Siège de gazon, de mousse. Donner mi siège, des sièges! Avancer un siège. Prendre un siège. Je me suis mise à vous écrire, assise sur ce siège de mousse où je vous ai vue plusieurs fois couchée. (Mme de Sév.) Je me fis un siège d'une malle posée aplat. (J.-J. Rouss.)

Prends un siège, Cinna, prends, et, sur toute chose, Observe exactement la loi qut: je t'impose.

Corneille.

L'acajou, qu'à grands fruis PAlnérique t'envoie, En sièges élégants s'arrondit et se ploie.

Cuénëdolle.

— Partie d'une voiture où s'assied le cocher : Le postillon, bon homme, prend une pauvresse en rowe et la met à côté de lui, sur son siège. .(H. Taine.)

— Partie de la selle où le cavalier est assis,

— Construction exhaussée au-dessus du sol, sur laquelle on se place, dans un cabinet d'aisances.

— Place où s'assied un juge : Le juge étant dans son siège, sur son siège. (Acad.J

— Lieu des séances : Le siègs d'une cour de justice, d'un tribunal.

— Nom donné autrefofs au lieu où les juges subalternes rendaient la justice : Aller au siège. Investi de la sénatorerie de Caen, dont le siégb était à Alençon, tiœderer s'y livra à l'étude du pays. (Ste-Beuve.) l] Juridiction des juges subalternes : Siège royal. Siège présiâiul. Siège de la maréchaussée.

— Juridiction ou fonction épiscopale: Siège patriarcal. Siège êpisco^al. Siège vacant. Ce prélat avait tenu te siège pendant près de vingt ans.

— Ville capitale d'un Etat; ville où réside un gouvernement : Rome éfaii le siège de l'empire romain. Saint - Pétersbourg est le siège de l'empire russe. Versailles est, depuis 1871, le siège du gouvernement. La véritable détérioration de l'art chez les Grecs commence précisément à l'époque de la translation du siège de l'empire romain à Constantinople. (Chateaub.)

— Centre, milieu habituel ou particulièrement favorable ; Le siège des sciences, des beaux-arts. Le siège des lumières- Le siège de V industrie. Le siège de la corruption. La justice a son siège dans l'humanité. (Proudh.) Le système nerueux es( le siège de la vie, le» organes en sont les moyens. (Raspail.) La volonté est le siège du libre arbitre en même temps que de l'amour. (Lacordaire.) Le siège unique des passions est le cerveau. (Flourens.) La France a été et eut encore le SIEGE de l'esprit moderne ou de la Révolution. {Lacordaire.) C'est la lête qui est te siège de nos pensées. (H. Heine.) Le siège de l'amour, c'est l'âme; mais quel est le siège de l'àme? (Rigault.)

Elle vi<mt, et son front, siège de la candeur, Annonce en rougissant les vertus de son cœur.

Voltaire, Siège de la douleur, ses traits se sont flétris ; De son teint ravissant la fleur se décolore.

Malfilatke.

— Fondement, anus : Bain de siège, Met- Ires des sangsues au siège.

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— Hist. ecclés. Eglise gouvernée directement par le pape, chef du catholicisme : Vacance du saint-siÈOE. Se soumettre aux décisions du saint-siÉQu, du siège apostolique. Le saint-siÈQE fut transféré à Avignon. Le saintsi&GK ne peut jamais oublier la France, 7ti la France manquer au s<u'ii/-siége. (Bons.) En face de la Réforme triomphante dans le Nord, l'Eglise se concentre dans le saintsiège, comme dans un fort. (Ed. Quinet.) Il Chevaliers du saint-siége, Ordre qui fut fondé par les papes, pour le maintien de leur suprématie.

— Ane. jurispr. Sièges des monnaies, Juridictions subalternes qui connaissaient des abus et des malversations en matière de fabrication des monnaies et des ouvrages d'or et d'argent.

— Techn. Partie du four de fusion où l'on place les creusets, les pots et les cuvettes, dans les verreries. I) Appareil servant au commettage de certains cordages. Il Faux siège, Fond de toile ou de sangle sur lequel repose le siège d'une selle.

— Chir. Siège obstétrique, Siège échancré dont on se sert, surtout en Allemagne, pour tes accouchements.

— Astron. Etoile de seconde grandeur, qui fait partie de la constellation de Pégase.

— Encycl. Archéol. Dans l'antiquité , le subsellium fut une espèce de siège réservé aux rois et aux héros. Dans les temples, les divinités et les princes divinisés sont fréquemment assis sur des trônes, grands sièges à bras, à dossier, où l'on peut d'ordinaire tenir deux, et posés sur des estrades ou précédés de marchepieds. Le siège le plus fameux de l'antiquité est la chaise curule romaine, pliant en ivoire ou en métal, sans dossier, qui fut un attribut honorifique des grandes magistratures, le sénat, le consulat, la dictature, la censure. Les édiles, les questeurs et les fonctionnaires inférieurs s'asseyaient sur un banc d'une forme particulière. La chaise curule demeura le trône des empereurs. L'ordre des sièges dans les théâtres grecs et romains suivait certaines règles. En Grèce, les premiers rangs étaient dévolus aux agonothètes ou juges des pièces, aux magistrats, aux généraux, aux prêtres. Dans les assemblées populaires ou nationales qui se tenaient dans les théâtres, lesmagistrats occupaient également les premières rangées ou le bouleulicon; derrière eux, dans ce qu'on appelait Vephebicon, se plaçaient les jeunes gens. Les personnages riches faisaient recouvrir de tapis ou de coussins la pierre des sièges. A Rome, les sénateurs furent confondus avec le reste du peuple jusqu'à l'époque de Seipion l'Africain, qui fit séparer les places des patriciens et des plébéiens. Les sénateurs occupèrent alors seuls les bancs de bois de l'orchestrium, où l'on voyait celui du préteur dominer les autres. Pompée, à son tour, fit assigner aux chevaliers les quatorze premières rangées de sièges, privilège dont tous ne purent jouir, car ils étaient trop nombreux. Auguste sépara les places des soldats de celles du peuple. Derrière les chevaliers, il plaça les jeunes gens de grande famille avec leurs maîtres et derrière ceux-ci les plébéiens distingués. Les femmes, autrefois placées parmi les hommes, furent reléguées par delà les dernières places, les vestales seules restant dans l'orchestre autour du banc du préteur. Plus tard," on utilisa lo podium, ou espace laissé vide devant les sièges inférieurs de l'orchestre, et on y créa de nouvelles places qui conférèrent une distinction à ceux qui les occupèrent. Sous l'empire, les trônes et les sièges d'honneur eurent un dossier et un marchepied, disposition qui parait empruntée aux Asiatiques. Le moyen âge occidental, qui se contenta d'abord d'imiter les sièges antiques, puis ceux de Byzance, en posséda ensuite une grande variété : le banc, l'escabeau, la chaire, le fauteuil, la forme, la stalle, etc., en bois ou en métal. L'usage de rembourrer les sièges, de n'y plus

. traiter le bois que comme un cadre destiné à soutenir et attacher les étoffes garnies de crin, de plume ou autres substances, date de la fin du xvi» siècle. Les sièges affectent actuellement des formes assez variées, qui se rattachent à quelques espèces bien déterminées, le canapé ou divan, le fauteuil, la chaise, le tabouret et le banc. V. meuble,

MOBILIER, etc.

— AlluS. llttér. Preutla un niége, Cinna...,

Hémistiche d'un vers de Corneille dans Cinna, acte V, scène ire. Auguste, instruit de tous les détails de la conspiration tramée contre lui, en fait venir le chef et lui dit :

Prends un siège, Cinna, prends, et sur toute chose Observe exactement la loi que je t'impose; Prête, sans me troubler, l'oreille a mes discours, D'aucun mot, d'aucun cri n'en interromps le cours; Tiens ta langue captive, et si ce grand silence A ton émotion fait quelque violence, Tu pourras me répondre après tout a loisir; Sur ce point seulement contente mon désir.

Dans l'application, ces mots se répètent toujours avec une dignité et une emphase comiques.

« Le soir, je me présen tai chez ma danseuse. Je ne la trouvai pas. Ce fut la mère qui me reçut et qui me fit entrer dans le salon.

Prends un siège, Cinni, c'est moi qui l'en convie,

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me dit la vieille en me tendant une méchante chaise de paille, et en s'asseyant elle-même d'un air majestueux. »

De Pêne.

« Ce fut Cabochard qui se présenta : « Eh ! ■> bonjour, cher, s'écria-t-il en m'apercevant,

• comment se porte le Monumental? — Le » Monumental va déjeuner, et si tu veux en

• faire autant,

l rend» un siège, Cabo, c'est moi qui t'en convie. •

De Pêne,

SIÈGE s. m. (sié-ge. — Ce mot est formé du verbe assiéger, tiré du bas latin asse* diare, qui est dérivé du substantif assedium,

fiour adsedium, transformation régulière du utin obsidium, qui est formé de 06, pour, contre, et de sedere, seoir). Art milit. Ensemble d'opérations par lesquelles on cherche à s'emparer d'une place occupée par l'ennemi : Faire un siège. Mettre le siège devant une place forte, une citadelle. Presser un siègi:. Traîner un siègb en longueur. Lever un siège. Soutenir un siège. Agathocle, roi de Syracuse, força les Carthaginois à lever le siège et les réduisit aux dernières extrémités. (Machiavel.) Il Pièce de siège, Grosse pièce d'artillerie employée au siège des places. 11 A /fût de siège, Affût non roulant, employé pour les pièces de siège, i! Batterie de siège, Batterie de pièces de siège.

— Pig. Combinaison de moyens employés pour se mettre en possession de quelque chose : Faire le siège d'un portefeuille. Faire le siège du cœur d'une jeune veuve?

— Etat de siège, Etat d'une place de guerre assiégée, où l'autorité supérieure est dévolue au chef militaire. Il Etat d'une ville, d'un pays que l'on met momentanément sous le régime militaire, pour y assurer plus efficacement le maintien de l'ordre.

— Loc. fam. Lever le siège, S'en aller, se retirer.

— Bot. Serbe de siège, Scrofulaire aquatique, dont les feuilles furent, dit-on, le seul médicament employé pour le pansement des plaies, pendant le siège de La Rochelle.

— Encycl. Art milit. Les sièges constituent une des opérations les plus importantes de l'art militaire ; leur histoire comparée, depuis le siège de Troie jusqu'au dernier siège de Paris, serait l'histoire même des progrès de cet art, dans les moyens d'attaque et de défense. Les premiers sièges connus manifestent une si grande infériorité des uns et des autres non-seulement vis-à-vis de ceux dont on dispose actuellement, mais même si on les compare aux moyens mis en œuvre par les Romains, que c'est à peine si on peut leur conserver le nom de sièges. C'étaient plutôt des sortes de blocus, l'année assiégeante se contentant d'investir plus ou moins complètement la place, d'occuper les points par où celle-ci pourrait recevoir des secours en hommes ou en vivres, et, après avoir reconnu un point faible, se décidant à donner l'assaut. Le siège de Troie, si fabuleux qu'il soit, donne au moins une idée de la manière dont se pratiquaient les opérations de ce genre a l'époque homérique ; on ne voit pas dans ['Iliade qu'il soit question de véritables travaux de siège, de tranchées destinées à favoriser les approches, de construction do machines destinées à battre les murailles; la ville même n'est pas investie complètement, et l'on ne vient k bout d'elle, après dix ans, qu'au moyen d'une ruse de guerre. Hérodote est le premier qui parle de tranchées, de minus, de contre-mines, et il en rapporte l'invention aux Perses : « Pendant neuf mois, dit-il , que dura le siège de Barca, dans la Cyrénaïque, par les Perses (507 av. J.-C), ceux-ci poussèrent des mines jusqu'aux murailles et attaquèrent la place vigoureusement. Un ouvrier en cuivre découvrit leurs mines par le moyen d'un bouclier d'airain. 11 faisait le tour de la ville, dans l'enceinte des murailles, avec son bouclier et l'approchait contre terre. Dans les endroits où les ennemis ne miuaient pas le bouclier ne rendait aucun son; mais il en reudait dans ceux où ils travaillaient. Les Barcéens contre-minèrent en cet endroit et tuèrent les mineurs perses. » Durant. toute la guerre du Pélopoiièse,-les sièges des places importantes se pratiquèrent en élevant autour des murs de la ville un double rompait, en bois, en terré ou en brique, destiné à protéger ies assiégeants contre les sorties et contre l'arrivée d'une armée de secours. Ainsi protégés, les assiégeants attendaient que la famine leur livrât lu ville ou que la trahison permit d'en essayer l'escalade. C'est à peine s'il est fait mentiou de quelques machines propres à battre les murs. Thucydide donne de curieux détails sur les moyens d'attaque et de défense des places au v« siècle av. J.-C, en racontant le siège de Platée par les Lacédéinoniens, sous la conduite de leur roi Archidainas. On y voit ceux-ci entourer la place tout entière de palissades, puis construire une immense terrasse en face de la partie du mur qu'ils se proposent d'attaquer. Les Platéens, de leur côté, protègent cette partie de leurs murailles en construisant au devant des revêtements en bois, puis ils construisent une galerie souterraine au moyen de laquelle ils pénètrent jusque sous la terrasse et la creusent k l'intérieur; k mesure que les Lacédéinoniens surexhaussent leur

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construction, les terres extraites en dessous font que la terrasse s'affaisse dans les excavations et que tout le travail des assiégeants est en pure perte. Ils parvinrent cependant à l'achever tant bien que mal, garnirent la terrasse de machines auxquelles les Platéens en opposèrent d'autres d'une égale puissance et furent réduits à faire un simple blocus de la ville que la famine contraignit k se rendre.

L'invention ou tout au moins le perfectionnement des diverses machines de guerre, béliers, catapultes, balistes, tortues, chariots roulants, héléopoles, etc., date k peu près de la même époque; mais nous n'avons pas k nous en occuper ici. V. machines de gverrh.

Les Romains, si habiles dans l'art de l'ingénieur , amenèrent à leur perfection les procédés en usage chez les Grecs pour l'investissement des places; chaque grand siège qu'ils opérèrent, celui de C'urthage, celui de Jérusalem, est un modèle remarquable de l'emploi de toutes les ressources du génie militaire. Ils construisaient autour de la ville assiégée une double ligne de fossés profonds garnis de palissades, de tours, de platesformes (aggeres) qui rendaient ces fortifications passagères aussi sérieuses que les fortifications mêmes d'une ville, et la rapidité avec laquelle ces immenses travaux étaient exécutés donne une haute idée de la méthode savante des chefs , comme du labeur des soldats. Toute cette science, les Belges et les Gaulois l'apprirent de César, à l'apparition des légions romaines; jusque-là, ils n'en avaient aucune idée. Voici comment ils assiégaient les villes, k l'arrivée du conquérant dans les Gaules ; « Lorsqu'ils ont, dit César, entièrement entouré la place de leurs troupes, ils lancent de tous côtés des pierres sur le rempart; quand ils ont écarté ceux qui le défendent, ils forment la tortue, s'approchent des portes et sapent la muraille. Cela est alors aisé, car cette grêle de pierres et de traits rend toute résistance impossible du haut des remparts. »

Les Huns, les Wisigoths, les Vandales n'eurent pas d'autre tactique lorsqu'il leur tour ils envahirent le monde romain, et bien peu de villes leur résistèrent longtemps; l'art de la défense des places s'était perdu pendant les Siècles de décadence. « Dans l'époque intermédiaire entre le régime romain et l'établissement féodal en France, dit M. Violletle-Duc, il n'est question ni de travaux réguliers d'investissement, ni de mines méthodiquement tracées, ni de ces engins que l'empire a'Orient avait pu emprunter aux Grecs, ni de tranchées de cheminement, ni de ces plates-formes que savaient si bien élever" les troupes impériales en face des remparts d'une place forte. Lorsque les Normands firent irruption dans le nord et l'ouest de la Gaule, sous les Carlovingiens, ils ne trouvèrent devant eux que des villes palissadées à la hâte, des forts de bois, des défenses en ruine ou mal tracées. Ils assiégeaient ces places k peine fermées, s'en emparaient facilement et emportaient le butin dans des camps retranchés qu'ils installaient sur les côtes, près de l'embouchure des fleuves ou dans des îles. Il n'est pas douteux que ces peuples Scandinaves, traités de barbares par les chroniqueurs occidentaux , étaient , au point de vue militaire, beaucoup plus avancés qu'on ne l'était dans les Gaules. Ils savaient se fortifier, se garder, approvisionner et munir leurs camps d'hiver; or, qui sait comment on peut se défendre sait comment on peut attaquer, la défense d'une place n'étant autre chose que la prévision des moyens qu'emploiera l'attaque. Tous les témoignages historiques nous les montrent s'acharnunt à l'attaque des places fortes, tandis que les troupes gauloises sont bien vite rebutées par les difficultés d'un siège. Des hommes habitués aux constructions navales et à tous les travaux qu'exige la navigation acquièrent une adresse et une rapidité dans les manœuvres qui les rendent aptes aux labeurs des sièges. Encore aujourd'hui nos matelots sont les hommes les plus expéditifs et les plus adroits que l'on puisse trouver, s'il s'agit d'élever un épaulement, de le palissader et de le munir d'artillerie, parce qu'ils ont contracté et entretenu cette habitude de réunir instantanément leurs forces pour un objet spécial. »

Dans les sièges qui eurent lieu en pleine féodalité, du ixe au xme siècle, c'est surtout la mine qui est employée pour réduire les places fortes : investir la place tant bien que mal, choisir un point faible et en faire approcher une machine telle que les mineurs puissent, à l'abri, saper le rempart et faire brèche, tel est le but auquel tendent généralement les assiégeants. Aussi voit-on, dans les châteaux féodaux, grossir démesurément les murailles, doubler et tripler les enceintes, construire une succession de réduits où la garnison puisse encore s'abriter lorsqu'une partie de l'enceinte est tombée au pouvoir de l'ennemi. On construit des donjons sans portes , n'ayant d'issue que par une fenêtre très-élevée , de façon que , la solidité des murs empêchant le succès de la mine, les assaillants soient obligés de tenter l'escalade ; on creuse des souterrains mettant en communication diverses parties de la défense de manière à pouvoir revenir derrière les assaillants, si ceux-ci ont pris de vive force quelques-unes des positions avancées; les sièges de ces donjons offraient toutes sortes

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de surprises et de péripéties. Il n'y avuit pas alors de grandes armées capables d'opérer la suite de travaux qu'exige un siège en règle, et les prises de châteaux ou de places fortes ne pouvaient être que des coups de main heureux.

Les croisades, en réunissant des masses considérables de troupes, rendirent possibles les sièges eu règle, et l'on vit, dès le xie siècle, en Orient, quelques intéressantes opérations de ce genre. Tels furent les sièges de | Nicée, d'Antioche et de Jérusalem, où les travaux d'art, qui furent considérables, pa- [ raissent avoir été dirigés par des Byzantins, ' des Génois et des Lombards, chez qui sans doute s'étaient conservées les anciennes tra- , ditions des Romains et du Bas-Empire. On voit réapparaître à ces sièges les grands tra- ! vaux qu exécutaient les légions : campB retranchés, fossés de circonvallation et de contrevallation, construction de plates-formes, de galeries de bois qu'on pousse jusque sur les murailles et qui servent soit k franchir celles-ci de plain-pied, soit à abriter les mineurs. Nicée fut emportée d'assaut à l'aide d'une brèche faite de cette façon, etla galerie qui abritait les mineurs était si solide et si bien construite, que les assiégés ne purent réussir à l'endommager tout en lançant .dessus d'énormes blocs de pierre.

L'art des sièges n'eut que peu de progrès à faire à partir de cette époque jusqu'à celle où l'invention do l'artillerie modifia profondément l'attaque et la défense des places. L'artillerie apparaît dans les sièges dès 1310 et, k partir de cette époque, on voit un système régulier d'investissement. Ce système consiste à tracer autour delà place des fossés de contrevallation reliant ensemble un certain nombre de bastilles qui servent de places d'armes aux assiégeants, et dans lesquelles ils se retirent si 1 ennemi, lors d'une sortie, les serre de trop près; à établir des épaulements munis de canons pour pratiquer une brèche ; quelquefois à ouvrir des boyaux de tranchée débouchant sur les fossés, pour combler ceux-ci ou pour faire jouer la mine. Le siège de Melun (1420), décrit par Juvénal des Ursins dans son Histoire de Charles VI, indique ces diverses opérations; on les voit exactement répétées dans le siège d'Orléans par les Anglais en 1429.

Nous passerons rapidement par-dessus l'époque intermédiaire pour arriver à l'époque moderne; jusqu'au moment, en effet, ou 1 artillerie, en se perfectionnant, força de changer le système des fortifications, c'est-à-dire jusqu'à Vauban et Cormontaigne, il n'y eut dans l'art des sièges que des innovations do détail. Ici, pour plus de clarté, nous diviserons la matière en deux parties : siège offensif et siège défensif.

— I. Siège offemsif. Quand un général veut attaquer une place forte, il commence par rassembler le matériel nécessaire au siège. Ce matériel est considérable.

«Les chiffres suivants donneront une idée de son importance : pour faire le siège d'une place ordinaire, il ne faut pas moins de 80 pièces de gros calibre, 40 pièces de canon de campagne et 50 mortiers ou pierriers; chacune de ces pièces est approvisionnée à 800 coups au moins, et il faut les accompagner de forges, de chariots, de batteries, d'affûts de rechange, de chèvres et agrès pour les manœuvres de force, de bois de plate-forme, etc. L'artillerie doit avoir, en outre, en magasin de la poudre, des cartouches, des grenades, etc.

» Les magasins du génie doivent renfermer 40,000 ou 50,000 sacs à terre, des outils de terrassement, au nombre do 40,000 environ, puis des outils de mineur, de charpentier, de charron, avec" le bois nécessaire à ces ouvriers.

• L'intendance réunit aussi un matériel considérable en vivres, fourrages, matériel d'ambulance, etc.» (Ratheau, Traité de fortifi- | cation.) ,

Le général en chef fait alors investir la ! place par un corps de troupes légères, dans le Lut d'empêcher ses communications avec ï'ex- ', térieur, jusqu'à l'arrivée de l'année de siège, ■ dont l'effectif, tant en cavalerie qu'en infan- j terie, doit être égal à dix ou douze fois en- 1 viron celui de la garnison de la place as- j siégée. I

« Une moyenne place, qu'il faut circonval- 1 1er et quia depuis 2,000 jusqu'à 3,000 hommes I de garnison, exige que l'armée assiégeante soit au moins de 20,000 à 25,000 hommes. Les places plus considérables, et qui ont des gar- j nisons de 3,500 à 4,000 hommes, doivent être attaquées par des armées à peu près de sept I à huit fois plus fortes, tant en infanterie qu'en | cavalerie. Lorsque les garnisons sont de 8,000, 1 10,000 et 12,000 hommes, il faut des armées | cinq à six fois plus fortes. Enfin, lorsque les ; garnisons sout de 15,000 à 18,000 hommes, il j faut que l'année soit au moins cinq fois çlus forte.» (Cormontaigne, Mémorial pour l attaque des places.)

L'armée de siège doit être soutenue par une armée d'observation, qui la protège contre l'armée de défense que l'ennemi enverrait au secours de la ville. On établit les camps autour de la place, hors de la portée de son feu ; on les défend à l'extérieur parun retranchement, une ligne de circonvallation, et du côté de la place par la ligne de contrevallation ; on dispose en même temps les parcs de l'artillerie et du génie et on con-

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feetionne les fftscihages de toutes sortes. Le général fait dresser le plan directeur; il choisit le point d'attaque ; il décide si l'on fera Une attaque simple, c'est-à-dire si l'on n'attaquera qu'un bastion et tes deux demi-lunes voisines, ou si l'on fera une attaque double, c'est-à-dire si l'on attaquera deux bastions à la fois. On peut aussi commencer le siège par de fausses attaques pour donner le change à l'ennemi. "Ce n'est pas chose aisée de bien démêler le fort et le faible d'une place ; mais il n'y en a point qui n'ait son fort et son faible, à moins qu'elle ne soit de construction régulière. » (Vauban, Attaque des places.)

Quand tout est ainsi préparé, on ouvre la tranchée, on commence la première parallèle contournant les ouvrages attaqués à environ 1,000 mètres; autrefois ce n'était qu'à 600, mais les nouvelles armes rayées ont nécessité cet éloignement. Une observation, qu'il est bon de faire et dont l'on comprendra facilement l'importance, est qu'il y a avantage à rapprocher la première parnllèle le plus possible de la place et qu'il faut toujours s'efforcer de le faire. «Un exemple récent nous fournirait, au besoin, des preuves de l'importance de cette maxime : les premiers travaux exécutés devant Sebastopol , situés à une trop grande distance de la place, permirent aux Russes d'occuper en avant de leurs premières fortifications des points favorables k la défense, lesquels, transformés en positions des plus fortes, ne purent leur être enlevés qu'après une perte considérable de temps et d'hommes.» (Ratheau, Traité de fortification.)

La première parallèle se relie aux dépôts de tranchée par des boyaux défilés, et on la garnit de gradins pour la fusillade et le franchissement. Les extrémités de cette première parallèle sont appuyées à des obstacles infranchissables ou protégées par de petites redoutes. Des cheminements qui partent de cette première parallèle et s'avancent en zigzags conduisent à une deuxième parallèle, qu'on exécute k 600 mètres environ des saillants des chemins couverts, et qu'on organise en partie pour ia fusillade et le franchissement. La garde qui protégeait les travailleurs et se trouvait dans la première parallèle, prête k repousser les sorties de l'assiégé, se transporte dans la deuxième, ne laissant dans la première que sa réserve. Ces travaux se font à la tranchée simple. On a déjà établi, près de la première parallèle, des batteries dites de première période, placées convenablement pour contre-battre et ricocher l'artillerie do la place, et lancer des bombes sur les principaux édifices, arsenaux, établissements et magasins de la ville.

Protégés par cette artillerie, les assiégeants continuent à la sape volante leurs cheminements, suivant les capitales des ouvrages, en ayant toujours soin de se défiler du feu des assiégés. On arrive ainsi k la troisième parallèle, située k 325 mètres des chemins couverts, et que l'on exécute encore k la sape volante, si les feux de la place ne sont pas trop dangereux. On établit les batteries de deuxième période entre la deuxième et la troisième parallèle.

On débouche de la troisième parallèle à la sape pleine; arrivé k 150, k 200 mètres de la place, on protège les têtes de sape par des demi-places d'armes et l'on continue de marcher jusqu'à la quatrième parallèle, située à 00 mètres environ des saillants des chemins couverts, qu'on dispose le plus vite possible pour la fusillade et le franchissement, garnissant ses crêtes de créneaux en sacs k terre, derrière lesquels se placent les meilleurs tireurs. De la quatrième parallèle, on inarche sur les places d'armes saillantes des demi-lunes, construisant successivement la portion circulaire, le T et les cavaliers de tranchée, pendant qu'en avant de cette quatrième pnrallèle on dispose des batteries jf. feux verticaux. On couronne les chemins couverts, de vive force ou à la sape pleine, suivant les circonstances. Ces couronnements se changent en contre-batteries, pour ruiner les faces des bastions dans le prolongement des fossés de la demi-lune, et en batteries de brèche battant les faces de ce dernier ouvrage. On commence, on achève les descentes des chemins couverts et des fossés, le couronnement et l'arrondissement de la contrescarpe, et enfin le passage du fossé. Les demi-lunes sont emportées de.vive force ou pied à pied ; on chemine sur leur terre-pleiu ou l'on couronne la contrescarpe du réduit.

Pendant que l'on construit les cheminements, les couronnements des chemins couverts sont achevés, et l'on construit une cinquième parallèle protégeant les travailleurs, si cela est nécessaire; les crêtes sont garnies de fusiliers, faisant feu à travers des créneaux en sacs à terre. On descend dans les places d'armes rentrantes, on gagne les fossés de leurs réduits, pendant qu on fait brèche aux réduits des deini-lunes.

On attaque en même temps et les réduits de demi-lune, et les réduits de places d'armes rentrantes, et les coupures de demi-lunes; puis, cheminant sur le terre-plein de ces ouvrages, on en couronne la gorge afin d'interdire tout retour offensif aux assiégés.

On construit les contre-batteries et les batteries de, brèche sur les chemins couverts du bastion que Ton a couronnés; on fait les descentes de fossés, on effectue le passage de

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ces fossés et on donne l'assaut au corps de place. Si le bastion a un retranchement intérieur, on est encore obligé de cheminer sur le terre-plein du bastion, de faire brèche à ce retranchement, d'établir les descentes, d'effectuer le passage de son fossé et de donner un dernier assaut, dernier si l'on n'est pas obligé d'attaquer les maisons de la ville, d'en faire le siège, comme cela arrive encore assez souvent.

Telle est la marche classique, pour ainsi dire , d'un siège , marche modifiée par les mille circonstances qui peuvent se présenter à la guerre, par la nature de la place, par sa force, la force et le courage des assiégeants, l'énergie des assiégés, etc.

— II. Siège défensip. Les opérations de défense d'une place correspondent à celles de l'attaque et peuvent, comme ces dernières, être divisées en plusieurs périodes, chacune d'elles ayant pour but d'empêcher les assaillants d'obtenir tel ou tel résultat. Mais une place, même la mieux entretenue à l'état de paix, serait impropre à une résistance longue et énergique, si, par des mesures spéciales et des travaux toujours pénibles , elle n'était préventivement mise en état de défense ; l'organisation pacifique devra être modifiée, les autorités deviendront exclusivement militaires, on passera de l'état de paix à l'état de guerre et de l'état de guerre à l'état de siège.

L'officier qui prend, dès lors, la haute direction de la défense, sous le titre de commandant supérieur, est nommé parle pouvoir exécutif ou par le chef de l'armée dans le rayon d'action duquel il se trouve; à défaut de l'une ou de l'autre de ces nominations, c'est le plus élevé en grade enfermé dans la place ; son autorité est illimitée ; il peut s'éclairer des avis d'un conseil de défense , mais il le convoque quand bon lui semble, n'est pas obligé de se conformer au vote de la majorité, peut, d'ailleurs, consulter les membres ensemble ou séparément. On doit lui donner des renseignements sur l'état des troupes, lui fournir des situations relatives aux vivres et munitions; un comité spécial est chargé de ce soin, c est le comité de surveillance des approvisionnements de siège.

Outre le commandant supérieur dont l'action est prépondérante, trois autres officiers jouent encore un grand rôle dans la défense ; ce sont : le commandant de place, qui prime tous ses collègues à égalité de grade ; les commandants du génie et de l'artillerie, qui doivent prendre l'initiative de toutes les propositions utiles relatives à leurs armes. Ces quatre officiers auront dû se préparer, dès longtemps , k l'exécution de tous les travaux dont ils auront reconnu l'urgence, alors qu'on était encore en paix, ainsi qu'à la mise en vigueur de toutes les mesures que l'expérience des sièges a indiquées comme bonnes à prendre. Dès que la guerre sera déclarée, dès même qu'elle deviendra probable, ils ne devront pas hésiter un instant, en considération des grands sacrifices qu'ils seront obligés d'imposer.

On devra d'abord faire un recensement exact des habitants et des vivres , établir par comparaison le nombre d'hommes que l'on pourra garder pour le temps présumé de la résistance, puis s'enquérir do tous les magasins où l'on pourra abriter les approvisionnements. Comme la garnison pourra être promptement affaiblie, on organisera des milices bourgeoises , principalement des corps de pompiers et d'éclaireurs. On établira une correspondance active avec les localités voisines, on attirera par tous les moyens possibles des vivres, des bois pour abris, blindages et plates-formes. On excitera les sentiments patriotiques des hommes actifs qui sembleront vouloir prendre part à la défense de la place ; on engagera, au contraire, les bouches inutiles, femmes, enfants, vieillards, à se retirer ; il en sera de même de tous ceux qui n'auront pas pu se procurer des vivres pour deux ou trois mois. On ne laissera sortir aucune denrée. On rendra la surveillance des remparts et des abords de la ville plus active; on veillera à l'application stricte des règlements sur le service des places, l'ouverture et la fermeture des portes.

Le commandant du génie devra faire remettre en état tes remparts, recouper les talus, recharger les plongées, palissader les chemins couverts, abattre tous les abris, laillis, haies, jardins que par tolérance on u laissé établir dans la zone de servitude; si, par suite du tassement des terres ou des changements dans la portée des armes, qui augmentent l'étendue du terrain dangereux, le défilement est devenu imparfait, il faudra établir des traverses; on les disposera, autant que possible, de façon à couvrir tout à la fois les terre-pleins, et des pièces placées entre elles un certain nombre pourront, creusées à l'intérieur, servir d'abris de chargement ou de petits magasins. Si la place reçoit protection des eaux, il conviendra de s'occuper à temps de pratiquer les inondations. C'est là une opération tres-délicate : s'y prend-on trop tard, on risque de manquer d'eau; au contraire, s'y est-on pris trop tôt, on peut causer aux propriétaires des pertes considérables non justifiées peut-être. On devra dresser un état de tous les points faibles, tels que poternes, pertes d'eau, bouches d'égout, par où on peut avoir à craindre des surprises ; la

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surveillance devra y être plus minutieuse qu'ailleurs. Les abris permanents pour les vivres et les hqtnmes étant insuffisants, il faudra en construire de temporaires, en blindages; en outre, on devra consolider les voûtes qui serviront de couvert et les protéger par une surcharge en terre de 1 mètre à in>,50 de hauteur.

Les communications entre les divers ouvrages de la fortification et delà place avec l'extérieur seront l'objet d'une attention spéciale ; elles devront être rendues sûres, disposées de façon à ne servir en aucun cas aux assaillants, faciles à détruire à mesure qu'on se retirera; on établira des ponts et des escaliers en bois, des masses couvrantes ou de .simples clôtures en planches pour cacher les mouvements de troupes.

Les poudres sont divisées de façon à éviter, autant que possible, les explosions; des magasins soigneusement couverts seront construits pour les recevoir.

Si le point d'attaque est franchement accusé, on en minera les alentours, évitant, toutefois, de se lancer dans un développement trop considérable de galeries, qu'on ne pourrait peut-être pas mener à bonne fin.

Le commandant de l'artillerie devra passer un examen- scrupuleux de tout le matériel dont il peut disposer. 11 fera préparer le fascinage pour les revêtements, transporter les bois pour plates-formes, dont la construction se fera immédiatement; il formera des compagnies provisoires d'ouvriers, d'artificiers, de conducteurs ; activera la confection des cartouches d'infanterie, des artifices, tels que tourteaux, balles à feu, fascines goudronnées, etc. ; veillera au chargement des projectiles creux et de leurs fusées; disposera des ateliers de réparation; provoquera la mise en place de l'armement de sûreté, en indiquant ta position la plus convenable pour chaque pièce. L'importance de cet armement est aujourd'hui plus considérable que jamais ; son rôle n'est plus seulement d assurer le ûanqueinent et d'empêcher l'escalade, mais encore de forcer l'ennemi à faire ses premiers établissements k grande distance, ce qui, plus tard, sera pour lui une cause d'énormes fatigues, gênera ses reconnaissances et rendra l'investissement difficile. Les pièces de l'armement de sûreté seront en général placées exclusivement sur les remparts du corps de place, là où les vues sur la campagne sont le plus étendues ; des pièces de longue portée permettront une action lointaine, des pièces à tir moins puissant serviront à garder et à flanquer les fossés. Dès que l'artillerie sera placée sur les remparts, la surveillance devra être constante; le service des gardes devenant fatigant devra être réglé; généralement, on fera en sorte que les défenseurs se reposent au bivac un jour sur trois; mais bientôt la nécessité forcera, sans doute, à les employer plus fréquemment; il faudra, dès lors, ménager par tous les moyens possibles des hommes dont la validité seule garantisse la résistance. On devra soudoyer des espions; on tâchera de faire des prisonniers, de surprendre des officiers en reconnaissance; on enverra des partis de cavalerie à la découverte, de façon k être toujours aussi bien informé que possible des intentions et des démarches de l'ennemi, évitant ainsi des peines inutiles.

Toutes ces dispositions prises, on attendra l'arrivée des assiégeants. Dès que les troupes d'investissement se présenteront, le feu de l'armement de sûreté devra les maintenir k la limite de son action. On profitera de ce que l'ennemi n'est pas encore puissant ponr achever l'entrée dans la place des approvisionnements qui viennent de l'extérieur; on sera obligé pour cela de sortir eu force, et s'il se présente de bonnes occasions, on ne manquera pas d'attaquer les troupes qu'on aura quelque chance de vaincre. Si on n'a pas pris toutes les dispositions propres à la défense, on devra s'y mettre sans repos, maintenant que le doute n'est plus permis. On cherchera à couvrir le feu des batteries d'investissement en les écrasant sous un tir convergent, qui pourra encore se faire à découvert, et dont l'exactitude sera très-grande si l'on a eu soin de prendre des repères. Mais on devra déjà s'occuper de l'emplacement propre à l'armement de défense; si le point d'attaque est bien déterminé, on placera les pièces immédiatement; sinon il faudra', aux points les plus faibles, préparer les plates-formes, percer des embrasures, établir des dépôts de munitions, se tenir tout prêt à amener le matériel au côté attaqué. L'important, dès lors, est d'avoir le plus de renseignements possible sur les mouvements de l'ennemi; les prisonniers que l'on cherchera à faire en donneront d'utiles; s'il existe un point élevé, une tour, un clocher, on y placera un guetteur qui, par des signaux convenus, fera connaître les concentrations de troupes, les tentatives de surprise; il devra aussi, en sonnant la cloche d'alarme, prévenir des incendies et des principaux désastres qui se produisent à l'intérieur.

Les entreprises des assiégés à l'extérieur se terminent à l'arrivée de l'ennemi ; du moins, c'est l'avis des auteurs les plus autorisés qu'à moins de posséder de très-graiftles forces, il est dangereux de se mesurer avec les assiégeants organisés et réunis, la perte

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d'un homme étant alors beaucoup plus sensible pour la défense que pour t'attaque; peu d'exemples sont contraires à cette manière de voir; on cite cependant de belles défenses, dites actives, où la garnison a engagé le combat par une grande sortie. Le plus souvent, la place est maintenant réduite à attendre les premières entreprises des assiégeants et à préparer tous les moyens propres à les faire échouer.

Il est en général fort difficile d'empêcher l'ouverture de la tranchée; le moment précis où on commence ce travail est mal connu et les sapeurs sont bien vite couverts; cependant, si par une surveillance très-active et en éclairant la campagne avec des pots à feu, des tourteaux et des étoiles, ou même la lumière électrique, comme il a été fait en 1870- 1871, durant \a siège de Paris, on surprend les rassemblements d'ouvriers, on devra diriger sur euit lé feu de toutes les pièces que l'on pourra servir, et il est probable que l'attaque n'osera pas poursuivre une entreprise qui deviendrait très-périlleuse. Les sorties sont en général peu usitées à une aussi grande distance, mais on pourra quelquefois lancer un parti de cavalerie qui traversera la ligne des travailleurs en les culbutant et jettera un grand désordre parmi des hommes ignorants de ce qui se passe au juste.

Après l'ouverture de la tranchée, le point d'attaque est bien déterminé; on doit cesser les travaux entrepris aux autres parties des remparts pour reporter là tous les bras dont on peut disposer ; on y établit des batteries blindées, entre lesquelles des pièces tirant à découvert seront abritées ; les officiers du génie entreprennent la construction d'un système de mine en avant du front et organisent des défenses accessoires. A ce moment du siège, le chemin couvert doit être bien surveillé par le petit poste et des patrouilles, pour empêcher les reconnaissances de contrescarpes et de fossé3.' Sans faire de sortie, la garnison pourra cependant marcher contre les assaillants en cheminant en sens inversé, par l'exécution de contre-approches, qui devront être disposées de façon a ne pouvoir servir en aucun cas aux ennemis lorsqu'il viendront plus tard s'établir sur le terrain oùellesontétô exécutées. 'Un pareil système n'est pas d'un grand avantage, à cause des travaux considérables qu'il occasionne et du peu de terrain qu'il permet de gagner en avant de la place; on dispose plus généralement une ligne de francs-tireurs cachés dans des embuscades en forme de trous de loup, qui tirent sur les sapeurs dès qu'ils se découvrent et ajustent les embrasures des batteries, se tenant prêts à faire feu dès qu'un servant sa laisse voir.

La lutte que l'artillerie de la défense soutient contre celle de l'attaque prend de plus en plus d'importance à mesure que le siège avance ; elle devient presque décisive au moment où les batteries de deuxième période commencent leur feu : son issue, selon le côté auquel restera l'avantage, permettra aux assiégeants da poursuivre leurs travaux ou bien les forcera k rester stationnaires. La défense résistera le plus longtemps possible, mais elle doit encore ménager ses munitions pour les derniers moments du siège, où elle devra agir avec une grande vigueur; son premier soin sera d'employer toute son activité aux réparations que nécessiteront le matériel et les batteries. Le génie aura une tâche considérable en travaillant k l'entretien des remparts, à la construction des réduits dans les places d'armes du chemin couvert; il devra aussi faire un relevé journalier des travaux de l'attaque pour donner la position probable des cheminements de la nuit suivante et la direction du tir. Une garde intérieure devra surveiller la chute des projectiles pour empêcher l'encombrement des rues sous les décombres des maisons écroulées et éteindre les incendies à leur début.

Lorsque les tranchées se rapprocheront du chemin couvert, on 'pourra augmenter la garde des ouvrages attaqués, car le danger y sera moins grand maintenant que les travaux de l'ennemi masquent le feu de ses batteries; une fusillade bien nourrie forcera l'attaque à employer la sape pleine ; de fréquentes sorties en retarderont beaucoup les .progrès ; on tirera sur les sapeurs à bout portant, on brûlera le gabion forcé et on aura le temps de se retirer avant même que l'on ait pu secourir les travailleurs. De petites pièces, pendant tout ce temps, devront tirer sur les cheminements mal défilés, envoyant des projectiles ronds, dont le roulement sur le sol produit beaucoup de dégâts; le gabion forcé sera un but constant pour le tir. Si les assaillants continuent à s avancer pied à pied, on ne devra se retirer qu'après avoir épuisé toute résistance, se dérobant derrière toutes les traverses, dans les crochets, inondant les tranchées d'obus et de grenades et faisant constamment des retours offensifs Lorsqu'au contraire, l'impatience de terminer le combat l'emportant, le couronnement du chemin couvert semblera devoir être fait de vive force, on suivra une règle de conduite tout opposée : une garde faible sera laissée, concentrée dans les réduits et les rentrants ; toutes les pièces ayant vue sur les attaques seront prêtes à tirer, on en amènera même de nouvelles autant qu'il sera possible ; dès que l'ennemi se découvrira, toutes feront feu en même temps. Si des fourneaux de mine ont

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été préparés, on les fera sauter k ce moment, et lorsque les assaillants commenceront a reculer, on achèvera leur déroute par une grande sortie ; on comblera alors leurs tranchées, on emportera, on brûlera leurs gabions et leurs outils.

Quel que soit le procédé qui ait été employé pour tenter le couronnement du chemin couvert, si l'opération a réussi, la défense devra concentrer son feu sur ce dehors, cherchant à empêcher le feu des batteries de brèche et contre-batteries, rendant en tout cas te service de leurs pièces fort pénible. L'influence de la saillie de la deini-lune sur tes progrès de l'attaque sera alors très-grande, les cheminements sur le bastion étant rendus d'autant plus difficiles qu'ils sont mis dans un rentrant plus prononcé.

La défense de la demi-lune, comme celle du chemin couvert, peut se faire en suivant deux règles bien différentes. On jugera assez facilement du temps nécessaire à la construction de la descente de fossé; s'il est suffisant, on fera tout ce qu'il est possible pour rendre la brèche impraticable, soit en la déblayant k la main, soit en la faisant sauter ; on préparera l'enlèvement de tous les moyens de communication entre le chemin couvert et le fossé; on fera en sorte de rendre le débouché de la descente et le passage du fossé très-périlleux en établissant des fourneaux de mine que l'on allumera à propos et en exécutant de petites sorties, dont les chances seront souvent favorables, puisqu'on n'aura affaire qu'à une tête de colonne ; on fusillera à bout portant les mineurs au moment où ils perceront la contrescarpe et, si on le peut, on mettra le feu aux châssis de la galerie de descente; on fera rouler sur le talus de la brèche des bombes et des grenades qui viendront éclater entre les travailleurs.

Au moment où les assaillants se prépareront à gravir la rampe, on aura dû avoir retiré l'artillerie de la demi-lune, détruit les traverses qui pourraient leur servir d'abri et les communications qui leur permettraient, après un assaut heureux, de passer dans un autre ouvrage. Si la garnison est forte, elle se retranchera sur le sommet de la brèche et attendra l'ennemi de pied ferme, le forçant par tous les moyens possibles à renoncer à l'attaque pied à pied pour tenter un assaut ; des feux courbes et directs, des éclats de bombes et de grenades lancés sur le talus de la brèche, les explosions de fourneaux de mine préparés sous la rampe, des sorties énergiques concourront alors à faire reculer l'ennemi, qui, rejeté dans le fossé et n'ayant qu'un faible débouché pour se retirer, perdra, sous les feux de flanc, une grande quantité de monde. Mais on ne pourra pas tenir une pareille conduite si la défense est déjà très-affaiblie ; on ne laissera alors qu'une faible garde pour donner l'alarme en se retirant k l'arrivée des assaillants, qui seront alors exposés à un feu foudroyant partant du bastion et du réduit de demi-lune.

Après la prise de la demi-lune, l'ennemi cheminant pour s'emparer des divers ouvrages de la fortification, on devra pour chacun d'eux répéter à peu près le même modo de défense, mais les ressources seront de plus en plus grandes, les fossés devenant plus larges et plus profonds; aussi n'est-il pas rare, lorsque la place n'est pas complètement démoralisée et affaiblie, de la voir forcer les assiégeants à lever le siège, ou tout au moins retarder beaucoup sa reddition au moment où celle-ci semblait imminente. Du reste, la prise des remparts ne met nullement terme à la résistance. Il existe souvent une citadelle dans laquelle on se retire et dont la prise nécessite un nouveau siège; mais alors même qu'il n'existe pas de réduit, la lutte peut se prolonger longtemps si les défenseurs ne cèdent le terrain dans les rues que pied à pied, s'y barricadent et se retranchent dans les maisons qui.les bordent. De nombreux exemples , notamment celui du siège de Puebla, ont montré combien une pareille guerre de rues pouvait se prolonger et combien elle était dangereuse pour les assaillants.

Après avoir épuisé tous ses moyens de défense, si le commandant supérieur se croit obligé de capituler, il doit réunir Je conseil de défense et consulter les divers membresmais, là encore, il n'est pas obligé de se conformer k l'avis de la majorité ; il lui est recommandé de suivre la détermination la plus énergique qui ait été proposée, si l'application toutefois en est possible. Avant tout, le commandant supérieur de la place doit songer à l'immense responsabilité qui pèse sur lui, à la grande rigueur que l'on mettra à lui faire rendre, compte de ses actes. Dans tous les cas, il doit décider seul de l'époque et des termes de la capitulation.

Jusque-là, il a le moins de communications possible avec l'ennemi, n'en tolère aucune, ne sort jamais de la place pour parlementer, n'en charge que des officiers dont l'énergie et l'intelligence lui soient particulièrement connues. Dans les stipulations qu'il signe, il ne se sépare jamais de ses troupes et s'occupe ; surtout d'améliorer Je sort du soldat et d'ob- 1 tenir pour les blessés et les malades des conditions aussi favombles que possible.

— Journal de siège. Le journal de siège est la relation exacte et fidèle de tous les travaux d'un siège et de tout ce qui a pu arriver

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pendant le siège. On rédige ce journal en deux colonnes : la première pour l'attaque, l'autre pour la défense ; aucune date un peu importante ne doit être oubliée. On pousse lu minutie jusqu'à noter l'heure de l'exécution de chaque travail et le temps employé à l'exécuter. Les actes de bravoure, les exemples glorieux, le nombre des morts et des blessés sont enregistrés soigneusement dans le journal de siège. Ce journal porte en tête les noms et grades des officiers qui commandent l'armée de siège et la garnison, des officiers des armes spéciales qui dirigent l'attaque et la défense, des chefs de corps et les numéros des régiments qui assistent au siège, On nomme journal fictif du siège celui dans lequel on consigne les travaux exécutés graphiquement autour d'une place attaquée, sur le papier, travaux dont l'expérience donne la durée. On peut connaître ainsi le nombre probable de jours pendant lesquels une ville fortifiée résistera et avoir une mesure approximative de ce qu'on nomme la valeur de défense d'une fortification.

— Législ. Etat de siège. V. état.

— Hist. Tous les sièges de quelque importance historique sont relatés dans le Grand Dictionnaire à leur ordre alphabétique ; il nous a néanmoins semblé utile de réunir ici les plus célèbres pour en faire une sorte de tableau. Cette fois, c'est l'ordre chronologique que nous suivrons.

Siège de Troie. C'est le plus ancien et aussi îe plus fabuleux des sièges (1270 av. J.-C). II dura dix ans, comme chacun sait, et il est trop connu pour que nous lui accordions autre chose qu'une simple mention.

Siège de Babylone, par Cyrus (528 av. J.-C). Le conquérant mède emporta d'assaut , pendant une nuit de fête , l'immense ville que défendaient d'impénétrables murailles; il n'y parvint qu'en suivant le lit de l'Eupbrate, dont il avait détourné les eaux.

Siège de Sélinonle, par Annibal, fils de Gis con (410 av. J.-C.). On se battit pendant onze jours dans les rues ; les Carthaginois n'avançaient que pas à pas , en escaladant les corps des combattants ; les femmes , les enfants faisaient pleuvoir sur la tête des assaillants tout ce qui leur tombait sous la main. Le soir du onzième jour, la ville étant complètement démantelée , une poignée de Sélinontins, les seuls qui restassent en armes, se rendit sur la grande place et y périt jusqu'au dernier en combattant. 16,000 Sélinontins restèrent sur le champ de bataille et Annibal ne put s'emparer que d'un monceau de ruines.

Siège de Home, par les Gaulois (390 av. J.-C), Les Romains, vaincus à Clusium, s'étaient réfugiés dans le Capitole, où les assiégèrent nos ancêtres, qui faillirent tuer dans l'œuf la futur„e puissance universelle. Les Romains forcés de se rendre durent payer une énorme rançonen lingots d'or, et le brenn gaulois, jetant son épée dans la balance, prononça le fameux V» viciis! qui depuis a fait bien du qheiuin.

Siège de Tyr, par Alexandre, vers l'an 327 avant l'ère chrétienne. C'est un des sièges les plus remarquables de l'antiquité. La possession de cette ville était de la plus haute importance pour Alexandre dans sa guerre contre les Perses; aussi fit-il tout pour la conquérir. Tyr, qui se croyait imprenable à cause de sa formidable position, séparée qu'elle était du continent par un bras de mer, refusa de se rendre. Le roi macédonien fit faire une chaussée et parut bientôt devant les murailles do la ville. Malgré la résistance désespérée de ses habitants, Tyr fut prise après un siège de sept mois.

Siège de Syracuse, par les Romains , le plus célèbre des sièges qu eut à subir cette grande ville. Ce fut le consul Maruellusqui s'en rendit maître (août 212 av. J.-C). Archimède, après avoir longtemps défendu sa patrie à l'aide des plus ingénieux appareils , périt massacré.

Siège de Cartilage, par Scipion Kmilien -(147 avant l'ère chrétienne). Carthage comptait 800,000 hab. Elle était située sur une presqu'île; le consul coupa l'isthme parmi fossé et isola la ville du continent; eu mémo temps il ferma son port par une énorme digue. Les Carthaginois tentèrent un puissant effort; ils construisirent une flotte avec les charpentes de leurs maisons et se creusèrent dans le roc une sortie vers la mer; mais Scipion les repoussa et les renferma dans leur ville, où la famine se fit bientôt sentir. Il laissa ainsi passer l'hiver, les abandonnant à toutes les horreurs de la faim et des discordes civiles; au retour du printemps, il prit dans un assaut de nuit un quartier de la ville. Restait la citadelle, l'antique Byrsa ; pour y arriver, il fallut traverser des rues étroites où chaque maison fut l'objet d'un siège. L'armée mit six jours et six nuits à atteindre la citadelle. Asdrubal, qui la gardait, se rendit aux vainqueurs; mais des femmes et des enfants aimèrent mieux se jeter dans les flammes que de devenir esclaves des Romains.

Siège de Numance, par les Romains ( 134 av. l'ère chrétienne). Cette ville d'Espagne était devenue la seconde terreurdes Romains; Scipion Emilien vint l'assiéger et la prit par la famine. Les habitants, bientôt décimés soit par le fléau, soit par les discordes civiles, s'entr'ég-orgèrent, et lorsque la ville so ren-

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dit, Scipion ne put pas faire cinquante prisonniers.

Siège d' Alésia, fameux dans l'histoire de ia nationalité gauloise (52 av. J.-C). C'est là que l'indépendance de la Gaule fut définitivement vaincue par la force des armes romaines. Jules César assiégea Veroingétorix renfermé dans Alésia et triompha de toutes les forces gauloises accourues pour tenter un suprême effort. Malgré le nombre des assaillants, Alésia ne fut pas débloquée et Vercingétorix dut se rendre.

Siège de Jérusalem, par Titus (70 après J.-C), l'un des plus horribles dont l'histoire fasse mention. Comme le siège de Troie, il est resté le type classique des sièges. Rien n'y manque, ni la durée, ni l'immensité des efforts faits des deux côtés, ni les épouvantables calamités, ni le nombre des victimes. La ville se trouva bloquée .juste au moment où une foule énorme de pèlerins s'y trouvaient, venus pour la fête des azymes. C'est ce qui explique' la quantité extraordinaire des victimes. Le nombre des prisonniers faits pendant toute la durée de la guerre fut de 97,000 ; celui des gens qui périrent pendant le siège s'éleva à 1,100,000. Lorsque le sac de la ville eut cessé, que le soldat fut las de carnage, de pillage et de viol, Titus confia à un de ses affranchis le soin de trier les prisonniers qui avaient échappé au massacre et de prononcer sur leur sort; pendant cette opération, il en périt 11,000, soit que les aliments ne leur arrivassent pas, soit qu'ils ne voulussent pas y toucher.

Siège de Lomé, par Alaric (410 de l'ère chrétienne). Le conquérant barbare ayant rencontré une énergique résistance se contenta de bloquer étroitement la ville. Bientôt la faim fit son oeuvre ; une des portes fut ouverte à l'armée des Goths par une noble matrone romaine, qui crut épargner à ses concitoyens les horreurs de la famine, et alors commença une de ces scènes qu'il «st plus facile de concevoir que de dépeindre-, le meurtre, le viol, le pillage furent accompagnés de cruautés inouïes. Le sac dura trois jours et trois nuits; Rome entière croula dans ses cendres, et sa chute remplit de terreur le monde civilisé.

Siège de Jérusalem, par les croisés (1099). La ville fut emportée d'assaut, après trentehuit jours d'opérations régulières, les premières que l'on voit mettre en pratiqua par les modernes. Grâce a d'habiles ouvriers génois, dans ce court espace de temps, des machines de toutes sortes : beffrois, béliers, chariots roulants, plates -formes , avaient été construites et approchées si près des murailles que les sentinelles ennemies pouvaient se battre corps a corps. L'assaut fut livré sur trois points à la fois et l'on se battit avec furie.

Siège de Calais, par Edouard III, roi d'Angleterre (1346-1347). Ce siège est mémorable par le dévouement légendaire d'EuStache de Saint-Pierre et de ses compagnons.

Siège d'Orléans, par les Anglais (1429). La délivrance de cette ville par Jeanne Darc (8 mai) fut le premier fait d'armes important de l'héroïne.

Siège de Constanlinople , par les Turcs (1453). Le 6 avril, Mahomet II parut devant les murs à la tête de £50,000 hommes. Sa flotte n'ayant pu forcer l'entrée du port, il la fît transporter par terre pendant la nuit, et à leur réveil les habitants de Constantiitople virent avec stupeur en face de leurs murailles et au beau milieu de la rade une flotte de soixante-dix voiles qui semblait être tombée des nues. Après cinquante jours de siège, pendant lesquels l'artillerie avait abattu quatre tours et ouvert une large brèche, l'assaut fut donné. Les assiégés se défendirent avec une vigueur extraordinaire. Enfin ia ville fut prise et livrée pendant trois jours au pillage.

Siège de Beauvais, par Charles le Téméraire (1472). Ce siège est célèbre par l'énergie que montrèrent les assiégés, et à leur tête Jeanne Hachette. Le duc de Bourgogne fut forcé de se replier ; quelque temps après, comme il montrait son artillerie à quelque prince : aVoilà les clefs des villes de France, » dit-il. « Monseigneur, interrompit sou fou, je voudrais bien savoir où est celle de Beauvais. »

Siège de Grenade, par Isabelle la Catholique (1492). La prise de la ville mit fin à la domination des Maures en Espagne, et les opérations du siège furent menées par la reine avec une opiniâtreté demeurée célèbre.

Siège de lihodes, par Soliman (1522). Le grand maître de l'ordre de Malte, Villiers de 1 Ile-Adam, se défendit avec 600 chevaliers contre une armée de plus de 200,000 hommes, secondée par une flotte immense. La place reçut plus de cent vingt mille boulets et n'était plus qu'un monceau de ruines quand le grand maître la rendit; il obtint la capitulation la plus honorable et put transporter à Malle les débris de sa troupe héroïque.

Siège de Rome, par le connétable de Bourbon (1527). Le sac et le pillage de la ville éternelle par ces aventuriers est plus célèbre que le siège lui-même; les horreurs des barbares furent dépassées. Jamais on ne vit rien de plus atroce. Des femmes et des filles se jetèrent par les fenêtres pour éviter le déshonneur; d'autres furent tuées par leurs

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pères ou leurs mères, et ces corps palpitants et ensanglantés n'étaient point à l'abri de la brutalité des soldats. Ils pénétraient dans les églises, se couvraient des ornements pontificaux, et dans cet état allaient prendre des religieuses qu'ils exposaient nues aux regards de leurs camarades. Les tableaux furent mis en pièces, les prêtres tués et fustigés, les cardinaux battus et rançonnés. Les Espagnols surtout se distinguèrent par leur avidité ; ils brûlaient les pieds à leurs prisonniers et leur extorquaient de l'or par une suite de tortures prolongées. Le sac de la ville dura sept mois entiers; et pendant ce temps Charles-Quint, a qui cette armée appartenait, qui n'avait qu'un signe à faire pour qu'elle quittât Rome, faisait faire des processions pour demander à Dieu la délivrance du pape.

Siège de Paris, par Henri IV (1589-1594). Henri IV fut obligé de lever quatre fois le siège de la capitale, ce qui explique la durée de l'investissement, mais le blocus subsista néanmoins presque complètement et ia ville ne se rendit qu après avoir éprouvé toutes les horreurs de la famine.

Siège de La Rochelle, par le cardinal de Richelieu (1627). Les gigantesques travaux d'investissement, la digue élevée pour empêcher le ravitaillement par la flotte anglaise, l'énergie des défenseurs placent ce siège au rang des plus célèbres ; il dura treize mois. Plus de 20,000 personnes moururent de faim -, on déterrait les cadavres dans les cimetières pour s'en repaître. ■ L'hôte qui me logea, dit Pontis , voulant me faire connaître quelle avait été l'extrémité de sa misère, me protesta que pendant huit jours il s'était fuit tirer du sang et l'avait fricassé pour nourrir son pauvre enfant. •

Siège de Magdebowg, le plus horrible de cette longue et barbare guerre qu'on appelle la guerre de Trente ans (1631). Tiily, chef de ; l'armée impériale qui assiégeait depuis long- ! temps la ville, redoutant l'armée de Gustave- ; Adolphe, voulut tenter un dernier assaut, qui réussit. Alors commença une scène impossible à décrire : • Rien ne peut désarmer la fureur des vainqueurs. Les femmes sont déshonorées dans les bras de leurs époux, les filles subissent le même sort aux .pieds de leurs pères mourants; cinquante-trois jeunes filles sont décapitées dans une seule église où elles s'étaient réfugiées. Les Croates jettent au milieu des flammes , et en riant aux éclats, de jeunes, enfants qui leur tendent en vain leurs mains suppliantes; les Wallons se font un jeu d'embrocher les nourrissons qu'ils arrachent des bras de leurs mères. Révoltés de ces atrocités, plusieurs des officiers supplient Tilly de mettre un terme à cet affreux bain de sang, et ce général leur répond : « Revenez demain, nous verrons; au reste il > faut bien que le soldat s'amuse après tant de » travaux et de fatigues.» Ces scènes de barbarie durèrent trois jours ; la ville fut entièrement consumée par le feu, et 30,000 victimes y furent immolées par la soldatesque.

Siège de Lèrida, par le prince de Condé (1647). On le cite surtout parce que lu tranchée fut ouverte au son des violons.

Siège de Vienne, par Mustapha (1683). C'est le second siège de Vienne par les Turcs ; Sobieski le fit lever.

Siège de M agence, par les armées de la coalition (1793). L'armée du Rhin, commandée par Custine, se trouva bloquée dans Mayeuce, a la suite de fausses manoeuvres; elle avait à sa tête Merlin, Meunier et Kléber et résista jusqu'à la dernière extrémité. Les Mayençais, comme on appela plus tard cette belle division, obtinrent de rentrer en France avec armes et bagages, à condition de ne pas servir sur les frontières.

Siège de Toulon (1793) , mémorable surtout parce qu'il commença la fortune de Bonaparte,

Siège de Saragosse, un des plus célèbres des temps modernes par l'héroïque résistance de ses habitants. Cette ville fut assiégée deux fois par les Français, en 1808 et 1809, et les deux fois défendue par Palafox. Une première fois les Français durent se retirer; mais ils revinrent l'année suivante, et alors commença ce siège dont Lannes disait dans une lettre à Napoléon : «Sire, c'est une guerre qui fait horreur. » On dut prendre u'assaut chaque maison. 11 fallut quarante jours a nos soldats pour s'emparer seulement de deux ou trois rues; iis désespéraient d'en venir à bout, quand une brèche ouverte par le canon mit la ville dans un état trop critique; celle-ci dut se rendre; sur 100,000 individus qu'elle renfermait, 54,000 avaient péri.

Siège de Dantzig en 1812 et 1813. Napoléon avait gardé cette ville en sa possession, à cause de son importance militaire et pour sa situation maritime qui lui facilitait la surveillance du blocus continental. Après la désastreuse retraite de Moscou, les Russes vinrent mettre Je siège devant cette ville qui contenait non-seùleinent la garnison, mais encore de nombreuses bandes de fuyards échappées aux glaces de la Bérézina. La ville tint plus d'un an, au milieu des fêtes et des concerts-<|ue sur l'ordre de Rapp on donnait chaque soir pour remonter le moral des troupes et des habitants. Enfin, à bout de vivres et de courage, ne voyant pas la possibilité

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d'être secourue, Dantzig capitula le 2 janvier 1814. On avait promis à la garnison de la transporter libre sur les bords du Rhin ; on ne lui tint point parole, et elle n'eut que le choix de ia province russe où elle voulait être internée.

Siège de Sébastopol en 1854-55. L'empereur Nicolas avait voulu faire de cette ville un arsenal, une sentinelle avancée contre Constantinople ; il l'avait rendue imprenable par mer, mais peu fortifiée du côté de ia terre. L'armée franco-anglaise vint assiéger la ville par terre , tandis que la flotte combinée bloquait les Russes par mer. L'armée assiégée, étant au début plus forte que l'année assiégeante et pouvant facilement se recruter, improvisa de formidables fortifications hérissées de toute l'artillerie de la flotte. Mais malgré une résistance intrépide, très-habilement dirigée par les princes Mentschikoff et Gortschakoff et par le général du génie Totleben, la ville succomba le 8 septembre 1855, après" un siège d'un an, qui exigea des travaux d'une difficulté inouïe. Elle fut prise par un assaut prodigieux donné en plein jour à tous les ouvrages, mais concentré principalement sur la tour Malakoff.

Les trois sièges mémorables qui ont marqué, pour la France, la funeste campagne do 1870-1871, le siège de Strasbourg, le siège do Metz et le siège de Paris , sont dans le Grand Dictionnaire l'objet d'études trop complètes pour que nous fassions autre chose ici que les mentiouner.

— Allas, hist. Mon miégt, est tait, Réponse célèbre que fit l'abbé de Vertot à celui qui lui communiquait des détails intéressants concernant le siège de Malte, alors que sa relation était déjà rédigée : » J'en suis fâché, mais mon siège est fait. »

Ce mot est passé en proverbe pour faire entendre qu'on persiste dans une idée, dans une résolution, malgré des renseignements, des conseils tardifs, dont on ne peut plus ou dont on ne veut pas profiter.

« Ce voyage est le premier que j'aie jamais fait, et j'en ai rapporté cette conviction, à savoir, que les auteurs de relations n'ont pas seulement mis le bout du pied dans les pays qu'ils décrivent; ou que, s'ils y ont été, ils avaient, comme l'abbé de Vertot, leur siège fait d'avance. »

Théophile Gautier.

« Si j'avais été assez heureux, écrit Vol- » taire, pour recevoir vos instructions plus » tôt, j'aurais corrigé l'édition in-4u qu'on > vient d'achever. Il n'est plus temps et je ■ n'ai que des remords. »

• Que signifient ces paroles? Evidemment de nouvelles instructions de M. de Schombergont convaincu Voltaire de l'inexactitude de son premier récit; mais il n'est plus temps de le corriger, l'édition a paru, le siège est fait. •

DK BlÉVlLLE.

i Une réhabilitation historique est presque impossible. Lorsque les causes perdues sont de nouveau plaidées, le premier jugement prononcé est toujours confirmé, et les avocats les plus habiles en sont constamment pour leurs plaidoiries. Insouciante ou paresseuse, l'opinion ne veut pas changer; elle dit comme Vertot : Mon siège est fait, •

FÉK.

«En 1817, M. Victor Hugo concourut pour le prix proposé par l'Académie. Si l'on en croyait M. Sainte-Beuve, le poète aurait dû se contenter de l'accessit, à cause de deux vers dans lesquels il s'accusait de n'avoir que quinze ans. L'Académie, frappée de la gravité et de la beauté de ia pièee, ne put, dit-on, prendre cette indication que comme vre plaisanterie irrévérencieuse et fit descendre le poste au second rang. Ce fut en vain que Victor Hugo courut, son acte de naissance ù la main, chez M. Raynouard, alors secrétuiia perpétuel de l'Académie française ; le siège de celui-ci était fuit, et il ne voulut pas recommencer le travail.

Alfred Nettement.

Siège de Dlu (le), poème héroïque, pur Corte-Real (Lisbonne, 1574). Ce poème, publié deux ans après les Lusiades, en célèbre deux des héros principaux. Diu est assiégé. Maseareirtiut défend la place avec une grande valeur; le vice-roi Jean de Castro vient au secours et réussit, par son habileté et par sa bravoure, à faire lever le siège. On retrouve dans ce récit, coupé d'épisodes, l'ardeur insatiable de combats, le courage changé en fureur aveugle et le fanatisme féroce qui animaient les Portugais au temps de leurs conquêtes d'outre- mer. Soldat observateur et grand peintre de la nature, le poète a mis dans celte œuvre des beautés du premier ordre et des détails intéressants par le style et par la couleur locale que le sujet lui fournissait.

Siège de Corlnibe (lb), poème de lord Byron (1820). Le célèbre écrivain anglais semble avoir une prédilection toute particulière pour les Turcs comme héros de roman. C'est

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encore un Turc, un renégat, qui est celui du Siège de Corinthe. Obligé de s'enfuir de Venise, où il a vu le jour, Alp s'est réfugié chez les musulmans, abjurant à la fois sa patrie et sa religion. Tout cela lui importe peu ; ce qu'il regrette, c'est la belle Francesca, lu lille de Minotti, à qui plus d'uhe fois il a donné des sérénades à Venise. Alp ignore si Francesca l'aime, mais il sait que depuis son départ on l'a vue plus rarement dans les bais et plus souvent au pied des autels, et il en conçoit un vif espoir. Cependant Minotti est aile s'enfermer avec sa fille derrière les murs de Corinthe assiégée par les Turcs. Animé par l'amour et parla vengeance, Alp se distingue au milieu des musulmans et, dans un dernier assaut, décide la victoire en leur faveur. Mais, pendant qu'il cherche sa maîtresse au milieu du carnage et des décombres, il apprend qu'elle s'est donné la mort; en même temps une balle partie d'une église voisine vient renverser l'apostat.

Il règne dans ce petit poème un épouvantable fracas; on entend à chaque vers des coups de canon ou des explosions de magasins à poudre. On y remarque aussi de nombreuses beautés de détail, et le caractère d'Alp, le renégat, est tracé avec énergie. C'est le digne frère du Corsaire, de Lara et de Manfved. Il fallait du reste tout le talent de lord Byron pour faire passer d'aussi sombres tableaux.

Siège île l'Alpujnrra (le), drame espagnol de Calderon; représenté vers 1650. C est un des plus émouvants du poète et l'un de ceux où il a su le mieux dépeindre les mœurs telles qu'elles étaient au moment où se passe son récit ; il est assez rare, en effet, qu'il contraigne sa fantaisie à se restreindre aux données de l'histoire. Dans ce drame, Calderon a peint d'une main supérieure, à côté de l'intrigue amoureuse qui fait la base du drame, les agitations politiques d'un pays troublé par de fréquentes séditions ; il a rendu avec presque autant d'énergie queSbakspeare les oscillations d'une foule. Le fait sur lequel est fondé le drame est raconté par le chroniqueur Perez de Hita. Dans une émeute de la ville de Galera, soulevée par les Maures contre les Espagnols, fut tuée une jeune tille d'une rare beauté, Maleha. Son frère, le capitaine Maleck, envoya à Galera Tuzani, le prétendu de Maleha, pour s'informer de la jeune fille et l'ensevelir s'il était vrai qu'elle eût été assassinée. Tuzani trouva, en effet, parmi lu masse des cadavres, celui de la jeune tille, dépouillée de ses vêtements et à qui, par une dernière pudeur, l'assassin avait pourtant laissé une riche chemise brodée. Tuzani la fit ensevelir et n'eut plus dès lors qu'une pensée, rechercher le meurtrier de Maleha et le tuer. Il se faufilait dans les camps espagnols, dans les corps de garde, aimait à parler du sac des villes et, pour provoquer les confidences, se plaisait à raconter les actions les plus atroces, les viols et les assassinats commis par lui sur les femmes. Un jour, un soldat lui répondit qu'il fallait n'avoir pas de cœur pour tuer ainsi les femmes; que pour lui, il n'en avait jamais tué qu'une, fort belle, au sac de Galera, et qu'il en éprouvait encore des remords. Tuzani avait mis la main juste sur son meurtrier ; il fit sortir le soldat, lui fit bien spécifier son crime, le signalement de la victime, les circonstances de l'affaire, et, certain de ne pas se tromper, s'élança sur lui et le frappa mortellement. Lorsque don Lope de Figuerroa, un des rudes guerriers de ce temps-là, souvent mis en scène par les Espagnols, apprit les détails de cette affaire, il prit sur lui de soustraire k l'échafuud ce leune Maure, si passionné et si fidèle, et obtint du prince sa grâce entière.

Ce qu'on doit surtout admirer dans le drame de Calderon, c'est le sens politique. Lui, si catholique, il défend dans ce drame les Maures opprimés et leur donne le beau rôle ; la foi ne l'aveugle pas, comme d'ordinaire. Dans la première journée, on assiste aux préludes du soulèvement de Galera; le vieux Maleck ameute la foule, à la suite d'un outrage dont il a été victime au conseil de la part de don Juan de Mendoza ; le peuple vocifère avec lui, mais ne se soulève pas; la rébellion n'a lieu que plus tard, pour d autres causes. C'est que, ainsi que le remarque La Beaumelle, i un soulèvement est le résultat des lois oppressives ; elles en sont les causes, mais pour éclater il a besoin d'une occasion, d'un prétexte, que les gens peu réfléchis prennent ensuite pour le véritable motif. » Les caractères de Maleck, de Tuzani , de Garces, le soldat assassin, la douce figure de Maleha, que l'on voit au commencement de la troisième journée se traînera demi nue et ensanglantée sur le théâtre, ont tous un relief singulier. Un bouffon, Alcoussous, dont le rôle est de défigurer l'espagnol et de parler nègre, traverse en riant toutes les situations, et pas toujours d'une façon très -heureuse. Mais c'était le goût du temps.

Le Siège de V Alpujarra a été traduit en français par La Beaumeiie et par M. Damas- Hinard.

Siège de Calais (le), roman, par Mme de Tencin et Pont-de-Vesle (1739, in-12). Coinposé, dit-on, par suite d'une gageure, ce petit roman licencieux n'a rien d'historique que le titre ; les chosess'y passent eu lài6 comme sous la Régence, Un certain M. de Canaplo

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rencontre dans la personne de Mme de Granson, fille du gouverneur de Calais, un digne objet de son amour. C'est un gentilhomme accompli, mais qui professe cette maxime qu'on ne saurait aimer longtemps une femme que l'on possède; aussi combat-il sa passion, d'ailleurs partagée par celle qui l'inspire. Mais l'homme propose et le hasard dispose : un jour que M. de Canaple est absent arrive inopinément la comtesse d'Artois, à laquelle la maîtresse du logis cède sa chambre.

Mme de Granson s'installe provisoirement dans la chambre de de Canaple, son hôte, qui doit rester dehors jusqu'au lendemain ; ce gentilhomme rentre au milieu de la nuk, sans lumière. Il se couche, son pied en rencontre un autre plus mignon, et le roman commence par la fin , sans que Mme de Gi*anson distingue M. de Canaple de son époux. Après avoir cédé à un premier entraînement, l'amant heureux sort désespéré de sa trahison envers son ami. Le lendemain, Mme de Granson acquiert la certitude de son déshonneur. Nos deux amants de hasard habitent sous le même toit. Seule une plume féminine pouvait décrire une semblable situation, en retracer toutes les nuances, toutes les suppositions, toutes les délicatesses. D'une part, M. de Canaple, honteux d'avoir surpris la bonne foi d'une femme qu'il aime, cherche par de longs respects, par un dévouement sans bornes et une exquise soumission à faire pardonner sa faute ; de l'antre, M016 de Granson est irritée de l'affront reçu, tout en sentant au fond de son cœur une voix qui plaide en faveur du coupable. Telle est la situation première qui se complique de l'amour de M. de Châions, ami de M. de Canaple, pourM'lede Mailly, intime de Mme de Granson. Pendant ce temps-là les événements politiques marchent; nous sommes à la veille du désastre de Crécy, et M. de Grunson a l'esprit de se faire occire par les Anglais, La situation des amants n'en est pas simplifiée; au contraire, par suite d'un imbroglio que nous n'entreprendrons pas de raconter, de Canaple et de Châions et M"»es de Granson et de Mailiy se croient réciproquement infidèles. Néanmoins leur passion commune ne fait que croître, jusquau jour où le farouche Edouard III exige six victimes en chemise et la corde au cou. Naturellement nos deux héros en font partie. Ce danger suprême fait enfin éclater la passion des deux Inhumaines et va tout éclaircir. A la vue de de Châions s'en allant à la mort en si piteux équipage, Mlle de Mailly s'évanouit et, revenue a elle, pleure en des termes si navrants la mort de son bien-aimé, que tous les soupçons jaloux de Mme de Granson s'éteignent. Au même instant cette dernière reçoit une lettre de de Canaple , qu'elle ne savait pas au nombre des victimes ; c'est une déclaration d'amour tn articulomoriis, pleine de noblesse et des plus touchantes. Sans hésiter. Mme de Granson se déguise en homme, court au camp des Anglais et supplie le monarque irrité. A cette démarche romanesque les Calaisieiis devront leur salut, M. de Canaple obtient son cardon et le droit de jouir légitimement des faveurs qu'il avait surprises dans cette nuit mémorable par où débute le roman. Il va sans dire que leurs amis, M. de Châions et Mite de Mailly, se marieront le même jour que Mme de Granson et M. de Canaple, k qui sa corde de pendu a porté bonheur.

La moindre vraisemblance historique n'est pas gardée dans ce petit roman. Mme de Tencin 6 est contentée d'arranger les événements à sa façon et comme s'ils se passaient de son temps. * Si M'ue de Tencin, dit la Décade, a réellement gagé qu'avee un fait historique elle composerait un roman original, nous dirons volontiers que, pour nous, elle a gagné son pari. ■

Siée* de Calai* , par M. Eugène d'Auriac (1864). Le savant rédacteur des Ephémérides du Siècle a eu plus d'une fois, en faisant ses recherches, la bonne fortune de jeter un jour tout nouveau sur des questions d'histoire. Une de ses plus curieuses découvertes est celle relative au siège de Calais et à Eustache de Saint-Pierre, appuyée sur les documents recueillis aux archives de la Tour de Londres par Brèquigny, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Ces documents ruinent complètement la légende d'héroïsme accolée depuis si longtemps au nom du bourgeois de Calais. Brèquigny et M. d'Auriac admettent en partie le récit dramatique de Froissait, mais ils rendent aux Culaisiens la gloire qu'on a trop longtemps Attribuée k un seul homme. Oui, Eustache de Saint- Pierre, Jean d'Aire, Jacques de Vissant, Pierre de Vissant, Jehan de Fiennes et André d'Andres (le nom de ces deux derniers a été découvert eu 188-1 dans un manuscrit du Vatican), oui, ces six citoyens se sont dévoués pour sauver Calais en s'offrant au ressentiment d'Edouard III d'Angleterre. C'est 1k le trait héroïque célébré par les poëtes.

Mais Eustache de Saint-Pierre, qui avait, comme ses compagnons, consenti a donner sa vie, ne put se résigner à rester sans feu ni lieu et à mener une existence misérable. Il demanda k rester dans la cité, et le roi y consentit, à condition qu'il deviendrait Anglais en prêtant serinent. Eustache céda et, k dater de ce jour, il fut regardé par ses concitoyens comme ayant forfait à l'honneur. Il ne sut pas rester grand jusqu'k la fin. Ce fait est prouvé par les découvertes de Brèquigny.

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C'est d'abord une pension de 40 marcs sterling accordée à Eustache de Saint-Pierre par Edouard III pour ses bons services; puis une restitution faite au même pour lui et ses héritiers des maisons et emplacements qui lui avaient appartenu dans Calais; puis encore une donation de biens, et enfin la confiscation de ses biens sur ses héritiers qui refusèrent de prêter serment à l'Angleterre après la mort d'Eustache. « On ne cesse, dit Brèquigny, de célébrer le patriotisme passager d'Eustache qui, devenu partisan des ennemis de sa patrie, finit ses jours au milieu d'eux et couvert de leurs dons, tandis que personne n'a relevé le patriotisme constant de sa famille, dont la fidélité pour son roi ne se démentit jamais et qui se serait crue souillée de partager des biens acquis par la défection de son parent. ■ — » N'effaçons donc pas, conclut M. d'Auriac, cette belle page de nos annales ; laissons subsister un des traits qui font le plus d'honneur a notre nation et à l'humanité ; ce n'est pas l'altérer qu'en rendre la gloire k ceux qui en furent dignes; ce n'est pas l'amoindrir que de la restituer à ceux qui conservèrent jusqu'au bout le courage du dévouement. Eustache de Saint-Pierre est d'autant plus coupable qu'il n'a pas su se maintenir à la hauteur où il s'était élevé. »

Siège de Calai» (le), tragédie en cinq actes et en vers, de de Belloy (Comédie-Française, 13 février 1765). Le sujet de cette pièce est connu de tout le inonde. Le dévouement légendaire des six bourgeois de Calais et les remords du comte d'Harcourt donnent lieu aux plus émouvantes péripéties. On ne peut qu'admirer la scène où ces généreux citoyens, qu'une méprise a rendus libres, reviennent pour reprendre leurs fers et forcent, par cette conduite, Edouard III à exercer la générosité qui convient au vainqueur. Il y a de très-beaux vers, entre autres les suivants : AM de ses Sis absents, la France est plus chérie; Plus je vis l'étranger, plus j'aimai ma patrie.

Ce qui nuit à la pièce, ce qui, malgré son éclatant succès, la relègue parmi celles qui ont besoin du secours des interprètes pour exister, c'est le ton déclamatoire qui trop souvent y domine; c'est la foule de mauvais vers dont elle est surchargée.

L'opinion sur cette pièce ne fut pas une affaire de goût, mais une affaire d'Etat. Louis XV, charmé du succès, dit aigrement au duc d'Ayen, qui critiquait le Siège de Cillais ; «Je vous croyais meilleur Français. — Sire, répondit le duc, je voudrais que les vers de la pièce fussent aussi français que moi. > Cette tragédie triompha également à la représentation gratis qui en fut donnée à la Comédie-Française et dans toutes les garnisons de France. Son auteur obtint une pension du gouvernement et la médaille dramatique (d une valeur de 600 livres), promise par lo roi, en 1758, aux auteurs qui réussiraient trois fois de suite au théâtre. Voici la description de cette médaille, qui ne fut donnée qu'une seule fois. Apollon tient un rouleau sur lequel sont écrits les noms de Corneille, 3e Racine, de Molière. Un repli du' rouleau paraît contenir les noms des poëtes contemporains dignes aussi d'être proposés pour exemples. Cette inscription ingénieuse, Et qui nascentur ab Mis, semble achever la liste ou plutôt la supprimer. La ville de Calais,de-son côté, envoya au poëte des lettres de citoyen, dans une boite d or portant cette inscription : Lauream tulit , civicam recipit, et le portrait de de Belloy fut placé à i'bôtel de ville parmi ceux des bienfaiteurs de la cité. VEvening Postde Witehall, du 16 mai 1765, parle avec les plus grands éloges de la tragédie du Siège de Calais, traduite en anglais par Denys et représentée à Londres, i On voit en Edouard, dit-elle, un prince qui a de grandes qualités, avec de fortes passions, qui est ambitieux, fier de ses succès, haut, brave, et cependant généreux lorsque la raison éclaire son cœur. » Cette tragédie fut jouée aussi à Saint-Domingue le 7 juillet 1765, jour fixé pour l'assemblée générale des milices du pays. C'était la première pièce imprimée dans cette colonie. Le frontispice de cette édition porte les quatre vers suivants, adressés k de Belloy par un anonyme :

L'Amérique, a son tour, couronne cet ouvrage ; On auteur patriote a son premier hommage, Et, dans tous les clrmats, notre amour pour le roi Dans les cœurs nés français doit graver de Belloy,

Siège de Tblonvillo (le), opéra en deux actes, paroles de Saulnier et Duthil, musique de Louis Judin ; représenté k l'Opéra le 2 juin 1793, et, quelques jours après, gratuitement pour 1 amusement des sans-culottes, par arrêté de la Commune de Paris en datj tlu la juin. Les principaux artistes do l'Opéra étaient alors Chéron, Lays, Lainez, Adrien, Rousseau, M"" Mailiard, Rousselois, Gs.va.udan. Pour la danse, A. Vestris, Ml'es Saulnier, Aubry, Duchemin, Clotilde, Delisle, Chevigny. Garât avait prudemment quitté la France ; il y revint à la fin de 1794 ; Mme Saint-Huberti avait quitté la scène depuis trois ans.

C'est k l'occasion du. Siège de Thioiwille que les noms des artistes figurèrent pour la première fois en regard de leurs rôles dans le Journal des spectacles.

.. Siège de Coriaihe (le), tragédie lyrique en trois actes et en vers, paroles de Balocchi et Soumet, musique de ftossini ; représentée à

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l'Académie royale de musique le 9 octobre) 1826. L'illustre compositeur venait d'obtenir un grand succès à Paris. Son opéra de circonstance : Il Viaggio à Reims, composé pour le sacre de Charles X, lui avait valu les plus flatteuses distinctions. Pressé de toutes p»rts d'écrire un ouvrage pour la scène française, il arrangea sur un nouveau poème la musique de son Maometta, représenté à Naples en 1820, et il y ajouta d'autres morceaux, notamment un bel air chanté par Mme Da,moreau et la magnifique scène de la bénédiction des drapeaux au troisième acte. Le Siège de Corinthe obtint un grand et légitime succès. L'air de basse : Qu'à ma voix la victoire s'arrête, fait partie du répertoire de tous les chanteurs. Dérivis et Dabadie l'interprétèrent successivement avec distinction. Nous citerons encore la prière : L'heure fatale approche, dont les accents pathétiques expriment au plus haut degré la douleur et l'effroi. Cet ouvrage a été réduit en deux actes en 1844.

Siège de I.ejde (le), opéra en quatre actes et en sept tableaux, paroles de M. Hippolyte Lucas, musique de M. Adolphe Vogel ; représenté au théâtre royal de La Haye le 4 mars 1847. Le roi des Pays-Bas avait indiqué aux auteurs ce sujet national. La défense de Leyde contre les Espagnols, en 1574, est une des plus belles pages de l'histoire de Hollande. Le bourgmestre Van der Werf montra un noble caractère, et sut par sa fermeté contenir des révoltés qui, pressés par la famine, voulaient capituler. Les intrigues de Madeleine Moons avec le général Valdez retardèrent la ruine de la cité, et donnèrent le temps au prince Guillaume de faire ouvrir les digues de la Meuse et de l'Yssel pour engloutir sous les eaux le camp espagnol. Ces épisodes ont fourni au poète et au eomposi ■ teur de belles et fortes situations. La partition offre des effets variés; elle est pleine de vigueur et de mélodie. Une belle mise en scène et une exécution convenable ont contribué au succès. Les principaux artistes étaient : Diguet, AUart, Léon Fleury, Didot, Mmc!> Bouvard et Hiilen. Les compositions de M, Vogel ne sont pas aussi connues qu'elles méritent de l'être. Quelques-unes de ses mélodies ont joui d'une grande vogue, notamment celle de l'Ange déchu. Le chœur de la Veillée, dans son opéra de la Moissonneuse, est l'œuvre d'un maître distingué.

Siège de Leyde . (le), drame lyrique en trots actes, musique de Mme Tarbé des Sablons j représenté à Florence sous le titre de / Batavi, en juin 1864. L'auteur a été rappelé huit fois sur la scène. Il avait été question de jouer cet ouvrage au Théâtre-Lyrique.

Siège de Comiauiine (le), tableaux d'Horace Vernet. V. Constantine.

S1EGEN, ville de Prusse, province de Westphalie, dans la régence et à 75 kilom. S. d'Arusberg, sur la Sieg, chef-lieu du cercle de la Sieg; 7,702 hab. Fabrication importante de cuirs, lainages, cotonnades, toiles, limes, articles de fer et d'acier; mines de fer. Siegen- donna son nom à une branche de la famille de Nassau.

S1EGEN (Louis de), inventeur de la gravure à la manière noire, né k Utrecht en 1609, mort à Wolfenbùttel vers 1680. Il fit ses études à Cassel, séjourna successivement en Hollande et en France, puis se fixa à Amsterdam, où il opéra sa découverte en 1641. Quelque temps après il reprit son existence aventureuse, entra dans l'armée du duc de Wolfenbûttel et renonça à la gravure. Cet inventeur mourut complètement oublié, laissant, entre autres œuvres, les portraits d'Amélie de Hanau, d'Elisabeth de Hongrie, à'Elèouore de Gonzague, femme do Ferdinand m, de Guillaume de Nassau, un Saint Bruno, un Saint Jérôme et la Sainte Famille dite aux lunettes, d'après A. Carruuhe.

SIÉGER v. n. ou intr. (sié-jé — rad, siège. V. siège. Prend un e après le g devant a et o : Il siégea, nous siégeons). Occuper un siège; faire partie d'une assemblée délibérante, d'un tribunal .- Il siégeait alors au sénat. Ce juge doit siéger dans telle affaire. (Acad.) C'vst alors qu'on peut voir dans nos Académies l'homme de la cour siéger aoec les hommes de lettres. ( Beaumaich.) liien n'excuse le juge gui siège dans une cour qu'il croit illégale. (B. Consi.) Grégoire put siéger en habit d'éueque jusque sur les bancs de la Convention. (T. Delord.) u Occuper un siège épiscopal : Ce pape siégea, tant d'années. Tant qu'il siégea, le diocèse fut à l'abri des persécutions religieuses.

— Avoir sa résidence : Le gouvernement siégeait alors à Moscou, La cour de cassation siège à Paris.

L'univers est un temple où siège l'Eternel.

Voltairb.

— Par ext. Etre, se trouver, avoir son siège, son centre d'action : Ce n'est pas là que siège le mal. (Acad.) On croit que la fé licite suprême siégb sur les gradins les plus êtevés ; hélas t c'est une erreur. { Mme de Maint.)

SIEGERT (Auguste), peintre allemand, no à Neuwied (Prusse rhénane) le 5 mai 1820. Elève de M. Schadow et de l'école de Dusseldorf, il s'est fixé dans cette dernière ville et il a acquis une grande notoriété en Allemagne par ses tableaux historiques. Parmi

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