V. CORAWA
SILL A (Antoine), historien et publiciste italien, né à Soanno en 1737, mort au commencement du xixc siècle. Venu à Naples en 1757, il y étudia le droit, se fit connaître par divers ouvrages et fut reçu membre de 1 Académie royale des sciences de Naples. Après la mort de son père, il retourna à Foggia et ne s'occupa plus que de commerce jusqu'à sa mort. On a de lui, en italien : la Fondation de Parthénape (Naples, 1769, in-8°); la Théogonie commentée (Naples, 1770, in-8°); Histoire sacrée des païens, depuis la création du monde jusqu'au règne de Numa Pompilius (Naples, 1771, 4 vol. in-8°); le Droit de punir ou Réponse au Traité des délits et des peines de Beccaria (Naples, 1772, in-8°).
SILXAQE s. m, (si-lla-jo; Il mil. — rad. siller). Mar. Trace que laisse un bâtiment, en naviguant : Les vagues étaient si hautes qu'on ne pouvait remarauer le sillage. (Acad.) Il Vitesse relative d'un bâtiment : Mesurer le sillage. Faire bon sillage, grand sillage. Quel plaisir de mener sur un flot calme et vert Une barque légère, au rapide sillage!
A. JUKBfEE.
— Techn. Veine de prolongement d'une mine de houille en superficie ou en profondeur.
— Loc. pop. Faire plus de remous que de sillage, Dans le langage des marins, Faire plus de bruit que de besogne.
SILLAGO s. m. (sil-la-go). Ichthyol. Genre de poissons aeanthoptérygiens, de la famille des percoïdes, comprenant sept espèces, qui habitent la mer des Iudes : Le sillago bécu passe pour un des meilleurs poissons de l'Jnde. (E. Baudement.)
— En c y cl. Les sillagos sont caractérisés par une tête conique et un peu allongée en pointe ; une petite bouche protroctile, inunie de lèvres charnues ; des dents en velours aux mâchoires et au devant du vomer; l'opercule prolongé en une petite épine assez aiguë; sis rayons branchiaux-, deux nageoires dorsales, Ja première courte, haute, a ruyons grêles et flexibles, la seconde longue et peu élevée. Les espèces peu nombreuses de ce genre habitent la mer des Indes. Le sillago bécu ne dépasse guère la longueur de 0m,30 ; sa couleur est fauve et sa première dorsale a les épines a peu près égales. Le sillago madame est plus grand que le précédent, et sa couleur est brunâtre ; le second rayon de sa dorsale est allongé en un filet qui égale la longueur du corps. Ces deux sillagos sont au nombre des poissons les plus estimés dans l'Inde, à cause du bon goût et de la légèreté de leur chair.
SILLE g. m. (sil-le — gr. sillos, proprement nez camus, parce que le nez camus donne un air railleur). Littèr. anc. Sorte de poème satirique et mordant en usage chez les Grecs,
— Encycl. Les Grecs avaient plusieurs poeîmes d'un rhythme et d'un souffle particuliers, dans lesquels ils pouvaient épancher leur bile mieux que dans l'èpigramme, dont le cadre étroit devait, dans les grandes occasions, leur paraître insuffisant. Telles étaient ces anciennes parodies nommées cIaXoi (sitles), pleines de sarcasmes et de médisances, que Proclus Diadochos définit « petites compositions ironiques, dirigées contre les travers et les ridicules des hommes. ■ (Chresto* mathia poetica, page 10.) Elien les qualifie de ■ réprimandes, invectives, accompagnées d'une plaisanterie désobligeante. » (histoires diverses, liv. III, th. xi.) Un rhéteur irascible, méchant, mais spirituel, Timon de Phlionte, dut à la composition d'un certain nombre de silles une assez grande renommée. Cet écrivain, qui vécut au m° siècle avant J.-C. -et suivit les leçons de Pyrrhon, était connu sous ie nom de Timon ie Sillographe. Ses Silles étaient divisés en trois livres : dans le premier, il attaquait directement et en son propre nom ; dans les deux derniers, sous forme de dialogue; les interlocuteurs étaient ie poste lui-même et Xénophane de Colophon, dont, sur ce faible indice, on a cru devoir faire l'inventeur du genre. Toutes les écoles de philosophie, sauf l'école sceptique, et un grand nombre de philosophes étaient tournés en ridicule dans cet ouvrage ; les anciens en vantaient néanmoins la verve spirituelle et la rare originalité. Le peu de fragments qui nous en restent peut à peine nous en donner quelque idée. Il débutait par ces mots, adressés en bloc à tous les philosophes : « Venez ici, venez, imposteurs raisonneurs! • Socrate y était appelé > ce tailleur de pierre, ce raisonneur légiste, cet enchanteur de la Grèce, ce subtil discuteur, ce railleur, cet imposteur pédant, cet Attique raffiné. » Un autre fragment représente ainsi Platon : • A leur téta marchait le plus large d'eux tous (en grec, platus veut dire large),
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un agréable parleur, rival, par ses écrits, des cigales qui font retentir leurs chants harmonieux, posées sur les arbres d'Académus. » C'est la même comparaison qu'avait employée Homère au sujet des vieillards causant entre eux sur les remparts de Troie. Ce passage nous offre un exemple d'un des moyens satiriques fréquemment employés par Timon et qui consistait à parodier les vers les plus célèbres des anciens poètes, de façon à en faire autant de traits contre les philosophes. Ce procédé sans doute était fréquent et constituait un des traits distinetifs du genre, puisque les critiques grecs donnent presque toujours au mot «77e le sens de parodie. Les silles se distinguaient matériellement des ïambes en ce que leur rhythme était l'hexamètre. Les fragments qui nous restent des Silles de Timon ont été insérés dans le Poesis philosophica de Henri Estienne, et dans les Analecla grxca de Brûnck.
SILLE s. f. (si lie; Il mil. — V. sillon). Techn. Grande table inclinée, en usage dans les salines.
SILLÉ, ÉE adj. (si-llé ; Il mil, — rad. cil). Manège. Se dit d'un cheval qui a des cils blancs, il V. cillé.
SILLÉ-LE-GUILLAUME, ville de France (Sarthe), chef-lieu de cant., arrond. et à 37 kiloin. N.-O. du Mans ; pop. aggl., 2,971 hab. — pop. tôt., 3,531 hab. Tanneries, forges, distillerie; fabrication de toiles Anes et blanchisseries de fil. Commerce de chevaux et de bestiaux. Cette petite ville est bâtie au pied d'une colline, dans une contrée fertile, et dominée par les ruines d'une ancienne forteresse. Les deux monuments qui recommandent principalement Sillé à l'attention des archéologues sont son église et son château. On ignore la date de la fondation de l'église Notre-Dame de Siilé, à. laquelle on accède par des rampes escarpées et de pénibles escaliers. C'était au xmc siècle une collégiale réglementée par les évêques du Mans. L'édifice affecte la forme d'une croix latine, sans latéraux, avec chœur à trois pans. Les parties les plus remarquables sont son portail occidental et son pignon méridional , au pied duquel s'ouvre une vaste crypte. Le portail, ouvrage gothique du milieu où de la fin du xme siècle, s'ouvre sous un porche avancé. 11 est orné de deux colonnes de chaque côté avec entre-colonneinents à feuilles de chêne et de rosier. Ces colonnes , qui sont très-détachées, supportent la voussure, composée de quatre rangs de claveaux ogives concentriques et en retrait.
La Vierge, tenant dans ses bras son fils, est posée sur le trumeau qui partage la porte d'entrée et supporte un tympan sur lequel est figurée une scène du jugement dernier. La voussure est remplie par les douze apôtres, rangés sous une série de pinacles, et sur sa clef est sculpté un ange agenouillé. Le reste de l'édifice est d'une époque un peu postérieure au portail. Le pignon méridional se compose de deux arcades cintrées à claveaux minces, symétriques. C'est à la base de ce pignon que s'ouvre la grande crypte ramifiée en croix qui règne sous la nef et le transsept. A l'intérieur de l'église, on remarque les stalles du chœur, présentant quelques figures de saints au milieu de figures grimaçantes de monstres et d'animaux. Quant à la crypte, longue de 29 mètres dans la direction des transsepts, voûtée en plein cintre et haute de 4 mètres sous clef, elle présente trois absides dont l'une contient quelques peintures.
Le château de Sillé-le-ôuillaume, aujourd'hui propriété de la ville, est une des constructions du xvie siècle les mieux conservées. Il se compose d'un carré long, avec une tour intérieure, et est flanqué de quatre tours, encore debout, aux toits coniques, dominant au loin une magnifique campagne et reliées entre elles par des bâtiments plus modernes, dans lesquels sont installés la mairie, l'école et le garde champêtre. La plus considérable des tours est le donjon. Les murs en sont construits en grès et appareillés de moyenne grosseur. Elle forme une énorme masse de pierre, cylindrique extérieurement et se terminant en talon prismatique du côté de la cour. Elle mesure 38 mètres d'élévation sur 14 mètres de diamètre, et ses murailles ont S^^O d'épaisseur. On y accède par une porte, précédée de quelques degrés et placée dans un redan angulaire dont les latéraux forment un angle très-caractérisé. Cette tour se divise en trois étages offrant un cachot au rez-de-chaussée, une prison au premier, au second la demeure du geôlier et au troisième, voûtée en moellons, une chambre dite salle des Collecteurs, Le tout est couronné d'une vaste plate-forme à créneaux et mâchicoulis, sur laquelle s'élève une charpente remarquable, supportant un large toit conique et surmontée d'une flèche ef/ilée qui, de loin, forme une perspective des plus heureuses. Les troisautres tours, beaucoup moins importantes et dont les murs mesurent néanmoins 3m,50 d'épaisseur, se composent d'une cave voûtée, de deux étages et d'un grenier sur le tout.
A peu de distance de Sillé et près de sa forêt, on rencontre des ruines curieuses, connues sous le nom de Vieux château ou Château de la forêt.
— Histoire. Sillé-le-Guillaume, autrefois siège d'une baronnie puissante, est une des plus anciennes villes du département. Au
SILL.
xvo siècle, la baronnie de Sillé était possédée par Jean II de Craon-Montejean, qui la vendit h la famille de Beauvais. Après avoir passé par les familles de Bourbon-uonti et de Cossé-Brissae, elle appartenait, au début de la Révolution, au duc de La Vallière. Sillé rappelle de nombreux souvenirs historiques. Assiégé inutilement par les Manceaux, il tomba au pouvoir de Guillaume le Conquérant à la fin du xi* siècle. Pendant la longue lutte de la France et de l'Angleterre, Sillé fut souvent déchiré par les deux partis. Le comte de Richmond s'en empara en 1412, le comte d'Arundel en 1422, et, peu de temps après, Gilles de Laval, depuis maréchal de Fiance, le délivra. Il était retombé en U3î au pouvoir des Anglais, lorsqu'un hardi coup de main d'Ambroise de Loré le leur enleva définitivement. Le 15 janvier 1871 , pendant la retraite de l'armée de la Loire sur Le Mans, le général Chanzy livra aux Allemands un combat à Sillé-le-Guillaume.
SILLÉE s. f, (si-llé; Il mil. — V. siller). Agric. Fosse qu'on ouvre pour y planter de la vigne.
SILLER v. n. ou intr. (si-llé ; Il mil. — Diez rattache ce mot au Scandinave sila, sillonner, qu'il faut peut-être rapporter à la racine sanscri te sal, aller, mouvoir. Peut-être aussi que le Scandinave sila est de la même famille que l'anglo-saxon sul,syl,sulh,suluh, charrue et soc, qui, au premier aspect, semble le même que le persan sûl, sûti, soc, charrue. Comme le î, en persan, répond ordinairement au p sanscrit, tandis que le s du sanscrit devient A, sûl est sûrement le corrélatif du sanscrit çûla, pique, dard, pal, broche de fer, suivant Wilson d'une racine çàl, transpercer, empaler, signification que ne donne point Westergaard. Cependant le rapprochement de l'anglo-saxon avec le persan pourrait bien être fort hasardé, car le ç sanscrit ne devient pas s en germanique, mais A. D'un autre côté, le s de 1 anglo-saxon parait être ici pour sw; cur, à côté du diminutif snlung, petite charrue, on trouve sujulung, swoling. Ceci conduirait à une racine soal ou saar, que le Dhâlupathâ donne en effet avec le sens de blesser, déchirer, et qui semble confirmée par l'ancien allemand sueran, souffrir, suero, douleur, d'où probablement suert, anglo-saxon sweord, Scandinave suerd, le glaive qui blesse. Si, d'après cela, il faut renoncer a, rapprocher l'anglo-saxon sul, sulh, sylh, du persan sûl, sali, on peut y rattacher le latin sulcus, sillon, pour svulcus, lequel doit saris doute être sépare du grec olkas, même sens. Les véritables corrélatifs grecs de sttlA, suluà et sulcus paraissent être eutaka, aulaka, soc, aulax, Sillon, où l'esprit rude conservé remplace un sf disparu, comme d;ms d'autres cas analogues. L'explication du verbe siller par le germanique n'est pas généralement adoptée. Scheler demande si siller ne pourrait pas être lu forme mouillée du vieux français sigler, aujourd'hui cingler, ou la représentation d un type latin secutare, diminutif de secare, couper. Le type seculare conviendrait en effet à siller, tendre les flots, et a siller, terme agricole inusité, d'où sillée, fosse creusée autour de la vigne, et sillon. Il est vrai que strictement seculare devrait faire seiller ; mais il y a de fréquents exemples de l'affaiblissement de ei ou ai en t. Diez regarde sillon comme dérivé directement de siller, fendre les rlots. Dans tous les cas, il est certain que sillon ne vient pas du latin sulcus). Mar. Fendre les flots en avançant : Vaisseau gui sille bien. Ce bâtiment sillait d l'ouest, au nord. (Acad.)
SILLER v. a. ou tr. (si-llé ; Il mil.). Autre orthographe du mot ciller. L Académie n'admet siller que comme terme de fauconnerie, mais il a été employé dans tous les sens du mot ciller, qui est seul régulier.
SILLERY, village et commune de France (Marne), arrond. et à 10 kilom. de Reims, eant.de Verzy; 470 hab. Fabriques de tissus; commerce de vins. On y trouve une jolie église paroissiale et les restes du beau château de Bruslart- Sillery. La terre de Sillery fut érigée en marquisat (1631) en faveur de Pierre Bruslart, seigneur de Puisieux. Cette localité n donné sou nom au plus estimé des vins blancs de Champagne, vin qui se distingue par une couleur ambrée et un goût sec. Ce vin, spiritueux et tonique, ne se sert guère que frappé de glace, au premier et au second service. H a la propriété de conserver la bouche fraîche et de ne point incommoder. Il se conserve fort longtemps et acquiert de la qualité en vieillissant; le sillery ne mousse pas, ou, s'il mousse, il est de peu de qualité. 11 perd sa qualité lorsque des accidents ou son exposition à une température trop élevée le mettent en fermentation; on peut alors le rétablir eii le frappant de glace pendant une heure, la bouteille étant débouchée.
Les vins de Sillery non mousseux, connus généralement sous le nom de sillery sec, doivent leur renommée, non-seulement à la bonne qualité du sol, mais encore aux soins minutieux qui président à leur confection. Il n'y a guère plus de soixante ans qu'on s'est imaginé de faire avec les produits de ce vignoble des vins mousseuxqui réussirent parfaitement. La maréchale d'EstréeS y possédait une terre qu'elle surveillait avec la plus scrupuleuse attention. Elle examinait chaque grappe au soleil et éliminait impitoyablement
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tous les grains qui n'avaient pas atteint leur complète maturité ou qui laissaient quelque chose à désirer. Voilà comment la réputation du sillery s'était solidement établie.
Le vignoble de Sillery ne comprend que 50 hectares. Le vin que l'on y récolte doit rester au moins dix ans en tonneau pour arriver à maturité.
Tous les vins de l'arrondissement de Reims portent dans le^ commerce le nom de sillery ; on colle aussitôt Je premier soutirage et on met en verre dix ou douze jours après ; ils ont ainsi plus de qualités vineuses.
Quand on veut obtenir du sillery créinant, on ajoute 2 ou 3 litres d'alcool par pièce de 2 hectolitres.
Les principaux crus de Sillery sont :
Les Blancs-Fossés;
Les Bas-Pertuis;
Les Carreaux;
Les Deini-dtmes, etc.
On met au second rang des vins de Sillery ceux de Muilly, à u kilom. de distance, produits par les vignes nommées les Bruyères. Une partie de tous ces excellents crus est réunie au domaine de Romont, propriété isolée, à 2 kilom. de Sillery, et qui appartient à la maison Moet d'Epernay.
SILLERY (Nicolas Bruslart de), diplomate et chancelier de France, né à Sillery (Champagne) en 1544 , mort dans le même lieu en 1624. Fils d'un président aux enquêtes, il fut d'abord conseiller au parlement de Paris (1573), puis maître des requêtes sous Henri III, qui le chargea de traiter avec Henri de Navarre (1585). En 1589, il fut député comme ambassadeur auprès des Suisses ; et, dans une seconde ambassade dans le même pays (1593), son adresse rendit de grands services a Henri IV." C'est lui qui négocia la paix de Vervins, entre la France, l'Espagne et la Savoie (1599), et qui alla traiter à Rome du divorce du roi avec Marguerite de Valois et du mariage de ce prince avec Marie de Médicis. L'extrême habileté dont il lit preuve dans ces diverses missions lui valut d'être nommé successivement président à mortier au parlement, garde des sceaux (1604), chancelier de Navarre (1605) et grand chancelier de France (10 septembre 1607). Il suppléait à. une instruction fort négligée par sa finesse, sa souplesse, et par une connaissance profonde des hommes et des affaires. Henri IV, qui appréciait beaucoup ses services, disait ne lui : « Avec mon chancelier qui ne sait pas le latin et mon connétable (Henri de Montmorency) qui ne sait ni lire ni écrire, je puis venir à bout des affaires les plus difficiles. • Catholique ardent, il se montra peu sympathique au protestant Sully et poussa le roi a s'allier à l'Espagne dans le but d'exterminer les hérétiques. Après l'assassinat de Henri IV, il fut maintenu dans ses fonctions par la régente Marie de Médicis. Son esprit, affaibli par l'âge, commençait alors à perdre de sa vigueur. Accusé de ne songer qu'à s'enrichir, il vit son crédit vigoureusement battu en brèche par le maréchal d'Ancre, qui ie fit éloigner du conseil (1612), et, en 1616, on lui relira les sceaux. On les lui rendit en 1623; mais, dès l'année suivante, Richelieu, devenu maître de l'esprit de Louis XIII, les lui fit enlever de nouveau. Le vieux Sillery quitta Paris pour se retirer dans le lieu où il était né, et il y mourut peu après.
SILLERY (Fubio Bruslart de), prélat français, arrière-petit-lils du précédent, né au château de Pressigny (Touraine) en 1655, mort à Paris en 1714. Reçu, en 1081, docteur en Sorbonne, il siégea à rassemblée du clergé en 1685, puis il fut nommé, en 16S9, à l'éveché d'Avraiiches, qu'il permuta, la même année, contre l'évèché de Soissons. On prétend qu'il témoigna, à son lit de mort, le regret d'avoir soutenu de tous ses efforts ta bulle Unigenilus. Il était membre honoraire de l'Académiedes inscriptions (1701) et membre de l'Académie française (1705). Ce prélat instruit, mais plein de morgue, a laissé les écrits suivants : Hurangue, au nom du clergé, à Jacques II d'Angleterre IFaris, 1695, in-4o) ; Réflexions sur l'éloquence (l'aris, 1700, iu-12); Statuts synodaux (1730, iu-12); des dissertations, des pièces de vers, etc.
SILLERY (Charles-Alexis Bruslart, marquis de), comte de Genlis, général et homme politique, né à Paris le 20 janvier 1737, mort sur l'échafaud dans la même ville le 31 octobre 1793. Il appartenait à la famille des précédents et était cousin du secrétaire d'Etat do Puisieux. Vers l'âge de treize ans, il partit pour les Indes avec un régiment, qu'il quitta pour entrer dans la marine. Son nom et sa bravoure lui valurent un ava.K.ement rapide. Le comte de Genlis était lieutenant de vaisseau lorsque, en 1757, à la suite d'un combat dans lequel il fut criblé de blessures, il reçut le grade de capitaine. Lors du siégô de Pondichéry par les Anglais, il fut fait prisonnier et conduit en Angleterre. Ayant recouvré la liberté, il revint en France, fut nommé colonel des grenadiers de France et, malgré sa famille, il é. ousa, en 1762, M'ie de Saint-Aubin, dont il s était ardemment épris et dont il avait connu le père en Angleterre, Sa femme, qui ne cessa depuis lors de prendre le nom oe comtesse de Genlis, devint en 1770, grâce à sa tante, 11m» de Montesson, une des daines d'honneur de la comtesse de Chartres, et de Genlis fut nommé capitaine des guides du comte de Chartres, plus tard
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duc d'Orléans, dont il devint l'intime confident. Le comte de Genlis, aimable et spirituel, se vit très-recherché dans le monde, où il fit grande figure, surtout lorsqu'il eut hérité de la fortune et du titre des marquis de Sillery. Elu député aux états généraux par la noblesse de Champagne en 1789, il alla siéger auprès du duc d'Orléans, se joignit avec lui au liers état qui venait, sur la proposition de Sieyès, de se proclamer Assemblée nationale, et vota avec le parti qui poussa à toutes les réformes. Il se prononça pour la déclaration des droits, en demandant qu'on y joignît une déclaration des devoirs du citoyen, vota contre le veto, prit une part active aux travaux de la commission de la marine et défendit, contre l'opinion de Mirabeau, le droit des colonies a la représentation nationale. Sillery ne tarda pas à devenir suspect par suite de ses liaisons avec le duc d'Orléans et de la chaleur qu'il mit à le défendre soit dans l'enceinte du Corps législatif, soit aux Jacobins- En 1792, les électeurs de la Somme l'envoyèrent siéger à la Convention. Lors du procès de Louis XVI, il s'éloigna pour la première fois de la ligna politique suivie par le duc d'Orléans eu votant pour l'appel au peuple, puis pour le sursis k l'exécution, ce qui fut très-remarque. Soupçonné do favoriser les projets ambitieux du duc, qui n'avait cherché, disait-on, a renverser Louis XVI que pour préparer son avènement au trône, il se compromit tout k fait par les vains efforts qu'il rit pour empêcher l'arrestation du duc après la trahison de Dumouriez (mars 1793) et se vit enveloppé dans la proscription des girondins le 31 mai. Arrêté et traduit devant le tribunal révolutionnaire, Sillery fut condamné k mort le 30 octobre et exécuté le lendemain avec viugt et un de ses collègues.
SILLET s. m. (si-llè ; // mil.). Nom donné à de petits morceaux de bois ou d'ivoire, sur lesquels portent les cordes d'un violon ou d'un autre instrument à cordes : Le sillet d'une guitare. Le sillbt d'un violon, d'un violoncelle,
SILLIEN, IENNE adj. (sil-li-ain, i-è-ne — rad. aille). Littér. anc. Se dit des vers, des poèmes satiriques du genre des silles.
SILLIG ( Charles-Jules ), philologue allemand, né k Dresde en 1801, mort en 1855. Il étudia la philologie classique aux universités de Leipzig et de Gœttiugue, se rendit ensuite à Paris, où il s'occupa de recherches sur les manuscrits des ouvrages de Pline le Naturaliste qui se trouvent dans les bibliothèques de cette ville, et, de vetour à Dresde en 1825, il y fut nommé professeur k l'université. La plus importante de ses publications est son Commentaire sur /'Histoire naturelle de Pline (Hambourg et Gotha, 1851- 1853, 5 vol.). On lui doit encore d'excellentes éditions de Catulle (Gœttingue, 1S24), des Carmina minora de Virgile, du Carmen grscum de virtutibus de Maeer Floridus et de l'Histoire naturelle de Pline (Leipzig, 1831- 1836, 5 vol.); enfin, on a de lui un Catalogus artificum grscorum et romanorum (Dresde, 1827) et des Opuscula latina, qui témoignent d'une profonde érudition.
SILLIMAN (Benjamin), naturaliste américain, uô à Trumbuil, dans le Connecticut, en 1772, mort eu 1864. Nommé en 1805 professeur de chimie au Yale Collège, k Newhaven, il alla la même année faire en Europe l'acquisition des livres et des appareils scientifiques nécessaires à cet établissement, revint l'année suivante dans l'ancien continent et publia plus tard la relation de ses voyages sous ce titre : Deux traversées dans l'océan Atlantique pendant les années 1805 et 1806 (Newhaven, 1810). En 1818, il entreprit la publication du Journal américain de la science et de l'art, connu aussi sous le nom de Journal de Silliman, dans lequel les savants les plus distingués de l'Amérique consignèrent les résultats de leurs travaux. Ce recueil, dans lequel la première place appartient aux articles de Silliman sur la physique, la chimie, la géologie et la météorologie, obtint un légitime succès non- seulement en Amérique, mais encore en Europe. En 1851, Silliman fit, en compagnie de son fils, un troisième voyage en Angleterre et entra en relation avec Al. de Huinboldt. Deux ans plus tard, il résigna sa chaire à cause de ton grand âge; mais, sur le désir des membres de la faculté, il y continua jusqu'en 1855 ses cours de géologie. Silliman est le premier qui ait fait sur des sujets scientifiques des conférences à i'osage des gens du monde, coutume qui, depuis cette époque, est devenue universelle en Amérique et a pénétré, ces dernières années, en Europe, ou elle a déjà produit d'excellents résultats. On a encore de ce savant naturaliste les ouvrages suivants : Remarques faites dans une courte excursion entre Hartford et Québec (Newhaven, 1820) ; Eléments de chimie (Newhaven, 1831, 2 vol.); Une visite en Europe pendant l'année 1851 (Newhaven, 1853, 2 vol.). C'est en son honneur qu'on a donné le nom de sillimanile à un minéral découvert par Bowen dans le Connecticut.
SILLIMAN (Benjamin), chimiste et physicien américain, iils du précédent, né à Newhaven eu 1816. Professeur de chimie au "Yale Collège depuis 1847, il s'est l'ait connaître par un grand nombre d'écrits sur la physique, la chimie et la minéralogie. Les
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plus remarquables sont : les Premiers principes de chimie (Philadelphie, 1847) et les Premiers principes de physique (Philadelphie, 1858), qui ont obtenu de nombreuses rééditions.
SILLIMANITE s. f. (sil-li-ma-ni-te — de Silliman, natur. aroéric). Miner. Silicate d'alumine.
— Encycl. La sillimanite est une substance grise ou brune, d'un éclat assez brillant; elle cristallise en prismes rhomboïdaux obliques et se clive parallèlement à la grande diagonale. Assez dure pour rayer le quartz, d'une densité égale à 3,4, elle est infusible au chalumeau; elle se compose essentiellement de silicate d'alumine aveo des traces d'oxyde de fer et d'eau. Cette espèce présente deux variétés principales : l'une cristallisée, en prismes rhomboïdaux modifiés sur les arêtes; l'autre cylindroïde, en prismes semblables, mais oblitérés et groupés les uns contre les autres. Jusqu'à présent, la sillimanite n'a été trouvée que dans un filon de quartz traversant les couches de gneiss, près de Saybrook, dans le Connecticut.
SILLOGRAPHE s. m. (sil-lo-gra-fe — du gr. sillos, sille ; graphô, j'écris). Philol. Poète, auteur de silles.
SILLOMÈTRE s. m. (sil-lo-mè-tre — de «7ler, et du gr. metron, mesure). Mar. Instrument propre à mesurer le sillage, la vitesse d'uu bâtiment.
SILLOMÉTRIQUE adj. (sil-lo-mé-tri-ke — rad. sillomèlre). Mar. Qui appartient au silloinètre ou à l'emploi de cet instrument : Appareil, procédé SILLOMÉTRIQUK.
SILLON s. m. (si-Hon ; Il mil. — rad. sitler). Rigole faite k la terre par la charrue : On doit proportionner la longueur des sillons ci la force des chevaux ou des bœufs employés au labour. (Bosc.) Un sauvage tient plus à sa hutte qu'un prince à son palais, et te montagnard trouve plus de charme à sa montagne que l'hubitunt de la plaine à son sillon. (Cjhateaub.) Le procédé en faveur de la culture à Sillons est fort enraciné dans beaucoup de cantons. (M. de Dombasle.) La direction du SILLON n'est pas une chose arbitraire. (Raspall.) Du. sillon, l'alouette va montant et chantant, et elle porte jusqu'au ciel la joie de la terre. (Michelet.) Il i'etite rigole ouverte à la binette, pour semer en ligne. Il Nom donné improprement aux petites raies creuses formées par la terre qui sort des véritables sillons.
— Par est. Trace longitudinale : Un sillos de feu. Les boulets traçaient dans le sol des sillons profonds. Les ongles de l'animal tracèrent dans sa chair des sillons sanglants,
La déesse guerrière
De son pied trace en l'air un sillon de lumière.
Boileau .
La cicatrice continue Le sillon que l'âge a creusé.
Tu. Gautier.
— Loc. fam. Faire, creuser son sillon, Exécuter le travail, l'ouvrage qu'on fait journellement : Tu es, disait Chapelle à Boileau, un bœuf qui fait bien son sillon.
, . . J'ai creusé mon sitlon dans ce monde Egoïste et mauvais.
Th. de Banvillb.
— Manège. Nom donné aux rides dont est marqué le palais du cheval.
— Pathol. Galerie tracée sous la peau par le sarcopte de la gale.
— Tech. Nom donné aux traits obliques que certains croisements forment sur l'étoffe, il Elévation formée par le til sur la bobine du rouet.
— Anat. Rainure a la surface d'un os ou de certains organes : Sillon transversal. Les sillons du foie.
— Moll. Strie profonde : Coquille marquée
de SILLONS.
— Encycl. Agric. « Pour être bien fait, dit DetervLUe, un sillon doit être droit, également large et également profond dans toute sa longueur. Il n'est pas donné k tout le monde de tracer convenablement un sillon. Lk, comme dans tant d'arts, il faut de l'habitude pour bien faire. La largeur du sillon dépend de celle du soc de la charrue combiné avec la forme de son oreille, lorsqu'elle en a. La profondeur dépend de l'inclinaison de la première de ces pièces, de celle du sol et de lu. hauteur de l'oreille. Lorsque, pour une profondeur de trois pouces, on se sert d'une oreille ou trop glanda ou trop petite, il n'y a pas renversement complet de la terre soulevée, ce qui est un grave inconvénient. » — « La longueur des sillons, dit Bosc, doit être proportionnée à la torce des chevaux ou des boaufs employés, parce que la bonté du labour exige qu'ils soient laits d'un seul trait. On laisse reposer les animaux chaque fois qu'on arrive à leur extrémité, si leur longueur l'exige.
» Il est généralement reconnu que les sillons étroits valent mieux que ceux qui sont très-larges, k raison de ce qu'ils divisent mieux la terre; cependant, dans les terres qui sont très- légères, et encore plus quand elles le sont par suite de la grande quantité de sable qu'elles contiennent, on peut faire sans inconvénient les sillons d'une assez grande largeur, d'un pied par exemple. •
SILO
SILLONNÉ, ÉE (si-Ilo-né; Il mil.) part, passé du v. Sillonner. Où l'on a tracé des sillons : Des champs bien sillonnés.
— Marqué de traces longitudinales : Des montagnes sillonnées de ravins. Il Marqué de lignes dirigées en divers sens : Un front sillonné de rides. Le département du Nord est sillonné de routes, de canaux, de chemins de fer. (Blanqui.) Les nuages pelotonnés de vapeurs qui parlent des volcans sont sillonnés d'éclairs continus. (Figuier.)
Glacés par le trépas, que leurs yeux font terribles ! Que de hauts faits écrits sur leurs fronts sillonnés ! C. Delaviqne.
— Hist. nat. Qui est marqué de sillons, de stries profondes : Feuilles sillonnées. Tiges
SILLONNEES.
— s. m. Ichthyol. Nom vulgaire d'un poisson du genre baliste, qui v:'. dans les parages de l'île de l'Ascension.
— s. f. Erpét. Nom vulgaire d'une espèce de couleuvre.
SILLONNER v. a, ou tr. (si-llo-né; Il mil.— rad, sillon). Tracer des sillons sur : Sillonner un champ,
[moine, Ses bœufs «l'un soc tranchant sillonnent son do- Puis d'un grain qui renaît sa mail couvre la plaine,
Dulard.
J'aime un gros bœuf dont le pas leat et lourd, En sillonnant un arpenl en un jou»
Forme un guéret où mes épis vont naître.
Voltaire- Il Peu usité dans ce sens.
— Marquer des lignes, des traces longitudinales sur : Un éclair qui sillonne la nue. Les torrents qui sillonnent les flancs des montagnes. Leurs vaisseaux sillonnent les mers. (Acad.) Mille chaloupes se croisent et sillonnent l'eau en tous sens. (J. de Maistro.)
... Dos traits enflammés ont sillonné la nue. Et la foudre en grondatit roule dans l'étendue. Saint-Lambert.
Alors% en se jouant, des pieds armés de fer Vont sillonnant ces flots endurcis par l'hiver.
Deluxe.
— Etre tracé sur : Des routes et des canaux sillonnent en tous sens le puys.
Attends, bel étourdi, que les rides de l'âge Mûrissent ta raison, sillonnent ton visage.
Voltaire.
Se sillonner v. pr. Etre, devenir sillonné : Son large front, luisant et chauve, SE sillonna. d'une grosse veine dont le gonflement était le précurseur de l'orage. (G. Sand.)
Temple, profonde nuit, siltonne-tci d'éclairs; Déchirez-vous, linceuls, ouvrez-vous, noirs enfers! N. Lemercibr.
SILLONNETTE s. f. (si-llo-nè-te — rad.
sillonner). Bot. Nom vulgaire d'une mousse dont la coiffe est sillonnée.
SILLONNEUR s. m. (si-llo-neur; M mil. — Agric. Sorte de houe légère dont on se sert pour biner.
S1LLY-EN-GOBFFERN, village et commune de France (Orne), canton d'Exmes, arrond. et à 9 kiloin. d'Argentan ; 7S9 hab. Scieries mécaniques. On y voit les bâtiments d'une ancienne abbaye de prèmonlrés ; ces bâtiments, d'architecture moderne , sont assez bien conservés. Dans la forêt de Gouffern, on voit un grand menhir, et aux environs les traces d'un camp romain, où l'on a trouvé quelques médailles romaines.
SILLY (Jacques- Joseph Vipart, marquis de), né au château de Silly, près de Dozulé, en 1071, mort en 1727. Entré au service comme mousquetaire en 1668, il fut nommé, en 1713, colonel et, en 1718, lieutenant général. Eu 1722, il entra au conseil d'Etat. Silly est surtout connu par ses liaisons avec Mme de Staul, qui parle souvent de lui dans ses mémoires. Il se suicida par amour. On trouve dans le second volume des Pièces inédites sur les règnes de Louis XI V, Louis XV et Louis XVI, trente-sept lettres écrites de 1725 a 1727 par le marquis de Silly au duc de Richelieu, alors ambassadeur k Vienne.
SILO s. m. (si-Io. — Ce mot vient probablement, par l'adoucissement de la liquide, du latin sirus, silo, fosse pour conserver le blé, qui représente le grec siros, seiros, même sens. Ce nom, qui est rapproché par Pictet du sanscrit sirâ, seau, baquet k puiser, russe sirena, chaudière, est donné par les anciens comme barbare. Les termes comparés ci-dessus et auxquels on peut ajouter l'arménien shirim , fosse, tombe, font présumer que le i nom et la chose avaient une origine aryenne et que, dans le principe, le silo ne consistait qu'en un gros vuse enfoui Sousle Sol). Agric. Fosse, cavité pratiquée dans la terre pour y conserver des grains : On peut loger les pommes de terre dans des celliers ou dans des silos. (M, de Dombasle.) Les silos sont placés en plein air, dans la pièce de terre qui produit les racines. (M. de Dombasle.) n Coffre en charpente, suspendu, dans lequel on met des grains pour les remuer et les ventiler.
— Peine du silo ou simplement Silo, Peine disciplinaire usitée dans l'armée d'Afrique, qui consiste à enfermer dans un silo, pendant un temps déterminé, les hommes qui y sont condamnés.
— Encycl. Une des questions les plus im-
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portantes de notre époque est assurément colle de la conservation des grains, qui intéresse k un si haut degré l'existence même des populations. Cependant la science n'a pas 1 air de s'en occuper. Naguère encore on a pu lire dans un journal grave qu'il fallait en prendre son parti et mettre définitivement le problème de la conservation des grains sur la même ligne que ceux de la quadrature du cercle et du mouvement perpétuel. Ce n'est quiî dans ces dernières années que des voix autorisées se sont élevées contre cette assertion. Quelques vues ingénieuses et des procédés empiriques, voilà presque tout ce que nous possédons aujourd'hui encore; mais la conservation est imparfaite et donne lieu à des frais incessants. Nous voudrions voir arriver k un procédé d'une utilité réelle, entière, capable de restituer les grains intacts dans leur quantité et dans leur qualité après un nombre d'années quelconque, sans entraîner des pertes qui, avec la durée, absorbent les bénéfices, En attendant que les hommes spéciaux se décident k aborder cette importante question, nous allons exposer l'une des méthodes les plus anciennes qui aient été employées à conserver les grains, c'est-ii-dire l'ensilage. On appelle ensilage la mise et la garde des grains dans des fosses souterraines. Nous savons, par les témoignages de Varron, Coluraelle, Pline, que ce procédé était universellement employé chez les anciens, au moins dans les contrées méridionales de l'Europe, en Asie et en Afrique. On trouve même en France les restes des silos construits par les Romains après la conquête de la Gaule. Ceux d'Amboise, connus sous le nom de greniers de César, ont été ainsi décrits par Chaptal :
• A environ 30 pieds au-dessus du niveau de la Loire, on a creusé, dit-il, dans un roc calcaire, sec et uni, de profondes et larges excavations, disposées en trois étages séparés les uns des autres par des voûtes. Derrière ces premières excavations on en a creusé d'autres, séparées des premières par une cloison du rocher de 6 k 7 pieds d'épaisseur; dans le milieu de ces dernières on a bâti, eu briques et ciment, des greniers circulaires d'environ 15 pieds de diamètre; la partie supérieure de ces greniers est rétrécie et recouverte par une pierre. C'est par cette ouverture qu'on les remplissait; une trémie placée à la base servait k les vider. Pour éviter toute humidité, on remplis'sait, avec du sable fin et très-sec de la Loire, l'espace compris entre les murs des greniers et ceux des rochers. Une galerie latérale, également creusée dans le roc, communique d'un côté avec ces greniers et de l'autre avec un escalier taillé dans le même rocher, qui conduit directement au bord de la Loire; c'est par là qu'on transportait le blé dans les bateaux. Il parait que les grandes excavations servaient de magasins pour la consommation journalière et que les greniers formaient la réserve. •
De temps immémorial, les Chinois conservent leui'3 grains dans des fosses qui ne sont autres que des silos. Ils creusent ces fosses dans des rocs qui ne présentent ni fentes ni humidité, ou bien ils les pratiquent dans des terres sèches ef fermes. Lorsqu'ils craignent l'humidité, ils tapissent les fosses avec de la paille ou ils y brûlent du bois pour dessécher et affermir la terre. On ne met les grains dans ces fosses que quelques mois après la récolte et après les avoir bien séchés au soleil ; on recouvre ces tas de grains avec des nattes, la balle du grain et la paille, et on termine par une couche de terre bien battue pour que l'eau ne puisse pas pénétrer.
Plusieurs peuples du Midi ont conservé l'usage que l'antiquité leur a transmis de garder leurs blés dans des silos. Quelquesuns de ces silos peuvent contenir 60,000 hectolitres de blé et même davantage, mais la plupart ont des dimensions bien plus restreintes. Toutes les contrées de l'Italie méridionale en présentent de nombreux modèles. En Toscane, ils portent le nom de bûche et sont ainsi décrits par M. Simonde de Genève , dans son Tableau de l'agriculture toscane :
■ On conserve, dit-il, le blé, en Toscane, d'une manière avantageuse autant qu'extraordinaire, dans des excavations faites sous terre et qu'on appelle bûche. On l'y maintient d'une année k l'autre parfaitement sain et à l'abri de tous le.î insectes et de tous les accidents, sans qu'il exige ni frais ni soins. Avant que de l'emmagasiner, il est nécessaire de le faire bien sécher au soleil; pour suppléer aux rayons brûlants qu'il darde sur la Toscane, il faudrait sans doute, dans un autre climat, faire passer le blé à l'étuve ou dans un four, après qu'on en aurait retiré le pain. Ces conserves ou bûche sont des excavations ovales ou plutôt de la forme d'une ampoule et capables de contenir de vingt a cent cinquante sacs de blé. Celles dans lesquelles je suis descendu sont creusées dans une veine très- épaisse de terre glaise d'un jaune rouge qui, n ayant jamais été remuée et n'étant pas composée de couches, ne laisse point filtrer d'eau et est impénétrable aux animaux. Elles ont toutes été construites sous les couverts des tuileries et sur de petites collines où les eaux ne séjournent pas. Avant que d'y mettre le blé, on les revêt d'une doublure de paille ; pour cela, on forme un gros cordon de trois doigts d'épaisseur,
SILO
que l'on jiiace tout autour contre la terre, en spirale, chaque tour reposant sur le précédent, jusqu'à ce qu'on arrive il les revêtir entièrement de la même manière que sont revêtues les bouteilles du pays. On remplit ensuite la cavité de blé ; on bouche b» col de cette espèce de bouteille avec deux paiilaissons que l'on pose sur le grain et au-dessus desquels on met une grosse pierre ronde qui le ferme exactement. Après avoir placé la pierre, on l'arrose de quelques seaux d'eau boueuse pour achever de fermer les interstices; puis on la couvre d'un demi-pied ds terre, ce qui égalise cet endroit-là avec le reste du soJ. Il y a peu de particuliers qui possèdent des conserves; mais on en trouve de louage sous le couvert de plusieurs tuileries. Le tuilier qui en est propriétaire répond de votre blé; il fait tous les frais nécessaires pour l'y mettre et pour l'en sortir, et il vous offre le choix ou de vous en rendre autant de sacs qu'il en a reçu de vous, sans rien prendre pour lui que ce qui s'en trouvera de plus, ou de vous restituer tout le blé qui sortira de votre conserve moyennant 4 sous par sac de magasinage. Comme le grain gonfle dans les conserves d'environ 3 pour 100, le premier marché lui convient beaucoup mieux que le second, La conserve reste fermée et n'est jamais visitée jusqu'au moment où l'on veut se défaire de son blé, et il faut alors le vider tout d'une fois. Après l'avoir découverte et en avoir été la pierre et les paillassons, on trouve à l'entrée un tiers de sac demimoisi qui a été détrempé par l'eau boueuse qu'on a jetée sur la pierre ; il appartient au propriétaire des conserves et n est pas compté. Celui qu'on trouve au-dessous est parfaitement sec, sans aucune odeur d'enfermé ni d'échauffé, sans un seul grain attaqué par les charançons ; bien plus, lorsqu'il arrive qu'on a rempli une conserve avec du blé qui s'échauffait, la fraîcheur de la terre calme immédiatement la fermentation et tue tous les insectes qui peuvent s'y trouver. Cependant le blé qui est au fond n'est pas si beau ; il est gonflé par l'humidité et a un peu l'odeur de moisi. Les meuniers ont l'habitude de mêler tout ce que l'on en retire, en sorte que l'infériorité de celui du fond ne s'aperçoit plus sur une grande masse. Aussitôt que l'on a vidé une conserve, on ôte la chemise de paille, qui a pris elle-même un peu d'odeur de moisi et qui ne peut plus servir; on balaye bien toute la cavité et on la referme, tant avec la pierre qu'avec la terre qu'on met dessus, jusqu'à ce que le moment soit venu de la remplir de nouveau. »
Le procédé qui vient d'être décrit présente des inconvénients qu'il n'est pas besoin de signaler au lecteur. Les Romains et les Maures construisaient leurs silos avec plus de soin. Les parois en étaient imperméables. Les Maures creusaient ces fosses avec le marteau et le ciseau dans des roches compactes, toutes les fois qu'ils en trouvaient au voisinage de leurs grandes villes. On voit encore à Aleala-del-Guadayra, près de Séville, seize de ces excavations taillées dans le roc; plusieurs d'entre elles contiennent an moins 3,000 hectolitres de blé. Ils savaient aussi construire des caves étanches en maçonnerie, dans des terrains bien choisis; tels sont les silos de Rota et beaucoup d'autres. Ils servent encore aujourd'hui aux mêmes usages qu'autrefois et l'on ne connaît pas la limite du temps pendant lequel les grains peuvent y rester enfermés sans se gâter. De nos jours, l'ensilage, sans être un fait général, est néanmoins assez répandu en Espagne. On peut diviser en deux catégories les silos qui servent à cet usage : les uns, comme Ceux qu'ont laissés les anciens Maures, sont maçonnés ou construits dans des roches compactes; ceux-là seuls ont le privilège de conserver les grains indéfiniment; les autres, assez semblables aux fosses de la Toscane, sont plus ou moins parfaits, suivant la nature des sols où ils sont établis. On en cite OÙ, au moyen de quelques soins, le blé peut 8e conserver pendant très-longtemps sons aucune altération. Mais on comprend qu'il faut pour cela certaines conditions particulières que l'on ne trouve pas très-communément. Nous citerons cependant un petit canton de l'Estramadure qui doit à sa constitution géologique un semblable privilège. Ce pays, que l'on appelle la Tierra de los Barros, est a 4 lieues environ de Badajoz et de Zafra. C'est une contrée plate, de 4 ou 5 lieues en tous sens, formée par un dépôt de sable et d'argile ferrugineux et dejni-compacte, à l'intérieur d'une enceinte de montagnes qui ne s'ouvre que sur deux points, vers le nord. Elle doit son nom à la nature argileuse de son sol (6arro, argile). Le grand bourg d'Almendralejo en occupe à peu près le centre. Les silos sont construits sur de petites croupes ou énùnences, où le dépôt atteint 6 à 8 mètres d'épaisseur. L'ensilage ne se pratique, du moins avec quelque étendue, que dans neuf localités seulement, et encore celles d'Almendralejo et de Villafranca sont-elles les seules où on lui donne un aussi grand développement. Dans plusieurs, il existe seulement quelques st(os à l'intérieur des habitations. Dès qu'on quitte le dépôt dont nous venons de parler, on se trouve sur des terrains perméables qui ne se prêtent plus aucunement à la conservation des grains.
Dans la construction de leurs sitos, les Romains demandaient tout à l'art de la maçon-
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nerie, et ils les établissaient jusque dans les situations les plus défavorables, dans des terrains de glaise ou de sable, à quelques mètres du bord de la mer. Ce que l'on y admira surtout, ce sont leurs revêtements intérieurs, qui sont incomparables. On en voit qui conservent encore, après quinze cents ans, la dureté et le poli du marbre. Les silos des Romains, qui sont encore très-nombreux en Italie, étaient, pour la plupart, construits en pierres meulières unies par ce fameux ciment qu'ils employaient dans toutes leurs constructions.
L'ensilage parait n'avoir pas été inconnu des Egyptiens. On a trouvé, parmi les restes de leur architecture, des fosses à blé trèsbien conservées. Quelques-unes, réunies et contiguës, sont entourées de murailles de granit très-épaisses; d'autres sont'isolées, de dimensions plus petites et de forme carrée. Ces dernières reposent sur une seule pierre de granit; quatre autres pierres de granit parfaitement jointes en forment les parois; enfin, une cinquième dalle recouvre l'ouverture supérieure.
De nos jours, l'usage des silos est très-répandu en Pologne, en Russie, en Hongrie et chez les Arabes. Dans tes deux premiers de ces pays, ils sont de forme conique et trèsétroits à la partie supérieure; l'intérieur est garni d'un mastic solide qui empêche l'infiltration des eaux ; une pierre couvre l'ouverture. Avant d'enfermer les grains dans ces fosses, on les passe à l'étuve ou au four pour les dessécher complètement; on les retire de terre aux premiers dégels. En Hongrie, où lo sol au-dessous de la couche de terre végétale est une masse fort épaisse d'argile trèsdure, on construit ordinairement les silos à une petite distance des villages, dans un endroit élevé. Ils ont le plus souvent de 5 à 6 mètres de profondeur sur une largeur d'environ 2 mètres à la base. L'ouverture a 1 mètre carré. Au moment d'y enfermer le grain, on jette dans la fosse de la paille à laquelle on met le feu. Cette opération, répétée pendant trois jours, sèche et durcit les parois. Lorsque ces parois sont refroidies, on étend au fond de la fosse une épaisse couche de paille et, à mesure qu'on la remplit de blé, on place également de la paille sur son pourtour. Ce blé est bien nettoyé et bien sec. L'ouverture est comblée par 2 piods d'épaisseur de paille, sur laquelle on place une vieille roue supportant un monceau de terre argileuse bien tassée. Ce procédé est, à ce que l'on dit, excellent; des dépôts, trouvés au commencement de ce siècle autour de l'emplacement des villages détruits par les Turcs en 1526, offrirent du blé bien conservé. D'autres fois, les silos hongrois, au lieu d'avoir cette forme conique, présentent, au contraire, un évasement par le haut; ou bien encore on construit des puits secs, avec un revêtement de briques crues et de terre glaise.
En France, on a bien des fois tenté de conserver du blé en silos, et l'on a toujours échoué. Mais, il faut le dire, la cause en est bien moins dans les défauts inhérents au système que dans l'impéritie de ceux qui ont fait ces tentatives. Nous n'en voulons pour preuve que l'historique même de ces essais. Les premiers sont dus à M. le comte de Lasteyrie. En 1819, sous le ministère de M. le duc Decazes, il dirigea la construction de trois silos d'expériences. Après avoir creusé le terrain, on garnit le fond d'une première couche en caitloutage, ensuite d'une seconde en pierre meulière à sec, et on forma sur cette base le sol des sitos avec des pierres meulières garnies d'un mortier à chaux mai-
fre et à. sable. Afin d'avoir une idée exacte e la nature des matériaux qu'il convenait d'employer, la construction des murailles latérales lut faite de matériaux différents de ceux employés pour la base du silo; de plus, on joignit les briques, le moellon, la pierre meulière tantôt avec de la chaux grasse, tantôt avec de la chaux maigre. Ces différentes portions de muraille furent laissées sans revêtement dans quelques parties, tandis que dans d'autres elles furent couvertes d'un enduit à chaux maigre et à sable, d'une couche de bitume ou de ciment composé de brique pulvérisée, de lithaige et d'huile. Pour rendre imperméables les revêtements faits à chaux et à sable, on avait eu soin de les carboniser en faisant brûler à plusieurs reprises du charbon dans l'intérieur des silos. Les grains furent laissés dans ces silos une année entière. Au bout de ce temps, on constata que les grains placés contre les revêtements de mortier à chaux maigre ou contre ceux en bitume et ceux en ciment à l'huile et à la lithaige étaient secs et dans un parfait état de conservation, tandis que les grains qui portaient sur les murs sans aucun revêtement furent retrouvés moisis ou pourris dans une épaisseur de quelques centimètres. On remarquera que dans l'expérience ci -dessus, malgré l'absence presque complète de données scientifiques et en suivant seulement les quelques règles fournies par l'observation des faits, on est arrivé à un résultat qui, sans être complet, était néanmoins satisfaisant. L'attention de l'autorité était vivement attirée à cette époque sur l'importante quest. on de la conservation des grains. Concurremment avec les essais de M. de Lasteyrie, le ministre de lu guerre autorisait, en 1819, le directeur général des subsistances militaires, M. le comte
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Dejean, à poursuivre des expériences analogues. M. Dejean pensait que l'altération des grains était due exclusivement à l'intervention de l'air et qu'il suffisait de supprimer cette intervention. Ses silos étaient extérieurs au sol, et leur enveloppe était formée par une feuille de plomb épaisse au plus de OïDjOOZ. Il lit une première série d'expériences qui dura quatre ans avec trois silos de 80 hectolitres de capacité, qu'il plaça dans les conditions suivantes. L'un fut logé au premier étage, dans la chambre destinée au mélange des farines, devant une grande croisée exposée au midi, et reçut pendant quatre étés consécutifs l'influence directe des rayons du soleil. L'autre fut établi à l'air libre, sous un hangar ouvert de tous côtés qui l'abritait seulement des intempéries directes de l'atmosphère sans le soustraire à toutes les influences qu'elle éprouva pendant le même espace de .temps, dans lequel on compte deux hivers extrêmement rigoureux et un extrêmement humide. Le troisième entin fut construit dans la cave qui existe sous les murs de la manutention, dont l'activité est continue, puisqu'on y cuit vingt-quatre heures par jour, ce qui lui procure une chaleur humide telle, que le thermoinèire, dans certaines parties, s'y tient constamment à 36° Réaumur au-dessus de zéro, qu'on ne peut y séjourner quelques instants sans éprouver une véritable suffocation, insupportable pour beaucoup de personnes, et que les madriers ou autres bois composant 1 échufa ud qui avait servi à verser les grains étaient, au bout de quatre ans, dans un état de décomposition totale. On voit, par ces lignes empruntées au mémoire de AI. Dejean lui-même, que l'auteur des nouveaux silos avait tenu à bien préciser le caractère de ses expériences, de manière à démontrer que l'air seul était la cause de la décomposition du blé. Nous allons voir si les résultats répondirent à son attente. Le blé renfermé dans la cuve de la chambre du premier étage était parfaitement sec, coulant à la main et dans un parfait état de conservation. Dans la cuve du hangar, le blé se trouvait de même en bon état, sauf sur un point où, une .fissure s'ètant produite, un peu d'eau avait pu s'introduire dans l'intérieur de la cuve. En cet endroit seulement, à la profondeur d'un pouce, il y avait une petite quantité de grains agglomérés. A la cave de la manutention, l'influence du local s'était fait sentir dans la cuve; les grains placés à la partie supérieure étaient plus secs qu'au moment où on les avait enfermés; par contre, ceux de la partie inférieure étaient assez humides; seuls, les grains du milieu étaient dans leur état naturel. Du reste, la masse entière n'avait pas subi d'altération sensible, excepté en un point où une tissure s'était produite; les nuances de sécheresse ou d'humidité des différentes couches disparurent après une aération de quelques heures. Poursuivant le cours de ses expériences et voulant leur donner plus d'autorité en opérant sur de plus grandes proportions, M. Dejean fit doubler en plomb une pièce au rez-dechaussée d'un bâtiment appartenant à la réserve des grains et farines de Paris, Ce silo, dont le mode de construction était coûteux et peu sûr, éprouva quelques avaries : des tissures et des perforations s'y produisirent dans plusieurs points. Il s'ensuivit naturellement des altérations du blé; pourtant la masse du grain resta intacte et les pertes furent minimes.
Les demi-succès de ces diverses expériences prouvaient évidemment qu'en interdisant l'accès de l'air extérieur on évitait une des causes les plus actives de destruction, mais que d'un autre côté, en tenant compte seulement de ce fait, on devait s'attendre nécessairement à des déceptions. L'accès de l'air, en effet, n'est pus la seule cause des altérations du grain ; il en existe beaucoup d'autres non moins efficaces, telles^ par exemple, que les variations de température et l'humidité. Malgré tout, on était en bonne voie, lorsque l'insuccès décisif et trop bien mérité des célèbres expériences de M. Terneaux vint frapper 1'en.siluge d'un discrédit dont il ne s'est pas encore relevé. M. Terneaux avait la singulière idée que -tous les blés, même les plus humides, pouvaient se conserver indéfiniment dans toute espèce de sol, au moyen d'une couche extérieure assez mince de grains agglomérés qui se forme tout autour, le long des patois. Cette opinion, contraire au bon sens aussi bien qu'à tout raisonnement scientifique, reçut un démenti catégorique dans les fameuses expériences entreprises à Saint-Ouen par M. Terneaux. De grandes fosses, creusées dans un sol extrêmement perméable et dont le fond était humide au point d'être excessivement boueux, reçurent du blé également humide. On n'y appliqua aucun revêtement, on n'y fit usage d aucun moyen pour dessécher les parois. On ensila à découvert pendant les mois d'octobre et novembre et l'opération dura quinze jours! Faut-il s'étonner après cela si l'échec fut complet? Néanmoins, le coup était porté et la cause de l'ensilage bel et bien perdue. On sait, en effet, comment le public apprécie ces sories de choses. Il se rend compta du résultat obtenu; mais presque jamais il ne s'inquiète des causes qui 1 ont amené.
L'ensilage n'a été préconisé de nouveau
SILP
que dans ces dernières années par M. Doyère. Ce savant professeur a mis dans l'examen de ses procédés une exactitude telle, qu'il a fait de l'ensilage un moyen de conservation vraiment scientifique. Il suffira, pour s'en convaincre, d'ex.posersa théorie; nous allons le faire en peu de mots et nous signalerons en même temps les résultats généraux obtenus par ses expériences.
En principe, M. Doyère ne demande que
■ deux choses : des silos souterrains parfaitement inaccessibles à l'air et à l'humidité, des
! blés parfaitement secs au moment de l'ensilage. Ce dernier point est très -important,
. mais très-facile aussi à obtenir. On possède aujourd'hui tous les moyens nécessaires à la
1 détermination de la quantité d'eau contenue dans le blé. Le3 expériences de M. Doyère
j ont porté sur quatre silos de 50 hectolitres chacun. Voici les résultats auxquels il est
! arrivé. Les blés ensilés n'ont présenté au-
' cune trace d'échauffement spontané; leur température est celle du sol lui-même. Les blés trop humides pour se conserver absolu-
i ment s'altèrent beaucoup moins vite dans les
■ silos que dans les greniers ordinaires. Le blé I contenant 17 pour 100 d'eau n'a pas éprouvé
de changement appréciable, quoiqu'il ait absorbé de l'oxygène et dégagé de l'acide carbo-
I nique. Le blé contenant moins de 15 pour 100
! d'eau n'a éprouvé aucune modification chimique. Qjiant a l'humidité des grains, on peut dire en thèse générale que ceux qui contiennent plus de la pour 100 d'eau doivent être
i considérés comme humides et devront être chauffés à l'étuve. Dans les pays mérîdio-
l naux, la dessiccation artificielle n'est pas ordinairement nécessaire, les blés de ces pays ne contenant presque jamais plus de 13 à 14 pour 100 d'eau. Du reste, si les blés qui ne contiennent pas plus de 1S pour 100 d'eau dans nos climats peuvent être considérés comme secs, il n'en est pas de même en Algérie, en Espagne, on la température du sol atteint 20° au moins au-dessus de zéro; dans ces contrées, on ne peut considérer comme secs que les blés contenant seulement de 13 à 14 pour 100 d'eau.
Nous adopterons, en terminant, cette conclusion de M. Doyère, dont le savant mémoire Sur l'ensilaije rationnel nous a servi de guide dans cette étude, à savoir que ce modo de conservation des récoltes vaut mieux que tous les autres. 11 résulte, en effet, de l'examen attentif des faits que nous venons d'étudier que jamais blé sec ne s'ext gâté sous terre dans des vases fermés et exempts d'humidité et que toutes les expériences de conservation en vas*s clos ont réussi, si ce n'est quand elles ont été faites dans des conditions manifestement mauvaises.
— Peine du silo. Le silo est le premier degré de cette pénalité exceptionnelle, abandonnée à l'appréciation des supérieurs, indépendamment de la répression régulière à laquelle est soumis le soldat par le code militaire. Il vient après la salle de police et la prison. Dans l'espace étroit qui forme le fond de cette fosse où on les descend, les condamnés peuvent rarement s'asseoir ou se coucher, car presque toujours leur nombre est considérable. En été, on y étouffe, car rien n'y garantit contre les ardeurs d'un soleil brûlant; en hiver, on y a de l'eau ou plutôt de la boue jusqu'aux genoux; en tout temps les insectes, les immondices en font un cloaque infect. Le régime du silo est le pain et leau. Cette peine barbare n'a jamais été appliquée que dans nos colonies.
SILO, ville de l'ancienne Palestine, dans la tribu d'Ephraïm, entre JBethel et ijichem, à 20 kilom. S. de cette dernière ville. Silo fut la capitale des Hébreux depuis leur entrée dans la terre promise jusqu'au regne de David ; c'est là que Josue lie le partage du territoire entre les douze tribus, et que furent placés provisoirement le tabernacle et l'arche d'alliance.
S1LOÉ, source intermittente d'eau vive de l'ancienne Palestine. Elle sortait du mont Sion, près de Jérusalem, entre les vallées de Josaphat et d'Henuou, et alimentait deux piscines rendues célèbres par le miracle de l'aveugle-né à qui Jésus rendit la vue. C'est dans le voisinage de cette fontaine que fut enterré le prophète Isaïe.
SILONDIE ou SILUNDIE s. f. (sMon-dl).
Ichtbyol. Genre de pousons malacoptery-
fiens, de la famille des siluroïdes, voisin des agrès, et comprenant deux espèces, qui vivent dans les fleuves de l'Inde : La sii.ondhï du Gange est fort estimée comme aliment, (Ci. Bibron.)
SILOPE s. f. (si-lo-pe). Entom. Genre d'insecies coléoptères pentaineres, de la tribu des lamellicornes, tribu des scarabées phyllophages, comprenant une dizaino d'espèces, qui habitent l'Australie.
SILOUETTE s. f. Orthographe vicieuse
du IllOl SILHOUETTB.
SILOXÈRE s. m. (si-lo-ksè-re). Bot. Genre de plantas, de la famille des synanthéiées.
SILPHAL, ALE adj. (sil-fal, a-le — rad. silphe). Entom. Qui ressemble ou qui se rapporte au silphe.
— s. f. pi. Tribu d'insectes coléoptères, de la famille des clavicornes, ayant pour type le genre silphe.
silphe s. m. {sil-fe — du grec silpkê,
SILP
gerce, blatte, qui appartient peut-être à la même famille ijue le persan sila/c, gerce, teigne, et le sanscrit cili, petit ver de terre, dard, pique. Le plié du grec silphê représenterait le suffixe sanscrit bka). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des clavicomes, lype de la tribu des silphales, connu aussi sous le nom de bouclier, et comprenant une cinquantaine d'espèces, répandues dans presque toutes les régions du globe.
— Encycl. Les silphes sont des coléoptères remarquables par la forme élargie de leur corselet, qui déborde !« thorax comme un bouclier, d'où le nom de boucliers sous lequel on les désigne assez généralement. La tête est carrée, armée de mâchoires dentées ; elle porte deux antennes formées d'articles ronds qui vont en grossissant jusqu'à l'extrémité. Les silphes vivent dans les cadavres en putréfaction. La plupart sont de taille moyenne, de couleur noire ou sombre, et tous exhalent une odeur nauséabonde. Dès qu'on les touche, ils répandent par la bouche et par l'anus un liquide noirâtre, acre, fétide, qui est pour eux un moyen de défense, mais qui sert aussi sans doute a hâter la décomposition des cadavres dont ils font leur nourriture. Outre les matières animales en putréfaction, les silphes dévorent aussi les excréments. La larve a les mêmes habitudes et le même genre de vie que l'insecte parfait.
Malgré le dégoût qu'ils inspirent, les silphes sont des animaux très-utiles; ils concourent à l'assainissement de la terre en la débarrassant de tous les produits infectants qui sans eux s'y accumuleraient. Quelques espèces se nourrissent pourtant de proies vivantes; tels sont, entre autres, le silphe à guatre points, sunsi nommé des quatre points noirs placés en carré sur ses élytres jaunes. Il fait la chasse aux chenilles, et on le voit fréquemment courir sur les arbres à la première apparition des feuilles. D'autres espèces grimpent sur les plantes, notamment sur les tiges de blé, où elles poursuivent les petites espèces du genre hélix dont elles font leur nourriture.
Un petit nombre de silphes dévorent les substances végétales ; tel est ie silphe opaque, répandu dans toute l'Europe, qui fait parfois de grands ravages dans les plantations de betteraves. Sa larve en mange les feuilles. Quand la plante encore jeune se trouve attaquée par plusieurs de ces larves , elle ne tarde pas U être rongée jusqu'au collet.
S1LPH1DE s. f. (sil-ft-de). Bot. Syn. de