V. Huoo
> Je ne connaissais de M. de Bonald rien que son nom et l'auréole de législateur philosophe et chrétien dont ce nom étuit alors justement entouré. Je me figurai voir en lui un Moïse moderne, puisant dans les rayons d'un autre Sinaï la lumière divine dont il inondait les lois humaines. ■
Lamartine.
« Le drame nous apparut, et dans quelles circonstances! Lui qui ne s'était encore glissé jusqu'à nous qu'en contrebande, à travers des décharges de huées, et que nous n'avionsjamais accueilli sans un remords secret, il s'étalait hardiment sur le théâtre, maître et tyran du public et aspirant le vent des applaudissements. Une foule immense et une immense actrice le baptisaient de leur génie et de leur enthousiasme. C'était comme un Sinaï dont l'actrice était l'éclair et la foule le tonnerre. •
AUGUSTK VACQUERIE.
« La constitution sortit des flancs orageux de la Montagne, comme autrefois les tables de pierre des nuages, des éclairs et des tonnerres qui entouraient le mont Sinaï ; la nouvelle loi portait également des traces du doigt de Dieu ; car, dans les temps modernes, Dieu se cache sous les progrès de la raison, de la justice et de la liberté. >
Alphonse . Esquiros.
« Dévorés du zèle de la vérité, quelquesuns de ces hommes qui ont conservé intacte la foi de leurs pères cherchent à la propager au milieu de nous, comme si elle était réellement éteinte. Les peuples chrétiens sont traités par eux à l'égal des peuples idolâtres. Alors, le voile qui cache à tous les yeux le saint des saints est un voile de deuil, et, dans
SINA
sa sévère et vertueuse indignation, le prêtre des anciens jours est tout prêt à briser les tables qu'il rapporte du Sinaï. ■
Ballanche.
S1NA1BE s. f. (si-né-re). Ornith. Espèce de sacre.
SINAÏTE s. f. (si-na-i-te — rad. Sinaï). Miner. Sorte de roche qui constitue le mont Sinaï.
SINAM1NE s. f. (si-na-mi-ne). Chim. Base organique que l'on obtient en décomposant la thiosinamine par divers oxydes métalliques.
— Encycl. La sinamine est une base organique qui diffère de la thiosinamine par 1 molécule d'acide sulfhydrique qu'elle renferme en moins. On peut la considérer comme une monamine résultant de la substitution d'un radical allyle C3HB et d'un radical cyanogène Cy = CAz à H2. C'est donc de la cyanallylamine. Ce corps se produit par l'action de différents oxydes métalliques sur la thiosinamine conformément à l'équation
CWAz» | l'bO Thiosinamine. Oxyde de plomb.
I C3HB = PbS + H20 -f- CM-l«As* = Az CAz Sulfure Eau. f H
plomb. Sinamine.
— I. Préparation. On fait agir 5 parties d'oxyde mercurique sur 1 partie de thiosinamine à la température ordinaire; on épuise ensuite la masse froide par l'éther et l'on évapore le liquide éthéré filtré. On redissout le résidu dans l'eau chaude et on fait cristalliser la liqueur par refroidissement. On peut aussi triturer do la thiosinamine en poudre avec de l'hydrate de plomb récemment précipité et bien lavé. On chauffe ensuite le mélange au baiii-marie jusqu'à ce qu'un échantillon délayé dans l'eau et filtré donne une liqueur qui ne se colore plus en noir par l'action simultanée de l'hydrate de plomb en solution alcaline; quand ce premier point est obtenu, on fait bouillir la masse entière d'abord avec de l'eau, puis avec do l'alcool. L'ébullition avec de l'alcool est nécessaire, parce que la sinamine est obstinément retenue par le sulfure de plomb. On évapore les décoctions mélangées jusqu'à consistance sirupeuse et on abandonne le sirop à lui-même pendant plusieurs mois. Il se forme alors des cristaux que l'on comprime entre plusieurs doubles de papier buvard. Le sirop diffère des cristaux en ce qu'il renferme moins-d'eau. Si l'hydrate de plomb n'était pas bien lavé, il pourrait aussi renfermer une certaine quantité de sous-acétate de plomb.
— II. Propriétés. Les cristaux de «namine renferment (C*HflAz2)î,HSO.Cesont des prismes tricliniques blancs et brillants qui perdent leur éclat dans le vide au-dessus de l'acide sulfurique. A 100°, ils fondent et perdent les deux tiers de leur eau ; la masse fondue forme, en se refroidissant, un sirop qui ne cristallise qu'avec les plus grandes ditticultés. Par le maintien prolongé à une température de 100", la totalité de l'eau s'élimine et il reste de la sinamine anhydre sous la forme d'une masse cristalline blanche et légèrement opaque. Ce corps est inodore et possède une saveur amère, forte et persistante. Il se dissout dans l'eau, l'alcool et l'éther. La solution aqueuse possède une réaction alcaline; le tannin la précipite.
— III. Décompositions. îo La sinamine chauffée au bain d'huile dans une cornue dégage de l'ammoniaque entre 150° et 200°, saus noircir, et laisse un corps résineux jaune presque insoluble dans l'eau ; elle se dissout peu dans l'alcool et forme une solution alcaline. Sa solution dans l'acide chlorhydrique devient laiteuse lorsqu'on la neutralise par l'ammoniaque et rinit par déposer une substance résineuse lorsqu'on la chauffe. La solution chlorhydrique forme un précipité blanc dans les solutions de bichlorure de mercure et un précipité jaune dans les solutions de perchlorure de platine. 2° Un mélange froid de sincimine aqueuse et d'acide chlorhydrique ne dé-
' gage point d'ammoniaque, et ne se trouble pas sousl action de la potasse; mais, après que 1 on a fait bouillir la solution acide, la potasse en dégage de l'ammoniaque et y fait naître un précipité qui paraît identique à la substanco résineuse qui se forme quand on chauffe la sinamine. 3» L'acide chlorhydrique gazeux dirigé sur les cristaux de sinamine est absorbé par eux sans qu'une fusion en soit la conséquence. La masse ainsi formée émet soudain, quand on In chauffe, des fumées blanches de sel ammoniac et laisse un résidu fortement boursouflé, i° Exposés à l'action d'un courant de gaz acide sulfhydrique, les cristaux de sinamine prennent promptementune couleur jaune de soufre sans perdre d'eau. Ce produit, modérément chauffé, fond en un liquide transparent qui absorbe une nouvelle quantité d'acide sulfhydrique en prenant une couleur hépatique. Si on le soumet ensuite de nouveau k l'action du feu, à une température qui n'excède pas 100», il perd un mélange de sulfhydrate d'ammonium et d'eau ; l'eau n'est autre que l'eau de cristallisation de la sinamine. Il reste finalement une masse transparente^ inodore, de couleur hépatique, qui s'élève a 94,88 pour 100 du poids des cristaux.
SINA
Cette masse forme, avec l'eau et avec l'alcool, des solutions qui colorent les sets de plomb en rouge pâle, et qui ne donnent aucun précipité de sulfure de plomb lorsqu'on les fait bouillir avec les sels plombiques.
— IV. Sels db sinamine. L'ammoniaque est chassée de ses sels par la «inanimé. Cette base précipite les sels de plomb, de fer et de cuivre. Elle ne forme, cependant, de sels solides avec aucun acide, si ce n'est l'acide oxalique, avec lequel elle fournit des cristaux. Ses solutions acides communiquent une coloration jaune au bois de sapin.
— Sinamine et chlorure mercurique
C*H«Az2,HgCl*.
La solution de la sinamine dans l'acide chlorbvdrique aqueux forme, avec un excès de chlorure mercurique en dissolution dans l'eau, un précipité que 1 on doit simplement recueillir sur un filtre, comprimer et dessécher dans le vide, parce qu'il a une très-grande tendance à se décomposer pendant les lavages.
— Composé platinique. Lorsqu'on ajoute un peu d'acide chlorhydrique à de la sinamine dissoute dans l'eau et qn'on verse ensuite du chlorure platinique dansja liqueur, il se forme des flocons blancs jaunâtres qui se déposent lentement, de sorte que le liquide filtré donne un nouveau précipite au bout d'une heure; le nouveau liquide tiltré en donne un autre, et ainsi de .suite. Tous ces précipités renferment la même proportion de platine lorsqu'on ies dessèche à l'air à 11 5°. Ils ont peut-être pour formule C*H«Aï*,8HCl,PtCl*.
La sinamine donne un précipité résineux avec l'azotate d'argent.
— Ethylsinamine ou sinétltylamine
CAz .
C»H»(CïH5)Az! = C2H5 Az.
Ce corps prend naissance lorsqu'on décompose la thiosinélhylainine par l'hydrate de plomb. Si l'on chauffe ensemble les deux substances jusqu'à ce qu'une petite portion de la masse ne noircisse plus par l'action de la solution alcaline d'oxyde de plomb, que l'on épuise ensuite la masse par l'eau bouillante,
fiuis par l'alcool bouillant, et que l'on évapore es solutions, on obtient un résidu sirupeux qui devient presque entièrement cristallin au bout de quelques mois. Ce résidu, comprimé entre plusieurs doubles de papier buvard et recristallisé dans l'éther, fournit la sinéthylamine pure.
La sinéthylamine cristallise en aiguilles qui se groupent en dencirites; sa saveur est fort amère. A 100°, elle fond en un liquide incolore qui se prend presque instantanément en une masse cristalline lorsqu'on le touche avec un corps froid, la cristallisation rayonnant autour du point de conlact. Elle est insoluble dans l'eau ; mais elle se dissout dans l'alcool et dans l'éiher en formant des solutions qui ont une réaction alcaline.
— Composé mercurique
(C6HlOAzï)2,(HgCl2)3.
Une solution d'éthylsinamine forme, avec le chlorure mercurique aqueux , un précipité floconneux blanc qui, lorsqu'on le chauffe au bain-marie , fond en un liquide jaune peu fluide qui se solidirie à l'état cristallin par le refroidissement.
— Composé platinique
(C6H10A z*)S,( H Cl)», PtCH.
Une solution chlorhydrique d'éthylsinamine forme, avec le chlorure platinique, des cristaux jaune rougeàtre en forme de barbes de plume. Ces cristaux donnent à l'analyse 31,55 pour 100 de platine; leur formule en exigerait 31,21.
SINAN-PACHA, surnommé dans la suite Kodjnh .(maître, vieillard), illustre général italien au service de la Turquie, né à Florence suivant les uns, à Milan suivant les autres. Après avoir abjuré la religion catholique pour se faire musulman, il fut fait vizir sous Soliman 1er, prit en 1551 la ville de Tripoli, échangea le gouvernement d'Alep contre celui de l'Egypte et alla, en 1508, réprimer la rébellion des Arabes de l'Yéinen. De retour en Egypte en juin 1571, il construisit à Alexandrie et dans plusieurs villes de la Syrie et de l'Anatolie des mosquées et des établissements d'utilité publique. Nommé grand vizir à la fin de mars 1574, par Séliin II, il soumit le royaume de Tunis. Disgracié sous Amurat IÎI en 1577 et déposé en 1580, Sinan- Pacha, à la suite de siiccès remportés en Perse , redevint grand vizir en 1585. Disgracié de nouveau, il fut réintégré dans son viziriat pour avoir, par les sages conseils donnés au sultan, contribué à étouffer la révolte des janissaires en 1593. Vaincu en Hongrie par Sigismond Battori, prince de Transylvanie, Sinan-Pacha tomba encore une fois du viziriat. Nommé pour la quatrième fois grand vizir en 1595, il mourut peu de temps après en laissant d'immenses trésors.
SINAN-PACHA, surnommé Defterdar, parce qu'il avait rempli la charge de grand trésorier, administrateur turc. Il gouverna l'Egypte d'octobre 1584 à mai 1587. Destitué et craignant de plus grands malheurs pour sa personne, il s'enfuit; mais, arrivé dans la Natolie, il fut massacra par ses propres troupes.
SINA
SIN^-ÏOCSOUF, pacha, général égyptien. II fut grand-vizir de Sélitn I", contribua à la victoire de Tchaldiran, remportée sur les Persans (I5U), et à celle de Mardj- Dabek, remportée sur les Egyptiens (1516). Il fut tué l'année suivante en combattant ces derniers à la bataille de Reiodanieh ou des Pyramides.
SINAPATE s. m. (si-na-pa-te — du lat.
sinapis, moutarde). Chim. Sel qui résulte de la combinaison de l'acide sinapique avec une base,
— Encycl. V. SINAPIQUE.
SINAPIDENDRON s. m. (si-na-pi-dain-dron
— du lat. sinapis, gr. sinapi, moutarde; dendron, arbre). Bot. Genre de plantes, de la famille des crucifères, tribu des brassicées, formé aux dépens des moutardes, et comprenant quelques sous-arbrisseaux, qui croissent h Madère.
SINAPINE s. f. (si-na-pi-ne— du lat. sinapis, du gr. sinapi, moutarde). Base organique qui existe a l'état de sulfocyanate dans les graines de moutarde blanche.
— Encycl. La sinapine a pour formule C«H23AzOB. C'est Henry et Garot qui les premiers, en I8Z5, réussirent à extraire le sulfocyanate de l'huile grasse contenue dans ces graines. Ils lui donnèrent le nom d'acide sinapique, parce qu'ils en méconnurent la vraie nature. Plus tard, cependant, les mêmes chimistes reconnurent que la substance découverte par eux était neutre lorsqu'elle était pure, et ils lui donnèrent le nom de sulfosinapisine. Berzélius lui donna le nom de sinapine; mais sa vraie nature a été d'abord reconnue par' Babo, puis par Hirschbrunn, qui établit que c'est là un sel qui renferme une base organique, notre sinapine actuelle. Il assigna à cette base la formule C3sHïiAz010 (anc. not.), formule que Gerhardt corrigea et transforma en cette autre, C^H^AzO1", laquelle, dans notre notation actuelle, doit être écrite C«H23AzOB.
On ne connaît la sinapine qu'en dissolution dans l'eau ou a l'état de sel. On obtient sa solution aqueuse en ajoutant peu à peu de l'eau de baryte à une dissolution de son sulfate acide jusqu'à ce que la totalité de l'acide suifurique soit précipitée. Il faut éviter avec lo plus grand soin l'emploi d'un excès de baryte, sans quoi la sinapine se décomposerait en acide siuapique et en sincaline. La solution aqueuse de sinapine présente une couleur jaune foncé et une réaction alcaline très-nette ; elle n'est précipitée ni par l'alcool ni par l'éther. Quand on l'évaporé, elle prend une teinte brun foncé et laisse un résidu parfaitement amorphe. La solution précipite la plupart des sels métalliques : les sels cuivriques en vert, les sels mercuriques en jaune, les sels d'argent en brun grisâtre. Ces précipités se réduisent à l'état métallique par un repos prolongé, ou plus rapidement par l'action de la chaleur. La sinapine versée dans la solution de perchlorure d'or en précipite immédiatement de l'or métallique.
— Sels de sinapine. Ces sels sont incolores et plus stables que la base libre ; leurs solutions jaunissent au contact de ia potasse et de l'eau de baryte, et la sinapine, devenue libre, se transforme aussitôt en sincaline et en acide sinapique.
— Chlorhydrate de sinapine. On l'obtient en décomposant le sulfate par le chlorure de baryum. Il cristallise en aiguilles très-solubles dans l'eau. La solution donne, avec le chlorure plalinique, un précipité résineux qui brunit dès qu'on le chauife.
— Asotate de sinapine. On l'obtient aussi par double décomposition ; il cristallise en aiguilles extrêmement solubles.
— Sulfates de sinapine. Le sulfate acide CÎ6HîSAzO»!H2SO\'lHïO se produit lorsqu'on ajoute une petite quantité d acide suifurique concentré à une solution également concentrée et chaude de sulfocyanate dans l'alcool à 90 pour 100. Par le refroidissement, il su dépose en si grande quantité que le liquide paraît en être complètement rempli. On lave les cristaux à l'alcool absolu, pour les débarrasser de l'acide suifurique et de l'acide sulfocyanique qui y adhère. Il forme des plaques rectangulaires , très-solubles dans l'eau et dans l'alcool bouillant, insolubles dans l'éther, douées d'une réaction acide bien franche. Les cristaux perdent leur eau à lûC", Le sel neutre s'obtient en neutralisant le sel acide par l'eau de baryte et évaporant la liqueur filtrée. Jl forme une masse cristalline fort soluble.
— Sulfocyanate de sinapine
C«H«Az*S05 = Ci6HS3A20»,CAzHS,
sinapine de Berzélius, sulfosinapisine de Henry et Garot. On trouve ce sel tout formé dans tes graines de moutarde blanche. D'après Henry et Garot, il existerait aussi dans les graines de moutarde noire et de turritis glabra. Plusieurs méthodes ont été proposées pour obtenir ce sel; nous allons les décrire l'une après l'autre.
lo On épuise d'abord des graines sèches et pulvérisées de moutarde blanche par l'éther, ufin d'en extraire l'huile grasse. On fait ensuite macérer le résidu avec de l'alcool absolu froid aussi longtemps que ce liquide se colore en jaune rougeâtre ; puis on traite la résidu par l'alcool à 90» bouillant et on le
SINA
soumet k la presse. Ce traitement par l'ai- , cool bouillant suivi d'une expression doit être répété deux ou trois fois. Les solutions alcooliques chaudes étant concentrées à la , moitié de leur volume donnent, par le refroidissement, des cristaux incolores de sulfo- | cyanate de sinapine. I) suftit d'évaporer plus complètement les eaux mères et d'y ajouter du sulfocyanate potassique pour qu'il se forme une quantité additionnelle de ces cristaux. Le sulfocyanate de potassium précipite I aussi du sulfocyanate de sinapine de l'extrait que nous avons déjà mentionné et que l'on prépare au moyen de l'alcool froid,
2» On soumet de la farine fraîche de moutarde blanche à la pression du moulin à huile pour en extraire 1 huile grasse, puis on l'épuise au moyen de l'alcool à 80° bouillant. On évapore ensuite les teintures alcooliques j au bain de Sel, jusqu'à ce qu'elles soient ré- ', duites à la moitié de leur volume. Le produit j se sépare alors par le refroidissement en deux : couches, l'une formée par de l'huile et l'autre par du sulfocyanate de sinapine. Si l'on j poussait l'évaporation trop loin, le sulfocyanate de sinapine refuserait de cristalliser. Si, d'autre part, on n'évaporait pas une quantité d'alcool suffisante, une portion du sel resterait dissoute dans la couche huileuse et alcoolique et serait difficile à séparer sous la forme de cristaux. Ce qui vaut le mieux pour effectuer cette dernière séparation, c'est d'ajouter un peu de sulfocyanate de potassium au liquide. On recueille à part la couche aqueuse inférieure, que l'on sépare de la couche huileuse au moyen d'un entonnoir, et on l'abandonne à l'évaporation spoutauée aussi longtemps qu'il continue à s y déposer des cristaux de sulfocyanate de sinapine. On recueille les cristaux sur un filtre en toile, on les débarrasse le plus complètement possible de l'eau mère adhérente au moyen d'une machine à force centrifuge, on les mouille ensuite avec de l'alcool, on les comprime entre plusieurs doubles de papier buvard et on les fait entin recristalliser dans l'alcool à 90°, puis dans l'eau bouillante additionnée d'un peu de charbon animal. On peut encore verser immédiatement une solution alcoolique de sulfocyanate de potassium dans la couche aqueuse décantée d'avec la couche huileuse, et purifier, comme nous venons de le dire, les cristaux qui se déposent. Les eaux mères donnent aussi une nouvelle quantité de sulfocyanate de sinapine lorsqu'on les traite par une solution alcoolique de sulfocyanate de potassium.
3* On épuise par l'éther de la graine de moutarde blanche pulvérisée et privée déjà de la majeure partie de son huile grasse par une expression à 50°; le résidu est mis en digestion avec sept parties d'alcool k 80°, puis avec deux nouvelles parties du même alcool. On distille ensuite les teintures en poussant l'évaporation jusqu'à ce que le poids du résidu soit seulement égal au quart de celui de la graine de moutarde employée. Ce résidu, abandonné à lui-même, cristallise au bout de quatorze jours environ. On lave les cristaux à l'éther pour les débarrasser d'une matière colorante qui les souille , et l'on achève de les purifier en les faisant cristalliser à plusieurs reprises dans l'alcool et dans l'eau. 11 est bon de décolorer les solutions aqueuses par le noir animal.
4" Wïnckler fait aussi digérer la moutarde blanche avec de l'alcool à 80° (3 parties), évapore la teinture de manière que le résidu ait un poids égal à la moitié de celui de la moutarde employée, et lave à l'éther le résidu aussi longtemps que l'éther se colore, afin de le débarrasser d'une matière colorante et de gouttelettes huileuses. Entin, il achève de purifier le sel par dissolution dans l'eau et décoloration au moyen du noir animal. Une méthode analogue estadoptée aussi par Simon. Toutefois, ce dernier, au lieu de l'aire digérer la farine avec beaucoup d'alcool, l'humecte seulement, puis la soumet à une forte pression et recommence ces traitements jusqu'à épuisement complet. La dissolution serait ainsi bien plus facile. Le sulfocyanate de sinapine cristallise en touffes peu serrées d'aiguilles groupées en étoiles ou en prismes incolores et presque aussi transparents que le verre. Ces prismes sont ordinairement rectangulaires , tronqués et groupés en étoiles ou en nodules minces. Le sel est neutre, inodore et d'une saveur d'abord amère, qui laisse un arrière-goût chaud rappelant celui de la moutarde ; il fond lorsqu'on le chauffe (à 130<> suivant Babo), en formant un liquide jaune, qui se solidifie en une masse gommeuse par le refroidissement. L'eau et l'alcool le dissolvent surtout à chaud en se colorant en jaune ; par le refroidissement de ses solutions saturées à chaud, il se dépose cristallisé. On peut aussi le dissoudre et le faire cristalliser dans l'éther, le sulfure de carbone et l'essence de térébenthine ; mais il est moins soluble dans ces derniers liquides que dans l'eau et dans l'alcool.
Le sulfocyanate de sinapine se décompose quand on lo chauffe fortement et donne des produits piquants en même temps qu'il reste un résidu de charbon. Il se dégage aussi des gaz combustibles. Les vapeurs ne présentent l'odeur ni de l'hydrogène sulfuré, ni du sulfure de carbone, ni de l'acide cyanhydrique, Dans la cours de la décomposition, il parait se dégager des bases volatiles en même temps que des huiles empyreuraatiques, qui brûlent
SINA
avec une flamme très-éclairante en donnant de l'anhydride sulfureux. L'acide suifurique concentré le dissout en le colorant en jaune verdâtre et en l'échauffant un peu. La solution brunit quand on la chauffe et se charbonne ensuite. Il se dégage dans ce cas de l'acide sulfocyanique. Traité par l'iode, il prend une coloration brun jaune pâle, puis tond si l'on chauffe, dégage de l'iode et laisse une résine rouge brun cassante. Le chlore colore d'abord sa solution aqueuse en brun rouge, puis en ronge et finalement en jaune, avec formation d'acide suifurique et dégagement d'acide cyanhydrique. La production d'acide cyanhydrique est toutefois contestée par Babo et par Hirschbrunn, et ces chimistes ont raison sans doute, car l'acide cyanhydrique est décomposé par le chlore. L'acide azotique de 1,4 de densité ou d'une densité moindre prend tout de suite une couleur rouge au contact du sulfocyanate de sinapine et dégage des vapeurs rutilantes. La solution passe ensuite au jaune quand on la chauffe, et elle renferme alors de l'acide suifurique. Quand on a fait bouillir du sulfocyanate de sinapine avec du peroxyde de manganèse et de 1 acide suifurique étendu, il distille un liquide qui contient de l'acide cyanhydrique et il reste un résidu qui se dissout dans l'eau, la colorant en rouge brun foncé. La potasse caustique dissout ce sel en prenant une couleur jaune. Si l'on sursature immédiatement le liquide au moyen de l'acide chlorhydrique, le sel s'en sépare inaltéré, pourvu que la solution soit suffisamment concentrée; mais par l'ébullition avec la potasse, la soude ou l'eau de baryte, le sulfocyanate de sinapine se résout en acide sinapique, en sincaline eten acide sulfocyanique. L'ammoniaque, la strychnine, la morphine et la quinine le colorent également en jaune ; mais la narcotine et la salicine ne le colorentpas.il suffit d'une trace de vapeur de tabac, au contraire, pour déterminer cette coloration. Vis-à-vis des acides étendus et des solutions salines, le sulfocyanate de sinapine se comporte comme tous les autres sulfocyanates. Ainsi, il rougit immédiatement les sels ferriques dans la plupart des cas. Quelquefois cependant on l'obtient dans un état spécial où il ne les rougit plus, si ce n'est sous l'influence de la chaleur.
SINAPIQUE adj. (si-na-pi-ke — du lat. sinapis, gr. sinapi, moutarde). Chim. Se dit d'un acide qui prend naissance lorsqu'on fait bouillir le sulfocyanatate de sinapine avec la potasse ou avec l'eau de baryte.
— Encycl. L'acide sinapique CUH'îO5 prend naissance en même temps que la sincaline. Sa formation est exprimée par l'équation suivante :
C"H23A«0»,CAzHS + 3KHO Sulfocyanate Potasse,
de sinapine.
= C«H10K.SO5-j- C5H13AzO + UAzKS + HîO Sinapate Sincaline. Sulfo- Eau.
de potassium. cyanate
potassique.
La meilleure méthode que l'on puisse mettre en œuvre pour préparer ce corps consiste à faire bouillir le sulfocyanate de sinapine avec une lessive de potasse; on sursature ensuite par l'acide chlorhydrique, on recueille le précipité qui se forme et on le purifie par plusieurs cristallisations dans Valcool à 00 pour 100. Lorsqu'on opère au moyen de l'eau de baryte, l'acide sinapique est obtenu à l'état de sel de baryum insoluble, d'où on le sépare au moyen de l'acide suifurique et de l'alcool.
L'acide sinapique cristallise en petits prismes peu solubles dans l'eau froide, plus solubles dans l'eau bouillante. li se dissout facilement dans l'alcool chaud et il est insoluble dans l'éther. Il est presque insoluble dans la plupart des acides; l'acide azotique, toutefois, le dissout en prenant une couleur rouge ; il se forme, dans ce cas, de l'acide oxalique et un composé nitré. L'eau de chlore colore cet acide eu rose rouge qui finit par se foncer et par virer au rouge pourpre, mais il ne le dissout pas.
L'acide sinapique fond entre 150» et 200» et se solidifie à 1 état cristallin en se refroidissant. Soumis à la distillation sèche, il brunit et donne une huile incolore qui forme, avec- l'ammoniaque gazeuse, un corps jaune peu soluble dans l'eau. Le résidu donne la même réaction avec le gaz ammoniac.
— StNAPATES. L'acide sinapique forme avec les alcalis des sels très-solubles ; avec les terres alcalines ou les oxydes des métaux lourds, des sels peu solubles ou insolubles. Tous ces sels se décomposent avec facilité, à l'exception de celui de baryum. La solution de l'acide sinapique dans la potasse brunit rapidement, puis rougit au contact de l'air; la solution ammoniacale prend aussi, dans ces conditions, une teinte rouge brun.
Une solution neutre de sinapate de potassium forme des précipités blancs dans les solutions de chlorure de calcium et d'alun. Le précipité aluminique prend une teinte rose d'abord, puis rouge foncé, sous l'influence de l'eau de chlore. Avec le chlorure ferrique, le sinapate potassique donne un précipité rose rouge ou rouge pourpre en même temps qu'il se forme de l'oxyde ferreux. Il donne, avec les solutions des sels de cuivre et de plomb, des précipités qui prennent assez rapidement une teinte verte tirant sur le bleu. Avec le chlorure mercurique et l'azotate d'argent, il
SINA
donne des précipités blancs qui se décomposent avec séparation de métal, surtout par l'action d'un excès d'alcali.
Le sinapate de potassium est précipité de ses solutions en lamelles irisées pur l'alcool absolu. Ces lamelles se modifient dès que l'alcool est évaporé. Le sel de baryum
C«HWBa"0&
s'obtient en précipitant le sel neutre d'ammonium par le chlorure de baryum; il faut éviter avec soin d'employer un excès de ce dernier réactif, sans quoi le précipité se redissoudrait. On peut aussi 1 obtenir plus directement en faisant bouillir le sulfocyanate de sinapine avec de l'eau de baryte à l'abri de l'air. Ce précipité doit être lavé à l'eau parfaitement exempte d'acide carbonique.
SINAPIS s. m. (si-tia-piss — mot lat. dérivé du gr. sinapi, même sens). Bot. Nom scientifique du genre moutarde. Il Nom donné par les anciens auteurs au vélar, à la roquette sauvage et à quelques autres crucifères.
SINAPISATION s. f. (si-na-piza-si-on — rad. sinapiser). Méd. Action de sinapiser, application de sinapismes : La sinapisation intérieure a été essayée contre l'hydropisie. (Mérat.) Les caractères de la sinapisation sont, en général, ceux des rubéfiants. (Mérat.)
SINAPISER v. a. ou tr. (si-na-pi-zé — lat. sinapizare; de sinapis, gr. sinapi, moutarde). Additionner de moutarde : Sinapiser un cataplasme. Sinapiser un pëdituve.
SINAPISINE s. f. (si-na-pi-zi-ne — du lat. sinapis, gr. sinapi, moutarde). Chim. Matière blanche sulfurée, extraite de la moutarde.
SINAPISME s. m. (si-na-pi-sme — du lat. sinapis, moutarde, grec sinapi, sinapu, et aussi napa, napeion, qui a passé dans tous les dialectes germaniques, à commencer par le gothique sinaps. La provenance de ce mot est inconnue. Le sanscrit surishapa ou sarshapa, que Benfey compare avec doute, est bien difficile à identifier phoniquement).Méd. Médicament topique composé de substances chaudes et acres, dont la graine de moutarde fait ordinairement la base : On lui a mis, on lui a appliqué des sinapismes à la plante des pieds. (Acad.) L'exercice partiel de certains muscles est un dérivatif aussi puissant que les sinapismes, les ventouses. (Maquel.)
— Encycl. Pour faire les sinapismes, on emploie la farine de moutarde, qui doit sa propriété irritante à un principe ou huile volatile qui se trouve dans les graines du sinapis. On indique, en pharmacologie, \e sinapis nigra comme contenant Ja plus grande quantité de principes actifs; mais on se sert souvent aussi du sinapis arvensis, plus commun dans les champs, et même du sinapis alba, qui s'y trouve quelquefois aussi. La substitution de l'une à l'autre de ces espèces de plantes ne produit aucun inconvénient; mais il faut avoir soin d'employer autant que possible la farine récente, car, lorsqu'elle est vieille, elle a perdu de sa force. Pour extraire l'huile volatile de la farine de moutarde, il faut méfer celle-ci avec un liquide qu'il n'est pas indifférent de bien choisir. Beaucoup de personnes croient donner plus de force aux sinapismes en pétrissant la farine de moutarde avec du vinaigre; c'est une grave erreur. Trousseau a démontré que le vinaigre et tous les acides concentrés ou alcalis caustiques neutralisent en partie l'huile essentielle du sinapis en coagulant l'albumine qui constitue un de ses éléments principaux. L'eau bouillante agit de la même manière, et le meilleur moyen de préparer la farine de moutarde, c'est d'employer l'eau froide. On fait ainsi une espèce de bouillie épaisse qu'on étale sur un linge comme pour un cataplasme ordinaire et qu'on applique à nu sur les téguments. On replie les bords du linge de manière à empêcher la pâte de s'étendre au delà du point sur lequel on veut agir. Quelquefois on ajoute au sinapisme des corps irritants, comme l'ail, le poivre , la poudre de cantharides, etc. L'ail doit être réduit en pulpe à froid et mêlé à la substance même du sinapisme; le poivre et la poudre de cantharides sont simplement étendus à la surface de la farine de moutarde déjà préparée et prête à être appliquée. Lorsque, au contraire, on veut rendre î'uction du sinapisme moins énergique, on mélange la moutarde avec une plus ou moins grande quantité de farine de lin, ou bien encore on étend simplement une couche de farine de moutarde sur un cataplasme ordinaire de farine de lin. On peut appliquer les sinapismes sur toutes les parties du corps; le visage esta peu près le seul endroit où l'on s'abstient d'en mettre. Un point très-important à déterminer dans l'application des sinapismes, c'est de fixer le temps pendant lequel ils doivent rester en contact avec la peau. Trousseau et Blanc pensent « que jamais on ne doit laisser un sinapisme préparé à l'eau appliqué plus d'une heure et que, dans le cas même où le malade ne se plaint pas, il faut l'enlever au bout de ce temps, si toutefois la seti- 'sibilité est éteinte ou émoussée. > L. Deslandes ne fixe pas le temps; mais, « en général, dit-il, plus la peau est fine, délicate, vivante, plus la sinapisation est facile. Ainsi, l'effet des sinapismes est, toutes choses égales d'ailleurs, plus rapide, plus intense chei les en-
SINA
fants que chez les vieillards, chez les femmes que chez les hommes, sur des membres pleins de vie que lorsqu'ils sont insensibles et glacés, sur les parties fines de !a peau que sur celles dont l'épidémie est épais, calleux. Cependant, et malgré ces données, on peut ne prévoir que très- imparfaitement l'effet qu'aura un sinapisme. Il ne faudra qu'un quart d'heure chez un sujet pour que la rubéfaction ait lieu, tandis qu'il faudra deux, trois et même six fois plus de temps chez un autre sujet qui cependant parait être dans des conditions analogues. On ne peut donc prescrire d'une manière absolue le temps que doit durer l'application d'un sinapisme. A quoi donc reconnaître qu'il faut la faire cesser? Ce n'est pas à la rougeur de la peau, car, le plus souvent, ce n'est que postérieurement à l'enlèvement du cataplasme que la rubéfaction se montre. Ce ne peut donc être qu'à la douleur, à l'irritation locale qu'il cause ; aussi ai-je l'habitude de dire : « Vous
• retirerez les sinapismes quand le malade les
• aura suffisamment sentis. » Cependant, j'en conviens, cette indication est extrêmement vague ; le sinapisme, suivant la manière de sentir du malade et celle de juger des assistants, sera retiré ou trop tôt ou trop tard, et l'on sera exposé a voir l'effet aller au delà ou rester en deçà de celui qu'on voulait obtenir. Mais les inconvénients sont plus à craindre encore lorsqu'on prescrit d'une manière absolue la durée de l'application. Mieux vaut donc encore s'en rapporter à la sensation du malade pour la limiter. » Après avoir levé les sinapismes, on lave la place avec de l'eau tiède et on l'essuie avec un linge sec. Si l'irritation était trop vive et la partie douloureuse, on y appliquerait un linge enduit de cérat ou un morceau d'ouate. Si l'énergie du sinapisme était allée jusqu'à la vésication, il ne faudrait point crever les ampoules, mais attendre leur rupture naturelle ou la résorption du liquide contenu dans leur intérieur. En pareil cas, on panse simplement avec du cérat ou une fomentation émolliente, et la dessiccation a lieu au bout de quelques jours. Il arrive parfois que les malades éprouvent de violentes douleurs à la place qu'ont occupée les sinapismes; on conseille ordinairement pour les calmer quelques gouttes d'éther sulfurique versées lentement sur le point douloureux ; on obtient les mêmes effets par des onctions faites avec l'eau de chaux mêlée à parties égales avec l'huile d'amandes douces, ou bien encore avec un mélange de 30 grammes d'onguent populéum et 6 grammes d'extrait de belladone , de stramcine et de jusquiume. Quelquefois il est utile de prolonger l'action des sinapismes ; pour cela, on les change fréquemment de place, toutes les quinze minutes environ, et on les promène sur une grande surface, sur toute la longueur du membre inférieur, par exemple. Si l'on veut obtenir une action très-énergique et très -rapide, au lieu d'employer la farine de moutarde, on se sert d'un mélange de 12 parties en poids d'huile volatile et de 250 parties d'alcool à 25». On imbibe de cette liqueur un morceau de flanelle fine qu'on applique sur les téguments à différentes reprises ; deux ou trois minutes suffisent pour produire l'effet voulu; quelques minutes de plus donneraient lieu à la vésication et à une vaste ampoule. On peut remplacer la farine de inoutarde par l'ail pilé, la poix de Bourgogne, l'huile de croton; mais le premier de ces moyens est celui dont l'emploi est le plus facile. Les sinapismes sont quelquefois employés sous forme liquide ; c'est ainsi qu'on délaye plusieurs poignées de farine de moutarde dans un pédiluve; mais ce procédé est peu efficace, si l'on considère d'abord que l'eau chaude diminue l'action de l'huile volatile, que celle-ci se trouve en très-petue quantité relativement à la quantité d'eau du pédiluve et, en troisième lieu, que le bain est ordinairement prolongé pendant une demiheure, c'est-à-dire un temps insuffisant. S'il se produit, en pareil cas, une irritation de la peau, il faut plutôt l'attribuer à l'action de l'eau chaude qu'à celle de la moutarde, car celle-ci agit comme tous les rubéfiants en général ; elle active la circulation, produit de la chaleur, provoque une irritation et une douleur locale intense et d'une nature particulière, augmente les exhalations, les sécrétions, irrite le tissu musculaire et fait naître le besoin de marcher (Barbier). On emploie les sinapismes dans le double but de produire la dérivation ou une excitation générale. Existe-t-il une douleur locale un peu profonde, on réussit fréquemment à la calmer par l'application des sinapismes; supposot-on qu'une affection morbide est produite par la concentration d'une humeur sur un orgnne, on peut la détourner en produisant sur un lieu plus ou moins éloigné une forte dérivation à l'aide des sinapismes. La moutarde agit principalement sur le système nerveux ; aussi, dans tes affections soporeuses, paralytiques, dans la débilité musculaire, les sinapismes sont-ils reconnus d'une grande utilité. Bans les cas de rhumatisme , de goutte, de congestion cérébrale ou pulmonaire, les sinapismes sont d'une pratique populaire et, pour ainsi dire, domestique. On s'en sert encore pour provoquer la sueur et l'évacuation menstruelle, etc. Enfin, on a essayé dans quelques cas la sinapisation intérieure contre l'hydropisie; ce mode d'application a donné lieu à des évacuations co-
SINA
pieuses d'urine et à des selles abondantes qui ont procuré quelques soulagements.
— Art vétér. L'emploi des sinapismes n'est pas très-ancien dans la médecine vétérinaire ; il ne remonte guère au delà de deux siècles, et Solleysel est le premier qui donne quelques détails sur leur mode d'application chez les animaux. On les désignait alors sous les noms de rétoires ou feux-morts; mais ces dénominations désignaient plus particulièrement les vésicatoires.
Le sinapisme est produit exclusivement avec la farine de moutarde transformée en pâte avec de l'eau tiède. La partie active et rubéfiante de cette substance réside dans une huile essentielle, acre et très-irritante. En outre, il résulte des expériences de MM. Robiquet, Bussy et Bautron que, dans ia moutarde noire, il existe deux principes : l'un est un acide particulier nommé acide myronique ; l'autre, une matière ayant beaucoup d'analogie avec l'émulsion des amandes et appelée myrosine. La réaction de ces deux principes , sous l'influence de l'eau froide, donnerait naissance à l'huile essentielle. Aussi, pour favoriser la formation et le dégagement de cette huile irritante, est-on généralement d'accord aujourd'hui que, pour fwéparer un sinapisme, il faut d'abord déayer la farine de moutarde dans l'eau froide, puis, après cinq à dix minutes, y ajouter une certaine quantité d'eau chaude à 30» ou 40<>. L'eau très-chaude et surtout l'eau bouillante, l'alcool, le vinaigre froid ou chaud nuisent à la production et au dégagement de l'huile essentielle. Les expériences de MM. Trousseau, Pidoux et Delufond, faites dans le but de constater les effets comparatifs de la farine de moutarde délayée dans l'eau froide, l'eau chaude, le vinaigre faible et le vinaigre concentré, ont démontré que le sinapisme produisait autant d'effet rubéfiant, sinon plus, préparé avec l'eau froide, qu'avec tous les autres liquides que nous venons de citer.
Quand on a préparé la pâte de manière qu'elle ait une consistance suffisante pour se maintenir sur la peau, on l'applique directement et sans précaution si la partie est recouverte d'une peau mince à poils fins. Quand la peau est épaisse, couverte de poils longs et abondants, on les coupe, mais non d'une manière complète, car il est utile qu'il en reste pour retenir la matière du sinapisme. On augmente l'action de celui-ci en bouchounantt frictionnant d'avance, en nettoyant bien la partie, en approchant un fer chaud, mais de manière à produire seulement une légère excitation vitale qui prépare l'action rubéfiante du sinapisme. Après avoir pris toutes ces précautions, on applique le sinapisme avec la main ou avec une spatule en l'étendant à contre-poil, de manière à faire passer la substance molle sous les poils. La couche n'anul besoin d'être épaisse, car la partie qui est en contact avec ta peau est la seule qui agit, et, par conséquent, ce qu'on met en surplus est sans effet. Il vaut mieux renouveler l'application si l'on veut agir plus énergiquement. Cependant ce renouvellement ix une limite ; en effet, des siuapismes répétés sur une même région peuvent amener des désordres assez considérables, ou tout au moins des plaies comme celles que produisent les vésicatoires. Aussi, en principe, est-il prudent de ne pas appliquer plus de deux sinapismes consécutifs sur la même partie. L'application de la pâte de moutarde se fait ainsi simplement, sans intermédiaire, sur les parties supérieures et latérales du corps ; mais sur les parties inférieures, comme sous la poitrine, par exemple, il faut les maintenir par. un bandage attaché sur le dos. Le même soin est nécessaire sur les petits quadrupèdes et surtout sur le chien, qui, avec ses dents ou ses pattes, l'aurait bientôt arraché si l'on n'y mettait efficacement obstacle.
Lorsque le sinapisme a produit son effet, il faut 1 enlever. Quelquefois il tombe de luimême, à mesure que la pâte, en se desséchant, cesse d'adhérer à la peau. Quand on veut le faire tomber plus vite, un simple lavage à l'eau tiède suffit. 11 faut faire ce lavage avec soin, si on doit appliquer un second cataplasme sinapisé.
Les sinapismes, appliqués sur la peau, déterminent bientôt de la douleur, de la rougeur et de la tuméfaction sanguine, mais sans formation de phlyctènes. C'est dans cet ' engorgement que l'on pratique des mouchetures pour obtenir une saignée locale.
Les maladies qui en réclament remploi sont ia pneumonite, la pie unie, la péritonite, l'arachnoïdite, la pharyngite, la laryngite au début, les douleurs articulaires. Ils agissent comme dêplétifs et révulsifs. On fait usage de ces cataplasmes dans les engorgements froids et indolents des extrémités inférieures des membres et du garrot. Un fait aussi, avec la farine de moutarde, des mastigadours qui excitent l'appétit et favorisent la digestion chez les vieux chevaux et ceux qui ont le ventre paresseux ou relâché.
On peut encore faire des sinapismes, en médecine vétérinaire, avec la racine fraîche dii grand raifort sauvage (raphani rusticani seu armoraciœ radix, racine du coc/ilearia armoracia). Le raifort est une plante vivace qui croît particulièrement en Bretagne, au bord des ruisseaux, dans les lieux frais et humides. On la cultive aussi dans nos jar-