‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 419 sur 1059 · C. Délavions · texte numérisé non relu

C. Délavions

— Si ce n'est : Pour être heureux, que faut-il, sinon ne rien désirer? (Buif.) Qu'est-ce qui a fait naître le protestantisme, sinon les abus du catholicisme? (Jouifroy.) Qu' est-ce que l'histoire, sinon cette lutte éternelle de l'esprit ancien et de l'esprit nouveau, dont la fin est le progrès? (H. Rigault.) C'est le privilège de l'homme de pouvoir résister au moins à l'habitude, sinon d l'instinct. (V, Cousin.) Qu'est-ce que le monde, sinon une redite perpétuelle? (Th. Gaut. ) Les princes romains sont, sinon sans orgueil, au moins sans morgue. (E. About.)

Qui peut de vos desseins révéler le mystère, Sinon quelques amis engagés à, se taire?

Racinb.

— AIIub. hist. Sinon, non. Formule par laquelle la noblesse aragonaise mit une limite à sa soumission aux volontés de la couronne d'Espagne.

La fierté castillane, qui est passée en proverbe, était particulièrement l'apanage des Aragonais; c'est sous le règne de leurs princes nationaux, c'est-à-dire avant que l'Aragon appartînt k la couronne d'Espagne, que s'établit cette constitution célèbre d Aragon, la plus remarquable de toutes celles que présente le moyen âge. La haute souveraineté nationale se manifestait k chaque vacance du trône par cette circonstance, que l'héritier ne prenait le titre de roi qu'après avoir prêté serment de respecter les fueros ou pri-

SINO

viléges du royaume. L'autorité royale était limitée par celle des barons , par celle des comtes et celle d'un magistrat spécial appelé justicier. On connaît la fameuse formule dont se servait le justicier en déférant la couronne au nouveau roi : « Nous qui, séparément, sommes autant que toi, et qui , réunis; pouvons davantage, nous te faisons roi , a condition que tu garderas nos privilèges ; sinon, non.'

Du reste , chez les Aragonais, l'esprit de résistance était dequis longtemps passé en proverbe : « Donnez un clou a l' Aragonais, il l'enfoncera avec sa tête mieux qu avec un marteau. •

«Les Espagnols étaient vraiment grands, alors que le peuple était indépendant et le roi maître, que la nation disait : Sinon, non; que le monarque absolu signait : Moi, le roi. Les deux libertés complètes de la démocratie de tous et de l'autocratie d'un seul se rencontraient sans se renverser et se parlaient leur fier langage; spectacle qui ne s'est jamais vu que dans les Espagnes. »

Chateaubriand.

i II ne faut pas confondre la fierté avec la vanité ; la fierté vient de l'âme, et elle est plus souvent un mérite qu'un défaut : le fier sinon, non, des Aragonais vaut à lui seul toute une constitution. »

De Sêgur.

Sinon (épisode de), dans l'Enéide de Virgile, un des passages les plus célèbres de ce deuxième livre si justement fameux entre tous.

Sinon est le fils de Sisyphe et le petit-fils du voleur Autolycus. Notez ce fait , car Sinon tiendra à la fois de son aïeul et de son père. S'il n'a pas la force, il a pour lui la ruse et la fourberie. Aussi ne fut-il pas d'un médiocre secours- aux Grecs pendant le siège de Troie. La dixième année du siège, quand on eut élevé le fameux cheval de bois, Sinon se laissa prendre adroitement par les Troyens, comme s il désertait du camp des Grecs. Virgile nous le montre enchaîné et amené à grands cris devant Priam par des bergers qui l'avaient fait prisonnier dans la campagne. Son arrivée est un événement. On l'entoure, on veut le voir; mais lui a tout médité à l'avance. C'est à propos de lui que Virgile a dit :

Accipe mine Eanaum insidias, et crimine ab uno Disce omnes,

• Apprenez maintenant la perfidie des Grecs, et, par le crime d'un seul, connaissez-les tous. >

La scène, telle que nous l'a représentée le poëte, est vivante et des plus dramatiques. Sinon est là au milieu des Troyens, troublé, tremblant, jetant les yeux avec effroi sur son entourage.

Constilit, atque oculis Phrygiaagmina circumspexit.

Il éclate en lamentations, ce qui est un exordo des plus habiles. On le presse de parler, on le rassure, et il commence son fatal récit. « Il a fui le camp des Grecs, dit-il, parce que ceux-ci, pour obéir à un oracle, voulaient l'immoler aux dieux, afin de s'assurer la victoire par ce sacrifice expiatoire. Déjà Calchas avait tout préparé pour le supplice. Il avait désigné Sinon pour la victime demandée par les dieux; pure vengeance de prêtre; Sinon un jour avait offensé le devin; mais Sinon s'est caché pour se dérober à la mort. Il a réussi à fuir, la haine dans l'âme. Aussi n'aura-t-il point de scrupule à révéler aux Troyens les projets de ces Grecs qu'il abhorre. > Priam et ses sujets se laissent prendre à cette ruse ; ils tombent dans le panneau. Sinon leur fait croire que le cheval de bois est une offrande à la déesse Minerve et que si les Troyen3 introduisaient le cheval dans les murs de leur ville, ils se concilieraient la protection de Minerve. Le conseil fut suivi. Mais la nuit venue, le fourbe Sinon alla ouvrir les flancs du cheval rie bois et en fit sortir tous les Grecs qui y étaient enfermés. On sait le reste. Sinon, grâce à Virgile, est resté le type de la ruse et de la fourberie. Son discours ù Priam est un modèle de perfidie : jamais on ne mit plus d'art et d'habileté à mentir.

Dans la littérature élevée, et surtout dans le langage politique, Sinon est resté le type de cette perfidie, de cette fourberie dont les effets sont quelquefois si désastreux.

« La petite et honnête correction est trèsjustement adressée à l'abbé Foucher. Plût à Dieu que je n'eusse k combattre que des antiquaires I Les dévots sont plus à craindre. Il y a des Troyens qui forcent quelquefois les Grecs à jouer le rôle de Sinon. »

Voltaire.

SINOPE, ville de la Turquie d'Asie (Anatolie), capitale du pachalik auquel elle donne son nom, située à 146 kilom. N.-E.deCastamouni, sur une petite presqu'île de la mer Noire, par 42° 2' de latit. N.,32° 49'delongit. E.; 10,000 hab. Port militaire. Chantier de construction ; exportation de cire; bois de construction , lin, soieries, fruits et goudron.

La ville de Sinope actuelle n'occupe pas exactement l'emplacement de la Sinope antique. Celle-ci, comprise dans l'ancienne Paphlagonie et 1 une des colonies grecques du

SINÔ

Pont-Euxin les plus importantes, fut fondée par les Argonautes et dut son nom à Sinope, tille d'Asopus. Les colons de Milet, puis les Ephésiens, les Cimmériens, et enfin les Athéniens, lors de la guerre du Péloponèse, s'y succédèrent tour à tour. C'est de Sinope que partirent les navires de l'expédition des Dix mille. Assiégée par Mithridate IV, roi de Pont, bisaïeul du grand Mithridate, qui convoitait ses richesses, Sinope dut appeler les Rhodiens à son aide et échappa ainsi à la conquête; mais le successeur de Mithridate IV, Pharnace, recommença la lutte, et la ville assiégée se rendit. A partir de cette époque (188 av. J.-C), Sinope fut la capitale du royaume de Pont. C'est a Sinope que fut assassiné Mithridate Evergète, et que naquit son fils, le célèbre Mithridate, illustré par sa résistance énergique aux efforts de Rome. Ce dernier avait fait de sa ville une place redoutable autant que florissante. Détu.it à Cyzique, il confia la garde de Sinope à son lieutenant Bachides. On sait quelle fut l'issue ; assiégée par Luuullus, la ville dut se rendre k discrétion. Le vainqueur, néanmoins, usa de clémence et rendit même presque aussitôt à Sinope son indépendance primitive. Parmi les gouverneurs de Sinope pendant la conquête romaine, on voit figurer Pline, qui fit construire l'aqueduc dont on retrouve encore trace aujourd'hui. Sinope était comprise, au moyen âge, dans l'empire de Trébizonde, lorsque Mahomet II s'en empara en 1470. La ville n'a pas cessé depuis lors de faire partie de l'empire ottoman. Son dernier épisode historique est le combat de Sinope (1853). V. plus bas.

Polybe et Strabon nous ont laissé des descriptions fort complètes de la Sinope antique. « Elle est, dit Polybe, bâtie sur une péninsule qui s avance vers la haute mer. L'isthme qui la relie au continent n'a pas plus de deux stades de longueur. La péninsule, du côté de la ville, est d'un accès facile ; du côté de la mer, elle est à pic, dangereuse pour les navires et présente peu de facilité k un débarquement, m Strabon ajoute : • Sinope est bâtie sur le col de la péninsule, entourée de rochers creusés en forme de bassins, qui dans les hautes marées se remplissent et rendent le rivage inaccessible. ■ La presqu'île dont il est ici question, et qui mesure 13 kilom. de circuit-, est formée aujourd'hui par les murailles de la ville et présente de tous côtés un rivage escarpé et entouré de rochers qui le rendent inacessible. Indépendamment de ces murailles, la ville est encore défendue par un fort entouré de trbis murs et d'un fossé, et dont la construction remonte à l'époque du Bas-Empire.

Sinope (combat de). Ce désastre, qui produisit en Europe un si douloureux retentissement, doit être sévèrement qualifié par l'histoire, puis |U'il fut le résultat d'un lâche abus de la force sur l'infériorité du nombre, dans un moment où la guerre n'était pas encore'officiellement déclarée entre la Porte Ottomane et la Russie. Le 30 novembre 1853, une escadre turque, poussée par la tempête, jetait l'ancre dans le port de Sinope. Elle se composait de 7 frégates, 3 corvettes et 2 bateaux à vapeur. Surprise dans ce- lieu de refuge par le vice-amiral russe Nachimoff, commandant 2 vaisseaux à trois ponts , 4 vaisseaux de ligne, 3 frégates, 1 transport et 3 bateaux à vapeur, l'escadre ottomane reçut aussitôt l'ordre de se rendre. Malgré cette écrasante disproportion de forces, l'amiral turc résolut de combattre jusqu'à la dernière extrémité plutôt que d'amener son pavillon, et, vers midi et demi, il ouvrit luimême le feu contre les Russes. La lutte fut terrible; les Turcs se battirent avec le courage du désespoir, non dans l'espérance de vaincre, mais pour mourir glorieusement.

Depuis une heure le soleil avait disparu derrière l'horizon, et ce sanglant combat durait encore, éclairé d'une teinte lugubre par les flammes que les bombes ennemies avaient allumées dans la ville. Le canon cessa alors de gronder, le silence se fit sur la raer; la flotte ottomane était anéantie. De ses douze bâtiments, huit avaient été coulés à fond, broyés par les boulets russes. La marine turque jeta sur cette défaite le reflet d'un noble héroïsme. Le commandant du Mizamié, de 60 canons, lutta jusqu'à la dernière heure avec une indomptable énergie, puis il fit sauter sa frégate et s'ensevelit dans les flots plutôt que d'amener son pavillon. Le capitaine du Navik, de 52 canons, suivit ce fier exemple de dévouement à la patrie , et fit également sauter son navire. Mais la flotte russe paya cher sa triste victoire ; plusieurs de ses vaisseaux, complètement démâtés, ne purent sortir du port que remorqués par les bateaux à vapeur. Elle alla alors s'enfermer à Cronstadt ou à Sébastopol, sans qu'une seule fois ses vaisseaux osassent affronter ceux de ia France et de l'Angleterre, afin d'effacer, dans un combat à armes égales, le honteux souvenir de Sinope.

SINOPLE s. m. (si-no-ple — italien senopia, portugais sinopla, anglais sinoper. Ces mots viennent du latin sinopis, fer oxydé ligneux, nommé ainsi du nom de la ville de Sinope. II y avait deux espèces de sinopis, à ce que nous apprend un texte de 1400, cité par Menestrier, le sinople rouge et le sinople vert, ce qui explique le sens que le mot a pris dans le blason). Miner. Variété de quartz

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