C. DEI.AV1GNE
— Sirop simple ou Sirop de sucre, Sirop fait avec de l'eau et du sucre, sans addition d'aucune autre substance,
— Sirop de raisin, Sucre de raisin non cristallisé.
— Fam. Sirop de l'aiguière. Eau pure. Il Vieille loc.
— Techn. Jus concentré, dans les sucreries, tl Nom donné, dans les sucreries d'Amérique,
à, la quatrième des cinq chaudières qui composent un équipage.
— Encycl. Tous les sirops, à l'exception du sirop simple, contiennent une ou plusieurs substances médicamenteuses.
Les sirops ont pour avantage : fo d'offrir la matière médicinale avec une saveur agréable ou moins désagréable ; 2<> de présenter toute l'année, dans un bon état de conservation, des substances qui ne sont pas susceptibles de se conserver seules, par exemple le suc des plantes.
La préparation d'un sirop peut se diviser en général en truis parties. La première consiste dans la clarification du sucre, la seconde daus la flliration du sirop, la troisième dans sa cuite.
La clarification n'est mise en usage que pour les sirops qui sont préparés avec «les sucres de qualité inférieure ou qui contiennent des matières étrangères apportées par les substances médicinales. Un des meilleurs procèdes de clarification consiste abattre des blancs d'œufs dans de l'eau et à projeter le tout dans le sirop en ébullition. L'albumine, en se coagulant, enveloppe toutes les matières étrangères. On enlève 1 écume à mesure qu'elle se forme à la surface du sirop. Quand un sirop est clarifié, on est obligé de le filtrer pour en séparer les impuretés que l'on n'a pas pu enlever avec les écumes. Les moyens Je liltration sont extrêmement variés. Si la quantité de sirop est petite, on filtre le sirop bouillant a travers un blanchet, morceau d'étoffe de laine que l'on attache par les quatre coins sur un carré de bois. Si la quantité de «trop à filtrer est un peu forte, ou donne la préférence à la chausse d'Hippocrate, filtre en laine fait en forme de cône renversé et dans lequel on verse le sirop.
Faire la cuite d'un sirop, c'est l'amener au point de concentration le plus convenable à
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sa conservation. Cette troisième partie est là plus importante ; car si le sirop n'est pas assez cuit, il ne tarde pas à, fermenter, et alors les matières médicamenteuses s'altèrent; si, au contraire, il est trop cuit, c'est-à-dire trop concentré, bientôt le sucre se dépose à l'état cristallin et, uni- fois ce dépôt commencé, il va s'augmentant jusqu'à appauvrir la dissolution au point de la rendre fermentescible. Pour apprécier le degré de cuite d'un sirop, on se sert généralement d'un aréomètre ou pèsesirop. Le sirop sera suffisamment rapproché lorsque son poids spécifique sera tel qu'à la température del'ébullition l'instrument plonge jusqu'au 30e degré de l'aréomètre Baume, La densité du sirop augmentant par le refroidissement, l'aréomètre devra s'enfoncer moins dans le sirop froid ; il y marquera 35°. La densité des sirops- varie avec les substances médicamenteuses qui entrent dans leur composition.
Ce procédé général de préparation des sirops est modifié dans une foule de cas suivant la nature de la substance médicamenteuse qu'ils tiennent en suspension. D'après cela, on prépare des sirops par simple solution, c'est-àdire par la dissolution pure et simple du sucre dans le liquide chargé de principes médicamenteux. Dans d'autres cas, on ajoute à du sirop de sucre le liquide médicamenteux et on ramène le sirop au degré voulu par l'évaporation. Quelquefois, et c'est lorsque la solution médicamenteuse est en très-petite quantité relativement à la masse du sirop, on mélange la liqueur au sirop de sucre froid. Si la quantité de liqueur à mélanger est un peu trop forte, on concentre le sirop de sucre de manière qu'il atteigne 350 après l'addition de la liqueur.
Les véhicules qui servent à préparer les sirops sont très-nombreux. Ce sont : des eaux distillées, des solutés, des macérés, des digestes, des infusés, des décoctés, des liqueurs vineuses, des sucs, des liqueurs émulsives.
Les sirops ne s'emploient qu'à l'intérieur, seuls ou étendus dans une potion, une émulsion, une tisane. Administrés seuls, on les donne à la dose d'une ou plusieurs cuillerées & bouche par jour. Les sirops, même quand ils renferment les agents les plus toxiques, sont toujours composés de telle façon qu'ils puissent se donner à la dose de 30 grammes sans danger.
Les sirops constituent une classe très-nombreuse de médicaments. Les principaux sont les suivants :
— Sirop d'acide taririquc. On le prépare en mélangeant k 940 parties de sirop simple froid une solution de 20 parties d'acide tartrique dans 40 d'eau distillée. On prépare ainsi le sirop d'acide citrique en réduisant pour ce dernier la proportion d acide à 10, l'eau à 20 et portant celle du sirop à 970. En lui ajoutant 15 parties d'alcoolature de citrons ou d'oranges, on obtient les sirops de limons et d'oranges.
— Sîrop d'aconit. Il est préparé par le mélange à froid de 900 parties de sucre et de 100 parties d'alcoolature d'aconit.
— Sirop anliftcorbutique. V. ANT1SCORBU- TIQUE et COCHLÉARIA.
— Sirop de baume de Tolu, On fait digérer au bain-niarie couvert 100 parties de baume de Tolu sec dans 500 parties d'eau pendant deux heures ; on agite de temps en temps. On décante la liqueur et on fait un nouveau traitement svpc autant d'eau. Aux liqueurs réunies et filtn.es, on ajouta 190 parties de sucre pour 100 parties de liqueur. On fait dissoudre au bain-marie couvert et après on filtre au papier.
— Sirop do belladone. Le mode de préparation est le même que pour le sirop de digitale. Les doses sont : 75 parties de teinture île belladone et 1,000 parties de sirop de sucre. Les sirops de jusquiame et de stramoine se préparent de la même manière : 75 parties de stramoine pour 1,000 parties de sirop de sucre.
— Sirop de* cinq racines. C'est Un sirop composé, fait avec : racines sèches d'ache, de fenouil, d* persil, de petit-houx, d'asperges, 100 parties de chacun; sucre, 2,000 parties. Pour le préparer, on coupe les racines et on les fait infuser pendant 12 heures dans 1,500 parties d'eau bouillante; après avoir passé et filtré la liqueur, on fait avec le résidu un traitement identique au précédent. Avec la seconde infusion et le sucre, on fait un sirop que l'on cuit de telle sorte que, après avoir ajouté la première infusion, le sirop marque 30° à l'aréomètre.
— r Sirop de codéine. On le prépare en dissolvant à chaud 0,20 partie de codéine dans 34 parties d'eau, et faisant dissoudre à chaud dans ce soluté 66 parties de sucre.
— Sirops de coings, de cerise*, de framboise*, de grenades, de groseilles, de lîtuons, de mûres, d oranges, de pommes, de sorbes, de vinaigre, de vinaigre franiLoisé, de verjus.
Tous ces sirops se préparent en faisant dissoudre à chaud 1,750 parties de sucre dans 1,000 parties de suc dépuré, puis on passe. On doit éviter, dans la préparation de cessirops, l'emploi de vases de cuivre, qui leur communiqueraient une saveur désagréable.
— Sirop diacode. On l'obtient en mélangeant k 995 grammes de sirop simple une solution de 0gr,50 d'extrait d'opium dans 4 ou
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5 grammes d'eau distillée, 20 grammes de ce sirop contiennent 0Sr,O3 d'extrait d'opium.
— Sirop de Cuisinier. V. SIROP DE SALSE- PAREILLE COMPOSE.
— Sirop de Deaessart». V. SIROP D'iPÉCA- CUANA COMPOSÉ.
— Sirop de digitale. Il est préparé avec 1,000 grammes de sucre et 25 grammes de teinture. On porte à l'ébullttion 100 grammes de sirop, on ajoute la teinture et l'on fait bouillir jusqu'à réduction du mélange à 100 grammes; on mêle au reste du sirop.
— Sirop d'écorce* d'oranges amère s. On fait macérer pendant douze heures 100 grammes d'écorces dans 100 grammes d'alcool. Au bout de ce temps, on décante et on verse sur le résidu 1,000 grammes d'eau bouillante. On laisse infuser pendant six heures. Aux liqueurs filtrées et mélangées, on ajoute 190 grammes de sucre pour 100 grammes de colature. On fait un îtrop par solution au bain-marie.
— Sirop d'érysimum composé OU sirop de vélnr, desebanires. Dans 6 litres d'eau on fait bouillir jusqu'à réduction d'un quart 75 grammes d'orge mondé, 75 grammes de raisins secs, 75 grammes de réglisse, 100 grammes de bourrache. Le décocté bouillant est versé sur 100 grammes de chicorée, 1,500 d'érysimum récent, 100 grammes d'aunee, 25 grammes de capillaire du Canada, 20 grammes de romarin, 20 grammes de stachas, 25 grammes d'anis; on laisse infuser vingt-quatre heures et on retire par distillation 250 grammes d'hydrolat; le résidu delà cucurbite est exprimé, et la liqueur décantée est réunie au produit de la distillation. On fait fondre dans ce liquide 2,000 grammes de sucre et 500 grammes de iniel; on fait un sirop que l'on clarifie au blanc d'œufs et qui marque bouillant 32* à l'aréomètre. Ce sirop est employé comme pectoral et incisif efficace.
— Sirop d'éiber. On le prépare en agitant de temps en temps et pendant cinq ou six jours dans un flacon à robinet inférieur un mélange de
Sirop simple 800 gr.
Eau distillée 100
Alcool de vin à 90" 50
Ether sulfurique. 50
On tire le sirop à clair par le robinet.
— Sirops de fumeterre. de bourrache, de pariétaire, de pointes d'asperges, de IrèUo d'eau. On les pr.pare en faisant dissoudre dans l,000grammesd« euc dépure 1,900 grammes de sucre. On fait un sirop par solution au bain-marie couvert et on passe.
— Sirop de gomme. On prépare ce sirop avec
Gomme arabique ou du Sénégal 1,000 parties.
Eau 1,500
Sirop de sucre 10,000
On lave la gomme à deux reprises et on la dissout à froid dans l'eau. D'un autre côté, on évapore le stVop jusqu'à 33° bouillant; on ajoute îa gomme et l'on passe le sirop après le premier bouillon.
— Sirops de guimauve, de consoude, de cjrnoglosse. On fait macérer 50 parties de racine pendant douze heures dans 300 parties d'eau. Le macéré est ajouté à 1,500 parties de sirop simple et l'on fait cuire le mébmge jusqu'à ce qu'il marque 33° à l'aréomètre Baume ; arrivé à ce moment, on passe le sirop. '
— • Sirop d îodure de fer. Il est préparé de la manière suivante : 4gr,25 d'iode sont introduits dans un petit ballon avec 10 grammes d'eau distillée ; on ajoute 2 grammes de limaille de fer par fractions, en agitant chaque fois; on laisse la reaction s'opérer pendant quelques instants, puis on chauffe jusqu'à coloration verte de la liqueur; on filtre celle-ci et ou la reçoit sur un mélange de 785 grammes de .sirop de gomme et 200 grammes de -sirop de fleurs d oranger; on mêle et on conserve le sirop à l'abri de la lumière. 20 grammes de ce sirop contiennent Ogr.io d'iodure de fer.
— Sirop d'ipéencuana. On mélange à"~ 990 grammes de sirop simple une solution faite avec 10 grammes d'extrait alcoolique d'ipécacuana et 80 grammus d'eau. On cuit jusqu'à ce que le sirop marque 30° à l'aréomètre. Ce sirop est tres*émployédans la médecine des enfants comme émétique, à la dose de 15 à 30 grammes.
— Sirop d ipécacuana composé. 11 est composé de :
Ipécacuana 30 gr.
Séné 100
Serpolet . . . .' 30
Coquelicot 125
Sulfate de magnésie 100
Vin blanc. 750
Eau de fleurs d'oranger 750
Sucre 'scrupules. 2
On fait macérer l'ipéca et le séné dans le vin pendant douze heures; on passe avec expression et on filtre la liqueur. Sur ce résidu, mêlé aux autres substances, on verse 3,000 grammes d'eau bouillante ; le produit est mélangé avec la liqueur vineuse et l'eau de fleurs d'oranger tenant le sulfate de magnésie en dissolution ; on ajoute, par 100 grammes de ce
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mélange, 190 grammes de sucre et on fait un sirop par simple solution au bain-marie. Ce sirop est un remède précieux et éprouvé contre la toux et la coqueluche chez les enfants, à la dose de 30 à 60 grammes par jour.
— Sirop de nerprun. On dissout parties égales de sucre dans du suc de nerprun. On fait cuire jusqu'à ce que le sirop bouillant marque 31u et on passe au blanchet. Ce «trop est un purgatif à la dose de 15 à 50 grammes ; il est employé surtout dans la médecine vétérinaire.
— Sirop d'opium ou thëbnïqiie. On le prépare en mêlant une solution de
Extrait d'opium 2 gr.
Eau pure 8
Sirop simple bouillant 990
20 grammes de ce sirop contiennent 0gr,04 d'extrait d'opium.
Sirop d'orgeat OU sirop d'amandes. Il est
composé de ;
Amandes douces 500 gr.
Amandes arrières 150
Sucre 3,000
Eau , 1,625
Hydrolat de fleurs d'oranger . 250
On monde les amandes de leur pellicule, on les réduit en pâte fine en y ajoutant une partie de-l'eau et du sucre; on délaye cette pâte avec le reste de i'eau, on passe avec expression et on ajoute le reste du sucre ; on chauffe au bain-marie pour opérer la dissolution et, au moment de passer le sirop, on ajoute l'eau de fleurs d'oranger.
— Sirop de quinquina. Pour le préparer on épuise 100 grammes de quinquina calisaya au moyen de 1,000 grammes d'alcool d'abord, puis par de l'eau , de manière à obtenir 1,000 grammes d'alcoolature ; on distille pour retirer l'alcool, on laisse refroidir et on filtre en recevant le liquide sur le sucre concassé. On opère la dissolution au bain-marie.
— Sirop de ratanbia. Il est préparé en mêlant à 975 grammes de sirop simple 25 grammes d'extrait de ratanhia dissous tlaus 50 grammes d'eau.
— Sirop de rhubarbe composé OU sirop de
ebicorée composé. Ce sirop contient :
Rhubarbe 200 gr.
Racine de chicorée 200
Feuilles sèches de chicorée. . . 300
Fumeterre 100
Scolopendre 100
Baies d'alkekenge 50
Cannelle , , 20
Santal citrin 20
Sucre 3,000
Eau scrupules. 2
Sur la rhubarbe, la cannelle et le santal divisés, on verse 1,000 grammes d'eau à 80° ; 00 laisse infuser six heures et après on passe et on filtre. Le résidu est mêlé aux autres substances, sur lesquelles on verse 5,000 grammes d'eau bouillante. Apres douze heures d'infusion, on passe et l'on fait avec le sucre un sirop par coction et clarifie .lion que l'on cuit de manière qu'il marque 30» après y avoir ajouté l'infusion de rhubarbe. Ce sirop est très-employé comme laxatif pour les enfants.
— Sirop do salsepareille. On le prépare comme suit :
Extrait alcoolique de salsepareille 180 gr.
Eau , 2,000
On dissout, on filtre à chaud et on ajout.i 4,000 grammes de sucre. On dissout à chaud.
— Sirop de salsepareille composé OU sirop de Cuisinier, sudoriAque. Il est préparu
avec :
Salsepareille 1,000 gr.
Fleurs de bourrache. ..... 60
Fleurs de roses piles 60
Fleur.i de séné 6C
Fleurs d'anis 60
Sucre 1,000
Miel 1,000
On traite à trois reprises, pendant douze heures chaque fois, la salsepareille par 2 scrupules d'eau à 80» pour la recouvrir. On chauffe à part le troisième infusé et on le jette bouillant sur les autres substances; on laisse infuser pendant douze heures. D'autre part, on évapore les premières ligueurs et, après réduction suffisante, on ajoute le dernier infusé et on évapore de nouveau jusqu'à ce que le poids de la liqueur ait atteint celui du sucre et du miel ; on ajoute ces'deux derniers et l'on fait un sirop par coction et clarification.
— Sirop simple OU sirop de sacre. Pour le préparer, on bat, un blanc d'œuf avec 6 litres d'eau, on conserve à part 1 litre de cette eau et on fait fondre dans le reste 10,000 grammes de sucre. On porte à, l'ébullition et on ajoute à ce moment, par parties, l'eau albumineuse; les écumes sont enlevées après chaque affusion et le sirop est amené à 30° et puis passé au blanchet.
— Sirop do valériane. Onconcasse 100 grammes de valériane que l'on fait infuser dans 400 gramme* d'eau bouillante; avec le marc
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on fait une deuxième infusion de manière à obtenir en tout 430 grammes; on ajoute 100 grammes d'eau distillée de valériane, 1,000 grammes de sucre et l'on fait un sirop au bain-marie couvert.
— Sirop de violette». Sur 1,000 grammes de pétales récents et mondés de violettes, placés dans un bain-marie d'étain, on verse une quantité d'eau bouillante, de manière à obtenir, après dis. heures d'infusion et après avoir passé avec expression, a, 120 grammes de liquide. On ajoute 4,000 grammes de sucre et on fait un sirop par simple solution au bain-marie couvert. Il faut que les violettes aient été préalablement lavées à l'eau tiède.
SIBOPER v. a. ou tr. (si-ro-pé — rad. sirop). Edulcorer avec un sirop : Siropkr un verre d'eau, il Peu usité.
SIROSIPHON s. m. (si-ro-si-fon — du gr. seira, chaîne, et de siphon). Bot. Genre d'algues filamenteuses, de la tribu des scvtonéînées, comprenant une dizaine d'espèces, qui croissent sur les rochers et la terre humide : Dans les sirosiphons, les rameaux naissent d'une expansion latérale du tronc. (Brébisson.)
S1ROSPORE s. m. (si-ro-spo-re — du gr.
seira, chaîne, et de spore). Bot. Genre d'algues, formé aux dépens descallithamnions, et dont l'espèce type croit dans le sud-ouest de l'Angleterre.
SIROT s. m. (si-ro). Ornith. Nom vulgaire du pluvier guignard.
SIROT (Claude LÉtodf, baron de), général français, mort en 1652. Il servit assez longtemps à l'étranger, combattit sous les ordres du roi de Suède Gustave-Adolphe, puis revint en France (1834). Pendant la campagne de Flandre, il se signala par sa bravoure, notamment aux sièges d'Arras, de Courtrai, d'Armentières, et à la bataille de Rocroi, devint' maréchal de camp en 1643 et reçut en 1649 le grade de lieutenant général. Pendant ses loisirs, Sirot écrivit des Mémoires très-intéressants et très-curieux qui furent publiés après sa mort (Paris, 1683, 2 vol.
SIROTER v. a. ou tr. (si-ro-té — rad. sirop. Dans la formation du verbe, ou n'a pas tenu compte de l'orthographe du substantif ; cela est arrivé dans d'autres cas, où, comme ici, il s'agissait de mots rarement écrits). Boire en dégustant et par petits coups : Siroter son café. Les vrais amateurs sirotent leur vin. (Br.-Savarin.)
Je sirote mon vin, quel qu'il ûoit, vieux, nouveau;
Je fais rubis sur l'ongle, et n'y mets jamais d'eau.
Regkaeb.
— Absol. : Il aime à sirotkr.
SIROTEUR, EUSE s. (si-ro-teur, eu-ze — rad. siroter). Personne qui sirote, qui aime à siroter.
SIRSACAS s. m. (sir-sa-ka). Comm. Etoffe de coton de l'Inde,
SIRSAIR s. m. (sir-sèr). Oinith. Espèce de sarcelle d'Afrique.
SIRTALE s. f. (sir-ta-le). Erpét. Espèce de couleuvre.
SIRTE ou SYRTE s. f. (sir-te — gr. surtis ; de sureà, j'agite). Mar. Sables mouvants, dangereux pour les navires.
— s. m. Entom, Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des serricornes, section des malacodermes, tribu des cébrionites, comprenant une vingtaine d'espèces, répandues dans les deux continents.
SIRTHÉNÉE s. f. (sir-té-né — du gr, skirtaô, je saute). Entom. Genre d'insectes hémiptères, de la famille des réduviens, tribu des réduviides, dont l'espèce type habite la Caroline,
SIRTORI, général italien, né en 1813, mort à, Rome le 1S septembre 1874. Envoyé au séminaire, il fut ordonné prêtre à vingt-cinq ans, puis alla exercer son ministère près du lac de (Jôme. Au bout de deux ans, en 1840, l'abbé Sirtori, dont les idées s'étaient singulièrement modifiées, déposa la soutane, partit pour Paris et y vécut de la vie la plus studieuse jusqu'en 1848. Après avoir pris quelque part à la révolution française du 24 février, il retourna eu Italie. Ardent patriote, épris d'une noble passion pour la grande cause de la liberté, Sirtori devint un des soldats de la révolution italienne et combattit vaillamment à Rome sous les ordres de Garibaldi, qui fut vivement frappé de sa bravoure et de son mérite. Lorsque le grand mouvement national de 184S-1S49 eut été étouffe en Italie par les armées-de la France et de l'Autriche, Sirtori vécut de nouveau dans l'exil à Paris, puis à Londres, n Evitant les théories absolues de Mazzini, dit M. Erdan, il s'était attaché à l'idée de Manin, à ses tendances en faveur de l'hégémonie du Piémont et de sa monarchie libérale. » Les événements de 1859 vinrent lui fournir l'occasion de jouer un rôle important. Lorsque Garibaldi décida d'envahir la Sicile à la lète de son héroïque légion des Mille, ce fut Sirtori qu'il choisit pour chef d'état-inajor. L'ancien prêtre, devenu colonel, se conduisit de la façon la plus brillante, et, lors de la fusion de la petite année de Garibaldi dans l'armée italienne, il fut créé général, en même temps que Cosenz, Bixio, etc. Lors de la guerre de 186C contre l'Autriche, le général Sirtori reçut le commandement d'une division ; malgré
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sa bravoure, il éprouva un échec, dû en partie à de mauvaises dispositions, et fut mis en disponibilité. Douloureusement affecté, il refusa le traitement de disponibilité et vécut dans la pauvreté de 1866 à 1872, époque où il fut remis en activité et reçut la présidence du comité général de l'infanterie. Sirtori mourut de la rupture d'un anévrisme. Ses obsèques, purement civiles, eurent lieu avec une grande pompe militaire. Tous les officiers de la garnison de Rome suivirent le cercueil de ce prêtre devenu libre penseur, anticlérical et soldat.
S1RCC (Bernard-Matthieu), philologue et historien polonais, né en 1731, mort en 1784. 11 entra de bonne heure dans l'ordre despiaristes, alla terminer ses études à Rome, enseigna ensuite les mathématiques à l'académie Thérésienne de Vienne et devint en dernier lieu professeur de droit romain et d'Ecriture sainte à l'université de Wilna. On a de lui : Histoire de Pologne, traduite du français, de Solignac, et précédée d'une préface et d'éclaircissements (Wilna, 1703-1767, 5 vol. in-8°); les Meilleures harangues judiciaires de Quintilien (Wilna, 1760-1771, 2 vol. in-8"); les Moeurs des anciens Itarfnains (Wilna, 1762, in-8»; 3« édit., 1774); Cullectanea e probalis latins linyuB scriptoribus (Wilna, 1770) ; Histoire de l'empire russe (Wilna, 1781, 5 vol. in-8o).
SIRUPEUX, EUSE adj. (si-ru-peu, eu-ze — du bas lat. sirupus, sirop). Qui a la nature ou la consistance du sirop : Liquide SI- RUPEUX.
S1BVEN (Pierre-Paul), protestant célèbre dans l'histoire des persécutions religieuses du xvme siècle, né à Castres en 1709. Feudiste de son état, c'est-à-dire à la fois archiviste et notaire, il était établi depuis vingt ans dans la ville de Castres et avait trois filles, élevées par ses soins dans la religion protestante. Mais on sait que, depuis la révocation de l'édit de Nantes, les protestants n'avaient pas d'existence légale en France ; ils étaient considérés comme nouveaux convertis. Cette situation déplorable permettait au clergé catholique d'exercer toute espèce de vexations sur les réformés. Sirven en est un exemple mémorable.
Sur un ordre de l'évêque, Elisabeth, l'aînée de ses filles, lui fut enlevée. On la conduisit au couvent des Dames-Noires de Castres, afin de lui faire abjurer le protestantisme, et on l'enferma. Séparée de ses parents, la jeune fille tomba dans une profonde mélancolie. Tous les moyens cependant étaient mis en oeuvre pour sa conversion; mais ni les menaces, ni les promesses, ni les mauvais traitements ne purent fléchir sa volonté. Après sept mois de séquestration, il fallut la rendre à sa famille. Elisabeth Sirven avait perdu la raison. « Le 9 octobre de l'année 1760, raconte Court de Gébelin dans ses Toulousaines, l'évêque fait rendre leur fille à se' parents, en disant qu'elle ne veut point être catholique. Mais dans quel état revient-elle î Exténuée, pale, défaite, dévorant au lieu de manger, craignant, au moindre bruit, qu'on ne veuille l'enfermer au château de Ferrières, qu'elle appelle un couvent; d'autres fois, se figurant qu'elle doit épouser un grand seigneur, déchirant et brisant tout ce qui lui tombe sous la main, arrachant même les cheveux à sa mère et à sa sœur..., en un mot, complètement folle I... Ou s'aperçut qu'elle était chargée de cicatrices, comme si elle avait reçu souvent la discipline. «
Pendant les terribles accès de sa maladie, il fallait mettre à la malheureuse enfant la camisole de force et cadenasser les fenêtres de sa chambre, pour l'empêcher de se précipiter. Le bruit courut bientôt, parmi les catholiques de Castres, qu'Elisabeth était retenue prisonnière par ses parents et qu'on l'accablait de mauvais traitements parce qu'elle voulait se convertir au catholicisme. Le subdétêgué de Castres s'émut de ces rumeurs, et il commit, en juin 1761, un médecin chargé de visiter la jeune tille. La folie fut constatée.
A cette époque, Sirven alla s'établir au château de Saint-Alby, chez M. d'Espérandieu, seigneur de cette paroisse. Les tentatives de Castres s'y renouvelèrent; le vicaire et les consuls d'Alby vinrent chercher Elisabeth pour la mener à l'église ; mais, en voyant la pauvre folle, ils renoncèrent à leur dessein. Sirven cependant, craignant un malheur pour lui et sa famille, à cause des bruits qui circulaient dans la fouie, conçut le projet de confier Elisabeth à l'évêque de Castres. En conséquence, il alla demander conseil à la dame d'Espérandieu, au château d'Aiguefonds, et il passa la nuit dans le château.
Le lendemain matin, on vient lui annoncer que sa fille a disparu. Il court à Saint-Alby, trouve sa femme et ses deux autres filles dans les larmes. On court de tous côtés à la recherche d'Elisabeth ; on explore la campagne, on fouille les bois du voisinage, mais on ne trouve pas Elisabeth. Vingt jours après seulement, le 4 janvier 17G2, des enfants jouant autour de la margelle d'un puits aperçoivent un corps de femme flottant à fleur d'eau ; c'était celui d'Elisabeth Sirven,
Le haut justicier de Mazamet, accompagné d'un médecin et d'un chirurgien, se transporte sur les lieux. Il s'informe ; on lui répond que la jeune fille était folle, qu'elle a dû se précipiter elle-même dans le puits; le fiscal
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demande au vicaire la permission d'inhumer et on s'apprête à procéder à l'ensevelissement. Le malheureux père allait se joindre au cortège, quand il apprend qu'il n'y a point de permission écrite. Une trop légitime défiance le porte à s'éloigner. Cependant les consuls font faire la levée du cadavre, déposé à la maison de ville, et le font enterrer.
Le lendemain, le juge de Mazamet arrive et s'indigne qu'on ait procédé sans son ordre. Dans un nouveau rapport, il déclare que la tête paraissait ébranlée, que le cou était taché de sang caillé, qu'il n'y avait point d'eau dans l'estomac. On n'était donc pas en présence d'un suicide, mais bien d'un assassinat. Quel pouvait en être l'auteur ? On n'osait pas encore le dire, mais on l'osa bientôt : l'assassin d'Elisabeth, c'était Sirven, c'était son père lui-même 1 Cette odieuse accusation, renouvelée de l'affaire Calas, eut du succès au sein de la populace fanatique.
Sirven prouva qu'il était au château d'Aiguefonds quand l'événement était arrivé. Les dame3 noires de Castres déclarèrent qu'Elisabeth « avait donné par intervalles des traits de folie ou d'imbécillité, tant le jour que la nuit; » mais rien n'y fit. Le 20 janvier, Sirven fut décrété d'infanticide, et sa femme et ses filles condamnées comme ses complices.
L'exemple des Calas était là pour apprendre aux protestants ce qu'ils avaient à redouter. Mra« Sirven était malade, une de ses filles était dans un état de grossesse avancée, la saison était rigoureuse, les montagnes couvertes de neige : il n'en fallut pas moins partir pour échapper à la main des bourreaux. D'asile en asile, les infortunés gagnèrent les montagnes ; là, ils se séparèrent pour mieux échapper aux recherches. Ce que furent les misères, les angoisses de cette fuite terrible, par les sentiers glacés, par les gorges neigeuses, avec la crainte de ne se retrouver jamais, on ne pourrait le dire. La fille aînée accoucha dans les bois avant terme. Il fallut trois mois au père, cinq mois à la mère et aux filles pour gagner la Suisse, cette terre de délivrance et d'hospitalité. Là, ils trouvèrent aide et protection ; les républiques de Berne et de Genève leur firent une pension. Voltaire les accueillit à Fertiey avec bienveillance et se laissa toucher par le récit de leurs malheurs. < Figurez-vous, écrivait-il à la suite de leur visite, figurez-vous quatre moutons que des bouchers accusent d'avoir mangé un agneau I »
Cependant l'instruction avait suivi son cours; le 29 mars 1764, sur le rapport fait par le juge de Mazamet, une sentence de mort fut portée contre Sirven et sa femme. Cette sentence déclarait le père et la mère coupables d'infanticide, et ne leur infligeait cependant que la peine appliquée à l'assassin ordinaire,- celle de la pendaison; elle dénonçait la complicité des deux filles et se contentait de les bannir et de confisquer leurs biens. Le parlement de Toulouse, déjà trop célèbre par son arrêt contre Calas, autorisa, par un arrêt daté du 5 mai 1764, l'exécution du jugement par effigie, et cette exécution figurative eut lieu sur la place de Mazamet, le il septembre.
Mais déjà la réaction se faisait en faveur de Calas. Ici encore Voltaire et avec lui d'illustres avocats prirent en main la cause des accusés. L'indignation était générale dans le Languedoc. Après cinq ans de généreux efforts, l'arrêt capital et infamant prononcé contre Sirven fut cassé et la malheureuse famille fut réhabilitée. Il était temps que la Révolution vînt balayer ces lois barbares et frapper le cléricalisme d'un coup dont, en dépit de ses efforts, il ne se relèvera pas.
SIRVEN (Alfred), littérateur et journaliste français, né à Toulouse le 28 mai 1838. 11 descend de la famille Sirven, victime du fanatisme religieux au xvme siècle et que défendit Voltaire. Lorsqu'il eut terminé ses études dans sa ville natale, il se rendit à Paris pour y suivre les cours de l'Ecole centrale; mais, à peine arrivé, il résolut de suivie la carrière des lettres, collabora au Dictionnaire encyclopédique (1838), publia deux brochures, les Cinq centimes, projet d'assistance générale et maternelle, et le Travail, projet d organisation contre le chômage des ouvriers, puis fonda la même année la Petite presse, qui cessa de paraître en 1859. Peu après, M. Sirven devint rédacteur en chef du Oaulois, journal illustré, qui fut supprimé en 1861 pour des articles qui firent condamner le jeune journaliste à deux mois de prison et 500 francs d'amende. A partir de cette époque jusqu'en 1865, il publia un certain nombre de satires de moeurs portant des titres à sensation et qui firent un certain bruit. Une brochure, intitulée Devenons à l' Evangile, lui attira une nouvelle condamnation à deux mois de prison et 500 francs d'amende. Condamné de nouveau pour un article publié- dans le Pamphlet, il subit une quatrième condamnation, cette fois à trois mois de prison et 300 francs d'amende, pour la publication d'un livre, les Vieux polissons (1865, in-12), qui avait été saisi à la requête d'un personnage de l'Empire. A cette époque, M. Sirven entreprit de publier, sous le titre de Journaux et journalistes, la monographie des principaux organes de la presse. Il devint ensuite rédacteur en chef du Pamphlet, un des collaborateurs du. Siècle et se
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mit, en 1869, à faire paraître 1 s Orateurs de la liberté, par livraisons illustrées; inui.s cette publication fut suspendue à la troisième livraison. Après la révolution du 4 septembre 1870 , M. Alfred Sirven fut envoyé comme sous-préfet à Dreux pour y organiser la défense. Après la prise de cette ville (10 octobre 1870), il se retira à Tours, puis à Bordeaux, où il fonda en janvier 1871 un journal, intitulé le Châtiment, qu'il publia à Paris du mois de mars au 27 avril suivant, et dans lequel il s'attacha vainement à amener une entente et la fin de la guerre civile. Au mois d'avril 1872, M. Sirven a fondé le Correspondant français, ugence de correspondance politique pour tes journaux français et étrangers. Outre les écrits précités, on lui doit : Lèona ou Une mauvaise influence, roman; Léon Soulié (1862, in-8°); les Imbéciles (18G2, in-12); les Confidences d'un canapé (1862, in-10); les Tripots d'Allemagne (1863, in-12); \es Infâmes de ta Bourse (1803, in-12); V Somme noir, roman anticlérical, avec préface de V. Hugo (1864, in-12); les Crétins de province (1864, in-12); les Mauvaises langues (1864, in-32); les Plaisirs de Bade (1865, in-12); les Abrutis (1865, in-12 -, la Première à Dupanloup (1865, in-8°); Almanach des imbéciles (1866, in-18); Journaux et journalistes (I8S5- 1867, 4 vol. in-12), comprenant le Journal des Débats, la Gazette de France, le Siècle, la Presse et la Liberté , Prisons politiques, | Sainte-Pélagie (1867, in-18); les Prussiens à I Dreux, rapport (1870, in-8"); la Forêt de I Dondy (1873, in-12), étude satirique sur les joueurs à la Bourse et les financiers.
| SIRVENTE s. m. (sir-van-te. — Ce mot
i désigne proprement un poème cnmposé par
I un ménestrel au service de son maître. Il
I vient du lutin servire, servir). Littér. Sorte
de poésie ancienne des troubadours et des
trouvères, ordinairement satirique, et qui
était presque toujours divisée en strophes ou
couplets propres à être chantés : Les sirven-
Tes et les iensons.
— Encycl. Le sirvente fut d'abord pratiqué par les trouvères, qui l'appelaient sirventois (v, ce mot), et passa de la Picardie, où il fut, dit-on, inventé, en Provence, où les troubadours le cultivèrent avec ardeur, Il en reste, tant manuscrits qu'imprimés, des collections considérables , ce qui permet de suivre le développement du goût de la satire dans la poésie provençale.
Comme la chanson ou cansà, le sirvente était presque toujours divisé en strophes ; il pouvait aussi se réciter au son de lanm-dque, comme le prouvent ces deux vers, cités par Raynouard :
Ab nov cor et ab novel son Voill un nov sirventes bastir.
» Avec nouvelle ardeur et avec nouveau son je veux un nouveau sirvente bâtir, o
Les troubadours distinguaient deux espèces de sirventes : le sirvente proprement dit et celui qu'ils nommaient joijlaresc, parce qu'il était sans doute le partage des jongleurs (joculatores), qui le chantaient ou le récitaient dans les maisons où ils étaient accueillis. Le caractère principal du sirvente joglaresque paraît avoir été de réunir l'éloge et la satire. Ainsi, Folquet de Romans et Augier firent des pièces de ce genre, dans lesquelles ils louaient les preux et blâmaient les méchants. Toutefois , le biographe de Pierre Guilhem donne aussi le nom de sirventes joglaresques aux poésies de ce troubadour, qui se bornaient à dénoncer les vices des barons.
Les sirveutes proprement dits se divisent en sirventes satiriques et en sirventes politiques. Il nous reste un grand nombre de sirventes satiriques, dont les uns ont pour objet la satire personnelle, les autres la satire générale des mœurs. Ceux qui ont pour objet la satire personnelle se distinguent par leur causticité et leur amertume. Ceux dont l'objet est la satire des mœurs accusent la dépravation, la cupidité, l'éguïsme des diverses classes de la société. Dans les pièces <le ce genre, la franchise sévère et quelquefois hardie des troubadours donna souvent d«ï leçons utiles aux contemporains, dont ils dénonçaient hautement les excès, les erreurs et les vices. Sainte- Palaye remarque, à ce sujet, que les mœurs du • bon vieux temps • ne méritent pas nos regrets, comme certaines gens l'attirmeiit. Beaucoup de sirventes satiriques attaquent avec véhémence les vices <lu clergé et des moines. On en sera peu surpris, si Ion se retrace les abus énormes, la scandaleuse licence, les fraudes, etc., qui déshonoraient alors les ministres de la religion. Un troubadour, qui fut peut-être prêtre, Pierre Cardinal, a surtout attaqué le clergé avec une sorte de fureur, mais aussi avec un talent très-remarquable. Voici le portrait qu'il fait des prêtres de son temps : « 11 n'est point de vautour qui évente d'aussi loin une charogne que les gens d'église et leurs prédicateurs senteut un homme riche. Aussitôt ils en font leur ami, et, quand il lui survient unes maladie, ils lui font faire une donation qui dépouille ses parents. Les mauvais ecclésiastiques ont réuni tout l'orgueil, toute la cupidité et toute la trahison du monde. Ils font prêcher que le vol est défendu, après avoir tout envahi eux-mêmes. Vous les voyez sortir tête levée des mauvais lieux pour aller à l'autel. Rois, empereurs, ducs, comtes et che-
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valiers avaient coutume de gouverner les Etats ; mais les clercs ont usurpé sur eux cette autorité, soit à force ouverte, soit psir leur hypocrisie et leurs prédications. • Il n'a pas davantage ménagé les nobles : « Les barons, pour la plupart, dit-il, sont menteurs, querelleurs, avides de présents, oppresseurs de leurs vassaux, hautains et pillards; ils se permettent toute indécence devant le monde et se cachent pour manger. Ils ont mis l'orgueil et la trahison à la place des festins et de la magnificence, les procès et les chicanes à la place des vers et des chansons, la méchanceté et le ravage k la place de l'amour et de l'honnêteté... Que les terres sont mal entre les mains de ces mauvais nobles ! Si quelqu'un de leurs proches avait une affaire fâcheuse, ils ne l'assisteraient pas d'une maille. >
Les femmes ont leur part dans les sirventes; on y voit les usages et la folie vaniteuse des femmes se rapprocher des usages et des folies de notre temps, comme le remarque Ginguené dans son Histoire littéraire d'Italie (t. 1er, p. 311). Nous y apprenons comment elles se fardaient : « Je ne peux souffrir, dit Augier dans un sirvente, le teint blanc et rouge que les vieilles se font avec l'onguent d'un œuf battu qu'elles s'appliquent sur le visage et du blanc par-dessus, ce qui les fait paraître éclatantes depuis le front jusqu'audessous de l'aisselle. » Ce dernier trait montre qu'il ne faut pas aller chercher en ce siècle la modestie dans l'habillement des femmes. C'est le moine de Montaudon qui a fait le plus de sirventes contre la coquetterie (lu sexe féminin. II y dit comment les femmes se peignent et se rougissent le visage, au point d'effacer par l'éclat des couleurs les peintures phicées dans les églises. Il nomme les drogues qu'elles emploient k cet usage et dont quelques-unes sont aujourd'hui presque inconnues : du cafera, du trêfignon, de l'angelot, du berruis, outre le vif-argent, le lait de jument, le safran et les fèves.
Un troubadour fort dévot, Folquet de Lune!, a censuré au nom de Dieu toutes les classes de la société. ■ L'empereur, dit-il, est injuste envers ies rois, ceux-ci envers les comtes, qui dépouillent les barons, lesquels prennent leur revanche sur les vassaux et les paysans; les laboureurs, les bergers et les autres journaliers trompent leurs maîtres et ne gagnent pas leurs salaires; les marchands, les artisans et les aubergistes sont menteurs et voleurs ; les médecins tuent les malades et rançonnent leurs héritiers; les débiteurs ne payent point; les sergents extorquent; les femmes sont infidèles, les troubadours médisants. ■ Mais le poète se déchaîne surtout contre les hérétiques, et il finit par s'accuser lui-même d'avoir vécu en pécheur depuis quarante ans. A l'égard des moines , il se borne à dire que le diable a tendu ses filets jusque dans les cloîtres et que les anges mêmes donnent des scandales.
Quelquefois la galanterie se mêlait à la satire, ce qui produisait des oppositions et des contrastes d'une grande originalité, comme dans le sirvente de Bernard Arnaud de Montcuc centre Henri II, roi d'Angleterre, qui venait d'être forcé par Louis le Jeune de lever le siège de Toulouse : « Quand la nature renaît et que les rosiers sont en fleurs, les méchants barons s'empressent d'aller a la chasse. Il me prend envie de faire contre eux un sirvente et de censurer aigrement ces ennemis de toute vertu et de tout honneur; mais Amour répand la gaieté dans mon âme autant que les beaux jours de mai. Je conserverai ma joie, malgré tant de sujets de tristesse. » Puis, dans le reste de la pièce, chaque strophe commence par un trait satirique à l'adresse du roi d'Angleterre et se termine par une apostrophe de l'auteur. Il se vante, ce preux roi, de l'emporter, avec sa nombreuse cavalerie, en gloire et en mérite sur le roi de France; mais, dit le poëte, les Français n'en ont pas peur, et, se tournant vers sa dame, il 1 assure qu'il la redoute davantage et qu'il a une bien autre crainte de ses rigueurs. « Je fais plus de cas, poursuit-il, d'un coursier sellé et armé, d'un écu, d'une lance et d'une guerre prochaine que des airs hautains d'un prince qui consent à la paix en sacrifiant une partie de ses droits et de ses . terres. Pour vous, beauté que j'adore, vous 1 que j'aurai ou j'en mourrai, je m'estime plus j heureux d'attaquer vos refus que d'être ac- [ cepté par une autre. J'aime ies archers quand ils lancent des pierres et renversent les murailles; j'aime l'armée qui s'assemble et se forme dans la plaine; je voudrais que le roi d'Angleterre se plût autant à combattre que je me plais, ma dame, à me retracer l'image de votre beauté et de votre jeunesse... »
Parmi les sirventes, Sainte-Palaye a distingué ceux qui, par les faits ou les personnages auxquels ils ont rapport, peuvent fournir des matériaux k l'histoire; il les a nommés sirventes historiques : « En les considérant, ditil, relativement k l'histoire, il n'est pas douteux que ces pièces n'aient leur utilité pour éclaircir ou pour constater certains détails; mais elles me paraissent beaucoup plus intéressantes sous un autre aspect. Quand elles viennent de personnages illustres, c'est une peinture naïve de leurs sentiments, de leurs passions, de leur façon de voir et de s'exprimer. Ils paraîtront quelquefois semblables aux héros d'Homère, hautains, arrogants, braves et présomptueux, n'épargnant pas les
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injures, disant avec une rude franchise et trop brusquement ce qu'ils ont dans l'âme. Tel est le sirvente du roi Richard Cœur de Lion, composé dans sa prison d'Allemagne, t (Discours préliminaire de Y Histoire littéraire des troubadours, de Millot.) Il y a deux sirventes du roi Richard, tous deux écrits dans un langage mixte où le français domine.
Les sirventes politiques, suivant la remarque de Raynouard, avaient principalement pour objet de poursuivre les auteurs des discordes civiles, de blâmer les actes des souverains et de la cour de Rome, de. fronder les entreprises des seigneurs, de réprimer tout ce qui tendait à troubler l'ordre ou le repos public. Ce genre de sirventes fut aussi consacré à des chants guerriers, par lesquels les troubadours, mêlant l'injure aux exhortations, ranimaient tantôt l'animosité des peuples et des rois, tantôt celle des seigneurs, et les excitaient les uns contre les autres à des guerres longues et cruelles. Quelquefois aussi, accusant l'indifférence des chrétiens, ils les appelaient sous la bannière de la croix, leur présageaient la délivrance de Sion et leur vantaient avec enthousiasme les plaisirs sanglants du carnage et de la victoire. Les surventes composés en vue de la croisade ne présentent généralement qu'une suite de lieux communs débités avec une foi aveugle. Voici en quels termes^-s'exprimait, par exemple, Pierre d'Auvergne : « Dieu exige que nous te suivions pour aller reprendre son saint sépulcre. Suivons-le donc, comme l'Eglise l'ordonne. Celui qui mourra pourra dire à Pieu : » Si tu es mort pour moi, ne suis-je pas mort » pour toi? » Le poëte exhortait ensuite le roi Philippe-Auguste et l'empereur Othon IV à ■ faire paix entre eux pour aller servir le fils de Marie. » Puis il ajoutait : « Quiconque restera, l'enfer sera son partage. Va, sirvente, droit en Allemagne trouver le souverain de cet empire, moins 'fidèle k l'honneur que jamais juif ne le fut à la loi... Lâches rois chrétiens, vous laissez les mameluks triompher de nous, sans qu'aucun baron ou due ceigne l'épée et prenne la lance. Quelle douleur de voir que l'empereur nous manque au besoin I »
Le troubadour qui a peut-être le mieux réussi dans le sirvente politique fut Bertrand de Born, le plus impétueux, le plus violent des gentilshommes français de son époque. « Esprit audacieux et inquiet, dit Villemain, il mit toujours dans ses sirventes, comme dans ses actions, une témérité, un emportement et une ardeur qui le placent au premier rang des poètes et des guerriers du xiib siècle. On le vit tour à tour, du fond de son château de Hautefort, troubler par ses vers les cours de France, d'Angleterre et d'Espagne, désunir les rois entre eux, exciter les haines et les prétentions des seigneurs, tandis que, par ses armes, il combattait ses voisins, saccageait leurs châteaux, ravageait leurs possessions ou, plus terrible encore, résistait aux troupes de Henri II et de son lils Richard. Dans les guerres fréquentes où l'engagèrent sa violence et ses intrigues, il provoquait insolemment ses ennemis et ranimait ses soldats par des vers où se peignent à la fois son caractère inflexible et les passions turbulentes qui agitaient son âme. Mauvais parent, sujet rebelle, ami dangereux, il dépouilla de l'héritage paternel son frère, Constantin; il s'arma contre ses suzerains, excita les guerres cruelles de Philippe-Auguste et de Richard Cœur de Lion, dont il entretenait sans cesse l'animosité par ses sirventes outrageants. » A l'appui de cette appréciation, Villemain cite et traduit un sirvente de Bertrand de Born et se déclare même inhabile à en rendre toute l'énergie : « J'aurai le regret, dit-il, de gâter, d'altérer ce qu'il a dit. Figurez-vous qu'une science presque égale k celle des poètes de l'antiquité a, dans l'original, construit les paroles, nuancé, varié les sons et joué avec le mètre, puis arrêtez-vous seulement aux pensées et k la passion. » Un autre sirvente remarquable de Bertrand de Born est celui où il exhale sa tristesse au sujet de la mort du jeune prince Henri d'Angleterre, Henri au Court inautel, mort en 1183. «Rien de plus habile dans ses tours, dit le même critique, que celte poésie, qu'anime Une vraie douleur ; rien de plus savant que la forme et la distribution des rimes. • Tel est celui qu'il adresse a Richard Cœur de Lion lorsque ce roi, qu'il avait combattu, lui eut enlevé son château de Hautefort. C'est un mélange de finesse et de rudesse, une véritable pièce diplomatique du temps; car Bertrand de Born, comme on l'a justement remarqué, lançait souvent ses sirventes en guise de manifestes politiques.
En général, il y a dans les sirventes plus de virulence que d'énergie, plus de licence que de talent. Toutefois, certaines pièces se distinguent par une énergie vigoureuse, à laquelle s'unit un talent d'une singulière originalité.
SIRVENTOIS s. m. (sir-van-toi). Littér.
Poésie analogue au sirvente, mais an usage chez les trouvères.
— Encycl. Le sirventois ou servendois des trouvères, qui n'est autre chose que le sirvente des troubadours, fut, dans l'origine, une chanson purement militaire. Ducange définit ce genre de poésie : Poemata in guibus servientium seu. militum faela et seroitia referuntur. Mais il reste bien peu de sirventois de cette première période, de ceux qui