LES SENS DU MONDE
Le vice est tout leur entretien ; Le luxe est leur souverain bien; Leur table en délices abonde; Leurs pieds au mal sont diligents, Et les plus graDds marauds du monde Se nomment tes honnêtes gens.
L'ACUETEUIl DE FOIN.
Hier Biaise achetant du foin Demandait avec grand soin :
• Est-ce bonne ou mauvaise herbe? • On palfrenic-r gros et gras
Lui répond d'un ton superbe :
• Goûtes-en, tu le sauras. ■
Beébeuf.
Dis-je quelque chose assez belle, L'antiquité tout en cervelle Me dit : Je l'ai dit avant toi.
C'est une plaisante donzellel Que ne venait-elle après moi?
J'aurais dit ia chose avant elle.
De Caillï.
Enfin ou a quelquefois, par fantaisie, composé des pièces entières qui sont une suite de sixains. Tel est le vaudeville de Panard, intitulé les Hochets :
On Ta dit, et je le répète, L'homme est toujours & ta bavette; Mille puérils passe-temps Ne quittent jamais son idée :
On a des hochets en tout temps ; A tout âge on a sa poupée.
Médor, toujours à sa toilette.
Pour ses habits seuls s'inquiète; De se voir et se faire voir Il a toujours l'âme occupée :
Son hochet est dans son miroir.
Et sa flguro est sa poupée.
Césarion n'a dans la tête Que bataille, exploits et conquête; Cet illustre et vaillant guerrier Brave le salpêtre et l'épée :
Son hochet est dans le laurier; La gloire devient sa poupée.
Gourmandin, fameux parasite, Aux bonnes tables rend visite; Son cœur, grand ami du buffet, Ne cherche que frinche lippée :
SIXT
Le verre lui sert de hochet.
Et la bouteille est sa poupée.
L'abbé muguet souvent se mire, Grimace, minaude, s'admire; Tous ses soins sont pour son toupet Et sa perruque retapée ; Sa tabatière est son hochet ; Sa tête lui sert de poupée.
SIXA1NE s. f. (si-zè-fle , — rad. six). Assemblage , collection de six choses : Une sixaine de francs. Une sixaine de personnes.
S1XDEN1ERS (Alexandre-Vincent), graveur français, né à Paris l'an IV (1795), mort noyé dans la Seine en 1846. 11 étudia d'abord la gravure k l'atelier de Villerey, entra, en 18U, a l'Ecole des beaux-arts et obtint, en 1816, le deuxième grand prix de Rome sur une académie gravée. Il exposa ensuite au Salon de 1 822 les Honneurs rendus à Raphaël après sa mort, d'après M. Bergeret. En 1824, sa Properzia de Bossi travaillant à son dernier basrelief lui valut une médaille d'or. Parmi les autres productions de Sixdeniers, citons le Contrat rompu, d'après M. Destouches (1837); Charlotte Corday , d'après Henri Seheffe'r (1841); Napoléon avec le roi de Rome, d'après M. Steuben (1842); les Funérailles du général Marceau, d'après Bouchot (1843); l'Arabe en prière, la Porte au désert, d après Horace Vernet (1844); Y Accordée de village, d'après Greuze (1846); le Sommeil d'Endymion, d'après Giiodet (1831); Edouard en Ecosse, d'après Paul Delaroche ( 1834 ) ; la Mort de Louis XVI, d'après Bosio (1835); le Portrait de F. Arago, d'après Henry Seheffer (1839) ; une Barque attaquée par des ours, d'après M. Biard (1840); enfin un Portrait du frère Philippe, d'après Horace Vernet (1840).
SIX-DOIGTS s. m. Pèche. Filet k larges mailles, dont on se sert dans certains pays.
SIXENER v. n. ou intr. (si-ze-né — rad. sizaine). Agric. Durer six ans, en parlant des semences. Il Terme vieilli.
SIXIÈME adj. (si-zi-è-me — rad. six). Nombre ordinal de six : Le sixième rang. La sixième année. Le sixième jour. On s'ennuie quelquefois à Rome le second mois du séjour, mais jamais le sixième; et si on y reste le douzième, ou est saisi de l'idée de s'y fixer. (Stendhal). Il y a beaucoup de personnes à qui il manque un sixième sens, celui du bon et du beau. (Ch. Nodier.)
Il me suffit pour moi d'avoir su, par mes veilles, Jusqu'au sixième chant pousser ma fiction.
Boileau.
— Sixième partie d'un tout, Chaque partie d'un tout qui est ou que l'on conçoit divisé en six parties égales.
— s. m. Le sixième jour d'une période : Le sixième de janvier. Le sixième de la lune. Le sixième de sa maladie, il On dit plus ordinairement dans cette acception le six.
— La sixième partie d'un tout : Il y a environ un sixième de nos vins que l'on convertit en eau-de-vie. ( Chaptal. ) La nation paye pour être gouvernée un sixième environ de son revenu. (Proudh.)
— s. f. Jeux de cartes. Suite de six cartes de même couleur : Une sixième au roi. Une sixième majeure, il On dit plus ordinairement une seizième.
— Enseignem. Troisième classe de grammaire, la sixième classe à partir de la rhétorique : H commence sa sixième, h Ensemble des élèves d'une classe de sixième : La sixième fut punie de la retenue, il Salle où se tient cette classe : La sixième de ce collège peut contenir cent écoliers.
— Gramm. Employé substantivement, sixième peut devenir un collectif, et alors il suit les règles données au mot collectif.
SIXIÈMEMENT adv. (si-ziè-rae-man — rad. sixième). En sixième lieu : Cinquièmement, sixièmement.
SIXT, village et commune de France (Illeet-Vilaine), cant. de Pipriac, arrond. et k 15 kilom. de Redon ; pop. aggl., 129 hab. — pop. tôt., 2,007 hab.
SIXTE s. f. (si-kste — rad. six). Mus. Note qui vient entre la quinte et la septième dans une gamme ascendante : Quand cinq ondes d'une note entrent dans l'oreille dans le même temps que trois ondes d'une autre, l'intervalle entre ces deux noies est une sixte majeure. (Littré.) Il Sixte majeure, Intervalle formé de neuf demi-tons. Il Sixie mineure, Intervalle formé de huit demi- tons. Il Sixte augmentée, Intervalle formé de dix demi-tons. Il Sixte diminuée, Intervalle formé de sept deini-tons,
— Jeux. Jeu de cartes qui se joue absolument comme la triomphe, et qui est ainsi nommé parce que les joueurs y sont au nombre de six, qu'ils reçoivent chacun six cartes, et que la partie se compose de six coups ou jeux.
— Géom. et astr. Soixantième partie de la quinte, dans la mesure des arcs, des angles et des temps.
— Encycl. Mus. La sixte est l'intervalle de deux sons correspondants à des nombres de vibrations proportionnels à 5 et à 3. Tels sont les intervalles ut-la et ré-si. Le nom de sixte
g donné k l'intervalle - vient de ce que c'est
l'intervalle de la première à la sixième note de la gamme. 11 y a quatre sortes du sixtes :
SIXT
îo la sixte majeure, composée de quatre tons et d'un demi-ton , et dont le renversement donne la tierce mineure; 2° la sixte mineure, comprenant trois tons et deux demi-tons, et qui a pour renversement la tierce majeure ; 3° la sixte augmentée, qui se compose de quatre tons et de deux demi-tons, avec la tierce diminuée comme renversement; 4» enfin la sixte diminuée, qui ne comprend que trois tons et deux demi-tons, et qui a pour renversement la tierce augmentée.
Au point de vue de l'harmonie, la sixte est l'une des deux consonnances imparfaites, la seconde est la tierce. Elle donne son nom à un accord, l'accord de sixte, qui est le premier renversement de l'accord parfait ; elle ne se présente jamais, d'ailleurs, à l'état d'accord réel ou fondamental, tous les accords prenant leur source dans des successions de tierces, mais elle entre, par l'effet du renversement de l'intervalle qu'elle représente, dans les renversements de ces accords et donne parfois son nom k celui de ces divers accords; c'est ainsi qu'on a l'accord de sixte sensible, de sixte augmentée, de sixte ou quinte diminuée, etc., etc.
En contre-point, les suites de sixtes sont défendues, comme celles de tierces, comme donnant trop peu de variété, et l'on ne peut écrire plus de deux sixtes successives. Quant à la résolution de cette note dans l'harmonie, elle est facultative, excepté dans le cas où elle est note sensible.
SIXTE 1er (saint), pape de 116 ou 119 à 125, successeur de saint Alexandre. Il était Romain de naissance et vécut sous les règnes d'Adrien et d'Antonin le Pieux. Baronius hv fait martyriser sous ce dernier empereur; quelques auteurs lui attribuent l'institution du carême; mais ces faits sont contestés.
SIXTE II (saint), pape, successeur de saint Etienne, né à Athènes vers 180, mort à Rome en 258.
SIXTE III, pape, né à Rome, mort dans la même ville en 440. Il avait manifesté son zèle pendant la persécution du pape Zosime contre les pélagiens, et c'est k lui que saint Augustin écrivit sa lettre célèbre touchant la grâce. Il travailla avec saint Cyrille à la réunion des Eglises de l'Orient, dont un grand nombre étaient détachées de celle de Rome.
SIXTE IV (François d'Albescola de La Rovèrb), pape, successeur de Paul II, né en 1414, mortàRomeen 1484. Deux objets principaux l'occupèrent dans les premiers moments de son exaltation : la réforme ecclésiastiques la guerre contre les Turcs. On lui reproche d'avoir travaillé avec trop d'ardeur k augmenter la puissance de sa famille. C'est sous sou pontificat qu'eurent lieu les troubles de Florence, lors de la conspiration îles Puzzi et de l'assassinat de Julien de Médicis, On accuse Sixte IV d'avoir trempé dans ce complot. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'archevêque de Pise y eut la plus grande part et fut pendu par le peuple de Florence k l'une des fenêtres de son palais. Le pape excommunia les Florentins et leur fit deux ans la guerre. Ses persécutions contrôles Colon n a, ses prodigalités et les moyens peu dignes qu'il employa plusieurs fois pour emplir son trésor lui ont été aussi justement' reprochés. La guerre contre les Turcs occupa une partie de son règne. On lui doit quelques ouvrages de théologie, entre autres : De sanguine Christi (Rome, 1473, in- fol.), De potentia Dei, De conceptione Beats Virginis.
SIXTE V, nommé plus communément Slxte- Quini , un des plus grands pontifes qui aient paru dans la chaire de Saint- Pierre, né au village des Grottes, près de Montalte, dans la Marche d'Ancône, au bord de la mer, en 1521, mort k Rome en 1590. Il se nommait Feliee Peretti et on raconte que sa famille était si pauvre, qu'elle ne put lui donner aucune éducation et qu'il fut réduit à la condition de porcher dans son enfance. Une politesse k un moine qui lui demandait son chemin fut l'origine de sa haute fortune. Mais on doit être en garde contre les récits qu'on s'est plu k faire sur les premières années de cet homme extraordinaire et que Gregorio Leti a rassemblés dans sa Vie (regardée k juste titre comme un roman). Les faits les plus proba-
I blés ont été recueillis par le Père Tempesti avec des soins infinis et sur des documents authentiques (Rome, 1754). Quoi qu'il en soit, Feliee Peretti entra dès l'âge de douze ans chez les corde'iers d'Ascoli, mérita la faveur de ses supérieurs par son application au tra-
■ vail et devint successivement professeur de théologie, prédicateur renommé dansles principales chaires d'Italie, commissaire de son ordre à Bologne, inquisiteur à Venise, etc. Lié intimement au parti qui se forma dans l'Eglise au milieu du xvie siècle et qui eut pour but de relever l'autorité catholique par l'austérité des mœurs, il voulut réformer les cordeliers de Venise et fut chassé par eux. On attribue aussi son départ précipité de cette ville à des différends avec le sénat, et on lui prête ce propos, en réponse à des railleries k ce sujet, « qu'ayant fait voeu d'être pape à Rome, il n'avait pas cru devoir se faire pendre à Venise, i Revenu à Rome, au moment où le nouveau parti de la discipline rigoureuse arrivait au pouvoir, il y vit augmenter son crédit, s'éleva dans les dignités supérieures et fut enfin nommé cardinal, eu 1570, par sou ancien disciple Pie V. Il prit le nom de
SIXT
cardinal de Montalte, du lieu où sa famille (d'origine-datmate) avait trouvé un asile. Sous Grégoire XIII, sa faveur parut s'éclipser, et, suivant le récit de Grêgorio Leti, cette sorte de disgrâce fut utile à ses vues ambitieuses. On le vit tout a coup se retirer des affaires, se confiner dans la retraite, feindre habilement la maladie et la caducité, et ne plus paraître en public qu'en s'appuyant sur un bâton et se donnant toutes les apparences d'un homme sur le point de mourir, Cette comédie dura treize années ;«*n sorte qu'au moment de la mort de Grégoire XUI il n'était personne qui ne le crût au bord de la tombe. Cette considération réunit en Sa faveur les factions qui divisaient le conclave ; chacune d'elles, afin de gagner du temps et de préparer son triomphe, donna ses suffrages a l'homme qui semblait n'avoir que peu de jours a vivre (24 avril 1585). Alors eut lieu cette scène si connue. A peine les suffrages étaient-ils recueillis que Montalte redressa son corps courbé, jeta sa béquille (v. ce mot) et entonna le Te Deum d'une voix de Stentor qui fit trembler les voûtes. Les cardinaux stupéfaits en pâlirent. Il faut dire que ces faits sont aujourd'hui révoqués en doute. Quelques réponses énergiques annoncèrent un grand règne : « Je ma sens, dit le nouvel élu, assez de vigueur pour gou verrier, non -seulement l'Eglise, mais le monde. » Son administration justifia ces paroles ambitieuses. Les Etats romains étaient alors en proie à deux fléaux qui paraissaient incurables : des brigands, soutenus et payés par les aristocraties locales, dévastaient le territoire de l'Eglise, rançonnaient les habitants et, forts delà complicité des plus grands personnages de l'Etat, infestaient jusqu'aux rues de la cité romaine; ils formaient, d'ailleurs, la véritable force des barons et jouaient un grand rôle dans les luttes féodales et dans l'oppression exercée sur les habitants paisibles. D'un autre côté, le vide des caisses pontificales ne permettait aucune entreprise, ni contre les ennemis intérieurs, ni contre ceux du dehors. Dès le premier jour, Sixte-Quint se proposa de remédier k ces deux calamités. Il établit la police la plus rigoureuse, envoya au supplice tous les assassins et les bandits dont on put s'emparer, rendit les châteaux, les barons, les communes responsables do leurs crimes, et en moins d'un an purgea le territoire romain. Il employa, pour créer les finances, des moyens qui peuvent paraître violents aux époques calmes et régulières, mais âui lui réussirent et lui assurèrent une inuenoe considérable en Europe. Il ne faut pas oublier non plus que c'est surtout comme prince temporel qu'il faut juger ce grand politique. En même temps, par des mesures intelligentes et de généreux secours, il relevait l'agriculture, le commerce et les arts, embellissait Rome, faisait achever l'église de Saint- Pierre, dont la coupole fut terminée en vingtdeux mois. Au moyen d'aqueducs gigantesques construits par ses ordres, les sources d'Aqua- Martia fuient amenées de 22 milles sur les collines stériles que les anciens occupaient autrefois, et qui étaient restées désertes pendant le moyen âge. A l'extérieur, son fénie ardent et inquiet conçut une foule de esseins pleins de grandeur, mais qui demandaient des forces plus puissantes que celles qu'il avait k sa disposition : l'extinction de 1 empire turc, la conquête de l'Egypte, la jonction de la mer Rouge à la Méditerranée, pour rendra k l'Italie l'importance commerciale qu'elle avait perdue par la découverte du cap de Bonne- Espérance, la conquête du saint sépulcre , etc. Mais, reconnaissant l'impossibilité de ces projets grandioses, le belliqueux pontife dut concentrer toutes ses ressources pour agir sur l'Occident. Là, sa violente ambition, son catholicisme exclusif et ses idées de domination trouvaient un aliment dans les événements qui s'accomplissaient. Il publia une infinité de bulles pour la réforme des ordres religieux, poussa l'Espagne à envahir l'Angleterre et la France, pour mettre fin au schisme des anglicans et des huguenots, confirma hautement la Ligue, encouragea les Guises, qui lui promettaientl'extinction du protestantisme en France, fulmina l'excommunication contre le roi de Navarre et contre Henri III après l'assassinat des Guises ; il alla même jusqu'à donner des louanges, en plein consistoire, au meurtrier Jacques Clément.En même temps, il lançait une bulle terrible contre Elisabeth et il pressait l'armement de l'Armada, destinée k la détrôner. Toutefois, après avoir menacé les Vénitiens, qui avaient osé reconnaître Henri IV, il parut comprendre le danger de la domination exclusive de l'Espagne sur l'Europe ; et le même homme qui s'était placé avec tant d'énergie k la tête de la réaction catholique suscitée par la Réforme montra quelque velléité, sinon de retourner en arrière, au moins de s'arrêter sur cette pente. Il mourut au milieu de ces perplexités (1590). On a dit que son pontificat avait été comme le soleil couchant de la papauté. Rome, en effet, misérablement livrée, après lui, aux volontés de l'Espagne, vit s'éclipser de plus en plus son ancienne grandeur et devint incapable de rien faire d'important. Cette décadence fut favorable au repos de l'Europe et k la politique nouvelle qui allait définitivement triompher du moyen âge expirant ; mais on n'en doit pas moins reconnaître que le pontife qui avait tenté de l'arrêter était doué d'un génie singuliéreinentvasteethardi
SÎYl)
et qu'il fut en réalité, malgré les misères de sa politique, le dernier pape en qui se soit retrouvé quelque chose de l'àme dominatrice de Grégoire VII.
SIXTE DE SIENNE, théologien et prédicateur italien, né à Sienne en 1520, mort à Gênes en 1569. Issu d'une famille juive, il se convertit dès sa jeunesse au catholicisme, entra chez les frères mineurs et obtint un grand succès comme prédicateur. Frappé d'interdiction pour une cause inconnue, poursuivi et emprisonné, il fut condamné à être hrûlé vif et ne dut la vie qu'à l'intervention de Jules III. Rendu à la liberté, Sixte se retira dans un couvent de dominicains à Gênes. Il a laissé un ouvrage fort important, intitulé ; Bibliotheca sancta (Rome, 1586, in-4o).
SIXTE DE VESOUL (Jean Paris, connu sous le nom de Père), orientaliste français, né à Montagney-lez-Montbozon en 1736. Après avoir embrassé la règle de Saint-François, il entra dans la société des capucins hébraïsants et publia une traduction de VEçclésiaste (Paris, 1771, in-12). Il écrivit aussi une traduction de V Histoire de la première croisade par Matthieu d'Edesse, Cette traduction a été imprimée en 1770, d'après le Père Dunand; elle n'a jamais été imprimée suivant d'autres. Le Père Sixte de Vesoul ne survécut pas longtemps à la suppression de son ordre.
SIXTINE s. f. (sik-sti-ne). Littér. Syn. de
SEXT1NE
Sixtino (chapelle), célèbre chapelle du palais du Vatican, décorée de fresques par les plus grands artistes de la Renaissance. Elle a pris le nom de son fondateur, Sixte IV, qui la fit construire vers 1480, et elle est principalement destinée aux cérémonies de lasemaine Sainte. A cette époque se font entendre réunis ensemble, ce qui est assez rare, les fameux chantres du pape, connus aussi sous le nom de chantres de la chapelle Sixtine, dont les ténors sont ce que l'on appelle, par euphémisme, des sopranos artificiels. C'est l'ensemble le plus merveilleux lie voix limpides et presque féminines qu'il soit possible d'entendre, et Mendelssohn, dans ses Lettres inédites (1864, in-18), a raconté l'impression profonde qu'il en avait reçue.
La décoration de la chapelle Sixtine jouit d'une renommée universelle. Elle se compose de douze vastes fresques, dues a Luca Stgnorelli, à Sandro B"ticelli, à Ghirluiidajo, à CosimoRoselli et au Pè rugi n, qui tapissent entièrement ses murailles latérales. Les plus célèbres sont : Saint Pierre recevant les clefs de l'Eglise de ta main du Christ, du Péru-
5 in ; l'Adoration du veau d'or, de C. Ro>elli; ësus appelant saint Pierre et saint André, de Gliirlandajo; le Voyage de Moïse et de Séphora en Egypte et la Mort de Moïse, de Signorelli. Ces belles œuvres, qui sont encore d'une conservation étonnante quoique datant de plus de trois siècles, pâlissent devant les grandes compositions de Michel-Ange qui complètent la décoration de cette chapelle; ce sont ; la grande fresque du Jugement dernier, qui tapisse le mur du fond (v. jugement dernier), les douze Sibylles et Prophètes qui alternent et sont peints entre chaque fenêtre (v. sibylles) et enlin les douze fresques du plafond. De ces fresques, cinq représentent autant d'épisodes de la Création du monde; nous en rendons compte au mot création; les sept autres ont pour sujet: la Tentation, le Sacrifice de Noé avant d'entrer dans l'arche; le Déluge; Noé et ses fils; Judith emportant la tête a" ' Uoiopherne ; David coupant la tête de Goliath et la Mort d'Aman.
SrïAH-GUSH s. m. (si-ia-guch — nom persan). Mttmm. Un des noms du caracal, en Orient.
Si-Yu-KI OU Mémoires Hurles contrées occidentales-, livre où sont racontés les voyages du célèbre Hiouen-Thsang, pèlerin bouddhiste chinois qui visita les contrées de l'Inde au vtie siècle. (Jet ouvrage a été traduit en français par M. Stanislas Julien. C'est un des plus curieux que l'on puisse trouver dans la liitérature orientale, au triple point de vue de l'histoire politique, de la géographie et de l'histoire religieuse. C'est un document d'une extrême importance pour tous ceux qui veulent se rendre un compte exact de l'histoire de l'Orient. M. Vivien de Saint-Martin a ajouté à ce livre un excellent mémoire qu'on lira avec fruit à la fin du deuxième volume et dans la cinquième série des Nouvelles annales des voyages (1853). Nou's allons donner une courte analyse des voyages de Hiouen- Thsang. Le titre de ce livre est celui-ci, tel du moins qu'il figure dans le grand catalogue de l'empereur Kien-Long : « Mémoires sur les contrées occidentales (Si-Yu-Ki), publiéssous les Thatig, traduits du sanscrit, en vertu d'un décret impérial, par Hiouen-Thsang, maître de la loi des trois recueils, et rédigés par Pien-Ki, religieux du couvent de Ta-tsongtchi. ".11 semblerait, parce titre, que le livre de Hiouen-Thsang eût été d'abord redise en langue sanscrite; mais il est plus probable que le catalogue impérial veut dire que les matériaux qui ont servi à sa composition étaient en sanscrit ou empruntés du sanscrit. D'ailleurs, il n'est pas bien certain que ce livre soit réellement l'ouvrage de Hiouen- Thsang ; la façon un peu libre dont il parlerait de lui-même et certains détails font supposer qu'il a été remanié, d'après les notes
SIYU
de Hiouen-Thsang, par quelques-uns de ses disciples, et peut-être même par ce Pien-Ki à qui le catalogue impérial en attribue la traduction et la rédaction. Mais d'après quels documents Hiouen-Thsang ou l'auteur quelconque de Si-Yu-Ki a-t-il composé son ouvrage? C'est ce que la science indianiste ne peut aujourd'hui nous apprendre. Hiouen- Thsang cite parfois ou même traduit des ouvrages qui ne nous sont pas encore connus. Pour avoir une idée d ensemble sur le livre de Hiouen-Thsangj nous citerons ces paroles du catalogue de Ta bibliothèque de l'empereur Kien-Long, paroles que M. Stanislas Julien a rapportées dans sa préface : « Le Si- Yu-Ki cite surabondamment des faits surnaturels et des prodiges qui ne méritent pas un examen sérieux; mais tout ce qui se rapporte aux montagnes, aux rivières et aux distances itinéraires est susceptible d'être clairement vérifié. C'est pourquoi nous avons fait entrer C9 livre dans notre catalogue et nous l'avons conservé dans l'espoir qu'il pourra servir à compléter les études comparées des savants. • Le bibliothécaire de l'empereur Kien- Long ne vous paraît-il pas un esprit fort judicieux ? Il ne croit pas aux miracles ; ils manquent pour lui d'une vérification possible, seule base de la certitude. Ces trois ou quatre lignes seules sont plus nettes et plus raisonnables que les circonlocutions embarrassées de M. Renan essayant d'expliquer naturellement tel ou tel miracle alors qu'il est si facile de rejeter le fout en bloc. Hiouen- Thsang n'a pas dans la narration de ses voyages une méthode bien sévère. Il raconte simplement ce qu'il a vu, royaume par royaume. De chacun de ces royaumes, il donne d'abord l'étendue, puis celle de la capitale et l'indication des pays voisins. Après quoi, il décrit les productions du sol et la nature du climat; il dit quels fruits les indigènes cultivent jde préférence et quelles mines y sont exploitées par eux. Il fait alors le portrait des habitants; il n'omet pas le moindre détail des mœurs et des costumes. Des habitants il arrive au gouvernement qui les régit, et il dit son avis sur le prince. C'est, comme on voit, a peu près la même manière que celle de Marco Polo. La partie la plus importante du livre de Hiouen- Thsang, celle qu'il a soignée par-dessus tout et sur laquelle il s'étend avec le plus de complaisance , c'est celle où il raconte la vie religieuse et les sectes différentes par lesquelles elle se manifeste. Il nous dit le nombre des couvents et les religieux qui les habitent, leurs moeurs, les sources ou ils ont puisé leur instruction religieuse, leur conduite, la discipline qu'ils ont adoptée, la secte à laquelle ils appartiennent, s'ils sont du grand ou petit véhicule (v. ce mot). Il les juge, les blâme, les condamne ou les loue, selon la vie qu'ils mènent. Ce n'est pas tout encore. Il s'occupe aussi de leur littérature religieuse. Il cite les titres des ouvrages suivis ou composés par les différentes sectes. Il analyse les doctrines qui y sont contenues. Après quoi il raconte avec une foi naïve les prodiges, les miracles et les merveilles opérées par le bouddhisme. Son livre est plein de ces légendes étonnantes et monstrueuses que la religion du Bouddha a suscitées dans l'imagination exaltée des Indiens. Quand il a franchi les montagnes Noires, Hiouen-Thsang descend dans le royaume de Lampâ, qui est le premier royaume du pays indien. Là, il se recueille et, avant d'entrer définitivement dans la contrée sanctifiée par le Bouddha, il la décrit avec respect et amour. Ajoutons que cette description offre le plus haut intérêt. Il cherche d'abord, dans une philologie un peu naïve, l'explication du mot In-tou (Inde), que les Indiens donnaient déjà 4 leur pays dès le temps d'Hérodote, c'est-à-dire douze cents ans avant Hiouen-Thsang. Or, Hiouen- Thsang ayant judicieusement remarqué que le mot In-tou ne désignait pas seulement la péninsule indienne, mais encore la lune, est amené par cette remarque aux recherches les plus laborieuses, afin de savoir ce qu'il peut y avoir de commun entre la lune et l'Inde. Cette lune a, selon lui, quatre-vingt-dix mille li, ce qui fait à peu près sept mille de nos lieues, le li correspondant à un treizième de lieue, selon l'estimation la plus ordinaire. L'Inde , dit-il en outre, est bornée par une grande mer; au nord, elle est adossée à des montagnes neigeuses, l'Himalaya; elle est large au nord et resserrée au imdi ; sa figure est celle d'une demi-lune. Hiouen-Thsang divise l'Inde en soixante-dix royaumes ; il décrit la plupart d'entre eux avec un tel soin, qu'il faut s'en rapporter à lui sur cette division, que la science moderne n'est pas à même de vérifier. Il faut reconnaître en sa faveur qu'actuellement l'état de l'Inde et les innombrables royaumes qui la composent semblent donner raison au voyageur chinois. On doit observer, cependant, qu'à de certaines époques de son histoire, et notamment sous le règne du grand roiUçoka, qui multiplia dans toute la péninsule les témoignages de son zèle religieux pour le bouddhisme, tous ces différents royaumes ont été réunis sous l'autorité d'un seul monarque. Apres avoir ainsi divisé le pays de la Lune, notre pèlerin rapporte les divisions de mois, de saisons et d'années usitées chez les Indiens. Cette partie de son travail, qui offre une comparaison détaillée avec les divisions adoptées chez les Chinois, n'est pas une des moins intéressantes. Nous n'en finirions pas si nous suivions Hiouen-