‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 460 sur 1059 · SUD · texte numérisé non relu

SUD

Bohême. Il habita Prague jusqu au jour où Léopold I«r l'appela au commandement en cbet de l'armée belge; mais, en 1839, les réclamations de la Russie, de l'Autriche et de la Wrusse forcèrent ce prince k le mettre en disponibilité avec le grade de général de division. Il vécut depuis cette époque dans la plus grande retraite , à Bruxelles, jusqu'en 1859, où il obtint la permission de s'établir a Cracovie. 11 y mourut l'année suivante. On lui a élevé à Cracovie un monument, dû au ciseau d'Oleszczynski.

SKULD (skould), nom, dans la mythologie du Nord, de la plus jeune des trois nomes. Elle précède, avec Gudret Rota, les combattants pour décider du sort de la bataille et pour désigner ceux qui doivent mourir.

SKYE, en latin Ebuda Orientalis, île d'Ecosse, faisant partie de l'archipel des Hébrides et du comté d'In verness, don! elle est séparée par un canal étroit, au N. de l'Ile Mull et au S.-O. de Lewis, par 57°-57« 38' de latit. N. et 80 i3'-9° de longit, O. Elle mesure 90 kilom. dans sa plus grande longueur du N. au S., sur 16 k 35 de largeur; superficie, 141,750 hectares; 22,000 hab. Chef-lieu, Portree, sur la côte orientale. Les côtes de cette île présentent des échancrures si nombreuses et si profondes qu'il n'y a pas une seule de ses localités qui soit éloignée de la mer de plus de 6 kilom. Outre le chef-lieu Portree, on y^ trouve plusieurs ports surs et commodes, en tre' autres: Follart et Snizort, sur la côte septentrionale; Bracadale.sur la côte occidentale. Les principaux caps sont: au S., la Point-of-Sleat ; au N., la Point-of-Aird ; k l'O., la Point-Vaternish. Sa surface est très-irrégulière, et le sol, dont 30,000 hectares seulement sont cultivables, offre en général un aspect marécageux. On y trouve de bons pâturages, mais les arbres font défaut. Les saillies du sol," qui forment des groupes plutôt que des chaînes, présentent des caractères variés. Le groupe le plus important occupe à peu près le milieu de l'île et se voit de toutes ses parties; il porte le nom de Cuchullins. On y trouve plusieurs lacs qui nourrissent de nombreux poissons, et on pêche le long de ses côtes beaucoup de harengs, de saumons, d'huîtres et de coquillages. Le gibier y est aussi trèsabondant, et, quoique le climat soit très-variable et pluvieux (il y pleut environ six mois de l'année), il est cependant assez salubre. Les montagnes renferment du marbre, de la pierre à chaux, des marnes et quelques mines de fer et de plomb; on trouve aussi quelques colonnes basaltiques. Malgré toutes ces ressources, les habitants de Skye parviennent k peine à se procurer des moyens suffisants d'existence. Quand la récolte des pommes de terre manque, une partie des habitants est exposée k mourir de faim; des souscriptions, recueillies en Ecosse et en Angleterre, viennent k leur aide. Ceux qui peuvent se passer de ce secours pendant les mauvaises années doivent cette heureuse chance aux prolits que leur a procurés l'élève du bétail ; mais ils ne mangent jamais de viande ; du poisson, des pommes de terre et du lait, telle est leur seule nourriture. Au point de vue administratif, l'île, qui dépend du comté d'Invetness, est divisée en huit paroisses.

SKYRO, île de l'Archipel. V. Sctros.

SKYTALANTHE s. m. (ski-ta-lan-te — du gv.skutaié, lanière; anthos, fleur). Bot. Genre do sous-arbrisseaux, de la famille des apocynées, dont l'espèce type croît au Chili.

SKYTANTHE s. m. (ski-tan-te). Bot. Syn.

de SKYTALANTHE.

SRYTTE (Jean Schroderus, connu sous le nom de Jean), homme politique suédois, né à Nykœping en 1577, mort k Sœderaker en 1645. On croit qu'il était le fils de Charles, duc de Sudermanie, depuis roi sous le nom de Charles IX. Ce prince employa Schroderus dans les atfaires publiques, notamment k l'assemblée des états de Gothie, à Calmar, en 1603. Anobli en 1600 , Schroderus prit le nom de Skyiie et fut envoyé en 1610, comme ambassadeur, auprès de Jacques I«. En 1612, il fut nommé conseiller des finances ; en 1620, président de la chambre royale des comptes. Il exécuta plusieurs missions diplomatiques à l'étranger, fut nommé sénateur et, en 1627, sénéchal de la Finlande septentrionale. Il avait été pendant vingt-trois ans chancelier de l'université d'Upsal et y avait fondé une chaire d'éloquence et de belles-lettres. On a de lui plusieurs ouvrages, entre autres une Instruction sur l'éducation d'un prince (Stockholm, 1604, in-8"). — Laurent Skytte, neveu du précédent, résident de la cour de Suède à Lisbonne jusqu'en 1647, donna sa démission, se rendit à Rome, se convertit au catholicisme et entra dans l'ordre des Frères mineurs de l'étroite observance. Il a publié quelques ouvrages de théologie.

SLABBÉRIE s. f. (sla-bé-rl — de Slabber, savant alitai). ). Acal. Genre d'acalèphes, du groupe des méduses.

SLABRE s. m. (sla-bre). Mar. Barque employée autrefois par les Hollandais k la pêche du hareng.

SLADE (sir Adolphe), marin anglais, également connu sous le nom de Muacbavsr- Pacha, né en 1805. Son père , qui était général, le fit entrer, dès l'âge de douze ans, dans la marine de l'Etat. Slade, après avoir navigué dans les mers de l'Amérique, fut nommé

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midshipman (1820) , fit diverses croisières , assista k la bataille de Navarin (1827), puis fut envoyé k Constantinople et fit, en 1829, une campagne dans la mer Noire sur la flotte ottomane, commandée par Achmet-Papoudschi. De retour en Angleterre, il alla perfectionner ses connaissances navales k l'école de Portsmouth, d'où il sortit en 1834. A cette époque, Slade, devenu lieutenant, fit un voyage dans la mer Noire et se livra a une étude toute spéciale -des formidables moyens de défense dont le gouvernement russe avait pourvu Sébastopol; il adressa à ce sujet un remarquable rapport k l'amirauté. Le jeune officier, qui s'était signalé par ses connaissances théoriques et pratiques ," fut promu capitaine et chargé de faire l'essai d'un nouveau type de navire à voiles (1846). En 1849, les relations entre la Turquie et l'Autriche devinrent extrêmement tendues, par suite du refus de la Porte de livrer les réfugiés hongrois, et l'on put craindre un in-' stant qu'il n'en résultât un conflit. Le gouvernement anglais chargea alors le capitaine Slade de se rendre k Constantinople et de s'occuper activement de mettre la flotte ottomane en état d'entrer en ligne en cas de fuerre. Pourvu d'un congé illimité, il reçut u gouvernement ottoman le commandement du vaisseau le Nauaerelieh, puis le grade de vice-amiral, prit le nom de Muschaver-Pacha et ne cessa depuis lors d'introduire d'importantes améliorations dans la marine du sultan. On doit k ce marin divers ouvrages, notamment : Souvenirs d'un voyage en Turquie et la Turquie, la Grèce et l'Ile de Malte, Ce dernier ouvrage a été traduit en français par MU» Sobry (1838, 3 vol. in-8<>).

SLAGELSE, ville du Danemark, près de la côte occidentale de l'Ile de Seeland, bailliage de Soro, k 76 kilom. S.-O. de Copenhague ; 4,727 hab. Ecole secondaire; hospice. Tanneries, huileries, distilleries, fonderie de fer; fabrication de tabac, ouate. Commerce de grains. On y remarque les églises de Saint- Michel et de Saint-Pierre, l'hôtel de ville et, aux environs, les restes du château royal d'Anderskow.

SLAMI - MOKESKI s. m. (sla-mi-mo-kèski). Nom donné k la fourrure du lièvre de Moscovie.

SLANE, bourg et paroisse d'Irlande, comté de Meath, k 12 kilom. O. de Drogheda, près de la Boyne ; 1,700 hab. Moulins k farine. On y voit un beau château appartenant au marquis de Conyngharo. C'était autrefois une ville assez importante, siège d'évéché, avec une ancienne abbaye dans laquelle Dagobert II, roi d'Austrasie, fut relégué par le maire du palais Grimoald.

SLANE (William Mac-Guckin, baron de), orientaliste et érudit français, d'origine anglaise, ne vers le commencement de ce siècle. Il fut pendant assez longtemps attaché comme principal interprète a l'armée d'Afrique, puis il devint professeur d'arabe algérien k l'École spéciale des langues orientales k Paris. M. de Slane a succédé, en 1862, k M. Magnin comme membre de l'Académie des incriptionset belles-lettres. On lui doit des traductions importantes et estimées du Divan d'Amro'lkaîs (1837, in-4o), avec texte et notes ; de la Géographie d'Aboulféda, avec commentaires; de l'Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale d'Ibn-Khaldoun (1852-1856, 4 vol. in-8°); des Prolégomènes d'Ibn - Khaldoun { 1863 , in-4"), etc.

SLANTZA s. m. (slan-tza). Bot. Arbuste du Kamtchatka, qui passe pour antiscorbutique et astringent.

SLAB.GANDO adv. (slar-ghan-do — mot ital. qui signif. en élargissant). Mus. Indique, sur les partitions, qu'on doit donner plus de largeur au mojivement.

SLATAU1CH (Dominique), poète serbo-dalraate, né k Raguse en 1556, mort dans la même ville en 1647. Après avoir étudié la philosophie et le droit k Padoue, il obtint le titre de recteur de la Faculté des arts. Vers 1589, il revint dans sou pays natal, où il fut plusieurs fois investi du dogat. On possède de lui : les Amours de Pyrame et de Thisbé (Venise, 1598); Epitaphes des hommes célèbres dalmates et étrangers (Venise, 1606) ; Chansonnier serbe.

SLATÉRIE s. f. (sla-té-rî — de Stater, n. pr.) Bot. Syn. d'OFHlOPOGON.

SLAT1NA, ville des Principautés - Unies moldo-valaques, dans la Vulachie , sur la rive gauche de l'Aluta, k 200 kilom. O. de Bucharest; 2,000 hab. Tribunal de 1" instance. Ecole supérieure de district.

SLATOUST, ville de la Russie d'Europe, dans le gouvernement d'Orembourg, au pied occidental des monts Ourals, k 209 kilom. N.-O. de Troitzk; 2,907 hab. Mines d'or et de platine. Arsenal militaire.

SLAUGTER (Edouard), grammairien et mathématicien anglais, mort k Liège en 1729. Il entra dans l'ordre des jésuites et s'adonna k l'enseignemeul à Liège. U n'est connu que par deux ouvrages : Grammatica hebraica (Rome, 1725), jadis estimée, et Arithmetica (Liège, 1725).

SLAVE s. (sla-ve. — V. k la partie ency-

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clop.). Individu d'une race particulière qui habite le nord et l'est de l'Europe : Les /tusses et les Polonais sont des Slaves.

— Adjectiv, Qui appartient aux Slaves : Les langues slaves. La division des peuples slaves entre plusieurs puissances pouvait passer pour excellente. (Proudh.)

— Encycl. Linguist. Le savant Schafarik. dans son Histoire de la langue et de la littérature slaves, dans ses Antiquités slaves et dans son Ethnographie slave, a donné à la science un travail excellent qui a jeté sur toutes ces langues une lumière éclatante. C'est donc lui que, avec Sehleicher, nous prendrons particulièrement pour guide.

Les idiomes slaves occupent en Europe un espace plus étendu que toute autre langue. Depuis la Dwina, kl'est, jusqu'aux monisdes Métaux (Bohême et Saxe), à l'ouest, et, dans les anciens temps encore, bien plus loin vers le cœur même de l'Allemagne; depuis les rives de la mer Glaciale jusqu'à celles de la mer Adriatique et de la mer Noire et j usqu'k l'Archipel grec, voilk l'énorme domaine des Slaves d'Europe. Leur langue s'est aussi propagée à travers l'Asie septentrionale ou la Sibérie jusqu'au nord tle i'Amérique, en Sorte qu'elle occupe un sixième de la surfuce habitable de tout le globe. Et cependant nulle part on ne rencontre tant de différences physiques et morales parmi des peuples dont les langues diffèrent si peu entre elles, qu'on pourrait presque les regarder comme les dialectes d'un seul et même idiome.

Le nom des Slaves signifie proprement illustre, célèbre; il appartient k la même famille que l'ancien slave slava , slavilsa , gloire, slavinu, glorieux ; lithuanien szlowe , gloire, de l'ancien slave sluti, entendre, d'où aussi slutice , gloire. Ce nom vient d'un radical très-usite dans les langues indogermaniques : sanscrit cru, grec ktu, lettique felu, gothique kliuma ou kliusma , l'ouïe , dans l'ancien haut allemand hltjsén, alémanien losen, écouter. Ce mot primitif siu se retrouve dans le vieux slave , dit slave ecclésiastique : stysza , j'écoute , et sluch, la réputation, le on dit, en latin fama, chez les Russes slyszat, slitszat, sluch, chez les Tchèques slyseti, po-slouch-ati, chez les Polonais stuchuc, stySzie, etc.; en outre dans le vieux slave ecclésiastique, sluga, le serviteur, sluzhat le service, et également dans les idiomes modernes, tchèque sluha, le serviteur, slouziti, servir.

Une modification de cette signification primitive est se faire appeler , n'appeler , se nommer, en russe slyt, en tchèque slouti ou stuju, slovo, le mot, la parole (ceci est commun k tous les dialectes); en polonais slowit, parler, proclamer, comme le causatif sanscrit cravajâmi. En troisième lieu, il prend la signification du lutin bene audire , être célèbre. Les nombreux dérivés gardent tous au fond le sens fondamental : russe slavjanin , slavjanskij , polonais slowianin , slowianski, tchèque slooan, slooamky; n'est le nom que les Slaves se donnent euxmêmes. Slova'k a cette signification un peu méprisante qui s'attache à la syllabe dérivative ak, comme prusak, tandis que slovan et prusan ont une signification noble. Voilk donc les deux idées qui servent de base au nom slave :1e. gloire et la parole. Cette race s'appelle en même temps les glorieux, de slawa, et ceux qui parlent, de siovo, tandis que les étrangers sont qualifiés de nemec, nemy, c'estk-dire les muets, qui ne parlent pas slave. Le mot nemec est spécialement attribué aux voisins occidentaux des Slaves : un Allemand s'appelle chez les Slaves un nemec. 11 en est de même du mot slave pour rossignol: cet oiseau s'appelle slawik en tchèque, slomik en polonais, solowey en russe, ce qui peut se traduire et par oiseau glorieux et par oiseau parlant, c'est-a-dire oiseau qui chante avec tant d'expression qu'il semble parler.

En linguistique, le nom de slave s'applique k de nombreuses familles des langues aryeunes. Cependant cette branche semble k M. Max îwuller plus exactement désignée sous le nom de wendique, le terme wendique étant une des appellations les plus anciennes et les plus générales qui servent aux premiers historiens de l'Europe pour désigner les tribus de cette famille.

Abstraction faite de l'idiome bulgare, qui se trouve aujourd'hui dans un grand désordre, tous les idiomes slaves sont beaucoup moins différents entre eux que ne le sont les idiomes de race germanique, ceux des Anglais, des Nordlandais (Scandinaves) et des Allemands. Un voyageur qui connaît k fond une seule langue slave peut se faire comprendre dans toute la région slave, depuis les péninsules Ounalachka et Kamtchatka jusqu'au voisinage de la mer Adriatique, et depuis le Caucase jusqu'aux frontières de Bavière et de Saxe. Les dialectes allemands, par exemple le bas allemand du Holstein et l'allemand helvétique, différent entre eux plus que le polonais, le tchèque, le lusacien et d'autres dialectes slaves.

La vieille forme slave, connue sous le nom de slave ecclésiastique, ne diffère point énormément de la forme moderne. Les changements principaux de la langue slave se sont faits sous l'influence destructive exercée sur les consonnes précédentes par les t et les j. C'est ainsi que beaucoup de muettes furent déprimées au point de devenir de simples si-

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bilantes et assibilantes; de là, enfin, cette sibilation imprimant à ta langue slave un cachet si particulier, qui, toutefois, ne se rencontre pas également répandu dans tous les idiomes. Du reste, on a tort de leur reprocher une trop grande abondance en consonnes accumulées, surtout au commencement des syllabes ; beaucoup de ces consonnes sont mouillées et des voyelles très-pures et très-sonores sont toujours là pour adoucir les âpretés qui en pourraient naître. Ce préjugé défavorable est d'ailleurs nourri par l'orthographe peu commode dont se servent les Polonais, qui expriment souvent un seul son par deux, même par quatre consonnes ; ils ont , par exemple, leur $s, leur es, leur szcz, tandis que les Russes expriment les mêmes sons par un seul signe. Parmi les idiomes slaves, la langue polonaise possède la plus forte quantité de consonnes sibilantes.

A l'égard de la grammaire, les dialectes slaves sont infiniment supérieurs à tous les idiomes germaniques et romanisés; ils se rapprochent beaucoup des langues synthétiques. Le substantif n'a pas d'article et le verbe se conjugue presque partout sans pronom personnel.

Semblable au lithuanien, le slave a gardé les sept formes.de la déclinaison; le placement des mots est par là moins embarrassé' et l'emploi des prépositions est restreint. Semblable a l'allemand et au lithuanien, le slave a conservé la forme double de l'adjectif, la forme déterminée et la forme indéterminée , celle-là. composée du pronom démonstratif; en tchèque zdvavy clovek, l'homme sain, et clovek jest sdrao, l'homme est sain. Le substantif a les trois genres; mais, au pluriel surtout, le féminin et le neutre sont souvent Confondus; le masculin des objets animés se Sert du génitif au lieu de l'accusatif, pour se distinguer du masculin inanimé.

La plupart de ces langues sont riches en ' diminutifs et en augmentatifs faits par flexion, et forment de même leurs comparatifs et leurs superlatifs. L'ancien servien, la slawenski, le lithuanien et le carniolien, dialecte du wende, possèdent le nombre duel.

Quelque chose de particulier se montre dans la conjugaison slave, qui, n'ayant que peu de temps Mmples chez les Slaves modernes, aime à se servir du participe. Des verbes exprimant une action momentanée sont appelés chez les Slaves verbes composés de prépositions, chez lesquels la relation n'est pas modifiée par une forme dérivée ; ils n'ont pas de temps présent, quant à la signification, et emploient cette forme du temps présent dans le sens du temps futur. (Jette particularité de la conjugaison slave a quelque chose de profondément vrai, car une action momentanée ne saurait jamais être réellement dans le présent; elle est, comme le point géométrique, sans dimension et appartient soit au passé, soit au futur.

Les verbes slaves, ayant beaucoup de formes dérivées, par exemple des formes eausatives, ou itératives, des combinaisons avec des prépositions, offrent une grande difficulté à celui qui, sans être Slave de nation, veut apprendre à se servir de cette langue. Il lui faut une étude spéciale pour bien saisir la différence qui existe entre .les formes perfectives momentanées et les formes duratives; par exemple, en tchèque, mreti, mourir, est duratif, c'est-à-dire a la signification d'une durée dans la phrase suivante : • Jean se meurt d'ennui. « Ja'n mre dlouhouchwili, avec le temps présent mre; tandis qu'on ne peut pas former un présent dans le verbe compojé u-mreii qui signifie mourir subitement, rapidement ; ainsi Ja'n umre doit se traduire par Jean va mourir. Quand on veut former le présent d'un verbe composé d'une préposition, il faut amplifier le radical de ce verbe : Ja'n uni ira.

Ces verbes signifiant une durée; on exprime le futur en paraphrase avec le verbe ùudti, budes, je serai: budu umirati, je serai mouvant. La même distinction est rigoureusement observée dans le temps passé; les verbes perfectifs ou momentanés ont de véritables parfaits et les verbes duratifsontdes parfaits qui expriment une durée dans le passé. Par exemple, on dit avec l'imparfait on sil kdyz jsem prisel , il cousait (duratif) lorsque je vins chez lui; mais, avec le perfiictif, on usit kaba'l, pak mi ho poslal, il cousit l'habit (jusqu'à la lin}, puis il me l'envoya.

A l'aide de ces formes distinctes, on détermine les significations avec plus de précision que dans d'autres langues : ten pa'n nese kaba'l, ce monsieur porte un habit, ce qui signifie qu'il le porte sur le bras en l'apportant; mais ten pa'n nosi kabat, ce monsieur porte (comme vêtement) cet habit; ten pa'n nosiwa kaba't signifie : ce monsieur a. l'habitude de s'habiller de cet habit. Voilà donc trois expressions pour notre il porté. Cette richesse de formes est tout à fait une richesse antique; elle contribue beaucoup à la lucidité de la construction grammaticale. Chaque mot radical devient ainsi le germe d'un arbre largement ramifié de formes dérivatrices , dont chacune à son tour, facilement reconnaissabîe, exprime un sens différent. Félicitons donc, avec Schleicher, les idiomes slaves de leur puissante vitalité dans le verbe et dans le substantif, de cette force productive qui est infiniment supérieure à celle de nos idiomes occidentaux

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décrépits. En revanche, les idiomes slaves ont bien moins que l'allemand et le grec la faculté de former des composés.

L'étrange participe du prétérit de l'actif en double l, qui revient si souvent dans la langue slave, est une de ses propriétés particulières et la distingue même de la langue lithuanienne, sa sœur jumelle.

Parmi les dialectes slaves, il faut d'abord séparer ceux de l'Ouest et ceux du Sud-Est. Mais il est difficile de réduire cette différence à des lois phonétiques déterminées. Quoi qu'il en soit, le savant Schaffarik cite les suivantes :

jo d se rencontre intercalé devant l dans les idiomes slaves de l'Ouest : salo, sadlo, la graisse, etc.

20 d et t, dans les idiomes slaves de l'Est, s'effacent devant l et n, mais ils y restent dans les idiomes slaves de l'Ouest : jal, jadl, mangea, menu, svetnu, je m'éclaircis, etc.

3° Les labiales v, b, p, m, quand elles sont suivies d'un j ou d'un son ayant une influence analogue à celle du j, se font suivre d'un l dans les idiomes slaves du Sud-Est: zemlja, zeme, semja, terre, etc.

*o Les Slaves du Sud-Est disent motriti avec m initial et dans les dérivés smotriti, smolreti, smotrati; les Slaves de l'Ouest prononcent patriti, palrzyc', regarder, contempler, etc., avec p initial. Mais n'oublions pas toutefois que ces marques ne sont que superficielles.

Voici les subdivisions en détail :

10 Langues slaves du Sud- Est : russe, boulgare (avec le boulgare ancien et le slave ecclésiastique), illyrien (serbe, croate, slovène);

2° Langues slaves de l'Ouest : lekhique (polonais), tchèque (bohème), slovaque, serbe (en Lusace), polabique (n'existe plus).

Toutes ces variétés du grand idiome des Slaves pourraient fort bien se servir d'un alphabet commun, mais il n'en est rien. Les Slaves du rit grec ont adopté l'alphabet cyrillique; les Slaves du rit latin et du rit protestant ont l'alphabet latin et allemand. On peut dire sans hésiter qu'aucune famille ethnographique, la sémitique, la sanscrite et la malaise seules exceptées, n'offre d'aussi grandes différences dans les moyens graphiques pour représenter des sons qui sont presque identiques ou diffèrent très-peu les uns des autres.

L'alphabet cyrillique ou cyrillitza , basé sur celui des Grecs, a été inventé, dit-on, par saint Cyrille, apôtre dans les yaya slaves, vers 865. On s'en sert encore aujourd'hui pour écrire la langue ecclésiastique, et la tribu de Ruthénie, en Gullicie, s'en sert également; il a produit l'alphabet des Russes et ' celui des Serbes. Les autres populations de la race slave ont des alphabets croate, illyrien, corynthien , lusacien, tchèque, polonais, etc. Les plus anciens monuments de l'alphabet cyrillique sont : l'inscription sur une pierre d'une ancienne église, à Kiev, enchâssée dans les murs de la nouvelle, et qui, selon Karamzin, remonte à l'année 996; ensuite, les livres d'église manuscrits de l'an 1056 qui se conservent à Saint-Pétersbourg et dans les couvents du mont Athos. Cet alphabet, selon la diplomatique des bénédictins de Saint-Maur, n'a que quarantedeux lettres, tandis qu'il en aurait quarantehuit selon le savant serbe Wut.

Un autre alphabet ecclésiastique se trouve chez les Sltwes méridionaux du culte catholique; ils l'ont appelé Valphabet glagolitique ou àiëronymique, parce que, disent-ils, il a été introduit par saint Jérôme. Dobrowski a, toutefois, réfuté' cette. opinion et ne fait remonter l'usage de cet alphabet qu'au ïiu« siècle. D'après ce savant, l'alphabet glagolitique fut inventé pour réintroduire sous une nouvelle forme la liturgie cyrillique qu'on avait défendu d'employer. Kopitar, au contraire, jugeant d'après un manuscrit appelé le Codex closianus, qui a au moins la même antiquité que le plus ancien des manuscrits cyrilliques, prétend que l'alphabet glagolitique est plus ancien que le cyrillique. Dans tous les cas, ce point n'intéresse nullement en réalité la langue slave elle-même. L'alphabet glagolitique est surchargé de signes bizarrement tracés qui rendent très-incommode l'usage de ses quarante-deux lettres, et on penche involontairement vers l'opinion de Dobrowski quand on regarde attentivement les lettres, qui semblent, en effet, être une défiguration des lettres grecques et cyrilliques. Le plus ancien monument que l'on ait dans cet alphabet est un psautier du xuie siècle, peut-être du xn«, écrit sur parchemin. Le catéchisme écrit en croate par Primus Trûber et publié à Urach en 1561 est aussi écrit avec cet alphabet.

Consultez sur les différentes langues slaves : In originem et historiam alphabeti sclavonici disquisitio^ & Clem. Grubissichio (Venetiis, 1766, in-8°); Eichhoff, Histoire de la langue et de la littérature des Slaves; Neue Einleitung zur slavon. Sprache , von Mar. Lanassovich (Essek, 1778, in 8°) ; Entwurf zu einem allgemeinen Etymologikon de>' sta~ vischen Sprachen, Von J. Dobrowsky (Prag, 1833, in-Su) ; Aug. Schleicher, Vie Formenlehre der kirchenslawischeii Sprache (Bonn, 1852, in-8°); Essai sur l'affinité des langues slavo-russe et grecque, par Constantin Iconomor (Saint-Pétersbourg, 1828, 3 vol in-8°); Die Griechen als Slamm uni Sprach verwùndte der Slaven , von Gr. Dankowsky

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(Pressburg, 1828, in-so) ; Gr. Dankowsky, Matris sciavics filia erudita vulgo lingua grsca, seu grammatica cunctorum sclavicar. et grscar. dialect. (Posonii, 1836, 2 vol. in-8»); Bokorigh, Arcticx horuls successive de latino-carniolana lileratura; Jos. Dobrowski, Institutions lingus slavicsi dialecti veterts (Vindobonae, 1852, in-8°); Grammatik der slavischen Sprache in Krain, Kârnthen und Steiertnark, Von Barth. Kopitar (Leibach, 1808, in-8») ; Fr. Miklosieh, Vergleichende Grammatik der slavischen Sprache (Wien, 1853-1856, vol. 1er et III, in-8<>) ; Lexicon lingus slavonics vet. dialecti (Viennœ, 1850, in-4°); Hadices lingus slavonics (lAy&itt, 1845, in-8»); Chrestomathia palsoslovemca (Viennse, 1854, in-8"); Monumenta lingus palsoslovenics e codice supraliensi (Vindobonae, 1851, in-8°) ; Formenlehre der altsloven. Sprache (Wien, 1854, in-8»); Lautlehre der attslovenischen Sprache (Wien, 1850, in-8°); Alphabets esclavon, grec, latin et polonais, avec une explication en russe, par Karrion (1S92, in-fol.) ; Elementa philosophie christ, quitus conlinentur alphabetiea sclavonicum, grsseum et latinum, preces,etc. (Moschae, 1701, in-4°); Eug. Joanno-vics, Grammatica Ivujus ecclesiastico-slavies (Viennœ, 1851, in-8») ; G. Dankowsky, Magyarics lingus lexicon critico-etymolog. (latino-german.) e quo patefil, qus vocabuta magyari e sua avita caucasia dialecto conservarint, qusve a Slavis, uti Bohemis, Carniolis, Croatis, Illyriis, Polonis, Hussis, Serbis, Slavis, Pannoniis, Vendis, Valachis, porro a Grscis , Germanis , ltalis, etc., adoptarint (Posonii, 1838, in-8° de 1,000 p.), ouvrage très-important; Dictionarium trilingue, hoc est sclavonicum, gr. et lat. (Moschse, 1704, in-4°); Seb. Dolci, De illyricx lingua velustate et amplitudine dissertalio (Venetiis, 1754, in-40); Alphabelum et prêtes illyrics (Venetiis, 1527, in-4°); Alphabet slavon expliqué par le romain, conformément à l'orthographe dalmate, croate, slavone et de la Carniole (Venise, 1814, in-80}; A. Chodsko, Grammaire paléoslave (Paris, 1869, gr. in-8°).

— Ethnogr. Les Slaves forment une grande famille de l'espèce humaine, appartenant à la race aryenne ou indo-européenne et peuplant toute 1 Europe orientale, c'est-à-dire la plus grande partie da la Russie, la Pologne, l'Allemagne orientale, les parties septentrionales de la Hongrie et de la Turquie, plusieurs contrées soumises a la domination autrichienne, telles que la Bohème, la Dalmatie, l'IUyrie, la Croatie, la Serbie, etc. C'est, on le voit, la plus étendue des races européennes. Elle se divise en six peuples principaux, | assez différents entre eux sous le rapport des idiomes : les Grands-Russes ou Moscovites; les Petits-Russes, appelés aussi Rusniaques | ou Ruthènes; les Polonais ou Lèkhes; les , Slovaques, qui comprennent les Tchèques de ! Bohème, les Moraves de Moravie et les peu- 1 pies des Karpathes; les Sorabes et les Obotrites dans la Lusace et le Brandebourg; les Uiyriens ou Slaves méridionaux, qui comprennent les Wendes ou Vénètes, les Croates, les Serbes et les Bulgares. Les Slaves sont au nombre total d'environ 75,000,000, répartis de la manière suivante: 47,700,000 en Russie, 2,400,000 en Prusse, 200,000 en Saxe, 17,000,000 en Autriche, 7,700,000 eu Turquie. Pendant longtemps on a pensé que les Slaves étaient un peuple nouvellement venu d'Asie, n'ayant apparu en Europe qu'au v«et au vie siècle, lorsque l'histoire nous présente pour la première fois le mot slave. Les savantes recherches de Schaffarik (Antiquités slaves) ont démontré que les Slaves étaient établis en Europe depuis une haute antiquité sous le nom de Spores ou Serbes et de Wendes ou Vénètes, et qu'ils occupaient l'Iliyricuin (Illyrie) et cette panie de l'Europe orientale comprise entre la Baltique au N., laVistule et les Karpathes à l'O., la Sarinatie et le Pont-Euxin au S., le Don ou Tanaïs à l'E. L'histoire primitive des Slaves, quoique trèsobscure, les montre établis dans ces contrées plusieurs siècles avant l'ère chrétienne. Leur nom vient du mot slovu (retentir) et signifie les parlants , par opposition au mot nemec (les muets), nom qu ils donnaient aux Germains, dont ils ne comprenaient p:is la langue. Vers 350 av. J.-C, les Slaves de l'Illyricum sont expulsés de cette contrée et soumis par les Celtes; ceux qui habitaient les côtes de la Baltique sont refoulés vers le nord pur les Goths l'an 330 av. J.-C. Mais, dans le me siècle de l'ère chrétienne, ils s'établissent dans les contrées de l'Allemagne orientale abandonnées par les Germains; au ive siècle, ils s'allient avec les Huns ; au ve siècle, ils s'avancent sur le Danube et sur l'Elbe; c'est la date de ce déplacement qui a été prise pendant longtemps pour celle de leur arrivée en Europe. Vaincus, dispersés et comme submergés au vue siècle par les Avares, ils disparaissent momentanément de l'histoire; mais, au vme et au IXe siècle, ils reparaissent et forment partout des Etats plus ou moins iraportants : Russie, Pologne, Buhême, Bulgarie, Serbie, Croatie. V. ces mots.

Malgré la rectification historique de Schaffarik sur l'origine des Slaves, Cette race, la plus étendue de l'Europe, en est aussi la plus jeune. Toutefois, l'ethnologie slave n'échappe pas à la loi commune sous laquelle se sont formées toutes les nationalités européennes. Une longue suite de déplacements , de pressions violentes, de conquêtes et d'absorp-

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tions, d'infiltrations, de superpositions et de mélanges soit des races européennes entre etles , soit des races grossières de l'Asie moyenne avec les populations de sang aryen, ont produit a peu près partout cette fusion totale ou partielle du sang et des idiomes, qui n'a laissé que sur un petit nombre de points quelques groupes que l'on puisse encore regarder comme les représentants de la pureté primordiale. C'est ainsi qu'en Russie la race slave s'est mêlée au sang mongolique et finnois; en Pologne, au sang sarmate; ailleurs, au sang turc, grec et germanique. Quelques peuptes même , classés parmi les Slaves, les Cosaques par exemple, sont issus d'un mélange de plusieurs races. Sans doute, tous les peuples d'origine slave ont conservé, malgré le mélange, cette communauté de physionomie nationale qu'il est plus aisé de constater que de définir; mais ils n'en présentent pas moins une grande confusion de diversités individuelles. Ce fait est prouvé par la glossographie elle-même ; on ne dit plus, de nos jours, la langue slave, mais les langues slaves. Les diverses parties de cette grande race sont donc loin de former un seul tout, et les aspirations, les tendances vers l'unité slave, désignées de nos jours sous le nom de panslavisme (v. ce mot), rencontreront des obstacles et des adversaires dont il ne sera pas aisé de triompher. Reconnaissons néanmoins que déjà les Slaves ont pénétré très-loin. « Les Slaves, dit M. Emile Montégut, sont les derniers venus dans l'histoire, dont ils aspirent avec ardeur à s'emparer pour y inscrire leur nom à côté de celui de leurs aînés dans la civilisation. Chacun des peuples de l'Europe moderne a aspiré à la prépondérance et l'a obtenue pour un temps plus ou moins long. Cette ambition est aujourd'hui celle des Slaves, qui ont trouvé dans la Russie un commencement de réalisation de leur rêve. Le génie slave est singulièrement doux, sociable, subtil, rêveur et mystique, et se sépare très-nettement des génies des autres races européennes. 11 est impossible de dire de quels bienfaits la civilisation sera redevable à ce génieencore latent et ten puissance, » mais on peut cependant prévoir que, si le sentiment de la fraternité doit se transformer en institution et passer dans la vie politique des nations, comme l'égalité et la liberté y ont déjà passé, l'humanité devra ce résultat k la race slave, qui est, de toutes, celle qui comprend le plus profondément ce Sentiment, comme la race celtique et latine est, de toutes, celle qui comprend le mieux l'égalité, et la race saxonne la liberté. > Parmi les ouvrages les plus récents et les plus utiles à consulter sur les Slaves, nous citerons : le Monde slave, son passé, son état présent et son avenir (1851, 2 vol. in-8°),par M. Cyprien Robert ; les Slaves de Turquie ('844, 2 vol. in-8°), par le même; le A/onde slave (1873, in-8°), par M. Louis Léger; Etudes slaves (1875), par le même; les Siaues méridionaux (1874), par M. Sainte-Marie, etc.

Slave autour de la Chambre (VOYAGE d'un)i

par M. Tanski (1844). Lie tout temps, les corps politiques ont été l'objet d'études fort curieuses de la part des journalistes; mais, cette fois, le guide qui veut nous conduire dans tous les coins et recoins du Palais- Bourbon est un Slave, il est vrai que les Slaves ont le don des langues et se familiarisent promptement, maigre leur patriotisme, avec les mœurs de tous les pays. Un voyage autour de la Chambre des députés par un étranger, voilà qui peut et doit être aussi agréable qu'instructif. Nous allons apprendre les mœurs et la géographie du pays, comment se font et se défont les lois, comment on devient ministre et comment on cesse de l'être, comment un portefeuille rouge exerce sur celui-ci une attraction irrésistible, comment un marbre blanc, haut de 3 pieds, inspire à celui-là une frayeur si insurmontable, qu'elle lui coupe net la parole. Nous allons examiner l'exactitude du portrait des hommes illustres, en même temps que nous verrons fustiger d'un mot la tourbe des satisfaits, dont tout l'esprit consiste à se taire.

Le Slave a eu l'ambition de donner un récit complet de son voyage, et, s'il n'a pas toujours réussi quant aux hommes, il faut reconnaître qu'il est d'une exactitude parfaite quant aux choses; il n'a rien omis sur ce point. Il commence par décrire le palais avec ses diverses entrées, ses grands vestibules, son paisible jardin, ses statues. Il jette un coup d'oeil rétrospectif sur l'ancien cérémonial, puis pénètre enfin dans la salle des pas perdus, où il fait une longue halte pour tracer le chapitre le plus curieux, de ses tablettes. C'est là que M. Tanski attrape, pour nous la transmettre, la physionomie de chaque député qui a un nom. C'est de là qu'il lance ses anecdotes les plus piquantes. Ensuite il passe à la chapelle, aux bureaux de la Chambre, à la bibliothèque, où ne puise qu'un petit nombre de députés, et à la buvette, où ils vont tous. Ainsi, le Slave ne laisse pas un coin de la Chambre sans l'explorer, et il présente en même temps le député sous toutes ses faces et à toutes les heures de sa vie parlementaire, de telle sorte que son livre est un vade-mecum très-commode pour quiconque veut se mettre au courant de nos mœurs représentatives : c'est le guide de l'électeur à Paris. Quand on voit le Slave parcourir d'un pied alerte les diverses

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tribunes de la Chambre et arriver, bon pied, bon œil, a la tribune des journalistes, on s'attend à des portraits qu'un est tout désappointé de ue pas trouver. Il eût été piquant, en elfet, de voir juger les juges et d'apprendre à quel point, chez ces maîtres proies de l'opinion publique, le style est l'homme. M. Tanski s'est montré moins réservé dans son chapitre intitulé Généraux et chefs de corps des armées parlementaires. Nous l'en féliciterions si , tout en nous dévoilant avec habileté les secrets de la stratégie, les marches et contremarches de l'opposition et du ministère, il n'eût pas été plus d'une fois injuste envers quelques hommes émineuts, comme MM. Thiers, Duvergier de Hauranne et de Rémusat.

Ce compte réglé, nous aimons a rendre justice au livre de M. Tunski. Il y règne, d'un bout à l'autre, un ton excellent; les personnalités n'y sont jamais offensantes, et, même aux endroits les plus hasardes, il reste dans les bornes de la discrétion. De plus, le Slave est bien informé; il en sait long et n'est jamais à court de détails. Avec les récits de M. Tan ski sous les yeux, on a le tableau exact des grandeurs et des petitesses du régime parlementaire; on pénètre au cœur des institutions représentatives et l'on sait ce qu'il faut espérer et ce qu'il faut craindre.

Slave ( lb mondb ) , par M. Louis Léger (1873, 1 vol. in- 12). Avant de publier ce volume, qui est une suite d'études ayant paru séparément dans différentes revues, l'auteur s'étaifavaniageusement fait connaître par plusieurs travaux très savants sur les Slaves. Sa Bnhême historique et populaire, ses Citants populaires et héroïques des Slaves de Bohême, ses voyages dans presque tous les pays habités par cette grande race européenne, de Moscou à Belgrade et d'Agram à Prague, entin ses cours à la salle Gersoa l'avaient fait distinguer comme un des hommes qui connaissent le mieux l'histoire et la littérature des peuples du Nord. Le Monde slave a conservé la forme qui a présidé à sa composition, c'est-à-dire que. tout en gardant son homogénéité, il est divisé en autant de chapitres indépendants les uns des autres qu'il y a eu d'études spéciales. C'est la littérature des Slaves du sud qui occupe les premières pages.

Les Jougo-Slaves (Slaves du sud) foi ment une grande tamille de. peuples de 12 millions d'âmes , malheureusement partagés entre deux dominations, entre deux religions, entre deux alphabets : ce sont les Slovènes d'Ulyrie, les Dalmates, les Esclavons et les Croates de l'Autriche, les Bulgares et les Bosniaques de lu Turquie, les Serbes ec les Monténégrins, seuls indépendants parmi toutes ces nations. Plusieurs d'entre elles ont forcé, par des luttes héroïques, l'attention de l'Europe; d'autres sont plus mal connues. M. L. Léger évoque le passé, lus siècles d'indépendance de ces peuples aujourd'hui stfumis à d'autres peuples. Il nous montre une littérature vraiment remarquable qui fleurit dès le xiie et le Xive siècle dans ces pays de-

fmis longtemps déshérités; puis la gloire miitaire, comme les splendeurs intellectuelles des Serbes, périssant ensemble du même désastre par la victoire des Ottomans à Kossovo. Au commencement de noire siècle, l'apparition en lllyne des armées républicaines de la France lit éclater avec violence lu joie et l'espérance de ces peuples, et Napoléon leur apparut un moment comme un libérateur. Qu'o.i lice piutôt l'ode de l'Illyrien Vodnick à l'homme qui éveilla et qui déçut tant d'espérances chez ces peuples opprimés de l'Europe : « Napoléon a dit : Réveille-toi, Iilyrie. Quatorze siècles durant la mousse l'a recouverte. Aujourd'hui, Napoléon lui ordonne de secouer sa poussière. Elle sera glorifiée, j'ose i'espérer. Un miracle se prépare, je le prédis. Chez tes Slovènes pénètre Napoléon; une génération tout entière s'élance de terre. Appuyée d'une main sur la Gaule, je donne l'autre à la Gièee pour la sauver. » Ce réveil fut le commencement d'actions héroïques. Lu Serbie et le Monténégro secouèrent le joug ottoman et préparèrent du même coup, suivant la prédiction de Vodnick, la libération de la Grèce ; les Croates, les Dalmates, les Esclavons défendirent opiniâtrement leur langue et leurs libertés nationales, d'abord contre le centralisme autrichien, puis contre le dualisme austro-hongrois, lis ont fonde des journaux, des écoles, ues sociétés savantes, des théâtres, où, à côté des draines nationaux, on joue avec succès les pièces françaises. Aujourd'hui, la victoire matérielle et morale des Serbes est certaine ; il dépend de l'Occident d'assurer pour jamais son influence dans ces pays, ■ où tant de sympathies , dit M. L. Léger, sont prêtes à nous accueillir. » Agram et Belgrade sont actuellement les deux pôles, les deux foyers du munde jougoslave. Agram, capitale du royaume triunilaire, est le centre de résistance des Slaves d'Auti iche contre les Madgyars et les Italiens; sou prestige politique règne sur 2 millions d'hommes et son autorité n.orale est acceptée par tous les Jougo-Slaves. Ce>t d'Agram que sont venus les pi entiers efforts pour façonner une langue littéraire uniu/.ie, qu'on a pu r,ubstituer aux nombreux uialectesqui se parlaient jivant le xixe siècle. Ce fut le docteur L. Uaï qui, le premier, vers 1830, créa l'unité d'orthographe et d'idiome. Journaux, revues,

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sociétés furent fondés pour soutenir ce projet, et maintenant, en dépit des efforts allemands pour empêcher toute constitution littéraire, les Jougo-Siaves possèdent une littérature moderne. Une académie est installée à Agram, ayant à sa tête les professeurs les plus remarquables. Belgrade (qui, en slave, signifie blanche ville) est une cité extrêmement importante au point de rue commercial et politique. M. L. Léger consacre à sa description plusieurs pages pittoresques.

Toute cette partie du livre, qui a rapport aux Slaves du sud , est entremêlée de récits de voyages , de descriptions pittoresques , d'impressions de salon ou de bateau à vapeur. L'écrivain français fait une large part aussi à la littérature, au théâtre serbe surtout, où vibrent encore les ardentes passions pour la lutte de l'indépendance, où apparaissent- tour à tour Scander-Beg, le czar Lazare, Kara Georges et les heiduques.ces palikares du Danube. Ce fut en Dalmatie, sous l'influence de la Renaissance italienne, que les premiers essais dramatiques se produisirent; quelques-unes des pesmés, ces fameux chants serbes révélés, il v a quarante ans, à l'Europe par Vouk lîaradjitch , renferment des tragédies entières, et les poètes modernes n'ont eu qu'à tes mettre en dialogues. Mais les moines furent pendant des siècles les seuls représentants de la littérature écrite ; ce ne fut qu'à partir du xv* siècle que la poésie populaire fournit l'inspiration aux écrivains. C'est alors que Raguse , la petite mais riche république, la Venise slave, comme on l'appelle, devint le centre de la littérature dalmate. Des traducteurs comme Lukaritch,des auteurs dramatiques comme Naleskovitch , Hectorevitch, Gazarovitcb, Zlataritch, Gundulitch, Palinotitch donnèrent alors un véritable éclat au drame national. Plus tard , c'est à Agram que se réfugièrent les écrivains. Alors, Obradovitch créa la prose littéraire et Karadjitch révéla la poésie populaire. Le drame, inspiré par les actions héroïques des Serbes pour recouvrer leur indépendance, reçut une impulsion nouvelle.

Le poète Sima Milutinovitch écrivit des œuvres qui sont encore estimées; M. Subbotitch emprunta h l'histoire serbe des sujets de drames intéressants, et M. Bans donna son chef-d'œuvre dramatique, Meirima. Une longue et intéressante analyse de cette pièce est faite par M. L. Léger. Une musulmane s'éprenant pour le chrétien Jtvan, le mariage de celui-ci avec la chrétienne Loubitsa, la Turque poignardant sa rivale dans la chambre nuptiale, puis s'erapoisonnant de désespoir, nntervention soudaine des brigands patriotes de la montagne, un massacre final aussi complet qu'à un drame de la Porte- Saint-Martm, voilà les éléments de cette tragédie slave, où se rencontrent de grandes beautés. Elle se termine par ce cri qui transporte encore les spectateurs : • Vive la Serbie une et indépendante 1 »

Les Slaves de la Bohême, Prague et la Russie occupent la fin du volume. Cette partie n'est pas moins intéressante ni moins instructive. L'organisation du théâtre russe, la situation faite aux auteurs dramatiques et aux acteurs par un système qui fait de tout artiste un fonctionnaire impérial, une manière de tchinovnik, l'analyse du beau drame du comte Tolstoï, la Mon d'Ivan le Terrible, le chapitre consacré aux origines du panslavisme, sont des morceaux tout à fait curions. Malheureusement, on ne trouve rien dans le livre sur la Pologne. Ne méritait-il pas pourtant quelques pages, ce peuple fier et brave, glorieux par les armes à l'égal d'aucune nation slave, possédant une littérature aussi riche que celle dont M. L. Léger nous donne des extraits et dont le sang s'est tant de fois mêlé au nôtre sur les champs de bataille.de 1792 à 1871? Le Monde slave est la réunion d'articles de revue; cela se sent trop, et ces articles n'ont servi qu'à composer un livre qui manque d'unité. Dette imperfection n'empêche pas néanmoins qu'il ait uu grand mérite. Comme l'a écrit un critique, M. Alfred Rambaud, « c'est là que le public français pourra se rendre compte de la communauté d'origine, d'idée et de langage qui unit les 21 millions de Slaves assujettis à la Prusse, à l'Autriche et a la Turquie ; c'est là qu'il pourra étudier les éléments de ces grandes questions qui sont debout à l'horizon de la diplomatie européenne comme autant de caps des Tempêtes : la question d'Orient, la question danubienne, la question tchèque, la question polonaise, le panslavisme. •

SLAVENSK, ville de la Russie d'Europe, dans le gouvernement et à 200 kilom. S.-E. de Khaikow, sur le Torn ; 2,000 hab. Elle fut autrefois le chef-lieu des Cosaques Zaporogues.

SLAVISME s. m. (sia-vi-sme — rad. * lave). Politique qui tend au groupement des Slaves en une nation unique et au développement progressif de cette nation : Le sla\ ismb demande à être maintenu et comme emprisonné dans des cercles de fer. (Ph. Chasles.)

SLAVONIB, ancien royaume de l'Europe septentrionale, situé entre l'Elbe, la mer du Nord et l'Kyder à l'O., l'Elbe au S., la Peene & l'E. et la mer Baltique au N. Il fut fondé en 1047 par Gottschalk, avec le secours des Danois et des Saxons, aux dépens des Obotrites et autres peuplades slaves. Ce royaume éphémère, d'abord vassal de la Saxe, fut dé-

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membre en 1131 ; les Obotrites, après plusieurs révoltes mal comprimées, se rendirent indépendants, pour tomber bien toi sous la souveraineté du Danemark, et le reste de la Slavocie fut conquis par Henri le Lyon, duc de Saxe.

SLAVON1E, province de l'empire autrichien. V. ESCLAVONIB.

SLAW1KOWSK1 (Antoine), médecin polonais, né à Lemberg vers ta fin du siècle dernier. Il fit ses études médicales à l'université de Vienne, où il s'occupa surtout des maladies des yeux et où il prit ses grades en tsi9. Il devint, la même année, professeur adjoint à la clinique et à la division des maladies internes de Lemberg, et, après avoir été, en outre, attaché à divers hôpitaux de cette ville, il y fut nommé professeur ordinaire en 1S22. En 1841, il reçut le titre de médecin oculiste pour toute la Galicie et , dix ans plus tard, fut appelé à la chaire d'oculistique qui venait d être créée à Cracovie, et qu'il a occupée avec éclat jusqu'à ces dernières années. Parmi ses ouvrages, qui ont été publiés en allemand et en polonais, on cite : Traité sur tes vers dans l'homme (Vienne, 1819, in-8»); Du choléra à Lemberg et dans te district de Lemberg (Vienne, 1832); De l'inflammation épidémique des yeux (Vienne, 1849); Conseils à l'approche du choléra (Lemberg, 1848); Entretiens sur l'oculistique iVarsovie, 1853, in-8°); Coup d'œil comparatif sur les symptômes de la cataracte, de l'amaurose et du glaucoma (Cracovie, 1864, in-8°).

SLAWINECKM (Epiphane), littérateur russe, mort en 1876. 11 était dans un monastère, à Kiev, lorsqu'il entra dans une congrégation, dite l'Ermitage de la Transfiguration, qui fut fondée en 1649 près de Moscou, pour traduire des ouvrages en langue russe. Slawineckij devint un des membres les plus actifs et les plus laborieux de cette congrégation. Outre le Recueil abrégé des canons, par Wlastar, et {'Abrégé des canons et des conciles, par Constantin Herménopule, il a traduit : la Vie et les Sermons de saint Jean Chrysostorae (Mo cou, 1664, in-4°); cinquante Sermons de saint Grégoire de Nazianze, quatre de saint Athanase ; onze Homélies de saint Basile ; le livre Nebesa de Jean Damascène (1665, in-fol.); une partie du Skrisal, publié par Nicon (1656), etc. Ou lui doit un Dictionnaire grec-esclavon-latin, qui est resté manuscrit.

SLAW1NSK1 (Pierre), astronome polonais, né à Vilna, en 1794. Il fit ses études à l'université de sa ville natale, où il devint successivement adjoint à l'observatoire (1815), docteur en philosophie (1817), professeur extraordinaire (1826) et enfin professeur ordinaire (1823) d'astronomie. Après la suppression de l'université, il conserva la direction de l'observatoire jusqu'en 1843. On a de lui ; Principes d'astronomie théorique et pratique (Wilna, 1826, in-Ro) ; Notice sur les observations en Angleterre (Wilna, 1835, iu-4°) ; Extrait des observations faites à l'observatoire astronomique de Wilna pendant les années 1834-1835 (Wilna, 1838, in-80). Slawinski a, en outre, inséré un grand nombre d'observations dans les Mémoires de la Société astronomique de Londres, dans ceux de l'Académie des sciences de Saint- Pétersbourg et dans plusieurs autres recueils scientifiques.

SLEEMAN (sir William-Henry), écrivain et diplomate anglais, né à Stratton (Cornouailles) en 1788, mort en 1856. Incorporé à vingt ans comme' cadet dans l'armée du Nêpaul, il étudia la langue .et l'histoire du pays, et dut à ses talents, généralement reconnus, sa nomination au gouvernement de deux districts; puis il fut nommé président anglais à Lucknow, avec mission do préparer l'annexion du Népaul. Le mauvais état de sa santé le contraignit à revenir en Europe avant l'accomplissement de son œuvre. Ses principaux ouvrages sont : Courses et souvenirs d'un officier de l'armée des Indes (1843); Journal d'un séjour dans l'Inde (1852).

SLE1DAN (Jean-Philippson), célèbre historien allemand, né à Schleide, électorat de Cologne, en 1506, mort à Strasbourg en 1556. Il vint achever ses études en France, s'attacha au cardinal du Bellay et fut employé dans plusieurs affaires importantes. Il professait secrètement les principes des réformateurs et dut sortir de France pour se soustraire aux édits rigoureux de François 1er contre les luthériens. En 1551, il fut député de Strasbourg au concile de Trente et, l'année suivante, il régla la convention entre cette ville et Henri II pour la nourriture de l'armée. Outre un Abrégé (en latin) de la Chronique de Froissart, et des Traductions, dans la même langue, des Mémoires de Commises et du grand ouvrage de Seyssel, on a de lui : De statu religionis et reipubliese, Caroln Quinio essare, commentarii (Strasbourg, 1555); cet ouvrage eut uu succès immense et fut traduit dans plusieurs taugues ; De quatuur sum~ mis imperiis Babytonico, Persico, Crxco et Homuuo, lib. lit (1556).

5LEIPNER, nom du cheval d'Odin, le dieu suprême des peuples Scandinaves. Il a huit jambes et dépasse toute vitesse imaginable. Voici l'histoire de sa naissance. Un jour, un homme vint offrir aux dieux de leur bâtir une ville si bien fortifiée qu'ils y seraient

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parfaitement à l'abri des incursions des géants. Mais il demanda pour récompense la déesse Freya et de plus le soleil et la lune. Après une longue délibération, les dieux acceptèrent ses propositions, à condition qu'il finirait l'ouvrage seul, sans aucun aide, et dans l'espace d'un seul hiver. S'il restait encore quelque chose à faire au premier joui de l'été, il perdait sa récompense. L'archi tecte demanda l'autorisation de se servir de son cheval, et les dieux, par le conseil de Loke? lui accordèrent sa demande. Dès le premier jour, l'ouvrier fit traîner des pierres prodigieuses par son cheval, et les dieux voyaient avec surprise que cet animal faisait beaucoup plus d ouvrage que son maître même. L'hiver s'avançait cependant, et comme il était près de sa fin, la construction de cette ville imprenable touchait aussi à son terme. Enfin, lorsqu'il ne restait plus que trois jours, l'ouvrage était achevé, sauf les portes, qui n'étaient pas posées. Alors les dieux commencèrent à tenir conseil et à rechercher lequel d'entre eux avait pu conseiller de marier Freya dans le pays des géants et de plonger les airs et le ciel dans les ténèbres, en laissant enlever le soleil et la lune. Loke fut convaincu d'être l'auteur de ce mauvais conseil, et on décida qu'on lui ferait souffrir ■ une mort- cruelle s'il ne trouvait quelque moyen de frustrer l'ouvrier de la récompensa promise. Loke, effrayé, promit de faire ce que l'on exigeait de lui. Le même soir, l'architecte, faisant porter à son ordinaire des pierres par son cheval, vit sortir tout à coup de la forêt voisine une jument qui appelait là cheval par Ses hennissements. Cet animal, entrant aussitôt en fureur, rompit sa bride et se mit à courir après la jument; l'ouvrier voulut rattraper son cheval et l'ouvrage fut différé jusqu au lendemain. Cependant l'architecte, persuadé qu'il lui était impossible d'achever son travail, reprit sa forme naturelle, et les dieux, voyant qu'ils avaient été dupés par un géant, ne tinrent plus aucun compte de leur serment et appelèrent le dieu Thor, qui paya à l'ouvrier son salaire en lui écrasant la tête avec son marteau. Du cheval du géant, Svadilfar, était issu un poulain qui avait huit pieds et qui n'était autre que Sleipner.

SV&PB s. m, (slè-pe), Mamm. Syn.de zemni, espèce de rat-taupe ou spalax.

SLESVIG, ville de Prusse, dans la province de Slesvig-Holstein, ancien ch.-l. du duché de son nom, à 32 kiJom, N.-O. de Kiel, au fond de l'estuaire de la Schley; 12,000 hab. Fabrication de lainages et de batistes, raffineries de sucre, tanneries. Cette ville, aux rues irrégulières et mal percées, renferme quelques beaux édifices : l'hôtel de ville; la cathédrale gothique, remarquable par un retable sculpté et par le tombeau de Frédéric l<=*. Près de la ville, sur une lie de la Schley, s'élève le vi«ux château de Gottorp, ancien siège du gouvernement du duché; audessous, on voit le village de Haddebye, avec la plus ancienne église de tout le duché, église où Anschaire baptisa les premiers chrétiens de la presqu'île du Jutland. Enfin, au S. de la ville, ou voit les vestiges du Danewerk, fameux rempart élevé au vin» siècle. Cette ville fut incorporée le 12 janvier 1867 à la monarchie prussienne.

SLESVIG ou SCULESWIG (dCOHB »k). contrée de l'Europe septentrionale, dans la presqu'île du Jutland. Ce duché, qui formait avec le Holstein une des provinces du Danemark, a été solennellement incorporé à la Prusse, le 12 janvier 18C7, et forme depuis lors, avec le duché de Holstein, une des nouvelles provinces de la monarchie prussienne. Le Slesvig est séparé au N. de la parlie danoise du Jutland par la Kœnigsau, tandis qu'au S. l'Eyder le sépare du Holstein ; il est baigné ù l'E. par le petit Belt et à 10. par la mer du Nord ; sur ses côtes se trouvent plusieurs lies, entre autres Al.sen, Sylt et Fano, qui en dépendent. Superficie, 8,910 kilom. carrés; 409,907 hab., dont 258,059 peuplent 154 paroisses où l'allemand est parlé dans .es églises et dans les écoles, et 151,848 forment 120 paroisses, où le danois est la langue de l'enseignement et du cuite. Ch.-l., Flensbourg (Slesvig avant 1850). Le soi du Siesvig est généralement plat. La côte orientale est boisée et fertile; elle possède des golfes profonds et de bons ports. Les plus considérables de ces golfes sdiu ceux de Hadersleben, d'Apenrade et d'Eekeriifôide. La côte orientale, non boisée, eu partie marécageuse, est protégée contre la mer par de hautes digues; on y trouve plusieurs bancs de sable, que la marée laisse abordables, et qui forment des passages entre la terre ferme et les îles. L'intérieur du pays est sablonneux, en partie couvert de bruyères et de tourbe. L'étendue des terres de labour est de 5,361 kilom. carrés. Tous les cours d'eau qui arrosent le Slesvig sont tributaires de la mer du Nord; les principaux sont : lu Kœnigsau, le Riberau, Je BrectaU, le Bidau et l'K) d r. On y trouve plusieurs petits lacs, entre autres ceux du Wilten, de Lmigsee, de Bisten et de Huhn. Le sot, assez fertile et généralement bien cultivé, produit de l'orge, du seigle, de l'avoine, des pommes de terra et des légumes. Il y existe de belles forêts où le hêtre domine. Les pâturages y couvrent une superficie de 535,000 acres (13,375 hectares), où l'on élève de nombreux trouoeaux de bœufs.

SLES

de moutons et de chevaux. L'industrie manufacturière y est représentée par plusieurs établissements où l'on fabrique de l'horlogerie, chapellerie, ganterie, dentelles, draps, papiers, cuirs, tabac, sucre, eau-de-vie ; on y trouve aussi quelques usines à fer, des tuileries et des verreries. Le commerce exporte les produits du sol, ainsi que les laines, os, tourbe, huile de poisson, savon, pierres, poissons secs. Il importe des toiles, métaux, charbon, bois, denrées coloniales, cotonnades et tabac. L'a Prusse, en faisant passer ce pays sous sa domination, en a formé avec le Holstein une nouvelle province, dont les anciennes divisions administratives ont été provisoirement conservées. Le Slesvig forme donc, comme à l'époque où il dépendait du Danemark, neuf bailliages, qui portent le nom de leurs chefs-lieux : Hadersleben , Apenrade, Lugumkloster, Tondern, Flensbourg, Gottorp-et-Hutten, Bredstet-et-Husum, Nordburg-et-Sonderburg, Femern.

Le Slesvig, autrefois habité par des Angles et des Frisons, apparaît dans l'histoire comme duché indépendant au xiie siècle. Vers la même époque, Waldemar, duc de Slesvig, après avoir vaincu Svend, roi de Danemark, réunit à son duché la couronne danoise, lin 1448, le trône de Danemark étant devenu vacant, le comte d'Oldenbourg, Chrétien 1er, fut élu roi par la nation danoise. Les duchés de Slesvig et de Holstein, réunis depuis plus d'un siècle déjà, étaient alors gouvernés par Adolphe de Schaumbourg;k samoit, en 1460, les états de Slesvig-Holstein élurent Chrétien Ier, qui devint ainsi souverain de trois pays distincts. En 1490, le Slesvig fut partagé entre le roi Jean et son frère, et, en 1544, entre Christian III et ses deux frères. Une moitié du duché, soumise à !a Suède en 1658, fut ressaisie en 1714 par Frédéric IV. Le Slesvig, dont l'administration était réunie à celle du Danemark depuis la moitié du xvms siècle, essaya vainement de se rendre indépendant en 1848. Un traité de pacification eut lieu en 1851 ; une constitution provinciale du duché de Slesvig fui octroyée et promulguée en octobre, sans le consentement de la représentation du duché; cela donna lieu en 1S57 k des réclamations de la part des puissances allemandes , solidaires du traité dei851. Comme les duchés de Slesvig et de Holstein faisaient partie de la Confédération germanique, le Danemark fut menacé de l'exécution fédérale.' L'affaire traîna en longueur; la diète de Francfort prononça enfin avec une grande répugnance, et après des lenteurs interminables, l'exécution fédérale. Kn 18G3, l'Autriche et la Prusse, agissant de concert, envahirent le Slesvig et le Holstein et, à la suite d'une courte guerre, forcèrent le roi de Danemark à leur céder les duchés. Eu vertu de la convention de Gastein {14 août 1865), l'Autriche devait gouverner le Holstein et la Prusse le Slesvig. L'Autriche décida que la population du Holstein se prononcerait, par ses mandataires élus, sur son sort définitif. Le gouvernement prussien refusa de s'associer à cette mesure, envoya une armée dans le Slesvig, que les Autrichiens durent abandonner (7 juin 1866), et demanda k la diète fédérale l'exclusion de l'Autriche de la Confédération germanique, ce qui amena entre les deux puissances la grande guerre qui se termina par la bataille de Sadowa (3 juillet 1866). Par l'article 5 du traité de Prague (23 août 1866), il était entendu que la population du Slesvig serait appelée à décider par un vote si elle voulait appartenir à la Prusse ou au Danemark ; mais le gouvernement prussien ne tint aucun compte 3e cette stipulation, et le Slesvig fut purement et simplement annexé à la Prusse (l2janv. 1867).

SLESZKOWSKI (Sébastien), célèbre médecin de Sigismond IH, roi de Pologne , et écrivain remarquable, né k Wielun en 1569, mortàKalisch en 1648. Reçu docteur en médecine et en philosophie, Sleszkowski entreprit de longs voyages scientifiques à l'étranger, passa quelque temps en Italie, où il fit de grands progrès en médecine, et, de retour dans sa patrie, il devint médecin et secrétaire à la cour de Sigismond III, roi de Pologne. Habile chirurgien et médecin profondément versé dans les sciences de son époque, Sleszkowski occupe la première place parmi les savants de son temps dans son pays. Il était ennemi juré des juifs, qu'il a attaqués sans miséricorde dans ses écrits. On a de lui : Opéra medica duo (Cracovie, 1616, in-8°J, ouvrage qui mérite, même k présent, d'être lu; Découverte des trahisons, des perversités , des opérations secrètes, des conseits perfides et des deiseins dangereux des juifs vis-à-vis de la république (Brunsberg, 1620, in-4°); la Généalogie des juifs (Brunsberg, 1622, in-40); la Science méthodique pour connaître la peste et en g'ue'nV (Kalisch, 1623, in-4<>), plusieurs fois réimprimée ; De fugiendis medicis et chirurgis judasis (Varsovie , 1C30, in-60); les Secrets dans l'art médical; Praxis phlebotomim seu vens seclionis (Cracovie, 1616, in-8"), etc.

SLESZKOWSKI (André), orateur polonais, mort à Cracovie en 1786. Il fut professeur d'éloquence à l'académie de Cracovie, docteur en philosophie, chanoine du collège de Sainte-Anne et éeolàtre de Kurzelowsk. Parmi ses ouvrages, nous citerons : Vende pallium, eme librum, proverbium antiquum academi-

SLIG

cum (Cracovie, 1775, in-40) ; De morte Dei hominis, orationes V (Cracovie, 1775, in-S»); Agere et pati sapientis institution (Cracovie, 1770, in-4"); De sancto Stanislao episcopo orationes Vt (Cracovie, 1773, in-8°).

SLEVOGT (Jean-Adrien), médecin distingué, né à Iéna en 1653,' mort en 1726. Il fit ses études médicales dans l'université de sa ville natale, fut reçu docteur en 1681 et devint médecin pensionné du canton. Nommé en 1685 professeur d'anatomie, de chirurgie et de botanique, il obtint en 1722 la chaire de médecine pratique et celle de chimie. Slevogt n'a écrit aucun ouvrage important, mais on a de lui une foule de dissertations inaugurales, qui furent soutenues sous sa présidence, et parmi lesquelles nous pouvons citer les suivantes : De fermentationibus microcosmicis (Iéna, 1696, in-4o); De epilepsia infantili (Iéna, 1696, in-40); De paracentesi thoracis et abdominis (1697) ; De sudoribus (1697), etc.

SLÉVOGTIE s. f. (slé-vo-gtî— de Slevogt, savant aliéna.). Bot. Genre de plantes, de la famille des gentianées, formé aux dépens des gentianes.

SL1DELL (John), homme politique américain, né à New- York vers 1798. Son père était un riche fabricant de chandelles. A la suite d'un duel, il quitta New- York et alla étudier le droit à la Nouvelle-Orléans, où il exerça avec un grand succès la profession d'avocat. Pendant la double présidence du générai Jackson (1829-1837), M. Sfidell devint attomey de l'Etat de la Louisiane et membre du congrès. Lors des différends qui surgirent en 1847 entre les Etats-Unis et le Mexique, il fut envoyé, en qualité de ministre plénipotentiaire, dans ce pays, ne put aplanir les difficultés et revint aux Etats- Unis lorsque la guerre éclata entre les deux républiques. Nommé membre du sénat en 1853, il s'y montra un fougueux partisan de l'esclavage, défendit à diverses reprises les tentatives faites par les aventuriers, sous les ordres de Walker, pour s'emparer du Nicaragua, puis du Honduras, et se prononça à diverses reprises pour l'annexion de Cuba et de divers pays aux Etats-Unis. Le président Buchanan lui proposa un portefeuille, puis une ambassade, mais il refusa. Depuis longtemps Slidell, qui est beau-frère du général Beauregard, poussait k un mouvement séparatiste entre les Etats du Sud et les Etats du Nord, lorsque la guerre civile éclata. Bientôt après, ii fut envoyé, par Jefferson Davis, en France, en même temps que M. Mason était envoyé en Angleterre, afin d'entraîner les cabinets des Tuileries et de Londres à favoriser les intérêts du Sud, la cause de l'esclavage et le démembrement de la grande république. Arrêté par le capitaine Wilkes, il recouvra peu après la liberté et remplit sa mission, qui n'eut du reste aucun succès. Le général Butler, devenu maître de la Nouvelle-Orléans, confisqua ses biens. Après le triomphe de la cause de l'Union, il a vécu dans la retraite.

SL1DI, nom moderne de l'île de Délos.

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