V. MïRRHA
SMYRNE, ville de la Turquie d'Asie (/imi'r en langue turque), située sur la côte occidentale de l'Asie Mineure, au bord du golfe qui porte le même nom; ch.-l. du psichalik d'Aïdin,k436 kilom. S.-O. de Constantinople, par 38» 25' de latit. N. et 24» 38' de longit. E-; 151,000 hab., dont 80,000 Turcs, 40,000 Grecs, 15,000 juifs, 10,000 Arméniens et 6,000 Français ou Européens. Ceux-ci forment dans Smyrne comme une république fédérative , dont la langue commune est le français et dont chaque membre, dépendant uniquement et exclusivement de son consul, est affranchi de l'autorité turque qui régit le surplus de la ville. Cette circonstance, particulière à Smyrne, vaut k cette ville le surnom de Giaour Ismir (Smyrne l'infidèle).
Smyrne est la résidence d'un pacha, le siège d'un archevêché grec, d'un archevêché arménien et d'un mollah de première classe. Consulats de France, d'Angleterre, de Russie, de Belgique, d'Italie, de Danemark et des Etats-Unis. École de médecine. Collège grec. Le golfe, dans lequel Smyrne baigne ses premières maisons, forme une magnifique rade, presque entièrement abritée, au sud, par le mont Minas, k l'est par le m'ont Pagus, et au nord par le mont Sipyle ; les navires jettent l'ancre par 7 ou 8 brasses et peuvent même, grâce k la profondeur de l'eau, aborder les quais. Le mouvement du port de Smyrne s'était quelque peu ralenti dans les premières années de l'application de la vapeur k la navigation, mais la ville n'a pas tardé k reconquérir son ancienne importance, malgré la concurrence des autres
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villes du Levant, et Smyrne, par sa situation, est demeurée définitivement l'un des plus grands entrepôts du commerce levantin pour les produits asiatiques comme pour les marchandises européennes et les denrées coloniales. En 1872; il est entré dans le port de Smyrne près de 1,600 navires de haut bord et 3,652 de tonnage inférieur, jaugeant ensemble 600,000 tonnes de marchandises.
Un chemin de fer relie Smyrne à Aïdin. Les principaux produits exportés du port de Smyrne sont les figues, raisins et fruits secs; coton, laine, soie, cocons, graine de vers k soie, gomme, noix de galle, crin et poil d'angora, tapis, vins, esprit-de-vin ; peaux de bœufs, d'agneaux et de chèvres; éponges, graines oléagineuses, etc., etc. Le commerce d'importation a principalement pour but les tissus, la bonneterie, les cordages, café, sucre, riz, quincaillerie, porcelaine, verrerie, fers, acier, zinc, tabac manufacturé, vins, huile, soieries, cochenille, indigo, armes k feu, etc., etc. Pour donner une idée du développement commercial de cette ville, il suffit de rappeler que les importations, qui s'élevaient en 1852 à 29,507,390 francs, atteignaient, en 1873, la somme de 116,710,320 fr., et que les exportations se sont élevées de 33,405,507 francs en 1872 k 103,071,660 francs en 1873, Le bénéfice total de ce mouvement commercial peut être évalué k environ 42,500,000 francs, chiffre dans lequel les importations figurent pour 1 6,700,000 francs et les exportations pour 25,800,000 francs. Si des réformes administratives parvenaient k dégager l'industrie de Smyrne des entraves qui l'étouffent, cette ville trouverait dans la fabrication do certains produits manufacturés une source nouvelle de richesses. Jusqu'à ce jour on ne peut mentionner que quelques fabriques de tissus communs, de tapis et des filatures et moulins k soie.
Smyrne s'étend le long du magnifique golfe auquel elle donne son nom, sur un développement d'environ 3 kilomètres; du côté de la terre, ses maisons s'échelonnent sur les pentes du mont Pagus, du sommet duquel on domine le plus magnifique panorama.
o Smyrne, dit Théophile Gautier dans son beau livre de Constantinople , s'étend sous vos pieds avec ses maisons rouges et blanches, ses toits de tuiles cannelées d'un rouge vif, ses rideaux de cyprès, ses touffes d'arbres, ses dômes et ses minarets, pareils k des mâts d'ivoire, ses campagnes aux cultures variées, et sa rade, espèce do ciel limpide, plus bleu encore que l'autre, tout cela baigné d'une lumière argentée et fraîche, d'un air d'une transparence inouïe, » L'intérieur de la ville est loin de répondre aux magnificences de l'extérieur, et on aurait peine k reconnaître dans la Smyrne actuelle la villa que les anciens désignèrent jadis sous ces noms divers et charmants : Smyrne l'aimable, la couronne de l'Ionie, la perle de l'Orient, l'œil d'Analolie, etc. Les Français et les Grecs demeurent le long de la mer et dans la partie septentrionale. Le quartier arménien est plus rapproché des hauteurs et dominé par le quartier juif; enfin le quartier turc occupe la ville haute et la partie occidentale de Smyrne. La partie adossée k la montagne est composée de rues abruptes et de ruelles en montagnes russes. La rue principale, parallèle au port, s'étend au midi vers le bazar et le continue au nord avec le quai Anglais, le seul endroit de la ville où les maisons ne baignent pas leur pied dans la mer, et d'où l'on puisse admirer le golfe. Les maisons de Smyrne sont généralement trèsbasses : un rez-de-chaussée et un étage surplombant. Une peinture blanche, parsemée de filets, de rosaces, de palmettes et autres arabesques d'un bleu d'azur, égayé leur façade et leur donne un air de porcelaine anglaise très -frais et très-propre. Entre les fenêtres sont quelquefois appliquées de petites niches de plâtre, percées de plusieurs trous pour inviter les hirondelles k venir faire leur nid. « Ces maisons, dit un écrivain contemporain , laissent apercevoir par la porte principale une cour pavée d'un fin cailloutis imitant la mosaïque, avec une gracieuse fontaine au centre, et entourée d'un élégant portique soutenu par des colonnes de marbre, avec des soffites décorés d'arabesques ou d'ornements en stuc. Derrière la cour s'ouvre ordinairement un frais jardin. Tout respire le confortable dans ces maisons de la classe opulente. »
— Monuments. Smyrne possède plusieurs monuments dignes d'être spécialement mentionnés. En première ligne nous citerons le bazar ou bezestein; il est situé k peu près au centre de la ville, k la jonction des quartiers turc, grec et juif, et se compose d'une infinité de petites rues bordées de boutiques ou plutôt d alcôves k mi-hauteur, dans lesquelles se tiennent des marchands accroupis ou couchés, fumant ou dormant, ou roulant entre leurs doigts un chapelet turc. « Avec la main, dit Th. Gautier, le marchand peut atteindre k tous les angles de son magasin ; les acheteurs se tiennent au dehors et les transactions se concluent sur l'étal. Les rues du bezestein soilt ombragées de planches posées k plat sur des poutrelles transversales, mais avec quelque espace entre elles, afin de per-. mettre au soleil de filtrer k travers les interstices et de zébrer le sol de barres éclatantes, produisant les effets de clair-obscur les plus bizarres et les plus inattendus. >
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Apres le bazar proprement dit, il faut citer le bazar d'esclaves, puis le khan du grand vizir. Smyrne possède plusieurs mosquées; la plus importante est Essar-Djami; elle se compose de nombreuses coupoles et de minarets où s'enroulent des spirales de couleur rouge ; l'intérieur est tapissé de nattes et de tapis et décoré d'une quantité de lampes, d'oeufs d'autruche, de queues de cheval, etc., qui pendent de la voûte. Non loin du bezestein est une autre mosquée, composée, comme la précédente, d'une agglomération de petites coupoles flanquées de minarets qu'on ne saurait mieux comparer qu'à des mâts de vaisseau , avec leurs huniers représentés par des balcons du haut desquels le muezzin invite les fidèles à la prière. Près de cette mosquée, od voit une fontaine pour les ablutions, recouverte d'une rotonde à chapiteaux corinthiens, grossièrement peints en bleu et reliés par une grille d'un assez joli travail. L'eau ruisselle a l'entour dans une rigole qui sert aux ablutions des musulmans. Les autres monuments de la ville proprement dite sont : l'église grecque, édifice qui n'offre rien de particulièrement remarquable comme architecture, mais qui est décoré à l'intérieur d'assez bonnes fresques ; l'église latine ; l'église Saint-Georges ; le Honak, édifice énorme, tout en bois, qui sert de résidence au pacha ; la nouvelle caserne, pouvant contenir 3,000 hommes et dont les galeries ouvrent sur la mer; la maison des lazaristes; celle des sœurs de charité, etc. Enfin le pont des Caravanes et le mont Pagus, bien que ne faisant pas partie de Smyrne proprement dite, méritent aussi une mention importante. Le pont des Caravanes, dont le nom vient des caravanes sans nombre qui le traversaient jadis incessamment, apportant à Smyrne les productions de l'industrie asiatique, pour y être échangées avec les marchandises européennes, ce pont se compose d'une seule arche et est construit en lourds blocs de pierre aux teintes dorées. Le ruisseau sur lequel est jeté ce pont est le Mêlés ; sur ses bords, dit-on, naquit Homère, et les habitants de Smyrne qui avaient construit jadis en l'honneur du divin vieillard un temple nommé \' Homereion montrèrent longtemps au bord de ce ruisseau une grotte où le poëte illustre aurait, suivant eux, composé ses œuvres admirables. • Sur les deux rives, dit M. Joanne, de beaux cyprès ombragent un cimetière turc ; sur la droite du ruisseau et à la tête du pont, s'élève une espèce de corps de garde avec un café et une esplanade qui sert de lieu de rendez-vous. Sur ie même rivage, à la gauche du pont, on montre un lion de pierre, aux trois quarts enterré dans le limon de la rivière. ■ Aujourd'hui encore, le pont des Caravanes mérite son nom originel. • C'est, dit un écrivain , ie lieu d'arrivée des caravanes qui viennent de l'intérieur de l'Asie, et le voyageur n'y fera t>as*une longue station sans voir arriver d interminables files de chameaux; le conducteur marche en avant monté sur un petit âne; les chameaux viennent ensuite, attachés les uns derrière les autres par groupes de cinq ou six ; chaque groupe est conduit par un chamelier à pied. Le pont des Caravanes est un lieu de rendezvous pour les Turcs le vendredi, et pour les chrétiens le dimanche. ■ Au delà du pont des Caravanes s'étend un vaste espace de terrain aujourd'hui occupé en partie par des villas modernes, et qui, suivant la plupart des archéologues, a dû autrefois être occupé par une partie de la ville antique. Quant au mont Pagus, au pied duquel s'étend Smyrne, il est couronné par l'ancienne citadelle génoise ; on atteint son sommet à l'aide de sentiers pierreux traçant des zigzags nombreux sur la pente de la montagne, i On pénètre, dit l'écrivain que nous venons de citer, dans l'enceinte déserte des fortifications par une large porte. Au centre est une mosquée ruinée qui occupe, dit-on, l'emplacement dô la première église chrétienne de Smyrne. On remarque aussi de vastes citernes, des voûtes et des souterrains qui communiquaient, dit-on, autrefois avec le pied de la montagne. Au point le plus élevé règne une seconde enceinte; cest la forteresse proprement dite, bâtie sur les ruines de l'ancienne acropole grecque. Au pied des murs génois formés de blocs mal taillés et mal cimentés , la muraille hellénique se reconnaît, en dehors comme en dedans, à la régularité de sa construction et à la beauté des blocs de pierre qui la composent. Les hautes tours génoises sont encore en bon état; à l'intérieur, des escaliers assez bien conservés permettent de monter jusqu'au sommet, d'où l'œil embrasse un magnifique panorama. » Quelques débris de murailles et de blocs sculptés trahissent encore, au pied du mont Pagus, l'ancien théâtre grec et 1 ancien stade. Quelques-uns croient même y découvrir les ruines de l'antique église de Saint- Polycarpe, depuis longtemps disparue.
M. de Rothschild a fondé à Smyrne un asile pour les israélites pauvres.
— Histoire. Smyrne fut, dit-on, fondée par une Amazone qui lui donna son nom et qui avait auparavant conquis Ephèse ; d'où 1 opinion, très-accréditée dans l'antiquité, que la ville n'était autre qu'une colonie ephésienne. Les Eoliens chassèrent ensuite les Ephésiens ; mais ces derniers, alliés aux Colopboniens, réussirent à reprendre la ville et s'y maintinrent; tel est du moins, en peu
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de mots, le résumé historique le plus généralement admis, car Hérodote donne à Smyrne les Eoliens comme fondateurs. Ce qui est certain, c'est qu'après avoir repoussé victorieusement le célèbre Gygès, roi de Lydie, la ville fut entièrement saccagée et détruite par Allyate l'an 627 av. J.-C. Ses habitants demeurèrent dispersés pendant quatre cents ans dans les villages voisins ou dans les autres ports de la côte. Après la mort d'Alexandre le Grand, Smyrne fut reconstruite par Antigone,à 20 stades de son emplacement primitif, et considérablement accrue plus tard par Lysimaque. Antïgone et Lysimaque ne tirent en ceci que mettre à exécution le projet longtemps caressé par Alexandre, lequel avait plus d'une fois manifesté le désir de relever de ses ruines la Smyrne antique. La ville nouvelle s'éleva bientôt au premier rang des villes de l'Asie Mineure. A l'époque des guerres que les Romains soutinrent en Asie contre le roi de Pont, Mithridate, ils trouvèrent dans Smyrne une alliée fidèle et récoin-* pensèrent cette fidélité par des privilèges et des faveurs sans nombre. Dès les premiers temps de l'empire notamment, la ville devint le chef-lieu d'un district considérable qui embrassait la plus grande partie de l'Eolide. Mais a la mort de César, Tribonius, un de ses meurtriers, ayant cherché un asile dans la ville, Smyrne refusa d'ouvrir ses portes à Dolabella, fut assiégée par lui, prise et saccagée en punition de sa révolte inattendue. Elle parait néanmoins être rapidement sortie de ses ruines, puisqu'on la voit sous Tibère demander et obtenir la faveur d'élever un temple à cet empereur très-auguste. De 178 à 180 des tremblements de terre presque incessants causèrent à Smyrne des ravages considérables, et la population commençait même a déserter les maisons en ruine, lorsque Marc-Aurèle , par sa puissante initiative et Sa munificence, arrêta les progrès de l'émigration et retarda, une fois encore, la ruine de cette ville. Le voisinage relativement rapproché des lieux saints valut à Smyrne d'être de bonne heure envahie par les progrès du christianisme. L'an 166, Polycarpe , son premier évêque , subit le martyre au milieu du stade. Sous la domination byzantine , elle eut à souffrir bien des vicissitudes; elle fut conquise par les Seldjoucides en 1084, reprise par les Grecs commandés par Jean Ducas en 1097 ; tomba entre les mains des- Ottomans en 1322, entre celles des hospitaliers, des Cypiiotes et des troupes du saint-siége en 1341, fut saccagée en 1408 par Tamerlan et vingt ans plus tard conquise définitivement par les Turcs. Depuis lors, Smyrne n'a cessé de faire partie de l'empire ottoman , dont elle est encore aujourd'hui le principal entrepôt commercial sur la côte d'Asie. C'est près de Smyrne qu'on faisait dans l'antiquité les vins rouges si célèbres sous le nom de prammians. Un récolte aujourd'hui, dans les environs de cette ville, des vins muscats que l'on assure être aussi bons que les meilleurs de la Hongrie. On y fait aussi beaucoup de raisin sec.
SMYRNE (golfe de^, golfe de l'empire ottoman, formé sur la cote occidentale de l'Asie Mineure par l'Archipel, et tirant son nom de la ville principale qui se trouve sur ses bords. L'entrée de ce golfe, au S. de l'Ile de Métélin, présente une largeur de 38 kilom.; sa profondeur dans les terres est de 72 kilom. On y trouve plusieurs Iles, dont les principales sont la grande et la petite Dourlak et les lies Fourmis.
SMYRNE, ÉC adj. (smir-né — rad. smyrnium). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au maceron ou smyrniuni.
— s. f. pi. Tribu de la famille des ombellifères, ayant pour type le genre maceron.
SMYRNIÉ, ÉE adj. (smir-ni-é). Bot. Syn.
de SMYRNE.
SMYRNION s. m. (smir-ni-on). Bot. Autre forme du mot smybnium : Ou trouve dans Pline et Dioscoride le nom de smyrnion. (F. Hcefer.)
SMYRNIOTEs.etadj.(smir-ni-o-te).Géogr.
Habitant de Smyrne; qui appartient à Smyriie ou à ses habitants : Les SmyrwoteS. La population SMYRNIOTB.
SMYRN1UM s. m. (smir-ni-omm — mot lat.
dérivé de Smyrna, Smyrne). Bot. Nom scientifique du genre maceron.
SMYTH (James-C.l, médecin anglais, né en 1740, mort en 1814. 11 fit ses études musicales à l'université d'Edimbourg, y fut reçu docteur et devint ensuite membre de! la Société royale de Londres, médecin extraordinaire du roi d'Angleterre. Il a édité les œuvres de son ami William Stark et a écrit plusieurs ouvrages, parmi lesquels nous citerons : De paralysi (Edimbourg, 1764, iii-8») ; Au account of the effects of swinging, employée as a remedy in pulmonary consumption and hectic fever (Londres, 1788, in-8i>); Au account of the experiments made on board of the union hospital ship, lo détermine the effects of the nilrous acid in destroying contagion, and the safety wiih tahicà il may be employed (Londres, 1798, in-8°).
SMYTH (William), historien anglais, né à Liverpool en 1766, mort à Norwich en 1849. Il fit ses études à l'université de Cambridge, au sortir de laquelle, en 1793, il devint pré-