SAINT-SIEGE
I SAINT-SILVESTRE (Juste-Louis du Faur, marquis de), général français, né à Paris le 9 janvier 1627, mort à Valence, en Dauphiné, le 6 février 1718. Il fut page des rois Louis XIII et Louis XIV, embrassa ensuite la carrière des armes, prit part à l'expédition de Candie en 1669 et combattit sous les ordres de Turenne dans la campagne de 1672. 11 devint, cette même année, mestre de cavalerie d'un régiment de son nom, puis brigadier de cavalerie (1681), maréchal de camp sous Catinat en 1690, se distingua au pont de Carignan, à Briqueras, à la bataille de Staffarde, et reçut, en récompense de ses services, une pension de 4,000 livres (1691). Lieutenant général en 1692 et envoyé en Catalogne, il prit Roses en 1693, mais il ne réussit pas à vivre en bonne intelligence avec le maréchal de Noailles, et ce dernier se plaint dans ses Mémoires « qu'il désespérait de tout, exposait infidèlement l'état des choses et qu'il ne faisait point de cas des conseils du roi ni des ordres. » En juin 1695, on rappela Saint- Silvestre, qui se retira à Valence, où il mourut. Sa famille conserve avec soin sa correspondance avec Louis XIV, Turenne , Catinat et la plupart des grands hommes de cette époque.
SAINT-SIMON {Rouvroy de), ancienne famille noble française, dont le chef, Matthieu de Rouvroy, dit le Borgne, appartenant à une famille du Beauvoisis, épousa vers 1332 la deruière héritière de la seigneurie de Saint- Simon, en Vermandois. De cette famille sont sortis les seigneurs de Groussy, de Beuzeville, de Courtomer, de Pleinmarest, d'Anoult, de Durescu et de Sainte-Mère-Eglise. Au mois de janvier 1635, les baronnies, vicomte, seigneuries et terres de Benot, Châtres, Pontautan, Saint-Simon, etc., furent érigées en duché-pairie, sous le nom de Saint-Simon, en faveur de Claude de Rouvroy, dont nous parlerons plus loin. Les principaux membres de cette famille sont les suivants :
SAINT-SIMON (Gilles de Rouvroy, sire de), capitaine français, mort vers 1478. Fils de Matthieu de Rouvroy qui périt à Azincourt, il fut élevé k la cour de Charles VII, dont il devint chambellan en 1424, se distingua en plusieurs rencontres contre les Anglais, particulièrement à la bataille de Verneuil, et assista à l'entrée de Charles VII à Paris. Après avoir pris part aux sièges de Meaux, de Creil, de Pontoise, au combat de Formigny (1450), etc., il reçut le commandement des gendarmes et des archers et devint en 1465 un des seigneurs préposés spécialement à la garde de Paris.
SAINT-SIMON (Claude de Rouvroy, duc de), général français, descendant du précédent, né en 1607, mort k Paris en 1693. D'abord page i do Louis XIII, il gagna les bonnes grâces de ce prince, qui le nomma successivement grand ' louvetier, premier gentilhomme de la chami bre, premier écuyer, gouverneur de Blaye ' (1630) et enfin lui donna le titre de duc en érigeant plusieurs de ses terres en duchépairie (1635). Claude de Saint-Simon prit part a diverses guerres et reçut le commandement en chef des arrière-bans du royaume. Le cardinal de Richelieu, avec qui il eut des différends, le fit éloigner de la cour, où le duc revint après la mort du tout-puissant ministre; mais il ne tarda pas k la quitter de nouveau, se démit de sa charge de premier écuyer et retourna dans son gouvernement de Biaye, où il menait une grande existence. Son fils, le célèbre auteur des Mémoires, dit qu'il était modeste, désintéressé, obligeant et généreux. D'humeur très- chatouilleuse, il eut un duel avec de Vardes et de vives discus-
SAIN
sions avec le duc d'Harcourt et le duc de La Rochefoucauld.
SAINT-SIMON (Louis de Rouvroy, duc de), célèbre historien, fils du précédent, né à Paris le 16 janvier 1675, mort dans la même ville le 2 mars 1755. Son père l'eut, dans sa vieillesse, de sa seconde femme, Charlotte de L'Aubespine, femme distinguée qui dirigea habilement son éducation. Il apprit le latin, l'allemand, cultiva son esprit par la lecture et prit goût surtout k l'histoire. A dix-huit ans, il était capitaine de cavalerie et il fit ses premières armes au siège de Namur (1693); la même année, son père étant mort, il fut nommé k sa place gouverneur de Blaye. La bravoure qu'il montra k la bataille de Nerwinde, dans les brillantes charges de cavalerie exécutées sous les ordres du duc de Chartres, lui fit obtenir un régiment; mais là s'arrêta sa carrière militaire. Il n'était encore que mestre de camp neuf ans plus tard, en 1702, et diverses promotions ayant été faites sans qu'il y fût compris, de dépit il donna sa démission. En 1695, il avait épousé la fille du maréchal de Lorges, Gabrielle de Durfort, qui fut plus tard nommée dame d'honneur de la duchesse de Berry. Avant de quitter'le service, il voulut avoir l'avis d'un véritable» conseil d'Etat, composé de trois maréchaux et de trois hommes de cour, qui convinrent avec lui « qu'un duc et pair, comme il estoit, et ayant femme et enfunts, ne pouvoit servir dans les armées comme un hautle-pied et y voir tant de gens différents de ce qu'il estoit tous avec des emplois et des régiments. • Louis XIV fut exaspéré de cette démission : <■ Eh bien, dit-il à Chamillard, ministre de la guerre, voilà encore un homme qui nous quitte ; > et il fit mander le jeune duc, qui nous a conservé dans ses Mémoires toutes les particularités de l'entretien qu'il eut avec le roi. Mais son parti était pris et il ne revint pas sur sa décision. Quoique disgracié, il conserva son appartement k Versailles et suivit la cour dans tous ses déplacements, sans approcher le roi que dans de rares occasions. Il raconte avec amertume qu'il ne fut appelé qu'une fois ou deux à i honneur de tenir le bougeoir. Il mit ses loisirs à profit pour étudier avec cette pénétration qui lui était propre les mille incidents de la vie de la cour, les physionomies et les caractères de tous ces personnages qui nous apparaissent si pleins de vie dans ses célèbres Mémoires. Dès l'âge de vingt ans, à l'armée, il avait pris l'habitude d'écrire chaque jour ses impressions du moment, d'esquisser les portraits de tous ceux avec o,ui il entrait en relation ou dont il entendait parler, de se rendre compte, la plume à la main, des moindres faits et d'en noter toutes les circonstances. On le redoutait pour la sagacité de ses aperçus comme pour la causticité de sa parole, et, quoiqu'on fût bien loin de soupçonner l'existence de l'ouvrage qu'il commençait à édifier, loin de tous les regards et dans le silence du cabinet, on s'écartait de lui tout comme si l'on eût connu l'importance et la malignité des révélations qu'il devait faire sur 1 entourage du grand roi. Sauf Philippe d'Orléans, le futur régent, et le3 ducs de Beauvilliers et de Chevreuse dans l'intimité desquels il vécut constamment, il s'était aliéné tout le monde par sa morgue hautaine, ses médisances, ses prétentions k avoir le pas même sur les premiers personnages et les querelles d'étiquette qu'il ne cessait de susciter. C'est tout ce qu'il nous apprend de son rôle à la cour, et tant que vécut Louis XIV il n'en eut en effet pas d autre. Pour lui, après le roi, il n'y a que les ducs et pairs; tout au plus consent-il k voir placer avant lui les princes du sang; il lui semble faire une grande concession. Quant aux princes légitimés, ces bâtards dont il était obligé de subir la suprématie, il exhale contre eux toute sa bile et les accable de ses mépris. Il prépare k l'avance le grand triomphe qu'il aidera le régent à remporter sur eux le jour où, LouisXlV mort, on cassera son testament, on réduira ces bâtards k ne plus rien être dans l'Etat. Le reste de la noblesse n'est k l'abri de ses coups que si elle se tient à son rang et ne prétend pas usurper sur les ducs et pairs ; mais gare à quiconque a cette audace 1 Avec sa science généalogique, sa connaissance de toutes les grandes familles de France, des mariages, des mésalliances, des bâtardises, tout ce qu'il a recueilli de secrets d'alcôve et autres avec une incroyable patience et retenu avec une prodigiçuse mémoire, il a vite pulvérisé ces prétentions : cette famille qui fait tant de poussière a du sang de laquais dans les veines de ses membres; cette duchesse a pour grand-père un courtaud de boutique; ceux-ci doivent leur fortune au vol, ceux-là k la prostitution. Voilà comme il les arrange ; nul écrivain démocratique n'a porté comme lui le fer rouge dans les ulcères de la noblesse. Les roturiers qui occupent des emplois ou des charges k la cour soulèvent son indignation, et il ne pardonne pas à Louis XIV d'admettre dans ses conseils, de placer à la tête de ses armées des gens qui n'ont pas le inoindre ancêtre. La femme d'un ministre, tille d'un marchand de drap, monte dans les carrosses k côté d'une princesse; c'est Une horreur. Qu'est-ce que Villars? Ses victoires sont problématiques; ce qui est certain, c'est qu'il descend d'un petit greffier de Condrieux. Rien ne trouvait grâce devant cet âpre criti-
SAIN
que, qui, en fait de blason et de généalogies, en aucait remontré au Père Anselme. Aussi la plupart des courtisans reléguaient- ils Saint-Simon dans une espèce de quarantaine. Il s'en moquait, laissant volontiers le présent lui échapper, k condition qu'il aurait 1 avenir, et il tenait l'avenir soit par le duc de Bourgogne, dont le duc de Beauvilliers, son ami, était le précepteur, soit par le duc d'Orléans, dont il calcula les chances d'arriver à la régence, quand la mort eut emporté le duc de Bourgogne. Son influence occulte commença même à se faire sentir k la fin du règne de Louis XIV. Cet homme d'un coup d œil si perçant était deviné de quelques-uns et consulté dans les occurrences difficiles; il combattit sourdement l'influence de Mm» de Maintenon par celle du Père Le Tellier, confesseur du roi, avec qui il entretenait une correspondance en règle sur les affaires de l'Etat^ il soutint Chamillard et recula sa chute, parce qu'il était hostile k Mme de Maintenon; il sépara le duc d'Orléans de sa maîtresse, Mme d'Argenton, négocia le mariage de sa tille avec le duc de Berry et inspira sa conduite durant les négociations dont il fut chargé en Espagne et en Italie. Dès 1704, il avait proposé pour le règlement de la succession d Espagne un plan qui fut rejeté presque sans examen et qui cependant, après les revers, servit de base au traité d'Utrecht. Il poussait plus loin ses vues et ne rêvait pas moins qu'une réforme complète dans le gouvernement et l'administration. Enfermé dans son cabinet, il rédigeait secrètement de volumineux projets de constitution, dont les manuscrits sont déposés aux archives du ministère des affaires étrangères. Son idéal était une sorte de monarchie aristocratique, appuyée exclusivement sur la noblesse; la roture était impitoyablement bannie des moindres rouages du mécanisme, la noblesse puissamment hiérarchisée devant suffire k occuper tous les emplois, depuis les simples gentilshommes, qui auraient constitué la base de la pyramide, jusqu'aux ducs et pairs, qui en auraient été le radieux sommet. Louis XIV mort et Philippe proclamé régent par le parlement, il ne tint qu'à Saint-Simon d'exercer le pouvoir. C'est lui qui avait tout disposé pour ce coup d'Etat, et son premier déboire fut de le voir exécuter autrement qu'il ne voulait : dans son plan, c'étaient les états généraux, par conséquent la noblesse et la clergé, qui devaient casser le testament du grand roi et prendre en main la direction des affaires ; Philippe tint bon pour le parlement et rendit ainsi son importance politique k ce corps de robins que Saint-Simon exécrait. Il n'en resta pas moins membre du conseil de régence et garda la haute main sur les affaires, tout en refusant d'être ministre. Il avait pour ce refus de bonnes raisons. Son rêve était d'annihiler les secrétaires d'Etat en plaçant chaque ministère et chaque grande administration sous la dépendance d'un conseil, composé naturellement de gens tirés des meilleures- familles de France. L'institution de ces conseils, k laquelle le régent se prêta volontiers, lui donna satisfaction, mais lui apporta en même temps une désillusion complète. Tous ces affamés se jetèrent sur le pouvoir comme sur une proie et n'acceptèrent de fonctions que pour mettre commodément l'Etat au pillage. Saint-Simon était relativement, honnête, et il donne k tous son désintéressement en exemple en alléguant qu'à part deux ou trois régiments pour ses fils et cousins, quelques abbayes pour ses sœurs, une pension pour sa femme, une augmentation de 12,000 livres pour lui-même, il n'a rien demande, absolument rien au régent. Quelles étaient donc les exigences des autres, de ceux dont il signale la rapacité? Pour remédier au désordre des finances et mettre un peu d'argent dans les caisses, qui étaient tout à fait vides, il indiqua même au régent un expédient radical ; c'était de mander un à un, sans bruit, au Palais-Royal tous les gros traitants engraissés de la misère publique et de « les étrangler entre deux portes, » c'est-àdire de les rançonner à la turque, de leur faire rendre gorge. Philippe d'Orléans n'osa pas ; il avait besoin de tout ce monde puur subsister, et Saint-Simon rejeta sur sa pusillanimité la mauvaise marche des affaires de finance. En même temps, au lieu de reconnaître combien son système de conseils était défectueux, il préférait accuser Noailles et Dubois d'entraver par leurs machinations la marche de ces rouages inventés par lui.
Un peu déconsidéré dans l'esprit du régent par le mauvais succès de ses Cumbinaisons, il assista en simple spectateur aux luttes des princes du sang et des princes légitimés, aux progrès et k la chute du système de Law, aux intrigues de la duchesse du Maine, qu'il fut le premier à pénétrer et k dénoncer, et il eut enfin la joie, lorsque la conspiration du Cella'mare fut découverte, d'assister à l'humiliation des bâtards, de voir prononcer reur déchéance etruineren même temps l'influence du parlement, dans le lit de justice du 26 août 1718. Mais la dissolution des conseils, l'institution qui lui était si chère, suivit de près la chute du parlement, et Saint-Simon, gui était rentré dans l'arène politique pour jouir d'un triomphe si ardemment souhaité, s'en retira aigri et mécontent. Il refusa les fonctions de gouverneur du jeune Louis XV, puis celles de garde des sceaux, que lui offrit successivement le régent, et n'accepta qu'uni)
SAIN
ambassade extraordinaire à la cour de Madrid (1721). Là encore il employa ce qu'il avait de sagacité à étudier la vie de la cour, les intrigues des principaux personnages, leur généalogie, et prépara un volumineux mémoire où il se proposait de prouver deux choses , à savoir que la plupart des grandes familles espagnoles sont entachées de bâtardise, et que la grandesseestdepuislongtempsavilie. Cela ne l'empêcha pas de demander la grandesse pour lui-même et la Toison d'or pour son fils. De retour en France, son antipathie pour Dubois le fit s'éloigner encore du régent, avec lequel il ne se réconcilia qu'à la mort de son premier ministre ; mais le régent'suivit de près Dubois, et, lorsque le pouvoir tomba entre les mains du duc de Bourbon, Saint-Simon cessa de paraître à la cour. Retiré tantôt dans son château de La Férté-Vidame, tantôt dans son hôtel de la rue de Grenelle-Saint-Germain, il occupa les dix dernières années de sa vie à mettre en ordre ses Mémoires, à leur donner une rédaction définitive en se servant des liasses de notes qu'il n'avait cessé de prendre toute sa vie et qu'il contrôlait à L'aide du manuscrit du Journal de Dangeau, auquel il faisait en marge des additions précieuses. Nous parlons plus loin de ces Mémoires, qui sont un des monuments les plus curieux de notre littérature. Si volumineux qu'ils soient {40 vol. in-12 dans l'édition De- • loge, 1840-1841, et20 vol. in-8° dans l'édition Hachette, 1856-1858), ils ne représentent qu'une très-minime partie des oeuvres de cet infatigable écrivain A sa mort, ses manuscrits, dont l'inventaire fut dressé par un commissaire du Châtelet , se composaient de 123 volumes dont 103 in-folio, 15 in-40,5in-8<>, et de 162 portefeuilles dont 153 in-folio et 9 in-4o. Les Mémoires, seule partie de ces manuscrits qui ait été publiée, n'occupaient que 11 portefeuilles. Le tout, après avoir été " 1 occasion de chaudes disputes entre les héritiers , fut saisi comme papiers d'Etat et transféré aux archives du ministère des affaires étrangères. Le manuscrit des Mémoires fut seul communiqué ; Voltaire, Duclos et Marmontel en eurent connaissance; Mme Du Deffant l'eut entre les mains en 1770 et en parla assez longuement à Walpole; en 1788, il en fut fait des extraits tronqués et peu judicieux sous le titre de Mémoires sur le règne de Louis XIV (Marseille, 3 vol. in-8°), auxquels Soulavie ajouta un supplément et des pièces justificatives sans valeur (1791, 13 vol. in-8°). (Je n'est que sous la Restauration que le duc de Saint Simon, descendant du grand écrivain, obtint de Louis XVIII la restitution du manuscrit original et qu'on put en préparer les éditions complètes mentionnées plus haut. Quant aux autres manuscrits de Saint- Simon, non-seulement il n'en a rien été publié, niais jusqu'à présent il a même été impossible d'y faire des recherches. Ni M. Chéruel ni M. Mignet n'ont pu obtenir, après bien d'autres qui l'ont inutilement demandé, que le garde des archives se relâchât d'une consigne donnée il y a plus d'un siècle. En 1874, sur l'initiative de M. le duc Decazes, une commission a été nommée à l'effet d'examiner s'il n'y aurait pas lieu de lever cette consigne et d'autoriser, non le public, mais quelques érudits à puiser dans ce vaste dépôt qui recèle peut-être un trésor. On peut consulter sur les vicissitudes de ces manuscrits un ouvrage de M. Armand Baschet : le Duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits (1874, gr. in-8°).
Saint-Simon (MÉMOIRES DU DUC DE), Sur le
règne de Louis XIV et la Régence (1829-1830,
21 vol. in-go; 1840-1841, 40 vol. in-12; 1856- 1858, 20 vol. in-18). Ces dates sont celles des éditions complètes ; la plus conforme au manuscrit est la dernière, faite sous la direction de M. Chéruel ; dans les précédentes, on avait cru devoir corriger le style et alourdir certaines phrases sous prétexte de les éclaircir. Elle peut être considérée comme une édition • princeps; elle contient une introduction par Sainte-Beuve et une table alphabétique des matières et des noms propres.
La légitime renommée acquise par les Mémoires du duc de Saint-Simon justifie ces éditions successives et le soin apporté à ce que sa pensée soit reproduite telle qu'il lui a plu de 1 exprimer, si bizarres ou si incorrectes même que soient certaines phrases ; c'est, en effet, par son style et sa manière de peindre tout autant que par les révélations piquantes contenues dans ces vingt volumes, que l'auteur a pris rang parmi les grands écrivains et les observateurs profonds. Ces Mémoires font assister à la fin du règne de Louis XIV (1695-1715, à la Régence (1715-1723) et entament même un peu la période suivante, celle de Louis XV. AI. Chéruel croit que Saint- Simon leur avait donné une suite qui les continuait jusqu'en 1740; mais cette suite, sur laquelle on n'a aucun renseignement, est probablement perdue, à moins qu'elle ne se trouve dans les dossiers du ministère des affaires étrangères. C'est la partie concernant la tin du règne de Louis XIV qui est la plus complète, la plus soignée et la plus digne de foi; c'est là que se trouve cette série de portraits qui sont des chefs-d'œuvre : celui du président du Harlay, masque hypocrite d'une effrayante vérité; ceux de la duchesse de Bourgogne, de la duchesse de Berry, de Fénelon, de Dangeau, du maréchal de Luxembourg, de Louville, de Mme de Maintenon,
SAIN
et ces grandes pages d'histoire intime, comme la mort du duc de Bourgogne, les voyages de Marly et tant d'épisodes ou perce l'égoïsme féroce du grand roi. La partie qui concerne la Régence, quoique fort étendue, est moins remarquable ; on y trouve cependant encore de fort beaux portraits, comme celui de Dubois, mais l'auteur y montre une partialité qui quelquefois révolte. Ce que ces Mémoires ont d'admirable, c'est la vie qui déborde de chaque page; les moindres faits sont présentés avec un relief surprenant, les physionomies se détachent, s'animent et restent à jamais fixées dans l'esprit telles qu'il a plu à Saint-Simon de les peindre, « Jusqu'à lui, dit Sainte-Beuve, on ne se doutait pas de tout ce que pouvaient fournir d'intérêt, de vie, de drame mouvant et sans cesse renouvelé, les événements, les scènes de la cour, les mariages, les morts, les revirements soudains ou même le train habituel de chaque jour, les déceptions ou les espérances se reflétant sur des physionomies innombrables dont pas une ne se ressemble, les flux et reflux d'ambitions contraires animant plus ou moins visiblement tous ces personnages et les groupes qu'ils formaient entre eux dans la grande galerie de Versailles, pêle-mêle apparent qui, grâce à lui, n'est plus confus et qui nous livre ses combinaisons et ses contrastes. Jusqu'à Saint-Simon, on n'avait que des aperçus et des esquisses légères de tout cela; le premier il a donné, avec l'infinité des détails, une impression vaste des ensembles. Si quelqu'un a rendu possible de repeupler en idée Versailles et de le repeupler sans ennui, c'est lui. On ne peut que lui appliquer ce que Buffon a dit de la terre au printemps : tout fourmille de vie. Mais en même temps, il produit un singulier effet par rapport aux temps et aux règnes qu'il n'a pas embrassés; au sortir de sa lecture, lorsqu'on ouvre un livre d'histoire ou même de mémoires, on court risque de trouver tout maigre, pâle et pauvre ; toute époque qui n'a pas eu son Saint-Simon paraît comme déserte, muette et décolorée ; elle a je ne sais quoi d'inhabité ; on sent et 1 on regrette tout ce qui y manque et ne s'en est point transmis. •
Dans les trois jugements qui suivent, ce grand ouvrage est dignement apprécié au double point de vue du fond et de la forme. • Saint-Simon, dit M. Henri Martin, n'est ni un grand politique, ni un grand penseur, ni un esprit juste, quoiqu'il ait parfois des vues très-justes et très-sagaces sur des objets particuliers ; mais c'est un grand peintre. A travers un énorme entassemeut de grandes choses ingénieusement et vivement saisies, de petitesses dont il fait des montagnes, de graves et interminables puérilités, de vérités dans les faits (dans les faits qu'il a vus de ses yeux, du moins) et de romans dans les causes, à travers ce chaos, brillent sans cesse des rayons de génie, mais d'un génie tout spécial. C'est ce génie qui saisit les physionomies, les gestes, les moindres mouvements de l'âme et du corps, les portraits individuels et les tableaux d'ensemble, et les fixe en traits qu'on n'oublie jamais. Merveilleux observateur du détail et de la forme de toutes choses, espion infatigable de deux générations, la dernière du xvue siècle et la première du xvnie, ce curieux par excellence a laissé une œuvre sans modèle et sans analogue, ou plutôt ce n'est pas une œuvre, c'est son existence tout entière qu'il nous livre avec celle de tous ses contemporains. Il est lui-même le rôle le plus original et souvent le plus comique de son immense comédie. »
« Toute la langue du xviie siècle, dit M. D. Nisard, est dans les Mémoires de Saint-Simon. Descartes y aurait reconnu sa période longue et chargée d'incidentes, où la clarté se fait par une lecture répétée; Bossuet, sa hardiesse et son accent; La Bruyère, son coloris; Mme de Sévigné, sa légèreté de main dans les anecdotes et toutes les grâces de son style familier. ■ Examinant la manière de narrer de Saint-Simon, le même historien de la littérature française se demande, s'il en est une de meilleure : • Est-il un récit, composé dans toutes les règles, qui soit plus saisissant que le journal delà mort de Louis XI V ? Tout ce mouvement autour du mourant, d'abord de respect et d'intérêt pour une vie de si grande importance, puis, à mesure que les chances de guérison diminuent, d'ambition et de précautions avec le règne futur; ces appartements du duc d'Orléans encombrés a à > n'y pas mettre une épingle, » quand le roi i^st désespéré; vides et déserts, sur le bruit qu'il est mieux; ces valets qui pleurent, les seuls vrais amis du monarque; la froide et dure octogénaire qui assiste l'œil sec à sa longue agonie, tirant parti de ces soins suprêmes pour faire ajouter à la part des bâtards, et, quand le roi n'est plus qu'un moribond, qui ne peut plus ôter ni donner, n'attendant pas la fin et se sauvant à Saint-Cyr ; ces grandes et touchantes paroles du roi et cette attente de la mort dans la majesté qu'il mettait à toutes ses actions, sans faiblesse, sans défaillance, si ce n'est celle de la nature quand le combat va finir; cette inquiétude du chrétien qui craint que ses souffrances ne soient une trop faible expiation de ses fautes; tout cela raconté au jour le jour, dans l'ordre où chaque chose arrive, au milieu des détails sur le service intérieur, l'étiquette, les allées et les venues des courtisans et des gens de service, les messes entendues dans le lit
SAIN
et les derniers repas du mourant : tout cela, dans son abandon, égale l'art le plus consommé. »
« Personne, dit M. J.-J. Weiss, n'a jugé le style de Saint-Simon avec plus de rigueur que lui-même. C'est de bonne foi qu'il en accuse la négligence, la diffusion et 1 obscurité. A supposer un instant qu'une partie de son livre aurait pu paraître sous Louis XIV, le dédain et l'oubli de la grammaire qui s'y montrent à toutes les pages auraient sufli pour inspirer le dégoût. Dans l'âge suivant, ce grand nombre de mots accumulés pour rendre la même idée, ces redites sans fin, ces périodes qui s'embarrassent les unes dans les autres et qui souvent même ne sont pas achevées, tout ce pêle-mêle d'expressions et de pensées eût révolté un public devenu sybarite. Peut-être il n'appartenait qu'à notre temps, affranchi de tout préjugé en matière de style, d'accueillir cet ouvrage avec l'admiration qui lui est due. Cette disposition de notre esprit était déjà favorable a Saint-Simon ; le contraste piquant de son langage avec la banalité du notre a fait le reste. La langue de Saint-Simon a été, en effet, tout entière créée par lui. Il détourne les mots de leur acception ordinaire, il en invente, il ajoute à ceux dont la signification est le plus riche, il les dispose par groupes entre lesquels toute liaison matérielle est supprimée, et il en forme des associations jusque-là inouïes, qui sont à la fois le comble de l'audace et du bonheur. Sous le désordre apparent du style se cache et règne une ordonnance intime, qui ne vient que d'elle seule et qui supplée à la rigueur de la syntaxe par la succession naturelle des idées. Changez le rang d'un mot, corrigez un tour, vous détruisez Téconomie intérieure de la phrase et vous retranchez peut-être une beauté. .
• Comme Saint-Simon écrit d'abondance et sous l'empire de la forte impression qu'il reçoit des objets, la vigueur et l'ampleur sont les deux qualités dominantes de son style. Toutes deux ont leur source dans la prodigieuse facilité de son imagination. Il trouve du premier coup le terme qui peint. Veut-il parler d'un envieux : « Il estoit né piqué de tout; » d'une hypocrite à la mode : « Elle arbora la haute dévotion; » d'un prélat sans vertu : • Il fut bombardé archevêque ; • quelquefois l'image résume seule tout un drame : • Le cardinal Bonzi mourut consommé par > Basville, intendant du Languedoc. » Il y a même des occasions où l'auteur n'emploie les figures que par impuissance de trouver le mot propre. S'il veut juger Versailles, comme il ne connaît pas le jargon des architectes, il dira que, du côté du jardin, n les » ailes fuient sans tenir à rien » et que, du côté de la cour, « l'étranglé suffoque, d Quand il est ainsi obligé de lutter avec la langue et de lui faire violence, la vérité jaillit inattendue de sa plume. Un style aussi énergique se prêtait merveilleusement à l'expression de ces pensées profondes et araères dont Tacite, parmi les anciens, nous a offert les plus fameux exemples. >
SAINT-SIMON (Claude DE Rouvroydk), baron de Jouy-Trouville, pair de France, parent de l'auteur des Mémoires, né à Paris le 20 septembre 1S95, mort à Metz le 29 février 1760. Abbé de Jumiéges en 1716, il fut nommé en juillet 1731 évêque et comte de Noyon et transféré, le 28 août 1732 , à l'évêché de Metz, dont il ne prit possession que le 16 juin 1734. Il voulut prendre le titre d'évêque àe Metz ; le parlement le lui interdit par arrêt. Il fonda en 1743 un nouveau séminaire qui porte son nom, et, pour arriver à couvrir les frais de cette fondation, supprima plusieurs anciens chapitres, et obtint ainsi une nouvelle source de revenus ; il ne put toutefois réussir à supprimer la collégiale de Saint-Thiébaut, qui fut protégée contre ses tentatives par le maréchal de Belle-Isle, gouverneur de la province. Ce fut Saini-oiinon qui introduisit à Metz les frères des écoles de charité.
SAINT-SIMON (Maximilien-Henri, marquis de), écrivain français ,* né vers 1720, mort près d'Utrecht en 1799. Il prit part aux guerres d'Italie comme aide de camp du prince de Conti et se trouva à la bataille de Coni. La paix étant survenue, Saint-Simon quitta le service, parcourut l'Europe et se retira, vers 1758, à la campagne, près d'Utrecht, consacrant entièrement son existence aux , belles-lettres et à la culture des fleurs, dont il fit une collection de plus de deux mille variétés dans son jardin de Harlem, Ses ouvrages sont : Des jacinthes , de leur anatomie , reproduction et culture (Amsterdam, 1768, in-4°, avec 10 pi.), divisé en huit chapitres; Histoire de la guerre des Alpes ou Campagne de 1744 (Amsterdam, 1769, in-i'ol.; 1770, in-4»); Histoire de la guerre des Bataves et des Romains (Amsterdam, 1770, gr. in-fol., fig.); Essai de traduction littérale et énergique (Harlem, 1771, in-8°). C'est la traduction de l'Essai sur l'homme de Pope et d'une partie du deuxième livre de la Pâarsale; l'emora, poëme épique d'Ossian , traduit de l'édition anglaise de Macpherson (Amsterdam, 1774, in-8°) ; les Nyctologues de Platon (Utrecfft, 1784, 2 part, iu-4») ; Sept dialogues ou nuits dans lesquels l'auteur examine autant de questions de haute philosophie; Absurdités spéculatives (sans date, gr. in-4»), suite de l'ouvrage précédent avec une carte de l'Ai-
SAIN
lantide de Platon ; Mémoire ou l'Observateur véridique sur les troubles actuels de la France (Londres, 1788, in-8"); Essai sur le despotisme et les révolutions de la Russie (1794, in-4<>).
SAINT-SIMON (Charles - François Vermandois de Rouvroy-Sandkicourt de), prélat français, né à Paris en 1727, exécuté en 1794. Il prit ses degrés de théologie au collège de Navarre, cultiva les langues latine et grecque, l'hébreu, sous l'abbé de Villefroy, fut appelé à Metz en qualité de grand vicaire, puis visita l'Italie, assista, à Rome, à l'élection de Clément XIII, et, plus occupé des choses de l'antiquité que des affaires ecclésiastiques, se passionna pour les fouilles de Pompéi et d'Herculantim. A son retour, il fut promu à l'évèché d'Agde (1759), et son goût pour l'antiquité le fit recevoir membre de l'Académie des inscriptions (1784). Il avait réuni une magnifique collection d'auteurs grecs et latins, de manuscrits précieux, de documents concernant l'histoire et la littérature Scandinaves et entretenait avec ses collègues de l'Académie une correspondance suivie. Dès les premiers orages de la Révolution, il refusa de quitter son diocèse et d'émtgrer ; mais le palais épiseopal ayant été envahi en 1791 par la foule , il s'enfuit et vint à Paris, où il échappa longtemps aux recherches. Enfin découvert et traduit devant le tribunal révolutionnaire, il fut condamné à mort et exécuté la veille même du 9 thermidor.
SAINT-SIMON (Claude- Anne, marquis de), général français au service de l'Espagne, né en 1743, mort en 1820. Sorti en 1758 de l'école d'artillerie de Strasbourg, il fit la campagne de Flandre comme lieutenant au régiment d'Auvergne, reçut le brevet de colonel de cavalerie en 1768, celui de brigadier en 1770 ot fit partie, en 1779, du corps expéditionnaire envoyé à la Martinique. L'année suivante, il passa au service de l'Espagne et, après avoir fait quelques campagnes eu Amérique en qualité de maréchal de camp, revint en France, où il fut nommé gouverneur de Saint -Jean - Pied - de - Port. Elu député aux états généraux par la noblesse de l'Angoumois, il vota constamment avec la minorité, prêta néanmoins le serment civique en 1790, puis, après avoir protesté contre la marche de la Révolution, émigra en Espagne. Charles IV lui rendit son grade de maréchal de camp (1793), et le créa lieutenant général Successivement commandant en second de l'armée de Navarre (1795, capitaine général de la Vieille-Castille (1796), il eut en 1801 le commandement de l'armée envoyée sur les frontières du Portugal, puis celui de l'armée de Galice. En 1808, il défendit Madrid contre Napoléon, fut fait prisonnier et condamné à mort comme transfuge ; mais sa peine fut commuée en celle de la détention dans une forteresse, et il resta interné à Besançon jusqu'en 1814. A la restauration de Ferdinand VII, il retourna à Madrid et fut fait capitaine généra], grade équivalent à celui de maréchal de France,
SAINT-SIMON (Claude-Henri, comte du), l'un des penseurs les plus hardis, les plus profonds et les plus originaux du xjxc siècle. Il naquit à Paris en 1760 et était le plus proche parent du duc de Saint-Simon , auteur des fameux Mémoires sur le régne de Louis XIV et la Régence. Sa famille faisait remonter son origine à Charlemngne par les comtes de Vermandois. Cette naissance élevée fut pour lui un puissant aiguillon ; il y vit une obligation de s'élever par ses travaux au-dessus des autres hommes, et sa passion pour les grandes entreprises fut toujours stimulée par un orgueil de race qui n'avait cependant rien de la vanité nobiliaire des esprits étroits. Il entra au service en 1777 et passa, deux ans après, en Amérique, où il servit pendant cinq campagnes dans la guerre de l'Indépendance, étudia l'organisation politique des Etats-Unis, et commença dès lors à diriger son esprit vers les spéculations philosophiques. De retour en France, il abandonna le service militaire , voyagea quelques années, étudiant les mœurs et les constitutions des différents peuples et se livrant à divers projets d'utilité publique. Il assista au début de la Révolution, sans se mêler toutefois à cette grande rénovation , absorbé qu'il était par ses rêves de réorganisation sociale. Lui-même a résumé l'objet de la mission qu'il se croyait dés lors appelé à remplir :« Etudier la marche de l'esprit humain pour travailler ensuite au perfectionnement de la civilisation.» Plein de sa conception ébauchée, il s'efforça d'abord de se créer les ressources pécuniaires nécessaires à sa réalisation, et se jeta, avec le comte de Redern, dans de lucratives spéculations sur la vente des biens nationaux (1790-1797). N'ayant pas trouvé dans son associe les idées et les tendances qui le dirigeaient lui-même, il se sépara de lui en n'exigeant dans la liquidation qu'une somme bien inférieure aux bénéfices réalisés, mais qui lui paraissait suffisante au but scientifique qu'il poursuivait. Comme étude préliminaire , il travailla ardemment à se mettre au courant de toutes les branches des connaissances humaines, prodiguant largement sa fortune aux savants qu'il interrogeait, recherchant l'amitié des plus célèbres professeurs, faisant de sa maison un vaste centre de réunion pour les hom-
SAIN
mes les plus distingués dans les sciences et clans les arts, ne reculant enfin devant aucun sacrifice pour dresser l'inventaire de tontes les richesses philosophiques et scientifiques de l'Europe et rassembler les matériaux, nécessaires k son entreprie. Cet homme extraordinaire épuisa entièrement sa fortune dans cette expérience et se trou va ruiné avant de commencer son œuvre. A son existence brillante, riche et honorée succéda cette vie de labeurs méconnus, de solitude et de misère dont l'amertume ne fut adoucie que bien tard par les soins de quelques disciples. Le premier ouvrage qu'il publia, Lettres d'un habitant de Genève (1802), contient déjà le germe de plusieurs des idées nouvelles qu'il développa postérieurement. Puis parut Y Introduction aux travaux scientifiques du xix« st'èc/e(180S), OÙ les généralités de la science sont traitées d'une manière neuve et où, dans un chapitre consacré à la inorale, l'oisiveté est formellement condamnée : « L'homme doit travailler; le moraliste doit pousser. l'opinion publique à punir le propriétaire oisif en le privant de toute considération. > Ces travaux passèrent tout ii fait inaperçus, et la détresse de Saint- Simon devint si grande qu'il manqua de pain et vendit ses vêtements pour subvenir aux frais de copie de ses travaux. Il n'en continua pas moins ses recherches sur la réorganisation de la société, et jeta dans divers ouvrages les fondements de cette école industrialiste qui occupe un rang si élevé parmi les créations modernes. En 1814, il publia ; De la réorganisation de la société européenne ou De la nécessité et des moyens de rassembler les peuples de l'Europe en un seul corps politique, en conservant à chacun son indépendance nationale. Il fut aidé dans ce travail par notre grand historien Augustin Thierry, jeune alors, et qui prenait le titre à'élève et fils adopiif de Henri de Saint-Simon. Il développa son système dans une suite d'écrits qui ne furent pas toujours compris de ceux à qui ils étaient adressés. En résumé, la doctrine de Saint-Simon peut être ramenée aux points suivants : améliorer par la science le sort de l'humanité, et surtout de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, sous le triple rapport moral, physique et intellectuel ; réorganiser la société en prenant le travail pour base de toute hiérarchie; proscrire l'oisiveté et n'admettre que les producteurs dans la société nouvelle, dont les savants, les artistes et les industriels constituent la seule aristocratie; associer tes travailleurs, atin que tous les efforts soient dirigés vers un but commun ; généraliser les ressources sociales ; organiser sur de nouvelles bases la religion, la famille et la propriété. En 1823, fatigué de lutter et de souffrir, Saint-Simon tenta de s'arracher la vie ; il se tira un coup de pistolet qui, heureusement, n'atteignit que l'os frontal. Il vit dans l'insuccès de sa tentative une preuve que son rôle n'était pas fini, que l'avenir réservait à ses idées un succès final,, et il reprit ses travaux avec une nouvelle énergie, publia le Catéchisme des industriels' (1824) et composa son Nouveau christianisme, complément et résumé de ses travaux antérieurs, lien religieux qui devait unir la philosophie des sciences et la philosophie de l'industrie, dont il était le créateur. Il mourut entre les bras de ses disciples en 1825. Les écrits de ce penseur n'ont jamais été réunis. En 1832, M. Olinde Rodrigues, à qui Saint-Simon avait légué ses manuscrits, entreprit cette publication, qui fut interrompue après deux livraisons. Depuis, Pierre Leroux avait annoncé également une édition des œuvres de Saint-Simon ; mais il ne l'a même pas commencée. M. Henri Fournel a donné la nomenclature méthodique et par ordre de dates de tous les écrits du maître et de ses disciples. V. saint-simoniiiN.
SAINT-SIMON (Henri-Jean-Victor de Rotfvroï, marquis, depuis duc de), général français, né près de Blanzac (Charente) en 1782, mort en 1865. En 1800, il s'engagea dans les hussards, devint, l'année suivante, sous-lieutenant de carabiniers, puis fut aide de camp de Ney et gagna en Espagne le grade de chef d'escadrons. Le roi Joseph Bonaparte le garda en Espagne eu 1809 et le nomma colonel d'un régiment de la garde. Il se distingua dans divers combats eu Catalogne, notamment k celui de Vie, où il fut grièvement blessé (18 13). L'année suivante, il s'empressa de faire acte d'adhésion au gouvernement des Bourbons, suivit Louis XVIII à Gand pendant les Cent- Jours et reçut dans cette ville le grade de maréchal de camp. A ce titre, il commanda ensuite divers départements et fut nommé pair de France en 1819, époque où il devint en outre grand d'Espagne et duc par suite de la mort de son grand-oncle, Claude- Anne de Saint-Simon. Quelque temps après, Louis XVIII l'envoya comme ministre plénipotentiaire en Portugal, d'où il passa en Danemark en 1820. Rappelé en France en 1831, il fut nommé, le 6 septembre 1834, gouverneur général des possessions françaises dans les Indes. A son retour, il reçut le grade de lieutenant général (1841), fut ensuite inspecteur général de cavalerie et commanda , de 1844 à 1848, la 17° division militaire. Mis k lu retraite par le Gouvernement provisoire en 1848, il fut réintégré dans le cadre d'activité après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, fit acte d'adhésion au nouvel état de choses, reçut un siège au Sénat le 25 janvier 1852 et
SAIN
fut promu grand-croix de la Légion d'honneur en 1855. Le duc de Saint-Simon, k qui Louis XVIII avait donné les manuscrits authentiques des célèbres Mémoires du duc Louis de Saint-Simon, revendiqua sur cette œuvre des droits de propriété qui lui furent reconnus par la cour d'appel de Paris. Il vendit alors ses droits à la maison Hachette, qui a donné, en 1857, une édition complète de ces Mémoires.
SAINT-SIMONIEN, IENNE adj. (sain-simo-ni-ain, i-è-ne — de Saint-Simon, nom propre). Philos, soc. Qui a rapport k Saint- Simon ou à sa doctrine : Doctrine saint-si-
MONIENNE.
— Substantiv. Partisan de la doctrine de Saint-Simon : Les saint-SIMONIEns ont toujours été des hommes très-accommodants en fait de convictions politiques. (L. Reybaud.) Les saint-simoniknkes croyaient avoir droit à la même liberté de mœurs que les hommes. (Mme Romieu.) On trouve des saint simoniens dans tous les partis. (T. Delord.)
— Encycl. Les saint -simoniens se constituèrent en école philosophique immédiatement après la mort de leur maître (1825) et fondèrent un journal hebdomadaire, le Producteur, pour la propagation de leur doctrine. Les principaux saint -simoniens étaient, k cette époque, MM. Enfantin, Bazard, Olinde Rodrigues, Auguste Comte, Armand Carrel, A. Blanqui, Pierre Leroux, Jean Reynaud, Bûchez, Decaën, Ad. Garnier, etc. En même temps, ils ouvrirent des conférences qui attirèrent un certain nombre d'hommes sérieux et d'une intelligence élevée. Ils avaient pris pour devise cette bulle parole de Condorcet : ■ Toutes les institutions sociales dot vent avoir pour but l'amélioration morale, intellectuelle et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre.» Pendant sa première période, l'école se voua au développement de la partie scientifique et industrielle de la doctrine, puis elle essaya de revêtir un caractère religieux et de se transformer en Eglise. Une hiérarchie fut créée, k la tête de laquelle furent placés MM. Enfantin et Bazard. Le premier, doué d'une remarquable intelligence, était tout k la fois métaphysicien et économiste, et cette double qualité l'en traînait progressivement dans un mysticisme sensualiste qui, plus tard, ne recula devant aucune extravagance. Bazard, l'un des fondateurs de la charbonnerie, âme vigoureuse, cœur droit, intelligence élevée, se présentait surtout comme politique et organisateur, pendant que son collègue aspirait au rôle de pontife et de révélateur. Diverses publications accrurent le nombre des adeptes, et l'élaboration des idées se continuait d'une manière paisible, lorsque la révolution de Juillet vint favoriser le développement de l'école et hâter sa destinée en l'amenant prématurément sur le terrain où elle devait fatalement se perdre et se briser. Ce fut alors qu'on vit commencer, k la salle Taitbout, ces prédications hebdomadaires qui attirèrent un si grand concours d'auditeurs et jetèrent tant d éclat sur la secte. Le Globe, ['Organisateur et d'autres organes périodiques de publicité étaient sous sa direction ; par une vaste correspondance et par des milliers d'écrits répandus à profusion, elle étendait ses ramifications dans toute la France. Ce fut l'époque la plus brillante de l'association. L'attention publique était éveillée, la popularité venait aux nouveaux réformateurs; les intelligences les plus élevées de l'époque se ralliaient k eux : aux noms déjà cités il suffira de joindre MM. Michel Chevalier, Lerminier, Carnot, Emile B.irrault, Charton, Félicien David, Duveyrier, Jules Lechevalier, Emile Péreire, etc., enfin une grande partie des hommes qui, depuis, se sont fait un nom dans les sciences, les arts, la politique et l'industrie. A ce moment, une scission éclata dans le sein de la société. Tous les membres du collège étaient à peu près d'accord, quant au fond, sur les réformes à opérer : abolition de tous les privilèges de naissance, transformation de la propriété, éducation sociale et professionnelle, égalité de l'homme et de la femme; tous acceptaient la devise : «A chacun suivant sa capacité ; à chaque capacité suivant ses œuvres;» mais quand il s'agit de fixer les règles pratiques de la doctrine, un choc eut lieu entre les deux chefs. Bazard protesta contre les aberrations d'Enfantin sur la question du mariage et du rôle actif attribué aux prêtres et surtout au grand prêtre, au père, selon la terminologie saint-simonienne. Enfantin voulait la suppression de l'hérédité et l'affranchissement de la femme ; la suppression de l'hérédité, telle qu'il la comprenait, entraînait la destruction de la famille, et l'affranchissement de la femme conduisait presque directement à une sorte de promiscuité qui révoltait le sens moral de Bazard, Bientôt Enfantin se posa, non-seulement comme souverain pontiié de la nouvelle religion, mais comme la loi vivante et le nouveau Messie, qui toutefois ne devait devenir un messie complet qu'après son union avec le messie femelle. Mais le messie femelle ne se trouva point; aucune femme de quelque mérite ne consentit à jouer le rôie grotesque qui lui était réservé dans les conceptions extravagantes d'Enfantin. Celui-ci, cependant, ne désespéra pas encore ; il essaya d'organiser, ii Ménihnoiitant, une espèce de communauté où le suivirent une quarantaine de disciples,
SAIN
tous remplis d'une ferveur qu'on pourrait presque appeler religieuse. Ils portaient un costume spécial; ils se livraient à des travaux manuels, qu'ils exécutaient en chantant des hymnes et sous les yeux du père, qui se promenait gravement parmi eux, portant sur sa poitrine une inscription où ce mot père se lisait en caractères brillants. L'autorité, qui d'abord avait paru fermer les yeux, finit par juger que la morale publique pouvait se trouver compromise par ces manifestations-, des poursuites furent intentées, et un arrêt de la cour d'assises (1833) vint terminer brusquement l'existence de la société en ordonnant sa dissolution.
Outre ses plans d'organisation sociale, le saint-simonisme avait une philosophie propre et donnait une solution à toutes les grandes questions qui se sont toujours agitées parmi les hommes. Dieu, d'après cette philosophie, est tout ce qui est; nul de nous n'est hors de Dieu, et il ne peut plus y avoir de réprouvés ni d'esclaves. La chair, si longtemps avilie par le triomphe des idées chrétiennes, doit être réhabilitée : les plaisirs de la chair sont saints comme ceux de l'esprit, pourvu qu'ils soient maintenus dans les limites que commande la raison. La beauté est divine, comme le génie; elle est un signe de supériorité et une des conditions nécessaires pour l'exercice de l'autorité, qui s'impose d'elle-même et qui ne doit jamais provenir de l'élection. Tels étaient leurs principaux dogmes.
Ce qui a, dès le commencement, attiré l'attention publique sur les saint-simoniens, ce qui même a rendu leur tentative féconde en heureux résultats qui subsistent encore, ce ne sont pas leurs théories philosophiques, c'est l'ardeur avec laquelle ils défendaient le principe éminemment juste en soi de la nécessité du travail et de la répartition des produits faite à chacun selon ses œuvres; c'est surtout l'insistance avec laquelle ils répétaient sans cesse que le principal et presque l'unique devoir des gouvernants est de chercher par tous les moyens k améliorer le sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Ces maximes, ils ne les ont pas inventées, sans doute, mais ils ont fait d'énergiques efforts pour en provoquer l'application, et ces efforts n'ont pas été complètement stériles. Ce qui les a perdus, indépendamment des rêveries ridicules d'Enfantin, c'est le dédain qu'ils ont fini par affecter pour la liberté individuelle. Un grand prêtre qui se proclame lui-même, qui dispose k son gré de la fortune publique, qui trace à chacun la voie qu'il doit suivre, avec la prétention de connaître mieux la vocation individuelle que l'individu luimême, c'est un despotisme aussi odieux que celui qui pèse sur les populations de l'Asie, et il est vraiment surprenant que, dans notre siècle, des hommes à qui on ne peut refuser du talent et des lumières aient cru possible de faire triompher de pareilles idées.
SAINT-SIMON1SER v. a. ou tr. (sain-simo-ni-zc — rad. Saint-Simon). Rendre saintsimonien : Etes-vous épris de la bette passion pour l'humanité, allez à Madagascar ; vous y trouverez un joli petit peuple tout neuf à saintsimoniskr, à classer, à mettre en bocal. (Balz.)
SAINT-SIMONISME s. m. (sain-si-mo-nisme — rad. Suint-Simon). Philos. Doctrine, système de Saint-Simon : Quand vous eûtes quitté le saint-simonisme, que files -vous? (L. Reybaud.) Le saint-simonisme, c'est le despotisme d'un homme. (Colins,) Le saintsimonisme est une nouvelle réforme du christianisme, rien de plus, mais rien de moins. (E. Barrault.) Le Saint-simonisme est à la fois une science, une politique et un dogme. (L. Jourdan.) Ce qu'on pourrait appeler la phase militante du saint-simonisme n'a pas duré. (T. Delord.)
— EncyCl. V. SAINT-SIMONIEN.
SAINT-SORLIN (Jean Dksmarets de), littérateur français. V. Desmarets.
Suii.i.-Pi-re» (pont des). V. Paris.
SAINT-SURIN (Pierre Tiffon), littérateur français, né à Angoulême en 17G8, mort k Roullet (Charente) en 1848. Royaliste pendant la Révolution, il fit partie, après ta réaction de thermidor , de la commission qui fut chargée d'épurer les municipalités du district d'Aiigoulênie. Devenu directeur de l'école centrale d'Angoulême établie en l'an V dans l'ancienne abbaye de Beaulieu , puis professeur de belles- lettres à Orléans, il a édité avec d'excellentes remarques les oau» vres de Boileau, de Mme de Sèvigné, de Thomas, de Marmontel et de Lahnrpe. En même temps, il donnait des articles à la Biographie universelle de Michaud. En 1840, il publia à l'adresse de sa femme un écrit intitulé : Petit mémoire contre de longues vexations (Angoulême, in-8°). On lui doit, en outre, Glycère, idylle (Angoulême, an III, in-8u).
SAINT-SURIN (Marie-Curoline-Rosalie de GendrkcOuRT, dame *Dii), femme de lettres française, née k Villefranche (Rhône) vers 1800. Elle a écrit sous le nom de son premier mari, M. de Sair.t-Surin , les ouvrages suivants : le Bat des élections (Paris, 1827, in->8); le Miroir des salons, scènes du monde (Paris, 1830, iii-8") ; Isabelle de Taillefev, comtesse d'Angoulême. reine d' Angleterre (Paris, 1831, in-18); l'Hôtel de Ctuny au moyen âge, suivi des Contenances de table et autres
SAIN
poésies inédites des xvc et xvio siècles (Paris, 1835, in -12); Maria ou Soir et matin (Paris, 1837, 2 vol. in-8<>); Paul Morinoa Entretiens moraux d'un instituteur avec ses élèves (Paris, 1850, in-12), couronné par l'Académie française. Mm° de S ùnt-Sui in, aujourd'hui veuve pour la deuxième fois, a écrit dans le Journal des dames, ['Echo français et la France littéraire.
SAINT-THOMAS s. in. (sain-to-ma). Métrol. Monnaie d'or de Goa, valant 8 fr. 66.
SA1NT-CRBAIN (Ferdinand de), graveur en médailles et architecte, né à Nancy en 1654, mort dans la même ville en 1738. Sa famille avait été anoblie par les ducs de Lorraine. En 1671, il se rendit k Munich, puis visita les principales Académies de peinture de l'Allemagne et de l'Italie, étudiant partout le dessin, l'architecture et la gravure. Il s'acquit assez de renom comme architecte et comme graveur en médailles pour que la ville de Bologne lui conférât le titre d architecte de la ville et celui de directeur du cabinet des médailles. Il fut également reçu membre de l'Académie de peinture. Après un séjour de dix ans à Bologne, il fut appelé à Rome par le pape Innocent XI, qui lui confia divers travaux. Saint-Urbain exécuta les matrices d'un grand nombre de monnaies et de jetons, sous ce pape etsous ses successeurs Alexandre VIII et Innocent XII. Rappelé k Nancy par le duc de Lorraine Léopold 1er, il fut, de 1703 jusqu'à sa mort, conservateur ilu cabinet de médailles et ne cessa de travailler. Il avait commencé une suite de médailles des papes qu'il n'a pu achever, mais il a donné tout entière la suite des ducs de Lorraine; le tout forme un ensemble de cent dix monnaies on médailles dont les matrices sont conservées au. cabinet des médailles de Vienne. On connaît, en outre, de lui cent vingt pièces gravées soit k l'occasion d'événements remarquables et frappées en Italie ou en Allemagne, soit sur la demande de princes, de cardinaux, de prélats ou d'hommes célèbres.
SA1NT-URS1N (Marie de), médecin français, né k Chartres en 1763, mort k Calais en 1818. Reçu docteur k l'université de Cuen, il devint premier médecin de l'armée du Nord en 1793, et bientôt après inspecteur au conseil sanitaire. Il se fixa k Paris en 1800 et collabora k la Gazette de la santé. Lors de la guerre de Russie, il suivit l'armée et fut fait prisonnier par les Russes, qui le traitèrent avec beaucoup d'égards. De retour en France en 1815, il fut nommé médecin principal de l'hôpital militaire. On lui doit une traduction annotée du Traité de tu goutte et du rhumatisme de Giaunini; Un manuel populaire de santé (Paris, 1808, in-8"); l'Ami des femmes (2« édit., Paris, 1804, in-8u); Elioiogie et thérapeutique de l'arlhritis et du calcul (Paris, 1816, in-80).
SA1NT-VALL1ER (Jean db Poitiers, seigneur de), capitaine français , né dans le Dauphiné vers 1475. Il fit les guerres d'Italie sous Charles Vlll et Louis XII ; à l'avènement de François I*', il fut choisi par ce prince comme capitaine des cent gentilshommes de la maison du roi qu'on appela par la suite gardes du corps, et se couvrit de gloire k Marignan. Il assista k la malheureuse journée de La Bicoque et, k son retour en France, passant par Montbrisan, il trouva dans cette ville le connétable de Bourbon qui lui révéla, sous la foi du serment, l'alliance qu'il avait contractée avec Charles-Quintet l'Angleterre pour écraser François I". Lorsque le connétable eut ostensiblement pris les armes contre la France, Saint- Vallier fut arrêté comme complice et condamné k mort. Une tradition accueillie par Voltaire veut qu'il ait dû la vie aux prières de sa fille, Diane de Poitiers, qui aurait payé de son honneur la grâce de son père. Nous avons donné k l'article consacré k Diane de Poitiers les motifs qui font regarder ce fait comme controuvé. Saiiu-Vallier dut sa grâce à son gendre, Maulévrier- Brézé, et k ses amis.
SA1NT-VAST (Thérèse Willems de), femme de lettres française, née k Calais en 1722. On lui doit : l'Esprit de Sully avec le portrait de Henri 1 V, ses lettres à Sully et ses conversations avec le même sur la religion, ta morale et la politique (1766, in-12), et l'Esprit des poètes et orateurs célèbres du règne de Louis XIV (1767, in-12).
SAINT- VENANT (M<ne de), romancière française, morte a Paris en 1815. On ne connaît cette femme de lettres que par ses ouvrages, et sa pauvreté la contraignit k écrire beaucoup sans profit ni gloire. Ses romans, dont quelques-uns décèlent une certaine imagination, firent un instant concurrence k Ducray-Durainil, k Mme Cottin et autres romanciers de l'époque. On cite notamment parmi ses œuvres : Aurélie et Dorothée ou la Religieuse par amour (2 vol. in-12) ; le Baron de Hatdein ou la Fille précepteur (2vol.); Catherine de Bourbon (2 vol,) ; Cécile Fritter ou l'Enfant du champ de bataille (2 vol.) ; la Chaumière de Vincennes (2 vol.); Constance ou la Destinée (2 vol.); Cyprien ou l'Enfant du naufrage (3 vol.); Olympia ou les Brigands des Pyrénées (1801, 1 vol.); Derville et Nathalie de Suinl-Hilaire (1802, 2 vol.}; llobert et Blanche (1803, 2 vol.); Eugénie de Verseuil ou la Tour mystérieuse (2 vol.); le Fanlàme de Nembrod-Castle (2 vol.) ; Florella ou VI h fortunés Vénitienne (2 vol.); Frère Ange ou l'Avalanche du mont Saint - Bernard (2 vol.):
SAIN
Gabriel de Vergy ( 2 vol. ) ; l'Héritière de Pembroke (2 vol.) ; Lanrette ou la Grange Suint-Louis (2 vol.); Léopold de Circé ou les Effets de l'athéisme (2 vol.); Nurberline ou les Suites du pèlerinage (2 vol.) ; Prosper ou X Heureux naufrage (2 vol.); Zirza, histoire orientule(l807, 1 vol.); Hose de Valdeuil (1808,
5 vol.); Seteslca ou le Prieur des bénédictins (2 vol.) ; Sidonie ou la Force d'un premier amour (2 vol.); Thérèse ou le Bon curé (2 vol.); Thérësia ou les Souterrains du château de Zenlelberg (2 vol.); Ursule ou les Victimes de la superstition (2 vol.) ; Marie de Bourgogne, roman historique (1808, 2 vol.), etc.
SAINT-VICTOR (Jacques-Benjamin-Maximilien Bins, comte de), littérateur français, né à Saint-Domingue en 1772, mort à taris en 1858. Venu dans sa jeunesse en France avec sa mère, qui se fixa à Paris, il fit ses études k La Flèche, laissa passer la Révolution sans y prendre part et , sous l'Empire , entra dans les conspirations royalistes et faillit payer de sa tète son hostilité contre le pouvoir établi. Saint-Victor collabora successivement au Journal des Débats, au Drapeau blanc et au Défenseur religieux; il fonda même, en société avec Lamennais, une librairie qui ne réussit point. A la révolution de Juillet, il émigra en Amérique, revint en Fiance après une absence de quelques années et devint l'un des rédacteurs de la France et de \' Invariable, mémorial catholique publié à Fribourg. Saint-Victor consacra son existence à la politique et à la littératureet vécut dans l'intimité des illustrations contemporaines. Il a abordé le théâtre et il y obtint des succès. Citons notamment les pièces suivantes : l'Habit du chevalier de Qrammont, opéra-comique; le Chevalier d'industrie, musique de Pradher et de Gustave Dugazon; Ulhal, musique de Méliul. Ses autres principaux ouvrages sont : les Grands poêles malheureux (Paris, 1802, in-12); le Musée des antiques (Paris, 1818, 3 vol. in-fol.) ; Œuvres poétiques (Paris, 1822, in-12); Tableau historique et pittoresque de Paris (1808, 3 vol. in-4°) ; Documents historiques concernant la compagnie de Jésus (Pans, 1827, 4 vol. in-12); Etudes sur l'histoire universelle (Paris, 184o,
6 vol. in-8»).
SAINT- VICTOR (Paul Bins, comte de), plus connu sous le nom de Paul de Saiu<- Vïciop, littérateur et critique, fils du précédent, né à Paris en 1827. Le jeune Paul commença ses études à Fribourg, en Suisse, et alla les achever à Rome, au Collège romain. Ce fut alors qu'il prit le goût des arts auquel il dut de devenir plus tard un critique des plus distingués. En 18-18, M. Paul de Saint-Victor devint secrétaire de Lamartine. 11 débuta dans les lettres en publiant des articles dans une revue catholique, le Correspondant, collabora ensuite à la Semaine, où il donna des articles d'art, puis fut chargé de faire le feuilleton dramatique au Pays. Lorsque, en 1855, Théophile Gautier quitta la Presse pour entrer au Moniteur universel, M. de Girardin s'empressa d'attacher à son journal le brillant rédacteur du Pays, qui lit à la fois duns la Presse les comptes rendus des pièces de théâtre, la critique des Salons de peinture et donna dans la même feuille des études artistiques et littéraires. Il collabora, en outre, à l'Artiste, au Moniteur universel, quitta la Presse pour entrer à la Liberté lorsque 'M. E. de Girardin fonda ce dernier journal et fut nommé, au mois de février 1870, parle ministre Maurice Richard, inspecteur général des beaux-arts. 11 a reçu eu 18C0 la croix de la Légion d'honneur.
M. Pa-iil de Saint-Victor est un des plus remarquables écrivains de notre époque. « Nul n'a un vocabulaire plus riche, dit Al. Scherer, une plume qui ressemble mieux à un pinceau, un don plus enviable de tout voir dans la lumière et la couleur et de tout rendre comme il le voit; mais ce serait se tromper que de prendre M. de Saint-Victor sur la foi de ses qualités pour un simple artiste en phrases et eu mots. Il s'est toujours montré au contraire curieux d'informations, avide de lecture, et le charme de ses écrits vient précisément de l'emploi qu'il fait de l'imagination pour vivifier l'histoire ou animer la critique. 11 a le ton brillant, mais juste. Il a le mut qui peint, mais qui définit en peignant. » Lamartine faisant allusion à l'incomparable éclat de style de cet écrivain disait un jour : « Chaque fois que je lis de Saint- Victor , je me trouve éteint. » M. Xavier Aubryet a écrit quelque part:» M. Paul de Saint-Viotorest le don Juan de la phrase, l'homme qui, k ma connaissance, a eu le plus de bonnes fortunes de style, sans compter ses bonnes fortunes de pensées, > Théophile Gautier l'a jugé en ces termes : • Son style, d'une perfection soutenue, d'une unité de trame sans égale, d'un éclat qui l'ait tout pâlir, ne laisse à désirer que quelques négligences. 11 ne s'endort jamais ; tout se tient, tout s'enchaîne, les métaphores se suivent et se déduisent, les phrases sont étincelantes et coupées k angle vif, jetant des bluettes <le toutes couleurs. » Le plus grand reproche qu'on puisse faire k M. de Saint-Victor comme styliste, c'estde trop prodiguer ses richesses, de faire « tomber incessamment ses métaphores en pluie d'étincelles. «Les traits brillants qu il prodigue feraient certainement beaucoup plus d'effet sur un fond plus sobre et plus reposé. Le critique d'art est supérieur en lui au critique dramatique. > Le
SAIN
j goût des arts qu'il avait contracté à Rome, où se fit sa première éducation, dit M. Charles Blanc, ne l'a pas quitté un seul instantet, pour le développer, il n'a épargné ni peine ni fatigue, ni sacrifice d'aucun genre. Voulant étudier les grands maîtres là où il faut les étudier, chez eux et sur place, il a fait de nombreux voyages en Italie, en Espagne, en Allemagne. En dépit de la variété, de la souplesse qu'exigent les sujets si divers de la peinture et du théâtre, la critique de Saint- Victor, si elle n'est pas infaillible, est toujours honnête et fière. Il y paraît surtout quand il y fait quelques trouées lumineuses dans les données historiques. Personne n'a parlé avec plus de grandeur de Marc-Aurèle, avec plus d'horreur d'Attila et avec plus de mépris de toutes les perversités anciennes ou modernes, de tous ces coquins de l'histoire.» M. Paul de Saint-Victor a publié en volumes: Hommes et dieux (1867, in-8»), recueil d'études historiques et littéraires (v. Hommes et dikux) ; les Femmes de Gœt/te (18G9, in-fol.), avec des gravures d'après Kaulbaeh. On lui doit encore : les Dieux' et les demi-dieux de la peinture (1863 , in-8°), avec Th. Gautier et Arsène Houssaye; et la notice sur les Maîtresses de Louis XV, placée en tête des Dernières amours de /1/rae Du Barry, (par la comtesse Dash (1862, in 8°); Barbares et bandits, la Prusse et la Commune(lSTl, inT8°), recueil d'articles publiés dans la Liberté.
SAINT-VIDAL (Antoine du), capitaine français, né vers 1540, mort en duel en 1591. Pendant les guerres de religion, il fut un des capitaines catholiques les plus acharnés contre les protestants, Quelques coups de main hardis le mirent en évidence et, en 1572, il fut nommé gouverneur du Puy par l'évêque et le corps municipal. La même année, il emporta d'assaut un grand nombre de châteaux du Velay, que tenaient des capitaines protestants, prit et pilla horriblement la ville de Tence, lit le siège d'Ambert (1677), puis celui de Saint-Agrève.oùil perdit un œil (1580), et se signala par sa férocité autant que par sa bravoure dans une multitude de rencontres. Partout il faisait pendre les ministres protestants, comme fauteurs de troubles , et ne manquait pas de faire massacrer la garnison de toute ville ou château qui lui avait résisté. Sous Henri III, il prit parti pour la Ligue et se maintint au Puy, grâce au corps municipal, contre le sénéchal que le roi avait envoyé pour le remplacer (1589). Après avoir été à Paris conférer avec les chefs de la Ligue, il revint au Puy k la tête d'un corps de 4,000 hommes et entama de sérieuses hostilités avec les royalistes du Velay. Au cours d'une négociation avec ceux-ci, il s'éleva un différend que le baron de Vidal voulut terminer les armes à la main, et il fut tué dans la rencontre par un des négociateurs royalistes, le sieur de La Rodde,
SAINT-VINCENS, nom d'un numismate et d'un archéologue français. V. Fauris.
SAINT-VINCENT (le Père Grégoire de), géomètre flamand, né à Bruges en 15S4, mort à Gand en 1667. Admis dans la Société de Jésus, il fut envoyé dans divers collèges de la compagnie pour y enseigner les mathématiques. Le problème de la quadrature du cercle parait avoir été l'objet constant des travaux du savant jésuite. Mais, s'il ne trouva pas la solution finale qu'il cherchait, il en trouva, chemin faisant, une foule d'autres qui répondent à des théorèmes importants. Son livre : Opus geometricum quaaralurm circuli et seclionum coni (Anvers, 1617), contient un grand nombre de propositions intéressantes et exactes sur les propriétés du cercle etdes sections coniques, sur les progressions, sur les moyens de carrer la parabole, de mesurer les solides de circonvolution des sections coniques, etc. La publication de ce livre fit, à cette époque, beaucoup de bruitdans le monde savant, à cause de la prétendue découverte que le titre annonçait. On se partagea en deux camps: de nombreux défenseurs prirent parti pour la solution du P. Grégoire, qui eut tout k la fois l'honneur et le malheur d'être combattue par Huyghens et Leibniz. Ces illustres adversaires, d'ailleurs, prisaient haut la science du jésuite et n'hésitaient pas à le placer au rang des géomètres les plus distingués. Le P. Grégoire était professeur à Prague, lorsque cette ville fut prise par les Suédois. Entraîné par son zèle à porter des secours spirituels aux soldats sur le champ de bataille, il y fut grièvement blessé ; et ses manuscrits, fruits de cinquante ans de travaux, périrent au milieu des dévastations dont les vainqueurs accablèrent la cilé. A la demande de Philippe IV.il passa en Espagne pour donner- des leçons à don Juan d'Autriche. Il en fut récompensé par le poste de bibliothécaire de la ville de Gand. Il reste de lui : l'heses de eometis (1619); Theoremata matbeinatica scientim staticx (Louvain, 1624); Opus geometricum quadraturse.,.. , et enfin Opus geometricum ad mesolabium per rationmn proporlionalitatumque novas proprielates (Gand, 16GS),
SAINT-VINCENT (Robert de), magistrat français, né vers 1720, mort en 1799. Il fut un des chefs de l'opposition parlementaire sous Louis XVI. Conseiller au parlement dès 1748, il siégea dans la fameuse affaire du collier et fut de ceux qui voulurent, en haine de la cour, innocenter entièrement le cardi-
SAIN
nal de Roban. 11 prit part, avec Durai d'E-
firémesnil, ktoutes les mesures par lesquelles e parlement préludait, sans le savoir, à la Révolution, et notamment au refus d'enregistrement de l'impôt du timbre et de l'impôt territorial (1787). Une lettre de cachet l'exila à Troyes, avec un certain nombre de parlementaires, et là il s'efforça d'entraver toute négociation avec la cour. Le parlement ayant été rappelé (10 nov. 1787), Robert de Saint- Vincent se joignit à Freteau et à Sabatier de Cabre pour refuser l'enregistrement de l'édit portant création de 420 millions d'emprunt, et prononça devant Louis XVI un virulent discours (lu nov.). Lors de l'arrestation des conseillers d'Eprémesnil et Monsabert (5 mai 1788), il fit partie de la députation envoyée au roi pour réclamer leur mise en liberté et que Louis XVI refusa de recevoir. Malgré -ces gages donnés à la cause de la liberté, il n'en fut pas moins effrayé en voyant s'accomplir la Révolution ; il quitta la France dès la prise de la Bastille et mourut dans la misère en Allemagne, Ses biens avaient été mis sous séquestre, comme tous ceux des émigrés, et le Directoire donna l'une de ses maisons, celle qu'il occupait à Paris, rue Hantefeuille, au mécanicien Droz, comme récompense nationale.
SAINT-VINCENT (John Jkrvis, comte db), amiral anglais, né k Meaford (comté de Stafford) en 1734, mort en 1823. Il entra dès lage de dix ans dans la marine, prit part, avec le grade de lieutenant, à l'expédition dirigée contre Québec (1759) et se distingua particulièrement par sa bravoure, sous les ordres de l'amiral Keppel, à la bataille navale d'Ouessant (177S). S'etantempai é en 1782 du Pégase, vaisseau français de 74 canons, Jervis fut décoré de l'ordre du Bain. A la fin do cette même année, il fit partie de la flotte envoyée au secours de Gibraltaretdonna de nouvelles preuves de son courage dans divers combats. Deux ans plus tard, il fut nommé membre de la Chambre des communes, où il siégea avec les wighs. Contre-amiral en 1787, viceamiral en 1790, il reçut, quand éclata la guerre entre la France et l'Angleterre, le commandement d'une flotte chargée de prendre les Antilles françaises. Apres avoir forcé laMartinique à se rendre (25 janv. 1794), il attaqua avec le général Grey la Guadeloupe, qui tomba en son puuvoir ainsi que les petites lies de Marie-Galante, la Désirade et les- Saintes; mais bientôt la lièvre jaune fit de tels ravages parmi les troupes anglaises que l'amiral Jervis se vit dans l'impossibilité d'empêcher les Français de reprendre la Guadeloupe. Mis k la tête de la flotte de la Méditerranée en 1795, il remporta le 14 février 1797, près du cap Saint- Vincent, une victoire complète sur l'amiral espagnol Cordova, bien que ses forces fussent de beaucoup inférieures k celles de l'ennemi. En récompense de sa brillante conduite en cette occasion, le roi lui donna le titre de comte de Saint-Vincent, une chaîne d'or, et le Parlement lui vota une pension de 3,000 livres sterling transmissible à ses héritiers. Quelque temps après, bloquant Cadix, il arrêta par sou énergie une insurrection qui venait d'éclater parmi les marins de sa flotte. Lorsque Bonaparte se rendit en Egypte, Jervis envoya Nelson, qui était sous ses ordres, avec treize vaisseaux pour attaquer la flotte française et contribua par là au désastre éprouvé parnotre marine k Aboukir. Nommé premier lord de l'amirauté en 1801, après avoir commandé pendant près d'une année la flotte de la Manche, il s'attacha k apporter diverses améliorations dans la marine et se démit de son portefeuille en 1804. Quelque temps après, il reprit son commandement dans la Manche. Au Parlement, il se prononça contre l'abolition de la traite des noirs (ISu7), puis se déclara nettement pour la conclusion de la paix avec la France (1810). Nommé, eu 1814, général en chef des gardes-marine, il devint en 1821 premier amiral d'Angleterre. A sa mort, on déposa ses restes dans un somptueux monument élevé dans l'église Saint-Paul. Le comte de Saint-Vincent était de petite taille, d'une intelligence très-vive et d'un caractère impétueux.
SAINT-YON, famille de bouchers de Paris, célèbre au xive et au xv« siècles dans les sanglantes querelles des Bourguignons et des Armagnacs. Ils prétendaient descendre des anciens barons de Saint- Yon, près de Montlhery, ce qui est douteux. Sous les ordres du comte de Saint-Pol et à la tête d'une bande de garçons bouchers qu'on appelait les éeor~cheurs, les Suint- Yon se rendirent maîtres de Paris par la terreur et prirent alors un rôle politique. Ils ne négligeaient pas cependant le soin de leurs affaires etl'und'eux, Philippe, se fit donner le monopole de la boucherie en gros, à Paris. Moyennant un échange de terrain fait avec l'abbesse de Montmartre, il acquit un emplacement considérable au lieu appelé l'Apport de Paris, et il y fit construire une grande boucherie, immense halle qui fut détruite parlesAniiaguacs en 1416 et rétablie, par ordonnance royale, en 1418. Depuis cette époque et pendant plus de deux siècles, les Saint-Yon, associés à d'autres riches bouchers, eurent une véritable juridiction sur toutes les boucheries de la capitale. Leur association, fortement constituée et soutenue par le pouvoir, eut une chambre de conseil, un procureur fiscal, droit de justice, prisons, etc. ;
SAIN
elle autorisait l'ouverture de toute nouvelle boucherie, surveillait la vente et le débit de toutes espèces de bestiaux et prélevait des droits considérables.
SAINT-YVES (Charles), médecin oculiste renommé, né kViette, près de Rocroi.en 1667, mort en 1736. Il entra dans la maison de Saint- Lazare, à Paris, et s'y voua spécialement à l'étude des maladies des yeux. Ses succès furent si rapides et si grands, qu'il quitta Saint-Lazare pour s'adonner à la pratique. On possède de lui un ouvrage encore plein d'intérêt à cause des observations particulières qui y sont consignées; il a pour titre : JVoitveau traité des maladies des yeux ( Paris , 1722, in-12).
SA1NVAL (M»e Alziari. dite), tragédienne française, née vers 1742. Elle débuta k la Comédie-Française en 1766 et fut reçue définitivement le 16 avril 1767 pour jouer les rôles de reines, de mères nobles et de femmes délaissées, suivant l'expression employée dans la langue théâtrale de l'époque. La Clairon et la Dumesnil venaient de se retirer ; le théâtre tombait en décadence; la Sainval sut le faire revivre; durant douze années, elle fit oublier Mlle Dumesnil, qu'elle avait remplacée.
Elle avait reçu de ta nature toutes les qualités qui font l'actrice tragique : l'âme, la sensibilité, la fierté, l'énergie, en môme temps qu'une langueur pleine d'ivresse, de douceur et de séduction ; terrible dans Cléopâtre, majestueuse, pathétique et touchante dans Pauline et Jocaste, tendre et déchirante dans Clytemnestreet Sémiramis, elle réussit moins peut-être dans les rôles d'Agrippine et de Phèdre, mais elle se montra admirable dans celui d'Athalie, et elle excitait de véritables transports d'admiration, des élans d'enthousiasme lorsqu'elle disait k Abner :
... Laisse ton Dieu, traître, et venge-moi 1
Le 22 octobre 1777, elle parut pour la première fois dans le rôle de Mérope. Cette tragédie n'avait pas été jouée depuis la retraite de Mlle Dumesnil, et l'on conçoit avec quelle émotion tremblante la Sainval se présenta sur la scène. Elle y fut admirable. Jamais elle n'avait excité et jamais depuis elle n'excita à ce point l'admiration du public. Tous les honneurs du théâtre lui furent prodigués. Les critiques les moins disposés en sa faveur s'accordèrent k dire qu'elle pouvait maintenant espérer atteindre la réputation des plus célèbres d'entre ses devancières.
La santé délicate de Mlle Sainval ne lui permettant pas de jouer tous les soirs , la Vestris, qui avait débuté depuis quelques années sous laprotectiou des gentilshommes de la chambre, prit peu à peu sa place et s'empara des plus beaux rôles du répertoire. De lk entre les deux femmes une jalousie, une animosité violente qui devait se terminer par la disgrâce de celle dont nous venons de voir le succès et la renommée grandir chaque jour. Ce fut en vain qu'elle réclama contre cette usurpation d'emplois. Il lui fut défendu de jouer Didon, Ariane, I lermione et Roxane. L'intendant chargé des théâtres vint interposer l'autorité du ministre et du lieutenant général de police pour qu'elle fût mise au For- 1 E véque si elle paraissait dans l'un de ces rôles. Malade, humiliée, irritée, elle eut l'imprudence de publier, le 10 mai 1779, une brochure de 76 pages in-S», intitulée : Lettres de J/me ia comiesse de Mal... à M">e a" A; lettres dans lesquelles sou esprit mordant se donnait carrière contre les gentilshommes de la chambre, distributeurs des emplois, et contre leur protégée. La Comédie-Française se divisa en deux camps ; la majorité conclut, par une délibération du 22 juillet 1779, à supplier Sa Majesté ue permettre k la Comédie de 'cesser toute espèce de service avec MUe Sainval , et le même jour elle reçut un ordre du roi qui lui enjoignait de quitter Paris ; le 29 elle fut rayée du nombre des artistes de la Comédie- Française.
SAINVAL (M»e Alziari, dite), sœur de la précédente. Elle suivit comme elle la curriere théâtrale et s'y rendit non moins célèbre. Après s'être fait applaudir comme jeuue première au théâtre de Rouen, elle se rendit à Puns où, à la suite de deux débuts, que lui facilitèrent les anciens partisans de celle qui avait remplacé et avait fait oublier MU* Dusmenil (v. l'art, précédent), Mlle Sainval prie rang, le 15 juillet 17"7, parmi les comédiens ordinaires Ou rui. Elle y tiut les emplois de Mû": Gaussin, fut d'abord sa doublure, selon le langage du théâtre, et se fit remarquer dans les rôles de Zénobie, de Zaïre, de Monime, d'Iphigénie, d'Heruiioue et surtout dans celui d'Inès de Castro.
La vivacité de son esprit, le charme de sa diction, les grâces de son visage, sa distinction naturelle l'avaient déjà classée parmi les actrices du premier ordre, lorsque Voltaire viutconsacrer laréputatiou queluiavaitfaite son talent. Lors de la distribution des rôles de sa tragédie d'Irène, 1 illustre vieillard, cédant aux pressantes sollicitations du duc de Richelieu, avait envoyé le rôle de Zoé à la très-sensible et larmoyante Mme Mole; mais inquiet, tout à coup, sur le sort de sa pièco s'il laissait ce rôle k uue actrice à laquelle on reprochait de ne pas graduer assez le sentiment et de prodiguer trop le geste, il se ravisa et trouva le- moyen de faire offrir l'em-
SAIN
ploi de la confidente d'Irène à Mlle Sain val, qui l'accepta.
Irène fut représentée le 16 mars 1778, et l'on sait avec quel enthousiasme fut applaudie la dernière œuvre de celui qu'on appelait encore le Sophocle français. Jamais le public n'avait été aussi nombreux et plus brillant. Le vieux poète, courbé sous le poids de ses quatre-vingt-quatre ans, assista seulement à la sixième représentation, qui eut lieu le 30 mars. Ce fut a cette représentation mémorable que son buste fut couronné sur le théâtre. Voltaire mort, au mois de mai, les deux Sainval perdirent en lui un appui et désormais se trouvèrent en butte aux vexations sans tin d'une cabale toute-puissante. Les gentilshommes de la chambre , tyrans du théâtre à cetife époque, avaient obtenu l'expulsion de l'aînée, et il n'est point de tracasseries, d'injustes traitements dont leur omnipotent bon plaisir n'usât envers la cadette. De guerre lasse, Rl'le Sainval donna sa démission par une Lettre à la Comédie-Française, dont voici les dernières lignes : « Je ferai d'ici à Pâques le service dont vous avez besoin ; mais, passé ce temps, je compte sur ma liberté, parce que rien au monde ne me ferait rester à la Comédie-Française comme j'y suis. Je dois procurer à Mme Vestris le plaisir de dire : Je me suis défaite des deux sœurs. »
La différend survenu entre les deux actrices dura un mois encore, après lequel la réconciliation se fit, au grand contentement du parterre qui avait craint un moment d'être privé de l'une et de l'autre, mies parurent ensemble à la cérémonie de la réception du mamamouchi dans le Bourgeois gentilhomme, le 24 février 1784, et se donnèrent la main. Le public scella cette réconciliation par ses applaudissements les plus flatteurs. M'ie Sainval obtint sa retraite en 1791.
SAINT -YVES (Edouard Dkaddé, connu sous le pseudonyme de), écrivain français.
V, DÉADDÉ,
SAINVILLE (Morel, dit), célèbre acteurdu Palais-Royal, né à Paris dans les premières années de ce siècle, mort à Pau le 31 janvier 1854. Il s'essaya fort jeune sur un petit théâtre d'amateurs de la rue Saint-Antoine, par le rôle de Jérôme dans Préville et Taconnet ; ses parents ayant eu connaissance des succès qu'il obtenait sur cette modeste scène entreprirent de le détourner d'une carrière pour laquelle il se sentait une vocation réelle; à cet effet, ils l'envoyèrent à Bordeaux, où il fut placé chez un courtier. Dans cette ville, il parvint à se lier avec des acteurs ambulants dont les talents s'exerçaient sur les champs de foire et dans les auberges ; ils prirent avec eux le naïf, délicat et fluet jeune homme pour jouer les amoureux ; sa maigreur lui valut un jour de paraître dans le Chevalier Criquet. Il s'agiiSait, pour bien rendre ce personnage, de se montrer tellement aminci qu'on eût l'air de s'échapper du laminoir. L'odyssée desturlupins du Roman comique n'a rien de comparable aux vicissitudes que dut traverser le chevalier Criquet qui, pour son malheur, s'acquittait à ravir de son rôle. Pour einpêeher son sujet d'engraisser , le directeur de la troupe foraine, sous lequel le pauvre Sainville usa la plus belle partie de sa jeunesse, la soumit à un régime tel qu'il devint jaune et transparent ; il allait passer à l'état de mythe, quand son sort changea. Ce fut le théâtre du Montparnasse qui l'arracha, en 1827, aux tribulations du cabotinage. En compagnie de ses camarades alors obscurs, AloideTousez et Félix, Sainville obtint quelques succès, et sa naïveté devint bientôt pour lui une source de célébrité. En 1831, il fut engagé au Palais-Royal. La réussite couronna ses débuts dans le rôle du Rieur. Dès cette époque, devenu aussi indispensable au Palais-Royal que le Pulais-Royal lui était indispensable, il fut de tous les succès qui échurent à ce joyeux théâtre, qui lui a du plus de deux cents créations originales, parmi lesquelles nous citerons : le Vicomte de Lélorière, la Rue de la Lune, YAlmanach des 25,000 adresses, les Bains à domicile, V Inventeur de la poudre,\& Bonhomme Richard, Trianon, etc.
Sainville, par son esprit inépuisable et sa jovialité, devint en peu de temps le comédien à la mode. Ce n'était pas seulement un grimacier, un de ces types de convention tels qu'en adopte la fantaisie du public qui choie tout ce qui lui plaît, sans vouloir distinguer le vrai du faux; c'était un véritable artiste. Il réussissait à rendre avec un naturel parlait ce type de béotien qu'on rencontre à chaque pas dans la société, cet individu qui, de prime abord, vous capte par l'air sérieux sous lequel il déguise sa nature de citrouille et qui, mis à jour par une suite de situations compromettantes, finit par vous révéler un . comique inépuisable, dont le principal caractère est le grotesque dans la passion. Il fallait voir Sainville sautiller avec une folâtrerie éléphantine qui rappelait Lablaehe dans Il Mulrimonio seyreto! Il n'y avait que lui pour vous dire avec ce point d'admiration qui ronflait comme un point d'orgue : « Dieu I la belle femme 1... » La belle femme, c'était Mme Tbierret, dont les grâces viriles ajoutaient encore au drolatique de l'exclaniation. N'était-ce pas lui aussi qui, dans laiiue de la Lune, poursuivant une jeune gileùère, nous jetait d'un ton de phoque amoureux ce superbe raisonnement : o Cette giletière a un
SAIS
mollet superbe; je dois avoir besoin d'un gilet 1 ■ Sainville avait étudié à fond la plupart des modèles de bourgeois crétinisés; il en avait collectionné les meilleurs tics. Le plus curieux était de l'entendre répéter deux ou trois fois la même chose, comme les béotiens à court de mots et d'idées. Son masque était alors impayable ; un complet écarquillement de tous les traits de la face exprimait la béatitude du bourgeois. On se souvient encore de son rire, de ce rire convulsif, bête au possible, éclatant tout à coup au milieu de la phrase la plus sérieuse et brusquement interrompue, on n'a jamais su pourquoi... Et sa façon épique de tordre la bouche de droite à gauche jetait -elle assez de gaieté dans ce parterre qui, dès que Sainville faisait son entrée, éclatait,
Sainville était non moins amusant à la ville qu'au théâtre. 11 affectionnait particulière- ■ mentles plaisanteries sur l'éléphant; plusieurs ont été transportées à la scène. Dans ce tempslà, l'hippopotame n'était pas encore inventé. Ou se rappelle cette question, inouïe de niaiserie ; « La trompe de l'éléphant est-elle en caoutchouc ou en gomme élastique?... ■ Le soir où il l'importa en scène, ses camarades furent pris d'un fou rire tel qu'ils eurent de la peine à continuer leurs rôles. Un jour, au Jardin des plantes, il jeta une dame dans un cruel embarras en lui montrant la pancarte où on lisait : Eléphant femelle. ■ La pancarte est dans l'erreur, dit Sainville, ce n'est point un éléphant femelle, puisqu'il a une trompe. — C'est juste, ■ répliqua la dame, vaincue par cet argument d'emporte-pièce.
Sainville est resté un type de scène.
SAIPHOS s. m. (sè-foss). Erpét. Genre de reptiles sauriens, formé aux dépens des scinques.
SAÏQUE s. f. (sa-i-ke). Mar. Bâtiment de charge du Levant, ayant deux mâts sans perroquets.
— Entom. Genre d'insectes hémiptères hétéroptères, de la famille des réduvieus, dont l'espèce type habite la Guyane.
SAIRANTHE s. m. (sé-ran-te — Augr.sairô, je nettoie; anthos, fleur). Bot. Syn. de nicotiane ou tabac, genre de solanées.
SAIS s. m. (sa-iss). Conducteur d'ânes, en Egypte; guide des promeneurs étrangers.
SAIS, ville de l'Egypte ancienne, dans le Delta, prés de la branche Canopique du Nil, chef-lieu du nome SaTte et de toute la basse Egypte avant la fondation d'Alexandrie. Elle était célèbre par le culte de Neith, à qui Amasis avait élevé un temple mentionné par Hérodote, On voit de nos jours les ruines informes de cette antique cité près du village moderne de Sa-el-Hadiar, à 18 kilom. S. de Kafr-Zayad, station du chemin de fer du Caire à Alexandrie.
SAISI, IE (sè-zi, 1) part, passé du v. Saisir. Sur qui l'on a mis la main : Un taureau saisi par les cornes.
— Qui a été l'objet d'une saisie : Les biens, les objets, les effets, les meubles saisis, il Dout la propriété a été l'objet d'une saisie : Un commerçant saisi.
— Nanti, se trouvant eu possession : Le voleur a été trouvé saisi du vol. On l'a trouvé Saisi d'une lettre qui a découvert toute l'intrigue. (Acad.)
Le greffe tient bon Quand une fois il est saisi des choses ; C'est proprement la caverne au lion ; Rien n'en revient....
La Fontaine.
Il Chargé avec mission de décider : Etre saisi d'une affaire, d'une question, d'une enquête.
— Perçu : Quelques mots saisis au vol ne me permettaient pas de suivre l'entretien. (Laboulaye.) il Discerné, compris, interprété : Saisies par l'homme de génie, senties par l'homme de goût, aperçues par l'homme desprit, les nuances sont perdues pour ta multitude. (D'Alemb.)
— Affecté, frappé : Notre odorat fut saisi tout à coup d'une senteur agréable. (Le Sage.)
Il Rempli, pénétré : Etre saisi de joie, de peur, d'étonnemeni, de respect. (Acad.) Il voit son fils, il recule Saisi d'horreur. (Fén.) De quelle rage est ton âme saisie ?
Mouèke.
Il Atteint, attaqué : Etre siisi par la fièvre. Mais voilà que l'enfant est tout à coup saisi du même mal que son frère. (Cle de Peyronuet.)
— Absol. Frappé de crainte, de stupeur, de tristesse, de respect : J'en ai été saisi. Elle en fut toute saisie. Nous ne laissâmes pas toutefois de délier l'homme et ta femme que la crainte tenait saisis à un point qu'ils n'avaient pas la force de nous remercier. (Le
— Substantiv. Débiteur sur lequel on a fait une saisie, partie saisie : Le saisi et le saisissant. (Acad.)
— Tiers saisi, Celui entre les mains duquel on a fait une saisie-arrêt, une opposition : Les tiers saisis ont été assignés à fin de déclaration affirmative. (Acad.)
SAISIE S. f. (sè-zl — rad. saisir). Jurispr. Acte par lequel on saisit entre les mains du possesseur un bien dont on revendique la propriété, ou qui est destiné au payement
SAIS
d'une dette : Saisie immobilière. Procéder à une saisie. Faire une saisie. Procès-verbal, exploit de saisie. Vente sur saisie, par suite de saisie. Donner mainlevée de la saisie. (Acad.) Il Saisie conservatoire, Saisie destinée seulement à empêcher l'aliénation ou la destruction d'un bien dont la propriété est contestée. Il Saisie-arrêt, Opposition par laquelle un créancier arrête, dans les mains d'un tiers, les sommes ou effets appartenant à son débiteur, il Saisie-exécution, Saisie qu'exerce un créancier porteur d'un titre exécutoire pour faire vendre le bien de son débiteur et être payé sur le prix, il Saisie foraine, Saisie faite par le créancier des effets trouvés dans sa commune et appartenant à son débiteur forain, il Saisie-reuendication, Saisie des effets mobiliers sur lesquels on prétend un droit de propriété ou de gage privilégié. Il Saisie-brandon, Saisie des fruits pendants par branches et par racines. Il Saisie-gagerie, Saisie des objets qui peuvent servir de gage, tels que les meubles meublants et les récoltes.
— Administr. Prise de possession, par les employés du fisc ou par la justice, des choses qui sont l'objet d'une contravention, ou qui peuvent fournir la preuve d'un crime, d'un délit : Saisie d'objets prohibés, de marchandises de contrebande. La saisie d'un journal. Maintenir une saisie, La saisib fut déclarée bonne et valable. (Acad.)
— Féod. Saisie féodale, Acte par lequel le seigneur se mettait en possession d'un fief mouvant de lui. Il Saisie verbale, Saisie que faisait un sergent à l'aide du seing privé du seigneur et du scel de ses armes.
— Encycl. Jurispr. Saisie féodale. Pothier, dans son traité des fiefs, définit ainsi la saisie féodale : • Un acte solennel par lequel le seigneur se met en possession du fief mouvant de lui, lorsqu'il le trouve ouvert, et le réunit à son domaine jusqu'à ce qu'on lui en ait porté la foi, « Nous ferons suffisamment connaître ce qu'était la saisie féodale en reprenant, avec quelques développements et quelques explications, les termes de la définition que nous venons d'emprunter à Pothier. La foi devait être portée , par le vassal tenancier d'un fief, au seigneur de qui ce fief relevait, à chaque mutation, soit dans la personne du vassal, soit dans la personne du seigneur dominant lui-même. La prestation de la foi par le tenancier devait être accompagnée de l'acquittement des droits pécuniaires auxquels la mutation donnait lieu, droits de relief ou de rachat s'il s'agissait d'une mutation de vassal par décès, droits de quinte s'il s'agissait d'une mutation par vente ou par tout autre contrat d'aliénation participant de la nature de la vente. La foi ainsi otferte et portée au seigneur et reçue par lui valait investiture pour le nouveau vassal, qui se trouvait ainsi régulièretnerit mis en possession du fief. Cette obligation de renouveler ainsi, de retremper en quelque sorte le contrat féodal à chaque changement dans la personne du vassal dérivait manifestement de la nuture originaire du fief, qui primitivement était, on le sait, une concession purement viagère du domaine utile de la terre, concession faite essentiellement tu tuitu personm et non transmissible, soit héréditairement, soit par aliénation volontaire. Les fiefs devinrent plus tard héréditaires et aliépables; mais l'héritier ou l'acquéreur du domaine inféodé durent en obtenir personnellement l'investiture du seigneur du fief en lui portant la foi et en acquittant entre ses mains les droits de mutation. Dès le moment que le précédent tenancier ou vassal était décédé ou qu'il avait aliéné le domaine, et jusqu'au jour où le nouveau vassal s'était libéré de la prestation de la foi, le fief était àitvacant ou découvert; le seigneur était censé ne plus avoir présentement de vassal; il pouvait reprendre possession du fief et le réunir à son domaine par la saisie féodale.
Toutefois, le port de la foi et l'acquittement des droits de rachat ou de quinte n'étaient point incontinent exigibles, et il ne pouvait être procédé à la saisie féodale à l'instant même ou la mutation s'opérait. Un délai était accordé au nouveau tenancier pour remplir ses devoirs féodaux. Ce délai, vulgairement appelé souffrance (ce qui signifie tolérance), était de quarante jours dans les ressorts des coutumes de Paris et d'Orléans, lorsqu'il s'agissait d'une mutation opérée par le décès du précédent tenancier. Pendant la période de souffrance, le fief était couvert et il n'y avait pas encore lieu à saisie féodale. La souffrance expirée sans que le nouveau vassal eût porté la foi, le fief était découvert ou vacant, elle seigneur pouvait le saisir féodalement. Si c'était dans la personne du seigneur lui-même duquel le fief était mouvant que la mutation s'opérait, le délai de souffrance pour la prestation de la foi par le vassal était encore de quarante jours. Mais ce délai ne prenait cours qu'à compter du jour où le nouveau seigneur avait fait connaître ses titres. La foi due en pareil cas par le tenancier n'était accompagnée, on le comprend, de l'acquittement d'aucun droit fiscal de mutation. Il n'y avait point, en effet, de transmission de la propriété de la terre; il n'y avait de changement que dans la personne du seigneur dominant.
Lorsqu'il s'agissait de mutations entra vifs résultant d'une vente ou de tout autre contrat analogue, les coutumes n'accordaient
SAIS
aucun délai de souffrance ; la prestation de la foi et l'acquittement des droits par l'acquéreur nouveau vassal devaient avoir lieu incontinent. Incontinent s'entendait toutefois, remarque Pothier, avec certains tempéraments; on accordait au nouveau tenancier un délai hioral suffisant au moins pour parcourir la distance du lieu où il se trouvait au manoir du seigneur auquel la foi était due.
Le délai de souffrance passé sans que le vassal se fût exécuté, le seigneur, nous le répétons, pouvait saisir féodalement et réunir le fief servant au fief dominant. La saisie féodale s'opérait d'abord sans intervention d'autorité judiciaire et par le simple fait d'une prise de possession par le seigneur. Il en était encore ainsi au temps où écrivait Dumoulin. Pothier atteste que la pratique s'était modifiée; le seigneur, en dernier lieu, devait se munir d'un mandement de justice pour saisir féodalement et se faire mettre en possession par ministère de sergent. La saisie féodale réunissait le tief au domaine du seigneur dominant; mais cette réunion n'était pas définitive ou, du moins, n'était point irrévocable. L'effet de la saisie était temporaire ; il ne durait que trois ans, période à l'expiration de laquelle le seigneur saisissant devait la renouveler s'il voulait se maintenir en possession. Le vassal pouvait d'ailleurs, h toute époque, faire cesser cette mainmise en s'acquittant du port de la foi et des droits de mutation. Ce qui était irrévocablement perdu pour lui, c'étaient les fruits du fief perçus durant la période de l'état de saisie. Ces fruits demeuraient acquis au seigneur saisissant et comprenaient les revenus de toute nature, les produits spontanés ou industriels de la terre, les fruits civils tels que loyers, fermages, redevances censuelles et inéme les profits ou droits utiles perçus sur les arrièrefiefs relevant du vassal immédiat. Ce dernier se trouvant dépossédé par la loi féodale, ce n'était plus à lui que ses vassaux directs, arrière-vassaux du seigneur saisissant, devaient la foi et l'hommage; c'était à leur suzerain qu'ils devaient directement les porter. Celui-ci, par l'effet de la saisie et de la réunion du fief à son domaine, était redevenu (en l'état) leur seigneur immédiat.
La saisie féodale avait des points de contact avec la commise, mais elle en différait sur des points essentiels, et il importe de ne point I les confondre. Les causes de saisie féodale et de commise n'étaient point d'ailleurs les mê- I mes. Il n'y avait lieu à saisie que pour refus I ou retard de la prestation de la foi. D'autres 1 manquements à la loi féodale donnaient ouverture à la commise; les principaux étaient le désaveu du seigneur dominant par son vassal et la félonie de ce dernier. Il y avait I désaveu lorsque le vassal déniait fausse- ' ment et de mauvaise foi que le fief qu'il tenait relevât de son seigneur. Il y avait félo- [ nie dans le cas d'offense grave, d'injure ( atroce, disaient les légistes, du vassal envers le seigneur. On donnait pour exemple de ces injures emportant félonie un libelle diffama- > toire ou même des imputations verbales et ; publiques entachant gravement l'honneur du i seigneur du fief. On regardait aussi, et ajuste | titre, comme un cas de félonie le fait du vassal d'avoir commis un adultère avec la j femme de son seigneur ou d'avoir abusé de sa fille, ou même de sa veuve si c'était dans la première année du veuvage [in anno luctus). La commise enfin, à la différence de la I saisie féodale, n'était point exécutée sur un j simple mandement de justice. Elle avait lieu par action judiciaire et ne pouvait être prononcée que par une sentence du juge, qui appréciait le degré de gravité des faits. En outre, dernière et capitale différence, la commise, une fois prononcée, était définitive ; c'était une résolution irrévocable du contrat d'inféodation. On a vu que, au contraire, la saisie féodale n'avait qu'un effet temporaire et jusqu'à un certain point comminatoire, effet que le vassal pouvait faire cesser à volonté.
— Saisie-arrêt. « Quiconque s'est obligé personnellement, porte l'article 2092 du code civil, est tenu de remplir son engagement sur tous ses biens, mobiliers ou immobiliers, présents ou à venir. « Sur tous ses biens, par conséquent sur ses biens incorporels comme sur ses biens corporels; en d'antres termes, sur ses droits, ses créances, tout comme sur les immeubles ou les meubles qui peuvent lui appartenir. Supposons que mon débiteur a des meubles en dépôt chez une tierce personne ou qu'il est créancier de cette personne. Je puis faire signifier à cette personne défense de remettre à mon débiteur les meubles qu'elle détient pour son compte ou défense de se libérer envers lui des sommes dont elle est sa débitrice, le tout afin que ces meubles restent mon gage, afin que ces créances ne s'éteignent pas par le payement. Pothier donne de la saisie-arrêt ou opposition (ces deux mots sont maintenant synonymes) une définition qui, sauf de légères nuancée de détail, convient à cette procédure, telle qu'elle est tracée par le code. ■ On peut définir, dit-il, la saisie-arrêt un acte judiciaire, fait par le ministère d'un huissier, par lequel un créancier met sous la main de la justice les créances qui appartiennent à son débiteur, avec assignation aux débiteurs de son débiteur pour déclarer ce qu'ils doivent et
Sais
être condamnés à en faire délivrance à l'arrêtant, jusqu'à concurrence de ce qui lui est dû, et assignation au débiteur de l'arrêtant pour consentir l'arrêt. » L'auteur de la saisie prend le nom de signifiant ; celui auquel la signification est faite prend le nom de tiers saisi, et enfin le débiteur dans les mains de qui il est défendu de payer prend le nom de tfe'Oi/eursaisiousimplementde saisi. L'art. 557 du code de procédure est ainsi conçu : « Tout créancier peut, en vertu de titres authentiques ou privés, saisir-arrêter entre les mains d'un tiers les sommes et effets appartenants son débiteur ou s'opposer à leur remise. « Non-seulement cet article n'exige pas que l'acte authentique soit revêtu de la formule exécutoire, mais il n'exige même pas qu'il s'agisse d'un acte authentique. Un acte sous seing privé suffit. On peut s'étonner, au premier abord, qu'un titre exécutoire ne soit pas nécessaire, car c'est là une condition fondamentale de toute voie d'exécution, et la saisiearrêt est une voie d'exécution. Mais on s'explique rationnellement cette différence entre la saisie-arrêt et les autres voies d'exécution, si l'on remarque que la saisie-arrêt, bien qu'étant un acte d exécution dans ses résultats, n'est qu'un acte conservatoire, un acte de pure précaution dans sa nature et dans son principe. Un arrêt de la cour de Douai du 10 décembre 1836 a parfaitement reconnu ce double caractère. (Consultez Dalloz, Répertoire, v» saisie-arrêt, n<>7.) L'art. 558, écrit sous l'empire de la même idée que l'art. 557, dispose que, « s'il n'y a pas de titre, le juge du domicile du débiteur et même celui du domicile du' tiers saisi pourront, sur requête, permettre la saisie-arrêt ou opposition. » Le créancier qui n'est muni ni d un titre authentique ni même d'un acte sous seing privé peut donc , en vertu d'une permission du juge, saisir-arréter les créances dues à son débiteur. Le mot juge doit s'entendre du président du tribunal. La raison du peu de sévérité de la loi, c'est qu'il y a urgence et que le plus léger retard peut mettre les débiteurs du débiteur à même de s'acquitter entre les mains de leur créancier direct. A "Paris et dans quelques tribunaux, le président qui accorde le droit de saisir sur requête réserve au débiteur la faculté de se pourvoir en référé et, sur ce pourvoi, le président maintient ou révoque son autorisation. Cette manière de procéder a son utilité dans les grands centres d'affaires, mais il est difficile de la légitimer au point de vue des règles de notre droit positif. (Voyez les nombreuses autorités en sens divers dans Tt&Woz, Répertoire, w« RÉFÉRÉ, U»» 135 et suiv., et v° saisie-arrêt, n»» us et suiv. Voir aussi cour de Paris, 24 juillet 1858, Dalloz, 185S, tome II, p. 144). Une question très-délicate est celle de savoir si un recours est ouvert contre l'ordonnance du président qui permet ou refuse l'autorisation de saisir-arrêter. Nous inclinons à. penser qu'on doit refuser toute espèce de recours, du moins en général. (Voyez en ce sens un arrêt de la cour de Lyon du 6 mai 1861, Dalloz, 1861, tome II, p. 113.)
Nous venons de voir que la saisie-arrêt se rapproche beaucoup, à un certain point de vue, des simples actes conservatoires. Faut-il aller plus loin et admettre qu'on doit l'assimiler à ces sortes d'actes? L'intérêt de la solution existe pour déterminer quelles sont les règles qui sont applicables. Se décide-t-on pour l'affirmative; on dira que les règles relatives aux actes de pure précaution sont seules applicables, à l'exclusion des règles qui concernent les voies d'exécution. Pour préciser l'intérêt pratique, la saisie-arrêt pourra-telle être pratiquée valablement par un créancier a terme ou conditionnel? On sait que le créancier dont la créance n'est pas encore échue peut faire des actes conservatoires, tandis que les actes d'exécution lui sont ab-~ solument refusés. On pourrait, dans le sens de l'affirmative, argumenter des expressions de l'article 557, aux termes duquel : • Tout créancier, n etc.; on pourrait encore invoquer les articles 557 et 558, qui ne considèrent pas la saisie-arrêt comme une véritable exécution, puisqu'ils la dispensent du titre exécutoire. Néanmoins, ces raisons ne nous paraissent pas probantes. Il nous semble qu'on ne doit pas rejeter d'une manière absolue la saisie-arrét parmi les actes simplement conservatoires. En effet, permettre à un créancier à terme ou conditionnel de saisir-arrêter, avant l'accomplissement de la condition ou l'arrivée du terme, ce qui est dû à son débiteur, c'est causer un préjudice sérieux au débiteur ; c'est en réalité violer la loi du contrat et rendre indisponibles des sommes dont il doit conserver la faculté de disposer. Par conséquent, malgré la généralité de l'article 557, malgré le caractère reconnu par cet article et par l'article 558 à la saisie-arrêt, le caractère d'actes conservatoires, nous pensons qu'on ne doit pas a tous égards considérer la saisie-arrêt comme un acte conservatoire, et notamment qu'on ne doit pas lui reconnaître ce caractère en ce qui touche le droit des créanciers conditionnels ou a terme. Une loi du 22 août 1791, titre XII, article 9, défend de saisir le produit des droits de douane soit entre les mains des receveurs, soit entre celles des redevables envers la régie. L'article 48 du décret du îei germinal an XIII a décidé de même pour les produits des droits perçus ou à percevoir par l'administration des droits réunis. La jurisprudence a été plus loin. Elle a établi en principe que
SAIS
la saisie-arrét n'existait pas au profit des créanciers de l'Etat. Les motifs qu'on a fait valoir on ce sens sont de simples considérations qui n'auraient pas dû servir de base à une décision judiciaire. On a dit que le Trésor était toujours solvable, qu'il n y avait aucun intérêt à permettre aux créanciers de l'Etat de saisir-arrêter les sommes dues à l'Etat. On a fait valoir aussi qu'il ne fallait pas entraver, par des oppositions inattendues, les nécessités du service public et la marche du gouvernement. Tous ces motifs pourraient certainement attirer l'attention du législateur. En pure législation, il serait peutêtre hon d'admettre que la saisie-arrét n'existe pas au profit des créanciers de l'Etat; mais, quand nous retombons dans le domaine du droit positif, il est impossible, sans se heurter à des textes formels, d'accepter la solution de la jurisprudence. Les lois que nous avons citées sont toutes spéciales, et ce n'est qu'arbitrairement qu'on peut les généraliser.
Les principes généraux sur la nature de la saisie-arrêt une fois posés, nous dçvons étudier les dispositions relatives à sa marche et à sa forme. Les voies d'exécution doivent être précédées d'un commandement et de la notification du titre en vertu duquel on prétend saisir. Aucune de ces conditions n'est prescrite en ce qui touche la saisie-arrêt. Et cela est tout naturel ; la notification du titre d'abord ne peut pas être raisonnablement exigée, puisque la saisie-arrêt peut être pratiquée sans titre aucun. Le commandement doit être aussi élagué de cette procédure, puisque c'est une menace d'exécution adressée au débiteur et que l'exploit d'une saisiearrêt n'est pas notifié au débiteur direct, mais au débiteur du débiteur. L'article 559 veut que l'exploit de saisie-arrêt fait en vertu d'un titre contienne renonciation du titre et de la somme pour laquelle elle est faite. Si l'exploit est fait en vertu de la permission du juge, l'ordonnance doit énoncer la somme pour laquelle la saisie-arrét est faite, et copie de l'ordonnance doit être donnée en tête de l'exploit. Le saisissant doit élire domicile dans le lieu où demeure le tiers saisi. L'huissier qui a signifié la saisie-arrét ou opposition est tenu, s'il en est requis, de justifier de l'existence du saisissant à l'époque où le pouvoir de saisir a été donné, à peine d'interdiction et de dommages-intérêts envers les parties. Cette disposition est dictée par une crainte sérieuse contre laquelle le législateur devait donner une garantie. Il pourrait se faire qu'un débiteur, pour s'abstenir de payer ce qu'il doit, se fit notifier une saisie-arrét sous un nom supposé ; dans ce cas, si le créancier ne pouvait découvrir la fraude en obligeant l'huissier à lui faire connaître le saisissant, ses droits seraient paralysés injustement. L'huissier qui veut se mettre à l'abri de la responsabilité consacrée par notre article peut se faire représenter le titre exécutoire ou authentique en vertu duquel la saisie-arrêt est pratiquée, ou bien, si aucun titre authentique ne lui est présenté, se faire attester l'identité de la personne qui lui donne commission de saisir-arrêter par deux témoins, comme doivent le faire les notaires dans les cas où les parties leur sont inconnues (loi du 25 ventôse, an XI, art. 11). Dans la huitaine de la saisie-arrêt ou opposition, outre un jour par 3 myriamètres de distance entre le domicile du tiers saisi et du saisissant, et un jour par 3 myriamètres de distance entre le domicile du saisissant et du débiteur saisi, le saisissant sera tenu de dénoncer la saisie-arrét au débiteur saisi et de l'assigner en validité (art. 563 du code de procédure). Une loi du 3 mai 1862 a modifié les délais. Au lieu d'un jour par 3 myriamètres, c'est un jour par 5 myriamètres qui est accordé. Aux termes de l'article 564, le saisissant doit faire dénoncer sa demande au tiers saisi dans un délai identique à celui accordé par l'article 563, à compter du jour de la demande en validité. A défaut de la dénonciation exigée par l'article 563, la saisie-arrêt est nulle, o est-à-dire que la même dénonciation faite après les délais ne couvre pas la nullité. Au contraire, à défaut de la dénonciation prescrite par l'article 564, la saisie-arrêt n'est pas nulle ; mais tant que la dénonciation n'a pas été faite après les délais expires, le débiteur peut valablement se libérer entre les mains de son créancier direct. La déclaration une fois faite, même après les délais, il perd le droit de se libérer entre ses mains. Cette distinction résulte expressément de l'article 565.
Art. 565 : « Faute de demande en validité, la saisie ou opposition sera nulle ; faute de dénonciation de cette demande au tiers saisi, les payements par lui faits jusqu'à la dénonciation seront valables. » Par ces mots : « Faute de demande' en validité, • l'article veut dire faute de l'accomplissement des formalités prescrites par l'article 563. Une question grave se rattache aux trois articles que nous venons d'expliquer. Prenons une espèce pouf nous faire mieux comprendre : Primus est créancier de Secundus pour 1,000 francs ; Secundus est lui-même créancier de Tertius pour 5,000 francs. Primus, n'étant pas payé directement par Secundus, fait saisir-arrêter dans les mains de Tertius ce que celui-ci doit à Secundus. » Conformément à l'article 559, il indique le montant de la somme pour laquelle il saisit. Cet exploit une fois signifié, quelle est la position de Tertius, tiers saisi? Jusqu'à quel point est-il dépouillé du droit de
SAIS
payer dans les mains de son créancier Secundus les 5,000 francs qu'il lui doit? Evidemment il ne peut lui payer 5,000 francs en totalité, mais ne peut-il lui donner l'excédant de sa dette sur les causes de la saisie, dans l'espèce 4,000 francs? En d'autres termes et en généralisant la question, la saisiearrêt pratiquée pour une créance inférieure à ce qui est dû au tiers saisi n'a-t-elle d'effet que pour le montant des causes de la saisie ou frappe-t-elle la totalité de ce qui est dû au débiteur saisi? L'article 1242 du code civil dispose que « le payement fait par le débiteur à son créancier, au préjudice d'une saisiearrét, n'est pas valable à l'égard des créanciers saisissants ou opposants, et que ceux-ci peuvent, selon leur droit, le contraindre à payer de nouveau. » Cet article ne fait aucune distinction; il semble donc, pour revenir à l'hypothèse que nous avons faite, 'que Tertius payant à Secundus les 4,000 francs d'excédant s'expose à payer deux fois. Mais, dira-t-on, Primus ne souffre aucun préjudice, etdès lors ses poursuites n'ont aucune raison d'être. Cette supposition peut être juste lorsque Tertius ne reçoit pas la signification d'autres saisies-arrêts du chef de Secundus; mais l'hypothèse contraire est possible. 11 est possible que d'autres créanciers de Secundus saisissent-arrêtent la créance de Tertius jusqu'à concurrence de 4,000 francs. Dans ce cas, il reste 1,000 francs, dans les mains de Tertius, qui sont frappés de 5,000 francs d'opposition : 1,000 francs à la requête de Primus, premier saisissant, 4,000 francs à la requête des saisissants postérieurs à Primus et postérieurs au payement fait par Tertius à Secundus. Entre différents saisissants, la priorité de la saisie n'établit aucune préférence. C'est une disposition implicitement écrite dans les articles 2100 et suivants du code civil. Ces articles décident que « les différents saisissants, s'ils n'ont pas d'ailleurs entre eux des causes de préférence, sont payés au marc le franc. Sic ; cassation, 5 août 1856; Dalloz, 1856, tome I«, p. 336. Dans notre espèce, les 1,000 francs que Tertius a gardés se répartissent au marc le franc entre Primus et les saisissants postérieurs. Primus n'aura qu'un cinquième de sa créance, c'est-à-dire 200 fr. Il sera fondé à dire à Tertius : « Si vous aviez obéi à ma défense de payer, vous auriez été en mesure de faire face en totalité à toutes les oppositions postérieures à la mienne. J'aurais donc touché de vous, non pas seulement 200 francs, mais bien 1,000 francs. Vous m'avez donc causé un préjudice de 800 francs que vous êtes tenu de réparer. » A Paris, le saisi assigne en référé le saisissant et le tiers saisi, et il obtient une autorisation de toucher ce qui excède les causes de la saisie en faisant, dès à présent, transport au saisissant de ce qui &erà reconnu lui être dû par le jugement. Le montant des causes de la saisie est déposé à la caisse des dépôts et consignations avec affectation spéciale à la créance du saisissant. Voici comment cette procédure peut se justifier. Si Primus, Secundus et Tertius étaient d'accord, Tertius payerait très- valablement 1 ,000 francs à Primus, le saisissant, et 4,000 francs à Secundus; les autres créanciers de Secundus ne sauraient se plaindre de ce payement effectué avant leur saisie-arrêt, ftlais Secundus conteste qu'il doive à Primus ; il lui fait alors ■un payement conditionnel sous cette condition, s'il obtient un jugement de validité, et la somme litigieuse est remise entre les mains d'un tiers, de la Caisse des dépôts et consignations. Sic : cour de Paris, 23 juin 1841; Dalloz, Répertoire, v" saisie-arrét, n" 437. La procédure que nous avons examinée jusqu'à présent est purement conservatoire. Quel est le premier acte par lequel le saisissant va conclure, non-seulement à ce qu'on ne paye pas son débiteur, mais à ce qu'on le paye luimême? Ce sera l'assignation en validité indiquée dans les derniers mots de l'article 563. C'est là vraiment que la saisie-arrêt commence à changer de caructère et à devenir réellement une voie d'exécution proprement dite. L'article 566 dispense du préliminaire de conciliation pour les demandes en validité.
Art. 566 : « En aucun cas, il ne sera nécessaire de faire précéder la demande en validité par une citation en conciliation. » L'article 567 déclare que la demande en validité et la demande en mainlevée formée par la partie saisie seront portées devant le tribunal de la partie saisie. L'assignation en déclaration une fois donnée, le tiers saisi fera sa déclaration et l'affirmera au greffe, s'il est sur les lieux ; sinon, devant le juge de paix de son domicile. S'il survient de nouvelles saisies-arrêts ou oppositions, le tiers saisi les dénoncera à l'avoué de la partie saisissante. Si la saisie-arrêt ou opposition est déclarée valable, il sera procédé à la vente et à la distribution du prix ainsi qu'il sera dit au titre de la distribution par contribution. L'article 579 laisse à peu près intacte une question importante , savoir quel est l'instant précis auquel le saisissant Primus acquiert sur la créance de Secundus envers Tertius un droit irrévocable et exclusif. Cette question autrement formulée revient à se demander quels sont les effets, les conséquences immédiates de l'exploit de saisie-arrêt. Premier effet : le tiers saisi ne peut plus payer valablement entre les mains du tiers saisi. Deuxième effet : aucune compensation ne
SAIS
peut plus s'opérer à raison de !a créance saisie dans l'intérêt du tiers saisi. Troisième effet : le débiteur dont la créance est l'objet d'une saisie-arrêt ne peut plus en disposer au préjudice du créancier saisissant. Tous ces points ne présentent pas de difficulté. Mais quelle règle faudra-t-il suivre si nous supposons que la créance a été cédée par le créancier direct, Secundus, et que le cessionnaire n'ait notifié la cession que postérieurement à la saisie-arrêt pratiquée par un ou plusieurs créanciers de son auteur, Secundus, et qu'enfin , après cette notification, d'autres créanciers forment saisie-arrêt relativement à la même créance? Comment faudra-t-il régler les droits respectifs des saisissants et du cessionnaire? Il nous est impossible de discuter ici cette question, qui nous entraînerait dans des développements trèsconsidérables. Il nous suffira de renvoyer aux auteurs qui ont élucidé les difficultés qui en résultent. Voyez Zachariae, annoté par Aubry et Rau, tome III, p. 305 et suiv,; voyez aussi Boitard et Colmet-Daage, tome II, p. 215 à 22J2.
— Saisie-brandon. Au moyen âge, on indiquait souvent la saisie d'une propriété au moyen de brandons, c'est-à-dire de pieux fichés en terre et autour desquels on attachait soit un morceau de linge ou de drap, soit un bouchon de paille. Sous le régime du code civil, on désigne sous le nom de saisie-brandon la saisie des fruits pendants par racines. Il faut remarquer qu'elle s'applique à tous les fruits qui tiennent encore à la terre ; il faut l'appliquer aussi, malgré le silence du texte, aux bois qui sont mis en coupes réglées. Les fruits, une fois détachés du sol, cessent d'être immeubles par nature et deviennent meubles. L'adjudicataire qui achète les fruits
f tendants par racines les achète pour les enever, c'est-à-dire pour se procurer des meu- , blés. La saisie-brandon est donc mobilière. Les fruits ne peuvent être soumis à cette saisie non-seulement avant qu'ils soient nés, cela va de soi, mais encore après qu'ils ont été coupés. Dans ce second cas, ils sont devenus meubles, et c'est la voie de la saisieexécution qui est ouverte. Dans l'intervalle de la naissance des fruits à la récolte, diverses circonstances mettent quelquefois obstacle à l'exercice de la saisie-brandon. Ainsi, les fruits ont été vendus-de bonne foi, ou le fonds lui-même a été saisi immobilièrement et la saisie immobilière a été transcrite. Indépendamment de ces circonstances, le droit de procéder à la saisie-brandon est limité à un court espace de temps (art. 626, C. de proc). « La saisie- brandon ne pourra être faite que dans les six semaines qui précéderont l'époque ordinaire de la maturité des fruits. » La saisie-brandon est, en réalité, une saisie-exécution modifiée; aussi la plupart des règles sur la saisie-exécution doivent s'y appliquer. Nous nous bornerons à indiquer quelques articles qui contiennent des dispositions exceptionnelles : art. 628, art. 43 du tarif.
— Saisie conservatoire. Cette saisie, ainsi que son nom l'indique, est une mesure de conservation plutôt qu un acte d'exécution. Son but est d'opérer d'urgence une mainmise
?ui mette le débiteur dans l'impossibilité de aire disparaître les effets mobiliers qui peuvent être le seul gage de son créancier. La saisie conservatoire, mesure simplement provisoire et de pure précaution, nous le répétons, n'aboutit pas, d'ailleurs, directement à la vente à la criée des objets saisis. Il faut qu'il intervienne au préalable un jugement statuant sur le fond du droit et qui prononce la validité de cette mainmise conservatoire. A ce point de vue, du reste, la saisie conservatoire présente le même caractère que la saisie-arrêt et que la saisie foraine, à la suite desquelles il doit également intervenir un jugement qui les valide avant qu'il puisse être passé outre, soit à la distribution des deniers, soit à la vente des objets saisis ; sauf ce point de similitude, il existe des différences notables entre ces diverses espèces de saisies. La saisie- arrêt et la saisie foraine peuvent être pratiquées pour dettes de toute nature1, commerciales ou civiles. La saisie conservatoire, au contraire, n'est praticable que pour dettes commerciales, et dans certains cas seulement, limitativement déterminés par les articles 417 du code de procédure civile et 172 du code de commerce. La saisie conservatoire, en effet, à la différence de la saisie-arrêt et de la saisie foraine, s'opère au domicile même du débiteur; elle est plus préjudiciable à son crédit à raison de l'éclat fâcheux qui suit toujours les exécutions à domicile. La loi n'a dû l'admettre que dans des cas exceptionnels.
Enuinérons les circonstances dan3 lesquelles il peut y avoir lieu à saisie conservatoire. L'article 417 du code de procédure civile dispose que cette saisie, en matière commerciale, peut être autorisée par ordonnance du tribunal de commerce, dans les cas qui requièrent célérité. Ainsi, deux conditions sont exigées : la première, que la dette soit commerciale; la seconde, qu'il y ait péril en la demeure. Il est bien entendu que le magistrat consulaire apprécie discrétionnairement l'urgence de la mesure. Il peut accorder ou refuser l'autorisation demandée, et il est da jurisprudence qu'il n'est point obligé, s'il refuse, de déduire les motifs de son refus. Dans le cas où la saisie conservatoire est autorisée,
SAIS
le président du tribunal de commerce peut accorder purement et simplement cette autorisation, ou, suivant les circonstances, assujettir le créancier à fournir préalablement caution, soit à justifier d'une solvabilité personnelle suffisante (art. 417). Le but de ce bail de caution est d'assurer éventuellement la réparation du tort fait au crédit du défendeur, dans le cas où il serait jugé, en défini-, tive, que ce dernier n'est point débiteur et qu'il a été irrégulièrement procédé à la saine. Il est, au reste, de jurisprudence que même un créancier étranger peut obtenir l'autorisation de saisir conservatoirement les meubles de son débiteur, français ou étranger lui-même. La juridiction consulaire est, en quelque sorte, cosmopolite; elle est plus hospitalière en tout casque la juridiction civile. Les étrangers ne' sont point tenus, comme on le sait, k fournir une caution préalable quand ils plaident comme demandeursdevant nos tribunaux de commerce.
En dehors de toute circonstance d'urgence et de péril en la demeure, l'article 172 du code de commerce dispose que le porteur d/une lettre de change protestée faute de payement peut, en obtenant permission du juge, saisir conservatoirement les effets des endosseurs, donneurs d'aval ou tireur de la leitre de change protestée. Ici, il n'y a pas tle circonstances d'urgence à apprécier. Néanmoins, le président du tribunal de commerce reste juge de l'opportunité de la saisie conservatoire, et il peut refuser l'autorisation demandée sans être tenu de motiver sonrèfus.
Le porteur d'un billet à ordre protesté peut, de même que le porteur d'une lettre de change dans le même cas, user de saisie conservatoire contre les endosseurs et le souscripteur. C'est ce qui résulte implicitement de l'article 187 du code de commerce, lequel déclare communes aux billets à ordre différentes dispositions du code concernant les lettres de change, notamment les dispositions relatives aux droits ei devoirs du porteur dont fait précisément partie l'art. 172 qui vient d'être analysé. On s'est posé la question de savoir s'il pourrait y avoir lieu à saisie conservatoire à raison d'un billet à ordre prolesté lorsque ce billet à ordre a une cause purement civile et ne porte que des signatures de personnes étrangères au commerce. La loi ne distingue pas; la disposition de l'article 187 du code de commerce est absolue et ne comporte aucune restriction ; les auteurs sont, en conséquence, à peu près unanimes a reconnaître que la saisie conservatoire peut être pratiquée à Ja suite du protêt d'un billet à ordre même souscrit par un non-commerçant et pour une cause purement civile. Néanmoins, M. le président de Belleyme avait une jurisprudence personnelle contraire, et cet honorable et regretté magistrat refusait invariablement l'autorisation de saisir conservatoirement en pareil cas. L'autorité de M. de Belieyme est grave en procédure. Toutefois, Bioche (Dict. deprocéd., v<> saisik conservatoire) estime que l'opinion de l'ancien président du tribunal de la Seine ne doit pas faire jurisprudence sur ce point. Il en donne la raison assez plausible que le pouvoir discrétionnaire du magistrat en cette matière justifiait suffisamment le refus d'autorisation, et que, d'ailleurs, il n'est pas possible de baser une doctrine juridique sur des décisions qui ne portaient et ne devaient légalement porter aucune énonciation de motifs.
La loi a déterminé les cas qui viennent d'être énumérés où fa saisie conservatoire peut avoir lieu. Elle se borne à cela, et le code ne règle point la forme dans laquelle il doit être procédé à cette voie exceptionnelle d'exécution. Au moyen d'analogies et en s'inspirant de l'esprit et du but de la loi , la jurisprudence a suppléé a cette lacune. 11 est d'abord reconnu que la saisie conservatoire, de même que la saisie foraine, n'a pas besoin d'être précédée d'un commandement préalable (v. bioche, au mot saisie conservatoire, n° 7). Il faut agir a l'iiuproviste; un commandement au délai de vingt-quatre heures donnerait l'éveil au débiteur. Un autre point non moins constant est que lu saisie conservatoire ne peut être suivie de la vente publique des effets saisis qu'après un jugement qui en prononce la validité, et en venu de ce jugement. 11 importe de remarquer que la décision sur la validité de la suisie ne peut, bien que l'affaire soit commerciale, émaner quedu tribunal civil. Les tribunaux rie commerce, juridiction d'attribution ou d'exception , ne connaissent point de ce qui touche à l'exécution de leurs propres sentences. C'est là une règle générale dans l'économie de notre organisation judiciaire, règle reproduite, d'ailleurs, par l'article 4*2 du code de procédure. Ainsi, en matière de saisie coiiseruatoire, la iilinre à suivre est celle-ci : le président du tribunal de commerce autorisa la saisie; le tribunal de commerce en corps prononce sur le fond du litige, c'est-à-dire décide de l'existence ou de la uon-existenoe de la créance en raison de laquelle la poursuite a eu Heu. Si la solution est affirmative , le créancier saisissant assigne le débiteur saisi devant le tribunal civil, lequel prononce la validité de la saisie conservatoire. Il y a une marche plus simple et qui rend inutile cette pluralité de jugements. Elle consiste, pour le créancier qui a obtenu gain de cause devant le tribunal de commerce, a faire, en vertu du jugement de ce tribunal, commandement à
SAIS
son débiteur et à frapper d'une nouvelle saisie, qui sera cette fois une saisie -exécution, les objets déjà, saisis conservatoirement. Dans ce système de procédure, la saisie conservatoire a l'utilité toujours très-réelle de tenir les effets mobiliers du débiteur a la disposition du créancier et d'en prévenir le détournement.
— Saisie-exc'cution. Nous allons examiner : a. quelles sont les formalités qui précèdent et accompagnent la saisie -exécution ou saisie mobilière; b. .quels sont les objets corporels du débiteur que la loi ne permet pas de saisir; c. quelles sont les formalités qui précèdent la vente et qui l'accompagnent.
a. Des formalités gui précèdent et accompagnent la saisie. Ces formalités sont au nombie de deux : 10 le commandement qui doit précéder la saisie; 2° le procès- verbal de saisie. 1° Le commandement est un exploit d'huissier, par lequel une personne reçoit injonction de payer en vertu d'un titre exécu-
, toire avec menace, si le payement n'est pas 1 effectué, d'y être contrainte par certains modes d'exécution. Le but du créancier, en signifiant le commandement, est d'avertir le i débiteur que, faute par lui de payer, ses meu- | blés seront saisis et vendus pour le payement , delà dette. Le commandement est accompagné de la notification du titre, notifie» tibn qui rappelle au débiteur la cause des poursuites dirigées contre lui. Il doit être fait à la personne ou au domicile du débiteur un jour au moins avant la saisie. 2° Le procès-verbal de saisie est dressé par un huissier lorsque, un jour s'étant écoulé après le commandement sans que le débiteur se soit libéré, il y a lieu de pratiquer la saisie. Voici dans quels termes s'exprime l'article 585 du code de procédure : • L'huissier sera assisté de deux témoins, français, majeurs, non parents ou alliés des parties ou de l'huissier jusqu'au degré de cousin issu de germain, inclusivement, ni leurs domestiques. 11 énoncera sur te procès- verbal leurs noms , professions et demeures; les témoins signeront l'original et les copies; la partie poursuivante ne pourra être présente à la saisie. » Les articles 5S6, 587, 588, 589 et 590 ne présentent aucune difficulté. L'article 591 déclare > que, si le saisi est absent et qu'il y ait refus d'ouvrir aucune pièce ou meuble, l'huissier en requerra l'ouverture. » Le mot absent indique ici que le saisi n'est pas présent sur le lieu de la saisie. Le procès-verbal doit contenir l'indication du jour de la vente (art. 595).
b. Des objets déclarés insaisissables par la loi. En principe, tous les biens du dêbi-
- teur servent de gage à ses créanciers (article 2092 du code civil). Ils seraient donc tous susceptibles de saisie -exécution. Toutefois, par des motifs d'utilité ou d'humanité, la loi a excepté de la saisie- exécution certains meubles dont l'énuinération est détaillée dans les articles 592 et 593. Article 592 ; <t Ne pourront être saisis ; 1° les objets que la loi déclare immeubles par destination ; 2° le coucher nécessaire des saisis, ceux de leurs enfants, vivant avec eux ; les habits dont les saisis sont vêtus et couverts; 3° les livres relatifs à la profession du saisi , jusqu'à la somme de 300 francs, à son choix; 4° les machines et instruments servant à l'enseignement pratique ou exercice des sciences ou arts, jusqu'à concurrence de la même somme et au choix du saisi; 5° les équipements des militaires suivant l'ordonnance et le grade ; 6° les outils des artisans nécessaires à leurs occupations personnelles; 7" les farines et menues denrées nécessaires à la consommation du saisi et de s» famille pendant un mois ; 8° enlin une vache ou trois brebis ou deux chèvres au choix du saisi, avec les pailles, fourrages et grains nécessaires pour la litière et la nourrituredesdits animaux pendantun mois.»
Article 593 : « Lesdits objets ne pourront être saisis pour aucune créance, même celle de l'Etat, si ce n'est pour aliments fournis à la partie saisie ou sommes dues au fabricant ou vendeur desdits objets, ou à celui qui aura prêté pour les acheter, fabriquer ou réparer, pour fermages et moissons des terres à la culture desquelles ils sont employés, loyers des manufactures, moulins, pressoirs, Usines dont ils dépend.: al et loyers des lieux servant à l'habitation personnelle du débiteur. Les objets spécifiés sous le n<> 2 du précédent article ne pourront être saisis pour aucune créance. »
c. Des formalités qui précèdent la vente et qui l'accompagnent. Toutes les formalités prescrites dans les articles 613 à 625 ont pour but la publicité de la vente, publicité qui a pour effet presque toujours d'attirer le plus grand nombre d'enchérisseurs. L'article 613 dispose : < 11 y aura au moins huit jours entre la signification de la saisie nu débiteur et la vente. » Ce délai est nécessaire pour faire connaître suffisamment la vente et, par conséquent, pour attirer le plus grand nombre possible d'enchérisseurs. D'autre part, il empêche que le débiteur ne soit dépouillé trop vite de sa propriété; peut-être est-il absent ; il faut lui laisser le temps de revenir et de se procurer des fonds, s'il le peut. Le délai de huit jours est seulement un minimum fixé .par la loi ; il est souvent prolongé par des incidents, soit des demandes en nullité formées par le saisi, soit des demandes en distraction formées par des tiers. La vente sera faite au plus prochain marché publi". aux
SAIS
jour et heure des marchés ou un jour de dimanche. Le tribunal pourra, néanmoins, permettre de vendre les effets en un autre lieu plus avantageux. En tous les cas, la vente sera annoncée un jour auparavant par quatre placards au moins, aflichés l'un au lieu où sont les effets, l'autre à lu porte de la maison commune , le troisième au marché du lieu, le quatrième à la porte de l'auditoire de la,jusiice de paix. Les placards doivent indiquer les lieu, jour et heure de la vente, et la nature des objets sans détails particuliers. Si toutes les formalités que nous venons d'éoumérer n'ont pas été observées, la vente n'en sera pas moins valable ; car, si ou la frappait de nullité, ce serait faire retomber la peine sur l'acheteur, qui n'a commis aucune faute. Mais le saisissant et l'huissier pourraient être passibles de dommages-intérêts au profit du saisi ou de la masse des créanciers si, par suite du défaut de publicité, les meubles avaient été vendus au-dessous de leur valeur. Lorsque la valeur des effets saisis excède le montant des causes de la saisi/-, il n'est procédé qu'à la vente des objets suffisants pour fournir la somme nécessaire au payement des créances et frais. Aux termes de l'article 624, a l'adjudication est faite au plus offrant en payant comptant; faute de payement, l'effet est vendu sur-te-champ, à lu folle enchère de l'adjudicataire. » Ces dernières expressions signifient que, si le prix do la revente est inférieur au prix offert par le fol enchérisseur, il sera tenu de la différence. Les commissaires-priseurs et huissiers sont personnellement responsables du prix des adjudications. Ils doivent faire mention dans leurs procès-verbaux des noms et domiciles des adjudicataires. Ils ne peuvent recevoir d'eux aucune somme au-dessus de l'enchère à peine de concussion, sauf, bien entendu, le salaire que la loi leur accorde. Ce salaire est fixé par la loi du 8 juin 1S43 à 6 pour 100 sur le produit des ventes.
— Saisie foraine. La saisie foraine est celte qu'un créancier peut faire pratiquer, même sans titre et sans commandement préalable, mais avec l'autorisation du juge, sur les elfets mobiliers de toute nature trouvés dans la commune qu'habite le créancier et appartenant à son débiteur forain (art. 822, C. de proc. civ.). Cette espèce de saisie, qui peut atteindre le débiteur à l'imprdviste, puisqu'il n'est pas indispensable qu'elle soit précédée d'un commandement, cette espèce de saisie, disons-nous, offre un caractère particulier de rigueur, un caractère manifestement préventif. Un a dû se demander quelle catégorie de personnes la loi entendait désigner par cette qualification de débiteurs forains. Le code de procédure a employé le mot, mais il a malheureusement négligé d'en préciser l'acception, et la question est sujette a controverse. Quelques auteurs, Dalloz aine notamment, enseignent qu'il faut entendre uniquement par débiteurs forains les individus menant une existence nomade, tels que les colporteurs, marchands ambulants ou autres dont le domicile est problématique, et encore les débiteurs étrangers qui peuvent avoir en France une résidence transitoire, mais qui n'y ont positivement pas de domicile fixe. Cette interprétation paraît rationnelle à première vue; elle seuibie concorder avec le caractère de soudaineté de ce genre d'exécution, qu'on pourrait supposer n'avoir été imaginé que pour faire obstacle à l'évasion d'un débiteur nomade et à la prompte disparition de la marchandise qu'il porte avec lui. Néanmoins , il faut préférer la doctrine de MM. Bioche, Pigeau et de quelques autres jurisconsultes, qui estiment qu'on doit entendre par débiteur forain tout débiteur ayant un domicile même certain, mais établi en dehors de la commune où le créancier demeure. Cette solution , moins plausible au premier abord, s'appuie sur la tradition juridique. Dans notre ancien droit coutuniier, quelques coutumes locales attribuaient aux habitants le droit de saisir sans commandement préalable les effets mobiliers se trouvant accidentellement au lieu de leur résidence et appartenant à leurs débiteurs, quand ces débiteurs avaient leur domicile hors du ressort- de la coutume. Telle était notamment la disposition de l'article 173 do la coutume de Paris. Cet article était ainsi conçu : « Par privilège usité, quiconque est bourgeois demeurant et habitant à Paris, et paran et par jour y a demeuré, il peut procéder par voye u'arrest sur les biens de ses débiteurs forains trouvez en icelle ville, posé qu'il n'y eust obligation ni cédule, et non sur autres débiteurs que forains.» Le droit de saisie foraine était, sous le régime du droit coutuniier, un privilège de certaines localités ou de certaines villes qui, pour celte raison, étaient appelées des villes d'arrêts. L'article 822 du code de procédure a généralisé et étendu k toute la France l'ancien privilège des villes d'arrêts.
Aux termes de l'article 822, la saisie foraine peut être pratiquée par uu créancier qui n'est porteur d'aucun titre écrit, même sous simple signature privée, moyennant la permission du juge. La saisie foraine est asiimilée sous ce rapport à la saibie- gagerie et à la saisie-arrêt. Si le créancier est muni d'un titre exécutoire, il n'a pas besoin , à la rigueur, de recourir à la voie exceptionnelle de la saisie foraine; il peut user directement de
SAIS
saisie-exécution sur les objets mobiliers fortuitement rencontrés Sur le territoire de la commune où il est domicilié, et qui appartiennent à son débiteur forain. Cette manière de procéder peut être préférable, attendu que la saisie-exécution n'a pas besoin d'être validée par un jugement ultérieur, comme doit l'être la saisie foraine, -ainsi qu'on va le voir à l'instant. Toutefois, même dans le cas où le créancier est porteur d'un titre exécutoire, il peut, dans l'hypothèse où l'on vient de se i placer, avoir un réel avantage à user de I la saine foraine. Ce dernier genre de saisie, en effet, n'exige pas de commandement préalable, et il peut être opportun d'agir ninsi inopinément, et de ne pas notifier au débiteur un commandement qui, lui donnant l'alerte vingt-quatre heures à l'avance, pourrait le déterminer à déloger promptement avec son bagage. C'est au créancier à apprécier, suivant les circonstances, le modo de procéder qui lui est le plus avantageux. La saisie foraine n'est qu'une mesure de conservation et n'opère qu'une mainmise provisoire. Il ne peut y être donné suite par la vente à la criée des objets saisis qu'autant que cet acte d'exécution a été validé par un jugement rendu contradictoirement avnc le débiteur, ou ce dernier ayant été régulièrement assigné. Le créancier, en effet, a pu agir sans être porteur d'nn titre écrit; Son droit n'a été que provisoirement apprécié par un seul magistrat et en absence de toute contradiction du côté de la partie adverse. Il est indispensable, et le droit de légitime défense exige impérieusement qu'un débat public intervienne pour vérifier s'il ne s'agit que d'une saisie opérée à la légère, ou si l'on est réellement en présence d'un créancier sérieux et fondé en titre. La demande en validité de la saisie foraine est régulièrement portée devant le tribunal du lieu où ont été trouvés les objets saisis. La loi ne s'explique pas à cet égard en termes catégoriques, mais les auteurs se prononcent généralement en ce sens. C'est en particulier l'opinion exprimée par Bioche (Dictionnaire de procédure, an mot saisik foraine, n° 12). Ce serait manifestement aller contre le but que s'est proposé la loi que d'exiger que la demande en validité fût portée devant le juge du domicile, le plus ordinairement incertain, du débiteur.
Une règle particulière à la saisie foraine est que le débiteur ne peut point être personnellement constitué gardien des objets saisis, comme il le peut en matière de s/iisie-ejséattion. La nature même des choses commandait cette disposition exceptionnelle. Le débiteur forain est suspect, et le code de procédure le traite comme tel. Il serait déraisonnable de confier à ce personnage nomade la garde des objets saisis sur lui-même par son créancier.
— Saisie-gagerie. Le code civil a donné au bailleur, dans l'article 2102, un privilège pour le payement des loyers et fermages. La saisie- gagerie assure d'une manière plus efficace encore la créance du bailleur en empêchant que les meubles ne soient distraits pendant le cours du procès. Si le bail est constaté par acte notarié, le bailleur pourra faire vendre les meubles de son locataire et se faire payer par privilège sur le prix, si à l'échéance le locataire ne s'est pas acquitté de sa dette des loyers. Mais s'il n'a . pas de titre exécutoire, il ne pourra saisirexécuter les meubles qu'après avoir obtenu un jugement. Or, pendant 1 instance qui doit aboutir à ce jugement, il serait possible quo le. locataire ou le fermier fît disparaître les meubles; la saisie-gagerie prévient ce résultat et, par là, elle assure l'exécution du privilège du bailleur. La saisie-gagerie remonte à notre ancien droit français. La coutume d'Aurillac allait jusqu'à permettre aux bailb-urs de faire fermer les portes des maisons jusqu'à ce qu'ils fussent payés. Dans un temps plus reculé, l'usage ancien et général de la France permettait aux seigneurs censiers, i faute de payement des arrérages de leurs cens et rentes seigneuriales, de défoncer et mettre hors des gonds l'huis et les fenêtres de la maison censuello, ou la fermer, obstacler, verrouiller, cadenasser, la barrer ou y mettre barreau et barrière au devant, en signe de saisie ou arrest ou empescheiiient. » Ce droit fut remplacé dans la coutume de Paris par la simple gagerie (art. 86, 161 et 171). Dans notre droit actuel, les propriétaires et principaux locataires peuvent pratiquer la saisie-gagerie, sans permission du juge, et cela qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas d'écrit constatant le bail. Les anciens auteurs discutaient pour savoir s'il fallait une permission du juge. Les rédacteurs du code de procédure (art. 819) ont tranché la question dans le sens de l'opinion do Bouteiller, Dumoulin et Brodeau. La saisie gagerie, comme les autres saisies de précaution , doit être précédée , malgré les termes contraires de l'article 819, d'une simple sommation et non pas d'un commandement. L'article 819 ne permet la saisie-gagerie que pour les fermages et loyers échus. Mais, disait-on déjà dans l'ancien droit et peut-on dire uujourd hui, un locataire pourra donc , en enlevant les meubles, faire perdre au bailleur tous les loyers k échoir? Il y a un remède à cette fraude. Le bailleur est autorisé à saisir les meubles qui garnissent la maison ou la ferme, lorsqu ils
SAIS
ont été déplacés Bans son consentement. Toutefois, la revendication doit être exercée dans les quarante jours, quand il s'agit des meubles garnissant une ferme, et dans la quinzaine pour ceux garnissant une maison. La saisie de ces meubles doit avoir lieu dans les mê mes délais.(Combinez art. 819, 3e al., C. proc, et 2102, îo et 5», C. civ.) L'article 820 dispose : ■ Peuvent les effets des sous-fermiers et sous-locataires, garnissant les lieux par eux occupés, et les fruits des terres qu'ils souslouent, être saisis-gages pour les fermages et loyers dus par le locataire ou le fermier de qui ils les tiennent; .mais ils obtiendront mainlevée en justifiant qu'ils ont payé sans fraude et sans qu'ils puissent opposer des payements anticipés. » La saisie-gag erie est soumise, quant à ia forme, aux dispositions du titre de la saisie-exécution. Le saisi peut être constitué gardien. La saisie-arrêt sur débiteur forain, qu'on appelle aussi saisie foraine, donne au créancier le droit de saisir les effets trouvés en la commune qu'il habite et appartenant à son débiteur forain (art. 822). On fait remonter la saisie foraine jusqu'à Louis le Gros (lettres patentes de 1134). Après quelques difficultés, on avait généralement reconnu dans notre ancienne jurisprudence que le débiteur forain était celui qui habitait foras, au dehors, c'est-à-dire tout étranger à la ville où était domicilié le créancier privilégié. Nous pensons que cette interprétation doit être encore donnée aujourd'hui. La saisie foraine peut être exécutée sans titre; mais il faut la tfermission du juge président du tribunal d arrondissement, dans le chef-lieu de l'arrondissement, et du juge de paix dans toutes les autres communes.
— Saisie immobilière. M. Real, en présentant au Corps législatif le projet du titre de la Saisie immobilière, disait : « François Ier, en 1539, et Henri II, en 1551, avaient essayé de régler cette importante partie de l'exécution d un jugement; mais la majeure partie des dispositions contenues dans ces lois était regardée comme tombée en désuétude par la majorité des tribunaux ; beaucoup d'autres tribunaux ne les exécutaient en aucune manière. Ces deux lois fondamentales de l'ancien code des criées n'avaient pas prévu avec assez de soin beaucoup de circonstances et de difficultés. Il a donc fallu, même dans les ressorts où elles recevaient une sorte d'exécution, ajouter des formalités nouvelles à celles qu'elles prescrivaient. Ces formalités étaient établies par des déclarations générales ou particulières à un tribunal, par des règlements de cour souveraine, par l'usage et la jurisprudence et par les coutumes. De là, incohérence dans tout le système, obscurité, incertitude de la législation ; de là, d'inextricables difficultés, des procès éternels.! Un premier essai de réforme fut tenté par la loi du 9 messidor an 111. Cette loi ne reçut aucune exécution. La loi du il bruinaire an VII réduisit les formes de l'expropriation forcée à la plus extrême simplicité. Cette loi, trop simple dans ses formes, produisit les plus funestes résultats. Le code civil s'est occupé de cette matière dans lés titres xviii et xix du livre III. Par qui et contre qui la saisie immobilière peut-elle être poursuivie? Tous les créanciers, les créanciers chirographaires comme les créanciers hypothécaires, peuvent procéder à la saisie immobilière. Toutefois, les créanciers chirograptoaires ne peuvent poursuivre la saisie immobilière que contre le débiteur, tandis que les créanciers hypothécaires peuvent la diriger contre tout détenteur de l'immeuble hypothéqué, qu'il soit ou non débiteur. Quels biens peuvent être saisis immobilièrement? L'article Ï204 du code civil répond à cette question. Ce sont : 1° les biens immobiliers et leurs accessoires réputés immeubles, appartenant à un débiteur; 2° l'usufruit que le débiteur a sur les biens de même nature. Si l'on compare cette éuumération à celle de l'article 21 18 du code civil, on voit que les mêmes biens peuvent être grevés d'hypothèques et frappés de la saisie immobilière. Par ces mots biens immobiliers, l'article 2204 comprend : 1« los immeubles par nature; £o les immeubles par destination en tant qu'accessoires; 3» enfin l'usufruit des biens immobiliers. Plusieurs lois particulières édictées à diverses époques ont permis de saisir certains autres immeubles (loi du 2 avril îslû, sur les mines; décret du 16 janvier 1808, relatif aux actions de la Banque de France, etc.). Il nous reste à indiquer brièvement, avant de terminer ce qui concerne la saisie immobilière, quelles sont les formalités prescrites par notre droit actuel. 1<> Les formalités de la mise sous la main de justice sont au nombre de quatre, que nous allons résumer sommairement : le commandement , le procès-verbal de saisie, la dénonciation du procès-verbal au saisi, enfin la transcription de la Saisie au bureau des hypothèques. En tête du commandement, il sera donné copie entière du titre eu vertu duquel le créancier exerce ses poursuites. Le poursuivant devra élire domicile dans le lieu où siège le tribunal qui doit conualtre de la saisie. Enfin, la saisie immobilière ne pourra être faite que trente jours après le commandement. Les formalités de la mise sous la main de justice sont-elles prescrites à peine de nullité? L'article 715 du code de procédure répond à cette question : «Les
SAIS
formalités et délais prescrits par les articles 673 à 678 seront observés, à peine de nullité. » En ce qui concerne les effets de la mise sous la main de justice , si les immeubles saisis ne sont pas loués ou affermés, le saisi restera en possession jusqu'à la vente comme séquestre judiciaire, à moins que, sur la demande d'un ou plusieurs créanciers, le président du tribunal n'eu ordonne autrement. Les baux qui n'auront pas acquis date certaine avant le commandement pourront être annulés si les créanciers ou l adjudicataire le demandent, ï° Les formalités pour parvenir à la vente sont réglées par l'article 690 : ■ Dans les vingt jours au plus tard après la transcription, le poursuivant déposera au greffe du tribunal le cahier des charges (v. ce même article pour connaître les indications que doit contenir ce cahier). Il faut ensuite, pour porter à la connaissance de tous les intéressés les conditions de la vente, faire une sommation au saisi , une sommation aux créanciers inscrits et enfin une mention de cette sommation en marge de la transcription de la saisie. V.. pour les détails de toute cette, matière , Boitard et Colmet d'Aage, Leçons de procédure civile, tome II, p. 297
— Saisie des rentes sur particuliers. Article 636 : « La saisie d'une rente constituée
-eu perpétuel ou en viager, moyennant un capital déterminé ou pour prix de la venta d'un immeuble, ou à tout autre titre, onéreux ou gratuit, ne peut avoir lieu qu'en vertu d'un titre exécutoire. Elle sera précédée d'un commandement. > La loi de 1842 est venue faire disparaître certains doutes qui s'élevaient sur cette matière. Consultez cette loi. La loi n'a point déterminé de formes particulières pour les actions et intérêts dans les compagnies de commerce, d'industrie et de finance. La jurisprudence soumet les intérêts et les actions nominatives à la procédure de la saisie-arrêt, et les actions au porteur à celte de la saisie-exécution, mais en laissant dans ce dernier cas au tribunal le soin de régler le mode de vente suivant les circonstances.
— Saisie-revendication. La revendication est l'action par laquelle une personne se prétend propriétaire d'une chose possédée par un tiers et demande que la possession lui en soit restituée. Tel est le sens technique du mot revendication ; mais les rédacteurs du code l'ont employé aussi dans un autre sens. Dans leur système, l'action qui tend à réclamer la possession sans mettre en question le droit de propriété s'appelle aussi revendication, si d ailleurs le but de cette action est de préparer la voie pour une autre action ; en un mot, si elle a pour effet d'empêcher que le détenteur de cette chose ne puisse la déplacer frauduleusement et empêcher ainsi, en fait, qu'elle ne soit soustraite aux droits du créancier. Il faut supposer, par conséquent, qu'il s'agit d'un meuble, car, en ce qui touche les immeubles, il n'y a pas possibilité de les faire disparaître. Prenons un exemple pour bien préciser les idées. Le locateur peut revendiquer les meubles qui garnissaient les lieux loués, s'ils ont été déplacés sans son consentement (art. 2102, C. civ., et 819, C. de pr.). Il le peut, parce qu'autrement le droit de gage qu il a sur les meubles garnissant la maison louée serait inefficace. La revendication dont nous venons de parler est la revendication de la possession à titre de gage. l.asaisie-revendication dont nous avons à nous occuper assure l'efficacité de la revendication de la propriété ou de la possession à titre de gage, eu empêchant le détenteur de faire disparaître le meuble en litige pendant le procès. Le demandeur à l'action pétitoire ou possessoire, ayant pour objet un immeuble, peut seulement demander que cet immeuble soit mis en séquestre pendant la durée du procès. Ce droit lui est reconnu par l'article 1961 du code civil, aux termes duquel la justice peut ordonner le séquestre d un immeuble dont ta propriété ou la possession est litigieuse entre deux, ou plusieurs personnes. Le demandeur à l'action pétitoire ayant pour objet un meuble peut former une saisie-revendication. Il le peut aussi lorsque, sans se prétendre propriétaire, il demande à faire réintégrer les meubles qui sont affectés au gage de sa créance dans les lieux loués. La saisie-revendication doit s'appliquer encore au cas de l'article 2102, 4<>. Cet article est ainsi conçu : « Si la vente d'etléts mobiliers a été faite sans ternie, le vendeur peut même revendiquer ces effets tant qu'ils sont en la possession de l'acheteur et en empêcher la revente, pourvu que la revendication soit faite dans la huitaine de la livraison et que les effets se trouvent dans le même état dans lequel cette livraison a été faite. » Voici l'hypothèse prévue par ce texte : Une personne a vendu des meubles, l'acheteur n'a pas payé son prix; le vendeur a-t-U le droit de réclamer les roeubleo vendus? L'article 2102 nous paraît résoudre affirmativement la question. Toutefois, c'est là une question trèsdiscutée et très-discutable. Des auteurs de mérite admettent qu'il ne s'agit pas d'une revendication de gage, mais bien de la revendication proprement dite qui s'exerce après la résolution de la vente pour défaut de payement du prix. Nous ne pouvons pas entrer dans l'examen de cette controverse; il doit nous suffire de donner le motif qui
SAIS
nous fait admettre, au contraire, que la revendication dont il s'agit est simplement une revendication de gage. Ce motif est tout historique. L'article 176 de la coutume de Paris était ainsi conçu : « Qui vend aucune chose mobilière sans jour et sans terme, espérant estre payé promptement, il peut sa chose ponrsuir en quelque lieu qu'elle soit tansportêe, pour estre payé du prix qu'il l'a vendue. » Cet article prévoyait évidemment le droit de réclamer les meubles vendus, à titre de gage. Or, l'article 2102 est la copie à peu près exacte de l'article 176 de la coutume de Paris. Donc le droit qu'il consacre est le même que celui qui était accordé par la coutume de Paris. Après avoir indiqué dans quels cas la saisie-revendication était admise, nous allons tracer la marche à suivre pour l'effectuer. L'article 826 du code de procédure dispose : ■ Il ne pourra être procédé à aucune saisie-revendication qu'en vertu d'ordonnance du président du tribunal de première instance rendue sur requête, et ce à peine de dommages-intérêts, tant contre la partie que contre l'huissier qui aura procédé à la saisie. • La saisie -revendication présente cette particularité qu'elle a trait seulement à quelques meubles et qu'elle est pratiquée vis-à-vis d'une personne autre que le débiteur. Nous savons, en effet, que, dans les autres saisies mobilières, la saisie est pratiquée chez le débiteur et sur tous les meubles qu'on trouve à son domicile ou à sa résidence. La. saisie-revendication nécessite une perquisition domiciliaire chez une personne qui n'est pas obligée envers le saisissant. C'est là un fait grave, que le législateur a dû garantir contre la possibilité d'une recherche peut-être frivole ou injuste ; aussi notre article exige-t-il, à peine de dommages-intérêts, que la saisie soit autorisée par une ordonnance du président du tribunal. Pour que le président soit éclairé sur la portée de l'autorisation qui lui est demandée, il faut que le saisissant désigne les effets qu'il veut saisir. Cette désignation aura d'ailleurs un autre effet ; elle fera connaître à celui chez qui la perquisition doit être faite quel e3t le but que se propose le revendiquant. L'obligation pour le saisissant de désigner les effets objets de la saisie lui est imposée par l'article 827 du code de procédure, ainsi conçu : • Toute requête à lin de saisie revendication désignera sommairement les effets. » L'article 828 continue : t Le juge pourra permettre la saisie, même les jours de fête légale. » On a considéré qu'il pouvait y avoir urgence à faire cesser une détention mal fondée qui peut compromettre ou rendre illusoire le droit de propriété du revendiquant. L'article 829 dispose :« Si celui chez qui sont les effets qu'on veut revendiquer refuse les portes et s'oppose à la saisie, il en sera référé au juge, et cependant il sera sursis à la saisie, sauf au requérant à établir des gardiens aux portes. > La loi donne à celui chez qui la saisie-revendication est autorisée le droit de faire surseoir à la saisie en introduisant un référé devant le président du tribunal. Mais, pour que ce référé ne devienne pas un moyen de gagner du temps et de faire disparaître les objets revendiqués, le requérant peut établir gardiens aux portes jusqu'à ce qu'il ait été statué sur ia continuation des poursuites. La saisie-revendication est faite en la même forme que la saisie-exécution, si ce n'est que celui chez qui elle est faite peut être constitué gardien.
Saisie (la), tableau de Wilkie (Londres, collection Bredell). Une famille devenue malheureuse n'a pu acquitter laredevance qu'elle doit à son propriétaire, et, par suite, un huissier vient saisir ce qui peut avoir quelque valeur et servir ainsi à solder les fermages. Le malheureux chez lequel s'opère la saisie est assis près d'une table; il parait absorbé par l'impossibilité dans laquelle il se voit d'éviter le malheur qui va le réduire à la misère la plus affreuse, ainsi que sa jeune et nombreuse famille. Sa femme, assise derrière lui, paraît près de s'évanouir et ne s'aperçoit pas que sa peine augmente celle de ses enfants. Dans le tond arrive la mère avec une vieille servante, tandis que d'autres personnes de la famille cherchent à attendrir l'officier ministériel. Mais lui, impassible comme la loi, ne prend aucune part à tous les tourments que sa présence occasionne. Son scribe, assis au bord du lit, fait le procès-verbal de cette saisie avec une tranquillité qui n'est partagée que par celui qui le lui dicte.- « Ce tableau, dit Duchesne, est composé et peint avec beaucoup de talent et de naturel. » 11 appartenait autrefois à A. Raimbach, qui l'a gravé avec talent. Réveil en a donné aussi uue gravure au trait dans le Musée'de peinture.
SAISIE-ARRÊT s. f. V. SAISIE.
SAISIE -BRANDON S. f. V. SAISIE.
SAISIE-EXÉCUTION S. f. V. SAISIE.
SAISIE FORAINE s. f. V. SAISIE.
SAISIE GAGERIE s. f. V. SAISIE.
SAISIE-REVENDICATION s. f. V. SAISIE.
SAISINE s. f. (sè-zi-ne — rad. saisir). Jurispr. Prise du possession dévolue de plein droit à un héritier ou à d'autres ayants droit, il Possession d'un bien : Les créanciers d'une succession doivent s'adresser à celui qui
SAIS
en a la saisine. (Acad.) il Complainte en cas de saisine et de nouvellelé, Action que l'on intentait pour être maintenu dans la possession d'un immeuble ou pour y être réintégré.
— Féod. Notification d'un contrat d'acquisition au seigneur de qui relève le bien acquis. Il Investiture qui était donnée par le seigneur et pour laquelle on payait un droit.
Il Droit de saisine, Droit qui était dû au seigneur pour la prise de possession d'un héritage qui relevait de lui : Payer le droit db saisine. Les héritiers, en reprenant leurs biens des maint du seigneur, payaient des droits db saisink si c'étaient des héritages de roture. (Troplong.)
— Mar. Cordage garni d'un croc, qui sert à saisir des objets du bord ou à assujettir une chaloupe sur le pont : Alors les saisines de la chaloupe furent larguées et le garant d'un des palans fut garni au cabestan. (Defauconpret.)
— Encycl. Sous l'ancien régime, les seigneurs prétendaient avoir été, à l'origine, propriétaires de tous les biens situés dans la mouvance de leur seigneurie et en avoir conservé le domaine direct après en avoir aliéné la propriété en les inféodant. En mourant, le vassal était dès lors censé remettre à son seigneur la saisine de ses biens; ses héritiers achetaient la délivrance de la succession avec les droits de relief pour les fiefs et de rachat ou de saisine pour les héritages de roture. Pour éviter ces exigences, les, légistes imaginèrent une fiction en vertu de laquelle le vassal défunt mettait lui-même, au moment de sa mort, ses héritiers en possession de sa succession et la leur transmettait directement. Dans notre législation actuelle , la saisine est , en principe , une disposition de la loi en vertu de laquelle les droits et les obligations d'un défunt passent, dès l'instant de sa mort, de sa personne à celle de ses héritiers, qui les acquièrent tpso jure, sans qu'ils aient besoin (le manifester à cet effet aucune volonté et même à leur insu ; en un mot, la saisine est une investiture légale et instantanée des
.droits actifs et passifs du défunt. Ce n'est autre chose que l'effet de la maxime de notre ancien droit français coutumier : • Le mort saisit le vif et son hoir le plus proche, » c'està-dire qu'en mourant le défunt a investi son plus proche parent de tous ses droits, l'a saisi de sa succession.
Par l'application de cette autre maxime de notre ancien droit : « Nul n'est héritier qui ne veut, » la saisine n'est point irrévocable, c'est-à-dire qu'elle peut être détruite par une renonciation. Si, en effet, l'héritier est saisi instantanément, il ne l'est pas irrévocablement ; c'est à son insu, ignorons, qu'il acquiert l'hérédité ; mais il ne la conserve pas malgré lui, invitus. Pur l'effet de la saisine, l'héritier est donc, dès l'ouverture de la succession ; 1" propriétaire ; 2<> possesseur ; 30 créancier; 4° débiteur de toutes les choses dont la défunt était propriétaire, possesseur, créancier ou débiteur. Il est en même temps saisi, d'après l'article 724 du code eiwl, de l'exercice actif et passif des droits du défunt. Da là il résulte : 1° qu'il acquiert la succession, encore qu'il soit mineur ou interdit; 2» qu'il la transmet, confondue dans la sienne, encore qu'il n'ait survécu qu'un seul instant de raison au de cujus. Dès lors, tout ce qui est relatif k l'exercice des droits actifs et passifs du défunt suit son cours comme si le défunt vivait encore.
Un autre effet de la saisine, quant au droit de possession, c'est que l'héritier est réputé avoir possédé depuis l'ouverture de la succession, bien qu'il ait ignoré même l'ouverture de la succession et qu'il n'ait pas eu, par conséquent, l'intention de posséder.
Les considérations précédentes s'appliquent aux héritiers légitimes. Voyons ce qui se passe lorsqu'il s'agit d'héritiers irréguliers.
L'héritier irrégulier est aussi saisi ipso jure, et même à son insu, des droits et des dettes du défunt. Comme l'héritier légitime, il devient propriétaire, possesseur, créancier ou débiteur de toutes les choses dont le défunt était propriétaire, possesseur, créancier . ou débiteur ; il acquiert et transmet la succession dans les mêmes conditions. Mais il n'est pas saisi ipso jure des actions du défunt, c'est-à-dire de l'exercice de ses droits actifs ou passifs. C'est à la justice qu'il doit demander cette saisine, qui, dès lors, est judiciaire. Pour les héritiers légitimes, la saisine est toujours légale ; elle n'est légale poulies héritiers irréguliers que quant aux droits actifs et passifs du défunt; quant à l'exercice de ses droits, elle est judiciaire.
Il convient d'exposer un autre système qui existe sur la saisine. La saisine, disent certains auteurs, qui affecte les héritiers légitimes et non les héritiers irréguliers n'a trait qu'au droit de possession. On la définit : une fiction légale en vertu de laquelle un héritier est réputé posséder les biens du défunt, même avant de les avoir appréhendés, ou, en d'autres termes, l'anticipation légale de la possession et des avantages qui en résultent.
Quant à l'héritier irrégulier, il n'acquiert pas la possession ipso jure et à son insu; il ne l'acquiert qu'autant qu'il la demande à la justice, qui l'en investit. Dès lors, la possession se trouve suspendue depuis le moment
SAIS
de l'ouverture de la succession jusqu'au jour où la justice met en possession l'héritier irrégulier. Ainsi, l'héritier légitime acquiert de plein droit la possession des choses laissées par le défunt, et l'héritier irrégulier n'en devient possesseur qu'à partir du moment où il est judiciairement mis en possession. La possession, on le voit, est donc suspendue tant au point de vue de la prescription qu'au point de vue de l'exercice des actions possessoires. ■ Mais, dit Mourlon dans ses Répétitions écrites sur le code Napoléon, la bizarrerie des conséquences auxquelles il conduit doit nous mettre en garde contre ce système. Dans que! but, en effet, dans quel intérêt suspendre la prescription qui courait au profit du défunt? Et, d'aillrturs, si l'héritier irrégulier ne possède pas, la succession ne possède-t-elle point pour lui? » Ce système est, d'ailleurs, contraire an texte de l'article 724 du code civil. Cet article ne parle pas spécialement de la saisine du droit de possession, niais de la saisine des droits et actions en général. S'il y est dit que l'héritier irrégulier doit se faire judiciairement envoyer en possession de la succession , cela signifie qu'il n'a pas qualité pour agir comme héritier, qu'il n'est pas possesseur de fait, mais qu'il l'est de droit. En un mot, l'héritier irrégulier doit faire connaître son titre en justice.
SAISIR v. a. ou tr. (sè-zir. — Ce mot provient, selon Diez et Chevallet, du germanique- : vieux haut allemand sazjan, sezjan, placer, mettre, d'où le composé bi-zazjan, se mettre en possession, occuper. Comparez l'anglo-saxon setlun et bisettan, allemand setzen et besetzen, anglais to set et la beset, etc. Le français saisir signifia d'abord, comme le primitif germanique , mettre en possession, en jouissance à une chose. En termes de palais, on dit'encore aujourd'hui, datis la même acception : « Le mort.saisit le vit'. » Nous avons même conservé le substantif saisine pour signifier la mise en possession. En basse latinité, les verbes saisïre, sasire, ainsi que le substantif saisina, sasiua, avaient des significations correspondantes à celle des mots romans. Le composé se des- • saisir se dit pour abandonner la possession d'une chose. On disait se saisir pour so mettre en possession, en jouissance; de là, cette expression passa aisément à la signification de s'emparer, se rendre maître; puis on fit un verbe actif du verbe pronominal se saisir; on dit aujourd'hui, dans deux acceptions assez rapprochées, se saisir d'une chose et saisir une chose. On a dit de même se partir, se penser, se corUbattre, etc., et maintenant nous disons partir, penser, combattre). Prendre pour retenir : Saisir quelqu'un au collet. Saisir le bras de quelqu'un. Saisir la bride de son cheval. Saisir quelqu'un au passage. Saisir une mouche, un papillon qtri vole. Saisir avec la main, avec les dents, avec le bec. Saisir une pierre pour la lancer à quelqu'un. SAisrR un fer chaud avec une pince. Saisir par l'anse une marmite qui est sur le feu pour l'en retirer. (Acad.) La main est l'outil qui nous sert à saisir les objets. (J. Macé.) Le serpent fascine ta grenouille et la saisit sans qu'elle ait ta force de fuir, (A. Sée.) Les chiens coiffent un animal quand ils le saisissant par les oreilles et le portent à terre. (E. Chapus.)
— S'emparer, se rendre maître, entrer e» possession de ; Les rois auront à rendre compte un jour du mandat d'amener des peuples qu'ils n'avaient pas le droit de saisir. (Chateaub.) L'ambitieux armé qu'on place auprès de la couronne n'a, pour ainsi dire, que le bras à étendre pour la saisir. (De Ségur.) Une des inconséquences les plus communes est de rejeter les moyens de saisir ce que l'on poursuit. (De Lovis.) Il Profiter avec empressement, s'emparer à propos de : Saisir /'occasion , le moment favorable. Saisir un prétexte. Aussitôt qu'une occasion de faire du bruit se présente, une foule de gens la saisissent. (Chateaub.)
.... Pompée a saisi l'avantage D'une nuit qui lais&ait peu de place au courage.
Racine.
— Mettro en possession : Je vois le peu de sûreté de ces femmes, si la mort saisissait leurs maris de leurs biens. (Dider.)
— Envahir, pénétrer dans l'esprit de : La peur m'A saisi. Le froid bi'avait saisi. La fièvre I'a SAtSt ce matin. Il y a dans le pouvoir sans bornes une sorte de vertige qui saisit le génie comme la sottise et les perd également l'un et l'autre. (M<no de Staël.) Tout ce qui saisit par quelque grandeur l'imagination des hommes leur impose, (Duclos.) Le vrai ne saisit notre intelligence qu'à l'aide d'un mécanisme qui semble l'étendre, l'agencer, le mouler. (proudh.) Dans tous les arts, la Grèce a donné la mesure du grand, du noble, du simple, de tout ce qui saisit profondément l'âme et l'élève sans effort. (Renan.)
Le vrai se montre aux yeux et va saisir le cœur.
ÎJOII.EAU.
Il faut envers cet homme agir avec prudence : Dca qu'on croit le saisir, il s'échappe aussitôt.
Al. Duval.
— Percevoir, en parlant des sens : L'oreille ne peut saisis les mus trop graves ou trop aigus. L'œil appelé la lumière, la saisit aussi facilement, aussi naturellement que l'es-
SAIS
tomac appelé et saisit la nourriture, (Ventura.)
— Fig. Discerner, comprendre, interpréter : Vous «'avez pas bien saisi, vous avez mal saisi ce que j'ai dit. Il a saisi sur-lechamp mon intention. Saisissez bien ce que je vous dis. Ce traducteur A mal saisi, a bien saisi, n'A pas saisi parfaitement ce passage. Ce poète comique saisissait parfaitement les ridicules. L'acteur m'avait pas bien saisi son rôle. (Acad.) Le génie des Français est de saisir vivement le côté ridicule des choses les plus sérieuses. (Volt.) Il faut avoir l'œil bien fin pour saisir la ligne qui sépare la prudence de la dissimulation. (De Mulesherbes.) L'homme seul contemple toutes choses dans l'univers; la femme ne saisit que les détails. (Mme de Saussure.) L'esprit saisit les rapports, le génie s'élance vers les résultats. (Lévis.) L'élégance vient de la clarté dans tes formes, qui les rend faciles à saisir et même faciles à compter. (J. Joubert.) Il y a trèsloin de l'intelligence qui saisit à l'intelligence qui crée; celle-ci est du génie. (Azats.) Personne n'est plus facile à saisir que Voltaire. (E. Bersot.) Certaines personnes saisissant l'ensemble sans lien apercevoir les détails.
| (A. Maury.) Les enfants saisissent mieux la vérité ramenée à une formule abstraite que grossis d'un volume de dissertations. (Proudh.) Le sauvage saisit mille nuances qui échappent à l'homme civilisé. (Renan.) De toutes tes choses difficiles, la plus difficile est de saisir ce qui sépare la bonté de la faiblesse, (J. Simon.)
Une chose que notre esprit Après un long travail n'entend ni ne faisit
Ne nous est jamais nécessaire.
Florian.
— Saisir de, Charger d'examiner, de régler, déjuger: Saisir D'une affaire un tribunal, une juridiction. Saisir une commission D'un projet de loi.
— Jurispr. etadministr. Opérer la saisie de : Saisir des meubles. Saisir un immeuble. Saisir une rente. Saisir les revenus d'une terre entre les mains des fermiers. Saisir des objets de contrebande. On a saisi tous ses papiers. On A saisi tel numéro de ce journal. (Acad.)
Il Le mort saisit le vif, Principe de droit, d'a-
frès lequel l'héritier entre en possession à instant même du décès de celui dont il hérite.
— Mar. Amarrer solidement.
Se saisir v. pr. Etre, devoir être saisi : Cet instrument se saisit par là.
— Fig. Etre vivement frappé, émotionné : Quand on lui apprit la mort de son fils, il se saisit tellement, qu'il en mourut. Cet homme sk saisit au moindre contre-temps qui lui arrive. (Acad.)
11 s'est saisi très-fort
Quand il a vu vos yeux tourner droit a la mort.
Regnaru.
Il Cet emploi du mot a vieilli.
— S'emparer, se rendre maître : Il faut se saisir de cet homme-là, c'est un voleur. Il s'est saisi de l'argent, des meubles, du cheval. Saisissez-vous de ce poste. Il s'était saisi d'un couteau, d'une épée. Aussitôt que le roi fut sorti, les bourgeois, d'eux-mêmes et sans ordre, se saisirent de la porte Saint- Honoré. (C. de Retz.) L'esprit a besoin d'exercice, et, à défaut de. ta vérité, il se saisit de l'erreur plutôt que de rester oisif. (M""* de Rémusat.)
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie ; Le renard s'en saisi/...
— Se prendre mutuellement : Se saisir par la main. Nous nous saisîmes l'un l'autre; nous nous serrâmes à perdre la respiration. (Fén.)
SAISIR-ARRÊTER v. a. ou tr. Mettre saisie-arrêt sur : Saisir-arrêter un traitement.
SAIS1RBRANDONNER v. a. ou tr. (sè-zirbran-do-né — de saisie- brandon). Opérer la saisie-brandon de : Saisir-brandonner une récolte.
SAISIR-EXÉCUTER v. a. ou tr. Opérer la saisie-exécution de : Saisir-exêcuter des meubles.
SAISIR- REVENDIQUER v. a. ou tr. (sèzir-re-van-di-ké — de saisie-revendication). Opérer la saisie-revendication de : îjaisir- KEVENDiQtJER des meubles.
SAISISSAEILITÉ s. f. (sè-zi-sa-bi-li-té — rad. saisissable). Etat, qualité de ce qu'on peut saisir.
SAISISSABLE adj (^c-zi-sa-ble — rad. saisir). Qui peut être subi, appréhendé : Cette branche est trop haute, elle n'est pas saisissable.
— Qui peut être saisi, dont on peut opérer la saisie : Cette rente n'est pas saisissable. (Acad.)
— Qui peut être saisi, perçu par les sens ou l'esprit : Une intention à peine saisissable. Ma fenêtre était assez rapprochée pour que les sons aigus de l'instrument fussent Saisis- Sadi.es à mon oreille. (Lamart.)
SAISISSANT, ANTE adj. (sè-zi-san, an-te — rad. saisir). Qui saisit, qui impressionne subitement les sens : Le froid est saisissant. (Acad.)
— Fig. Qui frappe, qui émeut, qui impressionne resprit : Un spectacle saisissant. Une
SAIS
peinture SAISISSANTE. Il mangue aux doctrines de V Allemagne cet ascendant, cette évidence saisissante qui s'empare de l'esprit des masses. (Ch. de Rémusat.) Un exemple salutaire ne saurait être rendu trop saisissant. (L. Blanc.) La vérité, parfois, est plus saisissante que la fiction. (L. Enault.)
— Jurispr. et administr. Qui saisit, qui opère ou qui fait opérer une saisie i La partie saisissante. Une partie de l'amende appartient aux commis saisissants. (Acad.)
— Substantiv. Individu qui opère une saisie : Le saisissant. La saisissante.
SAISISSEMENT s. m. (sè-zi-se-man — rad. saisir). Impression subite et violente causée par le froid : En se jetant à ta nage dans la rivière, il a éprouvé un saisissement qui l'a rendu malade. (Acad.)
— Subite et violente impression de l'âme : // est mort d'un saisissement. Il n'est pas encore revenu du saisissement que lui causa cette nouvelle.
Je me trouble moi-même, et sans frémissement Je ne puis voir sa peine et son saisissement.
Racine.
— Escrime. Action de prendra avec la main l'épée de son adversaire.
SAISON s. f. (sô-zon. — Ce mot a pour correspondants, dans les langues romanes, le provençal sazo, espagnol saxon, portugais" sazao, italien stagione. La forme italienne, combinée avec l'espagnol estacion, portugais estaçao, porte à prendre pour origine le latin statio, arrêt, séjour, point fixe, d'où le sens de temps voulu, moment propice. Diez rapproche l'allemand stunde, heure, de stehn, le même que le latin stare, d'où statio. Quant aux autres formes avec s initial, Diez les disjoint et les rapporte, avec Du Cange, au latin satio, action de semer, d'où viendrait l'acception de temps convenable pour semer et enfin temps convenable en général. Quant au latin satio lui-même, il vient de satum, supin de serere, semer. Scheler ne partage pas l'opinion de Diez; il voit dans le s initial, ici comme dans d'autres cas, un affaiblissement de st, d'autant plus que le mot saison exprime essentiellement les divisions ou, à proprement dire, les quatre stations de l'année). Chacune des quatre parties égales de l'année qui s'écoulent entre un solstice et un équinoxe : L'ordre, la marche, le retour des saisons. L'intempérie des saisons, de la saison. La saison est bien avancée, est fort avancée, (Acad.) Les Saisons ont leurs retours périodiques. (ButT.) Le printemps est la saison de l'expansion universelle. (K. Pitlon.) Abandonnez-vous à ce qu'a de si doux le printemps, cette Saison de renaissance; faites-vous fleur avec les fleurs. (Ste-Beuve.) Toute saison, tout ciel sont bons quand on est deux.
Lamartine,
Guidant les heures enchaînées,
Le roi des astres et du jour
Chasse et ramène tour a. tour
Les mois, les saisons, les années.
Fatolle.
— Temps où dominent, où se font remarquer certains états, certains changements de 1 atmosphère : La saison des frimas, des pluies, des orages. (Acad.)
— Epoque où paraissent certaines productions de la terre, où l'on a coutume de faire certains travaux agricoles : La saison des fleurs. La saison des fruits. Saison des moissons, des semailles, des foins. Les fruits de ta saison. Des légumes de la saison. (Acad.) il Développement relatif des récoltes, de la végétation : La saison est avancée, les vendanges auront lieu de bonne heure.
— Epoque où l'on a l'habitude on la facilité de faire certaines choses : La saison de la chasse. La saison des bals, des concerts, des voyages. Tom-Pouce est à la mode; c'est le tigre de la saison, les femmes en raffolent. (Th. Gautier.) Il En Angleterre, Epoque de l'année où le beau monde réside à Londres, après les voyages et le séjour à la campagne. Il Epoque propre au succès ou au développement d une chose : Le mérite des hommes a sa saison ainsi que les fruits. (Lu Roche f.) Les opérations des hommes ont leur saison, comme celles de la nature. (Rivarol.)
— Durée d'une station que l'on fait dans un établissement de bains, pour y prendre les eaux : A Vichy, la saison ordinaire est d'environ un mois,
— Age de la vie: La jeune saison. La première saison. Après une certaine saison de ta vie, on n'est plus propre au monde; il faut se hâter d'en jouir avant qu'il nous échappe. (Mass.) Le malheur mûrit l'homme avant la saison. (A. Dumas.)
La vie en deux saisons partage sa carrière.
G. Farcï.
Mes yeux ont vu périr dans leur jeune saison Six frères ; quel espoir d'une illustre maison !
Racine.
. . . Employez bien cette saison si belle Qu'un tardif repentir trop vainement rappelle. U"' Desuoulières.
— Saison nouvelle, Printemps :
De la saison nouvelle
J'attendrai le retour.
J.-B. Rousseau.
Elle alla crier famine Chez la fourmi, sa voisine,
SAIS
La priant de lui prêter Quelque grain pour Bubslstcr Jusqu'à la saison nouvelle,
La Fontaine.
— Arrière-saison. V. ce mot & son rang alphabétique.
— Belle saison, La partie de l'année où le temps est beau : La belle saison est trèscourte dans le Nord.
— Mauvaise saison, Partie de l'année où le temps est froid ou pluvieux : Bénirons à Paris avant la mauvaise saison.
— Froide saison, Saison froide, Hiver : Tout végétal sommeille et hiberne pendant toute ta durée de la saison froide. (Raspail.)
— Morte saison, Epoque de l'année où la terre est improductive. H Epoque de l'année où chôme une industrie : La morte saison est très-longue, dans le Nord, pour l'industrie du bâtiment.
— Saison des amours, Epoque de l'année où les animaux s'accouplent : La saison des amours commence de très-bonne heure poulies chats.
— Demi-saison, Saison tempérée, intermédiaire entre la saison froide et la saison chaude : iîo6e de demi-saison. Etoffe de demi- Saison.
— Etre de saison, Etre a propos, au point de vue du temps : Cette sévérité m'est plus de saison. Vos conseils ne sont pas de saison. Il Etre hors de saison, Ne pas convenir, au point de vue du temps : Ce que vous dites est hors de saison. Celte entreprise est hors de saison. Il y a des temps pour plaisanter, et des temps où la plaisanterie est hors de saison. (Dumas-Hinard.)
— Marchand des quatre saisons, Nom qu'on donne, à Paris, à des marchands ambulants qui vendent les fruits ou les légumes frais de la saison.
— Encycl. Astron. La division de l'année en saisons réglées sur les variations générales de la température a existé chez tous les peuples, mais n'a pas été la même pour tous. Les Grecs, qui avaient emprunté cet usage à l'Inde, ne comptèrent d'abord que troi3 saisons : le printemps, l'été et l'hiver, et ajoutèrent l'automne à une époque postérieure qu'il est impossible de déterminer. Les Romains adoptèient la division des Grecs en quatre saisons. Les Arabes divisaient, comme les Indous, l'année en trois saisons seulement. La plupart des peuples du nord de l'Europe ne connaissaient que deux saisons : l'été et l'hiver. Toutefois, les Germains admettaient une saison intermédiaire ou printemps.
Nous avons dit que les Romains divisaient leur année en quatre saisons; Varron nous fait connaître un autre système de saisons très-étrange : « Ceux, dit-il, qui mettent plus de précision dans leurs calculs divisent l'année en huit temps. Ils comptent depuis le souffle du veut Favonius jusqu'à l'équinuxe de printemps quarante jours; de là au lever annuel des Pléiades, quarante-quatre ; du lever des Pléiades au solstice d'été, quarantehuit; du solstice au lever de la canicule, vingt-neuf; de là à l'équinoxe d'automne, soixante-sept; de l'équinoxe au coucher des Pléiades, trente-deux; du coucher des Pléiades à l'hiver, cinquante-sept, et enfin de là ausouflle de Favonius, quarante-cinq jours. » Ce système, prétendu plus exact, a cela de • bizarre qu'il ne donne, pour l'année entière, qu'une somme de trois cent soixante-deux jours.
Dans la division de l'année généralement adoptée aujourd'hui, la saison est un espace de temps compris entre un équinoxe et un Solstice. Les saisons sont au nombre de quatre, savoir ; le printemps, l'été, l'automne et l'hiver. Le printemps commence du 19 au 21 mars, l'été du 21 au 22 juin, l'automne du 28 au 23 septembre, l'hiver du 20 au 21 décembre ; ce qui donne à peu près aux saisons les durées suivantes :
Printemps 94 jours.
Eté 93 —
Automne 89 —
Hiver 89 —
L'inégale durée des saisons tient à la position excentrique du soleil par rapport k l'orbite terrestre.
Les saisons sont surtout remarquables par. les conditions différentes de chaleur et de lumière qui les signalent. L'axe de rotation de la terre restant toujours parallèle à lui-même et formant un angle constant avec le plan dans lequel se meut cette planète autour du soleil, il est aisé de comprendre que toutes les parties de la terre ne peuvent être éclairées par le soleil ni en même temps ni aussi longtemps les unes que les autres. Aux pôles, le jour astronomique dure environ six mois, et la nuit autant; à I'équateur, les jours sont aussi longs que les nuits; dans la zone tempérée de l'hémisphère nord, la durée du jour atteint son maximum au solstice d'été, décroît ensuite pour atteindre son minimum au solstice d'hiver, puis augmente de nouveau jusqu'au solstice d'été- de l'année suivante.
L abaissement de la température pendant l'hiver dans l'hémisphère boréal n'est pas dû, comme on pourrait le croire, à un plus grand éloignement du soleil, car la terre est précisément, à cette époque, uussi rapprochée que possible du soleil ; mais il tient à ce que, en été, les rayons solaires frappent
SAIS
la surface «le la terre inoins obliquement dans notre hémisphère. L'inclinaison des- rayon3 solaires décroît graduellement depuis l'été jusqu'à l'hiver et augmente depuis l'hiver jusqu'à l'été.- Rien de plus facile que de s'expliquer cette variation de température suivant les saisons : le soleil est un foyer envoyant à la terre une masse de calorique qui est toujours sensiblement la même; le cône calorifique qu'il projette Sur nous a pour base un hémisphère qui se déplace constamment. Cette masse calorique, qui peut être représentée par une surface égale à un grand cercle de la terre, est distribuée sur une surface égale à un hémisphère, et par conséquent égale au double du grand cercle. D'où il résulte que les parties de l'hémisphère atteint par les rayons du soleil sont, en moyenne, la moitié inoins chauffées que ne le seraient les parties d'un cercle de même rayon situé à la même distance et recevant perpendiculairement les rayons de l'astre. D'autre part, on voit sans peine que les parties de la surface terrestre situées dans l'axe du cône lumineux recevront une quantité de lumière et de calorique précisément égale à celle que recevrait chacune des parties du cercle en question ; que les parties situées sur les bords extérieurs de la base du cône ne recevront ni lumière ni calorique; que les parties intermédiaires entre ces deux positions extrêmes recevront des quantités de calorique qui iront en décroissant du centre à la circonférence. Le déplacement de la base du cône doit donc produire ta variation des saisons. Or, cette base oscille, dans le courant d'une année, de 23° 28' au delà du pôle nord à 2s° 2S' au delà du pôle sud.
Dans tout ce qui précède, nous avons considéré les saisons d'une manière absolue, ne nous préoccupant que de la situation de la terre dans les diverses positions astronomiques, sans tenir compte des relations de ces situations avec les diverses régions delasurface terrestre. Si, voulant établir le passage des saisons astronomiques aux saisons météorologiques, nous tenions compte, dans la définition des saisons, des trois positions relatives du point observé, du soleil et de l'équateur, nous arriverions à des notions toutes différentes, mais également claires des saisons, et nous les définirions comme il suit :
Printemps: temps pendant lequel le soleil se rapproche de nous en s'éloignant de l'équateur.
Eté : temps pendant lequel le soleil s'éloigne de nous en se rapprochant de l'équateur. Automne : temps pendant lequel le soleil s'éloigne de nous et de l'équateur.
Hiver : temps pendant lequel le soleil se rapproche de nous et de l'équateur.
Mais dans ce système on notera que les régions équatorialoa n'ont plus ni hiver ni printemps, mais bien deux étés et deux automnes alternés, puisque le point observé se confond pour elles avec l'équateur; le printemps serait pour eux, s'il existait, le temps pendant iequel le soleil se rapproche et s éloigne de l'équateur, ce qui est absurde, et l'hiver le temps pendant lequel il se rapproche de l'équateur, ce qui absorberait toutes les saisons.
Les planètes autres que la terre exécutent comme elle leur révolution autour du soleil dans des espaces de temps déterminés, On ieut diviser les années des planètes, comme 'année terrestre, on saisons. Les saisons diffèrent, pour chaque planète, suivant l'inclinaison de l'axe de rotation. Si l'axe de rotation est perpendiculaire au plan dans lequel se meut la planète, ce qui est à peu près le cas de Jupiter, dont i'équateur n'est incliné que de 3°, le jour est égal à la nuit, il n'y a pas des«»ons. Si, au contraire, l'axe de rotation est très-incliné sur le plan de l'orbite, ce qui a lieu pour la planète Vénus, dont l'inclinaison est de 75°, les différences de chaleur et de lumière reçues par un même point de la planète aux diverses périodes de son mouvement annuel sont très-grandes, et les saisons sont énergiquement caractérisées.
Nous avons jusqu'ici étudié les saisons au point de vue purement astronomique et nous n'avons parlé qu'accidentellement des variations de température qui les acccompagnent. Il est temps d'aborder directement cette question. On pourrait croire que la température d'un point de la terre devrait s'élever pendant tout le temps que le soleil monte lui-même au-dessus de l'horizon de ce point, c'est-àdire, pour nos latitudes, depuis le solstice d'hiver jusqu'au solstice d'été, et que la température devrait s'abaisser depuis le solstice d'été jusqu'au solstice d'hiver, puisque l'obliquité des rayons solaires s'accroît progressivement durant tout cet espace de temps. S'il en était ainsi, les saisons météorologiques ne coïncideraient nullement avec les saisons astronomiques :1e printemps commencerait un mois et demi avant l'équinoxe de printemps, l'été un mois et demi avant le ' solstice d'été, l'automne un mois et demi avant l'équinoxe d'automne, l'hiver un mois et demi avant le solstice d'hiver. Mais les choses se passent autrement. En dehors des nombreuses causes de variation accidentelle dont nous ne pouvons tenir compte, le calorique constaté à la surface de la terre se compose, non pas seulement du calorique émis par le soleil, mais encore de celui que la terre rayonne, après l'avoir emmagasiné.
SAIS
La température s'accroît donc en réalité tant que le calorique rayonné par le sol est plus que suffisant pour compenser la déperdition de calorique due à l'inclinaison croissante des rayons solaires. La chaleur continue donc à s'accroître après eue le soleil a commencé à se rapprocher de 1 équateur en s'éloignant du solstice d'été. Par la même raison, le froid continue à s'accroître alors même que le soleil a commencé à se rapprocher de l'équateur en s'éloignant du solstice d'hiver, parce que l'obliquité décroissante des rayons solaires ne suffit pas à compenser l'absorption de calorique opérée par le sol précédemment refroidi. On pourrait alors comparer l'atmosphère à un réservoir qui recevrait une quantité de liquide croissante, mais insuffisante à compenser la perte résultant d'une fuite. Le niveau du liquide dans le réservoir continuerait à baisser jusqu'à ce que l'accroissement que nous avons supposé progressif fût devenu supérieur à la perte, supposée uniforme. Il résulte de là qu'après les solstices, le chaud et le froid doivent subir, non j pas une décroissance absolue, mais une diminution dans l'accroissement. Astronomiquement, l'automne devrait être identique à 1 hiver, la terre occupant dans ces deux saisons des situations identiques, et, pour le même motif, le printemps devrait être identique à l'été ; les raisons que nous avons données expliquent pourquoi l'été est plus chaud que le printemps et l'hiver plus froid que 1 automne, ce qui fait coïncider sensiblement, pour nos climats, les saisons astronomiques avec les saisons météorologiques, au moins dans les régions tes plus tempérées de l'Europe. Dans le langage populaire, les saisons s'étendent ou se raccourcissent avec la température et les hivers sont- dits tantôt plus longs, tantôt plus courts, non pas seulement suivant les latitudes et les contrées, mais suivant les années. Les distinctions des saisons s'effacent même, au point de vue météorologique, à mesure qu'on se rapproche de l'équateur, c'est-à-dire lorsque la durée delà nuit devient sensiblement égale à celle du jour. Elles prennent un caractère de plus en plus accentué quand on se rapproche des pôles, et aux pôles mêmes il n'y a plus qiie deux saisons absolument tranchées : l'été et l'hiver, ou, pour mieux, dire, un jour et une nuit qui se partagent l'année.
On sait que les saisons météorologiques sont inverses pour les deux hémisphères, l'été de l'un correspondant à l'hiver de l'autre, et l'automne du premier au printemps du second. Toutefois, il est bou de noter que l'on conserve dans les deux hémisphères les mêmes noms aux mêmes saisons astronomiques, de façon que l'hiver, par exemple, est la saison froide de l'hémisphère boréal et la saison chaude de l'hémisphère austral. Mais si l'on se rappelle que l'orbite terrestre n'est pas un cercle, mais une ellipse, et que le soleil en occupe un des foyers, on comprendra que la ligne équinoxiale divise inégalement cette orbite et que, par conséquent, la durée des saisons est inégale pour les deux hémisphères. Le soleil reste, en effet, plus longtemps (neuf jours de plus environ) dans l'hémisphère boréal que dans l'hémisphère austral, ce qui explique en partie la température plus élevée de l'hémisphère nord. Mais une autre circonstance contribue bien plus puissamment à ce résultat; c'est la plus grande quantité do mer et par conséquent de surface trèslente à s'échauffer que possède l'hémisphère sud.
Nous avons dit que la théorie assigne à l'équateur deux étés et deux automnes; mais dans l'étude des saisons il faut tenir compte de trois données essentielles : l'astronomie mathématique ou les positions relatives des deux astres; la météréologie mathématique ou les conditions atmosphériques résultant uniquement de ces positions ; la météorologie proprement dite ou les accidents atmosphériques. Or, ces accidents, que nous avons négligés jusqu'ici, ont presque partout une importance capitale. Les régions polaires seules échappent à peu près à cette cause de variation dans la température, parce que les vents y font presque complètement défaut et que les pluies y sont rares. Les vents et les pluies, mais les vents surtout, troublent considérablement les saisons des régions tempérées, si bien que ces régions n'ont presque jamais leur température propre, mais bien celle que leur donnent les courants atmosphériques froids, s'tls leur arrivent des régions froides, chauds dans le cas contraire. Dans les régions équatoriales, lorsque le soleil darde perpendiculairement ses rayons sur la terre, la chaleur extrême qu'il développe détermine en même temps la formation d'énormes quantités de vapeur d'eau qui bientôt se condensent et donnent lieu à des orages violents et à des averses torrentielles, en sorte que les deux prétendus étés de ces régions sont en réalité, pour ces contrées, les saisons les moins chaudes. On les désigne sotis les noms de saisons des pluies ou d'hivernages. Au contraire, lorsque le soleil incline vers l'un ou l'autre tropique, ses rayons étant moins perpendiculaires donnent lieu à une moindre vaporisation, et il en résulte deux saisons moins chaudes, moins sèches et sans orages. Dans le voisinage des tropiques, au lieu de deux saisons sèches et de deux hivernages, il n'y a souvent qu'une saison et qu'un ■ hivernage, et la différence de température
SATS
entre l'une et l'autre est peu. sensible. « Dans la Guyane française, dit M. A. Maury, les températures de l'été et de l'hiver ne diffèrent que de 3 à 4 degrés. La saison sèche dure quatre à cinq mois, pendant lesquels il ne pleut que fort rarement; la saison pluvieuse dure de sept à huit mois et est ordinairement interrompue en mars par trois ou quatre semaines de beau temps. A l'Ile de la Réunion, la saison humide dure de décembre à avril, la. saison sèche les sept autres mois. Aux Indes, le temps de la saison sèche et celui de l'hivernage varient pour les diverses régions; ils ne répondent ni aux mêmes époques ni aux mêmes moussons. La chaîne des Ghattes forme, dans la presqu'île Gangétique, la ligne de démarcation entre les deux systèmes principaux de saisons dans lesquels sg partagent la partie orientale et la partie occidentale. » Enfin, certaines parties du globe n'ont qu'une saison, la saison sèche, car la pluie y est ineonnne ; telies sont l'Egypte, le Pérou, les îles du Cap-Vert, etc.
L'étude la plus superficielle suffit pour npprécier i'influence qu'exercent les saisons météorologiques, c'est-à-dire les variations annuelles de la température, sur les plantes et sur les animaux. Chez ces derniers, la vie, l'accouplement, la naissance, la mort sont intimement liés à l'ordre des saisons. L'homme lui-même, que sa constitution, son industrie et ses mœurs semblent soustraire plus que tout autre aux influences atmosphériques, ne leur échappe pas complètement. D.-s observations faites en France et en Belgique ont prouvé que les naissances atteignent leur maximum dans ces pays en janvier, décroissent graduellement jusqu'en juin et juillet, qui sont les deux mois où elles atteignent leur minimum, puis augmentent graduellement jusqu'en décembre. La mortalité des enfants d'un même âge varie régulièrement suivant les saisons, et celle des adultes, à partir de vingt-cinq ans, est plus forte en hiver et au printemps qu'en été et en automne. On a dit que les mariages eux-mêmes, dont l'époque semblerait être le fruit de la fantaisie ou du hasard, sont conclus plus souvent en novembre et mai, plus rarement en juillet, août et septembre que pendant les autres mois de l'année. Mais nous pensons qu'on a mal apprécié la cause de ce fait; en réalité, si les mariages sont fréquents en mai dans les pays catholiques, c'est que l'Eglise les proscrit dans le carême, qui précède presque immédiatement ce mois, et s'ils abondent en novembre, c'est par suite d'une habitude contractée à l'époque où ils étaient également proscrits durant l'avent. Le plus grand nombre des mariages se faisaient alors en novembre pour ceux qui ne voulaient pas attendre jusqu'après lavent, et en mai pour ceux qui avaient différé leur union jusqu'à oette époque. On comprend, en effet, que les mariages, actes purement libres,' presque toujours préparés de longue main, ne sauraient être soumis aux mêmes lois météorologiques que l'accouplement des animaux. Il en est autrement des naissances et des décès, faits purement physiologiques et qui sont soumis comme tels à des lois physiques très-réelles, constatées dans les deux hémisphères, avec les variations de temps que font présumer les oppositions des saisons. V. les articles que nous avons consacrés à chaque saison,
— Agric. Le commencement et la fin des saisons ont lieu, pour l'astronome, à des époques fixées avec une précision rigoureuse, mathématique ; il n'en est pas de moine pour le météorologiste et surtout pour l'agriculteur. Le mouvement annuel de la terre par rapport au soleil est sans doute la cause la plus puissante de l'accroissement ainsi que de la diminution de la température ; mais d'autres causes, souvent locales ou accidentelles, font subir à cette température des variations brusques ou tout au moins irrégulières. Il en résulte que les -saisons commencent, dans la pratique, à des époques qui varient suivant les années et tes localités et qu'on- ne peut établir que par approximation.
En général, les phénomènes theruiiques qui caractérisent les quatre grandws divisions de l'année précèdent les dates astronomiques. Pour le climat du centre de la France, cette avance est d'un mois environ. Un vieux distique latin indique, d'une manière mnémonique, l'arrivée des diverses saisons ; Dat Clemms kyemem, Petrtis ver dal cathedratus, jEsluat Urbawts, aulumnat Bartholomxus.
Ainsi, pour les travaux agricoles, l'hiver commence à la Saint-Clément (23 novembre); le printemps, à la fête de la Chaire de saint Pierre à Anlioche (22 février; il ne faut pas confondre avec la Chaire de saint Pierre à Rome, qui arrive le 18 janvier); l'été, à la Saint-Urbain (25 mai); l'automne, à la Saint- Barthélémy (24 août). Mais, dans la midi de la France, il faudrait reporter le commencement des saisons à une dizaine de jours avant ces diverses époques.
En météorologie, pour la commodité des observations et surtout des relevés, on fait concorder les saisons avec les mois et on les distribue comme il suit : Hiver : décembre, janvier, février ; printemps : mars, avril, mai; été : juin, juillet, août; automne : septembre, octobre, novembre. C'est, comme on voit, un moyen ternie, une Sorte de compro-
SAIS
mis entre les deux systèmes différents et on peut sans inconvénient l'adopter dans la pratique.
Quoi qu'il en soit, l'agriculteur doit tenir grand compte des saisons, sinon comme dates précises, du moins comme divisions du temps caractérisées par un ensemble de circonstances météoriques, de phénomènes physio-. logiques et de travaux manuels. Suivant que' telle ou telle saison est précoce ou tardive, longue ou. courte, chaude ou froide, sèche ou humide, calme ou orageuse , etc., elle exerce des influences très-diverses sur la végétation et, par suite, sur le moment où l'on doit entreprendre les labours, les semis, les binages, les sarclages, la taille et enfin les récoltes, qui couronnent tous ces travaux.
On fait, du reste, en agriculture, un fréquent usage et souvent un étrange abus du mot saison, qu'on applique à des choses trèsdiverses. Ainsi on distingue quelquefois simplement les saisons en deux, la bonne et la mauvaise saison, termes dont la signification n'a rien d'absolu et varie suivant les circonstances les plus diverses. D'autres fois, le mot saison est synonyme de pluie, et, quand il est tombé beaucoup d'eau en temps opportun, on dit qu'il a fait une bonne saison. D'autres fois, enfin, il remplace les mots sole ou division pour désigner les diverses parties d'un assolement ou plutôt d'une rotation. Mais on ne l'emploie guère plus que dans les contrées où l'on suit encore l'assolement triennal; il est donc à peine besoin d'ajouter que le mot tend à disparaître peu à peu dans ce sens, avec le système vicieux de culture qu'il rappelle.
— Méd. Influence des saisons sur la génération et les naissances. La saison la plus efficace pour la conception est le printemps, avait dit un auteur hippocratique. Cette assertion a été démontrée par des chiffres. Villermé, qui s'est livré à da nombreuses recherches à cet égard, a fait voir que le maximum des conceptions a lieu au printemps et le minimum en automne. En effet, d'après les chiffres considérables recueillis par ce savant, le plus grand nombre des naissances a lieu en hiver et le minimum en été. Les 7,651,437 naissancesqui ont eu lieu en France de 1817 à 1824 sont ainsi réparties :
Janvier, février, mars . . 2,10S,916
Avril, mai, juin 1,834,690
Juillet, août, septembre . 1,793,534 Octobre, novembre, décembre 1,894,297
Total. . . . 7,651,437
Les conceptions les plus nombreuses sont de février à juillet, dans la période qui est marquée par le retour du soleil dans notre hémisphère, l'allongement des jours, le réchauffement de l'atmosphère, le réveil de la végétation. Les différences des latitudes amènent nécessairement des différences dans les résultats. Les époques du maximum et du minimum des conceptions avancent dans les pays chauds, retardent dans les pays froids; mais c'est surtout l'époque du minimum qui subit cette influence. Boudin, analysant les documents recueillis à Florence de 1451 à 1S45, a constaté : 1<> que la proportionnalité des naissances des deux sexes n'a point varié dans le cours de quatre siècles ; 2" que les mois de juin, avril et mai, qui étaient, vers le milieu du xve siècle, les plus féconds, sont aujourd'hui encore les plus riches en conceptions ; 3a que, depuis le xve siècle, le mois de septembre n'a pas cessé d'être un des mois les plus mal partagés sous le rapport des conceptions. Quetelel, qui a confirmé les observations de Villermé, fait voir que l'influence des saisons est plus marquée dans les campagnes que dans les villes. Enfin, dans l'hémisphère austral, le renversement des saisons amène le renversement dans l'époque des conceptions et des naissances.
— Influence des saisons sur l'homme au point de vue physiologique. Des expériences récentes, faites par lo docteur Smith, lui ont démontré que la quantité de carbone brûlé varie, suivant les saisons, d'une manière régulière. La décroissance commence avec le mois <ie juin, fait de nouveaux progrès pendant juillet et août jusqu'aux premiers jours de septembre, où l'on arrive au point le plus bas; le mouvement ascensionnel commence en octobre, novembre et décembre ; l'état reste stationnaire jusqu'à la fin de mars. Eu avril et mai, la quantité d'acide carbonique exhalée augmente jusqu'au commencement de juin où, comme nous l'avons dit, la diminution se fait sentir. La plus grande différence observée est de 0gr,!59 environ d'acide carbonique en moins par heure, de juin en septembre, où l'on ne trouve que 0Sr,318; le chiffre le plus élevé étant 0gr,477 en mai. L'élimination de l'azote, qui a été aussi étudiée par Smith, est en sens inverse do celle de l'acide carbonique. Si l'on consùièro la combustion plus considérable du carbone comme une preuve de l'activité vitale plus grande, il en résulte que cette activité est à son maximum au printemps et à son minimum au commencement de l'automne, ce qui coïncide parfaitement avec ce que nous avons dit pour les conceptions et les naissances. C'est ce qui est aussi parfaitement en rapport avec cette remarque de Villermé, que le plus grand
SAIS
nombre de Cas de viol et autres attentats à la pudeur tombe précisément daus les mois de mai, juin et juillet. Quetelet a donné un tableau de la répartition des crimes contre les personnes et contre la propriété, suivant les saisons, sur un total de 24,84 L cas. Nous Je reprpduisons ici :
Hiver. . . .
Printemps .
Eté
Automne . ,
Totaux.
Contre Contre les la
personnes, propriété.
La misère plus grande qui règne en hiver, l'exaltation plus grande des passions pendant l'été rendent très-bien compte de ces différences. De 1836 à 1846, le nombre des suicides a monté, on peut le dire, avec le thermomètre. 11 acquiert en juin un chiffre double de celui de janvier et de décembre.
— Influence des saisons sur les maladies. Comme le fait observer Richardson dans un travail faitparluisurcesujet,bien que l'on ait dit que chaque saison a ses maladies spéciales, cela n'est vrai que dans une certaine mesure. Les saisons d'une année ne ressemblent pas k celles d'une autre, et la division de l'année en saisons est elle-même fort arbitraire; la règle doit donc souffrir de nombreuses exceptions. Cependant l'observation montre que certaines affections prédominent dans certaines périodes de l'année. Mais d'abord le nombre des maladies n'est pas le même dans tous les mois. Sur 155,337 entrées à l'hôpital de la Charité de Herlin, dans un intervalle de 7 années (1833-1839), Casper u trouvé que les admissions ont eu lieu comme il suit : été, 40,700 ; hiver, 30,024 ; automne, 37,805; printemps, 37,748. Le printemps k Berlin est donc l'époque favorisée, et l'été celle qui donne le plus de malades. Il n'en est pas de même à Paris. Si maintenant nous cherchons quelles sont les maladies qui dominent aux différentes époques de l'année, Richardson va nous répondre avec l'examen des causes de décès pour un certain nombre d'affections, d'après les registres des districts de Londres, de Devon et de Cornouailles. Il u reconnu que, dans le premier trimestre, on voit surtout régner les maladies des voies respiratoires ; pendant les trois mois d'été, les affections des voies digestives et du système abdominal; et enfin, dans le quatrième, les fièvres éruptiveset les maladies fébriles. On comprend que le climat doit jouer ici un grand rôle; c'est ce qu'a fait ressortir Boudin. Les relevés faits à Charenton de 1820 à 1833 ont démontré que les admissions pour aliénation mentale ont suivi une marche parallèle à l'accroissement mensuel de la température et que leur nombre en juin et juillet a été de 50 pour 100 plus élevé qu'en janvier. Enfin, d'après des recherches laites par le docteur Beaugrand, 4,465 entrées masculines pour dermatoses à l'hôpital Saint-Louis, de 1843 k 1846, sont ainsi distribuées par trimestre : 1er trimestre, 923; 2°, 1,241; 3", 1,222; 4o, 1,079. Ce qui démontre que l'invasion ou la recrudescence des maladies cutanées a lieu surtout pendant les mois chauds de l'année.
— Influence des saisons sur la mortalité'. Cette iiifluKiice est incontestable, mais elle varie et doit nécessairement varier suivant les localités, suivant les vicissitudes atmosphériques particulières k certaines années, etc. Cependant nous devons faire connaître les résultats de quelques statistiques à cet égard. Eu l'"rance, 837,983 décès, qui ont eu lieu de 1831 k 1840, ont été ainsi partagée entre les quatre saisons ; printemps, 236,191); hiver, 223,823 ; automne, 194,180 ; été, 183,790. Le maximum s'est moutré en mars (87,315), le minimum en novembre (57,326). En Belgique, suivant les calculs de (juetelet, l'hiver prend la place qu'occupe chez nous le printemps. En etl'et, 1,770,259 décès, qui ont été relevés en Belgique de 1815 à 1836, ont été fournis par les différentes saisons de la manière suivante: hiver, 501,382; printemps, 470,227; automne, 418,978; été, 379,672. Casper a trouvé un résultat bien différent pour 55,099 décès à Berlin, de 1833 à 1839. Il en donne le tableau suivant, la mortalité étant ramenée à 100,000 : été, 26,313 ; hiver,24,821; printemps, 24,714; automne, 24,152. Ici c'est l'été qui prédomine. TJasper a publié aussi une statistique de Philadelphie qui place également 1 été en première ligne. Cependant le même auteur, ayant rassemblé les chiffres de la mortalité pour 150 ans dans les principales villes de l'Europe, a recueilli un total de plus de 3,000,000 de cas, qui lui ont permis de formuler cette conclusion : « que le printemps est la saison la plus meurtrière et l'été la plus favorisée. » Dans les localités où l'été et l'automne présentent un excès de mortalité, on peut soupçonner une influence particulière, le plus ordinairement la malaria. Dans des recherches spéciales relatives à l'influence de la température sur la mortalité, Buchner a constaté qu'à Amsterdam, pendant douze années, les chiffres moyens se sont répartis entre les ■douze mois dans l'ordre suivant : mars, 686; janvier, 085; décembre, 631; avril, 591 ; février, 589; octobre, 573; novembre, 567; mai, 504; septembre, 554; juillet, 553; juin,
SAIS
609; août, 489. Ainsi, en Hollande, c'est pendant l'hiver que règne la plus grande mortalité; le printemps vient ensuite, puis l'automne et enfin l'été. L'action défavorable du printemps, dans notre climat , se montre même pour la phthisie, contrairement à l'opinion vulgaire. Voici, d'après Benoiton de Châteauneuf, la répartition de 1,261 décès de phthisie : printemps, 367; été, 357; hiver, 302; automne, 235.
Saison* (les), poème anglais de Thomson. Cet ouvrage, le principal titre littéraire de l'auteur, fut publié par souscription en 1728. Thomson parvint k réunir, grâce k la double protection de Pope et de lord Binning, 387 souscripteurs qui donnèrent chacun une guinée (25 fr.). Le succès et la nature de ce poëme s'expliquent par le goût naturel des Anglais pour la campagne; il fut l'aurore de la poésie descriptive de l'autre côté du détroit. Comme l'indique son titre, il est divisé en quatre chants ou saisons, dont l'Hiver est le premier. Thomson aimait la campagne, où il habitait presque toujours; il en faisait sa joie, son divertissement, son séjour ordinaire. Aussi peint-il avec amour les plus petites choses; elles l'intéressent et il parvient k nous y intéresser. Il prend plaisir à « l'odeur de la laiterie; » on l'entend parler des chenilles et « de la feuille qui se recroqueville empoisonnée par leurs morsures ; ■ des oiseaux qui , sentant venir la pluie, ■ lissent d'huile leur plumage pour que l'eau luisante puisse glisser sur leur corps. ■ Il sent ai bien les choses qu'il les fait voir. « On reconnaît, dit M. Taine, le paysage anglais, vert et humide, à demi noyé de vapeurs mouvantes, taché ça et là de nuages violacés qui fondent en ondées sur l'horizon qu'ils ternissent, mais où la lumière se distille finement tamisée dans la brume, etdont leciel lavé reluit ■ par instant avec une incomparable pureté. Il est le peintre et le poète du climat plantureux et humide, dans ce colons surchargé, luxuriant, grandiose, où l'on retrouve quelquefois la grasse palette de Rubens. » Cela ne ressemble guère au climat qui avait inspiré Virgile, Des épisodes que Thomson insère parfois sans transition, ses invocations au Printemps, à la Muse, à la Philosophie, tous ceâ souvenirs de collège font disparate, et cependant c'est par Thomson que commence, dans l'Europe littéraire, la révolte contre les habitudes classiques. « Trente ans avant Rousseau, dit encore M. Taine, Thomson avait exprimé tous les sentiments de Rousseau presque dans le même style. Comme lui, il peignait la campagne avec sympathie et enthousiasme.
Comme lui, il opposait l'âge d'or et la simplicité primitive aux misères et à la corruption modernes. Comme lui, il exaltait l'amour profond, la tendresse conjugale, « l'union des p âmes, la parfaite estime animée par le dé- ■ sir, » l'affection paternelle et toutes les joies domestiques. Comme lui, il combattait la frivolité contemporaine et mettait en regard les anciennes républiques, » dont les désirs hé- » roïques planaient si fort au-dessus de lape* d tite sphère égoïste de notre vie sceptique.! Comme lui, il louait le sérieux, le patriotisme, la liberté, la vertu, s'élevait du spectacle de la nature à la contemplation de Dieu et montrait à l'homme, par delà le tombeau, les perspectives de la vie immortelle. Comme lui, enfin, il altérait la sincérité de son émotion et la vérité de sa poésie par des mièvreries sentimentales, par des roucoulements de bergerades et par une telle abondance d'épithètes, d'abstractions changées en personnes, d'invocations pompeuses et de tirades oratoires, qu'on y aperçoit d'avance le style décoratif et faux de Thomas, de David et de la Révolution. » Le style de Thomson a, en effet, les qualités et les défauts des poètes orientaux ; il abonde en épithètes pompeuses et il est souvent surchargé d'ornements. La pensée est pour ainsi dire obscurcie par l'éclat même des couleurs. C'est ce qu a trèsbien fait ressortir M. Villemain en comparant la richesse surabondante de Thomson à la pureté du goût virgilien, k cette imagination a la fois si poétique et si réservée. « Nous sentirons, dit l'illustre critique après ce parallèle, quelle distance sépare cette poésie diffuse, nous ne dirons plus de la poésie classique, mais de la poésie grecque. Elles se ressemblent comme une statue grecque , si élégante et si vive, exprimant la force et le mouvement par sa seule attitude, ressemble à ces statues de l'Inde, où l'artiste a multiplié les bras pour signifier la force. C'est l'âme qui fait tout dans un ouvrage grec, et c'est pour ainsi dire la représentation matérielle qui veut tout dire dans un ouvrage d'Asie. Telle est la différence entre ces deux poésies, dont l'une est aussi simple et aussi vraie qu'elle est forte et naturelle, et dont l'autre supplée à la vérité, à la simplicité par la surcharge des ornements et ne veut rien laisser échapper, parce qu'elle n'a pas l'instinct et le bonheur de trouver d'abord ce qui remplace tout et suffit à l'imagination. > Cependant Thomson possède à un haut degré ce qui constitue le poète : l'inspiration. Le coup d'œil qu'il jette sur la nature est celui du génie et ses descriptions sont celles d'un poète qui agrandit, qui anime tout, qui enchante, transporte, entraîne par des sentiments élevés, des images touchantes, des tableaux d'une vérité frappante et d'une éton-
SAIS
nnnte variété. Mais ce qui charme le pins dans les vers de Thomson, ce sont de sincères élans de l'âme, c'est la vérité du sentiment champêtre et du sentiment religieux; c'est par là qu'il diffère de. son imitateur, Saint-Lambert. Il y a, surtout dans la description de l'hiver, un reflet de cette piété puritaine et candide, quelque chose de cette exaltation naïve, de l'Ecosse, qui s'anime par l'amour de la patrie, par le souvenir attachant de ce rude climat et de ces montagnes solitaires. Il n'est pas besoin d'ajouter que les parties du poème de Thomson où il a célébré des sites moins nouveaux pour les lecteurs français, où il s'est arrêté sur une nature moins accidentée, ont bien moins de charme et de puissance ; il a cependant toujours une passion, l'amour de la patrie. Il y a vingt endroits de son pofime où, au souvenir de la gloire de l'Angleterre, de cette patrie qui, dès le temps d'Elisabeth, était si puissante dans les arts, si industrieuse, si hhbile, si agitée dans sa liberté, son âme s'élève et laisse échapper des expressions pleines de force et de grandeur. >
Saisons (les), poBme descriptif de Saint- Lambert, en quatre chants. L'exagération des éloges a appelé de tout temps l'exagération des critiques, et c'est ce qui est arrivé pour ce poSme, d'ailleurs remarquable. » Le plat ouvrage I écrivait Walpole ; point de suite, point d'imagination! une philosophie froide et déplacée... En un mot, c'est l'Arcadie encyclopédique. • Et, d'un autre côté, Voltaire provoquait, par son admiration sans mesure, ce trait satirique de Gilbert :
Saint-Lambert, noble auteur, dont la muse pédante Fait des vers trop vantés par Voltaire qu'il vante.
Tout juge impartial reconnaîtra cependant, avec Chénier, que les défauts propres au genre descriptif sont rachetés, dans cet «élégant poëme, » par des beautés nombreuses. Ce qui manque à Saint-Lambert, c'est une sorte d'élan et de jet; c'est, pour ainsi dire, ce feu central qui doit échauffer une œuvre de ce genre, pour suppléer un peu à l'intérêt d'action qui soutient d'autres sujets. Nul ouvrage, du reste, ne présente phis de fini et de poli dans les détails. Tout le monde connaît cette brillante description d'un orage prochain :
On voit à l'horizon, de deux points opposés, Des nuages monter dans les airs embrasés. On les voit s'épaissir, s'élever et s'étendre. D'un tonnerre éloigné le bruit s'est fait entendre : Les flots en ont frémi, l'air en est ébranlé Et le long du vallon le feuillage a tremblé.
On cite encore le passage de la Vendange, celui de la Veillée et enfin la Chasse du cerf, épisode plein de mouvement.
Saisons (les), études de la nature, par M. Ferdinand Hœfer (1867), L'auteur s est proposé de dépouiller 1 histoire naturelle des difficultés qui en hérissent l'étude et a écrit, a ce propos, un livre vraiment scientifique à l'usage des gens du monde, des ouvriers et des enfants. Il s'efforce d'exciter en eux, pour le satisfaire, l'instinct de la curiosité , dans lequel il voit le réveil de la vie intellectuelle, le grand ressort de l'éducation, le mobile de tous les progrès de l'humanité. Il juge qu'aucun plaisir n'est comparable à celui d'interroger la nature sans système comme sans ambition." Un insecte, dit-il, un brin d'herbe, un grain de sable peut devenir le point de départ d'une inépuisable série de questions et de réponses. C'est alors qu'au milieu de l'infini on se Sent véritablement chez soi. » Poussé par ce sentiment, M. Hœfer a fait, dans les environs mêmes Je Paris, sur la lisière de la forêt de Sénart, les promenades d'un observateur philosophe et il associe son lecteur à toutes ses observations relatives aux découvertes de la science.
Ses Saisons sont divisées en quatre parties, répondant aux divisions du temps, et chacune des quatre parties en quatre journées. Les études de chaque saison commencent par une petite revue astronomique sous ce titre invariable : Ce qui se voit au ciel; puis les quatre journées sont consacrées à l'étude de « ce qui se voit sur la terre. » La botaniquo et la zoologie viennent tour à tour remplir cet agréable cadre d'observations savantes et de réflexions philosophiques. Pour rendre la partie scientifique encore plus accessible au lecteur, de petites figures explicatives sont intercalées dans le texte et facilitent l'analyse spéciale d'un organe ou des mystères de la vie. Savant de profession, M. Hœfer s'élève un peu plus que de raison contre les savants, ses confrères, à l'occasion de leurs systèmes et de leurs classifications. S'il aime beaucoup la nature, il n'aime guère les naturalistes, excepté ceux de l'école de J.-J. Rousseau et de Bernardin de Saint-Pierre. Il leur reproche la multiplication indéfinie des espèces distinguées par eux en vertu des différences les plus légères, comme s'ils ne pouvaient pas lui répondre qu'il ne dépend pas d'eux de restreindre le nombre des distinctions que leur impose la persistance héréditaire d'un caractère, si -peu important qu'il paraisse. C'est une des fatalités de l'analyse de réduire un monde en poussière, comme c'est le rôle de la synthèse de rattacher le moindre atome de poussière aux lois générales du inonde. La généralisation phiiosophi-
SAIS
que peut s'arrêter aux types; l'étude patiente les poursuit dans les formes qui les diversifient k l'infini. Un autre reproche adressé par M. Hœfer aux savants, c'est de donner aux plantes et aux animaux des noms grecs et latins. Il s'écrie : ■ Les savants veulent
?u'on parle toujours une langue morte en ace de la nature vivante! • J.-J. Rousseau s'était déjà laissé aller à une boutade analogue. Il est bien vrai qu'une terminologie en apparence si barbare est un épouvantai!
pour les gens du monde et pour les enfants, et il sera difficile d'intéresser ceux qui ont peur du grec k l'étude des lépidoptères ou des monocotylédonées. Un répertoire d'histoire naturelle est vingt fois plus terrible pour des yeux inexpérimentés qu'un dictionnaire de chimie. C'est une fatalité qu'il faut subir, mais qui a ses dédommagements. Ces noms savants composent un langage universel qui permet aux naturalistes de tous les pays de s'entendre, malgré la diversité des idiomes nationaux. Comment ensuite notre langue, si rebelle à la formation des mots composés, exprimerait-elle avec ses seules ressources ce vaste ensemble de relations et de lois que résument les dénominations grecques et latines avec une brièveté si lumineuse? Supprimons, si nous pouvons, ces appellations ardues pour les gens du monde à qui elles font peur ; mais laissons aux savants ces moyens si faciles de communication et un si puissant instrument de recherches utiles et fécondes. Sachons toutefois gré à M. F. Hœfer d'avoir contribué à inspirer le goût de l'histoire naturelle aux gens du inonde, aux ouvriers et aux enfants, en leur rendant plus facile l'étude de cette science dans son ouvrage k la fois instructif et amusant sur les Saisons. Vulgariser ainsi la science, c'est contribuer aux progrès de l'esprit humain et, partant, bien mériter de l'humanité.
! Saison* (les quatre^, oratorio de Haydn, poëme de Van JSwieten ; exécuté k Vienne le 24 avril 1801. Cet oratorio est un des chefsd'œuvre du grand compositeur allemand ; il l'écrivit dans sa vieillesse et ce fut la dernière production de son génie. Le poème, emprunté quant au sujet et k son ordonnance aux Saisons de Thompson, a eu surtout pour but de mettre en relief les qualités descriptives du maître, d'offrir k son génie musical une suite de tableaux où le compositeur aurait k rendre les effets variés des saisons, les frimas, les tempêtes, le réveil de la nature au printemps, les plaisirs champêtres, lâchasse, etc. Le docteur Van Swieten avait tant d'amour pour la couleur locale qu'il voulait forcer Haydn k écrire la musique d'un Chœur de gre~ nouilles dont il avait agrémenté le libretto; Haydn refusa en disant qu'il ne lui plaisait pas de s'embourber dans les marais.
Cette vaste" composition est d'une ordonnance magistrale. Nous en emprunterons l'analyse k Scudo : « Après une courte introduction symphonique qui a pour objet de peindre la transition de l'hiver au printemps, ce moment indécis où la froidure de la saison qui s'en va fait place aux tièdes bouffées de la nature renaissante, vient un choeur k quatre parties, d'une harmonie suave et du plus charmant effet, et qui a été bien souvent imité depuis. L'air de basse que chante aussitôt le laboureur Simon :
Le laboureur s'empresse;
H mène aux champs ses bœufs,
est d'un accent plein de bonhomie agreste. La première partie des Saisons, pleine de fraîcheur et d'entrain, se termine par un chœur fugué, en l'honneur de la Providence, vigoureusement écrit. L'Eté commence par un air de basse que chante Simon, auquel s'enchaîne un chœur non moins vigoureux que celui qui termine le Printemps. On y célèbre les bienfaits du dieu de la nature, le Soleil ; mais les deux morceaux les plus saillants de la seconde partie, c'est d'abord l'air pour voix de ténor que chante Lucas pour exprimer l'accablement du pauvre travailleur :
Soleil, ton poids est trop lourd!
Ce morceau renferme k un très-haut degré le genre de mérite que l'on recherche dans la musique pittoresque, de peindre k l'oreille le phénomène physique de Ja lassitude. Le chœur de l'orage avec les différents épisodes qui le préparent et le suivent n'est pas moins remarquable. Le chœur de la chasse, qui fuit partie de l'Automne, est un chef-d'œuvre connu et admiré depuis un demi-siècle. Ou n'a rien de mieux écrit dans ce genre, pas même l'ouverture du Jeune Henri de Méhul qui en est une imitation évidente. Ce chant admirable, où tous les incidents de la chasse sont reproduits avec une fidélité poétique qui n'a pas été égalée, est d'un effet puissant. Il i en est «je, même du chœur des vendangeuses et de la Chanson du rouet, qui marque le retour de l'hiver. Cette grande composition d'un vieillard de soixante-neuf an^ respire d'un bout k l'autre l'amour naïf et profond de la nature. Les idées sont aussi claires, aussi sereines, aussi touchantes que la forme qui les exprime est limpide, simple et d'une admirable économie d'effets. >
L'oratorio des Quatre saisons a été exécuté en 1857, avec un grand succès, aux concerts du Conservatoire, sur une traduction française due k M. G. Roger. Nous donnons ciaprès deux des morceaux les plus remarqua-
SAIS
blés, l'air : Soleil, ton poids est trop lourd! et ia Chanson du rouet.
AIR : SOLEIL, TON POIDS EST TROP LOURD ! Largo.
§^ra=3=g^g
So - leil,
ton
itt^iÉiêiÉ
poids est trop lourd! Dans les pIaines,Tu ta-
^^és@33i^i
ris les fon- tai - nés ; Tout suc
com-be aux feux du jour!
Sans
tfA
S^^pli^i
for - ce, les bœufs es
blés! So - leil, ton poids est trop
iîte*
lourd! Dans les plaines, Tuia-ris lesfon-
tai - nés ; Tout suc-cûm-be aux feux du
jour.
Sans for - ce.
^iï^^li^â
for
les bœufs es - sauf-
fiés, Les hommess'é-tendentac-ca-blés, Sans
for-ce et sans ha - lei - ne, Sur le sol ils tom- bent ao - ca -
kce
Êi
blés, Ils tom-bent ac-ca-bk's!