‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 50 sur 1059 · LA CHANSON DU ROUET · texte numérisé non relu

LA CHANSON DU ROUET

1er Cotjplet. Allegro.

SfctPP

Tour- ne- moi mon pe - tit fil»

j^pgs^^

Rends- le - moi fin com-meuncil,

mm^^m

Pour ma gor - ge - ret

2 eSH5*

te;

Tour-ne, tour-ne, pe - tit fil.

De- viens aus - si fin qu'un cil.

Sp^ÉHl

Four ma gor - ge - ret - te.

SAIS

Variante pour la fin des 2» et 3« couplets au signe A :

jafgpiËfe^S

2«Coupl. Pour la gran-de fê - te! 3«Coupl. Mets ta col - le- ret - te!

, DEUXIÈME COUPLET

Mon fichu, bon tisserand, 1

Rends-le-moi bien fin, bien blanc, > 6;-, Pour la grande fête. ]

TROISIÈME COUPLET

Pour garder ta pureté, Que ton sein reste caché ;

Mets ta collerette ; Pour qu'il soit bien pur, bien blanc, Au dehors comme au dedans,

Mets ta collerette.

Saisons (lks), opéra-comique en trois actes et quatre tableaux, paroles de MM. Jules Barbier et Michel Carré, musique de M. Victor Massé; représenté à l'Opéra - Comique le 22 décembre 1855. Le titre de la pièce n'est motivé que parce que le mariage de Simonne avec Pierre se prépaie au temps de la moisson, est rompu pendant les vendanges, se renoue en hiver et est conclu au printemps. Il y a des détails réalistes de la vie des paysans, que les auteurs auraient pu laisser au Journal amusant, parce que le public de l'Opéra- Comique ne s y divertira jamais, fort, heureusement. L'épisode de la cécité de Simonne n'a pas paru bien imaginé. La partition est la plus riche en motifs et en effets saillants, de celles que le compositeur a données au théâtre. L'ouverture a du caractère, surtout dans la première partie. Le choeur des moissonneurs : Les blés sont coupés; l'air do chasse; le chœur des vignerons ; les couplets du vin nouveau; le tubleuu de la veillée d'hiver, où le compositeur a introduit les refrains populaires : Il court, le furet, et Nous n'irons plus au bois; enfin le chœur du printemps, forment la partie descriptive de l'ouvrage, et c'est la mieux traitée. Cependant la grande scène du linale du second acte est dramatique et fort belle. Dans le même ordre d'idées, nous rappellerons aussi le duo du troisième acte entre Simonne et Pierre. Les tôles ont été créés par Bataille, Couderc, Sainte-Foy, Delaunay-Ricquier, M11" Caroline Duprez et Lemercier. .

Nous donnons ici les couplets du Vin.

Ur Couplet. Molto deviso.

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pl^l^E^-

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- En-ten-dez )à-bas ce gai ca- ril-

Ion! Dig,din, don, dig,din, don. En-ten-dez J4-

bas ce gai ca - ril - IonîDig, din, don,dig, din,

felÊ=É=H

don. Et, sur

le seuil de l'é

fe^fef^*

pf#ilÉp?@ilp

gli-se, Vo-yez Ma-de - Ion. Per-rette et De ■

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ni -se, Per-rette et De

ggggËg^pfÈpgË

el Dig, din, don, dlg, din, don. C'est un

3£=«=3=£r5EteS=fepTÏ

grosgarçon,c'estun gros garçon Qui vient de

Ir

nat-treet qu'on bap - ti

ciz^-zz^-

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• se! Al- Ions, mon- sieur te par

rain, Du vin, du vin, du vin, du -4 L

EÈEEE?=§:

ft— » g=r£=b=b—

vin; Ai - Ions, mon- sieur le par

rain. Du viq, du vin, du vin, du vint

SAIS

DEUXIÈME COUPLET

On dit que Sylvain épouse Suzon, 1 Zon, zon (ter), j

Les crincrins ouvrent la fête; Et, dans la maison, Le repas s'apprête (bis),

Zon, zon {ter).

Entrons sans façon (bis).

Le marié nous tiendra tête.

Allons, mon ami Sylvain, Du vin (qualcr)\

TROISIÈME COUPLET

Le village entier fête son patron, Bon, bon (ter).

Au nom de saint Nicodème, Que chaque garçon Vête ce qu'il aime.

Bon, bon (ter) ' Pour l'autre saison (bis) Préparez-nous noce et baptême Allons, monseigneur le saint, Du vin (quitter)!

bis.

bis.

bis.

bis.

Saisons (les). Iconogr. Endaeus d'Athènes, élève de Dédale, avait placé dans les avenues du temple de Minerve, à Erythrée, les statues en pierre des Saisons et des Grâces. Le trône d'Apollon, que Bathy clés sculpta dans le temple de ce dieu à Amyclée, était soutenu par des figures représentant également les Saisons et les Grâces. Ainsi, dès la plus haute antiquité, l'art produisit des images des différentes Saisons et se plut à les associer à celles des Grâces. Sur les monuments antiques qui nous sont parvenus, les Saisons sont fréquemment représentées par des génies ailés, caractérisés par des attributs spéciaux. : le Printemps est couronné de fleurs; l'Eté est couronné d'épis et tient une faucille ; l'Automne a dans ses mains des grappes de raisin ou un panier de fruits sur la tête; l'Hiver, drapé et ayant la tête couverte, est auprès d'un arbre dépouillé de ses feuilles et tient quelquefois des fruits ridés et des oiseaux aquatiques. Les Génies des Saisons figurent dans le bas-relief d'un sarcophage antique qui est au musée du Vatican. An musée des Etudes, à Naples, sont diverses peintures découvertes à Pompéi et à Herculanum et offrant des figures des Saisons. On voit quelquefois, sur les pierres gravées antiques, les quatre Saisons représentées par une seule ligure qui a sur la tète une couronne de fleurs, symbole du printemps ; qui tient une faucille, symbole de l'été ; qui porte dans un pan de sa draperie les fruits de l'automne et a près d'elle un javelot et un chien, auxquels on reconnaît l'hiver, l'époque de la chasse.

Les modernes ont adopté plusieurs des attributs donnés aux Saisons par les artistes anciens et en ont imaginé beaucoup d'autres. Le sculpteur Bouchardon a décoré la fontaine de la rue de Grenelle, à Paris, des Génies des Saisons ; le génie du Printemps est paré d'une guirlande de fleurs et caresse un bélier; celui de l'Eté regarde fixement le soleil et tient des épis ; celui de l'Automne tient des balances et des raisins; celui dé l'Hiver est accompagné du Capricorne. Le palais Corsini, à Rome, renferme quatre tableaux de Carie Maratte représentant lés Saisons: l'Eté est une jeune femme entourée par des nymphes qui s'occupent de la parer, et que garantit du soleil un enfant tenant un parasol ; l'Automne est un beau jeune homme couché, tenant une branche de fruits qui excite la convoitise de plusieurs enfants; l'Hiver est un vieillard qui se chauffe ; le Printemps enfin est une jeune fille couronnée de fleurs. Le Poussin a représenté les Saisons par des épisodes bibliques : le Printemps, par Adam et Eve dans le paradis terrestre; l'Eté, par Ruth ramassant des épis dans le champ de Booz ; l'Automne, par les Israélites rapportant la grappe de la terre promise; l'Hiver, par le déluge (v. ce mot). Ces quatre tableaux sont au Louvre. On y voit aussi quatre tableaux de Callet, où les Saisons sont figurées par des scènes de mœurs antiques : le Printemps, par l'hommage des dames romaines à Junon Lucine; l'Eté, par les fêtes de Cérès; l'Automne, par les fêtes de Bacchus ; l'Hiver, par les saturnales. Le Louvre possède encore quatre tableaux de Lancret, où les Saisons sont désignées par des scènes rustiques : le Printemps, par des femmes qui cueillent des fleurs, uu jeune homme et une femme qui tendent des filets aux oiseaux, un berger qui joue du galoubet; l'Eté, par des moissonneurs et des paysans qui dansent une ronde ; l'Automne, par des vendangeurs et un repas sur l'herbe; l'Hiver, par des patineurs. Ces quatre peintures ont été exécutées pour le château de lu Muette et ont figuré au Salon de 1738. L'Aibane a représenté les Saisons par des ligures mythologiques, dans des tableaux qu'on voit au palais Borghèse,aRome, et au musée de Turin. Plusieurs peintres les ont désignées par des paysages plus ou moins riants, plus ou moins sévères, suivant l'époque de l'année.

Les articles spéciaux que nous avons consacrés à l'iconographie de chacune des Saisons nous dispensent d'entrer ici dans de plus longs détails. Nous nous bornerons à signaler parmi les compositions où elles ont été retra cées : les tableaux d'Arcimboldi (musée du Belvédère), Henri Baron (Salon de IS52), Giov. Bellini (palais Corsini, à Florence),

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Bassano (gravé par J. Callot et par Sadeler), Baudouin (gravé par Km. de Gfiendt), Boucher (gravé par J. Diiullé), P. Breughel (vente Chappuis, 1865), Rosalba Carriera (vente de Jullienne, 1767), P.-J. Gazes (srravé par N. de Beauvais et L. Desp'.aees), A."Etex (Salon de 1859), C. Fiers (paysages, Exposition universelle de 1855), P. Ge.ysels (autrefois dans la galerie Fesch), le Guide (musée du Belvédère), Jobbé-Duval (camaïeux peints dans la grande salle des fêtes, à l'hôtel de ville de Lyon), Jordaens (gravé par E. Montée), Ad. Jourdan (Salon de 1857), J. Kœnig (musée du Belvédère), Maella (musée de Madrid), Orner Charlet (Salon de 1847), Pu- . vis de Chavannes (V Automne et VEté), J.-B. Restout (au Grand Trianon), David Teniers (ventes Blondel de Gagny et Le Brun, gravé par Levasseur et Surugue), Weller (Exposition de Cologne, 1S61); les gravures d'Almeloveen (paysages avec figures et animaux), J. Amman (1569), J.-M. Ardell,Nic. Arnoult, Mme Benoist (d'après Ch. Aubry), Stefaho délia Bella (1641), P. van den Berge, J. -G. Bergmuller, F Beurez, F. Bloemaert (d'après Abraham Bloemaert), Nie. Bonnart, F. Chauveau (d'après Brebiette), H. Breckerveld (1626), H. Hondius le jeune (d'après Paul Bril), Orazio Brunetti, Ch. Alberti (d'après P. Gaïdar»), Marco Classeri, C. vanDalen, P. -F. Legrand (d'après Darde)), Debucourt, Campion de Tersan (d'après Desfriçhes), N. Bazin (d'après A. Dieu), Ch. Bernard (d'après Dusaulehoy), Eisemann, J.-M. Ebersbach (d'après P. Eisen), Jos. de Longueil (d nprès Ch. Eisen fils), T. Major (d'après F.-P. Feig), D. Matham (d'après H. Goltzius), F. Gabet (d'après J. van Goyen), W. EUis (d'après Hearne, 1784), W. Nutter et autres (d'après Hamilton), F, Hogenberg, Liger (d'après Huet), Gille Demarteau (d'après Huet), J. Couvay (d'après Huret), Ch. Tamisier (gravures sur bois, d'après Tony Johannot), J. Johnson, Fr. Bartolozzi (d'après Angeltca Kauffmann), M.-L. Kienlin, Gérard de Lairesse, B. Audran (d'après I.ancret), N. de Larmessin (d'après Lancret), Gérard Audran (d'après Ch. Le Brun), N.-F. Bertrand (d'après Lemire), J.-B. Le Prince, Gaspard Luyken, Bartolozzi (d'après G. -H. Morland), W. Barnard (d'après G. -H. Morland), Ch.-F. Natoire (eaux-fortes), J.-E. Nilson, P. Parrocel (eaux-fortes), Madeleine de Passe, N. Perelle, Gio.-B. Angolo (d'après J. Romain), C. Galle (d'après Rubens), P. Clouet (d'après Rubens), Almeloveen (d'après H. Saftleven), Ph. Galle (d'après Stradanus), A. Delfos (d'après Teniers), Hondius et autres (d'après D. Vinekboons), N. de Larmessin (d'après Vleughels), E. Jeaurat (d'après Vleughels), N. de Bruyn (d'après Martin de Vos), R. Houston (d'après S. Wale), E. Brion (d'après Watteau), Fr. Boucher (d'après Watteau), J. Audran (d'après Watteau), etc. '

Saisons (société dks). Cette société secrète naquit des débris de la Société des Familles, dont les chefs, avaient été arrêtes en mars 1836. Voici quelle était son organisation : six membres, sous les ordres d'un septième appelé dimanche, formaient une semaine, quatre semaines commandées par un juillet formaient un mois; trois mois obéissaient à un chef de saison nommé printemps ; quatre saisons à un agent révolutionnaire. Une année formait un bataillon. Chaque soldat ne connaissait que les membres de la semaine ou tout un plus du mois auxquels il appartenait.

Cette société puisa surtout ses éléments dans les classes populaires; son principal organisateur fut M. Martin Bernard, qui avait été acquitté dans le procès de 1S36 ; mais l'âme réelle de la Société fut l'infatigable Blanqui. Sorti de prison à l'avènement du ministère Mole, il reprit avec Barbés le rang qu'il occupait dans la Société des Familles.

La Société des Saisons fonctionna obscurément jusqu'au milieu de l'année 1838, recrutant, par une propagande active, de nombreux adhérents sans que la' police pût se renseigner sur l'étendue de l'association et en saisir les fils mystérieux. De temps en temps, outre la réunion partielle des semaines et des mois, i\ y avait des revues générales passées par les agents révolutionnaires, et voici, paraît-ii, le procédé qui s'employait en ces occasions : on choisissait quelque rua longue et semée d'aboutissants, par exemple la rue Saint-Honore; les hommes étaient disséminés sur toute la longueur, dans les rues latérales, classés pas familles ; les chefs seulement se tenaient au bord de la ligne principale, attendant l'agent; celui-ci trouvait ainsi à chaque coin de rue un chef qui lui rendait compte de l'effectif de sa troupe et du nombre des manquants. Comme le formulaire de réception enjoignait à chaque membre d'être toujours prêt, l'avertissant qu'il serait appelé au combat sans avis préalable, les saisons pouvaient croire, à chaque convocation, qu'il s'agissait de prendre les armes; ensuite, par l'exactitude que chacun mettait à répondre à l'appel, les chefs se Axaient sur le nombre d'hommes qu'ils pourraient mettre en ligne.

Il avait été dit dans les statuts de la Société que les affiliés ne feraient pas de dépôt d'armes ni de munitions ; mais quelques membres trangressèrent cette défense, ce qui amena des arrestations et mit la police sur la voie. Néanmoins l'organisation était si bien conçue que les seules personnes prises en flagrant -

SAIS

délit de fabrication de poudre furent compromises; la police ne put pénétrer plus loin. Au commencement de 1839, la Société comptait environ 1,200 membres, impatients d'agir et murmurant contre la lenteur du comité d'action. Les chefs jugèrent le moment venu pour commencer la révolution. Au milieu de la crise ministérielle de cette époque, l'esprit de la population semblait de plus en plus hostile au gouvernement; ils ne doutèrent pas que tout Paris ne se levât aux premiers coups de feu. Une revue générale des sections fut convoquée; chaque mois, réuni par son juillet, fut inspecté sévèrement par le chef supérieur; les dispositions de tout le monde parurent excellentes.

Le dimanche 12 mai, vers midi, aux alentours des quartiers Suint-Denis et Saint-Martin, les groupes étaient rassemblés soit dans des salles de marchands de vin, soit dans des logements particuliers. A une heure, les printemps firent savoir que l'ordre du comité était de masser les hommes dans les rues Bourgl'Abbé et Neuve-Bourg-l'Abbé. A trois heures et demie, les groupes débouchaient à la fois par six issues au coin de la rue Bourg-l'Abbé et du passage de ce nom, à cent pas du magasin d'armes de Lepage. Il y avait 600 hommes environ. Martin Bernard donna le signal en levant les bras en l'air et en criant: Aux armes I

Aussitôt le magasin de Lepage est attaqué; les portes sont enfoncées; Barbes et Blanqui distribuent les fusils, les cartouches par les fenêtres donnant sur la rue. On court ensuite aux maisons où d'autres munitions de guerre avaient été déposées. Ces diverses opérations eussent dû se faire simultanément; un temps précieux est perdu. Le désordre, le découragement commencent k se mettre parmi les révoltés; quelques-uns désertent. On s'écrie : a Nous sommes trahis ! 11 n'y a pas de plan 1 Où sont les chefs? » Barbés comprend qu'il faut précipiter la lutte et, criant aux hommes de cœur de le suivre, à la tête d'une petite troupe, il s'élance vers le pont Notre-Dame. Arrivée sur le marché aux Fleurs, la colonne charge ses armes et attaque immédiatement le poste du Palaisde-Justice. Barbés, s'adressant aux hommes de garde sortis à la hâte, les somme de se rendre et de livrer leurs armes. L'officier, M. Drouineau, refuse; il est abattu d'un coup de feu et le poste est enlevé après une vive fusillade. On se précipite ensuite sur ta préfecture de police, point stratégique important où, d'après les plans de Blanqui, l'insurrection devait se retrancher comme dans une citadelle. Malheureusement, l'éveil était donné; Barbés et ses hommes rebroussent chemin.

Ils rejoignent sur la place du Châtelet la colonne dont faisaient partie Blanqui, Martin Bernard, Nétri, Gu'gnot, etc., et se portent sur l'Hôtel de ville, dont le poste, composé de gardes nationaux, était à peu près désert. Barbes monte sur le perron de l'Hôtel et lit d'une voix ferme une proclamation républicaine et un appel aux armes. Cependant le peuple, étonné de cette émeute inattendue, reste immobile; la troupe des insurgés ne grossit pas. Trop faible pour tenir l'Hotul de ville, Barbés, dont l'activité et le courage ne se démentirent pas un instant dans cette lutte désespérée, décida de courir sur chaque mairie, d'y désarmer les postes et d'exécuter une série de surprises qui pourraient émouvoir enfin la population. Le poste de la place Saint-Jean est emporté; la mairie du Vile arrondissement est occupée ; dans la rue Gténeia, trois barricades s'élèvent et un terrible combat s'engage contre un détachement de garde municipale commandé par le lieutenant Tisserant. Ce fut là que l'insurrection vint creuser son tombeau; on se battit jusqu'à la nuit avec fureur, au chant de la Marseillaise. Enfin la garde municipale fut victorieuse ; presque tous les insurgés étaient tués; parmi les chefs Guignot, MeilJard et Barbes furent pris grièvement blessés. Blanqui et Martin Bernard ne purent être arrêtés que quelque temps après cette journée.

L'instruction lit des accusés deux séries : la première, dans laquelle étaient compris Barbés et Martin Bernard, comparut devant ia cour de Paris le 27 juin 1839 ; Emmanuel Arago et Dupont furent les principaux défenseurs. Barbés nia énerj;iquement avoir tué le lieutenant Drouineau et assuma la responsabilité de tous les faits généraux et de l'insurrection elle-même, qu'il déclara avoir préparée et conduite depuis le commencement jusqu'à la fin. Après cette déclaration, il refusa de répondre aux questions du président. < Quand l'Indien est vaincu, dit-il, il ne songe point a se défendre ; il se résigne et donne sa tête à, scalper. » M. Pasquier ayant fait observer que l'accusé avait raison de se comparer à un sauvage : • Le sauvage le plus impitoyable, reprit Barbes, n'est pas celui qui donne sa tête k scalper; c'est celui qui scalpe. »

Barbés fut condamné à mort, Martin Bernard à la déportation , les autres accusés à une détention plus ou moins longue.

D'imposantes manifestations de plusieurs milliers d'étudiants et d'hommes du peuple eurent lieu quelques jours après cette' condamnation, demandant l'abolition de la peine de mort en matière politique et une commutation de peine pour Barbes. La popularité

SAIS

du héros démocratique était telle que le gouvernement craignit une seconde insurrection, si la condamnation était maintenue. Le roi commua la peine en celle des travaux forcés à perpétuité d'abord, ce qui ne fit qu'augmenter l'indignation publique, puis en celle de la déportation.

Ce fut six mois après seulement que la deuxième catégorie des accusés du 12 mai comparut devant la cour des pairs. Blanqui refusa de se défendre et de répondre. Il fut condamné à la peine de mort, peine qui fut commuée ensuite comme pour Barbes. On les envoya tous à Doullens.

Après le désastre du 12 mai, on pouvait croire que la Société des Saisons, privée de ses chefs, était morte; il n'en fut rien. Les républicains ne désespèrent pas si vite. Patiens quia xternus, c'est la devise de la Révolution, à qui l'avenir appartient. Les Saisons réunirent leurs tronçons saignants , mais toujours vivaces. Dourille , Albert, Grandménil, Caussidière, Sobrier, Banne, Lagrange, Flocon furent les principaux chefs de cette Société jusqu'à la révolution de 1848.

SA1SONNER v. n. ou intr. (sé-zo-né — rad. saison). Donner des récoltes abondantes de fruits : Beaucoup d'arbres ne saisonnent que de deux ans l'un.

SAISONNIER, 1ÈRE adj. (sé-zo-ni-é, i-è re — rad. saison). Qui a rapport aux saisons, dont la marche est réglée sur celle des saisons : Maladies saisonnières, ii Peu usité.

SAISSAC, bourg de France (Aude), ch.-l.

de cant., arrond. et à 25 kilom. N.-O. de Carcassonne, près de la Bernassonnc ; pop. aggl., 816 hab. — pop. tôt., 1,472 hab. Filature de laine, fabrication de draps; moulins, élève de bêtes à laine ; martinet à fer. Ruines d'un vieux château fortet d'anciens remparts.

SAISSET (Jean-Marie-Joseph-Théodore), marin et homme politique français, né le 13 janvier 1810. Admis à quinze ans à l'Ecole navale, il devint aspirant de marine en 1827, enseigne en 1832, lieutenant do vaisseau eu 1840, capitaine de frégate en 1846, capitaine de vaisseau en 1854, et reçut en 1863 le grade de contre-amiral. Après les premières défaites essuyées par nos armes au mois d'août

1870, le contre-amiral Saisset fut appelé au commandement supérieur des bataillons de matelots formés dans les cinq ports maritimes, puis il reçut l'ordre de se rendre à Paris, menacé par les armées allemandes. Au moment de l'investissement de cette ville (15 septembre), il fut envoyé au fort de Rosny et chargé de commander les forts du groupe de l'Est. Il ne tarda pas à se faire remarquer par une bravoure à toute épreuve, se signala particulièrement lors de l'occupation du plateau dAvron et fut promu vice-amiral le 29 novembre. La popularité qu'il acquit dans les masses républicaines était telle que, dans la nuit qui suivit la capitulation du 28 janvier

1871, un grand nombre de Parisiens s'adressèrent à lui pour organiser la résistance à outrance. Bien qu'il eût décliné cette offre, il n'en fut pas moins élu le 8 février suivant député de la Seine à l'Assemblée nationale, le septième de la liste, par 154,379 voix. Peu après , l'Assemblée le désigna pour faire partie de la commission des députés appelés à accompagner à Versailles MM. Thiers et Jules Favre, qui allaient traiter des préliminaires de paix avec M. de Bismarck. Le 1er mars, il vota ces préliminaires de paix et la déchéance de l'Empire. Le lendemain de l'insurrection du 18 mars, lo vice-amiral Saisset, reconnu sur le boulevard par la foule, fut acclamé par un grand nombre de gardes nationaux qui l'engagèrent à prendre le commandement en chef de la garde nationale. Il refusa en déclarant qu'il ne pouvait agir sans un ordre exprès du gouvernement. Le 20 mars, un arrêté du- chef du pouvoir exécutif lui conféra le commandement en chef des gardes nationales de la Seine, avec un haut étatmajor composé des républicains Langlois et Schœlcher. Il revint à Paris, chargé d'amener un rapprochement entre la population et le gouvernement de Versailles, et s'entendit avec les maires, qui de leur côté s'abouchèrent avec le Comité central, en vue de fixer une date prochaine aux élections municipales. Le 23 mars, il adressait à la population une proclamation dans laquelle il annonçait que, d'accord avec les députés de la Seine et les maires, il avait obtenu du gouvern-ment de l'Assemblée la reconnaissance complète de ses franchises municipales, l'élection de tous les officiers de la garde nationale, y compris le général en chet, et il ajoutait : « Je resterai à mon poste d'honneur pour veiller à l'exécution des lois de conciliation que nous avons réussi k obtenir et contribuer ainsi k l'affermissement de la république. » Le même jour, il disait dans une nouvelle proclamation : « M'appuyant sur les chefs élus de nos municipalités, j'espère arriver, par la persuasion et de sages avis, à opérer la conciliation de tous sur le terrain de la république. » Les négociations entamées ayant échoué, M. Saisset quitta le 25 le Grand-Hôtel, où il avait établi son quartier général, autorisa les chefs de corps, officiers, sous-officiers, et gardes nationaux à rentrer dans leurs foyers, donna sa démission de commandant en chef et retourna à Versailles, laissant le Comité central maître de la situation. Il lui avait été impossible, déclara-t-il plus tard devant la

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commission d'enquête parlementaire sur l'insurrection du 18 mars, de réunir parmi les gardes nationaux hostiles au Comité central un noyau capable de faire la moindre résistance.

A l'Assemblée, l'amiral Saisset fit d'abord partie du centre gauche et appuya la politique de M. Thiers. Il vota 1 abrogation des lois d'exil, la validation de l'élection des princes d'Orléans, la dissolution des gardes nationales, la proposition Rivet, le pouvoir constituant de l'Assemblée, le retour de l'Assemblée à Paris, etc. Il se prononça contre l'abrogation des traités de commerce, fit à ce sujet un discours (26 janvier 1872) et prit également la parole au sujet de la marine marchande et du cumul de l'indemnité de député avec le traitement des fonctions publiques salariées. Lorsque, au mois de novembre 1872, M. Thiers adressa à l'Assemblée un message pour demander de constituer le

fouvernement républicain, l'amiral Saisset onna sa démission de membre du centre gauche et se joignit au groupe du centre droit décidé à empêcher la fondation de la république. Dans une lettre publiée le 15 novembre 1872, il déclara que, « fidèle à ses engagements, » il refusait son vote à « tout coup d'Etat parlementaire » qui aurait pour objet de modifier le pacte de Bordeaux, et qu'il n'acceptait « que la solution de la question de la réglementation du suffrage universel. » Le 24 mai 1873, il contribua à renverser du "pouvoir M. Thiers et devint un des constants approbateurs de ia politique de réaction à outrance inaugurée par le duc de Broglie. Lors des tentatives de restauration monarchique qui suivirent, un grand nombre d'électeurs lui ayant demandé s'il voterait pour la république ou pour ia monarchie, il répondit, le 20 octobre, qu'il ne répondrait point, n'ayant accepté aucun mandat impératif. « Fidèle au pacte de Bordeaux, dit-il, j'ai le devoir, comme tous mes collègues, de voter la forme définitive du gouvernement. J'accomplirai ce devoir avec mon indépendance habituelle de caractère et ostensiblement. » Depuis lors, il a voté la prorogation des pouvoirs du maréchal Mac-Mahon, contre les propositions Périer et Maleville demandant l'organisation des pouvoirs publics et la dissolution de l'Assemblée (juillet 1874), contre la constitution républicaine du 25 février 1875, etc., et n'a plus pris que très-rarement la parole dans l'Assemblée. Le viceamiral Saisset est depuis le 13 juillet 1872 grand officier de la Légion d'honneur. — Son fils unique, Louis-Marie-Edgard Saisskt, enseigne de vaisseau, fut tué par un obus dans le fort -de Montrouge, pendant le bombardement de Paris par les Allemands, dans la nuit du 16 au 17 janvier 1871.

SAISSET (Emile-Edmond), philosophe français, né k Montpellier en 1814; mort à Paris en 1803. Il était fils d'un médecin. A sa sortie de l'Ecole normale (1836), il se fit recevoir agrégé de philosophie et professa cette science dans plusieurs collèges de province, notamment à Caen. En 1840, Saisset passa son doctorat, puis devint successivement professeur suppléant d'histoire de la philosophie à l'Ecole normale (1842), maître de conférences (1846), professeur suppléant de philosophie grecque et latine au collège de France (1853), suppléant (1849), puis titulaire d'histoire de la philosophie k la Sorbonne (1SG2), enfin membre de l'Académie des sciences morales cette même année. Ses principaux ouvrages sont : Œiiésidème (1840), thèse de doctorat; la traduction de Spiitosu (Paris, 1843, 2 vol. in-18); Essai sur la philosophie et la religion au xix" siècle (1845, in-18) ; Menaissauce du voltairianisme (1845, in-8°) ; Mélanges d'histoire, de morale et de critique ( 1859, in-8°); Essai de philosophie reli/jieuse (1860, in-8°); Précurseurs et disciples de Descartes (1862, in-S°); Critique et histoire de la philosophie (1865, in-l2j; le Scepticisme, (Euésidème, Pascal, Kant (1865, in-8«) ; Manuel de philosophie (1841, in-8°), en collaboration avec MM. Jules Simon et Jacques. Saisset a publié de nombreux articles dans le Dictionnaire des sciences philosophiques, la Revue des Deux-Mondes, la Liberté de penser; on lui doit, on outre, une traduction de la Cité de Dieu de saint Augustin et des éditions des Œuvres de Clarke et des Lettres d'Euler. Professeur distingué, mais philosophe sans originalité, Saisset étuit un des disciples de Cousin, dont il s'attacha à propager la philosophie éclectique. Spiritualiste, il attaqua à la fois le panthéisme, le matérialisme et le mysticisme.

SAISSY (Jean-Antoine), médecin français, né àMougins, près de Grasse (Provence), en 1756, mort à Lyon en 1822. Fils d'un laboureur qui le destinait à l'agriculture, il no reçut qu'une instruction élémentaire; mais comme il avait un goût très-prononcé pour la lecture, il se procura quelques ouvrages médicaux et les lut avec un tel intérêt qu'il se détermina k apprendre la médecine. Il se rendit k Paris, suivit les cours de la Faculté et, en 1783, concourut avec succès pour une place d'interne à l'Hôtel-Dieu de Lyon. Reçu docteur dans cette ville, il devint ensuite agrégé au collège des chirurgiens , servit quelques années comme chirurgien- major dans la compagnie royale d'Afrique et revint enfin se fixer à Lyon, où il eut une immense clientèle. Parmi les maladies qu'il étudia plus

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spécialement, il faut citer les maladies de l'oreille. Il publia sur ce sujet un volume important intitulé : Essai sur les maladies de toreille interne (Paris, 1827). On lui doit en outre : Recherches expérimentales, anatomiques et chimiques sur la physiologie des animaux mammifères hibernants, notamment les marmottes, les loirs, etc. (Lyon, 1808, in-8<>). SAÏT1QUE (branche), un des nombreux petits bras que le Nil formait autrefois dans le Delta. Elle se détachait de la branche Agathodœmon et se jetait dans le lac Bourlo, en passant par Sais.

SAÏVALA s. m. (sa-i-va-la). Bot. Syn. de

BLYXB.

SAIWO-OLNIAK, dieu des montagnes chez les Lapons.

SAIX (Antoine du), en latin Saxnnus, théologien français, né à Bourg en 1515, mort vers 1579. Entré dans la carrière ecclésiastique, il devint précepteur, puis aumônier du duc de Savoie, qui le chargea d'une ambassade auprès de François 1er. Ses principaux ouvrages sont : VEsperon de discipline (Paris, 1532, petit in-4<>), en vers dissyllabiques; Petit fatras d'un apprentif surnommé l'Èsperonier de discipline (1537, in-4°) ; la Touche naîoe pour éprouver l'ami et le flatteur (Lyon, 1537, in-8°); VOpiate de sobriété (1553, in-8°), en vers; Marquetis de pièces diverses (1559, in-40). Ces ouvrages, fort mal écrits et sans valeur réelle, sont devenus fort rares, ce qui les fait rechercher des bibliophiles.

SA1ZIN s. m. (sé-zain). Comm. Drap qu'un fabriquait dans le Languedoc, pour le Levant.

SAJAM, littéralement race brune, nom sous lequel est connu en Asie le royaume de Siam et que les indigènes eux-mêmes lui donnent.

SAJO, rivière de l'empire d'Autriche, dans la Hongrie. Elle descend du mont Tr .^znik, dans la partie septentrionale du comitat de Gomor, coule d'abord k l'E., puis an S. -E., baigne le comitat de Borsod et sa jette dans l'Hernod, après un cours de 145 kilom.

SAJOR s. m. (sa-jor). Bot. Syn. de plok-

NÉTIIi.

SAJOU s. m. (sa-jou — de çay-gounsou, nom indigène). Mamm. Genre de mammifères quadrumanes, comprenant une douzaine d'espèces, qui habitent surtout les forêts de la Guyane et du Brésil : Le sajou aime beaucoup les caresses et les rend avec beaucoup de grâce. (Boitard.) Les sajous sont vifs, agiles, légers, adroits. (V. de Bomare.) Les sajous bruns paraissent susceptibles de prendre de l'atta~ chement pour les personnes qui les soignent. (E. Desmarest.)

— Encycl. Les sajous, connus aussi sous les noms vulgaires de sapajous et de capucins, sont des singes dont le corps est assez mince et la taille au-dessus de la moyenne; la tête, généralement ronde, dépourvue des crêtes qui caractérisent tes alouates et quelques autres genres, est souvent recouverte d'une calotte de poils plus foncés que ceux du reste du corps. Ces quadrumanes ont la boîte cérébrale trèsvolumiiieuse, très-large et en même temps très-étendue d'avant en arrière ; le trou occipital assez rentré sous la base du crâne; la face large et courte; l'angle facial d'environ 60 degrés; le museau court ; le front peu proéminent; les narines très -écartées; les yeux très-volumineux et très-rapprochés, mais médiocrement ouverts; les oreilles arrondies. Leur formule dentaire ne diffère de celle de l'homme que par une molaire de plus de chaque côté à chaque mâchoire ; on a vu même un individu qui avait quatorze molaires k la mâchoire supérieure.

Les sajous ont des membres très-robustes et allongés, les postérieurs surtout, ce qui leur permet de sauter avec agilité ; les mains et les pieds bien conformés, à cinq doigts terminés par des ongles en gouttière et peu aplatis; la queue à peu près de même longueur que le corps, musculeuse, prenante, vehie, ne présentant jamais de véritable callosité; le pelage court, doux, terne et de couleur sombre, ne variant guère que du brun un gris, ce qui les distingue k première vue des callitriches.

Les sajous habitent les forêts de la Guyane et du Brésil; i,s se tiennent de préférence sur les plus hautes branches des arbres les plus élevés, pour échapper aux grands serpents, dont ils deviennent souvent la proie. Aussi ont-ils une frayeur horrible de ces reptiles; c'est au point que les individus transportés en Europe, dès qu'on leur présente la plus petite et la plus inoffensive couleuvre, poussent des cris de détresse et s'enfuient en donnant des marques de la plus profonde terreur. Ils vivent en troupes et sont monogames. Ils répandent, surtout au temps du rut, uno odeur caractéristique qui leur a fait donner le nom de singes musqués. La femelle ne fait ordinairement qu'un petit, qu'elle porte sur son dos et auquel elle prodigue les soins les plus empressés.

Les sajous sont vifs, pétulants, très-agiles, d'un naturel généralement capricieux, distraits et d'une mobilité extrême. Toutefois, en captivité, ils montrent de la douceur, de l'attention et même quelque docilité, que l'on obtient d'eux par la crainte. Leur voix ordinaire est douce et flûtée ; lorsqu'ils sont excités pur la joie ou par la colère, ils font entendre des cris perçants très-désagréa-

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Mes ; enfin, lorsqu'on les tourmente, leur voix est plaintive et semblable à celle d un enfant qui pleure, ce qui les a fait appeler singes pleureurs. lisse nourrissent surtout de fruits; mais ils mangent aussi des mollusques, des vers, des insectes , des œufs d'oiseaux et même de la viande. Ils sont faciles à élever; aussi sont-ils devenus très-communs dans les grandes villes, où l'on se plaît à les avoir en domesticité. Ils se sont même quelquefois reproduits en France.

Ces animaux sont adroits et intelligents; nous citerons à ce sujet une observation faite par Is. Geoffroy Samt-Hilaire sur un sajou vivant en domesticité , mais n'ayant reçu d'ailleurs aucune espèce d'éducation : « Lui avant donné un jour quelques noix, nous le vîmes aussitôt les briser à l aide de ses dents, séparer avec adresse la partie charnue et la manger. Parmi ces noix, il s'en trouva une beaucoup plus dure que toutes les autres; le singe, ne pouvant réussir à la briser avec ses dents, la Irappa fortement et à plusieurs reprises contre l'une des traverses en bois de sa cage. Ces tentatives restant de même sans succès, nous pensions qu'il allait jeter avec impatience la noix, lorsque nous le vîmes avec étonnement descendre vers un endroit de sa cage où se trouvait une bande de fer, frapper la noix sur cette bande et briser la coquille. Cette observation prouve d'une manière incontestable que notre sajou, abandonné à lui-même, avait su reconnaître que la dureté du fer l'emporte sur celle du bois et par conséquent s était élevé à une idée abstraite. »

Voici encore ce que dit a ce sujet V. de Bomare : « Les sajous sont vifs, agiles, légers, adroits et font des tours et dés gentillesses tout à fait agréables. Ils s'accommodent de la température de notre climat ; ils y subsistent sans peine, pendant quelques années, pourvu qu'on les tienne pendant l'hiver dans une chambre chaude. Ils y multiplient quelquefois, mais ils sont moins féconds : la femelle n'y met bas qu'un petit : le père et la mère relèvent avec grand soin et avec une affection singulière; c'est un plaisir de les voir le bercer, le porter dans leurs bras, le caresser; s'il n'est point docile, on le punit ; le père le tape à coups de poing ou le mord, la mère ne lui donne que des soufflets. Au reste, ces sajous sont tantasques dans leurs goûts et leurs affections ; ils paraissent avoir une forte inclination pour certaines personnes, une grande aversion pour d'autres, et cette habitude est constante chez eux. »

La distinction des espèces est très-difficile dans ce genre, attendu qu'il est rare de trouver deux individus parfaitement semblables et que les espèces passent insensiblement'de l'une à l'autre par une foule de variétés intermédiaires; d'un autre côté, un même individu varie beaucoup de son jeune âge à l'état adulte. Aussi les auteurs ne sont-ils pas d'accord sur le nombre des espèces. Nous ne parlerons ici que des principales et des mieux connues.

Le sajou commun ou sajou brun, appelé aussi çay-gouazou, sajouassou, mikou, voltigeur américain, etc., a environ 0m,35 de longueur totale, non compris la queue, qui atteint 0m,40 environ. Son pelage est d'un brun clair en dessus, fauve en dessous, avec la face d'un noir violacé, encadrée de poils brun noirâtre, le dessus de la tête noir, ainsi que la queue et les extrémités des membres. Il présente plusieurs variétés, dont les auteurs ont fait autant d'espèces distinctes. Le sajou gris n'est que l'individu jeune. Il habite la Guyane, mais ne se trouve pas au Brésil. 11 vit en troupes souvent très-nombreuses et est tout autant Carnivore que frugivore ; quand il prend un oiseau vivant, il lui brise d'abord le crâne pour manger la cervelle.

Le sajou brun a beaucoup d'intelligence, mais il est très-léger de caractère. Il aime beaucoup les caresses et les rend très gracieusement, en faisant entendre une petite voix douce; d'ordinaire il est silencieux et se contente de pousser de temps en temps un petit sifflement; mais quand il est en colère, il donne des signes non équivoques d'impatience, se lève et se rassied brusque- Ynent, a les yeux hagards, les lèvres agitées de mouvements convulsifs etsavoixrauqueet gutturale fait entendre un cri : heu, heu; quelquefois elle devient forte et glapissante et semble faire entendre des sons articulés, qu'on peut exprimer par les syllabes pi, ca, rou. Il parait susceptible d'attachement, surtout pour les personnes d'un sexe opposé au sien ; malheureusement, il a quelquefois des gestes et des attidudesain peu lubriques. Moins pétulant, moins capricieux que les autres singes, il est d'ailleurs tout aussi malpropre ; sans cela ce serait un des animaux les plus aimables à élever en domesticité.

Le sajou brun s'attache à son maître quand il est traité avec douceur; mais la mobilité de son caractère rend très-difficile son éducation proprement dite; si on parvient à-lui faire acquérir quelques talents, ce n'est qu'à force de sévérité et même de coups. Il a souvent la singulière habitude de se manger le bout de la queue, malgré la douleur qu'il éprouve et les peines qu'on se douno pour l'en empêch«r. « C'est généralement , dit E. Desmarest, cette espèce de singe que les Savoyards mènent avec eux dans les rues de Puris. On sait avec quelle adresse, avec

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