‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 497 sur 1059 · V. Huao · texte numérisé non relu

V. Huao

— Archit. Colonne solitaire, Colonne isolée qui ne fait partie d'aucun ordre, qui ne porte pas un entablement.

— Helminth. Ver solitaire, Nom vulgaire du ténia.

— Bot. Se dit des organes qui naissent seuls ou isolés d'organes semblables : Une fleur solitaire.

— s. m. Anachorète, moine qui vit seul, dans un lieu écarté : Les solitaires de la Thébaîde. Le solitaire, dans sa retraite, est soutenu par l'onction secrète de la grâce. (Mass.) L'état du solitaire est un état violent pour l'homme. (St-Evrem. ) Les solitaires avaient, du haut de leurs montagnes, le spectacle des orages du siècle et s'applaudissaient de l'abri qu'ils avaient trouvé. (Chateaub.)

Mes amis, dit le solitaire, Les choses d'ici-bas ne me regardent plus.

La Fontaine.

— Tout homme qui vit dans la solitude, qui vit très-retiré : Vous t'avez vu fort répandu dans le monde, maintenant c'est un solitaire. (Acad.) Un solitaire, vivant peu avec les hommes, a moins d'occasions de s'imboire de leurs préjugés et plus de temps pour réfléchir sur ce qui le frappe quand il commerce avec eux. (J.-J. Rouss.) Les pieux solitaires de Port-Royal se persuadèrent que la vérité de leurs opinions théologiques était attestée par des miracles journaliers que le ciel daignait faire dans l'enceinte de leur retraite. (Lacretelle.) La politique fait des solitaires, comme la religion fait des anachorètes. (Chateaub.)

— Théâtre. Nom donné à des amateurs qui achètent au chef de claque des billets, sans réduction de prix, et se tiennent loin des claqueurs à gages.

— Jeux. Jeu que l'on joue seul, au moyen d'une petite tablette percée de trente-sept trous, et avec trente-six chevilles pointues.

Il Espèce de quadrille dans lequel on joue toujours seul, sans appeler.

— Hist. reiig, Nom donné aux membres de quelques ordres religieux, il Solitaires déchaussées de l'ordre de Sainte-Claire, Congrégation de filles dont les membres vivaient dans la retraite et gardaient un silence absolu.

— Techn. Diamant détaché, monté seul :

Un magnifique solitairk brillait à son petit doigt. (Balz.)

— Astron. Constellation méridionale, placée entre la Balance, le Scorpion et l'Hydre.

— Véner. Vieux sanglier.

— Ornith. Ancien genre d'oiseaux, qu'on avait formé aux dépens des merles, il Nom donné par les navigateurs anciens à un oiseau originaire des îles Bourbon et Rodrigue, et qui parait être une espèce de dronte ; Le solitaire ne peut se servir de ses ailes pour voler, (V. de Bomare.)

— Entom. Nom vulgaire d'une espèce de diptère parasite des chenilles, et d'un papillon du genre coliade.

— Svn. Solitaire, déiert, Inhabité, etc. V. DÉSERT.

— Encycl. Jeux. L'instrument du solitaire se compose d'une petite tablette octogonale qui se tient à la main et qui est percée de trente-sept trous ainsi disposés : trois au premier rang, cinq au deuxième, sept aux troisième, quatrième et cinquième, cinq au sixième, trois au septième et dernier. Trente-sept petites fiches mobiles, à tète ronde et à extrémité pointue, se placent dans les trous. La règle du jiiu consiste en ce qu'une fiche prend, comme aux daines, celle qui lui est contigua toutes les fois qu'on peut, en sautant pardessus, tomber dans un trou vide placé de l'autre côté. On peut alors se proposer divers résultats , soit de suivre une marche telle qu'en enlevant un des pions tous soient pris successivement et qu'il n'en reste plus qu'un seul à la fin ; soit d'arriver à. laisser sur la tablette un certain nombre de pions rangés suivant des figures déterminées. Il n'y a qu'un seul joueur, mais cela n'empêche pas la partie de pouvoir être intéressée, plusieurs personnes pouvant successivement lutter à qui résoudra te problème proposé. Il y a diverses marches connues : le corsaire, pour laquelle on enlève la fiche no 3 ; le joueur va alors de 13 à 3 et suit jusqu'au bout la même marche en zigzag, comparable à ce que les marins appellent louvoyer; le lecteur au milieu de son auditoire : on enlève la fiche centrale, n° 19, et c'est à la case de ce numéro que vient aboutir, à la fin de la partie, la fiche de marche, après avoir enlevé toutes les fiches, sauf celles qui marquent le tour de l'appareil.

Leibniz aimait fort le jeu du solitaire. ■ 11 est bon, disait-il, de s'exercer sur les jeux de raisonnement, non pas pour eux-mémés, mais parce qu'ils servent a perfectionner l'art de méditer. » &\iivsLntl'Encyclopédie méthodique, ce jeu viendrait d'Amérique, où un Français en aurait conçu l'idée et réglé la marche en voyant les sauvages qui, au retour de la

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chasse, plantaient leurs flèches en différents trous disposés à cet effet et rangés par ordre dans leur case. Le Dictionnaire des origines fait dériver le solitaire des carrés magiques dont l'usage est fort ancien en Orient et dont les premières notions nous ont été données par Moseopule, Grec du Bas-Empire.

Cette seconde version paraît la plus vraisemblable. Ce qu'il y a de certain, c est que le solitaire fut à la mode en France vers 1700, ainsi qu'il résulte du témoignage de Rémond de Montmort dans l'avertissement de la seconde édition de son Essai d'analyse sur les jeux de hasard (1713). Si ce jeu de combinaison a cessé d'être en grande vogue, il n'a cependant pomtdisparu complètement de nos jours, et les tabletiers continuent encore à en débiter.

— Théâtre. En argot théâtral, le solitaire est un amateur qui, pour ne pas faire queue ou pouvoir plus aisément pénétrer au théâtre les jours de première représentation ou même les jours de représentation ordinaire, paye entre les mains du chef de claque le prix d'une place et, indépendant et libre, sous la seule condition de ne pas siffler, va s'asseoir avec la claque dans un coin du parterre. Il ne faut pas confondre les solitaires avec les individus qui entrent à vil prix, à la charge par eux de o travailler » des deux mains au commandement de l'entrepreneur de succès, et que l'on nomme, dans le langage coloré, des romains, [es lavables [laver signifie vendre).

— Ornith. Nous ne connaissons guère aujourd'hui le solitaire que par les relations des voyageurs. C'est un oiseau qui parait avoir beaucoup de rapports avec le dronte et aussi avec le dindon; mais il diffère de ce dernier par son bec plus crochu, son œil noir et vif, sa tête dépourvue de crête et de huppe, son croupion arrondi et revêtu de couvertures, sa queue très-petite et ses pieds plus élevés. Ses ailes courtes sont impropres au vol; l'os de l'aileron se renfle à son extrémité en une espèce de bouton arrondi caché par les plumes. Le solitaire devient très-gros ; on assure avoir vu des mâles qui pesaient jusqu'à 45 livres. Son plumage est ordinairement mêlé de gris et de brun ; la femelle est tantôt brune, tantôt jaunâtre; elle a au-dessus du bec comme un bandeau de veuve; ses plumes se renflent des deux côtés de la poitrine en deux touffes blanches, et celles des cuisses s'arrondissent par le bout en forme de eoquille,,ce qui fait un bel effet.

Le solitaire habite surtout les lies Rodrigue et de la Réunion. La beauté de son plumage a de bonne heure fixé sur lui l'aueiilion des voyageurs. Les femelles surtout sont très-remarquables sous ce rapport, et, comme si elles sentaient leurs avantages, elles ont grand soin d'arranger leurs plumes, de les lisser avec leur bec, de les ajuster presque continuellement, de telle façon que l'une ce dépasse pas l'autre; elles ont, d'après Le Guat, l'air noble et gracieux tout ensemble, et ce voyageur assure que souvent leur bonne înine leur a sauvé la vie. Le solitaire, quand il est attaqué, se défend soit avec son bec, soit avec son aileron. Quand il veut appeler sa femelle , il pirouette plusieurs fois du même côté et produit ainsi, dit-on, une sorte de sifflement qui approche du bruit d'une crécelle et s'entend à deux cents pas.

■ Ou voit rarement ces oiseaux en troupes, dit V. de Bomare, quoique l'espèce en soit assez nombreuse ; quelques-uns disent même qu'on n'en voit guère deux ensemble; ils cherchent les lieux écartés pour faire leur ponte; ils construisent leur nid de feuilles de palmier amoncelées à la hauteur d'un pied et demi; la femelle pond dans ce nid un œuf beaucoup plus gros qu'un œuf d'oie, et le mâle partage avec elle les soins de l'incubation. Pendant tout ce temps et même celui de l'éducation de leurs petits, ils ne souffrent aucun oiseau de leur espèce à plus de deux cents pas à la ronde; l'œuf, car on prétend que ces oiseaux n'en pondent qu'un à la fois, n éclôt qu'au bout de sept semaines, et le petit n'est en état de pourvoir à ses besoins que plusieurs mois après ; pendant tout ce temps, le père et la mère en ont soin. Lorsque l'éducation du jeune solitaire est finie, le père et la mère demeurent toujours unis et fidèles l'un it l'autre, quoiqu'ils aillent quelquefois se mêler parmi d'autres oiseaux de Jour espèce; les soins qu'ils ont donnés en commun au fruit de leur union semblent en avoir resserré les liens et, lorsque la saison les invite, ils recommencent une nouvelle ponte. »

Le solitaire passe pour être d'un naturel sauvage; mais il serait plus exact de dire qu'il est timide, car il se laissa approcher volontiers et s'approche même assez familièrement, surtout quant il est encore jeune et qu'on ne court pas après lui ; mais on n'a pu jusqu'à présent réussir à l'apprivoiser. Il ne court pas très-vite; néanmoins il est difficile de le prendre dans les bois, parce que sa ruse et son adresse à se cacher lui permettent de déjouer les poursuites des chasseurs; maison le prend aisément dans les plaines et les lieux découverts. On rapporte sérieusement que, lorsqu'il est saisi, il ne jette aucun cri, mais qu'il pleure et refuse obstinément toute nourriture. On le chasse depuis mars jusqu'en septembre, saison qui correspond à l'hiver dans les contrées qu'il habite. C'est aussi à ce moment qu'il est le plus gras. Sa chair,

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surtout celle des jeunes individus, passe pour être d'excellent goût.

Tous ces détails, et d'autres que nous passons, sont en partie fabuleux, et sans doute l'imagination des voyageurs aura eu plus de part que l'observation directe dans les récits qu'ils nous ont donnés £ur cet oiseau. Dans tous les cas, son espèce parait aujourd'hui complètement éteinte, comme celle du dronte ; un oiseau lourd, incapable de voler, presque sans défense, et dont la chair est excellente, aura dû être bientôt et facilement détruit.

Solitaire (le), roman du vicomte d'Arlincourt (1821, 2 vol. in-8o). Ce roman, dans lequel l'auteur avait l'intention de peindre les moeurs du moyen âge, eut à son apparition un immense retentissement. On en fit en peu de temps treize éditions; on en tira un drame, un opéia; on donna son nom à tous les colifichets de la mode ; on porta des habits solitaires, des robes solitaires. De tous les ouvrages du même auteur , le Solitaire est celui où l'on trouve le plus de tournures burlesques, d'inversions mauvaises et de locutions emphatiques. Le héros n'est pas un de ces cénobites qui fuient le monde pour se consacrer è. Dieu ; c'est un personnage mystérieux, « enveloppé des crêpes de ta mort. Avec terreur le contemplent les pâtres du mont sauvage, où retiré il s'est, a la suite d'inconnues catastrophes, et du lac de Morat k la vallée d'Unterlaken, qui il est, on se le demande. Quand on le rencontre, de la croix on fait le signe. » L'auteur laisse pressentir que Charles le Téméraire, laissé pour mort sur le champ de bataille, n'est pas mort du tout, et l'on entrevoit immédiatement la liaison qui existe entre cette mort postiche et la réalité vivante du mystérieux solitaire.

Or, non loin de la tanière où celui-ci réside, squalide, hérissé et aux bêtes fauves semblable, vit la jeune et belle Elodie. Elodie du comte de Saint-Maur est la fille, et son père, victime des tueurs du duc Charles le Téméraire, a péri. Qui elle est, le solitaire l'ignore, mais il aime cette gracieuse jeune fille. De son côté, Elodie l'a aperçu, au milieu de l'orage et des vents, et sa mâle beauté a fait son cœur tressaillir. Un jour, .sur l'arche d'un torrent assise, elle faisait entendre sa voix pure en s'accompagnant d'un luth harmonieux; elle oublia le luth et de le retrouver elle désespérait, quand, la nuit suivante, le son connu de son luth elle entendit, accompagné d'une voix grave et sonore, qui dominait les vents et la tempête. C'était la voix du solitaire I En ce moment, une troupe de ravisseurs féroces veut mettre à sac le monastère où s'est réfugiée la jeune et belle Elodie. Us pénètrent sous les voûtes sacrées et arrachent au sommeil tout le pieux bercail. Leur chef, l'épouvantable Ecbert, comte de Norindal, n'a pu voir Elodie sans la désirer; il l'enlace de ses bras nerveux et la place sur son cheval.

Déjà, les brigands, chargés de leur proie ou de leur butin, vont franchir le pont du torrent, lorsqu'un guerrier, casque en tête et l'épée haute, leur barre le passage : c'est le solitaire 1 Les soldats du comte l'assaillent avec des cris de rage. Us sont cinquante, qu'importe? D'un reversj^e^jnain, le solitaire les envoie rouler dans le torrent et se trouve face à face avec le comte. Cela va être un terrible combat I Mais non; le solitaire se contente de relever la visière de son casque et le comte Ecbert tombe à genoux ; il a reconnu son prince, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne! Charles lui fait grâce de la vie avec un silencieux dédain, et emmène Elodie évanouie. Rien ne semble s'opposer à leur bonheur; mais c'est la que la fatalité les attend. Un prêtre du voisinage, mandé pour bénir leur union, refuse de marier Elodie avec le meurtrier de son père; Elodie meurt de douleur, et Charles te Téméraire se poignarde sur son cadavre.

Ce roman a fait la joie de nos pères ; il ferait aussi la nôtre, si on le lisait. Le vicomte u'Arlincourt est mort avec la conscience d'avoir fait un pur chef-d'œuvre. « Honte et mépris, dit-il, à qui se permet de juger légèrement ces hommes qui, du milieu de leurs contemporains s'élèvent ainsi avec l'ascendant d'un génie sublime pour imposer aux siècles leurs noms I >

Solitaire (le), opéra-comique en trois actes et en prose, paroles de Planard, musique de Carafa; représenté à Feydeau le 17 août 1822. De tous les ouvrages qu'a composés Carafa, c'est le Solitaire qui a obtenu le succès le pius populaire. Personne n'a oublié la fameuse ronde du Solitaire :

C'est le Solitaire, Qui voit tout, Qui sait tout.

Entend tout, Est partout.

C'est cependant le plus faible titre de cet ouvrage à l'estime des amateurs. Un bel air de ténor, un finale fort dramatique et des chœurs d'un bel effet seront toujours remarqués lorsqu'on reprendra cet opéra.

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