‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 498 sur 1059 · ÊS^^E · texte numérisé non relu

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DEUXIÈME COUPLET

Qui jette un sortilège Sur nos pauvres troupeaux?

Qui glace bous la neige Nos moissons, nos coteaux?

Qui féconde la terre?

Qui fait fleurir nos bois?

Qui rend le ciel prospère A tous nos villageois?

Cbuil C'est le Solitaire, etc.

TROISIÈME COUPLET

Qui sèche, sur la branche, Nos fruits prêts à mûrir ?

Et, sous une avalanche Qui vient nous engloutir?

Qui console une mère En retirant des flou»

Un enfant téméraire Disparu sous les eaux?

Chut! C'est le Solitaire, etc.

SOLITAIREMENT adv. (so-li-tè-re-man — rad. solituire). D'une manière solitaire : 11 a toujours vécu solitairement. Il aime à vivre solitairement. (Acad.) Bonnet reçut un puceron au moment de sa nuissance et l'éleua solitairement. (B. de St-F.)

SOLITAURILIES s. f. pi. (so-li-tô-ri-lî — lat. solitauriliu ; de solus, seul, et de tanrus, «bureau). Sacrifice où l'on immolait un taureau seulement, par opposition aux suovètaurides, où l'on immolait trois victimes, il Quelques-uns confondent les sotitaurilies avec les suovélaurilies,

SOLITUDE s. f. (so-U-tu-de — lat. solitudo ; de solus, seul). Vie solitaire; état d'une personne qui est seule, qui est retirée du commerce du monde : Vtore dans la solitude. Aimer la solitude. Troubler la solitude du quelqu'un. Charmer su solitude par d'agréables occupations. Venes partager tua solitude. (Acud,) Les esprits faibles s'abrutissent duus lu solitude, (Yaugel.J Le* jeunes gens s'accommodent mieux de la solitude que tes vieillards. (La Bruv.) C'est dans tes uiltes tes plus peuptées que i'on peut trouver une plus grande solitude. (Racine.) Etre désolée, c'est élre

seule; la désolation vient de ta solitudb. (Boss.) On est plus heureux dans la solitude que dans le monde ; cela ne viendrait-il pas de ce que dans ta solitude on pense aux choses, et que dans le monde on est obligé de s'occuper des hommes? (Chauifort.) La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps. (Vauven.) La solitude, gui jette dans la langueur les esprits ordinaires, fetrempe un esprit supérieur. (Grinim.) Ce n'est que dans la solitude qu'on se retrouve. (Mme de Staël.) La solitude ramène en partie l'homme au bonheur naturel en éloignant de lui le malheur social. (B. de St-P.) Si tu crains les troubles du cœur, défie-toi de la solitude. (Ô'hateauu.) Il est des temps malheureux où la solitude et le silence deviennent des moyens de liberté. (Valéry.) On peut tout acquérir dans la solitude, hormis du caractère. (H. Beyle.) La solitude développe la poésie qtti est toujours, dans l'homme. (V. Hugo.) C'est dans la solitude que l'homme de génie est ce qu'il doit être; c'est là qu'il rassemble toutes les forces de son âme. (Thomas.) Si le monde console de la solitude, la solitude console du monde. (Pétiet.) La solitude n'est utile qu'à celui qui y apporte un- désir sincère de devenir meilleur. (De Gérando.) L'homme qui a reçu les moyens de servir les autres hommes ne doit pas vivre dans te repos et la solitude. (Azals.) On n'est libre que dans la solitude. (Lauvergne.) La solitude absolue est au-dessus des forces de l'homme; elle ne réforme pas, elle tue. (E. de Beaumont.) La solitude, c'est le vide. (Balz.) La jeunesse a le don par excellence de peupler la solitude. (Ste-Beuve.) // faut à tout être pensant ses heures de solitude et de recueillement. (G. Sand.) Il y a de la grandeur à lutter pour une idée, tantôt avec la foule et tantôt dans ia solitude. ( Prévost-Paradol. ) Etude et solitude sont deux mots qui s'accordent entre eux aussi bien qu'ils riment ensemble. (E. de Gir.)

La solitude est douce à qui hait les méchants.

François de Neufcbateau.

Toute solitude est un gouffre,

V. Hugo, La solitude est mon plus grand effroi ; Je crains l'ennui d'être seul avec moi.

J.-J. Rousseau.

Aux malheureux la solitude est chère; Elie est pour eux l'asile du bonheur.

Dehoustier.

Aimable solitude.

Avec toi disparaît la sombre inquiétude, Avec toi reparaît l'heureux contentement.

KaCAN.

— Lieu solitaire, endroit où l'on vit éloigné du commerce des hommes : Affreuse solitude. Solitude agréable, charmante. Se retirer, s'enfermer dans une solitude. Venez visiter ma solitude, me voir dans ma solitude. (Acad.)

Solitude où je trouve une douceur secrète, Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais Loin du mondeetdubruit goûter l'ombre et le frais!

La Fontaine.

I) Lieu désert, infréquenté, où l'on ne voit personne : Ce lieu est devenu une solitude, n'esf plus qu'une solitude. Les Alpes offrent des solitudes pittoresques. (Acad.) Le désert est une solitudes absolue, mille fois plus affreuse que celle des forêts; car les arbres sont encore des êtres pour l'homme. (Buff.) Toutes les solitudes de la terre sont moins vastes qu'une seule pensée dit cœur de l'homme. (G'haleuub.)

Mainte fleur épanche à regret Son parfum doux comme un secret Pans les solitudes profondes.

Baudelaire.

— Lieu où l'on se sent seul, où l'on éprouve une tristesse solitaire : Depuis son départ, depuis sa mort, ma maison n'est plus qu'une solitude. (Acad.) La solitude la plus affreuse est celle qu'on trouve au milieu de ta foule. (A. d'Houdetot.)

— Encycl. La solitude n'est pas en odeur de sainteté au xix« siècle-, on la pratique dans l'ombre; à la fin d'une vie agitée, elle est pour l'esprit ce qu'est pour le corps la nécessité du sommeil. Cependant, sous le nom de repos, ou l'aime encore. Les gens qui s'y retirent sont des gens fatigués d'une existence laborieuse et qui veulent goûter un moment de paix sur leurs derniersjours avant la mort, qui sera la paix, finale et le repos définitif. Il a été un temps où l'amour de la solitude s'était emparé du inonde entier comme une épidémie. Ce fut à la fin de la décadence romaine, lorsque la civilisation antique sombra et que l'humanité ressentit comme une immense lassitude. Les forêts et les déserts se peuplèrent d'ermites ; les philosophes euxmêmes prêchèrent l'isolement; le stoïcisme et le christianisme se firent à la fois l'écho de ce besoin général, qu'il fallut dix siècles pour apaiser entièrement.

En dehors de ces cas pour ainsi dire épitléiniques, ie goût de la solitude n'atteint, aux époques ordinaires, qu'un très-petit nombre d'hommes, et encore généralement il ne s'empare de ceux-là que durant une période plus ou moins courte de leur vie ; de plus, il est rare que la solitude soit absolue. L'isolement complet n'est jamais on presque jamais réalisé ; il répugne à l'homme , à qui sou organisme interdit de vivre seul. Il y a, en effet, dans la nature humaine des penchants qui ne

peuvent aboutir à l'acte et des facultés qui ne peuvent s'exercer Que dans la société, parce que, dans la solitude, l'occasion et la stimulation leur font entièrement défaut. On sait quelle est l'influence que le langage exerce sur la pensée; c'est un point que nous traitons dans l'article langage. Eh! bien, c'est seulement dans nos relations avec d'autres personnes que nous avons l'occasion de parler. II y a deux excès qui nuisent aux facultés et aux organes, le trop et le trop peu d'exercice. Pour ce dernier, on s'en aperçoit bien lorsqu'on est resté longtemps solitaire et ne parlant à personne. Lorsque ensuite on se trouve replongé dans le milieu social, l'esprit n'a plus la promptitude nécessaire pour répondre ad rem; on a un air stupideeton ne fait qu'ânonner.

Si la solitude agit d'une manière fâcheuse sur l'esprit, elle exerce aussi une influence déplorable sur le coeur. En effet, celui qui est seul ne peut éprouver ni amour ni haine pour autrui, et, par conséquent, il est condamné a l'égoïsme. Or, il est inutile d'insister sur les résultats fâcheux que l'égoïsme amène, nonseulement pour le prochain, mais encore pour celui qui l'éprouve. Dans la société, on peut éprouver le plaisir qui résulte de ce que l'on agit de concert avec d'autres personnes, pour atteindre un but commun, etilen résulte une excitation et une ardeur qui doublent les forces; or, dans la solitude, on ne peut éprouver rien de semblable, et, par suite, on y languit davantage. Ainsi, l'isolement n'a pas seulement pour effet d'hébéter l'esprit, mais encore de mutilée le cœur, de paralyser et d'amoindrir les forces. Cela résulte d'une loi générale. En effet, moins il y a de sensations et de stimulations éprouvées, moins il y a de réactions et de force déployée.

Mais, si la vie solitaire est mauvaise pour ces diverses raisons, l'abus des relations sociales peut aussi avoir des inconvénients, en fatiguant les organes outre mesure, à force de stimulations et de réactions. Aussi, lorsqu'une personne en est là, elle éprouve le besoin d'un répit, elle aspire au repos et au recueillement, et alors la solitude peut être bonne pendant quelque temps comme tempérament et comme remède. D'ailleurs, la fatigue provenant de l'excitation et de l'action n'est pas le seul mal à craindre dans les relations sociales. En effet, le coaur n'y est pas toujours sur un lit de roses. Il peut y être contristé par des chagrins. Or, toutes les affections tristes sont débilitantes. On peut aussi y éprouver de3 passions d'une nature malsaine, telles que la jalousie et l'envie, passions impossibles dans la solitude et qui exercent des ravages dans le physique et dans le moral de l'homme. Ainsi, dans certains cas, la solitude peut être un soulagement et un remède pour les plaies du coaur.

Il y a une conclusion à tirer de ce qui précède. La vie solitaire est mauvaise quand elle est trop prolongée, et, d'une autre part, l'excès des relations sociales est funeste. Il y a donc un milieu à garder ou une alternance & observer.

Quelle part faut-il faire à la vie sociale et à la vie solituire, pour profiter des avantages et pour éviter les inconvénients de l'une et de l'autre? C'est une question qui n'est pas susceptible d'une solution générale et absolue. En effet, la réponse à faire dépend des personnes et des circonstances.

Quand on est fatigué par l'excès des fonctions de relation, on cherche à se donner un répit. Pour cela, on ferme sa porte, et il n'est pas absolument nécessaire d aller au désert. 11 est des gens pour qui un séjour à la campagne constitue une solitude suffisante, quoique l'isolement n'y soit pas absolu. Dans certaines circonstances une plus complète solitude est bonne et même nécessaire. Grâce à elle, on obtient une détente et un délassement pour les organes de la vie de relation. Quand on a le goût de l'étude et qu'on ne veut pas laisser son esprit trop longtemps oisif, il arrive parfois qu'on lit plus et mieux à la campagne qu'à la ville, et si, comme le disait Descartes, la lecture peut être comparée à une conversation que l'on aurait avec les plus honnêtes gens de tous les temps et de tous les pays, il est vrai aussi qu'un pareil entretien ne fatigue ni le larynx ni les poumons. Ainsi, lu solitude peut avoir du bon; mais c'est seulement à la condition qu'on ne s'y plonge qu'en temps opportun et qu'on n'en prenne qu'à des doses modérées.

Solitude» (les) [Las soledades], poèmes renommés de don Luiz de Gongora (1610, in-»0). Ce sont deux vastes compositions dans lesquelles le célèbre poète espagnol, chef de l'école des cultistes, a répandu à profusion ses remarquables qualités et ses défauts non moins considérables ; de tous ses écrits, c'est celui qui a été attaqué avec le plus de violence par ses détracteurs, défendu avec le plus d'acharnement par ses amis et par lui-même. Au fond, il ne valait pas tant de bruit, et l'on se rend facilement compte de l'oubli dans lequel il était tombé au xviu* siècle. Aujourd'hui que notre littérature, avec l'école des stylistes et les théories de l'art pour l'art, se rapproche de l'école et des théories de Gongora, il ne serait pas étonnant que le poète de Polyphème et des Solitudes, l'auteur de quelques admirables sonnets, revint a la mode.

Les Solitudes sont écrites dans le genre

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pastoral, avec cette recherche de style, cas métaphores et ces allusions singulières, ces pointes et ces jeux de mots, ce ton toujours soutenu, élevé, niais souvent enflé et peu naturel, qui composent la manière ordinaire de Gongora. A côté de défauts énormes, de choses qui font sourire, d'autres qui sont entièrpment incompréhensibles, on no saurait nier qu'il s'y rencontre souvent do l'énergie, de la concision, de la couleur, une sobriété de détails que l'on attend peu d'un poète aussi exubérant, une étonnante facilité à passer sans confusion d'une idée à l'autre Le plus grand défaut de ces compositions, c'est la perception inexacte de cette nature champêtre qu elles prétendent retracer ; mais ce défaut est commun à presque tous les poètes du genre pastoral. Les Solitudes, contrairement à l'idée qu'on pourrait s'en faire d'après le titre, sont très-peuplées, mais peuplées d'êtres idéals, La première est consacrée aux plaisirs champêtres, à la description d'une noce île village, festin, danses et jeux de toutes sortes. Un étranger, jeté par la mer sur le sable d'un golfe, après un naufrage, recueilli par des bergers, assiste aux chant3 et aux dansss des jeunes tilles pendant que les garçons, qui portent les préparatifs du festin, font un long détour avec une charge de corbeilles et de vases sur leurs épaules. On s'arrête dans un pré où le Printemps, • vêtu d'avrils et de mais en fleurs, fait jaillir d'une roche ourlée de narcisses la cristal scintillant d'un ruisseau. • Les femmes , « Heurs habillées, > ont des roses et des lis dans les cheveux. Il en vient de tous côtés et le poète croit voir des hamadryades échappées des arbres et des plantes. La seconde Solitude est plus sévère ; elle est consacrée à la pêche et à la chasse. La rude existence des pêcheurs y est poétisée, enrubannée pour ainsi dire de la même manière, et pourtant ce n'est pas une composition sans mérite j la recherche du style, poussée à ses extrêmes limites, empêche la fadeur. On trouverait même une certaine grâce dans le tableau des filles d'un pêcheur étendant sur le gazon en vaste filet qu'elles viennent d'achever. Pour ce qui regarde la chasse, il y a une nomenclature de faucons et de chiens à faire pâmer d'aise un amateur de vénerie. On assiste à une chasse au' faucon minutieusement décrite et très-curieuse ; ce goût, aujourd'hui perdu, que les Espagnols tenaient des Arabes, était encore fort en faveur au xviie siècle , et on en voit là un singulier exemple. Si le style de Gongora n'était pas si ardu, si difficile à saisir, on le lirait certainement encore, malgré son mauvais goût, à cause des précieuses trouvailles d'expression que l'on peut y faire à chaque pas. Mais Gongora est puni pur où il a péché ; il a voulu étonner ses contemporains, et il a si bien enveloppé ses idées de métaphores bizarres et d'allusions incompréhensibles qu'aujourd'hui personne ne se soucie de défaire l'enveloppe pour voir ce qu'il y a dedans.

La meilleure édition des Solitudes est celle de 163S (Madrid, 1 vol. in-4°), avec le commentaire de don Garcia de Salzedo Coronel, éciivain'fort érudit qui se donna la tâche ingrate d'expliquer jnot à motet vers par vers toutes les œuvres de son maître révéré.

Solitude (de la), parZinimermann (Leipzig, 1773-1786, * vol. in-S<>i trad. fr. par Jourdan, 1825-1S40, 1 vol in-8°). L'auteur avait d'abord composé une Méditation sur la solitude (Betrachtungen uber die Einsamkeit) [Zurich, 1758, in-8f],qui peutêtre considérée comme la première ébauche du livre définitif; il reprit le sujet, qui plaisait k sa tournure d'esprit mélancolique, et le traita alors d'une façon complète, trop complète même, car aucun traducteur n'a eu le courage de faire passer ce livre en entier dans une autre langue.

C'est une œuvre qui joint à do remarquables qualités de pensée et de style tous les lourds défauts de la littérature allemande. 11 y a des longueurs fastidieuses, des dissertations infinies qui ne touchent que par un faible côté au sujet, des observations répétées jusqu'à la satiété pendant des centaines de pages, des contradictions manifestes. Il semble que Zimmermann,en composant ce livre, se soit laissé aller tout simplement au plaisir d'écrire les réflexions qui lui venaient à l'esprit à certains moments de retruite et de silence, sans s'apercevoir que quelques semaines, quelques jours peut-être auparavant, il avait déjà dit les mêmes choses, à peu près dans les mêmes termes, ou que, selon une influence accidentelle, il démentait précisément l'opinion qu'il avait exprimée dans une autre disposition d'esprit.

Une particularité singulière, c'est que cet amoureux de la solitude détestait cordialement ses confrères en Thébaïdu, les anachorètes et les moines. « Ce livre, dit-il, u exigu une grande lecture des Vies des saints; vous ririez si je vous disais combien j'ai lu de ces fous et de ces Pères de l'Eglise, qui généralement sont un peu babillards ; toute la Thébalde est un Bedlain. ■ Subjugué par les maximes philosophiques de son temps, il sa lance à tout propos dans une urdente polémique contre les cloîtres et contre toutes ces croyances justement qualifiées par lo xvnie siècle du nom de fanatisme. Constatons enfin qu'en puisant uue grande partie de ses

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idées dans le cercle fort restreint où sa vie était enfermée, dans des incidents passagers, il donne trop souvent par là même à son œuvre une couleur trop locale, trop éphémère, et atténue d'autant le caractère d'ingénuité qu'elle devrait avoir. Les Anglais ont fait, des quatre volumes diffus de Zimmermann, un joli volume qui figure honorablement dans la collection des British Classics de \Valker. Mercier, qui le premier fit connaître cet ouvrage en France ; M. Jourdan, à qui nous en devons une traduction qui annonce une parfaite connaissance de )a tangue allemande, et quelques autres traducteurs ont considérablement abrégé l'œuvre de Zimmermann, et nous croyons qu'il pourrait être plus abrégé encore. L ouvrage, tel que l'a offert M. Jourdan au public français, se compose d'une notice sur Zimmermann, d'une introduction, d'un épilogue et de huit chapitres, dont les principaux sont : Du penchant à la société, Du penchant à la solitude, Inconvénients généraux de la solitude, Inconvénients de la solitude pour l'imagination, Inconvénients de la solitude pour les passions, Avantages généraux de la solitude.

Zimmermann a écrit ce livre avec une tendre mélancolie et un sage esprit d'observation ; il est l'apôtre fervent de la solitude ; mais, s'il en représente les avantages, il appuie encore davantage sur les inconvénients. « L'homme est né, dit-il, pour vivre en société ; il a des devoirs k remplir dans le monde, devoirs de citoyen, de famille, de relations affectueuses ; il ne doit pas briser la chaîne de ses devoirs pour se retrancher dans la retraite avec un froid égoïsme ou une sauvage misanthropie. Si la solitude calme et apaise les passions les plus fougueuses, il est possible aussi qu'elle les entretienne et leur donne un essor plus impétueux. Il faut, pour en goûter la salutaire influence, y porter des pensées de travail, des idées de raison ; rien de meilleur, dans certains moments de la vie, qu'une solitude sage et dignement occupée; rien de plus dangereux qu'une solitude où l'on ne porte que des penchants mauvais, qu'on ne cherche point à corriger, et des habitudes de désœuvrement. « Après avoir fait ses réserves comme moraliste et comme philosophe, l'auteur développe avec abandon le côté le plus attrayant de son idée favorite, les avantages de la solitude pour l'esprit, pour l'imagination, pour le cœur. Tantôt il dépeint avec un enthousiasme poétique les grandes scènes de la nature qui doivent attirer nos regards et charmer notre pensée, les douces joies de la vie paisible et solitaire -, tantôt il évoque le souvenir de ses études, et il cite l'exemple des hommes les plus célèbres qui ont trouvé dans la retraite un repos et une satisfaction intérieure qu'ils avaient vainement cherchés dans le tumulte du monde ; tantôt enfin il prend l'accent d'un père affectueux gui parle à ses enfants, d un maître qui donne une amicale leçon à ses élèves ; il enseigne à ses lecteurs l'amour de la solitude, les modestes vertus, les humbles désirs qu'ils doiventy porter, et leur fait un touchant tableau du bonheur qu'ils y goûteront. Sans doute il tombe souvent dans d'injustes exagérations quand il décrit le vice, les périls et les ennemis de toute sorte que l'on rencontre dans le inonde ; mais il ue faut pas oublier que cette image, sur laquelle il revient sans cesse, a été tracée par Zimmermann avec ses souvenirs, d'après cette société des petites villes où il avait éprouvé de vives souffrances, société mesquine, jalouse, occupée seulement de sa sotte importance et de ses misérables rivalités.

SOLITUDE, hameau du "Wurtemberg, dans le cercle du Neckar, à 5 kilom. N.-O. de Stuttgard, sur la montagne de son nom. On y voit un beau château royal, construit de 1763 à 1767 par le duc Karl.

Solitude, chef-d'œuvre de Ruisdael; au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg. Des rocs sourcilleux, dont la cîme est couverte de nuages et dont le pied est baigné dans une eau tranquille, tel est le spectacle simple, austère, sauvage que le grand maître s'est proposé de fixer sur la toile et qui lui a suftl pour s'élever aux dernières limites de l'art du paysagiste, i Ce site poétique , a dit le docteur "Waagen, cette solitude profonde respirent une mélancolie sublime. »

Des paysages ont été gravés , sous le titre de Solitude, par W. Lowry d'après Poussin , (1786) et par Le Bas d'après Teuiers. Le tableau de ce dernier maître était, aux.vme siècle, dans la collection de M. de Vaux,

Parmi les paysagistes contemporains, MM. P. Flandrin, Bellel et Cabatsont ceux qui ont le mieux rendu la solitude sévère et grandiose des sites montagneux. Le musée du Luxembourg a, du premier de ces artistes, une vue de ce genre , dessinée avec beaucoup de fermeté et de style, mais d'un coloris un peu froid, qui a figuré à l'Exposition universelle de 1867. Le même maître avait exposé en 1855 une autre Solitude qui .a été lithographiée par Jules Laurens. De M. Bellel , nous citerons deux paysages portant le même titre, l'un exposé en 1863, l'autre en 1875; de M. Cabat, deux tableaux aussi, l'un ayant paru au Salon de 1865, l'autre au Salon de 1869; celui-ci représente un Site du Tyrol. Une Solitude peinte par Corot a été gravée

J'eau-forte par Jean-Eugèue Ducasse (Salon

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de 1857). Des paysages ont été exposés sous le même titre par MM. Théodore Aligny (Salon de 1850), Gustave Doré (1857), Achille Oudinot (1864), H. Harpignies (1867), Désiré Dubois (1869), Dardoize (1869), F. de Niederhausen (1870), etc. Au Salon de 1864, a paru un tableau de M, Théodore Gudin , intitulé ; une Solitude en mer.

SOLIVA s. f. (so-li-va). Bot. Genre de plantea, de la famille des composées, tribu des sénécionées, comprenant une quinzaine d'espèces, presque toutes de l'Amérique centrale ou méridionale, et dont une seule croit en Portugal.

SOLIVA (Charles-Evasio), compositeur italien , né k Casal-Montferrat (Piémont) en 1792, mort à Paris en 1851. 11 fit ses études au Conservatoire de Milan. En 1816, il fit représenter au théâtre de cette ville un opéra intitulé La Testa di bronzo, puis Elene e Malvina, et quelques années plus tard, à Turin, deux autres opéras, Le Zingare datt' Asturia et Giulia e Sesto Pompeo. De 1821 k 1831, il fut professeur au Conservatoire de Varsovie. En 1832, il partit pour Saint-Pétersbourg, où il fut chef d'orchestre, puis professeur de chant à l'école dramatique. Eu 1341, il se rendit en Italie, puis vint se fixer k Paris, où il mourut. Outre les opéras ci-dessus cités, on a de iui deux trios, des morceaux de musique religieuse, une Grande polonaise et une Ecole de chant et d'harmonie.

SOLIVAGE s. m. (so-li-va-je — rad. saline). Mise en solives d'une pièce de bois.

SOLIVE s. f. (so-li-ve. — L'origine de ce mot est controversée. On ne trouve pas de forme qui lui corresponde dans les autres langues romanes. Frisch le rattache au latin solum, base ; la soliue serait ainsi proprement un soutien, un étai. Du Cange fait venir ce nom de l'anglo-saxon syl, colonne, et lsaac Voss du latiu sublica, pieu. Diez proposerait bien le latin sublevare, soulever; niais les règles exigeraient pour cela une forme solèue ou solièoe). Constr. Pièce de charpente qui sert à soutenir un plancher et qui porte sur les murs ou sur les poutres : Solive de brin. Solive de sciage. Poser les solives. La pauvre maison est trapue, lourdement appuyée sur de gros murs; les solives noueuses du plafond ont encore 'leur écorce. (H, Taine. ) Il Solive d'enchevêtrure, Solive dans laquelle le chevêtre est encastré, il Solive boiteuse, Celle dont un des bouts est scellé dans le mur et l'autre assemblé dans un chevêtre. Il Solive de remplissage , Celle qui est placée entre deux autres solives, pour remplir l'intervalle. Il Solive en empannon, Celle qui est assemblée en biais sous un linçoir. Il Solive passante, Celle qui fait la largeur d'un plancher sans poutre.

— Eaux et for. Pièce de bois d'un cubage déterminé,

— Loc. fam. S'amusera compter les solives, Ne savoir que faire, tuer le temps.

— Ane. métrol. Mesure de volume équivalente a un parallélipipède k base carrée, d'un demi-pied carré de base et de VI pieds de hauteur, soit de 3 pieds cubes, ou, en mesure moderne, d'environ 10 décimètres cubes, il Pied de solive, Ancienne mesure de volume valant un demi-pied cube. Il Pouce de solive, Ancienne mesure de volume valant un douzième du pied de solive.

— Encycl. Constr. Les solives supportent l'aire sur laquelle est posé le carrelage ou le planchéiage , ainsi que le plafond que l'on établit sous elle à l'aide d'un lattis. On distingue : les solives proprement dites, qui forment l'ossature des planchers; les solives d'enchevêtrure, qui reposent comme les précédentes sur les murs ou sur des maîtresses poutres, et qui supportent des solives ordinaires par 1 intermédiaire d'entretoises ; les solives d'enchevêtrure boiteuses, dont l'une des extrémités repose sur le mur, tandis que l'autre est assemblée k tenon et mortaise dans un chevêtre ou un linçoir. Dans les anciennes constructions, telles que celles du moyen âge, les solives étaient apparentes, souvent moulurées et ornées de sculptures; on les posait tant plein que vide, et leur équarrissage, suivant les portées, variait de 0™,22 à 0™,104. Au xve siècle, les solives avaient peu d'épaisseur etbeaucoup de champ, on les faisait en sapin et on leur donnait un espacement de oa>,60 à om,90, que l'on atténuait par un entretoisement transversal sur lequel reposaientl'axe etle plafonnage. Aces solives apparentes ont succédé les solives cachées, qui permettent une plus grande économie dans la construction, puisqu'elles n'ont pas besoin d'être équarries avec soin, mais aussi qui se pourrissent plus vite à cause de la difficulté que présente l'assèchement du remplissage des planchers. Les solives sont scellées de 0>°,22 k 0™,25 dans les murs, et on leur donne généralement, d'après Rondelet, pour les planchers de maisons d'habitation, une épaisseur équivalant à 1/24 de leur longueur quand elles sont espacées tant plein que vide, et plus quand l'écartement augmente. Leur largeur ne doit pas être inoindre que la moitié de la hauteur, à moins qu'on ne place des fourrures ou des liernes pour les empêcher de se déformer. Aujourd hui, l'on espace les solives de om,30 à 0m,33 d'axe en axe, et on fait leur hauteur égale à deux et même trois fois leur épaisseur. Dans tous les cas, quelles que soient la

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hauteur ou l'épaisseur que l'on adopte, il faut toujours déterminer la dimension des solives k l'aide des formules relatives k la résistance des matériaux, en les considérant comme des solives chargées uniformément sur toute leur longueur et reposant sur deux appuis k leurs extrémités, sans admettre qu'une longueur de om,22à 0°i,25 de scellement dans les murs puisse produire un encastrement. La formule qui répond k ce cas est la suivante :

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dans laquelle p est la charge par mètre courant, l la portée ou longueur de la solive, R le coefficient de résistance par mètre carré, que l'on peut faire égal à 650,000 kilogrammes pour le chêne et à 700,000 kilogrammes pour le sapin; I le moment d'inertie de la pièce par rapport à la ligne passant par son centre de gravité, nia distance de cette ligne k la libre la plus éloignée, a l'épaisseur de la solive et 6 sa hauteur. On fait encore des solives avec des bois méplats que l'on nerve sur les faces verticales à l'aide de croûtes ou dosses de scierie; ce système, imaginé par M. Lagout, ingénieur des ponts et chaussées, permet d'augmenter k peu de frais la résistance des bois méplats. Depuis les progrès réalisés dans la fabrication du fer, on fait beaucoup de solives avec ce inétal; en lui donnant la forme d'un double T, on arrive avec très- peu de poids et très-peu de hauteur à traverser des espaces considérables. Ces solives sont espacées de 010,80 à 0m,90 et sont reliées entre elles par des entretoises également en fer, sur lesquelles on place des fantons pour asseoir le hourdis des augets. On les calcule , pour les planchers ordinaires, à l'aide de la formule citée plus haut, en faisant le coefficient de résistance 11 égal à 10,000,000 de kilogrammes parinètre carré, et en admettant une flèche maxima de 1/300 de leur longueur, fièohe que l'on atténue en cintrant les sulives et en les posant de manière que le plancher soit établi sur leur convexité et le plafond sur leur concavité.

SOLIVEAU s. m. (so-li-vo — dimin. de solive). Constr. Petite solive.

— Allus. littér. Le soliveau de la fable,

Allusion k la fable de La Fontaine, les Grenouilles qui demandent un roi. Les grenouilles, lasses de vivre sous le joug paternel du soliveau, que leur avait envoyé Jupiter, demandent à celui-ci

Un roi qui se remue.

Le monarque des dieux leur envoie une grue,

Qui les croque, qui les tue,

Qui les gobe à son plaisir.

Le roi Soliveau est resté le type de l'autorité faible et débonnaire, dont les sujets se rebutent, mais aussi qu ils ne tardent pas k regretter :

« Il faut élire le fils de Colonia. Dans l'ordre de l'imbécillité, celui-là est presque un génie. Ce n'est pas lui qui se moquera de son peuple. Un soliveau est toujours le meilleur des monarques ; il ne nous mange pas, nous autres pauvres grenouilles, comme la cigogne avec son long bec. »

Henri Heine.

« Le lendemain des journées de Juillet, c'était chez Laffltte; on commençait à jeter le nom du roi futur dans le peuple. Béranger était là, et comme ses amis l'interpellaient, il répondit que ce roi était une planche jetée sur un ruisseau.

■ Oui, dirons-nous à notre tour, on ne voulait que passer le ruisseau; et de celte planche de salut, jetée sur l'abîme, on espérait faire un peu plus tard le soliveau de la fable. » Cuvilliur-Fleuky.

« Quand je vis l'audace des ennemis du trône et la pusillanimité de ses amis, je tins la royauté pour détruite ; elle le fut en effet dès le jour où on viola impunément son sanctuaire. Ce jour-là, les grenouilles sautèrent à loisir sur le soliveau. «

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