‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 499 sur 1059 · L. Rëybaud · texte numérisé non relu

L. Rëybaud

SOLIVÉE s. f. (so-li-vé). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées.

SOLIVURE s. f. (so-li-vu-re — rad. solive). Ensemble des solives d'une construction.

SOLL (Christophe), pasteur réformiste, né k Brauneck, dans le Tyrol, vers 1517, mort k Strasbourg en 1552. Il fit ses études k Wittemberg et à Strasbourg, où il gagna l'affection de Bucer par ses talents, par son zèle pour la Réforme et par la pureté de ses mœurs. Nommé directeur du séminaire théologique de Saint-Guillaume, puis diacre, il fut ensuite placé comme pasteur k Bouxviller, k la demande du comte de.Hanau-Lichtenberg, qui venait d'adopter les principes de la Réforme. En 1547, il revint à Strasbourg et fut élu diacre de Sainte-Aurélie ; mais, sur son refus de signer l'intérim, on

SOLL

lui interdit la chaire. Cependant, il gagna la confiance du pouvoir et fut envoyé coiiuno député de Strasbourg au concile de Trente. 11 mourut à son retour. On n'a de lui qu'un Cantique sur l'Ascension. 11 avait commencé d'écrire la vie de Bucer, dans le but de venger la mémoire du grand réformateur. La mort l'arrêta dans ce travail.

SOLLËB, ville d'Espagne, province des Baléares, dans l'île de Majorque, k 26 kilom. N. de Palma, sur la côte N.-O., avec un petit port de commerce ; 10,000 hab. Exportation d'huile et d'oranges; importation de coton, blé, tissus, eau-de-vie.

SOLLER (Auguste), architecte ailemnnd, né k Eifurt en 1805, mort en 1853. Il fit ses premières études dans sa ville natale et les termina k Berlin sous le célèbre Schinkel qui le prit sous sa protection. En 1843, Soller fut nommé conseiller intime. En 1846, il fit un voyage en Italie et publia, de concert avec Russ et Slûler, un recueil de plans d'églises. La plus célèbre des constructions dues k Soller est l'église catholique de Berlin. On estime moins son église gothique k Mechovttse (haute Silésie).

SOLLEYSEL (Jacques de), écuyer français, né au Clapier, près de Saint-Etienne (Forez), en 1617, mort k Paris en 1680. Il fit ses études chez les jésuites de Lyon et vint ensuite a Paris, où il apprit l'équitation. Après un voyage qu'il fit en Allemagne pour augmenter ses connaissances sur l'éducation 'du cheval, il ouvrit à Saint-Etienne, puis à Paris, des académies hippiques qui eurent un très-grand succès. On lui doit : le Parfait maréchal (Paris, 1664, in-4°) et une traduction de la Nouvelle méthode pour dresser les chevaux, du duc de Newcastle (1677).

SOLLICEUR, EUSE s. (sol-li-seur, eu-ze).

Argot. Marchand, marchande. U Solliceur à la goure. Celui qui, au ino3ren d'une ruse quelconque, vend des marchandises beaucoup au-dessus de leur valeur réelle. Il Solliceur de pogne ou d la pogne, Marchand ambulant. Il Solliceur de zif, Celui qui, k l'aide d'un boniment approprié, réussit k se faire payer d'avance une marchandise qu'il ne livrera pas. Il Solliceur de lacets, Gendarme. \] Solliceur de loffitures, Homme de lettres.

SOLLICITABLE adj. (sol-li-si-ta-ble — rad. Solliciter). Qui peut être sollicité : Personne SOi.LictTABLE. Emploi sollicitable. Sa grâce n'était point solucitable.

SOLLICITATION s. f. (sol-li-si-ta-si-on — rad. solliciter). Action de solliciter, prière, demande pleine d'instance .- Se rendre à des sollicitations. Céder, résister aux sollicitations. Sollicitation pressante, instante,

— Soin qu,'on prend, démarche, diligence qu'on fait pour le succès d'une affaire : Un tel est chargé de la sollicitation de toutes les affaires de cette ville, de tel département. Il a employé bien du temps à la sollicitation de ses procès. (Acad.) J'ai écrit encore pour une vingtième sollicitation à ce petit bredouilleur de Parère. (Mme de Sèv.) L'usage qui a inventé les sollicitations semble avoir été fait pour éprouver la patience des juges qui ont du. courage et de la probité, (ilontesq.) La sollicitation est offensante pour le juge sollicité. (Marmontel.)

SOLLICITER v. a. OU tr. (sol-li-si-té — lat. solliciiare; de sollus, ancienne forme de solus, seul, et de citare, exciter). Inciter, engager, pousser : Solliciter à la révolte. Solliciter au mal, au péché. Solliciter quelqu'un à faire quelque chose, de faire quelque chose. Ils Savaient sollicité d'entrer dans leur parti. (Acad.) Celui qui sollicite m juge ne lui fait pas honneur. (La Bruy.) Solliciter un juge ! Il suffit d'être honnête homme pour n'en rien faire. (J.-J. Rouss.)

— Demander avec instance : Solliciter son congé. Solliciter la liberté, l'élargissement de quelqu'un. Solliciter une grâce.

Solliciter par ses amis. Beaucoup de gens sollicitent cette place. Lorsqu'on sollicite la communication d'un secret, on est indiscret. (Mme Monmarson.) La confédération des femmes qui sollicitent le divorce est très-nombreuse. (Mme Necker.) La preuve qu'en général les enfants tiennent plus à parler qu à savoir, c'est qu'il est assez difficile de leur faire écouter l'explication qu'ils ont sollicitée. (liéinusat.) ;

— Tâcher de*faire réussir par des sollicitations : Solliciter un procèsy une affaire. Elle m'avait prié d'aller solliciter une affaire au parlement de Normandie. (Prévost.) J'avais obtenu du ministre la permission de solliciter mon procès. (Beaumarch.)

— Fig. Attirer, provoquer : C'est à l'imprimerie que l'on doit la possibilité de répandre les ouvrages que sollicitent les circonstances du moment. (Condorcet.) Les bonnes méthodes sont celles qui sollicitent avec succès l'attention des élèves. (J. Droz.) Nulle volonté sans un motif gui la détermine et un attrait qui la sollicite. (Lamenn.) L'intelligence détermine les actes, l'amour les sollicite. (Lamenn.) y Pousser par une impulsion, une action physique : La pesanteur est une des formes de la force qui sollicite les corps à se précipiter les uns vers les autres.

— Absol. : Il est doux de voir ses amis par goût et par estime; il est pénible de les cultiver par intérêt; c'est solliciter. (La Bruy.)

SOLL

Un pauvre qui sollicite est presque toujours importun. (Fléch.) Une femme qui sollicite est une femme qui se compromet. (Mma C. Bachi.) Sous un régime d'unité, tout le monde tend la main; les villes comme les individus sollicitent. (Proudh.)

Commentl monsieur se fâche, et monsieur sollicite! Monsieur apparemment compte sur son mérite.

Etiehmb.

Ici-bas le bonheur est pour les intrigants, Et nul profit ne vient à qui ne sollicite.

lACHAMBEAUDIB.

— Solliciter quelqu'un de son déshonneur, Lui proposer, exiger de lui quelque chose da déshonorant, i! Vieille loc.

— Manège. Solliciter un cheval, L'exciter, l'animer du geste et de la voix.

— Gramm. Quand solliciter doit être complété par un infinitif, on met la préposition à devant cet infinitif si l'on entend parler d'une simple tendance qu'on cherche à exciter chez les autres; solliciter quelqu'un à faire quelque chose, c'est l'y engager d'une manière quelconque et peut-être même sans désigner positivement la chose. Avec la préposition de, solliciter désigne une demande positive et précise.

SOLLICITEUR, EUSE 3. (sol-ïî-si-teur, euze — rad. solliciter). Personne qui sollicite, qui demande un emploi, une grâce, une faveur : La caste des sollicitburs ne sait vivre que de l'argent de l'Etat. (Mme de Staël.) Un peuple de solliciteurs est le dernier des peuples. (Montalemb.) L^ ministres sont les esclaves de deux peuples ; l'un qui s'appelle les solliciteurs, l autre qui s'appelle les commis. (E. de Gir.)

.... Comment braver le sourire ou les larmes D'une solliciteuse aimable et sous les armes?

Pieon.

— Personne qui s'employait a solliciter les procès, ies affaires d'autrui : Un habile solliciteur. Un solliciteur diligent, actif. Un solliciteur d'affaires. Un solliciteur de procès. {Acad,)

— Chancell. rom. Banquier expéditionnaire.

— Ane. jurispr. Solliciteur de restes. Officier chargé de poursuivre les comptables quand ils étaient en déficit.

Solliciteur (le), vaudeville en un acte, do Scribe, Irabert et Varner (Variétés, 7 avril 1817). C'était originairement une grande pièce ennuyeuse, en trois actes ; Scribe en fit un petit vaudeville amusant. La scène se passe dans l'antichambre d'un ministre. Lespérance est le nom du solliciteur. Pour échapper à la consigne donnée au suisse et afin de pénétrer dans les bureaux, il a soin de cacher son chapeau, d'avoir une plume derrière l'oreille et des papiers sous le bras ; mais comment parvenir jusqu'au ministre ? L'entrepôt de tabac de Saint-Malo est l'objet de ses démarches. Il a de nombreux concurrents, notamment une dame Durand qu'il faut épouser pour obtenir cette place. Lespérance promet conditionnellement ; il cherche ensuite à mettre dans ses intérêts un jeune surnuméraire nommé Armand : mais, le trouvant incorruptible, il s'accroche a Mme de Versac, riche veuve qui protège Armand et qui demande pour lui une place au ministre. Mme de Versac s'imagine que Lespérance est un employé du ministère et lui lit sa pétition. Le solliciteur lui Substitue adroitement la sienne.et met celle de M"« de Versac dans sa poche. Cependant, il trouve et saisit bientôt l'occasion de se présenter devant le ministre. Un garçon limonadier vient d'apporter le déjeûner du secrétaire général. Lespérance prend sa place et le voila devant son excellence. Dans la joie d'être arrivé au comble de ses vœux, il se trompe, et remet au ministre la pétition de Mme de Versac, que son Excellence apostille. Quel est le désappointement du pauvre solliciteur quand il s'aperçoit de sa bévue 1 H ne lui reste plus qu à essayer de jouer le mime tour dans un autre ministère.

sollicitude s. f. (soll-li-si-tu-de — lat. sollicitudo; de sollicitus , agité, venu de sollicitare, inciter). Soin inquiet : La sollicitude maternelle. On l'a soigné avec sollicitude, avec une vraie, une tendre sollicitude. (Acad.) La sollicitude maternelle ne se supplée point. (J.-J. Rouss.) Les femmes se montrent timides pour exciter la sollicitude et se faire protéger. (Latena.)

... Voub n'avez nul soin, nulle sollicitude

Pour — Ah! sollicitude h. mon oreille est rude,

11 pue étrangement son ancienneté.

Molière.

— Préoccupation inquiète : Cette affaire lui donne, lui cause beaucoup de sollicitude. Il vit dans une sollicitude continuelle. Il éprouve une grande sollicitude , de grandes sollicitudes, (Acad.)

— Par ext. Objet d'un soin constant, attentif : La jeunesse , après avoir été la sollicitude et f affection de ma vie entière, n'a pas cessé de m'étre chère. (Dupanloup.)

— Ecrit, sainte. Les sollicitudes du siècle, Les soins des choses temporelles : Les sollicitudes et les engagements du siècle absorbent presque tous nos jours et nos moments. (Mass.)

— Syn. Sollicitude, —la, souci. V. SOIN.

SOLM

SOLLIER (Jean-Baptiste de), savant bollandiste, né au village de Herseau, dans le Courtraisis, en 1669, mort en 1740. 11 entra dans l'ordre des jésuites, professa la théologie à Rome en 1697 et revint en France, où il fut attaché a l'œuvre des bollandistes. Il fut pendant vingt ans à la tête de la publication de la Vie des saints, et il a publié, en outre, une édition du Martyrologe d'Usuard (1714, in-fol.).

SOLL1ÈS-PONT, bourg de France (Var), ch.-l. de cant., arrond. et à 15 kilom. N.-E. de Toulon, dans une belle plaine ; pop. aggl., 2,173 hab. — pop. tôt., 2,692 hab. Filatures de soie; fabrication de chapeaux, pâtes alimentaires, eaux-de-vie ; huileries, tanneries. Commerce de vins, figues sèches, oranges et citrons.

SOLLOHUB (Vladimir, comte), littérateur russe, né à Saint-Pétersbourg en 1814. Issu d'une ancienne famille de Lithuanie, il reçut une brillante éducation et fut attaché de bonne heure à l'ambassade russe à Vienne. Il ne tarda pas à renoncer à la diplomatie pour s'occuper exclusivement de littérature; en 1850, cependant, il fut adjoint, avec le titre de conseiller d'Etat, au prince Voronzoff dans l'administration des provinces transcaucasiques. Plus tard, il se fixa à Dorpat, d'où il passa, en 1865, à Moscou, qu'il habite depuis cette époque. Il avait débuté dans la littérature par un recueil de nouvelles, intitulées : Pour le sommeil du petit lit (Saint-Pétersbourg, 1841-1843, 2 vol.), qui par la facilité et l'élégance de leur style obtinrent beaucoup de succès. Ii publia ensuite, en collaboration avec Shoukovski, Benediktoff et la comtesse Rostopchine, un recueil littéraire, Hier et aujourd'hui (Saint- Pétersbourg, 1845), qui renferme plusieurs pièces remarquables. Mais son ouvrage le plus important, et pour le fond et pour la forme, est celui qui a pour titre Tarantas (Saint-Pétersbourg, 1845); il raconte le voyage d'un jeune habitant de Saint-Pétersbourg dans les provinces de l'intérieur de la Russie, et fait de la vie et des mœurs russes un tableau d'autant plus divertissant que la comparaison de l'antique simplicité patriarcale et des raffinements de Ja civilisation moderne

?' donne lieu aux plus piquants contrastes. Il aut encore citer du même auteur plusieurs vaudevilles, dont le plus remarquable a pour titre : les Souffrances d'un cœur faible (l$50), des nouvelles, entre autres la Femme de l'apothicaire, traduite en français parX. Marinier; Histoire de deux galoches; Deux minutes; la Petite vieille, etc. , une comédie en trois actes, une Preuve d'amitié, qui a obtenu, en 1859, un certain succès au théâtre du Gymnase, à Paris. Le comte Sollohub a, en outre, collaboré à un grand nombre de journaux et de recueils littéraires russes et a fourni plusieurs mémoires au Bulletin de la Société géographique de Tiflis, dont il était devenu membre pendant son séjour au Caucase, et aux travaux de laquelle il a toujours pris une part active depuis cette époque. Parmi ses écrits qui ont été publiés ou traduits en français, nous citerons : Nou- ■ velles choisies (1854, in-12), trad. par M. de Lonlay ; Lettre au rédacteur de l'Indépendancebelge sur la méthode Galin-Paris-Chevé (1859, in-8°) ; les Musiciens contre la musique (1860, in-8°) ; la Protégée, aventures d'une comédienne du grand monde (1864, in-12), trad. par M. de Lonlay, etc.

SOL LUCET OMNIBCS {Le soleil luit pour tout te monde) , C'est-à-dire qu'il est des avantages dont tout le monde a le droit de jouir.

SOLLYE s. f. (sol-lî — de Solly, botan. angl.). Bot. Genre d'arbustes, de la famille des pittosporées, comprenant quelques espèces, originaires de l'Australie et de la Tasmanie.

SOLMEZANB (Boniface Pastoret , baron de), -magistrat et diplomate français, né en 1576, mort vers 1660. Conseiller au parlement de Provence, il fut chargé de fréquentes négociations auprès des ducs de Savoie et fut employé dans de nombreuses missions parles ducs de Parme et de Modène. Après s'être démis de sa fonction au parlement, Solmezane se livra entièrement à la diplomatie. Dans sa vieillesse, il fut disgracié ; il quitfa alors Turin et se retira dans ses terres. Il a laissé des mémoires sur l'histoire du midi de la France pendant le règne de Louis XIII et la régence qui suivit. L'un de ses deux fils, Antoine, baron.de Solmezane, fut tué à l'expédition de Caodie. Le second, Pierre, vécut à Seillans, où il mourut en 1680.

SOLMIFIER v. a. ou tr. (sol-mi-fi-é — de sol, et de mi. Prend deux t de suite aux deux pr. pers. pi. de l'iinp, de l'ind. et du subj. prés. : Nous solmifiions ; que vous solmifiiez). Ane. mus. S'est dit pour solfier : Solmifier un air.

SOLMISATION s. f. (sol-mi-za-si-on — rad. solmiser). Ane. mus. Art, action de solmiser, de lire ou de chanter la musique en nommant les notes.

— Encycl. V. solfier et solfeqk.

SOLMISER v. a. ou tr. (sol-mi-zé — de sol, et de mi). Ane. mus. S'est dit pour solfier.

SOLMONA ou SCLMOMA, la Sulmo des Ro-

SOLO

mains, ville du royaume d'Italie, province de l'Abruzze Ultérieure Ile, chef -lieu de district, de mandement et de circonscription électorale, à 70 kilom. S.-E. d'Aquila; 14,553 hab. Fabrication de papier, objets en écaille ; teintureries. Cette ville, assez bien bâtie sur les bords de la Sore, possède une belle cathédrale, plusieurs autres églises, un bel hospice et, aux environs, un ancien couvent de célestins, transformé en maison de travail pour les indigents, Solmona, plusieurs fois ravagée par les Sarrasins, fut érigée eu principauté par Charles-Quint, en faveur de Lannoy, vice-roi de Naples. Patria du poste Ovide et du pape Innocent VIL

SOLMS (Mme Marie de), femme de lettres française. V. RatTaZzi.

SOLO s. m. (so-lo — mot ital. dérivé du lat. solus, seul). Mus. Passage ou morceau pour une seule voix ou un seul instrument : Chanter, jouer un solo. Un solo de cor, de harpe, de basson. (Acad.) II Adjectiv. : Violon SOLO. Clarinette solo, h PI., solos, et plus ordinairement aujourd'hui soli, à l'italienne. L'Académie veut qu'on dise des solo; mais cette orthographe , que rien ne justifie , est d'ailleurs contraire à celle qui a été adoptée pour le pluriel de duo et de trio.

— Jeux. Au boston, Coup que l'on fait seul et volontairement. Syn. d'iNDÉPENDANOE.

— Encycl, Le solo est un morceau ou fragment de morceau destiné à être joué ou chanté par un seul virtuose, L'orchestre se bornant alors à un simple accompagnement dont le but est de soutenir la voix ou l'instrument principal chargé de briller en cette circonstance. Castil-Blaze dit que î le solo s'appelle récit, t Ce n'est pas exact. Le récit chanté par une voix est toujours un solo; mais il ne s'ensuit pas que tout solo soit un récit. Dans une messe, dans un oratorio, un solo vocal se fait souvent entendre, qui n'est point un récit; dans la musique dramatique même, on trouve souvent des exemples semblables.

Lorsqu'une partie vocale ou instrumentale est destinée, dans un ensemble, à absorbera son profit l'attention générale, le mot solo, inscrit a cet endroit sur chaque partie, indique au virtuose privilégié qu il va être placé en première ligne, et en même temps fait connaître aux autres qu'ils doivent accompagner avec la plus grande réserve, la plus grande délicatesse, afin de laisser bien à découvert la partie principale, celle que l'auditeur doit entendre par-dessus toutes les autres. Souvent un solo instrumental accompagne un morceau vocal, et l'harmonie produite par la voix ou les voix et l'instrument est une source d'effets nouveaux. Au second acte du Pré aux clercs, l'air d'Isabelle est soutenu par un brillant solo de violon ; l'air célèbre de la Dame blanche : Viens , gentille dame, est

firécédé d'un solo de cor formant ritournelle ; a romance du troisième acte des Mousquetaires de la reine est accompagnée par un solo dé cor anglais ; la sérénade de Don Juan est soutenue par un solo de mandoline; l'air de Coraline, daus le Toréador, est accompagné par un solo de flûte, etc.

Il peut y avoir un solo de plusieurs instruments à la fois ; ainsi, dans l'introduction de l'ouverture de Guillaume Tell, il y a un solo de cinq violoncelles, dont chaque partie est distincte ; dans l'ouverture du Jeune Henri, on trouve aussi un solode quatre cors, dont chaque partie encore est distincte; au troisième acte du Pré aux clercs, on rencontre un solo d'altos et de violoncelles, cette fois à l'unisson, etc.

Dans les orchestres nombreux et bien composés, on donne la qualification de solo à l'instrumentiste chargé d'exécuter les solos concernant son instrument. On dit alors un violon solo, un cor solo, une clarinette solo, une flûte solo, etc. Jadis, le virtuose auquel incombait cet honneur jouait strictement les solos et ne faisait point sa partie dans l'exécution du reste de l'ouvrage; maintenant, et par mesure d'économie, on a supprimé cet emploi extraordinaire , et l'instrument solo fait partie intégrante de l'orchestre.

Il y a soixante ans encore, on donnait le nom de solos à des compositions écrites pour un instrument principal avec accompagnement d'orchestre; c'étaient des espèces de concertos d'une forme irrégulière et d'une étendue assez restreinte ; on appelle aujourd'hui i fantaisies » ces sortes de compositions.

SOLO, rivière de l'Océanie, dans l'île de Java. Elle coule au N.-E. et se jette dans le détroit de Madura, après un cours de 350 kilom.

SOI.O-BËNG-AWAN ou SOURARARTA, ville de l'Océanie, dans lîle de Java, à 500 kilom. S.-E. de Batavia, sur la rivière de Solo, excapitule de l'ancien royaume de Matarem ; 10,000 hab. Cette ville est formée par la réunion de plusieurs gros villages.

SOLOFKA, ville du royaume d'Italie, province de la Principauté Ultérieure, district et à 11 kilom. S.-E. d'Avellino, chef-lieu de mandement; 5,376 hab. Fabriques de draps, cuirs , parchemins ; orfèvrerie renommée. Ville assez bien bâtie, renfermant une belle église collégiale.

SOLOGNE (maladie de). V. maladie.

SOLOGNE, Secolaunia au moyen âge, pays de l'ancienne France, compris aujourd'hui

SOLO

dans les départements de Loir-et-Cher, du Cher et du Loiret, dans lesquels il occupe une étendue de 500,000 hectares. Les guerres de religion commencèrent et la révocation de l'édit de Nantes consomma la ruine de cette contrée, autrefois riche et florissante. C'est un pays plat, sillonne ça et là de quelques filets d'eau fangeux, parsemé de flaques d'eau stagnante et composé de terres sablonneuses. On n'y rencontre guère qu'une herbe grossière et chétive, ou des bois rabougris. L'habitant semble être aussi misérable que le sol; la pauvreté des produits et conséquemmetlt la mauvaise nourriture, les étangs, les cours d'eau marécageux occasionnent des fièvres intermittentes et des maladies scorbutiques. Ce triste tableau ne s'applique plus aujourd'hui au pays tout entier. L'impulsion donnée à l'agriculture, au reboisement et à l'amélioration des races ovine et bovine a complètement transformé certaines parties de cette vaste contrée. En voici une preuve : en 1830, le prix des meilleures terres ne dépassait pas 300 francs l'hectare ; tandis qu'en 1870, il variait, sur beaucoup de points, de 1,500 à 2,000 francs. Au point de vue géologique, la Sologne forme un vaste bassin dontle sol appartient aux ter rains secondaires inférieurs, formés de grès bigarrés, de poudingues, de schistes marneux, de calcaires et de marnes irisées. Les principaux cours d'eau qui l'arrosent sont la Sauldre, que l'on a entrepris de canaliser, le Beuvron et le Cosson. Le canal de la Sauldre est destiné à unir le Cher k la Loire.

La Sologne était autrefois couverte de forêts, dont Ta disparition avait fait du pays un désert malsain. Des plantations nouvelles de pins, de chênes, de bouleaux, etc., ont complètement transformé l'aspect de la contrée et beaucoup contribué à son assainissement. On cultive la vigne sur dix communes du territoire solognot, et elle produit une quantité considérable de vins blancs qui, dans les années favorables, sont doux et agréables. On estime surtout ceux du cru nommé Murblin, dans la commune de Cour-Cheverny, à 12 kilom. de Blois. Un grand nombre de chaudières, appartenant aux propriétaires, réduisent ces vins blancs en eaux-de-vie, lorsque la récolte est abondante. Elles sont ordinairement fabriquées à 20° ou à 22°. Leur extrême douceur, qui augmente en vieillissant, les fait préférer à toutes les autres pour la fabrication des liqueurs. Ces eaux-de-vie, que l'on exporte surtout dans le nord de la France, sont l'objet d'un important commerce. On peut juger le plus souvent de l'état d'un pays par l'examen attentif des habitations. En feologne, la plupart des fermes ont plutôt l'aspect de tanières que de bâtiments destinés à abriter des hommes. Le sol est généralement dépourvu de plancher et se compose seulement de terre battue; il est plus bas que celui de la cour, d'où résulte une humidité constante, cause naturelle des rhumatismes dont les Solognots sont atteints avant l'âge. Les murs en torchis sont mal clos, les portes et les croisées sont mal jointes. Les animaux ne sont" ni mieux ni phjs mal logés que les hommes. Les bergeries semblent avoir été faites en vue d'y faire étouffer les pauvres bêtes qu'on y enferme. La nourriture des paysans de la Sologne est encore généralement des plus mauvaises. Pendant huit mois de l'année, ils mangent un pain de seigle noir et fétide avec un peu de fromage ou de porc salé. Pendant quatre mois, le pain de sarrasin est substitué a celui de seigle. La boisson habituelle est une eau de fort mauvaise qualité, à laquelle on peut attribuer en partie la fréquence des fièvres intermittentes, si funestes aux habitants.

L'élève du bétail est une des principales ressources des habitants de la Sologne. Les chevaux de ce pays sont maigres, petits, mal conformés ; leur croupe a l'apparence de celle du mulet, leur tête est laide, leur corps généralement disproportionné. Les jambes cependant sont fines et bonnes. Depuis quelques années, on a fait de nombreux essais d'amélioration, souvent couronnés de succès.

Quant à la race ovine de la Sologne, elle a, dit M. Magne, son enractère très-marqué. Tout en ressemblant au berrichon par sa taille et ses formes, le mouton solognot se reconnaît a sa tête et à ses jambes roussâtres, à sa laine ordinairement blanche, mais souvent grise à l'intérieur, moins fine, plus dure, disposée en mèches que dépassent quelques poils longs terminés en pointe vrillée, frisée. Très-sobres, les moutons solognots se développent suivant la fertilité du pays où ils sont élevés. Des brebis solognotes, exportées pleines de la Sologne et conduites dans le Gàtinais ou la Brie, donnent des agneaux qui les dépassent en taille. Une génération ou deux suffisent, dans les contrées fertiles, pour doubler leur taille. Dans la première moitié de notre siècle, les propriétaires de la Sologne ont fait beaucoup d'essais sur les races ovines; la plupart ont échoué parce qu'ils ont oublié qu'en introduisant dans un pays aussi pauvre que le leur des races perfectionnées très-exigeantes, c'était les vouer inévitablement à la dégénérescence et à la mort. Un seul, M. Malingié, directeur de la ferme école de La Charmoise, a réussi à fonder une race excellente par des individus du pays accouplés avec des spécimens de la race anglaise de New-Kent. Mais il est juste de dire que cette exception est due tout entière aux

SOLO

moyens employés par M. Malingié. La difficulté d'amener en peu de temps l'agriculture de la Sologne au point de perfection qu'eût exigé l'introduction d'une race étrangère améliorée donna l'idée à quelques propriétaires de garder la race du pays en l'améliorant de plus en plus par la sélection et une nourriture plus substantielle. La race ovine solognote se trouva fort bien de ce traitement, et, sans rien perdre de ses qualités premières, qui sont une grande rusticité, une sobriété a toute épreuve et la faculté de donner à la boucherie une viande remarquable par sa saveur, elle augmenta sensiblement de taille et donna une laine de qualité bien supérieure. 11 s'en faut bien, certes, que toute la population ovine de ce pays participe encore à ce mouvement. On retrouve toujours sur un très-grand nombre de points l'ancienne race demeurée stationnaire ; mais c'est que là le sol lui-même n'a pas augmenté de valeur et que ses produits, en dépit du temps, sont toujours les mêmes.

Sologne (un marais dans la), tableau de M. Jules Dupré (Exposition universelle de 1867). Sous un ciel gris, assez lumineux, s'étend une vaste plaine, dont l'uniformité est rompue çk et là, par quelques bouquets d'arbres et des touffes de broussailles; à travers les prés, zigzague une rivière où se mirent ' les nuages; au premier plan , un homme est assis dans un petit bateau.

Cette peinture , très-riche de tons et trèsharmonieuse, est exécutée avec une extrême énergie et en même temps avec une grande finesse. Elle a fait partie de la collection de M. Marmontel, dont la vente a eu lieu en 1868.

La solitude mélancolique de la Sologne a été bien rendue par M. René Verdier dans un tableau qui a paru au Salon de 1870 et qui a été gravé k l'eau-forte par Mlle Marie Duclos ; mais c'est M. François Blin que cette campagne plate et triste a le mieux inspiré ; on a beaucoup remarqué un tableau que cet artiste a exposé au Salon de 1865 sous ce titre : Un Soir d'été en Sologne. • Il se dégage de cette œuvre, a dit un critique, une harmonie qui réjouit les yeux , en même temps qu'elle berce l'âme comme ferait une symphonie. » Déjà, au Salon de 1857, M. Blin avait exposé deux Vues prises en Sologne, dont l'une offrait un effet du soir très-poétique. M. Porcher a peint un Etang en Sologne (Salon de 1869) et M. L. Belly une Lande en Sologne (Salon de 1875).

SOLOGNOT, OTE S. et adj. (so-lo-gnot, o-te;gn mil.). Géogr. Habitant de la Sologne ; qui appartient à ce pays ou k ses habitants : Les Solognots. La population solognote.

SOLOMOS (Denis), poSte grec moderne. V.

Salomos.

SOLON s, m. (so-lon — nom d'un législateur athénien). Législateur intègre :

11 est là des tyrans, des ministres cruels, Et des Salons d'un jour qu'on proclame immortels.

Micqaud.

SOLON, législateur, homme d'Etat, poète et philosophe, un des sept sages de la Grèce, né dans l'île de Salamine, près d'Athènes, en 638 avant notre ère, mort dans l'île de Chypre vers l'an 559, à l'âge déplus de quatre-vingts ans. Son père, Exécestidas, était le représentant d'une des plus vieilles familles athéniennes et passait pour descendre du roi Codrus. Sa mère, qui fut l'aïeule de Platon, était cousine germaine de la mère du tyran, Pisistrate. Malgré son illustration d'ancienne date, la famille de Solon était pauvre, et il dut se livrer au commerce pour se refaire un patrimoine. Le commerce des Athéniens était surtout un commerce maritime et se faisait de préférence dans les pays étrangers à la Grèce. Solon voyagea donc. « Cependant, dit Plutarque, au rapport de quelques auteurs, ce fut plutôt pour acquérir de l'expérience et de l'instruction qu en vue du profit que Solon se mit k voyager. » Quoi qu'il en soit, la fortune qu'il avait amassée dans ses voyages et les connaissances qu'il en rapporta le placèrent aurang despremiers citoyens de lu cité, A des connaissances étendues sur les lois, les mœurs et la politique, il joignait des talents poétiques remarquables. Les* historiens ^ïe représentent comme un homme d'un ca- "ractère doux et facile. On lui reproche même de n'avoir pas toujours montré dans sa conduite l'austérité de mœurs qui convient à un philosophe et k un réformateur. Mais il ne faut pas oublier que les anciens n'avaient pas sur la morale les mêmes idées que nous. Personne n'a jamais contesté, au reste, son ardent patriotisme et ses vertus publiques.

Durant son absence, les Athéniens, après une guerre prolongée contre les habitants de Mêgare, avaient été chassés de Salamine. Les efforts infructueux qu'ils avaient faits pour la reconquérir avaieut tellement lassé leur courage, qu'une loi avait défendu sous peine de mort de parler encore de cette affaire. Cependant, lorsqu'un certain laps de temps fut écoulé, le souvenir de leurs désastres s'était évanoui, et le peuple désirait vivement reprendre Salamine. Mais nul n'osait mettre la question eu avant à. cause de la peine do mort prononcée par la loi. Solon contrefit l'insensé. Le moyen était fort ingénieux : il sort un jour de chez lui avec un chapeau sur la tête, comme les malades avaient coutume d'en porter, et se rend sur l'Agora. Une grande

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foule l'y ayant suivi, il monta sur les pierres d'où les orateurs parlaient au public et se mit k réciter une élégie, dont il reste quelques vers : « Je suis venu moi-même, disaitil, en héraut de Salamine si regrettable; c'est un chant; ce sont des vers que je vous apporte au lieu de discours.* Son élégie était intitulée Salamine, ,-on y lisait au début : « Que ne suis-je né à Pholégandre ou k Sicinne au lieu d'être Athénien I que ne puis-je changer de patrie 1 car partout j'aurai à entendre ces mots injurieux; Cet homme est un des Athéniens qui ont fui de Salamine. » Il Unissait par exhorter ses concitoyens k recommencer la guerre : « Allons à Salamine, allons reconquérir cette île désirée et nous délivrer du poids de notre honte. » Les Athéniens répondirent avec enthousiasme : « Allons à Salamine 1 • Sur l'initiative de Pisistrate, la loi qui défendait de parler de reconquérir cette île fut abrogée et on prépara une expédition à la tête de laquelle on plaça Solon, qui reprit Salamine, sa patrie. Une autre expédition heureuse dont il eut le commandement acheva de porter au plus haut point l'influence que lui donnaient déjà sa naissance et son savoir.

La cité était alors pleine de troubles et de divisions. Une aristocratie oppressive et spoliatrice (les eupatrides), en possession de toutes les grandes charges, qui tendait de plus en plus à l'oligarchie et à l'augmentation de ses privilèges; une démocratie ombrageuse (les hyperacriens), opprimée, écrasée par les dettes et l'usure, contrainte de céder aux riches le sixième de ses produits, d'engager dans les liens de la servitude la personne de ses membres, dépouillée de ses terres, de ses biens et de sa liberté, toujours prête k la révolte ; un tiers parti (les para~ liens) composé de commerçants aisés, les bourgeois de l'époque, mais dont les intérêts étaient sans cesse menacés par le choc imminent des autres classes et qui ne demandaient que la sécuriié du commerce et un gouvernement modéré : tel était l'état de la république au moment où une foule de citoyens songèrent à Solon pour lui confier la mission de réformer les lois et d'apaiser les partis. Solon n'était inféodé à aucune faction et par conséquent jouissait d'une entière indépendance par sa position sociale comme par son caractère. Sa réputation de sagesse était faite, d'autre part; tout le monde s'accorda donc k je prendre pour arbitre et à le choisir pour donner une constitution à 1» république. Ce fut dans cette intention qu'il fut élu seul archonte en 595. Il était riche, et par ce côté il ne déplaisait point à l'aristocratie; d'un autre côté, sa probité reconnue le recommandait au peuple. Dès qu'il fut au pouvoir, les grands lui conseillèrent de le garder et par suite de rétablir la monarchie à son profit. Le mot ni la chose ne lui convenaient. On lui proposait en vain l'exemple de Tymondas en Eu-, bée et celui de Pittacus dans l'île de Mitylène. Il s'y refusa obstinément, disant que la tyrannie est un beau pays, mais quil ne voyait' pas comment on en pouvait sortir. Ses amis se moquaient de ses scrupules : > Solon, disaient-ils, n'a été ni un esprit profond ni un homme avisé ; les biens qu'un dieu lui offrait, il n'a pas voulu les recevoir. Après avoir enveloppé le poisson, le pêcheur n'a pas tiré le filet; l'esprit égaré, il a perdu la tête. A ta place, ô Solon, j'aurais voulu gagner une fortune immense et régner sur Athènes un seul jour, dussé-je ensuite être écorché vif et voir périr toute ma race. » C'est encore ainsi que raisonnent et que font de nos jours les ambitieux vulgaires; mais Solon n'était pas fait pour étro de leur bord. Le législateur des Athéniens, par tempérament, n'était pas de cette famille d'oiseaux de proie, heureusement pour ses concitoyens. Il se mit donc à l'œuvre, avec le but louable de ne point travailler à fonder une dynastie, mais un gouvernement qui put donner de la grandeur à sa ville. Ce n'était pas un utopiste. Avec l'intention de concilier les intérêts opposés, il ne voulut point bouleverser l'Etat; se trouvant en présence de difficultés sérieuses et dans 'des circonstances difficiles, il fit, non ce qu'il voulut, mais ce qu'il put. Cela se voit à la réponse qu'il rit quelque temps après, quand on lui demanda s'il avait donné aux Athéniens les lois les meilleures ; « Oui, répondit-il, les meilleures qu'ils pussent recevoir. »

Il commença par abroger la législation de Dracon, trop rude pour le caractère et les mœurs du peuple dont elle avait en vue de régler les actes, puis il détermina la forme du gouvernement. La législation qui porte son nom considérée comme démocratique, est en réalité un mélange d'aristocratie et de démocratie, un essai de conciliation des deux principes, avec des précautions prises contre l'esprit de changement, inspirées par cette aspiration à l'immobilité qui caractérise les législations antiques. Respectant le principe de la propriété foncière et ne voulant pas troubler les fortunes acquises, Solon refusa le partage des terres, comme le demandaient les pauvres, dont un grand nombre, il faut le dire, avaient été dépouillés. Mais, pour soulager leur intolérable misère, il décréta une véritable abolition des dettes par sa mesure delà sisachthie (dégrèvement), qui consistait k déduire du capital des dettes les intérêts déjà payés et à élever, pour le remboursement du reste, la valeur nominale de la monnaie. Ces sortes de

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révolutions, assez fréquentes dans l'antiquité, tenaient k une économie politique particulière et n'avaient pas le même caractère qu'elles auraient de nos jours. Il abolit aussi 1 esclavage pour dettes, la contrainte par corps, adoucit la rigueur des lois de Dracon, et, de toutes celles qui avaient été promulguées par cet inexorable législateur, ne conserva intactes que celles qui concernaient l'homicide. Fidèle k son système de contrepoids et de pondération, en même temps qu'il donnait la puissance souveraine k l'assemblée du peuple, composée de toutes les classes de citoyens et qui devait statuer sur toutes les affaires publiques, sur le choix des généraux et des magistrats, il laissa les nobles et les riches en possession exclusive des magistratures et il établit ou réorganisa un sénat qui avait l'initiative de toutes les lois et discutait toutes les propositions avant qu'elles pussent être soumises aux délibérations du peuple. Puis il divisa les citoyens en quatre classes, suivant la quotité de leurs revenus : l» les pentacosiameaimni (500 médimnes); 2° les Iriacasiomedimni (300 et un cheval) ; 3° les zeugites (200 et un attelage de bœufs) ; 4° les thétes (mercenaires), qui comprenaient les petits propriétaires et les artisans. Outre ces classes de citoyens, on sait que la population de l'Attique se composait encore d étrangers, ou métèques, objet d'une législation particulière, et d'esclaves. Les trois premières classes purent seules être admises aux emplois et aux magistratures; la quatrième participait aux droits électoraux et pouvait fournir aux tribunaux publics les juges tirés au sort dans les tribus. Le pouvoir exécutif continua de résider entre les mains des archontes, et l'Aréopage, composé des archontes sortis de charge, demeura le tribunal suprême pour les causes capitales, fut chargé de l'inspection des mœurs , de l'examen de la conduite des archontes et fut investi du droit de reviser les décisions du peuple. (V. aréopage, archonte, etc.) Solon décerna des peines contre tout citoyen qui, dans un temps de troubles, ne se déclarerait pas ouvertement pour un des partis. Il pensait par ce règlement tirer tous les gens de bien d'une inaction funeste, leur faire embrasser la cause la plus juste et sauver ainsi la république. Une autre loi vouait tout usurpateur à la mort et permettait aux citoyens d'arracher la vie, non-seulement k un tyran et à ses complices, mais encore aux magistrats qui continueraient leurs fonctions après la destruction de la démocratie. En ce qui concerne les lois civiles et criminelles, nous trouvons quelques dispositions remarquables : tout Athénien était moralement solidaire des outrages, des violences et des insultes subis par "Un de ses concitoyens, et son devoir était de poursuivre l'agresseur devant les tribunaux. On voit que le législateur restait fidèle k la maxime qu'il avait énoncée comme philosophe : « La cité la mieux organisée est celle où tous les eitoyens ressentent l'injure faite k l'un d'eux et en poursuivent la réparation aussi vivement que celui qui l'a reçue. > Il multipla aussi dans sa législation les moyens de mettre le citoyen obscur à l'abri des attentats de l'homme riche et puissant. La liberté individuelle fut considérée comme si sacrée, que les lois.seules purent en suspendre l'exercice ; et le citoyen lui-même ne put l'engager ni pour dettes, ni sous quelque prétexte que ce fût. Avant Solon, un père avait le droit de vendre ses enfants. Sans abolir absolument cette horrible coutume, ce que l'état des mœurs ne permettait peut-être pas, il la restreignit de façon qu'un citoyen ne pût, en aucun cas, vendre son fils, et ne put vendre sa fille ou sa sœur que dans le cas où il aurait été témoin de leur déshonneur. Il consacra aussi la coutume du partage égal de l'héritage paternel entre tous les enfants. Ses règlements sur le commerce, l'agriculture, les testaments, la tutelle, les donations, les contrats, etc., présentaient également des dispositions fort sages et dont quelques-unes ont passé dans la jurisprudence des Romains et des peuples modernes. Les lois de Solon gardent le silence sur le parricide. Pour en inspirer plus d'horreur, le législateur a supposé qu'il n'était pas dans l'ordre des choses possibles. Une préoccupation du législateur était d'assurer à ses institutions la durée, qui consacre seule le mérite d'une œuvre de ce genre. Il voulut que les Athéniens s'engageassent par serment k observer ses lois pendant dix ans, et tous les corps de l'Etat le jurèrent sur les autels des dieux.

Déposant alors l'autorité, il s'éloigna d'Athènes pour voir comment sa constitution fonctionnerait et se mit k voyager. Solon se rendit d'abord en Egypte, puis en Lydie. En Egypte, il s'établit « vers les embouchures du Nil, près des rives de Canope. • Il voulait étudier sur place la sagesse égyptienne et, dans ce projet, il se lia d'une manière intime avec deux prêtres, Psénophis d'Héliopolis et Souchis de Sais, les deux plus savants hommes du pays. Ce fut d'eux qu'il recueillit les traditions sur l'existence de l'Atlantide. Il quitta bientôt Canope pour aller séjourner à Sais, dont les habitants, paraît-il, aimaient beaucoup les Athéniens. De Sais, Solon se rendit dans l'île de Chypre, où un prince du nom dePhilocyie l'accueillit avec empressement et donna son nom à une ville qu'il venait de fonder. Le voyage de Solon en Lydie

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et surtout ses entretiens si connus avec le roi Crésus, qui ne monta sur le trône qu'en 560, alors que le législateur des Athéniens était de retour dans sa patrie, paraissent apocryphes. On cite pourtant volontiers les maximes que lui prête Plutarque dans cette occasion. Si elles ne sont pas de lui, elles caractérisent au moins ses principes. C'est à la cour de Crésus que le fabuliste Esope au- ,rait dit au philosophe ; • Trop véridique Solon, il faut ou n'approcher point de la personne des princes ou. ne leur dire que des vérités agréables. — Vous vous trompez, répondit Stdon, il faut ou se tenir éloigné des princes ou ne leur dire que des vérités utiles.»

Cependant les lois promulguées k Athènes par Solon n'avaient pu s'y implanter facilement.

A l'époque où le philosophe revint k Athènes, Pisistrate s'était emparé peu k peu de la confiance du peuple et du pouvoir. Il ne l'exerçait point officiellement ; mais on ne faisait rien qui ne fût inspiré par lui; il essaya de flatter Solon, son parent et son ami. Celui-ci, voyant Pisistrate se frayer sournoisement le chemin du pouvoir absolu, résista d'abord k ses avances,puis, après avoir acquis la certitude qu'il ne parviendrait pas k détourner de ses desseins cet homme ambitieux et habile, il rompit brusquement avec lui. Les Athéniens fascinés étaient k la discrétion de leur nouveau maître qui, après s'être luimême blessé et couvert de son propre sang, se rit porter sur l'Agora, en criant : « Athéniens, voilà la récompense quj attend les amis du peuple. » Le peuple en fureur s'apprêtait à massacrer les adversaires de Pisistrate, si Solon n'avait usé d'un reste d'influence pour s'y opposer. Il alla trouver Pisistrate : « Fort bien , lui dit-il , mais tu joues malle personnage d'Ulysse, Ulysse s' égratigna pour tromper ses ennemis ; toi, tu te déchires la peau pour tromper tes concitoyens. •

Les objurgations de Solon n'eurent d'effet ni sur l'esprit du tyran, ni sur celui de la multitude. Elle vota une garde de cinquante hommes k Pisistrate, dont l'autorité souveraine était désormais établie. Solon, pour n'être pas témoin de cet état de choses, retourna en Egypte, où il vécut quelque temps k la cour du roi Amasis. Elien raconte ainsi la conduite de Solon lors du vote d'une garde k Pisistrate : « Lorsque Pisistrate, dans une assemblée, demanda qu'il lui fût donné une garde, Solon, fils d'Exécestidas, déjk vieux, le soupçonna d'aspirer k la tyrannie. Mais remarquant qu'on écoutait sans intérêt les conseils qu'il donnait et que la faveur du peuple était pour Pisistrate, il dit aux Athéniens : ■ Parmi vous, les uns ne sentent pas ■ qu'en accordant une garde k Pisistrate on • en fera un tyran, et les autres, prévoyant » l'effet de sa demande, n'osent néanmoins s'y i opposer; pour moi, je suis plus clairvoyant » que les premiers et plus courageux que les i seconds. » Pisistrate, reprend Elien , obtint ce qu'il demandait et parvint en effet k la tyrannie. Depuis ce temps, Solon, assis k la porte de sa maison, tenant sa lance d'une main et de l'autre son bouclier, ne cessait de dire : « J'ai pris mes armes pour défendre la » patrie autant que je le pourrai. Mon grand » âge ne me permet plus de marcher k la tête i de ses armées; mon cœur du moins cora- » battra pour elle. » Quant à Pisistrate, soit respect pour la haute sagesse de ce grand homme, soit tendre souvenir de l'amitié un peu suspecte ou du moins équivoque que Solon lui avait témoignée dans sa jeunesse, il ne lui fit point éprouver son ressentiment. ■ Ajoutons qu'il maintint la plupart des lois du législateur vénéré des Athéniens.

Solon finit par s'exiler pour se soustraire au spectacle de l'asservissement de sa patrie. On croit qu'il mourut en 559, k la cour de Philocyre, roi de Chypre. Il ordonna que ses restes fussent rapportés k Athènes, brûlés, et la cendre répandue dans les campagnes de l'Attique. Ses concitoyens lui élevèrent une statue de bronze ; on lui éleva une autre statue k Salamine, où il était né.

Solon n'était d'aucune école philosophique, ou plutôt sa philosophie, comme celle de Socrate et des stoïciens, fut une philosophie pratique, c'est-k-dire purement morale.

Comme poète, il n'a guère fait que mettre en vers, pour les confier plus aisément à la mémoire, des axiomes politiques qui sans cette précaution n'auraient pu passer k la postérité, en l'absence de toute littérature écrite.

Comme législateur, l'histoire le place au premier rang parmi ceux qui ont fait l'éducation sociale du genre humain. Ses institutions politiques ont été louées par Aristote. Solon avait coutume de dire d elles : « J'ai ■ armé chaque parti d'un solide bouclier; je n'ai pas permis k l'un de vaincre l'autre injustement. ■ C'est la vraie notion-du droit et de l'indépendance personnelle. Les orateurs, les historiens, quelques fragments des poésies de Solon contiennent des extraits quelquefois étendus de ces lois, dans lesquelles on trouve d'intéressantes prescriptions sur les relations civiles des citoyens. Il essaya de conférer au mariage de la dignité en empêchant qu'il pût devenir une spéculation. La luxe des femme3 était un obstacle : il stipula qu'elles ne pourraient avoir pour dot que trois robes et quelques meubles de première nécessité. Une clause singulière permettait k la jeune fille qui épousait un vieillard de se choisir un amant parmi les parents du mari.

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Il entra même k ce sujet dans des détails admirés par Plutarque, mais difficiles k reproduite en fiançais. Sa préoccupation particulière était de sauvegarder les intérêts de la femme. Il entend aussi qu'elle soit vêtue convenablement et prononce une amende de 100 drachmes contre celles qui manqueraient à cette loi. Il y a loin de ce précepte à celui de Lyeurgue, exposant les jeunes filles de Sparte nues dans les gymnases publics.

Solon voulut aussi que le père conservât dans la famille une autorité respectée. Son tils était forcé de le nourrir dans sa vieillesse, si toutefois il n'était né d'une courtisane. En revanche, le père était tenu d'apprendre un métier à son tils et ne pouvait le vendre en aucun cas, comme sous l'empire de la législation antérieure. Quant h sa fortune, un chef de famille n'avait le droit d'en disposer par testament que s'il n'avait pas de descendance directe. Enfin, dit Plutarque, il accommoda les lois aux choses et non point les choses aux lois, ce qui est un très-grand éloge de Solon.

D'autre part, ayant été commerçant, il honora l'industrie et surtout le travail agricole; il méprisait les athlètes, objet du respect général de la Grèce. On lui attribue sans preuve une loi qu'Hérodote dit avoir existé en Egypte, et qui condamnait k la peine de mort celui qui ne pouvait justifier de ses moyens d'existence. Au lieu d'exclure les étrangers, comme cela avait lieu dans la plupart des sociétés antiques, Solon s'appliqua k les attirer à Athènes; il accorda même le droit de cité aux bannis et à leur famille.

• On loue à bon droit une autre loi de Solon, dit Plutarque, qui défend de dire du mal des morts; car il y a de la religion à tenir les morts pour sacrés, de la justice à épargner ceux qui ne sont plus et de lu politique k empêcher les haines d'être immortelles. »

Comme on le présume de reste, Solon est un philosophe utilitaire. Il ne faut pas chercher dans ses maximes un grain de mysticisme ni le mépris des bieps matériels; pourtant il n'a pas un goût immodéré pour les richesses : « Je souhaite d'avoir des richesses, dit-il, mais de celles qu'on peut avouer; les richesses injustement ncquises atlirent tôt ou tard le courroux des dieux. • Et ailleurs : « Que de méchants deviennent riches 1 que de gens de bien qui restent dans leur médiocrité 1 Mais nous, voudrions-nous donc troquer notre vertu contre leurs trésors? Non, sans doute, car la vertu est permanente, et les richesses changent tous les jours de maître, ■

Des fragments de ce qui reste des œuvres littéraires de Solon ont été publiés dans différents recueils. Bach a réuni tout ce qu'on u de lui dans une édition k part (Bonn, 1825, l vol. in-8°). On peut consulter sur Solon, outre quelques auteurs anciens où l'on trouve des maximes qu'on lui attribue : Plutarque et Diogène Laerce, Vie de Solon; Samuel Petit, Lois attiques; Boeckh, Economie politique des Athéniens; Grote, Histoire de la Grèce (cl), xi) ; Dictionnaire des sciences philosophiques, à l'article Solon; G. Schmidt, De Solone législature (Leipzig, 1688, in-4°); Kleine, Qussstiones de Solonisvita et fragments (Erefeld, 1832, in-4") ; Schelling, De Solonis leg ib us (Berlin, 1842, in-8°).

SOLON, célèbre graveur grec, qui vivait k Rome sous le règne d'Auguste. Son nom, inscrit sur une belle pierre gravée représentant Mécène, lit longtemps croire que ce portrait était celui du législateur de l'Attique. On doit, en outre, à cet artiste : Diûmède assis, connu des antiquaires sous le nom de l'Enlèvement du Palladium ; une tête de Méduse, une tête à'Herctde et Cupidon debout.

SOLOPACA, ville du royaume d'Italie, province de Bénévent, district de Carreto-Sannita, chef-lieu de mandement; 4,522 hab.

SOLOB, lie de l'Océanie, dans la Malaisie néerlandaise, dans l'archipel de la Sonde, à l'E. de l'Ile Florès , dont elle est séparée

Î>ar l'étroit canal de ce nom, par 8° 30r de atit. S. et 120» 50r de longit. Ë. Superticie, 900 kilom. carrés. Sot montagneux, mais trèsl'ertile. Cette lie est peuplée de diverses tribus, dont plusieurs reconnaissent l'autorité des Hollandais. Les navires viennent y chercher de l'huile de baleine, de la cire et de l'ambre gris, et y apportent du fer, des étoffes de soie, de coton, de la quincaillerie et autres produits européens ou asiatiques.

SOLORÇANO (Alonso db Castillo y), écrivain espagnol du xvue siècle. On a de lui : Histoire d'Antoine et de Cléopâtre ( 1639 ; réimprimée k Madrid, 1738, in-8<>); Abrégé de la vie et des actions de Pierre 111, roi ' d'Aragon (Saragqsse, 1639, in-8°l ; le Reliquaire de Valence, qui contient les vies des saints les plus célèbres qui ont illustré ce royaume (1635). On a aussi de Solorçano plusieurs romans , parmi lesquels nous citerons celui qui a pour titre : la Fouine de Sëville ou l'Hameçon des bourses (1634). Ce roman a été traduit en français par d'Ouville (Paris, 1661) et réimprimé k Amsterdam (1731), sous le titre û'Histoire de doua Ilufine ou la Fameuse courtisane de Séville. — Barthélemy- Salvator Solorçano, né à Medina-'di-Rio-Seco, a publié : le Livre de compte ou le Manuel des commerçants (Madrid, 1590). — Arce db Solorçano, né à Madrid, a fait paraître une

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