C. Delàviohe
— Sommeil du juste, Etat qui suit une mort calme et sereine ; S'endormir du sommeil do juste.
— Tomber de sommeil, Avoir une envie, un besoin invincible de dormir : Allons nous coucher, je TOMBE DE SOMMEIL.
— Pathol. Maladie du, sommeil, Etat pathologique qui jette le malade dans un sommeil longtemps prolongé.
— Zool. Sommeil hibernal, Etat d'inaction ou de léthargie dans lequel certains animaux passent la saison froide : Nous n'essayerons pas de dire tout d'abord quelle est ta nature du sommeil niBERNAL. (E. Baudement.) il Sommeil estival , Sorte d'engourdissement dans lequel certains reptiles passent la saison sèche.
— Bot. Sommeil des plantes, Sorte de contraction ou d'affaissement que subissent les divers organes des plantes, notamment les feuilles et. les fleurs, en l'absence de la lumière : Quelques botanistes ont comparé le sommeil des pl&ntes à celui des animaux. (P. Duchartre.)
— Syn. Sommeil, nui». V. SOMME.
— Encycl. Philos, et physiol. La cause première du sommeil, ainsi que l'ont démontré Cabanis et Bichat, est la loi d'intermittence qui régit tous les phénomènes nerveux et fait tjue notre cerveau, nos sens et nos muscles, incapables d'une action continue indéfinie, ont périodiquement besoin de repos. Le sommeil, d'ailleurs, n'est point un repos complet de la vie animale, car l'appareil respiratoire continue de fonctionner, la digestion de s'accomplir, les sécrétions de se taire, le sang de circuler; en un mot, tous les actes de la vie végétative, de la nutrition, continuent de se produire, se produisent même avec plus d'énergie. Le sommeil est surtout le repos des organes de la sensation et de la pensée. Il serait curieux d'examiner le côté historique du sommeil. Aux époques de grande activité intellectuelle, cette activité même fatigue le corps, et il faut à ce dernier une quantité de sommeil prodigieuse. 11 en fallait beaucoup aux Grecs et aux Romains civilisés. Au moyen âge, où l'activité de l'esprit avait été proscrite systématiquement comme hostile aux croyances, on dormait peu. La civilisation intellectuelle est revenue, et huit heures de sommeil suffisent à peine à ta plupart des habitants des villes, surtout a ceux dont le travail est plus intellectuel que physique. Le paysan dort moins parce qu'il vit peu par la pensée et par l'activité du cerveau. Jouffroy, qui a publié sur le sommeil des observations très-profondes, n'admet pas que notre esprit dorme, et comme il ne s agit pas ici de décider si l'âme est immatérielle ou non, il faut eDtendre par esprit simplement ce qui, dans l'homme, produit la pensée. Il est suffisamment clair, puisque nous rêvons, que durant le sommeil l'esprit veille quelquefois j mais quelques-uns ont pensé qu'il ne cesse jamais d'exercer son activité. Il est vrai que souvent on ne se souvient pas d'avoir rêvé; mais il y a beaucoup d'autres choses dont on ne se souvient pas, et de ce que la mémoire est en défaut, on n'a pas le droit de conclure au sommeil complet de l'esprit; la faculté de former des pensées ne disparaît pas tout entière dans le sommeil, puisqu'elle fournit les images constituantes de nos songes. De même la. volonté peut continuer d'agir chez l'homme endormi, puisqu'il peut se réveiller exactement a l'heure qu'il s'était fixée d'avance pendant la veille. Plus rarement, le jugement persiste aussi, et on l'a vu fournir pendant le sommeil des aperçus ingénieux, des solutions exactes qui devaient sans doute leur netteté étonnante à une élaboratian achevée dans le silence des impressions sensorielles. « Quand un habitant de la province vient à Paris, dit Jouffroy, son sommeil est d'abord troublé et continuellement interrompu par le bruit des voitures qui passent sous ses fenêtres. Mais bientôt il s'accoutume à Ce mouvement et il Unit par dormir à Paris comme il dormait dans son village. Cependant le bruit reste le même; il frappe également ses sens; d'où vient que ce bruit rempêche d'abord et puis ne l'empêche plus de dormir? » C'est que 'a volonté de détourner son attention de ce bruit a fini par être la plus forte. A l'état de veille, on arrive aussi à lire attentivement au milieu de plusieurs personnes qui causent. Quand on est nouveau dans les rues de Parts, le tumulte et le va-et-vient continuel dont on est témoin absorbent la pensée et ne lui permettent pus de s'isoler. Avec du temps, on parvient néanmoins a circuler au milieu de la foule affairée en restant le maître de sa pensée. O'est là un effet de l'attention et de l'habitude. • Plus l'attention est fortement attachée à un objet, continue Jouffroy, moins elle est susceptible de distraction ; ainsi, un livre qui excite vivement la curiosité retient l'attention et la captive ; un homme occupé d'une affaire où il va de sa vie, de sa réputation ou de sa fortune n'est pas facilement distrait; il ne voit rien et n'entend rien de ce qui se passe autour de lui ; on dit qu'il est en proie à une préoccupation profonde. Pareillement, plus nous sommes curieux ou plus sont curieuses les choses qu'on dit autour de nous, moins nous pouvons fixer notre attention sur
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le livre que nous Usons. Pareillement encore, si nous attendons quelqu'un, les moindres bruits nous' donnent des distractions, parce que ces bruits peuvent être le signal de l'événement que nous attendons. Tous ces faits établissent que la distraction ne se produit que quand l'idée étrangère nous sollicite plus vivement que celle qui nous occupe. >
Ainsi l'homme de tout à l'heure, que les rues de Paris distraient, voit des choses qui l'occupent plus que ce dont il voudrait s'occuper. Quand le spectacle n'est plus nouveau pour ses yeux, que l'expérience lui a fait connaître les objets qui lut donnaient des distractions, son attention n'est plus sollicitée au dehors et il reprend possession de luimême pour ainsi dire.
Ce qui précède sert à démontrer que la distraction et la non-distraction sont des faits qui appartiennent à la pensée intérieure et nullement aux sens. Ce ne sont pas les sens qui s'accoutument au bruit de la rue pendant le sommeil; c'est la partie de nous-mêmes où se forme la pensée. On s'en est occupé d'abord, puis on les a négligés et on ne s'est plus laissé distraire par eux.
Des observations précédentes, il est permis de conclure : 1* que le cours de la pensée n'est jamais complètement interrompu; 2» que les organes des sens sont inégalement engourdis dans le sommeil et que plusieurs conservent la faculté de transmettre au cerveau les impressions du dehors dans des circonstances données ; 3° que, même en dormant, nous jugeons les impressions qui nous arrivent par cette voie et que, d'après ce jugement, nous provoquons le réveil des organes des sens ou nous nous abstenons de le provoquer. Le sommeil, quand il est accompagné de rêves, diffère assez peu de ce qu'on nomme l'étal de rêverie pendant la veille. « Quand on est jeune, dit Jouffroy, on se livre volontiers à ces rêves charmants où l'imagination arrange le monde comme on l'aimerait et comme on le voudrait. Qui ne se rappelle avoir joui de ces rêves comme de la réalité même et avoir oublié, en s'y abandonnant, les personnes et les objets dont on était entouré? Qui ne se souvientd'avoir ressenti avec bonne foi, au milieu d'aventures idéales et de personnages imaginaires, toutes les émotions que la réalité même aurait données 7 Et quand quelque circonstance interrompait ces rêves, ne demenrait-on pas un moment surpris, comme on l'est lorsqu'on s'éveille au milieu d'un songe? » Entre ces deux sortes do rêves, tout est identique, à une seule différence près, c'est que dans la rêverie l'illusion n'est que très-rarement, peut-être jamais aussi complète. Cela provient de ce que, durant le sommeil, les sens engourdis ne transmettent pas d'images au cerveau, tandis que, dans l'état de rêverie, le cerveau ne cesse pas de recevoir des impressions continuelles. D'autre part, la volonté est presque complètement suspendue durant nos rêves et ne les dirige pas; au contraire, durant l'état de rêverie, elle dirige nos imaginations. V. rêve.
Le sommeil est toujours précédé d'une sensation plus ou moins voluptueuse : le corps y tombe avec plaisir par ta certitude d une prompte restauration, et l'intelligence s'y abandonne dans l'espoir que ses moyens d'activité y seront retrempés. Le besoin s'en fait généralement sentir quand le soleil a disparu de l'horizon. Le silence et les ténèbres de la nuit favorisent son invasion en supprimant les excitants des organes de l'ouïe et de la vue.
Au moment où le sommeil approche, nos sens tombent peu à peu dans 1 inaction, le
foùt d'abord, la vue et l'odorat ensuite ; ouïe veille encore ainsi que le toucher. On éprouve en même temps un engourdissement général dans les membres, qui se placent d'eux-mêmes, à moins d'obstacles, en demiflexion ; les muscles se détendent. Les sensations, d'abord confuses, s'éteignent graduellement, mais la volonté veille encore quelque temps; on pourrait se réveiller. Bientôt nos idées deviennent incohérentes et la conscience de nous-mème nous échappe absolument.
La privation prolongée de sommeil entraîne rapidementle marasme et même la mort. Plus le sujet est jeune, moins il résiste. Si les personnes qui se livrent, pour une cause ou pour une autre, à des veilles excessives résistent en raison de la force de leur constitution, elles ne tardent pas à être prises d'une surexcitation cérébrale, sous l'influence de laquelle le retour du sommeil devient impossible sans l'intervention d'un agent thérapeutique. Ce résultat arrive surtout lorsque l'insomnie dépend de préoccupations morales ou d'une tension intellectuelle trop vive. Si la privation de sommeil est habituelle, elle ne tarde pas à modifier le caractère moral des sujets, qui deviennent moroses, irritables et bizarres. L'absence du sommeil est un symptôme commun à un grand nombre de maladies; celles qui produisent le plus souvent l'insomnie sont d abord les lièvres et ensuite les affections du système nerveux, la folie principalement. Elle épuise les maniaques et cause quelquefois leur mort, en amenant la déperdition graduelle de leurs forces nerveuses, et partant de leur aptitude à la nutrition.
Un excès contraire est la prolongation du sommeil au delà, de ses limites normales. Toutefois il peut être commandé par la fatigue
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extraordinaire des systèmes nerveux et musculaire et agir d'une manière favorable à l'économie. Il en est encore ainsi pendant le cours de certaines convalescences. Il constitue dans ces circonstances un des plus puissants moyens réparateurs que la nature emploie; mais, pour peu qu'on s'y habitue, il engendre l'obésité, la tendance à la paresse physique et l'inaptitude intellectuelle. Certaines substances peuvent avantageusement servir à le combattre quand il ne se rattache à aucune maladie; tels sont particulièrement le thé et le café, qui agissent en modifiant la circulation et le mode d'afflux du sang an cerveau. La somnolence, envisagée comme signe pathologique, annonce en général des affections profondes, avec altération plus ou moins forte des centres nerveux, souvent anciennes, et qui produisent une compression du cerveau en même temps qu'une diminution de la puissance nerveuse encéphalique. C'est sans doute ce qui a fait dire, sans autre démonstration, que la cause prochaine du sommeil normal était une congestion cérébrale périodique. Mais, hâtonsnous de le dire, rien n'est moins prouvé que cette prétendue congestion.
On a enfin nommé maladie du sommeil un état nerveux particulier, caractérisé par une propension invincible au sommeil, qui survient par accès et se prolonge parfois pendant cinq ou six jours, et même beaucoup plus, sans interruption et sans autre altération de la santé. Ce singulier phénomène se produit spontanémont, mais on peut voir quelque chose d'analogue chez les personnes qui ont pris de fortes doses d'opium, après quelles ont passé la période d'excitation. Toutes les préparations opiacées jouissent des mêmes propriétés somnifères, à des degrés différents. De même aussi que le thé et le café repoussent le sommeil, certains aliments le provoquent doucement. Tels sont ceux où le lait domine, la famille entière des laitues, la volaille, le pourpier, la fleur d'oranger, et surtout la pomme de reinette quand on la mange au moment de se mettre au lit. Nous ne citons que pour mémoire la manière très-opposée dont peuvent agir sur notre système nerveux une conversation attrayante ou un discours ennuyeux.
L'école de Salerne n'accordait que six ou sept heures de sommeil, sans distinction d'âge ni de sexe :
Sex horas dormire eat est juverùgtte senique; Vit septem pigris, nulli concedimus octo.
Mais, en réalité, le nombre d'heures qui doivent être accordées par jour au sommeil varie selon chaque individu. Un adulte passe généralement le tiers de sa vie à dormir; l'enfant plus de la moitié-, le nourrisson ne fait guère que manger et dormir; les vieillards dorment peu. Les personnes pléthoriques, à larges épaules, à cou court; ont une grande- propension au sommeil; mais elles doivent s'en défendre comme d'une cause prédisposante aux congestions cérébrales.
Les personnes faibles ont besoin d'un long repos. Les convalescents ne commencent à bien dormir que lorsqu'ils prennent de l'exercice ; jusque-là leur sommeil est court et agité ; ils abusent trop souvent de la lecture et de 1a conversation, qui accélèrent la circulation, et la lièvre chasse le sommeil. Dans les maladies, aucun moyen thérapeutique n'apaise mieux le système nerveux et ne répare plus vite les forces que le sommeil. Mais, à inoins de circonstances spéciales, dont le médecin est le seul juge, il ne doit jamais être provoqué par des substances narcotiques, comme l'opium,' la jusquiame, la belladone, etc. Les moyens hygiéniques de produire un sommeil vraiment réparateur sont : la régularité des heures qu'on lui consacre, l'habiiude de se lever matin, un exercice modéré pendant le jour, une alimentation régulière et proportionnée aux travaux de la journée, des boissons peu excitantes, une température douce, le calme de l'esprit obtenu souvent en évitant les lectures émouvantes et les entretiens animés avant de se mettre au lit, le silence, l'obscurité, l'éloignement des odeurs fortes. La durée du sommeil varie donc selon une foule de causes. A celui-ci six heures suffisent; à celui-là il en faut huit; à un autre, dix.
Quant à l'habitude contractée parles gens d'un certain monde de dormir le jour et de veiller la nuit, elle peut engendrer les plus funestes conséquences. Le jour est le moment d'activité de nos organes ; la nuit, celui de leur repos. Le sommeil de la nuit est infiniment plus réparateur que celui du jour, et ce n'est jamais impunément que l'on substitue l'un à l'autre. Voyez, dans nos grandes villes, combien sont pâles et chétives les femmes du monde qui usent leur vie dans les bals et les soirées.
— Conditions particulières. On doit se coucher dans une position horizontale, la tête un peu élevée. Après quelques mouvements instinctifs, chacun prend dans le lit la position qui lui semble la plus commode. 11 est facile de comprendre, par des raisons déduites de l'anatomie et de la physiologie, pourquoi la position sur le côté croit est généralement la meilleure.
La chambre à coucher doit être grande, bien aérée, à l'abri de l'humidité et des émanations malfaisantes. C'est pendant le somtneil que l'on contracte le plus facilement les
maladies dues au' froid et aux miasmes, comme les rhumatismes et les fièvres intermittentes. Point de lampe, point d'animaux, point de fleurs dans la pièce où l'on couche ; rien qui puisse altérer lair; nous conseillons même d'ouvrir chaque soir les rideaux du lit.
Nous avons mentionné tout à l'heure un état pathologique que l'on désigne sous le nom de maladie du sommeil; il s'en est présenté quelques cas assez remarquables. Dans un mémoire de M. Blondet, déposé à l'Académie en octobre 1S64, on lit qu'une jeune femme s'est endormie en 1869, le jour de Pâques, et ne s'est réveillée que l'année suivante, à la même époque.
Environ six mois après, le cas suivant fut signalé à l'Académie : un individu dormit d'abord quarante jours de suite, puis cinquante jours; et il arriva k dormir plus longtemps encore, sans que sa santé se ressentît de cette débauche de sommeil. En septembre 1865, le docteur Phipson, de Londres, avisait l'Académie du cas d'un homme qui dormait généralement pendant cent trente-huit heures consécutives sans s'éveiller. Quand, après ce laps, il s'éveillait, il se trouvait si fatigué de son excès de repos, qu'il avait hâte de recommencer son somme. V. aussi l'article léthargie.
Beaucoup d'animaux jouissent de la propriété du sommeil à longue période. Nous renvoyons, pour ce sujet, à l'article hibernation.
— Art vétér. Sommeil des animaux. L'état dans lequel peuvent s'endormir les animaux est très -variable. La plupart d'entre eux se couchent et ferment les yeux ; d'autres demeurent debout les yeux entr'ouverts; quelques-uns, comme les oiseaux, se perchent sur les branches et cachent la tête sous l'aile ; plusieurs, tels que les cétacés et les poissons, se tiennent immobiles, soit à la surface de l'eau, soit à différentes profondeurs, soit, enfin, étendus sur le sable, les rochers ou les plantes aquatiques. Il est à remarquer que, parmi les mammifères, le cheval, l'âne et le mulet paraissent dormir debout, ainsi que l'éléphant, qui passe des nuits entières sans se coucher, surtout lorsqu'on l'a changé d'habitation ou qu'on a modifié quelques-unes de ses habitudes.
Dans la généralité des animaux, le sommeil se manifeste d'abord par un calme particulier, un véritable engourdissement du système musculaire; les sensations deviennent confuses, les opérations cérébrales vagues et obscures. La vue s'affaiblit et s'éteint en premier lieu par le rapprochement des paupières; puis le goût, l'odorat cessent d'être impressionnables. Mais le système musculaire n'entre point cependant dans une inaction complète, même chez les animaux couchés sur le côté, car ceux-ci ont ordinairement le cou et les membres fléchis; il continue très-visiblement à agir chez les animaux qui se couchent sur le sternum, ou à la fois sur le sternum et sur les côtes et qui tiennent la tête relevée, et chez les oiseaux qui dorment sur deux pattes ou sur une seule.
Les appareils de la vie organique continuent à fonctionner à peu près comme pendant la veille. La nutrition, avec tous Ses mouvements involontaires qui l'accompagnent, continue de suivre son cours calme et paisible, et ne prend aucune part au sommeil. Il y a même plus : les mouvements involontaires du système animal, comme la respiration, sont exclus du repos qu'amène le sommeil, et la même chose arrive également à plusieurs autres ordres de mouvements chez les animaux. Les battements du cœur et les mouvements respiratoires sont peut-être un peu plus rares, et la chaleur intérieure baisse. Aussi les carnassiers cherchent-ils instinctivement à rassembler leurs membres, à se plier en cercle et à se coucher dans les lieux élevés, chnuds, sur des corps mauvais conducteurs du calorique, et cela, il est vrai, autant pour éviter des sensations tactiles désagréables que pour se préserver du refroidissement. La plupart des sécrétions ne paraissent nullement modifiées. Mais l'appareil de la génération, qui, chez l'homme, éprouve si souvent une vivo surexcitation pendant le sommeil sous l'influence cérébrale, reste complètement engourdi chez les animaux, si l'on en juge par le défaut d'érection et d'émissions spermatiques. Cependant le cerveau des animaux ne tombe pas pendant le sommeil dans une inaction complète, car il est incontestable que les animaux peuvent rêver. Chacun connaît, en effet, les mouvements et les cris du chien et du chat pendant le sommeil. Lucrèce a dépeint, peutêtre avec un peu d'exagération, le chien qui rêve. « Souvent, dit-il, dans un doux sommeil, les chiens, intrépides compagnons du chasseur, agitent leurs membres, et tout à coup exhalent des cris retentissants; leurs narines hument fréquemment l'air et semblent interroger la trace de leur proie; et souvent, arrachés au sommeil, ils s élancent vers l'image des cerfs qu'ils croient voir fuirdevant eux jusqu'à ce qu'ils soient désabusés d'une erreur qu'ils regrettent. ■ Pline a dit aussi que les ânesses ruent quelquefois pendant leurs rêves.
Le sommeil offre des variétés très-nombreuses dans les animaux. Les oiseaux de proie nocturnes et quelques carnassiers dorment souvent le jour et se réveillent aux ap-
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proches de la unit; mais le plus grand nombre dorment pendant la nuit; la généralité des oiseaux se trouvent dans ce cas. Les grenouilles, qui coassent une partie de la nuit en été, s'apaisent pour la plupart après minuit, Surtout lorsque le temps des amours est passé. On trouve souvent les insectes et les araignées dans un état de repos somnolent, et. il est probable que tous les animaux chez lesquels on n'a point observé de périodes régulières de sommeil et de veille ont un équivalent du sommeil dans l'inertie qui survient de temps en temps chez eux. « Presque tous les animaux, (lit M. Colin, se livrent au sommeil après leur repas ; mais les ruminants ne s'y abandonnent pas sans avoir soumis à une nouvelle mastication une partie des aliments de leur premier estomac, et, après une période de rumination, ils s'assoupissent, puis se mettent de nouveau à ruminer. Certaines espèces, notamment le chien, le chat et le porc, dorment fort souvent; d'autres, telles que le cheval, dorment très-peu. En général, les animaux, par une nécessité liée à la sûreté de leur conservation , ont le sommeil si léger qu'ils se réveillent au moindre bruit. » Enfin, les animaux gras ont un besoin plus grand de sommeil que les animaux maigres. Le sommeil est moins nécessaire aux animaux énergiques, vifs, difficiles à fatiguer, qu'à ceux qui , ayant également de la vivacité , sont en même temps irritables et s'épuisent promptement. Le sommeil est plus long et plus nécessaire chez l'animal jeune que chez celui qui est d'un âge avancé, ce qui paraît tenir à la prédominance des phénomènes de nutrition chez le jeune sujet sur le vieux.
— Bot. Sommeil des plantes. Si, après avoir bien examiné certaines plantes pendant le jour, on les observe de nouveau pendant la nuit ou dans l'obscurité, on remarquera sans peine les différences qu'elles présentent dans ces dernières conditions, soit dans leur aspect, soit dans la position de leurs divers organes, notamment des feuilles. C'est à ce phénomène qu'on a donné le nom de sommeil des plantes; vaguement indiqué par les anciens, décrit pour la première fois d'une manière précise par les auteurs de la Renaissance, il a été étudié avec soin par Linné, auquel on doit d'avoir réuni el classé tous les faits qui s'y rapportent. Sa méthode étant encore aujourd'hui généralement adoptée, ce sera celle que nous suivrons.
Occupons-nous d'abord du sommeil des feuilles, et en premier lieu des feuilles simples. Celles-ci, toutes les fois qu'elles subissent le sommeil nocturne, peuvent occuper quatre positions distinctes. Les feuilles opposées sont alors conniventes, c'est-à-dire qu'elles s'appliquent l'une contre l'autre par leur face supérieure, si étroitement qu'elles paraissent ne former qu'un seul corps. C'est ce qu'on observe particulièrement au sommet de la tige et des rameaux ; le résultat est un abri donné aux jeunes pousses ou aux fleurs naissantes, faous citerons comme exemples l'arroche des jardins, le mouron des oiseaux, l'asclépiade, herbe à la ouate.
Quand les feuilles sont alternes, elles peuvent se rapprocher de la tige, l'envelopper, surtout vers le sommet, et recouvrir, en forme de tente ou de berceau, les jeunes rameaux et les fleurs non épanouies; dans l'onagre molle, la feuille se renverse tout entière; elle se renverse uniquement, tandis que le pétiole seul se relève, dans le sida abutilon et l'ayène de Cumana. D'autres fois, la feuille se dresse et s'enroule, en forme de cornet ou d'entonnoir, autour des jeunes organes, comme dans la mauve du Pérou, la parthénie de Virginie et l'amarante sanguine. Enfin, les feuilles se courbent en partie ou on totalité, pendent vers la terre et forment une sorte de voûte autour de la tige, dans le triumlétta lapulier, la ketmie de Guinée, le oadélari argenté, le lantanacamara.
Les feuilles composées présentent, dans leur sommeil, des positions plus variées encore. Dans la gesso odorante, la fève de marais, le baguenaudier commun, les folioles élèvent leurs pétiolules, se rapprochent et s'appliquent exactement face a. face l'une contre l'autre. Dans la trèfle incarnat et la luzerne polymorphe, les feuilles se dressent, se réunissent par le sommet seulement.et se courbent légèrement en dedans, formant ainsi une sorte de pavillon qui abrite les fleurs ; le lotier pied-d'oiseau laisse en même temps retomber vers la terre ses rameaux faibles et diffus. Dans le mélilot bleu, au contraire, les folioles, réunies seulement à la base, sont ouvertes et écartées au sommet. Dans le lupin blanc, le sainfoin du Canada, le quarooclit d'Egypte, les feuilles se renversent ou se couchent tout à fait.
Si l'on observe maintenant la casse du Maryland, on voit que le pétiole commun se dresse un peu vers la tige, tandis que les folioles s'abaissent, en contournant leur pétiolule, de manière à présenter la face inférieure au lieu et place de la supérieure, puis ii s'appliquer l'une contre l'autre et a pendre vers la terre. Dans le févier de la Chine ou le tamarinier de l'Inde, les folioles se rapprochent du pétiole commun, se couchent Mir lui et le cachent entièrement, en même temps qu'elles s'imbriquent ou se recouvrent entre elles comme les tuiles d'un toit, de manière à ne présenter à l'œil de l'observateur ■me leur face Inférieure. Enfin, la disposition
inverse de celle-ci peut se voir dans la téphrosie caraïbe.
On n'a pas encore donné une explication satisfaisante des causes qui produisent le sommeil des feuilles. Bonnet avait supposé que la face supérieure des folioles se contracte pendant le jour sous l'influence de la sécheresse, tandis que l'inférieure se contracte pendant la nuit par l'effet de l'humidité. D après Dutrochet, le siège de ce phénomène réside dans des renflements situés à la base des pétioles et des pétiolules, où se trouvent deux tissus, qui ont deux tendances opposées a l'incurvation, ou qui agissent comme deux ressorts tendus en sens contraire. Dassen pense que les mouvements des feuilles ont pour cause une surabondance de sève ascendante, déterminée par l'augmentation d'humidité, par la diminution ou la suppression de la transpiration. Mais ces diverses hypothèses, applicables a certains faits particuliers, ne sauraient suffire pour en expliquer la généralité.
« Quelques botanistes, dit M. Duchartre, grands partisans des rapprochements entre les deux règnes des corps organisés, ont comparé le sommeil des plantes à celui des animaux. On a même dit que l'état nocturne des plantes constituait pour elles un repos réparateur. Pour montrer l'absence d'analogie entre iesdeux états également qualifiés de sommeil, il suffit de faire remarquer que le sommeil des animaux est accompagné d'un relâchement des organes contractiles, tandis que celui des végétaux amène en eux une rigidité insurmontable, et que leurs feuilles ne peuvent être détournées sans rupture de la nouvelle position qu'elles ont prise en l'absence de la lumière. ■
Ce qu'il y a de certain, c'est que le sommeil des feuilles est intimement lié à l'action de la lumière. De Candolle est même parvenu à intervertir l'ordre et la marche du phénomène, en produisant artificiellement et tour il tour la lumière et l'obscurité; malheureusement, ces essais n'ont été ni assez nombreux ni prolongés assez longtemps pour permettre d'en déduire une conclusion définitive. Est-ce aussi à la lumière qu'il faut attribuer ce qu'on a désigné sous le nom de sommeil des fleurs? Les expériences de de Candolle sembleraient encore le démontrer. On sait, d'ailleurs, que les fleurs dont la durée est assez longue s'ouvrent en général pendant le jour et se ferment aux approches de la nuit, pour s'épanouir de nouveau le lendemain matin. Il en est même qui s'ouvrent et se ferment constamment à la même heure. Mais cette règle a des exceptions; on sait qu'un assez grand nombre de fleurs ne s'ouvrent que pendant la nuit.
Le sommeil des plantes est un des phénomènes les plus gracienx, on pourrait dire les plus poétiques, que présente le règne végétal. On remarque à cet égard, chez certaines d'entre elles, des particularités curieuses. La sensitive s'endort tous les soirs d'un profond sommeil, que ne peuvent interrompre ni les chocs les plus rudes, ni les vents les plus violents. Le sainfoin oscillant, habitant des régions tropicales, s'endort quelquefois pendant le jour, quand le soleil est très-ardent. Un grand acacia de l'Inde a des feuilles et des fleurs qui dorment et veillent tour à tour, comme si une sorte d'antipathie les empêchait de vivre ensemble. Dans les savanes de l'Amérique du Sud, on trouve, au milieu des graminées, plusieurs mimosées qui, fatiguées de la chaleur du jour, s'endorment avant le coucher du soleil ; les colons espagnols leur donnent le nom de dor~ mideras (dormeuses).
■ Ainsi, dit M. Lecoq, les plantes dorment comme les animaux, et, chose remarquable, ce sommeil tend à les rapprocher de l'enfance. La feuille a comme un vague souvenir de la manière dont elle était pioyée dans son bourgeon, lorsque avant d'être éclose elle dormait du sommeil léthargique de l'hiver, mollement couchée sur le. duvet et chaudement abritée par ses fourrures imperméables. Chaque nuit, elle cherche à reprendre cette ancienne position, et, comme si elle regrettait la perte de son repos, elle essaye de se rapprocher de la situation qu'elle avait dans son jeune âge. Il y a plus : semblables aux animaux qui, dans leur jeunesse, sont plus dormeurs qu'à un âge avancé , on voit les feuilles veiller plus longtemps à mesure qu'elles vieillissent, dormir peu, ne plus dormir du tout, et, bientôt après, la mort vient remplacer le sommeil. Cette tendance au sommeil dans le jeune âge est surtout remarquable dans l'acacia de Sainte- Hélène. Cette espèce lève avec des feuilles ailées, et la jeune plante, semblable à la sensitive, s'endort profondément tous les soirs. Pendant quelques mois, des feuilles semblables se produisent: elles sont ailées et dormeuses ; mais bientôt arrivent les véritables feuilles; entières, dressées contre la tige, elles ne dorment plus et restent toujours dans la même position. •
Nous aurons peu de chose à ajouter en ce qui concerne les fleurs; il est bon de rappeler toutefois que Linné les a classées en deux catégories : les unes, dites fleurs equinoxiales, se ferment et s'ouvrent constamment à la même heure ; les autres, appelées fleurs tropiques, se ferment le soir et s'ouvrent le matin, mais en avançant ou eu re-
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culant le moment de leur fermeture ou de leur ouverture, suivant que les jours sont plus ou moins longs. Ces phénomènes sont peu ou point marqués dans les fleurs qui ne durent qu'un jour, et qu'on appelle fleurs éphémères.
— Mythol. Les anciens avaient fait du Sommeil une divinité allégorique, fils de l'Erèbe et de la Nuit, et frère de la Mort. Indépendamment de ses trois fils, Morphée, Phobétor et Phantase, on lui donnait quelquefois jusqu'à mille enfants, qui n'étaient autres, sans doute, que les Songes, dont il est aussi le père, et dont la mère est l'Imagination. Homère, au XIV« chant de l'Iliade, place le séjour du Sommeil dans l'île de Lemnos ; c'est là que Junon va le trouver pour le prier d'endormir son époux; pour le flatter, elle l'appelle le roi des dieux et des hommes. Le Sommeil appesantit en effet les yeux de Jupiter; mais, afin de se soustraire à sa colère, il dut ensuite se réfugier entre les bras de la Nuit. Néanmoins, Junon paivint à le séduire une seconde fois, en lui promettant pour épouse la plus jeune des Grâces, la charmante Pasithée , et, sous la forme d'un oiseau de nuit caché sur un pin de l'Ida, il endormit de nouveau le soupçonneux époux de Junon.
Les poètes et les artistes ont représenté la Sommeil sous des formes assez variées : quelquefois, c'est une figure couchée et endormie, autour de laquelle dorment les Songes, nonchalamment étendus. D'autres fois, c'est un jeune génie o,ui s'appuie sur un flambeau renversé, ou qui est couché avec des ailes |
repliées, tenant à la main des têtes de pavot. On le représente encore assis sur un trône d'ébène, la tête ceinte de pavots, tenant de la main droite un sceptre de plomb ou une sorte de baguette, symbole du pouvoir qu'il exerce sur tout ce qui respire. Le symbole le plus frappant de la force invincible de ce dieu est la figure du Sommeil endormant un lion. Suivant l'Arioste, le Sommeil a pour compagnons ordinaires l'Oisiveté, la Paresse, le Silence et l'Oubli. Ripa le représente sous deux formes différentes : dans 1 une, c'est un homme vêtu d'un manteau blanc sur une tunique noire, tenant un cor duquel s'échappent les Songes sous mille traits fantastiques ; dans l'autre, c'est un homme endormi entre deux loirs ou deux marmottes, animaux qui passent l'hiver dans une torpeur continuelle.
— Allue.hlSt. Sommeil d'Epiménido.V. EPI-
MÉSIDB.
— Allus. littér, ... Dm» le «Impie nppnroil D'une beauté qu'on vient d'arracher ou un
meii, Vers de Britannicus, tragédie de Racine. V. APPAREIL.
Sommeil. Iconogr. Au musée du Vatican, il y a deux statues antiques du Sommeil : l'une représente un enfant ailé,, étendu sur une toison, s'appuyant sur un lion, emblème de son pouvoir invincible, et tenant de la inain gauche des pavots ; ù ses pieds est un lézard, animal que les anciens regardaient comme le gardien des gens endormis. Une figure analogue à celle-ci, mais ayant en plus des ailes ii la tête, se voit au musée des Offices, à Florence. L'autre statue du Vatican est celle d'un jeune homme qui tient un flambeau renversé, emblème de la nuit, et dont la tête penchée sur l'épaule et les yeux fermés indiquent bien le sujet; elle a été gravée par Giacoino Bossi dans le III* volume du Museo Pio-Clementino (pi. 44). Le musée de Cluny possède une statue du Sommet'/, en marbre blanc, montée sur un socle d'ébène; cet ouvrage date du xvie siècle. Un plafond peint par Charles Le Brun dans un cabinet du château de Vaux-le-Praslin , près de Paris, représentait le Sommeil sous les traits d'une ■ femme endormie, laissant tomber des pavots et entourée par les Songes. Michel Dorigny avait également figuré le Sommeil dans un plafond de l'hôtel Uu président AmelotdeBiseul (devenu depuis l'hôtel de Hollande), à Paris, sous les traits d'une jeune femme couronnée de fleurs et réveillée par Diane et l'Amour. D'autres allégories du Sommeil ont été peintes par le Dominiquiu (gravé -par J.-P. van Langer), M.-A.Franceschini (gravé par Fr.-A. Meloni),D. Parodi (au palais Brignole-Sale, à Gênes), Puvis de Chavannes [Salon de 1367), etc.
M. Mathurin Moreau a intitulé : le Sommeil ou le Repos, un très-beau groupe de marbre, dont nous avons donné lu description sous le second de ces titres et qui représente une jeune mère endormie avec son enfant sur les genoux. Une petite statue en bronze du Sommeil a été exposée au Salon de 1831 par Flatters; il en a paru une autre, en plâtre, par Victor Huguenin, au Salon de 1859. M. Etienne Leroux s'est inspiré de la Namouna d'Alfred de Musset pour sculpter une gracieuse figure de jeune femme assoupie qu'il a exposée au Salon de 1870, sous le titre de Somnolence, et qui a obtenu une médaille. Une statue de marbre de M. Grandlils, le Sommeil de l'innocence, a figuré au S.ilon de 1859.
Sous prétexte de figurer le Sommeil, beaucoup de peintres de notre temps ont pris plaisir à représenter de belles jeunes femmes jjlus ou moins nues, couchées dans des attitudes langoureuses et voluptueuses, les plus propres à faire valoir l'élégance de leurs
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formes. Des figures de ce genre ont été peintes par MM. Bouguereau (Salon de 1864), Edouard Dubufe (Salon de 1864), Philippe Parrot (Salon de 1870), Lecadre (Salon de 1S72), Bernard de Gironde (Salon de 187B), Layraud (Salon de 1873),L.-J.-R. Collin (Salon de 1873), Chaplin, L. Perrault, etc. Le tableau de M. Bouguereau a été lithographie par Lemoine; celui de M. Chaplin aété gravé par Alphonse Masson et celui de L. Perrault par Alfred Hannedouche (Salon de 1872). Un petit tableau de Diaz, intitulé le Sommeil, a figuré à la vente Marmontel (1868). Une composition grivoise de Watteau, le Sommeil dangereux, a été gravé par J.-G. Huquier le père et par J.-M. Liotard ; N.-D. de Beauvais a gravé le Sommeil interrompu, d'après K. Boucher; Elisabeth Tardieu, le Doux sommeil ou ['Aimable repos, d'après Jeaurat. Deux eaux-fortes de P.-Ch. Lévesque (1765), d'après Boucher, sont intitulées le Sommeil et le Réveil. Les mêmes sujets ont été gravés par Sixdéniers, d'après Mme Brune-Pagès.
M™ Benoist a peint le Sommeil de l'enfance et celui de la vieillesse (Salon de 1806); P. Duval Le Camus, le Sommeil de la ffrand'maman; Antij:na, le Sommeil de midi (une petite paysanne endormie dans l'herbe, charmant tableautin exposé au Salon de 1859) ; Michetti, le Sommeil de l'innocence (Salon de 1872), etc. Sous ce titre, le Sommeil interrompu, M. Eugène Lambert a envoyé en 1873 un agréable tableau où l'on voit une nichée de jolis petits chats éveillée par des papillons.
Parmi les compositions historiques, outre le Sommeil de l'Enfant Jésus, sujet auquel I nous consacrons ci-après un article spécial, i nous citerons : le Sommeil d'Antiope, chefd'œuvre du Corrége (au Louvre) ; le Sommeil de Diane, tableau de Rubens (autrefois dans la galerie Aguado); le Sommeil d'Ariane on Ariane endormie, chef-d'œuvre de la statuaire antique, placé au musée du Vatican (v. Ariane), et composition dé Charlier, gravée par Fr. Janinet (xvine siècle) ; le Sommeil d'Endymion, tableau de Girodet (au Louvre) ; le Sommeil de Vénus, tableaux de Corot (1868), de Firmin Girard (Salon de 1865), etc.; le Sommeil de la nymphe, tableau de Gaston Saint-Pierre (Salon de 1866).
Sommeil de l'Enfant Jésus (LE) OU le Silence, tableau de Charles Le Brun; au Louvre (no 56). La Vierge, assise près de saint Joseph, tient sur ses genoux l'Enfant Jésus endormi et recommande le silence au petit saint Jean qui, soutenu par Elisab"th, sa mère, avance la main vers le bambino. Sainte Anne tient des deux mains le linge sur lequel Jean est assis et semble vouloir l'en envelopper. Le vieux Zneharie Se montre entre Elisabeth et la Vierge; il est dans l'ombre, comme saint Joseph. A droite, au premier plan, près d'uu réchaud allumé , se blottit un chat.
Cette composition, une des plus gracieuses que l'on doive à Le Brun, porte le monogramme du maître, formé des initiales C. L. et B., et la date 1655 ; Piganiol de La Force s'est donc trompé en disant qu'elle fut peinte on 1650. Elle appartint d'abord au comte d'Armagnac, grand écuyer du roi et gouverneur d'Anjou, qui la donna à Louis XIV en 1696; aile était placée, au dernier siècle, dans la galerie de Versailles. Elle a été gravée par Poilly et dans le Musée français.
Cette scène a été fréquemment représentée par la peinture ; elle a inspiré, entre autres -chefs-d'œuvre, un délicieux tableau de Raphaiil, qui est au Louvre (n° 376) et que l'on intitule ordinairement le Silence de la vierge. (V. Silencb.) Le Louvre possède encore trois autres tableaux où est figuré le Sommeil de l'Enfant Jésus, le premier signé par Carie Maratte et daté de 1697, le deuxième
3ui a été attribué tour à tour à Sébastien el Piombo, à Léonard de Vinci et à Bernardo Luini; le troisième qui a été peint par Francesco Trevisani et qui a été gravé par V. Pigné, ainsi que dans le recueil de Landon (VIII, pi. Zi). Dans ce dernier tableau, on voit trois, anges qui jouent de divers instruments près du berceau de Jésus; la Vierge couvre d'un linge le divin Enfant, et le petit saint Jean lui baise la main. Un Sommeil de l'Enfant Jésus peint par Seipion Pulzone a fait partie de la célèbre galerie Giustiniani ; un autre, par Murillo, a figuré à la vente Patureau (1857). Le musée de Dresde possède un Enfant Jésus endormi, adoré par sa mère, du Guide ; le musée des Offices, un Enfant Jésus endormi sur la croix, de C. Allori.
Parmi les tableaux de l'école française contemporaine représentant le Sommeil de l'Enfant Jésus, tableaux dont le nombre est très-considérable , nous mentionnerons les compositions peintes pur Pigal (Salon de 1839), Tassaert (Exposition univ. de 1855), Amaury-Duval (Salon de 1857), Chassevent (Salon de 1874). Th. Gautier a dit du tableau de Tassaert : • Le Sommeil de l'Enfant Jésus, entouré de petits anges en adoration devant un Dieu de leur taille, a la fraîcheur de cette guirlande de chérubins roses que Rubens a tressée autour de la tête rayonnante de Marie dans ['Assomption de la cathédrale d'Anvers ; cette fois, Tassaert a fouetté de nuances vermeilles le gris perle qui lui sert habituellement de teinte locale, et it a voulu faire de ce sujet charmant une fête pour les yeux, •
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Des sculptures représentant le Sommeit de l'Enfant Jésus ont été exécutées par Ch, Geerts (Salon d'Anvers, 1837), G. Geefs (Salon d'Anvers, 1837), Isidore Boitel (tête d'expression, en marbre, Salon de 1842), etc.
Sommeil d'EiKiymiou (le), tableau de Girodet. V. Kndïmion.
Sommeil, les songes et le somnambulisme
( NOUVELLES CONSIDÉRATIOSS SUR LB ) , par
Maine de Biran (1809, in-8°). V. Cousin a réédité cet ouvrage dans son édition complète des œuvres de ce métaphysicien, et il figure aussi dans les Mémoires de l'Académie des sciences morales (1834). Maine de Biran recherche d'abord quelle est la cause du sommeil et prétend que cette cause consiste dans la suspension de la volonté. Ensuite il classe les songes sous quatre chefs : songes organiques, songes intuitifs, songes intellectuels et somnambulisme. « S'il m'était permis, dit ce philosophe, de développer un sujet beaucoup trop vaste pour mon temps et mes moyens , je pourrais faire voir premièrement comment l'étude des songes et leur distinction en classes serait utile au physiologiste et au médecin, en lui manifestant dans certains cas quels sont les organes essentiellement altérés ou excités d'une manière anomale ou vicieuse, dont l'influence sympathique, active et prédominante sur le cerveau détermine le plus fréquemment tels accidents pendant le sommeil ou des songes de tel caractère et de telle espèce. Je pourrais montrer en second lieu comment les différentes sortes de délire momentané ou d'aliénation menttile permanente viendraient se ranger naturellement sous les mêmes divisions que les songes, puisqu'ils se rapportent à des causes et à des conditions organiques ou cérébrales qui agissent respectivement d'une manière absolument semblable pour opprimer ou suspendre l'action régulière de la volonté et de la pensée et produire ainsi les phénomènes correspondants du sommeil, des songes, du délire, le désaccord des sensations, l'absence du jugement, l'abolition du moi. »
Les rêves organiques de Maine de Biran sont déterminés par les affections dont peuvent être atteints les organes intérieurs du corps, comme le cœur, l'estomac, le foie, le système génital. Les forces sensitives concentrées dans l'organe affecté irradient leur action sur toutes les autres parties du système vivant. Le, sommeil endort le corps, hors cet organe particulier, et le rêve constate son action partielle. Si le cœur est ainsi affecté, les rêves seront conformes à son action ordinaire. Si c'est l'estomac qui est affecté, le rêve aura trait à la nourriture. L'espèce de rêve connu sous le nom de cauchemar a une importance spéciale. « Dans les songes de cette espèce, qui ont pour cause soit la plénitude de l'estomac, soit la gène du cœur ou des gros vaisseaux sanguins, soit une indisposition nerveuse de l'épigastre, l'individu rêve tantôt qu'il est accablé d'un poids insupportable , tantôt qu'il est poursuivi et près d être saisi par quelque fantome terrible ; il cherche à s'y soustraire et à fuir, mais son corps reste immobile et comme enchaîné-, tout le système locomobil© est paralysé.... Il n'y a plus de volonté proprement dite, plus de puissance d'effort.»
Voici comment l'auteur explique le phénomène du somnambulisme : « Si nous supposons maintenant que la concentration des forces sensitives ait lieu, comme pour les songes organiques, dans quelqu'une des divisions cérébrales correspondantes et contiguSs à certains sens internes particuliers, et que la communication sympathique du cerveau avec les organes de la locomotion et de la voix soit entière comme dans la veille, la volonté étant toujours complètement suspendue, nous verrous naître de cette double condition tous les phénomènes surprenants et tous les prétendus miracles du somnambulisme..": »
i Dans ces cas de somnambulisme, dit encore Maine de Biran, c'est l'imagination seule qui préside à tout, qui voit tout et, ce qu'il faut bien remarquer, qui lie voit ou qui ne semble voir au dehors que des objets analogues aux fantômes qu'elle crée ou dont les images particulières tiennent une place dans le tableau actuel qui l'occupe. Ainsi, au lieu que l'imagination ou la faculté d'intuition soit subordonnée aux impressions directes du sens extérieur, comme cela a lieu dans les fonctions régulières de la veille, c'est au contraire le sens externe qui se trouve absolument subordonné aux mouvements ou it l'impulsion spontanée de l'imagination. » Ceci est l'effet d'un instinct difficile à expliquer, mais réel.
■ Sans parler de divers phénomènes de l'instinct, tels que celui des petits poulets qui au sortir de la coque vont juste becqueter le grain à distança et choisir celui qui leur convient; celui des oiseaux domestiques qui bâtissent leur nid sur le plan uniforme donné à leur espèce, sans avoir pu recevoir à ce sujet aucune leçon de l'expérience, tous phénomènes qui ne peuvent être conçus autrement qu'en supposant des intuitions ou images antérieures aux impressions des objets extérieurs et gravées pour ainsi dire dans le cerveau au moment même de la formation ou de l'évolution du germe organique; sans nous enfoncer, dis-je, dans ces profondeurs,
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ne pouvons-nous pas déduire de nos expériences les plus familières une foule d'exemples où nous percevons pendant la veille les objets présents à taos sens, non par ces sens mêmes, distraits peut-être et occupés ailleurs, mais uniquement par notre imagination dans le tableau qu'elle en a conservé et qu'elle reproduit fidèlement au premier éveil donné au sens extérieur, à la plus simple impression? »
L'ouvrage de Maine de Biran sur lé sommeil, les songes et le somnambulisme excita vivement l'attention des savants et des philosophes. Aujourd'hui encore il mérite d'être lu par tous ceux qu'intéressent les curieux phénomènes de la pensée, de l'intelligence et de la volonté.
Sommeil et les rêves (le), études psychologiques sur ces pbéuoinènes et les divers
étals qui s'y raliaclieul , par L.-F. Alfred Maury, membre de l'Institut (Paris, 1861, 1 vol. in-8°). Après avoir, dans plusieurs de ses précédents ouvrages, attaqué les superstitions religieuses, M. Alfred Maury a voulu s'attaquer à celles qu'il appelle spirituellement les • superstitions philosophiques, » c'est-à-dira la croyance au mesmérisme, au magnétisme, au somnambulisme et autres opinions du même genre qui prouvent que les dévots n'ont pas le privilège exclusif de croire au merveilleux. M. Maury comb .t ces erreurs selon sa manière habituelle, qui est la bonne, non par de sèches négations qui ne feraient qu'irriter la crédulité, mais en montrant l'origine et l'interprétation naturelle de ces faits que l'ignorance et la légèreté ont élevés jusqu'au surnaturel. Ainsi, sa victoire est détinitive, car, en cet ordre d'idées, on est comme Œdipe devant le Sphinx : on ne triomphe que de ce qu'on explique péremptoirement.
Mais M. Maury ne s'est pas imposé, dans le Sommeil et les réoes, l'unique but de démontrer l'erreur. Il a voulu aussi passer en revue les questions complexes dont le rêve est l'occasion, son analogie avec l'hallucination, la folie , l'extase, le somnambulisme naturel. Il résume lui-même son intéressant travail dans les lignes suivantes : « Cet ouvrage, dit-il, fait saisir l'enchaînement des ditférentes formes de délire, depuis celui qui constitue nos rêves jusqu'à lu perturbation profonde qui trahit la manie... Au degré le plus bas de cet affaiblissement de l'action cérébrale, nous trouvons, d un côté, le sommeil complet, sans rêve, et de l'autre la démence arrivée à son dernier terme : l'unxiorrespond à l'état de santé, l'autre à l'état de maladie... En remontant l'échelle, sur une ligne parallèle se placent le sommeil avec rêves fugaces, images incohérentes et mal définies, et ce commencement de démence où les idées ne se suivent plus, OÙ les paroles ne correspondent plus aux idées. Le délire du rêveur et celui du maniaque ou du fèbricitant représentent, le premier pour l'état sain, le second pour l'état pathologique aigu, ce trouble intellectuel dans lequel 1 association des idées devient incomplète et où les hallucinations sensorielles ne sont plus distinguées des impressions réelles des sens. Le somnambulisme naturel , l'extase, le somnambulisme artificiel, l'hypnotisme mettent l'économie dans une condition semi-pathologique analogue et constituent, quant a l'état intellectuel, des variétés d'un désordre mental du même ordre, où les sensations externes s'abolissent en partie, se dénaturent, où l'intelligence affaiblie tombe sous l'empire d'idées spontanées ou communiquées qu'elle prend les premières pour étrangères, les secondes pour siennes propres... De tous ces phénomènes, le point de départ est le rêve ; il en offre comme la forme élémentaire. »
M. Maury a rempli ce cadre de développements et de détails du plus haut intérêt, et surtout d'un grand nombre d'observations personnelles qu'il a fournies pour la solution du problème des rêves. En effet, non content de mettre au service de la science son érudition et sa critique, il s'est pris lui-même pour objet d'expérimentation. Pendant plusieurs années, il a tenu note de ses songes, s'est rendu compte des éléments qui les composaient et de leurs sources, et il en a déduit des lois qui, suivant lui, les régissent. Ce procédé, outre ses avantages pour le progrés de la science, a encore celui de répandre sur l'ouvrage une variété et un charme piquant que 1 on rencontre bien rarement dans des ouvrages scientifiques.
Après avoir loué ce que M. Maury a mis dans son livre, louons ce qu'il n'y a pas mis. Vingt fois, dans le cours d'uu travail de ce genre, un écrivain amateur de discussions métaphysiques aurait trouvé l'occasion de traiter la question du spiritualisme et du matérialisme, et de se prononcer avec plus ou moins de justesse et de rigueur dans un sens ou dans l'autre. M. Maury s'est soigneusement abstenu de rien décider et même de prendre part à la querelle.
SOMMEILLER V. n. (so-mè-llé ; Il mil. — rud- sommeil). Dormir, se livrer au sommeil : La nuit, quand tout sommeille. (Acad.)
Le murmure des eaux invite a sommeiller.