‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 515 sur 1059 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

« Nous ne sommes plus au moyen âge, cher ami, et il n'y a plus de sainte wehme, il n'y a plus de francs-juges ; que diable allezvous demander à ces gens-là : Conscience, que me veux-tu? comme dit Sterne. Eh I mon cher, laissez-les dormir, s'ils dorment en dépit des morts qui encombrent leur hôtel ; laissez-les pâlir dans leurs insomnies, s'ils ont des insomnies, et, pour l'amour de Dieu, dormez, vous qui n'avez pas de remords qui vous empêchent de dormir. »

Alex. Dumas.

« Permettez, me dit un habitué de mon cabinet de lecture, quelque peu clerc, comme le loup de La Fontaine ; le cousin de ma femme vous dira que je suis très-fort. Où d'autres se noient, je me baigne; et pourtant, depuis qu'on m'a forcé à prendre cet in-8° couvert de toile comme l'aile d'un moulin à vent, je nie demande à chaque page: Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux, que me veux-tu? n

(Revue de Paris.)

« En empruntant aux anciens alchimistes l'expression par laquelle ils désignaient une certaine vapeur métallique très-légère, nous dirons que les comètes sont un rien visible. Elles n'ont pas pour nous d'autre qualité, d'autre propriété physique que leur visibilité. — Eh bien 1 alors, me disait un interlocuteur enchanté d'en finir avec les comètes, s'il en est ainsi, comète, queme veux-tu? » Babinet.

SONATINE s. f. (so-na-ti-ne — dimin. de sonate). Mus. Petite sonate, destinée aux commençants.

SONCHUS s. m. (son-kuss — du gr. sogkos, même signification). Bot. Nom scientifique latin du genre laiteron.

— Syn. de muxgédion, autre genre de chicoracèes.

SONCINO, ville du royaume d'Italie, province de Crémone, district de Cremo, à 10 kilom. N.-O. de Crémone, sur l'Oglio, cb.-l. de mandement; 6,929 hab. En 1317, les guelfes et les gibelins de Toscane y signèrent un traité de paix, sous la médiation de Robert, roi de Naples. Sforza y battit les Milanais en 1440; en 1720, Soncino tomba successivement entre les mains du prince Eugène et du duc de Vendôme.

SONCORUS s. m. (son-ko-russ). Bot. Syn.

de KjEmpfÉrie, genre d'amomées.

SONDAGE s. m. (son-da-je — vad. sonder). Action de sonder, résultat de cette action : Les opérations de sondage ont occasionné de grandes dépenses. (Acad.) Le sondage est facile à exécuter jusqu'à une certaine profondeur ; mais à mesure qu'elle augmente, les difficultés se multiplient et le sondage exige plus de soins. (Lenorm.)

— Fig. Perquisition, recherche : Malgré les sondages de la police, l'instruction s'était arrêtée. (Bwlz.)

— Sondage à la corde, Celui qui se pratique au moyen d'un mouton fixé à une corde à l'aide de laquelle on le soulève, et qu'on laisse ensuite retomber, il On dit aussi sondage chinois.

— Encyol. Les sondages servent à établir dans les mines des communications utiles à l'aérage des travaux et à l'aménagement des eaux. On les emploie encore dans le cours de l'exploitation de certaines matières minérales, la houille surtout, pour déceler à l'avance les amas de gaz délétères ou d'eau qui pourraient soudain envahir les travaux. Dans ce dernier cas, les sondages sont horizontaux, les uns droits, les autres divergents. Ils doivent avoir constamment une avance de 5 à 10 mètres. Si l'un d'eux atteint un vide, tout travail d'abatage doit cesser, jusqu'à ce qu'on ait pu en constater la nature.

On comprend facilement, d'après les divers motifs qui peuvent donner lieu à un trou de sonde, que la même diversité existera dans les diamètres et les profondeurs, et par suite, dans les prix de revient et l'outillage employé.

Un sondage ne donne jamais sur les gîtes minéraux que des renseignemeuts plus ou moins imparfaits, de sorte que dans l'exploitation des mines les sondages doivent être de petit diamètre, de façon à pouvoir être conduits à la fois avec rapidité et économie. Mais, un cas où ils sont véritablement indis-

F ensables, c'est lorsqu'il s'agit de préparer emplacement des puits d'extraction. Dans ce cas, en effet, les sondages donnent les renseignements les plus exacts sur l'épaisseur et la nature des couches à traverser, sur l'existence et la puissance des niveaux d'eau. En définitive, là comme partout, il faut faire la part de l'outillage et de l'habileté de ceux qui le dirigent. Le diamètre du sondage et la dureté plus ou moins grande des roches traversées sont les éléments principaux du prix de revient. Celui-ci augmente très-rapidement avec la profondeur. En effet, on ac-

SOND

croît, au fur et & mesure que l'on descend, la longueur des manœuvres nécessaires pour faire agir la sonde et le danger des accidents.

Quant au prix des sondages artésiens proprement appelés forages, il est hors de proportion avec celui des sondages simples, d'abord à cause de leur grand diamètre et ensuite à cause de la nécessité où l'on est de soutenir leurs parois au moyen de tubes en fonte, fer ou bois. En Angleterre, le prix des sondages simples est compté d'après une règle générale et mathématique. Les prix des sondages payés en France suivent à peu près la même loi, mais sans cependant être soumis à une règle invariable. Ainsi, en Angleterre, un sondage coûte, par mètre courant :

fr. c.

De 0 mètres à 20 mètres. . . . .i 2,70

Ces prix suivent, comme on le voit, une progression arithmétique dont chaque terme augmente de 2 fr. 70 par lo mètres de profondeur. L'outil au moyen duquel s'opère le sondage se nomme sonde. Il se compose de trois parties : la tête de sonde, la tige et l'outil perforateur. Dans cet ensemble, deux organes ne changent pas : la tête et l'outil. Mais la tige s'accroît en longueur au fur et à mesure que le trou s'approfondit, et son poids augmente de plus en plus.

Le procédé de sondage le plus ancien est celui connu sous le nom de sondage à la corde ou procédé chinois. Il consiste à faire battre un outil dans un trou de sonde, au moyen d'une corde armée de nœuds en tôle, pour empêcher l'usure par le frottement contre les parois du trou. L'outil se compose d'une tige de în^o de longueur, terminée à sa partie supérieure par un anneau de suspension et inférieurement par un écrou destiné à recevoir les trépans. Elle porte, en outre, des manchons cannelés pour servir de guides dans le trou et prévenir les déviations. On a fait, par cette méthode, plusieurs sondages en Prusse et en Fiance ; mais elle n'a, ea définitive, été employée d une manière suivie dans aucune contrée. L'outillnge est peu dispendieux, mais les accidents, tels que le bris d'une sonde ou la chute d'un corps dur sur le chemin de la sonde, sont à peu près sans remède. De plus, la déviation du trou de sonde est difficile à éviter lorsqu'on opère dans un terrain peu homogène.

Le procédé moderne, s'il est plus coûteux, est aussi beaucoup plus sûr. Sur le point où l'on veut exécuter un sondage, -on commence par creuser un puits de quelques mètres de profondeur, et l'on y place bien verticalement un cylindre en bois qui a un diamètre suffisant pour laisser passer les outils, et que l'on soutient par un cadre de bois placé à fleur du sol. On remblaye tout autour, puis au-dessus on établit solidement une chèvre assez élevée pour que les manœuvres s'exécutent facilement. Elle sera munie d'un treuil pour relever et descendre la sonde et d'un levier pour battre. Ce levier peut être actionné au moyen de cames placées sur le treuil. Si la sonde est trop pesante, on en équilibre une partie au moyen d'un contrepoids attaché au grand brus d'un levier dont le petit bras s'attache à la tige de sonde.

Pour maintenir les parois du trou de sonde dans les terrains qui s'éboulent très-facilement, on emploie des tuyaux en tôle, en bois ou en fonte. On les assemble en colonne, que l'on descend avec la chèvre, après que le trou a été bien calibré. La descente de ces tuyaux rapetisse forcément le diamètre du trou de soude, par l'obligation où l'on est de faire passer la seconde colonne par la première, et ainsi de suite.

Dans les sables mouvants, il suffit quelquefois de raréfier les sables au moyen d'une tarière à boulet, pour que la colonne de tuyaux descende naturellement ou sous une faible pression.

Dans ces dernières années, on a beaucoup amélioré les procédés de sondage, surtout pour les forages artésiens, faits avec de grands diamètres et jusqu'à une grande protondeur.

L'emploi de la vapeur à la manœuvre de la sonde a diminué dans une proportion considérable le temps employé au forage. Ces perfectionnements ont porté, en outre, sur les outils, tels que tête et tige de sonde, trépan, tarière, etc.

Pour forer les sondages inclinés ou horizontaux, on dispose la partie de la sonde qui sort du trou, sur des poulies ou galets à gorge, On ne peut guère alors agir que par pression et par rotation. Si l'on veut agir par percussion, on est obligé de frapper directement avec des masses sur la tête de sonde. Du reste, on ne fait jamais de ces sortes de sondages dans les roches dures. C'est surtout dans la bouille, le sel gemme, les calcaires, les argiles, etc., qu'ils sont employés. Il est clair que l'exécution d'un sondage incliné est d'autant plus facile qu'il se rapproche davantage de la verticale. De plus, ces sortes de soudages ne dépassent jamais 30 mètres de longueur et om,io de diamètre. V. les articles

SOND

FORAGE, SONDE, TARIERE, TREPAN, PUITS AR- TESIEN.

SONDALO, bourg du royaume d'Italie, province et district de Sondrio, mandement de Grosotto ; 2,741 hab.

SONDARÉs. m. (son-da-ré).Entom. Genre d'insectes hémiptères, tribu des coréides, section des nnisoscélites, dont l'espèce type vit à la Guyane.

SONDAREINTA s. m. (son-da-rain-ta — mot huron). Mamni. Un des noms de l'orignal ou élan d'Amérique.

SONDE s.f. (son-de. — V. sonder), Navig. Instrument qui consiste en un plomb attaché à une corde, et dont on se sert à la mer et dans les rivières pour connaître la profondeur de l'eau ou la nature du fond : Ligne de sonde. Jeter la sonde. Dans ce détroit, il faut toujours avoir la sonde à la main, bans la Méditerranée, quand la ligne de sonde atteint 300 brasses, toute vie aniviale a disparu. {A. Maury.)

Il marche, il marche encore, et toujours, et la sonde Plonge et replonge en vain dans une mer sans fond. C. Dblaviune.

Il Résultat d'un sondage: Timonier, venez au vent; quelle est la sonde? (E. Sue.) \\ Profondeur connue par la sonde : Relever les sondes d'un parage. || Chacun des chiffres qui, sur une carte marine, indiquent la protondeur des eaux, constatées sur les différents points d'un parage. Il Etre sur la sonde, Etre sur un fond accessible à la sonde, il Chercher la sonde, Jeter la sonde pour s'assurer si l'on est ou non sur la sonde, il Sonde de pompe, Tige divisée au moyen de laquelle on s'assure de la quantité d'eau contenue dans la cale.

— P'ig. Moyen d'investigation : // ne faut pas toujours laisser tomber la sonde dans les abîmes du cceur, (Cbatauub.) Ne craignons pas de jeter la sonde dans l'océan électoral. (E. de Gir.)

— Pêche. Faire la sonde, Se dit de la baleine qui plonge pour se dérober.

— Artill. Sonde à nonius, à vernier, Instrument à l'.aide duquel oh mesure l'épaisseur au culot des projectiles creux.

— Comm. Instrument qu'on enfonce dans certaines masses alimentaires, pour en retirer une petite partie et s'assurer de leur qualité : Enfoncer la sonde dans un melon, un fromage, un jambon.

— Administr. Fer emmanché de bois, dont les commis aux barrières des villes se servent pour connaître s'il y a des marchandises de contrebande dans les voitures chargées qui entrent.

— Techn. Espèce de tarière qu'on enfonce dans le sol, soit pour en reconnaître la nature, soit pour y pratiquer un forage. Il Instrument dont on se sert pour enlever ou repousser les ordures qui engorgent les tuyaux de descente ou les tuyaux de conduite. Il Instrument qui sert, dans les sucreries, à prendre les preuves du sirop en ébullition. Il Aiguille dont se sert l'éventailliste pour pratiquer dans le papier, dans la soie, des ouvertures dans lesquelles il insère les branches de l'éventail.

— Chir. Instrument que l'on introduit dans la cavité de certains organes pour en reconnaître l'état ou découvrir la cause cachée de

I quelque mal : Sonde urétrale. Une sonde j pour la pierre. Une sonde pour les plaies.

Sonde cannelée. Sonde brisée. Sonde pleine.

Sonde creuse. Sonde flexible. (Acad.)

— Encycl. Navig. De tout temps, les navigateurs ont reconnu l'importance que présentait une connaissance exacte de la profondeur de la mer. La nécessité de cette connaissance s'accrut à mesure que l'on construisait des vaisseaux d'un plus fort tonnage ; mais la profondeur de la mer ne fut bientôt plus la seule chose importante à connaître, il fallut aussi avoir des notions exactes sur la nature du sol sous-marin. La sonde devait donc remplir ce double but. La première sonde connue était fort simple ; un morceau de plomb ou un boulet de fer était attaché à l'extrémité d'une corde ; on laissait tomber le boulet dans la mer en lâchant peu à peu la corde qui le retenait. Quand l'action de la pesanteur ne se faisait plus sentir, on ramenait la corde et, d'après sa longueur, on jugeait de l'espace qu'avait parcouru le boulet. Quant à la nature du fond de la mer, on la reconnaissait en armant la partie inférieure du boulet d'un morceau de graisse ; une fois au fond de la mer, celui-ci agglutinait à sa surface da la boue, du sable ou des coquillages, suivant la nature du soi.

. On comprend toute l'incertitude des résultats que devait donner un pareil mode d'investigation. La ligne de sonde est souvent entraînée par des courants sous-marins ; elle s'enfonce alors obliquement au lieu de descendre suivant une direction verticale, et alors même qu'elle a touché le fond, elle peut continuer à filer, suivant l'expression maritime. Aussi a-t-on cherché avec ardeur le perfectionnement d'un appareil aussi primitif, et l'on a réussi au point qu'aujourd'hui nous sommes à même, non-seulement d'exécuter des sondages exacts, mais aussi d'obtenir des fragments considérables arrachés au fond de la mer.

La sonde la plus généralement employée est celle qu'imagina, vers 1850, le lieutenant

SOND

Brooke, de la marine américaine. Sa construction est des plus simples; elle consiste en un boulet du poids de 30 kilogrammes, percé d'une ouverture au travers de laquelle passe librement une tige de fer. L'extrémité inférieure de cette tige est creusée d'une cavité cylindrique; l'extrémité supérieure porte au contraire deux branches de levier articulées par leur sommet. Ces deux branches de levier donnent attache a la ligne de sonde. Deux excavations, dont la concavité regarde en haut, sont creusées sur ce bras de levier. On peut y attacher les deux extrémités d'une sorte de fronde, dont le milieu est formé par un disque de métal percé d'une ouverture assez large pour laisser passer la tige centrale. Lorsque la sonde commence à descendre, les deux brus de levier sont dirigés en haut, et les extrémités de la fronde restent maintenues dans les excavations, le disque de métal soutient le boulet à une certaine hauteur sur la tige, lorsque la sonde arrive au fond de ia mer, le poids du boulet agissant sur la fronde fait porter les bras du levier en bas, la fronde glisse alors et le boulet tombe, mais alors seulement que la sonde a touché le fond. Comme la tige centrale est creusée d'une cavité, celle-ci s'emplît des débris accumulés au fond de ia mer et les ramène à la surface. 11 est facile de comprendre que le poids du boulet diminue de beaucoup les chances d'erreur, et d'autre part, on est sûr de ne ramener la sonde qu'après lui avoir fait toucher le sol.

On a pu, de la sorte, opérer des sondages exacts. L'amiral Dupetit-Thouars en a accompli deux, demeurés célèbres, l'un dans le grand Océan méridional, où il a trouvé un fond de 4,000 mètres, et l'autre dans le grand Océan équinoxia], où la profondeur était seulement du 3,790 mètres. Enfin, le lieutenant américain Walsh a opéré, sur les côtes des Etats-Unis, un sondage à la profondeur do 10,000 mètres. M. Tissandier fait justement observer ace sujet que 1 observation ne concorde pas avec les calculs de Laplace, qui, d'après l'influence exercée sur notre planète par le soleil ot la lune, prétend que la profondeurdesmers nedoit pasexcéder8,0ûûmètres. Quoi qu'il en soit, il semble aujourd'hui que l'Océan, dans ses plus grandes' profondeurs, ne dépasse cependant jamais la hauteur des montagnes de l'Inde ou de l'Amérique. C'est à ces sondages précis qu'est due la science de l'hydrographie. Mais les résultats obtenus n'ont pas servi seulement à cela, la géologie en a fait son profit; c'est ainsi qu'on u pu constater expérimentalement la présence au fond de l'Atlantique, de ces petits animalcules microscopiques désignés sous le nom de globigérines. Ce sont les mêmes que ceux qui, à la période crétacée, ont fourni ces énormes gisements de craie exploités aujourd'hui. L'industrie a su également profiter des découvertes modernes, et l'on peut dire que les sondages précis ont seuls pu rendre possible l'établissement ducable transatlantique reliant la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Avant la pose de ce câble, l'Amirauté ordonna au capitaine Dayman une série de recherches que celui-ci exposa dans son ouvrage intitulé : Sondages dans les parties prof 'ondes de l'océan Atlantique, entre l'Irlande et Terre-Neuve, faits sur te vaisseau de Sa Majesté le Cyclope (1#58).

Huxley résume ainsi ces opérations : « C'est (le fond de l'Atlantique) une plaine prodigieuse, l'une des plaines les plus étendues qui soient au monde. Si la mer se retirait on pourrait aller en voiture de Valentia en Irlande, jusqu'à la baie de Trinity, à Terre-Neuve. Et, sauf une côte un peu roide à environ 200 milles de Valentia, je ne sais même pas s'il serait nécessaire de serrer les freins, tant les montées et les descentes sont douces le long de celte route. En partant de Valentia, on irait en descendant pendant environ 200 milles, jusqu'au point où le fond est maintenant recouvert de 1,700 brasses d'eau de mer. Puis viendrait la plaine centrale large de plus de 100 milles; les inégalités de la surface on seraient à peine perceptibles, bien que la profondeur de l'eau varie actuellement de 10,000 à 15,000 pieds et qu'il y ait des endroits où on pourrait enfouir le mont Blanc sans qu'il dépassât la surface de l'eau. Au delà, commence la montée vers la côte américaine, qui, au bout de 300 milles, vous conduit graduellement, jusqu'à la côte de Terre-Neuve. »

On comprend toute l'importance que de pareilles études peuvent avoir au point de vue géologique; les marins anglais et américains s'en occupent avec une louable ardeur, malheureusement peu suivie par les officiers de la marine française. C'est grâce aux travaux d'hommes tels que Maury, Mac Clin tock, Booke, Wolsh et tant d'autres, qu'est dû le développement si rapide de l'hydrographie, cette sœur cadette de ta géographie. On peut dire avec assurance que, dans quelques années, le fond de la mer sera mieux connu que la surface même du globe où nous vivons.

Comme nous l'avons dit plus haut, c'est par des sondages qu'il est seulement possible de déterminer la nature et les conditions d'existence des animaux- et des organismes qui peuplent les profondeurs de l'Océan. Au mois d'octobre 1873, la Iteoue maritime et coloniale, parlant des difficultés que présentent ces recherches et des instruments qu'on a dû créer pour cet usage spécial, expose un progrès accompli dans cette vote par le

SOND

docteur Neumeier, vice-président de la Société géographique de Berlin.

Ce savant a imaginé un appareil destiné à l'évaluation de la température des couches profondes de la mer; 1 avantage de cet appareil consiste en ce qu'il enregistre luimême les observations, en sorte qu'il suflit de dérouler une feuille de papier pour avoir sous les yeux le résultat d'une série de sondages dans des couches successives. L'instrument est formé d'un cylindre métallique, de 0œ,30 de diamètre sur 0m,60 de longueur, d'une épaisseur Convenable pour résister aux énormes pressions des profondeurs sous-marines, et percé à sa paroi inférieure d'un trou dans lequel on fixe hermétiquement un thermomètre dont le réservoir seul doit plonger dans l'eau. A l'intérieur de ce cylindre sont placés verticalement : 1» un tube en métal, mù autour de son axe par un mécanisme d'horlogerie a révolution lente; sa surface est recouverte d'un papier photographique sensibilisé; 2» un tube en verre, vide d'air ou contenant un gaz raréfié, dans lequel on peut faire passer un courant électrique. Le jeu de l'appareil est facile à comprendre : le thermomètre étant placé entre les deux tubes mentionnés plus haut, de manière que les trois axes soient dans un même plan vertical, si l'on vient à déterminer une étincelle électrique, la lumière ainsi produite agira sur le papier sensibilisé, excepté dans le trajet de la colonne inercurielie du thermomètre, l'opacité du mercure interceptant les rayons lumineux. On aura donc sur le papier photographique une image de la colonne thermométrique dont la hauteur indiquera la température de chacune des couches dans lesquelles aura été descendu l'appareil. La disposition employée par le docteur Neumeier est analogue à celle en usage depuis un certain temps à l'observatoire de Greenwich pour enregistrer automatiquement les températures nocturnes.

D après le Times, le Tuscarara, steamer de la marine des Etats-Unis, chargé en 1873 de rechercher un fond convenable pour le câble transpaoifique de Saii-Franoisco au Japon, par les lies Aléoutiennes, reçut du département de la marine un grand" nombre d'instruments pour le sondage des eaux profondes, entre autres la machine et le dynamomètre inventés par sir William Thompson, essuyés avec succès au large de San-Erancisco, dans des profondeurs qui varient de 141 à 1,949 falhoms (le fathom vaut lm,8227). Le commandant Belknap a apporté un perfectionnement remarquable à l'appareil qui, jusqu'ici, a été considéré comme le plus propre h cous rapporter les spécimens des terrains du fond de la mer. Un modèle de cet appareil a été envoyé au bureau de la navigation; il a été admiré par tous les officiers qui l'ont vu. Le perfectionnement de M. Belknap à l'appareil de Brooke consiste dans la disposition suivante : deux cylindres se trouvent placés l'un au-dessus de l'autre durant la descente dans l'eau. Aussitôt que le fond est touché, ils s'ajustent de manière à produire une fermeture hermétique, analogue à celle de deux tubes faisant partie d'un télescope. Le cylindre inférieur contient un vuse conique ayant son plus petit diamètre à sa base, et dans lequel vient se loger le morceau du sol sur lequel l'outil est venu toucher. Des soupapes s'ouvrent en même temps et donnent passage à l'eau dnrant tout le temps de la descente de la sonde ; mais elles se ferment aussitôt que l'appareil rappelé remonte , et mettent l'intérieur de l'appareil, et notamment les substances enlevées au fond de la mer, â l'abri de la pression directe des masses d'eau supérieure. Le cylindre supérieur, au moment du ehoc, glisse sur le premier et vientgaruntir le morceau enlevé au fond et logé dans le vase conique de toute détérioration ultérieurequi se produirait certainement dans le trajet qu'il a h faire depuis le fond de la mer jusqu'à la surface.

A l'aide de cet appareil, le commandant Belknap a. inventé une méthode infaillible et très-pratique qui non-seulement permet d'apporter du fond de la mer, en toute sûreté, des échantillons plus grands que ceux obtenus jusqu'ici, mais encore toute l'eau qui s'est trouvée introduite dans le cylindre au moment du choc et s'y trouve retenue par la fermeture des soupapes.

— P. et ch. Toutes les sondes peuvent être assimilées à une tarière ordinaire dans laquelle on distingue trois parties : le manche ou tête de sonde, la tige et l'outil ou foret.

Les sondes sont naturellement proportionnées, quant à leur dimension, aux travaux que l'on entreprend. On distingue : l« la petite sonde ou sonde du constructeur, avec laquelle on fore des trous de Oœ.Oô à 0m,07 de diamètre, sur 10 à 30 mètres de profondeur;!0 la «onde du mineur, avec laquelle on peut pénétrer jusqu'à 200 mètres sur un diamètre de 0m,05 à 0°i,i6; et 3» la grande sonde ou sonde du fontainier, qui peut forer des trous de 0m,l6 k om,50, dont la profondeur n'est limitée que par l'impossibilité d'augmenter la puissance des systèmes qui servent à la manceuvre.

Les têtes de sonde doivent satisfaire à deux conditions : 1° pouvoir être tournées et transmettre à l'outil le mouvement de rotation ou rodage sans le transmettre à la corde ou chaîne qui sert à relever la sonde ; 2° pou-

SOND

voir être facilement saisies avec les leviers a l'aide desquels le mouvement giratoire doit être imprimé parles ouvriers sondeurs. Les tiges de sonde se co'mposent de deux parties : les tiges proprement dites et le3 emmanchements qui servent à les assembler entre elles. Elles sont ordinairement en fer, carrées. Leur dimension varie de 0^,025 à om,050 ; les angles sont arrondis légèrement. Le métal doit être du fer doux, corroyé et éprouvé. Leur longueur varie de 5 à 8 mètres, suivant la hauteur de la chèvre qui sert à les manoeuvrer. On doit avoir dus rallonges dont les dimensions varient de I à 5 ou 8 mètres, pour avoir la facilité de maintenir la tète de sonde toujours k la hauteur la plus convenable pour le battage.

Les tiges en fer ont une supériorité incontestable sur les autres jusqu'à une profondeur de 150 à 200 mètres. Mais leur poids s'accroît rapidement k mesure que la sonde s'allonge, et, toutes les parties supérieures venant à peser sur celles du bas, les chances de rupture augmentent dans une proportion rapide. De plus, ces tiges dégradent latéralement le forage parleurs fouettemenis et leurs vibrations, et amènent des ébouleinents par-dessus les outils.

Un moyen simple d'alléger les tiges est d'augmenter leur volume, at.endu que, comme elles plongent dans l'eau qui emplit généralement les trous de sonde, le volume de liquide déplacé augmente. On a atteint ce but en employant des tiges en bois armées de fer ou des tiges en fer creux qui, bien que pesant autant que les tiges pleines, sont plus volumineuses, et sont sujettes à moins de vibrations.

Dans un forage profond, on est donc amené à composer la tige totale de fortes tiges en fer plein dans la partie inférieure, et de tiges plus légères ou du moins plus volumineuses, à la partie supérieure. Lorsque la profondeur devient trop considérable pour que ces précautions mêmes soient suffisantes, on équilibre la tige en partie au moyen d'un contrepoids attaché au grand bras d'un levier, dont le petit bras s'attache un peu au-dessous de la tête de sonde. De cette façon, le choc du battage est beaucoup moins considérable, n'étant plus produit que par la portion de tige que l'on n'a pas équilibrée et que l'on peut u'aiileurs régler à volonté.

Les emmanchements des tiges entre elles sont ramenés à deux types généraux. On adopte généralement les emmanchements à vis, et rarement, seulement pour les petites sondes, ceux à enfourchement. Les tiges sont renflées à l'emmanchement pour présenter une solidité à toute épreuve.

Les emmanchements à vis sont en tous points préférables, seulement ils obligent à roder toujours dans le même sens. Mais aussi ils se font bien plus rapidement que les autres et les tiges ainsi assemblées sont beaucoup plus rigides et ne ferraillent pas.

L outil qui termine la sonde est la partie agissante. Sa forme et son genre varient suivant le but que l'on se propose et la consistance du terrain dans lequel on opère.

1° Les outils pour entamer et défoncer le terrain par percussion au battage. On les nomme trépans.

2° Les outils pour extraire du trou les roches tendres ou désagrégées par le battage, et pour calibrer et égaliser le forage. On les nomme tarières.

3» Enfin, les outils spéciaux à quelques opérations accidentelles. Par exemple pour descendre ou enlever les tcyaux, retirer les sondes cassées, etc.

Deux outils s'emploient pour remédier au bris d'une tige. Si ce bris a lieu à un emmanchement ou immédiatement au-dessus, on raccroche la tige au moyer. d'une sorte d'agrafe particulière sur laquelle repose l'emmanchement.

Lorsque la rupture à lieu loin des emmanchements, on descend une sorte de cloche taraudée. On presse fortement et on engage en tournant cet outil sur la t ge que l'on peut ainsi ramener au jour. Cette cloche peut contenir au lieu d'un pas de vis des crans relevés en dents de scie pressés par des ressorts, de façon à s'engager dans la tige de bas en haut, pour l'enlever.

Dans le cas où ces moyens ne réussissent pas, on n'a plus d'autre ressource que da briser l'outil en fragments pour le retirer par morceaux, ou bien de le jeter de côté en 1 incrustant dans les parois de façon à ne pas dévier la ligne du trou de «onde.

Le prix d'une sonde se calcule facilement d'après son poids et le prix courant du fer. Les outils de sondage, tels que tiges, emmanchements, tète de sonde, se payent à Paris au cours de 3 francs le kilogramme.

Page 1